Le Petit prince

Antoine de Saint-Exupéry


Informations sur le corpus :
Td Phonetique
Andrea Taillefer Kuncova et Aude Maisondieu
2001

Informations sur la dernière modification :
LY
Gérard
magicg1@hotmail.com
2002

J'ai ainsi vécu seul, sans personne avec qui parler véritablement, jusqu'à une panne dans le désert du Sahara, il y a six ans.

Quelque chose s'était cassé dans mon moteur, Et comme je n'avais avec moi ni méchanicien, ni passagers, je me préparai à essayer de réussir, tout seul, une réparation difficile.

C'était pour moi une question de vie ou de mort. J'avais à peine de l'eau à boire pour huit jours.

Le premier soir je me suis donc endormi sur le sable à mille milles de toute terre habitée.

J'étais bien plus isolé qu'un naufragé sur un rideau au milieu de l'océan.

Alors vous imaginez ma surprise, au levé du jour, quand une drôle de petite voix m'a réveillé.

Elle disait:

Zil jsem sam a nemel jsem nikoho, s kym jsem si mohl opravdu popovidat.

Az se mi jednou pred sesti lety v pousti na Sahare porouchal motor.

Neco se v nem rozbilo.

Nemel jsem s sebou mechanika ani spolucestujici, takze jsem se musel do te slozite opravy pustit sam.

Byla to otazka zivota nebo smrti.

Pitnou vodu jsem mel sotva na tyden.

Prvni vecer jsem usnul v pisku, snad tisic mil od obydlenych oblasti.

Pripadal jsem si jako trosecnik na voru uprostred oceanu.

Jistojiste si dokazete predstavit, jak jsem byl prekvapen, kdyz me casne zrana probudil zvlastni hlasek:

-S'il vous plaît... dessine-moi un mouton!
-"Prosim... nakresli mi beranka..."

-Hein!
-"Coze?"

-Dessine-moi un mouton...
"Nakresli mi beranka..."

J'ai sauté sur mes pieds comme si j'avais étéfrappé par la foudre.

J'ai bien froté mes yeux.

J'ai bien regardé.

Et j'ai vu un petit bonhomme tout à fait extraordinaire qui me considérait gravement.

Voilà le meilleur portrait que, plus tard, j'ai réussi à faire de lui.

Mais mon dessin, bien sûr, est beaucoup moins ravissant que le modèle.

Ce n'est pas de ma faute.

J'avais été découragé dans ma carrière de peintre par les grandes personnes, à l'age de six ans, et je n'avais rien appris à dessiner, sauf les boas fermés et les boas ouverts.

Vyskocil jsem, jako by do mne uhodil hrom.

Protrel jsem si oci a pozorne jsem se podival na podivneho clovicka, ktery si me vazne prohlizel.

Toto je nejspis jeho nejlepsi portret, jaky se mi podarilo pozdeji nakreslit.

Kresba neni ovsem ani zdaleka tak puvabna jako model, ale za to nemohu.

Dospeli me jednou provzdy odradili od malirske kariery, kdyz mi bylo sest let, takze jsem se nenaucil kreslit nic jineho nez zavrene a otevrene hroznyse.

Je regardai donc cette apparition avec des yeux tout ronds d'étonnement.

N'oubliez pas que je me trouvais à mille milles de toute région habitée.

Or mon petit bonhomme ne me semblait ni égaré, ni mort de fatigue, ni mort de faim, ni mort de soif, ni mort de peur.

Il n'avait en rien l'apparence d'un enfant perdu au milieu du désert, à mille milles de toute région habitée. Quand je réussis enfin de parler, je lui dis:

Udivene jsem hledel na to zjeveni.

Vzdyt jsem byl na tisic mil od jakehokoliv obydleneho kraje.

A muj clovicek nevypadal, ze zabloudil, ani ze je k smrti unaveny nebo hladovy, polomrtvy zizni nebo vystraseny..

Ani trochu nevypadal jako dite ztracene v pousti, na tisic mil od jake- koliv obydlene oblasti.

Kdyz jsem se konecne zmohl na slovo, rekl jsem mu:

-Mais qu'est-ce que tu fais là ?

"Copak tu delas?"

Et il me répéta alors, tout doucement, comme une chose très sérieuse:

A on mimoradne vazne tichounce opakoval:

-S'il vous plaît... dessine-moi un mouton...

"Prosim... nakresli mi beranka..."

Quand le mystère est trop impressionnant, on n'ose pas désobéir.

Aussi absurde que cela me semblaît à mille milles de tous les endroits habités et en danger de mort, je sortis de ma poche une feuille de papier et un stylographe.

Mais je me rappelai alors que j'avais surtout étudié la géographie, l'histoire, le calcul et la grammaire et je dis au petit bonhomme (avec un peu de mauvaise humeur) que je ne savais pas dessiner.

Il me répondit:

Pokud je pred nami nejaka zvlast velka zahada, neodva zujeme se neuposlechnout.

Prestoze se mi to zdalo zde, tisice mil od obydlenych mist, a navic v nebezpeci smrti, ponekud nesmyslne, vytahl jsem z kapsy list papiru a plnici pero.

Vtom jsem si ale uvedomil, ze jsem studoval predevsim zemepis, dejepis, matematiku a mluvnici, a rekl jsem tomu clovickovi (asi trochu mrzute), ze kreslit neumim.

Odpovedel mi:

-Ca ne fait rien. Dessine-moi un mouton.

"To nevadi. Nakresli mi beranka."

Comme je n'avais jamais dessiné un mouton je refis, pour lui, un des deux seuls dessins dont j'étais capable.

Celui du boa fermé.

ET je fus stupéfait d'entendre le petit bonhomme me répondre:

Nikdy predtim jsem beranka nekreslil.

Proto jsem mu nakreslil jednu ze dvou kreseb, ktere jsem umel.

Obrazek zavreneho hroznyse.

A podivil jsem se, kdyz jsem uslysel, co mi ten clovicek povida:

Non! Non! Je ne veux pas d'un éléphant dans un boa.

"Ja nechci slona v hroznysovi.

Un boa c'est très dangereux, et un éléphant c'est très encombrant.

Hroznys je nebezpecny a slon zabere moc mista.

Chez moi c'est tout petit.

U mne doma je vsechno malinkate.

J'ai besoin d'un mouton.

Potrebuji beranka.

Dessine-moi un mouton.

Nakresli mi beranka.

Alors j'ai dessiné.

Il regarda attentivement, puis:

Tak jsem tedy kreslil.

Pozorne si jej prohledl a rekl:

-Non! Celui-là est déjà très malade.

Kdepak! Ten je nemocny.

Fais-en un autre.

Zkus jineho.

Je dessinai:

Mon ami sourit gentiment, avec indulgence:

Tak jsem nakreslil tento obrazek:

Muj maly pritel se chapave usmal:

-Tu vois bien... ce n'est pas un mouton, c'est un bélier.

"Ale to... to prece neni beranek, to je beran."

Il a des cornes...

"Ma rohy..."

Je refis donc encore mon dessin:

Mais il fut refusé, comme les précédents:

Kresbu jsem tedy znovu predelal.

On ji ovsem znovu odmitl jako ty predchazejici:

-Celui-là est trop vieux.

"Tenhle je moc stary."

Je veux un mouton qui vive longtemps.

"Ja chci takoveho, ktery bude dlouho zit."

Alors, faute de patience, comme j'avais hate de commencer le démontage de mon moteur, je griffonnai ce dessin-ci.

Et je lançai:

Uz jsem ztratil trpelivost, protoze jsem spechal, abych se co nejdriv pustil do rozebirani motoru, nacaral jsem tuhle kresbu:

A oznamil jsem mu:

-Ca c'est la caisse.

"To je bedynka."

Le mouton que tu veux est dedans.

"A tvuj beranek je uvnitr."

Mais je fus bien surpris de voir s'illuminer le visage de mon jeune juge:

Prekvapilo me, ze se oblicej meho maleho soudce rozjasnil.

-C'est tout à fait comme ça que je le voulais!

"Presne tak jsem to chtel."

Crois-tu qu'il faille beaucoup d'herbe à ce mouton?

"Myslis, ze ten beranek spotrebuje hodne travy?"

-Pourquoi?

"Proc?"

-Parce que chez moi c'est tout petit...

"Protoze u mne doma je vsechno malinkate..."

-Ca suffira sûrement.

"Urcite to staci."

Je t'ai donné un tout petit mouton.

"Dal jsem ti jen maleho beranka."

Il pencha la tête vers le dessin:

Sklonil se nad kresbu.

-Pas si petit que ça...

"No, on neni zas moc maly..."

Tiens! Il s'est endormi...

"Je, podivej, on usnul..."

Et c'est ainsi que je fis la connaissance du petit prince.

Tak jsem se seznamil s malym princem.