la  *france  et d'épuiser leurs coffres pour détruire
notre liberté,ils auraient au contraire
ménagé leurs trésors pour soulager le peuple.
c'est ainsi,foutre,qu'ils auraient retardé
leur chute et qu'ils auraient pu batailler
encore quelque temps contre la mort;mais
heureusement ils ont pris le roman par la
queue et ils se sont brûlés à la chandelle.
quand on compte sans son hôte,il faut
compter deux fois.parce qu'ils avaient dans
leur manche toute la bougre de séquelle de
l'ancien régime,ils ont cru qu'ils n'avaient
qu'à se baisser et en prendre.<Sat=1>
"mon très honoré frère et cousin,<Sat=0> a dit le *cartouche
de  *vienne  au mandrin de  *berlin ,<Sat=1> nous
sommes aussi brigands l'un que l'autre,nous
aimons également le pillage,si nous n'avions
pas été empereurs et rois,nous aurions été
les deux plus fameux voleurs de grand chemin
de notre siècle,et nous n'aurions pas
manqué de nous réunir pour couper les bourses
et pour égorger les passants.puisque la nature
<Epg=3>nous a donné les mêmes inclinations,
et qu'il se présente une belle occasion de
voler,rapiner,ravager,massacrer,mettons
tous les deux nos têtes dans un bonnet,et
convenons de fondre sur la  *france  comme
deux loups sur un troupeau de moutons.
votre très cher frère et cousin,le roi de
 *france et de *navarre ,que ses sujets viennent
de mettre en tutelle,consent à jouer au roi
dépouillé,et il nous abandonne volontiers
la moitié de ses vastes états,si nous pouvons
lui aider à faire perdre le goût du pain à
cette maudite assemblée nationale,et à tous
les patriotes qui lui ont rogné les ongles,
et qui ne lui ont accordé que quarante millions
pour ses menus plaisirs.ma soeur  *toinon
qui a juré la perte de la  *france ,m'a déjà
fait passer pour les frais de la guerre plus
de deux cents millions en bons écus,et elle
m'en promet encore davantage;ainsi donc,
foutre,ce seront les *français eux-mêmes
qui nous donneront des verges pour les fouetter.
ce n'est rien encore,toute la noblesse,
tout le clergé,tous les honnêtes gens,toute
la robinaille, depuis les premiers présidents
jusqu'aux derniers clercs de la *bazoche,tous
<Epg=4>les financiers,tous les gros marchands,
commerçants,tous les riches enfin seront
de notre bord.pour mieux nous servir,ils
feront d'abord contre fortune bon coeur,et,
pour la frime,ils dégoteront les *sans-culottes
en patriotisme.quand ils les auront
ainsi foutu dedans,et qu'ils auront trouvé
moyen de se faire nommer à toutes les places,
chacun à leur tour,ils tourneront casaque à
la *sans-culotterie .
 c'est ainsi qu'ils désorganiseront
les armées,et qu'ils allumeront
la guerre civile.quand le feu sera aux quatre
coins de la  *france ,il nous sera facile de nous
en emparer.ainsi nous n'aurons contre nous
que ce que nous appelons la canaille;il est
vrai que c'est le côté le plus nombreux,
mais sans chefs,sans argent,sans ressources,
trahis de tous côtés,les *sans-culottes perdront
bientôt la carte,et ils jetteront le
manche après la cognée.nous les verrons
tomber à nos pieds et nous demander grâce.
si toi et moi,mon cher frère,cousin et
ami,nous n'étions pas assez forts,pour
exécuter ce grand projet,notre confrère,
le roi  *georges *dandin ,est derrière la toile
avec son ministre  *pitt .à l'aide de certains
<Epg=5> *brissot  et de certains gredins de la  *gironde ,
qui paraissent aujourdhui des républicains
enragés,et qui en secret ont la patte bien
graissée pour brouiller les cartes et mettre les
*français à chien et à chat,nous nous ferons
un parti puissant en  *france .ainsi,la liberté
accablée de tous côtés,pressée au dehors et
au dedans,succombera bientôt.le pape,
auquel ni toi,ni moi,ne croyons,donnera
un dernier signe de vie.il ameutera toute la
bougre de calotte.les prêtres qui ne pardonnent
jamais,et qui sont désespérés de
voir finir leur règne,prêcheront de tous
côtés la révolte;ils parcourront les campagnes,
le crucifix et la torche à la main,et
rassembleront autour d'eux tout ce qu'il reste
d'imbéciles en  *france ,pour rétablir la dîme,
les canonicats et tous les bénéfices."
<Sat=0> § voilà,foutre,les châteaux en  *espagne
que se bâtissait le tyran d' *autriche
 au commencement
de la guerre.tous les tyrans qui
règnent en  *europe ,ont taupé dans ces projets,
et chacun se flattait d'avoir sa part du
gâteau.il en faut bougrement rabattre aujourdhui.
les scélérats savent maintenant de quel
bois nous nous chauffons,et ils ont appris
<Epg=6>combien pèse le bras d'un peuple libre.tous
leurs trônes seraient maintenant en canelle,
ils ne vivraient plus,foutre,et l'étendard
de la liberté flotterait à  *vienne  et à  *berlin ,
si l'infâme  *dumouriez  avait joué beau jeu,
bel argent.
 § malgré les voleurs,les intrigants  et les
traîtres,nous avons tenu tête à tous les despotes
ligués contre nous,et ils sont au bout
de leurs volets.malgré toutes leurs prouesses,
ils n'ont pu nous enlever encore que trois
villes,et encore par la plus lâche des trahisons.
ce  *cobourg  qui se vantait d'être un
second  *césar ,vient d'être rossé à plate
couture par un jeune *sans-culotte qui lui a
étripé six mille gros talons et pilleurs de
poivre qui engraissent maintenant la terre
qu'ils ont ravagée.continue ,intrépide  *jourdan ,
poursuis cette bougre de canaille,l'épée
dans les reins,reprends  *condé  et  *valenciennes
et répare  les crimes du général  *moustache .
surtout,foutre,ne vas pas saigner du nez,
et faire naufrage en arrivant au port;foule
aux pieds l'or et les assignats que l'on va
t offrir,pour nous tourner casaque,et ne songe
qu'à la gloire.si tu continues,comme tu
<Epg=7>viens de débuter,tu reviendras couvert de
lauriers;partout où tu passeras,tu entendras
bénir ton nom,et tu seras comblé de
bénédictions;mais,foutre,si le diable
voulait te tenter,songe  à  *la-*fayette ,à
 *dumouriez ;songe  à  *custine  ,au palefrenier
 *houchard  et à tous les autres jean-foutres qui
ont trahi le peuple.tricherie revient toujours
à son maître.la liberté ne périra jamais,
mais les traîtres tour à tour seront anéantis,
foutre,
 § et vous,pères de la patrie,législateurs qui
venez de donner un si bel exemple à l'univers
en vous purgeant des immondices du marais
prenez encore une fois le mors  aux dents.
sauvez la république,foutre,ne vous arrêtez
pas en si beau chemin.la  *france  est levée en
masse pour faire exécuter vos lois;profitez
du moment pour exterminer les brigands de
la  *vendée .ils viennent d'être débusqués de
 *mortagne  et de  *cholet .faites brûler les bois
et les forêts où ces bêtes féroces se sont réfugiées.
faites pleuvoir les bombes et les boulets
rouges sur les rebelles de  *toulon ,avant tout,
que les scélérats qui ont manigancé
 la contre-révolution
à  *lyon ,à  *marseille ,à  *bordeaux ,
<Epg=8>dans le  *calvados ,soient raccourcis comme
veto mâle et femelle;que les infâmes coquins
qui ont livré les lignes de  *wissembourg ,et
occasionné la déroute de l'armée du  *rhin ,
soient promptement livrés
 au tribunal révolutionnaire.
frappez,écrasez tous les voleurs,
tous les conspirateurs,tous les accapareurs.
la guillotine et du pain,voilà le secret de
la république,foutre.
 <Sda=1793> <numero=303> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande joie du *père *duchesne ,
 de voir que les avocats de la veuve *capet ,qui
ont accaparé le savon pour blanchir *cartouche
*brissot  et les *mandrins de la *gironde ,perdront
leur lessive.ses bons avis au  fonctionnaire
*samson ,pour qu'il graisse promptement
ses poulies,afin de faire faire la bascule
à ces scélérats que cinq cents millions de
diables ont vomi sur la *france ,pour perdre
la république,et anéantir la liberté.
<edito=1> § ah?que les gens d'esprit sont donc bêtes
<Epg=2>dit je ne sais quelle soubrette,et je ne sais
quelle comédie.rien n'est plus vrai,foutre.
tous ces bougres qui parlent comme des
livres,souvent n'ont pas le sens commun;
tout leur bavardage n'est que de la crème
fouettée;et ces grands docteurs qui veulent
tout gouverner,ne savent pas se gouverner
eux-mêmes.qui trop embrasse,mal étreint.
qui mieux que vous peut nous dire des
nouvelles,*brissotins  et *girondins ?vous
aviez des langues bien dorées,le miel était
sur vos lèvres,et le poison dans votre coeur.
si vous n'y aviez pas entendu finesse,et si
vous aviez tout unanimement marché dans le bon
chemin,vous seriez arrivés au port;après
avoir contribué à sauver votre patrie,vous
auriez été comblés des bénédictions du peuple;
votre vieillesse aurait été honorée;
les *sans-culottes ,
devenus libres et heureux,vous
auraient montré à leurs enfants,en leur
recommandant de suivre votre exemple;
<Sat=1>voilà,leur auraient ils dit,ceux qui ont fait votre
bonheur;si vous êtes républicains,mes enfants,
rendez en grâce à ces vieillards respectables
qui siégeaient au haut de la montagne
de la convention;ce sont eux qui nous
<Epg=3>ont délivrés des rois.souvenez vous à jamais,
vous et les autres,des services qu'ils nous ont
rendus;que leur mémoire soit chérie et respectée
tant qu'il existera sur la terre des
hommes libres.
<Sat=0> § voilà,foutre,le sort qui vous était réservé,
lâches déserteurs de la *sans-culotterie ,
qui avez préféré de barboter dans le
marais et vous couvrir de sa boue,plutôt
que gravir la sainte montagne où la gloire
vous tendait les bras.vous avez voulu péter
plus haut que le cul,vous avez voulu faire
fortune,et vous n'avez pas réfléchi que la
guillotine était au bout de la route que vous
preniez pour y arriver.que les ambitieux
et les intrigants qui seraient tentés de vous
imiter,viennent contempler l'opprobre où vous
vous êtes plongés.
 § te voilà enfin sur la fatale  sellette,infâme
*brissot ;quand je te prédisais que tu ferais
une mauvaise fin,n'étais je pas un bon prophète!
n'avais je pas raison de te dire que le
gibet ne perd jamais sa proie?il y a plus de
dix ans que tu aurais fait la grimace au pont
*rouge ,si l'on t'avait rendu justice,mais
tes escroqueries d'alors,toutes les bourses
<Epg=4>que tu coupais dans l'ancien régime,n'étaient
que des coups d'essai des brigandages que tu
as fait pendant la révolution.
 § jamais,foutre,non jamais un seul homme
n'a fait autant de mal à sa patrie que toi et
les vils coquins de ta clique.c'est vous,foutre,
qui,en marchandant la liberté de la *france
avec son dernier tyran,lui avez fait beau jeu
pour rassembler autour de lui tous les chevaliers
du poignard,tous les scélérats qui
ont égorgé les patriotes le 10 août;c'est vous,
c'est vous qui avez empêché d'immoler ce
monstre et sa bougre de race;c'est vous qui
lui avez tendu les bras,qui l'avez flagorné
dans le moment où le canon ronflait autour
de la ménagerie des *tuileries  et de la convention;
c'est vous qui avez mis une barrière
entre le peuple et lui pour le sauver;
c'est vous qui l'avez encore traité en roi quand
le peuple venait de mettre son trône en
canelle;c'est vous qui depuis avez cherché
les querelles d'*allemand  aux braves bougres
qui avaient mis la race  veto  à l'ombre;c'est
vous qui avez vilipendé,dans tous les départements,
la commune de *paris  et les
*sans-culottes  qui avaient fait la révolution,
<Epg=5>pour vous venger de ce qu'ils vous avaient
coupé les vivres en détruisant le tyran
qui vous graissait la patte pour acheter
tous les décrets avec lesquels il voulait
assassiner le peuple;c'est vous qui avez jeté
le chat aux jambes des meilleurs patriotes,
quand toutes vos manigances ont été découvertes,
qui avez accusé *robespierre  et *marat  de
vouloir s'emparer de l'autorité,et qui avez
cherché à perdre ces intrépides défenseurs
du peuple qui vous portaient ombrage,et
qui vous barraient chemin;c'est vous qui avez
fait *roland  ministre,pour vous servir de lui,
comme le singe de la patte du chat,pour
tirer les marrons du feu,c'est à dire pour
empoisonner tous les départements des journaux
du diable qui vous ont servi à allumer
la guerre civile,c'est vous qui avez également
choisi le traître *servan  pour ministre de
la guerre,parce que vous vous entendiez
avec lui comme larrons en foire,pour
peupler nos armées de tous les ci-devant
gardes du corps et de tous les muscadins de
l'ancien régime;c'est vous qui avez également
nommé le coquin de *clavière ,et qui lui avez
fait donner le moule des assignats,pour pêcher
<Epg=6>avec lui en eau trouble;c'est vous qui avez
mis *dumouriez  à la tête de nos armées,
parce que vous saviez qu'ils les livrerait à nos
ennemis,et que vous espériez partager avec
lui le gâteau;c'est vous,foutre,et c'est là
le plus grand de tous vos crimes,c'est vous
qui nous avez mis sur le dos toutes les puissances
de l'*europe ,et qui avez allumé la
guerre universelle dans le temps où nous
n'avions ni argent,ni armées,ni munitions;
quand toutes nos villes de guerre étaient
dégarnies et nos fortifications délabrées.si
nous avons triomphé de tous les brigands
couronnés,ligués contre notre république,
ne vous en attribuez pas la gloire,car,foutre,
votre intention était d'anéantir la liberté,en
livrant la *france ,aux despotes;si les *prussiens
et les *autrichiens n'avaient pas tant
pompé de vin doux dans la *champagne ,et
n'avaient pas péri de maladie par milliers,
ils arrivaient jusqu'aux portes de *paris ,et
alors tous les brigands,tous les royalistes,
tous les aristocrates de l'intérieur se réunissaient
à eux,et la contre-révolution était
faite.
 § c'est par vos manoeuvres,lâches et méprisables
<Epg=7>coquins,que les patriotes de *marseille ,
de *bordeaux ,de *lyon  ont été égorgés;
c'est vous qui avez vendu *toulon  aux
*anglais;c'est vous qui avez allumé la guerre
civile de la *vendée ,qui avez fait égorger plus
d'un million d'hommes.tout le sang qui a
été versé et qui coulera encore,vous l'avez
répandu.il rejaillit sur vous.la *france  entière
vous accuse.vous n'échapperez pas au
supplice que vous avez mérité.les avocats de la
veuve *capet  ont beau employer le vert et le
sec pour vous blanchir,ils ont beau accaparer
tout le savon de la *france ,ce savon ne mousse
pas.à laver la tête d'un nègre,on perd sa
lessive.les juges et les jurés
du tribunal révolutionnaire
sont des bougres à poil qui sont cuirassés
de la tête aux pieds,et ils ne se laisseront
éblouir ni par l'or,ni l'argent que vos amis
leur offriront pour se sauver.eh,vite donc,
maître *samson ,graisse  tes poulies et dispose
toi à faire faire la bascule à cette bande de
<Epg=8>scélérats que cinq cents millions de diables
ont vomi sur la terre,et qui auraient du être
étouffés dans leur berceau,foutre.
 <Sda=1793> <numero=304> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande colère du *père *duchesne ,
  de voir que les feuillants,
 les royalistes, les accapareurs
se cotisent pour sauver l'infâme
*brissot  et la clique de la *gironde ,en enlevant
encore le pain chez les boulangers,pour le jeter
dans les égouts.ses bons avis au tribunal
révolutionnaire,pour qu'il ne s'amuse pas plus
longtemps à la moutarde et qu'il fasse jouer
bien vite à la main chaude ces scélérats qui
sont déjà jugés par le peuple.
<edito=1> § certain roi s'avisa un jour,je ne sais pas
<Epg=2>pourquoi,d'aller visiter les galériens;rendre
visite à des forçats;c'est un petit passe-temps
digne d'un roi,que de voir des hommes dans
les fers;mais rien pourtant en comparaison
de celui de visiter une *bastille,de voir languir
dans un cachot,et pourrir sur la paille
le malheureux qui a fait un couplet contre
sa majesté,ou contre monseigneur le
ministre,ou contre sa maîtresse,tourmenter
pendant un demi siècle,faire
périr à petit feu l'écrivain patriote qui a eu
le courage de dire la vérité,et de prononcer,
seulement du bout des lèvres,le mot de
liberté;oh!voilà,foutre,de véritables plaisirs
de roi.or donc,celui en question,en passant
en revue tous les bougres qui étaient enchaînés
dans le bagne,demandait à l'un:
qu'as tu fait?rien,sire;à l'autre: quel crime t'a
conduit ici;aucun,votre majesté?
toute la file répéta la même chanson;
 tous dirent qu'ils
étaient de pauvres contrebandiers,ou des braconniers;
tous n'étaient là que pour des
foutaises,et dans tout ce qu'ils avaient fait,
il n'y avait pas de quoi fouetter un chat;un seul
était tapi  dans un coin,et il paraissait déchiré
de remords;l'animal couronné le contemple
<Epg=3>sur son fumier,et l'apostrophe comme les autres;
<Sat=1>moi,lui répondit il,je ne suis
pas ici pour me vanter;mais si on m'avait
rendu justice,au lieu de la chaîne,j'aurais
mérité la roue,et peut-être d'être noyé dans un
cent de fagots;car j'ai commis les plus grands
forfaits;ma vie est chargée de tant de crimes,
que je n'en puis supporter l'horreur.qu'on
ôte ce coquin là d'avec tous ces honnêtes gens,
s'écria l'ogre royal,il les corromprait tous.
<Sat=0> § voilà,foutre,trait pour trait le tableau
du tribunal révolutionnaire,depuis que milord
*brissot  est sur la sellette à la suite de
la clique de la *gironde ,rangée en espaliers
autour de lui.tous les crapauds qui barbotaient
dans le marais et qui faisaient,il y a
quelques mois,un charivari de bougre,en
vomissant leur poison contre la montagne,ont
maintenant leur caquet bougrement rabattu.
comme les galériens que je viens de citer,
ils sont les plus braves gens du monde,mais
avec cette différence qu'il ne s'en trouve pas
un qui convienne d'être coupable.quand on
reproche à *cartouche *brissot  d'avoir été espion
en *angleterre  et d'avoir été envoyé en
*france  par *pitt  au commencement de notre
<Epg=4>révolution pour brouiller les cartes,il commence
par nier le fait,attendu que tous
mauvais cas sont niables;mais,foutre,quand
on le presse,l'épée dans les reins,et qu'on
lui prouve que son cas est sale sur ce chapitre,
il convient qu'en effet il a été chargé
de quelque commission pour la *france  par
les *anglais,mais en tout bien et tout honneur,
qu'il n'a jamais désiré que la gloire et
le bonheur de sa patrie,et comme,suivant
lui,l'*angleterre  est un pays de *cocagne ,il
désirait que la *france  fût une province de ce
beau royaume.
 § quand on dénonce *vergniaud ,*gensonné ,
*fonfrède ,*lacaze  et le furet de la *gironde ,le
petit *ducos ,et qu'on les accuse d'avoir
taupé dans le tripotage de *brissot ,en mettant
les départements à chien et à chat avec  *paris ;
en demandant une armée départementale pour
faire perdre le goût du pain aux *jacobins,en
allumant la guerre civile à *marseille ,à
*bordeaux ,à *lyon ,dans les départements du
*finistère ,du *jura ,du *calvados ,de la
*vendée ,ils nient aussi,comme de raison;
mais quand on leur montre les lettres qu'ils
ont écrites et dans lesquelles ils invitent la
<Epg=5>république à se lever en masse pour marcher
contre *paris ,qu'ils appellent une nouvelle
*sodome ;alors mes jean-foutres ont le bec
jaune et ne savent quoi répondre.cependant
le bateleur *vergniaud ,dont la langue est si
bien enfilée,explique du mieux qu'il peut l'affaire.
"nous étions dans l'erreur,dit il;
nous croyons qu'on en voulait à nos jours;
nous pensions de bonne foi que *marat  voulait
nous faire égorger".
ah,foutre,comme certain juré lui a rivé son clou.
"misérable,s'est il écrié,en entendant ce
jean-foutre insulter à la mémoire de l'ami du
peuple,la preuve que tu mens,c'est que
*marat  a été assassiné et que tu vis encore!"
à ce mot le peuple,qui était sur le gril
de voir outrager son meilleur défenseur,
celui qui est péri pour lui,n'a pu retenir ses
applaudissements.
 § quoique vous ayez bec et ongles,infâmes
coquins,vous ne pourrez jeter de la poudre
aux yeux de vos juges et vous n'échapperez
pas au supplice que vous avez mérité.je sais,
foutre,que vous avez encore beaucoup d'amis,
qui,par dessous cape,employent le
vert et le sec,pour vous empêcher de faire
<Epg=6>la fatale culbutte au vis-à-vis de la statue de
la liberté;mais ils y perdront leur latin.les
feuillants,les royalistes,les aristocrates,les
accapareurs,tous les gros marchands,qui se
sont cotisés pour faire disparaître,encore une
fois,le pain pendant votre jugement afin
d'exciter un mouvement dans *paris ,dont ils
profiteraient pour vous donner la clef des
champs;toute cette bougre de canaille ne
réussira pas plus à vous empêcher de mettre
la tête à la fenêtre,qu'elle n'a pu s'opposer à
ce que le cornard *capet  et la louve autrichienne
ne jouent à la main chaude.on a
beau jeter les pains de quatre livres dans les
fosses d'aisance et dans les égouts,
 les *sans-culottes
ne perdront pas le change.s'ils
n'ont qu'une livre de pain,ils la partageront
avec leurs voisins;ils savent maintenant où
est la clef du grenier.une fois que vous et
vos amis,aurez la tête dans le sac,l'argent,
l'or,les farines reviendront en abondance.
voilà le noeud gordien et nous allons le délier.
 § braves bougres qui composez le tribunal
révolutionnaire,ne vous amusez donc pas à
la moutarde.faut il donc tant de cérémonies
pour faire raccourcir des scélérats que le peuple
<Epg=7>a déjà jugés;en auraient ils fait avec nous
s'ils avaient eu un seul moment,le grappin
sur les *sans-culottes ?tonnerre de dieu,rappelez
vous donc comme ils ont été vite en
besogne avec les patriotes de *marseille  et de
*lyon .n'allez donc pas chercher midi à quatorze
heures pour purger la république de
ces brigands.si on ose vous demander des
preuves pour les condamner,en voilà,foutre.
les colonies réduites en cendres;le *midi à
feu et à sang;la *vendée  couverte de monceaux
de cadavres;*lyon  en ruines,*toulon
livré aux *anglais,les millions de citoyens
égorgés sur des échafauds,*lepelletier ,*marat
assassinés,plus d'un million d'hommes morts
sur les frontières,dont les femmes et les enfants
vous demandent vengeance.voilà,foutre,
l'ouvrage de *brissot  et de son abominable
clique.tous ces brigandages,tous ces meurtres,
tous ces assassinats n'étaient encore
qu'un jeu en comparaison des crimes qu'ils
méditaient et qu'ils n'ont pu exécuter;car,
foutre,s'ils étaient arrivés à leur but,comme
l'a dit le prophète *isnard ,on chercherait sur
les deux rives de la *seine  le lieu où exista
*paris ,il n'y aurait pas plus de république
<Epg=8>que dessus ma main et la *france  entière ne
serait plus qu'un vaste cimetière que les brigands
couronnés se seraient partagés.million
de bombes,il n'y aurait plus de justice sur
la terre,si un seul de ces scélérats pouvait
échapper.le repos de la *france  en dépend.
que les têtes de ces brigands tombent donc
vite et qu'elles servent de signal pour abattre
dans tous les départements celles des jean-foutres
qui tourmentent le peuple,qui l'affament et
le trahissent,foutre.
 <Sda=1793> <numero=305><quinzaine=42> <semaine=421> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§ la grande joie   du *père *duchesne
après avoir vu défiler la procession des *brissotins ,
des *girondins et des rolandins,pour
aller jouer à la main chaude à la place de la
révolution.le testament de *cartouche  *brissot ,
et la confession du prêtre *fauchet
qui a fait le cafard jusqu'à la fin,pour faire
pleurer les vieilles dévotes,mais qui,dans le
fond du coeur,se foutait autant du père éternel
que du grand diable *belzébut .
<edito=1>§ adieu paniers,vendanges sont faites,tous
<Epg=2>les châteaux en *espagne  que vous avez bâtis,
infâmes *brissotins,s'en vont tous en fumée.
non,foutre,non la république que vous
aviez vendue aux brigands couronnés ne sera
point déchirée.le roi *georges *dandin  et
*pitt ,porte-esprit,ont tiré leur poudre aux
oiseaux.nous serons républicains malgré
toutes les guinées de l'*angleterre  et tout l'or
de l'*autriche  et de l'*espagne .partout nos
affaires prennent la meilleure tournure.les
brigands de la *vendée  sont dispersés et leurs
cadavres engraissent la terre qu'ils ont souillée
par leurs crimes;ce qu'il en reste est cerné
de toutes parts et va bientôt tomber sous les
coups des généreux défenseurs de la république  ;
  tandis,foutre,que l'armée du nord partout
victorieuse est aux trousses des gros talons et
des pieds plats que commande *cobourg   ;tandis
que *mons  ouvre ses portes au brave
*jourdan ,*brissot  et sa clique marchent à
l'échafaud.
tonnerre de dieu,que de besogne nous
avons fait depuis cinq mois;mais la meilleure,
foutre,c'est d'avoir purgé la convention des
scélérats qui voulaient perdre la république.
après avoir bataillé sept jours au tribunal
<Epg=3>révolutionnaire,leur arrêt a été enfin prononcé
et tous ont été condamnés à aller rejoindre
l'infâme *capet  qu'ils ont si bien défendu,et
qu'ils voulaient sauver contre vent et marée.
les bougres,qui se fiaient à leurs amis,et
qui croyaient que leurs têtes tenaient si fort sur
leurs épaules que jamais on ne réussirait à les
 en séparer,ont encore fait un dernier effort
pour  jeter de la poudre aux yeux de ceux qui
assistaient à leur jugement,et pour les foutre
dedans.vive la république,se sont ils écrié,
 en  jetant sur le peuple tous les assignats qu'ils
avaient dans leurs poches;mais,foutre,
fin contre fin,ne fait pas de doublure ;les
sans-culottes ont mis en pièces la fausse
monnaie de ces coquins,et de leur côté,
ils ont crié,mais de bon coeur,foutre,
vive la république,vive le tribunal.
le traître *valazé ,voyant qu'il n'y avait plus à
reculer,et qu'il fallait,bon gré,mal gré,
mettre la tête à la fenêtre,a tiré de sa manche
à l'italienne un poignard,et s'en est percé le coeur.
<Sat=1>il ne faut pas,
<Sat=0>a dit l'accusateur *fouquet ,
<Sat=1>que ce jean-foutre échappe à
l'infamie,je demande que son cadavre,
soit traîné au lieu du supplice.<Sat=0>
<Epg=4>le peuple applaudit et le tribunal l'a ordonné ainsi.
quoiqu'il fit un temps du diable,jamais,
foutre,il n'y a eu tant de foule dans les
rues de *paris ,que celle qui était rangée sur
leur passage,pour les voir défiler;de la cave
au grenier on entendait partout retentir les
cris de vive la république,vive la liberté et
l'égalité,à bas les fripons,à bas les traîtres,
avant de voir cheminer cette procession,
j'ai été curieux d'examiner de près ces garnements,
et de connaître ce qu'ils renfermaient
dans leur âme de boue.d'abord,
foutre,j'ai changé mon vieux gazon roussi
pour une petite perruque noire à l'anglaise,
et après avoir pris tout l'accoutrement d'un
matador de *londres ,je me suis introduit
dans la prison.arrivé auprès du chef de la
bande,j'ai baragouiné quelques mots   anglais.
milord *brissot  qui,comme on s'en doute,
avait déjà la vue bougrement embrouillée,
m'a pris pour un envoyé de son ami
*pitt ,et il m'a remis à la dérobée un paquet
contenant son testament.je m'esquive aussitôt
,et je vais dans un coin pour fouiller dans
cet amas d'ordures,et voir ce qu'il contenait,
j'ouvre et je lis: <Sat=1>
<Epg=5> testament de *jean-*pierre *brissot ,ci-devant
espion en *angleterre , aux gages de sa majesté
le roi de la *grande-*bretagne , et grassement
payé par son excellence milord *pitt , ministre
de la susdite majesté, ainsi que par les empereurs,
rois et autres puissances de l'*europe
pendant la révolution française, pour brouiller
les cartes, et mettre les français à chien et à
chat, afin de les empêcher de devenir républicains.
"au nom de la royauté et de la sainte
aristocratie, dont je n'ai jamais cessé d'être le
très humble et très dévoué serviteur, je déclare
à tous les siècles à venir ma volonté dernière,
et les sentiments sincères dont mon
coeur fût toujours animé".
"je vois trop maintenant qu'on ne peut
éviter son sort, et que lorsqu'on n'est pas
homme, on ne fait que se tirer d'un bourbier,
pour tomber dans un précipice. après
avoir cent fois escamoté  le gibet et la roue
sous l'ancien régime, je ne puis brissoter la
guillotine. me voilà sous la trappe; avant que
ma tête soit dans le sac, je profite de mes
derniers moments pour mettre ordre à mes
affaires, et disposer de ce qui est en ma
possession."
<Epg=6>"je lègue à sa majesté *georges , roi de la
*grande-*bretagne , mes plans, discours, motions,
projets, journaux et en général tous les écrits
que j'ai composé par ses ordres. tous ces
ouvrages lui serviront à semer la discorde,
à allumer la guerre civile, à dissoudre même
le parlement si jamais le peuple anglais s'avise
d'imiter le français et de vouloir être
libre tout de bon."
"je lègue à sa majesté, le roi de *prusse ,
les grandes balances qui lui ont servi  à peser
l'or et l'argent pour payer sa rançon à mon
compère *dumouriez , et le tirer du mauvais
pas où il s'était engagé, dans les plaines de
la *champagne . comme j'en ai eu ma bonne
part, ce don lui prouvera ma reconnaissance
et mon profond respect".
"je lègue toute ma dissimulation, toute
ma politique, toute ma perfidie à certains
personnages très connus qui sont aussi avides
de richesses que moi et qui ont des mains aussi
pleines que je les avais, mais je les avertis
d'être plus prudents, car les *sans-culottes
voyent clair maintenant; bientôt il n'y aura
pas seulement de l'eau à boire avec eux".
"je lègue à son excellence, mon sérénissime
protecteur le ministre *pitt , toutes mes
observations sur l'espionnage; elles sont de
main de maître, il sait tout le fruit qu'il en
a retiré".
"je ne recommande pas ma femme et mes enfants
à leurs majestés et puissances régnantes,
pour les bons offices que je leur ai rendus; je ne
<Epg=7>leur demande que la seule grâce de leur
conserver les propriétés que j'ai acquises en
*angleterre , en *suisse  et en *hollande".
<Sat=0>§tels étaient, foutre, les principaux articles
du testament de *cartouche *brissot ; après
avoir fini ma farce  auprès de lui, je me
déguisai en calotin pour tirer également les
vers du nez du prêtre *fauchet . en m'apercevant,
le  cafard se mit a genoux seulement
pour la frime, car lorsque je lui demandai à
défiler son chapelet, il me rembarra tout bas
comme si j'arrivais du pays de *congo  :
<Sat=1>"notre paradis, me dit il, notre purgatoire,
notre enfer sont de vieilles momeries pour
embêter les vieilles femmes, mais nous autres
enfants de la balle nous n'y croyons pas plus
qu'à *jean de *verd , parlons de ma chère
*calon , parlons de ces jolies muscadines,  ah $!
c'est là le crève-coeur; qu'il est cruel de se
séparer pour jamais de ce qu'on aime ! si je
pouvais croire à un paradis, ce ne serait qu'à
celui de *mahomet ."
<Sat=0>§bougre d'imposteur, m'écriai je, je savais
bien que malgré toi, tu ferais ta confession
sincère au *père *duchesne ; à ce mot, mon
jean-foutre baisse la tête, joint les mains et
dit des  oremus  pour tromper l'espion. moi,
foutre, je m'en vas chercher une place à louer
sur la place de la révolution, pour voir jouer
tous ces coquins à la main chaude. plusieurs
ont fait contre fortune bon coeur et quelques
uns se chatouillaient pour rire, mais, foutre,
ce n'était que du bout des lèvres, et l'as
<Epg=8>me foute si le diable y perdait rien. à chaque
tête qui roulait dans le sac tous les chapeaux
étaient levés en l'air, et la place retentissait
des cris de vive la république. ainsi finirent
les *brissotins, ainsi passeront tous les traîtres,
foutre.
  <Sda=1793> <numero=306> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande joie du *père *duchesne .
de voir que la convention fait la pluie et le
beau temps depuis qu'elle a écrasé les serpents
et les crapauds du marais. ses bons avis aux
braves *montagnards, pour les engager à donner
le coup de grâce à tous nos ennemis de l'intérieur,
en faisant raser tous les nids d'aristocrates
de *lyon ,et à ne pas donner de
relâche aux brigands couronnés, jusqu'à ce
qu'ils ayent payé les frais de la guerre.
<edito=1>§comme la convention est grande, comme
<Epg=2>elle est puissante, quand elle marche d'accord
avec les *sans-culottes ! l'infâme guenon
d'*autriche  que nous venons de raccourcir,
un jour, dit on, demandait quelques centaines
de millions au scélérat *calonne ; c'était
pour meubler le bordel de *trianon , ou pour
les jeter à la tête de la race du diable des
*polignac .
<Sat=1>"je sais, lui dit la gueuse, que la
*france  est épuisée, que le peuple est aux
abois, mais dût il crever sous le fardeau, il
me faut cette somme; je la veux absolument,
et bien vite; mets toi la cervelle à la torture,
imagine  quelque nouvel impôt, ouvre  un
emprunt, casse  les parlements, s'il le faut,
mais je veux être obéie. si la chose est difficile,
lui répondit le *mandrin , elle est déjà
faite, si elle est impossible, elle se fera".
<Sat=0>les millions furent trouvés dans le jour, et
dépensés aussi facilement; car ce qui vient
de la flûte , s'en retourne au tambour.
 § ce coquin de *calonne  connaissait bien
les ressources de la *france ; il savait, le
jean-foutre, que la nation était inépuisable,
et tant qu'il a eu l'éponge entre les mains, il
l'a pressurée, jusqu'à ce qu'elle fût desséchée.
si les rois, leurs ministres et leurs putains,
<Epg=1>malgré tous leurs brigandages, n'ont pu réussir
à ruiner et à perdre cette nation industrieuse,
que ne sera t elle pas, lorsqu'elle sera bien
gouvernée? je ne demande à nos législateurs
que de la probité et le sens commun, et ils
feront miracle, foutre; mais il faut qu'ils
fassent tout avec les *sans-culottes  et pour
les *sans-culottes ; car, hors la *sans-culotterie ,
point de salut. tous les bougres qui jusqu'à
présent lui ont tourné casaque, et qui ont
voulu jouer au fin, se sont cassés le nez.
 § quand j'ai vu les gredins de l'assemblée
constituante manigancer leur bougre de constitution
de *coblentz , et vendre le peuple au
tyran, je me suis dit: ce marché là ne tiendra
pas, c'est une lettre-de-change que le payeur
n'a pas acceptée: quand on compte sans son
hôte, il faut compter deux fois. vous pouvez
bien nous vendre, indignes et lâches mandataires;
mais vous ne vous livrerez pas. quand
les garnements de l'assemblée législative,
qui se croyaient les premiers moutardiers du
*pape , parce qu'il avaient des têtes en façon
de marc d'argent, suaient sang et eau pour
achever l'ouvrage des gâcheux qu'ils avaient
remplacé, je riais à gorge déboutonnée de
<Epg=4>leur sottise. vous avez construit votre tour
de *babel  sur un sable mouvant, leur disais je;
tout votre échafaudage va dégringoler, et
vous allez être écrasés vous-mêmes sous les
ruines de votre édifice, les murs que vous
voulez élever ne sont que de boue et de
crachat. c'est à nous , foutre; c'est aux
*sans-culottes  qu'il appartient de trouver le
tuf; nous seuls avons entre les mains les matériaux
propres à élever un temple à la liberté
qui durera autant que les siècles. c'est avec
nos bras robustes qu'il sera construit; c'est
avec le sang des voleurs et des traîtres qu'il
sera cimenté. ce que j'ai prédit est arrivé,
le grimoire de l'assemblée constituante ne
sert plus qu'à l'épicier et à la beurrière, et
les *sans-culottes  n'en ont pas fait un autre
usage que des chiffons que les charlatans font
distribuer sur le *pont-*neuf , pour annoncer
qu'ils guérissent de tous les maux, excepté de
celui qu'on a.
 § il n'en sera pas ainsi de votre ouvrage,
législateurs *sans-culottes ;
 la constitution républicaine
que vous avez donnée sera l'évangile
des nations, parce que vous avez joué
beau jeu, bel argent, et que vous avez voulu
<Epg=5>de bonne foi le bonheur du peuple. tous
les bougres qui vous ont barré chemin et qui
ont mis des bâtons dans les roues, se sont
brûlés à la chandelle. vous avez voulu ce
que le peuple voulait, vous avez fait ce que
le peuple ordonnait, et vous avez été tous
puissants.la tête du dernier tyran a roulé sur
l'échafaud, la louve autrichienne a été raccourcie,
les *brissotins, les *girondins ont joué
à la main chaude. dans peu de jours les ennemis
de l'égalité d'un bout à l'autre de la
république, n'empoisonneront plus l'air que
nous respirons; malgré les perfidies et les
trahisons des jean-foutres qui commandaient
nos armées, le sang des *autrichiens, des
*prussiens, des *espagnols, des *anglais a arrosé
nos campagnes et leurs cadavres engraisseront
la terre de la liberté. les accapareurs de
*marseille  et de *bordeaux , qui voulaient faire
bande à part et démembrer la *france  pour
être les rois du *midi , ont été forcés de mettre
les pouces et de fléchir le genou devant la
statue de la liberté. les marchands de galon
de *lyon  qui, pour trouver un meilleur débit
de leurs soieries et de toutes les foutaises qu'ils
fabriquent, voulaient rétablir la royauté et
<Epg=6>ramener à *versailles  toute la canaille de l'ancien
régime, ont vu leurs maisons et leurs
magasins réduits en cendres. je m'en repose
sur toi, brave *collot  pour achever la besogne.
donne  le coup de grâce aux muscadins  qui
osent encore lever la tête. fais raser les restes
de cette ville rebelle. que son exemple
épouvante celles qui seraient tentées de
l'imiter, et toi, sainte montagne, lances la
foudre de toutes parts sur les scélérats qui
ont livré *toulon . que les boulets rouges,
que les bombes, que le soufre et le feu
pleuvent sur ses remparts. il n'y a plus dans
ses murs que des traîtres à exterminer.
les patriotes y ont tous été égorgés. c'est là
que deux représentants du peuple ont été assassinés.
quand cette ville criminelle ne sera
plus, qu'avec ses débris  on en construise une
nouvelle peuplée des *sans-culottes  qui ont
été opprimés pendant la révolution. braves
*montagnards, qui avez sauvé la *france ,
donnez le dernier coup de collier. maintenant
que vous connaissez toute votre force,
frappez, renversez tous nos ennemis. que
nos armées victorieuses poursuivent leurs
conquêtes dans la *belgique , non pas pour
s'amuser à la moutarde, en plantant de ville en
ville l'arbre de la liberté,
 qui ne peut prendre racine
sur cette terre ingrate; mais que les *belges
stupides, qui ont prêté les mains à l'infâme
*dumouriez  pour faire massacrer les braves
soldats qui  combattaient pour les rendre
libres, que ces vils esclaves soient désarmés;
<Epg=7>que tous les magasins des villes, que nous allons
réduire servent à habiller nos bataillons; que
toutes les propriétés des riches de cette contrée
, que l'or et l'argent des églises nous indemnisent
des frais de guerre. quand nous
aurons fait un vaste désert depuis nos frontières
jusqu'à *bruxelles , que nos bataillons,
chargés de butin, rentrent dans nos villes de
guerre, pour y passer le quartier d'hiver,
et y attendre de pied ferme les satellites des
despotes jusqu'au printemps prochain s'il leur
prend encore fantaisie de venir nous attaquer.
mais non, foutre, les tyrans sont à  quia .
ils comptaient plus sur
 les traîtres qu'ils soudoyaient
parmi nous , que sur leurs armées.
grâce à sainte guillotine, les conspirateurs
disparaissent et ils ne pourront plus tirer que
des coups d'épée dans l'eau,ainsi donc, tous
les brigands couronnés, après avoir épuisé
leurs dernières ressources pour nous asservir,
ne vont savoir de quel bois faire flèche. ils
voient leurs trônes ébranlés et ils pâlissent
d'effroi de subir, avant qu'il soit l'âge d'un
petit chien, le sort de leur confrère *capet .
ils vont tomber à nos pieds pour nous demander
la paix. ils ne doivent l'obtenir
qu'aux conditions les plus dures et que lorsqu'ils
auront payés les frais de la guerre et que
lorsque nous leur aurons lié pieds et mains
pour leur empêcher de nous nuire.
 § voilà, braves *montagnards, la tâche honorable
que le peuple vous a confiée. vous
avez juré de la remplir et vous tiendrez parole.
<Epg=8>quand la *france  sera délivrée de ses
ennemis du dedans et du dehors, vous céderez
le terrain à qui doivent vous remplacer.
vous irez dans vos départements jouir
du fruit de vos travaux et recevoir les bénédictions
du peuple dont vous aurez fait le
bonheur. vous y ferez respecter les saintes
lois que vous avez décrétées; vous défendrez
les opprimés, vous serez le soutien des faibles
et l'effroi des conspirateurs, la consolation
des malheureux; tant que vous vivrez, vous
serez chéris et respectés, et après votre mort,
votre mémoire sera sacrée. voilà ce qu'on
gagne à être honnête homme, foutre.
  <Sda=1793> <numero=307> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande joie du *père *duchesne .
en donnant le coup de grâce aux calotins, et
en faisant connaître aux sots qu'ils embêtaient,
tous leurs tours de passe-passe et
leurs prétendus miracles. sa  grande joie  de
voir les braves *sans-culottes  des villes et
des campagnes dénicher tous les magots et
magotes des églises, pour mettre à la place la
statue de la liberté.
<edito=1>§ l'homme est un animal d'habitude, qui,
<Epg=2>sans savoir pourquoi, fait toujours à sa
vieille routine, il ne sait, la plupart   du temps,
ni comment, ni pourquoi il agit. sur cent
individus, il n'y en a pas deux qui se donnent
la peine de penser et de réfléchir; les trois
quarts et demie des animaux à deux pieds
sont de véritables singes qui gambadent, quand
ils voient gambader, et qui font toutes les
grimaces qu'ils voyent faire. demandez,
foutre, à ce cagot, qui passe les jours et les
nuits en oraison, qui fait de sa vie un carême
perpétuel, qui, pour plaire au père éternel,
devient maigre comme un hareng-saur, et
hideux comme un squelette, pourquoi il se
détruit ainsi lui-même de ses propres mains;
il vous dira qu'il a peur du diable; demandez
lui ce que c'est le diable, il vous répondra
que c'est un esprit malfaisant qui embroche
avec sa fourche de fer les âmes des damnés,
aussitôt qu'elles sortent de leurs corps, pour
les précipiter au  fin fond des enfers dans des
chaudières remplies d'huile bouillante et dans
le plomb fondu; serrez la boîte à ce bougre
d'imbécile, et demandez lui encore ce que
c'est qu'un esprit, s'il a vu des esprits, il
vous répondra que ça ne se voit pas, que ça
<Epg=3>ne se touche pas, que ça ne se sent pas
même; ripostez et soutenez que celui qui
croit à ce qu'il n'a vu ni senti, est une
foutue bête; il vous appellera impie, athée;
foutez vous en, mais ne quittez prise que
lorsqu'il vous aura appris de qui il tient ces
contes à dormir debout, il sera forcé de
convenir qu'il parle d'après sa nourrice;
allez interroger la nourrice, celle-ci vous
répondra également que c'est aussi sa nourrice
qui lui a parlé du diable , du bon dieu,
du paradis et de l'enfer; ainsi donc, foutre,
en remontant de nourrices en nourrices, de
vieilles femmes en vieilles femmes, on trouvera
la source de toutes les sottises et de
tous les tours de gibecière avec lesquels on a
embadaudé les hommes.
 § veut on savoir au vrai quel est le bougre
qui a inventé le diable et l'enfer, je vais le
dire, foutre. au temps jadis, avant le déluge,
il y avait ni muscadins ni muscadines.
tous les hommes ne formaient qu'une même
famille, tous travaillaient également. ils
étaient libres et égaux et heureux par conséquent;
tout était en commun, chacun mangeait
dans la même gamelle. personne ne
<Epg=4>songeait ni au  tien  ni au  mien . certain vaurien,
paresseux, gourmand, libertin, s'ennuya
de cette vie douce et paisible; il se
dit en lui-même: que je serais heureux si
je pouvais rester les bras croisés, tandis que
mes frères et mes voisins travaillent pour
moi, si je pouvais à moi seul dévorer la
part d'une demie douzaine ou plus, si, sans
avoir aucune femme pour mon compte, je
pouvais être le mari de toutes et vivre sur
le commun! qu'imaginer, que faire pour
embêter les autres et leur persuader que je
vaux mieux qu'eux, les déterminer enfin à
croire que tout ce que je leur dirai. tandis que
mon jean-foutre bâtissait ces châteaux en *espagne ,
l'air se couvrait de nuages, la foudre
grondait, l'éclair brille, l'orage redouble, la
grêle tombe, chacun fuit dans sa cabane pour
y trouver un asile, et mon jean-foutre fuit et
se cache comme les autres. l'orage se dissipe
peu à peu, le coquin voyant le danger passé,
sort le premier de sa tanière, une baguette
à la main, il trace des cercles sur terre,
lève les mains au ciel; tout le canton accourt
pour examiner le bougre d'endormeur; on le
prend pour un fou; mais le fripon ne perd
<Epg=5>pas la carte. <Sat=1> "savez vous,
 <Sat=0> dit il à ceux qui l'entourent,
 <Sat=1> savez vous ce que je viens de
voir? pendant l'orage, tandis que vous vous
cachiez, je suis resté seul au milieu de ce
champ, et j'ai bravé la foudre et la grêle;
j'ai fait plus, j'ai fixé les nuages d'où partaient
les éclairs, et j'ai aperçu,
tremblez, mes amis, mettez vous à genoux,
j'y ai vu un vieillard vénérable avec une barbe
blanche. c'est moi, m'a t il dit, qui ai créé
le ciel et la terre, c'est moi qui tiens la foudre
entre les mains, c'est moi qui conduis le
soleil, c'est moi qui fais germer les grains et
qui mûris les fruits; c'est moi qui  ai fait le
premier homme avec un morceau  de boue
que j'ai pétri avec ma salive ; je te charge
d'apprendre aux hommes ces grandes vérités;
tu m'appelleras dieu, tu leur ordonneras de
frémir en entendant prononcer mon nom, et
tu seras mon maître d'affaires sur la terre, et
pour m'entretenir plus souvent avec toi, je
te défends de travailler, et j'ordonne aux
autres hommes de te nourrir, et t'habiller,
de t'obéir, de te respecter comme moi-même".
<Sat=0> § à ce discours, tous les badauds (car il y en
a eu dans tous les temps et dans tous les pays,)
ouvrent le bec d'un aulne.
<Sat=1>" ce n'est encore rien,
<Sat=0> ajoute le bougre de bateleur,<Sat=1>
après avoir vu, comme je vous vois, et parlé  face
à face avec le père éternel; un animal cornu
à longue queue, vomissant le feu, ayant de
longues griffes crochues, m'a aussi tôt apparu.
tu viens de voir le dieu du ciel, me dit il
<Epg=6>moi, je suis celui des enfers, et quoique nous
soyons aussi ennemis que le feu et l'eau, je
suis forcé de lui obéir, c'est de moi qu'il se
sert pour tourmenter les âmes après leur mort;
par ses ordres, je les plonge dans le soufre ,
dans l'huile bouillante,
 en un mot je m'appelle le diable". <Sat=0>
 § tous les petits enfants, toutes les vieilles
femmes joignent les mains et sont transis de
peur en entendant ce récit. quelqu'un embarrasse
un peu cet imposteur, en lui demandant
ce que le diable a voulu dire en parlant
d'une âme. l'âme, réplique mon bougre,
c'est votre esprit, votre raison qui existeront
encore après votre mort. plusieurs vieillards,
gens de bon sens, secouent la tête en  entendant
ainsi déraisonner, ils proposent de
donner une calotte de plomb à l'animal sans
cervelle qui croit les endormir avec ces
contes bleues; mais les vieilles femmes l'écoutent
en silence, l'admirent, sont transies de
peur. le fourbe continue cette marotte; le bon
dieu, à ce qu'il assure, vient le visiter; tous
les jours, enfin, il prend le nom de  prêtre .
ce mot là, dans la vieille langue, signifie
celui qui vit des sottises d'autrui. il obtient
tout ce qu'il avait désiré. il se couvre d'une
longue robe chargée d'or. on lui apporte
les premiers fruits de la terre, de jeunes
agneaux, tout ce que la terre produit, tout
ce qui sort des mains des hommes leur est
délivré  gratis pro deo ; enfin mon bougre boit
et mange, ronfle, la grasse matinée, tandis
<Epg=7>que les imbéciles qui le nourrissent travaillent
et suent sang et eau.
 § voilà, foutre, comment a commencé la
bougre de calotte; voilà comme quoi le
premier autel a été élevé, et comme la bêtise
des hommes a toujours été en augmentant.
les prêtres ont pris racine de plus en plus.
enfin, pour les démasquer et leur donner le
meilleur et le plus sage des humains; le fils
d'un pauvre charpentier nommé *jésus , fit
connaître toutes leurs fourberies; avant lui
les prêtres des *juifs  ne vivaient
 que de brigandages,
ils ordonnaient à l'un d'égorger
son fils; ils forçaient l'autre d'immoler sa
fille; ils n'avaient d'autre passe-temps que de
faire massacrer les hommes, et ils nageaient
dans des flots de sang; mais quand le brave
*sans-culottes  *jésus  parut, il prêcha la
bienfaisance, la fraternité, la liberté,
l'égalité, le mépris des richesses. tous les
prêtres menteurs eurent bientôt les ongles
rognés, et ils tombèrent dans le mépris. il
est vrai que les scélérats s'en vengèrent de la
bonne sorte; d'accord avec les juges et le
*capet  de ce temps, ils firent pendre le pauvre
*sans-culotte *jésus , mais pour mieux le persécuter,
après sa mort, ils s'emparèrent de
sa dépouille, ils défigurèrent son évangile,
et ils le firent même servir à leurs jongleries.
ils ont fait un dieu de sang du meilleur *jacobin
qu'il y a eu sous la calotte des cieux, et en
son nom ils ont égorgé la moitié des générations.
<Epg=8>*dieu  soit loué, les *jean-foutres  sont
démasqués. dans les villes et les campagnes,
on  les chasse à coups de fouet. ils sont obligés
de rendre à la république tout ce qu'ils ont volé
au peuple ignorant. les calices, les ciboires,
les croix d'or et d'argent pleuvent à la monnaie,
la statue de la liberté remplace , dans
les églises, les magots que les fourbes appelaient
des saints. patience, avant peu, nous
n'aurons pas plus de calottes, que de nobles
et de rois, foutre.
 <Sda=1793> <numero=308> <semaine=422> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande joie du *père *duchesne .
au sujet du raccourcissement de *capet-*bordel ,
ci-devant duc d'*orléans . ses bons avis au
tribunal révolutionnaire pour qu'il batte le
fer pendant qu'il est chaud, et qu'il fasse
promptement passer sous le rasoir national le
traître *bailly , l'infâme *barnave  et tous les
tripotiers de l'assemblée constituante qui ont
vendu au plus offrant le peuple à la tyrannie.
<edito=1> § tôt ou tard, foutre, la vérité perce, les
<Epg=2>fourbes se démasquent eux-mêmes, et à la fin
justice se fait; que de fourbes, que d'intrigants,
que de scélérats ont fait la pluie et le
beau temps depuis la révolution! pauvre
peuple, que de miracles pour éviter tous les
pièges qu'on t'a tendus! qu'il t'a fallu de
bon sens et de courage pour résister à tous
les coups de chien que l'on a imaginé pour
te perdre! comment n'as tu pas jeté le
manche après la cognée, en voyant tant de
fripons abuser de ta confiance?
 § tonnerre de dieu, quand je regarde derrière
moi, et que je repasse en ma mémoire
tout ce qui s'est passé depuis la prise de la
*bastille , les bras me tombent, et je n'en
reviens pas, foutre. un animal féroce nommé
roi, c'est à dire mangeur de chair humaine,
s'engraissait, lui et sa bougre de race, depuis
plus de quinze cents ans du sang de vingt cinq
millions d'hommes. le peuple stupide
et avili par un si long esclavage, ne connaissait
plus ni sa force, ni sa dignité; aussi docile
que la bête à somme, il portait le fardeau
sans murmurer, et il baisait en tremblant la
main qui l'opprimait. qui trop embrasse,
mal étreint. le tigre couronné croyant qu'il
<Epg=3>pourrait dévorer à son aise tout le troupeau
timide qu'il gouvernait suivant ses caprices
et son appétit glouton, a redoublé de cruauté.
le ver rampant que l'on écrase se recoquille,
et fait du moins faible effort pour résister à
la douleur. le taureau rugit sous la hache du
boucher, et s'il vient briser la corde qui l'enchaîne,
transporté de fureur , il écrase avec ses
cornes terribles le bourreau qui l'a frappé, et
dans sa rage il se précipite sur tout ce qui l'entoure
il renverse, il donne la mort de tous
côtés et porte au loin l'épouvante. voilà,
foutre, l'image du peuple dans les premiers
jours de la révolution; quand il eut brisé sa
chaîne, tout trembla devant lui, mais quand
sa colère parut apaisée, il se vit environné
aussitôt de milliers de jean-foutres qui l'amadouèrent
pour l'enchaîner comme de plus belle.
§l'égorgeur royal se dit en lui-même:
 <Sat=1> "il faut
mettre de l'eau dans mon vin, car si je veux
tomber à coup redoublés sur ce taureau furieux
avant de l'avoir lié et garrotté,je m'expose
à périr sous ses coups, il faut le réduire
par finesse. je vais le flatter, le cajoler, lui
donner pour la frime tout ce qu'il parait désirer;
je consentirai à renvoyer pour un peu
<Epg=4>de tous mes garçons de tuerie, c'est à dire,
les princes, les ducs et pairs, les marquis,
tous les nobles, enfin les cardinaux, les évêques,
les financiers, les parlements; je me servirai
pour le dompter de nouveaux garçons
de massacre et je les prendrai parmi les bergers
que le taureau regarde comme ses défenseurs,
c'est à dire dans l'assemblée nationale elle-même.
il est un loup déguisé sous la peau de
l'agneau, un certain *mirabeau  avec lequel
j'ai déjà fait secrètement mon marché, je lui
graisserai bien la patte pour me vendre une
loi martiale, un droit de  veto , une liste civile
et d'autres lois pareilles, qui seront
entre mes mains, autant de couteaux pour
égorger ce peuple qui ose se regimber. j'ai
aussi dans ma manche un *bailly , un *la-*fayette
tous prêts à me prêter les mains, quand je
voudrai égorger, massacrer et dévorer les
entrailles de la victime. ce n'est rien encore,
des *barnave , des *thouret , des *duport , le
coquâtre *dandré  et deux cents autres me
prépareront les cordes et les chaînes avec
lesquelles je réduirai mes esclaves".
<Sat=0> § ainsi raisonnait l'infâme cornard, que
nous avons raccourci. ce n'était pas la seule
<Epg=5>bête féroce qui voulait nager dans notre sang
un loup-cervier, nommé d'*orléans , flânait
autour du peuple, pour faire aussi sa curée.
<Sat=1>"*sans-culottes ,<Sat=0> disait il,
<Sat=1> fiez vous à moi,
 je suis l'ennemi mortel de l'ogre royal,
et, quoique je sois de sa race, je ferai tout
ce que vous exigerez pour vous en délivrer".
<Sat=0>§les *sans-culottes , qui savent que les loups
ne se mangent pas, ne furent pas dupés des
paroles sacrées du loup-cervier; cependant,
aussi fins que ceux qui voulaient les foutre
dedans, ils se servirent de la patte du chat pour
tirer les marrons du feu. le loup-cervier,
croyant se mettre à la place de l'ogre royal,
épuisa toutes ses richesses, pour donner des
crocs en jambes à son cousin *capet .
 § tandis, foutre, que ces deux monstres
étaient aux prises, et s'entre-déchiraient pour
avoir leur proie,
 les *sans-culottes  se fortifiaient,
et ils marchaient petit à petit vers la
liberté; enfin ils foutirent le trône en canelle,
l'ogre royal et la guenon d'*autriche  jouèrent
à la main chaude, ce ne fût pas sans peine,
car les renards *brissotins , les serpents de la
*gironde  et tous les crapauds du *marais de la
convention furent lâchés sur le peuple et
<Epg=6>l'assiégèrent de tous les côtés, quand il voulut
donner le coup de grâce à la royauté. "nous
avons consenti à la révolution, disaient les
avocats, mais c'était pour être présidents et
conseillers aux parlements, et pour changer nos
robes noires pour des robes rouges, et puisque
nous avons tiré notre poudre aux moineaux,
nous nous rangeons sous la bannière de l'aristocratie;
et nous, ripostaient les gros marchands,
nous avons endossé l'habit bleu et
nous nous sommes joints d'abord aux *sans-culottes
pour foutre la chasse aux nobles,
mais c'était dans l'espérance de les remplacer;
puisqu'il n'existe plus de citoyens actifs, et
qu'on veut nous confondre avec la  canaille ,
nous allons faire du pis que nous pourrons,
nous deviendrons accapareurs, fédéralistes,
aristocrates, royalistes; au foutre la république,
vive la royauté; et nous aussi, ripostaient
les  calotins, en faisant  chorus  avec
tous ces viédases,
 nous avons accepté la constitution
civile du clergé, nous avons juré,
mais c'était pour avoir des curés et des évêchés
mais  maintenant qu'on se fout de tous nos tours
de passe-passe,
 et que nos singeries sont découvertes,
nous allons  aiguiser les poignards,
<Epg=7>allumer la guerre civile et remuer ciel et terre
pour avoir un roi qui rétablisse la dîme, les
canonicats, les bénéfices simples, les moines,
les religieuses, et qui rende au clergé tous
ses biens et dignités. courage, courage, s'écriaient
à la fois les riches, en attisant le feu,
nous ne payerons point d'impôt, nous réduirons
notre dépense pour faire tomber les
manufactures, nous enterrerons notre or et
nous ferons tirer la langue d'une aulne aux
*sans-culottes , pour leur apprendre à vouloir
être nos égaux.
 § voilà pourtant, foutre, tous les ennemis
que nous avons eu à combattre: voilà toutes
les étamines par lesquelles il a fallu passer.
c'est au milieu de tous ces corsaires, qu' une
poignée de véritables républicains a conduit
une petite nacelle toujours prête à être engloutie
par les gros vaisseaux, qui lâchaient
sur elle leur bordées de tribord et de bâbord,
elle arrive enfin à bon port. l'ogre
royal a mis la tête à la fenêtre, les *brissotins
ne sont plus, les accapareurs de *marseille  et
*bordeaux  sont à  quia . l'or des marchands
de galon de *lyon  va payer les frais de la
guerre; dans peu de jours *toulon  sera rasée.
les calotins et les marchands d'orviétan sont
sur la même ligne: l'armée révolutionnaire va
mettre les riches à la raison; les *autrichiens,
les *prussiens, les *espagnols, ne savent plus de
quel bois faire flèche:  ça va , foutre, *philippe
d'*orléans , autrement dit *capet-*bordel  s'est
pris dans le piège qu'il tendait
 à la *sans-culotterie ,
<Epg=8>et le rasoir de l'égalité vient de faire
sauter la tête de cet infâme escroc. on accusait
les *jacobins de le vouloir pour roi. les *jacobins
demander un roi! c'est tout comme si
on accusait *pitt  et *cobourg  d'être les amis
de la république.c'est par des *jacobins,
par de véritables *jacobins que le bougre vient
d'être jugé; voilà comme les patriotes répondent
à la calomnie. à ton tour *coco-*bailly ,
maire-grue; à ton tour bateleur
*manuel ; à ton tour traître *barnave , et vous
tous, gredins de réviseurs de l'assemblée
constituante, qui avez vendu le peuple au
tyran, vous ne l'échapperez pas, j'en jure sur
ma moustache, foutre.
  <Sda=1793> <numero=309> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande joie du *père *duchesne .
 de voir que les cagots sont obligés
 de se cacher
dans leurs caves pour y dire leurs patenôtres et
leurs  oremus  , et mangent du fromage de ce
que les *français ne veulent pas avoir d'autre
dieu que la liberté.  leurs  prières et leurs
lamentations  en accusant le bon dieu de
devenir *sans-culotte , attendu qu'il ne lance
pas sa foudre pour exterminer ceux qui ne
croient pas à leurs contes de bonne femme.
<edito=1> § j'ai tant de choses à dire, foutre, que
<Epg=2>je ne sais pas par où commencer. tonnerre de dieu
comme le tribunal révolutionnaire en
abat! ah! foutre, s'il avait existé deux ans
plus tôt, nous serions maintenant libres et
heureux! nous avons d'abord joué avec la
liberté à *colin-maillard , et nous l'avons
cherché en tâtonnant, au lieu de renverser
et de détruire tout ce qui nous séparait d'elle.
si nous avions profité des bons avis de *marat ,
quand l'assemblée constituante tourna casaque
au peuple, et si trois cents potences avaient
été plantées sur la terrasse des *tuileries  pour
y accrocher les jean-foutres qui nous trahissaient,
des flots de sang n'auraient pas coulés,
il n'en aurait pas coûté la vie à un million de
braves *sans-culottes  pour assurer notre
liberté. si l'infâme *capet  et la louve d'*autriche
avaient été raccourcis, après l'équipée de
*varennes , la révolution aurait avancée de
deux ans; notre numéraire n'aurait pas passé
à *vienne , et nous n'aurions pas fourni des
verges pour nous fouetter; les brigands
couronnés n'auraient pas osé foutre le
nez dans nos affaires; ils ne nous auraient
jamais attaqué, si le monstre que nous
avions lâchement conservé, ne leur avait livré
<Epg=3>les clefs de la *france . si le 10 août le peuple
avait su réparer le temps perdu, en immolant le
tyran et toute sa bougre de race sur les cadavres
des citoyens qui venaient d'être égorgés
par ses ordres, la convention n'aurait
pas été déchirée pendant cinq mois et la république
à deux doigts de sa perte.
 § il n'y a pas à barguigner, foutre, en révolution,
il faut s'attendre à tuer ou à être tué.
si les *brissotins n'avait pas été guillotinés,
les patriotes l'auraient été.
<Sat=1> vous faites bien de nous raccourcir,
<Sat=0> a dit le traître *biroteau en allant au supplice
<Sat=1>, car si nous avions eu
le dessus, nous ne vous aurions pas épargné;
il n'y aurait pas eu assez de bourreaux pour vous
détruire.<Sat=0> comme on voit, la bonne volonté
ne manquait pas à ces jean-foutres et nous
devons une belle chandelle à sainte guillotine;
car si tous les *sans-culottes  n'ont pas perdu
le goût du pain, ce n'est pas leur faute. ils
voulaient couper l'arbre de la liberté par la
tête et par les racines. d'abord ils se déchaînèrent
comme des chiens enragés contre *robespierre ,
ils l'accusèrent de vouloir être
dictateur, et ils voulaient le condamner sans
entendre; mais ce brave bougre avait heureusement
<Epg=1>bec et ongle; il les confondit et ils
ne tirèrent que des coups d'épée dans l'eau;
ensuite ils déchirèrent à belles dents *marat ,
et ils le firent passer dans les départements comme
un véritable loup-garou: ils dirent qu'il
voulait être roi; ils le représentèrent avec
une couronne de poignards surmontés de
têtes de morts, tenant à la main une cuisse
qu'il dévorait en guise de sceptre.
tous les badauds de la *gironde , des *bouches
du *rhône , du *finistère  , du *calvados
croyaient aussi fermement au roi *marat ,
que *brissot  à la contre-révolution. et moi
aussi, pauvre marchand de fourneaux,qui
n'a jamais eu d'autre ambition que de voir
la république établie et les *sans-culottes
heureux, ils me firent passer pour un buveur
de sang, ils m'accusèrent de vouloir dissoudre
la convention, comme si une convention
pouvait se manier comme une terre glaise
que je pétris à mon gré et suivant mes
caprices. si la querelle d'allemand des viédases
du comité des douze avait réussi, il y a gros,
foutre, que ma vieille tête aurait tombée
dans le sac, et après la mienne, celle de tous
les bougres à poil qui ont défendu les droits
du peuple.
 § c'est donc pain béni que d'exterminer
tous les scélérats qui voulaient nous perdre.
mieux vaut tuer le diable que le diable nous
tue, comme je l'ai dit cent fois. les *sans-culottes
ont donc bien fait, dame *coco , de
te faire jouer à la main chaude; car si ton
<Epg=5>vieux cocu ne s'était pas cassé le nez avec
son brissotage, tu aurais été une seconde
autrichienne. ainsi donc, foutre, tandis que
le tribunal révolutionnaire a la bride sur le
col, qu'il nous délivre promptement de tous
les jean-foutres qui ont manigancé
 la contre-révolution
avec l'ogre royal et des scélérats
qui ont voulu le sauver. puisque la terreur
est à l'ordre du jour, et la guillotine permanente,
que tous les ennemis du peuple
périssent! n'allons pas saigner du nez, et faire
un seul pas en arrière;
 car les contre-révolutionnaires
se relèveraient bientôt, et recommenceraient
de plus belle. surtout ne perdons
pas de vue les calotins, et tenons en joue
toute la canaille de la cagoterie. les dévots
et les dévotes désolées de voir leurs saints
dénichés, vont jouer de leur reste, et remuer
ciel et terre pour nous tourmenter. ah$!
foutre, quel fromage ils ont mangé, quand
ils ont vu l'évêque *gobet  et ses grands vicaires
venir faire amende honorable à la barre de
la convention, et découvrir le pot aux roses,
en déclarant que les prêtres étaient des
escamoteurs, des fourbes qui vivaient aux dépends
des sots, que l'enfer et le purgatoire
étaient des contes de bonne femme. ces bateleurs
qui pendant quinze cents ans avaient
fondé leur cuisine sur le mensonge et la superstition,
auraient ils consenti à renverser
ainsi leur marmite,  s'ils n'avaient pas eu
l'épée dans les reins et s'ils n'avaient pas cru
davantage à la vertu de sainte guillotine qu'à
<Epg=6>leur petit bon dieu de pain à cacheter. ah le
beau jour! ah la bonne fête que nous avons
célébrée à la dernière décade! quel spectacle
de voir tous les enfants de la liberté se
précipiter dans la ci-devant cathédrale, pour
purifier le temple de la  sottise et le consacrer
à la vérité, à la raison! ces voûtes où on
n'avait jamais entendu que le croassement
des corbeaux de l'église, où on n'avait jusqu'alors
entendu chanter que des psaumes et
des litanies, ont retenti des chansons patriotiques.
à la place de cet autel où des prêtres menteurs
persuadaient à des imbéciles que le dieu du ciel
descendait par leur ordre, en marmottant
quelques mots de latin, et passait tout
entier, comme une muscade, dans un petit
morceau de croquet; à la place de cet autel,
ou plutôt de ces tréteaux de charlatans, on
avait construit le trône de la liberté. on n'y
plaça pas une statue morte, mais une image
vivante de cette divinité, un chef d'oeuvre
de la nature, comme l'a dit mon compère
*chaumette . une femme charmante, belle comme
la déesse qu'elle représentait, était assise au
haut d'une montagne, un bonnet rouge sur la
tête, tenant une pique à la main, elle était
entourée de toutes les jolies damnées de
l'opéra qui à leur tour ont excommunié la calotte,
en chantant mieux que des anges, des
hymnes patriotiques. les *sans-culottes , enchantés,
criaient bravo à plein gosier; tous
juraient de ne reconnaître pour divinité que
la patrie et de mourir pour elle.
<Epg=7> § après avoir ainsi purifié le temple de la
jonglerie, les *sans-culottes  firent une procession
civique à la convention.des canonniers
ouvraient la marche en portant au bout
d'une pique, en guise de bannière, la dépouille
du prince de la calotte, c'est à dire,
la chape, cousue d'or, et la mitre de l'archevêque.
les membres des autorités constituées
défilaient avec les ministres, tous
coiffés de bonnets rouges, en faisant retentir
l'air des cris de vive la liberté, vive l'égalité,
vive la république, vive la raison. quatre
lurons de la *halle  portaient sur son trône la
divinité chérie.
 il fallait entendre les applaudissements
de la convention , quand ce cortège
défila dans son sein. la divinité fût placée
auprès du président, c'est à dire de son grand
prêtre: quand on est si près du bonheur, on
ne peut s'empêcher de donner quelque signe
de vie, le brave *laloy , au nom de tout le
peuple français, donna, à la divinité, la
plus douce accolade en signe du respect et de
l'amour constant que les  républicains auront
toujours pour elle. la convention décréta que
le peuple de *paris  et ses autorités constituées
avaient bien mérité de la république, en donnant
ce grand exemple à l'univers. elle voulut
rendre le premier hommage au temple de la
raison, et elle reconduisit la liberté dans son
sanctuaire. toutes les rues étaient garnies
d'une foule immense qui était aux nues de voir
ce grand spectacle. les bigots étaient cachés
dans leurs caves, et ils enrageaient contre
<Epg=8>leur bon dieu; quelques uns même l'accusaient
de devenir *sans-culotte ; car il faisait le plus
beau temps du monde. pour combler la joie
publique, l'écorcheur du *champs-de-*mars  , le
traître *bailly , venait d'être condamné par
le tribunal révolutionnaire, tant il est vrai
qu'un bonheur n'arrive jamais sans l'autre,
foutre.
 <Sda=1793> <numero=310> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande colère du *père *duchesne ,
   de voir que toutes les bigotes  font feu des
quatre pieds, pour conserver leur vieilles reliques!
ses  bons avis  aux *sans-culottes , pour
qu'ils aillent s'instruire à la comédie qui vaut
mieux que les sermons des capucins. sa
 grande revue  des spectacles, pour dauber ceux
qui gouaillent la *sans-culotterie , et pour
soutenir les braves bougres qui jouent des
pièces républicaines.
<edito=1> § l'autre jour je fumais ma pipe au coin
<Epg=2>de mon feu; ma *jacqueline  tricotait et mes
petits marmots se roulaient par terre en
jouant avec mon caniche; tout était paisible
dans mon ménage, quand tout à coup, foutre
une vieille édentée du voisinage, une dévote
à trente  six carats vient nous montrer sa face
de carême et m'ennuyer de ses contes à dormir
debout.<Sat=1> *mère *duchesne ,
<Sat=0> s'écriait elle en joignant les mains et
 en s'adressant à ma *jacqueline ,
<Sat=1> qu'allons nous donc devenir, on ne
connaît plus dieu ni ses saints? on détruit la
religion! ah que le bon dieu doit être en colère!
miséricorde! le jour du jugement va
sans doute arriver. je crois entendre la trompette;
je crois voir les morts sortir de leurs
tombeaux; il me semble que je suis déjà dans
la vallée de *josaphat  et que le fils de dieu
s'avance sur un nuage pour nous juger tous.
<Sat=1> § *pardine , c'est grand dommage,
 <Sat=0> riposte ma *jacqueline;
<Sat=1> vous voyez que la fin du
monde va arriver , parce qu'on fout de côté
toute la bougre de calotte. n'y avait il pas
assez de temps qu'elle nous embêtait? moi
aussi , comme une autre, j'ai été dupe dans
ma jeunesse de toutes les singeries des
prêtres; j'étais assez sotte pour aller m'agenouiller
aux pieds d'un cafard , et lui conter
mes petites fredaines. un certain jour que je
défilais ainsi mon chapelet à certain paillard,
j'allais achever mon  confiteor  et dire mon
 mea culpa ; le bougre m'arrête tout court,
en me serrant la main. "c'est toujours la
même chanson, me dit il, vous me répétez
<Epg=3>à chaque fois que vous avez été gourmande,
que vous avez menti et juré; mais une fillette
doit commettre quelques péchés plus jolis
de quinze ans, qui a un minois aussi friand,
que ceux dont vous vous accusez. non,
mon père, je vous l'assure, je vous ai tout
dit. comment, vous ne sentez point encore
palpiter votre petit coeur?    . pardonnez
moi, mon père, quand je vois souffrir quelque
malheureux; est ce qu'il y a du mal à cela?
vous ne vous faites jamais aucun attouchement?
vous grattez vous, quelques fois?
eh! mon père, puisque j'ai des mains et des
doigts, n'est ce pas pour m'en servir; est ce
un mal de se gratter où cela démange?
 vous ne connaissez aucun garçon?  pardonnez moi,
mon père, je joue avec tous
nos petits voisins à la clémusette, au gage-touché,
touché, à pied de boeuf. et le jeu d'*amour ,
le connaissez vous?  pas encore,
mon père.   eh bien, je vais vous l'apprendre.
le paillard alors me serre entre ses bras, me
dévore des yeux; il veut allonger son vieux
museau sur mon visage, je me défends; il
me serre si fort que je crus qu'il m'étoufferait;
il cherche, avec son menton de galoche, à
déranger mon mouchoir; je crie de toutes
mes forces; mon bougre, craignant d'être
surpris fût forcé de me lâcher. remettez vous
à genoux, me dit il, d'un air hypocrite, j'ai
voulu voir si vous étiez sage, et si vous saviez
rembarrer les hommes quand il veulent vous
caresser, dites votre  mea culpa , et je vais
<Epg=4>vous donner l'absolution, à condition que
vous viendrez me voir dans ma chambre; allez
en paix et ne péchez plus.
 § je me retire toute confuse. quelque temps
après, ma mère qui donnait dans la momerie,
s'apercevant que je rechignais plus que de
coutume pour aller à confesse, m'en demanda
la raison. je lui racontai   ingénument ce qui
m'était arrivé. vous êtes une morveuse, me
dit elle, vous mentez, cela n'est pas possible.
mais mon père qui était un luron de la ganse,
de la trempe de mon vieux marchand de fourneaux,
jura comme le *père *duchesne  contre
le cafard , et me défendit d'approcher jamais
un calotin  d'une lieue. ma mère eut beau se
fâcher et me mettre en pénitence, j'obéis à
mon père. depuis ce temps, je n'ai plus eu
foi dans les reliques des calotins , et à mesure
que j'ai vieilli, mon mépris pour eux n'a
fait qu'augmenter. je les ai toujours regardé
comme des brouille-ménage qui ne voulaient
pas prendre de femmes pour être les maris
de toutes. je ne crois plus à leur enfer
et à leur paradis qu'à *jean de *vert . s'il existe
un dieu, ce qui n'est pas trop clair, il ne
nous a pas créés pour nous tourmenter, mais
pour être heureux. il ne s'embarrasse pas plus
de nous que des hérétiques. les huguenots
et les juifs vivent tout comme nous; leurs
enfants sont aussi dodus que les nôtres. s'ils
étaient aussi détestés que le disent les prêtres
de notre prétendu père éternel, qui a tout fait
et qui peut tout détruire, il ferait perdre le
<Epg=5> goût du pain à ces hérétiques. ma voisine,
lamentez vous tant que vous voudrez, je me
gausse de vos gros soupirs et je suis d'une joie
de bougre de voir que nous voilà pour jamais
déprêtraillés. la bigote fait un signe de
croix. vous serez damnés tous les deux
comme la poule à la *charlotte, s'écria t elle.
tant mieux, vieille sotte, lui répondis je.
ton paradis, s'il existe, ne sera qu'une basse-cour
où tous les dindons et les cochons de la
terre seront renfermés; si je pouvais croire
à ton enfer, c'est là que je voudrais habiter
avec tous les hommes d'esprit et toutes les
jolies damnés. après avoir ainsi rivé le clou
à la péronnelle, je lui fis voir la place où les
maçons n'avaient point travaillé.
<Sat=0> § tu viens de parler comme un livre, dis je,
à ma *jacqueline , quand nous fûmes délivrés
de cette face à gifle; pour t'en récompenser
je te mènerai demain à la comédie: cela vaut
mieux que la messe  on y dit en riant de
bonnes vérités, et quand la pièce est bonne,
elle instruit mieux que le plus beau sermon.
où ça, mon vieux, aux grands danseurs de
corde? non pas, *jacqueline , un pareil
spectacle est indigne des républicains. il n'y
a que des rois ou leurs valets qui puissent
s'amuser à voir un pauvre diable s'écloper
et souvent se casser le col pour gagner un
misérable *corset . nous irons donc voir les
ci-devant comédiens du roi. pas davantage. je
n'en suis pas fâchée, notre homme, car j'ai
toujours baillé en entendant ces rois et ces
<Epg=6>princesses en détrempe. ils ne feront plus
bailler personne, ma vieille, si ce n'est les
aristocrates avec lesquels ils sifflent maintenant
la linotte. cette bande de muscadins et
de muscadines est à l'ombre pour avoir voulu
gouailler la *sans-culotterie . ils ont oublié
que le plus beau de leur nez en était fait.
écoute, notre homme, on dit comme ça,
qu'il y a un nouveau théâtre qui est beau à
faire peur, où ce qu'on vous prie très poliment
d'entrer  gratis , attendu que la salle est
toujours vide: si tu veux, nous en tenterons,
puisque ça ne coûte qu'un moment d'ennui.
on m'a dit que c'est une brave citoyenne qui
a fait construire exprès cette salle pour amuser
seule tous les *sans-culottes  de *paris  et faire
mettre la clef sous la porte à tous les autres
comédiens. quel est le laquais de muscadin
qui t'a fait un pareil conte, c'est la *montansier
dont tu veux me parler, et tu donnes le nom
de citoyenne à une pareille guenon? apprends
que cette vieille balayeuse de coulisses était
la première pourvoyeuse de la louve autrichienne.
à *versailles, elle lui tenait complaisamment
la chandelle, quand elle encornaillait
l'ogre *capet  dans sa petite loge.
quand la bougre de ménagerie des *tuileries
fût à l'ombre, elle suivit le traître *dumouriez
à *bruxelles , et après lui avoir rendu le même
service, elle lui aida à faire perdre le crédit
des assignats, en affichant à la porte de son
spectacle que l'on payerait trois livres aux premières
places, en numéraire, et six francs en assignats.
<Epg=7>la garce qui aurait dû être raccourcie
pour avoir commis un pareil crime, a eu l'audace,
foutre, de venir ensuite demander
quatre vingt mille francs à la convention pour
récompense; et *gargantua *lacroix , pour
bonne raison, a appuyé sa demande de tous
ses poumons. on connaîtra sous peu les voleurs
de grands chemins qui ont fourni des
fonds à cette banqueroutière pour construire
ce nouveau bordel. on saura que chaque
pierre est cimentée avec le sang du peuple,
que les décorations ont été faites aux dépens
des chemises  de nos braves volontaires. patience,
le temps découvrira tout. en attendant,
le comité de sûreté générale doit faire  arrêter
comme suspecte cette tripotière de l'ancien
et du nouveau régime, et la convention
ne doit pas souffrir un spectacle auprès de la
bibliothèque nationale qui tôt ou tard y mettrait
le feu et détruirait le monument le plus
précieux de l'univers.
 § ainsi donc, ma *jacqueline , tu n'iras point
à ce spectacle, mais je te conduirai à celui
qui s'intitule avec raison *théâtre de la république ;
tu verras le *jugement dernier  des
*rois , tu verras tous les brigands couronnés
la corde au col, jetés dans une île déserte,
tu verras le pape faire amende honorable, et
obligé de convenir qu'il n'est qu'un joueur de
gobelets; tu verras tous les tyrans de l'*europe
obligés de se dévorer eux-mêmes, et engloutis,
à la fin de la pièce, par un volcan. voilà un
spectacle fait pour des yeux républicains.
<Epg=8>nous passerons ensuite en revue tous les
autres spectacles de *paris . je mettrai au pas
tous ceux qui sentent encore le musc; mais
tu crieras bravo avec tous les bons *sans-culottes ,
en voyant le grand *opéra , et en
entendant nos compères *cheron , *lais ,
*renaud  chanter des hymnes en l'honneur de
la *sans-culotterie , foutre.
<mois=05>
  <Sda=1793> <numero=311> <quinzaine=51> <semaine=511> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande colère du *père *duchesne ,
   contre tous les jean-foutres qui pêchent en
eau trouble, et qui s'enrichissent aux dépends
de la république.  ses bons avis  à la convention,
pour qu'elle mette au pas les fournisseurs
des armées, qui pillent le soldat,
et qui s'entendent tous, comme  larrons en
foire, pour dégoûter les défenseurs de la
patrie, en les faisant mourir de froid et de
faim.
<edito=1> § je reçois tous les jours des lettres des braves
<Epg=2>bougres qui se peignent si dur aux frontières
avec les ennemis de la république.
 <Sat=1> "tu es un vieux camarade,
<Sat=0> m'écrivent les uns, <Sat=1> tu connais
le service, tu dois être notre soutien,
nous te regardons comme le père du soldat,
jure  donc du matin au soir contre les fripons
qui nous pillent, et contre les muscadins qui
nous tourmentent. les fournisseurs des armées
sont des scélérats. l'étoffe des habits
qu'on nous envoie est aussi mince que de la
mousseline, et ils sont si étriqués qu'ils ne
nous couvrent pas la moitié du corps; ils
sont si mal cousus , qu'en les mettant ils
pètent de tous côtés; nos chemises sont
faites avec de la toile à torchon; à peine
nous viennent elles jusqu'au nombril, et elles
sont si étroites que nos bras et nos épaules
n'y sauraient passer. on ne nous donne que
des souliers de papier mâché, qui nous manquent
dans les pieds, quand nous avons fait
deux pas; ce qui fait, mon vieux chiqueur,
que nous sommes tous déguenillés et aussi
nus que des petits *saint-*jean , et nous ne
cessons de bivouaquer et de coucher à la belle
étoile. cependant nous avons une convention
qui est une bonne mère, les défenseurs de
<Epg=3>la république sont ses enfants chéris. elle ne
veut pas sans doute qu'ils périssent de misère.
notre ministre est aussi le meilleur des humains.
il perd le boire et le manger, il ne dort
ni jour ni nuit, nous le savons. s'il pouvait
tout faire par lui-même, nous serions heureux,
foutre. recommande lui bien, *père *duchesne ,
la plupart des commissaires des guerres qui
sont des ignorants et des voleurs. ils s'entendent
comme  larrons en foire avec les fournisseurs,
pour nous dépouiller. on croit peut-être nous
dégoûter du métier en nous  maltraitant de la
sorte. on se flatte que nous jetterons le manche
après la cognée. on se trompe bougrement.
nous avons juré de vivre libres ou de mourir,
et de ne pas rentrer dans nos foyers jusqu'à
ce que la *france  soit victorieuse de tous ses
ennemis. nous tiendrons parole, foutre, quoique
tous en loques, sans bas et sans souliers,
nous n'en faisons pas moins notre devoir en
bons républicains; la boue jusqu'à la ceinture
nous marchons gaiement à l'ennemi en chantant
tant la carmagnole. si nous nous plaignons,
foutre, ce n'est pas à cause du mal que nous
endurons, mais nous mangeons du fromage
de voir que la république est ainsi trompée
<Epg=4>et volée à la journée. au surplus, brave
marchand de fourneaux, nous nous en rapportons
à toi. tandis que nous foutons la
danse aux ennemis du dehors, c'est à toi de
faire la guerre aux fripons de *paris . nous
espérons être vengés après la guerre, et la
convention en temps et lieu saura rogner les
ongles aux jean-foutres qui s'enrichissent aux
dépens du peuple.
<Sat=0> § d'autres braves bougres m'adressent de
toutes parts leurs plaintes, les uns crient
contre les vivandiers, qui, ni plus ni moins
que les épiciers de *paris , fabriquent eux-mêmes
le brant-de-vin avec du bouillon de
canard et du poivre long et qui leur font payer
encore  cette ripopée plus chère que le
meilleur sacré chien.il est foutant pour un
pauvre bougre, après avoir humé toute une
journée la fumée du canon et dont le gosier
est aussi desséché que le coeur d'un calotin de
n'avoir pas une  goutte de bon rogome pour se
gargariser le palais.
 § un luron de la ganse, nommé la *tulipe ,
m'écrit de l'armée de *moselle :
<Sat=1> tu te plains,
<Sat=0> me dit il,<Sat=1> de ce que les officiers de
la ci-devant ligne ne sont pas tous au pas, et
<Epg=5>qu'ils sont encore commandés par des muscadins
qui ne veulent pas prendre l'habit
national. apprends, vieux marchand de fourneaux,
que les soldats de la république sont
tous citoyens, et que nous ne connaissons
d'autre distinction que celle des bons et des
méchants. s'il y a encore à notre tête quelques
muscadins, nous espérons en être délivrés
petit à petit; au reste ils n'auront pas beau
jeu avec des bougres à poil tels que nous;
mais puisque muscadins il y a, je vais te faire
connaître ceux contre lesquels tu peux dégoiser
à ton aise. dis moi donc pourquoi les
généraux et leurs aides de camp ne portent ils
pas aussi l'uniforme national? pourquoi sont ils
couverts de galons d'or? tu diras peut-être
qu'il faut une distinction pour les grades,
à fin de connaître ses chefs; mais des républicains
doivent ils se distinguer par de beaux
habits. j'ai toujours entendu dire que ce n'est
pas l'habit qui fait le moine, et cependant
dans l'ancien comme dans le nouveau régime
j'ai toujours cru que l'on ne regardait que
l'écorce, qu'un sot bien vêtu serait le premier
moutardier du pape, et que le plus
brave homme, sous des haillons, est reçu partout
<Epg=6>comme un chien dans un jeu de quilles.
si nous sommes tous égaux, foutre, il faut
faire cesser l'aristocratie des habits et surtout
à l'armée. je voudrais aussi que les généraux,
au lieu de se tenir à l'écart dans
leur bougre de quartier, fussent campés avec
nous, pour voir tout ce qui se passe. je désirerais
surtout que les représentants du peuple
auprès des armées, fussent plus souvent
avec le soldat pour entendre ses plaintes, et
lui rendre justice; car les muscadins des états
majors, craignant que nous ne découvrions le
pot aux roses, ont toujours grand soin de nous
écarter. le quartier général est toujours  environné
d'un tas de galopins; quand un pauvre
pileur de poivre ose en approcher, les
chevaux des muscadins  trépignent autour de
lui, et le couvrent de boue pour l'éloigner.
s'il se plaint, on le regarde avec dédain; s'il
crie contre pareilles viédaseries, on le
fout dedans. voilà la vérité, *père *duchesne ,
fais en ton profit et le nôtre, foutre.
<Sat=0> § c'est ainsi que nos braves camarades des
armées m'ouvrent leurs coeurs. la plupart de
leurs plaintes sont justes; qu'ils soient tranquilles,
foutre,leurs bons amis, les *jacobins
<Epg=7>prennent leur défense, et la convention va
les délivrer à jamais des muscadins  et des
voleurs. déjà, foutre, elle vient de décréter
que tous les bons citoyens seraient invités à
fournir autant de chemises qu'ils pourraient
pour leurs frères des armées. il n'y a pas de
bon *sans-culotte  qui ne se dépouille de sa
dernière pour garnir le sac d'un défenseur
de la république, et maintenant que sainte
guillotine fait tant de miracles, les riches font
contre fortune bon coeur, ils seront forcés de
donner à pleines mains pour n'être pas regardés
de mauvais oeil. j'aurais voulu encore,
tandis que la convention était en train de bien
faire qu'elle eut ordonné à toutes les communes
de la république de fournir chacune
autant d'habits, de bas et de souliers qu'elles
pourraient pour équiper nos frères d'armes.
de cette manière, la fabrication serait surveillé
par les *sans-culottes  et les fournitures
seraient de bonne qualité, mais on n'a pas
fait *paris  dans un jour.
 j'espère que nous profiterons
de la mauvaise saison, pour nous
préparer à donner une fameuse danse aux
brigands couronnés. l'or pleut de toute part
à la monnaie; tout ce que les prêtres avaient
<Epg=8>volé à nos pères est restitué à la république.
toutes les richesses, jointes aux biens des
émigrés, payeront les frais de la guerre, et à la
campagne prochaine les soldats de la liberté
seront calés de la tête aux pieds, foutre.
  <Sda=1793> <numero=312> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande colère du *père *duchesne ,
contre les trois jean-foutres qui ont déserté la
montagne pour aller barboter avec les crapauds
du *marais, afin de sauver le reste de la bande
de *cartouche  *brissot . ses bons avis aux
braves *sans-culottes  et aux *jacobins de se
tenir sur leurs gardes , et de ne pas s'endormir
jusqu'à ce que la grosse *babet  ait été
raccourcie, ainsi que tous les coquins qui ont
voulu allumer la guerre civile entre *paris  et
les départements.
<edito=1> § l'argent fait tout, disent les fripons et
<Epg=2>les aristocrates; avec l'argent, foutre, on
vient à bout de tout, on ouvre toutes les
portes; avec l'argent, on fait la pluie et le
beau temps; avec l'argent on a bon droit partout;
avec l'argent, on fait voir que ce qui
est blanc est noir; avec l'argent, le plus grand
voleur de l'univers passe pour le plus honnête
homme; avec l'argent, on met les citoyens à
chien et à chat, on mitonne des contre-révolutions;
avec l'argent on peut détruire
la république la plus calée et rétablir la
république.
 § voilà comme quoi un tas de jean-foutres
manigancent la contre-révolution, et s'imaginent
tout détruire, parce qu'ils ont du
 quibus ; mais les *sans-culottes  ont aussi leur
contrepoison, et ils peuvent leur riposter;
par la vertu de sainte guillotine, nous nous
foutons de votre or et de vos assignants; car,
foutre, le seul nom de cette grande sainte
vous fait vesser de peur. avec la guillotine,
nous faisons mettre les pouces aux accapareurs;
avec la guillotine, nous ferons sortir
des caves tout notre numéraire que les agioteurs
y ont enterré, avec la guillotine, nous
avons fait disparaître les muscadins; avec la
<Epg=3>guillotine, le masque des calotins a tombé,
et eux-mêmes ils ont été obligés de nous
faire connaître leurs tours de gibecière, et
d'avouer qu'ils étaient des fourbes et des imposteurs
qui vivaient depuis quinze cents ans
aux dépens des sots; avec la guillotine,
 nous forcerons
les riches de vider leurs coffres, avec
la guillotine, ça ira, foutre, et la république
triomphera; mais il ne faut pas rester en si
beau chemin, car, foutre, un seul pas à reculons
nous replongerait dans le margouillis.
si nous donnions un seul moment de relâche
aux aristocrates, si nous leur laissions le temps
de respirer, ils lèveraient bientôt la crête, et
notre tour arriverait. pour se débarrasser de
nous, ils ne feraient pas tant de façons, ils
n'auraient pas besoin de juges pour nous faire
perdre le goût du pain; aussitôt pris,
aussitôt pendu.
 § quels sont donc les viédases qui ont osé
proposer à la convention de rebrousser chemin?
qu'elle était donc leur intention,
foutre? craignaient ils que les bougres qui
sont prêts à cracher dans le sac ne découvrissent
le pot aux roses? sur quelle herbe
avais tu donc marché, endormeur *thuriot ,
<Epg=4>quand tu as lâché ton robinet de paroles, au
haut de la montagne, pour l'inonder du poison
du *marais? et toi, ci-devant *sans-culotte
et maintenant le plus musqué des muscadins,
*bazire , as tu pensé que l'on tirerait le rideau
sur tes aventures de *lyon, et sur tous tes tours
de passe-passe au comité de sûreté générale!
apprends que les *sans-culottes  voyent
tout, savent tout tôt ou tard, que rien ne
leur échappe, qu'ils ont bonne mémoire et
que quand le sac est plein, il faut qu'il crève.
et toi-même, paillardin *chabot , as tu pu
te flatter que nous ne verrions que du feu à
ton bougre de mariage autrichien? t'imagines tu
qu'un seul patriote ait été dupe de
ton conte bleu de la femme aux deux cents
mille livres? est il un seul père de famille
assez ennemi de lui-même pour te donner sa
fille, quand elle n'aurait qu'un seul cotillon?
bougres de sots, il fallait cacher un peu
votre jeu, et ne pas prendre la chèvre par
la barbe. quand vos manigances ont été découvertes,
et quand les *sans-culottes  ont
jasé sur votre compte, vous leur avez tourné
casaque. n'osant plus respirer l'air de la
montagne, vous vous êtes jetés dans la fange
<Epg=5>du *marais. vous espériez que tous les crapauds
allaient vous suivre, et qu'ils allaient
venir barboter  autour de vous. lâches
déserteurs de la *sans-culotterie , vous n'avez
pas craint de dire qu'il n'existait plus
de liberté à la convention. pour le bien public,
vous avez proposé de former un nouveau
côté droit. quoi! il n'existe plus de
liberté à la convention? jamais, foutre, a t elle
été plus libre? jamais a t elle fait autant de
choses que depuis que le *marais est desséché
et que les crapauds en ont disparu? aurions nous
une constitution, aurions nous une  république,
si cette convention était restée enchaînée,
et si la foudre de la montagne n'avait
pulvérisé tous les fripons de la plaine? est ce
donc de la liberté de nuire et de perdre la
patrie dont vous parlez  ? vous n'avez
pas crainte de demander  quand finirait
cette boucherie de députés?  vous pensez
donc que les *brissotins, les *girondins et
les rolandins qui ont été raccourcis, n'ont
pas mérité leur châtiment, vous qui les avez
accusé les premiers? est ce donc une boucherie
que de faire tomber le glaive de
la loi sur des scélérats qui ont mis la *france  à
feu et à sang? les autres jean-foutres qui sont
<Epg=6>en arrestation, ne sont ils pas aussi coupables
qu'eux? comme eux, ne voulaient ils pas
armer les départements contre *paris ? celui
qui tient vaut il mieux que celui qui écorche?
oui, foutre, il n'est pas un seul individu de
cette bande de mandrins qui n'ait dit comme
le prophète *isnard , avant le 31 mai, que
l'on chercherait un jour le lieu où exista
*paris ? semblable au renard qui s'est pris dans
un piège et qui fait le doucereux pour n'être
pas assommé, qui promet, foi de renard,
de ne plus croquer ni poules ni poulets;
chacun de ces gredins fait le bon apôtre. tous
soutiennent qu'ils ont été trompés, et depuis
que l'infâme *brissot  a joué à la main chaude,
ils lui jettent le chat aux jambes; comme si
*brissot  et les autres jean-foutres qui ont été
raccourcis avaient pu seuls embêter la république
entière de leur bougre de fédéralisme.
que l'on aille fouiller dans les registres de
tous les départements, on y verra toutes les
lettres que ces coquins écrivaient à leurs
commettants, pour brouiller les cartes; on
saura tous les mensonges qu'ils ont débité,
les manoeuvres qu'ils ont employés, pour
perdre la république. qu'on leur fasse rendre
<Epg=7>un compte sévère de leur fortune, et l'on
saura comme ils sont cousus d'or et d'assignats,
on connaîtra comme quoi ils ont acheté des
terres, bâti des châteaux et enrichi leur
bougres de race. est ce donc parce qu'ils
sont députés que l'on voudrait les épargner?
mais ceux qui ont été appelés par le peuple
pour le sauver, et qui n'ont cessé de le trahir,
qui ont égorgé leur patrie, sont les plus grands
des scélérats, et il n'y a pas d'assez grand supplice
pour les punir. point de pitié, foutre,
car en donnant une lessive à ces brigands, ils
n'en seront que plus acharnés dans leurs
mauvais desseins, et la rage dans le coeur de
voir leurs projets s'en aller en eau de boudin;
ils retourneraient bientôt dans leurs départements
pour y allumer le feu de la guerre
civile. point de quartier, foutre, quand on
a du mauvais sang, il faut le tirer. la convention
s'est couverte de gloire en se purgeant
de ces immondices, ceux qui veulent la faire
revenir sur ses pas, sont des traîtres et les
complices de la canaille brissotine. braves
*sans-culottes , intrépides *jacobins , veillez,
veillez plus que jamais. il se trame de nouveaux
coups de chien. si les traîtres ne sont
<Epg=8>pas tous guillotinés, attendez vous à succomber
vous-mêmes. demandez, foutre, que tout
ce qui reste de la race de *capet  soit immolé,
et surtout que la grosse *babet  aille promptement
rejoindre son prétendu *manuel . ne
lâchez pas prise, jusqu'à ce que le dernier
des *brissotins ait mis la tête à la fenêtre,
foutre.
  <Sda=1793> <numero=313> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande colère du *père *duchesne  ,
contre le frocard *chabot , qui veut mesurer
tous les *sans-culottes  à son aune,  et qui fait
 courir le bruit par les *autrichiens qui lui
graissaient la patte, que les meilleurs *jacobins
vont siffler la linotte avec lui, et que le marchand
de fourneaux sera bientôt mis à l'ombre,
comme s'il existait encore un comité des
douze. sa grande joie de voir que la mine est
éventée, et que tous les fripons qui ont volé
et pillé le peuple, vont avoir les ongles rognés.
<edito=1> § si les aristocrates étaient aussi forts qu'ils
<Epg=2>sont fins, il y a gros, foutre, que depuis
longtemps ils nous auraient mis le pied sur
la gorge. ils ne sont pas assez sots pour se
chamailler entre eux comme les *sans-culottes ;
ils ne se mangent pas le blanc des
yeux comme nous faisons, ils sont unis, non
pas comme des frères, mais comme des voleurs
qui ont besoin les uns des autres pour
dévaliser les passants et être en force pour
faire un coup de main. ils n'ont tous qu'une
seule volonté, celle de nous égorger. jamais
on ne les a vu se trahir, aucun d'eux ne découvre
la mèche, car ils n'ont d'autre espérance
que la contre-révolution ou la guillotine.
ainsi donc, foutre, pour leur propre
intérêt, pour leur vie même, ils sont obligés
de marcher droit dans le  sentier du crime.
 § tonnerre de dieu, se peut il que l'amour
du patriotisme ne soit pas aussi puissant sur
l'âme des républicains, que la haine de la
liberté l'est sur les contre-révolutionnaires?
les *sans-culottes  n'ont ils pas encore mille
fois plus de raisons pour soutenir leur cause
que les aristocrates à défendre le despotisme?
que deviendrons nous tous tant que nous
sommes, si les brigands couronnés pouvaient
<Epg=3>nous forcer à mettre les pouces. les jean-foutres
qui nagent entre deux eaux peuvent ils
se flatter qu'on les ménagerait? ils seraient
les premiers allongés, car on ne leur ferait pas
la grâce de les raccourcir. leur compte serait
bon, et les vils esclaves que commande
*cobourg  commenceraient par donner à chacun
de ces viédases un bonnet de nuit de
cheval, c'est à dire qu'on leur mettrait
d'abord la corde au col et qu'on les accrocherait
à tous les coins de rues. vous
n'échapperiez pas non plus, lâches coquins
qui après vous être engraissé du sang du
peuple, lui tournez casaque quand vous avez
les mains pleines. vous seriez autant de
vaches à lait pour nos tyrans, et on vous
égorgerait comme des ours, afin d'avoir votre
peau.
§ ça me scie le dos de voir un tas de fripons
bâtir des châteaux en *espagne , sacrifier
honneur, patrie, braver le rasoir national
pour devenir riches. à quoi donc servent les
richesses? celui qui a beaucoup d'or et
d'assignats , dîne t il deux fois? ah! foutre,
si on pouvait lire dans l'intérieur de tous les
bougres qui ont entassé sols sur sols pour
<Epg=4>garnir leur coffre fort; si l'on connaissait les
transes de tous ces ladres qui écorcheraient
un pou  pour en avoir la peau, si on les
voyait toujours aux aguets, et ne dormant
jamais que d'un oeil, transis jusque dans la
moelle des os au moindre bruit, criant miséricorde
lorsqu'ils entendent gueuler quelque
décret contre les accapareurs, s'arrachant
les cheveux quand on veut forcer les riches
de lâcher les cordons de leur bourse pour
soulager la patrie, en enterrant leur or, mourant
d'effroi au seul nom de l'armée révolutionnaire?
y a t il dans le monde un supplice
pareil? quelle différence, foutre, du sort de
ce misérable à celui du brave *sans-culotte ,
qui vit au jour le jour du travail de ses mains!
tant qu'il a dans sa huche un pain de quatre
livres et un verre de rogome, il est content.
dès le matin, il est gai comme un pinson,
et à la pointe du jour, il prend ses outils en
chantant la carmagnole; quand il a bien travaillé
le jour, il va le soir se reposer à la
section, et lorsqu'il paraît au milieu de ses
frères, on ne le regarde pas comme un  loup garou,
et il ne voit pas tout un chacun se
parler tout bas, et le montrer au doigt
<Epg=5>comme un aristocrate, un modéré. l'un lui
tend la main, l'autre lui frappe sur l'épaule, en
lui demandant comment va la joie. il ne craint
pas d'être dénoncé; on ne le menace jamais des
visites domiciliaires. il va partout la tête haute.
le soir, en entrant dans son galetas, sa femme
lui saute au col, ses petits marmots viennent
le caresser, son chien sautille pour le lécher,
il  raconte les nouvelles qu'il a apprises à sa
section. il est d'une joie de bougre en racontant
une victoire sur les *prussiens, les
*autrichiens, les *anglais; il dit comme quoi on
a guillotiné un général traître, un brissotin;
en citant l'exemple des coquins, il leur fait
promettre d'être toujours bons citoyens et
d'aimer la république par dessus toutes choses.
il soupe ensuite  avec un appétit de bougre et
après son repas, il régale sa famille en leur
lisant  la grande colère  ou  la grande joie du *père
*duchesne  . sa ménagère s'égosille à force de
rire en écoutant les disputes de ma *jacqueline
avec les bigotes qui pleurent leur saints
dénichés. la petite marmaille éclate d'aise
en entendant les  *b$... et les  *f$... dont je
larde mes discours.
<Sat=1>"ah! qu'il doit être farce,le *père *duchesne,
<Sat=0> dit le grand fillot.<Sat=1> il a de grandes
<Epg=6>moustaches, <Sat=0>s'écrie la petite *perrette.
<Sat=1> fait il du mal aux petits enfants,
<Sat=0>riposte le petit cadet;
<Sat=1> oui, foutre, <Sat=0>s'écrie le papa,
<Sat=1> il les emporte dans sa grande poche,
quand ils pissent au lit, et quand ils sont
bien sages et qu'ils crient vive la république,
il les embrasse et leur donne du croquet et
du pain d'épice.
<Sat=0> §voilà la vie, voilà les jouissances du
véritable *sans-culotte . après avoir ainsi
passé la journée, il se couche tranquillement
et ronfle toute la nuit; tandis    , foutre, que
le comité de surveillance va rendre visite à
midi de loup aux ci-devant nobles, robins,
financiers. il faut entendre les cris de toute
la nichée, quand on prie monsieur grippe sol
ou monsieur pince maille de faire leur paquet
dans un chausson, et de quitter leur appartements
dorés et leurs lits de duvet pour aller
tâter de l'égalité au grand hotel des haricots,
autrement dit des *madelonettes .
 § se peut il, foutre, que lorsqu'on est libre
de choisir entre ces deux partis, on puisse
prendre le change? mais, comme on dit, c'est
l'occasion qui fait le larron. un *sans-culotte
en place est environné, comme *saint-*antoine ,
d'un million de diables, l'un lui présente des
monceaux d'or, l'autre des poignées d'assignats ;
une fois que le premier pas est fait,
mon pauvre *job  ne va plus qu'en clopinant,
jusqu'à ce qu'il se soit cassé le col. presque
toujours quelque diablesse en falbalas agace
le patron sur son sofa. n'est il pas vrai paillardin
<Epg=7>*chabot  qu'on ne résiste pas à pareille
épreuve, tu peux nous en dire des nouvelles,
ainsi que toi, godelureau *bazire , et toi de
même, *julien , l'apostat de la *sans-culotterie ,
toi qui viens de faire un trou dans la lune.
quelle était donc votre espérance, misérables
étourneaux? si près  du port vous avez fait
naufrage?
 § les mêmes jean-foutres qui vous  ont graissé
la patte et qui ont trouvé les véritables *jacobins
cuirassés, désespérés de voir la mine
éventée, cherchent comme *samson  à s'ensevelir
avec les patriotes sous les ruines du
temple. ils font courir  le bruit que le *père
*duchesne  a été dénoncé par *chabot . partout
on me salue de ces propos, déjà même il a
couru  un bruit que je sifflais la linotte. j'en
ai ri de tout mon coeur, et j'ai demandé s'il
existait encore un comité des douze. mais,
foutre, il n'y a point de feu sans fumée. tu
me menaces, infâme frocard, pour me faire
peur et m'empêcher de dégoiser sur ton
compte. tu enrages de ce que je ne me suis
pas plus laissé chaboter, que l'on n'a pu me
brissoter. ce n'était pas pour des prunes , je
le vois maintenant, que tu m'as tant de fois
offert le potage et la côtelette pour me faire
faire connaissance avec ta  bohémienne. je n'ai
pas été curieux de savoir ma bonne aventure,
je n'ai pas donné dans le panneau; car je ne
me fie pas plus aux moines qu'aux *autrichiens
convertis. au surplus, je te défie de mordre
sur moi. je suis ferré à glace, on peut tourner
<Epg=8>et retourner mes fourneaux, examiner toute
ma vie, et l'on saura si je suis un franc républicain.
en attendant, perfide moinaillon, je
ne quitterai pas plus ton capuchon que le chef
cornu du vieux *roland . le vin est tiré, il
faut le boire, foutre.
  <Sda=1793> <numero=314> <semaine=512> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande colère du *père *duchesne  ,
de voir que les *sans-culottes  donnent comme
des buses dans tous les paquets qu'on lui
débite. sa  grande découverte  d'un nouveau
complot des chabotins, pour mettre les *jacobins
à chien et à chat, et brouiller la carte
à la montagne et dans toute la république.
 entretien secret  du roi *georges-*dandin  et
de *pitt , son porte esprit, qui prouve que des
milliers de jean-foutres ont la patte graissée
pour assassiner les meilleurs patriotes.
<edito=1> § il y a encore quelque anguille sous roche.
<Epg=2>je vois de loin, foutre, et j'ai le nez fin.
je flaire tous les fripons, et rarement je me
trompe sur leur compte; aussi m'a t on dit
souvent que j'étais sorcier pour avoir prédit,
souvent un an d'avance, tout ce qui arriverait,
et annoncé les plus fameux coups de
chien avant que personne en eut seulement
l'idée. je ne suis pas pourtant un bel esprit
et un grand politiqueur; mais, foutre, en révolution
il ne faut que le gros bon sens, et
de la probité pour dérouter les coquins les
plus renardés. d'ailleurs, foutre, toutes les
ruses de guerre sont maintenant connues; à
force d'être trompés, les *sans-culottes  deviennent
défiants. ils ont le tact maintenant
pour juger les hommes, et le bougre qui
voudra à présent jouer le peuple attaquera
son maître, et se prendra lui-même en ses
propres filets.
 § je dis donc, foutre, que le feu couve
encore sous la cendre. il ne faut qu'une
 étincelle pour faire un grand incendie, mais
les *sans-culottes  sont là; ils veillent nuit et
jour, et ils sauront bien l'éteindre; il ne faut
pas que le mal soit fait pour le guérir, il faut
le prévenir d'avance. les patriotes les plus
<Epg=3>purs sont menacés. on emploie de nouveaux
moyens pour les détruire, ce n'est plus
avec le poignard que l'on cherche à frapper
les défenseurs du peuple. on ne trouve pas
beaucoup de *charlotte *corday , mais, foutre,
c'est avec le poison de la calomnie. on met
les patriotes à chien et à chat, on les arme
les uns contre les autres, et on espère qu'ils
vont être assez sots pour se manger le blanc
des yeux et se détruire de leurs propres
mains.
 § je commence à voir clair dans ce brouillard
de crimes. je devine la main qui conduit
cette marotte. c'est encore une manigance
du porte esprit du roi *georges-*dandin .
<Sat=1> §je voudrais,
<Sat=0>me disait l'autre jour un brave *sans-culotte ,
<Sat=1>être pendant quelque temps
petite souris pour aller fureter dans tous les
palais des brigands couronnés afin de savoir
ce qui s'y passe  , ce qu'ils  disent, ce qu'ils
pensent au sujet de notre république.
il n'y a pas besoin, <Sat=0> lui répondis je,
<Sat=1> d'être souris pour
découvrir tous leurs projets, car leurs finesses
sont cousues de fil blanc.
 § tu prétends donc, pauvre marchand de fourneaux,
<Sat=0>ajouta le compère,<Sat=1>
<Epg=4>lire du fond de ta boutique,dans le coeur des rois...
ah!foutre,je sais mieux que personne que c'est
la bouteille à l'encre, mais c'est sur leurs actions
que je les juge, et je ne me trompe pas,
foutre, je suis si sûr de mon fait que je pourrais
répéter mot pour mot tout ce qui se dit
dans le conseil de l'échappé des petites maisons
qui gouverne les trois royaumes d'*angleterre ,
d'*ecosse  et d'*irlande , et qui se prétend
par dessus le marché, roi de *france   in partibus .
mais puisque tu es si curieux, compère,
d'entendre parler les mangeurs d'hommes appelés
rois, écoute l'entretien secret que ce
cheval morveux d'*allemagne  eut l'autre soir
avec son digne palefrenier *pitt . si tu me demandes
de qui je le tiens, je te répondrai
comme aux petits enfants, que c'est mon petit
doigt qui me l'a dit; au surplus, tu jugeras
par la suite si je te dis la vérité.
 entretien secret du roi *georges-*dandin  avec
son ministre *pitt , au sujet de la république
française, traduit de l'anglais par le véritable
*père *duchesne  en bon français, foutre.
 le roi *georges-*dandin .
 § ah! quel bougre de métier que celui de
<Epg=5>roi? je ne sais pas s'il n'est
 pas plus doux maintenant
de porter un bat qu'une couronne. au
temps jadis, il y avait du plaisir à régner sur un
troupeau d'esclaves qui se laissait tondre sans
murmurer, mais le temps de plumer la poule
sans la faire crier est passé. qu'est il devenu
cet heureux temps où nous étions des dieux
sur la terre; où on ne nous abordait qu'en
tremblant; où on ne nous parlait qu'à genoux?
alors rien ne nous résistait. le mari,
dont nous convoitions la femme, était obligé
de nous la céder, ou il était embastillé. tout
ce que possédaient nos sujets nous appartenait,
attendu que nous ne tenons notre puissance
que de dieu seul. ah! le beau droit que celui
de vie et de mort sur vingt-cinq millions
d'hommes? quelle jouissance que de pouvoir
dire: je puis faire pendre, rompre, brûler,
écarteler celui qui me déplait. mais à présent
nous n'entendons plus corner à nos oreilles
que les mots de liberté, d'égalité, de république,
rien que d'y songer je suis transi de
peur. depuis la triste fin de notre cher frère,
cousin et ami le roi très chrétien, je tâte sans
cesse mon col pour voir si ma tête tient encore
à mes épaules. ma foi le jeu n'en vaut
<Epg=6>pas la chandelle, et s'il faut rester encore
longtemps dans de pareilles transes, je me
déroyaliserai. qu'on me remette , si l'on veut,
encore une fois aux petites maisons, pourvu
que j'y mange et que j'y boive à mon aise. je
serai plus heureux que de rester sur un trône
qui s'en va en canelle. je renonce de bon
coeur à porter un sceptre qui n'est plus maintenant
qu'un misérable hochet.
 §  *pitt  .
 §"quoi! sire, est ce qu'il faut jeter le manche
après la cognée? est ce qu'il faut faire
ainsi l'enfant? je vous ai déjà fait voir bien
du chemin, votre majesté en verra encore
bien d'avantage. apprenez qu'un bougre de
ma trempe est fait pour changer la face de
l'univers. depuis quatre ou cinq cents ans la
nation anglaise a une dent contre la *france ;
ni par la force ni par la trahison l'*anglais n'a
jamais pu faire la loi au *français. enfin une
occasion favorable s'est présentée de terminer
cette vieille querelle, et de faire, moi seul,
ce que toutes nos armées et nos flottes n'ont
pu faire. quand la *france  a été sens dessus
dessous au sujet des finances, j'ai d'abord attisé
<Epg=7>le feu sans me montrer, mais quand j'ai vu
que les *français jouaient beau jeu, bel argent,
je me suis jeté dans la mélée. connaissant
tout le prix de l'or dans un siècle
corrompu, j'ai su mettre vos guinées à profit.
c'est avec elles que j'ai armé les *français contre
les *français, c'est avec elles que notre ami
*brissot  et la séquelle de la *gironde  nous auraient
livré la *france  pièce à pièce, sans la
maudite guillotine, c'est avec elles que *dunkerque ,
*brest , *bordeaux , *cherbourg  nous
étaient  hoc . il ne faut pas rester en si beau
chemin et nous en tenir à ce que nous avons
de poisson pêché; il faut anéantir la *france ,
j'ai dans ma manche des milliers d'individus
qui d'un bout à l'autre de la république brouillent
les cartes et animent les *sans-culottes
les uns contre les autres. c'est maintenant les
plus fameux *jacobins que je couche en joue.
si je puis réussir à faire perdre le change et
à faire massacrer ou guillotiner une vingtaine
de *montagnards, c'est fini, la contre-révolution
sera faite; on ne saura plus à quelle branche
se  raccrocher; on ne se fiera plus à personne;
tout le monde aura peur de son ombre et la
*france  entière tombera aux pieds de votre majesté
pour vous prier de lui donner un de vos
fils pour roi".
<Sat=0> § mon compère ouvrait de grands yeux.
<Sat=1>je crois, *père *duchesne , me dit il, que tu as
foutu le doigt dessus, mais les *sans-culottes
ne donneront pas dans de pareils godats.
je te crois, foutre, mais il ne faut pas s'endormir.
<Sat=0><Epg=8>*jacobins,*montagnards qui avez les mains
pures et qui ne les avez jamais salies avec l'or
des tyrans, c'est à vous de vous réunir. on va
faire un dernier effort pour vous perdre, mais
les jean-foutres y perdront leur latin. tenez
vous serrés. après avoir détruit les rois, ce
n'est plus qu'un jeu pour vous d'anéantir jusqu'au
dernier des intrigants et des fripons. les
chabotins finiront comme les *brissotins et les
 *girondins, foutre.
  <Sda=1793> <numero=315> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande colère du *père *duchesne  ,
   de voir que tous les estafiers  de *la-*fayette
ont forcé *marat  de vivre pendant quatre ans
avec les chauves-souris, et tous les  muscadins
et  muscadines qui, comme *charlotte *corday
auraient voulu assassiner l'ami du peuple en
son vivant, osent le fêter après sa mort. ses
 bons avis  aux braves *sans-culottes , pour
qu'ils se défient des patriotes de deux jours,
qui manigancent de nouveaux coups de chien
contre la république.
<edito=1> § je l'ai dit un million de fois, et je ne cesserai
<Epg=2>de le dire: les faux patriotes sont plus
à craindre que les aristocrates déterminés.
quand je connais mon ennemi, foutre, je
me tiens sur mes gardes, et je l'attends de
pied ferme. à bon chat, bon rat. mais,
foutre, le viédase qui fait contre fortune
bon coeur, qui tend la main à celui qu'il
voudrait baiser mort, est plus à craindre que
le serpent; comme lui, il se tortille en tous
sens, il se glisse  partout pour lancer son
poison, et il vous a déjà fait une blessure
mortelle, avant que vous sentiez son dard.
 § braves *sans-culottes , défiez vous plus
que jamais de ces couteaux à deux tranchants.
craignez comme le feu ces bavards à la journée,
qui ne disent jamais ce qu'il faudrait
dire, et qui disent toujours plus qu'ils ne
devraient. songez, foutre, que vous êtes
environnés de fourbes, de voleurs , de conspirateurs
déguisés. ceux qui, avant le 10
août, pissaient le verglas dans la canicule,
qui n'étaient ni chair ni poisson, qui ne
parlaient que d'ordre, de paix, de modération,
qui avaient toujours la langue miellée,
se battent maintenant les flancs pour paraître
républicains, ils  dégottent en apparence les
<Epg=3>meilleurs *sans-culottes ; ces bougres qui
n'avaient ni bouche ni éperon, et qu'on avait
beau aiguillonner  du matin au soir pour les
mettre au pas sans pouvoir les remuer, s'emportent
maintenant comme la soupe au lait. ils
vous assomment de leurs rodomontades; à
les croire ils ont tout fait; ils se vantent
d'avoir pris la *bastille , et ils se gardent bien
de dire qu'ils étaient au fond de leurs caves
quand le premier coup de canon de la liberté
s'est fait entendre.
 § ils soutiennent qu'ils étaient à *versailles  le
six octobre, mais ils ne vous disent pas de quel
côté; ils ne se vantent pas d'avoir été hoquetons
bleus, ou rouges, ou verts de l'ogre
royal ou des autres monstres de la ménagerie,
ils ont également oublié les croquignoles qu'ils
ont reçues à la journée des poignards, ils ne
se souviennent pas davantage d'avoir fait la
navette tantôt à *coblentz , tantôt dans la
*vendée , tantôt à *lyon , tantôt à *toulon ;
mais, foutre, ce qu'ils savent bien c'est le
nouveau mot d'ordre donné par le porte esprit
du roi *georges-*dandin , c'est à dire qu'il
faut singer maintenant les patriotes; avoir un
large pantalon, une petite veste, une perruque
<Epg=4>noire, un bonnet rouge pour cacher
la blonde chevelure, des moustaches postiches,
une pipe à la gueule, à la place de
cure dents, un gros gourdin en guise de badine,
jurer ni plus ni moins que le *père *duchesne ,
au lieu de parluiser  du bout des lèvres.
 § voilà, foutre, comment on vous fout dedans,
pauvres *sans-culottes  qui ne voyez pas
plus loin que votre nez, et qui prenez toujours
les apparences pour la chose. parce que
vous êtes bons, vous ne croyez pas qu'il existe
des méchants, parce que vous êtes francs,
vous ne vous imaginez pas qu'on puisse tromper.
encore une fois, défiez vous de tout le
monde, car la méfiance est la mère de sûreté.
si les bougres qui vous ont paru les patriotes
les plus déterminés ont pu vous foutre dedans,
que devez vous espérer des jean-foutres
que vous ne connaissez ni d'*eve  ni d'*adam ,
et qui tombent comme des nues dans vos sections
et dans les sociétés populaires. vous
les voyez se  jeter à tort et à travers pour
embrouiller tout, pour mettre les *sans-culottes
à chien et à chat. quand la convention
rend un bon décret, ils en voudraient un
meilleur. parle t on d'un brave magistrat qui
<Epg=5>sue sang et eau, qui perd le boire et le manger
pour assurer les subsistances du peuple,
et faire son bonheur , alors tous ces coquins
mangent du fromage, et ils ne peuvent s'empêcher
de vomir leur fiel. quand ils ne peuvent
trouver mordre sur la vertu, ils disent
que c'est un ignorant; mais, foutre, quand
on dénonce un accapareur, tous les aboyeurs
se mettent en quatre pour le défendre; quand
on accuse un *custine , un *houchard  ou d'autres
généraux d'avoir trahi, ces gredins crient
à la calomnie, et accusent le brave bougre,
qui veille nuit et jour pour le peuple, d'être
un anarchiste, un désorganisateur.
 § il y a dans *paris  des milliers de jean-foutres
de cette acabit, soudoyés pour tourmenter les
*sans-culottes . quand les épiciers ont voulu
nous vendre le sucre au poids de l'or , ils ont
graissé la patte de ces gredins pour exciter
le pillage; quand les *brissotins voulaient
forcer la convention à mettre la clef sous la
porte, et la transplanter au beau milieu  de la
*vendée , afin de fabriquer un roi de *bourges , tous
ces galopins se répandaient dans les rues de
*paris , dans les cafés, chez les marchands de
vin et traiteurs, et ils s'en foutaient des piles
<Epg=6>éternelles en vilipendant les *jacobins et la
montagne; qui payait l'écot,foutre? c'était
le vieux *roland , avec les millions que les
*brissotins avaient fait remettre en ses pattes
crochues, soi-disant pour acheter des subsistances,
mais dans le vrai pour mitonner la
contre-révolution. quand le 31 mai, tous les
crapauds du *marais se virent au bout de
leurs prouesses, et qu'à force de cris, ils
obligèrent la convention à quitter le terrain,
et à aller en procession à travers les *tuileries ,
toute la bande de *pitt  était sur pied et divisée
dans toutes les rues, pour demander la tête
de celui-ci, la tête de celui-là, afin d'allumer
la guerre civile, et de faire marcher tous les
départements contre *paris . une seule goutte de
sang répandue alors, aurait fait égorger des
milliers d'hommes, et, foutre, c'est ce que
les *brissotins désiraient, et ils s'y attendaient
si bien qu'ils étaient tous cachés et déjà en
fuite.
 § cette bougre de canaille vient encore de
nous donner un plat de son métier, aussitôt
qu'elle a vu dénicher les saints d'or et d'argent
des églises, elle a imaginé un nouveau coup
de chien pour faire lever en masse tous
<Epg=7>les bigots et bigotes , tous les marguilliers,
et toutes les confréries du ci-devant royaume.
tandis ,foutre, que l'on célébrait la fête de
la raison dans son nouveau temple, les estafiers
de *la-*fayette  qui pendant quatre ans ont forcé
le pauvre *marat  d'habiter avec les chauves-souris,
les muscadins et muscadines des sections,
qui étaient autant de *vendée  avant le
31 mai, se sont tout à coup convertis et ont
voulu faire un dieu de l'ami du peuple qu'ils
ont sans cesse persécuté pendant sa vie.
on a vu fête sur fête en son honneur, et
la main qui regrettait de n'avoir pas été emmanchée
au poignet de *charlotte *corday  a
osé brûler l'encens devant la statue du père
des *sans-culottes . tonnerre de dieu, il faut
être aveugle pour ne pas voir clair dans cette
bougre de marotte. c'est encore un moyen
pour ameuter les fédéralistes contre *paris , en
disant que les *parisiens  ne veulent plus reconnaître
d'autre dieu que *marat . *marat  un
dieu! lui qui foutait des coups de poing aux
viédases qui le flagornaient, et qui faisaient
auprès de lui les pieds plats? il n'avait pas
plus d'envie d'avoir des autels que le *sans-culotte
*jésus ,que les prêtres, malgré lui,
<Epg=8>ont appelé le fils ainé du père éternel, quoiqu'il
se fût toujours appelé le fils de l'homme,
et qu'il eut renversé toutes les idoles  de son
temps, et fait une guerre éternelle aux prêtres,
comme *marat  aux aristocrates. braves bougres,
qui chérissez le nom de *marat , imitez
son exemple; mais ne souffrez pas que
les muscadins l'adorent pour le rendre méprisable,
foutre.
  <Sda=1793> <numero=316> <quinzaine=52> <semaine=521> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande colère du *père *duchesne  ,
au sujet d'un nouveau complot des ci-devant
financiers et des marchands d'argent, pour
s'emparer du numéraire et faire tomber les
assignats.  ses bons avis  aux braves *sans-culottes ,
pour qu'ils se tiennent sur leurs
gardes, attendu qu'ils sont environnés de
fripons qui leur tendent des pièges, et qui
manigancent la contre-révolution.
<edito=1> § au foutre les belles protestations des
<Epg=2>coquins, je ne me fie pas plus aux modérés,
aux royalistes, aux aristocrates qu'à une planche
pourrie; et jamais, foutre, je ne serai
dupe de leurs grimaces. qui a bu, boira. jamais
d'un sac à charbon il ne sortira de blanche
farine. ainsi donc quand je vois des calotins
découvrir tous leurs tours de gibecière et
convenir qu'ils n'ont jamais été que des joueurs
de gobelets, que pendant dix-sept cents ans
ils ont passé des  muscades sous le nez des
*sans-culottes , quand ils avouent qu'ils ont
été toute leur vie des imposteurs, et qu'ils ont
vécu  aux dépens  des sots, je leur demande,
foutre,pourquoi ils n'ont pas fait plutôt leur
confession, et si un coupeur de bourse, un
voleur de grand chemin, quand il est pris
sur le fait, disait à ses juges:
<Sat=1> "ne me condamnez
pas pour avoir dévalisé les passants,
il faut bien que chacun fasse son métier,
le mien était d'être voleur; maintenant que
toutes les routes sont bien gardées et toutes
les portes fermées, et qu'il n'y a plus d'espoir
même de grappiller, je déclare que je renonce
au métier et même j'avoue qu'il était infâme".
<Sat=0> que devrait répondre le juge à l'audacieux
fripon qui lui tiendrait un pareil langage?
<Epg=3> <Sat=1> il est bien temps,
 <Sat=0> lui dirait il, <Sat=1> de se repentir
quand le mal est fait? ceux que tu as dépouillé
jusqu'à ce jour n'ont ils pas le droit de se
plaindre et de demander vengeance? tu as
beau faire le calin, quand on t'a pris la main
dans le sac, et promettre de n'y plus revenir,
il faut que justice se fasse, et, pour servir
 d'exemple à tes pareils ,tu auras d'abord les
honneurs de la séance dans la grande assemblée
de la grève, et tu présideras sur le
fauteuil de maître *perein .
<Sat=0> § peuple, c'est toi qui es le juge suprême,
foutre; maintenant que tu es débadaudé et
que tu connais tous les tours de passe-passe
de la bougre de calotte, défie t'en plus que
jamais, car le monstre avant que d'expirer,
peut encore te lancer son venin. il y a gros,
foutre, que les trois quarts et demi des imposteurs
qui jettent le froc aux orties, sont
sur la grande liste des nouvelles recrues du
roi *georges-*dandin  et qu'ils ont le gousset
bien garni de guinées pour jouer leurs farces.
les brigands couronnés ne sachant  plus de
quel bois faire flèche, ont imaginé ce nouveau
coup de chien pour amener à leur bord
toute la canaille à chapelet et à scapulaire,
<Epg=4>en disant que les *français n'avaient plus ni
foi ni loi et qu'ils ne voulaient plus reconnaître
ni dieu ni ses saints. les bougres encore
une fois se sont pris dans leurs filets;
et toi, peuple sage, tu as fait tourner à ton
profit toutes ces manigances du diable. tes
coffres se sont garnis de tous les trésors dont
les prêtres t'avaient dépouillé; ces calices,
ces ciboires, toutes ces prétintailles de l'église
achetées au prix du sang des *sans-culottes ,
vont servir à nous donner des subsistances,
à habiller nos frères d'armes, à forger les canons
qui vont foutre la dernière danse aux
esclaves des despotes; c'est ainsi que la tricherie
revient à son maître; mais encore une
fois, bon peuple que tant de milliers de
fripons veulent égorger, ne vas pas perdre la
carte et rester en si beau chemin. souviens toi,
foutre, que toutes les fois que tu as fait
un pas vers la liberté, tu as rencontré sur
ton passage des  ustubrelus  qui t'ont crié plus
vite que ça et qui voulaient te faire  galoper
à travers des précipices, tandis qu'il ne fallait
marcher qu'au petit pas pour les éviter et ne
pas te casser le col. de la prudence, foutre,
petit à petit l'oiseau fait son nid. maintenant,
<Epg=5>foutre, que le temple de la superstition
est abattu, élève à sa place celui de la
raison, mais prends garde de faire de la bouillie
pour les chats, il faut pour le bonheur des
hommes que ce temple dure autant que le
monceau de boue sur lequel nous rampons,
sera éclairé par le soleil. choisis donc des
mains habiles pour le construire. ne vas pas
employer à sa construction les imbéciles qui
cherchent à recrépir la vieille masure où les
prêtres faisaient bouillir leurs marmites. ceux-là
gâteraient toute la besogne, quand tu leur
demanderais du plâtre, ils t'apporteraient des
pierres et ton bâtiment ne serait bientôt
qu'une tour de *babel , mais rassemble
tous les braves bougres qui ont du coeur
à l'ouvrage et la besogne ira grand train.
quand ce chef d'oeuvre sera achevé, quand
la divinité que tu chéris aura ranimé la paix
et l'abondance, personne ne pourra douter de
sa vertu. elle fera de véritables miracles, et
tous les peuples de la terre viendront lui
rendre hommage. jusque là, foutre, ne te
hâte pas. laisse  les sots adorer leurs magots
et magotes, qu'ils mangent aussi longtemps
qu'ils voudront leur bon dieu de farine. contente
<Epg=6>toi de rire de leur bêtise, mais ne les
persécute pas. plus on bat un âne plus il est
têtu; laisse  manger des chardons à ceux qui
les aiment. avec le temps on vient à bout de
tout. si on n'avait pas tant fouetté les premiers
 chrétiens, si on n'avait pas pendu les
uns, rôti les autres, écorché celui-ci, fait
bouillir celui-là tout vivant, il n'y aurait jamais
eu ni moines , ni évêques, ni papes. il
faut laisser mourir le fanatisme de sa belle
mort en voulant le tuer à coup d'épingles, ce
monstre pourrait encore ranimer ses forces et
faire un dernier effort pour se venger. qu'il
pourrisse sur son fumier.
 § *sans-culottes , mes amis, bornez vous en
ce moment à couper les vivres aux calotins,
que ceux qui voudront , en naissant, se faire
laver la tête ou se faire couper un petit bout
de chair, soient libres de payer le charlatan
qui le gourera ainsi pour le salut de leur âme.
bientôt le métier tombera de lui-même; car
les hommes se lassent bien vite de payer des
sottises, et rien ne les réveille autant que
leur intérêt particulier. d'ailleurs, foutre, la
convention a mis sur le chantier le grand travail
de l'instruction publique. quand tous les
*sans-culottes  seront éclairés, ils rougiront
des momeries de leurs vieilles grandes mères
et ils riront avec nous des contes du temps
passé. au plus, j'en ai trop dit sur ce chapitre,
le meilleur moyen de tuer le cagotisme
c'est de n'en plus parler. ne songeons qu'aux
saints du jour. chantons du soir au matin des
<Epg=7>hymnes à la raison, à la liberté, à la gloire
de nos braves guerriers, et nos chants auront
bientôt étouffé  les cris des corbeaux
d'églises.
parlons d'une autre vermine, foutre, aussi
dangereuse et qu'il faut promptement écraser.
c'est l'infâme clique des gens d'affaires, des
monopoleurs, qui manigancent un nouveau
complot pour s'emparer de tout ce qui reste
de numéraire. depuis que l'or et l'argent
pleut au trésor national, les écus et les
louis reparaissent, et l'argent est au pair avec
les assignats. c'est un appât pour attraper les
niais, et l'on nous lâche un pois pour avoir
une fève, les financiers, les gens de banque se
flattent en faisant ainsi circuler quelques sacs
que tout le numéraire enterré va reparaître,
ils se disposent à faire rafle encore une fois
pour discréditer les assignats, quand, par
leur bougre de jeu de la hausse et de la baisse,
ils auront nos écus entre leur griffes crochues.
eh bien, foutre, prouvons à ces financiers
que nous sommes des niais de *cologne , et
que nous prendrons, s'ils le veulent des sols
marqués pour des liards. faisons voir que nous
avons autant d'estoc que ceux qui croient
ainsi nous jouer par sous jambes; faisons
plus, prouvons que nous sommes républicains
en méprisant l'or et l'argent avec lequel on
cherche à nous appâter. foutons au nez de ces
jean-foutres, les écus qu'ils nous présenteront
et ne recevons que les assignats, qu'il arrive
en même temps un bon décret qui oblige tous
<Epg=8>ceux qui possèdent du numéraire à le porter
à la bourse commune en échange du papier
national et bientôt la république possèdera à
elle seule plus de richesses que tous les
brigands couronnés qui nous font la guerre,
et nous verrons après, qui d'eux ou de nous
mangera le lard. nous verrons, foutre, si
toutes les mines de l'*espagne , et toutes les
ruses de *cartouche-*pitt  valent les vertus d'un
peuple libre, et si on peut faire la loi à un
peuple qui peut se suffire à lui-même et qui
sait se passer de tout, foutre.
  <Sda=1793> <numero=317> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande colère du *père *duchesne  ,
au sujet de tous les coups de chiens que les
aristocrates manigancent contre les meilleurs
citoyens, en les menaçant de la contre-révolution
et de les faire assassiner.  ses bons avis
aux braves *sans-culottes , pour qu'ils soient
toujours  sur le  qui vive , en tenant tous les
fripons et les contre-révolutionnaires en joue,
et en restant fidèles à la convention et à la
sainte montagne.
<edito=1> § un peuple républicain doit toujours être
<Epg=2>sur le  qui vive . s'il n'est pas sans cesse sur
ses gardes, s'il s'endort un seul instant, il est
foutu, car les ambitieux veillent continuellement
et ils profitent de son sommeil pour l'enchaîner.
<Sat=1>"que viens tu nous rabâcher, me
dira t on, avec tes vieilles réflexions qui sont
aussi usées que le gazon roussi qui couvre ton
crâne pelé. as tu aussi la patte graissée pour
tourmenter les *sans-culottes  et pour les effrayer
par tes prédictions sinistres? tu ne
fais que clabauder contre les intrigants, les
fripons et les traîtres; à t'en croire il n'y aura
bientôt plus que toi à qui l'on puisse se fier"
<Sat=0>tonnerre de dieu! quel est le bougre de feuillant
qui ose ainsi envenimer ce que je pense
et ce que je dis? il n'y a jamais eu que le
pape qui ait prétendu être infaillible et c'est
le dernier animal du monde auquel je voudrais
ressembler. je ne connais rien de si
imparfait qu'un homme sans défaut. celui
qui est trop vertueux est un véritable coquin.
témoin *jérôme *petion  qui nous a longtemps
paru avoir l'âme aussi bien papillotée que sa
chevelure de  muscadin. l'homme pur ne se
 moque jamais, il dit franchement ce qu'il
pense. il appelle un chat un chat; il ne  ménage
<Epg=3>personne. il crie, il jure contre ceux
qui ne sont pas au pas. dans sa colère, s'il
frappe par méprise sur un brave bougre, il lui
demande excuse, et il répare ses torts en allant
au plus prochain cabaret, étouffer une
demie douzaine d'enfants de choeur avec lui  .
il n'y a que de véritables fripons qui craignent
d'être dénoncés. quand la vérité les pique,
ils se cabrent comme des chevaux rétifs;
mais l'homme de bien se fout des mauvais
propos; il gagne à être calomnié, puisqu'en
l'accusant à tort, on lui fournit l'occasion de
se justifier. je me souviens d'un bougre à
poil de l'antiquité, qui avait sauvé sa *patrie
et qui fût dénoncé devant le peuple romain
comme un traître; tous les badauds de *rôme
ouvraient de grandes oreilles; est il possible,
disaient les uns, qu'un patriote de cet acabit
puisse branler dans la manche, et nous tourner
casaque? rien de plus vrai, s'écriaient les
aristocrates. déjà on parlait de la roche
*tarpéienne , qui était la guillotine de ce
temps là, mais le grand homme se présenta
au milieu du peuple, qui remplissait lui-même
les fonctions du tribunal révolutionnaire, il
paraît avec confiance devant un tribunal aussi
<Epg=4>équitable, et pour toute réponse à ses ennemis
il s'écria:<Sat=1>il y a aujourdhui tant d'années
que j'ai détruit *carthage ,
 allons rendre grâces aux dieux  .
 <Sat=0>tout le peuple cria  bravo , il battit
des mains et reconduisit en triomphe son
fidèle défenseur. les aristocrates eurent le
bec jaune, et tous confus, ils allèrent se
cacher dans leurs nids de hiboux, méditer
quelque nouveau complot pour diviser les
patriotes.
 § je vois ricaner  certains gouailleurs en
m'entendant parler des histoires du temps passé.
 <Sat=1>comme te voilà savant,
<Sat=0> me disent ils
<Sat=1> bientôt tu parleras comme un livre.
<Sat=0>je conviens,foutre,que je m'éloigne un peu de mes
fourneaux. sortons des brouillards de l'antiquité,
et revenons au temps présent. je dis
donc, et je soutiens, qu'il n'y a que ceux qui
sentent leur cas sale qui se fâchent quand on
les dénonce. c'est ainsi, foutre, que tous les
gredins qui fondaient leur cuisine sur la liste
civile, se débattaient quand les *jacobins découvraient
le pot aux roses, et faisaient  connaître
aux *sans-culottes  les manigances
du comité autrichien. ils nous reprochaient
d'avilir les autorités constituées;
 ils nous appelaient
<Epg=5>des anarchistes, des désorganisateurs,
quand le vieux *roland  faisait ripaille avec
le  quibus  que la convention lui avait confié
pour les subsistances du peuple, quand tous
les *brissotins, *girondins et tous les crapauds
du *marais partageaient avec ce vil canard les
dépouilles de la république; quand nos braves
*montagnards faisaient feu des quatre pieds
pour débourber la machine que les fripons
avaient enrayée, quelles injures ne vomissait   t on
pas contre eux? toutes les rues,
toutes les places publiques, tous les carrefours
étaient tapissés de placards de toutes couleurs
fabriqués dans le boudoirs de la reine coco, et
où les meilleurs patriotes étaient traînés dans
la boue. comment les *montagnards ont ils résisté
à ce torrent d'injures et de calomnies, c'est
en restant fermes et inébranlables; c'est en
embrassant l'arbre de la liberté plus étroitement!
ils ne se sont pas servi des armes de
leurs ennemis pour les combattre.
 § ils n'ont pas eu recours au poison et aux
poignards pour se débarrasser des infâmes
scélérats qui leur donnaient tant de tourments.
ils savaient que tôt ou tard la vérité perce et
que le peuple, qui est toujours juste, leur
<Epg=6> rendrait justice.
<Sat=1> venez,
<Sat=0> disaient ils aux bons citoyens
 de tous les départements,
<Sat=1>vous dont on nous menace,accourez pour nous juger.
quand vous nous aurez vu de près,
 vous serez de notre bord.
<Sat=0> c'est ainsi,foutre,que la
vérité triomphera toujours du mensonge, et
que la vertu résistera au crime.
 § courage donc, braves républicains, vous
que les intrigants et les traîtres couchent en
joue; ne vous effrayez ni des cris ni des
menaces, foutre; dites tout ce que vous
savez sur les hommes en  place; ne ménagez
personne; ne craignez pas d'abattre l'idole du
jour; c'est un crime que de ne pas démasquer
le traître qui se couvre du masque du patriotisme
pour égarer les *sans-culottes  et les
foutre dedans. un vrai républicain doit dénoncer
son meilleur ami, son père, quand il a des
reproches à lui faire. où en serions nous,
foutre, si l'intrépide *marat  n'avait pas été
sans cesse à la piste des fripons; il les flairait
d'une lieue, il devinait leurs complots avant
même qu'ils les eussent manigancé; il s'élançait
avec sa verge au milieu du peuple, et il
frappait à tours de bras tous les jean-foutres
qui se faisaient adorer, et les badauds qui
<Epg=7>baisaient la croupe du cheval ou l'écharpe
ensanglanté des dieux du jour. il est vrai
qu'il a été forcé de se cacher de caves en caves,
qu'il a vu les districts armés contre les districts
pour avoir sa tête; il est vrai qu'il a été
décrété d'accusation par les trois assemblées
qui devaient au contraire lui donner des couronnes
civiques, mais en véritable républicain
il ne voyait que le bonheur de son pays, et
la tête sur le billot, il n'en aurait pas moins
dénoncé les ennemis de sa patrie. il fût traîné
devant les tribunaux comme un contre-révolutionnaire.
on l'accusa d'être payé par *pitt
et *cobourg  pour exciter le meurtre et le pillage,
il confondit la calomnie, et le peuple
porta en triomphe son véritable ami. enfin,
les jean-foutres qui n'avaient pu le faire éternuer
dans le sac, ont armé d'un couteau le bras
d'une  furie que cent millions de diables ont
amené du *calvados  à *paris . il est mort martyr
de la belle cause qu'il avait si bien défendue.
qu'il est beau mourir ainsi! ah$!
foutre, s'il existait encore un comité des
douze, que de coquins qui m'accusent dans
l'ombre et qui jappent de loin contre moi, lèveraient
la crête! qu'ils osent m'accuser à la
face du peuple. comme toi je suis menacé
de la guillotine ou de la main d'une nouvelle
*charlotte , si je ne mets pas de l'eau dans mon
vin, mais je me fous des coups que les ennemis
de la république veulent me porter. je
suis ferré à glace et je les attends de pied
ferme. égalité, liberté,
 république une et indivisible,
<Epg=8> voilà mes dieux. je mourrai, s'il le faut,
pour eux. tant qu'il me restera un souffle,
 je défendrai
les droits du peuple; je dénoncerai les
fripons et les traîtres, et jusqu'à mon dernier
soupir, je crierai vive la république, vive la
convention, vive la sainte montagne. tous les
hommes bons et méchants passeront, mais le
peuple restera libre et heureux, foutre.
 <Sda=1793> <numero=318> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande colère du *père *duchesne  ,
de voir que les gros poissons veulent toujours
manger les petits, que chacun plaide pour son
saint, et que les trois quarts et demi des animaux
à deux pieds ne songent qu'à leur
intérêt, et oublient celui de la *patrie .  ses
bons avis  aux braves républicains pour qu'ils
foutent de côté tous les ambitieux et les riches,
et qu'ils soutiennent de toutes leurs forces
les bons *sans-culottes .
<edito=1> §  l'argent  et l'ambition, voilà, foutre, les
<Epg=2>dieux des trois quarts et demi des animaux
à deux pieds. presque tous les hommes sacrifient
tout à ces deux idoles. que de crimes
la soif d'or ne fait elle pas commettre!
que de malheurs l'ambition n'occasionne t elle
pas sur la terre! ah, foutre, si on pouvait
arracher ces deux vices du coeur humain,
tous les peuples ne formeraient bientôt qu'une
famille, c'est alors qu'ils seraient libres et
heureux.
 § à quoi donc, foutre, servent les grandes
richesses? celui qui est riche dîne t il deux
fois? non, au contraire. le sale pourceau
qui à force de bombance s'est arrondi comme
un tonneau, qui n'est que lard de la tête aux
pieds, que la graisse étouffe, qui ne sait comment
soutenir sa lourde bedaine, qui roule
plutôt qu'il ne marche, maudit son existence.
quand il entend un robuste *sans-culotte
chanter à pleine gorge dès la pointe du jour,
quand il le voit leste et fringant, traîner le
rabot, remuer une poutre, conduire la  charrue,
le butor ne peut s'empêcher d'envier son sort;
mais surtout quand il le voit dévorer avec
appétit un morceau de pain, lorsque lui au
contraire il est rebuté de tous les mets qui
<Epg=3>lui passent sous le nez, il dit en lui-même
<Sat=1>"mon cuisinier a beau se mettre la cervelle
à l'envers pour ravigoter mon goût par de
nouvelles sauces, mon estomac est usé. pour
avoir trop joui, je ne connais plus aucun
plaisir; l'ennui me suit partout; j'ai des
petites loges à tous les théâtres, et je baille
aux pièces qui font rire les autres à gorge
déboutonnée; les plus jolies femmes m'agacent,
non pas pour moi, mais à cause de mon
or qu'elles convoitent; leurs beaux yeux,
leurs minois friands, toute leur gentillesse ne
fait plus d'impression sur mon coeur glacé;
j'ai honte de me chercher auprès d'elles et
de ne plus me retrouver. l'artisan dans sa
vieillesse est consolé par sa nombreuse famille;
ses enfants reconnaissants des services qu'il
leur a rendu dans leur jeune âge, s'empressent
à leur tour de le soulager dans ses
infirmités; il verse des larmes de joie en
voyant des petits marmots dont il est deux
fois grand-père, sautiller autour de lui, l'un
grimper sur ses genoux, l'autre le tenant au
col, et le petit nourrisson abandonnant le
téton de sa bonne mère, tendre ses petits
bras, et crier pour aller aussi embrasser le
<Epg=4>grand papa. voilà les douces jouissances que
goutte l'honnête ouvrier jusqu'au tombeau,
tandis que moi, être inutile, aussi ennuyant
qu'ennuyé, je suis abandonné de la nature
entière; j'avais des filles, j'en ai voulu faire
de grandes madames; je les ai mariées à des
marquis, à des ducs même, et elles sont
maintenant aux *madelonettes ; j'avais aussi
des fils que j'avais élevé dans l'orgueil, et
ils sont je ne sais où. si j'avais été un pauvre
gagne denier, j'aurais l'espérance de les revoir;
quand ils auraient battu la semelle pendant
trois ou quatre ans, fait une ou deux campagnes,
ils seraient revenus à leur clocher;
mais hélas! ils ont pris la route de *coblentz
depuis le commencement de la révolution,
et cette route maudite est le grand chemin
de la guillotine. on me tourmente moi-même;
on me regarde comme un homme
suspect, et on n'a pas grand tort; car si j'avais
eu de bonnes jambes, je serais, comme nos
amis, dans la *vendée . je vis dans des transes
continuelles; au milieu de l'abondance je suis
privé de tout; je couche sur le duvet, et
je ne connais plus le sommeil. voilà pourtant
mon triste sort, jusqu'à ce que j'étouffe
<Epg=5>d'apoplexie, à moins que le rasoir national
n'abrège le cours de ma triste vie."
<Sat=0> § eh bien, foutre! voilà le tableau de la richesse.
quel bougre assez ennemi de lui-même
peut la désirer à un pareil prix? celui qui
cherche les grandes places, qui veut dominer
est encore plus malheureux en s'embarquant
sur une mer orageuse, obligé de conduire sa barque
au milieu des tempêtes, et à travers des rochers,
presque toujours il fait naufrage au port.
malheur à l'homme qui s'élève trop haut, il ne
faut qu'un faux pas pour le précipiter dans
l'abîme. malheur à celui qui fixe sur lui tous
les yeux, et dont le nom est répété partout.
chacun s'en défie, on le jalouse. s'il est franc
du collier, tous les fripons tombent sur sa friperie.
on lui tend des pièges du soir au matin;
s'il les évite, s'il reste pur, s'il foule aux pieds
l'or qu'on lui présente à pleine mains pour
trahir sa patrie, s'il ferme sa porte aux muscadines
qui l'assiégent pour le corrompre, s'il
reçoit les flatteurs et les intrigants comme des
chiens dans un jeu de quilles; enfin si on ne
peut trouver à mordre sur lui, on le calomnie.
on graisse la patte à des scélérats pour aller
dans les cafés, dans les groupes répandre sur
<Epg=6>son compte les bruits les plus faux, les mensonges
les plus atroces. on paye des journalistes
et d'autres cuistres toujours aux gages
du plus offrant pour l'insulter dans leurs plates
rhapsodies. est il ferme et inébranlable au milieu
de tous ces cris des hiboux et des sifflements
des serpents, il finit par avaler un bouillon
à l'italienne, ou il périt par le poignard.
 § il faut bien convenir, foutre, les hommes
sont bien sots dans cette courte vie de se
donner tant de peines et de tourments pour
courir après un fantôme. tous veulent être
heureux, et ils font presque tous leur malheur.
encore une fois que chacun se contente de
son lot, que chacun sache rester à sa place;
que celui qui a plus de talents et de vertus,
soit le plus modeste; qu'il ne s'en serve que
pour être utile à ceux qui en ont moins.
généraux, magistrats, législateurs, quand
vous connaissez l'étendue de vos devoirs,
vous devez frémir de la tâche qui vous est imposée;
<Epg=7>car vous êtes responsables au peuple
qui vous a choisi, de toutes vos actions; une
seule étourderie, un seul moment de faiblesse
de votre part peut perdre la patrie.
 § plaignons, foutre, ceux qui ont eu le
malheur de sortir de la foule et de paraître
sur le grand théâtre. encourageons les, défendons les
quand on veut les opprimer,
mais s'ils sont jaloux de leur autorité, si
ceux qui gouvernent s'estiment plus que ceux
qui les ont élevé, s'ils préfèrent leur intérêt
personnel à l'intérêt général, regardons les
comme nos plus mortels ennemis. bien des
jean-foutres vont encore se plaindre de ce que
je jette des pierres dans leur jardin. tant pis
pour ceux qui se reconnaîtront dans les portraits
que je viens de tracer, mais je m'en
fous, je ne prendrai pas de mitaines pour
leur parler et je ne cesserai de dire que nous
ne serons jamais républicains, tant que l'on
fera plus de cas des beaux esprits et des riches,
<Epg=8>que des pauvres *sans-culottes , qui n'ont que
le gros bon sens et la vertu. guerre éternelle
à l'ambition et à la richesse, secours et
protection à la modestie et à l'indigence:
voilà la devise de la *sans-culotterie , foutre.
 <Sda=1793> <numero=319> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande colère du *père *duchesne
de voir que les jean-foutres qui ne sont ni
chair ni poisson, osent accuser les meilleurs
patriotes.  sa grande joie  de voir que ces
gredins se brûlent à la chandelle, et que
toutes leurs manigances contre la république
vont se découvrir.  ses bons avis  aux braves
*sans-culottes  , pour qu'ils défendent les
bougres intrépides qui les ont soutenus et qui
les soutiendront jusqu'à la mort.
<edito=1> §  encore  de nouveaux complots, tonnerre
<Epg=2>de dieu, nous n'aurons donc jamais de
relâche. on nous dit que la convention est
menacée, tous les bons citoyens sont consternés
à ces tristes nouvelles. je rencontre du
soir au matin de braves *sans-culottes  qui
me turlupinent pour que je leur dise ce que
je sais sur tous ces bruits.
<Sat=1>"*père *duchesne ,<Sat=0>
me disent ils,<Sat=1> est il possible qu'il existe
encore des traîtres et des conspirateurs? toi
qui as le tact si fin et qui les flaire de si loin,
tu n'y vois toi-même que du feu; tu ne brises
pas ta pipe; tu ne renverses pas tes fourneaux,
tu n'aiguises pas ton sabre pour foutre l'âme
à l'envers à tous ces scélérats. quoi donc,
foutre, ni l'armée révolutionnaire, ni la
guillotine ne peut les effrayer?"
<Sat=0> non, foutre,
§ jamais les bougres qui sont dévorés de la soif
de l'or , ou tourmentés par l'ambition, ne
sont épouvantés d'aucun danger, et ils marcheraient
sur des brasiers pour arriver à leur
but. ils ressemblent à ces insensés qui demeurent
près d'un volcan, quand la lave et le
soufre a détruit leurs habitations, ils se
foutent des périls qu'ils ont couru quand ils
sont passés, et sur les cendres de leurs
maisons, ils en bâtissent de nouvelles qui
<Epg=3>seront encore un jour dévorées par les flammes.
c'est ainsi, foutre, que pensent les fripons
et les ambitieux.
 § toutes les fois qu'un voleur a fait la grimace
au pont rouge, on a vu des filous se glisser
dans la foule et profiter du moment pour couper
des bourses. tandis que la convention
mettait à prix la tête de l'infâme *dumouriez ,
le traître *custine  jouait la sienne à pair et
non pour imiter son exemple et lui succéder
dans ses affreux complots. à peine le général
*moustache avait il la tête dans le sac que son
palefrenier *houchard  bravait le rasoir national
et cherchait à donner le coup de grâce à la
république, en livrant l'armée qu'il commandait
à nos ennemis.
§ <Sat=1>comment donc nous sauver,*père *duchesne,
<Sat=0> me dira t on,<Sat=1> au milieu
de ce déluge de trahisons ? la république
ainsi déchirée de toutes parts, pourra t elle
résister longtemps?
<Sat=0> si elle résistera, foutre!
quel est le lâche qui pourrait en douter? les
fripons et les traîtres passeront, mais la liberté
ne périra jamais. au milieu des orages et
des tempêtes, nous trouverons toujours un port
aux pieds de la sainte montagne. c'est de sa cime
que partira la foudre qui écrasera et anéantira
tous les conspirateurs.
<Epg=4> § jamais, foutre, la république n'a été aussi
puissante  qu'elle l'est aujourdhui. que l'on
se rappelle donc tout ce que nous avons fait
depuis un an. que l'on songe à ce qu'était
la convention il y a quelques mois à ce qu'elle
est aujourdhui; elle renfermait dans son
sein tous les immondices de la république.
une bande de scélérats, aux gages des brigands
couronnés, y faisaient une guerre atroce
aux meilleurs patriotes. nos braves *montagnards
étaient outragés, vilipendés  à la
journée dans les cafés, dans les places publiques
et même dans leurs fonctions. proposaient ils
quelques mesures révolutionnaires,
demandaient ils la mort des traîtres, on les
appelait septembristes-massacreurs;
<Sat=1> portez un verre de sang à monsieur ,
s'écriait l'infâme
*buzot  à chaque fois qu'un député républicain
disait oui au jugement du traître
*capet . c'est alors, foutre, que la convention
et la république étaient véritablement en
danger. on pouvait trembler pour le salut
public quand *marseille , *lyon , *bordeaux , le
*calvados , le *finistère   s'armaient contre *paris ,
et marchaient au grand galop vers la contre-révolution
en voulant étouffer la liberté dans
<Epg=5> son berceau. après avoir triomphé de tous ces
dangers, se peut il, foutre, qu'elle ait encore
des ennemis à redouter?
 § je ne prétends pas, foutre, que les *sans-culottes
doivent s'endormir et rester les bras
croisés. après avoir détruit les lions et les
tigres qui voulaient les dévorer, ils ne doivent
pas oublier les insectes dont les piqûres
sont souvent mortelles. oui, foutre, il n'est
un véritable ami du peuple qui n'ait à ses
trousses une nuée de scélérats qui ne le quittent
pas plus que l'ombre et qui employent le
vert et le sec ou pour le corrompre ou pour
le perdre n'importe comment. moi, foutre,
qui ne suis que la dernière sentinelle de l'arrière-garde
des *sans-culottes , il n'y a pas de
jours que je ne sois exposé à être assassiné
par la calomnie ou par le poignard des aristocrates.
aujourdhui je suis assiégé d'intrigants
qui viennent me mettre le feu sur le ventre
et qui cherchent à me faire perdre la carte
en me racontant  un tas de contes bleus
pour me mettre à chien et à chat avec ceux
qui doivent être mes meilleurs amis; demain
de jolies muscadines viendront me faire les
yeux doux. si je pouvais être dupe de leurs
<Epg=6>cajoleries, je serais tenté de faire jabot et
de me regarder comme un beau fils. quel est
le but de cette foutue canaille? ce ne sont
pas mes moustaches noires et ma gueule en
fumée qui leur donnent dans l'oeil; mais
foutre, si j'étais assez sot pour me jeter dans
leurs filets, elles me feraient voir bougrement
du chemin, et comme dit le proverbe:
dis moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es.
 § braves *sans-culottes , ce n'est point assez
de rester pur, il ne faut pas seulement que
vous soyez soupçonnés. songez, foutre, que
vous êtes environnés de pièges et d'embûches,
mais en marchant droit foutez vous de vos
ennemis; attendez vous à être persécutés,
c'est le sort de tous les braves gens. quand
on souffre pour sa patrie, on est trop heureux.
le sort de *marat , toujours menacé du poison
et des poignards, n'est il pas préférable à
celui de ces jean-foutres qui ne sont ni chair
ni poissons, qui ne vivent que pour eux?
quant à moi, foutre, si j'avais cent têtes,
j'aimerais mieux les perdre l'une après
l'autre que de vivre inutile. je connais tous
les coups de chien qu'on prépare, je sais
<Epg=7>tout ce qu'on manigance contre moi. jamais
les royalistes ne me pardonneront d'avoir
traîné l'ogre royal dans la boue; toujours
les gredins qui ont fait leur orgies et qui se
sont graissés des dépouilles du peuple, auront
une dent contre moi, parce que j'ai rengainé
tous les compliments de la reine *roland  et que
j'ai refusé les assignats de son vieux cornard.
les amis de *brissot  et de la clique de la
*gironde , me regardent comme un loup-garou
parce que j'ai, un des premiers, éventé la
mèche et dévoilé toutes leurs conspirations.
environné d'autant d'ennemis. je dois m'attendre
à être persécuté, mais je m'en fous. je
ne broncherai pas d'une ligne. ce que j'ai été
au commencement de la révolution, je le suis
encore. si mes ennemis se croient assez forts
pour m'accabler, j'appellerai les *sans-culottes
à mon secours. c'est eux qui seront mes
juges. je leur demanderai d'examiner toute ma
vie. s'ils ne me trouvent pas les mains nettes,
<Epg=8> j'ai cessé d'être leur défenseur, eux-mêmes
me condamneront. que l'on crie, que l'on
jappe contre moi. je suis bon cheval de trompette,
je ne m'effraye pas du bruit, foutre.
 <Sda=1793> <numero=320>  <semaine=522><edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande colère du *père *duchesne  ,
de voir que des jean-foutres qui n'ont ni bouche
ni éperon, saignent du nez pendant le
combat, et nous proposent de quitter le champ
de bataille pendant la mélée et au moment de
la victoire.  ses bons avis  aux braves *montagnards,
pour qu'ils n'abandonnent pas la
barque jusqu'à ce qu'elle soit arrivée à bon
port, et jusqu'à ce qu'ils aient délivré la république
de tous les fripons et de tous les
traîtres qui mettent des bâtons dans les roues.
<edito=1> § on ne saurait plaire à tout le monde,
foutre, car chacun a sa manière de voir et
de sentir, et les trois quarts et demi des
hommes ne savent ce qu'ils veulent. quand
<Epg=2>il fait chaud, on aime le froid;quand il gèle,
on désire l'été; dans la saison de fleurs, on
voudrait être à celle des vendanges,et quand
la terre se dépouille de ses richesses pour
nous nourrir, les jeunes fillettes soupirent tout
bas; elles regrettent la violette, et soupirent
de ne plus voir bientôt la feuille à l'envers.
les gens sages, foutre, prennent le temps
comme il vient, et s'accoutument à tout;
mais  malheureusement ils sont en petit nombre
toute la famille d'*adam  est une bougre
de race de fous qui n'entend ni  a dia  ni  a hue .
tout ce qui la compose ne rêve qu'extravagances.
les sots croient avoir tout l'esprit
en partage; les beaux esprits souvent n'ont
pas le sens commun; chacun fait des châteaux
en *espagne ; tout le monde plaide pour son
saint, l'un est prodigue, l'autre est avare,
celui-ci est joueur, celui-là libertin; comment
s'entendre dans cette bougre de cohue?
comment mettre d'accord tous ces échappés
des petites maisons? comment faire le
bonheur de tous? ah! foutre, c'est la bouteille
à l'encre! le plus embarrassé, c'est celui qui
tient la queue de la poêle.
 § je ne conçois pas, foutre, comment il se
trouve tant d'insensés qui se précipitent les
uns sur les autres pour conduire et gouverner
les bandes d'animaux indociles au milieu des
lanternes, des guillotines et des poignards;
mais l'envie de dominer est aussi naturelle à
l'homme que la faim et la soif. le dernier
caporal est plus despote dans sa compagnie
<Epg=3>que le général à la tête de son armée. celui,
foutre, qui ne peut sortir de la foule pour
gouverner l'état, s'en venge par tout ce qui
l'entoure. le charbonnier est le roi dans sa cahute
comme on disait dans l'ancien régime; il tranche,
il  rogne comme il lui plait; il commande
en maître aux charbonniers subalternes, et
il faut que tout cela cède à sa volonté.
celui qui n'a qu'un chien au dessous de lui
est encore un petit despote; il faut que le
pauvre animal soit soumis à tous ses caprices.
quoique la nature l'ait fait pour marcher à
quatre pattes, il faut qu'il se juche sur ses
deux ergots de derrière, qu'il danse, qu'il
fasse l'exercice ou le mort, qu'il rapporte,
qu'il aille à l'eau, quand il plait à son maître.
c'est ainsi que presque tous les hommes tyrannisent
tout ce qui les environne  . ils ont
l'esclavage en horreur, et ils veulent que tout
soit esclave auprès d'eux. ils aiment tous la
liberté; ils l'adorent, et, autant qu'ils peuvent,
ils veulent en priver leurs semblables. cependant
ils naissent tous avec l'amour de la justice;
ils plaignent ceux qu'on opprime, ils
pleurent avec ceux qui souffrent; ils ne peuvent
pardonner le mal, excepté celui qu'ils
font.
 § quel est donc, foutre, le moyen de corriger
leurs vices et de les rendre tous heureux?
ah! c'est un grand secret que celui-là. avec
de bonnes lois, avec notre sainte constitution
nous arriverons un jour à ce but; mais,
foutre, il nous faudra passer encore par bien
<Epg=4>des étamines. patience, avec le temps on vient
à bout de tout. nous ne faisons encore que
labourer la terre de la liberté. nous n'avons
pour nous que les épines, et nos enfants recueilleront
les roses. ne perdons pas courage,
foutre, arrachons de cette terre sacrée les
ronces et les épines. détruisons les plantes venimeuses
qui croissent encore sur son sein.
renversons ces vieux arbres qui ne rapportent
aucun fruit, qui étouffent avec leur tête
énorme les jeunes arbrisseaux , et qui les empêchent
de croître et de profiter.
 § oui, foutre, ça ira, malgré les fripons, les
traîtres et les ambitieux qui jettent des bâtons
dans les roues. il faut, si nous voulons être
libres, n'avoir d'autre maître que la loi. ce
n'est que devant elle que nous devons fléchir.
tous les républicains doivent lui sacrifier tout,
fortune, amis, parents, tout ce qu'ils ont de
plus cher. il ne faut pas calculer ce qu'elle
nous coûte, ce qu'elle nous enlève, mais ce
qu'elle vaut. elle est bonne, si elle plait à la
majorité de la république. tout doit obéir à
la volonté suprême du peuple. ainsi donc,
foutre, puisque ce peuple a dit qu'il voulait
la liberté et l'égalité; tous ceux qui n'en
veulent pas sont des ennemis, ils doivent périr.
celui qui ose regretter un roi, celui qui voudrait
s'élever d'une ligne au dessus des autres
sont des monstres à étouffer.
<Sat=1> § "tu ne parles que d'étouffer, de tuer,
de raccourcir, de massacrer,<Sat=0> me disent les
feuillants;<Sat=1> tu as donc grande soif du sang,
<Epg=5>misérable marchand de fourneaux, n'en a t on
pas assez versé?"
<Sat=0> beaucoup trop, foutre,
mais à qui la faute? c'est la votre, bougres
d'endormeurs, qui avez arrêté le bras vengeur
du peuple, quand il était temps de frapper. si
on avait lanterné quelques centaines de scélérats
dans les premiers jours de la révolution,
il n'aurait pas péri depuis, plus d'un million
de *français. le jour où le peuple fût assez
fort pour faire trembler son tyran; il fallait
qu'il en profitât pour l'envoyer  ad patres , avec
toute sa bougre de race. cet exemple aurait
fait rentrer cent pieds sous terre, tous les
coquins et tous les traîtres qui nous ont tant
fait de mal depuis. mais nous avons agi comme
des poules mouillées, nous avons donné le
temps à nos ennemis de se réunir, de se fortifier,
de s'armer jusqu'aux dents et à nos
dépens , de nous diviser. ce n'était qu'un
peloton de neige au commencement, mais
ce peloton est devenu une masse énorme qui
a manqué de nous écraser. que le passé nous
serve donc de leçon, profitons des sottises que
nous avons faites pour n'en plus faire par la
suite. plus de grâce à des coquins que nous
avons trop longtemps ménagé, qui ne nous en
feraient pas, s'ils avaient un seul instant le
grapin sur nous. le combat à mort, entre les
hommes du peuple et les ennemis du peuple,
est engagé, il ne peut finir que lorsque l'un
des deux côtés aura anéanti l'autre. ce n'est
pas au milieu  de la mélée qu'il faut parler de
suspension d'armes. ce n'est pas au parti le
<Epg=6>plus fort, à celui de la raison, de la justice,
de la vérité, de la liberté ,de l'égalité à céder
le champ de bataille à celui du mensonge, du
brigandage, de la tyrannie. si nous pouvions
reculer d'un seul pas nous serions foutus et
contrefoutus, car nos ennemis en profiteraient
pour nous égorger tous.
 § quels sont donc les jean-foutres qui oseraient
nous proposer de mettre les pouces au
moment de la victoire?
<Sat=1>"mais, *père *duchesne ,
<Sat=0>disent encore les feuillants,
<Sat=1>est ce
qu'on ne craint pas d'augmenter les ennemis
de la révolution avec toutes ces arrestations,
toutes ces persécutions contre les honnêtes
gens, contre les riches, contre les marchands,
contre des patriotes même."
<Sat=0> d'abord, foutre,
je réponds que le nombre des patriotes opprimés
n'est pas considérable. au surplus si un
bon citoyen, au fort du combat attrape une
égratignure, a t il droit de se plaindre? n'est il
pas sûr que tôt ou tard on lui rendra justice?
quels sont donc les patriotes persécutés depuis
le comité des douze? et quand même il y en
aurait, je le répète, ils doivent encore se
trouver heureux de souffrir pour une si belle
cause. qu'ils se rappellent l'action d'un des
braves *romains qui firent perdre le goût du
pain à un fameux brigand nommé *jules *césar ,
 dans le moment où  ces braves républicains
environnaient le tyran pour le massacrer,
chacun voulait avoir l'honneur du premier
 coup et cherchait la place pour lui donner le
coup mortel.
<Sat=1> "frappez le à travers de mon corps,
<Epg=7> <Sat=0> s'écria l'un de ces bougres à poil,
<Sat=1>je serai trop heureux de mêler mon sang à
celui du tyran".
 <Sat=0> § c'est ainsi que pensent les républicains.
point de pitié pour les ennemis de la patrie.
la convention, en mettant la terreur à l'ordre
du jour, a sauvé la république, si elle parlait
d'indulgence, elle se perdrait avec nous.
quand nous tenons le tigre en cage, gardons nous
de le laisser échapper. comité de sûreté
générale, comité de salut public, allez toujours
en avant, et vous *montagnards, ne
quittez pas la barque jusqu'à ce qu'elle soit
arrivée au port. brave *dumont , toi qui as
étouffé les germes d'une nouvelle *vendée
dans les départements que tu as parcourus,
ne jette  pas le manche après la  cognée , et
poursuis comme tu as fait jusqu'aujourdhui.
et vous, lurons de la gance, couple intrépide,
*collot  et *fouché  qui avez été envoyés
pour détruire les cavernes de voleurs des
galonniers de *lyon , abattez, rasez, brûlez
les palais de toute la canaille marchande de
 cette ville rebelle, qui a osé trafiquer la
contre-révolution. cette leçon épouvantera
les fédéralistes de *rouen , de *brest  et d'autres
villes de  la ci-devant *normandie  et de la ci-devant
*bretagne  qui voudraient ouvrir leurs
portes au fils du roi *georges-*dandin  et qui
mitonnent depuis longtemps la contre-révolution
avec l'infâme *pitt . encore quelques
jours, foutre, et la république est sauvée,
mais il ne faut pas s'endormir, il ne faut pas
<Epg=8>s'arrêter un seul instant. surtout, braves *sans-culottes ,
soyez unis comme des frères.
plus on fait d'efforts pour vous diviser, plus
vous devez rester serrés. réunissons tous nos
efforts pour détruire le reste des brigands de
la *vendée , que les bombes et les boulets
pleuvent sur l'infâme *toulon , si dans quelques
jours nous pouvons en débusquer les *anglais,
la tête du roi *georges-*dandin  et de son porte-esprit
ne pèseront pas une once. encore une
fois, nous n'avons plus d'ennemis à craindre
que ceux de l'intérieur. anéantissons les, et
nous sommes sauvés, foutre.
 <Sda=1793> <numero=321> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande joie du *père *duchesne
en apprenant toutes les belles actions de nos
braves bougres qui combattent pour la république
et qui la sauveront malgré les fripons et
les traîtres et tous les brigands couronnés,
qui prendront plutôt la lune avec les dents que
de nous faire la loi.
<edito=1> § s'il existait encore des individus assez
jean-foutres pour douter si nous sommes républicains
et pour croire à la résurrection de
la royauté, je leur dirais de me suivre et de
<Epg=2>venir avec moi passer en revue toutes nos
armées. c'est là, foutre, qu'ils verraient des
hommes libres et qu'ils connaîtront ce que
peut l'amour de la patrie. oui, la fleur de
la république est là. tous ces guerriers grecs
et romains dont on nous fait des histoires à
perte de vue et des contes à dormir debout,
n'étaient que de la *saint-*jean  en comparaison
des soldats français; il faut voir avec quel
courage, ils endurent le froid, le chaud,
la fatigue et la faim. les jours de bataille sont
pour eux des jours de fêtes, et ils marchent
au combat comme s'ils allaient au bal, en
chantant, en dansant. plus ils ont d'ennemis
devant eux, plus ils sont intrépides. il n'y a
pas de musique plus agréable pour eux que le
son du canon. quand le butor a renversé une
file de républicains, ils sont aussitôt remplacés
par d'autres, et le dernier cri des mourants est
toujours un cri de joie, les derniers mots
qu'ils prononcent sont,  vive la liberté, vive
la république .
 § je n'en finirais pas, foutre, si je voulais
raconter  tous les beaux traits qui honorent
nos braves défenseurs; il est juste pourtant
de les faire connaître, pour servir d'exemple
<Epg=3> aux jeunes citoyens. la seule récompense
d'une bonne action aux yeux d'un véritable
républicain, c'est l'estime de ses concitoyens.
sous le règne affreux du despotisme, nos
anciens tyrans ne se contentaient pas seulement
de dévorer la substance des *sans-culottes ,
et de s'engraisser de leurs sueurs et de leur sang ;
ils leur enlevaient jusqu'à la
gloire de leurs exploits. quand dix à douze
mille hommes étaient morts pour la patrie,
on n'en parlait pas plus que les *gascons de
leurs vieilles dettes; tout l'honneur était pour
le général qui était resté au quartier de
réserve pendant les combats; des bougres qui
n'avaient pas seulement senti la fumée de la
poudre, passaient pour les plus intrépides
guerriers. les cuistres de journalistes qui
avaient la patte bien graissée pour mentir à
tant la ligne dans les gazettes royales, faisaient
des éloges pompeux  de toutes les poupées
 de cour qui étaient à la tête des armées.
le poitreau qui voulait gagner un habit noir,
se mettait la cervelle à l'envers pour rimailler
en l'honneur de tous les talons rouges; il
faisait de grands détails des combats qu'il
n'avait vus que du haut de son grenier; ici
<Epg=4> le prince  un tel avait été couvert de sang et
de poussière, là  monseigneur  un tel avait vu
tant d'hommes blessés ou morts à ses côtés,
tandis que tous ces foutus freluquets tournaient
le cul à l'ennemi, et se dorlotaient
sur le duvet avec les coquines qu'ils traînaient
à leur suite. jamais il n'était question
des pauvres pileurs de poivre, et si quelqu'un
d'eux avait fait une belle action ou contribué
au gain de la bataille, la gloire en était au
colonel ou au général qui, la plupart du temps,
étaient de méprisables capons et les plus jean-foutres
de l'armée. maintenant que le tour des
*sans-culottes  est arrivé, ceux qui commandent
et ceux qui obéissent sont des égaux. le
sang des uns n'est pas plus précieux que celui
 des autres, et celui qui sert bien la patrie dans
le premier rang comme dans le dernier est
également estimable. la patrie doit autant
au simple  fusillier qui, pendant le combat,
a toujours soutenu la charge qu'au général
qui, en conduisant des hommes libres à la
victoire, n'a fait que son devoir, foutre. on
disait, jadis, qu'il fallait rendre à *césar  ce
qui appartenait à *césar , on avait tort; car
tous les *césars , c'est à dire les rois, n'ont jamais
<Epg=5>été que des brigands, et rien ne leur devait
appartenir que cent millions de potences
pour les allonger, et des guillotines aujourdhui
pour les raccourcir; disons donc aujourdhui,
avec plus de justice, qu'il faut rendre
aux *sans-culottes  ce qui appartient aux
*sans-culottes , et ce ne sera pas peu, car
tout ce que possédaient les ci-devant était
le fruit des sueurs et des larmes des malheureux.
 § tonnerre de dieu, que j'ai de satisfaction
quand il se présente une occasion de rendre
justice à qui elle appartient et de faire connaître
les braves bougres qui combattent pour
nous. un de mes compères vient de m'écrire
de l'armée du *nord  une lettre qui m'a fait
pleurer comme un enfant.
<Sat=1> § le coeur saigne mon vieux,
<Sat=0> m'écrit il, <Sat=1> quand on voit nos
braves guerriers étendus sur les champs de bataille
après le combat; mais on est transporté
d'admiration quand on les entend chanter la
carmagnole malgré leurs blessures. après la
journée du 15 au 16 *frimaire , un bougre à
poil, nommé *denis *siboul , natif d'*issy-l-union ,
district du *bourg-l-égalité , département
de *paris , sergent de  canonniers au grand
<Epg=6> parc d'artillerie, compagnie de *mignonnet ,
a reçu un boulet qui lui a emporté les deux
pieds, aussitôt il a crié:  vive la république ;
et a prié ses camarades, qui venaient le secourir,
de rester à leur poste. quand le chirurgien
l'a ensuite opéré, il a montré la plus
grande fermeté, et n'a pas cessé de chanter
et de crier,  vive la liberté, vive la république ,
mais ensuite il n'a pas tardé à pleurer. je lui
ai demandé pourquoi son chagrin: ah! mon
ami, je suis époux et père de quatre enfants,
m'a t il dit en sanglotant. je l'ai consolé
de mon mieux: il va bien maintenant,
et je le regarde comme guéri".
<Sat=0> § ah! foutre, voilà bien le modèle des républicains,
sa première pensée est à sa patrie;
mais qu'il soit ensuite homme et père, c'est
une vertu de plus. console toi, brave homme,
la convention est là pour te récompenser;
c'est notre mère commune, tes enfants sont
les siens, elle en prendra soin, il te reste
encore une âme et un coeur pour jouir du
triomphe de la république,  c'est au  milieu de
cette famille que tu chéris, que tu raconteras
les exploits de nos frères d'armes et les tiens.
si tu ne peux marcher, nous disputerons à
<Epg=7>tes enfants le plaisir de te porter dans nos
places publiques, dans nos assemblées, et
nos jeunes citoyens envieront tes honorables
blessures.
 § mon compère, dans sa lettre, me raconte
une infidélité de traits héroïques qu'il ne faut
pas passer sous silence.
<Sat=1> "un autre luron,
natif de *vertus  près *saint-*denis , volontaire
au quatrième bataillon de l'*aisne , ayant eu
aussi la jambe emportée par un boulet, s'est
écrié tant mieux, foutre, il vaut mieux que
ce soit moi qu'un autre, une jambe de plus,
une jambe de moins pour un tailleur, c'est
égal."
<Sat=0>*jean *gorget , de *saint-*martin-l-*andelle ,
district d'*avranche , volontaire au
troisième bataillon de *seine-et-*oise , tandis
qu'on lui coupait la cuisse, a demandé, pour
toute consolation, un bon verre de vin pour
boire à la santé de la république. *la-*coste ,
natif de *villeneuve-d-*agen , département de
la *haute-*garonne , ne cessait de crier vive
la république, tandis qu'on lui coupait un
bras. *l-*anglois , natif de *caen , ce qui
prouve qu'il y a de braves gens partout,
sergent au quatrième régiment, n'a pas sourcillé
tandis qu'on lui coupait la cuisse. *leroux ,
section de la *croix-*rouge , et *antoine *masson ,
natifs de *paris , volontaires au huitième bataillon
de *seine-et-*oise , n'ont pas démenti
la gloire des *parisiens, et ils n'ont cessé de
crier vive la république pendant des opérations
semblables. *augustin *houssier , district de
*montreuil , département du *pas-de-*calais ,
<Epg=8> volontaire au huitième bataillon, a eu, le 16
sur les trois heures du soir, la cuisse emportée.
ce brave républicain, au milieu de
l'opération, croit que notre armée est battue,
et demande si l'ennemi va prendre *avesnes .
non, au contraire, lui réplique t on, *maubeuge
est débloqué, ah! foutre, s'écrie t il,
coupez toujours, vive la république. voilà des
républicains, foutre. avec de tels hommes,
que l'on ose douter du salut de la *france , et
du triomphe de la liberté! brigands couronnés,
vous prendrez plutôt la lune avec les dents,
que de faire la loi à un peuple aussi grand et
aussi courageux, foutre.
 <Sda=1793> <numero=322> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§grande découverte du *père *duchesne  ,
de tous les complots de l'infâme *pitt , premier
porte-esprit du roi *georges-*dandin  pour
faire la contre-révolution en redoublant la
foule à la porte des boulangers,  en enlevant
le beurre, les oeufs, et toutes les subsistances
dans les campagnes, et surtout en mettant
les meilleurs patriotes à chien et à chat, pour
les détruire en détail.
<edito=1> § l'autre jour, après avoir roulé les quatre
<Epg=2> coins de *paris , pour connaître l'air du bureau,
je rentrai chez moi le soir, l'esprit tout
foutimassé et le coeur gros de toutes les sottises
que j'avais entendu , et de tout ce qui s'était
passé sous mes yeux. j'ouvre ma porte
brusquement, je bouscule ma *jacqueline  et
sans la remercier, je prends mes pantoufles,
qu'elle me présente, et pouf me voilà étendu
tout de mon long dans mon grand fauteuil.
ma femme et mes marmots, sentant qu'il n'y
faisait pas bon, sortirent en chuchotant tout
bas, et me laissant jurer à mon aise. mon gros
caniche, mon fidèle compagnon, mon dragon,
qui aboye si fort, quand on parle d'aristocrates
et qui saute jusqu'aux nues pour les *jacobins ,
reste seul avec moi, et  s'étale à mes pieds .
pauvre animal, lui dis je, toi et tes semblables,
vous êtes mille fois plus heureux que les hommes,
vous vivez au jour le jour, vous ne
vous tourmentez pas la veille sur ce qui doit
arriver le lendemain. si par ci par là, il
survient des querelles entre vous autres, le
combat s'engage bravement et le battu en est
quitte pour quelques coups de dent, presque
jamais il ne s'en suit mort de chien; vous
avez même la générosité de laisser aboyer
<Epg=3> autour de vous les roquets, et vous ne daignez
pas vous venger des insultes qu'ils vous
font. jamais, foutre, on ne vit tous les chiens
d'un canton se réunir et former des armées
pour aller livrer bataille à leurs voisins. il est
vrai pourtant, qu'à force de vivre avec l'homme
vous avez pris ses vices. c'est de lui que vous
avez appris à ramper, à caresser la main qui
vous frappe, à faire la guerre aux lièvres, aux
lapins et aux autres animaux timides qui habitent
les forêts, à déchirer dans un cirque
le taureau qui vous est livré; mais encore
une fois on ne doit pas s'en prendre à vous,
mais à l'animal à deux pieds dont vous êtes
devenus les esclaves.
 § c'est ainsi, foutre, que je ruminais, en
fumant ma pipe. on me demandera peut-être
pourquoi cette humeur noire et ces lugubres
réflexions; je répondrai, foutre, qu'il y a de
quoi se débaptiser, en voyant toujours complots
sur complots et trahisons sur trahisons, les
patriotes à chien et à chat, quand ils devraient
être unis comme des frères et n'avoir
tous qu'une seule volonté pour écraser tous
leurs ennemis. oui, foutre, il faut que nous
renoncions à la liberté, il faut que nous devenions
<Epg=4> les plus vils, les plus malheureux des  esclaves,
ou plutôt il faut que nous nous attendions
à périr avec ignominie les uns après les autres,
si tous les patriotes et même tous les hommes
qui ont le sens commun ne s'entendent pas.
les brigands couronnés qui nous font la guerre
n'ont plus d'espérance que dans nos divisions,
et nous sommes assez sots pour nous jeter
tête baissée dans tous les pièges qu'ils nous
tendent, et tout le monde veut être maître,
chacun veut tirer son épingle du jeu. on ne
songe qu'à son intérêt, et celui de la patrie
est foutu de côté. les trois quarts et demie
des gens en place et de tous les bougres que
la république fait vivre, la regardent comme
une vache à lait, c'est à qui l'épuisera davantage.
presque tous les riches sont aristocrates,
tous les gros marchands sont des voleurs.
heureusement, foutre, que les dix-neuf
vingtièmes de la nation ne sont ni riches,
ni marchands, ni coureurs  de place. cette
masse est toujours pure, elle restera toujours
pure; elle veut être libre, et elle le sera
malgré cette poignée d'intrigants et de fripons
qui conspire contre elle.
 § ayant la tête farcie de toute ces idées
<Epg=5> noires, je prends mon bonnet de nuit, et
je me couche pour les dissiper. quand on n'a
pas soupé, foutre; quand on n'a pas seulement
étouffé un enfant de choeur avant de
se mettre au lit, on ne peut pas manquer de
rêver. aussi, foutre, pendant cette nuit mon
sommeil fût troublé par des songes. parmi tous
mes rêves, il en est un pourtant qui n'est pas
indifférent, et qui se rapproche tant de la
vérité, que je dois le raconter. en fera le profit
qui voudra.
 § après un cauchemar qui manqua de m'étouffer,
je rêve tout à coup que je suis transporté
au beau milieu de la ville de *londres ; je rode
de tous côtés pour entendre ce que l'on dit
de la guerre. dans tous les cafés, dans les
tavernes, dans les places publiques je rencontre
des politiqueurs à perte de vue. les
*français sont  à quia , disent les uns, dans
quelques jours *le-*havre , *brest  et tous les
ports de *france  seront à nous comme *toulon .
avec quoi les achèterez vous, bougres d'enfonceurs
de portes ouvertes, m'écriais je,
venez y avec vos guinées, et les *sans-culottes
vous recevront en enfants de bonne maison;
d'autres font la gageure qu'avant qu'il soit
<Epg=6> l'âge d'un petit chien, la contre-révolution
sera faite à *paris , et que le fils cadet du bon
roi *georges-*dandin  y sera couronné et proclamé
roi de *france  et de *navarre ; malgré
tous ces beaux discours, je vois cependant
presque toutes les mines allongées; ici c'est
un manufacturier qui s'arrache les cheveux
de désespoir d'avoir tout perdu par la guerre,
là c'est un marchand qui a fermé sa boutique,
et qui est réduit à la besace. je n'entends parler
à droite et à gauche que de banqueroutes; les
ouvriers murmurent de n'avoir plus de travail,
et pour consoler tous les badauds de l'*angleterre
de la misère qu'ils éprouvent, on leur
annonce de nouveaux impôts pour soutenir
l'honorable guerre, pendant laquelle ils ont
été étrillés de toutes parts et d'importance,
et qui ne leur a valu que la prise d'une seule
ville, dans laquelle, encore, ils ne sont entrés
qu'avec la clef d'or. tout le monde désire la
paix, et attend avec impatience le nouveau
parlement pour mettre fin aux maux du peuple.
 § dans un rêve on fait bougrement du chemin,
et en peu de temps, me voilà tout à coup
transporté en corps et en âme, dans le
cabinet secret du bateleur *pitt . je le vois sans
<Epg=7>en être vu, et j'examine ce tigre qui rugit de
voir sa proie lui échapper.
<Sat=1>"me voilà au bout de mes prouesses,
<Sat=0> dit il,<Sat=1> la *france  ne sera
pas conquise. les brigands de la *vendée  ne
font plus que se battre contre la mort: *toulon
va être réduit en cendres par les républicains
français; mes complots du *midi sont éventés.
je n'ai plus d'espérances que dans les bons
amis que j'ai en *france , il est vrai qu'ils
jouent leur rôle à merveille et ils savent bien
singer le patriotisme. ils animent, comme je
le désire, les véritables patriotes les uns contre
les autres. tandis que les républicains se
chamailleront et se mangeront le blanc des
yeux, j'aurai toujours beau jeu, et je profiterai
de leurs querelles pour les perdre les uns
après les autres, et les détruire en détail par
leurs propres armes. c'est par les vivres surtout
que je saurai les prendre. je ferai naître
la misère au milieu de l'abondance. la foule
redoublera à la porte des boulangers. je ferai
enlever le beurre, les oeufs et toutes les denrées
dans les campagnes. je nourrirai les poissons
de la *seine  et de la *loire  avec les subsistances
des *sans-culottes  de *paris , et quand
ils tireront la langue d'une aune, il faudra
bien qu'ils reçoivent les lois que je leur dicterai."
<Sat=0> § quand on compte sans son hôte, infâme
brigand, on compte deux fois, m'écriai je,
tes finesses sont cousues de fil blanc. nous
ne donnerons plus dans tes panneaux; nous
sommes debout pour exterminer les jean-foutres
<Epg=8> que tu soudoies. ils ne nous foutront
plus dedans; nous resterons unis malgré tes
manigances. tremble, scélérat, ta dernière
heure va sonner. je me réveille désespéré de
n'avoir approché qu'en songe de cet infâme
garnement auquel j'aurais voulu foutre l'âme
à l'envers.
<mois=06>
 <Sda=1793> <numero=323> <quinzaine=61> <semaine=611> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande joie du *père *duchesne  ,
au sujet de la grande victoire remportée par les
soldats de la *liberté , dans la ville du *mans ,
sur les brigands de la *vendée , qui ont été
taillés en pièces, et qui ont perdu leurs trésors,
leur artillerie, leurs saints et leurs reliques.
sa grande  ribotte  avec tous ses compères et
commères, en réjouissance de cette bonne
nouvelle, qui donne le coup de grâce aux
aristocrates, aux calotins et à tous les
conspirateurs.
<edito=1> § on me reproche d'être trop souvent en
<Epg=2>colère. on s'imagine que je ne ris jamais
que d'une joue; les aristocrates me regardent
comme un loup-garou. on ne parle que de
mes moustaches , de ma voix de tonnerre,
en un mot, je suis un bougre à faire trembler
la volaille. ceux qui me connaissent,
savent bien cependant que je ne suis pas si
diable que je suis noir. au surplus, que l'on
pense de moi tout ce qu'on voudra, je m'en
fous, cela ne m'otera pas un seul cheveu
de mon crâne pelé. je marcherai toujours
droit mon chemin, sans faire attention aux
cris des corbeaux et aux sifflements des serpents
que je rencontrerai sur mon passage. je
consens à passer pour un ours mal léché au
vis-à-vis des conspirateurs et des traîtres,
pourvu que les *sans-culottes  continuent
de me regarder comme un bon vivant et
comme leur véritable ami. avec eux, je
jurerai toujours tant que je verrai les sots
dupes des intrigants, tant que les fripons
pêcheront en eau trouble, tant que les
loups se couvriront de la peau de l'agneau,
pour mieux tromper le troupeau et pour nous
manger la laine sur le dos; mais, foutre,
si je m'emporte comme une soupe au lait,
<Epg=3> quand j'apprends de mauvaises nouvelles, je
me réjouis de même des bonnes. quand je
vois tourner la girouette au mauvais vent, je
suis triste comme un bonnet de nuit, et quand
le temps est beau, je suis gai comme un pinson.
les jean-foutreries des aristocrates me font
renverser mes fourneaux, les bonnes actions
des *sans-culottes , les victoires des républicains
font sauter mes pintes.
 § ah foutre! quelle joie dans ma boutique
quand on est venu m'annoncer que les brigands
de la *vendée  avaient dansé une si fameuse
carmagnole dans la ville du *mans ! tous
mes compères et commères du voisinage sont
accourus en m'entendant crier:  victoire, vive
la république . grande nouvelle, mes amis, leur
ai je dit; femmes, taisez vous et écoutez.
alors j'ai pris mes besicles, et j'ai lu une
lettre d'un brave canonnier de mes amis,
contenant tous les détails de la bataille.
§ du *mans, ce 23 *frimaire , l'an 2 de la rép- une et
indivisible .
<Sat=1>"réjouis toi, brave marchand de fourneaux,
l'armée du pape qui , pour la gloire
du bon dieu, ravageait depuis si longtemps
plusieurs départements, qui égorgeait les
vieillards, les femmes et les enfants, dont la
<Epg=4>trace était  plus funeste que la peste, qui a
changé la *vendée  dans un vaste cimetière, ces
bandes de scélérats que l'*angleterre  avait
vomi sur la terre de la liberté pour renverser
son temple, sont à la fin écrasés; le fanatisme
a reçu son coup de grâce. ces scélérats,
depuis qu'ils avaient été si bien étrillés à
*granville , sachant combien pèse le bras des
républicains, n'osaient plus revenir à la charge,
et fuyaient comme des lièvres devant les soldats
de la liberté. enfin nous leur avons si
bien serré la botte, qu'ils ont été forcés de
faire volte-face; comme ils étaient les plus
forts en nombre, ils nous ont repoussé d'abord,
et déjà ils criaient  victoire ; les braves volontaires
de *cherbourg  arrivent et nous soutiennent,
et nous les foutons en déroute; mes
jean-foutres se replient sur leurs retranchements,
et semblaient défier à tous les diables de les
débusquer. c'est alors que notre courage
redouble; ni retranchements, ni ponts, ni
canons, rien ne peut arrêter des guerriers
patriotes; ils taillent en pièces les brigands;
c'est alors, foutre, qu'il fait chaud; jamais on
n'a vu un combat aussi terrible; il dura jusqu'à
neuf heures du soir; la nuit le fait cesser
<Epg=5>quelques instants, mais les républicains
craignant de perdre l'occasion de purger
la république de ces monstres, recommencent,
comme de plus belle, à leur foutre
le bal; ils se pressent, ils gagnent le
terrain pied à pied, et les pourchassent
à travers des rues jusqu'au beau milieu de la
grande place du *mans . c'est là que se donne
le grand coup de peigne. la mélée a duré
jusqu'à deux heures du matin. l'armée chrétienne,
voyant alors que ses reliques étaient
sans vertu, et que le grand dieu, le dieu tout puissant,
celui auquel on ne saurait résister,
c'est celui qui veut que les hommes soient
libres, commencent à jouer des jambes et à
vanner à la faveur de la nuit, et ils s'éclipsent
petit à petit de la ville. à la pointe du jour,
nos chasseurs les ont poursuivi l'épée dans
les reins, et les ont mis en pièce par milliers.
toutes les routes sont couvertes de leurs cadavres;
depuis quinze heures nous en avons
fait une boucherie et le combat dure encore.
nous leur avons tout pris, leurs canons,
leur trésor, leurs bagages, leur malles, tous
 leurs effets,les carrosses qui étaient à leur
suite pour conduire les princesses, duchesses,
<Epg=6>marquises, comtesses et toutes les muscadines
que les chefs mènent à leur suite. des
croix d'or et d'argent, des mitres et d'autres
prétintailles de la calotte sont aussi entre nos
mains. nous leur avons aussi enlevé leur
plus chère pacotille, les reliques que des
prêtres scélérats portaient avec eux pour
embêter les habitants des campagnes. les principales
étaient un crâne pourri de *st-*charles
*borrhomé , car les vers mangent aussi bien les
reliques des saints que les os des hérétiques,
une dent de la machoire de *st-*vincent , une côte
de *st-*julien , un morceau de la robe de l'enfant
*jésus , un morceau du crâne de *st-*sébastien ,
et une petite fiole du lait de la vierge *marie ,
qui,par parenthèse,devait en avoir plus à
elle seule que toutes les vaches de *suisse ,
si tous les fourbes, qui se vantent d'en posséder
sont crus sur parole. voilà, mon vieux,
une grande nouvelle qui va faire gueuler, dans
tous les coins de *paris ,  la grande joie du *père
*duchesne  . continue  de défendre les généraux
*sans-culottes , qui, comme tu vois, jouent
beau jeu bel argent, et qui répondent aux
injures que l'on débite sur leur compte en
remportant des victoires. si nous n'avions eu
<Epg=7> que des *biron , des *dubayet , des *thunck  et
d'autres muscadins de cette espèce à notre
tête, jamais, foutre, nous n'aurions vu la
fin de cette guerre, que ces godelureaux regardaient
comme leur pot-au-feu. embrasse
pour nous le brave *pache , et dis lui que son
fils s'est battu comme un petit déterminé.
quand il aura de la barbe, ça fera un fier
luron. à quinze ans, il dégote les plus vieux
canonniers. tandis que le petit bougre servait
nos pièces avec une ardeur sans pareille, un
boulet lui a passé entre les jambes. il n'en a
pas bronché d'une ligne. notre bon maire
pleurera de joie en apprenant les dangers que
son enfant a bravé avec nous et ça le consolera
des chagrins que les coquins lui font endurer,
foutre".
salut et fraternité.  sans-quartier ,  canonnier
de *paris .
ah! *père *duchesne , la bonne aubaine,<Sat=0>
s'écrièrent nos commères;<Sat=1> en réjouissance de
ces heureuses nouvelles, il faut nous en foutre
une pile; volontiers, mes amis. allons, *jacqueline ,
une table, des verres, vas vite à la
cave, et prends derrière les fagots ces vieilles<Epg=8>
bouteilles de *bourgogne ;<Sat=0> aussitôt dit, aussitôt
fait; nous voilà tous tablés, nous mangeons, nous
buvons jusqu'au jour, ma maison
retentit des cris de vive la liberté, vive la
république, foutre.
 <Sda=1793> <numero=324> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§ la grande colère du *père *duchesne  ,
de voir les aristocrates se sans-culottiser pour
mieux nous foutre dedans, et pour perdre les
véritables patriotes.  ses bons avis  à tous les
citoyens pour qu'ils se tiennent sur leurs gardes
afin d'arracher le masque à tous les fripons et
pour qu'ils environnent la convention et la
défendent jusqu'à la mort contre les intrigants
et les traîtres qui cherchent à la diviser.
<edito=1> § ah! quel bougre de métier que celui de se
<Epg=2> faire imprimer tout vivant, et de dire pour
deux sols, tous les matins, la vérité à ceux
qui ne veulent pas l'entendre! il n'y a pas de
cheval de bat qui souffre autant qu'un pauvre
diable qui s'est lui-même imposé la tâche de
dénoncer tous les fripons et les traîtres qui lui
tombent sous la patte, et de dévoiler tous les
complots que l'on manigance contre la république.
s'il a de trop bons yeux, on veut les
lui crever; s'il ne ménage ni *pierre  ni
*paul , dans ses discours, on trouve bientôt
le secret de lui couper la parole, soit
en l'amadouant, soit en l'épouvantant. sur
quelle mauvaise herbe avais je donc marché,
le jour où il me prit fantaisie de quitter
mes fourneaux pour me mettre à broyer du
noir? quel démon, ennemi de mon repos,
m'inspira un semblable dessein? depuis ce
temps j'ai passé ma vie dans des transes continuelles.
plus j'ai fait de bien,  plus on m'a
voulu de mal. souvent j'ai passé pour un jean-foutre
pour avoir démasqué les plus grands scélérats.
la première fois qu'on entendit gueuler
ma grande colère aux quatre coins de *paris
contre le ministre *jean *farine :
<Sat=1> "est il possible,<Sat=0>
s'écrièrent tous les badauds,<Sat=1> que l'on ose
<Epg=3> accuser un aussi grand homme! oui, celui
qui peut ainsi vilipender le vertueux *necker ,
le digne mentor de notre bon roi, est un
incendiaire payé par les aristocrates, il faut
le lanterner, il faut le pendre";
<Sat=0> en attendant
que ce beau jugement fût exécuté, on commençait
par me brûler en effigie. on arrêtait
par centaines tous les pauvres bougres
qui avaient colporté ma feuille; on les jetait
dans les cachots, sans s'embarrasser si leurs
femmes et leurs enfants avaient du pain cuit.
 § lorsque je me débaptisais en voyant tant
de viédases agenouillés devant l'écharpe ensanglantée
du traître *bailly , et tous les courtauds
de boutique se disputant l'honneur de
baiser la botte du général courbette, quand
je tombais sur la friperie des têtes à perruque
qui gouvernaient les districts, qui regardaient
les *sans-culottes  du haut de leur grandeur et
qui se croyaient les premiers moutardiers du
pape, attendu que par un décret sanctionné
par sa majesté, ils avaient des têtes en façon
de marc d'argent, alors, foutre, je n'étais pas
bon à jeter aux chiens, mais surtout quand
je découvrais le pot aux roses et que je foutais
mon nez dans les mystères du comité
<Epg=4> autrichien, c'est alors que tous les aboyeurs
de la liste civile jappaient contre moi. tous
les mouchards du maire grue étaient à mes
trousses. tantôt le juge de paix *brideoison
me faisait arrêter pour ma grande
colère contre madame  veto ; un autre jour un
échappé des petites maisons me dénonçait à
l'assemblée nationale, et demandait le décret
d'accusation contre moi. et voilà, depuis
quatre ans, les menus plaisirs du *père *duchesne ,
toujours marchant entre deux feux, toujours
sous le couteau des fripons; je ne parle point
des *brissotins, qui, après m'avoir fait un pont
d'or pour tourner casaque à la *sans-culotterie
et n'ayant pu me corrompre, ont remué ciel
et terre pour me perdre; je ne parle point
du comité des douze, qui m'a fait siffler la
linotte et qui voulait commencer par moi le
massacre de tous les patriotes; je ne parle
point des estafiers de *custine , qui ont levé
le poignard sur moi quand je dénonçais ce
traître aux *jacobins; mais je dis, foutre, que
tous les amis et serviteurs de *capet , que les
complices des *brissotins, des rolandins, des
*girondins ont une dent de lait contre moi. je
dis que tous les hypocrites qui font contre
<Epg=5> fortune bon coeur, et qui crient à tue-tête, vive
la république, tandis que dans leur intérieur
ils soupirent après la royauté; oui, foutre,
tous ces scélérats me guettent comme le chat
fait la souris, et ils n'attendent que le moment
de se venger de moi et de me déchirer à belles
dents. ils me tendent des pièges mais je n'y tomberai
pas. l'un me reproche d'être un emporte-pièce
et de ne ménager personne; l'autre
soutient que je suis un modéré; celui-ci prétend
que j'ai tort d'estimer le *sans-culotte *jésus ,
et de recommander de suivre tout uniment
son évangile sans chercher midi à quatorze
heures et sans s'embarrasser de tous les
mensonges et des tours de passe-passe des
calotins; celui-là soutient que je suis un athée,
parce que j'ai toujours engagé les *sans-culottes
à vivre en paix, à ne jamais disputer
sur ce qu'ils ne comprennent pas, et surtout
à ne pas souffrir que l'on répande une seule
goutte de sang au nom de celui qui prêcha
toute sa vie la paix, l'union, la fraternité, et
le mépris des injures.
 § comment faire, me disent tous les jours
mes amis? comment s'entendre au milieu de
tout ce charivari? à qui se fier, foutre?
<Epg=6> celui-ci veut blanc, celui-là veut noir; l'un
pousse à droite, l'autre à gauche. voilà,
foutre, le secret de conduire toujours sa barque
à bon port au milieu de tous les orages et
des bourrasques; c'est de ne consulter que le
bons sens et la probité, de ne croire que sa
conscience. on nous annonce de nouveaux
coups de chien, des complots affreux contre
la convention, eh bien, foutre, c'est autour
d'elle qu'il faut toujours se rallier, comme je
n'ai cessé de le dire. ceux qui voudraient
y exciter la trouble, la diviser, doivent être
regardés comme les plus mortels ennemis du
peuple. malédiction à celui qui voudrait ramener
les crapauds dans les marais fangeux dont
ils ont disparu depuis le trente-et-un *mai . tant
que nos législateurs seront unis, les ennemis
de la république seront confondus, c'est du
haut de la montagne que partira la foudre
qui doit les écraser. c'est là, foutre, qu'est
le trône de la liberté. c'est de là qu'elle va
pulvériser tous les trônes des despotes, et
verser ses bienfaits sur les humains. le comité
de salut public est son bras droit: elle lui a
remis la massue qui écrasera tous les traîtres.
bons citoyens, mettez toute votre confiance
<Epg=7> dans ceux qui ont détruit la tyrannie, fondé
la république, et à qui vous devez cette belle
constitution qui fera un jour votre bonheur.
il est impossible que ceux qui, depuis quatre
ans, ont affronté tant de périls, bravé la rage
de tous les despotes, pour défendre les droits
du peuple, puissent jamais l'abandonner; car
foutre, quelle serait leur espérance? les rois
leur pardonneront ils jamais d'avoir fait raccourcir
le dernier de nos tyrans? ne seraient
ils pas les premières victimes, si la contre-révolution
arrivait? souvenez vous au surplus de
ce mot de *robespierre , qu'il soit à jamais gravé
dans votre mémoire:
 s'il était possible que le
comité de salut public trahit le peuple, je le
dénoncerais.
vingt fois ce comité a sauvé la
république; il la sauvera encore. braves *sans-culottes ,
restez donc unis à la convention,
tout votre espoir est dans elle, toute sa force
est dans vous. veillez plus que jamais; arrachez
le masque à tous les jean-foutres qui
se sont sans-culottisés pour brouiller les cartes
ralliez vous; tenez vous serrés, et vous confondrez
tous vos ennemis, foutre.
 <Sda=1793> <numero=325> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande colère du *père *duchesne  ,
de voir que les *sans-culottes  se laissent
foutre dedans par des aristocrates à bonnet
rouge, qui les mettent à chien et à chat.  sa
grande joie  d'avoir vu *marat  en songe,et
qui lui a dévoilé toutes les manigances des
étrangers, des aristocrates, des complices de
*brissot  et des prêtres, pour brouiller les cartes,
pour détruire les patriotes les uns par les
autres.
<edito=1> § encore un rêve, mais un rêve bougrement
<Epg=2> patriotique, dont il faut que j'entretienne les
*sans-culottes ; ils ne m'en voudront pas de
leur faire connaître jusqu'à mes songes, ça
leur prouvera, foutre, que jour et nuit le
*père *duchesne  n'a que le bien public en tête,
d'ailleurs, c'est de *marat  que je vais leur
parler. je l'ai vu cette nuit pendant mon
sommeil, ses yeux étincelaient de colère,
il menaçait du poing, il se trémoussait, il
s'agitait, il jurait même en frappant la terre
de ses pieds; il m'a semblé encore le voir à
la tribune de la convention quand il bravait
les poignards des *brissotins, ou quand il délivrait
des brevets de guillotine aux infâmes
tripotiers du comité des douze.
<Sat=1> "bougre de *père *duchesne,
<Sat=0> s'est il écrié d'une voix de tonnerre,
<Sat=1> tu dors, tu t'amuses à gober des
mouches quand tu devrais faire feu des quatre
pieds et fulminer contre les intrigants et les
traîtres qui veulent perdre la république.
on annonce de grands complots, et tu n'oses
les dévoiler! tu te contentes de dire qu'il y
a quelque anguille sous roche; tu annonces que
le feu couve sous la cendre, et tu n'indiques
pas d'avance aux bons *sans-culottes  les
moyens d'arrêter l'incendie qui les menace!
<Epg=3> tu dénonces des fripons, des conspirateurs et
tu ne nommes pas les masques! as tu donc
aussi la patte graissée pour te taire, ou bien
n'es tu à présent qu'une poule mouillée qui
craint pour sa peau et qui aime mieux voir la
république en danger que de s'exposer en
disant la vérité".
 § <Sat=0>non foutre, m'écriai je, je suis toujours
le même. si je ne vais pas si vite en besogne
c'est que je me souviens que qui trop embrasse
mal étreint. depuis que tu n'es plus,
ami du peuple, je suis comme un aveugle
qui a perdu son bâton. tu étais la sentinelle
avancée des écrivains patriotes. c'est toi qui
allais à la découverte, tu nous donnais le
mot d'ordre, et d'après toi nous pouvions
charger l'ennemi en toute confiance; mais
depuis que l'infernale guenon du *calvados
t a percé le sein, les fripons, les traîtres ont
beau jeu. ton nom seul les glaçait d'effroi;
tes yeux perçants lisaient jusqu'au fond de
leur coeur. tu étais toujours à leur piste;
tu connaissais toutes leurs actions, et tu devinais
la plus secrète de leurs pensées. depuis
ta mort ils ont redoublé d'audace. pour
mieux nous donner le change, ils singent de
<Epg=4> leur mieux les *sans-culottes . à les croire,
ils dégottent les plus chauds patriotes, et
tout ce qu'il y a de *cordeliers  et de *jacobins
ne sont que de la *st-*jean . ils se vantent
d'avoir été républicains dès le ventre de
leur mère, et avant d'avoir dit  papa et maman ,
ils soutiennent qu'ils ont crié  vive la république .
enfin, mon pauvre *marat , si tu revenais
en ce bas monde, tu ne t'y reconnaîtrais
plus. tous les muscadins aux petites
bottines, aux culottes étroites, sont devenus
des fiers à bras. ils portent maintenant
des moustaches postiches qui, d'une lieue,
font fuir les petits enfants et trembler la volaille.
ils traînent tous de grands sabres à
leur cul de chien. on ne voit plus que de
larges pantalons et des vestes de *sans-culottes .
les rues de *paris , les promenades
sont comme des champs de coquelicots; on
y voit fourmiller les bonnets rouges. jamais
le faubourg *st-*antoine  ne vit un pareil carnaval.
bientôt pour n'être pas confondus avec
tous les jean-foutres, qui ont pris leur costume,
il faudra que les *sans-culottes  prennent des
culottes étroites, et se fassent à leur tour friser
et bichonner. le grand secret des contre-révolutionnaires
<Epg=5> est de tout embrouiller, et de
mettre les patriotes à chien et à chat. les
véritables agents de *pitt  et *cobourg , accusent
les meilleurs républicains, et les *sans-culottes
sont assez badauds pour tauper dans
de semblables panneaux.
 §<Sat=1> "c'est pour faire cesser tout ce tintamarre
que je viens trouver le *père *duchesne ,<Sat=0> me dit
*marat  en m'interrompant;<Sat=1> mes yeux sont toujours
ouverts sur ma république, et au jour
et à la minute je suis informé sur le rivage
sombre de tout ce qui se passe sur la terre
de la liberté. je connais tous les intrigants
qui brouillent les cartes, et qui veulent détruire
les patriotes, et, comme dit le vieux
marchand de fourneaux, qui se servent de la
patte du chat pour tirer les marrons du feu.
on connaîtra tous les fripons qui jettent de
l'huile sur le feu. sur les rapports les plus faux
et les mensonges les plus atroces, on vient
d'en imposer à la convention, et on lui a
escamoté un décret pour mettre en état
d'arrestation le patriote *vincent . dis à tous
nos braves *montagnards qu'il n'y a pas un
mot de vrai dans tout ce qu'on a avancé contre
lui; dis leur que *vincent  était mon ami; dis
<Epg=6>leur que c'était lui qui me communiquait
toutes les notes contre les généraux scélérats
qui voulaient perdre la république, contre
les fripons fournisseurs que je dénonçais;
dis leur que c'est l'énergie de *vincent  qui a
purgé les bureaux de la guerre de tous les
muscadins que *servant , et *beurnonville  y
avaient placé; dis leur que ces muscadins ont
été remplacés par de  vieux *cordeliers  et  d'excellents
*jacobins . il peut se trouver parmi ces
commis quelques faux frères, mais c'est
ceux-là qu'il faut dénoncer et nommer, et ne
pas confondre avec eux ceux qui ne l'ont pas
mérité. raconte  ce qui s'est passé la veille
de ma mort entre *vincent , toi et moi.
tu sais si nous trois nous nous occupions
alors de la chose publique. sans nous trois,
l'infâme *custine  vivrait encore; il aurait livré
l'armée du *nord ; *lille , *metz , toutes nos
places de guerre auraient été vendues l'une
après l'autre. eh bien, foutre, tu peux l'attester,
sans *vincent , cet infâme complot s'exécutait;
c'est lui qui a mis tout sens dessus dessous dans
les bureaux pour réunir toutes les pièces
qui ont prouvé les crimes de ce scélérat.
je sais que le petit bougre est hargneux, que
<Epg=7> dans sa fièvre patriotique il frappe quelquefois
à tort et à travers; c'est aussi le crime
qu'on n'a cessé de me reprocher. quand je
couvrais de boue les aristocrates, un patriote
a t il pu se plaindre de ce que je l'éclaboussais
par mégarde. au surplus, je sais bon gré
à nos frères les *cordeliers , aux électeurs et
aux citoyens de la section de  mutius soevola
d'avoir rendu hommage au patriotisme de
*vincent . j'invite mes braves amis du comité
de sûreté générale à examiner sa conduite, et
à lui accorder prompte justice. si comme tant
d'autres , il a changé, ce que je ne saurais
croire, il faut qu'il soit puni; s'il est innocent,
il faut lui rendre la liberté. je ne doute pas
qu'il n'y ait des milliers de jean-foutres à la
porte de ce comité pour accuser les meilleurs
patriotes. les amis de la royauté, les complices
de *brissot  remuent ciel et terre pour se venger.
on cherche surtout à sauver les restes de la
bande brissotine et girondine. les parents, les
femmes de tous les jean-foutres qui sont en
état d'arrestation, jettent le chat aux jambes des
patriotes. les banquiers qui mangent du
fromage de voir les assignats au pair, cherchent
à exciter un mouvement pour en profiter et
ruiner encore la fortune publique. surtout
que l'on se défie de la conversion subite des
prêtres. le serpent qui quitte sa vieille peau
reste toujours serpent. recommande ,*père
*duchesne  , à tous les *sans-culottes  d'être toujours
unis. qu'ils daubent d'importance les
coquins qui veulent les diviser. qu'ils réfléchissent
<Epg=8> qu'en s'accusant, qu'en se déchirant
entre eux ils font bouillir du lait aux
aristocrates. que la convention, que la sainte
montagne soient toujours leur point de ralliement!
périssent tous les traîtres et les conspirateurs!
mais que les patriotes protègent
les patriotes! ils ont besoin de toutes leurs
forces pour sauver la république. adieu,*père
*duchesne ; une autre fois je t'en dirai davantage,
et je te montrerai au doigt ces bougres
d'intrigants auxquels il faut livrer un combat
à mort, foutre."
 <Sda=1793> <numero=326>  <semaine=612> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande joie du *père *duchesne  ,
de voir que tricherie revient à son maître, que
les fripons et les intrigants qui ont été pris les
mains dans le sac, et qui voulaient jeter le
chat aux jambes des patriotes sont démasqués.
 ses bons avis   à la convention, pour qu'elle
fasse danser la carmagnole aux intrigants
et aux traîtres qui veulent la foutre dedans,
diviser la montagne, armer les patriotes contre
les patriotes et ramener sur l'eau tous
les crapauds du marais.
<edito=1> § mon dernier rêve où notre cher *marat
<Epg=2>m'est apparu, m'a remis du baume dans le
sang, foutre. avant ce songe heureux, j'étais
tout foutimassé, je voyais tout en noir, j'entendais
du soir au matin bourdonner à mes
oreilles un essaim de commères qui foutent
leur nez partout, qui abandonnent leurs enfants
pour balayer avec leurs cottes toutes les
rues de *paris  en allant motionner à droite et
à gauche, qui ne sachant pas gouverner leur
ménage veulent gouverner l'état, qui enfin,
si nous les laissons faire, s'empareront bientôt
de nos culottes. ces motionneuses soufflées
je ne sais pas par qui, il y a gros pourtant
qu'elles pourraient nous dire de quelle couleur
et de quel poids est la monnaie de *pitt
et de *cobourg ; ces viragos débitaient à tous
les coins de rues des histoires à faire peur
et des contes à dormir debout. l'une disait:
<Sat=1> "n'est ce pas indigne que l'on manque toujours
de pain et que nous autres pauvres gens nous
soyons obligés de perdre nos journées et de
nous faire écharper à la porte des boulangers.
c'est la municipalité, c'est ce coquin de *pache
qui sont la cause de notre misère".<Sat=0> quelque
bon luron regardait il entre les deux yeux de
cette guenon, il y lisait le mensonge et le crime;
<Epg=3>s'il allait à sa poursuite, il la voyait rentrer
le soir dans quelque grand hotel et découvrait
que c'était la chère moitié d'un maître laquais
d'un émigré, ou la cuisinière d'un calotin, ou
quelqu'autre salope de même acabit qui
avait la patte bien graissée pour tourmenter
les *sans-culottes . d'autres garces pareilles
allaient clabaudant le long des rues, qu'aujourdhui
on avait arrêté tel patriote, que demain
on en arrêterait tel autre.
 § c'est ainsi, foutre, que les aristocrates et
les conspirateurs mitonnent leurs complots
dans l'ombre, et disposent les esprits aux
coups de chien qu'ils nous préparent. les
pauvres *sans-culottes  n'y voient que du feu:
ils regardent jouer toutes les marionnettes, et
ne connaissent pas les grands bateleurs
qui sont derrière la toile. *polichinelle
amuse les badauds avec ses quolibets,
mais, foutre, le coupeur de bourse est
là, il profite du moment où un nouveau
débarqué ouvre le bec d'une aune, et rit à
gorge déboutonnée. quand la farce est jouée,
mon nigaud se retire tout joyeux d'avoir vu
 gratis  la comédie; comme le temps a passé
vite, il veut voir quelle heure il est; mais il
<Epg=4> ne trouve plus sa montre; il fouille à sa poche
et son porte-feuille est fondu. il se lamente,
il se désespère, il jure, il s'arrache les cheveux.
il n'est plus temps, il ne lui reste plus
que les yeux pour pleurer, tandis, foutre,
que l'homme aux marionnettes et le compère,
et les filous se partagent sa dépouille et
boivent à la santé des imbéciles.
 § voilà, foutre, trait pour trait le tableau
de ce qui se passe tous les jours sous nos yeux.
le pauvre peuple est toujours dupe des apparences.
à force d'avoir été trompé, il devrait
cependant être un peu dégourdi et ne pas
donner tête baissée dans tous les pièges qu'on
lui tend. mais il est des bougres qui sont si
fins, si déliés qu'il faudrait être sorcier pour
deviner leurs desseins. ce qui nous console
pourtant c'est que tôt ou tard le papillon se
brûle à la chandelle. jusqu'à présent tous les
fripons, tous les traîtres, tous les ennemis du
peuple se sont pris eux-mêmes dans leurs
propres filets. tous les masques tombent
peu à peu et à la fin du bal, les aristocrates
dansent la grande *carmagnole .
 § revenons au fait et après, les réflexions.
je dis donc, foutre, que depuis quelque temps
<Epg=5> il s'est élevé autour des patriotes un certain
brouillard si épais, foutre, qu'ils ne pouvaient
plus se reconnaître les uns les autres.
les coquins qui voyent que leur cas est sale,
n'avaient plus d'espérance qu'en brouillant les
cartes et en mettant les *sans-culottes  à chien
et à chat.
<Sat=1> "le pot aux roses est découvert,
<Sat=0> se sont ils dit,
<Sat=1> on crie déjà sur nous, eh
bien crions plus fort sur les *sans-culottes .
on nous accuse d'avoir mis la main dans le
sac et de nous être enrichi des dépouilles du
peuple, accusons ceux qui nous accusent et
renvoyons leur le chat aux jambes. on nous
reproche d'avoir sauvé les émigrés, d'avoir
protégé les accapareurs, nous ne pouvons pas
nous en défendre, on trouve dans nos poches
des millions d'assignats, ripostons à ceux qui
dévoilent notre turpitude, qu'eux-mêmes en
ont reçu davantage de *pitt  et de *cobourg .
tous ceux qui sont d'accord avec nous et
qu'on ne connaît pas encore, nous défendront
de toutes leurs forces. nous trouverons des
témoins, car nos dénonciateurs ont accusé
avant nous tous les traîtres et les ont conduit
à la fatale bascule, les parents, les amis, les
complices des *brissotins, des *girondins et de
<Epg=6> tous ceux qui ont craché dans le sac, saisiront
l'occasion de se venger de ces maudits patriotes.
on les dénoncera, on épiloguera toutes
leurs paroles, on envenimera toutes leurs actions,
on leur supposera les plus criminelles intentions.
ainsi, foutre, si nous périssons, il faudra
bien qu'ils périssent, ou du moins ils seront
trop heureux de se sauver dans la même barque
avec nous. une amnistie générale confondra
tous  les accusés, et on ne saura, à la
fin du compte, qui avait tort ou raison".
<Sat=0> § voilà, foutre, au doigt et à l'oeil le projet
qui est maintenant sur le tapis. on a commencé
par accuser le brave *ronsin , général
de l'armée révolutionnaire. il fallait arracher
du pied la plus forte épine. quand on frappe
la tête, il est aisé de tuer le corps. si on
avait pu trouver à mordre sur le chef, les soldats
auraient bientôt été accusés, et l'armée
de la liberté aurait été détruite avant qu'il
soit l'âge d'un petit chien. on a fait aussi
siffler la linotte au patriote *vincent  pour se
débarrasser de ce maudit argus, qui a fureté
dans tous les bureaux de la guerre, et qui a
entre les mains des pièces capables de faire
cracher dans le sac tous les fripons et tous
<Epg=7> les conspirateurs. après eux, dit on, c'était
ton tour, vieux marchand de fourneaux.
tonnerre de dieu, je suis bon cheval de
trompette, je ne m'effraie pas du bruit; il n'y
a plus de comité des douze, et quand il y
en aurait, je m'en battrais l'oeil. la convention
peut être trompée, mais elle est juste, et
puis les bons *sans-culottes  sont là pour l'éclairer,
et lui demander vengeance contre les
ennemis de la liberté.
 § heureusement, foutre, l'intrépide défenseur
de la *sans-culotterie , le brave *collot-d-*herbois
est arrivé pour débrouiller toute
l'intrigue. le géant a paru, et tous les nains
qui asticotaient les meilleurs patriotes sont
rentrés cent pieds sous terre. il a parlé au
comité de salut public, à la convention, aux
*jacobins, et il a confondu les intrigants qui
voulaient armer les patriotes contre les patriotes,
diviser la montagne, rappeler les
crapauds du *marais.
 § la convention connaît maintenant la vérité,
et tricherie revient à son maître. non, foutre,
non, elle ne reculera pas; la montagne restera
unie. les patriotes se serreront plus que
jamais. les aristocrates de *lyon  qui voulaient
<Epg=8> assassiner la patrie, qui ont égorgé les
meilleurs républicains subirent tous le supplice
qu'ils ont mérité. la foudre nationale va
achever la destruction de leurs superbes maisons
bâties avec le sang du peuple. les patriotes
ne seront plus opprimés. la liberté
leur sera rendue, ils reprendront leurs fonctions
et, d'accord avec la montagne, ils vont
donner le coup de grâce à l'aristocratie, au
fédéralisme et ça ira, foutre.
 <Sda=1793> <numero=327> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande joie du *père *duchesne ,
au sujet de la prise de *toulon , et de voir dans
l'embarras l'infâme conseiller du roi *georges-*dandin,
qui va bientôt jouer à la main chaude
comme son confrère *capet .  ses bons avis
aux patriotes anglais, pour qu'ils se vengent
de l'échappé des petites maisons qui les gouverne
et de son infâme ministre qui les a ruiné
pour mettre la *france  à feu et à sang.
<edito=1> § victoire, foutre, victoire! aristocrates,
<Epg=2> que vous allez manger de fromage! *sans-culottes ,
réjouissez vous, chantez, buvez à
la santé de nos braves guerriers et de la convention.
nos ennemis sont  à quia ; *toulon
est pris, foutre. brigands couronnés, mangeurs
d'hommes, princes, rois, empereurs,
pape qui vous disputiez les lambeaux de la
république, tous vos projets s'en vont ainsi
en eau de boudin. comment vas tu parer cette
botte, méprisable conseiller du roi *georges-*dandin ?
comment vas tu dorer la pilule?
que vont dire les *anglais quand ils apprendront
la défaite totale de leur armée, la prise
de toutes ses provisions, la ruine de leur
flotte, quand tu vas être entouré de tous les
marchands que tu as ruinés,des femmes et
des enfants que tu as fait égorger pour bâtir
tous les châteaux  en *espagne , que pourras tu
leur répondre? quand le parlement va être
rassemblé pour juger ta conduite et celle de
l'échappé des petites maisons que tu mènes
par le nez, comment feras tu pour t'excuser?
je te vois sur la sellette en présence des représentants
du peuple anglais; je vois les mines
allongées de toutes ces têtes à perruque. assis
sur leurs balles de laine  les honorables membres
<Epg=3> vont tous se jeter le chat aux jambes, et t'accuser
de tous les maux de la patrie. on va te
demander compte de toutes les richesses que
tu as prodiguées pour soutenir le despotisme.
c'est alors, foutre, que l'amour de la liberté
va se ranimer dans le coeur des *anglais. tu
auras beau présenter tes mémoires d'apothicaire,
et mettre en ligne de compte toutes
les sommes que tu as dépensées pour entrer,
avec la clef d'or, dans *toulon , et pour te
faire ouvrir les portes de toutes les villes
maritimes de *france . les *anglais ne se
payent pas en monnaie de singe, ils savent
compter, foutre. en vain tu leur montreras
la liste de tous les mouchards que tu as payé
pour brouiller les cartes en *france , de tous
les traîtres à qui tu as graissé la patte, de
tous les accapareurs qui, avec tes guinées,
nous ont si longtemps affamés; lorsqu'à la fin
de ton compte on verra qui de tant paye tant
reste  zéro ; et quand, par dessus le marché,
tu seras obligé d'annoncer la banqueroute, la
famine et la guerre civile, c'est alors, foutre,
qu'il n'y aura pas assez de potences pour t'accrocher.
sire *georges , que tu fais jouer depuis
si longtemps à colin-maillard, va jouer
<Epg=4> à son tour au roi dépouillé, et finir comme
son très honoré frère et cousin le roi de
*france  et de *navarre ; car, foutre, la tête du
roi d'*angleterre  ne pèse pas une once quand
le peuple anglais est en train de bien faire.
 § ainsi, foutre, tôt ou tard, il faut que
justice soit faite. tonnerre de dieu comme
ils ont le bec jaune tous les coquins qui voulaient
nous faire marcher à la liberté comme
les écrevisses! si nous avions cru les viédases
qui pissent le verglas dans la canicule, les
modérés, qui barrent le chemin aux *sans-culottes
quand ils sont au pas où en serions nous?
quelle différence de la situation actuelle
de la république, à celle qu'elle était avant
le 31 mai, nos armées chassées de la *belgique
et presque détruites; tous nos magasins
livrés à nos ennemis; nos braves soldats
sans habits, sans souliers; nos armées
n'ayant à leur tête que des talons rouges qui
se préparaient à les vendre au plus offrants;
la convention, espoir de la patrie, déchirée
par des scélérats qui voulaient la perdre;
toutes les frontières ouvertes à nos ennemis,
et l'*europe  entière armée contre nous. voilà,
foutre, le tableau déchirant qui s'offrait à nos
<Epg=5> regards à l'ouverture de la campagne. le
génie de la liberté a tout bravé, il a triomphé
de tous les obstacles. plus un peuple libre
est en danger, plus il est puissant, la convention
a été délivrée des monstres qui l'enchaînaient,
et aussitôt qu'elle a été libre,
elle a fait plus de bien chaque jour que les
autres assemblées qu'elle a remplacé n'en
avaient fait en quatre ans. elle nous a donné
une constitution qui fera à jamais le bonheur
du peuple. les traîtres ont été raccourcis,
les nobles chassés de nos armées sont remplacés
par des braves *sans-culottes ; partout
nos ennemis ont été battus à  plate couture.
les villes rebelles ont été détruites; la *vendée
n'est plus, ça va, foutre, et ça ira encore
mieux malgré les fripons et les ambitieux qui
mettent des bâtons dans les roues.
 § comment avons nous fait tant de miracles
en si peu de temps? c'est en nous rebiffant
contre tous les jean-foutres qui nous trahissaient
à la journée; c'est en exterminant
tous les coquins. ce n'est depuis que
nous avons mis les gens suspects à l'ombre,
ce n'est que depuis que la terreur est à l'ordre
du jour, ce n'est que par le vertu de la sainte
<Epg=6> guillotine que nous nous sommes sauvés,
si nous faisions un seul pas à reculons,
nous serions foutus. ne donnons pas à nos ennemis
le temps de nous reconnaître. que le torrent
de la révolution entraîne tous les ennemis de
la république, et renverse tous les traîtres.
ne nous lassons pas de frapper tant que nous
rencontrerons des ennemis sur notre passage.
profitons de la grande battue, et tandis que
nous cernons toutes les bêtes féroces qui
voulaient nous dévorer, exterminons sans pitié.
mieux vaut tuer le diable que le diable nous
tue, comme je n'ai cessé de le dire; il n'y
a que des poules mouillées ou des traîtres qui
puissent s'effrayer de la vengeance nationale;
trop longtemps nous avons été bons et humains,
trop souvent nous avons pardonné. tous les
scélérats que le peuple a épargné, au lieu de
bénir sa clémence, ont au contraire tourné
contre lui les armes qu'il leur a laissé entre
les mains. si les vils jean-foutres qui , l'année
dernière, livrèrent *longwy  et *verdun  à nos
ennemis avaient été passés au fil de l'épée;
si ces villes rebelles avaient été rasées comme
il avait été décrété, les marchands de
galons de *lyon  y auraient regardé à deux
<Epg=7> fois avant de tauper dans le fédéralisme et de
s'armer contre la patrie. maintenant que ces
traîtres voient renverser leurs nids d'aristocrates;
maintenant qu'ils sont à la gueule
du canon et sous le fatal rasoir, ils crient
miséricorde. tonnerre de dieu, s'ils avaient
réussi dans leurs affreux complots, nous auraient
ils épargné? existerait il un seul
montagnard? a t on oublié qu'ils avaient
juré la mort de tous les *jacobins, de tous
les patriotes. ç' aurait bien été une autre
boucherie sans la révolution du 31 mai  , qui
a fait tourner leurs projets en eau de boudin.
fiez vous donc au loup qui, quand il est pris,
fait le chien couchant et promet de ne plus
croquer les moutons.
 § ah, foutre, si ce n'était pas un jour de
joie comme je jurerais contre les jean-foutres
qui cherchent à nous endormir; mais, foutre,
la convention est payée pour ne plus se
laisser foutre dedans par les coquins. chat
échaudé craint l'eau froide. pour son salut,
pour celui du peuple, ses décrets seront
exécutés.les galonniers de *lyon  seront engloutis
sous leurs murs; les scélérats qui ont
livré *toulon , qui ont égorgé les patriotes,
<Epg=8> massacré les représentants du peuple, vont
perdre le goût du pain. non, foutre, non, il
n'existera aucune trace de ces villes abominables,
et leurs cendres vont couvrir le sang des
républicains qui y furent immolés; tremblez,
ennemis de l'égalité, tremblez, tyrans, le peuple
est debout, il ne se reposera que lorsque vous
serez exterminés, foutre.
 <Sda=1793> <numero=328> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
 § la grande joie du *père *duchesne ,
en apprenant la destruction totale des rebelles
de la *vendée , et en songeant au désespoir des
brigands couronnés, quand ils vont apprendre
cette nouvelle.  sa grande colère  contre certains
jean-foutres qui veulent recruter tous les brigands
et former une nouvelle *vendée  en  proposant
d'ouvrir les prisons et de faire grâce
aux conspirateurs.  ses bons avis  aux braves
*montagnards pour les empêcher de donner dans
un pareil  panneau,et pour les engager à continuer
d'exterminer les fripons et les traîtres.
<edito=1> § je suis d'une telle joie, foutre, que je ne
<Epg=2> me possède pas. ah! quelle pille je vais m'en
donner, en réjouissance de toutes les bonnes
nouvelles qui nous arrivent de tous côtés;
quelle carmagnole on vous fait danser,
*autrichiens, *prussiens et *anglais; messieurs les
bougres, vous savez ce que peut le bras des
patriotes: il y a longtemps, foutre, que je
vous ai prédit que vous vous en tireriez comme
arlequin, et qu'à la fin du bal vous payeriez les
violons. brigands couronnés, ours du *nord ,
tigres d'*allemagne , vous croyez qu'il n'y avait
qu'à se baisser et en prendre, des villes, des provinces
des départements. d'avance vous vous
partagiez nos dépouilles; mais quand on compte
sans son hôte, il faut compter deux fois. êtes vous
satisfaits d'avoir fait égorger un million
d'hommes pour venger soi-disant la mort d'un
misérable ivrogne et d'une infâme guenon qui
ne valait pas une pipe de tabac? quel
fruit allez vous retirer de toutes les richesses
que vous avez répandues et de tous les hommes
que vous avez sacrifiés à votre ambition?
quand tu vas arriver à *berlin , sans sol ni
maille, en pélerin de *st-*jacques , *mandrin-2 ,
tes sujets. quand ils te demanderont où sont
<Epg=3> les dépouilles de la *france  que tu leur avais
promises; que pourras tu leur répondre; quand
ils chercheront derrière toi l'armée puissante
que tu t'étais vanté de conduire à la victoire,
et qu'ils apprendront que leurs pères, leurs
frères, leurs amis ne sont plus; quand, pour
les consoler, tu leur annonceras de nouveaux
impôts, et lorsqu'à coups de bâtons tu voudras
les forcer de te suivre à leur tour.
<Sat=1> § vas te
faire foutre, te répondront ils, maudit aventurier;
que celui qui a cassé les verres, les
paye, nous avons été trop longtemps victimes
de tes fredaines; au lieu de continuer la
guerre avec les *français, nous allons au contraire
suivre leur exemple, et toi, pêcheur
de grenouilles, petit *françois , empereur
muscadin, pauvre blanc bec, qui te croyait
déjà maître de la moitié de la *france , toi qui
te vantais d'exterminer jusqu'au dernier républicain,
pour venger le raccourcissement de
la guenon que tu nommais ta chère et très
honorée tante, autant t'en pend à l'oreille.
toi, salope  maudite qui as fait fondre la
république  fromage , et qui te crois reine de
*hollande , ton compte est bon, les *hollandais
vont se souvenir qu'ils ont été républicains,
<Epg=4> et, foutre, tu sauteras le pas. je t'ai
déjà annoncé ton triste sort, *georges-*dandin ,
c'est toi qui vas commencer la danse. ton
tour viendra bientôt, roi d'*espagne  et des
*indes . tes chapelets, tes scapulaires, toutes
tes reliques ne pourront te préserver de la
foudre républicaine qui va écraser tous les
tyrans. oui, foutre, le tocsin de la liberté
va sonner,  tous les trônes vont tomber
comme des quilles, et les peuples vont jouer
à la boule avec les têtes couronnées.
 § mangeurs d'hommes, vous n'avez reculé
que pour mieux sauter. vous n'aviez d'espérance
que dans nos divisions, eh bien, foutre,
nous allons être unis plus que jamais pour vous
détruire.  vous avez armés les *français contre
les *français; *lyon  et *toulon  vont être réduits
en cendres, la *vendée  n'existe plus.
la convention vient de recevoir la nouvelle
de la destruction totale des brigands; ceux
qui ont échappé au fer des républicains ont
été engloutis dans la *loire . partout nos armées
sont victorieuses. les campagnes du
*nord , les rives du *rhin  sont couvertes des
cadavres des monstres qui les ont ravagés.
d'un bout de la république à l'autre, tout
retentit des cris de la victoire.
<Epg=5> § braves *sans-culottes , foutre, ne soyez pas
enivrés de vos succès. vous avez encore
bougrement de  monstres à étouffer. vous êtes
encore environnés de traîtres et de conspirateurs.
défiez vous des bougres qui cherchent
à vous endormir. veillez plus que jamais.
c'est au milieu de vos triomphes que vous
fûtes toujours trahis. ceux qui n'ont pu vous
réduire par la force, vont employer la ruse
pour vous perdre. déjà, foutre, des serpents
se sont glissés au pied de la montagne pour
darder leur venin. on veut diviser la convention,
on cherche à armer les patriotes
contre les patriotes. *brissot  et *gorsas  sont
ressuscités,  oui, foutre, leur voix s'est déjà
fait entendre. des patriotes ont été dénoncés,
accusés par les amis de *custine  et de *dumouriez .
on ose blâmer hautement toutes les
mesures révolutionnaires qui ont sauvé la république.
on pleure la mort des scélérats qui
ont voulu égorger la patrie. un bourriquet à
longues oreilles, qui n'eut jamais ni bouche,
ni éperon, fait feu des quatre pieds depuis
quelques jours; il paraît, foutre, qu'il veut
gagner son avoine, et depuis qu'on lui a
foutu sous le nez force picotins d'*angleterre ,
<Epg=6> il rue à droite et à gauche, et, comme on dit,
il donne le coup de pied de l'âne à tous les
patriotes que les aboyeurs du roi *georges-*dandin
outragent et calomnient. il ose se dire
l'avocat consultant des *montagnards, quoique
jamais il n'ait été que l'avocat du diable. après
avoir défendu tous les tripotiers de *paris ,
après avoir plaidé la cause du muscadin *dillon ,
et soutenu que sans la protection des talons
rouges, la république ne pouvait se sauver,
il devient aujourdhui le champion de tous les
jean-foutres qui sifflent la linotte.  "ouvrez
les prisons , dit il,   à ces  deux cent mille
citoyens que vous appelez suspects"  ouvrir les
prisons,  tonnerre de dieu,combien l'infâme
*pitt  a t il payé cette bougre de motion de
*coblentz ? ouvrir les prisons, est ce donc
pour recruter la *vendée , ou plutôt pour en
former une nouvelle, mais suivons pied à
boule notre endormeur.   "vous voulez , continue t il,
 exterminer tous vos ennemis par la
guillotine, mais y eut il jamais une plus grande
folie? pouvez vous en faire périr un seul sur
l'échafaud, sans vous faire dix ennemis de sa
famille et de ses amis"?  quel est le républicain
qui ne ménage pas son sang en entendant
<Epg=7> un pareil discours?  oui c'est une folie que
de purger la *france  de tous les scélérats?
quoi c'est augmenter le nombre de nos
ennemis que de nous délivrer des conspirateurs,
suivant maître *camille , il faudrait que
les *sans-culottes  tombassent aux pieds des
aristocrates pour leur demander grâce. où en
serions nous, foutre, sans la sainte guillotine;
sans elle existerait il un seul jacobin? aurions
nous encore une convention? toutes nos armées
ne seraient elles pas détruites? si le rasoir
national cessait un seul instant d'être suspendu
sur la nuque des contre-révolutionnaires,
que deviendraient les patriotes? bientôt ce
serait leur tour, et on ne ferait pas tant de
façons pour s'en débarrasser.
<Sat=0> § tel est le langage, foutre, d'un misérable
intrigailleur qui ose s'appeler le vieux *cordelier ,
le doyen des *jacobins . déjà les *cordeliers
ont fait justice du viédase qui, sous leur
étiquette, ose débiter un semblable poison,
et ils l'ont chassé de leur sein. jamais *gorsas
et *carra  ont ils eu plus d'audace? celui qui
traite les meilleurs patriotes de bourreaux,
d'assassins, et qui en même temps s'apitoye  sur
le sort des aristocrates, n'est il pas un conspirateur,
qui veut rallier tous les malveillants,
encourager tous les traîtres pour les armer
contre la république? n'est il pas un rebelle
contre les décrets de la convention, qui a
sauvé la *sans-culotterie  en foutant  à l'ombre
tous les hommes suspects, et en mettant la
terreur à l'ordre du jour? mais j'ai déjà dit le
<Epg=8> fin mot, les faux patriotes, les fripons  qui
ne savent plus à quelle branche s'accrocher,
tâtent les modérés et les aristocrates; ils
cherchent à faire cause commune pour écraser
ensemble les hommes purs qui les pourchassent.
 § ça ne prendra pas, foutre, le peuple est
éclairé. il connaît les intrigants, il protégera
ses véritables amis. l'apôtre du modérantisme
est déjà bafoué, mais ce n'est pas assez, il
faut savoir quelle nouvelle liste civile paye
les rhapsodies qu'il débite  gratis . au dénouement
de cette nouvelle farce contre-révolutionnaire,
nous découvrirons plus d'un mystère,
il y a gros que milord *pitt  est encore
derrière la toile; patience, avec le temps tous
les brouillards de la *tamise  se dissiperont et
nous verrons à nu tous les personnages, foutre.
 <Sda=1793> <numero=329> <quinzaine=62> <semaine=621> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande joie du *père *duchesne .
après avoir vu la fête qui a été célébrée en
réjouissance de la prise de *toulon , et en apprenant
que l'armée du *rhin  a fait danser la
carmagnole aux esclaves des despotes et s'est
emparée de leur artillerie après les avoir foutus
en déroute.
<edito=1> § ah! le beau jour, ah! la belle fête que
<Epg=2> celle de la victoire d'un peuple libre. badauds
imbéciles,*français du temps jadis, qui avez
eu le malheur de vivre sous les rois, vos
jours de triomphe étaient des jours de deuil;
car ils ne servaient qu'à river vos fers. quand
vous vous étiez battus comme des lions, et
que vous aviez étripé des milliers d'ennemis,
que vous en revenait il? rien, foutre! que
de nouvelles calamités! la guerre n'était
qu'un jeu pour l'infâme canaille qui vous
gouvernait, les putains et les maquereaux conduisaient
la partie, et le pauvre peuple était
toujours la dupe. après avoir versé son sang
dans les combats, il fallait qu'il suât sang et
eau pendant la paix pour payer les frais de la
guerre. pour l'étourdir sur ses souffrances,
l'ogre royal et toute la ménagerie de *versailles
défilait en pompe dans les rues de la
bonne ville pour aller brûler un cierge devant
la patronne de *paris , en réjouissance de ce
qu'un des tigres, nommé *bourbons , venait
d'être proclamé roi d'*espagne  et de *naples .
les échevins, avec leurs perruques à trente-six
marteaux, allaient se prosterner devant le
monstre couronné, et le félicitaient de ce
qu'un autre peuple allait être dévoré par un des
<Epg=3> animaux voraces, soi disant sorti de la côte de
*saint-*louis . toutes les cloches étaient en branle,
toutes les rues étaient illuminées, on s'égosillait
à force de crier vive le roi, grand bal, grand
feu d'artifice à la ville. quand sa jean-foutre
de majesté avait assez humé d'encens, quand
elle était saoule de flatteries autant que de vin,
on s'en retournait au grand galop; malheur
alors aux curieux qui se trouvaient sur son
passage, les vieillards, trop faibles pour se
tirer de presse, les femmes, les enfants renversés
étaient foulés sous les pieds des chevaux
des hoquetons bleus, et écrasés sous les
voitures. ces fêtes coûtèrent toujours la vie à
plusieurs milliers d'hommes. le lendemain
pour terminer la farce on annonçait un grand
édit pour la levée d'un nouvel impôt, les
pauvres badauds étaient forcés d'avaler tous
les goujons. personne n'osait murmurer. il
fallait encore que les *sans-culottes  adorassent
la main qui les écrasait.
 § ah! foutre, comme vous devez bénir votre
sort,*français républicains! vos pères, comme
l'abeille, amassaient le miel, et les frelons
le dévoraient, comme les oiseaux, ils faisaient
leur nid, et d'autres y venaient pondre; comme
<Epg=4> aux moutons, on leur mangeait la laine
sur le dos; comme le boeuf, il portaient le
joug, ils labouraient, ils suaient sang et eau
pour engraisser les prêtres, des moines, des
évêques, des financiers, des robins, des courtisans,
les rois et leurs putains. vous, hommes
libres, travaillez pour vous et vos enfants. la
liberté est devant vous, et vos ancêtres n'avaient
pour vis-à-vis que l'image dégoûtante
de l'esclavage. il n'est pas étonnant que vous
fassiez tant de prodiges de courage. si vous
tombez au champ de la gloire, votre mémoire
est respectée, votre nom est répété avec
attendrissement par vos concitoyens. vos fils
vous vengeront, et votre souvenir ne périra
jamais.
 § voilà, foutre, les réflexions que je faisais
avec quelques braves bougres de ma coterie,
pendant la fête que nous avons célébrée en
réjouissance de la prise de *toulon . jamais,
foutre, *paris  ne vit un spectacle aussi beau.
la joie la plus vive brillait dans les yeux
des *sans-culottes . les aristocrates étaient
cachés au fond de leurs nids de cocu. on en
rencontrait cependant par ci, par là quelques uns
qui se chatouillaient pour faire contre
<Epg=5> fortune bon coeur; mais au lieu de rire ils
grimaçaient, et ils avaient la face allongée
d'une aulne. au lieu de ces voitures dorées,
qui traînaient autrefois dans les fêtes publiques
tous les vices, tous les crimes réunis, on a vu
rouler des chars simples,mais admirables par
les ornements républicains qui les décoraient.
chacun d'eux était consacré à une de nos
armées. ils étaient chargés de lauriers et des
attributs de la victoire,celui des bougres à
poil qui nous ont délivré de la peste de la
*vendée , traînait les dépouilles ensanglantées
des brigands; des drapeaux blancs, couverts
de fleurs de lys, des images des saints et
souillés du nom exécrable de l'avorton du
*temple , ont balayé toutes les rues. celui
de l'intrépide armée du *nord  était entouré
des drapeaux et des étendards enlevés
aux ours et aux tigres de l'*allemagne ; quelle
joie, foutre, quels chants de victoire retentissaient
autour de celui qui portait les dépouilles
des *anglais et des rebelles de *toulon  !
on n'a pas eu besoin de baïonnettes pour
faire observer l'ordre pendant la marche
tout le cortège défilait paisiblement. la
convention n'a point avili le peuple en lui
<Epg=6> jetant au nez des sacs de monnaie et des saucissons
de cheval, et des cervelats de chien
et de chat, comme faisaient nos anciens
tyrans; mais chacun de nos braves *montagnards
tenait à sa main une gerbe de blé, pour
annoncer que nos législateurs honorent par
dessus tout l'agriculture, et que leur premier
soin est notre garde-manger. en passant
devant le ci-devant *hotel-des-*invalides, qu'elle
a nommé le temple de l'humanité, elle est
allée toute entière visiter les vieux guerriers
qui ont versé leur sang pour la patrie,
quelques républicains ombrageux se sont effarouchés
de voir le président de la convention,
(le brave *couthon ) porté par des chevaux
dans son fauteuil; mais fallait il que ce
brave bougre, qui a si bon coeur, fût privé de
la fête parce qu'il est impotent; ce n'est pas
son président que la convention a voulu honorer,
c'est la vertu et l'infirmité.
 § jamais, foutre, on n'a autant chanté et
dansé. tout le long de la route ce n'était
que des rondes, des carmagnoles. quant
à moi, à force d'avoir remué le gigot j'étais
harassé. je me suis tant égosillé, foutre, en
chantant la *marseillaise et en criant vive la
<Epg=7> république, que mon gosier était ardent
comme un brasier. je serais mort de soif, et
quelle mort pour le *père *duchesne ! si je ne
m'étais pas trouvé au beau milieu des gentilles
commères qui m'ont pris mon mal en pitié et
qui ont partagé avec le vieux marchand de
fourneaux une petite gourde remplie d'excellent
rogome.
 § pour mettre le comble à la joie publique,
pendant la cérémonie, des courriers extraordinaires
ont apporté la nouvelle d'une nouvelle
victoire, on a annoncé que les lignes
de *wissembourg  avaient été reprises. les
ennemis ont été battus à plate  couture. toute
l'artillerie des esclaves est tombé entre les
mains des guerriers républicains. *haguenau
a été évacuée; on poursuit les gros talons du
*nord  l'épée dans les reins. bientôt *landau  en
sera débarrassée, et avant qu'il soit l'âge d'un
petit chien, l'étendard de la liberté flottera
sur les remparts de *valenciennes , foutre.
 § le coeur plein de ces heureuses nouvelles,
les patriotes faisaient retentir l'air de leurs
chants; arrivés à l'autel de la patrie les airs
de joie ont redoublés. on a fait un grand feu
de toutes les dépouilles des tyrans et
<Epg=8> traîtres, et une grande ronde, qui a durée
jusqu'au milieu de la nuit , a terminé cette
heureuse journée. ce ne sera pas la dernière,
car, foutre, nos braves guerriers, qui ne se
mouchent pas du pied, préparent une danse
générale à tous les ennemis de la république,
et la dernière carmagnole des rois, foutre!
 <Sda=1793> <numero=330> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande colère du *père *duchesne .
  de voir une nouvelle clique de modérés, de
feuillants, d'aristocrates nommés *phélipotins
soudoyés par l'*angleterre , pour remplacer
les *brissotins  et brouiller les cartes à la convention,
en dénonçant les meilleurs patriotes
pour faire revenir sur l'eau tous les brigands
qui sont à l'ombre et chasser tous les généraux
*sans-culottes , afin de mettre à leur place
tous les talons rouges et les blancs becs de
l'ancien régime.
<edito=1> § *sans-culottes , mes amis, souvenez vous
<Epg=2> foutre, que je vous annonçais dans une de
mes dernières colères encore quelques nouveaux
coups de chien contre les patriotes;
je n'avais pas tort de dire qu'il y avait encore
quelqu'anguille sous roche, mais que la mèche
serait bientôt découverte; j'aurais pu dès lors
nommer les masques, mais j'ai voulu laisser
les papillons se brûler à la chandelle; je savais
qu'il existait une nouvelle clique d'aristocrates,
de modérés, d'intrigants, de voleurs
qui s'entendaient comme larrons en foire pour
animer les patriotes les uns contre les autres,
et les détruire par eux-mêmes; je savais que
*pitt  était derrière la toile, et qu'il vidait le
restant de la bourse que le foutu roi de   carreau
*georges-*dandin , lui a confié pour brouiller
les cartes, et mettre en bisbille nos braves
*montagnards. le moment est arrivé de dauber
tous ces jean-foutres, et de dévoiler toutes
leurs manigances.
 § j'ai déjà dit, foutre, comme quoi tous
ces gredins ne sachant plus à quelle branches
se raccrocher accusent les meilleurs patriotes
pour qu'on les oublie, ou du moins pour les
entraîner dans leur naufrage. on ne peut être
sali que par la boue, foutre. au surplus la
tricherie revient toujours à son maître. plus
on accuse, plus on calomnie, plus on persécute
les patriotes, plus on leur rend service.
il est doux de  souffrir pour sa patrie.l'honnête
homme, qui se trouve aux prises avec
un coquin, sort toujours victorieux du combat;
car le peuple a de bons yeux, il n'est
<Epg=3> pas facile de le foutre dedans; il connaît ses
véritables amis; il est juste surtout. malheur
au scélérat qui cherche à l'égarer.
 § revenons à nos brigands, braves *sans-culottes ,
vous ouvrez de grands yeux, écoutez
de toutes vos oreilles, vous cherchez autour
de vous les nouveaux conspirateurs que je
vous dénonce. vous jurez, vous tempêtez,
vous demandez leur nom; eh bien, sachez
qu'ils se nomment les  phélipotiers . quels sont,
m'allez vous dire ces nouveaux insectes dont
on ne connaît l'existence que quand ils font
sentir leur dard empoisonné? qui sont ils?
d'où viennent ils? ils sortent de la fange du
*marais, foutre. ce sont les vils excréments
du royalisme et du brissotisme, en un mot,
c'est le fond du sac de la contre-révolution.
mais laissons là tout cet amphigouri; il faut
nommer chaque chose par son nom.
 § il est certain canton de la république, voisin
de la ci-devant *normandie . (la lisière,
comme on sait, ne vaut pas mieux que le
drap).il y a pourtant de braves gens partout
je le sais, mais dans le pays dont je
veux parler, les huissiers, les avocats, les procureurs
fourmillaient dans l'ancien régime.
c'est là qu'à chaque coche les témoins de
toutes les façons arrivaient autrefois à *paris
par douzaines pour déposer pour et contre et
au plus offrant, c'est là qu'habitent des bougres
si renardés en chicane qu'ils valent, dit on,
un normand et demi.
 §  gens pesant l'air fine fleur de *normands  .
<Epg=4> § enfin, comme chacun sait, le haut et le bas
*maine  ont été, de tous temps, un véritable
pays de *cocagne  pour tous les églefins du
barreau. un jour, le grand diable de la  chicane
en visitant son  apanage, se déguisa en
procureur, d'autres disent en bailli, qu'importe
la maudite robe. une je ne sais quelle
dévergondée, longue, sèche, jaune comme
le safran, tomba tout à coup amoureuse de
lui. tout diable qu'il était, il recula d'horreur
quand elle lui défila son doux compliment.
<Sat=1> voilà pourtant, se dit il, une bonne
occasion d'engendrer un second moi-même.
ne la perdons pas.
<Sat=0> la *mancelle  fût endiablée,
et de leur union infernale sortit un petit diablotin.
la grosse horloge du palais carillonna;
le jour de sa naissance, toute la robinaille se
disputa l'honneur de lui trouver un nom digne
de la destinée qui lui était réservée, les uns
proposaient de l'appeler *fripotin , mais celui
de *phélipotin  chatouilla davantage les oreilles
des procureurs et procureuses qui environnaient
son berceau.
 § *phélipotin  fût dans son enfance un petit prodige,
il avait l'esprit comme un petit démon;
à sept ans, il crachait du latin comme
le grand théologal, et il savait par coeur sa
petite coutume. il n'avait pas encore de barbe,
qu'il dégotait tous les aboyeurs du grand
baillage. tous ces bougres s'ébahissaient en
l'entendant plaider le vrai et le faux, et lui
demandaient où il pêchait tout ce qui lui
roulait dans la cervelle. ils ne savaient pas,
<Epg=5> les jean-foutres quel était son véritable père,
ils ne se doutaient pas que le diable en personne
était toujours à son oreille pour l'inspirer
et lui dicter son thème. nul ne savait
comme lui embrouiller une affaire, et prouver
que ce qui est noir est blanc, et que ce qui
est blanc est noir. c'est ainsi que *phélipotin
faisait la pluie et le beau temps, en s'engraissant
de poulardes, de chapons, de perdrix,
de râles et du plus fin gibier, pour prix de
toutes les mauvaises causes qu'il gagnait, des
amis qu'il mettait à chien et à chat, des
ménages qu'il brouillait.
 § malheureusement, foutre, la révolution
arriva, et tous les escogriffes de la  chicane
eurent les ongles rognés. *phélipotin  se désolait
de ce qu'il n'y eu plus d'eau à boire,
ni pour lui ni pour ses  pareils,
<Sat=1> "console toi,
<Sat=0> lui dit son père,
<Sat=1> je ne t'abandonnerai
pas; par ma vertu, tu auras deux visages,
l'un pour les *sans-culottes  et l'autre pour les
aristocrates; je t'apprendrai l'art de tromper
tout le monde; on te croira d'un côté, un
patriote enragé, et  de l'autre ,tu seras l'espérance
des nobles, des calotins et de tous
nos amis"
<Sat=0> § ce qui fut dit fut fait, *phélipotin
joua si bien son double rôle, qu'il arriva tout
bâti à la convention. d'abord il se montra
moitié montagnard, moitié brissotin. dans
le jugement de *capet , il opina pour et
contre, malgré lui il dit oui, pour qu'on
raccourcit le gros cornard, et, par sous-main,
il engagea les sots qui lui prêtaient l'oreille
<Epg=6> à dire non. mais c'est dans la *vendée  que
tous les diables de l'enfer  jetaient leur grand
coup de filet. *phélipotin , toujours guidé par
son papa, fit là ses grandes prouesses. c'est
là qu'il brouilla les cartes de la bonne manière;
c'est là qu'il fit une guerre ouverte
aux généraux *sans-culottes , et qu'il fût
l'avocat de *biron , de *dubayet , de *tunc  et
de tous les talons rouges qui allongeaient la
 courroie et qui voulaient perdre la république.
la convention y vit clair à la fin. elle se
lassa d'être *phélipotée , les protégés de
*phélipotin  furent mis à l'ombre et le protecteur
rengaina tous ses bougres de projets de
contre-révolution. alors les généraux *sans-culottes
furent partout victorieux et la *vendée
a été détruite, foutre.
 § *phélipotin  se rongeait le bout des griffes
de voir tous ses complots à vau-l-eau ; c'est
alors que son père est venu à son secours.
<Sat=1> "formons une nouvelle *vendée ,
<Sat=0> lui a dit
l'animal cornu,
<Sat=1> formons la à *paris , dans la
convention même; cries, gueule  contre les
meilleurs *montagnards, accuse  le comité de
salut public dans le moment où il vient de
sauver la république; dénonce  les meilleurs
patriotes."
<Sat=0> § le monstre *phélipotin  a vomi
tout son fiel; il a dénoncé à tors et à travers.
des jean-foutres de son acabit lui ont prêté
la main; par leurs menées le général de l'armée
révolutionnaire et le patriote *vincent  ont sifflé
  la linotte; mais, foutre, ce n'était qu'un
coup d'essai de ceux qu'il voulait porter aux
patriotes.
<Epg=7> § le gros *bourdon  de la *vendée  a fait plus
de charivari que *georges  d'*amboise ; il a
raisonné comme une véritable cloche, en
faisant chorus avec *phélipotin , *fabre-d-*eglantine
et le renégat *camille , pour perdre le
*sans-culotte  *bourbotte . les plus francs républicains
ont été dénoncés par ces aboyeurs de
*pitt . moi-même je suis accusé par *phélipotin
d'être un muscadin soudoyé par l'*angleterre
pour avoir rivé son clou à ce *phélipotin  dans
un dîner patriotique où il était venu écrémer
la marmite sans être prié, et pour l'avoir rembarré
de la bonne sorte lorsqu'il osa dire, en
ma présence,  que les *jacobins étaient des scélérats,
et qu'il les ferait sauter.
 § il vient de faire imprimer à grands frais et
avec des bonnes guinées, sans doute, que le
roi *bouchotte   vidait le trésor national pour
me graisser la patte et pour empoisonner les
armées de mes écrits. braves défenseurs de
la patrie, vous qui lisez avec tant de plaisir
mes joies et mes colères, vous que j'ai averti
de toutes les trahisons de l'infâme *dumouriez ,
du traître *custine  , du palefrenier *houchard ,
c'est à vous à me rendre justice. vous ai je
jamais trompé? m'avez vous jamais vu flagorner
les ministres? n'ai je pas toujours été
votre ami sincère? si *bouchotte  avait été
suspect, je serais le premier tombé sur sa friperie,
et je vous l'aurais dénoncé.
je me fous bien des hommes, je ne vois que la république.
si mon père était un traître je ne
l'épargnerais pas plus qu'un autre. c'est par
<Epg=8> ordre du comité de salut public que *bouchotte
vous envoie ma feuille ainsi que les autres
 journaux patriotiques.si je suis un homme
vendu, le brave *audouin , *duval , auteur du
républicain, *rousgiff , le sont comme moi;
*marat  l'était donc aussi. si *bouchotte  est coupable
pour avoir éclairé ses frères d'armes,
il faut donc aussi accuser les comités de la
convention. pour chauffer mes fourneaux on
sait bien qu'il me faut de la braise, foutre.
 <Sda=1794> <numero=331> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
 §  la grande colère du *père *duchesne .
contre certains brigands qui veulent crever
les yeux des *sans-culottes  pour empêcher
de voir leurs brigandages, et leur couper bras
et jambes pour mieux manigancer la contre-révolution,
en donnant la clef des champs
aux aristocrates qui sifflent la linotte, en proposant
une amnistie pour tous les traîtres. son
grand serment de braver la vengeance et les
poignards de ces scélérats, et de continuer de
démasquer les ennemis de la liberté.
<edito=1> § il n'y a rien de si foutant que de parler de
<Epg=2>soi; car les bons républicains ne doivent s'entretenir
que de la patrie; ils lui doivent toute
leur existence, et le temps qu'ils perdent en
s'occupant de foutaises, qui n'intéressent que
*pierre  ou *paul est volé à la chose publique!
j'ai déjà dit, foutre, que la république est
une grande ruche où chaque abeille doit apporter
le plus de butin qu'il lui est possible;
celles qui s'amusent à  bourdonner , au lieu
d'amasser la cire et le miel, trompent ou
trahissent le reste de la famille qui travaille de bon coeur
et qui vit de bon accord. mais
quand, dans cette ruche il se glisse quelque
frelons pour jeter le désordre, alors toutes
les abeilles doivent se réunir pour exterminer
l'insecte malfaisant. la meilleure besogne, le
premier devoir est de se délivrer de l'ennemi
commun.
 braves *sans-culottes , c'est vous qui êtes
les abeilles dont je parle. personne plus que
moi, foutre, ne respecte votre industrie.
vous ne m'avez jamais regardé comme un
boute-feu et un emporte-pièce; bien loin de
là, foutre, je n'ai cessé de vous recommander
l'union et la fraternité. dans tous les temps
je fus votre sentinelle vigilante; et j'ai toujours
<Epg=3> crié  qui vive  dans les postes les plus
avancés. j'ai essuyé toutes les bordées des
aristocrates, des royalistes, des *brissotins,
mais jamais ils ont pu me faire quitter mon
poste, et je suis toujours dans la même guérite
où vous m'avez vu depuis le premier jour
de la révolution. quand les conspirateurs et les
traîtres ont emportés quelques victoires sur la
*sans-culotterie , *marat  et le marchand de
fourneaux ont été les premiers mis en joue,
et si vous ne vous étiez pas rebiffé pour les
sauver, s'ils avaient eu cent têtes, ils les auraient
perdues l'une après l'autre.
 § je croyais avoir du relâche et me reposer
sur mes lauriers, foutre, lorsque j'ai vu la convention
délivrer des serpents et des crapauds du
*marais. j'étais d'une joie de bougre en songeant
que la constitution républicaine allait rallier
 les bons *français. je croyais m'en donner
des pilles éternelles, et déjà j'avais quitté
mon encrier pour retourner à mes fourneaux.
maintenant, disais je à mes compères et commères,
que nos braves *montagnards ont tous
leur tête dans un bonnet, et qu'ils vivent  d'un
si bon accord, la machine va marcher sans le
moindre choc. à l'aide de sainte guillotine qui
<Epg=4> va nous raccourcir tous les scélérats, personne
ne sera aussi audacieux pour trahir la république.
ainsi donc je rengaine toutes mes
colères, et je ne reprendrai la plume que pour
exprimer ma joie sur toutes les victoires que
nous allons remporter; mais, foutre, les fripons
et les traîtres vont et viennent comme
les ombres chinoises, et comme on dit, un
clou chasse l'autre. mon rêve n'a duré qu'un
instant, et je n'ai pas tardé à réfléchir que tant
qu'il y aura des trésors à gaspiller, il existera
des voleurs, que tant qu'il y aura des sots, il
se trouvera des hypocrites pour les foutre
dedans et les mener par le nez, que tant qu'il
y aura des places et des dignités, il se trouvera
des intrigants et des ambitieux qui affronteront
la guillotine pour s'en emparer. ne voit on pas
les renards à la barbe du chien de la ferme faire
main-basse sur la basse-cour, et le  loup croquer
les moutons à la face du berger le plus
vigilant.
 § bon gré mal gré, il a donc fallu que je
continuasse de broyer du noir. j'ai juré comme
un charretier embourbé toutes les fois que j'ai
trouvé sur mon passage des bougres qui n'étaient
pas au pas; mais quand j'ai rencontré
<Epg=5> des ci-devant patriotes qui avaient l'air de
saigner du nez et de vouloir tourner casaque,
je les ai daubé comme les aristocrates. quand
j'ai vu *chabot , que j'aimais autrefois comme
mes petites  boyaux lorsqu'il était un des plus
fermes soutiens de la *sans-culotterie ; quand
je l'ai vu, bras dessus bras dessous, avec les
plus fieffés garnements de l'ancien régime, et
cajolé par toutes les muscadines, d'abord je
me suis mis tout bas en colère contre lui.
<Sat=1> "est ce que tu voudrais aussi nous faire faux bon,
<Sat=0>lui ai je dit;
<Sat=1>prends y garde, foutre; car,
comme dit le proverbe  dis moi qui tu hantes,
je te dirai qui tu es" .
<Sat=0> § il s'est foutu de mes avertissements
et du  qu-en-dira-t-on , et pour s'achever
de peindre, il s'est marié à qui, à je ne
sais quelle bohémienne qui est tombée amoureuse
de lui, dit il, sans l'avoir vu. et quelle est
cette bohémienne encore? c'est la fille d'un
aventurier, faisant une poussière de prince à
la cour de *vienne , et dont l'impératrice,
mère de la louve que nous avons raccourcie,
a tenu tous les enfants sur les fonds de baptême.
en voyant un mariage aussi biscornu, n'y avait il
pas de quoi se débaptiser soi-même? n'est ce
pas un crime à un sans-culotte français d'épouser
<Epg=6> une autrichienne? que deviendraient donc
nos jeunes filles qui sont si délaissées depuis la
guerre, si le peu de républicains qui peuvent
les contenter imitaient un pareil exemple?
un législateur épouser une esclave, et l'esclave
d'un des tyrans qui nous font la guerre, quand
il y a tant de filles libres qui séchent sur pied
à force d'attendre! lorsqu'ensuite ce même
*chabot  coup sur coup, après le conte bleu de
son mariage de deux cent mille livres, a le front
de faire une complainte au beau milieu de la
convention sur ce qu'il n'existe plus de plaine
ni de marais, et de faire signe de loin à tous
les crapauds, en leur disant qui m'aime, me
suit, pour les engager à y venir barboter avec
lui, ai je eu tort de lui chanter sa gamme?
après tout ce tripotage, j'apprends que mon
frocard est à l'ombre pour avoir reçu quelques
centaines de mille livres des brigands couronnés.
je jure, je tempête. ses amis me répondent que
c'est lui-même qui a déposé cette somme au
comité de sûreté générale, en  découvrant un
grand complot qu'il connaissait depuis plus de
six mois. je réponds pourquoi il n'a pas plus tôt
dénoncé ce complot, pourquoi il ne l'a fait que
le lendemain qu'il avait été dénoncé lui-même
aux *jacobins   on me répondra que tout cela
s'éclaircira avec le temps.
 § je le désire foutre; mais il n'est pas un
bon républicain qui voit clair dans cette
bouteille à l'encre, et qui n'ait dit et pensé
tout ce que j'ai écrit sur ce chapitre. eh bien,
tonnerre de dieu, on m'en a fait un crime.
<Epg=7> n'est il donc plus permis de réfléchir? faut il
se crever les yeux pour ne pas voir les manigances
de certains personnages? on dit que
je suis un chef de parti parce que je pense et
je parle comme les véritables *sans-culottes .
où est il donc ce parti? qu'a t il fait? c'est ce
qu'on ne saurait dire, foutre. si c'est être
chef de parti que d'être sans cesse à l'affût et
de donner la chasse à tous les conspirateurs,
si c'est être chef de parti que de braver les
poignards, si c'est être chef de parti que de
vivre pendant quatre ans entre les baïonnettes
et les cachots, que d'être persécuté tantôt par
le comité autrichien, tantôt arrêté par le comité
des douze, j'en conviens, j'en suis un,
et je m'en fais gloire puisqu'on me force à
parler de moi. oui, j'ai toujours conspiré contre
les ennemis de la liberté, et je ne lacherai pas
prise, foutre.
 § je me fous de vos propos et de vos menaces,
*chabotins  et *phélipotins ;je vous défie
de trouver à mordre sur moi. vous pouvez
répéter toutes les  kyrielles de calomnies et d'injures
dont *carra  et *gorsas  ont régalé tant de
fois les aristocrates. faites moi paraître comme
*marat  devant les tribunaux, j'en sortirai comme
lui, foutre. tout ce que vous dites de moi,
vous l'avez dit de lui; tout ce que vous manigancez
contre moi vous l'avez employé contre
lui. vous ne me reprochez pas ce que les feuillants
et les *brissotins m'ont reproché avant
vous. je n'ai pas changé, mais vous jouez leur
rôle aujourdhui . malgré tous vos coups de
<Epg=8> chien que l'on connaît maintenant, vous ne
diviserez pas les patriotes; ils resteront unis
à la montagne. on ne donnera pas la clef des
champs aux aristocrates qui sont en cage,
comme vous le voulez; il n'y aura point d'amnistie,
et, à votre tour, vous jouerez à la main
chaude,foutre.
 <Sda=1794> <numero=332>  <semaine=622> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande colère du *père *duchesne .
de voir toutes les manigances des *phélipotins
contre les meilleurs citoyens, et surtout contre
les généraux *sans-culottes  à qui l'on veut
donner de la pelle au cul, afin de vendre encore
des batailles à milord *pitt , et de lui livrer nos
villes de guerre.
<edito=1> § avant de faire le voyage dans la voiture
<Epg=2> à  trente-six portières, *brissot  et sa clique
s'écrièrent:
<Sat=1> "ce qui nous console, c'est que
nous aurons des vengeurs."
<Sat=0> les jean-foutres
savaient bien qu'ils auraient une arrière-garde
d'hypocrites, d'intrigants, d'ambitieux et de
traîtres qui, tôt ou tard, prendraient leur
place, et qui n'attendaient que le moment
favorable pour lever la crête. cette prophétie
n'épouvanta pas les patriotes et ils ripostèrent:
<Sat=1>  "s'il existe encore des conspirateurs, nous les
verrons, foutre, et nous les ramasserons au
contre."
<Sat=0> § cependant on manigançait dans
l'ombre de nouveaux coups de chien. tous
les furets de l'*angleterre  se mirent aux
trousses des patriotes pour les corrompre;
ceux qui résistèrent à l'appas de l'or ont été
assassinés par le poignard de la calomnie. les
royalistes, les feuillants, les aristocrates de
toutes les acabies, les complices de *brissot ,
les voleurs publics se sont tous ligués pour
écraser ensemble la liberté. mais pour mieux
jouer leur jeu, tous les gredins ont pris le
masque du patriotisme. on n'a plus vu que
des bonnets rouges. ces *sans-culottes  de
nouvelle fabrique se sont répandus dans les
sections, dans les sociétés populaires pour
mettre les patriotes à chien et à chat.
<Epg=3> de tous côtés on a soufflé le froid et le
chaud. les bons citoyens asticotés par ces
jean-foutres, se sont chamaillés, sans savoir
ni pourquoi, ni comment leurs ennemis riaient
sous  cape de leurs disputes, et ils versaient
autant qu'ils pouvaient, de l'huile dans le feu.
pour mieux brouiller les cartes, les modérés
se sont mis sur les rangs; ils ont jeté les hauts
cris sur les arrestations; la barre de la convention
a été assiégée des pleureurs et de pleureuses
à gage qui venaient demander d'un ton menaçant
la clef des champs pour leurs frères, leurs
pères, leurs fils, leurs époux. comment s'entendre
au milieu de ce charivari? la convention
est restée ferme et inébranlable, et
ces complots s'en sont allées en eau de
boudin. oui, foutre, tant que nos législateurs
seront unis, ses ennemis ne tireront
que des coups d'épée dans l'eau. mais,
malheur à elle, malheur à la république,
si cette union cessait un seul instant.ceux-là,
foutre, qui ont voulu la diviser, en proposant
au restant des crapauds *brissotins et
*girondins de venir encore  barboter dans le
*marais, ont proposé la contre-révolution. le
feu de la guerre civile serait il éteint au *midi ?
<Epg=4> *lyon , *toulon  auraient ils été détruits? l'armée
chrétienne et royale serait elle détruite
s'il avait seulement existé une centaine de
*phélipotins  dans cette convention ? quels sont
donc les scélérats qui osent se plaindre quand
la machine est en si beau chemin; quand nos
ennemis fuient de toutes parts; quand les
brigands couronnés sont à  quia  et ne savent
plus à quel saint se vouer.
 § c'est au milieu de nos victoires, foutre,
que l'on veut nous arrêter. c'est lorsque les
*sans-culottes  triomphent partout que l'on
redouble d'efforts pour les perdre. les escrocs
les voleurs, les plus vils intrigants osent
accuser les hommes les plus pures; croient ils
que le peuple prendra le change? c'est un
juge redoutable qu'on ne saurait tromper.
celui qui fût un pilier  de tripots; qui écornifla
les dîners des aristocrates; qui fût
l'avocat  consultant  de tous les talons rouges,
qui défendit les complices de *la-*fayette
et *dumouriez , celui-là, foutre,
aurait beau dire: je suis le  vieux cordelier ,
doyen des *jacobins .  on lui répondra qu'à
bonne auberge, il n'y a pas besoin d'enseigne.
plus il vantera ses anciennes prouesses, plus
<Epg=5> on se méfiera de lui, mieux on le tancera,
s'il a tourné casaque à la *sans-culotterie .
après s'être autrefois intitulé  le *procureur-général
de la *lanterne , s'il devient le procureur
général de l'aristocratie et de la *phélipoterie ;
s'il propose de former une nouvelle
*vendée  en mettant en liberté ses bons amis
les muscadins et muscadines qui sifflent la
linotte, s'il ose appeler les hommes révolutionnaires
des hommes de sang, des septembristes,
qui  lèchent le collier de la guillotine , on
lui répondra qu'il frise de près la fatale cravate.
ou plutôt, on ne lui répondra rien.
on lui donnera une loge aux petites maisons,
et il sera fustigé  comme un fou. mais si cet
écervelé, au lieu de profiter de son brevet
de folie, continue dans sa fureur de mordre
et de déchirer les meilleurs républicains on
l'étouffera comme un enragé.
 § pardon, braves *sans-culottes , si je vous
entretiens si souvent d'un aussi mince personnage;
mais, foutre, vous savez qu'il y avait
autrefois à la cour des fous à titre d'office,
c'est par eux souvent qu'on découvrait les
plus grands secrets et que la mèche était
éventée. or donc, milord *pitt , qui a mis en
<Epg=6> jeu le niais *camille , et qui s'en sert comme
le singe de la patte du chat pour  tirer les marrons
du feu, vous a, sans le vouloir, dévoilé
tous les complots qu'il médite à son agonie.
voilà foutre, la dernière espérance de l'infâme
*pitt , et en se débattant avec la mort,
il a dit à *phélipotin :
<Sat=1> "après *brissot , il
ne me reste plus que toi. remue  toi de cul
et de tête pour me sauver; dénonce , accuse
tous les *sans-culottes , soutiens que les généraux
qui ont détruit la *vendée  sont des
conspirateurs; trouve  quelques gobe-mouches
pour appuyer tes grandes dénonciations , un
*camille , par exemple: attache  toi comme
une teigne à la personne  de ce maudit *bouchotte ;
alors, foutre, ces généraux *sans-culottes
qui m'ont fait danser leur bougre de
carmagnole seront remplacés par des talons
rouges: un nouveau *beurnonville  reviendra
sur le tapis,alors les *phélipotins  pêcheront
en eau trouble, alors, je n'épargnerai pas les
guinées, je gagnerai des batailles, et je prendrai
des villes, et à la fin la contre-révolution!
mets toi en quatre surtout pour me
délivrer de ce comité de salut public qui vient
de m'enlever *toulon , et qui va me
<Epg=7> conduire à la lanterne si toi et tes amis vous
ne lui donnez pas un croc en jambes."
<Sat=0> § n'ai je pas mis le doigt dessus, foutre, il
n'y a pas d'homme assez aveugle pour ne pas
voir clair maintenant dans tout le phélipotage.
la convention si grande et si forte depuis que
ses membres sont unis, ne sera pas le jouet
de cette nouvelle intrigue. après avoir sauvé
la *france , elle restera à son poste jusqu'à
ce qu'elle ait assuré le bonheur du peuple,
et les bons républicains environneront toujours
la sainte montagne  et la défendront
jusqu'à la mort, foutre.
 § encore une petite bouffée de ma pipe à
*poinsinet-*camille  .
il n'est pas si fou que l'on s'imagine, le
benêt *camille  et si on le prend pour un
niais, je dis, foutre, que c'est un niais de
*sologne , car il sait amadouer les aristocrates
et leur escamoter joliment leurs  *corsets  . il a
vendu plus de cent mille exemplaires de son
vieux *cordelier  à vingt sols le numéro; et il
me fait un crime d'avoir débité mes feuilles
à raison de deux sols la pièce pour les armées.
il prétend que je suis riche comme un
*crésus  parce que depuis le mois de juin j'en
<Epg=8> ai débité cent mille,  ce qui fait quatre-vingt-dix
mille livres. une telle somme à un
misérable marchand de fourneaux! mais *camille
doit rabattre dans son calcul plus de
quinze mille livres de dépenses pour achat de
presses, et de caractères, le papier, les frais
journaliers, les dépenses de bois et de chandelle,
la paie de 10 ouvriers, les gratifications
de nuit, une augmentation de loyer, ce qui
reste est peu de chose et encore n'en ai je que
la moitié, puisque j'ai un associé. au surplus,
j'ai placé mon bénéfice dans l'emprunt volontaire.
c'est là que *camille  appelle voler
la *république .
 <Sda=1794> <numero=333> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande colère du *père *duchesne .
de voir que les fripons, les intrigants, les
modérés, les royalistes et les aristocrates osent
lever la crête, et accusent les meilleurs patriotes
de tous les coups de chien qu'ils manigancent
contre la liberté.  ses bons avis  aux braves
*sans-culottes , pour qu'ils soient unis plus
que jamais, et qu'ils montrent les dents aux
jean-foutres qui veulent diviser la convention,
et qui tripotent sous-main un nouveau projet
de contre-révolution.
<edito=1> § depuis deux ans je n'ai cessé de dire aux
<Epg=2> *sans-culottes  qu'ils ne devaient pas attendre leur
salut que d'eux-mêmes; car ce n'est que pour
eux qu'ils ont  fait la révolution, et non pas
pour se donner de nouveaux  maîtres. je me
suis égosillé à force de leur crier: défiez vous
des nobles et des calotins. les uns m'appelaient
vieux bavard, les autres m'ont appelé
anarchiste, désorganisateur. les talons
rouges sont restés à la tête de nos armées,
comme je l'avait prédit: les jean-foutres les
ont livrés à nos ennemis, et ce n'est qu'après
les trahisons de *la-*fayette , de *dumouriez  et
de *custine  , qu'on s'est rappelé les prédictions
du vieux marchand de fourneaux, et qu'on est
revenu à son avis, en donnant de la pelle au
cul à tous les muscadins  qui commandent nos
armées, en mettant à leur place des bougres à
poil, nés dans le sein de la *sans-culotterie .
c'est alors, foutre, qu'on est allé beau jeu bel
argent, et que tous les esclaves des tyrans ont
dansé la carmagnole au *nord  et au *midi .
maintenant que ça va, et que tous les brigands
couronnés sont forcés de mettre les
pouces, ils jouent de leur reste, en employant
le vert et le sec pour diviser les patriotes. on
fait des querelles d'allemand à tous ceux qui,
<Epg=3> par leur vertu, par leur courage, ont sauvé la
république. les poltrons qui se sont cachés
pendant le combat, veulent arracher les lauriers
des vainqueurs, les fripons dénoncent
les hommes les plus purs, les traîtres accusent
les plus francs républicains de tous les complots
qu'ils méditent.
 § c'est ainsi, foutre, qu'après la révolution
du 10 août on a vu les *brissotins  lever la
crête, et clabauder contre les *sans-culottes
qui avaient foutu le trône en canelle; c'est
ainsi que le vieux *roland   vilipendait les
*jacobins  et cette commune intrépide, l'effroi
des aristocrates et le plus ferme appui de la
montagne; le boudoir de la reine *coco  devint
un atelier de contre-révolution. c'est là
que se manigançaient tous les coups de chien
pour perdre les patriotes, c'est là que cette
bande de pillards et de brigands se partageaient
les dépouilles du peuple; c'est là
que le friand *louvet  était régalé de nanan en
composant son fameux discours contre *robespierre ;
c'est là que l'infâme *gorsas  recevait
à pleines mains l'or et les assignats pour
traîner dans la boue tous les amis de la liberté;
c'est là que le goujat *barbaroux  couvrait
<Epg=4> d'une perruque de boeuf le front tondu de ce
ministre de *coblentz , en promettant de lui
livrer *marseille  et les principales villes des
départements du *midi ; c'est là que *petion ;
*guadet ,*vergniaud ,*gensonné  tripotaient
leur bougre de fédéralisme . malgré cette
bande de *cartouches  et de *mandrins , qui
jetaient  des bâtons dans les roues, nos
armées étaient partout victorieuses. les drapeaux
tricolores flottaient sur les murs de *bruxelles
et la *hollande  allait être conquise, mais les
victoires devaient bientôt s'en aller en fumée,
car les conspirateurs avaient tous les généraux
dans leur manche, et le traître *dumouriez
leur avait promis de conduire nos braves défenseurs
à la boucherie et de livrer nos magasins
à l'ennemi, afin d'accabler les républicains
à force de revers et de les contraindre
à accepter une paix honteuse avec les étrangers.
il n'y avait alors dans le ministère
qu'un seul homme qui leur barrât chemin.
le brave *pache , au lieu de donner dans leur
tripotage contre-révolutionnaire, les démasqua
et resta fidèle à la *sans-culotterie . on mit
tout en usage pour perdre celui qu'on n'avait
pu corrompre, on appela aussi un imbécile,
<Epg=5> un sot qui se laissait gouverner par
des fripons: on lui reprocha même sa vieille
redingote et ses coudes percés. *carra ,*gorsas
et *brissot  dirent alors contre lui tout ce que
le vieux *cordelier  a depuis copié sur leurs
libelles. le *sans-culotte  *pache  ne put opposer
que sa vertu à tous les assauts de l'intrigue,
il succomba, il fût remplacé par le  bateleur
*beurnonville . il fallut voir alors tous les patriotes
déménager des bureaux de la guerre,
une recrue de *coblentz  succéda aux braves
*sans-culottes  dont *pache  s'était environné.
les deux battants de toutes les portes de ces
commis muscadins étaient ouverts à toutes
les coquines, et les défenseurs de la patrie
couverts de blessures, trouvaient partout
visages de bois dans ce nouveau *versailles .
tous les officiers *sans-culottes  furent opprimés,
chassés, emprisonnés, et tous les bandits,
auparavant soudoyés par la liste civile,
tous les piliers de tripots du *palais-*royal  les
émigrés et leurs valets furent placés à la tête
de nos bataillons. les fripons péchèrent en
eau trouble. enfin nous fûmes trahis et vendus
à la journée, et il a fallu toute l'énergie républicaine
pour sauver la *france .
<Epg=6> § je réfléchis et je dis que nos ennemis se
sont toujours servi des mêmes moyens pour
nous opprimer. *la-*fayette ,*dumouriez  ,et
*custine   ont suivi la même route. les *brissotins,
comme les jean-foutres de conseillers de
*capet , ont persécuté les patriotes et les ont
accusé également d'être des anarchistes. on
se sert aujourdhui  d'un autre mot pour avilir
les ardents républicains. on les appelle des
ultra-révolutionnaires, parce que les mots de
factieux et de désorganisateurs sont usés; mais
foutre, le peuple ne prendra pas le change,
ce sont encore les apôtres du modérantisme,
les amis de la royauté et les aristocrates déguisés
qui les accusent. ce n'est pas seulement
aux généraux *sans-culottes , c'est au gouvernement
révolutionnaire qu'on en veut. le
comité de salut public est attaqué en même
temps que les bougres à poil dont il s'est servi
pour sauver la république. qui ne voit pas,
foutre,qu'il y a derrière la toile, comme je
l'ai déjà dit, des fripons qui veulent brouiller
les cartes et tout désorganiser pour qu'on les
oublie? existe t il donc de nouveaux *brissotins?
non, foutre; ce n'est qu'une poignée de
misérables intrigants qui veulent se venger des
patriotes qui les ont démasqués; mais, foutre,
si on ne leur montrait pas les dents de bonne
heure, et si on ne les arrêtait à temps bientôt
peut-être ils seront redoutables; car les feuillants,
les royalistes et tous les ennemis de la révolution
les applaudissent déjà, et ils se rangeraient
bientôt sous leur bannière. il faut donc que
<Epg=7> tous les amis de la liberté et de l'égalité se
rallient plus que jamais autour de la convention;
car tant qu'elle marchera d'accord avec
le peuple, elle triomphera de toutes les cabales
et tous les conspirateurs se casseront le
nez, foutre.
§ note du rédacteur  .
 § le traître *carra , avant les *phélipotins ,
avait dit dans une de ses feuilles$: le 12 juin:
<Sat=2> "*marat  et *hébert  ont touché 50 mille livres,
à la trésorerie nationale, pour le prix de leurs
journaux envoyés par le ministre de la guerre
dans les départements et les armées..."
<Sat=0> *bouchotte
répondit à cette calomnie par la lettre
suivante insérée dans tous les journaux patriotes:
<Sat=2> § "le fait n'est pas exact, car les abonnements
existaient avant le 12 juin, non pas
pour ces deux feuilles seulement, mais pour
un plus grand nombre de journaux patriotiques
qui ne sauraient être trop répandus dans les
armées, et c'est le conseil exécutif qui, sur
les fonds qui sont à sa disposition, a accordé
les 50 mille livres employés à cet usage.
 signé, *bouchotte."
<Sat=0> § d'après cette note , j'avais avancé que
le journal de *marat  comme les autres feuilles
patriotiques, était envoyé dans les armées.
j'ai su depuis que *marat  n'avait touché aucun
fonds pour cet abonnement qui était projeté,
mais que sa mort a empêché d'effectuer. je
m'empresse de relever cette erreur, non
qu'elle puisse faire le moindre tort à la mémoire
de l'ami du peuple mais pour rendre
hommage à la vérité. il serait au surplus bien
utile de réimprimer les ouvrages de ce grand
publiciste pour l'instruction du peuple. c'est
le voeu de tous les patriotes, et il sera sans
doute secondé par la convention.
 <Sda=1794> <numero=334> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande joie du *père *duchesne .
de voir que l'infâme clique soudoyée par
milord *pitt , pour brouiller les cartes et mettre
les patriotes à chien et à chat, est enfin dénichée,
et que les chefs de la conspiration
sont maintenant sur le pot.  ses bons avis  aux
braves *sans-culottes , pour les engager à être
unis et à rester sur pied jusqu'à ce que les
fripons et les conspirateurs aient tous craché
dans le sac.
<edito=1> § quand je songe à cette multitude d'intrigants,
<Epg=2>de voleurs et de traîtres dont nous
sommes entourés, je serais souvent tenté de
jeter  le manche après la cognée, et d'aller
m'ensevelir dans le fond d'un bois. oui,
foutre, on est plus en sûreté au milieu des
loups, des ours et de   toutes les bêtes fauves ,
que parmi tant de scélérats qui vont et viennent
tour à tour, qui se disputent les dépouilles
du peuple et le fatal pouvoir d'opprimer les
hommes. il ne faut pas cependant que les
bougres qui ont du courage, fléchissent. plus
le danger est grand, plus ils doivent montrer
d'énergie. la vie d'un républicain ne lui
appartient pas; son sang est à la patrie; il
ne doit respirer que pour elle. où en serions nous,
foutre, sans cette poignée de braves
*montagnards qui, pendant neuf grands mois,
a résisté à tous les pièges de l'intrigue, bravé
les poignards pour sauver la république? sans
ces bougres à poil, *brissot  et son infâme
clique feraient maintenant la pluie et le beau
temps. *paris  ne serait plus qu'un monceau de
cendres; il n'existerait plus un seul jacobin;
tous les patriotes auraient perdu le goût du
pain; tout le territoire de la république serait
 dévasté; un crêpe lugubre serait étendu sur
<Epg=3> toutes nos villes; les campagnes seraient
couvertes de cadavres; on ne verrait partout
que l'image de la mort, et ce qui est plus affreux,
sur les monceaux de cendres et les débris
ensanglantés s'élèverait le trône d'un nouveau
tyran. un des fils du roi *georges-*dandin ,
ce polisson royal, nommé duc d'*york ,aurait
été couronné roi de *france , et graissé
de la tête aux pieds dans la cathédrale de
*reims  par *claude *fauchet , son grand aumônier,
avec cette huile puante que les moines
assuraient avoir été craché par le père éternel
et toute exprès apportée par les anges pour
sacrer et rendre inviolables les fils aînés de l'église,
c'est à dire, les soixante et tant de
tigres qui, pendant quinze cents ans, ont
dévoré les entrailles du peuple, et se sont engraissé
de son sang. maintenant l'infâme *dumouriez ,
 pour prix de ses trahisons,serait le
connétable de cette nouvelle majesté égorgeante;
*brissot  serait son premier ministre,
*carra , *vergniaud , *guadet , *gensonné  et tous
les chefs de la bande seraient à la tête du conseil
royal. aucun d'eux n'aurait été oublié,pas
même le pantin *gorsas  qui occuperait au
moins la place de premier porte coton.
<Epg=4> § braves *sans-culottes , quel serait aujourdhui
votre sort? songez vous, foutre, à tous
les maux que vous auriez endurés, à tous
ces supplices qu'on vous réservait? riches
égoïstes qui restiez les bras croisés et qui regardiez
de loin le combat, croyez vous que
vous auriez été épargnés. vieillards républicains
qui versez des larmes de joie en entendant
raconter  les exploits de vos fils, vos
cheveux blancs ne vous auraient pas fait respecter;
vous auriez vu votre sang couler avec
celui des femmes et des filles. l'enfant aurait
été égorgé sur le sein de sa mère. voilà,
foutre, trait par trait l'horrible tableau de
la *france , si les *sans-culottes  ne s'étaient
pas rebiffés le 31 mai et si les francs républicains
n'avaient mis leur tête dans un bonnet.
les conspirateurs auront  beau remuer ciel et
terre, ils n'ébranleront jamais la masse du
peuple qui restera toujours pure.
 § ainsi donc, foutre, que tous les patriotes
s'entendent, ils feront sauter les intrigants et
les ambitieux. les hommes du 14 juillet,
du 10 août, du 31 mai, se   retrouveront toujours.
les ennemis de la liberté passeront,
mais la liberté ne passera jamais. il ne faut
<Epg=5>pas s'étonner de voir tant de coquins se succéder
nous sommes encore environnés des
immondices de la royauté; mais peu à peu
l'air que le despotisme a corrompu, se purifiera.
la révolution jette maintenant sa
gourme. au milieu des orages et des tempêtes,
la mer s'enfle et bouillonne; ses flots voiturent
sur le rivage un limon empesté, mais
enfin le calme revient, le soleil reparait et
dessèche ce limon qui rend ensuite la  terre
plus fertile. ainsi, foutre, tous les coups de
chien que l'on médite contre la république,
au lieu de la détruire, lui donnent au contraire
une nouvelle vie. ils tiennent les patriotes
en haleine; ils s'endormiraient dans
le repos, le danger les ranime. plus  un bien
est acheté, plus il est précieux. la liberté
ressemble à une belle femme. les uns la
courtisent,  mais pour la déshonorer; mais ses
faveurs ne sont réservées qu'à celui qui l'aime
en tout bien et tout honneur. pour la posséder,
il faut lui faire tous les sacrifices, n'avoir
des yeux que pour elle. on ne peut
l'obtenir qu'après de longs tourments, mais
une fois qu'on a été assez heureux pour en
jouir, on ne l'oublie jamais, on ne saurait
s'en séparer.
<Epg=6> § je dis donc, foutre, que tous les bons
républicains doivent être constants et inébranlables
dans leurs desseins. quand je découvre
quelque nouvelle manigance contre les *sans-culottes ,
mon front se ride, je jure, je tempête,
je brise ma pipe, je renverse mes fourneaux;
mais pour cela je ne perds pas la carte,
je vois venir de loin l'ennemi, et je l'attends
de pied ferme; si  j'ai affaire à un bougre
renardé, je tâche d'être plus fin que lui, je
me garde surtout de faire un coup fourré,
et autant qu'il est possible, je le laisse s'enfiler
de lui-même. il y a longtemps que je
furetais pour découvrir la nouvelle conspiration
qui est maintenant sur le tapis. si
j'avais d'abord nommé les masques, j'aurais
tiré un coup d'épée dans l'eau; j'ai laissé les
papillons se brûler à la chandelle; j'ai vu les
fripons se rallier pour perdre les patriotes,
j'ai vu les plus vils intrigants accuser les meilleurs
républicains; je me doutais bien que le
viédase qui a osé dire que les patriotes qui
ont fait jouer le traître *custine  à la main
chaude, étaient des agents de *pitt  et de
*cobourg , avait lui-même la patte graissée
par le roi *georges-*dandin , pour armer les
<Epg=7>*sans-culottes  contre les *sans-culottes . quand
le sac est trop plein, il faut qu'il crève, foutre.
enfin nous savons maintenant qui a graissé
les roues du  brillant carrosse de ce vil intrigant,
nous savons qui a meublé si richement le
grand hotel du *figaro  de la révolution, nous
allons savoir qui a payé les riches domaines
acquis par certain charlatan, il y a deux jours
marchand de baume sur la place de *tours ,
et l'un des fameux généraux de la *vendée , qui
n'a pas brûlé une amorce pendant la guerre.
il est prouvé maintenant que c'est avec le
 quibus  de milord *pitt  que tous ces équipages,
ces chevaux magnifiques, ces palais, ces riches
possessions ont été payées. *cartouche d'*eglantines
est sur le pot. on doit deviner maintenant
la cause de sa haine contre *bouchotte ,
*ronsin  et *vincent . on voit enfin les *phélippotins
à nu. j'avais donc raison de dire
que tricherie revient à son maître. patience,
avec le temps, nous en découvrirons bien
d'autres.
 § la *sans-culotterie  triomphera de toutes les
intrigues. la révolution est comme la voûte
d'un pont; pour l'élever on est obligé de se
servir de toutes sortes d'instruments, mais
quand la clef est posée, en tirant une seule
cheville, tout l'échafaudage fout le camp, et
il ne reste que l'architecture , qui dégagé de
cet amas de charpente à moitié pourrie, s'élève
avec majesté et brave l'injure des temps.
voilà comme quoi, foutre, nous verrons disparaître
les uns après les autres tous les mauvais
<Epg=8>ouvriers qui ont travaillé à la révolution
non pour le peuple , mais pour leur propre intérêt.
les bons travailleurs  recevront seuls le
prix de leurs peines, mais, foutre, ce ne sera
qu'après avoir achevé leur tâche. le peuple
est là pour examiner le travail, il offre à ceux
qui l'auront bien servi, la couronne civique
et à ceux qui lui auront tourné casaque, le
sac fatal où il faudra qu'ils crachent, foutre.
<mois=07>
 <Sda=1794> <numero=335> <quinzaine=71> <semaine=711> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande colère du *père *duchesne .
au sujet de tous les complots des intrigants et
des fripons, qui ont la patte graissée par milord
*pitt  pour dissoudre la convention et allumer
la guerre civile.  ses bons avis  à tous
les francs républicains, en leur dévoilant tous
les coups de chien et en leur faisant connaître
tous les jean-foutres qui les trompent à la journée
et qui, comme de plus belle, manigancent
sous-main la contre-révolution.
<edito=1> § les brigands couronnés jouent de leur reste.
<Epg=2>la grande débâcle va arriver, foutre, et nous
allons voir tous les trônes tomber comme des
quilles; mais il ne faut pas encore chanter victoire,
car tous ces jean-foutres nous donneront
pendant longtemps du fil à retordre. s'il ne
leur reste pas assez de puissance pour éviter
leur chute, ils ont eu bougrement de moyens
de nous nuire. ce serpent que l'on écrase
se replie et darde son poison, il donne souvent
la mort à celui qui le détruit. ce n'est donc
pas assez que d'exterminer tous les rois, il
faut encore prévenir le mal qu'ils peuvent nous
faire, avant qu'ils aient disparu de la terre.
soyons donc plus que jamais sur le qui vive, et
quand nous sommes partout victorieux par la
force des armes, prenons garde que nous ne
soyons vaincu par l'intrigue. souvent , foutre,
nous n'y voyons que du boeuf. nous sommes
payés pour nous méfier de tout le monde. ceux
qui nous paraissent les plus francs du collier,
ne sont la plupart du temps que des hypocrites
qui nous cajolent pour mieux nous foutre
dedans. je me souviens que le jour où *cartouche
*brissot  fût nommé député, fût un
jour de fête.
<Sat=1> "nous avons obtenu trois bonnes
choses aujourdhui ,
<Sat=0>disaient les pauvres badauds,<Epg=3>
<Sat=1> la constitution, *avignon  et *brissot "
<Sat=0> eh bien, foutre, deux de ces cadeaux du  diable
ont manqué de donner la mort à la
patrie. il n'est pas un bon *sans-culotte  qui
ne s'en soit foutu une pille en réjouissance
du triomphe de *petion , et pourtant cet infâme
*petion , dans le temps où il était l'idole
du peuple,aiguisait en secret le poignard qui
devait égorger la *sans-culotterie .
 § guérissons nous donc une fois pour toutes
de cette badauderie qui a perdu toutes les
nations. habituons nous à voir par nos propres
yeux et à juger par nous-mêmes. malheureusement,
foutre,on ne voit partout que
des dindons qui se laissent mener à la baguette.
le premier qui passe est suivi de
toute la bande, et s'il se  jette dans un précipice
tous les autres suivent son exemple.
tonnerre de dieu,des hommes qui se vantent
d'être libres, ne le sont pas de leurs pensées
et de leurs actions,s' ils ne font que ce qu'ils
voyent faire et ne savent que singer les bougres
les plus adroits et les charlatans qui leur
jètent de la poudre aux yeux.
 § on doit se rappeler que j'étais d'une colère
de bougre quand j'ai vu tout à coup baisser
<Epg=4>l'argent. c'est encore un coup de chien des
banquiers, m'écriai je. ils vont lâcher quelques
sacs afin que tout le monde les imite, et
lorsqu'ils se seront emparés de
notre numéraire, ils resserreront les cordons
de leurs bourses et ne feront encore une fois
tomber nos assignats. on me regarda comme
un vieux radoteur, et la suite cependant a
prouvé que je n'avais pas tort. la mine est
éventée et le complot que j'avais dénoncé,
est enfin découvert.
 § quand j'ai vu les calotins jeter tous au
même signal le froc aux orties , quand j'ai
entendu ces jean-foutres faire leur confession
générale; et dire:
<Sat=1>"depuis quinze ou dix-huit
siècles nous vivons aux dépens des sots,
nous n'avons jamais été que des escamoteurs,
et nous faisons amande honorable devant le
peuple que nous avons trompé; nous renonçons
maintenant à un métier avec lequel il n'y
a pas l'eau à boire aujourdhui,"
<Sat=0>je me suis
encore écrié:
<Sat=1>"défions nous de ces imposteurs;
celui qui a trompé toute sa vie, peut
encore nous foutre dedans."
<Sat=0>j'avais encore
raison, puisque ces gueusarts t'ont rentrés
depuis dans leurs boutiques de charlatan, et
<Epg=5>qu'ils continuent, comme de plus belle, leur
commerce de confession et d' oremus .
 § tricherie revient à son maître, comme je
l'avais prédit, foutre. les traîtres se sont pris
dans leurs propres filets, et tous ces coups de
chien qui étaient dirigés contre le peuple
tourneront à son bénéfice. la défroque des
prêtres lui produira deux bons milliards, et ce
qui vaut mieux encore, il sait maintenant à
quoi s'en tenir sur ce chapitre. son sang ne
coulera plus pour soutenir l'imposture. il n'y
a plus de *vendée , foutre, et jamais on ne
verra des républicains s'égorger pour les
menus plaisirs de la bougre de calotte. chacun
adorera son dieu à sa manière; celui qui croira
avoir un petit bout de chair de trop, et être
damné pour manger du lard, sera libre de se
faire raccourcir tout ce qu'il lui plaira; celui
qui, pour effacer le crime que ses premiers
parents ont commis, en mangeant une pomme,
se fera laver la tête, ne sera pas plus troublé.
mais surtout l'homme sage et paisible, qui
rend hommage à la raison éternelle, qui ne
reconnaît d'autre dieu que la nature, qui admire
l'astre du jour, quand il vient éclairer
la terre, dont le coeur tressaille de joie en
<Epg=6>voyant la verdure des près et des campagnes
couvertes de moissons, qui bénit paisiblement
l'auteur de toutes choses, sans le définir, et
sans avoir l'orgueil de vouloir le connaître, qui
jouit ses bienfaits, sans exiger de son créateur
plus qu'il n'a fait pour lui, qui suit en tout son instinct,
qui fuit le mal parce que sa conscience lui
dit de faire le bien, qui attend la mort sans
la désirer ni la craindre, celui-là surtout sera
protégé des lois; mais, foutre, si les sots
veulent obliger ceux qui pensent, à croire à
leur momeries; si le cafard, qui fonde sa
cuisine sur la bêtise des cagots, qui trafiquent
le paradis avec les vieilles bigotes, veut contraindre
le philosophe à prendre le chapelet
à dire des litanies, ces mêmes lois viendront
au secours du philosophe; car, foutre, le
premier bien de l'homme c'est son opinion.
nul n'a le droit de la gêner. toutes les religions
sont bonnes quand elles inspirent
l'amour de l'humanité, le respect pour les
lois, la paix, la concorde; mais, foutre, celle
qui troublerait les citoyens et qui les armerait
les uns contre les autres, au lieu d'être
regardé comme l'ouvrage d'un dieu, ne serait
au contraire qu'une invention du diable, si
<Epg=7>diable y a. je l'ai déjà dit cent fois et je le
dirai toujours que l'on imite le *sans-culotte
*jésus , que l'on suive à la lettre son évangile,
et tous les hommes vivront en paix. ce *jésus
n'a jamais dit comme les prêtres qu'il fallait
tuer et égorger ses semblables pour plaire à
dieu; au contraire, quand une troupe égarée
et furieuse poursuivit la femme adultère, il
écrivit sur le sable ces mots:
 que celui de vous
qui est sans péché lui  jette la première pierre ,
quand *pierre  coupa l'oreille de certain *phélippotin ,
il ordonna à *pierre  de rengainer
son épée en lui disant:
 quiconque frappe du
glaive, du glaive sera frappé.
pendant toute
sa vie, ce brave républicain fit la guerre aux
riches et aux prêtres; en un mot, foutre, il
n'a jamais existé de meilleur *jacobin .
 § c'est assez parler de prêtres; je reviens au
chapitre des intrigants; c'est sur eux, foutre, que
les lois doivent frapper. après les prêtres, le
peuple n'a pas de plus grands ennemis; car
qui nous a mis sur les bras tous les brigands
couronnés? ce sont les intrigants; ce sont eux
foutre, qui depuis quatre ans ne nous ont pas
donné un seul instant de relâche, qui, malgré
vent et marée, ont soutenu l'ogre *capet , pour
retirer en son nom et pour partager avec lui
<Epg=8>les dépouilles du peuple; qui, lorsque ce
monstre abominable a été raccourci, se sont
entendus comme  larrons en foire avec l'infâme
*pitt , pour mettre les patriotes à chien et à
chat: ce sont eux qui jètent la pomme de
discorde au milieu de la convention dans le
moment où la république triomphe de tous ses
ennemis, qui veulent sauver les fripons que
l'on prend les mains dans le sac, et remuent
ciel et terre pour perdre les meilleurs patriotes.
patience, justice sera faite; la dernière heure
de leur vie est sonnée, foutre.
 <Sda=1794> <numero=336> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
 § la grande colère du *père *duchesne .
au sujet de tous les coups de chien que les
limiers de l'*angleterre  manigancent contre
les patriotes.  son grand déguisement  pour
découvrir tous les trous où se cache le restant
des hiboux de l'aristocratie, et pour leur
donner une bonne fois la chasse.
<edito=1> § le monde est plein de jean-foutres qui
<Epg=2>rechignent sur tout. quand on fait le bien, ils
désirent le mieux. personne ne leur plait, et ils
trouvent à mordre sur les meilleurs patriotes.
parle t on devant eux d'un franc républicain,
d'un bougre à poil, républicain jusqu'au
bout des doigts; ils disent que c'est un démagogue,
un enragé, un factieux; vantons
la sagesse, la prudence d'un citoyen sans
reproche, ils soutiennent que c'est un intrigant
déguisé, un ambitieux. celui dont la
vertu les offusque, leur paraît un hypocrite:
mais, foutre, quels sont ces pieds plats qui
osent ainsi blâmer les meilleures choses, et
vilipender les hommes les plus purs? qu'on
les épluche, et on verra qu'ils sont, pour la
plupart, des feuillants renforcés, des royalistes
déguisés, des aristocrates à bonnet rouge, qui
veulent se venger de leurs chagrins sur les
patriotes. on verra encore tous les fripons
faire  chorus  avec eux. ceux qui ont regardé
la république comme une vache à lait, et qui
se sont engraissés à ses dépens, accusent aussi
les hommes purs pour faire prendre le change
aux *sans-culottes .
<Sat=1>dénonçons, <Sat=0>disent ils,
<Sat=1> ceux qui nous connaissent et qui veulent nous
démasquer, soutenons que ceux qui nous ont
<Epg=3>pris les mains dans le sac, sont aussi des voleurs;
crions à tue-tête contre les agents de *pitt  et
de *cobourg , et on ne nous soupçonnera pas
d'avoir la patte graissée par eux; embrouillons
les affaires; qu'un nuage épais couvre toute
la république; que les patriotes et les aristocrates,
les hommes purs et les fripons soient
confondus, alors les *sans-culottes  ne sauront
plus lequel entendre. nous nous sauverons
dans la mélée avec le butin, ou si nous succombons,
nous entraînerons du moins tous les
républicains dans le précipice où nous serons
engloutis.
<Sat=0> § mais, foutre, la vérité triomphera toujours
du mensonge; les patriotes ont de bons
yeux. je l'avais bien dit que tous les brouillards
de la *tamise  se dissiperaient, et que bientôt
on découvrirait qui faisait agir toutes les
marionnettes politiques dont milord *pitt  se
servait pour nous embêter. on commence à
voir derrière la toile tous ces compères. on
sait maintenant que ceux qui ont commencé
ce branle contre-révolutionnaire, qui ont osé
calomnier les patriotes, qui ont accusé les
dénonciateurs de *custine   d'être les pensionnaires
du roi *georges-*dandin , avaient eux-mêmes
<Epg=4>les poches pleines de guinées quand ils
ont fabriqué toutes ces dénonciations à perte
de vue. on saura avant qu'il soit l'âge d'un
petit chien dans quel tripot se sont manigancées
toutes ces intrigues.
 § j'ai vu un moment les aristocrates riant
sous cape de tous ces coups de chien. leurs
faces blêmes, qui s'étaient allongées d'une
aulne depuis la prise de *toulon  et la destruction
des brigands de la *vendée , commençaient
à se dérider. déjà la joie brillait dans leurs
yeux creux; déjà ils se flattaient que les
meilleurs républicains allaient siffler la linotte
et que tous les guichets des prisons allaient
s'ouvrir pour donner la clef des champs à leurs
parents, à leurs amis; déjà ils mitonnaient dans
leurs têtes sans cervelle de nouveaux plans de
contre-révolution; une *saint-*barthélemy  de
tous les comités révolutionnaires, de cette
maudite commune, de ces *jacobins , de cette
montagne dont le nom seul leur fait venir
chair de poule. eh bien, foutre, encore
une fois tous leurs châteaux en *espagne  s'en
vont en eau de boudin.
 § c'est au milieu de ces crises que je me
trémousse, et que je suis aux aguets pour examiner
<Epg=5>les jean-foutres, et leur tirer les vers
du nez. je me déguise sous toute sorte de
costumes, et je me faufile partout pour
connaître l'air des bureaux. quand je rencontre
quelque mine de la *vendée , quelque
face à guillotine, je ne les quitte pas plus
que mon ombre; je parle d'abord de la
pluie et du beau temps, peu à peu la conversation
s'enfile, et je plaide le vrai pour savoir
le faux. c'est ce qui m'arriva l'autre jour dans
le jardin encore appelé *luxembourg , je ne
sais pour quoi; je voyais roder dans le
parterre un grand homme sec en habit noir,
avec une perruque à trois marteaux, ayant
sous le bras un parapluie, tenant, d'une main,
une canne à bec de *corbin , et de l'autre une
lorgnette d'approche; il visait l'une après
l'autre toutes les fenêtres du ci-devant palais,
et, de temps à autre, il laissait échapper de
gros soupirs. je m'approche de mon bougre et
je singe trait pour trait tout ce qu'il fait. il me
reluque, il me toise; comme lui je prends
un air consterné.
<Sat=1>"monsieur,<Sat=0> me dit il,<Sat=1> nous
avons sans doute la même pensée. comme
moi, vous gémissez sur le sort des honnêtes
gens qui sont ici détenus". monsieur,<Sat=0> lui <Epg=6>
répondis je,<Sat=1> je ne saurais vous dire tout ce que
j'ai dans l'âme, car les murs ont des oreilles.
"monsieur,<Sat=0> ajoute l'homme noir,<Sat=1> vous
m'avez l'air d'un homme comme il faut,
voulez vous que nous ayons ensemble quelques
instants d'entretiens? faites moi l'honneur
de venir chez moi, là nous pourrons parler
sans contrainte et vider notre coeur". très
volontiers, monsieur,<Sat=0> lui répondis je. je suis
mon aristocrate et nous entrons ensemble
dans un sapin qui l'attendait à la porte.<Sat=1> dans
un autre temps,<Sat=0> me dit il,<Sat=1> je vous aurais
conduit dans mon carrosse, mais ces maudits
*sans-culottes  ont mis mes chevaux en réquisition,
je suis obligé de marcher maintenant
comme un va-nu-pieds. en vérité c'est révoltant.
<Sat=0>nous jasons, chemin faisant, sur ce chapitre.
enfin nous arrivons dans je ne sais quelle
petite rue du faubourg *saint-*germain .
nous entrons dans un grand hotel désert.
nous passons d'abord dans le cabinet de
*monsieur  qui, me croyant de son bord, se
déboutonne au vis-à-vis de moi. je le gratte
où ça lui démange, et j'en dégoise comme
si j'arrivais de *coblentz .
<Sat=1>je veux,<Sat=0> me dit il,
<Sat=1>que nous fassions tout à fait connaissance et
que ma famille partage avec moi cet avantage.
vous me ferez l'honneur de dîner. c'est
autant de pris sur l'ennemi<Sat=0>, me dis je en
moi-même.<Sat=1>très volontiers, monsieur.<Sat=0> il
me conduit dans le grand salon. là je rencontre
une vieille rechignée couverte de plâtre
et de rouges, deux jeunes muscadines  assez
<Epg=7>drôleries, mais qui avaient l'air de sécher sur
pied, et enfin un foutriquet bien peigné,
bien atiffé , qui me tire l'escarpin en pirouettant.
après quelques compliments d'usage, on
annonce le dîner. nous passons dans le salon
de la  boufaille. on me place au haut bout de la
table. je ne perds pas un coup de dent, je vous
pompe du *bourgogne  et du *bordeaux , et je
vous sable mon *champagne  sans sonner le
mot. enfin le dessert arrive, entre la poire
et le fromage chacun lâche son paquet.
<Sat=1>"vous voyez une famille bien unie,
<Sat=0> me dit le baron,<Sat=1>
mais qui vit dans des transes continuelles. j'ai
le malheur d'avoir trois ou quatre cent mille
livres de rentes acquises par trente années de
travaux dans la finance. dites moi, *monsieur ,
 croyez vous que la contre-révolution arrive
bientôt, quant à moi je commence à en
désespérer ? nous avions formé une société de
gens d'affaires, de banquiers, de notaires, de
riches capitalistes pour affamer ce maudit
peuple. n'ayant pu le réduire par la force,
nous croyons le prendre par les vivres. nous
mettions tous les matins sur pied quelques
centaines d'estafiers  pour faire écraser les
femmes et les enfants à la porte des boulangers,
notre ruse a été enfin découverte et le pain
abonde maintenant. nos femmes, qui ne
croyent pas plus au diable que vous et moi,
étaient tout à coup devenues des modèles de
piété, et pour la gloire de dieu, elles  donnaient
à pleines mains l'or et l'argent aux
prêtres que les *sans-culottes  appellent  réfractaires,
<Epg=8>pour allumer la guerre civile; enfin
nous avions mis sur le tapis un nouveau projet
de banqueroute, ce complot est découvert, et
nous sommes au bout de nos rolets, nous ne
savons plus de quel bois faire flèche."
<Sat=0>entendant un pareil discours, la moutarde me
monte au nez.
<Sat=1>sais tu, vieille tête à gifles, que
tu parles au *père *duchesne , foutre !
<Sat=0>à ce
mot toute la foutue nichée disparaît. je fais
un boucan sterlin, et je mets toute la maison
en canelle; je sors pour dénoncer cette canaille,
mais les corbeaux étaient dénichés, foutre.
 <Sda=1794> <numero=337> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
 §  la grande colère du *père *duchesne ,
de voir que les brigands couronnés ne savent
de quel bois faire flèche, graissent la patte à
des endormeurs pour demander la paix, pour
allumer la guerre civile dans l'intérieur, en
proposant de donner la clef de champs à tous
les corbeaux de l'aristocratie, qui sifflent la
linotte.  ses bons avis  à la convention, pour
qu'elle n'abandonne pas la barque avant de
l'avoir conduite au port.
<edito=1>§ les *sans-culottes  sont renardés maintenant,
<Epg=2>foutre; ils ne se laissent plus jeter
de la poudre aux yeux; on a beau leur dorer
la pilule, ils ne l'avalent pas facilement; ils
se souviennent d'avoir été dupes, et ils ne
veulent plus l'être, foutre. ils regardent à
deux fois avant que de mordre à l'hameçon.
ils ont toujours l'oeil au guet, et si par ci
par là quelque fripon adroit les fout encore
dedans, il ne le porte pas en enfer, il
crache en l'air et ça retombe sur son bougre
de nez. vils intrigants, aristocrates maudits,
infâmes royalistes, vous vous battez de la tête
contre un mur. tous vos complots s'en iront
en fumée. vous avez commencé la danse et
vous payerez les violons, foutre.
 § on se rappelle de quelle manière on a
manigancé la guerre actuelle. on n'a pas
oublié que le serpent *brissot  se plia et replia
pour mettre l'assemblée nationale aux prises
avec tous les brigands couronnés. ce monstre
nous promettait alors monts et merveilles.
<Sat=1>"avant qu'ils soit l'âge d'un petit chien,<Sat=0> disait le
jean-foutre,<Sat=1> les *français planteront l'arbre de
la liberté à *vienne , à *berlin ; *cato  elle-même
changera sa couronne impériale pour la
cocarde tricolore et le grand *turc se fera
<Epg=3> jacobin".
<Sat=0>tous les francs républicains secouaient
la tête en entendant ces promesses
de *gascon .
<Sat=1>"cache tes cartes, infâme coquin,
nous voyons ton jeu,<Sat=0> lui répondirent ils,
<Sat=1>tu as la patte graissée par nos ennemis
pour nous engager à faire des pas de clerc,
et pour nous précipiter dans un bourbier,
dont tu sais que nous ne pourrons nous tirer
facilement."
<Sat=0> § malheureusement, foutre, les patriotes
n'étaient pas en force; malgré eux, la guerre
fût déclarée dans un temps où la *france  n'avait
ni armes, ni fortifications, ni provisions,
et pour donner plus promptement le coup de
grâce à la liberté, on ne mit à la tête des
troupes que des talons rouges qui s'entendaient
comme larrons en foire avec l'ogre *capet , pour
conduire à la boucherie les  soldats de la
liberté; mais, foutre, plus le danger est grand,
plus les hommes libres ont de courage. les
*sans-culottes  jurèrent de mourir plutôt que
d'être esclaves, ils forgèrent des piques, ils
se rebiffèrent contre la cour et les *brissotins
qui les vendaient à la journée, enfin le 10
août ils firent le siège de la ménagerie royale;
tous les ours mal léchés, tous les tigres,
<Epg=4>toutes les bêtes fauves dont le monstre *capet
s'était environné, et avec lesquels il espérait
faire curée des patriotes, furent immolés; ce
beau jour devait être le dernier des traîtres;
tandis, foutre, que le bras du peuple était
levé, il devait exterminer jusqu'au dernier
aristocrate. il fallait, comme je m'égosillais à
le dire, traîner par les cheveux l'égorgeur
*capet  et la louve autrichienne sur les cadavres
des *sans-culottes  qu'ils venaient de faire
massacrer, et leur couper le sifflet, ainsi qu'à
leur bougre de race; mais les *sans-culottes
furent embêtés par des scélérats; ils laissèrent
la vie à leurs plus mortels ennemis. les *brissotins
employèrent le vert et le sec, non
seulement pour se sauver, mais même pour
le remettre sur le pinacle et le regrimper sur
son trône que nous venions de mettre en
canelle. on sait, foutre, combien il nous en
 a cuit pour avoir été alors des poules mouillées
et pour nous être arrêtés en si beau chemin.
tous les brigands que nous avions eu la sottise
d'épargner, levèrent bientôt la crête. nous
fûmes tourmentés plus que jamais. l'infâme
clique des *brissotins, des *girondins , des
rolandins brouilla les cartes dans la convention.
<Epg=5>pendant cinq mois nos législateurs ne
s'occupèrent que d'un misérable ivrogne dont
la tête ne devait pas peser une once. il fallut
encore une fois que le peuple donnât un grand
 coup de collier pour faire aller la machine que
les fripons avaient enrayée, et le 31 mai fût
le dernier acte de la tragédie du 10 août.
 § depuis cette dernière victoire nos ennemis
sont  a quia ; la convention, délivrée des jean-foutres
qui jetaient des bâtons dans les roues,
a fait chaque jour, plus de bien que les assemblées
qu'elle a remplacées  n'en avaient fait pendant
quatre ans; elle a triomphé de tous les
ennemis du dedans et du dehors. les muscadins
qui étaient à la tête de nos armées, ont
eu de la pelle au cul, et on les a remplacés  par
de braves *sans-culottes . les esclaves des
brigands qui se partageaient d'avance les lambeaux
de la république, ont été rossés à plate
couture au *nord  et au *midi . les rebelles de
*lyon , de *toulon , ont été pulvérisés. il n'y a
plus de *vendée , foutre. les feuillants, les
royalistes, les aristocrates qui mettaient les
patriotes à chien et à chat, sifflent la linotte.
tous les scélérats qui ont trahi la république
crachent dans le sac. ça va, foutre, et ça ira
encore mieux.
il existe cependant encore des bougres
assez audacieux pour vouloir nous barrer chemin.
les mêmes viédases qui voulaient la
guerre quand nous n'étions pas en force pour
la soutenir, demandent aujourdhui  la paix
à hauts cris, pour nous arrêter au milieu de
nos victoires. la paix, tonnerre de dieu $!
<Epg=6>nous ne devons la faire que lorsque tous les
brigands couronnés nous la demanderons à
genoux; lorsqu'ils auront payé les frais
de la guerre. la paix, foutre, non, il ne
peut en exister entre des hommes libres et
des rois. nous ne devons point donner de
relâche à ces mangeurs d'hommes jusqu'à ce
que nous leur ayons rendu tous les maux qu'ils
nous ont faits. oui, foutre, avant que les
républicains rengainent le sabre que ces
monstres couronnés les ont forcé de tirer, il
faut que les rois deviennent l'horreur des
peuples qu'ils ont épuisés pour faire une guerre
injuste, il faut que tous leurs trônes s'éboulent
comme des monceaux de neige aux rayons du
soleil; il faut que les *anglais, les *autrichiens,
les *prussiens, les *espagnols, comme les
*français, jouent à la boule avec la tête de
leurs derniers tyrans.
 § quels sont donc les jean-foutres dont la
langue miellée ose prononcer ce mot de paix?
ce sont des scélérats qui ont la rage dans le
coeur et qui nous préparent dans l'intérieur la
guerre la plus meurtrière. ce sont les mêmes
qui déjà nous ont proposé d'ouvrir les prisons
et de donner la clef des champs aux corbeaux
que nous avons mis en cage. croyent ils donc
que la convention donnera dans un pareil
panneau et qu'elle soit disposée à faire une
nouvelle *vendée . non, foutre, non, avant
que de parler de paix, il faut que les ennemis
<Epg=7>du dehors soient exterminés, il faut que la
république soit purgée de tous les traîtres.
 § législateurs, vous n'abandonnerez point la
barque avant de l'avoir conduite au port. vous
ne quitterez votre poste que lorsque la république
sera sauvée et le règne de la liberté et
de l'égalité assuré. ce n'est pas assez, foutre,
de nous avoir donné une constitution républicaine,
il faut nous en assurer la jouissance,
et vous ne devez pas abandonner le temple de
la liberté que vous avez eu tant de peine à
construire, à des intrigants qui détruiraient
bientôt son culte. votre tâche ne sera remplie
que lorsque vous aurez assuré le bonheur du
peuple. continuez, foutre, de mériter les
bénédictions des *sans-culottes  en donnant la
chasse à tous les fripons et en écrasant tous
les ennemis de l'égalité. foutez vous de tous
les complots que l'on osera méditer contre
vous. le peuple est là pour vous soutenir tant
que vous travaillerez pour sa gloire et sa
prospérité.
 § et vous, braves défenseurs de la république,
guerriers républicains, n'êtes vous pas indignés
contre les jean-foutres qui veulent vous ravir
les lauriers que vous allez cueillir? quoi donc,
on ose parler de paix quand vous voyez les
esclaves des despotes fuir devant vous comme
des lièvres $!  marchez en  avant, reprenez
*condé  et *valenciennes . portez le fer et le
feu dans l'*allemagne , la *hollande , l'*espagne .
vengez vos frères d'armes qui ont été massacrés
à vos côtés par les  trahisons de l'infâme
<Epg=8> *dumouriez  et du traître *custine  . mais
je n'ai pas besoin d'exciter votre courage, vous
avez juré de vivre libres ou de mourir; vous
ne déposerez les armes que lorsque la liberté
sera consolidée et quand la république
n'aura plus d'ennemis. c'est alors, foutre,
que vous rentrerez dans vos foyers, et que
nous irons au devant de vous avec des couronnes
civiques. vos amis, vos mères, vos
femmes, vos maîtresses vous serreront, en
pleurant, entre leurs bras, et nous nous en
donnerons des pilles éternelles en buvant à la
santé de la république et de ceux qui l'auront
sauvé, foutre.
 <Sda=1794> <numero=338>  <semaine=712> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
 § la grande joie du *père *duchesne ,
de voir que le tocsin de la liberté va se faire
entendre chez toutes les nations, et que la
dernière heure des brigands couronnés est
prête à sonner.  ses bons avis  à tous les républicains,
pour qu'ils continuent de foutre la
chasse aux esclaves des despotes, jusqu'à ce
que tous ces mangeurs d'hommes soient dégringolés
de leurs trônes.
<edito=1>§quand je rumine tout seul sur les affaires
<Epg=2>publiques, il me passe en la cervelle des idées
à perte de vue. je suis si occupé de mon sujet,
que je l'oublie moi-même, et je voyage dans
le pays des chimères. cependant, foutre,
tout en bâtissant des châteaux en *espagne , en
cherchant à lire dans l'avenir pour savoir tout
ce qui doit arriver, quelques fois j'entrevois
des tableaux si agréables, je forge des projets
qui me paraissent si utiles, que je suis tenté
de les coucher sur le papier. je prends la
plume, je griffonne quelques lignes, puis
 tout à coup j'efface, je déchire mon griffonnage,
et j'allume ma pipe; transporté de
colère, je me frappe le front, et je retourne, en
jurant, mon vieux gazon. il te convient bien,
 m'écriai je, vieux songe creux, d'entretenir
le peuple de tes rêveries, et de l'occuper d'un
aussi mince personnage que toi, quand tu
ne dois lui parler que des jean-foutres qui le
trompent à la journée, et des complots des
intrigants. ma boutade se passe, et malgré moi,
je reviens encore à mes folies; en dépit de la
raison, je me livre à mon délire, et j'écris
tout ce que je sens, tout ce que je pense. je
me fous du qu-en-dira-t-on. que l'on m'appelle
fou, insensé, je m'en bats l'oeil, et je réponds
<Epg=3>que souvent il y a plus de sagesse et de
bon sens parmi ceux qui sont aux petites
maisons, que dans la tête sans cervelle de
ces grands politiques qui se croient les premiers
moutardiers du pape, qui blâment tout
ce qu'ils n'ont pas fait, et qui ne trouvent
rien de bon dans tout ce qui existe, quoiqu'on
en dise et quoiqu'on glose, je dirai toujours
la vérité à ma manière, et pour la dire , je
choisirai autant que je pourrai les moments de
bonne humeur, car tous les hommes aiment
la gaieté, ils souffrent, sans se fâcher, qu'on
jette des pierres dans leur jardin, et ils profitent
des leçons qu'on leur donne lorsqu'on
les fait rire; mais ils se cabrent quand on les
éperonne trop vivement.
 § braves *sans-culottes , excusez donc mes
lubies, foutre, et pardonnez au vieux marchand
de fourneaux de vous raconter une de
ses visions. en ruminant l'autre jour, comme
je viens de le dire, un vieillard caduc se présente
à mon imagination; il avait l'air si
décrépit qu'à côté de lui je paraissais un cadet.
son visage, quoique couvert de rides, était
encore beau, et ses traits inspiraient le respect;
de longs cheveux blancs tombaient sur ses
<Epg=4>épaules, et une barbe vénérable couvrait toute
sa poitrine, et descendait jusqu'à sa ceinture,
ses bras et ses jambes paraissaient desséchés
par l'âge; cependant il était plein de vigueur,
et il marchait d'un train de poste. une femme
superbe, couverte d'un voile épais, le suivait
de loin, je veux l'arrêter un moment, il
m'échappe, je le conjure de m'entendre et
de satisfaire l'envie que j'ai de le connaître.
<Sat=1>téméraire,<Sat=0> me dit il,<Sat=1> quel est le but de ta
curiosité? sais tu qui je suis? apprends que
rien ne me résiste, que tout est détruit par
moi, que dans ma course rapide je rase les
palais des rois comme les cabanes des bergers,
que je foule aux pieds tous les trônes, et que
je renverse les empires; ce flambeau qui
éclaire l'univers, je l'ai vu s'allumer; ce soleil
qui donne la vie au monde, est moins ancien
que moi; tous ces animaux qui respirent sur
ce monceau de boue, depuis le plus petit
insecte jusqu'à l'éléphant, je les ai vus sans âme;
les eaux de la mer sont rentrées sous mes
yeux dans les limites où la nature a voulu les
renfermer. eh bien, foutre,<Sat=0> lui répliquai je,
<Sat=1>qui que tu sois, tu m'entendras; plus tu es
puissant, plus tu as vu des choses, plus tu en
<Epg=5>sais, plus tu pourras m'instruire. es tu devin,
sorcier, dieu ou diable? je ne te lâche pas
que tu ne me dises ce que tu penses de l'avenir.
tu demandes,<Sat=0> me dit le vieillard,<Sat=1> ce qui ne
peut être accordé à l'homme. et, foutre,
<Sat=0>répondis je,<Sat=1> c'est que je désire savoir si tous les
hommes seront un jour libres et heureux.
tu me parles de liberté,<Sat=0> s'écria t il,<Sat=1> c'est
mon plus bel ouvrage; à peine jusqu'à présent
a t on pu l'entrevoir sur la terre; mais enfin
son règne commence pour ne plus finir. je
suspends ma course pour te parler de cette
divinité chérie, et je vais prendre devant toi
ma forme naturelle, je suis le temps, le créateur
et le destructeur de toutes les choses.
<Sat=0> § en prononçant ces mots, ses vêtements disparaissent;
j'aperçois des ailes sur ses épaules
et une longue faux entre ses mains.
<Sat=1>femme qui me suit, c'est la vérité,<Sat=0> ajouta
t il;<Sat=1> l'ignorance, le mensonge, la mauvaise
foi, la calomnie la font fuir et la dérobent
aux yeux des hommes; mais tôt ou tard je
la venge.  et je la montre telle qu'elle est.
<Sat=0>le vieillard fait signe d'approcher à sa belle
compagne: elle s'avance d'un pas timide;
le vieux barbu soulève le voile qui l'entoure.
<Epg=6>je la vois toute nue et dans toute sa beauté. je
me jette à ses pieds et je l'écoute en silence.
<Sat=1>"tu veux savoir de ma bouche,<Sat=0> dit elle,
<Sat=1>quelle sera la destinée de ta patrie? sois
satisfait !  dis au braves *sans-culottes ,
qui combattent avec tant de courage pour
la liberté, que la victoire va partout couronner
leurs  glorieux travaux. la dernière
heure des rois est sonnée; c'est en vain
qu'ils se battent contre la mort. tous les
peuples que ces mangeurs d'hommes oppriment,
vont s'armer contre leurs tyrans; mais
pour avancer leur chute, il faut que les *français
se hâtent d'achever leur ouvrage. il faut que
tous les patriotes soient unis comme des frères,
car ce n'est que par l'union et la concorde
qu'ils peuvent exterminer leurs ennemis.
qu'ils ne s'endorment pas dans leurs triomphes.
pour arrêter leurs succès, des hypocrites
leur proposeront la paix, mais ils ne doivent
jamais la faire avec les rois. le premier article
des traités qu'ils concluront avec les peuples
qui se lasseront de combattre pour la tyrannie,
doit être signé avec le sang des despotes. que
la convention continue de se couvrir de gloire,
qu'elle reste ferme et inébranlable à son
<Epg=7>poste jusqu'à ce qu'elle ait purgé la république
de tous les traîtres.
<Sat=0> § lorsque la déesse eut achevé ce discours
elle m'annonça qu'elle allait me faire lire
dans le grand livre des destinées, et me dévoiler
tous les événements qui vont suivre la révolution.
on se doute bien qu'elle était ma joie,
foutre. je vois la république telle qu'elle sera
dans quelques années. les *sans-culottes  ne
font plus qu'une seule famille; ils ne connaissent
plus que la sainte égalité; les talents,
les vertus sont récompensés, la vieillesse est
honorée. on ne voit plus de riches insolents,
mais aussi la misère a disparu; le faible est
protégé, l'infirme est secouru et servi par ses
plus de haine, plus de procès; tous
les citoyens respectent les lois et s'y soumettent
aveuglément. il n'existe plus de culte que
celui de la raison; la première idole, c'est la
liberté. les campagnes mieux cultivées, sont
plus fertiles; les villes s'embellissent et deviennent
plus peuplées. partout se retrace
l'image du bonheur. les hommes libres de
tous les pays accourent pour contempler un
si beau spectacle, et toutes les nations imitent
l'exemple des *français. tous les trônes des
brigands couronnés sont renversés, tous les
peuples sont enfin libres,ils jurent paix éternelle
et amitié inviolable à la nation généreuse
qui a brisé leurs fers.
 § voilà un beau rêve, foutre, mais bientôt
il s'accomplira. si nous voulons voir ces
jours heureux, il faut redoubler de zèle et
<Epg=8>de courage. en défrichant le champ de la
liberté, nous n'avons encore cueilli que des
épines; il produira bientôt les fruits les plus
doux, si nous arrachons les plantes venimeuses;
mais, foutre, si nous nous rabattons,
si nous nous endormons, nous n'aurons fait
que de l'eau toute claire. il n'y a plus à reculer,
il faut que nous soyons des hommes libres,
ou les plus vils  et les plus malheureux des
esclaves, foutre.
 <Sda=1793> <numero=339> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
 § la grande joie du *père *duchesne ,
de voir que les bons *sans-culottes  continuent
de prendre coeur à l'ouvrage, et qu'ils sont
toujours disposés à exterminer les ennemis du
dedans et du dehors.  ses bons avis  aux braves
*montagnards, pour qu'ils laissent japper tous
les roquets de l'aristocratie qui osent se plaindre
de l'arrestation des hommes suspects.  sa
grande motion   pour que la bougre de séquelle
qui siffle la linotte, soit promptement embarquée
pour la *cayenne .
<edito=1> § c'est un beau titre  que celui de républicain;
<Epg=2>mais, foutre, il y a peu d'hommes qui
méritent de porter ce nom !  ce n'est pas ce
bavard qui crie à tue-tête contre les aristocrates,
ce n'est pas ce bel esprit qui fait de beaux
discours et qui griffonne de gros livres, ce
n'est pas celui qui a toujours le nez en l'air
pour voir de quel côté vient le vent, et qui
tourne comme une girouette du côté des honneurs
et des richesses, ce n'est pas celui qui,
bouffi d'orgueil et dévoré d'ambition, traite
la *sans-culotterie  comme une maîtresse qu'il
veut duper, qui la cajole pour obtenir ses
faveurs, et qui se propose de lui tourner casaque
quand il n'en pourra plus rien tirer;
ce n'est pas celui qui prend aujourdhui la
livrée des *sans-culottes , qui se coiffe du
bonnet rouge , ce n'est pas l'homme à moustache,
cet enfonceur de portes ouvertes, qui
jappe de loin comme le chien de la ferme;
qui au lieu d'aller sur les frontières combattre
les ennemis de la liberté, traîne à son cul
de chien un sabre à la *malbrough , et fait le
crâne dans tous les tripots, balaye tous les
bureaux pour demander des places qui ne devraient
être accordées qu'au courage et à la
vertu. non, foutre, non, ce n'sont pas là
des républicains.
<Epg=3> § pour être républicain, foutre, il faut aimer
sa patrie plus que soi-même, ne vivre que
pour elle, lui sacrifier fortune, amis, parents,
tout ce qu'on a de plus cher, être toujours
prêt à verser son sang pour elle; il faut être
bien faisant, juste et surtout honnête homme;
car, foutre, il n'y a pas de patriotisme sans
probité; il faut mépriser l'argent et les dignités,
n'employer ses talents que pour le bonheur
commun. peu de riches se reconnaîtront  dans
ce portrait, et pour trouver des bougres tel
que je les peins, il ne faut pas les chercher
dans les palais, ni dans les magasins des gros
marchands et  trafiquants,mais dans les greniers
qu'ils habitent. c'est là, foutre, que je rencontre
l'artiste *sans-culotte  quoique réduit à la besace
par la révolution, il n'est pas moins joyeux.
<Sat=1>je suis gueux comme un rat d'église,<Sat=0> dit il,
<Sat=1>mais je m'en fous. dans l'ancien régime, je
faisais grande poussière, j'avais de beaux appartements,
des cabriolets, des diamants,
mais il fallait acheter toutes ces folies par
bassesses. j'étais aux gages du dernier pied-plat.
je dépendais des caprices des plus sots
et des plus méprisables personnages. l'ignorant
financier forçait mon pinceau à décorer
<Epg=4>le boudoir de la coquine avec laquelle il
dévorait la substance du peuple; quand je
voulait peindre les grâces et les amours,
une vieille duchesse édentée venait me relancer
dans mon atelier, et bon gré, mal gré,
m'obligeait de faire son portrait. si je rendais
fidèlement ses traits, mon tableau n'était
qu'une croûte; pour lui plaire, il fallait
lui retrouver sa figure de quinze ans, et lui
prêter tous les airs du premier âge. ainsi,
foutre, tous les hommes à talents n'étaient
que des esclaves. je suis libre aujourdhui , et
je puis travailler pour la gloire. le bon temps
reviendra bientôt. les beaux-arts seront protégés
et honorés par la république. on élèvera
des monuments publics à la gloire des
grands hommes; on construira des temples
à la liberté, à l'égalité, à la raison, à la philosophie.
c'est alors que nous ferons une
abondante moisson.
<Sat=0> § c'est ainsi que pense le véritable républicain;
mais ,foutre, veut on connaître la fine
fleur de la *sans-culotterie , que l'on visite
les galetas des ouvriers; c'est là, foutre, que
se trouvent les hommes purs, les véritables
républicains. le pauvre bougre qui vit au jour
<Epg=5>le jour et qui sue sang et eau pour nourrir
sa famille, il faut le voir dans son ménage,
il faut lire dans son coeur pour savoir comme
il aime sa patrie; ce n'est pas pour lui qu'il
est patriote; il ne vise pas aux grandes places;
mais, foutre, comme il a été longtemps
opprimé et avili, comme il connaît le malheur,
il bénit la révolution, il soutient la
république, parce qu'il sait que la république
rendra tous les hommes heureux. quand il
arrive quelque grabuge, quand les aristocrates
manigancent quelques coups de chien contre
la liberté, il prend son sabre et sa pique, il
vole à sa section, et reste sur pied jusqu'à ce
que l'ordre soit rétabli; quand le son du tambour
appelle tous les jeunes citoyens à la
défense de la république, il va lui-même enrôler
ses fils:
<Sat=1>"mes enfants,<Sat=0> leur dit il, en
armant leurs bras,<Sat=1> vous étiez l'espoir de ma
vieillesse; mais avant d'être à moi vous
apparteniez à la patrie; allez combattre ses
ennemis, revenez victorieux, et à votre retour
j'éprouverai plus de joie que le jour où vous
êtes nés; si vous perdez la vie pour la cause
de la liberté, je m'en consolerai en songeant
que vous avez fait le devoir de bons citoyens;
<Epg=6>je marcherai à mon tour et je vengerai votre
mort".
<Sat=0> § quelle différence ,foutre, de ces sentiments
d'avec ceux des hommes de l'ancien régime!
le jour de la milice était un jour de deuil.
le père maudissait son fils quand il lui voyait
la cocarde au chapeau et suivre le racoleur
qui l'avait embauché; mais alors, foutre, le
soldat n'était qu'un misérable esclave. c'était
en pure perte qu'il versait son sang. il combattait
pour la tyrannie, et aujourdhui  il défend
la liberté. aussi, foutre, c'est dans les
armées qu'existe le véritable patriotisme. les
guerriers républicains vont au combat aussi
gaiement qu'à la noce. ils endurent sans se
plaindre le froid et le chaud; qu'ils aient le
ventre vide ou plein, ils s'en foutent, et
sans habits, sans bas, sans souliers, on les a
vu cent fois pousser l'ennemi, la baïonnette
dans les reins et enlever des redoutes en dansant
la carmagnole. s'ils tombent sous les
coups de l'ennemi, leur cri est celui
de  vive la république .
 § sauveurs de la *sans-culotterie , braves
*montagnards, qui avez fondé la république,
achevez votre ouvrage, foutre. laissez japper
<Epg=7>tous les roquets de l'aristocratie et continuezde mériter les bénédictions
du peuple en le
délivrant de tous ses ennemis du dedans et du
dehors. toute votre force est dans ce peuple
qui vous chérit et qui ne vous abandonnera
jamais; mais, foutre, prenez garde de faire
un seul pas en arrière. des bougres d'endormeurs
osent vous parler de grâce en faveur
des gredins qui sifflent la linotte. songez que
ces  viédases , qui mettent aujourdhui les
pouces, aiguisaient,il y a quelques mois, les
poignards pour vous égorger. ils font aujourdhui
les chiens couchants; ils vous flattent,
mais c'est pour mieux vous mordre, si vous
leur donniez la clef des champs. ah, foutre!
si l'assemblée constituante n'avait pas saignée
du nez avant de mettre la clef sous la porte
et d'abandonner le terrain aux amateurs de la
liste civile, si elle avait fait, comme vous,
coffrer tous les feuillants, tous les royalistes,
tous les aristocrates, elle se serait couverte de
gloire et elle aurait empêché le sang de plus
d'un million d'hommes de couler. vous ,*montagnards,
vous, foutre, qui avez réparé ses
sottises en faisant raccourcir le tyran qu'elle
nous avait laissé sur les bras, tandis que
<Epg=8>vous tenez la balle, profitez en. soyez
fermes et inébranlables. achevez d'exterminer
l'aristocratie. purgez la *république
de tous les intrigants, des fripons, des conspirateurs
qui veulent vous faire aller comme
des écrevisses; il n'y a plus à reculer, foutre,
le vin est tiré, il faut le boire. envoyez à
*cayenne  toute la séquelle des hommes suspects.
n'allez pas encore une fois mêler
l'ivraie au bon bled; sauvez vous en nous
sauvant, foutre.
 <Sda=1794> <numero=340> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
 § la grande joie du *père *duchesne ,
de voir que le roi *georges-*dandin  ne sait plus
à quelle branche se raccrocher, et que sous
peu de jours cet échappé des petits maisons
et milord *pitt  vont danser la carmagnole.
 ses bons avis  aux *ecossais et aux *irlandais
pour les engager à commencer la danse à l'aide
des *sans-culottes  français qui se préparent à
s'embarquer et à faire une descente sur leurs
côtes, pour leur donner un bon coup d'épaule.
<edito=1> § dans le royaume des aveugles, les borgnes
<Epg=2>sont rois; c'est à dire, foutre, que lorsqu'on
ne trouve pas mieux, on se contente de
ce qu'on a. le pauvre bougre qui, toute l'année,
est réduit à manger du pain bis, fait carnaval
quand il peut mettre au pot un morceau de
lard. c'est ainsi, foutre, que les *anglais,
dans le temps où ils étaient un peu moins fous
que nous, nous regardaient comme des poupées
et des marionnettes. quand ces bougres
à l'huile voyageaient en *france ,ils trouvaient
à mordre sur tout ce qu'ils voyaient;
tout les offusquait; ils nous appelaient des
esclaves, parce qu'ils portaient des fers un peu
moins lourds que les nôtres; comme nous
cependant ils avaient un roi, ce roi avait
des ministres, ces ministres avaient des coquines,
et le peuple anglais suait aussi sang
et eau pour payer les impôts et pour entretenir
cette bougre de ménagerie, comme nous celle
de *versailles . je me suis souvent pris de
langue et même gourmé à coups de poings
avec ces balourds, qui croyaient être sortis de
la côte d'*adam , qui s'élevaient jusqu'aux
nues, et qui nous ravalaient dans tous leurs
discours.
<Sat=1>il vous convient bien,<Sat=0> leur disais je,
<Sat=1>foutus fanfarons, de blâmer un peuple qui
<Epg=3>vaut mieux que vous, et dont vous ne
parlez que par envie. vous nous reprochez
des vices, et vous en avez de plus grands.
vous dites que nos femmes nous enrôlent
tous dans la grande confrérie, croyez vous
que les vôtres ménagent plus votre front, parce
qu'elles paraissent froides comme des carafes
d'orgeat. les sournoises vous en font aussi
bien porter que les nôtres; elles savent se
venger des coups de canif que vous donnez
dans le contrat, et tandis que milord pot-au-feu
vient semer chez nous ses guinées de
coulisse en coulisse; miladi, de son côté,
prend sa revanche sans avoir l'air d'y toucher ,
et, dans son absence, lui fabrique des marmots
dont il est autant père que l'ivrogne
*capet  des avortons maudits engendrés par la
louve autrichienne. oui, foutre, on est aussi
bien cocu à *londres  qu'à *paris . on y boit plus
dur, mais c'est de la ripopée. si, par ci, par là,
nous autres *français, nous nous en foutons
des piles, c'est un véritable plaisir; quand le
bon vin nous fait perdre la raison, il nous
donne plus d'esprit, c'est avec lui que nous
noyons nos chagrins, notre ivresse est toujours
gaie; mais, foutre, vous autres, enfants bâtards
<Epg=4>du patriarche qui planta la vigne, les *normands
qui vous ont vaincu ne vous ont appris qu'à
faire la vendange à coups de gaule, quand
vous êtes empaffés de cidre ou de bière, vous
êtes aussi lourds, aussi dégoûtants que le compagnon
de *saint-*antoine , et comme lui, vous
vous vautrez dans votre fumier; ne me vantez
pas votre punch au raki, au rhum. quand vous
sortez des tavernes, le ventre plein de ce
poison, vous êtes furieux comme des taureaux
échappés du combat. passons votre
ivrognerie, et revenons à vos vices.
dans la société vous n'êtes que des ours mal
léchés; jamais vous ne riez que du bout des
lèvres: tristes, maussades, après avoir ennuyé,
pendant trente ou quarante ans, tout ce
qui vous entoure, il vous prend tout à coup
fantaisie de déménager de ce bas monde en
prenant un déjeuner à l'italienne, ou en vous
brûlant votre cervelle mal organisée.
<Sat=0> § c'est ainsi, foutre, qu'on rivait le clou à
ces marsouins de la *tamise  avant notre révolution,
mais aujourdhui,  quel beau champ
de bataille nous avons pour les bafouer.  eux,
foutre, qui se vantaient d'être les seuls
hommes libres de l'*europe , sont les plus misérables,
<Epg=5>les plus avilis de tous les esclaves, et nous
pouvons à notre tour redoubler les croquignoles
sur les bougres de nez à lunette de ces
grands politiques. qu'ils viennent encore
nous parler de rois qu'ils ont mis en cage,
des tyrans auxquels ils ont fait la conduite
de *grenoble , de celui qu'ils ont fait raccourcir,
qu'ils n'osent se vanter d'avoir été
quelques jours républicains, ils ne leur reste
que le deshonneur d'avoir saigné du nez au
moment de la victoire !  après avoir brisé leurs
fers, ils ont eu la bassesse de tendre les bras
pour en recevoir de nouveaux; après avoir
renversé le trône, ils ont été assez lâches pour
le relever eux-mêmes. c'est ainsi que des
nègres se rebiffent quelque fois contre le tigre
blanc qui se nourrit de leur sang; mais leur âme
engourdie par l'esclavage, n'est pas assez forte
pour immoler ce maître barbare; la peur les
saisit au moment d'exterminer leur bourreau;
ils tombent à ses pieds, ils tendent le dos sous
le bâton en criant grâce.
 § voilà, foutre, trait par trait l'histoire de
ces *anglais si orgueilleux, leur fierté est celle
du cheval, il a beau se cabrer et faire quelques
ruades, il est cependant obligé de se laisser
<Epg=6>brider et grimper par le plus petit jockey qui
serre la bride, lui donne de l'éperon et le conduit
où il veut, et comme il veut, au pas,
au trot et au galop, suivant son caprice. aujourdhui,
foutre, c'est un échappé des petites
maisons qui gouverne cette nation que nous
regardions,il y a quelques années, comme la
plus libre de l'*europe . au nom de ce mannequin
couronné, un méprisable polisson a
entrepris de mettre la *france  à feu et à sang,
et de culbuter toute l'*europe . tous les badauds
de *londres  ont taupé dans tous les projets
à perte de vue de ce jean-foutre, qui leur
a promis plus de beurre que de pain, pour escamoter
leurs guinées, ni plus ni moins que
l'infâme *calonne , le restant de nos écus. maintenant,
foutre, qu'il ne leur reste plus que les
yeux pour pleurer, et qu'ils voyent que milord
*pitt  n'a pu tirer que des coups d' épée dans
l'eau, ces têtes à perruques se mordent le bout
des doigts d'avoir été dupes de ce  bateleur,
pour les consoler et leur remettre le coeur au
ventre, *georges-*dandin , qui, non content
d'être roi des trois royaumes, prétend encore
être le pape de l'*angleterre , ordonne à
tous ses fidèles sujets de faire un jeûne universel
<Epg=7>pour les menus plaisirs du père éternel,
et afin d'obtenir son secours pour exterminer
tous les républicains
  <Sat=1> "goddem" ,
<Sat=0> s'écrient tous
les pauvres *sans-culottes , qui n'ont plus ni
travail ni secours,
<Sat=1> nous ne jeûnons que trop
depuis la maudite guerre que tu as entreprise
sans rime ni raison. s'il ne fallait qu'un carême
pour gagner des batailles et prendre des
villes, nous en avons fait un si long que toute
la *france  serait déjà conquise. crois tu nous
attraper avec ta graine de niais,
<Sat=0> disent aussi
tous les marchands ruinés, tous les boutiquiers
qui mettent la clef sous la porte, tous les fabriquants
qui font banqueroute, tous les propriétaires
qui sont accablés d'impôts et qui
serrent les cordons de leurs sacs.
<Epg=1>tire toi,
foutu roi de carreau, du bourbier où tu t'es
engagé et où tu voulais nous précipiter avec
toi, tire t'en comme tu pourras; au lieu de
te donner la main pour t'en sortir, s'il ne faut
qu'un seul coup de pied pour t'y enfoncer nous
te le donnerons, foutre.
<Sat=0> § courage, foutre, courage, braves *ecossais
qui avez jeté le gant  et engagé le combat;
ne lâchez pas prise, et vous triompherez.
votre situation est la même que celle de
nos braves *bretons  en 1788. ils commencèrent
la danse, et bientôt toute la *france  suivit
leur exemple. les *irlandais  que *georges-*dandin
et les autres mangeurs d'hommes auxquels
ils a succédé, ont toujours regardé
comme des bêtes à somme, frémissent sous
<Epg=8> le joug. ils vous tendent les bras, et ils n'attendent
que le signal. levez vous ensemble,
armez vous, faites main basse sur vos tyrans,
renversez les bastilles où l'on jette vos défenseurs.
les *sans-culottes  français sont là
pour vous soutenir. nos  flottes sont prêtes.
devenez ,comme nous,un peuple libre et
indépendant; quand le premier pas sera fait,
*pitt  et *georges  sauteront le pas, foutre; je
suis bon prophète; suivez les avis du *père
*duchesne , foutre.
 <Sda=1794> <numero=341> <quinzaine=72> <semaine=721> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande colère du *père *duchesne .
contre les marchands qui se foutent du
 maximum , et accaparent, comme de plus
belle, toutes les denrées;contre les épiciers
qui volent à la journée les pauvres *sans-culottes ;
contre les marchands de vin qui les
empoisonnent plus que jamais avec leur bougre
de mélange; contre les bouchers qui n'ont plus
que de la réjouissance pour les petites pratiques;
contre les cordonniers qui n'ont plus de
cuir pour chausser les *sans-culottes , mais
qui ne manquent pas de carton pour fabriquer
les souliers de nos braves défenseurs.  sa  grande
joie  de voir que petit à petit la vertu de sainte
guillotine nous délivrera de tous ces mangeurs
de chair humaine.
<edito=1> <Sat=2>§ il faut manger pour vivre ,
<Sat=0>foutre, dit très
<Epg=2> savamment *molière ; or donc, les aristocrates
qui savent très bien qu'avant d'être libres il
faut manger, ne trouvent pas de plus court
chemin pour nous mener à la contre-révolution
que de nous couper les vivres. c'était le grand
cheval de bataille des *brissotins . ils avaient
fait *roland  grand pourvoyeur de la république;
mais comme de fripon à fripon il n'y
a que la main, le vieux cornard et ses fournisseurs
s'entendaient comme des larrons en foire
pour plumer le pauvre peuple, et lui faire la
loi; car comme on dit$: affamé n'a point
d'oreilles. *coco  pêchait en eau trouble, on
lui donnait millions sur millions pour acheter
des subsistances chez l'étranger, et le jean-foutre
au lieu d'aller moissonner dans le *nord
et dans l'*italie , comme il l'annonçait, épuisait
au contraire les départements les plus fertiles de
la république. notre or et nos assignats, au lieu
de nous procurer de l'abondance, servaient à
amener la famine. les rolandins, les *brissotins,
les buzotins et toute la bougre de séquelle
aristocratique et fédéraliste ont perdu
le goût du pain, et nous autres *sans-culottes ,
nous avons bon appétit, nous voulons vivre
libres et heureux; nous avons du pain maintenant,
<Epg=3>grâce aux décrets de la convention et
à l'armée révolutionnaire, qui a mis les fermiers
au pas, mais surtout par la vertu de
sainte guillotine.
 § notre premier bien c'est le pain, je le
sais, foutre, quand on en a, on ne meurt
pas de faim, mais ce n'est pas assez, tonnerre
de dieu, que de ne pas mourir, il faut que
les *sans-culottes , en travaillant, vivent
joyeux; avec ce pain, il faut un peu de
fricot; il leur faut la  goutte patriotique
pour les ravigoter  quand ils sont exténués de
fatigue; il leur faut des habits, des chemises,
des souliers, ou tout au moins des sabots;
et bien, foutre, si on n'y met promptement
ordre, pas un *sans-culotte  ne pourra bientôt
plus mettre le pot-au-feu, nous boirons de
l'eau comme  les cannes, ce qui, suivant moi,
est le supplice qui ne doit être réservé qu'aux
modérés, aux aristocrates, aux royalistes et
aux phélippotins , enfin, nous serons obligés
de marcher nus comme des petits *saint-*jean.
 § oui, les accapareurs   se foutent du maximum
et ils recommencent sur nouveaux frais
tous leurs tripotages pour nous affamer et nous
réduire à la plus affreuse misère. les cultivateurs,
<Epg=4> les fermiers qui cependant ont tout
gagné à la révolution, sont aussi voraces
que les bêtes fauves qui ravageaient autre fois
leurs moissons. ils oublient ce que les *sans-culottes
des villes ont fait pour eux; ils ne se
souviennent plus de ceux qui les ont délivré
de la taille, de la gabelle, de la chasse et de
toutes les mangeries de l'ancien régime. ils
ne réfléchissent pas que c'est aux villes que
les campagnes doivent toutes leurs richesses;
car, foutre, que feraient ils de leurs denrées,
ces cultivateurs si ladres, s'ils n'y avaient pas de
villes pour les consommer? sans doute il n'y a
pas d'homme plus utile, plus respectable que
celui qui laboure la terre et qui l'arrose de
 ses sueurs pour nourrir son semblable.j'aime
de tout mon coeur celui qui plante la vigne,
celui qui élève et engraisse les troupeaux qui
servent à nous nourrir et à nous habiller;
mais, foutre, le *sans-culotte  qui file la laine
du campagnard, qui en fabrique des étoffes,
celui qui forge le soc de sa charrue et les
armes avec lesquelles on extermine les ennemis
de la république, ne sont ils pas aussi de
braves bougres et des hommes aussi précieux?
tous les hommes qui travaillent sont égaux
<Epg=5> devant la loi; elle doit tous les protéger. les
habitants des campagnes n'ont pas plus le droit
d'affamer leurs frères des villes, que ceux-ci
d'épuiser les campagnes, et de s'engraisser du
sang des cultivateurs. nous ne faisons tous
maintenant qu'une seule famille; le riche doit
partager avec le pauvre; celui qui est fort doit
aider celui qui est faible; l'homme d'esprit
doit éclairer, instruire celui qui a le malheur
de ne connaître ni a ni b; il faut que tous les
bons républicains se tiennent par la main,
foutre, et qu'ils soient unis comme des frères.
malheureusement, foutre, il y a peu d'hommes
qui pensent ainsi. tous ont dans la bouche
les mots de liberté et de l'égalité, et si peu de
gens l'ont dans le coeur !  chacun plaide pour
son saint, et cherche à tirer son épingle du
jeu. c'est à qui sera le plus fin: l'un veut
être libre, et, pour remplir son coffre-fort,
tous les moyens lui sont égaux; l'autre cherche
les honneurs, et, pour y parvenir, il rampe
d'abord, et ensuite il écrase tout ce qui s'oppose
à son passage. mais, foutre, je le répète,
parmi tous ces égoïstes, cette peste publique,
il n'est point de plus coupable que ceux
qui spéculent sur le travail des *sans-culottes ,
<Epg=6> et qui s'engraissent de leur sang. il est temps
foutre, que la *convention  donne le coup de
grâce à tous les scélérats, qui bravent ses
décrets et qui veulent tous nous mettre à la
besace.
 § n'est il pas bien foutant de voir tous les marchés
dégarnis depuis que la *convention  a
rogné les ongles aux accapareurs. tous les
marchands, depuis le plus petit jusqu'au plus
gros, semblent s'être donné le mot. le  boucher
n'a plus que de la réjouissance et des os pour
les petites pratiques; le marchand de vin,
quand vous vous plaignez d'avoir été empoisonné
par son foutu mélange, vous ricanne
au nez, en vous disant que c'est du  maximum .
le cordonnier n'a plus de cuir pour chausser
les *sans-culottes , mais en récompense, il
ne manque pas de carton et de papier mâché
pour fabriquer les souliers des défenseurs de
la patrie. les regrattiers n'ont plus de beurre
ni d'oeufs que pour les grosses bouches; les
épiciers (je suis pas las d'en parler, foutre) ils
vous vendent de la poussière de bois pourri
pour du poivre, de l'huile d'oeillet pour celle
de *provence ; des fèves brûlées pour du café.
 § les riches rient sous cape de tous ces brigandages;
<Epg=7> car, foutre, ils n'ont pas de plus
grande jouissance que de voir pâtir les *sans-culottes
plus la misère est grande, plus ils
font bonne chair. rira bien qui rira le dernier,
foutre. *sans-culottes  mes amis, vous avez
pour vous la raison, la justice, la loi. on veut
vous réduire par la faim, mais soyez fermes
et constants, et vous forcerez tous vos ennemis
à mettre les pouces. surveillez tous les jean-foutres
qui jouent au fin et qui trafiquent les
subsistances. suivez les dans les campagnes,
lorsqu'ils vont dans les fermes acheter les denrées
pour les empêcher de circuler; dénoncez
ces fermiers cossus qui refusent de vendre
leurs boeufs, leurs moutons et leurs porcs,
pour forcer la main des acheteurs. soyez tranquilles,
foutre, la convention est là pour vous
soutenir et pour faire respecter ses lois. si
les riches s'obstinent à tourmenter les pauvres,
s'ils continuent de manigancer la disette et la
famine, il arrivera quelque matin un bon
décret qui leur coupera les vivres à eux-mêmes.
oui, foutre, je voudrais que lorsqu'il y aura
la moindre apparence de disette, il soit
décrété que les riches, les marchands, les
gros fermiers et tous ceux qui sont reconnus
<Epg=8> pour être les affameurs du peuple, soient
condamnés à faire carême; bientôt l'abondance
reviendrait, foutre.
 <Sda=1794> <numero=342> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
 §  la grande joie du *père *duchesne .
au sujet du décret de la convention, qui donne
la clef des champs aux deux braves *sans-culottes
*ronsin  et *vincent .  ses bons avis
à tous les républicains, pour qu'ils se
tiennent sur leurs gardes, attendu qu'il existe
un nouveau complot des royalistes et des
*brissotins pour perdre tous les bougres à poil
qui ont fait la révolution du 31 mai, et qui
ont sauvé la montagne et la république.
<edito=1> § encore une victoire des patriotes sur les
<Epg=2> intrigants, les fripons et les aristocrates. deux
de mes compères, braves bougres, s'il en fût
jamais, le *sans-culottes  *vincent  et le général
*ronsin , avaient été dénoncés à la convention
comme des contre-révolutionnaires, les phélippotins
les accusaient d'être des agents de
*pitt  et de *cobourg ; les aristocrates faisaient
 chorus  et, de leur côté, ils criaient haro sur
ces deux républicains.
<Sat=1> "s'ils sont des traîtres,<Sat=0>
disaient les *sans-culottes ,<Sat=1> nous les renions
et nous demandons qu'ils soient raccourcis;
 mais, tonnerre de dieu, s'ils sont innocents,
il faut qu'on leur rende une bonne et prompte
justice"."rien de plus juste,<Sat=0> répondaient nos
braves *montagnards;<Sat=1> mais il faut débrouiller
tout ce tripotage; car si l'on donnait la clef
des champs à des patriotes, avant d'avoir confondu
leurs calomniateurs, on aurait l'air de
leur faire grâce, et les républicains n'en
veulent point. cependant il est foutant, pour
des bougres aussi francs du collier, de siffler
la linotte pendant près de deux mois; d'être
confondus avec les ennemis du peuple, et
de manger à la gamelle des aristocrates; mais
foutre, il est beau de souffrir pour la patrie.
<Sat=0> un républicain aime à faire voir les blessures
<Epg=3> qu'ils a reçues en combattant pour la liberté,
eh bien $!  foutre, nous qui combattons les ennemis
de l'intérieur, nous devons aussi nous
attendre à recevoir quelques bordées. plus un
patriote est persécuté, plus il sera récompensé:
les injures, les libelles, les dénonciations
des modérés, des intrigants et des
royalistes sont autant de couronnes civiques.
quel est, foutre, le bon républicain qui ne
se glorifie pas aujourdhui  d'avoir été pourchassé
par les hoquetons bleus de *bailly  et de
*la-*fayette ; d'avoir été appelé factieux par le
cocâtre *dandré ; d'avoir été plongé dans les
cachots, quand les patriotes étaient égorgés au
*champ-de-*mars ; d'avoir escamoté la guillotine,
quand les *brissotins faisaient la pluie et
le beau temps, et lorsque l'infâme comité des
*douze , comme *kénoir  et *sartines , faisait
arracher, la nuit, le citoyen des bras de sa
femme, et enlever les magistrats au milieu de
leurs fonctions.
 § *ronsin , *vincent , mes vieux camarades,
ne vous plaignez donc pas de votre sort, foutre.
déjà vous pouvez vous vanter d'avoir été
persécutés par les royalistes et les aristocrates,
après avoir fait face à l'avant-garde et au corps
<Epg=4> d'armée des contre-révolutionnaires, vous deviez
vous attendre à quelques chiquenaudes
de la part des traîneurs. toi, général de l'armée
révolutionnaire, bougre à poil, dont la
plume et le sabre sont également redoutables
aux ennemis de la liberté; ceux qui t'ont accusé
de lâcheté, oseraient ils ôter un seul poil
de ta moustache? quand tu te donnais de si
bons coups de peigne avec les brigands de la
*vendée ,que faisait ce *phélippotin  qui a voulu
te lâcher le coup de pied de l'âne? dans son
carrosse doré, il fuyait à toutes brides et il
tournait le cul aux intrépides lurons qui faisaient
danser la carmagnole à l'armée royale
et catholique? a t il humé de loin seulement
la fumée du  canon, quand tu combattais
comme un lion à la tête des bataillons; quand
le danger était passé, il revenait en poste sur le
champ de bataille faire claquer son fouet, parler
des boulets qui avaient caressé son panache.
on ne peut être sali que par la boue; fous toi
de toutes les calomnies des intrigants et va
ton train. achève de démolir les nids des
aristocrates de *lyon ; extermine tous les fédéralistes;
continue d'être la terreur des aristocrates
et des accapareurs.
<Epg=5> § et toi, véritable *sans-culotte , ami *vincent
qui n'as jamais bronché d'un pas depuis la
prise de la *bastille, franc cordelier, que les
phélippotins de 1789 appelaient un factieux,
un désorganisateur, un anarchiste; toi qui
n'échappas au fer des assassins du peuple au
*champ-de-*mars , que pour être plongé dans
les cachots de la *conciergerie ; toi que j'ai
toujours vu pauvre et vertueux batailler sans
relâche avec les ennemis de l'égalité; toi que
j'ai vu environné de poignards, quand on a
donné de la pelle au cul à tous les muscadins
qui étaient à la tête de nos armées; toi qui
as flairé de cent lieues l'infâme *dumouriez ,
qui as prédit sa trahison dans le temps où il
jetait de la poudre aux yeux des meilleurs
patriotes; toi, foutre, qui as de même dévoilé
toutes les manigances du traître *custine  et
de son palefrenier *houchard , tu avais à dos
trop de coquins pour n'être pas persécuté.
mais, foutre, comme je l'avais prédit, tricherie
revient à son maître; la vérité est
plus forte que toutes les intrigues. celui qui
te dénonçait comme un agent du roi  *georges-*dandin ,
est maintenant démasqué; son palais,
ses châteaux, ses riches ameublements, son
<Epg=6> carrosse, ses beaux chevaux ne sont pas sortis
des brouillards de la *seine ; mais, foutre,
c'est pour lui et ses complices que la *tamise
est un fleuve d'or et une source de richesses.
toi, pauvre diable, qui sortiras aussi pur de
ta place que tu y es entré, ne va pas jeter
le manche après la cognée; que tes yeux
perçants ne se lassent point d'examiner toutes
les intrigues, et de lire dans le coeur de tous
les hypocrites; frappe à coups redoublés sur
les fripons  et les traîtres: sois toujours inflexible
pour les aristocrates ; qu'ils te reprochent
d'être un cerbère, un ours mal léché;
tant mieux, foutre; mais aussi ne cesse pas
d'être le soutien des patriotes, le défenseur
des généraux *sans-culottes  et l'appui du
soldat.
 § *sans-culottes , mes amis, qui êtes témoins
de tous les coups de chien que l'on manigance
contre les patriotes, soyez plus que jamais
sur vos gardes; car, foutre, il y a encore
bougrement de *brissotins et de royalistes. la
guillotine nous délivre des plus connus, mais
il y a tant d'aristocrates déguisés, tant de jean-foutres
qui singent le patriotisme, que si les
républicains s'endormaient un seul instant, à
<Epg=7> leur tour, ils seraient exterminés. on ne s'amuserait
pas à les juger. oui, foutre, si les
aristocrates pouvaient un seul instant jeter le
grapin sur nous, les *jacobins, les *montagnards
seraient écrasés comme des mouches. il existe
un complot abominable contre les bougres à
poil qui ont fait la révolution du 31 mai. les
complices des *brissotins et des *girondins
craignent pour leur peau; ils savent, foutre,
qu'ils frisent la guillotine, et ils  emploient
le vert et le sec pour se délivrer des hommes
courageux qui leur portent ombrage. cependant,
foutre, sans cette révolution, où en
serions nous? les rebelles de *lyon , de *toulon ,
de *marseille  nous feraient la loi. les brigands
de la *vendée  seraient aux portes de *paris ,
ou plutôt *paris  n'existerait plus. la prophétie
de ce bougre d'*isnard  serait accomplie; pas
plus de convention que dessus ma main. pas
un seul montagnard ne verrait le jour. *pitt
et *cobourg  se partageraient les lambeaux de
la république.
 § républicains, achevez votre ouvrage; tenez
bon, foutre: ralliez vous sans cesse autour de
la montagne qui, avec vous, a sauvé le vaisseau
au milieu des orages et des tempêtes.
<Epg=8> nous essuierons encore quelques bourrasques;
mais le plus fort est fait. les patriotes pourront
encore être tourmentés quelque temps; mais
leur triomphe est assuré; oui, foutre, tant
qu'ils seront unis , ils seront invincibles; mais
le jour où ils cesseront de s'entendre, serait
le dernier jour de la république. union, courage,
persévérance, voilà notre cri de ralliement;
vive la liberté, l'égalité !  vive la convention,
vive la montagne, foutre!
 <Sda=1794> <numero=343> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande colère du *père *duchesne .
en passant en revue tous les brigands couronnés
et les esclaves qui nous font la guerre.  sa
grande joie  de voir arriver au printemps la
grande débâcle qui fera tomber tous les trônes
comme des quilles.  ses bons avis  à tous les
peuples, pour qu'ils fassent danser la carmagnole
à tous les rois, à tous les empereurs,
et qu'ils mettent avec nous leur tête dans un
bonnet, afin d'étouffer tous ces mangeurs
d'hommes et cette poignée de bêtes féroces
qui s'engraissent du sang des *sans-culottes .
<edito=1> § ah $!  foutre, si le premier homme revenait
<Epg=2> sur la terre, quelle serait sa douleur de
voir toutes les sottises et tous les crimes de
ses descendants; que dirait il, en contemplant
tous les animaux à deux pieds, qui sont
sortis de lui et que couvrent toute la surface de
la terre, se déchirer les uns les autres?
pourrait il retenir ses larmes en voyant tant
de nations dans l'esclavage? on nous dit,
foutre, que le pommier fatal dont il partagea
le fruit avec la mère *eve , que ce maudit
arbre de *normandie , était celui de la science
du bien et du mal, c'est du moins ce que le
diable persuada à sa femme pour lui tourner
la tête; la sotte se lassa d'être ignorante et
innocente, elle voulut tout savoir et tout
connaître. son badaud de mari se fia comme
elle aux paroles du serpent, et il mordit le
fruit défendu. mais le diable n'était qu'un
*gascon ; car, foutre, si cette pomme avait
eut la vertu de lui donner la science, il aurait
lu l'avenir , au lieu de peupler la terre
des plus méchants et de plus cruels animaux,
il l'aurait  abandonné aux tigres et aux bêtes
féroces, qui du moins respectent leur espèce
et ne se dévorent pas entre eux.
 § oui, foutre, je voudrais que le papa du
<Epg=3> genre humain fût un moment témoin de tout
ce qui se passe aujourdhui . en entendant
ronfler le canon  du *nord  au *midi ;en voyant
partout forger des armes, toutes les mers
couvertes des vaisseaux , des fourmilières
d'hommes  s'exerçant aux combats, partout
les apprêts de mort et du carnage, des
villes réduites en cendres, les campagnes
inondées de sang, et à chaque pas des monceaux
de cadavres,
<Sat=1>"où suis je",<Sat=0> s'écrierait il.
<Sat=1> "quel est cet affreux désordre? ai je pu donner
le jour à cette race criminelle? ah $!  je reconnais
les enfants de *caen  !  pourquoi, monstres
féroces, égorgez vous vos frères? d'où vous
vient cette soif du sang de vos semblables?
qu'espérez vous en vous détruisant ainsi ?
pourquoi commettez vous tant de forfaits
contre la nature?" nous n'en savons rien,
<Sat=0> répondraient les rustres de *prusse  et d'*autriche ,
<Sat=1> mais notre auguste monarque, notre
grand roi *frédéric , et notre très cher souverain
et maître, l'empereur, le veulent, nous
n'avons pas le droit de  souffler le mot, et de
fidèles sujets comme nous doivent se trouver
trop heureux de mourir pour leur princes. il
est vrai que nous sommes les plus malheureux
<Epg=4> des hommes, que nous suons sang et eau pour
payer les impôts; que nous sommes si accablés
sous le fardeau que nous ne saurions plus
tenir, et que nous sommes prêts à crever de
fatigue et de faim; mais c'est égal. "eh $!  quels
sont donc, foutre,<Sat=0> s'écrierait le premier père,
<Sat=1> ces deux monstres pour qui vous vous sacrifiez
ainsi?"... s'il faut vous le dire franchement,
mais tout bas, l'un est un grand,
gros et large butor qui ne sut jamais que
boire et dormir; pendant la paix, il s'amusait
à jouer des gobelets et à faire des cocus;
tout à coup l'ivrogne a pris le mors  aux dents,
et parce qu'il était neveu d'un grand guerrier,
il a rêvé qu'il serait aussi un fameux conquérant.
il est allé chercher une querelle d'allemand
à un peuple qui ne devait avoir rien à
démêler avec lui, et dans l'espérance de rendre
esclaves vingt cinq millions d'hommes, il a
vidé son coffre-fort, et nous a réduit à la
besace. après avoir été étrillé, comme il le
méritait, après avoir fait périr cinquante à
soixante mille hommes, il est revenu tout
penaud; trop heureux d'en avoir réchappé, il
devait du moins s'en tenir là; mais y a t il
dans le monde animal aussi têtu qu'un roi.
<Epg=5> sur nouveaux frais, il a recommencé la danse
et il payera les violons, foutre. l'autre viédase
que tu veux connaître est un foutriquet
 qui n'a pas encore de barbe , sa grande passion
était de prendre des grenouilles, au lieu de
s'en tenir à ce qu'il avait de poisson pêché
et de vivre en paix pour réparer tous les maux
que le jean-foutre qu'il remplaçait avait fait
à ses sujets, il les a au contraire jeté de fièvre
en chaud mal, et il joue maintenant sa couronne
royale et impériale à pair ou non.
 §"quoi$!  c'est pour de pareils bougres que les
hommes s'entre-égorgent !  quoi $!  vous êtes
assez imbéciles pour ne pas vous délivrer des
scélérats qui vous arment les uns contre les
autres !  quoi $!  c'est pour les menus plaisirs
d'un ivrogne et d'un blanc bec que vous versez
des flots de sang !" ce n'est encore rien, père
*adam , puisque vous êtes en train de donner
la correction à toute la grande famille,allez
aussi demander aux *hollandais, pourquoi ils
sont de même transportés de la rage d'égorger.
eux qui ont autrefois connu la liberté, ils
devraient protéger ceux qui veulent devenir
libres. ils ont secoué le joug des rois et ils
sont aujourdhui  les plus vils esclaves. ils
<Epg=6> prodiguent toutes leurs richesses, ils versent
leur sang pour soutenir la tyrannie, et ils se
laissent museler par une putain; mais, foutre,
ce qui va vous fâcher encore davantage, c'est
de voir le pays de *brutus , *rome  gouvernée
par un prêtre. ah $!  père *adam , quelle kyrielle
de meurtres, d'assassinats, d'empoisonnements!
jamais la guerre , la peste et la famine n'ont
autant détruit d'hommes que les monstres
sacrés qui font ici baiser leur mule à votre
race badaude et crédule. vous allez frémir
d'indignation  en jetant un regard sur l'*espagnol
abruti. voyez la terre la plus fertile, sans
culture, les plus riantes campagnes presque
désertes, les villes dépeuplées, les routes, les
grands chemins remplis de moines et de mendiants;
un peuple stupide et bigot n'ayant
d'autre amusement que le combat du taureau
et les bûchers de l'inquisition, des hommes
couverts de vermine, de reliques et de scapulaires,
jeûnant toute l'année encore plus
par fainéantise que par cagoterie, toujours à
genoux devant les calotins, massacrant les
femmes et les enfants de ceux qui ne croyent
pas que *saint-*jacques  est un des cordons
bleus de la cour du père éternel et le premier
favori de la vierge *marie .
 § mais, foutre, le tableau qui vous révoltera
davantage , vieux papa, c'est celui de l'*angleterre .
c'est là, foutre, que vous verrez un
peuple orgueilleux dans la servitude, un ours
lié et garrotté qui ose se vanter de sa liberté; des
marchands, des banquiers, des écumeurs de
<Epg=7> mer qui veulent envahir toutes les richesses
de l'univers, un échappé des petites maisons,
et qu'un polisson mène par le nez, régnant
sur cette nation avide et sanguinaire, des têtes
à perruque et sans cervelle oser tenir la place
du représentant du peuple et trafiquant sa
liberté avec le tyran.
 § voilà, père *adam , les scélérats qui, depuis
quatre ans ont fait immoler plus d'un million
de vos petits enfants. vous frémissez; vos
cheveux se dressent; vous désirez qu'un nouveau
déluge vienne engloutir cette postérité
avilie et dégradée qui vous déshonore; mais,
foutre, pour vous consoler, jetez un regard
sur un peuple généreux, la seule  espérance  de
votre race. les *français, vos dignes enfants,
ont juré de réparer tous les maux qui affligent
leurs frères; ils sont armés; ils combattent,
mais c'est pour exterminer les tyrans, c'est
 pour purger la terre des brigands couronnés,
de cette poignée d'assassins qui s'engraissent
du sang des hommes. la victoire couronne
leurs efforts. ils ont juré guerre éternelle aux
despotes et amitié inviolable à tous les peuples
qui voudront être libres. ils ne veulent plus
connaître que la liberté, l'égalité, la fraternité,
et ils n'ont d'autre culte que celui de la
raison et de la justice; il faut espérer que bientôt
tous les peuples suivront leur  exemple et
que tous les hommes vivront en paix, foutre.
<Sat=0> § après avoir ainsi passé en revue tout le genre
humain, notre premier père pourrait se consoler
dans cette espérance; mais, foutre, si
<Epg=8> nous-mêmes nous détruisions notre ouvrage;
si, au lieu d'être unis comme des frères, nous
pouvions nous déchirer, nous n'aurions fait
qu'un beau rêve, notre liberté, notre bonheur
et celui de tous les peuples seraient ajournés
jusqu'au jugement dernier, et il serait à souhaiter
que la gourmande *eve , eut cassé tous
les oeufs de la nichée, foutre.
 <Sda=1794> <numero=344>  <semaine=722> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
 § la grande joie du *père *duchesne .
de voir tous les ouvriers républicains forger
des armes pour exterminer les tyrans et les
*parisiens fabriquer à force le salpêtre qui
va foudroyer tous les trônes des despotes.
 ses bons avis  à tous les *sans-culottes  pour
qu'ils continuent de prendre coeur à l'ouvrage,
en leur annonçant qu'avant qu'il soit l'âge
d'un petit chien le drapeau de la liberté
flottera sur les murs de *condé  et de *valenciennes .
<edito=1> § les rois sont aussi sots qu'ils sont scélérats.
<Epg=2> non, foutre, je ne connais rien de si stupide
que le monstre qui porte une couronne,
si ce n'est la brute qui lui obéit, et qui
rampe sous ses lois. quelqu'en soit, dans mon
humeur noire je me rappelle toutes les fanfaronnades,
tous les châteaux en *espagne  des
mandrins qui nous font la guerre, le coeur
me saigne en songeant à toutes les  sottises
que ces mangeurs d'hommes ont faites depuis
quatre ans, et je gémis, foutre, de voir tant
de peuples enchaînés et tant de millions
d'hommes victimes des caprices et de la rage
d'une poignée de brigands qu'il est si facile
de détruire et qui ne valent chacun qu'un coup
de poignard. habitants du *nord , vos coeurs
sont ils donc aussi glacés que vos rochers?
ne seront ils donc jamais échauffés du feu
sacré de la liberté? les ours de vos forêts
sont moins abrutis que vous. leur instinct
leur  apprend à vivre dans l'indépendance. jamais,
foutre, vous ne pouvez les dompter.
celui que vous avez pris dans vos pièges et
que vous muselez, vous épouvante de ses
rugissements, et quand il ne peut dévorer son
maître, il l'étouffe.
 § dans je ne sais quel chapitre, le premier
<Epg=3> prédicateur de la *sans-culotterie , le bon, le
brave *rousseau  a dit que pour être libre, il
suffit de le vouloir.pourquoi donc, foutre,
tous les peuples ne sont ils pas libres? tous
les hommes cependant désirent l'être. le
mot sacré de liberté est dans toutes les bouches,
et presque toutes les nations languissent dans
l'esclavage; il faut espérer cependant que
bientôt les hommes ouvriront les yeux, et que
la terre sera purgée de la peste des rois. le
combat est engagé entre la liberté et le despotisme;
la raison et la justice triompheront.
oui, foutre, je le prédis, et je ne serai pas
un faux prophète, tous les tyrans seront
immolés; eux-mêmes ils ont filé la corde qui
doit les pendre, et ils ne font plus que se
battre contre la mort; leur dernière heure
va sonner; tous leur trônes sont ébranlés, et
ils vont être engloutis sous leurs débris.
 § ces jean-foutres savent maintenant ce que
peut le bras des républicains. ils croyaient,
au commencement de la guerre, que ce n'était
qu'une promenade que d'aller de *berlin  et de
*vienne  à *paris . d'avance ils se partageaient
les lambeaux de la *france .
<Sat=1> "moi, comme
empereur et chef du *saint-*empire ,<Sat=0> disait le
<Epg=4> muscadin *françois ,<Sat=1> j'aurai la première et la
meilleure part du gâteau, la fève m'appartient,
je retiens donc la *lorraine , la *flandre ,
l'*alsace , etc. j'y consens,<Sat=0> répondait le grand
escogriffe de *prusse ,<Sat=1> mais à condition que tu
m'abandonneras le pillage de *paris  et que la
*bourgogne  et la *champagne  seront dans mon
lot, car j'aime le bon vin."
<Sat=0> c'est ainsi, foutre,
que ces deux mandrins se disputaient la peau
de l'ours avant de l'avoir couché par terre,
comme dit la chanson. pour mettre le coeur
au ventre de leurs pandores, ces deux garnements
leur promettaient plus de beurre que de
pain. les troupeaux d'esclaves qui marchaient
à leur suite se flattaient d'arriver tout bottés
et sans résistance aux portes de *paris . déjà ils
nous débusquaient des *porcherons  et de la
*courtille . c'est là, qu'en buvant le vin des
républicains, ils espéraient partager le butin,
après avoir pillé, saccagé et brûlé tous les nids
de cocus des pauvres badauds.
<Sat=1> " choulis p-tit
femmes, choulis p-tit horloges",
<Sat=0> disaient ces
mangeurs de choucroute dans leur baragouin;
mais quand on compte sans son hôte, il faut
compter deux fois. les balourds ne se doutaient
pas qu'entre eux et *paris , il y avait
<Epg=5> un rempart de vingt-cinq millions d'hommes.
oui, les vagabonds sont entrés en *france ,
mais c'est pour engraisser de leur sang les
campagnes qu'ils avaient ravagées. ils ont
passé le *rhin , mais, foutre, c'est pour laisser
leurs os sur le rivage; oui, ils ont pénétré
dans la *champagne ; ils ont fourragé dans les
vignes des républicains, mais, foutre, ils
ont perdu le goût du pain. ils devaient une
bonne fois se souvenir de la conduite de
*grenoble , que les soldats de la liberté leur
avaient fait, et ne pas revenir à la charge.
une seconde fois ils se sont fait étriller et
écharper; maintenant, foutre, que ces soldats
de la royauté, que ces enfonceurs de portes
ouvertes sont aussi clairsemés que les épis
dans un champ ravagé par la grêle; maintenant
que la république possède quatorze armées
et que douze cent mille bougres à poil
sont sur pied pour faire danser la dernière
carmagnole aux brigands couronnés; ces esclaves
jouent des jambes et ils fuient de tous
côtés comme des lièvres dans une battue. ils
ne songent plus aux  choulis p-tit femmes , aux
 choulis p-tit horloges , et ils y renoncent,
comme leurs maîtres aux provinces qu'ils convoitaient.
<Epg=6> mais,foutre, puisque le vin est
tiré, il faut le boire.
 § dans quelques jours nos champs vont reverdir.
le soleil en se  rapprochant de nous ,
va donner la vie à toute la nature, mais son
retour annonce la chute de tous les trônes.
ils vont tomber comme la neige du haut des
montagnes; pour la dernière fois, il éclairera
les crimes des despotes. nos braves guerriers
qui, pendant l'hiver, se sont exercés aux
combats, vont sortir de leurs cantonnements,
ils vont couvrir toutes les frontières. les
armes que nous avons forgées, vont exterminer
tous les ennemis de la liberté. du
*nord  au *midi , tout retentit du bruit du
canon. encore quelques jours, et le drapeau
tricolore flottera sur les murs de *condé  et de
*valenciennes . les patriotes liégeois rentreront
dans leurs murs, et ils y planteront l'arbre
de la liberté, mais, foutre, il prendra
cette fois; et il ne se trouvera pas un second
*dumouriez  pour l'arracher. la *belgique  sera
libre tout de bon, les *sans-culottes  hollandais
prendront le bonnet rouge, et les gros
marchands de morue de *la-*haye  et d'*amsterdam
nous payeront les frais de guerre.
l'infâme *pitt  dansera en l'air et le roi *georges
essayera à son tour la cravate  de *capet .
 § les gazetiers d'*allemagne  nous annoncent
que leurs majestés qui leur graissent la patte
pour mentir à tant la ligne, vont aussi faire
lever en masse leurs fidèles sujets, c'est à dire,
foutre, que les racoleurs ne pouvant plus
<Epg=7> étrenner, on va essayer de faire marcher à
coups de bâton les paysans de la *bohême  et
de la *hongrie . une pareille recrue sera en
effet une véritable masse, sans âme et sans
mouvement. il n'y a que l'amour de la liberté
qui puisse arracher le cultivateur de sa
charrue. non, foutre, il n'appartient qu'à des
hommes libres d'abandonner leurs foyers, et
de se séparer de leurs femmes et de leurs
enfants pour voler à la défense de la patrie.
l'esclave, en combattant pour son maître, ne
fait que river ses fers; mais le républicain
travaille pour son compte, et il ne verse pas
inutilement son sang; ce n'est pas à coups de
fouet qu'on le fait marcher; quand le bruit
du tambour le réveille, il vole au combat en
chantant. ah $!  foutre, si les despotes voyaient
quel zèle, quel courage anime tous les jeunes
*français, s'ils connaissaient l'ardeur de tous
les ouvriers républicains, pour forger les armes
qui doivent anéantir la tyrannie s'ils savaient
de quelle manière les braves *parisiens fabriquent
le salpêtre qui va  foudroyer leurs esclaves,
comme ils se mordraient les pouces
d'avoir entrepris  une guerre injuste d'où ils
sortiront comme arlequin.
 § braves républicains, redoublez d'ardeur,
et battez le fer pendant qu'il est chaud; soyez
unis, je ne cesserai de vous le répéter; marchez
tous de bon accord, et vous allez
écraser tous vos ennemis de l'intérieur et du
dehors. encore un grand coup de collier, et
la république est sauvée, et vous allez être à
<Epg=8> jamais libres et heureux. soyez sur vos gardes;
gare les trahisons; sans les traîtres, depuis
longtemps vous seriez au port. le plus difficile
à écorcher, c'est la queue, foutre.
 <Sda=1794> <numero=345> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
 §  la grande colère du *père *duchesne
de voir que les marchands et les accapareurs
se foutent du  maximum .  sa grande motion
pour que les bouchers qui traitent les *sans-culottes
comme leurs chiens, et qui ne leur
donnent que des os à ronger, jouent à la main
chaude comme tous les ennemis de la *sans-culotterie ,
ainsi que les marchands de vin
qui font  vendange sous le *pont-*neuf , et qui
empoisonnent avec leur ripopée les joyeux
républicains.
<edito=1> § je prends le mors aux dents, foutre.
<Epg=2> transporté de colère, je fous de côté mes
fourneaux pour ne plus m'occuper que des
accapareurs et des affameurs du peuple. je
leur déclare une guerre éternelle, et j'invite
tous les bons *sans-culottes  à suivre mon
exemple jusqu'à ce que nous ayons mis à la
raison cette bougre de canaille. riches fermiers,
marchands et trafiquants de toute espèce,
je vous livre un combat à mort. je
n'épargnerai pas plus le marchand de carottes
que le plus gros négociant; car, foutre, je
vois une ligue formée de tous ceux qui vendent
contre tous ceux qui  achètent, et je trouve autant
de mauvaise foi dans les échoppes que dans
les gros magasins. c'est à qui débitera la plus
mauvaise denrée; c'est à qui gourera le mieux
le pauvre chaland. je ne suis pas moins indigné
d'acheter un chou vingt sols, que de payer
cent francs une aulne de drap.
 § ce n'est pas la faute de la convention, car,
foutre, elle a employé le vert et le sec pour
nous procurer l'abondance, elle a fait les lois
les plus sages contre les  accapareurs; mais ces
lois n'ont point été exécutées. on se fout du
 maximum , et à la barbe de toutes les autorités,
les boutiques vendent à prix défendu.
<Epg=3> bon gré mal gré, pourtant ils ont été au pas
pendant quelques jours, et sainte guillotine
semblait les avoir convertis, à l'approche de
l'armée révolutionnaire, tous les magasins
s'ouvraient, les tonnes de sucre et d'épices
sortaient des caves où elles étaient cachées,
tous les marchés regorgeaient de denrées de
toutes espèces, les courtauds de boutique
n'étaient plus insolents, et ils faisaient autant
de courbettes au *sans-culotte  le plus déguenillé
pour son gros sol, qu'au muscadin le
mieux atiffé qui vidait  son portefeuille.qui
donc a pu produire d'aussi grands miracles?
je le répète, foutre, sainte guillotine et l'armée
révolutionnaire; mais depuis qu'on a
proposé d'ouvrir les prisons, les espérances
des traîtres et des conspirateurs se sont ranimées;
ils ont recommencé à lever la crête;
ils s'entendent maintenant comme larrons en
foire avec les marchands et les accapareurs
pour nous couper les vivres. des bandits  soudoyés
par les ennemis de la république,
parcourent les campagnes et font rafle dans
les villages et dans les fermes, du beurre, des
oeufs et de toutes les denrées; ils les achètent
au poids d' l'or, pour empêcher les pauvres
<Epg=4> *sans-culottes  d'en approcher. les gens de
campagne, qui n'ont d'autre dieu que leur
intérêt, prêtent les mains à ce bougre de tripotage;
ils sont avides d'argent, qu'ils se
vendraient eux-mêmes au diable tout cornu
qu'on le dit, pour grappiller quelques sols de
plus. voilà, foutre, pourquoi les marchés
sont dégarnis, voilà la cause de la disette
des villes.
 § millions de foutre, mon sang bouillonne
de voir ainsi le peuple ballotté par les fripons
et les traîtres. ça finira, foutre, nous
avons des lois, elles seront exécutées ou j'y
perdrai mes moustaches, tonnerre de dieu.
quoi donc nous avons foutu la chasse aux
nobles, nous avons fait mettre les  pouces
aux calotins, nous avons raccourci le dernier
de nos tyrans; quoi? le  *sans-culottisme  a
ébranlé tous les trônes des despotes, et les
marchands nous feraient la loi? nous nous
laisserions manger la laine sur le dos par une
poignée de coquins qui rentreront cent pieds
sous terre quand nous voudrons leur montrer
les dents? n'y a t il pas mille acheteurs contre
un vendeur? eh bien, foutre, que tous
les républicains mettent donc leur tête dans
<Epg=5> un bonnet rouge, qu'ils s'entendent aussi bien que
les capons qui cabalent pour les affamer !  que
l'avare fermier qui refuse de vendre ses denrées
au  maximum , soit dénoncé; que le manufacturier
qui fabrique de mauvaises étoffes,
que le marchand qui vend à faux poids, et
qui altère la qualité de ses marchandises,
soient punis comme la loi le veut; surtout
que les riches qui mettent le feu à toutes les
denrées, soient pourchassés et daubés comme
ils méritent: que tous les accapareurs,
grands comme petits, jouent à la main chaude,
et bientôt l'abondance renaîtra, et l'ordre se
rétablira; mais, foutre, pour arriver à ce but,
il faut que les administrations ne soient plus
composées que des véritables *sans-culottes ;
car si on souffre des accapareurs dans les municipalités
et dans les comités révolutionnaires,
la loi sera toujours méprisée. je touche du
bout du doigt la cause de tous nos maux.
qui voyons nous à la tête de la plupart des
municipalités? de riches fermiers, de gros
marchands. les loups du bois ne se mangent
point, et ceux-là, qui sont juges et parties
malgré nous, à notre barbe et à notre nez,
feront toujours la pluie et le beau temps.
<Epg=6> § que l'on commence donc par balayer toutes
les autorités constituées, qu'on en fasse sortir
le restant des immondices de l'ancien régime.
pour tuer d'un seul coup l'aristocratie fermière
et marchande, que l'on divise toutes
les grandes terres en petites métairies, elles
en seront mieux cultivées, et , foutre, nous
n'aurons pas tous nos oeufs dans le même
panier. le bon *sans-culotte  qui n'aura que
quelques arpents à labourer, se contentera de
vivre libre et heureux; il n'aura d'autre ambition
que celle de nourrir et d'élever ses
petits marmots;  il n'enterrera pas son bled,
mais travaillera mieux son champ. pour qu'il
en produise davantage; comme les gros fermiers,
il ne tuera pas ses vaches, mais il en
élèvera un plus grand nombre pour avoir
plus de lait, de fromage et de beurre; il ne
détruira pas sa basse cour, il la regardera au
contraire comme sa première richesse, et il
s'empressera, pour jouir de son produit
d'échanger ses poules et ses chapons avec les
étoffes dont il a besoin. voilà, foutre, je le
répète, le seul moyen de rogner les ongles
des gros fermiers, et de réprimer leur aristocratie.
si en même temps on ne vend les
domaines nationaux qu'en petites portions,
si on met en culture tous les parcs des émigrés,
si des vignes et des arbres fruitiers remplacent
les sapins et les cyprès des jardins
anglais, si la pomme de terre croît dans les
larges allées des parterres, si des gazons inutiles
sont changés en pâturages, nous aurons
<Epg=7> des  subsistances à vendre, et jamais nous
n'éprouverons la disette.
 § pour faire cesser ce bougre de tripotage
des agioteurs et la cupidité des marchands,
que l'on double, que l'on triple l'armée révolutionnaire,
foutre. qu'il en soit envoyé
de forts détachements dans tous les départements,
c'est le seul moyen d'établir le  maximum .
que les têtes  des affameurs du peuple
tombent comme celles des traîtres et des conspirateurs;
que le boucher qui traite les *sans-culottes
comme ses chiens, et qui ne leur
donne que des os à ronger, lorsqu'il réserve
l'aloyau pour les grosses pratiques, soit
raccourci comme un ennemi de la *sans-culotterie ;
que le marchand de vin, qui
fait vendange sous le *pont-*neuf  et qui empoisonne
les républicains joyeux, soit traité de même.
je ne parle pas des boulangers, car,
dieu soit loué, nous avons trouvé un bon moyen
de les mettre au pas. le grand garde-manger
est bien garni, et le trafic des pains de
quatre livres ne recommencera pas de si tôt.
 § braves *sans-culottes , prenez donc patience
et ne vous rebutez pas. vous avez des lois qui
feront votre bonheur quand elles seront
exécutées. mettez toute votre confiance dans
la convention qui s'occupe avant toute chose
de vos subsistances. malgré tous les brigands
couronnés, malgré tous les coups de chien
des ennemis de l'intérieur, elle a trouvé
moyen d'alimenter et de tenir sur pied douze
cents mille hommes; elle verra bientôt tous
<Epg=8> les tyrans de l'*europe  à ses pieds, et elles ne
pourront mettre à la raison les marchands et
les accapareurs. n'avons nous pas vingt millions
de bras pour faire respecter ses décrets,
tremblez, sangsues du peuple, sa hache est levée
pour vous frapper. il suffit de sa volonté pour
vous réduire en poudre.le jour de la vengeance
est arrivé; elle sera terrible, foutre.
<mois=08>
 <Sda=1794> <numero=346> <quinzaine=81> <semaine=811> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§ la grande colère du *père *duchesne ,
au sujet de tous les nouveaux coups de chien
que les aristocrates manigancent, pour rebuter
les *sans-culottes , et leur faire jeter le manche
après la cognée, en les alarmant sur les subsistances.
 son grand projet  pour rogner les
ongles des gros fermiers, des bouchers et de
tous les affameurs du peuple, et pour procurer
l'abondance aux armées, en réduisant la pitance
des riches fainéants et de tous les muscadins
et muscadines qui sifflent la linotte.
<edito=1>  § des bougres qui ne sont ni chair ni
<Epg=2> poisson, des jean-foutres qui pissent le verglas
dans la canicule, s'effrayent de tous les événements.
dans la saison des orages et des tempêtes,
ils voudraient jouir des douceurs du
printemps. dans toutes leurs litanies ils ne
cessent de répéter:
<Sat=1> hélas $!  que deviendrons nous?
<Sat=0> ce que nous deviendrons, foutre $!  rien que
ce que nous sommes, des républicains; jamais,
non, foutre, jamais nous ne reviendrons sur
nos pas. nous avons juré d'être libres, nous
resterons libres, malgré tous les brigands couronnés
et les millions d'esclaves qu'ils ont
armés contre nous. la nature entière serait elle
conjurée contre nous, un nouveau déluge
fût il prêt à fondre sur nous, la terre dût elle
nous engloutir, le monde entier fût il bouleversé,
jusqu'au dernier soupir, nous crierons:
vive la république, vive la liberté et l'égalité.
l'âme d'un véritable patriote est inébranlable,
son courage augmente avec les dangers. il ne
redoute qu'un seul malheur c'est celui d'être
esclave.
 § infâmes tyrans, qui, pour nous faire la loi,
avez voulu nous épouvanter par des brigandages,
des incendies, des massacres, vous
vous battez la tête contre un mur, foutre,
<Epg=3> nos campagnes ravagées, les vieillards, les
femmes, les enfants égorgés nous crient vengeance.
le sang que vous avez versé rejaillira
sur vous. toutes les trahisons que vous avez
manigancées pour nous perdre ne feront que
hâter votre chute. vous avez commencé la
danse, et, foutre, nous vous avons appris
notre fameuse carmagnole; la dernière ronde
va commencer, et, foutre, vous sauterez le
pas, j'en jure par ma moustache. vous êtes
au bout de votre rollet, et vous ne savez plus
de quel bois faire flèche; vous êtes si bas
percés, foutre, que vous n'osez plus nous
tenir tête, et vous n'avez plus d'espoir que
dans les trahisons que vous cherchez à exciter
parmi nous. la disette est votre grand cheval
de bataille, vous espérez réduire par la famine
un grand peuple que vous n'avez pas la force
de combattre. encore une fois, ignorez vous
de quoi les républicains sont capables? avez vous
oublié les sièges de *lille  et de *landau ?
les bougres à poil qui défendaient ces deux
places, n'ont ils pas préféré mourir de faim
et s'ensevelir au milieu des ruines, plutôt que
de capituler? eh $!  foutre, ne vous ont ils pas
forcés, par leur constance et leur courage, à
<Epg=4> rebrousser chemin, et rentrer chez vous comme
des colimaçons dans leur coquille? comme
les lièvres, perdez vous donc la mémoire en
courant? n'avez vous pas vu nos braves
guerriers sans habits, sans bas, sans souliers,
vous pousser l'épée dans les reins, et, la
baïonnette en avant, vous enlever des redoutes
hérissées de canon.
 § non, foutre, il n'y a que des républicains
capables de pareils traits; mais, tonnerre de
dieu, les *sans-culottes  de l'intérieur ne se
laisseront pas plus dégoter en générosité. ils
ont aussi une rude guerre à soutenir: environnés
d'intrigants, de voleurs et de traîtres,
toujours aux prises avec les aristocrates et les
royalistes, ils ne cessent de batailler, et ses
lâches ennemis, qui veulent assassiner la république,
ne sont pas moins cruels que les
pandores  prussiens et autrichiens. leurs poignards
sont plus redoutables que les canons
chargés à mitraille. diviser les *sans-culottes
et les affamer, voilà la devise de cette clique
infâme.
 § des lois salutaires et la surveillance des
magistrats *sans-culottes  avaient fait cesser la
guerre du pain, mais, foutre, la bande de
<Epg=5> *cartouche , soudoyé par *pitt  pour nous tourmenter,
est revenue à la charge; ces scélérats
se sont répandus dans les campagnes, ils y
achètent tout ce qu'ils peuvent trouver de
vaches et de brebis pleines. les bouchers,
qui ne demandent pas mieux que nous faire
manger de la vache enragée, ont donné à
plein collier dans cet affreux tripotage; la
génisse a été égorgée avec le veau qu'elle portait,
la brebis et l'agneau qui était prêt à
naître, la truite et ses petits marcassins, à
peine formés, ont été détruits. heureusement,
foutre, les braves lurons du faubourg *saint-*antoine ,
qui sont sans cesse à l'affût, ont
découvert cet abominable complot, et ils l'ont
dénoncé; il était temps, foutre, car, en détruisant
ainsi toutes les femelles  des animaux
utiles à l'agriculture, bientôt les campagnes
auraient été sans engrais, bientôt les boeufs
auraient manqué à la charrue, bientôt nous
n'avions plus de laine pour nous vêtir, bientôt
plus de cuir pour nous chausser; nos armées
de terre n'allaient plus avoir de subsistances,
et la gamelle était renversée, plus de salaison
pour nos braves marins. les jean-foutres qui
ont prêté les mains à ce nouveau coup de
<Epg=6> chien, sifflent maintenant la linotte, et j'espère
que leur châtiment servira d'exemple à
ceux qui seraient tentés de les imiter.
 § pour réparer le mal que ces coquins ont
déjà fait, et pour donner le temps de peupler
à toutes les espèces d'animaux utiles qui
commencent à s'épuiser, je voudrais,  foutre ,
que l'on prenne d'avance des précautions; je
me débaptise, foutre, quand je vois de
riches fainéants qui ne font oeuvre de leurs
dix doigts, et qui ne savent que conspirer
et dévorer à eux seuls, toutes nos subsistances.
que l'on commence d'abord par mettre
au régime tous ces muscadins et muscadines,
toute cette canaille qui regorge dans nos prisons,
et qui, au mépris de l'égalité, y fait une
chair de chanoine, tandis que les autres prisonniers,
beaucoup moins coupables, n'ont
que du pain détrempé dans leurs larmes. je
voudrais que dans les halles et les marchés,
les hommes utiles, les ouvriers eussent la
première part. les subsistances appartiennent
de préférence à ceux qui travaillent pour les
autres. les  paresseux  ne sont pas même
dignes de glaner sur la terre de la liberté.
si notre révolution se perfectionne, comme
je n'en doute pas, le *lazare  ne sera pas
étendu sur son fumier à la porte du mauvais
riche en attendant les miettes de sa table;
mais, foutre, à son tour le *sans-culotte
jouira du fruit de ses  sueurs , et ce  sera le
riche égoïste, l'être inutile qui crèvera de
honte et de misère, ou plutôt cette race
pestiférée disparaîtra.
<Epg=7> § avant tout il faut songer à nos braves
frères des armées. il n'est pas un bon  *sans-culotte
qui ne se réduise au pain et à l'eau
pour assurer les subsistances de ceux qui défendent
la patrie. je propose donc, et je suis
assuré qu'aucun républicain ne me démentira,
de faire un carême civique dans toute l'étendue
de la république. le printemps approche;
lorsque nous pourrons remplacer la viande
par les légumes, qu'il soit défendu de tuer
un seul animal, bientôt ils fourmilleront dans
tous les départements et nous en aurons à revendre.
les gourmands  vont crier haro sur
moi, mais, foutre, celui qui préfère son
ventre à la patrie, doit plier bagage et ne pas
rester avec les républicains qui  doivent faire
tous les sacrifices à la patrie. eh, foutre $!  en
est il d'assez grands pour obtenir la liberté?
d'ailleurs nous ne ferons que semer pour recueillir.
quand nous aurons chassé nos ennemis
de notre territoire, quand la paix sera
assurée au dehors et au dedans , nous nous
décarêmerons et nous nous en foutrons des
pilles éternelles.j'invite donc tous les amis
sincères de la liberté à appuyer ma motion.
qu'est ce donc que quelques mois de privation
pour assurer la liberté? ah $!  foutre, si
nous pouvions jeter le manche après la
cognée, si les mangeurs d'hommes, qui
veulent nous asservir, pouvaient réussir, il
faudrait bien nous attendre à un autre carême.
les *sans-culottes  qui échapperaient à
la hache des bourreaux seraient condamnés à
<Epg=8> un jeûne éternel. plongés dans le plus dur
esclavage, la terre arrosée de leur sang, ne
produirait que pour les maîtres barbares qui
les feraient expirer dans les plus longs et les
plus cruels tourments, foutre.
 <Sda=1794> <numero=347> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande joie du *père *duchesne .
au sujet de la fête que les *sans-culottes  ont
célébrée dans le temple de la raison, en
réjouissance de l'abolition de l'esclavage des
nègres.  ses bons avis  à tous les républicains,
pour qu'ils continuent de ne reconnaître d'autre
culte que celui de la liberté et de l'égalité,
en dépit des cagots, des calotins et des intrigants
qui cherchent à se raccrocher aux
branches, pour tromper le peuple et l'égarer.
<edito=1> § si je n'ai pas encore parlé du fameux décret
<Epg=2> qui abolit l'esclavage des nègres, qu'on ne
s'imagine pas, foutre, que le *père *duchesne
ait été un des derniers à l'approuver et à
bénir la convention d'avoir tranché le noeud
gordien, en rendant la liberté à tant de milliers
d'hommes. fallait il donc tourner si longtemps
autour du pot pour savoir s'il peut exister des
esclaves dans un pays libre !  quoi donc,
la nation française a déclaré dans sa
constitution qu'elle donnerait assistance à tous
les peuples opprimés, et elle  souffrirait qu'au
delà des mers on put exercer en son nom la
plus odieuse tyrannie. je sais que des raisonneurs
à perte de vue prétendent que sans l'esclavage
des nègres, les colonies ne pourraient
exister. tonnerre de dieu $!  quelle est la terre
maudite qui ne peut rien produire si elle n'est
arrosée de sang, et quels  sont les fruits amers
et empoisonnés qui sortent de son sein? quoi!
nos îles seraient stériles, si elles étaient cultivées
par des hommes libres !  oui, foutre,
elles le seraient, mais pour qui? pour les marchands,
les accapareurs, les riches égoïstes,
pour ces aventuriers, ces vagabonds, le rebut
de l'*europe , pour ces tigres blancs qui s'engraissent
du sang des noirs; mais, foutre,
<Epg=3> ces noirs , devenus libres, en seront ils moins
industrieux? deviendront ils  impotents quand
ils travailleront pour eux? croit on que la
liberté soit moins puissante pour leur donner
du coeur à l'ouvrage que les fouets et les bâtons
sous lesquels on les fait expirer? non, foutre,
le nègre devenu libre et propriétaire deviendra
plus industrieux, plus actif. ce ne sera plus
pour un maître barbare qu'il arrosera la terre
de ses sueurs et de ses larmes.ses enfants lui
appartiendront, ils lui feront chérir la vie;
en échange du sucre et des autres denrées qu'il
aura cultivées, nous troquerons avec lui nos
étoffes et les productions de notre sol. alors
nous ferons avec lui des traités d'alliance et de
commerce. heureux, foutre, si le blanc républicain
peut un jour, par sa bonne foi et sa
justice, faire oublier à l'homme noir tous les
maux que ses pères lui ont fait endurer.
 § ah $!  quel beau jour, foutre, que celui où
on a vu un brave africain et un mulâtre prendre
séance à la convention. un temps viendra, je
l'espère, où tous les peuples de la terre,
après avoir exterminé leurs tyrans, ne formeront
qu'une seule famille de frères. peut-être
un jour verra t on des *turcs, des *russes,
<Epg=4> des *français, des *anglais, des *allemands même
réunis dans le même sénat, et composer une
grande convention de toutes les nations de
l'*europe . c'est un beau rêve qui cependant
peut se réaliser. je ne crois cependant pas,
comme le prophète *anacharsis , que nous
devions faire les *don-*quichotte , et aller
entreprendre une croisade universelle pour
convertir à la liberté ceux qui ne sont pas
encore dignes de la connaître. c'est au temps
et à la raison à faire un pareil miracle. commençons
à établir chez nous cette liberté; lorsque
les autres nations verront les fruits qu'elle
aura produit, lorsque sous des lois sages nous
serons tous heureux, alors les hommes qui
auront un peu de sang dans les veines, chercheront
à nous imiter, et nous donnerons un
coup d'épaule à ceux qui voudront sortir
d'esclavage.
 § un événement aussi heureux, foutre, que
celui qui anéantit jusqu'au dernier signe de
l'esclavage en *france  devait être célébré par
les *sans-culottes . la commune de *paris  qui,
la première, a levé le drapeau de la liberté,
vient de rendre hommage à la raison de ce
nouveau triomphe. j'aurais voulu, foutre, que
<Epg=5> la *france  entière eut assisté à la fête républicaine
qui a eu lieu, décadi dernier, en réjouissance
de l'abolition de l'esclavage des nègres.
jamais, foutre, les voûtes de la ci-devant
cathédrale ne retentirent d'un pareil  te deum .
tous les bons *sans-culottes , les   sociétés populaires ,
les autorités constituées environnaient
l'autel de la raison. une députation de
la convention vint aussi lui offrir l'encens des
représentants du peuple. tous les regards
étaient fixés sur les trois *montagnards américains.
alors, foutre, je me suis rappelé
l'histoire ou le roman du *sans-culotte  *jésus
en contemplant auprès de la statue de la liberté,
ces trois braves lurons qui viennent du
bout du monde rendre hommage à la divinité
des hommes libres; j'ai cru voir les trois mages
qui visitaient dans son berceau le prétendu
fils du patron des cocus. mais, foutre, ce
n'est pas une étoile qui leur a servi de chandelle,
mais c'est le flambeau de la vérité qui
les a conduit; ce n'est pas un dieu mangeant
de la bouillie qu'ils viennent adorer, mais
c'est la divinité éternelle, c'est la raison. les
bergers et les pastoureaux, en célébrant la
naissance du fils de *marie , se réjouissaient
<Epg=6> de ce qu'il venait de leur naître un nouveau
roi, mais, foutre, les *sans-culottes  au contraire,
dans leurs chants de victoire ont annoncé
la chute de tous les rois. *chaumette ,
agent national, dans un discours rempli de
patriotisme, a célébré la liberté des noirs,
et tous les bons *sans-culottes  lui ont pardonné
son réquisitoire de malheur, et dont lui-même
il a fait depuis longtemps amende honorable.
 § tous les bons républicains s'empresseront
sans doute d'imiter leurs frères de *paris ;
comme nous, foutre, ils se réjouiront de l'abolition
de l'esclavage des nègres. les sociétés
populaires, d'un bout de la république à
l'autre, établissent le culte de la raison. pour
prouver comme elles sont au pas, je copie le
serment que les *sans-culottes  de *moulins
viennent de prêter. j'espère qu'il sera bientôt
celui de tous les *français .
<Sat=2> "je jure de maintenir de tout mon pouvoir
l'unité et l'indivisibilité de la république,je
jure en outre de reconnaître pour mon frère tout
homme juste et vraiment  ami de l'humanité,
quelque soit sa  couleur , sa taille et son pays,
je jure enfin de n'avoir jamais d'autre religion
<Epg=7> que celle de la nature, d'autre temple que
celui de la raison, d'autres autels que ceux
de la patrie, d'autres prêtres que nos législateurs,
ni d'autre culte que celui de la liberté, de
l'égalité et de la fraternité."
<Sat=0> § voilà, foutre, la véritable religion des patriotes.
voilà la foi des hommes libres, malgré
les cagots, malgré les calotins qui cherchent
à se raccrocher aux branches, malgré
les fourbes et les intrigants, les bons républicains
n'auront d'autre culte que celui de la
raison. la religion des esclaves ne sera jamais
celle d'un peuple libre. les *français  ne s'égorgeront
plus pour des prêtres imposteurs
qui, au nom d'un dieu de paix, ont inondé
la terre de sang, et établi leur domination
sur des ruines et des monceaux de cadavres.
si l'être qui nous a créé exige de nous un
culte, celui de la raison doit seul lui être
agréable. il a mis dans nos coeurs l'amour de
la justice et la haine des méchants. sa volonté
est donc, foutre, que nous soyons humains,
bienfaisants et justes, n'importe comment.
puisque la raison seule peut nous apprendre
nos devoirs et nos droits, n'écoutons qu'elle
seule. tout le reste n'est que mensonge et
<Epg=8> imposture. ainsi donc, foutre, vive la raison
vivent la vérité et l'humanité !  au foutre les
prêtres, qui ne savent que mentir, tromper,
voler et égorger, foutre.
 <Sda=1794> <numero=348> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande colère du *père *duchesne ,
en apprenant une nouvelle conspiration des
phélippotins, pour armer tous les ci-devant
procureurs, avocats, huissiers et clercs du
*haut et *bas *maine , contre les *jacobins  et
la *montagne .  grand serment  prêté par ces
cartouches de ne pas souffrir qu'un seul chapon
du pays de la chicane , entré dans le garde-manger
des *sans-culottes  parisiens, jusqu'à
ce que le brevet des petites maisons, qui a été
délivré à *phélippotin, ait été changé contre
un certificat de raison et de probité.
<edito=1> § lorsqu'un grand orage se prépare, on
<Epg=2> aime à le voir se former, à examiner les
nuages qui s'élèvent et qui portent la foudre.
il n'y a pas de plus beau feu d'artifice que les
éclairs qui en partent, et de musique comparable
au bruit du tonnerre; mais, foutre, c'est
de loin que tout cela est beau, car lorsqu'on
se voit environné de feu, quand on entend sur
sa tête les roulements des tambours du père
éternel, et, comme disent les bonnes femmes,
lorsqu'il déchire ses draps, lorsque la grêle renverse
les arbres et les maisons, lorsque la
foudre, en tombant, ébranle la terre, alors
le bougre le plus intrépide est frappé d'épouvante.
ce tableau ressemble à celui de la guerre.
rien de plus beau que les préparatifs; lorsque le
son de la trompette ou le bruit de la caisse appellent
les jeunes républicains aux combats,
quel plaisir, quelle joie, foutre, de voir tous
les soldats voler aux armes !  l'air alors retentit
du son des instruments guerriers et des chansons
civiques. tous les bons *sans-culottes
sont émus jusqu'aux larmes. le vieillard se sent
rajeunir, il ranime le peu de forces qui lui
restent pour se mettre sur les rangs, et pour
voler comme les enfants à la défense de la patrie.
les femmes mêmes oublient leur faiblesse et
<Epg=3> n'écoutant que leur courage, elles
veulent partager les dangers de leurs pères et
de leurs époux.
 § tel est, foutre, en ce moment le grand
spectacle que la république nous retrace d'un
bout à l'autre. partout je vois forger des
armes. tous les bras sont occupés à fabriquer
les instruments qui vont porter la mort à tous
les brigands couronnés et à leurs esclaves. le
salpêtre travaillé par les *sans-culottes , arrive
par charretées à la convention. les routes
sont couvertes de chariots et d'équipages de
guerre. encore quelques jours et le grand
coup de peigne va commencer. jamais, foutre,
depuis que le monde existe, on n'aura vu
une carmagnole semblable. d'un côté, douze
cent mille bougres à poil qui ont juré de vivre
libres ou de mourir, s'exercent du soir au
matin aux combats, et ils brûlent d'impatience
de voler à la victoire. ils n'attendent que le
signal pour se précipiter, comme un torrent,
sur les lâches et vils satellites des tyrans. de
l'autre côté, je vois ces bandes de voleurs et
d'assassins, que l'espoir du pillage avait armés
qui, après avoir ravagé nos frontières sans
défense, saccagé les villes et les villages,
<Epg=4> égorgé les vieillards, les femmes et les enfants,
auraient tous laissé leur os dans les plaines de
la *champagne  et sur les bords du *rhin , sans
les trahisons de l'infâme *dumouriez , du
général *moustache et du galfâtre *houchard .
maintenant, foutre, que ces enfonceurs de
portes ouvertes savent ce que pèsent les bras
des républicains, ils sont comme le chien à
*jean de *nivelle , qui s'enfuit quand on l'appelle.
ce n'est plus qu'à coups de bâton que
l'on peut remuer ces ours mal léchés. quoiqu'il
en soit cette foutue canaille aura beau
mettre les pouces et demander quartier,  ils n'en
sera plus temps, il faut que tout le sang pur
versé par ces monstres soit enfin vengé. le
vin est tiré, il faut le boire, foutre.
 § tonnerre de dieu, quand je songe au grand
combat qui va s'engager entre la liberté et le
despotisme, mon sang bouillonne, et je m'arrache
les poils de la moustache en songeant
que je resterai les bras croisés pendant la
mélée,quoi,foutre,on va donner le coup
de grâce à la tyrannie, et le *père *duchesne  ne
sera pas de la fête !  quoi $!  pendant cette
guerre sanglante je n'aurai pas seulement dérouillé
ma vieille rapière !  quoi, dans mon
<Epg=5> jeune âge j'étais le plus terrible canonnier-bombardier
de toute l'armée; je me peignais
si dur et si bêtement pour un roi, et je n'aurai
pas brûlé une seule amorce pour la république!
je n'aurai pas foutu l'âme à l'envers à un seul
*autrichien !  quand nos jeunes républicains,
après la victoire, rentreront couvert de lauriers,
on me montrera au doigt comme un
capon, et je n'oserai plus montrer mon bougre
de nez. c'est fini, foutre; adieu mes fourneaux,
adieu ma *jacqueline , adieu mes petits
marmots, je vous quitte pour voler à la gloire.
je pars pour la guerre, foutre; mais, nom
d'une pipe, quand je n'y serai plus qui surveillera
les traîtres? n'y a t il donc plus de
conspirateurs à dénoncer? aristocrates, royalistes,
phélippotins, quelle épine je vous
 tirerais du pied en allant me faire casser
gueule. c'est alors que vous feriez la pluie et
le beau temps; non, foutre, non, je vous l'ai
promis, je ne vous quitterai pas plus que
votre ombre, et vous me verrez toujours à
vos trousses jusqu'à ce que vous ayez fait
la dernière révérence à la statue de la liberté
sur la place de la révolution. si j'ai eu la bouche
close pendant quelques instants, c'était pour
<Epg=6> mieux vous observer. je connais tous les coups
de chien que vous manigancez contre les patriotes.
jean-foutres, vous serez confondus , et
je reste pour vous combattre; puisque mon lot
est d'écraser les crapauds et les serpents qui infectent
la terre de la liberté, je renonce aux
honneurs de la guerre. c'est toujours servir
sa patrie que de la délivrer des plus vils et
des plus méprisables de ses ennemis. ainsi
j'abandonne mon projet d'aller batailler avec
les brigands du *nord , pour livrer un combat
à mort aux *cartouche-*philippotins  qui osent
encore lever la crête.
 § tremblez, *sans-culottes , vous ne connaissez
pas, foutre, tous les dangers qui vous
menacent; apprenez à ne jamais chanter victoire
avant d'avoir foutu votre ennemi sur le
carreau. *phélippotin  qui devait se trouver trop
heureux d'être sorti du combat avec ses longues
oreilles, est encore le champion qui va vous
donner du fil à retordre; c'est un second
*charette  qui, après avoir été étrillé, sort de
dessous terre, et reparait à la tête de nouveaux
brigands, en un mot, c'est un bougre à faire
trembler la volaille. aussitôt que les avocats
et procureurs du *haut et *bas *maine , ont été
<Epg=7> informés de la  fatale déconfiture, aussitôt
qu'ils ont appris que le grand *phélippotin ,
le dernier espoir de la chicane  avait reçu un
brevet des petites maisons, tous se sont levés
en masse pour venger l'honneur de la robinaille:
<Sat=1>"vengeons nous,<Sat=0> se sont ils écriés
d'une commune voix,<Sat=1> déclarons à la face de
la *haute et *basse *normandie  que *phélippotin
a toujours notre confiance, quoique les *jacobins
lui aient donné les étrivières. soutenons
malgré la montagne, que *phélippotin  a plus
d'esprit, de bons sens et de probité que la
convention entière; demandons à grands cris
que *vincent , *ronsin  et *rossignol  soient remis
en cage, et si notre pétition est sifflée,
mettons une barrière éternelle entre la *seine
et la *sarthe . jurons que jamais un seul chapon
du *maine  n'entrera dans le garde-manger d'un
*parisien; jurons qu'aucun jacobin ne sentira
le fumet de nos perdrix jusqu'à ce que *levasseur
et *choudieux , ces renégats manceaux,
aient été raccourcis, jusqu'à ce que ce maudit
*père *duchesne  ait éternué dans le sac".
<Sat=0> § ce serment terrible a été prononcé, foutre,
nous voilà dans des beaux draps, mais heureusement
qu'il y a de braves gens partout.
il ne faut pas croire que tous les *manceaux
soient des phélippotins. les *sans-culottes  du
*mans  doivent se connaître en brigands; ils ont
vu de près ceux de la *vendée . ils verront que
les phélippotins ressemblent aux soldats de l'armée
catholique, comme un petit lièvre à un
grand, et eux-mêmes ils se joindront à nous
<Epg=8> pour en purger la terre. au surplus, les gens
de loi qui savent si bien dévirer les chapons,
ne les élèvent pas; malgré les phélippotins,
nous mangerons encore des poulardes et des
perdreaux; mais les phélippotins à force de cabaler
et de conspirer, finiront par perdre le
goût du pain, foutre.
 <Sda=1794> <numero=349> <semaine=812> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande colère du *père *duchesne ,
de voir que l'instruction publique ne va que
d'une aile, et qu'il existe des accapareurs
d'esprit qui ne veulent pas que le peuple soit
instruit, afin que les gueux continuent de
porter la besace.  ses bons avis  à toutes les
sociétés populaires, pour qu'elles donnent le
grand coup de collier à l'instruction des *sans-culottes ,
afin d'écraser une bonne fois le
fanatisme et la tyrannie.
<edito=1> § le plus grand malheur de l'homme, c'est
<Epg=2> l'ignorance, foutre; elle est la cause de presque
toutes les sottises et de tous les crimes qui se
commettent sur la terre. c'est elle, foutre,
qui a engendré tous les maux qui nous affligent.
le despotisme est son ouvrage, le fanatisme
est son chef d'oeuvre; car, foutre, si
les hommes avaient eu le sens commun, jamais
ils n'auraient été dupes des tours de gibecière
des charlatans à calotte, et ils ne se seraient
pas laissé lier, garrotter et museler
pendant tant de siècles par les faquins qui
osaient s'intituler  princes, rois et empereurs.
le premier qui fut prêtre était un bougre un
peu plus dégoisé que les sauvages avec lesquels
il vivait. il avait remarqué que son chat se
frottait le museau ou que son âne remuait
l'oreille toutes les fois que le temps devait changer.
tout fier d'avoir fait cette grande découverte,
il s'en servit pour tromper les autres et
pour les voler, en leur disant que le père
éternel ou même le diable lui  soufflaient dans
l'oreille pour lui annoncer la pluie ou le beau
temps. comme on sait, il n'y a que le premier
pas qui coûte, foutre. l'imposteur, après avoir
une fois trouvé des dupes, imagina d'autres
sornettes pour embêter les sots qui l'entouraient .
<Epg=3>il se joignit ensuite à d'autres fourbes qui lui
servirent de paillasses et qui imaginèrent
d'autres tours de force pour jeter  de la poudre
aux yeux. voilà, foutre, la véritable origine
du métier de calotin , qui est devenu si
bon pour ceux qui l'exerçaient, et si funeste
pour les peuples qui se sont laissé gourer par
ces bateleurs. c'est donc, foutre, parce que
de pauvres badauds, qui ne savaient ni  a  ni  b ,
n'avaient pas examiné pourquoi les chats se
grattaient, c'est parce qu'ils ne savaient pas
toute la science qu'il y a dans les oreilles
d'âne, qu'ils ont eu des prêtres, et que le
chancre du fanatisme a si longtemps rongé l'espèce
humaine.
 § si l'on veut également remonter au premier
roi, on trouvera un brigand farouche et cruel,
un véritable chouan qui n'a eu d'autre mérite
que d'avoir une crinière longue et plus
noire que celle des autres sauvages, et une
barbe si touffue, qu'il avait l'air d'un loup-garou,
et s'il osa le premier faire la loi à ses
semblables, c'est qu'il savait jouer du bâton
à deux bouts. voilà, foutre, le premier
sceptre qui a existé sur la terre; ce n'était
qu'un casse-tête qui servait à ce mangeur
<Epg=4> d'hommes à fendre les crânes de ceux qui
osaient lui disputer la meilleure part de la
chasse; quoique ce sceptre ne paraisse plus
qu'un hochet entre les mains des muscadins
couronnés, c'est cependant l'arme la plus
terrible; il écrase des milliers d'hommes, il
donne le signal de l'incendie, du viol, du
meurtre, du carnage, et il détruit plus
d'hommes que la peste et la famine.
 § c'est donc encore l'ignorance qui a fait les
rois, et, comme je le soutiens, si les lâches
qui, les premiers, ont pu se donner un maître,
n'avaient pas été des poules mouillées, s'ils
n'avaient pas eu peur d'une grande barbe, si,
au lieu de se laisser rondiner par le premier
scélérat qui osa lever la main sur son semblable,
ils avaient aussi appris à jouer du bâton, ou
plutôt s'ils avaient mis leur  tête dans un bonnet
pour étouffer ce monstre, ils auraient continué
de vivre libres et heureux. au lieu de
se déchirer et de se dévorer les uns aux autres,
ils seraient restés unis comme des frères.
 § les tyrans, foutre, qui savaient bien que leur
pouvoir est fondé sur l'ignorance, ont grand
soin de l'entretenir, car il ne faut qu'un souffle
de la raison pour renverser tous leurs châteaux
<Epg=5> de cartes. ils protègent la superstition, parce
que la superstition abrutit l'homme et lui ôte
tout son courage et son énergie, ils veulent
que le peuple soit trompé, car, foutre, tandis
qu'il a la tête pleine de sorciers, de revenants,
et de tous les contes du diable et de l'enfer,
il ne songe pas au véritable enfer, à l'enfer
de l'esclavage. aussi, foutre, le plus grand
crime aux yeux des despotes, c'est de parler
raison et de prêcher la vérité. j'ai vécu dans
ces temps de malheur, où il n'était permis aux
*sans-culottes  que de lire l'almanach de *liège
et le messager boiteux. malheur au pauvre barbouilleur
qui osait dans son grenier griffonner
un livre pour éclairer le peuple. je me souviens
d'avoir vu brûler au pied de l'arbre de la *bazoche ,
tous les écrits des braves bougres qui
nous ont appris à devenir libre. je me souviens
de tous les mandements d'évêques et d'archevêques
contre le bonhomme *j-*j- *rousseau ,
de tous les arrêts du parlement, de toutes les
lettres de cachet qui pleuvaient comme la
grêle sur la tête de cet ami de l'humanité.
comme *marat , il était obligé de se cacher de
cave en cave pour n'être pas grillé tout vivant
en place de *grève . le paillard, le crapuleux
<Epg=6>*louis-XV  n'aurait jamais pardonné à *voltaire
d'avoir fait  *brutus  , et d'avoir turlupiné, toute
sa vie, les calotins. si ce même *voltaire ,
pour se tirer de presse et pour éviter la brûlure,
ne s'était pas avili en flagornant les rois
et en faisant des couplets muscadins en l'honneur
de toutes les putains royales et des maquereaux
du roi très chrétien.
 § il est donc clair comme deux et deux font
quatre, que le grand secret de la tyrannie,
pour écraser les hommes, c'est de les tenir
dans l'ignorance, il faut donc, foutre, que
tous les bougres qui ont du sang dans les
veines et qui savent aussi que la raison est la
botte secrète pour tuer la tyrannie, ne cessent
de prêcher la raison. il faut donc, si on veut
sincèrement établir la liberté, combattre,
étouffer tous les préjugés ; il faut instruire tous
les hommes. car, foutre, si nous continuons de
laisser toujours tous nos oeufs dans le même
panier, c'est à dire, si les *sans-culottes  ne
peuvent se procurer autant d'instruction que
les riches, bientôt ils redeviendront esclaves,
il y aura bientôt un accaparement de science,
et les gueux porteront toujours la besace.
 § ah $!  foutre, si l'assemblée constituante avait
<Epg=7>joué beau jeu, bel argent, si elle avait été
de bonne foi comme la convention, les
écoles primaires seraient établies depuis quatre
ans, et il n'y aurait pas un seul *sans-culotte
dans toute l'étendue de la république qui ne
sut lire et écrire. nous ne serions pas à la
merci des gens de loi et des  calotins qui
occupent toutes les places, et qui feront la
pluie et le beau temps jusqu'à ce que tous les
*sans-culottes  soient instruits. pour réparer le
temps perdu, et pour écraser une bonne fois
toutes les vermines de l'ancien régime, je
voudrais que tous les amis de la liberté se
réunissent pour donner un grand coup de
collier à l'instruction publique. sociétés patriotiques
quelle belle tâche je vous propose!
désignez tous les hommes purs et éclairés pour
remplir les places dans les écoles primaires;
chargez vous vous-mêmes d'instruire les *sans-culottes ,
et ouvrez, toutes les décades,
des cours d'instruction pour les pauvres *sans-culottes ;
donnez des prix à ceux qui composeront
les meilleurs ouvrages pour cette
instruction, et pour les livres élémentaires
que la convention a décrétés; obligez chacun
de vos membres à payer ce tribut qu'il doit
<Epg=8>à la patrie. quand tous les hommes qui savent
penser et écrire  auront couché leurs idées sur
le papier, vous ramasserez tout ce que vous
trouverez de bon. c'est vous, foutre, qui
avez fondé la liberté; mais ce n'est pas assez
vous devez nous apprendre à la conserver;
délivrez nous du mensonge et de l'ignorance,
et vous donnerez le coup de grâce à toute
espèce de tyrannie, foutre.
 <Sda=1794> <numero=350> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande joie du *père *duchesne ,
au sujet du fameux décret qui confisque les
châteaux, les palais et tous les biens des
jean-foutres qui sifflent la linotte, et de voir
que les viédases qui avaient la patte graissée
pour demander l'ouverture des prisons, ont
enfin un pied de nez.  ses bons avis  pour
qu'on foute à fond de cale tous ces aboyeurs
et des journalistes de *coblentz , et qu'on les
envoie avec toute la pacotille du diable qui
va partir pour le *mississipi .
<edito=1> § dans ce bas monde tout va par compère
<Epg=2> et compagnon; chacun a sa coterie et chaque
coterie veut l'emporter sur les autres.
voilà, foutre, la cause de toutes les disputes,
de toutes les querelles des trois quarts et demi
des hommes; au lieu de suivre la route que
la raison leur a tracée, ils semblent chercher
toutes les pierres pour se casser le col, et tous
les précipices pour s'y plonger; ils se forgent
mille chimères, ils bâtissent des châteaux en
*espagne , ils veulent tous être heureux, et
ils tournent le dos au bonheur; ils détestent
l'esclavage, et ils ne font que se forger des
fers; toujours dupes  des charlatans et des
fripons, ils méprisent ceux qui leur donnent
de bons avis, et ils baillent quand on leur
parle raison; ils cherchent la vérité, et ils se
bouchent les yeux quand son flambeau les
éclaire, ils sont sourds à sa voix.
 § je pardonne ces défauts, tous ces vices
à des pauvres bougres abrutis par l'esclavage,
mais, foutre, je mange mon sang quand je
vois des républicains se faire des procès sur
la pointe d'une aiguille. je me débaptise
quand je songe à tous les malheurs que leurs
divisions peuvent occasionner, et je voudrais
étouffer de mes mains tous les jean-foutres
<Epg=3>qui les trompent et qui les égarent. il est des
scélérats qui ne cherchent que plaie et bosse,
monstres qui ne respirent que le meurtre
et le carnage pour s'engraisser, comme des
corbeaux, sur les cadavres des *sans-culottes .
 § pendant quelques instants ces oiseaux de
proie avaient disparus, foutre, et depuis que
la terreur était à l'ordre du jour, ils restaient
tapis dans leurs trous. le peuple commençait
à respirer; les denrées abondaient, les assignats
étaient au pair, et les patriotes, avec
raison, regardaient la sainte guillotine comme
la pierre philosophale; mais, foutre, depuis
que les renégats de la *sans-culotterie  ont
proposé d'ouvrir les prisons, et de donner la
clefs des champs à tous les brigands qui sifflent
la linotte, les fripons, les conspirateurs ont
repris le mors aux dents, et plus que jamais
ils ont osé lever la crête. des *jean-foutres ,
qu'on ne connaissait ni d'*eve  ni d'*adam ,
sont tombés , comme des nues, dans les sections
et dans les sociétés populaires avec
des bonnets rouges et des larges pantalons.
ils ont soufflé le froid et le chaud, et ils
ont trouvé le moyen de brouiller les cartes,
et de mettre tous les citoyens à chien et à
<Epg=4>chat. les meilleurs patriotes ont été vilipendés,
traînés dans la boue par les plus vils jean-foutres;
des bougres à poil qui depuis la prise
de la *bastille  n'avaient pas bronché d'une
ligne, ont été jetés dans les cachots; on ne
savait plus lequel entendre, ni à quelle branche
se raccrocher; les fripons qui bâtissent
leur fortune publique, ont profité
de ce désordre pour mieux pêcher en eau
trouble; tandis, foutre, que les patriotes
étaient obligés de se défendre, on ne songeait
pas à eux, et ils ont eu un moment
de répit.
 § tonnerre de dieu, ils ne porteront pas
en enfer, et ils auront du rabat joie avant
qu'il soit l'âge d'un petit chien. déjà , foutre,
tous les véritables républicains se réveillent.
on ne leur fera pas plus longtemps à croire
que des vessies sont des lanternes. c'est en vain
que l'on veut ménager la chèvre et le chou,
et que l'on cherche à sauver des scélérats
qui ont conspiré contre la liberté . justice
sera faite, malgré les endormeurs qui veulent
nous mettre au pas des écrevisses. nous savons
maintenant là où le bat nous blesse.
l'ordre, la sûreté, l'abondance, le salut de
<Epg=5>la république dépendent de notre courage et
de notre énergie; ce dernier signe de vie
que les aristocrates viennent de nous donner,
ne fera que hâter leur supplice. le peuple
connaît ses véritables ennemis malgré tous les
masques dont ils se couvrent, il les tient en
joue; et foutre, au premier signal ils vont
être exterminés. pas un n'échappera au sort
qu'il a mérité. chat échaudé craint l'eau froide.
les *sans-culottes  ne se laisseront plus foutre
dedans par les intrigants. il leur a cuit l'année
dernière pour être restés les bras croisés lorsque
l'infâme *dumouriez  manigançait tous ses
coups de chien avec les *brissotins. les bougres
qui veulent aujourdhui  ressusciter le fédéralisme,
les jean-foutres qui accusent les
généraux *sans-culottes , et qui employent le
vert et le sec pour mettre à la tête de nos
armées certain coupe-jarrets,que nous connaissons
tous, ces intrigants, tous ces gibiers
de guillotine, auront un pied de nez, et,
comme les *brissotins, dont ils suivent les
traces, ils finiront par faire la grande bascule.
 § au surplus, je suis tranquille, foutre, la
convention, au milieu de tous les orages et
environnée de toutes sortes d'intrigues, est
<Epg=6>toujours au pas. dans le moment où j'écris,
j'apprends qu'elle vient de rendre un décret
fameux  qui va ronger les ongles à tous les
ennemis du peuple, et mettre  à quia  tous les
conspirateurs.  bravo , foutre,  bravo , les gredins
qui sifflent la linotte ne souilleront jamais
la terre de la liberté. au foutre toutes les
motions de *coblentz  et tous les projets des
phélippotins, au foutre le tribunal de clémence,
le grand jugement du peuple, porté
sur tous les hommes suspects, sera exécuté.
il est décrété, foutre, qu'à la paix ils seront
tous embarqués pour le  *mississipi , leurs châteaux,
leurs palais, tout ce qu'ils possèdent
est confisqué au profit de la république. que
de jean-foutres ont les vivres coupés. tous
ces écrivailleurs qu'ils soudoyent, tous ces
brigands à qui ils graissent la patte pour nous
affamer, perdront leur dents aux crocs: ainsi
donc, foutre, ce décret salutaire va ramener
la paix dans l'intérieur, et va procurer de
nouvelles ressources à la république pour
combattre ses ennemis, et pour récompenser
ses braves défenseurs. il est foutant qu'on ne
s'est pas tout de suite délivré d'une pareille
peste; car, foutre, tant que cette bougre de
<Epg=7>canaille respirera près de nous, nous devons
nous attendre à être toujours sur le qui-vive.
les parents, les amis de ces coquins  combattront
encore, ils intrigueront de toutes manières
pour empêcher cette pacotille du diable
d'arriver aux *indes . mais nous ne nous endormirons
pas, foutre, et quiconque osera
prendre leur défense sera comme eux foutu
à fond de cale.
 § courage, braves *montagnards, continuez
de mériter les bénédictions du peuple, en
rendant tous les jours de pareils décrets;
frappez le fer pendant qu'il est chaud, et
ne remettez jamais à demain ce que vous
pouvez faire aujourdhui . encore quelques
jours, et tous les brigands couronnés seront
à vos pieds; tandis que d'une main vous
tenez la foudre pour écraser les despotes et
leurs vils esclaves, tendez l'autre aux malheureux,
assurez du travail à tous les citoyens,
accordez des secours  aux vieillards et aux
infirmes, et pour couronner votre ouvrage,
<Epg=8>organisez promptement l'instruction publique;
ce sera là votre chef d'oeuvre; car,
foutre, sans instruction, point de liberté,
foutre.
 <Sda=1794> <numero=351> <quinzaine=82> <semaine=821> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
 §  *la grande colère du *père *duchesne ,
de voir tous les coups de chien que les aristocrates
manigancent pour tourmenter les
*sans-culottes  au sujet des subsistances.  sa
grande dispute  à la *courtille  avec des calotins
et des émigrés déguisés, qui lui sont
tombés sous la main et qu'il a étrillés solidement.
<edito=1> § il n'y a qu'un *paris  dans le monde, il n'y
<Epg=2>a qu'une *courtille  dans *paris ; donc, foutre,
la *courtille  est le plus beau lieu de tout
l'univers; que des badauds, cependant, qui
n'ont jamais rien vu que par le trou d'une
bouteille, ignorent s'il y a une courtille sur
la terre, que je les plains, foutre; car qui
n'a jamais vu la *courtille , n'a rien vu, je le
soutiens. tonnerre de dieu, y a t il dans le
monde un plus beau spectacle que celui d'une
ville dont toutes les maisons sont des cabarets?
peut il exister un tableau plus animé
que celui des plus francs, des meilleurs *sans-culottes
rassemblés comme des fourmilières?
tout ce qu'on y voit annonce la gaieté, tout
ce qu'on y entend réjouit le coeur; le vin y
coule à flots, l'air retentit des chansons les
plus joyeuses; de tous côtés le son du tambourin
et du violon font trémousser tous les
jeunes gens, et sautent tous les cotillons. oui,
foutre, la *courtille  est un véritable pays de
*cocagne . si des prêtres qui, pour nous engueuser,
ont imaginé des paradis de toutes
les façons, en avaient imaginé un tel que la
*courtille , je crois, foutre, que je me serais
converti, et que je me serais laissé aller à
leurs promesses. un luron de la gance, en
<Epg=3>quittant la vie, se consolerait s'il croyait
rejoindre tous les bons enfants qu'il a connus,
et s'il espérait s'en foutre là haut des pilles
avec les anges et le père éternel; mais, foutre,
faire un si long voyage pour aller trouver qui?
tous les sots qui nous ont fait damner de
leur vivant, ces vieilles et laides dévotes, ces
capucins crasseux et toute la séquelle de la
cagoterie? en pareille compagnie, je serais
aussi à mon aise qu'une anguille dans un grenier;
mais, foutre, pouvais je me perdre avec
ces réflexions qui ne sont plus de saison.
revenons au paradis des vivants, parlons de
la *courtille , foutre.
 § la dernière décade, après avoir célébré le
matin, au temple de la *raison , la messe
républicaine avec tous les *sans-culottes  de
ma section, c'est à dire, foutre, qu'après
avoir entendu prononcer les discours les plus
patriotiques, et chanter, à pleine gueule, des
hymnes en l'honneur de la liberté, tout joyeux,
je m'acheminais le soir avec quelques bons
enfants, pour aller à vêpres à cette chère
*courtille . je ne parle point des stations que
nous fîmes en route; je passe sous silence
tous les petits cabarets où nous étouffâmes
<Epg=4>des enfants de choeur, tous les vinaigriers où
nous pompâmes quelques roquilles. de pareilles
fontaines ne sont pas dignes de vous
occuper, *sans-culottes , mes amis; il ne faut
pas, comme dit *paillasse , vous amuser aux
bagatelles de la porte, entrez avec moi à la
*grande  pinte.
 § ah $!  foutre, quelle foule, que de coups
d'épaule il fallut donner pour la traverser,
et pour arriver à une table !  quel boucan
il fallut faire pour trouver des places !  cependant,
à force de jurer, j'en viens à mon
honneur, foutre, et nous voilà, tant bien
que mal, assis sur une banquette branlante.
citoyen garçon, vite une pinte, en attendant
mieux; la pinte arrive, et, dans un clin  d'oeil,
elle est vide; une autre, citoyen garçon;
aussitôt arrivée, aussitôt pompée; eh!
foutre, camarade, apporte nous tout de suite
un broc; ça y est, citoyen, réplique le marmiton;
ce qui fut dit, fut fait; le broc arrive.
en bons compagnons, nous allumons à force.
la conversation s'anime, et nos oreilles
s'échauffent en écoutant certains propos de
certaines coteries qui nous avoisinent.
<Sat=1> ah!
que le temps est dur,<Sat=0> disait certaine commère,
<Epg=5> en criant à tue-tête pour être mieux entendue;
<Sat=1> hélas $!  oui,
<Sat=0> répétait un gros joufflu
habillé en fort de la halle;
<Sat=1> on n'y saurait plus tenir,
<Sat=0> ripostait un grand flandrin couvert
d'une sous-guenille de charbonnier;
<Sat=1> qu'allons nous
devenir, l'pauvre monde va mourir de
faim.
<Sat=0> la moutarde me monte au nez;
<Sat=1> qui t'a dit cela,
 bougre d'oiseau de mauvais augure,
<Sat=0> m'écriai je, en lui montrant mon poing.
<Sat=1> c'est ce que ça ne saute pas aux yeux ,
<Sat=0>s'écria
la garce mal enguenillée qui avait commencé
la bougre d'antienne;
<Sat=1> au temps jadis on ne
manquait de rien; en venant à la *courtille ,
on était sûr de trouver son éclanche, la fine
salade et les oeufs rouges; au jour d'aujourdhui
il faut faire carême, un carême civique,
comme dit ce vieux jean-foutre de marchand
de fourneaux, que cent millions de diables
lui tortillent le col$...  au *père *duchesne ,
foutre, à lui-même $!  est ce que tu prends sa
défense, vieux sac à vin?" oui, foutre, et
je m'en vante, mais encore moins la sienne
que celle des bons *sans-culottes  que des
échappés de la *vendée , tels que vous autres,
poursuivent partout, jusque dans leurs
plaisirs, pour les troubler. nous connaissons
<Epg=6>les jean-foutres qui veulent nous couper les
vivres; mais le rasoir national leur tranchera
le sifflet; en nous affamant, on croit nous
faire perdre patience; mais non, foutre; plus
on nous tourmentera, moins nous nous rebuterons;
ce n'est pas pour enfiler des perles
que l'armée révolutionnaire a été formée,
mais pour mettre à la raison tous les ennemis
du peuple; quand elle aura fait une tournée
à vingt lieues à la ronde, pour balayer tous
les châteaux où se sont tapis tous les bougres
qui nous enlèvent les denrées, alors, foutre.
l'abondance renaîtra d'elle-même. c'est donc
en vain que l'on veut semer parmi nous, et
jusqu'à la *courtille  de la graine d'*angleterre ;
jamais elle ne perdra racine. ainsi donc,
foutus gibiers de guillotine, cachez vos cartes,
nous voyons votre jeu; toutes les prophéties
de malédiction que vous venez débiter ici,
comme vous voyez, ne nous empêchent pas
de boire, de chanter et de danser. un verre
de vin et un croûton, c'est tout ce qu'il faut
à des véritables *sans-culottes . bravo, bravo,
*père *duchesne ,
<Sat=0> s'écrient à la fois les citoyens
et citoyennes qui étaient dans le
<Epg=7> cabaret et qui m'écoutaient défiler ainsi mon
chapelet.
 § à ce mot, foutre, la bougre de coterie
de *coblentz  cherche le chemin par où les
marrons n'ont point travaillé; mais, nous
poursuivons ces jean-foutres, et bientôt ils
sont rattrapés. j'empoigne, d'une main la
prétendue commère, et de l'autre, le faux
charbonnier; un brave luron de nos amis
ramène par le toupet le fort de contrebande
qui se trouve être un ci-devant chanoine , le
charbonnier un garde du corps émigré, et la
commère un de ces muscadins du *palais-*royal .
nous les menons en lieu de sûreté. c'est
ainsi, foutre, que les filous, les voleurs et
les scélérats de toute espèce se déguisent,
et sous toutes sortes de masques, cherchent
à tromper le peuple; mais, foutre, les *sans-culottes
ont le nez fin, ils flairent d'une
lieue les aristocrates et les conspirateurs
<Epg=8>qui finissent toujours par payer les violons,
foutre.
 <Sda=1794> <numero=352> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
 §la grande joie du *père *duchesne ,
en apprenant la générosité des braves défenseurs
de la patrie qui, non contents de verser
leur sang pour la *république , sacrifient encore
leurs subsistances et renoncent à leur
ration de viande.  sa grande colère  contre les
jean-foutres qui n'ont d'autre dieu que leur
ventre, et qui, au lieu d'imiter un si bel
exemple, emploient le vert et le sec pour nous
réduire à la famine.
<edito=1> § dans tous les temps, foutre, les soldats
<Epg=2>français ont été des bougres intrépides. un
jour, dit on, il prit fantaisie à *voltaire  de voir
de quelle manière ces bougres se peignaient,
quand je dis voir, c'est à dire de loin. quand
 il revient de la campagne, le royal jean-foutre,
nommé *louis-XV , lui demanda ce qu'il avait vu;
<Sat=1> cent mille heures à cinq sols par jour ,
<Sat=0>répondit *voltaire . si le bougre vivait aujourdhui ,
et s'il faisait une tournée sur nos frontières,
que dirait il de nos braves guerriers?
les soldats du temps passé n'étaient que de la
*st-*jean , en comparaison de ceux d'aujourdhui,
et on ne saurait leur en faire un crime; car,
foutre, ils servaient la tyrannie, tandis que
nos jeunes républicains combattent pour la
liberté; c'est pour eux qu'ils travaillent;
leurs vertus civiques surpassent encore leur
courage. je l'ai déjà dit, foutre, et je ne
cesserai de le répéter, la fine fleur de la
*sans-culotterie  est dans nos armées; il faudrait
de gros volumes pour retracer toutes les belles
actions qu'ils font; je n'en finirais pas, foutre,
si j'entreprenais de les raconter; cependant
ce serait un crime d'oublier celles qui peuvent
servir d'exemple aux bons républicains. je
crois donc, que mes amis les *sans-culottes
<Epg=3> me sauront bon gré de leur faire part
de la lettre suivante qu'un de mes camarades
m'écrit de l'armée du *nord .
<Sat=1> § "tu fus un des premiers, brave marchand
de fourneaux, à engager les *sans-culottes  à
diminuer leur consommation de viande, afin
de conserver cette denrée de première nécessité;
tu devais t'attendre sans doute que tous
les bons républicains des villes allaient se
disputer l'honneur de commencer à donner
l'exemple de cette privation civique. il était
réservé aux braves bougres qui combattent
pour la liberté, de donner, encore une fois,
un nouvel exemple de leur dévouement à la
chose publique. tu n'apprendras pas, sans
admiration, qu'aussitôt qu'ils ont entendu
tes bons avis à ce sujet, la division cantonnée
à *maroilles ,  sur la rive droite de la
consommation de cette denrée. dès le lendemain
tous les soldats de ce cantonnement
firent la remise de la moitié de la viande
qu'on avait coutume de leur donner. j'ai cru
te faire plaisir en te faisant connaître cette
action de nos braves camarades. sans doute
ils ne tarderont pas à avoir des imitateurs,
<Epg=4>et les *sans-culottes  triompheront encore de
cet obstacle comme de tous les autres. dans
peu, j'espère, nous ferons danser la grande
carmagnole aux *autrichiens. tous nos bougres
à poil brûlent d'envie de commencer le bal,
et le jour où ils seront aux prises avec les
satellites des despotes, sera pour eux un
jour de fête; il les consolera de tout ce
qu'ils ont enduré pendant l'hiver. vive la
république, foutre".
signé, *celliers .
<Sat=0> § tonnerre de dieu, voilà le véritable patriotisme.
moi, foutre, à qui ne sort pas
plus d'eau des paupières, qu'il ne m'en passe
par le gosier, en lisant cette lettre, des larmes
de joie ont coulé de mes yeux; je me suis
senti le coeur gonflé. quel exemple,
me suis je écrié, pour tous ces jean-foutres
qui ont les pieds bien chauds, et qui se
dorlotent dans des lits de duvet, tandis que
nos braves frères d'armes marchent nu pieds,
et couchent sur la dure. je vois tous ces
bougres d'égoïstes accoutumés à faire des
chairs de chanoine, jurer, tempêter de ne
pouvoir plus se restaurer après leurs débauches
<Epg=5>avec leurs friands consommés. j'entends tous
ces gourmands regretter le succulent aloyau;
ils meurent de faim, disent ils, parce qu'ils
ne peuvent plus digérer de veau de *pontoise
et de mouton de *pré-salé ; c'est un supplice
pour eux de renoncer à la moindre jouissance;
ils aimeraient mieux voir la république saccagée,
et la liberté au foutre, que de s'imposer
la moindre privation; ils se foutent d'être
esclaves, pourvu qu'ils puissent, comme le
cochon s'engraisser sur leur fumier, et nos
braves volontaires qui depuis le commencement
de la guerre affrontent le canon et supportent
avec tant de courage la fatigue et la
misère, renoncent à la moitié de leur existence.
ce n'est pas assez pour eux de verser
leur sang pour la patrie, ils lui sacrifient encore
leur subsistance. millions de foutre,
quand ils auront exterminé les ennemis de la
république, quand la paix arrivera, il n'y
 aura pas assez de couronnes civiques pour
récompenser de tels hommes. oh $!  que la
république sera forte, lorsque tant de héros
rentrés dans leurs foyers, se joindront aux
véritables patriotes, pour foutre la chasse aux
intrigants et aux aristocrates !  quand des
<Epg=6>bougres aussi généreux, aussi désintéressés
occuperont les fonctions publiques, c'est
alors que le peuple sera heureux. quand les
assemblées nationales ne seront composées
que de ceux qui auront si bien défendu la
cause commune, tout y sera montagne; on
n'y verra plus d'intrigues, ni factions, ni
*brissotins, ni *girondins, ni rolandins, pas
même de phélippotins.
 § braves défenseurs de la république, ne
croyez pas, foutre, que les bons *sans-culottes
de l'intérieur soient moins généreux que vous;
ils ont des ennemis plus dangereux que vous
à combattre, et ils leur tiennent tête, foutre.
la corruption les environne, l'intrigue les
assiège et ils restent fermes et inébranlables.
plus on fait d'efforts pour les diviser, plus
ils sont amis. veut on les prendre par les
vivres et les réduire à force de misère, ils
s'en vengent sur les jean-foutres qui les tourmentent
et tricherie revient toujours à son
maître. oui, foutre, le feu sacré de la liberté
embrase tous les coeurs de bons *sans-culottes ;
ils ont tout bravé pour briser leurs fers, et
ils sauront tout endurer pour défendre leurs
<Epg=7>droits; rien ne les épouvante, rien ne les
rebutera, foutre.
 § braves bougres qui nous servez de remparts
sur les frontières, reposez vous sur nous pour
défendre la république que les scélérats
voudraient frapper au coeur pour mieux la
tuer. nous sommes en sentinelle pour observer
tous les intrigants, tous les fripons. vous
ne verrez plus à votre tête des bougres de
sac et de corde; ne craignez plus d'être
commandés par des *dumouriez , des *custine  .
nous connaissons certains coupe-jarrets prônés
par les phélippotins, qui remuent ciel et terre
pour escroquer le commandement des armées,
comme autrefois les portefeuilles  et l'argenterie
des traiteurs. *marat , de son vivant mit
sur leur front le sceau de l'infamie. c'est en
vain, foutre, qu'ils veulent appeler de son
jugement. le sort de la république ne sera
plus confié à des mains aussi impures. soldats
républicains, vous ne serez plus commandés
que par des généraux *sans-culottes , que par
des lurons dignes de vous; continuez, foutre,
de vous exercer aux combats, soyez soumis
à la discipline, et lorsque tout à l'heure, le
signal vous sera donné, précipitez vous,
<Epg=8>comme des lions, sur les bandes d'animaux
stupides que les brigands couronnés ont déchaînés
contre votre patrie; marchez sur leurs
cadavres jusqu'à *valenciennes  et *condé , et
faites flotter l'étendard de la liberté sur les
portes de ces villes que la clef d'or ouvrit à
nos ennemis, et que le canon républicain
doit enfoncer, foutre.
 <Sda=1794> <numero=353> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
§la grande colère du *père *duchesne ,
au sujet d'une nouvelle conspiration des aristocrates
déguisés et des faux patriotes, pour
dégoûter les bons *sans-culottes  de la *révolution ,
à force de les persécuter.  sa grande joie
de ce que le tribunal révolutionnaire continue
à être au pas, et qu'il est aussi empressé à venger
les innocents que de punir les traîtres et les
conspirateurs.
<edito=1> § nom d'un foutre, entendrai je toujours les
<Epg=2>plaintes des patriotes? jusqu'à quand les
défenseurs du peuple seront ils persécutés?
quoi, foutre, les meilleurs *sans-culottes  et
les plus infâmes aristocrates sont confondus?
quoi $!  les plus francs républicains sont jetés
dans les cachots pêle-mêle   avec les aristocrates
et les royalistes? il est temps que ce
désordre finisse; il est temps que les jean-foutres
qui prennent le masque du patriotisme
et de la vertu pour opprimer tous les
bons citoyens,soient punis de leurs crimes.
il est temps que l'innocence soit vengée; il
est temps enfin que le peuple que l'on tourmente
de tant de manières, pour le dégoûter
de la révolution, commence à respirer. périssent
tous ses ennemis, foutre; mais que
les braves bougres qui ont constamment défendu
ses droits, cessent d'être  vilipendés,
et tyrannisés par une poignée d'intrigants et
de fripons qui manigancent dans l'ombre les
plus noirs complots, qui embrouillent les
affaires, pour pêcher en eau trouble, qui
protègent et défendent tous les scélérats, pour
grossir leur parti, qui accusent et calomnient
les hommes purs, pour se débarrasser d'eux,
qui veulent assassiner le patriotisme, pour
établir la tyrannie, foutre!
<Epg=3> § c'est en vain que ces jean-foutres se flattent
de réussir dans leurs affreux complots. jamais,
non jamais la liberté ne périra; quelques
patriotes, au milieu de la mélée, pourront
être victimes, mais ils seront vengés. eh!
foutre, quel est le républicain qui n'ambitionne
pas le sort du martyr *challier  !  sa gloire est
immortelle; son sang a servi à cimenter la
liberté. les monstres qui l'ont égorgé, n'ont
fait que hâter leur perte. il en sera de même,
foutre, de tous les intrigants, de tous les
ambitieux, de tous les scélérats qui oseront
s'élever contre la *sans-culotterie , et faire la
guerre aux patriotes.
 § les bons citoyens doivent s'attendre à la
persécution, foutre. plus un homme est vertueux,
plus il a des ennemis; plus il veut faire
le bien, plus il est exposé; mais, foutre, ce
qui doit l'encourager, c'est la récompense qui
l'attend, c'est l'estime publique qu'on ne peut
lui ravir; car, foutre, la masse du peuple est
toujours pure; il est quelque fois trompé, mais
ses intentions sont bonnes, jamais on ne peut
le corrompre; s'il aime à voir tomber la tête
des conspirateurs, il est encore plus flatté de
trouver des innocents.
<Epg=4> puisque je suis sur ce chapitre, il faut que
je raconte  une scène délicieuse qui vient de
se passer au tribunal révolutionnaire, et dont
j'ai été témoin, foutre. deux patriotes de
*marseille , deux bougres à poil qui depuis le
commencement de la révolution avaient toujours
été la terreur des aristocrates, paraissent
sur le fatal gradin; on les accuse, dans leurs
 fonctions de juges, d'avoir rendu  journellement
des jugements arbitraires en faveur des aristocrates
de *marseille  et des fédéralistes. les
journaux phélippotins, pour les noircir , avaient
répandu que ces deux magistrats étaient des
ultra-révolutionnaires, des hommes de sang,
et, comme dit le gentil *camille , qu'ils n'avaient
pas de plus grand plaisir que  de lécher le collier
de la guillotine . enfin les débats commencent;
plusieurs témoins sont entendus, et déclarent
ne pas connaître seulement les accusés; un
brave député, membre du comité de sûreté
générale, *moyse *bayle , parait a son tour,
et dit:
<Sat=1>"je connais ces deux citoyens depuis
le commencement de la révolution; ils ont
tout fait, tout sacrifié pour elle; ils ont été
constamment à *marseille  les fléaux de l'aristocratie;
pendant le triomphe des rebelles, ils
<Epg=5>furent précipités dans les cachots; leurs mains
portent encore l'empreinte de leurs chaînes,
et sans l'entrée inattendue du général *cartaux ,
ils étaient menacés, le même jour, de perdre
la tête. quels que soient leurs accusateurs, je
ne vois encore dans ces deux citoyens que des
patriotes purs et des magistrats intègres."
<Sat=0> vingt autres témoins sont encore entendus,
et tous font l'éloge des accusés.
 § déjà, foutre, l'affaire est jugé par le
grand juge, par le peuple qui assistait à l'audience.
tous les *sans-culottes  se demandent
à l'oreille quels sont les jean-foutres qui ont
osé accuser d'aussi braves bougres? c'est un
ci-devant noble, c'est un nommé *montmo  ,
sentinelle perdue de la *vendée  et apostée à
*marseille  pour y brouiller les cartes et mettre
les *sans-culottes  à chien et à chat. c'est un
ci-devant comte  de *lapoipe  , autrefois officier
aux gardes françaises, qui, pour se raccrocher
aux branches, singea le patriotisme après la
prise de la *bastille ; mais *capet  le raccourci,
qui le connaissait à fond, malgré son prétendu
*sans-culottisme , le nomma colonel,
sans doute pour le récompenser d'avoir épousé
la fille de *jean *fréron , l'apôtre de la tyrannie
<Epg=6>et du fanatisme, l'ennemi de *voltaire , de
*rousseau  et de tous les philosophes. le pape
*royou , ce bougre d'empoisonneur, auteur de
l'ami du roi, comme toute la *france  sait, avait
enrôlé *jean *fréron  dans la grande confrérie,
et en reconnaissance, il eut toujours une
affection paternelle pour ses petits marmots;
ce fût lui qui prononça le  conjungo , lorsque
le gentilhomme *lapoipe  mit l'anneau au doigt
de sa filleule  *fréronnette . voilà comme quoi
de fil en aiguille, et par le canal du pape
*royou , *lapoipe  fut fait colonel. il n'y a que
le premier pas qui coûte. un colonel de cette
acabit n'a pas eu de peine à devenir général.
*dumouriez , *custine  , *houchard  et tant d'autres
n'avaient pas d'aussi grandes protections
que l' âne à *fréron  .
 § ah $!  foutre, quelle grêle va tomber sur
ma tête !  moi, chétif marchand de fourneaux,
oser mettre mon doigt entre l'arbre et l'écorce  ,
oser toucher aux hautes puissances du jour!
gare la colère du vieux *cordelier ; l'avocat
des nobles va reprendre sa plume pour prouver
que je suis un  ultra , un  avilisseur  des autorités
constituées, mais je m'en fous;  maintenant
je suis ferré à glace; j'en ai une kyrielle à
dégoiser, et je casse les vitres. lorsque le
brave *antonelle  dont toute la vie a été consacrée
à la vertu, est rayé des *jacobins , parce
qu'il a eu le malheur de naître de parents nobles,
je ne verrai pas, sans jurer et tempêter, à la
tête de nos armées des ci-devant officiers aux
gardes, des protégés de *royou  . qu'on ne me
<Epg=7>parle pas des exploits du comte de *lapoipe .
*dumouriez  aussi passait pour un grand général;
à *jemappes , il chargeait, le sabre à la main,
à la tête des bataillons, et il enlevait les redoutes;
il n'en était pas moins un traître. la
bravoure ne prouve rien, et ne peut effacer la
tâche du ci-devantisme. d'ailleurs, foutre; le
général *royou  s'est lui-même démasqué en
désarmant les *sans-culottes  de *marseille , en
voulant y rétablir une bastille que les patriotes
avaient démolie au commencement de la révolution,
en détruisant les beaux monuments de
cette ville républicaine, et surtout en persécutant
les magistrats *sans-culottes .
 § revenons à ces braves bougres échappés à
la fureur du général *royou . aussitôt que les
témoins eurent été entendus, un mouvement
général d'indignation se fit entendre. l'accusateur
public devint le défenseur des accusés.
<Sat=1>"quelque soit,
<Sat=0> s'écria ce brave bougre, <Sat=1> le
crédit de leurs persécuteurs, quelque soit leur
pouvoir, qu'ils ne pensent pas trouver dans le
tribunal révolutionnaire l'instrument de leurs
passions et de leurs vengeances."
<Sat=0> les jurés
déclarent qu'ils sont suffisamment instruits, et
ils demandent à émettre leur opinion, sans
désemparer; à l'unanimité ils déclarent que
jamais l'innocence n'a été si audacieusement
et si atrocement persécutée.
<Sat=1>citoyens,<Sat=0> dit
alors le président, en s'adressant aux accusés:<Sat=1>
"comme vous, *marat  fut traduit devant ce tribunal
redoutable, comme lui, venez embrasser
vos juges".
<Sat=0> des larmes coulaient de tous les
<Epg=8> yeux; tous les coeurs étaient suffoqués; juges,
jurés, accusés, spectateurs, tous volent dans
les bras les uns des autres; la salle du tribunal
et les lieux qui l'entourent, retentissent des
cris, mille fois répétés, de vive la république,
vive l'innocence, vive le tribunal, mort aux
intrigants, aux ambitieux et à tous les ennemis
de la liberté, foutre.
 <Sda=1794> <numero=354>  <semaine=822> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
 §la grande joie du *père *duchesne ,
de voir que les jean-foutres qui voulaient
mettre les *jacobins  et les *cordeliers  à chien
et à chat, ont tiré des coups d'épée dans
l'eau.  sa grande colère  contre ces mêmes
bougres qui osent le mesurer à leur aulne et
l'accusent d'être un accapareur,
<edito=1> § *sans-culottes  de *paris  , républicains de tous
<Epg=2>les départements, si vous avez jusqu'à ce jour
triomphé de tous vos ennemis, si le vaisseau
de la patrie si longtemps battu par la tempête,
a résisté à tous les orages, et échappé à tant
d'écueils, à qui en êtes vous redevables, foutre;
n'est ce pas aux sociétés patriotiques ? sans
elles, tous les faquins de l'ancien régime
feraient la pluie et le beau temps, l'infâme
*capet  engraissé de votre sang, régnerait encore,
la louve autrichienne tiendrait dans ses
mains impures la clef du trésor national, et
toute la bougre de ménagerie de *versailles  se
partagerait les dépouilles du peuple. vous
n'avez pas oublié tous les efforts des véritables
amis de la liberté pour nous délivrer de cette
peste; vous vous souvenez des sacrifices qu'ils
ont faits, des dangers qu'ils ont bravés pour
défendre vos droits, foutre.
 § tant qu'il existera un homme libre sur la
terre, il se rappellera deux sociétés fameuses
qui ont foutu le trône du tyran en canelle, et
fondé la république, les *jacobins  et les *cordeliers .
je suis fâché, soit dit en passant, que
les deux premiers temples élevés à la liberté,
portent des noms de moines; mais, foutre,
l'habitude fait tout; au reste les noms ne font
<Epg=3>rien, et les braves bougres qui portent aujourdhui
ceux de *jacobins  et de *cordeliers  sont
aussi aimés et estimés  des bons *sans-culottes  ,
que les autres étaient avilis et détestés. mais,
foutre, c'est trop baliverner sur les mots,
revenons au fait; parler à un aristocrate d'un
jacobin ou d'un cordelier, c'est lui donner la
fièvre, foutre. l'infâme *la-*fayette  dont ils
dévoilèrent courageusement toutes les manoeuvres;
leur déclara une guerre à mort, et
son bougre de cheval blanc fit feu des quatre
pieds pour marcher à la tête de son armée
contre *paris , afin d'exterminer les clubistes.
quand le mandrin *léopold , d'accord avec
l'ogre *capet , commença le fameux branle qui
a mis toute l'*europe  à feu et à sang, il n'en
voulait qu'aux *jacobins ; l'ours mal léché de
*berlin , *georges-*dandin , la vieille *cato,
le roi des marmottes, l'âne chargé de reliques
qui gouverne les *espagnols, et même le porte-clefs
du paradis répètent tous le même refrain.
pourquoi tous ces bougres de  mangeurs
d'hommes ont ils tant de haine contre les
sociétés populaires? ah $!  foutre, c'est qu'ils
savent là où le bat les blesse, ils s'attendent
que tôt ou tard chacun d'eux mettra la tête à
<Epg=4>la lunette comme leur confrère *capet ,et ils
n'ignorent pas que ce sont les *jacobins  et les
*cordeliers  qui leur feront faire le saut
périlleux;aussi ces monstres en jouant de leur
reste, jettent ils l'or par les fenêtres pour diviser
les *sans-culottes , et dissoudre toutes les
sociétés républicaines.armer les  *jacobins
contre les *cordeliers ,ce serait pour eux le
plus grand coup d'état;mais, foutre, les
*jacobins  et les *cordeliers  resteront à jamais
unis;ils verront tomber tous les trônes, et
tous les hommes libres leur devront leur
bonheur.
 § cependant, foutre, les furets de *pitt  qui
sont toujours aux aguets pour brouiller les
cartes parmi nous,viennent d'essayer de mettre
ces deux sociétés à chien et à chat.les *cordeliers
indignés de voir les fripons aller
la tête haute,tandis,foutre, que les meilleurs
patriotes étaient persécutés,ayant les oreilles
rebattus de tous les projets de contre-révolution
de nos ennemis, s'apercevant que les
modérés,les feuillants et les royalistes osaient
lever la crête,et menaçaient de former une
faction pour dissoudre la convention et anéantir
la liberté, la moutarde leur a monté au nez,
<Epg=5> et encore une fois ils ont prouvé aux aristocrates
qu'ils avaient bec et ongle,et qu'ils
sauraient les faire rentrer cent pieds sous terre.
<Sat=1> "tremblez,ennemis du  peuple,<Sat=0>se
sont ils écriés,<Sat=1> vous voulez une insurrection,
eh bien, foutre, nous en ferons encore une,
mais ce sera la dernière;le peuple encore une
fois se lèvera en masse,mais ce sera pour
vous exterminer;les *jacobins  et nous,toujours
unis à la convention,nous allons tous mettre
nos têtes dans un bonnet,pour purger la
république de tous les traîtres".
<Sat=0>à ce mot d'insurrection, tous les jean-foutres
qui craignent pour leur peau,parce
qu'ils ont volé la république, ou conspiré
contre la *sans-culotterie , ont commencé à
jeter  feu et flamme;ils ont osé dire que les
*cordeliers ,qui cent fois ont sauvé la convention,
voulaient la dissoudre.les *jacobins  allarmés
par ce bruit répandu par les journalistes et les
gazetiers de *coblentz  et de la *vendée ,sont
venus demander une explication fraternelle
à leurs frères les *cordeliers .déjà,foutre, les
aristocrates riaient sous cape , et s'applaudissaient
d'avoir jeté une pomme de discorde
<Epg=6> rendu compte de leur conduite à leurs frères
qui loin de les blâmer, ont juré  de s'unir à
eux plus intimement pour exterminer tous les
conspirateurs; cette scène touchante a fini par
des embrassements. une députation de la
société fraternelle, compagne fidèle et inséparable
des *cordeliers , qui, avec eux, vit ses
membres égorgés au *champ-de-*mars , est
venue, pendant cette séance, déclarer à ses
frères les *cordeliers  qu'elle partageait toujours
ses opinions, et qu'elle marcherait constamment
avec eux dans la route de la révolution.
 § ainsi donc, foutre, tous les aristocrates
qui croyaient voir les patriotes aux prises,
ont tiré un coup d'épée dans l'eau. le  bateleur
*pitt  a perdu ses guinées, et tous les
bons *sans-culottes  se réjouissent de cette
explication salutaire qui a rallié tous les flancs
républicains. c'est encore l'occasion de dire:
tricherie revient à son maître, foutre.
 atroce calomnie à ajouter aux mille et une
fabriquées contre le *père *duchesne  .
 § le comité révolutionnaire de la section de
*bonne-*nouvelle  vient de faire une visite
<Epg=7>patriotique dans son  arrondissement, et il a
déniché beaucoup de saloirs très bien garnis,
et entre autres, chez certain marchand de vin
signataire, qui, toutes les nuits, fait vendange
en son puits, et qui, pour sa provision,
n'avait qu'un porc et demi.
<Sat=1> allez donc aussi
chez le *père *duchesne ,<Sat=0> a dit monsieur
*mélange ,<Sat=1> et vous verrez quelle provision lui
est arrivée hier.
<Sat=0>les commissaires viennent;<Sat=1>
est il vrai, *père *duchesne , que tu es un accapareur
de lard,<Sat=0> me disent ils?<Sat=1> moi, foutre,
pour qui me prenez vous? tenez, voilà mon
accaparement, visitez.
<Sat=0> je présente aussitôt
un petit pot contenant vingt-quatre livres
qu'un de mes compères avait reçu de ses
parents, et qu'il m'avait envoyé la veille;
le pot était empaqueté encore avec l'adresse
de la messagerie; je le donne, et moi-même
je presse les commissaires de l'emporter et
de le distribuer. les malveillants saisissent
cette occasion pour débiter dans tout *paris
que l'on a trouvé chez moi plus de cinq
cents livres de salé, que je suis arrêté comme
un accapareur, et que je vais être, pour le
moins, guillotiné. une telle atrocité ne
méritait pas d'être relevée; mais pour éloigner
<Epg=8> tout soupçon, je fais afficher ma justification
signée du comité révolutionnaire et de la
société populaire de la section.
 <Sda=1794> <numero=355> <edito=0> <Epg=1> <Sat=0>
 § la grande colère du *père *duchesne ,
contre les modérés qui emploient le vert et
le sec pour s'opposer à l'exécution des décrets
révolutionnaires et pour sauver les aristocrates
et les conspirateurs.  ses bons avis  à tous les
francs républicains pour qu'ils mettent tous
leur tête dans un bonnet pour faire exécuter
la loi du  maximum  et celle qui confisque les
biens des hommes suspects.
<edito=1> § ah! foutre, que l'aristocratie est dure à
<Epg=2> tuer. quand elle est prête à recevoir le coup
de grâce, elle fait la morte, et lorsqu'elle
parait écrasée, elle se révolte et se ranime
tout à coup pour lancer son poison avec plus
de force. chaque jour elle enfante de nouveaux
monstres pour tourmenter le peuple.
pourquoi, foutre, les patriotes s'arrêtent ils
presque toujours à  moitié chemin ? pourquoi,
quand ils sont en train de frapper, n'exterminent
ils pas à la fois tous leurs ennemis?
tout était fini le 10 août si des bougres d'endormeurs
n'avaient pas arrêté le bras vengeur
du peuple; l'ogre *capet  et son abominable
race perdaient le goût du pain, pas un seul
chevalier du poignard n'aurait échappé; d'un
seul coup de filet on enlevait à *paris  tous les
feuillants, tous les royalistes, tous les aristocrates,
et les départements qui désiraient autant
que nous cette grande journée, auraient
donné à plein collier dans tout ce que les
*parisiens auraient fait; mais au contraire les
*sans-culottes  se laissèrent embêter par des
jean-foutres à double face; le modérantisme
l'emporta; qu'en arriva t il, foutre? les *brissotins
firent la pluie et le beau temps; le vieux
*roland , avec les millions que la convention
<Epg=3> lui avait confié pour acheter des subsistances,
manigança la contre-révolution. le boudoir
de la putain qui l'encornaillait, remplaça le
comité autrichien; ses mouchards, dispersés
dans toutes les parties de la république, allumèrent
partout le feu de la guerre civile.
presque tous les journalistes vendus à cette
infâme clique, empoisonnèrent l'opinion. les
meilleurs citoyens furent traînés dans la boue.
les législateurs purs et courageux passèrent
pour des scélérats. on accusa ceux qui avaient
détruit la tyrannie de vouloir la rétablir. la
voix de la vérité fût étouffée par le mensonge
et la calomnie. il n'y eut plus de sûreté pour
le petit nombre d'écrivains qui était resté
fidèle au peuple. *marat  fût regardé comme
un loup-garou; il passa pour une bête féroce,
et dans plusieurs départements on se demandait
combien il mangeait de petits enfants à son
déjeuner et combien par jour il buvait de
pintes de sang; cependant, foutre, il n'y avait
pas dans la république d'homme plus humain.
les jean-foutres qui voulaient s'en débarrasser
à tel prix que se fût, le firent décréter d'accusation,
et pour l'assassiner plus sûrement, ils
avaient formé le projet de donner de la pelle
<Epg=4>au cul au tribunal révolutionnaire, pour en
créer un autre composé de coquins et de
brigands de leur acabit; mais, foutre, les
*sans-culottes  se rebiffèrent, le peuple défendit
la cause de son véritable ami, il ne laissa
pas aux *brissotins le temps d'achever leur crime;
*marat  parut devant ses juges, et il confondit
ses accusateurs; ramené en triomphe au haut
de la sainte montagne, il y épouvanta tous
les scélérats.
 § tandis, foutre, qu'une poignée de braves
*montagnards faisait face à l'orage, et bravait
tous les dangers pour sauver la république,
l'infâme *dumouriez , d'accord avec les *brissotins,
menait nos soldats à la boucherie, et
vendait la *belgique  aux *autrichiens; *roland
et sa séquelle en même temps prêchaient le
fédéralisme, armaient les départements contre
*paris , et déjà, foutre, ils manigançaient la
guerre de la *vendée . pour donner le coup de
grâce à la liberté, le bougre de tripot appelé
comité des douze, fût imaginé; ce fût dans la
fange du *marais qu'on alla chercher les crapauds
et les serpents qui le composèrent.
la mort de tous les patriotes fût arrêtée. il t'en
souvient, pauvre marchand de fourneaux,
<Epg=5>c'était par toi que devait commencer la danse;
car, foutre, dans tous les temps tu fus toujours
le premier couché en joue;  auparavant le
comité autrichien t'avait fait également siffler
la linotte, et les  feuillants avaient juré que ta
tête serait le premier cadeau qu'ils feraient à
la louve autrichienne. quand le sac est trop
plein, il faut qu'il crève, foutre. la journée
du 31 mai servit de second acte à la tragédie
du 10 août; elle a sauvé la république, elle
a mené à l'échafaud les principaux chefs de
la conjuration; mais, foutre, tout n'est pas
détruit; depuis qu'on a osé demander l'ouverture
des prisons, les aristocrates ont employé
le vert et le sec pour délivrer leurs amis et
leurs parents, et pour perdre les patriotes.
*carra  et *gorsas  sont ressuscités; les mêmes
infamies qu'ils débitaient, sont répétées par
d'autres cuistres de leur espèce. les plus
grands conspirateurs trouvent des hommes
assez audacieux pour faire leur éloge et pour
les défendre, et les meilleurs patriotes, calomniés,
persécutés, traînés dans les cachots
et confondus avec les fripons, les aristocrates
et les royalistes, sont lâchement abandonnés;
ou s'il se trouve des hommes assez justes, assez
<Epg=6>hardis pour prendre leur défense, on les accuse
d'être des chefs de parti, des ambitieux,
des désorganisateurs. l'or de *pitt  circule à
flots pour exciter tous ces désordres, pour
entretenir la corruption, pour protéger le
crime et pour accabler l'innocence et la vertu.
 § ce ne sont pas seulement les patriotes que
l'on veut perdre, c'est la république, foutre.
les feuillants, les *brissotins de nouvelle fabrique,
en même temps qu'ils répandent le poison
du modérantisme, osent blâmer les mesures
révolutionnaires qui ont sauvé la liberté; ils
minent sous-main le gouvernement, afin de
s'en emparer. un comité de salut public, un
comité de sûreté générale, composé de phélippotins,
serait le chef d'oeuvre de l'aristocratie;
bientôt de nouveaux crapauds barboteraient
dans le *marais , bientôt recommencerait
un combat meurtrier entre le crime et
la vertu. voilà pourtant ce que certains coquins
n'ont pas crainte de demander.
 § et c'est à la veille du grand coup de peigne,
c'est le moment où nos braves guerriers
brûlent d'impatience d'exterminer les esclaves
des despotes, que l'on jette ainsi des bâtons
dans les roues !  oui, foutre, les patriotes ont
<Epg=7>raison d'exprimer leur indignation, en voyant
se former de pareils complots. il faut sauver
la république, et pour la sauver, il faut faire
justice de tous les fripons, de tous les intrigants,
de tous les conspirateurs.
 § braves *sans-culottes , il ne faut pas jeter
le manche après la cognée. ceux qui prêchent
le modérantisme sont vos plus grands ennemis.
il n'y a plus à reculer, foutre; il faut que
la révolution s'achève. la convention vient de
rendre un nouveau décret sur le  maximum , qui
va tuer les accapareurs et ramener l'abondance.
la loi qui confisque les biens des hommes
suspects, et qui ordonne leur déportation, va
ôter à tous les ennemis du peuple les moyens
de troubler la paix, et purger la république de
tous les monstres qui l'empoisonnent. ainsi,
foutre, pour triompher de toutes les cabales
et de  toutes les intrigues, il faut que tous les
vrais républicains continuent d'environner la
convention qui travaille d'arrache pied au
bonheur du peuple. que les *sans-culottes
se rallient donc pour la délivrer de tous les
traîtres qui conspirent contre la liberté: leur
nombre est encore grand; mais, foutre, si les
lois révolutionnaires sont exécutées promptement
<Epg=8> et vigoureusement, ils rentreront tous
dans le néant. je ne saurais trop le répéter:
la cause de tous les troubles qui nous agitent,
vient de l'indulgence que l'on a mis dans le
châtiment des traîtres. un seul pas en arrière
perdrait la république. jurons donc, foutre,
la mort des modérés, comme celle des royalistes
et des aristocrates. de l'union, du courage,
de la constance, et tous nos ennemis
seront  a quia , foutre.