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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Cette semaine, « Questions internationales » s’interroge sur le rôle de la Chine en Asie ; « Perspectives chinoises » propose un portrait de Xi Jinping et une analyse de sa vision de l’histoire.
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Dans les revues

Cette semaine, « Questions internationales » s’interroge sur le rôle de la Chine en Asie ; « Perspectives chinoises » propose un portrait de Xi Jinping et une analyse de sa vision de l’histoire.



LE MONDE
 |    29.09.2018 à 13h00
    |

            Frédéric Lemaître








                        



                                


                            

Géopolitique
Le rôle de la Chine en Asie
Puissance mondiale dans bien des domaines, la Chine dessine aussi une nouvelle Asie. De New Delhi à Canberra, c’est souvent en fonction de Pékin que les décisions straté­giques se prennent. Mais pas forcément dans le sens souhaité par l’empire du Milieu, bien au contrai­re. C’est cette relation complexe ­entre la Chine et ses voisins qu’analyse le dernier numéro de Questions internationales (septembre-octobre 2018), une revue de la Documentation française qui s’adresse à un large public. Que ­Pékin ait une volonté hégémonique ne fait aucun doute. L’article détaillé de Charles-Emmanuel Detry (doctorant à l’université Panthéon-Assas) sur la stratégie de Pékin en mer de Chine du Sud en fait la démonstration. Mais cette hégémonie est loin d’être acquise, note Jean-Pierre Cabestan (Université baptiste de Hongkong). Et, pour le moment, cette montée en puissance de la Chine n’a pas provoqué de conflit. « De 1946 à 1979, 80 % des tués lors des guerres dans le monde l’avaient été en Asie orientale. Depuis 1979, 4 % seulement des morts de guerres dans le monde sont tombés en Asie », nous apprend l’historien Pierre Grosser. Ce ne sont là que trois contributions parmi une dizaine qui permettent d’approfondir un sujet majeur, tant pour l’économie mondiale que pour l’équilibre des forces géopolitiques, puisque quatre des puissances ­nucléaires sont désormais ­asiatiques.
« Questions internationales », n° 93, septembre-octobre 2018 (bimestriel), La Documentation française, 128 p., 9 €.
Politique
Le « rêve chinois »de XI Jinping

Revue de recherche publiée par le Centre d’études français sur la Chine contemporaine (CEFC) situé à Hongkong, Perspectives chinoises s’intéresse dans un numéro double (2018/1-2) aux « Nouvelles approches du régime politique sous XI Jinping ». Confié...




                        

                        


<article-nb="2018/09/29/19-2">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Le Parti populaire européen va-t-il exclure le premier ministre hongrois Viktor Orban ?
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Trois questions à Sylvain Kahn, géographe

Le Parti populaire européen va-t-il exclure le premier ministre hongrois Viktor Orban ?



LE MONDE
 |    29.09.2018 à 13h00
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            

Le 12 septembre, le Parlement européen a voté à une large majorité l’activation d’une procédure communautaire ­exceptionnelle vis-à-vis de la Hongrie pour « risque clair de violation grave de l’Etat de droit ». Ce vote sanction n’aurait pas été possible sans le soutien du Parti populaire européen (PPE), le puissant groupe politique auquel appartient Viktor Orban. Comment interpréter ce changement d’attitude des conservateurs, longtemps tolérants à l’égard de la politique anti-Bruxelles et antimigrants de M. Orban ?
Viktor Orban est premier ministre de la Hongrie depuis 2010, il revendique depuis 2014 un modèle démocratique « illibéral » – où les élections sont libres, mais les citoyens progressivement privés de leurs droits fondamentaux –, et c’est seulement maintenant qu’une majorité au PPE le sanctionne parce qu’il affaiblit l’Etat de droit dans son pays. Pourquoi maintenant ? Pour des raisons très circonstancielles. D’une part, le Bavarois Manfred Weber, président du PPE et membre en Allemagne de la CSU [petite cousine droitière de la CDU], aspire à devenir président de la Commission en 2019 : il lui faut donc prouver qu’il a à cœur d’être le garant de l’esprit et de la lettre des institutions de l’Union. D’autre part, les élections européennes approchent [mai 2019]. Pour des raisons de stratégie politique, le chancelier autrichien Sebastian Kurz ­[allié à l’extrême droite dans son pays], également président en exercice de l’Union européenne, a donc passé comme consigne à ses troupes de voter pour le déclenchement de la procédure de l’article 7 – alors même qu’il a accueilli Orban à bras ouverts, à deux reprises, depuis son élection en décembre 2017.
Ce vote signe-t-il pour Orban l’échec de sa stratégie au sein du PPE ? Celui-ci va-t-il exclure la Fidesz, le parti nationaliste ­hongrois ?
Rien n’est moins sûr. Exclure la Fidesz, c’est prendre le risque que ses partis frères...




                        

                        


<article-nb="2018/09/29/19-3">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Analyse. Par le biais de chroniqueurs comme Eric Zemmour et portée par un mouvement plus profond, la droite extrême s’est imposée dans la bataille des idées en avançant une pensée illibérale et anti-68 nous explique le chef du service Débats au « Monde » Nicolas Truong.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤                     
                                                   
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Droite extrême : le « grand retournement » idéologique

Analyse. Par le biais de chroniqueurs comme Eric Zemmour et portée par un mouvement plus profond, la droite extrême s’est imposée dans la bataille des idées en avançant une pensée illibérale et anti-68 nous explique le chef du service Débats au « Monde » Nicolas Truong.



LE MONDE
 |    29.09.2018 à 12h10
    |

Nicolas Truong







                        



                                


                            
Analyse. Un grand basculement s’opère depuis quelques années sur la scène des idées. Un glissement de terrain idéologique destiné à préparer un renversement politique. Car la contre-révolution illibérale n’a pas uniquement lieu lors d’insurrections électorales. Elle s’installe aussi sur le terrain de la pensée. La droite extrême s’est ainsi imposée dans la bataille des idées, et la « pensée anti-68 », comme dit le philosophe Serge Audier, tient le haut du pavé. « Le vent souffle à droite », constate la philosophe Elisabeth Badinter, alertée par les mouvements antiavortement et ceux issus de La Manif pour tous, rassemblés dans « la sainte alliance des réactionnaires » (Le Monde daté du 13 avril 2018).

Ce grand basculement prend la forme d’un « grand retournement », explique le professeur au Collège de France Pierre Rosanvallon dans Notre histoire intellectuelle et politique – 1968-2018 (Seuil, 448 pages, 22,50 euros). Un renversement des valeurs du progressisme qui repose sur un « antilibéralisme intégral » (l’extension des droits de l’individu est associée au règne de l’illimitation de l’individualisme consumériste), une offensive axée sur « l’exaltation d’un peuple essentialisé » forcément méprisé par les élites, une guérilla conceptuelle tournée vers une critique obsessionnelle de « l’événement repoussoir » qu’est devenu Mai 68, sans oublier une « radicalisation des aversions » dominée par une hypertrophie du langage – par laquelle on assimile sans ambages le libéralisme ou le pédagogisme à des « totalitarismes ». De Maurras à Gramsci, les références de ces pamphlétaires réactionnaires mêlent aussi bien des catholiques royalistes que des communistes révolutionnaires.
Dépassement des clivages et des usages
C’est pourquoi l’on peut entendre dans cette littérature « une pensée de droite dans un langage de gauche »,...




                        

                        


<article-nb="2018/09/29/19-4">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ L’essayiste estime, dans une tribune au « Monde », que le polémiste est devenu le symptôme de la droite la plus décomplexée, qui s’attaque en révisionniste aux marqueurs de notre histoire contemporaine.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
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Guy Sorman : « Eric Zemmour a élargi le champ de la haine »

L’essayiste estime, dans une tribune au « Monde », que le polémiste est devenu le symptôme de la droite la plus décomplexée, qui s’attaque en révisionniste aux marqueurs de notre histoire contemporaine.



LE MONDE
 |    29.09.2018 à 12h07
 • Mis à jour le
29.09.2018 à 12h19
    |

                            Guy Sorman (Essayiste, ancien chroniqueur au Figaro (1983-2000)








                        



                                


                            

Tribune. Dommage, l’expression a trop servi. Mais elle vaut si bien pour Eric Zemmour : « De quoi Zemmour est-il le nom ? » Son œuvre, ses foucades, ses insultes n’ont guère d’intérêt par elles-mêmes : ce ne sont, en réalité que de pâles copies des incartades auxquelles nous a habitués Jean-Marie Le Pen. Mais ce Le Pen-là finissait toujours devant les tribunaux, récusé par tous, y compris dans son parti. M. Zemmour, c’est l’inverse : il passe pour un éminent penseur. A gauche, on l’invite, pour le tourner en dérision peut-être, mais sans succès, car le bonhomme est agile. A droite, on le soutient, on s’en réclame. Valeurs actuelles, Le Figaro, ces médias intelligents sont maintenant rangés en ordre de bataille, alignés sur les propos les plus extrêmes de M. Zemmour, telle son invitation à assassiner Maurice Audin une seconde fois, à rejeter hors de France ceux qui ont la peau trop noire – et les Arabes bien sûr, surtout les Arabes.

M. Zemmour n’est plus un trublion, mais le symptôme, l’expression en pleine lumière d’une droite dite « décomplexée », fière de son passé le plus honteux. Il se passe bien quelque chose dans la société française, et M. Zemmour en est le nom. Ce que visent M. Zemmour et ses soutiens renvoie à des marqueurs sensibles de notre histoire contemporaine : le régime de Vichy, la décolonisation, Mai 68. Pétain d’abord, et sa devise « Travail, famille, patrie », cela plaît à M. Zemmour, qui en fait l’éloge. Ce maréchal avait du bon et, au surplus, il chassait le métèque : la France telle qu’on l’aime dans la nouvelle droite.
L’essence du révisionnisme
Pourquoi un Zemmour peut-il écrire cela aujourd’hui et en être approuvé ? C’est que le temps a passé, le régime de Vichy est devenu une abstraction : on peut en faire une image pieuse, libérée de ces horreurs bien réelles dont il ne reste plus de témoins directs. C’est le principe du révisionnisme. Jacques...




                        

                        


<article-nb="2018/09/29/19-5">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ En France, la valeur d’une vie est évaluée à trois millions d’euros. L’économiste Béatrice Cherrier explique, dans cette chronique, quels sont les ressorts méthodologiques, éthiques et historiques qui ont conduit aujourd’hui à ce chiffrage.
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Chiffrer « le prix d’une vie humaine »

En France, la valeur d’une vie est évaluée à trois millions d’euros. L’économiste Béatrice Cherrier explique, dans cette chronique, quels sont les ressorts méthodologiques, éthiques et historiques qui ont conduit aujourd’hui à ce chiffrage.



LE MONDE
 |    29.09.2018 à 11h00
    |

Béatrice Cherrier (Economiste à l’université de Cergy-Pontoise et à l’Institute for New Economic Thinking)







                        



                                


                            
Recherches. Nouveaux traitements médicaux, lutte contre la pollution, secours aux populations frappées par une catastrophe naturelle, évaluation de la limitation de vitesse à 80 km/h : nombreuses sont les décisions politiques qui nécessitent de chiffrer la valeur d’une vie, sauvée ou perdue. Si la méthode peut sembler cynique et contestable sur le plan éthique, la mise en chantier d’une nouvelle action publique ne se fait plus sans que son coût soit comparé au bénéfice qui sera tiré des vies ainsi préservées.
Les origines du chiffrage sont à rechercher au sein des services de l’armée de l’air américaine pendant la guerre froide
En France, la valeur d’une vie est, d’après un rapport de 2016, évaluée à 3 millions d’euros (« Elements pour une révision de la valeur de la vie humaine », Commissariat général à la stratégie et à la prospective, 2013). Comment ce chiffre est-il construit, quels en sont les ressorts méthodologiques et éthiques ?
Si ce chiffrage fut effectué pour la première fois en France en 1994 par l’économiste Marcel Boiteux, ses origines sont à rechercher au sein des services de l’armée de l’air américaine pendant la guerre froide, rapporte l’économiste Spencer Banzhaf (« The Cold-War origins of the Value of Statistical Life », Journal of Economic Perspective n° 28/4, 2014).
A la fin des années 1940, l’US Air Force cherche à maximiser les dommages infligés par ses raids aériens potentiels contre l’URSS. Elle s’adresse à un groupe de chercheurs de la RAND Corporation. Ceux-ci proposent de faire voler un grand nombre d’avions peu coûteux pour leurrer les défenses aériennes soviétiques. Mécontents, les généraux de l’Air Force pointent alors que le coût de la vie des pilotes sacrifiés ne figurait même pas dans les calculs des scientifiques ! Il fallut vingt ans à la RAND pour résoudre le problème.
« Vie statistique »
L’économiste Jack Hirshleifer proposa d’abord d’évaluer la vie d’un pilote à l’aune...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Dans sa chronique, Stéphane Foucart, journaliste au « Monde », pointe le décalage entre le discours du chef de l’Etat et la réalité de la politique environnementale de la France.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
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« Sur le terrain du verbe, le titre de “Champion de la Terre” sied particulièrement bien à Emmanuel Macron »

Dans sa chronique, Stéphane Foucart, journaliste au « Monde », pointe le décalage entre le discours du chef de l’Etat et la réalité de la politique environnementale de la France.



LE MONDE
 |    29.09.2018 à 10h37
    |

            Stéphane Foucart








                        



                                


                            

Chronique. « Champion de la Terre » : Emmanuel Macron s’est vu décerner, mercredi 26 septembre, ce titre ronflant par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), à l’issue du One Planet Summit de New York (Etats-Unis). Quelques jours auparavant, devant la 72e Assemblée générale des Nations unies, le président français avait prononcé un discours de portée générale, mais dont les questions environnementales n’étaient pas absentes, bien au contraire.
« L’avenir du monde, c’est celui de notre planète, qui est en train de se venger de la folie des hommes, la nature nous rappelle à l’ordre et nous intime d’assumer notre devoir d’humanité et de solidarité. Elle ne négociera pas, il revient à l’humanité de se défendre en la protégeant, a dit Emmanuel Macron devant ses pairs. Les dérèglements climatiques font voler en éclats la traditionnelle opposition entre le Nord et le Sud, les plus fragiles sont toujours les premières victimes emportées dans un tourbillon d’injustices, nous sommes tous frappés par les emballements terribles du climat de la Chine aux Caraïbes en passant par la Russie ou la Corne de l’Afrique. »
Sur le terrain du verbe, il va de soi que le titre de Champion de la Terre sied particulièrement bien à Emmanuel Macron. Depuis le désormais célèbre « Make our planet great again » (« Rendre notre planète à nouveau belle ») prononcé en juin 2017 en un pied de nez à Donald Trump et porté comme un étendard depuis, jusqu’à sa déclaration solennelle sur l’effondrement de la biodiversité, diffusée moins d’un an plus tard sur les réseaux sociaux, les phrases prononcées par le chef de l’Etat français pourraient être, ne varietur, mises dans la bouche des militants écologistes les plus radicaux.
Cruels hasards du calendrier
Souvenez-vous, c’était le 24 mars : « Vous vous réveillez et quelque chose a changé. Vous n’entendez plus le chant des oiseaux, déclarait...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Editorial du « Monde ». Emmanuel Macron a reconnu, jeudi, la responsabilité de l’Etat dans la pollution au chlordécone tout en fermant la porte à une indemnisation de toute la population antillaise.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤                     
                                                

Chlordécone, un scandale sanitaire

Editorial du « Monde ». Emmanuel Macron a reconnu, jeudi, la responsabilité de l’Etat dans la pollution au chlordécone tout en fermant la porte à une indemnisation de toute la population antillaise.



LE MONDE
 |    29.09.2018 à 10h36
 • Mis à jour le
29.09.2018 à 11h48
   





                        



   


Editorial. « La pollution au chlordécone est un scandale environnemental », a reconnu Emmanuel Macron, jeudi 27 septembre, lors du premier jour de son voyage aux Antilles. Il est le premier chef d’Etat français à mettre des mots sur une menace invisible qui plane sur la Martinique et la Guadeloupe. Pendant plus de vingt ans, ce pesticide ultratoxique a été utilisé dans les bananeraies afin de lutter contre le charançon. Entre 1972 et 1993, le chlordécone a été répandu massivement, alors même qu’il avait été classé « cancérogène possible » dès 1979 par l’Organisation mondiale de la santé. Aussi résistant que toxique, il contamine aujourd’hui les sols pour des siècles.

        Lire aussi :
         

                En Martinique, Macron qualifie la pollution au chlordécone de « scandale environnemental »



« L’Etat a sa part de responsabilité », a également admis M. Macron, mettant un terme à des décennies de déni. Pour le chef de l’Etat, cela passe par l’ouverture d’un processus de reconnaissance de l’exposition au chlordécone comme une maladie professionnelle. C’est un premier pas. Mais ce progrès a toutes les chances d’être jugé insuffisant, le président ayant, dans le « même temps », fermé la porte à une indemnisation élargie à l’ensemble de la population antillaise. « Si je disais qu’on va indemniser tout le monde, c’est impossible même budgétairement, et ce serait irresponsable », a martelé M. Macron. Pourtant, le chlordécone ne représente pas un danger pour les seuls travailleurs agricoles. Des taux plus ou moins importants ont été détectés chez la quasi-totalité des Guadeloupéens (95 %) et des Martiniquais (92 %).

        Lire l’enquête :
         

          Chlordécone : les Antilles empoisonnées pour des générations



Défiance envers les autorités
Sur un sujet aussi sensible, tous les mots ont leur importance. Or, le chef de l’Etat s’est bien gardé d’accoler le terme « sanitaire » à celui de « scandale ». A l’instar des dossiers du sang contaminé et de l’amiante, celui du chlordécone est pourtant bel et bien un scandale sanitaire et pas seulement environnemental. Les études scientifiques sont légion, qui démontrent les risques associés à l’exposition à ce perturbateur endocrinien. Il en est ainsi du cancer de la prostate, pour lequel la Martinique détient le triste record du monde, avec plus de 227 nouveaux cas pour 100 000 hommes chaque année.
Sur ce point, Emmanuel Macron a choisi de rester dans le flou, estimant qu’« il n’y a pas aujourd’hui de preuve scientifique établie ». Pas de quoi calmer la colère et les craintes des Antillais, dont la défiance envers les autorités et le sentiment d’abandon sont montés d’un cran après la publication, en décembre 2017, d’un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), contesté par d’autres experts, concluant que les limites maximales de résidus de chlordécone autorisés dans les aliments étaient suffisamment protectrices.
Le président de la République ne s’est pas davantage aventuré à évoquer un « scandale d’Etat ». Pourtant, là aussi, la question se pose. Pourquoi la France a-t-elle en effet attendu 1990 pour interdire un pesticide qui avait été classé « cancérogène possible » en 1979 et banni aux Etats-Unis dès 1976 ? Pourquoi le chlordécone a-t-il bénéficié de dérogations – signées par deux ministres de l’agriculture de François Mitterrand – pendant trois ans aux Antilles après son interdiction ? Une plainte contre X pour mise en danger d’autrui, déposée en 2006, vise à répondre à ces interrogations. Elle devrait permettre d’établir la « part de responsabilité » de l’Etat. Douze ans et trois juges d’instruction plus tard, l’enquête a été dépaysée au tribunal de grande instance de Paris. Elle est toujours au point mort.




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Le bras droit de Valérie Pécresse à la tête de la région Ile-de-France analyse, dans « La Tentation populiste », la fracture qui traverse le parti Les Républicains.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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Maël de Calan monte au front contre le populisme

Le bras droit de Valérie Pécresse à la tête de la région Ile-de-France analyse, dans « La Tentation populiste », la fracture qui traverse le parti Les Républicains.



LE MONDE
 |    29.09.2018 à 09h18
 • Mis à jour le
29.09.2018 à 10h04
    |

            Olivier Faye








                        



                                


                            
Livre. En janvier, dans la foulée de l’élection de Laurent Wauquiez à la présidence du parti Les Républicains (LR), Valérie Pécresse a théorisé l’existence de « deux droites ». L’une – la sienne – occuperait pleinement son espace traditionnel, libéral, européen, humaniste, quand l’autre – celle de M. Wauquiez – courrait après les vieilles lunes identitaires de l’extrême droite. Optimiste, la présidente de la région Ile-de-France assure vouloir faire la démonstration que ces deux hémisphères sont réconciliables.
On ne ressent pas la même confiance chez son bras droit, Maël de Calan, 38 ans, qui mettait encore récemment sa matière grise au service d’Alain Juppé. « A droite, écrit-il dans La Tentation populiste, les écarts idéologiques ne sont pas si grands. (…) La difficulté est que nous avons de plus en plus de mal à nous mettre autour de la même table parce que nous ne parlons plus le même langage. »

Au commencement est un constat, que Laurent Fabius formulait déjà à sa manière, il y a près de trente ans : les « populistes » (on disait, hier, l’extrême droite) cerneraient avec acuité certains problèmes, mais y apporteraient de mauvaises réponses. « Le FN (…) a signalé avant les autres les difficultés d’assimilation que posaient les nouvelles vagues migratoires, la sécession de quartiers entiers au profit du salafisme, et la grande peur identitaire que ressentent de nombreux Français », estime ainsi M. de Calan. Qui reprend à son compte, dans un autre passage du livre, une des expressions favorites de Marine Le Pen pour souligner que « le monde s’ensauvage ». « Il ne s’agit donc pas tant de diaboliser les populistes que de dénoncer leur démagogie », estime l’auteur.
« Passions tristes »
De ce constat, chacun tirerait des conclusions différentes face à cette « maladie de la démocratie » qu’est le populisme. Les uns appelleraient...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’historien Gérard Noiriel, spécialiste de l’immigration en France, estime que le journaliste a cherché dans son dernier ouvrage à « réhabiliter une conception surannée de l’histoire ».
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Article sélectionné dans La Matinale du 28/09/2018
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Gérard Noiriel : « Eric Zemmour tente de discréditer tous les historiens de métier »

Dans une tribune au « Monde », l’historien Gérard Noiriel, spécialiste de l’immigration en France, estime que le journaliste a cherché dans son dernier ouvrage à « réhabiliter une conception surannée de l’histoire ».



LE MONDE
 |    29.09.2018 à 06h41
 • Mis à jour le
29.09.2018 à 12h16
    |

                            Gérard Noiriel (Historien, spécialiste de l'immigration en France)








                        



                                


                            

Tribune. Dans un article publié par Le Figaro le 14 novembre 2013, Eric Zemmour écrivait : « L’Histoire – arrachée de gré ou de force aux historiens professionnels – est en train de (re)devenir l’arme politique qu’elle fut à la veille de la Révolution, et plus encore au XIXe siècle, lorsque les grands historiens comme Michelet préparèrent les esprits à l’avènement de la République. »
Son dernier ouvrage, Destin français (Albin Michel, 576 p., 24,50 euros), peut être lu comme une mise en œuvre de cette volonté de discréditer toute une profession. Selon lui, les historiens de métier « ont titres et postes. Amis et soutiens. Selon la logique mafieuse, ils ont intégré les lieux de pouvoir et tiennent les manettes de l’Etat. Ils appliquent à la lettre le précepte de George Orwell dans 1984 : “Qui contrôle le passé contrôle l’avenir. Qui contrôle le présent contrôle le passé.” » 
Il ajoute que, depuis quarante ans, les historiens professionnels ont utilisé cette fantastique puissance pour opérer « un travail de déconstruction » qui « n’a laissé que des ruines ». Ils ont détruit la France, interdisant même qu’on en écrive l’histoire. Ils portent ainsi une lourde responsabilité dans les nouvelles guerres civiles qui s’annoncent.

N’hésitant devant aucun sacrifice, Eric Zemmour a décidé de se dresser courageusement contre ce nouveau pouvoir. Il fait don de son intelligence à la nation pour offrir, enfin, aux citoyens cette histoire de France que les professionnels s’évertuent à masquer. La leçon civique est limpide : notre drame, à nous Français qui avons inventé la chimère des droits de l’homme, c’est que nous sommes trop généreux, trop naïfs, et c’est ce qui nous perdra. La thèse centrale de son livre, c’est qu’il n’y a jamais rien de nouveau sous le soleil. Etant donné que « l’histoire de France repasse toujours les...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’écrivaine estime que le polémiste est de ceux qui refusent obstinément de voir la France telle qu’elle a toujours été, multiple, et raisonnent en « nous » et « eux ».
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Tania de Montaigne : « Eric Zemmour est dans la jubilation morbide de cette fin du monde qu’il appelle de ses vœux »

Dans une tribune au « Monde », l’écrivaine estime que le polémiste est de ceux qui refusent obstinément de voir la France telle qu’elle a toujours été, multiple, et raisonnent en « nous » et « eux ».



LE MONDE
 |    29.09.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
29.09.2018 à 12h12
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Tania de Montaigne (Ecrivaine et journaliste)







                        



                                


                            
Tribune. Il y a quatre ans, Eric Zemmour vivait chez moi. Il était dans ma télévision, sur mon ordinateur, dans ma radio. Il faisait comme chez lui, il prenait ses aises. Il était dans mes dîners, il prenait le bus avec moi, le métro. Il était sur les murs qui longeaient mes trajets, sur les kiosques, dans les librairies où je me réfugiais. Il collait à mes basques. Il était partout, il prenait tout l’espace. Il parlait, et plus il parlait, plus on l’invitait. On voulait son avis, il le donnait. Sur l’avortement, les séries télé, sur les Noirs, les femmes, les juifs, les Roms, les musulmans. Il parlait et on se disait : « J’ai bien entendu là ? » On n’était pas vraiment sûr, il y avait toujours un petit doute. Mais, si, c’était bien vrai, il l’avait dit.
Comme la vachette des jeux télévisés, on l’attendait avec un chiffon rouge, vas-y, agite-lui devant les yeux pour voir si ça l’excite 
C’est d’ailleurs pour ça qu’on l’invitait, on n’était jamais déçu. Plus il disait, et plus on lui proposait de revenir pour dire encore. Et quand on ne l’invitait pas, il s’auto-invitait. Il avait des chroniques, des émissions, des plateaux entiers à disposition pour se plaindre du fait qu’on l’empêchait de dire ce qu’il pensait. Les piles de ses livres n’en finissaient plus de grossir : 100 000 exemplaires, 200 000, 300 000, 500 000… Comme une plaie mal soignée, ça enflait. Ça ne s’arrêtait pas. On étouffait, l’air se raréfiait, mais ça continuait quand même, on en voulait encore. Comme la vachette des jeux télévisés, on l’attendait avec un chiffon rouge, vas-y, agite-lui devant les yeux pour voir si ça l’excite. On voulait que ça flambe. Et c’était facile, il suffisait de lui mettre une femme en face, une femme pas blanche, ou pas catholique, ou pas hétérosexuelle. Ça partait tout seul.

Et voilà que quatre ans plus tard, ça recommence. Eric Zemmour vit de nouveau chez moi. On repart, on relance le manège et, comme hier, on saute pour...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Cette historienne et ancienne journaliste a fait paraître, entre 1965 et 2012, une « Histoire de la IVe République » qui vient d’entrer dans la collection « Bouquins ». A bientôt 90 ans, l’ex-directrice littéraire de Fayard revient sur son parcours.
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Georgette Elgey, une vie pleine d’histoires

Cette historienne et ancienne journaliste a fait paraître, entre 1965 et 2012, une « Histoire de la IVe République » qui vient d’entrer dans la collection « Bouquins ». A bientôt 90 ans, l’ex-directrice littéraire de Fayard revient sur son parcours.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 16h39
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            Béatrice Gurrey








                        



                                


                            

Avant de raccrocher, elle a dit avec un petit rire, de sa voix rocailleuse qui roule les « r », comme Colette : « J’espère que ce papier sera un éreintement total, sinon je serai très déçue ! » C’est l’ancienne journaliste qui parlait, avec un art consommé de l’autodérision, mais l’on croyait entendre l’auteure de Chéri assurer à la radio, en 1950 : « Je supporte de plus en plus mal ce que j’appelle la littérature, surtout dans mes propres œuvres. »
Comment éreinter Georgette Elgey ? Lors d’une première visite, dans ce petit salon du boulevard Saint-Germain, à Paris, que les ­rideaux de tulle bleu, la banquette indigo et un grand bouquet mauve transforment en ­tableau de Marie Laurencin, rien n’avait permis cet éreintement tant désiré. La seconde fois, ce fut pire. Le bureau austère, tapissé de ­livres et de portraits d’ancêtres, la grande ­table où s’étalaient plusieurs exemplaires de sa consécration, prêts à être dédicacés… Non, décidément, aucune matière à éreinter une historienne qui va avec gaîté sur ses 90 ans.
« Point fixe »
Sa fameuse Histoire de la IVe République, ­publiée par les éditions Fayard entre 1965 et 2012, en six volumes, vient d’entrer dans la collection « Bouquins » (Robert Laffont, tome 1, 1 344 pages, 32 euros ; tome 2, 1 056 pages, 31 euros), où elle côtoie les œuvres de Jules ­Michelet, Hippolyte Taine, Ernest Lavisse, Ernst Nolte, François Furet, et, l’on verra pourquoi c’est important, celles de Raymond Aron et de Charles-Maurice de Talleyrand. Avec le premier, elle a participé en 1954 à une Histoire de Vichy, dans la collection « Les grandes études contemporaines », 766 pages qui ont fait autorité. C’était déjà chez Fayard, maison dont elle sera la directrice littéraire pendant plusieurs années, son « point fixe », où elle a amené bon nombre d’auteurs, parmi lesquels Jean Monnet et François Mitterrand.
Georgette Elgey a cependant largué...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ A l’initiative de l’écrivaine tunisienne Fawzia Zouari et soutenu par l’Organisation internationale de la francophonie s’est réuni, pour la première fois, à Orléans, du 26 au 28 septembre, le Parlement des écrivaines francophones, dont nous publions le manifeste.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤                     
                                                

Manifeste du Parlement des écrivaines francophones : « Liberté, égalité, féminité »

A l’initiative de l’écrivaine tunisienne Fawzia Zouari et soutenu par l’Organisation internationale de la francophonie s’est réuni, pour la première fois, à Orléans, du 26 au 28 septembre, le Parlement des écrivaines francophones, dont nous publions le manifeste.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
29.09.2018 à 11h15
    |

Le Parlement des écrivaines francophones







                        



   


Tribune. Nous, écrivaines francophones, réunies ce 28 septembre à Orléans pour notre première session parlementaire, avons décidé de parler ensemble, d’une seule voix et dans la même langue. Parce que nous sommes souvent questionnées et que nous n’arrivons pas à répondre, parce que d’autres parlent à notre place, parce que nous avons envie d’être écoutées, sur nous-mêmes, sur notre propre sort, sur le monde où nous vivons et qui n’est pas si tendre avec nous. Nous voulons sortir du silence, et puisque nous disposons du pouvoir des mots, nous nous arrogeons cette parole collective et ce droit de regard sur une histoire qui continue de se faire sans nous.
Ecrire est notre passion, notre métier, mais cela ne peut être le lieu de nos solitudes, de notre enfermement. Ecrire est une demeure dont nous ouvrons les fenêtres sur la planète entière. Nous voulons sortir de la nuit de Shéhérazade pour nous affirmer à la lumière du jour.

        Lire aussi :
         

                « Monsieur Mabanckou, vous détournez l’objet de la francophonie pour un combat personnel »



Notre littérature n’est pas, comme on l’insinue souvent, une littérature qui se complaît dans le subjectivisme et les larmes, même si elle répugne à être une politique ou une idéologie. Notre littérature est notre voix du monde. Notre choix du monde. Combative et sereine. Décidée et généreuse. Qui se joue des imaginaires. Une littérature de toutes les enfances et de toutes les filiations, une littérature qui se réclame rarement de la norme spécifique. L’Humain et sa mesure.
Oui, il y a bien une littérature réinventée au féminin, qui entend être au rendez-vous de l’Histoire et engagée dans les batailles, toutes les batailles. Celle qui consiste d’abord à affirmer la solidarité des écrivaines entre elles et ne craint pas de parler de « sororité ».
Nous voulons nous opposer aux guerres
Nous voulons créer un réseau d’écrivaines, encourager et marrainer les plus jeunes d’entre nous. Tout tenter pour pousser à lire et à écrire.
Nous voulons aussi faire en sorte que toute femme ou homme de plume puisse ne pas subir la répression, les intimidations, les fatwas en tout genre. L’impossibilité de traverser les frontières.
Nous voulons nous opposer aux guerres. Toutes les guerres. A commencer par celles visibles ou insidieuses, voilées ou à découvert, dirigées contre les femmes : le patriarcat sous toutes ses formes, le viol, le harcèlement, les mutilations génitales, les féminicides, les violences conjugales (sept femmes en meurent chaque jour au Mexique, deux en Argentine et une tous les trois jours en France). Preuve que le corps des femmes reste, au Nord comme au Sud, un enjeu de pouvoir et un théâtre de conflit. Preuve que le contrôle de la sexualité féminine reste le mot d’ordre de toutes les religions. Quand il ne s’agit pas de l’assigner à la marchandisation et aux usages publicitaires dégradants.

        Lire aussi :
         

                Fawzia Zouari et ses « rêves de France »



Guerre contre la guerre. Celle dont les civils sont les premières cibles. Motivée par des luttes de pouvoir et des idéologies assassines. Nous combattrons le terrorisme, le djihadisme, les populismes, les discours de haine, les extrémismes religieux et le rejet de l’autre. Et tout ce qui s’en suit : ces populations errantes, perdues, accrochées aux fils de barbelé, entassées sur des bateaux de fortune parce que leurs pays leur ont refusé la perspective d’un avenir, parce que l’Europe ne leur a laissé pour perspective que d’échouer sur ses côtes comme des poissons morts.
N’oublions pas cette phrase d’Aristophane : « Quand la guerre sera l’affaire des femmes, elle s’appellera la paix ! » Pourquoi ? Parce que chaque femme consciente et libre est un danger pour les dictatures. Parce que chaque femme qui traverse une frontière réhabilite la parole sur l’altérité.
Nous débarrasser des litiges du passé
Ces temps de violences et de replis ont lieu sur fond d’une planète qui s’affole et d’une nature à l’épreuve de la globalisation, de l’industrialisation à outrance, du consumérisme et de la pollution. Nous disons, nous les femmes, que le combat de l’environnement est notre combat. Que la Terre est notre seul véritable pays. Celui que nous voulons transmettre à nos enfants.
Nous disons tout cela, ensemble, dans une seule langue : le français. Nous n’en avons pas honte. Nous n’avons pas de complexe à nous exprimer dans ce qui n’est plus seulement la langue de Molière. Au contraire : nous voulons renouveler voire refonder le discours sur le français. Rompre avec la terminologie de guerre — « butins » et « langue du colonisateur » — et nous débarrasser des litiges du passé. Nous faisons de cette langue notre enfant légitime.
Nous lui apprendrons à dire nos origines, nos parcours, les causes qui nous tiennent à cœur. Nous lui apprendrons à moduler le chant de ses phrases sur les berceuses de nos mères, et cette langue dont nous userons en ce qu’elle a de plus noble et de plus juste et de plus universel nous dira. Elle en profitera pour rester en mouvement, pour élargir son territoire d’hospitalité, pour rajeunir à la source de nos métissages.
Mais nous ne serons pas là que pour pointer les déséquilibres et détecter les tragédies. Nous voulons redonner au monde sa belle voix, ancrée dans l’espoir et soucieuse des générations futures. Retisser ses liens sociaux et réhabiliter ses traditions de convivialité. Impulser une modernité qui aurait cet attribut féminin de savoir réguler les différences et les différends.
Nous rêvons ? Eh bien tant mieux ! Parce que le jour où les femmes ne rêveront plus, ce sera le plus grand cauchemar pour les Hommes. Rêvons ! Et faisons en sorte que nos rêves s’achèvent dans une raison du monde. Par notre voix s’édifie la seule civilisation qui vaille à nos yeux : la civilisation universelle.
Les signataires : Marie-Rose Abomo-Maurin, Maram Al-Massri, Marie-José Alie-Monthieux, Ysiaka Anam, Dalila Azzi Messabih, Safiatou Ba, Linda Maria Baros, Emna Bel Haj Yahia, Nassira Belloula, Maïssa Bey, Lila Benzaza, Lamia Berrada-Berca, Sophie Bessis, Tanella Boni, Hemley Boum, Dora Carpenter-Latiri, Nadia Chafik, Chahla Chafiq, Sonia Chamkhi, Miniya Chatterji, Aya Cissoko, Catherine Cusset, Geneviève Damas, Zakiya Daoud, Bettina de Cosnac, Nafissatou Dia Diouf, Eva Doumbia, Suzanne Dracius, Alicia Dujovne Ortiz, Sedef Ecer, Charline Effah, Lise Gauvin, Laurence Gavron, Khadi Hane, Flore Hazoumé, Monique Ilboudo, Françoise James Ousénié, Fabienne Kanor, Fatoumata Keïta, Liliana Lazar, Sylvie Le Clech, Catherine Le Pelletier, Tchisseka Lobelt, Kettly Mars, Marie-Sœurette Mathieu, Madeleine Monette, Hala Moughanie, Cécile Oumhani, Emeline Pierre, Gisèle Pineau, Emmelie Prophète, Michèle Rakotoson, Edith Serotte, Leïla Slimani, Aminata Sow Fall, Elizabeth Tchoungui, Audrée Wilhelmy, Hyam Yared, Olfa Youssef, Fawzia Zouari.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Le chercheur Bruno Palier retrace, dans une tribune au « Monde », un demi-siècle de réformes gouvernementales face à l’envolée des dépenses de santé.
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Santé : « Des mesures qui ont réduit les dépenses mais renforcé les inégalités d’accès aux soins »

Le chercheur Bruno Palier retrace, dans une tribune au « Monde », un demi-siècle de réformes gouvernementales face à l’envolée des dépenses de santé.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 15h38
    |

Bruno Palier (Directeur de recherche au CNRS)







                        



                                


                            
Tribune. Depuis le début des années 1970, les dépenses de santé en France augmentent systématiquement plus vite que le produit intérieur brut (PIB). Leur part dans le PIB est ainsi passée de 7,6 % en 1980 à 9,4 % en 1994 et à 11 % depuis le milieu des années 2010, soit l’un des ratios les plus élevés du monde. Pour faire face à cette augmentation, la France semble avoir tenté toutes les formes de régulation possibles : par les prix, par la négociation, par l’étatisation, par la privatisation.

Au cours des années 1970, les pouvoirs publics ont d’abord cherché à bloquer les prix. Les hôpitaux ont vu le niveau du « prix de journée », qui permet leur financement et est fixé par l’Etat, ne progresser que très lentement, moins vite que l’inflation. Les tarifs de la Sécurité sociale pour les honoraires des professionnels de santé n’évoluaient pas aussi vite que les salaires. Le prix des médicaments était fixé à des tarifs relativement bas par rapport à ceux des pays étrangers. Mais cette stratégie n’a guère ralenti la hausse des dépenses, car les acteurs compensaient ce quasi-gel des tarifs en augmentant le volume de leur activité : prolongation des séjours en hôpital, multiplication des consultations médicales et des prescriptions de médicaments.
Obliger les professions médicales à négocier
Faute de parvenir à réguler l’offre de soins par les prix, les gouvernements ont alors diminué les remboursements et augmenté les prélèvements obligatoires : création du forfait hospitalier en 1983 – 20 francs, soit 3 euros à l’époque, 20 euros aujourd’hui ; augmentation des « tickets modérateurs » – passés d’un niveau théorique d’ensemble de 20 % en 1945 à 45 % pour les soins de ville en moyenne, d’après les calculs de Didier Tabuteau et Pierre-Louis Bras dans Les Assurances maladie (Que sais-je, PUF, 2012) ; hausse des cotisations d’assurance-maladie et des taxes sur le tabac, l’alcool, les sodas… Naît ainsi le mythe suivant lequel les...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Seize spécialistes du cancer s’élèvent, dans une tribune au « Monde », contre la dérive bureaucratique et comptable du système de santé français qui pénalise les patients.
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« Nos voisins européens offrent aux malades du cancer un meilleur accès à l’innovation »

Seize spécialistes du cancer s’élèvent, dans une tribune au « Monde », contre la dérive bureaucratique et comptable du système de santé français qui pénalise les patients.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 15h35
 • Mis à jour le
28.09.2018 à 15h37
    |

                            Collectif








                        



                                


                            
Tribune. Pour une pathologie grave et chronique comme le cancer, notre système de soins n’assure plus à ce jour aux malades un accès rapide et équitable aux médicaments les plus innovants – sans parler d’autres technologies indispensables telles que scanner et IRM. Certains traitements majeurs du cancer du sein, du col de l’utérus, de la prostate, du poumon, du rein et de la vessie, de l’estomac, des maladies du sang… ne sont tout simplement pas accessibles aux patients français, faute d’être agréés ou financés par notre système de santé.
On a vu en 2017 une malade atteinte d’un cancer du sein lancer une souscription en ligne pour financer son traitement, brutalement interrompu faute de remboursement, et l’association Imagyn réunir 8 000 signatures pour demander l’accès des personnes atteintes d’un cancer du col de l’utérus à un médicament – le bevacizumab – qui prolonge leur vie… Sans résultat.
Soignants désemparés
Trop longtemps, le ministère de la Santé s’est contenté de répondre qu’il avait « identifié le problème ». En réalité, il en est à l’origine. Les mécanismes de cette régression sont complexes. Ils commencent avec la réduction de l’accès aux nouveaux traitements du fait de l’allongement des procédures d’évaluation et de fixation des prix – plus de 400 jours en moyenne, 180 étant la norme européenne. On voit perverti par des restrictions comptables, le système inventé par la France pour financer les médicaments innovants en plus des forfaits de la tarification à l’activité, la « T2A » – aujourd’hui heureusement remise en cause par le gouvernement.
« En 2016 et 2017, de nombreux malades ont vu leur traitement purement et simplement interrompu faute de moyens. »
Résultat : en 2016 et 2017, de nombreux malades ont vu leur traitement purement et simplement interrompu faute de moyens. Les inégalités ainsi générées sont antirépublicaines. Elles instituent des possibilités de traitement variables d’un établissement à l’autre,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Dans une tribune au « Monde », trois économistes mettent en lumière les effets, parfois surprenants, du creusement des inégalités de revenu dans les deux pays sur la santé et la mortalité.
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« Aux Etats-Unis comme en France, les inégalités de santé et de revenus ne vont pas nécessairement de pair »

Dans une tribune au « Monde », trois économistes mettent en lumière les effets, parfois surprenants, du creusement des inégalités de revenu dans les deux pays sur la santé et la mortalité.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 15h34
    |

Janet Currie (Professeure d’économie et d’affaires publiques), Hannes Schwandt (Professeur assistant d’économie) et Josselin Thuilliez (chercheur)







                        



                                


                            
Tribune. Les inégalités de revenu ont augmenté de part et d’autre de l’Atlantique au cours des dernières décennies entraînant un large débat public sur leurs conséquences négatives. Les répercussions sur la santé et la longévité intriguent particulièrement. Il est en effet difficile de comprendre les liens entre revenu et santé, certainement plus encore sous l’angle des inégalités, et beaucoup plus encore en comparant plusieurs pays au cours du temps.
Les Etats-Unis sont la première puissance économique mondiale alors que la France arrive au 6e ou 7e rang selon les classements. Les Etats-Unis connaissent une plus forte hausse des inégalités que la France, mais la France n’est pas épargnée non plus par la montée des inégalités de revenu. Les systèmes de santé des deux pays sont souvent présentés comme fondamentalement opposés, le système français étant considéré comme meilleur, notamment dans les classements de l’Organisation mondiale de la santé. Les Français se porteraient-ils mieux que les Américains parce qu’il y a moins d’inégalités en France ? Ou est-ce le système de santé qui explique cette différence ?
Croyances pas toujours fondées
En analysant l’évolution de la mortalité aux Etats-Unis et en France, nous avons constaté que les inégalités en matière de revenu et de santé n’évoluent pas nécessairement de pair et que les politiques publiques peuvent aider à rompre ce lien. Notre analyse montre, qu’aussi bien en France qu’aux Etats-Unis, les croyances ne sont pas toujours fondées.
Les Etats-Unis ont par exemple connu une forte diminution des inégalités de mortalité chez les nourrissons, les enfants et les adolescents au cours des dernières décennies, en dépit de fortes augmentations des inégalités de revenu. En France, pays doté d’une couverture de santé universelle, qui a connu des augmentations récentes des inégalités de revenu, la mortalité des plus jeunes est restée égalitaire au cours du temps selon...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Trois professeurs de médecine et de pharmacie protestent, dans une tribune au « Monde », contre l’envolée injustifiable des prix des médicaments anticancéreux.
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« L’industrie pharmaceutique est préoccupée avant tout par sa rentabilité financière »

Trois professeurs de médecine et de pharmacie protestent, dans une tribune au « Monde », contre l’envolée injustifiable des prix des médicaments anticancéreux.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 15h32
 • Mis à jour le
28.09.2018 à 15h41
    |

Alain Astier (Professeur honoraire de pharmacie), André Grimaldi (Professeur émérite d’endocrinologie) et Jean-Paul Vernant (Professeur émérite d’h...







                        



                                


                            
Tribune. Grâce aux progrès de la biologie moléculaire qui offre de nouvelles cibles thérapeutiques, les médicaments innovants du cancer se multiplient depuis quelques années. Générateurs pour certains de progrès majeurs et offrant aux malades l’espoir d’une survie plus longue et en meilleure santé, ces nouveaux médicaments apparaissent sur le marché à des prix qui ont subi une augmentation exponentielle et deviennent exorbitants. Ainsi, aux Etats-Unis, la quasi-totalité de ces innovations thérapeutiques coûtent plus de 120 000 dollars (103 000 euros) par an et par malade, contre 10 000 dollars il y une vingtaine d’années.
Il serait logique que, comme par le passé, le prix d’un nouveau médicament soit déterminé en fonction des investissements de recherche et développement (R&D) engagés par les industriels. Paradoxalement, les prix explosent alors que la recherche est le plus souvent faite par des structures académiques financées par des fonds publics, et que le développement permettant la mise sur le marché est de plus en plus rapide, après des essais cliniques portant sur un nombre limité de patients. Aujourd’hui, les dépenses de R&D correspondent en moyenne à moins de 15 % du chiffre d’affaires des laboratoires, alors que plus de 25 % sont alloués au marketing et que les marges bénéficiaires excèdent 20 %.
Une politique de marketing et de lobbying
Ne pouvant plus justifier cette envolée des prix par leurs dépenses de R&D, l’industrie pharmaceutique argue maintenant de la qualité du service médical rendu comme prétexte à leurs exigences financières. Mais, outre que certaines de ces innovations n’offrent pas aux malades de réels progrès, on peut se demander si des progrès même exceptionnels pourraient justifier de telles exigences financières. Si le prix du vaccin contre la poliomyélite, apparu au milieu des années 1950, avait été défini à l’aune de son remarquable service médical rendu, il n’est pas certain que la poliomyélite aurait...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Alors que le Panama vient de retirer son pavillon au navire humanitaire, un collectif qui compte dans ses rangs Daniel Cohn-Bendit, Juliette Méadel et Pierre Rosanvallon appelle l’Etat français à lui en octroyer un. Ne pas le faire reviendrait à se rendre coupable du crime de non-assistance à personne en danger.
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« La France doit accorder son pavillon à l’“Aquarius” »

Alors que le Panama vient de retirer son pavillon au navire humanitaire, un collectif qui compte dans ses rangs Daniel Cohn-Bendit, Juliette Méadel et Pierre Rosanvallon appelle l’Etat français à lui en octroyer un. Ne pas le faire reviendrait à se rendre coupable du crime de non-assistance à personne en danger.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 15h20
 • Mis à jour le
28.09.2018 à 16h01
    |

                            Collectif








                        



   


Tribune. Depuis dimanche 23 septembre, l’Aquarius a perdu son pavillon. Le navire humanitaire affrété par les deux ONG Médecins sans frontières (MSF) et SOS Méditerranée n’aura donc plus le droit de circuler en mer. S’il n’obtient pas un autre pavillon, il ne sera plus autorisé à remplir sa mission : sauver des hommes, des femmes et des enfants qui se noient.
Rappelons que l’obligation de prêter assistance aux personnes en situation de détresse en mer n’est pas une œuvre de bienfaisance : c’est une obligation légale définie par plusieurs traités internationaux sur le droit de la mer, dont au moins quatre conventions des Nations unies.

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                « Aquarius » : « Le droit européen prévoit une obligation de coopération loyale dans l’organisation du sauvetage en mer, mais aussi du débarquement »



Pour mémoire, la Convention des Nations unies de 1982 sur le droit de la mer, la Convention internationale de 1974 pour la sauvegarde de la vie humaine en mer, la Convention Internationale de 1989 sur l’assistance, celle de 1979 sur la recherche et le sauvetage maritimes et les directives du Comité maritime de sécurité (MSC) de l’Organisation maritime internationale (IMO) de 2006.
Un prétexte juridique fallacieux
Ces conventions s’imposent donc à l’ensemble des pays européens et des pays membres de l’ONU. En retirant son pavillon à l’Aquarius, le Panama s’est rendu coupable de complicité de non-assistance à personne en danger puisqu’il prive l’Aquarius du droit de remplir une obligation supérieure consacrée par le droit des traités internationaux.
Pourquoi le Panama a-t-il retiré à l’Aquarius son pavillon ? Parce que l’Italie de Salvini s’est plainte de ce que « le navire a refusé de ramener les migrants et réfugiés secourus à leur lieu d’origine ». Or, le droit international ne prévoit pas une reconduite des personnes secourues dans leur lieu d’origine mais bien au contraire un débarquement dans un lieu protégé pour préserver les survivants.

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                « Nous ne pouvons accepter le désastre humanitaire des migrations »



En effet, prendre des personnes à bord dans le cadre d’une opération de sauvetage ne consiste pas à savoir si parmi les survivants il y a des personnes susceptibles d’obtenir une protection internationale au titre du droit d’asile. Un bateau n‘est pas un espace approprié pour examiner une demande d’asile et un capitaine n’est pas formé pour ce faire. Cette obligation relève uniquement des autorités étatiques.
Donc la responsabilité unique de l’Aquarius, c’est le sauvetage en mer et c’est le débarquement des survivants dans un « lieu sûr » c’est-à-dire un endroit où la vie des survivants n’est plus en danger, où tous leurs besoins fondamentaux seront satisfaits : eau, alimentation, hébergement et assistance médicale. L’Aquarius n’était donc nullement en situation irrégulière : ce prétexte juridique est fallacieux. Il montre que le débat n’est pas, hélas, de nature juridique mais éminemment politique. Le droit est utilisé contre lui-même pour justifier une décision politique inique : abandonner des naufragés en mer.
Allons-nous continuer à regarder ailleurs ?
La décision du Panama n’est pas surprenante. Que peut-on attendre d’un paradis fiscal qui abrite les circuits financiers mafieux les plus occultes ? Le silence des pays européens, et de la France en particulier, l’est nettement plus.
Aujourd’hui, personne n’a proposé à l’Aquarius de lui octroyer un pavillon. Or, ne pas donner à l’Aquarius un nouveau pavillon, c’est accepter de laisser mourir sous nos yeux les naufragés ; c’est violer les conventions internationales, c’est se rendre coupable du crime de non-assistance à personne en danger. C’est trahir ce que nous fûmes quand nos ancêtres se battaient pour les droits de l’homme et pour la protection des plus fragiles.

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                « Le seul et unique objectif de l’“Aquarius” est de sauver des vies en mer »



Au moins 3 120 migrants sont morts en 2017 en tentant de passer en Europe via l’une des trois principales routes de la Méditerranée, et les passages les plus dangereux sont ceux qui transitent par la Libye. Il est loin le temps où la France pleurait à l’image du corps sans vie du petit Aylan, bébé de trois ans échoué sur les côtes méditerranéennes. Pourtant, c’était il y a trois ans à peine. Que sommes-nous devenus ? Qui sommes-nous en train de devenir ? Allons-nous continuer à regarder ailleurs ? Jusqu’à quand pourrons-nous supporter l’inertie de ceux des gouvernements européens qui se réfugient derrière la montée du nationalisme pour justifier la plus indécente des couardises ?
Qui mieux que la France peut aujourd’hui prendre l’initiative d’un soutien aux opérations de sauvetages des naufragés ?
La France vient de déclarer qu’elle prendrait sa part des cinquante-huit réfugiés présents sur l’Aquarius qui a accosté à Malte. C’est déjà ça, mais il faut aller plus loin.
Nous devons être précurseurs et visionnaires
La France doit donc accorder son pavillon à l’Aquarius. Elle doit d’autant plus le faire qu’elle ne dispose pas d’une marine nationale, et encore moins européenne, dédiée au sauvetage des naufragés en mer. Octroyer son pavillon à l’Aquarius ne mettra aucune obligation supplémentaire à la charge de la France et ne fera pas d’elle la seule responsable de l’accueil des naufragés.

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                Daniel Cohn-Bendit : « L’Europe n’a pas de stratégie sur la question migratoire »



En revanche, sur le terrain politique et pour l’avenir, cela la positionnera à l’avant-garde du progressisme en Europe pour impulser un accord de partage des migrants naufragés avec ses principaux partenaires européens. Et à ceux qui craignent la « submersion », rappelons les chiffres : depuis 2015, le nombre de réfugiés accueillis par sauvetage en mer en Europe ne dépasse pas quelques milliers !
Il est grand temps que le noyau dur des pays européens avec lesquels nous partageons l’essentiel se constitue et se renforce. Si nous ne sommes plus capables de trouver, avec nos partenaires européens, les moyens d’accueillir les quelques milliers de réfugiés alors nous ne sommes même plus à la hauteur de notre histoire et de notre identité européenne.
Nous sommes historiquement la patrie des droits de l’homme, celle du siècle des Lumières. Nous ne sommes pas seuls : l’Espagne, le Portugal et l’Allemagne sont de notre côté. Dans l’obscurité qui vient, nous devons être précurseurs et visionnaires, pour défendre l’essentiel avant qu’il ne soit trop tard.
Les signataires : Juliette Méadel, ancienne ministre, enseignante à Science Po ; François Héran, professeur au Collège de France ; Philippe Aghion, professeur au Collège de France ; Daniel Cohn-Bendit ; Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France ; Barbara Pompili, députée LRM de la Somme ; Caroline Fourest, essayiste, réalisatrice ; Olivier Duhamel, professeur émérite à Science Po ; Romain Goupil, cinéaste ; Alain Madelin, ancien ministre, économiste ; Sébastien Nadot, député LRM de la Haute-Garonne ; Philippe Lelièvre, metteur en scène et comédien ; Pierre-Michel Menger, professeur au Collège de France ; Arnaud Poissonnier, expert « Le financement participatif pour entreprise » ; Yves Blein, député LRM du Rhône ; Julien Sérignac, magistrat ; Hugo Saada, expert en relations internationales ; Isabelle Lefort, professeur à Science Po ; Florence Bonetti, conseil en stratégie et communication.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Si les épargnants hésitent à aller sur le marché des actions, c’est parce que leurs performances sont inférieures à celle des produits moins risqués, observe dans une tribune au « Monde » Sébastien d’Ornano, dirigeant d’un site de placement en ligne.
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« La frilosité des Français vis-à-vis des marchés financiers n’est pas si illogique qu’il y paraît »

Si les épargnants hésitent à aller sur le marché des actions, c’est parce que leurs performances sont inférieures à celle des produits moins risqués, observe dans une tribune au « Monde » Sébastien d’Ornano, dirigeant d’un site de placement en ligne.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 14h00
    |

Sébastien d’Ornano (Président de Yomoni, société de gestion en ligne d’épargne et de placements)







                        



                                


                            
Tribune. Les Français n’aiment pas la Bourse ! Ce constat n’est pas nouveau et les statisticiens de l’INSEE le confirment : fin 2016, les « actions et parts de fonds d’investissement » ne représentaient que 12 % des quelque 11 000 milliards d’euros de patrimoine des Français, alors que l’immobilier s’y taille la part du lion (61 %). De nombreux acteurs du secteur financier n’ont de cesse d’interroger les Français sur leurs comportements d’épargne et leur problématique aversion au risque.
La dernière étude Investor Pulse de Blackrock mettait ainsi en exergue le fait que 42 % des Français confessaient avoir du mal à comprendre comment planifier leur retraite, et que 24 % associaient le sentiment d’inquiétude à l’investissement. Une autre étude conduite fin 2017 par Schroders révélait même une distorsion entre les attentes élevées des Français concernant leur épargne – ils souhaitent en moyenne obtenir une performance annuelle de 8,9 % – et leur comportement, puisqu’ils préfèrent le dépôt sur un compte d’épargne à l’investissement financier, plus risqué mais indispensable pour viser une telle rentabilité.
La communauté financière a tendance à déduire un peu rapidement de ces données que le nœud du problème est le manque de culture financière des Français, et qu’il faut donc les aider à progresser. Les acteurs du secteur se retrouvent d’ailleurs volontiers pour financer des initiatives comme La Finance Pour Tous, site à vocation pédagogique sur l’argent et la finance.
Plus de 7 % par an en moyenne
Tout cela semble fort logique et louable, mais on peut se demander si les professionnels de l’épargne n’agissent pas de la même manière que les industriels du secteur des boissons, récemment pointés du doigt par l’émission d’enquête Cash Investigation pour leur comportement concernant le plastique.
les investisseurs français voient en moyenne 31,9 % de la performance brute de leurs fonds s’envoler en frais (et en inflation),...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ En matière d’apprentissage, face à l’offensive des éditeurs scolaires en faveur du livre électronique, le livre papier a encore de beaux jours devant lui.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
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Gutenberg vit encore !

En matière d’apprentissage, face à l’offensive des éditeurs scolaires en faveur du livre électronique, le livre papier a encore de beaux jours devant lui.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 13h00
    |

            Frédéric Joignot








                        



                                


                            

Une maman grimaçante s’exclame : « Ne me dis pas que tu as encore oublié ton manuel en classe ! » Une étudiante chargée d’une énorme pile de livres proteste : « Et comment je fais, moi, pour transporter tous ces manuels ce week-end ? » Ces saynètes illustrent la page d’accueil de Mon manuel numérique scolaire, le portail lancé le 20 septembre par les poids lourds des éditeurs d’éducation – Belin, Bordas, Hachette, Hatier, Nathan, Le Robert, etc. – pour promouvoir leurs livres électroniques. Au-delà des avantages pratiques – cartables allégés, ouvrages enrichis de vidéos, accès permanent –, curieusement, aucune réflexion sur la lecture proprement dite des livres électroniques, sur sa spécificité, sur d’éventuelles incidences pédagogiques, n’est proposée. Pourtant, s’il est un domaine où le passage au numérique soulève des résistances, c’est bien celui du livre. En France, en 2017, le livre numérique représentait 7,6 % des ventes des éditeurs, sa progression est lente. Nous sommes loin du raz-de-marée annoncé !
Nous nous appauvrissons
Souvenez-vous, en mars 2000, un « village e-book » s’ouvre au Salon du livre. De nombreux journalistes prophétisent la fin des ouvrages papier, le trépas des librairies, la disparition des bibliothèques. Le livre va basculer dans le cyberespace. Il va connaître le sort du CD : il va se dématérialiser. En 2007, les ventes de « liseuses », comme la Kindle d’Amazon, décollent, tandis que Google a lancé Google Books, son projet d’une immense bibliothèque mondiale en ligne – la bibliothèque universelle de Babel imaginée par Jorge Luis Borges est en chemin ! Aujourd’hui, force est de constater que Google Books s’est aliéné des grands groupes d’édition et d’innombrables écrivains inquiets pour leurs droits d’auteur. Quant aux ventes d’e-books, elles plafonnent depuis plusieurs années à 20 % dans les pays anglo-saxons, et à moins de 10 % en Europe. Le livre papier résiste dans le cœur des lecteurs – les principaux...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Dans cette chronique, le professeur de sciences de gestion Armand Hatchuel relève qu’on ne saurait critiquer les fonds activistes et la finance prédatrice sans proposer une alternative à la conception purement actionnariale de l’entreprise.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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Contre les fonds activistes « une défense efficace est possible »

Dans cette chronique, le professeur de sciences de gestion Armand Hatchuel relève qu’on ne saurait critiquer les fonds activistes et la finance prédatrice sans proposer une alternative à la conception purement actionnariale de l’entreprise.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
28.09.2018 à 12h52
    |

Armand Hatchuel (Professeur à Mines ParisTech/université PSL)







                        



                                


                            
Entreprises. Il y a peu, Danone et Vivendi ont subi les attaques de fonds activistes (hedge funds en anglais). Jusque-là rares en France, les actions de ce type sont au nombre de trois cents chaque année aux Etats-Unis. Mais qu’est-ce qu’un fonds activiste ? Comment peut-il déstabiliser une entreprise avec un petit nombre d’actions ? Et que peut faire une entreprise pour se défendre ?
le fonds activiste va tenter d’imposer une stratégie qui maximise la valeur des actions
Un article récent, qui décrit de manière clinique l’attaque du fonds américain JANA Partners et la résistance d’Agrium, géant canadien de la chimie agricole (« Activisme de fonds de couverture et stratégie de défense des entreprises », Sylvie Berthelot et Vanessa Serret, Revue française de gestion n° 272, 2018), montre qu’une défense efficace est possible.
Les fonds activistes ne sont pas des redresseurs d’entreprises en difficulté. Ils s’attaquent à des entreprises qui font beaucoup de R&D (recherche et développement) ou maintiennent des activités raisonnablement rentables mais qui, qu’elles soient en bonne santé ou connaissent une baisse conjoncturelle de leurs bénéfices, distribuent des dividendes modérés. A l’inverse, le fonds va tenter d’imposer une stratégie qui maximise la valeur des actions.
Une manœuvre d’abord « pacifique »
Fin 2011, le canadien Agrium, leader des engrais agricoles, est une cible parfaite. Après un développement remarquable, il est 25e sur 244 à l’indice boursier de Toronto, mais subit une baisse du prix de la potasse et du rendement global de ses actions. C’est le bon moment pour le fonds JANA Partners, qui annonce en mai 2012 avoir acquis plus de 5 % des titres de l’entreprise.
La manœuvre est d’abord « pacifique » : le fonds demande à la direction de céder sa filiale de commerce de détail, jugée insuffisamment rentable. Agrium comprend la menace : il double ses dividendes et procède à un...




                        

                        

