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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ A l’initiative de l’écrivaine tunisienne Fawzia Zouari et soutenu par l’Organisation internationale de la francophonie s’est réuni, pour la première fois, à Orléans, du 26 au 28 septembre, le Parlement des écrivaines francophones, dont nous publions le manifeste.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤                     
                                                

Manifeste du Parlement des écrivaines francophones : « Liberté, égalité, féminité »

A l’initiative de l’écrivaine tunisienne Fawzia Zouari et soutenu par l’Organisation internationale de la francophonie s’est réuni, pour la première fois, à Orléans, du 26 au 28 septembre, le Parlement des écrivaines francophones, dont nous publions le manifeste.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
28.09.2018 à 17h01
    |

Le Parlement des écrivaines francophones







                        



   


Tribune. Nous, écrivaines francophones, réunies ce 28 septembre à Orléans pour notre première session parlementaire, avons décidé de parler ensemble, d’une seule voix et dans la même langue. Parce que nous sommes souvent questionnées et que nous n’arrivons pas à répondre, parce que d’autres parlent à notre place, parce que nous avons envie d’être écoutées, sur nous-mêmes, sur notre propre sort, sur le monde où nous vivons et qui n’est pas si tendre avec nous. Nous voulons sortir du silence, et puisque nous disposons du pouvoir des mots, nous nous arrogeons cette parole collective et ce droit de regard sur une histoire qui continue de se faire sans nous.
Ecrire est notre passion, notre métier, mais cela ne peut être le lieu de nos solitudes, de notre enfermement. Ecrire est une demeure dont nous ouvrons les fenêtres sur la planète entière. Nous voulons sortir de la nuit de Shéhérazade pour nous affirmer à la lumière du jour.

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Notre littérature n’est pas, comme on l’insinue souvent, une littérature qui se complaît dans le subjectivisme et les larmes, même si elle répugne à être une politique ou une idéologie. Notre littérature est notre voix du monde. Notre choix du monde. Combative et sereine. Décidée et généreuse. Qui se joue des imaginaires. Une littérature de toutes les enfances et de toutes les filiations, une littérature qui se réclame rarement de la norme spécifique. L’Humain et sa mesure.
Oui, il y a bien une littérature réinventée au féminin, qui entend être au rendez-vous de l’Histoire et engagée dans les batailles, toutes les batailles. Celle qui consiste d’abord à affirmer la solidarité des écrivaines entre elles et ne craint pas de parler de « sororité ».
Nous voulons nous opposer aux guerres
Nous voulons créer un réseau d’écrivaines, encourager et marrainer les plus jeunes d’entre nous. Tout tenter pour pousser à lire et à écrire.
Nous voulons aussi faire en sorte que toute femme ou homme de plume puisse ne pas subir la répression, les intimidations, les fatwas en tout genre. L’impossibilité de traverser les frontières.
Nous voulons nous opposer aux guerres. Toutes les guerres. A commencer par celles visibles ou insidieuses, voilées ou à découvert, dirigées contre les femmes : le patriarcat sous toutes ses formes, le viol, le harcèlement, les mutilations génitales, les féminicides, les violences conjugales (sept femmes en meurent chaque jour au Mexique, deux en Argentine et une tous les trois jours en France). Preuve que le corps des femmes reste, au Nord comme au Sud, un enjeu de pouvoir et un théâtre de conflit. Preuve que le contrôle de la sexualité féminine reste le mot d’ordre de toutes les religions. Quand il ne s’agit pas de l’assigner à la marchandisation et aux usages publicitaires dégradants.

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                Fawzia Zouari et ses « rêves de France »



Guerre contre la guerre. Celle dont les civils sont les premières cibles. Motivée par des luttes de pouvoir et des idéologies assassines. Nous combattrons le terrorisme, le djihadisme, les populismes, les discours de haine, les extrémismes religieux et le rejet de l’autre. Et tout ce qui s’en suit : ces populations errantes, perdues, accrochées aux fils de barbelé, entassées sur des bateaux de fortune parce que leurs pays leur ont refusé la perspective d’un avenir, parce que l’Europe ne leur a laissé pour perspective que d’échouer sur ses côtes comme des poissons morts.
N’oublions pas cette phrase de Sophocle : « Quand la guerre sera l’affaire des femmes, elle s’appellera la paix ! » Pourquoi ? Parce que chaque femme consciente et libre est un danger pour les dictatures. Parce que chaque femme qui traverse une frontière réhabilite la parole sur l’altérité.
Nous débarrasser des litiges du passé
Ces temps de violences et de replis ont lieu sur fond d’une planète qui s’affole et d’une nature à l’épreuve de la globalisation, de l’industrialisation à outrance, du consumérisme et de la pollution. Nous disons, nous les femmes, que le combat de l’environnement est notre combat. Que la Terre est notre seul véritable pays. Celui que nous voulons transmettre à nos enfants.
Nous disons tout cela, ensemble, dans une seule langue : le français. Nous n’en avons pas honte. Nous n’avons pas de complexe à nous exprimer dans ce qui n’est plus seulement la langue de Molière. Au contraire : nous voulons renouveler voire refonder le discours sur le français. Rompre avec la terminologie de guerre — « butins » et « langue du colonisateur » — et nous débarrasser des litiges du passé. Nous faisons de cette langue notre enfant légitime.
Nous lui apprendrons à dire nos origines, nos parcours, les causes qui nous tiennent à cœur. Nous lui apprendrons à moduler le chant de ses phrases sur les berceuses de nos mères, et cette langue dont nous userons en ce qu’elle a de plus noble et de plus juste et de plus universel nous dira. Elle en profitera pour rester en mouvement, pour élargir son territoire d’hospitalité, pour rajeunir à la source de nos métissages.
Mais nous ne serons pas là que pour pointer les déséquilibres et détecter les tragédies. Nous voulons redonner au monde sa belle voix, ancrée dans l’espoir et soucieuse des générations futures. Retisser ses liens sociaux et réhabiliter ses traditions de convivialité. Impulser une modernité qui aurait cet attribut féminin de savoir réguler les différences et les différends.
Nous rêvons ? Eh bien tant mieux ! Parce que le jour où les femmes ne rêveront plus, ce sera le plus grand cauchemar pour les Hommes. Rêvons ! Et faisons en sorte que nos rêves s’achèvent dans une raison du monde. Par notre voix s’édifie la seule civilisation qui vaille à nos yeux : la civilisation universelle.
Les signataires : Marie-Rose Abomo-Maurin, Maram Al-Massri, Marie-José Alie-Monthieux, Ysiaka Anam, Dalila Azzi Messabih, Safiatou Ba, Linda Maria Baros, Emna Bel Haj Yahia, Nassira Belloula, Maïssa Bey, Lila Benzaza, Lamia Berrada-Berca, Sophie Bessis, Tanella Boni, Hemley Boum, Dora Carpenter-Latiri, Nadia Chafik, Chahla Chafiq, Sonia Chamkhi, Miniya Chatterji, Aya Cissoko, Catherine Cusset, Geneviève Damas, Zakiya Daoud, Bettina de Cosnac, Nafissatou Dia Diouf, Eva Doumbia, Suzanne Dracius, Alicia Dujovne Ortiz, Sedef Ecer, Charline Effah, Lise Gauvin, Laurence Gavron, Khadi Hane, Flore Hazoumé, Monique Ilboudo, Françoise James Ousénié, Fabienne Kanor, Fatoumata Keïta, Liliana Lazar, Sylvie Le Clech, Catherine Le Pelletier, Tchisseka Lobelt, Kettly Mars, Marie-Sœurette Mathieu, Madeleine Monette, Hala Moughanie, Cécile Oumhani, Emeline Pierre, Gisèle Pineau, Emmelie Prophète, Michèle Rakotoson, Edith Serotte, Leïla Slimani, Aminata Sow Fall, Elizabeth Tchoungui, Audrée Wilhelmy, Hyam Yared, Olfa Youssef, Fawzia Zouari.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Fragilisés par le mouvement qui a libéré la parole des femmes, les rapports entre les sexes méritent d’être repensés. Invités par Le Monde Festival, historiens et philosophes s’emparent du sujet pour en débattre les 6 et 7 octobre.
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                Après #metoo, repenser la rencontre des sexes


Fragilisés par le mouvement qui a libéré la parole des femmes, les rapports entre les sexes méritent d’être repensés. Invités par Le Monde Festival, historiens et philosophes s’emparent du sujet pour en débattre les 6 et 7 octobre.

LE MONDE
                 |                 28.09.2018 à 09h59
                 |

                            Florent Georgesco

















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« Il n’est que temps pour l’historien de la France contemporaine d’entrer dans la chambre du couple sans être ac­compagné d’un officier d’état civil », écrivait l’historien Alain Corbin, en 1978, dans Les Filles de noce. Misère sexuelle et prostitution au XIXe siècle (Aubier ; réédition Flammarion, 2015). La vie privée, les sentiments, les émotions, le corps, le sexe, le genre… L’intime, longtemps dis­simulé derrière le social et le politique, réduit à ses effets sur la vie publique, est devenu à partir des années 1970 un objet central pour la recherche historique.
Comment nos prédécesseurs faisaient-ils l’amour ? Sur quelles représentations et codifications reposaient leurs pratiques ? Dans quelle mesure être homme ou femme changeait le rapport à la sexualité ? Mais aussi : qu’en était-il de la domination et de la violence ?

        Au Monde Festival :
         

          Aux origines de #MeToo



A l’heure où #metoo et les débats sur l’identité de genre et sur la diversité infinie des sexualités nous contraignent à remettre en cause tout ce qui, dans notre rapport au sexe, paraît encore aller de soi et demeure impensé, les résultats de ces décennies d’histoire des sensibilités peuvent nous aider à discerner les continuités, les césures, les redéfinitions qui contribuent à structurer nos comportements.

« Se marier par amour »
« Les jeunes filles du monde bourgeois, au XIXe siècle, osent à peine rêver de sexe, tant on leur en parle peu. Mais elles rêvent d’amour, elles se fabriquent un imaginaire, qui aura des conséquences. Il faut se marier, leur dit-on. D’accord, mais autant se marier par amour. Les hommes s’accommodent du mariage alliance ; ils peuvent aller voir ailleurs. Ce sont les femmes qui vont imposer le mariage d’amour. Et peu à peu, ce désir va gagner tout le monde, même les hommes, et devenir la norme. » Michelle Perrot


Transformation des savoirs
A cet égard, l’histoire des femmes, née elle aussi, et de manière connexe, au début des années 1970, a donné le ton. Dans l’introduction d’Histoire des femmes en Occident (Plon, 1990-1991), Georges Duby et Michelle Perrot, qui ont dirigé ce monument de l’historiographie française, invitaient à « comprendre les racines de [la] domination et les rapports de sexes à ­travers l’espace et le temps ». Autrement dit, il n’est pas possible de travailler sur les « rapports de sexes » sans traiter la question de l’abaissement des femmes ni de mener des enquêtes savantes sans réfléchir à leurs répercussions sur cet état de fait. Le savoir est une liberté. Il est aussi un levier de libération.

« Il est rare que la noblesse l’emporte »
« Le mot “amour” connaît toutes les formes possibles, toutes les intensités. Ses sens s’étendent avec l’histoire de notre langue, comme ils s’étendent avec l’histoire de la conscience occidentale, sa profondeur, sa complexité. Il peut s’accompagner d’une totale transparence comme d’une totale obscurité. Il est un sens en revanche, rare, celui où la noblesse l’emporte, celui où la personne qui le porte est prête à absolument tout donner. » Georges Vigarello


En témoignent par exemple l’œuvre pionnière de Michelle Perrot (Femmes publiques, Textuel, 1997 ; Les Femmes ou les silences de l’histoire, Flammarion, 1998…), mais aussi celle d’Arlette Farge, codirectrice du volume « Temps modernes » de l’Histoire des femmes en Occident, dont l’intérêt constant pour les vies modestes, oubliées, a souvent croisé la question de l’infériorisation des femmes, que ce soit au siècle des Lumières – Effusion et tourment (Odile Jacob, 2007), Un ruban et des larmes (Edition des Busclats, 2011)… – ou au-delà – De la violence et des femmes, collectif ­dirigé avec Cécile Dauphin (Albin Michel, 1997).

« L’amour dévore et transmet… »
« Etrange ravissement que celui d’aimer, à tel point que ne l’être pas ou ne l’être plus devient proximité avec la mort. L’amour donne et prend, dévore et transmet. Aimer fait traverser des espaces sans limites, où parfois se logent ensemble l’exaltation, le désarroi et la douleur. On ne peut oublier que la rencontre amoureuse empoigne et captive ; pour qu’elle dure, il faut faire vivre l’effet de sidération qui a nourri son commencement, mettre le “don” au cœur de sa parole, de sa voix, de son corps. » Arlette Farge


Michelle Perrot et Arlette Farge sont deux historiennes qui ont d’ailleurs en commun d’avoir collaboré avec Michel Foucault, dont l’Histoire de la sexualité (quatre tomes, Gallimard, 1976-2018), au point de convergence de l’histoire et de la philosophie, est sans doute l’un des facteurs les plus décisifs de transformation des savoirs et des problématiques sur le désir, la chair, la domination.

        Au Monde Festival :
         

          La rencontre des corps. Une histoire du sexe



Celle-ci, au demeurant, est au cœur du travail des historiens de l’intime, même quand ils ne se consacrent pas à une histoire des femmes proprement dite. Ainsi des nombreux livres de Georges Vigarello, codirecteur, avec Alain Corbin et Jean-Jacques Courtine, des indispensables Histoire du corps (Seuil, 2005), Histoire de la virilité (Seuil, 2011) et Histoire des émotions (Seuil, 2016-2017), qui s’est intéressé aussi bien à l’évolution de la perception et de la répression des violences sexuelles (Histoire du viol, Seuil, 1998) qu’à celle du rapport au vêtement (La Robe. Une histoire culturelle, Seuil, 2017).

« Alors, la fellation, bien sûr… »
« Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, dans les milieux privilégiés, on se met à érotiser le mariage. Jusqu’alors, l’expérience sexuelle était inégalement partagée, les hommes ayant, notamment, recours à la prostitution. A ce moment-là, ils commencent à apprendre à leur femme des caresses qu’on n’osait pas pratiquer entre époux, comme la fellation – il fallait faire l’amour pour avoir des enfants, alors, la fellation, bien sûr… On découvre, dans le couple, une liberté nouvelle. » Alain Corbin


Sur la même ligne, et au-delà de ses travaux fondateurs sur la prostitution, Alain Corbin, qui a grandement contribué à ouvrir sa discipline à l’ensemble de ces questions, met au jour dans L’Harmonie des plaisirs (Perrin, 2008), son enquête sur les « manières de jouir » entre la fin du XVIIIe siècle et le milieu du XIXe, une dissymétrie radicale du rapport au désir, en bonne partie fondée sur la peur d’une sexualité féminine toujours, selon les médecins et les confesseurs de la période, au bord du « dérèglement ». Comme l’écrit Michelle Perrot dans Mon histoire des femmes (Seuil, 2006) : « Le sexe des femmes est un puits sans fond, où l’homme s’épuise, perd ses forces et sa vie jusqu’à l’impuissance. »
De cet effroi originaire procèdent peut-être les lois et les règles non écrites qui ont longtemps légitimé la domination masculine ; du moins en sont-elles empreintes. Ainsi l’histoire des sensibilités débouche-t-elle sur les arrière-fonds pulsionnels des sociétés, sur une source fantasmatique que la raison ne parvient pas à tarir. D’où sans doute, malgré les ruptures historiques et le mouvement général vers l’égalité, dans la relation hétérosexuelle comme entre les sexualités, la persistance de formes de domination dont #metoo a dressé un tableau planétaire. D’où enfin la nécessité, pour trouver des issues, du recours à la philosophie, d’un effort conceptuel de ­refondation de notre relation à l’amour.

« Je préfère l’intime… »
« Etre intime avec l’Autre c’est, à l’inverse de la stratégie amoureuse, ne plus projeter de plans sur lui, l’extraire et l’excepter du rapport de force dans lequel nous sommes toujours plus ou moins avec les autres. La connivence s’y livre aussi bien à travers les “riens” du quotidien que le silence. Car l’intime ne s’enferme pas dans le confort de la relation, mais maintient l’Autre en tant qu’autre, c’est-à-dire dans ce dehors dont il émerge et qui fait qu’on peut encore le rencontrer. » François Jullien


Réinventer l’intime
C’est l’entreprise que François Jullien, philosophe d’abord connu pour ses travaux sur la pensée chinoise, a lancée dans certains livres récents, comme Une seconde vie (Grasset, 198 p., 18 euros) et Si près, tout autre. De l’écart et de la rencontre (Grasset, 234 p., 18 euros), où il défriche la voie d’un renouvellement du rapport à l’altérité, en particulier à partir de la notion d’intime. « Dire “je t’aime”, expliquait-il dans un entretien au Monde en août 2017, c’est faire de l’autre un objet. Mais dire “je suis intime avec toi”, c’est poser un sujet par rapport à moi (…). On sort de la dialectique possession/déception. (…) Comme tel, l’intime est inépuisable, c’est un commun de l’entre qui s’ouvre entre nous. »

        Au Monde Festival :
         

          Conversation avec François Jullien



En définitive, « la rencontre des corps » (titre d’un chapitre de l’Histoire du corps) ouvre des univers sans nombre, nous connecte à des zones encore inexplorées de nous-mêmes et de nos sociétés. François Jullien a raison – les historiens nous montrent à quel point l’intime reste à réinventer. C’est la raison pour laquelle ces auteurs, qui font avancer la recherche sur la notion fragile de l’amour et des relations entre les sexes, Alain Corbin, Michelle Perrot, François Jullien, Arlette Farge et Georges ­Vigarello, seront présents au Monde Festival pour approfondir ces questions.
Dans le cadre du Monde Festival : rencontre avec Arlette Farge et Georges Vigarello sur les origines de #metoo, animée par Zyneb Drief au Palais Garnier à Paris, dimanche 7 octobre, de 12 heures à 13 h 30. 
Conversation avec François Jullien, animée par Nicolas Truong, samedi 6 octobre, de 10 heures à 11 heures, au Théâtre des Bouffes du Nord.
La rencontre des corps. Une histoire du sexe, débat animé par Florent Georgesco, dimanche 7 octobre, de 10 heures à 11 h 30, au Palais Garnier (grand foyer).

Rendez-vous du 5 au 7 octobre au Monde Festival 2018 !
Aimer ! C’est le thème de la 5e édition du Monde Festival qui s’ouvre le 5 octobre à Paris avec le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda et son dernier film, Une affaire de famille, Palme d’or 2018 à Cannes. Deux autres films seront projetés en avant-première : Un amour impossible, de Catherine Corsini et, pour clôturer le festival, En liberté !, le nouvel opus de Pierre Salvadori.
Les 6 et 7 octobre, place aux débats : sur les nouvelles relations amoureuses (Le big data va-t-il tuer le hasard des rencontres ? Aux origines de #metoo ), les technologies (Intelligence artificielle et émotions : un amour de robot ? ) l’école (Donner l’envie d’apprendre, un jeu d’enfant ?) l’environnement (Pour l’amour de ma Terre, S’aimer comme des bêtes ), l’économie, les médias (Comment informer sous la présidence d’Emmanuel Macron ?), la politique (Y a-t-il une vie après la politique ? )...
Des rencontres exceptionnelles avec Barbara Hannigan, Juliette Armanet, la tribu Guédiguian, Chimamanda Ngozi Adichie, Mario Vargas Llosa, Charline Vanhoenacker, Pierre de Villiers, Pierre Hermé, Roberto Saviano, Kamel Daoud et bien d’autres...
Et samedi soir, rendez-vous à La Nuit de l’amour  aux théâtre des Bouffes du Nord, avec André Comte-Sponville, Barbara Cassin, Carolin Emcke...
Retrouver la programmation du festival et acheter vos billets.
Revoir les moments forts et les vidéos des éditions précédentes.




                                                Par                                                    Florent Georgesco














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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ En septembre 1988, Salman Rushdie publie son livre polémique. Manifestations, autodafés… La réplique s’organise jusqu’à la condamnation à mort de l’écrivain par Khomeiny en février 1989.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤                
                                       
édition abonné


Trente ans après la sortie des « Versets sataniques », il était une fatwa


                      En septembre 1988, Salman Rushdie publie son livre polémique. Manifestations, autodafés… La réplique s’organise jusqu’à la condamnation à mort de l’écrivain par Khomeiny en février 1989.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 06h39
    |

            Samuel Blumenfeld








                              

                        

David Davidar se souvient encore de l’enthousiasme qui l’avait gagné, en ce début du mois de septembre 1988, en remarquant l’enveloppe déposée sur son bureau. Les timbres britanniques ne laissaient aucun doute sur l’origine de l’envoi et, surtout, sa nature. Il s’agissait bien du manuscrit du nouveau roman de Salman Rushdie, Les Versets sataniques. Son éditeur Viking Penguin s’était chargé de l’envoi alors qu’il s’apprêtait à le lancer le 26 septembre en Grande-Bretagne. La date de publication en Inde, pays d’origine de l’écrivain, n’était pas encore fixée.
Dans les modestes locaux de Penguin India à New Dehli, le directeur s’attela sans tarder à la lecture. Son éblouissement devant les premiers paragraphes reste toujours vivace : l’explosion d’un jumbo-jet au-dessus de la Manche, puis la disparition et la réapparition de deux de ses passagers, les principaux protagonistes du livre. Gibreel Farishta est un légendaire acteur indien, star de Bollywood, qui devient dans ses rêves l’archange Gabriel – Djibril dans le Coran –, et Saladin Chamcha, « l’Homme des Mille Voix », est un émigrant en rupture de ban avec son identité indienne qui vit désormais en Grande-Bretagne où il travaille sur des doublages.

Aux yeux de David Davidar, Les Versets sataniques possédait la même force que les précédents romans de Rushdie, Les Enfants de minuit (1981) et La Honte (1983). Il en était sûr, ce nouvel opus deviendrait un classique, un roman dont on parlerait encore trente ans après sa publication.
Ce dont l’éditeur ne se doutait évidemment pas est qu’après la fatwa lancée par l’ayatollah Khomeiny, guide suprême de la révolution iranienne, le 14 février 1989, condamnant à mort Salman Rushdie, Les Versets sataniques ne quitterait jamais le devant de la scène. Et sa publication deviendrait le point de départ d’un certain rapport du monde musulman à l’Occident. L’an I d’un XXIe siècle marqué par...




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<filnamedate="20180928"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180928"><AAMMJJHH="2018092819">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ Dans « La Philosophie devenue folle », le philosophe et historien des sciences souligne les dérives de quelques penseurs anglo-saxons influents.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Jean-François Braunstein contre les Docteurs Folamour de la philosophie

Dans « La Philosophie devenue folle », le philosophe et historien des sciences souligne les dérives de quelques penseurs anglo-saxons influents.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 10h24
    |

                            Elisabeth Roudinesco (Historienne et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Philosophie devenue folle. Le genre, l’animal, la mort, de Jean-François Braunstein, Grasset, 400 p., 20,90 €.

Disciple de Georges Canguilhem (1904-1995), philosophe et historien des sciences, professeur à la Sorbonne, Jean-François Braunstein s’en prend, dans La Philosophie devenue folle, ouvrage salutaire, fort bien documenté, aux dérives des penseurs du monde universitaire anglophone qui, au nom du progrès, de l’égalité ou de l’altruisme, prétendent abolir les frontières entre les sexes, entre les animaux et les hommes, entre la vie et la mort.

Il attaque les plus célèbres d’entre eux : Judith Butler, Peter Singer, John Money, Anne Fausto-Sterling, Donna Haraway… Très éloigné des réactionnaires, il ne condamne pas l’intérêt légitime que la société occidentale porte à l’identité, à la souffrance animale ou aux manières de mourir sans douleur. Mais c’est avec fureur et humour qu’il fustige ces professeurs de haut niveau, inventeurs de discours insensés. D’où une galerie de portraits sortis tout droit d’un roman de Kafka.
John Money, le genre sans le sexe
Braunstein retrace d’abord l’itinéraire de John Money (1921-2006), psychologue d’origine néo-zélandaise convaincu que le sexe anatomique n’aurait aucune incidence sur l’identité subjective. Seul comptait à ses yeux le rôle social : le genre sans le sexe. Il suffirait donc, selon lui, d’élever un garçon comme une fille et réciproquement pour que l’un et l’autre acquièrent une identité différente de leur anatomie.
En 1966, il croit trouver un cobaye pour valider sa thèse en la personne de David Reimer, âgé de 18 mois, dont le pénis a été brûlé lors d’une opération ratée, à la suite d’un phimosis. Sur les conseils de Money, ses parents autorisent une ablation des testicules. Ils lui donnent un prénom de fille et l’élèvent comme tel.
A l’adolescence, pourtant, David se sent homme. Il se fera opérer pour...




                        

                        


<article-nb="2018/09/28/19-5">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ « L’Ame désarmée », charge du philosophe (mort en 2002) contre le déclin culturel et best-seller surprise il y a trente ans, est réédité dans sa version intégrale.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
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Allan Bloom, l’étincelant antimoderne

« L’Ame désarmée », charge du philosophe (mort en 2002) contre le déclin culturel et best-seller surprise il y a trente ans, est réédité dans sa version intégrale.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 10h45
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
L’Ame désarmée. Essai sur le déclin de la culture générale (The Closing of the American Mind), d’Allan Bloom, préface de Saul Bellow, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Paul Alexandre et Pascale Haas, Les Belles Lettres, 500 p., 19 €
Lorsque paraît aux Etats-Unis, en 1987, l’essai du philosophe et critique ­Allan Bloom (1930-1992) The Closing of the American Mind (« L’esprit américain cloisonné »), cet ouvrage en forme d’électrochoc va instantanément devenir un de ces livres butoirs qui marquent une époque et servent de source d’inspiration aux amateurs de crépuscule.
Allan Bloom y décrit le déclin inexorable des humanités, des sciences humaines et de la ­ « culture générale » dans les universités américaines. Il dénonce le cynisme désenchanté de ses étudiants soumis à un égalitarisme et un féminisme dévoyés, il exècre le remplacement de Socrate par Mick Jagger, de l’amour par le sexe, de la raison par la musique, de l’art par la culture et, surtout, du bien commun par le relativisme des valeurs. Le nietzschéisme d’une certaine gauche intellectuelle française incarnée par Foucault ou Derrida, à la veille d’investir les campus américains, le révolte. Elle aurait troqué un marxisme défait pour la fascination de la violence ou de l’engagement pour l’engagement.
Humour parfois amer
La charge est donnée dans un style excessif et étincelant, drôle quand le fer atteint les ridicules de l’élite académique. Cet humour parfois amer a évité de virer à la ritournelle antimoderne, à l’antienne (néo) conservatrice voire réactionnaire.
Phénoménal succès de librairie (plus de 1 million d’exemplaires vendus outre-Atlantique), il se voit traduit en français l’année même de sa publication, sous le titre quelque peu énigmatique de L’Ame désarmée (Julliard, 1987) et amputé du début de la troisième partie, qui était consacré à une longue lecture de Tocqueville et à une évocation...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ « Résistances à l’impôt, attachement à l’Etat », une enquête fouillée du sociologue Alexis Spire sur les Français et l’impôt, met en évidence un nouveau fossé entre classes populaires et moyennes/supérieures.
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Contribuables qui pleurent, contribuables qui rient

« Résistances à l’impôt, attachement à l’Etat », une enquête fouillée du sociologue Alexis Spire sur les Français et l’impôt, met en évidence un nouveau fossé entre classes populaires et moyennes/supérieures.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 10h20
    |

                            Gilles Bastin (Sociologue et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Résistances à l’impôt, attachement à l’Etat. Enquête sur les contribuables français, d’Alexis Spire, Seuil, 294 p., 22 €.

Aucun sujet n’illustre aussi bien notre ambivalence face à l’Etat que celui de l’impôt. Il n’est pas inhabituel d’aimer les forces de l’ordre un jour et de les détester le lendemain, ou de chérir l’école républicaine en paroles et de la fuir quand l’occasion se présente… De nombreuses politiques publiques sont aujourd’hui au cœur de ce type de conflits intimes.
En revanche, l’impôt qui sert à les financer toutes suscite, comme le montre l’enquête très fouillée qu’a menée le sociologue Alexis Spire pour écrire Résistances à l’impôt, attachement à l’Etat, et déjà auteur, avec Nicolas Delalande, d’Histoire sociale de l’impôt (La Découverte, 2010), un rejet constant, dont il souligne le caractère paradoxal.
En effet, l’emprise publique sur le revenu des Français n’a cessé de s’étendre, sans heurt, après la seconde guerre mondiale, pour financer la protection sociale et les investissements publics. Pourtant, c’est depuis que cette emprise a commencé à régresser, à partir des années 1980, que nous assistons à un véritable carnaval fiscal.
L’impôt, désormais, est omniprésent dans les médias, qui focalisent l’attention du public sur sa partie la plus douloureuse pour beaucoup, mais pas la plus importante, l’impôt sur le revenu, ou mettent en lumière les pratiques frauduleuses et autres « phobies » fiscales des membres des élites économiques et politiques. Il descend parfois dans la rue comme lors du mouvement des « bonnets rouges » bretons de 2013, opposés à l’augmentation des taxes écologiques sur les véhicules de transport. Tant que l’Etat social se construisait en augmentant les impôts, il recueillait le consentement de ses citoyens ; depuis qu’il se retire au profit du marché, le ressentiment se généralise.
Aux guichets de l’administration
Pour...




                        

                        


<article-nb="2018/09/28/19-7">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ La chronique d’Alexandre Jollien, à propos des « Mains du miracle », de Joseph Kessel, lu par Michel Vuillermoz.
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A l’oreille. Intelligence avec l’ennemi

La chronique d’Alexandre Jollien, à propos des « Mains du miracle », de Joseph Kessel, lu par Michel Vuillermoz.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h30
    |

                            Alexandre Jollien (Philosophe)








                        



                                


                            
Les Mains du miracle, de Joseph Kessel, lu par Michel Vuillermoz, Gallimard, « Ecoutez lire », 21,90 €.

Lire, prêter l’oreille, se laisser bercer par un texte, osons le néologisme licouter une œuvre, exige une sacrée ascèse quand l’esprit bat si facilement la campagne… Le défi, aride parfois, consiste à revenir comme en une méditation à la voix, à s’abandonner aux rythmes, à la musicalité des périodes sans perdre le fil. Et, alors, le charme opère, le miracle advient, ou non. Quand l’interprète devient passeur, alors il nous guide comme par la main dans un univers où nous débarquons avec une infinie reconnaissance, au cœur même du génie d’un écrivain. C’est assurément la prouesse qu’accomplit Michel Vuillermoz, sublime lecteur des Mains du miracle, de Joseph Kessel (Gallimard, 1960).
Quand on découvre ce récit stupéfiant, inouï, complètement invraisemblable, on ne peut s’empêcher d’aller vérifier si cette histoire trop belle pour être crue n’est pas comme l’Iliade, Don Quichotte ou Le Comte de Monte-Cristo, une fiction. Incroyable mais vrai ! Oui, le docteur Felix Kersten a existé pour de bon. Oui, de ses mains expertes il a palpé, pour le soulager de terribles crampes au ventre, le corps de Heinrich Himmler (1900-1945), l’impitoyable chef de la Gestapo, l’organisateur forcené de la solution finale, le suppôt d’Adolf ­Hitler. Véridique, aussi ! Ce médecin débonnaire aurait bien, grâce à une ingéniosité sans pareil, obtenu du diable en personne qu’il libère des milliers de détenus promis aux chambres à gaz, qu’il s’abstienne, dans un acte d’ultime folie, de dynamiter les camps de concentration… Cinq années durant, il se serait activé au chevet de Himmler, lui prodiguant massages, apportant une trêve, une détente physique et psychique à cet être à la cruauté systématique.
Quand le monstre cède
Ce héros, fin, malin, ce saint laïque, rusé, génial, confident...




                        

                        


<article-nb="2018/09/28/19-8">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos d’« Au jour du grand passage, que ferez-vous de votre corps ? », de Michel Hulin et Jean-Philippe de Tonnac.
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Figures libres. Et votre cadavre, on en fera quoi ?

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos d’« Au jour du grand passage, que ferez-vous de votre corps ? », de Michel Hulin et Jean-Philippe de Tonnac.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 10h17
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Au jour du grand passage, que ferez-vous de votre corps ?, de Michel Hulin et Jean-Philippe de Tonnac, Le Bois d’Orion, 270 p., 22 €.

Longtemps, pareille question ne fut même pas pensable. Le sort des dépouilles était fixé une fois pour toutes. Dans chaque société, les rites, mythes et croyances ne laissaient nulle place aux décisions individuelles. L’Egypte antique conservait du corps mort tout ce qui pouvait l’être. L’Inde, au contraire, le consumait entièrement.
Les monothéismes inhumaient les défunts dans l’attente d’une résurrection finale. En dépit de la diversité des systèmes religieux et des pratiques funéraires qui leur étaient liées, ce point central demeurait : tout était prévu, rien n’était à choisir. Voilà qui a changé.
Décisions personnelles
Car la mort, désormais, est « un sujet neuf ». En tout cas en France, et bien sûr en Europe, et même dans tout l’Occident. En peu de temps, la crémation est devenue un phénomène de masse. Les chiffres nationaux sont impressionnants : 0,44 % en 1974, 32 % en 2013, bien plus aujourd’hui puisque le phénomène ne cesse de croître. Dans les grandes villes françaises, il y a déjà plusieurs années que les « crématisés » sont plus nombreux que les « inhumés ».
Or il s’agit bien, à présent, de décisions personnelles. Mais sur quoi au juste sont-elles fondées ? Comment sont-elles motivées ? Ces interrogations fournissent la trame d’un beau dialogue entre deux personnalités attachantes, le philosophe et indianiste Michel Hulin et Jean-Philippe de Tonnac, journaliste et écrivain.
L’un veut être incinéré, l’autre inhumé. Chacun, en cherchant à formuler les raisons de sa préférence, expose des pans d’enfance, livre des émotions. Ce que fait voir à merveille ce long entretien sans fard, c’est d’abord combien ce choix engage les fragilités et forces les plus intimes.
Longtemps avant d’être un grand connaisseur des doctrines indiennes,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Quatre questions à l’auteur de « La Philosophie devenue folle ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
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Jean-François Braunstein : « Une incapacité à penser la limite »

Quatre questions à l’auteur de « La Philosophie devenue folle ».



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 09h09
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
L’auteur de La Philosophie devenue folle. Le genre, l’animal, la mort (Grasset, 400 p., 20,90 €) fait état de sa surprise à la lecture attentive des intellectuels qu’il pourfend dans son livre.
Pourquoi avoir choisi, parmi d’autres possibles, les trois domaines que vous traitez dans « La Philosophie devenue folle » ?
L’identité sexuelle, la différence avec l’animal, la question de la mort : nous nous posons tous ces questions. Je connaissais vaguement les théories qui ont émergé à leur égard mais, à force d’observer ces débats « sociétaux » où personne ne débat, parce que tout le monde est d’accord, j’ai eu envie d’aller voir de plus près. Cela a été une pêche miraculeuse, si je peux dire. Ce que j’ai trouvé était absurde, ou totalement ridicule, ou très violent. Ce sont des pensées qui relèvent, comme le dirait Canguilhem, d’une « brutalisation » de l’humanité.
Vous vous en tenez, pour l’essentiel, à des auteurs anglophones…
Le fournisseur est plus intéressant que l’importateur. J’ai préféré analyser la production des penseurs essentiels, souvent fondateurs de ces courants. Il y a en France des gens qui reprennent Peter Singer, Judith Butler ou Donna Haraway, mais ce n’est pas très créatif. Et, au passage, ils effacent souvent le pire – les histoires de zoophilie ou ce qui est dit sur l’euthanasie des handicapés. Ils prétendent que leurs adversaires ont exagéré. Or ces positions sont centrales et affirmées sans aucune gêne. Singer revient sans cesse, par exemple, sur la supériorité de certains animaux par rapport aux humains subissant un handicap mental.
Vous tendez à rassembler l’ensemble de ces courants sous une même bannière. Quels principes les réunissent ?
Ils ont notamment en commun une incapacité à penser l’altérité, la différence, la limite – la résistance du réel. Ils se réclament souvent de ­Michel Foucault [1926-1984], mais lui avait...




                        

                        


<article-nb="2018/09/28/19-10">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Hiver 1968, Colorado. Chasse aux détenus en fuite dans un blizzard propice à la détresse. « Evasion », de Benjamin Whitmer, sombre et violent.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤                     
                                                   
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Roman noir. Des salopards par douzaines

Hiver 1968, Colorado. Chasse aux détenus en fuite dans un blizzard propice à la détresse. « Evasion », de Benjamin Whitmer, sombre et violent.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h15
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            
Evasion (Old Lonesome), de Benjamin Whitmer, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jacques Mailhos, préface de Pierre Lemaitre, Gallmeister, 416 p., 23,80 €.

Tant pis pour l’incongruité, on ne saurait le dire autrement : il y a, en peinture, l’« outrenoir » de Pierre Soulages et, en littérature, celui de Benjamin Whitmer, pareillement incisé d’éclats de lumière. Ici et là, une même palette monochrome aux riches nuances et un même refus de l’anecdote. L’effet produit par le noir whitmérien est d’une teinte moins spirituelle, plus tragique en ce sens qu’il résulte d’une fatalité dénuée d’espoir. Ce qui, sous la plume du romancier américain, se résume ainsi : « Ce monde n’est pas fait pour que vous vous en évadiez. Ce monde est fait pour tenir votre cœur captif le temps qu’il faut pour le broyer. » En guise de démonstration, rien de plus efficace qu’une détonation. Celles-ci pétaraderont dans Evasion, le troisième roman de l’écrivain.
Car en 1968, le Colorado, c’est toujours le Far West, c’est-à-dire une terre chaotique où, pour tout changement en deux siècles, les voitures ont remplacé les chevaux, et la marijuana, la culture du maïs. Les habitants occupent des bicoques insalubres. Ils bavent du jus de chique. Ils se saoulent au whiskey. Ils injurient les « négros » et les « hippies ». Malingres sont leurs enfants.
Empreintes dans la neige
Au soir du réveillon, douze détenus s’évadent de la prison d’Etat qui forme le centre névralgique d’Old Lonesome, bourgade cernée par les montagnes et le blizzard. La nouvelle se répand par radio, suivie d’annonces liées à la capture ou la mort des fugitifs qui se cachent, en attendant que le vent et la neige faiblissent. Partis pour un scoop, un rédacteur et un photographe de presse participent à la chasse à l’homme. Quelle que soit l’époque, le genre qui se prête le mieux à cette épure d’intrigue demeure le western, avec...




                        

                        


<article-nb="2018/09/28/19-11">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ L’écrivaine syrienne Samar Yazbek évoque l’horreur de la guerre civile avec une saisissante lucidité dans son roman « La Marcheuse ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
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La petite princesse de la Ghouta

L’écrivaine syrienne Samar Yazbek évoque l’horreur de la guerre civile avec une saisissante lucidité dans son roman « La Marcheuse ».



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h15
    |

                            Eglal Errera (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Marcheuse (Al-Machâ’a), de Samar Yazbek, traduit de l’arabe (Syrie) par Khaled Osman, Stock, « La cosmopolite », 304 p., 21 €.

Le malheur isole. Il rend invisible. Même lorsqu’il frappe aux yeux de tous, devant les médias du monde entier, comme c’est le cas, depuis 2011, pour la guerre civile en Syrie. Jusqu’où serons-nous affectés ? A quel moment l’émotion et la solidarité sont-elles remplacées par l’indifférence et l’oubli ? Ces questions sont au cœur du travail de l’écrivaine syrienne Samar Yazbek (née en 1970, à Lattaquié), à qui son opposition active au régime de Bachar Al-Assad a d’abord valu menaces et emprisonnement, avant de la contraindre à l’exil. Son précédent ouvrage, Les Portes du néant (Stock, 2016), retraçait les trois périlleux voyages clandestins qu’elle a effectués, en 2012 et 2013, dans les zones de combats les plus violents de son pays. Un témoignage d’une force d’évocation extrêmement puissante.
Parole et mouvements entravés
Aujourd’hui, Samar Yazbek va plus loin encore. S’aventurant jusqu’au plus intime, elle renoue avec le roman, sa vocation première (Un parfum de cannelle, Buchet-Chastel, 2013). Parmi l’ensemble des ouvrages qui nous parviennent de Syrie ou de la diaspora, elle fait entendre un timbre inédit, qui mêle l’absolu réalisme et le merveilleux. Rima, la narratrice de La Marcheuse, est muette. Elle n’entend le son de sa voix qu’en de très précises occasions : quand elle cantille le Coran, lit à voix haute Le Petit Prince, de Saint-Exupéry (1943), ou lorsqu’elle crie ou gémit parce qu’elle a mal ou peur. Elle est aussi affublée d’une étrange manie : elle ne peut s’empêcher de marcher : « Mon cerveau se trouve dans la partie inférieure de mon corps et je ne peux interrompre cette bougeotte agaçante de mes pieds. » Alors, depuis sa petite enfance, Rima vit, le poignet attaché à un meuble ou au bras de sa mère. Parole et mouvements...




                        

                        


<article-nb="2018/09/28/19-12">
<filnamedate="20180928"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180928"><AAMMJJHH="2018092819">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Un viol et sa vengeance : c’est « Pêche », premier roman fiévreux de la Britannique Emma Glass.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
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Emma Glass chante le corps meurtri

Un viol et sa vengeance : c’est « Pêche », premier roman fiévreux de la Britannique Emma Glass.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 14h55
    |

                            Maylis Besserie (Collaboratrice du "Monde des livres")








                        



                                


                            
Pêche (Peach), d’Emma Glass, traduit de l’anglais par Claro, Flammarion, 128 p., 14 €.

Le viol de Pêche est passé inaperçu. Papa, maman et les autres n’ont rien vu : ni la plaie qu’il a fallu recoudre soi-même, ni le ventre qui grossit comme la haine, ni la menace qui s’est installée comme un halo au-dessus d’elle. Si Pêche, emmêlée dans des « salades de mots », n’a rien pu dire, la vengeance, elle, a fait son nid dans les plis de sa chair douloureuse.
Pour ce premier roman, la Britannique Emma Glass puise dans la musique des mots les armes pour faire résonner ce qui est passé sous silence et en écrire la suite. Les violences sexuelles ont ici précédé l’intrigue. Que peut-il advenir après coup ? Dans le nouvel espace-temps du traumatisme jaillit un langage du corps, effroyable, que l’auteure convertit en poésie. Lorsqu’elle parle du corps souffrant, Emma Glass, infirmière de profession, sait de quoi il est question.
Le corps de Pêche est lieu de l’intrigue
« Poisse épaisse poisseuse empoissant la laine lourde engluée dans les plaies (…). » Les mots d’Emma Glass (traduits par Claro, feuilletoniste du « Monde des livres ») claquent comme le corps de son héroïne. Des impressions qui slament dans le tourbillon qui a envahi Pêche « après ». Son corps meurtri est devenu l’outil de mesure du monde. Tout n’est que sensations et odeurs. Un épiderme qui flaire, réagit. Le corps de Pêche est partout, dans chaque mot, chaque geste. Il est le lieu de l’intrigue. Son corps et celui des autres. Des corps comme des voiles, derrière lesquels se cache toujours le monstre qui rôde. « L’homme saucisse », viande indigeste qui la poursuit jusqu’au fond de son assiette. Une graisse qui colle à la peau de Pêche, s’insinue dans la pénombre et « réveille des ombres pareilles à des araignées ».
Emma Glass contourne l’analyse, elle exhibe un corps qui parle, et ses évocations...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Romans, récits, nouvelles, histoire, bande dessinée, fantasy, science-fiction, enfance, humour… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 28 août 2018.
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La rentrée littéraire en bref

Romans, récits, nouvelles, histoire, bande dessinée, fantasy, science-fiction, enfance, humour… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 28 août 2018.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 09h08
    |

                            François Angelier (Collaborateur du « Monde des livres »), 
Clément Martel, 
Frédéric Potet, 
                                Vincent Azoulay (Historien et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Pierre Karila-Cohen (Historien et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Pierre Deshusses (Collaborateur du « Monde des livres »), 
Raphaëlle Leyris, 
                                Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Macha Séry, 
                            Zoé Courtois (Collaboratrice du « Monde des livres ») et 
                            Eric Loret (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            Humour. Pur Choron
Vous me croirez si vous voulez. Mémoires de guerre et d’humour, du Professeur Choron, avec Jean-Marie Gourio, Wombat, « Les intempestifs », 300 p., 22 €.
Les souvenirs de Georges Bernier (1929-2005) – alias Professeur Choron depuis que, avec François Cavanna (1923-2014), il avait cofondé Hara-Kiri (1960) puis Charlie Hebdo (1970) –, ont été rassemblés par Jean-Marie Gourio, son fils spirituel. ­Celui-ci l’a enregistré soir après soir. Aussi ces Mémoires restituent-ils sa faconde joyeuse, son inventivité langagière, son énergie. Dans sa belle préface, Gourio qualifie Choron d’« ogre de douceur qui n’a pas peur de prendre des coups ». Et des coups, l’existence s’est chargée d’en asséner à ce fils d’un ­garde-champêtre : les galères d’une enfance prolétaire, les quatre ans passés en Indochine comme engagé volontaire, l’alcoolisme, la tuberculose, les interdictions administratives à répétition qui ont frappé la presse satirique… A cela, Choron opposa une « puissance de feu en liberté », une pugnacité sans pareil et un culte pétillant de l’amitié. M. S.
Fantasy. Syffe s’en va en guerre
La Peste et la Vigne. Le cycle de Syffe II, de Patrick K. Dewdney, Au diable vauvert, 608 p., 23 €.
Que faire lorsque la vie vous submerge avec la délicatesse d’un torrent en crue ? Courber l’échine et avancer. Voilà le sort de Syffe, orphelin au sang-mêlé aux prises avec un monde « retourné à l’envers ». Un postulat à l’origine de nombreux ouvrages de fantasy, mais le récit de Patrick K. Dewdney se distingue par son ampleur narrative.
Influencé par Tolkien et Robin Hobb – il a écrit un mémoire sur les littératures de l’imaginaire et la contre-culture du XXe siècle – l’Anglais installé en France délaisse la théorie pour la pratique avec son ambitieux Cycle de Syffe, dont il livre le deuxième volet après L’Enfant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Au Sénégal, en France, où qu’ils vivent, les protagonistes de « Je suis quelqu’un » se cherchent des origines – et se retrouvent. Un beau premier roman.
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Pour Aminata Aidara, tous les chemins mènent à Dakar

Au Sénégal, en France, où qu’ils vivent, les protagonistes de « Je suis quelqu’un » se cherchent des origines – et se retrouvent. Un beau premier roman.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h00
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Je suis quelqu’un, d’Aminata Aidara, Gallimard, « Continents noirs », 368 p., 21,50 €.

Intranquilles, les personnages de Je suis quelqu’un se déplacent d’un havre ou d’un pays à l’autre. Ils laissent des messages, envoient des lettres, consignent leurs réflexions dans un journal intime, ressassent leurs inquiétudes en marchant. A l’origine de cette agitation, il y a, entre autres, un secret de famille. Le pire de tous. Celui que l’on a toujours su et que l’on s’est efforcé de transformer ou d’enfouir. Mais dont la sourde menace pèse, sans relâche.
Il nous est révélé dès l’abord du roman, quand Estelle rencontre son père dans un café, à Paris. Il lui apprend l’existence et la mort du bébé que la mère de la jeune femme, Penda, a eu avec un autre, du temps où tous vivaient à Dakar. Et réveille ainsi des souvenirs. Au même instant, Penda balaye le sol d’un lycée de banlieue en songeant à ce qu’elle va écrire à Eric. L’amant inconstant, rencontré au Sénégal, la raison de son départ précipité pour Paris avec ses filles, onze ans plus tôt. Cet homme qui n’a, sans doute, jamais aimé que lui-même est le père de Jamal, qu’on lui a enlevé, dit-elle, une semaine après sa naissance. Puis, elle ouvre le coffre qui contient ce qui reste de son fils – il aurait 16 ans aujourd’hui.

Une langue flamboyante
« Le fils de l’Autre » est-il mort ou a-t-il disparu ? L’ouverture de l’admirable premier roman d’Aminata Aidara nous met sur la mauvaise piste. Tout comme l’arbre généalogique en première page, qui décrit une famille dispersée entre le Sénégal, la France et, dans une moindre mesure, l’Italie. Je suis quelqu’un n’est pas qu’un récit à énigme, encore moins une saga familiale. Le secret n’est qu’une manière de mettre en branle une réflexion sur la double identité et les multiples quêtes que l’on reçoit en héritage : la recherche des origines, d’un lieu où revenir, et d’un art...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Claro prend l’aérotrain avec Philippe Vasset, qui signe « Une vie en l’air ».
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Le feuilleton. Ligne intérieure

Claro prend l’aérotrain avec Philippe Vasset, qui signe « Une vie en l’air ».



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h00
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Une vie en l’air, de Philippe Vasset, Fayard, 192 p., 18 €.

Certains livres sont habités, pour ne pas dire hantés. Une forme instable s’y meut, en mal d’incarnation, ce peut être un ancêtre, un amour défunt, un enfant perdu. Un double de soi. Le livre leur tient lieu de cage, de berceau, se change en cage de Faraday, devient comme un dernier refuge avant la fin du monde. Un écrin vivant. Mais qu’en est-il lorsque ce spectre se révèle être ni plus ni moins qu’un habitat, un territoire, un lieu fantôme ? Nous avons tous, dissimulé dans nos mémoires, un lieu magique dont nous découvrons au fil des ans l’importance matricielle. Une maison de campagne, un arbre creux, un sous-sol où tout a commencé, où l’imagination s’est formée et enrichie à force de solitude. Un jardin secret, comme on dit, ou plutôt comme on ne dit pas, préférant souvent garder pour soi ce cagibi, cet antre, cette grotte, ce nid séminal. Bien sûr, vient le jour où l’illusion de cet éden vibre trop fort, aspire à devenir vecteur, exige de nous qu’on le visite de nouveau, qu’on y précipite d’autres intuitions, qu’on le réinvente avec des mots. Pour Philippe Vasset (auteur, notamment, de Journal intime d’une prédatrice ou de La Légende, Fayard, 2010, 2016) ce monde perdu est un « long trait de béton » auquel il consacre – c’est bien le mot – un livre fascinant intitulé Une vie en l’air.
Ce trait de béton, c’est celui construit pour le fameux aérotrain conçu par Jean Bertin (1917-1975) et abandonné par l’Etat en pleine Beauce – dix-huit kilomètres de rail à sept mètres de hauteur, un vestige des années 1970 auquel Vasset a consacré une bonne part de solitude et auquel il donne, comme on tend des peaux sur un squelette, de nombreux noms : structure, piste, banderole, barre, monument, rampe, chemin de ronde, piste d’envol, quai d’amarrage, carcasse, tapis volant, etc., chacun de ces noms s’efforçant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Une exposition de caricatures, à Paris, et un livre du sénateur Jean-Pierre Sueur, rappellent à quel point le grand écrivain reste présent.
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Caricaturé, moqué, récupéré ? Victor Hugo, indompté !

Une exposition de caricatures, à Paris, et un livre du sénateur Jean-Pierre Sueur, rappellent à quel point le grand écrivain reste présent.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h00
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            

On ne voit que lui : son front immensément dégagé. Jeune, Victor Hugo (1802-1885) était un condottiere macrocéphale portant ses cheveux noirs longs et en broussaille. « La plus forte tête romantique », ainsi que le qualifia Benjamin Roubaud au bas d’une de ses lithographies. En 1849, le génial Honoré Daumier le juche sur une pile de livres et ironise sur son esprit de sérieux : « On vient de lui poser une question grave, il se livre à des réflexions sombres – la réflexion sombre peut seule éclaircir la question grave ! – aussi est-il le plus sombre de tous les grands hommes graves ! »
Idole et icône du peuple
Au fil des décennies, Victor Hugo a muté physiquement, de même que politiquement. De retour d’exil, en 1870, avec barbe et crinière blanches, il s’impose en justicier de la Nation, en patriarche des Lettres et de la République. C’est un homme-lion abandonné sur un rivage désert, pour son ami et caricaturiste André Gill. Le voilà idole et icône du peuple.
Il possède toujours ce vaste front dont l’intéressé, ex-enfant rachitique, s’enorgueillissait, signe, pour lui, de supériorité intellectuelle ; il a fourni un trait essentiel aux dessinateurs de presse qui le croquèrent de son vivant. En témoigne l’exposition « Caricatures. Hugo à la “une” », qui se tient à la Maison de Victor Hugo (6, place des Vosges, Paris 4e, jusqu’au 6 janvier 2019). Elle invite à contempler 180 portraits, sévères ou bienveillants (parmi un fonds de plus de 300 œuvres) de 1830 aux funérailles du poète, en mai 1885, auxquelles assistèrent trois millions de personnes. Dans les représentations satiriques dont il fit l’objet, l’écrivain fut souvent fondu à ses œuvres : homme-cathédrale après Notre-Dame de Paris, grand succès populaire en 1831 ; homme-océan après Les Travailleurs de la mer, publié en 1866.
A l’extrême gauche
Après la bataille d’Hernani, l’arène politique. Victor Hugo a été abondamment moqué pour...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Que s’est-il passé vingt ans plus tôt lors d’un stage de théâtre pour enfants ? Que s’est-il passé qu’il est temps d’expier ?
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Cloé Korman devant l’enfant violentée

Que s’est-il passé vingt ans plus tôt lors d’un stage de théâtre pour enfants ? Que s’est-il passé qu’il est temps d’expier ?



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h00
    |

                            Bertrand Leclair (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Midi, de Cloé Korman, Seuil, 224 p., 18 €.
Après Les Hommes-couleurs et Les Saisons de Louveplaine (Seuil, 2010, 2013), Cloé Korman tente un troisième roman tout en contrastes, dévoilant peu à peu la tragédie qui s’est nouée à l’ombre d’une famille recomposée mais en pleine lumière : sous le soleil de Marseille exactement, durant l’été 2000. La narratrice, Claire, et son amie Manu, étudiantes parisiennes de 18 ans, y découvraient la liberté, embauchées deux semaines pour encadrer un stage de théâtre pour enfants. La parenthèse et la carte postale promettaient d’être d’autant plus joyeuses que le jeune metteur en scène amateur, le très solaire Dom, alias Dominique Müller, semblait lui aussi tout disposé au libertinage à flanc de calanques.
Choisir de mourir
A ce premier jeu d’ombres et de lumière s’ajoute un second contraste, quand la tragédie occultée s’est jouée presque vingt ans plus tôt, au matin du monde adulte : à l’âge des premiers émois érotiques qui éblouissent, des premières piqûres de jalousie qui aveuglent. Claire Novales atteint désormais l’âge de la plénitude, ce « midi » de la vie qui précède la quarantaine ; elle concilie vaille que vaille sa double vie d’urgentiste, spécialiste en médecine interne, et de mère d’une famille sereine, malgré l’appétence peut-être excessive de ses deux filles pour les réseaux sociaux. C’est une famille ordinaire, en somme, que vient bouleverser l’irruption de Dom dans son service hospitalier. Avant même de le voir, le médecin a immédiatement reconnu son nom, en tête d’un dossier qui ne saurait être plus clair, c’est-à-dire plus sombre : « Une hépatite C au dernier degré, celle de quelqu’un qui a arrêté de se soigner depuis bien longtemps. »
Si Dom a choisi de mourir loin de Marseille et des siens, loin de ses collègues et employés œuvrant à la rénovation de villas, c’est pour disposer d’un témoin à l’heure de solder les...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Chaque jeudi, la rédaction du « Monde des livres » vous propose un choix de romans et d’essais à dévorer.
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Article sélectionné dans La Matinale du 26/09/2018
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Un scandale, la Ghouta, l’identité et la mémoire : notre semaine littéraire

Chaque jeudi, la rédaction du « Monde des livres » vous propose un choix de romans et d’essais à dévorer.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 06h41
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 07h10
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALEUn scandale politico-sexuel au Royaume-Uni au cœur de l’époustouflant roman d’Alan Hollinghurst, une escale à Roissy avec une naufragée volontaire, une quête d’identité entre Paris et Dakar, une marcheuse qui arpente la Ghouta assiégée par les forces de Damas… quatre romans forts qui invitent au voyage. Et un manifeste sur les femmes et le pouvoir, qui nous ramène à l’Antiquité.
ROMAN. « L’Affaire Sparsholt », d’Alan Hollinghurst
L’affaire (fictive) donnant son titre au sixième roman d’Alan Hollingurst mêlait sexe et politique. De cela, presque tout le monde, au Royaume-Uni, se souvient. Les détails, en revanche, se sont vite brouillés. Le lecteur non plus n’en saura pas tout, tant l’auteur veille à en laisser une bonne partie dans l’ombre.
Les jeux avec l’ombre et la lumière font du reste la beauté de ce livre si travaillé par la peinture qu’il a quelque chose d’un tableau en cinq panneaux. Il s’ouvre à Oxford en 1940, quand un groupe d’amis distingue, dans une fenêtre en face, un somptueux jeune homme au cours de « ce bref intervalle entre le coucher du soleil et le black-out qui permettait de voir dans les logements des autres ». A la suite de cette apparition, tous, y compris l’hétérosexuel de la bande, voudront approcher ce David Sparsholt aux allures de dieu grec.
Dans les quatre parties suivantes, on s’attache surtout à Johnny, le fils de Sparsholt. C’est à travers lui qu’Alan Hollinghurst, l’un des plus puissants écrivains anglais contemporains, ausculte l’évolution de la société britannique, ses rapports de classes, son attitude à l’égard de l’homosexualité, au fil de ce grand roman sur le temps et ses effets qui est aussi un très beau texte du caché et du visible, dont la subtilité peut parfois désarçonner le lecteur, mais finit toujours par l’éblouir. Raphaëlle Leyris

   


« L’Affaire Sparsholt » (« The Sparsholt Affair »), d’Alan Hollinghurst, traduit de l’anglais par François Rosso, Albin Michel, 608 p., 24,90 €.
MANIFESTE. « Les Femmes et le Pouvoir », de Mary Beard
C’est au tout début de l’Odyssée, d’Homère, qu’on trouve la première affirmation d’un monopole masculin sur la parole publique, dans cette injonction de Télémaque à sa mère : « Va ! rentre à la maison et reprends tes travaux, ta toile, ta quenouille… Le discours, c’est à nous, les hommes, qu’il revient » (traduction de Victor Bérard). Tel est le point de départ choisi par Mary Beard pour interroger à peu près trente siècles de domination masculine enkystée dans la tradition discursive même de l’Occident.
Elle jongle pour cela entre les références antiques et les événements politiques contemporains, dans un texte érudit, espiègle, accompagné d’une trentaine d’illustrations fort parlantes. On y voit ainsi, par exemple, comment la figure classique de Méduse, reprise dans le terrible et fameux tableau du Caravage (1596), a servi aux adversaires politiques de la première ministre britannique Theresa May ou de la chancelière allemande Angela Merkel pour tenter de les faire taire.
Au-delà du diagnostic, qui illustre dans la longue durée combien fut tenu pour évident le silence féminin, l’auteure montre que la tradition gréco-romaine comporte aussi des éléments pouvant subvertir ces codes – ou du moins contribuer à nous en faire prendre conscience. André Loez

   


« Les Femmes et le Pouvoir. Un manifeste » (« Women & Power. A Manifesto »), de Mary Beard, traduit de l’anglais par Simon Duran, Perrin, 126 p., 10 €.
ROMAN. « Je suis quelqu’un », d’Aminata Aidara
Estelle rencontre son père dans un café, à Paris. Il lui apprend l’existence et la mort du bébé que la mère de la jeune femme, Penda, a eu avec un autre, du temps où tous vivaient à Dakar. Et réveille ainsi des souvenirs. Au même instant, Penda balaye le sol d’un lycée de banlieue en songeant à ce qu’elle va écrire à Eric. L’amant inconstant, rencontré au Sénégal, la raison de son départ précipité pour Paris avec ses filles, onze ans plus tôt. Cet homme est le père de Jamal, qu’on lui a enlevé, dit-elle, une semaine après sa naissance. Puis, elle ouvre le coffre qui contient ce qui reste de son fils – il aurait 16 ans aujourd’hui.
« Le fils de l’Autre » est-il mort ou a-t-il disparu ? L’ouverture de l’admirable premier roman d’Aminata Aidara met le lecteur sur la mauvaise piste. Tout comme l’arbre généalogique en première page, qui décrit une famille dispersée entre le Sénégal, la France et l’Italie.
Je suis quelqu’un n’est pas qu’un récit à énigme, encore moins une saga familiale. Le secret n’est qu’une manière de mettre en branle une réflexion sur la double identité et les multiples quêtes que l’on reçoit en héritage : la recherche des origines, d’un lieu où revenir, et d’un art de vivre avec les injustices et les silences de l’Histoire.
C’est ce qu’explore l’écrivaine italo-sénégalaise de 34 ans, à travers la narration polyphonique, majoritairement épistolaire, portée par une langue souvent flamboyante, qui s’écoule le temps d’un été et d’un automne. Gladys Marivat

   


« Je suis quelqu’un «, d’Aminata Aidara, Gallimard, « Continents noirs », 368 p., 21,50 €.
ROMAN. « La Marcheuse », de Samar Yazbek
Avec Les Portes du néant (Stock, 2016), qui retraçait trois périlleux voyages clandestins, dans les zones de combats les plus violents de Syrie, Samar Yazbek livrait un témoignage d’une force d’évocation extrêmement puissante. Aujourd’hui l’écrivaine syrienne exilée va plus loin encore en renouant avec le roman, en mêlant l’absolu réalisme et le merveilleux.
Rima, la narratrice de La Marcheuse, est muette. Elle est aussi affublée d’une étrange manie : elle ne peut s’empêcher de marcher, ce qui lui vaut de vivre le poignet attaché à un meuble ou au bras de sa mère. On la dit folle, elle ne l’est pas. C’est autour d’elle qu’explose la folie. Elle va en prendre la mesure au cours d’un voyage qui la mènera au cœur de l’enfer de la Ghouta, près de Damas, enclave rebelle assiégée par l’armée d’Assad entre 2012 et 2018.
Dans un souterrain, minée par la faim et les sévices physiques, elle trouve une liasse de papier et un stylo bleu, et raconte ce qu’elle a vu, vécu et entendu. Jusqu’à son agonie, qu’elle décrit avec une confondante sobriété.
Ce texte à l’encre bleue est, comme le dit une expression arabe, d’une complexe simplicité. Rima s’autorise les digressions que lui imposent sa mémoire et son imaginaire, d’incessantes répétitions qui disent son étonnement face à la violence inouïe qu’elle découvre. Elle essaye de comprendre, cherche, tâtonne et fait naître en nous – nous, les lecteurs qui sommes gavés d’images et de mots – un regard neuf, le même effarement que le sien, la même colère que celle de Samar Yazbek. Eglal Errera

   


« La Marcheuse » (« Al-Machâ’a »), de Samar Yazbek, traduit de l’arabe (Syrie) par Khaled Osman, Stock, « La cosmopolite », 304 p., 21 €.
ROMAN. « Roissy », de Tiffany Tavernier
Tous les jours, pas décidé, valise à roulettes, chemisier en soie et tailleur à pinces, elle traverse le terminal, mais jamais ne prend l’avion. Voilà huit mois que l’héroïne de Tiffanny Tavernier a perdu la mémoire, ayant oublié jusqu’à son identité, et qu’elle arpente l’aéroport de Roissy pour cacher aux quelque 700 caméras qu’elle y vit jour et nuit, en naufragée volontaire.
Comme pour vainement tenter de résorber cet abyssal trou de mémoire, ses yeux partout se nourrissent. La robe à smocks d’une fillette, le rire d’un couple en lune de miel, des bribes hétéroclites de conversation : tout est propice au bricolage d’une nouvelle identité par défaut, d’un nouveau rôle à jouer – moins de composition que de recomposition.
C’est que tout, dans Roissy, a éclaté en mille morceaux. Et précisément : le tout, les morceaux, voilà qui constitue ici le cœur de la réflexion. D’abord, la romancière construit le récit à l’image de son héroïne (et de l’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle lui-même, joyeux chaos bigarré), c’est-à-dire de bric et de broc. Un kaléidoscope d’anecdotes, de pages volantes du carnet d’un complotiste ou de flashs info lus sur les écrans de l’aéroport avec, parfois, une flamboyante déflagration de poésie, qui vient chahuter le récit.
Et puis, non contente d’avoir tout mis en pièces, Tiffanny Tavernier engage son lecteur à y remettre un peu d’ordre, avec cette question : de l’infiniment petit du « je » ou de l’infiniment grand de « l’immensité du monde », de quoi Roissy est-il au juste le puzzle ? Zoé Courtois

   


« Roissy », de Tiffany Tavernier, Sabine Wespieser, 280 p., 21 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Avec « L’Affaire Sparsholt », le grand romancier anglais joue de l’ellipse pour parcourir soixante ans d’évolution de la société britannique. Epoustouflant.
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Les jeux du sexe et du secret d’Alan Hollinghurst

Avec « L’Affaire Sparsholt », le grand romancier anglais joue de l’ellipse pour parcourir soixante ans d’évolution de la société britannique. Epoustouflant.



LE MONDE
 |    26.09.2018 à 16h00
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
L’Affaire Sparsholt (The Sparsholt Affair), d’Alan Hollinghurst, traduit de l’anglais par François Rosso, Albin Michel, 608 p., 24,90 €.

Un jour, Alan Hollinghurst a cessé d’être un « écrivain gay ». Il a arrêté d’être cantonné à cette caractéristique biographique, et son œuvre, d’être réduite à la sexualité de ses personnages – il faut dire qu’il a fait son entrée sur la scène littéraire, en 1988, avec le très débridé et explicite La Piscine-bibliothèque (Christian Bourgois, 1991 ; retraduit en 2015 chez Albin Michel).
Une phrase fluide et dense dans sa beauté classique
C’est sans doute avec La Ligne de beauté (Fayard, 2005), son quatrième roman, lauréat du Man Booker Prize 2004, que cet homme né en 1954 a commencé à être réellement reconnu pour ce qu’il est : l’un des plus grands auteurs anglais de notre époque, toutes catégories confondues, tant il semble incapable d’écrire une phrase qui ne soit frappante, à la fois fluide et dense dans sa beauté classique. Tant, aussi, ses romans témoignent simultanément d’un talent d’observation faisant scintiller chaque détail (qu’il soit drôle, tragique ou étonnant) et d’un sens de la composition qui lui permet de manœuvrer sans lourdeur ses grandes machines romanesques – il avoue parfois rêver de romans courts. Des machines puissantes, d’une richesse qui appelle la relecture.
En France, le grand public l’a surtout découvert avec L’Enfant de l’étranger ­ (Albin Michel, 2013), qui reçut le Prix du meilleur livre étranger. Le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’avait pas volé sa récompense, cette somptueuse fresque traversant le XXe siècle, auscultant l’évolution de la société britannique, ses rapports de classes, son attitude à l’égard de l’homosexualité et des amours non conformes.
Un scandale mêlant politique et sexe
A bien des égards, L’Affaire Sparsholt, son sixième roman, ressemble à L’Enfant...




                        

                        


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« Blaise Cendrars - Comme un roman », entrée dans le monde du poète

Chantre d’une modernité aussi bien formelle que technicienne, le poète fait l’objet d’un hommage exemplaire sur Arte.



LE MONDE
 |    26.09.2018 à 16h00
    |

                            Philippe-Jean Catinchi








                        


Arte, mercredi 26 septembre à 22 h 30, documentaire
Une épitaphe à l’image d’un parcours et d’une invention sans égal : « Là-bas gît/ Blaise Cendrars/ Par latitude zéro/ Deux ou trois dixièmes sud/ Une, deux, trois douzaines de degrés/ Longitude ouest/ Dans le ventre d’un cachalot/ Dans un grand cuveau d’indigo. » C’est l’écrivain lui-même qui l’a composée et livrée bien avant sa disparition en janvier 1961. Imagée et fulgurante, elle dit le parcours atypique et l’écriture flamboyante, où tous les genres se conjuguent, comme les curiosités, au nom d’un goût de l’aventure d’une juvénilité inentamée.
Né citoyen suisse en 1887, Frédéric Louis Sauser se choisit un nom de phénix, évoquant les braises et les cendres, pour signer Les Pâques, son premier poème, rédigé d’un seul trait dans la nuit new-yorkaise, en avril 1912, cri de désespoir, appel de naufragé au moment même où sombre le Titanic. Blaise Cendrars, donc.
Car c’est bien l’invention qui est au cœur de sa vie. Qu’il imagine des Poèmes élastiques ou enchante la Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France. Qu’il s’adonne à la peinture, lui qu’éblouit l’éclat solaire de Robert et Sonia Delaunay, lui qui fréquente Chagall, Cocteau et Max Jacob, pose pour Modigliani et se lie à jamais d’amitié avec Fernand Léger, ou pige pour le cinéma dans le sillage d’Abel Gance, Cendrars s’essaie à tout ce qui est neuf, chantre d’une modernité aussi bien formelle que technicienne.
Une écriture de soi singulière
L’avion, l’acier, l’automobile, mais aussi le roman populaire – c’est lui qui milite auprès de ses amis pour la reconnaissance de Fantômas –, tout l’enthousiasme et s’il lui arrive de se lasser d’un milieu dont il perçoit les conventions, il s’échappe, s’évade, pour retrouver ailleurs la flamme juvénile qui le consume et l’alimente tout à la fois. Ce sera Munich, Moscou et l’appel de la Sibérie, plus tard New York, par amour, plus durablement le Brésil, à plusieurs reprises, puis l’Afrique, après la cruelle expérience de la Grande Guerre. Engagé volontaire dans l’armée française, ce qui lui vaut sa naturalisation, il perd au feu à l’automne 1915 le bras droit, d’où pour le poète la première expérience de la prose, si délicate qu’il faudra près de trente ans pour qu’il ne livre La Main coupée (1946).
La deuxième guerre mondiale le mobilise encore, correspondant de guerre pour l’armée anglaise en 1939. Retiré ensuite à Aix-en-Provence, Cendrars s’y consacre à une écriture de soi toujours résolument singulière avec une tétralogie (L’Homme foudroyé, La Main coupée, Bourlinguer et Le Lotissement du ciel) qui compose de son propre aveu des « mémoires qui sont des mémoires sans être des mémoires ». Il reprend également en recueil ses poèmes (Du monde entier au cœur du monde, Denoël, 1957) et fait la connaissance d’un jeune photographe, Robert Doisneau avec lequel, sympathie oblige, il signe La Banlieue de Paris (Seghers, 1949), qui révèle le jeune artiste.
D’une élégance et d’une justesse rares, le documentaire de Jean-Michel Meurice sait tout à la fois retracer un parcours biographique singulier, souligner la profonde originalité du geste créateur de Cendrars, sertir le tout dans un habillage visuel et sonore exemplaire par la qualité des images et la pertinence des choix. Chantre de la « beauté nouvelle » dont il célébra toutes les audaces, Cendras méritait cet éloge d’une écriture fervente sans démesure. Trois mois après la disparition de sa fille Miriam, à l’âge de 98 ans, ce chant d’amour vaut « tombeau », au sens où les classiques l’entendaient.
Blaise Cendrars - Comme un roman, de Jean-Michel Meurice (France, 2017, 52 minutes).



                            


                        

                        

