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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ A écouter cette semaine : une voix soul qui ravive les années 60 et 70, de la pop synthétique intimiste et lumineuse, un album perdu d’un Byrds en solo…
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Sélection albums : Macy Gray, Jeanne Added, Gene Clark…

A écouter cette semaine : une voix soul qui ravive les années 60 et 70, de la pop synthétique intimiste et lumineuse, un album perdu d’un Byrds en solo…



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 18h09
 • Mis à jour le
28.09.2018 à 18h14
   





                        


Fazil Say Préludes (Book I), de Claude Debussy – Gnossiennes et Gymnopédies, d’Erik Satie Fazil Say (piano)

   


Après une première incursion debussyste dans un album de mélodies françaises en compagnie de la mezzo-soprano Marianne Crebassa (Erato, 2017), le pianiste turc Fazil Say s’aventure dans l’œuvre pour piano seul du compositeur avec le Premier Livre des Préludes, qu’il associe aux Gnossiennes et Gymnopédies de son contemporain, Erik Satie. Le piano contrasté de Say, aux longues résonances et dissonances exacerbées, met en avant dans les Préludes l’inspiration orientale de Debussy, une musique faite de sons plus que de notes, dont se dégage une épaisseur peu commune, la chair l’emportant sur la transparence. La sensualité gagne ensuite les Six Gnossiennes de Satie, aux mélodies ondulantes, accompagnées par la caresse du souffle de Say, souffle plus perceptible encore dans les Trois Gymnopédies, dont les notes coulent comme des larmes sans sanglots. Anna Sigalevitch
1 CD Warner Classics.
Henri Dutilleux Symphonie n°1 – Métaboles – Les Citations Orchestre national de Lille, Jean-Claude Casadesus (direction)

   


Le début au compte-gouttes (motif de contrebasses) de la 1ère Symphonie d’Henri Dutilleux (1916-2013) donne ici l’impression que le musicien sort prudemment de l’ombre, en 1951, pour un premier essai orchestral d’envergure. Une demi-heure plus tard, à l’issue d’un final éblouissant, plus de doute : le compositeur de 35 ans a bien sa place dans la cour des grands. Excessivement méticuleuse, l’interprétation de Jean-Claude Casadesus flatte la plasticité de la partition au détriment de ses zones de mystère (Passacaille) ou de lyrisme (Intermezzo). Quarante ans après avoir obtenu le prix de l’Académie Charles Cros pour son enregistrement (publié par Calliope) de la même œuvre avec le même orchestre (alors « philharmonique » de Lille et non « national »), cet ardent défenseur de l’œuvre de Dutilleux mérite bien des éloges pour sa magnifique restitution des Métaboles (1964), où le panache n’exclut pas la finesse et la sensualité. A noter, en complément, la présence des Citations dans la version définitive de 2010. Pierre Gervasoni
1 CD Naxos/Outhere Music.
Macy Gray Ruby

   


Son précédent album Stripped, en 2016, témoignait, dans une ambiance jazz, en accompagnement acoustique avec des musiciens de premier ordre dont le trompettiste Wallace Roney, du talent d’interprète de la chanteuse Macy Gray. Pour Ruby, les orchestrations sont plus fournies, avec cordes, vents, dans le rappel de la soul music des grandes années 1960 et 1970 à peine teintés de quelques modernismes sonores (ici et là des programmations rythmiques plutôt qu’un son authentique de batterie) et un ancrage gospel et jazz. Vocalement toujours d’une grande exactitude, expressive, Macy Gray se distingue depuis vingt ans par sa capacité à émouvoir, faire frémir avec sa voix éraillée. Qui emporte l’auditeur, en particulier avec les chansons Cold World, Tell Me, blues au parfum new Orleans, When It Ends ou la superbe But He Loves Me. Sylvain Siclier
1 CD Mack Avenue Records/PIAS.
Gene Clark Sings for You

   


Force motrice des Byrds à leurs débuts (il compose notamment Eight Miles High en 1966), le chanteur et guitariste américain Gene Clark, mort en 1991, ne connaîtra pas de son vivant le même succès que ses illustres pairs Roger McGuinn et David Crosby. Sa carrière en solo a beau être une succession d’échecs commerciaux, elle n’en demeure pas moins influente, encore aujourd’hui (Band of Horses, My Morning Jacket, Fleet Foxes…). En 1966, Gene Clark quitte une première fois les Byrds pour voler de ses propres ailes. Les huit compositions enregistrées en avril 1967 mais refusées par sa maison de disques et exhumées ici par le label Omnivore, se révèlent d’une splendeur rare, pionnières dans leur approche de croiser pop, folk. Ces chansons d’amour désabusées parfois serties de violons, tutoient l’excellence d’un Love, Bob Dylan ou George Harrison. Elles sont complétées de démos de titres inédits qui rendent compte de l’inspiration exceptionnelle de son auteur à cette époque. Franck Colombani
1 CD Omnivore Recordings.
Jeanne Added Radiate

   


Sous la raideur de l’armure synthétique, le premier album de Jeanne Added, Be Sensational (2015), laissait apparaître quelques failles de douceur d’où filtraient ses chansons les plus émouvantes. Délaissant l’intensité martiale, la Rémoise magnifie l’apaisement tout au long de Radiate, son second opus. Moins percussive, sa musique s’éloigne de la rage post-punk pour flirter avec des machines dont les références à la synth-pop des années 1980 (Depeche Mode, OMD…) évoquent plus les battements de cœur et les danses mélancoliques que la noirceur industrielle. En phase avec des textes qui décrivent souvent comment colère, peurs et frustrations peuvent muer en force rayonnante (Radiate, Mutate), le chant anglophone de cette Française formée au classique et au jazz va puiser dans les vibrations de la soul et du gospel, des mélodies et un intimisme lumineux. Stéphane Davet
1 CD Naïve/Believe.
Lionel Loueke The Journey

   


Une infinie douceur nimbe les mélodies rythmant le voyage (Journey) couleurs pastel proposé par ce fin guitariste et chanteur, installé au Luxembourg. A la fois solaire et lunaire, cette échappée belle passe par le Brésil (le son du berimbau sur Molika), l’Afrique (la flûte peule sur Mandé, le fon et le yoruba, les langues de son Bénin natal), distille un jazz feutré et intimiste ou subtilement funky. Lionel Loueke a joué avec tous les mondes, ceux du jazz (Herbie Hancock, Wayne Shorter, Omar Sosa, Chick Corea, Michel Portal…), de la salsa (Yuri Buenaventura), de Sting, Santana et Angélique Kidjo. Enregistré à Paris, sous les conseils de l’éclectique producteur et arrangeur américain Robert Sadin, outre la présence de Ferenc Nemeth (percussions) et Massimo Biolcati (basse), qui jouent avec lui depuis quinze ans, The Journey bénéficie de la présence d’invités (Vincent Segal – violoncelle, Patrick Messina, première clarinette solo de l’Orchestre national de France, le bassiste Pino Palladino et le violoniste Mark Feldman…) qui ont en commun avec Loueke un sens indéniable de l’élégance musicale. Patrick Labesse
1 CD Aparte/PIAS.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Gilles Clément, en compagnie d’autres artistes et plasticiens, a investi la ligne de partage des eaux, qui traverse le Parc naturel des monts d’Ardèche.
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Dans l’Ardèche, des œuvres à voir, pour mieux lire le paysage

Gilles Clément, en compagnie d’autres artistes et plasticiens, a investi la ligne de partage des eaux, qui traverse le Parc naturel des monts d’Ardèche.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 18h00
 • Mis à jour le
28.09.2018 à 18h27
    |

            Lucien Jedwab








                        



                                


                            
En 2017, des artistes et des plasticiens ont répondu à l’appel du Parc naturel régional des monts d’Ardèche afin de mettre en valeur un patrimoine à la richesse méconnue – à l’exception, bien sûr, de la grotte Chauvet. Le fil conducteur du parcours retenu – une centaine de kilomètres, qui peut s’effectuer en voiture, mais aussi à pied, le long du GR 7 – est la ligne de partage des eaux, entre Atlantique et Méditerranée. Une thématique que le directeur artistique du projet, David Moinard, a enrichie en 2018 avec une œuvre de l’artiste japonais Kôichi Kurita, déjà présent à l’exposition « Jardins » au Grand Palais, en 2017. L’installation, belle et émouvante, constituée de centaines de coupelles d’échantillons de terre prélevés le long de la Loire et de ses affluents, est présentée dans une abbaye où l’on produisait naguère encore... du vin.

Ceux (et celles aussi) qui ont suivi en classe de géographie se souviennent du mont Gerbier-de-Jonc : la Loire y prend sa source au pied de ce « suc », un ancien volcan. Ses sources, devrait-on dire, puisque, sur le site, on en dénombre au moins trois : l’« authentique », la « géographique » et la « véritable »... Une quatrième, due à l’imagination du paysagiste et « jardinier » Gilles Clément, est venue apporter sa part de poésie : et si la Loire s’écoulait de part et d’autre de la ligne de partage des eaux, pour rejoindre également la Méditerranée ?

La « Tour à eau » conçue par l’auteur du Jardin en mouvement évoque les bories en pierres sèches du Lubéron ou les cairns d’Andy Goldsworthy. Elle capte le regard du promeneur, en s’inscrivant, avec l’apparence de l’immémorialité, dans le grand paysage des monts d’Ardèche. Son principe ? Elle permet de recueillir l’eau de condensation dans une cuve de phonolite, une pierre volcanique. Le trop-plein s’écoule, lui, vers les versants atlantique et méditerranéen...

Autre intervention, mais sur un lieu marqué par l’Histoire : les vestiges...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Le graffeur, esthète du détail, provoque une collision picturale au milieu des travaux du quartier de la gare parisienne.
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A Montparnasse, une fresque de Brusk casse le train-train urbain

Le graffeur, esthète du détail, provoque une collision picturale au milieu des travaux du quartier de la gare parisienne.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 17h32
 • Mis à jour le
28.09.2018 à 18h10
    |

            Emmanuelle Jardonnet








                        



   


Quand le street art accompagne les mutations urbaines : c’est l’approche de l’association Art en Ville, qui inaugurait, jeudi 27 septembre, une fresque monumentale – et temporaire – du graffeur Brusk dans le quartier en chantier de la gare Montparnasse. A un croisement (entre la rue Vercingétorix et l’avenue du Maine) redessiné dans les années 1970 pour devenir un échangeur de l’autoroute A10 au cœur du 14e arrondissement. L’heure est aujourd’hui au renouveau, et Olivier Landes, fondateur d’Art en Ville, a proposé à Unibail, propriétaire d’une grande partie du pâté de maison, « d’utiliser l’espace comme une sorte de terrain de jeu visuel pendant la phase de transition urbaine ».
Cet urbaniste de formation, par ailleurs passionné d’art urbain, publiait l’an dernier le livre Street art Contexte(s) (éd. Alternatives), où il analysait les interdépendances entre le street art et son environnement. Le contexte est ici un paysage dominé par des constructions que l’architecte Pierre Dufau, monument des Trente Glorieuses, avait imaginées sur cette large parcelle. « A l’époque, Montparnasse devait devenir La Défense de la Rive gauche, avec une architecture sur dalle et une séparation des flux qui n’a jamais trop marché. J’ai un peu raconté tout ça aux artistes, et je leur ai demandé de se jouer de ce paysage de périphérique », résume Olivier Landes.



A l’automne dernier, il a d’abord convié l’Allemand SatOne à investir l’accès en plein air vers une bibliothèque municipale installée au niveau -1 de la dalle, en travaillant l’espace comme des couches géologiques aux couleurs détonnantes. Une fresque en trois dimensions qui a révélé ce lieu caché dans un écrin de béton. Le duo français Velvet & Zoer, qui s’est ensuite vu confier l’immeuble de bureaux adjacent, a au contraire choisi d’invisibiliser la façade en béton crénelé par une peinture en trompe-l’œil reprenant les rayures blanches et noires de l’hôtel Pullman, mastodonte de 32 étages (du même Dufau) situé en arrière-plan, pour créer un code-barre géant. Les deux projets, déjà touchés par les travaux, disparaîtront définitivement à la fin de l’année pour laisser place aux bâtiment imaginés par le cabinet d’architectes néerlandais MVRDV, amenés à réhumaniser les lieux en mêlant nouveau centre commercial, bureaux, crèche, bibliothèque et logements.

        Lire la sélection :
         

          Trois œuvres éphémères de street-art à ne pas rater



« Après l’abstrait de SatOne et le conceptuel de Velvet & Zoer, j’ai voulu amener un figuratif sur cette belle page blanche qu’est le mur aveugle de la base-vie », dit Olivier Landes devant l’immense bâtiment en préfabriqué installé sur place. Soit huit étages de logements de chantier. « C’est pour ça que j’ai fait appel à Brusk : pour pouvoir exister dans ce chaos vertical, car c’est un artiste qui a une identité visuelle très intense », résume le directeur artistique.



Brusk, 42 ans, brisquard du graffiti au regard clair et à la barbe blanche, est un esthète du détail. A 100 mètres de la gare Montparnasse, il a choisi de réinterpréter grandeur nature une fameuse photographie locale : celle de l’accident de train de 1895, où la locomotive, qui n’avait pu s’arrêter en gare, en avait transpercé la façade.
« Une image cocasse, tragi-comique »
Une œuvre représentant un accident, l’idée peut heurter. « Cette photo représente certes une catastrophe ferroviaire, qui n’avait par miracle fait qu’une victime, à quai, mais elle est passée à la postérité comme une image cocasse, tragi-comique. Ici, le wagon qui se renverse est plein de bonbons plutôt que de charbon, et l’image évoque aussi un petit train. Il y a quelque-chose de très lié à l’enfance dans le travail de Brusk », argumente Olivier Landes. Le site permet aussi une certaine liberté de ton, selon lui : « C’est un lieu très hôtelier et routier, on peut avoir des choses un peu dingues comme ça. Je ne fait pas les mêmes choix avec des œuvres pérennes dans des quartiers habités et denses. »
Le sujet de la fresque s’est imposé tardivement. « J’ai eu beau réfléchir pendant deux-trois mois, faire plein de croquis, je n’ai eu le déclic que trois jours avant. Je suis retombé sur cette photo et c’est devenu une évidence. Je travaille beaucoup dans l’urgence », explique Brusk, qui peint sans dessin préparatoire détaillé. « Je fais ma forme globale, et après je m’amuse, j’improvise. Entre une feuille A4 et un mur de 30 par 15, tu n’as pas le même feeling. Je compose avec les murs », précise l’artiste, 28 ans de pratique graffiti au compteur.
Brusk, graffeur : « C’est la première fois de ma vie que je fais un mur au pinceau, et c’est presque le même que je prends pour mes toiles, il est assez fin »
Il a au passage troqué la bombe pour le pinceau. « C’est la première fois de ma vie que je fais un mur au pinceau, et c’est presque le même que je prends pour mes toiles, il est assez fin », explique-t-il après dix jours de chantier à peindre debout dans la nacelle. « A la bombe, je n’aurais pas pu avoir ce rendu », explique-t-il. Le trait rappelle celui de la BD, en version XXL. Il confirme : « Ça fait trois-quatre ans que je suis tombé dans la BD. Je lis plein de trucs, beaucoup d’Américains indépendants. Je pense que ça influe énormément sur mon travail. »
Parmi les détails, on retrouve les tags et stickers qu’il peint régulièrement dans ses fresques. « Le public, les gens en général, comme ceux qui achètent mes toiles, n’aiment pas le tag, même quand ils aiment le street art ou le graffiti. Ça m’amuse de mettre plein de choses vraiment vandales et qu’elles soient perçues différemment, appréciées, parce que j’apporte une histoire et que je les mets en scène, confie l’artiste. C’est plein de dédicaces à mon entourage et tous ceux qui m’ont aidé à réaliser l’œuvre, plein de petits signes qui rappellent où on est, avec qui j’ai fait ça, et d’où je viens. » La fresque doit rester en place jusqu’à la fin des travaux, en 2020.






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Une anthologie rassemble chansons inédites et démos du guitariste et chanteur avant, et surtout, après sa période punk.
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Musiques : Joe Strummer, une vie hors Clash

Une anthologie rassemble chansons inédites et démos du guitariste et chanteur avant, et surtout, après sa période punk.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 17h20
 • Mis à jour le
28.09.2018 à 17h37
    |

            Fabrice Lhomme








                        



                                


                            

Ce 2 novembre 2001 au soir, tandis que Brighton s’évaporait dans un halo brumeux, on arpentait à petits pas la fameuse jetée, fierté du Sussex, aux côtés d’un Joe Strummer manifestement ­fatigué. Les traits tirés, le souffle court, l’ancien chanteur de The Clash s’apprêtait à se produire sur la scène du Concorde 2 avec son nouveau groupe, The Mescaleros. Sur le coup, on ne prêta pas attention à cette confidence lâchée entre deux réponses un peu sèches – avant de monter sur scène, Joe Strummer était géné­ralement de mauvaise composition. « Les gens pensent qu’après The Clash, j’ai perdu l’inspiration. Or, c’est tout le contraire ! Mais pour plein de raisons, de nombreux morceaux sur lesquels j’ai travaillé ne sont jamais sortis. Et c’est très frustrant… » Ces quelques phrases prennent tout leur sens dix-sept ans plus tard, au moment où sort une anthologie de l’œuvre du musicien, ressuscitée dans un coffret incluant, outre un épais ouvrage, autocollants, affiches et autres pins à la gloire de l’icône punk.
D’un genre très particulier, ­puisque les quelque cinquante morceaux la composant sont exclusivement constitués d’enregistrements originaux et excluent le « septennat » The Clash (1976-1983), cette compilation trouve son origine dans une ébouriffante découverte. Une dizaine d’années après le décès du chanteur, emporté le 22 décembre 2002 à l’âge de 50 ans par une crise cardiaque, sa compagne a mis la main, dans leur maison du Somerset, au ­sud-ouest de l’Angleterre, sur un authentique trésor. Dans le vaste abri de jardin où Joe Strummer aimait se réfugier, Lucinda Tait (56 ans) a retrouvé des centaines de cassettes audio, autant de ­documents annotés, des textes, des croquis, le tout au milieu d’un fatras inimaginable. Au total, plus de deux mille pièces, et presque autant de pépites.

Assistée de l’artiste canadien ­Robert Gordon McHarg III, ami de longue date du couple, Lucinda Tait a été de surprise en surprise : Strummer avait,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ L’avant-première du chef-d’œuvre de Meyerbeer a enthousiasmé les moins de 28 ans.
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Coup de jeune pour « Les Huguenots », nouvelle production phare de l’Opéra de Paris

L’avant-première du chef-d’œuvre de Meyerbeer a enthousiasmé les moins de 28 ans.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 17h12
    |

                            Marie-Aude Roux








                        



                                


                            

On se croirait sur un campus : ce 26 septembre, le hall de l’Opéra Bastille n’en finit plus de voir défiler la foule de jeunes venus à l’avant-première des Huguenots, de Giacomo Meyerbeer, nouvelle production phare de la saison à l’Opéra de Paris, qui ne sera présentée au public « habituel » que deux jours plus tard et jusqu’au 24 octobre. « C’est un peu comme dans une gare TGV », constate Michael, en présentant au contrôle son billet à 10 euros imprimé sur une feuille A4, ainsi qu’une carte d’identité confirmant qu’il n’a pas dépassé l’âge légal de 28 ans. Avertis des cinq heures avec entractes que dure le spectacle, beaucoup ont apporté « armes et bagages » – vêtements, sac à dos, nourriture et bouteille d’eau.
Les portables sont aussi de la partie, qui s’éteindront plus ou moins rapidement vers 18 heures, après l’annonce par l’appariteur que le baryton Florian Sempey, souffrant, assurera néanmoins la représentation, et l’entrée dans la fosse du talentueux chef d’orchestre Michele Mariotti. Bien que considérée comme une ultime répétition, l’avant-première jeunes n’a rien d’une représentation au rabais. Ainsi le Don Carlos, de Verdi, la saison dernière, réunissait-il le prestigieux casting de la première – Jonas Kaufmann, Ludovic Tézier, Sonya Yoncheva et Elina Garanca.

A priori, personne n’avait entendu parler de ces Huguenots. Il faut dire que ce grand opéra à la française en cinq actes et ballet, qui fit la gloire de Giacomo Meyerbeer (1791-1864), l’inventeur de la forme, et domina la scène française et internationale durant cinquante ans, de 1830 à 1880, est tombé en disgrâce au début du XXe siècle pour cause d’emphase et de vulgarité, et surtout de « bling-bling » opératique. Les Huguenots n’avaient plus été donnés à l’Opéra de Paris depuis une ultime et 1 118e représentation, en 1936 (au Théâtre Sarah Bernhardt), cent ans après sa création triomphale,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Le musée historique du quartier du Marais est restauré et transformé avant sa réouverture au public prévue en 2020.
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Patrimoine : à Paris, le Musée Carnavalet fait peau neuve

Le musée historique du quartier du Marais est restauré et transformé avant sa réouverture au public prévue en 2020.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 16h05
    |

            Jean-Jacques Larrochelle








                        



                                


                            

Une odeur de poussière flotte dans l’air. Encombré de planches, d’étais en attente, le franchissement de certains accès, jugés dangereux, est barré par des rubans de sécurité ; ailleurs, de grandes bâches masquent les antiques façades et leurs hauts-reliefs. Les revêtements muraux et les aménagements architecturaux les plus précieux sont parés de solides protections, les échafaudages finissant de troubler la lisibilité des lieux, intégralement vides et gris. Mis à nu, déshabillé de ses différentes strates, le Musée Carnavalet, haut lieu patrimonial du quartier historique du Marais, dans le 3e arrondissement de Paris, est arrivé au terme du programme que les restaurateurs nomment d’un vocable technique un peu rude, le « curage ».
Comme un plongeur qui, avant de retrouver l’air, ne peut s’élancer qu’en prenant appui sur le fond de l’eau, les lieux vont pouvoir entrer dans leur phase de ­rénovation – pour une réouverture au public prévue début 2020. « C’est un moment très particulier, souligne Elise Quantin, directrice de l’agence parisienne de François Chatillon, architecte en chef des Monuments histo­riques, chargé de l’imposant chantier. Il règne ici une atmosphère très poétique. »
Le Musée Carnavalet - Histoire de Paris, son nom officiel, est le plus ancien musée dépendant de la Ville, en même temps que sa mémoire vive. A partir des quelque 612 000 pièces de la collection (tableaux, sculptures, mobilier, boiseries, enseignes, photographies, dessins, etc.), c’est ici que se raconte le plus abouti des récits de la capitale, du néoli­thique à nos jours ; 3 500 œuvres devant se disputer les 3 900 m2 réservés à l’exposition permanente. Comme d’autres musées historiques de grandes cités, ­Carnavalet gère plusieurs sites : outre le musée, la crypte archéologique de l’île de la Cité et les ­catacombes de Paris.

Porté par un élan inédit en faveur de l’histoire de l’art français à travers...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Ce documentaire en forme d’autoportrait revient sur la carrière de ce singulier créateur de vêtements qui ont marqué par leur énergie la mode contemporaine.
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« L’Epopée pop de Jean-Charles de Castelbajac », couturier du punk coloré

Ce documentaire en forme d’autoportrait revient sur la carrière de ce singulier créateur de vêtements qui ont marqué par leur énergie la mode contemporaine.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 16h00
    |

            Renaud Machart








                        



   


Arte, vendredi 28 septembre à 22 h 45, documentaire
Ben, Hervé Di Rosa, Gérard Garouste, Miquel Barcelo, Keith Haring, Charlotte Le Bon sont ou furent ses amis. Il a parfois dessiné à quatre mains avec eux, ils ont peint certains de ses modèles. Il vient de la haute (et détient le titre de marquis), a fréquenté les punks, dansé au Palace. Il est l’une des signatures les plus reconnaissables de la création vestimentaire contemporaine. Qui est-il ?
Jean-Charles de Castelbajac, 68 ans juvéniles, dont la sœur de cœur est la créatrice de mode britannique Vivienne Westwood, autre poil à gratter du métier qu’il connaît depuis 1971 et qu’on voit se tenir à son côté, en 2017, habillée d’un haut sur lequel on lit : « Motherfucker ». Pas de quoi offenser celui qui a fait un jour une robe estampillée : « Je suis toute nue en dessous ».
Il aime l’industrie
Pop, punk et grunge avant la lettre, Castelbajac a aussi habillé le pape Jean Paul II d’une nouvelle chasuble à l’occasion des Journées mondiales de la jeunesse catholique, à Paris, en 1997. Sans slogan, cette fois, mais avec une magnifique constellation brodée d’étoiles de couleur. Il a mêlé les blasons médiévaux et les personnages de bande dessinée ; sa palette, à la Mondrian, est constituée de vives couleurs primaires ; il a imaginé des vêtements décorés de logos sur lesquels était écrit « No Logo ».
Son premier « vêtement-manifeste » ? Une veste « taillée au cutter et au canif suisse » dans la couverture de son lit de pensionnat. Acte iconoclaste princeps qui a établi le ton et l’esprit du travail de cet amateur de rock qui fit baptiser son petit-fils dans la chapelle privée de son château – décorée par ses soins.
La haute couture ? Pas pour lui : il aime l’industrie. Le porno chic, les teintes neutres ? « Ce n’est pas mon territoire d’expression », dit cet enfant terrible aux excellentes manières. Ce qui explique que la presse l’éclipsa presque totalement au moment où régnait la sinistrose minimale de la mode des années 1990. Helmut Lang a rendu son tablier ; Castelbajac est toujours là, unique pour n’avoir copié personne, toujours à la mode pour n’avoir jamais cherché à l’être.
Un manteau en ours en peluche
Sa contemporaine et consœur Chantal Thomass raconte qu’à leurs débuts, l’idée n’était pas de gagner de l’argent, mais de s’amuser : « On faisait ce qui nous plaisait, quitte à déplaire, même aux journalistes et surtout aux clients ! » Castelbajac, dès 1971, fait « un inventaire du mauvais goût » qu’il transmue et rend désirable.
Il a peint un bâtiment de l’aéroport d’Orly, fait un manteau constitué d’ours en peluche pour Madonna, dessiné les vêtements de l’équipe des Etats-Unis pour les Jeux olympiques. Castelbajac a une sorte de douceur mélancolique en lui, mais son enthousiasme, sa curiosité est toujours intacte. Sur le site Internet de sa marque, au chapitre « Valeurs », on lit : « Joie de vivre - Optimisme - Confort - Liberté - Douceur - Tendresse - Evasion… ces valeurs intrinsèques à la marque procurent un sentiment de bonheur et nous font voir la vie en cool-heures. »
Ainsi que le dit le créateur en conclusion de ce joli documentaire en forme d’autoportrait : « J’ai passé ma vie à mettre de l’art dans la mode comme si la mode n’était pas en soi suffisante. » Et sa lucide modestie lui fait ajouter, en belle définition de son métier : « L’artiste est là pour poser des questions ; le designer est là pour répondre à des questions. »
L’Epopée pop de Jean-Charles de Castelbajac, documentaire de Mathieu César, Stéphanie Trastour et Fabien Henrion (Fr., 2017, 52 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ A l’initiative de l’écrivaine tunisienne Fawzia Zouari et soutenu par l’Organisation internationale de la francophonie s’est réuni, pour la première fois, à Orléans, du 26 au 28 septembre, le Parlement des écrivaines francophones, dont nous publions le manifeste.
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Manifeste du Parlement des écrivaines francophones : « Liberté, égalité, féminité »

A l’initiative de l’écrivaine tunisienne Fawzia Zouari et soutenu par l’Organisation internationale de la francophonie s’est réuni, pour la première fois, à Orléans, du 26 au 28 septembre, le Parlement des écrivaines francophones, dont nous publions le manifeste.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
28.09.2018 à 17h01
    |

Le Parlement des écrivaines francophones







                        



   


Tribune. Nous, écrivaines francophones, réunies ce 28 septembre à Orléans pour notre première session parlementaire, avons décidé de parler ensemble, d’une seule voix et dans la même langue. Parce que nous sommes souvent questionnées et que nous n’arrivons pas à répondre, parce que d’autres parlent à notre place, parce que nous avons envie d’être écoutées, sur nous-mêmes, sur notre propre sort, sur le monde où nous vivons et qui n’est pas si tendre avec nous. Nous voulons sortir du silence, et puisque nous disposons du pouvoir des mots, nous nous arrogeons cette parole collective et ce droit de regard sur une histoire qui continue de se faire sans nous.
Ecrire est notre passion, notre métier, mais cela ne peut être le lieu de nos solitudes, de notre enfermement. Ecrire est une demeure dont nous ouvrons les fenêtres sur la planète entière. Nous voulons sortir de la nuit de Shéhérazade pour nous affirmer à la lumière du jour.

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                « Monsieur Mabanckou, vous détournez l’objet de la francophonie pour un combat personnel »



Notre littérature n’est pas, comme on l’insinue souvent, une littérature qui se complaît dans le subjectivisme et les larmes, même si elle répugne à être une politique ou une idéologie. Notre littérature est notre voix du monde. Notre choix du monde. Combative et sereine. Décidée et généreuse. Qui se joue des imaginaires. Une littérature de toutes les enfances et de toutes les filiations, une littérature qui se réclame rarement de la norme spécifique. L’Humain et sa mesure.
Oui, il y a bien une littérature réinventée au féminin, qui entend être au rendez-vous de l’Histoire et engagée dans les batailles, toutes les batailles. Celle qui consiste d’abord à affirmer la solidarité des écrivaines entre elles et ne craint pas de parler de « sororité ».
Nous voulons nous opposer aux guerres
Nous voulons créer un réseau d’écrivaines, encourager et marrainer les plus jeunes d’entre nous. Tout tenter pour pousser à lire et à écrire.
Nous voulons aussi faire en sorte que toute femme ou homme de plume puisse ne pas subir la répression, les intimidations, les fatwas en tout genre. L’impossibilité de traverser les frontières.
Nous voulons nous opposer aux guerres. Toutes les guerres. A commencer par celles visibles ou insidieuses, voilées ou à découvert, dirigées contre les femmes : le patriarcat sous toutes ses formes, le viol, le harcèlement, les mutilations génitales, les féminicides, les violences conjugales (sept femmes en meurent chaque jour au Mexique, deux en Argentine et une tous les trois jours en France). Preuve que le corps des femmes reste, au Nord comme au Sud, un enjeu de pouvoir et un théâtre de conflit. Preuve que le contrôle de la sexualité féminine reste le mot d’ordre de toutes les religions. Quand il ne s’agit pas de l’assigner à la marchandisation et aux usages publicitaires dégradants.

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                Fawzia Zouari et ses « rêves de France »



Guerre contre la guerre. Celle dont les civils sont les premières cibles. Motivée par des luttes de pouvoir et des idéologies assassines. Nous combattrons le terrorisme, le djihadisme, les populismes, les discours de haine, les extrémismes religieux et le rejet de l’autre. Et tout ce qui s’en suit : ces populations errantes, perdues, accrochées aux fils de barbelé, entassées sur des bateaux de fortune parce que leurs pays leur ont refusé la perspective d’un avenir, parce que l’Europe ne leur a laissé pour perspective que d’échouer sur ses côtes comme des poissons morts.
N’oublions pas cette phrase de Sophocle : « Quand la guerre sera l’affaire des femmes, elle s’appellera la paix ! » Pourquoi ? Parce que chaque femme consciente et libre est un danger pour les dictatures. Parce que chaque femme qui traverse une frontière réhabilite la parole sur l’altérité.
Nous débarrasser des litiges du passé
Ces temps de violences et de replis ont lieu sur fond d’une planète qui s’affole et d’une nature à l’épreuve de la globalisation, de l’industrialisation à outrance, du consumérisme et de la pollution. Nous disons, nous les femmes, que le combat de l’environnement est notre combat. Que la Terre est notre seul véritable pays. Celui que nous voulons transmettre à nos enfants.
Nous disons tout cela, ensemble, dans une seule langue : le français. Nous n’en avons pas honte. Nous n’avons pas de complexe à nous exprimer dans ce qui n’est plus seulement la langue de Molière. Au contraire : nous voulons renouveler voire refonder le discours sur le français. Rompre avec la terminologie de guerre — « butins » et « langue du colonisateur » — et nous débarrasser des litiges du passé. Nous faisons de cette langue notre enfant légitime.
Nous lui apprendrons à dire nos origines, nos parcours, les causes qui nous tiennent à cœur. Nous lui apprendrons à moduler le chant de ses phrases sur les berceuses de nos mères, et cette langue dont nous userons en ce qu’elle a de plus noble et de plus juste et de plus universel nous dira. Elle en profitera pour rester en mouvement, pour élargir son territoire d’hospitalité, pour rajeunir à la source de nos métissages.
Mais nous ne serons pas là que pour pointer les déséquilibres et détecter les tragédies. Nous voulons redonner au monde sa belle voix, ancrée dans l’espoir et soucieuse des générations futures. Retisser ses liens sociaux et réhabiliter ses traditions de convivialité. Impulser une modernité qui aurait cet attribut féminin de savoir réguler les différences et les différends.
Nous rêvons ? Eh bien tant mieux ! Parce que le jour où les femmes ne rêveront plus, ce sera le plus grand cauchemar pour les Hommes. Rêvons ! Et faisons en sorte que nos rêves s’achèvent dans une raison du monde. Par notre voix s’édifie la seule civilisation qui vaille à nos yeux : la civilisation universelle.
Les signataires : Marie-Rose Abomo-Maurin, Maram Al-Massri, Marie-José Alie-Monthieux, Ysiaka Anam, Dalila Azzi Messabih, Safiatou Ba, Linda Maria Baros, Emna Bel Haj Yahia, Nassira Belloula, Maïssa Bey, Lila Benzaza, Lamia Berrada-Berca, Sophie Bessis, Tanella Boni, Hemley Boum, Dora Carpenter-Latiri, Nadia Chafik, Chahla Chafiq, Sonia Chamkhi, Miniya Chatterji, Aya Cissoko, Catherine Cusset, Geneviève Damas, Zakiya Daoud, Bettina de Cosnac, Nafissatou Dia Diouf, Eva Doumbia, Suzanne Dracius, Alicia Dujovne Ortiz, Sedef Ecer, Charline Effah, Lise Gauvin, Laurence Gavron, Khadi Hane, Flore Hazoumé, Monique Ilboudo, Françoise James Ousénié, Fabienne Kanor, Fatoumata Keïta, Liliana Lazar, Sylvie Le Clech, Catherine Le Pelletier, Tchisseka Lobelt, Kettly Mars, Marie-Sœurette Mathieu, Madeleine Monette, Hala Moughanie, Cécile Oumhani, Emeline Pierre, Gisèle Pineau, Emmelie Prophète, Michèle Rakotoson, Edith Serotte, Leïla Slimani, Aminata Sow Fall, Elizabeth Tchoungui, Audrée Wilhelmy, Hyam Yared, Olfa Youssef, Fawzia Zouari.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Une centaine d’invités, dont Archie Shepp, célébreront, le 30 septembre au Sunside à Paris, le contrebassiste mort en juin.
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Hommage à Wayne Dockery : le contrebassiste et le cheminot

Une centaine d’invités, dont Archie Shepp, célébreront, le 30 septembre au Sunside à Paris, le contrebassiste mort en juin.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 15h49
 • Mis à jour le
28.09.2018 à 18h43
    |

                            Francis Marmande








                        



                                


                            

Né à Camden (New Jersey) le 27 juin 1941, le contrebassiste Wayne Dockery est mort le 11 juin 2018 des suites d’un cancer. Sous la houlette de l’association Spirit of Jazz et d’Adrien Varachaud, saxophoniste horticole comme on les aime, un vibrant hommage lui sera rendu le 30 septembre au Sunside, à Paris, à partir de 19 heures. Formidable occasion de voir un large pan de la scène du jazz, à commencer par sa légende, Archie Shepp, dont Wayne Dockery était le « sideman » depuis trois décennies. Plus cent compagnons de route : Kirk Lightsey, Jon Betsch, Steve McCraven, etc. Belle occasion, dans la foulée, de suivre un hommage funèbre sans pathos, sans pleurnicheries, mais avec des larmes grosses comme un mi grave de contrebasse.

Le 15 juin, Wayne Dockery a déjà fait l’objet d’un « Tribute to », style enterrement à La Nouvelle-Orléans, dans le petit village de Genêts (Manche) dont il était citoyen depuis 1990. « C’était un homme bon », a, sous le soleil éclatant, sobrement dit Archie Shepp, avant de jouer pour lui. Débarqué à Genêts après une solide carrière aux Etats-Unis (un soir, John Coltrane voulut faire le bœuf avec lui), absent de marque du Dictionnaire du jazz (« Bouquins », Laffont), Wayne Dockery est présent sur toutes les scènes européennes, depuis son premier concert au Bec de Jazz, le club de la Baie (1990), où il rencontre son épouse Claudine (dite « Nénette »).
« Sideman » de premier plan
Sideman (« l’homme d’à côté ») recherché, spécialiste des saxophonistes de catégorie (Sonny Fortune, Sonny Rollins, Stan Getz, Michael Brecker…) à la discographie joufflue, Wayne Dockery avait accompagné George Benson, Freddie Hubbard, Eddie Henderson, et de proche en proche, tout ce qui compte en la matière. Quand il appelle un bassiste, un leader ne se trompe jamais. Surtout en studio. Il y faut le talent incontesté et une personnalité particulièrement plaisante.
Issu d’une famille de pasteurs,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ A l’occasion d’une ­commande de la Biennale de Sydney, l’artiste propose de ­rendre visible l’aura des sites ­sacrés des Aborigènes d’Australie.
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Sélection galerie : Laurent Grasso chez Perrotin

A l’occasion d’une ­commande de la Biennale de Sydney, l’artiste propose de ­rendre visible l’aura des sites ­sacrés des Aborigènes d’Australie.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 15h44
    |

            Emmanuelle Jardonnet








                        



   


Les quatre lettres en miroir du prénom Otto offrent une étrange synthèse de l’animisme rétro-futuriste que Laurent Grasso met en scène dans son nouveau film. Le désir de capter le rayonnement de lieux traverse le travail de l’artiste – comme, récemment, dans Elysée, son film hypnotique sur le bureau ­présidentiel, ou avec l’installation Solar Wind sur le périphérique parisien. Cette fois, à l’occasion d’une ­commande de la Biennale de Sydney, l’artiste propose de ­rendre visible l’aura des sites ­sacrés des Aborigènes d’Australie, auxquels il a eu accès grâce à l’un de leurs représentants, Otto Jungarrayi Sims. Il le fait en s’inspirant du physicien allemand Winfried Otto Schumann, qui prédisait, dans les années 1950, l’existence de résonances dans le champ magnétique terrestre. L’imagerie scientifique est ici actualisée, à renfort de caméras hyperspectrales et ­thermiques, et les énergies de la spiritualité aborigène ­prennent la forme d’aériennes ­sphères cristallines chargées d’ombre ou de lumière. Cet univers ésotérique se prolonge par ­une série d’œuvres-machines qui revisitent tout un ­imaginaire parascientifique du tournant du XXe siècle, ­où ondes et courants électriques ­naturels étaient utilisés à des fins ­thérapeutiques. Le lien ­entre l’homme et la Terre, ­connexion fantasmée ou perdue ?



« Otto », de Laurent Grasso, à la galerie Emmanuel Perrotin, 76, rue de Turenne, Paris 3e. Tél. : 01 42-16-79-79. Jusqu’au 6 octobre.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Le film de Pascal Fornerie passe en revue les cinquante années de carrière du chanteur et ouvre son album de famille.
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« Nos années Julien Clerc », entre ombres et lumières

Le film de Pascal Fornerie passe en revue les cinquante années de carrière du chanteur et ouvre son album de famille.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 15h00
    |

            Yann Plougastel








                        



   


France 3, vendredi 28 septembre à 21 heures, documentaire
Son métier ? Chanteur. Et il l’exerce avec élégance depuis cinquante ans. Julien Clerc est un cas à part dans le monde de la chanson. Mélodiste hors pair et interprète hors-norme, il n’a jamais connu d’éclipse. Ses refrains appartiennent à notre inconscient collectif (Ivanovitch, Le Cœur volcan, Ce n’est rien, Si on chantait, Ma préférence, Femmes, je vous aime, Utile…) et réussissent à entremêler fulgurance poétique (Yann et les dauphins) et réflexions populaires (Travailler, c’est trop dur). Son secret ? « Je me mets au piano et j’essaie d’inventer un truc qui sort d’on ne sait où… Voilà la grande affaire de ma vie. »
Au départ, il y a un beau gosse aux longues boucles brunes qui, en plein Mai 68, sur toutes les radios en grève, annonce d’une voix ample qu’il « abolira l’ennui » dans une chanson intitulée La Cavalerie. Les paroles sont d’un certain Etienne Roda-Gil, fils de républicains espagnols, anarchiste et prof d’espagnol dans un lycée d’Ivry (Val-de-Marne), que le pas encore Julien Clerc (son vrai nom est Paul-Alain Leclerc, surnommé Paulo par ses amis) a rencontré à « L’Ecritoire », un café situé en face de la Sorbonne.
Coup de mou
Ces deux-là vont former, avec Maurice Vallet, dit Momo, un copain du lycée Lakanal, à Sceaux (Hauts-de-Seine), une famille flamboyante, à laquelle s’agrégera ensuite l’arrangeur Jean-Claude Petit, qui, sorte de rencontre entre Brassens et les Beatles, mâtine de pop, de surréalisme et d’envolées lyriques une chanson française désemparée depuis l’arrivée des yéyés.
La suite est connue et le documentaire la développe bien, ne cachant pas le léger coup de mou du milieu des années 1980 (la période pénible et rock due à Luc Plamondon avec Cœur de rocker ou L’Enfant au walkman) puis le rebond grâce à des ballades, véritable point fort du chanteur, signées Maxime Le Forestier (Fou peut-être mais fier de l’être), Jean-Loup Dabadie (L’Assassin assassiné), Carla Bruni (Si j’étais elle).
On y découvre surtout un Julien Clerc plus intime qui, derrière son sourire éblouissant, cache anxiété, introversion et solitude. Pour une fois, il accepte de parler des femmes de sa vie (France Gall, Miou-Miou, Virginie Coupérie-Eiffel, Hélène Grémillon) et de ses enfants (Jeanne, Angèle – la fille de Patrick Dewaere qu’il a adoptée, Vanille, Léonard, Barnabé), se révélant comme le chef d’une famille recomposée mais unie grâce à lui.
Nos années Julien Clerc, de Pascal Fornerie (France, 2018, 120 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Alice Vannier adapte « La Misère du Monde », de Pierre Bourdieu, ouvrage sociologique qui n’a pas pris une ride.
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édition abonné


Théâtre : « En réalités », un spectacle d’intérêt général

Alice Vannier adapte « La Misère du Monde », de Pierre Bourdieu, ouvrage sociologique qui n’a pas pris une ride.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 14h57
    |

Joëlle Gayot







                        



                                


                            

Entrée du haut de ses 26 ans dans les milles pages de La Misère du monde (Le Seuil, 1993), Alice Vannier n’a pas eu froid aux yeux. Sans se laisser impressionner par cet ouvrage collectif dirigé par le sociologue Pierre Bourdieu, la jeune artiste signe d’une main assurée sa première mise en scène. Elle a tranché dans le vif, ne conservant des multiples récits de vie recueillis à l’époque qu’une petite dizaine de témoignages. D’hier à aujourd’hui, la misère sociale, professionnelle et personnelle n’a malheureusement pas pris une ride.
Des tables mobiles, un rétroprojecteur, des feuilles de papier, un tableau blanc font et défont le décor. Le plateau a la morosité d’un hall de gare défraîchi, ce qui n’est pas incohérent. Six comédiens y prennent place. Trois hommes, trois femmes qui jouent, tour à tour, les rôles des intervieweurs et des interviewés. Ils fument des cigarettes, enfilent et désenfilent leurs blouses de travail ou leurs pulls col roulés. enchaînent les prises de parole. Certaines sont plus marquantes que d’autres. On n’est ainsi pas près d’oublier la chômeuse longue durée qui martèle son témoignage d’un colérique « c’est pas possible » ou la vieille dame qui soliloque dans son coin en attendant d’entrer en maison de retraite.
Les vertus d’un électrochoc
Les acteurs incarnent peu. Ils disent avec sobriété ces mots puisés à même le réel, ne cherchent pas à faire joli, collent aux voix qui s’expriment. L’oralité, dans ses hésitations, sa syntaxe perturbée, sa grammaire défaillante, n’est pas toujours au rendez-vous mais les comédiens conservent aux auteurs des paroles recueillies une dignité sans faille. On leur en sait d’autant plus gré que ce qu’on entend nous laisse pantois.
Ce spectacle, parfois maladroit mais nécessaire, a les vertus d’un électrochoc. Il fait comprendre que, de 1993 à 2018, la situation est devenue pire. A la solitude des vieillards, la tentation des extrêmes ou l’immigration, il faudrait...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Le quatuor de Malmö sort un second album « Siesta », invitation à une pop rêveuse et candide.
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La Youtubothèque de Hater

Le quatuor de Malmö sort un second album « Siesta », invitation à une pop rêveuse et candide.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 14h37
 • Mis à jour le
28.09.2018 à 14h38
    |

            Franck Colombani








                        



   


La série « YouTubothèque » invite des artistes à choisir leurs œuvres favorites sur la plateforme de vidéos en ligne YouTube. Une carte blanche permettant de s’ouvrir à leurs différentes influences, qu’elles soient musicales, cinématographiques, littéraires, voire au-delà de la sphère culturelle.

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Un vent de romantisme et d’innocence souffle à nouveau sur la pop, et il nous vient de Suède. Le groupe en question a beau s’appeler Hater (haineux), tout n’est pourtant qu’amour dans leur musique. Formé voilà seulement trois ans, ce quatuor originaire de Malmö s’est imposé en très peu de temps comme le chantre d’une indie pop élégante (éloge du Guardian, passage au festival SXSW à Austin...) grâce à un premier album paru en 2016 plein de mélodies hypersensibles. Le groupe sort aujourd’hui sur le label londonien Fire Records son second album, Siesta, à l’ambition redoublée. Quatorze chansons truffées de refrains irrésistibles, exhumant un savoir-faire pop guère entendu sur le territoire scandinave depuis les Cardigans et Wannadies.
Une pop mélancolique soit, mais sans trop se prendre au sérieux non plus. La chanteuse Caroline Landajl, blonde fluette posant espiègle en tenue d’équitation sur la pochette du disque, incarne la voix timide et juvénile de ce quatuor pour le reste essentiellement masculin. Leur artisanat épuré mais finement pesé – arpèges de guitares lacrymales à la R.E.M. tempérés par des nappes synthétiques solaires –, évite l’emphase embarrassante, comme dans It’s So Easy . D’autres titres comme Closer et Why It Works Out Fine évoquent l’aristocratie pop de Belle & Sebastian, ou les Canadiens d’Alvvays.
Siesta a été produit par Joakim Lindberg (Yast et Hey Elbow) au Studio Sickan, dans d’anciens hangars de chemin de fer, à l’extérieur de Malmö. Le lieu idéal pour développer un cadre pop bucolique. Car c’est bien connu, les gares sont propices aux derniers baisers.



La sélection vidéos de Hater :
 
1. The Go-Betweens - Streets of Your Town

Måns Leonartsson (guitare) : On ne peut pas faire beaucoup mieux que ça – les Go-Betweens, groupe génial, chanson géniale, vidéo géniale. Ce qui est sympa avec ce genre de groupe c’est que, aussi cool soit-il, il aura toujours un look à la papa. C’est indéniablement un plus.
2. Automatic Bowl (Cup) Instant Noodle Production Line [Taiwan Lih Tay]

Caroline Landajl (chant, guitare) : Très intéressant, un excellent moyen d’apprendre les noms des machines à fabriquer des nouilles. Parfois, lorsque je m’ennuie, je regarde des documentaires vidéos du style « comment ça marche ». Je trouvais juste que celle-ci était drôle à cause de la façon dont la vidéo est montée.
3. Cliff Diving Monkeys

Lukas Thomasson (batterie) : Un vidéaste amateur filme des singes qui s’amusent à sauter d’une falaise dans la mer. Filmé à une distance poétique avec une résolution poétique. J’aime sauter depuis une falaise dans l’eau.
4. Backstreet Boys - I Want it That Way - Total shreds

Adam Agace (bassiste) : Voilà un brillant clip des Backstreet Boys interprétant leur tube  I Want It that way. Un petit génie en a fait une vidéo parodique en synchronisant sa propre voix. J’ai beau l’avoir regardé plusieurs fois, je la trouve toujours aussi drôle. Certainement une des meilleures vidéos de shredding (“déchiquetage”).
5. Gangnam Style Drum Cover by Matt Harwood-Jones

Hater :  Gangnam Style à la batterie. Regarder cette vidéo est une excellente façon de commencer la journée. Et si à l’avenir vous n’avez pas d’accès à Internet, ni de smartphone, iPad ou quelque chose de similaire, vous pouvez toujours garder en mémoire ce clip.
Haters, Siesta (Fire Records/Differ-ant)
En concert le 6 novembre à Paris (Espace B), le 7 à Dijon (Atheneum).






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ En 2017, Alexis Adler, ancienne « girlfriend » du peintre new-yorkais, dévoile 150 clichés de leur quotidien dans l’East Village, en 1979-1980. Des photos qui révèlent un artiste aux multiples impulsions créatrices.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ En 1980, le peintre new-yorkais n’est pas encore l’artiste prisé des collectionneurs, exposé partout dans le monde, comme début octobre à la Fondation Louis Vuitton. Mais à 19 ans, il est déjà un charismatique touche-à-tout qui commence à se faire remarquer.
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                  28.09.2018 à 14h09
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En 1980, le peintre new-yorkais n’est pas encore l’artiste prisé des collectionneurs, exposé partout dans le monde, comme début octobre à la Fondation Louis Vuitton. Mais à 19 ans, il est déjà un charismatique touche-à-tout qui commence à se faire remarquer.

Par                             Roxana Azimi





                     

Avec Jean-Michel Basquiat, Alexis Adler n’a vécu que six mois, entre 1979 et 1980. Une brève romance, juste avant que « Jean », comme l’appelaient ses proches, ne devienne la coqueluche du Tout-­­New York, ce « Radiant Child » adoubé par le magazine Artforum, exposé dans le monde entier et à partir du 3 octobre à la ­Fondation Louis Vuitton à Paris. Pas moins de 125 œuvres, dont celle spectaculaire qui a décroché le record de 110,5 millions de dollars en 2016, témoignent à Paris de la fureur créative du prodige.
Du Basquiat d’avant l’envol, Alexis Adler, une embryologiste aujourd’hui sexagénaire, a gardé 150 clichés, qui ont été révélés au public en 2017. Elle a aussi gardé de l’artiste le souvenir d’un touche-à-tout ­charmant, mais bien décidé à décrocher son quart d’heure de ­célébrité dans une jungle vibrant au rythme de Walk On The Wild Side, de Lou Reed.

Lorsque Alexis le croise pour la première fois, Basquiat a 19 ans. Enfant surdoué d’un père haïtien comptable et d’une mère portoricaine, il a grandi à Brooklyn, qui n’était pas du tout le « boboland » d’aujourd’hui. Bien qu’issu d’un milieu petit bourgeois, il porte en lui une rage adolescente. « Comment ne pas être en colère quand vous avez un père tyrannique, une mère régulièrement internée et que vous êtes noir dans un monde de Blancs ? », lance un autre témoin de cette époque, Al Diaz, son copain de lycée, bras tatoués et fine moustache. Mais, s’empresse-t-il d’ajouter, avec l’accent nasal des anciens héroïnomanes, « il n’y avait rien de fou en lui. Sa colère était maîtrisée. Jean était tenace. Si vous lui disiez qu’il n’aurait pas de succès, il allait tout faire pour vous prouver le contraire ».
Culture, tags et addictions
Basquiat joue déjà d’un charisme inné, et s’appuie sur une solide culture, bien qu’il ait quitté l’école sans diplôme. « Des Américains de cet âge-là capables de disserter sur ­Marcel Duchamp, vous en connaissez...





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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Le comédien revient avec « Nos batailles », en salle le 3 octobre, film intimiste et engagé pour lequel il a improvisé ses dialogues. A 44 ans, il tiendra aussi cet hiver le rôle de Vernon Subutex dans la série adaptée de la trilogie de Virginie Despentes.
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Romain Duris, incarnation de son époque


                      Le comédien revient avec « Nos batailles », en salle le 3 octobre, film intimiste et engagé pour lequel il a improvisé ses dialogues. A 44 ans, il tiendra aussi cet hiver le rôle de Vernon Subutex dans la série adaptée de la trilogie de Virginie Despentes.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 14h09
    |

                            Maroussia Dubreuil








                              

                        

Fuck la caméra ! Pour la première fois, j’avais envie de jouer en profil perdu. Ce n’est pas une vérité meilleure que les autres, mais c’est une façon de faire qui va bien au cinéma. » Voilà comment Romain Duris a tourné Nos batailles, chronique ouvrière et intimiste du réalisateur franco-belge Guillaume Senez. Présenté à la Semaine de la critique, lors de la dernière édition du Festival de Cannes, le film dresse de fait le portrait fuyant d’Olivier, contremaître dans un entrepôt de marchandises, obsédé par le bonheur de ses troupes, et père de famille fragilisé par le départ soudain de sa femme.
« Lors des filages, Chéreau était capable de relever un ou deux mots que je n’avais pas assez incarnés. Il m’a aussi appris à habiter les silences. »
Dans le rôle du type ordinaire, ni sombre, ni séducteur, ni mirliflore, ni aventurier, l’acteur semble se détourner de la bohème insouciante qu’il a longtemps incarnée au cinéma depuis ses débuts, en 1994, dans Le Péril jeune, de Cédric Klapisch, et de ses compositions récentes plus léchées, chez Serge Bozon (en proviseur à mèche, dans Madame Hyde) ou chez Erick Zonca (en professeur de français à épi, dans Fleuve noir). « Deux films qui nécessitaient une manière très précise de dire son texte », se souvient-il.
Sur le plateau de Nos batailles, au contraire, Romain Duris navigue à vue. Le réalisateur a choisi de donner aux acteurs un scénario sans dialogues. « Je ne dirige pas les comédiens, je les accompagne, indique le cinéaste. Quand j’ai parlé de ma méthode à Romain, il était très excité de travailler sans filet. » Une prise de risque pour le comédien façonné par Klapisch – qui « écrit même les onomatopées dans les scénarios » – et marqué par sa collaboration avec Patrice Chéreau, au cinéma, dans Persécution en 2009, comme au théâtre, un an plus tard. « Il décortiquait beaucoup le texte et développait tout un...




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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Le marché français du spectacle vivant a démontré sa capacité d’absorption de nouveaux lieux, avec une croissance de 15 % des recettes de billetterie en 2017.
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Les nouvelles salles de musique font un carton

Le marché français du spectacle vivant a démontré sa capacité d’absorption de nouveaux lieux, avec une croissance de 15 % des recettes de billetterie en 2017.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 12h22
 • Mis à jour le
28.09.2018 à 12h26
    |

            Nicole Vulser








                        



   


« Que n’a-t-on entendu sur les méfaits de la surcapacité annoncée des salles de spectacle ! », s’exclame Philippe Nicolas, directeur du Centre national de la chanson, des variétés et du jazz (CNV). Entre l’ouverture, en 2017, de la Seine Musicale sur l’île Seguin à Boulogne-Billancourt et de l’U Arena à Nanterre (toutes deux dans les Hauts-de-Seine), la réouverture de la Salle Pleyel et du Bataclan à Paris ou encore l’arrivée du festival Lollapalooza dans la capitale, le marché a démontré sa capacité d’absorption de nouveaux lieux.
Résilient en 2015 et 2016 malgré l’onde de choc de l’attentat du Bataclan, le spectacle vivant a connu un net rebond en 2017. L’étude du CNV, publiée jeudi 27 septembre, montre une très solide croissance – de 15 % – des recettes de billetterie. Elles ont atteint 930 millions d’euros pour les 65 420 représentations payantes de variétés et de musiques actuelles recensées l’an dernier dans l’Hexagone, elles-mêmes en hausse de 4 %. Autre indicateur de bonne santé, les entrées ont continué de croître, à un rythme soutenu de 8 % à 29,7 millions.
« La fréquentation des petites salles comme des grandes ainsi que celles de l’ensemble des régions françaises a augmenté », s’est félicité Gilles Petit, président du CNV. Toutefois, la hausse de 5 % du prix moyen du billet, à 35 euros, reste essentiellement imputable aux concerts des grandes stars internationales dans les lieux de très grande jauge.
Une année exceptionnelle
A noter, les phénomènes de concentration ne s’accentuent ni pour les 50 lieux les plus importants, ni pour les 50 principaux festivals. Les 50 plus gros spectacles génèrent toujours plus de la moitié de la billetterie du spectacle et plus d’un tiers de la fréquentation.
Portés par les tournées de Soprano, IAM, Tal ou Black M, notamment, le rap, le hip-hop et le reggae ont connu, en 2017, une année exceptionnelle. Petit Biscuit a boosté les musiques électroniques, M Pokora la chanson, Matmatah le pop-rock. Seuls les spectacles d’humour et les comédies musicales se sont retrouvés à la peine.
Mais ne souhaitant pas se réjouir trop vite, le président du CNV rappelle que « ces chiffres portant sur l’activité de la diffusion ne doivent pas occulter la fragilité économique des acteurs du spectacle vivant ».
Restent deux aléas : le fonds d’urgence qui a permis de sécuriser les salles de spectacles s’arrêtera en fin d’année. La sécurisation des concerts reste pourtant nécessaire. Par ailleurs, la pérennisation du crédit d’impôt accordé depuis 2017 à la musique n’est pas gagnée. « Les 16,2 millions d’euros de réductions fiscales accordées par Bercy ont permis de générer près de 39 millions d’euros de recettes grâce aux emplois créés », explique M. Petit.
Une aide d’autant plus vertueuse à ses yeux qu’elle a permis de créer 2 400 représentations en aidant des petites entreprises. Il mise sur la création, enfin sur les rails, du Centre national de la musique, pour sanctuariser ce dispositif fiscal si profitable au secteur.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ La chanson « Immortels », écrite par Dominique A, est extraite de l’album posthume « En amont ».
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« Immortels », extrait de l’album posthume d’Alain Bashung

La chanson « Immortels », écrite par Dominique A, est extraite de l’album posthume « En amont ».



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 11h24
 • Mis à jour le
28.09.2018 à 15h27
   





                        



   


Près de dix ans après sa mort, un album d’Alain Bashung sort à la fin de novembre. Le premier titre de cette œuvre posthume, Immortels, écrit par Dominique A pour l’interprète de Vertige de l’amour, est disponible dès vendredi 28 septembre.

En 2009, peu après la mort de Bashung, Dominique A avait repris la chanson dans son album La Musique. « La chanson lui a plu, il l’a enregistrée, mais finalement ne l’a pas retenue sur [l’album] Bleu pétrole. Il l’a travaillée longtemps. Pour moi, c’était la chanson de Bashung. Je l’ai reprise à mon compte pour lui donner quand même une existence, mais ça n’a pas été simple. J’évite de penser à lui quand je la chante… », expliquait alors Dominique A au magazine Les Inrocks.
C’est la productrice Edith Fambuena, collaboratrice de longue date du chanteur, qui s’est vu confier les 10 titres inédits de l’album En amont à paraître le 23 novembre chez Barclay, un des labels du groupe Universal.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ L’album de 12 morceaux enregistré en 1988 est une pépite née de la rencontre de l’ex-chanteur de Taxi Girl et de l’Anglais Bill Pritchard. Il est réédité et augmenté de huit inédits.
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Le « Parce que » de Daniel Darc en version inédite


                      L’album de 12 morceaux enregistré en 1988 est une pépite née de la rencontre de l’ex-chanteur de Taxi Girl et de l’Anglais Bill Pritchard. Il est réédité et augmenté de huit inédits.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 10h31
 • Mis à jour le
28.09.2018 à 11h04
    |

                            Stéphane Davet








   


Après la séparation de son groupe, Taxi Girl, en 1986, Daniel Darc (1959-2013) commençait une carrière solo encourageante. Son premier album, Sous influence divine (1987), produit par Jacno, le fondateur des Stinky Toys, était suivi d’un superbe single, La Ville (1988), réalisé par Étienne Daho. Dans la foulée, le chanteur parisien s’offrait, à l’automne 1988, un ovni discographique, Parce que, en duo avec Bill Pritchard, troubadour anglais d’alors 24 ans, remarqué pour la grâce de sa pop francophile.
Enregistré en une semaine, tiré à seulement 3 000 exemplaires, pressé exclusivement en vinyle, ce recueil de trente et une minutes et douze morceaux, alternativement chantés par le Français et le Britannique, devint rapidement un disque culte, au charme épuré et instantané. Publié des années plus tard en CD, il fera l’objet d’une réédition augmentée de huit touchants inédits, le 28 septembre.
« Il avait une image sombre et auto-destructrice, mais il avait aussi beaucoup d’humour et une grande connaissance de l’histoire de la pop. J’ai fini par lui dire : “Daniel, faisons un album !” » Bill Pritchard
Trente ans après, la fragile magie continue d’opérer. « J’avais découvert Taxi Girl quand j’étais étudiant en langues et sciences politiques à l’université de Bordeaux, où je coanimais une émission de radio libre », se souvient Bill Pritchard joint par téléphone dans sa ville de Stoke-on-Trent. « La chanson Paris m’avait fasciné. Je m’étais dit que j’aimerais rencontrer son auteur. » Un souhait réalisé quelques années plus tard quand l’Anglais, fan de Françoise Hardy et de Serge Gainsbourg, signe un contrat avec la maison de disques Pias, également label de Daniel Darc. « Nous nous sommes d’abord rencontrés à Bruxelles et nous avons vite sympathisé. Il avait une image sombre et auto-destructrice, mais il avait aussi beaucoup d’humour et une grande connaissance de l’histoire de la pop. J’ai fini par lui dire : “Daniel, faisons un album !” »
Un élan d’enthousiasme et une soif de spontanéité partagés par l’auteur de Chercher le garçon et une maison de disques qui, pour une dizaine de jours, met à disposition du tandem un petit studio d’enregistrement et un appartement dans un vieux quartier de Bruxelles.
Enregistrements de 10 à 17 heures
Le mode de vie de Daniel Darc ne laisse pas présager une session de tout repos. « À l’époque, il était sous méthadone et combattait son addiction à l’héroïne. Je l’ai attendu trois jours à Bruxelles, mais il a fini par arriver avec ses petits carnets, se remémore Bill Pritchard. J’avais préparé des musiques et j’organisais les journées avec l’ingénieur du son, Bruno Donini, qui venait de Lille tous les matins. » Le chanteur se plie sans trop de mal à des journées d’enregistrement planifiées de 10 à 17 heures. « Nous commencions tous les deux dans une petite alcôve. Daniel fignolait ses textes pendant que je lui jouais les mélodies sur une guitare acoustique Yamaha blanche. »

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Juste complétées par un synthétiseur et une boîte à rythmes, les chansons sont ensuite enregistrées en trois ou quatre prises. « Cela fonctionnait avec beaucoup de fraîcheur », s’étonne encore l’Anglais, en rappelant à quel point la photo de la souriante pochette de l’album, faite pendant l’enregistrement live de Parce que (un titre de Charles Aznavour, jadis réinterprété par Serge Gainsbourg), a su saisir l’atmosphère du moment. « C’était un geste artistique, un truc de puriste, explique Pritchard. Une façon de dire à quel point le disque nous était précieux. »

Piégé par ses démons, Daniel Darc vivra ensuite un parcours cabossé, jusqu’à une renaissance inespérée, en 2004, avec le magnifique album Crèvecœur, produit par Frédéric Lo, neuf ans avant sa mort soudaine, à l’âge de 53 ans. Bill Pritchard, lui, continue, à 54 ans, de traverser la Manche. Début 2019 paraîtra son nouvel album, réalisé lui aussi par Frédéric Lo, dans lequel on trouvera un duo anglophone avec Étienne Daho.
« Parce que », de Daniel Darc et Bill Pritchard (Pias). Réédition disponible à partir du 28 septembre.



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Fragilisés par le mouvement qui a libéré la parole des femmes, les rapports entre les sexes méritent d’être repensés. Invités par Le Monde Festival, historiens et philosophes s’emparent du sujet pour en débattre les 6 et 7 octobre.
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                Après #metoo, repenser la rencontre des sexes


Fragilisés par le mouvement qui a libéré la parole des femmes, les rapports entre les sexes méritent d’être repensés. Invités par Le Monde Festival, historiens et philosophes s’emparent du sujet pour en débattre les 6 et 7 octobre.

LE MONDE
                 |                 28.09.2018 à 09h59
                 |

                            Florent Georgesco

















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« Il n’est que temps pour l’historien de la France contemporaine d’entrer dans la chambre du couple sans être ac­compagné d’un officier d’état civil », écrivait l’historien Alain Corbin, en 1978, dans Les Filles de noce. Misère sexuelle et prostitution au XIXe siècle (Aubier ; réédition Flammarion, 2015). La vie privée, les sentiments, les émotions, le corps, le sexe, le genre… L’intime, longtemps dis­simulé derrière le social et le politique, réduit à ses effets sur la vie publique, est devenu à partir des années 1970 un objet central pour la recherche historique.
Comment nos prédécesseurs faisaient-ils l’amour ? Sur quelles représentations et codifications reposaient leurs pratiques ? Dans quelle mesure être homme ou femme changeait le rapport à la sexualité ? Mais aussi : qu’en était-il de la domination et de la violence ?

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          Aux origines de #MeToo



A l’heure où #metoo et les débats sur l’identité de genre et sur la diversité infinie des sexualités nous contraignent à remettre en cause tout ce qui, dans notre rapport au sexe, paraît encore aller de soi et demeure impensé, les résultats de ces décennies d’histoire des sensibilités peuvent nous aider à discerner les continuités, les césures, les redéfinitions qui contribuent à structurer nos comportements.

« Se marier par amour »
« Les jeunes filles du monde bourgeois, au XIXe siècle, osent à peine rêver de sexe, tant on leur en parle peu. Mais elles rêvent d’amour, elles se fabriquent un imaginaire, qui aura des conséquences. Il faut se marier, leur dit-on. D’accord, mais autant se marier par amour. Les hommes s’accommodent du mariage alliance ; ils peuvent aller voir ailleurs. Ce sont les femmes qui vont imposer le mariage d’amour. Et peu à peu, ce désir va gagner tout le monde, même les hommes, et devenir la norme. » Michelle Perrot


Transformation des savoirs
A cet égard, l’histoire des femmes, née elle aussi, et de manière connexe, au début des années 1970, a donné le ton. Dans l’introduction d’Histoire des femmes en Occident (Plon, 1990-1991), Georges Duby et Michelle Perrot, qui ont dirigé ce monument de l’historiographie française, invitaient à « comprendre les racines de [la] domination et les rapports de sexes à ­travers l’espace et le temps ». Autrement dit, il n’est pas possible de travailler sur les « rapports de sexes » sans traiter la question de l’abaissement des femmes ni de mener des enquêtes savantes sans réfléchir à leurs répercussions sur cet état de fait. Le savoir est une liberté. Il est aussi un levier de libération.

« Il est rare que la noblesse l’emporte »
« Le mot “amour” connaît toutes les formes possibles, toutes les intensités. Ses sens s’étendent avec l’histoire de notre langue, comme ils s’étendent avec l’histoire de la conscience occidentale, sa profondeur, sa complexité. Il peut s’accompagner d’une totale transparence comme d’une totale obscurité. Il est un sens en revanche, rare, celui où la noblesse l’emporte, celui où la personne qui le porte est prête à absolument tout donner. » Georges Vigarello


En témoignent par exemple l’œuvre pionnière de Michelle Perrot (Femmes publiques, Textuel, 1997 ; Les Femmes ou les silences de l’histoire, Flammarion, 1998…), mais aussi celle d’Arlette Farge, codirectrice du volume « Temps modernes » de l’Histoire des femmes en Occident, dont l’intérêt constant pour les vies modestes, oubliées, a souvent croisé la question de l’infériorisation des femmes, que ce soit au siècle des Lumières – Effusion et tourment (Odile Jacob, 2007), Un ruban et des larmes (Edition des Busclats, 2011)… – ou au-delà – De la violence et des femmes, collectif ­dirigé avec Cécile Dauphin (Albin Michel, 1997).

« L’amour dévore et transmet… »
« Etrange ravissement que celui d’aimer, à tel point que ne l’être pas ou ne l’être plus devient proximité avec la mort. L’amour donne et prend, dévore et transmet. Aimer fait traverser des espaces sans limites, où parfois se logent ensemble l’exaltation, le désarroi et la douleur. On ne peut oublier que la rencontre amoureuse empoigne et captive ; pour qu’elle dure, il faut faire vivre l’effet de sidération qui a nourri son commencement, mettre le “don” au cœur de sa parole, de sa voix, de son corps. » Arlette Farge


Michelle Perrot et Arlette Farge sont deux historiennes qui ont d’ailleurs en commun d’avoir collaboré avec Michel Foucault, dont l’Histoire de la sexualité (quatre tomes, Gallimard, 1976-2018), au point de convergence de l’histoire et de la philosophie, est sans doute l’un des facteurs les plus décisifs de transformation des savoirs et des problématiques sur le désir, la chair, la domination.

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          La rencontre des corps. Une histoire du sexe



Celle-ci, au demeurant, est au cœur du travail des historiens de l’intime, même quand ils ne se consacrent pas à une histoire des femmes proprement dite. Ainsi des nombreux livres de Georges Vigarello, codirecteur, avec Alain Corbin et Jean-Jacques Courtine, des indispensables Histoire du corps (Seuil, 2005), Histoire de la virilité (Seuil, 2011) et Histoire des émotions (Seuil, 2016-2017), qui s’est intéressé aussi bien à l’évolution de la perception et de la répression des violences sexuelles (Histoire du viol, Seuil, 1998) qu’à celle du rapport au vêtement (La Robe. Une histoire culturelle, Seuil, 2017).

« Alors, la fellation, bien sûr… »
« Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, dans les milieux privilégiés, on se met à érotiser le mariage. Jusqu’alors, l’expérience sexuelle était inégalement partagée, les hommes ayant, notamment, recours à la prostitution. A ce moment-là, ils commencent à apprendre à leur femme des caresses qu’on n’osait pas pratiquer entre époux, comme la fellation – il fallait faire l’amour pour avoir des enfants, alors, la fellation, bien sûr… On découvre, dans le couple, une liberté nouvelle. » Alain Corbin


Sur la même ligne, et au-delà de ses travaux fondateurs sur la prostitution, Alain Corbin, qui a grandement contribué à ouvrir sa discipline à l’ensemble de ces questions, met au jour dans L’Harmonie des plaisirs (Perrin, 2008), son enquête sur les « manières de jouir » entre la fin du XVIIIe siècle et le milieu du XIXe, une dissymétrie radicale du rapport au désir, en bonne partie fondée sur la peur d’une sexualité féminine toujours, selon les médecins et les confesseurs de la période, au bord du « dérèglement ». Comme l’écrit Michelle Perrot dans Mon histoire des femmes (Seuil, 2006) : « Le sexe des femmes est un puits sans fond, où l’homme s’épuise, perd ses forces et sa vie jusqu’à l’impuissance. »
De cet effroi originaire procèdent peut-être les lois et les règles non écrites qui ont longtemps légitimé la domination masculine ; du moins en sont-elles empreintes. Ainsi l’histoire des sensibilités débouche-t-elle sur les arrière-fonds pulsionnels des sociétés, sur une source fantasmatique que la raison ne parvient pas à tarir. D’où sans doute, malgré les ruptures historiques et le mouvement général vers l’égalité, dans la relation hétérosexuelle comme entre les sexualités, la persistance de formes de domination dont #metoo a dressé un tableau planétaire. D’où enfin la nécessité, pour trouver des issues, du recours à la philosophie, d’un effort conceptuel de ­refondation de notre relation à l’amour.

« Je préfère l’intime… »
« Etre intime avec l’Autre c’est, à l’inverse de la stratégie amoureuse, ne plus projeter de plans sur lui, l’extraire et l’excepter du rapport de force dans lequel nous sommes toujours plus ou moins avec les autres. La connivence s’y livre aussi bien à travers les “riens” du quotidien que le silence. Car l’intime ne s’enferme pas dans le confort de la relation, mais maintient l’Autre en tant qu’autre, c’est-à-dire dans ce dehors dont il émerge et qui fait qu’on peut encore le rencontrer. » François Jullien


Réinventer l’intime
C’est l’entreprise que François Jullien, philosophe d’abord connu pour ses travaux sur la pensée chinoise, a lancée dans certains livres récents, comme Une seconde vie (Grasset, 198 p., 18 euros) et Si près, tout autre. De l’écart et de la rencontre (Grasset, 234 p., 18 euros), où il défriche la voie d’un renouvellement du rapport à l’altérité, en particulier à partir de la notion d’intime. « Dire “je t’aime”, expliquait-il dans un entretien au Monde en août 2017, c’est faire de l’autre un objet. Mais dire “je suis intime avec toi”, c’est poser un sujet par rapport à moi (…). On sort de la dialectique possession/déception. (…) Comme tel, l’intime est inépuisable, c’est un commun de l’entre qui s’ouvre entre nous. »

        Au Monde Festival :
         

          Conversation avec François Jullien



En définitive, « la rencontre des corps » (titre d’un chapitre de l’Histoire du corps) ouvre des univers sans nombre, nous connecte à des zones encore inexplorées de nous-mêmes et de nos sociétés. François Jullien a raison – les historiens nous montrent à quel point l’intime reste à réinventer. C’est la raison pour laquelle ces auteurs, qui font avancer la recherche sur la notion fragile de l’amour et des relations entre les sexes, Alain Corbin, Michelle Perrot, François Jullien, Arlette Farge et Georges ­Vigarello, seront présents au Monde Festival pour approfondir ces questions.
Dans le cadre du Monde Festival : rencontre avec Arlette Farge et Georges Vigarello sur les origines de #metoo, animée par Zyneb Drief au Palais Garnier à Paris, dimanche 7 octobre, de 12 heures à 13 h 30. 
Conversation avec François Jullien, animée par Nicolas Truong, samedi 6 octobre, de 10 heures à 11 heures, au Théâtre des Bouffes du Nord.
La rencontre des corps. Une histoire du sexe, débat animé par Florent Georgesco, dimanche 7 octobre, de 10 heures à 11 h 30, au Palais Garnier (grand foyer).

Rendez-vous du 5 au 7 octobre au Monde Festival 2018 !
Aimer ! C’est le thème de la 5e édition du Monde Festival qui s’ouvre le 5 octobre à Paris avec le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda et son dernier film, Une affaire de famille, Palme d’or 2018 à Cannes. Deux autres films seront projetés en avant-première : Un amour impossible, de Catherine Corsini et, pour clôturer le festival, En liberté !, le nouvel opus de Pierre Salvadori.
Les 6 et 7 octobre, place aux débats : sur les nouvelles relations amoureuses (Le big data va-t-il tuer le hasard des rencontres ? Aux origines de #metoo ), les technologies (Intelligence artificielle et émotions : un amour de robot ? ) l’école (Donner l’envie d’apprendre, un jeu d’enfant ?) l’environnement (Pour l’amour de ma Terre, S’aimer comme des bêtes ), l’économie, les médias (Comment informer sous la présidence d’Emmanuel Macron ?), la politique (Y a-t-il une vie après la politique ? )...
Des rencontres exceptionnelles avec Barbara Hannigan, Juliette Armanet, la tribu Guédiguian, Chimamanda Ngozi Adichie, Mario Vargas Llosa, Charline Vanhoenacker, Pierre de Villiers, Pierre Hermé, Roberto Saviano, Kamel Daoud et bien d’autres...
Et samedi soir, rendez-vous à La Nuit de l’amour  aux théâtre des Bouffes du Nord, avec André Comte-Sponville, Barbara Cassin, Carolin Emcke...
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                                                Par                                                    Florent Georgesco













