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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ L’interdiction du film de Wanuri Kahiu, qui dépeint une histoire d’amour entre deux adolescentes, a été levée pour lui permettre de concourir aux Oscars.
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Reportage

La jeunesse de Nairobi se presse dans les cinémas pour profiter de ses sept jours de « Rafiki »

L’interdiction du film de Wanuri Kahiu, qui dépeint une histoire d’amour entre deux adolescentes, a été levée pour lui permettre de concourir aux Oscars.

Par                                            Marion Douet (Nairobi, correspondance)




LE MONDE
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        Le 27.09.2018 à 17h39

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        Mis à jour le 27.09.2018 à 17h44






    
Dans le hall du Prestige Plaza, l’un des cinq cinémas au Kenya à diffuser le film « Rafiki » de Wanuri Kahiu, dont la censure a été levée entre le 23 et le 29 septembre 2018.
Crédits : SIMON MAINA / AFP


Les bandes-annonces de superproductions américaines se succèdent. Puis, au bout d’une vingtaine de minutes, un avertissement du Comité kényan de classification des films (KFCB) rappelle que le long-métrage qui va être projeté est réservé aux plus de 18 ans en raison de « scènes potentiellement choquantes ». Les huées qui s’ensuivent en disent long sur l’état d’esprit du public. Enfin commence le générique de Rafiki, salué par un tonnerre d’applaudissements. Tous les jeunes gens présents ont dû prouver leur âge avant de s’installer dans les confortables sièges du Prestige Plaza, l’un des cinq cinémas au Kenya à diffuser le film de Wanuri Kahiu.
« Nous sommes là pour soutenir le film. Il fallait absolument venir le voir parce que c’est un long-métrage kényan et qu’il n’y en a pas souvent dans les cinémas ici », expliquait quelques minutes auparavant Lenana Kariba, un acteur de 30 ans au look soigné. « C’était tellement frustrant qu’il soit visible à l’extérieur du pays et pas ici », renchérit son amie Joyce Maina, 27 ans, tee-shirt blanc, jean slim et lunettes à reflets.
Chronique d’une génération
Les deux jeunes gens sont à l’image de ceux qui se pressent cette semaine au Prestige Plaza, un cinéma coincé entre des quartiers aisés de la capitale et le bidonville de Kibera. La plupart des dix-sept séances prévues affichent complet. Un paquet de pop-corn ou un café frappé à la main, les spectateurs qui entrent dans la salle rappellent les personnages de Rafiki (« ami » en swahili). Au-delà d’une histoire d’amour entre deux jeunes filles, le film fait la chronique de cette génération de la classe moyenne qui a grandi, un smartphone à la main, dans une métropole où se côtoient en permanence modernité et pauvreté.
« Autour de moi, il y a énormément de spéculation sur ce film. On en parle beaucoup sur Instagram, trépigne Jane June, 23 ans, diplômée en marketing. Ce n’est pas que j’encourage le lesbianisme mais je garde l’esprit ouvert. Nous sommes des adultes, nous pouvons faire la part des choses. Mais le Kenya a encore un long chemin à faire à ce sujet. »

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                « Rafiki » : sens interdits à Nairobi



En avril, quelques semaines après l’annonce de sa sélection au Festival de Cannes, Rafiki s’était vu refuser l’autorisation d’être projeté dans les cinémas de son pays. Le KFCB, organisme gouvernemental, lui reprochait « son but évident de promouvoir le lesbianisme au Kenya, ce qui est illégal et heurte la culture et les valeurs morales du peuple ». 
Le pays est très conservateur au sujet de l’homosexualité, qui reste un crime en vertu de lois héritées de l’époque coloniale. Mais c’est en s’appuyant sur la Constitution, qui garantit les libertés fondamentales, que la réalisatrice Wanuri Kahiu a saisi la justice. Le tribunal a décidé d’autoriser temporairement la diffusion du film entre le 23 et le 29 septembre. Les dates comme la durée de cette levée d’interdiction n’ont rien d’anodin : être projeté durant sept jours dans son pays d’origine avant le 30 septembre 2018 permet à Rafiki de présenter sa candidature aux Oscars dans la catégorie Meilleur film en langue étrangère.



Le tribunal, a dit la juge Wilfrida Okwany, « ne doit pas déterminer si l’homosexualité est bonne ou mauvaise, si elle est morale ou immorale, mais bien si un artiste ou un réalisateur a le droit, en exerçant son droit à la liberté d’expression et à la créativité artistique, de réaliser un film au thème homosexuel ». Le KFCB n’a eu d’autre choix que d’en prendre acte.
« Vivre cachés »
Dans le film, Kena et Ziki vivent une histoire d’amour défendue, cachée, le plus souvent sous-entendue par une caméra très pudique. Lorsque leur relation est découverte, les deux jeunes filles sont lynchées par de vieilles connaissances de leur quartier.
Après la séance, Lenana et Joyce sont conquis par le scénario, mais aussi par ce que le long-métrage montre de leur société. « Nous savons qu’il y a de l’homophobie dans ce pays, mais avec ce film tout le monde peut le voir. » Susan Timon, rencontrée avant la projection, adhère pleinement. Et pour cause. « C’était littéralement ma vie projetée à l’écran, confie-t-elle, plusieurs heures après, par téléphone, évoquant pour la première fois son homosexualité. J’ai été ostracisée, frappée. Un jour, devant des toilettes publiques, j’ai été presque entièrement déshabillée. J’étais entrée chez les femmes et, comme je suis androgyne, ils ont voulu vérifier que j’en étais bien une. » 

        Lire aussi :
         

                Wanuri Kahiu : « Avec “Rafiki”, j’ai voulu raconter une belle histoire d’amour africaine »



Comme tous les jeunes venus voir le film, elle déplore que les homosexuels doivent « vivre cachés » au Kenya. La communauté LGBT n’a d’ailleurs pas organisé d’événement public à l’occasion de la diffusion du film. En revanche, l’association NGLHRC (Commission pour les droits humains des gays et lesbiennes) a organisé à destination des membres de la communauté des séances gratuites – pour tous ceux qui n’ont pas les moyens de payer un billet de cinéma (550 shillings, soit 4,65 euros) – et, surtout, privées. Le lieu de projection est tenu secret.





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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée se retrouvent dans le troisième épisode de l’histoire d’amour débutée en 1966 par le cinéaste français.
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Claude Lelouch tourne la suite d’« Un homme et une femme » à Deauville

Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée se retrouvent dans le troisième épisode de l’histoire d’amour débutée en 1966 par le cinéaste français.



LE MONDE
 |    26.09.2018 à 20h38
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 07h20
   





                        



   


Le cinéaste Claude Lelouch tourne une nouvelle suite de son légendaire Un homme et une femme, avec les mêmes acteurs que le film de 1966, a annoncé, mercredi 26 septembre, sa société de production, Films 13.
« Claude Lelouch tourne effectivement la suite d’Un homme et une femme à Deauville, là où le premier film a été réalisé en 1966. Les mêmes acteurs reprennent leurs rôles. Le scénario est secret. Ce sera une surprise. La date de sortie n’est pas encore fixée », dit la société de production du réalisateur, confirmant des informations révélées par Ouest-France.
« Claude Lelouch m’en avait parlé en amont. Je me disais : “Il faut que ce soit dans la ligne du mythe. C’est un film qui a beaucoup compté et compte encore dans l’image de Deauville.” Il m’a dit que le scénario était bien dans la ligne », a déclaré Philippe Augier, maire de Deauville, « ravi » d’accueillir le tournage, qui « a commencé cette semaine et dure la semaine prochaine encore. Les gens pourront voir les scènes tournées en extérieur ».
« Un hommage à la vie »
En 1986, Claude Lelouch avait déjà réalisé une première suite, « Un homme et une femme : vingt ans déjà », réunissant à nouveau ses acteurs fétiches.
Le film de 1966 à la célèbre ritournelle « chabadabada, chabadabada… », récit d’un amour passionné, avec Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée, obtint une Palme d’or à Cannes et deux Oscars, celui du meilleur film étranger et celui du meilleur scénario.
Jean-Louis Trintignant avait pourtant annoncé en juillet, dans un entretien à Nice-Matin, qu’il arrêtait le cinéma. L’acteur de 87 ans souffre d’un cancer de la prostate. « J’ai peur de ne pas y arriver physiquement », avait-il déclaré, interrogé sur son refus de tourner dans un film de Bruno Dumont.
« Dans ce film, je voulais raconter que la vie est plus forte que la mort, disait Claude Lelouch en janvier 2017 à propos d’ Un homme et une femme. C’est un hommage à la vie. C’est un film d’amour qui explique qu’on a toujours une seconde chance. »
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        1966, écran total"
            data-slide-description="Qui l’eût cru ? Claude Lelouch est arrivé à Cannes sur la pointe des pieds, plombé par le bide de ses derniers films et sélectionné in extremis pour « Un homme et une femme », auquel personne ne croit. Pourtant, le voilà bel et bien Palme d’or. Autant dire que c’est l’Amérique. Et Claude Lelouch le sait. Au Palais des festivals, il porte une cross over tie, accessoire de cou que seuls les Américains (et uniquement ceux du Grand Ouest…) ont osé, il y a bien des décennies, s’approprier. Pourtant, elle possède un avantage certain sur la concurrence : elle ne se noue pas, elle se boutonne."
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        1995, costume d’époque"
            data-slide-description="Le temps a passé, et vite. À 58 ans, Claude s’est fait une place de choix dans le paysage culturel français. Jusqu’à être reçu à Matignon par Édouard Balladur. De quoi parleront les deux hommes ? Officiellement, de cinéma. Officieusement, mais comment imaginer que le premier ministre, grand élégant de la politique française, n’évoquera pas avec Claude Lelouch la qualité de son manteau polo, inspiré par les croisés que les joueurs de polo portaient, entre les parties, le long des terrains, dans les années 1920 ? En réalité, c’est inimaginable."
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        2001, scénario catastrophe"
            data-slide-description="Trente-cinq ans après « Un homme et une femme », ce n’est plus la plage de Deauville que Lelouch arpente, c’est le désert. Concrètement, son dernier film « Une pour toutes » a fait un flop. Et le prochain « And now… Ladies and Gentlemen » fera de même. Ringard, Claude Lelouch ? Le pantalon en velours côtelé marron taille haute, retenu par une ceinture tressée de la marque Aiglon, n’aide pas vraiment à dissiper le doute."
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        2008, caméra au poing"
            data-slide-description="Miracle de la nature. Sept ans plus tard, Claude Lelouch a l’air dix ans plus jeune. Il est même de retour à Cannes, pour présenter « Treize jours en France« , un documentaire sur les JO de Grenoble, réalisé en 1968. Pour l’occasion, il a sorti son look de jeune. Plus précisément, son look de jeune serveur d’un établissement branché. Rappelons, en effet, que nul homme en chemise noire n’est à l’abri de se voir commander, à tout moment, un mojito. « Et bien chargé, s’il vous plaît ! »"
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        2017, film choral"
            data-slide-description="Neuf ans après, Claude Lelouch ne sert plus de mojito. Il s’apprête à sortir son 46e long-métrage, « Chacun sa vie », un film choral qui lui a permis de caster tout le monde : Ramzy, Bigard, Béatrice Dalle, Gérard Darmon, Stéphane De Groodt, Kendji Girac, Johnny Hallyday, Francis Huster, Jean Dujardin…Le succès est annoncé. Mais si c’est un bide, alors, Claude Lelouch pourra s’enfuir très vite, très loin. Avec son pull d’inspiration camionneur, et son car coat, spécifiquement pensé pour faciliter la conduite, il est équipé."
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1966, écran total            
Qui l’eût cru ? Claude Lelouch est arrivé à Cannes sur la pointe des pieds, plombé par le bide de ses derniers films et sélectionné in extremis pour « Un homme et une femme », auquel personne ne croit. Pourtant, le voilà bel et bien Palme d’or. Autant dire que c’est l’Amérique. Et Claude Lelouch le sait. Au Palais des festivals, il porte une cross over tie, accessoire de cou que seuls les Américains (et uniquement ceux du Grand Ouest…) ont osé, il y a bien des décennies, s’approprier. Pourtant, elle possède un avantage certain sur la concurrence : elle ne se noue pas, elle se boutonne.

JP Bonnotte/Gamma -Rapho/Getty Images
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Le cinéaste Pierre Schoeller redonne vie aux événements advenus entre 1789 et 1793.
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« Un peuple et son roi » : la Révolution comme un torrent de paroles et de sang

Le cinéaste Pierre Schoeller redonne vie aux événements advenus entre 1789 et 1793.



LE MONDE
 |    26.09.2018 à 07h53
 • Mis à jour le
26.09.2018 à 17h49
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
On peut s’amuser, sur un moteur de recherche, à associer n’importe quel produit ou événement – surgelés, migraine, revêtement de sol, mariage princier – au terme « révolution ». On constatera que cette idée s’est dissoute en une infinité de changements cosmétiques et d’évolutions dérisoires. Dans le même temps, la possibilité de changer délibérément le monde est devenue presque inconcevable.

        Lire le dialogue entre Pierre Schoeller et l’historien Patrick Garcia :
         

          « Dans “Un peuple et son roi”, on échappe à l’image d’Epinal »



L’ambition de Pierre Schoeller – sans doute la plus haute et la plus folle qu’ait ­connue le cinéma français ces dernières ­années – est de redonner vie et sens à la ­révolution, de ­mettre en scène la mort d’un monde et la naissance d’un autre, ce qui est advenu en France entre le 9 avril 1789, jeudi saint, un mois avant la réunion des Etats généraux, et le 21 janvier 1793, date de l’exécution de Louis XVI – du jour où le roi lava pour la dernière fois les pieds des ­enfants pauvres de Paris (c’est la première séquence du film) à celui de sa décapitation.

        Lire le reportage sur le tournage du film :
         

          L’été révolutionnaire de Pierre Schoeller



En deux heures (c’est bien peu), le réalisateur de L’Exercice de l’Etat (2011) concentre les images, les discours, les figures et les­ ­conflits avec une acuité intellectuelle et une énergie qui emportent tout, même la ­gaucherie de certains tours du récit. Allant et venant des galetas du faubourg Saint-Antoine à ­Versailles, des Tuileries ensanglantées à la salle du Manège de l’Assemblée ­nationale, Un peuple et son roi précipite les éléments de la France de 1789 dans le creuset de la révolution et analyse l’alliage nouveau qui en sort. Autant qu’un spectacle guidé par un souci de fidélité aux sources, le film de Schoeller est un essai voué à réveiller la ­réflexion sur l’idée de révolution, sur son ­actualité. Il en restera aussi bien l’image de ce cheval errant dans la cour des Tuileries au lendemain de l’assaut donné par le peuple contre les Suisses que le désir de poursuivre, par la lecture ou le débat, la conversation ­impulsée à l’écran.
Le feu et la lumière
Après que le grand et gauche souverain ­(Laurent Lafitte) a donc lavé les pieds des enfants pauvres, ce rite qui rappelle plus la nature divine du monarque que la charité de la maison de Bourbon, le récit se déplace dans l’atelier de l’Oncle (Olivier Gourmet), maître verrier, à l’ombre des tours de la ­Bastille. La forteresse vient d’être prise, l’artisan est sceptique quant à la portée de cet ­accomplissement. Autour de lui, il y a sa compagne Solange (Noémie Lvovsky) et les autres femmes de l’immeuble (Adèle Haenel, Céline Sallette, Izïa Higelin). Passent aussi des figures historiques méconnues : les figures révolutionnaires Lazowski (Andrzej Chyra) et Pauline Léon (Julia Artamonov), quipoussent le feu des discussions ­devant le four du verrier.
Au long de cette première partie, Schoeller joue avec le feu et la lumière. La plasticité du verre en fusion devient celle d’une éruption solaire, la pénombre qui règne dans le faubourg est frappée par la lumière lorsque la démolition de la Bastille laisse enfin passer le soleil. Le contrepoint sonore de ces lumières passées de l’état d’idées à celui de réalité, ce sont les effusions chantées, les comptines satiriques ou les refrains vengeurs.
Dans le personnel parlementaire, Pierre Schoeller précipite des figures oubliées à la tribune : on entendra plus Barnave que Danton
Une ellipse amène à 1791, année baptisée « le temps des trahisons » : celle du roi, qui fuit jusqu’à Varennes, celle du gouvernement constitutionnel qui fait tirer sur les ­manifestants du Champ-de-Mars. Un peuple et son roi trouve alors son rythme, une ­perpétuelle accélération, faite de ­contretemps et d’avancées imprévues qui portent les acteurs de l’histoire bien plus loin que la plupart d’entre eux ne l’avaient ­calculé. Les gens du faubourg Saint-Antoine qui discouraient dans l’atelier du verrier ­interviennent à l’Assemblée nationale, puis à la Convention. Ils débattent dans les clubs, prennent les armes.
Dans le personnel parlementaire, Pierre Schoeller précipite des figures oubliées à la tribune : on entendra plus Barnave que ­Danton. Egalement scénariste, le réalisateur a choisi ses intervenants en fonction de leurs discours, conservés dans les archives parlementaires. L’exactitude des propos ­répond à celle des costumes, des décors. Il ne s’agit pas de reconstituer exactement ­l’époque pour le plaisir d’un voyage dans le temps, plutôt de stimuler la pensée en ­supprimant les obstacles que constitueraient les approximations, les erreurs.
Sortie de l’enfance d’une nation
Il ne faut pas non plus égarer le spectateur dans la foule des figures étonnantes qui ont surgi dans les assemblées successives et dans les clubs. Schoeller place Robespierre dans l’œil de la tourmente. On ne s’attendait pas à ce Louis Garrel, dont la renommée repose sur le charme, s’enveloppant de ­l’impassibilité glaciale de l’incorruptible. Il le fait avec juste ce qu’il faut d’inquiétude, ­pendant que Denis Lavant, en Marat roué et idéaliste, ne semble jamais douter.
Dans cette marche forcée vers la république, le thème de la lumière fait place à celui de l’incertitude des sens. L’Oncle est frappé de cécité, Basile (Gaspard Ulliel), un vagabond proscrit qui a rejoint le groupe du ­faubourg, est assourdi par un coup de fusil pendant la prise des Tuileries.
Il faudrait plus de cinq sens pour appréhender l’entièreté de ce qui se passe : le désir de liberté, d’autonomie, l’inéluctabilité de la violence, bientôt celle de l’élimination du souverain. Quand on arrive sur la place de la Concorde, ce matin d’hiver, on prend la mesure de ce qu’on vient de voir, on ­comprend ce titre un peu déconcertant : Un peuple et son roi. Ce n’est qu’un premier ­chapitre, celui de l’apprentissage de l’idée de république, de la sortie de l’enfance d’une nation. Le second chapitre, que l’on espère, serait celui des premiers pas de ce nouveau régime, violents, tragiques, féconds.

Film français de Pierre Schoeller. Avec Adèle Haenel, Olivier Gourmet, Noémie Lvovsky, Gaspard Ulliel, Céline Sallette, Louis Garrel, Laurent Lafitte (2 h 01). Sur le Web : www.facebook.com/STUDIOCANAL.FRANCE et salles.studiocanal.fr

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 26 septembre)
I Feel Good, film français de Benoît Delépine et Gustave Kervern (à ne pas manquer)Un peuple et son roi, film français de Pierre Schoeller (à ne pas manquer)Libre, documentaire français de Michel Toesca (à voir)Rafiki, film français et kényan de Wanuri Kahiu (à voir)Le vent tourne, film belge, français et suisse de Bettina Oberli (à voir)Bergman, une année dans une vie, documentaire suédois de Jane Magnusson (pourquoi pas)L’Ombre d’Emily, film américain de Paul Feig (pourquoi pas)La Prophétie de l’horloge, film américain d’Eli Roth (pourquoi pas)The Little Stranger, film britannique de Lenny Abrahamson (pourquoi pas)Donbass, film ukrainien de Sergei Loznitsa (on peut éviter)Hostile, film français de Mathieu Turi (on peut éviter)
A l’affiche également :
Journal d’un disparu, film français d’Emmanuel Ostrovski et Jospeh Rottner





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Dialogue entre le réalisateur Pierre Schoeller et l’historien Patrick Garcia, auteur d’une thèse sur le bicentenaire de la Révolution.
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« Dans “Un peuple et son roi”, on échappe à l’image d’Epinal »

Dialogue entre le réalisateur Pierre Schoeller et l’historien Patrick Garcia, auteur d’une thèse sur le bicentenaire de la Révolution.



LE MONDE
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            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Pierre Schoeller, cinéaste, et Patrick Garcia, historien, dialoguent autour d’Un peuple et son roi. Le premier, avant de s’attaquer à la Révolution française, avait déjà signé deux remarquables longs-métrages, Versailles en 2008 et L’Exercice de l’Etat en 2011. Le second, enseignant à l’université de Cergy-Pontoise (Val-d’Oise) et chercheur à l’Institut d’histoire du temps présent, est spécialisé dans l’épistémologie de l’histoire et l’auteur d’une thèse consacrée au bicentenaire de la Révolution.

Quel désir, quelle idée vous ont conduit à vous attaquer à ce mythe de l’histoire nationale qu’est la Révolution française ?
Pierre Schoeller : La Révolution me semble être l’événement fondateur d’une question qui travaille déjà mes autres films : notre rapport à la citoyenneté et à la politique aujourd’hui. Je me dis que la photographie est née quarante ans après la Révolution. Qu’il s’en est fallu de peu, donc, pour que le cinéma ne filme l’événement. Cela me le rend soudain plus accessible. Mais j’étais ignare. Je ne connaissais à peu près rien, il y a sept ans, de ce qui se trouve dans le film aujourd’hui. Mon idée première, dans les limbes, c’est : « Allons à la Terreur », parce que nous sommes issus de ça.
En même temps je me méfie de moi-même. Comme Flaubert, j’essaie de me déprendre. Et je lis, je lis Michelet, Hazan, Furet, toutes les chapelles, et je plonge dans les sources de données de la BNF [Bibliothèque nationale de France]. Et puis je travaille avec des historiens dont la sensibilité me semble aller vers le film, comme Arlette Farge par exemple, qui n’est pas une historienne de la Révolution, mais du temps d’avant. C’est une spécialiste de la micro-histoire, des émotions, des sensations. Son apport a donc été très précieux pour moi. Mon souci n’a pas été de trancher dans le débat entre historiens. C’était de faire un film sur les émotions politiques,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Le film de Wanuri Kahiu, autour de l’idylle de deux jeunes femmes, a été censuré au Kenya, où l’homosexualité est interdite.
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« Rafiki » : sens interdits à Nairobi

Le film de Wanuri Kahiu, autour de l’idylle de deux jeunes femmes, a été censuré au Kenya, où l’homosexualité est interdite.



LE MONDE
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26.09.2018 à 10h47
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                            Thomas Sotinel








                        



L’avis du « Monde » – à voir
L’interdiction totale de Rafiki par la commission de censure kényane est un prix, dans les deux sens du terme. Le tarif insupportable imposé par les institutions (qui ont finalement autorisé une diffusion locale du 23 au 30 septembre afin de permettre au film de concourir pour les Oscars) à la cinéaste Wanuri Kahiu pour avoir osé mettre en scène une idylle adolescente entre deux jeunes femmes ; une distinction aussi, qui montre que Rafiki n’est pas seulement – comme certains l’écrivaient au moment de la présentation du film à Cannes dans la section Un certain regard – un produit destiné au circuit des festivals, mais aussi une œuvre insupportable pour les tenants de l’ordre établi, qui, si elle était vue par celles et ceux à qui elle est destinée, pourrait infléchir le débat.

        Lire le compte-rendu :
         

          La justice lève pour sept jours l’interdiction au Kenya du film « Rafiki »



La violence pesante de la réaction était prévisible. Elle est aussi incongrue. Rafiki (qui n’est qu’incidemment le nom du mandrill dans Le Roi Lion, mais veut avant tout dire « ami/e » en swahili), n’a rien de pesant. Sa vivacité, sa légèreté opèrent comme un antidote à l’intolérance dont sont victimes ses personnages. Son imagerie vivement coloriée propose une autre image du Kenya que l’immensité miséreuse de Kibera, le grand bidonville de Nairobi vu dans The Constant Gardener, de Fernando Meirelles (2005).

        Lire la critique de « Rafiki » (parue lors du Festival de Cannes) :
         

          La douce naissance d’un tendre amour



Kena (Samantha Mugatsia) et Ziki (Sheila Munyiva) vivent dans un autre monde que Kibera, dans de grands ensembles au pied desquels se nichent de petites boutiques, des restaurants, des terrains de sport improvisés. La première est issue de la toute petite bourgeoisie. Son père – qui vient de quitter sa mère – est boutiquier et candidat à des élections locales. Lycéenne, Kena s’apprête à passer les examens d’entrée à l’université. L’appartement dans lequel habite Ziki est plus cossu. Elle aussi est fille de candidat, et, au premier abord, on pourrait imaginer que le film sera l’histoire de l’amitié entre deux adolescentes appartenant à des clans opposés, une histoire pour teenagers qui verrait les bons sentiments de la jeunesse triompher sur les rivalités mesquines des adultes.

        Lire l’entretien avec Wanuri Kahiu :
         

          « Avec “Rafiki”, j’ai voulu raconter une belle histoire d’amour africaine »



Il faut dire que Wanuri Kahiu et son chef opérateur, Christopher Wessels, ont choisi une palette de pastels rehaussés de couleurs criardes, que le découpage fait de temps en temps place à des montages célébrant l’insouciance et le plaisir, que la bande originale fait appel à une afro pop pleine d’entrain. Ce portrait inédit d’une ville d’ordinaire présentée comme une métropole monstrueuse est à lui seul une bonne raison de voir Rafiki.
Beauté austère
Au début, seule la beauté un peu austère de Samantha Mugatsia, l’interprète de Kena, vient troubler cette euphorie. La jeune fille, qui joue au foot avec les garçons et ne leur trouve généralement pas d’autre intérêt que leur capacité à contrôler la balle, semble mue par une force sans objet. Jusqu’à l’irruption de Ziki, extravertie, qui ne masque pas ses appétits.
Leur histoire est brève, condamnée dès le départ. Leurs familles fréquentent la même église, où le pasteur consacre souvent ses sermons à la menace que fait peser l’homosexualité sur la famille et la société. Aux marges d’un groupe de jeunes, un jeune homme gay est en butte aux vexations.

Dans la marche vers l’inévitable catastrophe, l’allure du film se fait moins assurée. La réalisatrice ne parvient pas tout à fait à infléchir la tonalité de son film, les actrices – toutes deux débutantes – à donner corps à la souffrance de leurs personnages. C’est dans un épilogue empreint de tristesse et d’un espoir très mesuré que l’on trouvera la substance qui a fait un moment défaut. Rafiki prend alors une profondeur qui émeut. Qui choque aussi, probablement, puisqu’il a été interdit.



Film français et kényan de Wanuri Kahiu. Avec Samantha Mugatsia, Sheila Munyiva (1 h 27). Sur le Web : www.meteore-films.fr/distribution-films/rafiki

La censure contre « Rafiki » levée une semaine au Kenya
Alors que la commission de censure kényane avait interdit en avril toute diffusion du film Rafiki dans les salles du pays, la justice kényane a levé la censure pour sept jours, autorisant sa projection aux adultes du 23 au 30 septembre. Le film a donc été diffusé pour la première fois dans le pays dimanche 23 septembre dans un centre commercial proche du centre de Nairobi. Cette décision de la Haute Cour de Nairobi, saisie par la réalisatrice Wanuri Kahiu, a été prise afin de permettre au film de concourir pour les Oscars : ceux-ci imposent que les films présentés dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère aient été projetés pendant au moins sept jours consécutifs dans une salle de cinéma commerciale.





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Le documentariste Michel Toesca a suivi l’agriculteur de la vallée de la Roya engagé auprès des migrants.
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« Libre » : le combat altruiste de Cédric Herrou

Le documentariste Michel Toesca a suivi l’agriculteur de la vallée de la Roya engagé auprès des migrants.



LE MONDE
 |    26.09.2018 à 07h50
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Applaudi au Festival de Cannes, le 17 mai, alors qu’il montait les marches en compagnie de migrants, enfariné par des militants d’extrême droite, le 17 septembre, au cinéma Le Navire, à Valence, au cours d’une avant-première du film. Ainsi va le destin contrasté de l’agriculteur Cédric Herrou, dont l’action est au cœur de Libre, documentaire signé Michel Toesca. Du moins l’intéressé n’a-t-il rien perdu de sa pugnacité ni de son humour, déclarant à nos confrères de France Bleu à la suite de l’incident : « Ce n’est pas avec de la farine que l’on va régler le problème. D’ailleurs, j’ai vu que les paquets venaient d’Argentine. Ils pourraient faire travailler les paysans français. Comme dirait ma mère, c’est pas bien de jouer avec de la nourriture ! »

        Lire le récit :
         

          Cédric Herrou, de retour à Cannes en « officiel »



On sourit, mais la situation est grave. Grave parce qu’il se trouve, aujourd’hui en France, et plus largement en Europe, des gens suffisamment haineux pour s’en prendre physiquement à un homme qui vient en aide à ses prochains. Grave parce que la situation de l’accueil des migrants sur ce continent nous adresse à tous des questions complexes, d’ordre moral et politique. Cédric Herrou, lui, a choisi de longue date. Agriculteur de la vallée de la Roya, région frontalière de l’Italie, il a décidé, avec le soutien d’habitants de la vallée, d’accueillir des réfugiés, qui, venus des camps de Vintimille, passent la frontière pour déposer une demande d’asile en France.
Lutte quotidienne
Le réalisateur Michel Toesca, qui habite lui aussi la vallée, a filmé deux années durant en amateur cette lutte quotidienne, altruiste et triviale, paradoxale aussi, pour cette raison que ses acteurs enfreignent parfois la loi pour mieux rappeler que l’Etat français l’enfreint le premier, en refoulant les candidats à l’asile qui se présentent sur son territoire et, pire encore, en faisant de la solidarité à leur endroit un délit. La simplicité du film fait donc sa force. On en connaît l’alphabet. Disponibilité et connivence avec le milieu filmé. Absence d’équipe. Débrouille. Tournage à l’épaule avec une caméra périmée. En cela aussi, le film est en cohérence avec l’objet filmé.

        Lire le compte-rendu :
         

          Vendredi, ou la vie politique sauvage de la Croisette



Les gens qu’il nous montre ne sont pas animés par un projet politique d’envergure. Ils tiennent, comme saint Augustin, qu’une loi injuste n’est pas une loi. Et ils réagissent, très simplement, à une situation inédite qui se déroule sur leur territoire, qui voit soudain des gens démunis et épuisés passer devant chez eux à la recherche d’un abri provisoire, d’une raison de vivre. A la différence des enfarineurs et des milices affiliées qui traquent fièrement les clandestins, eux ont écouté leur cœur, leur ont ouvert la porte et tentent de leur porter secours.
Cédric Herrou, barbu décontracté, est à ce titre le parfait héros du film. Surmédiatisé d’un côté, mis en taule de l’autre. Joyeux, généreux, courageux, opiniâtre. En un mot, exemplaire. Ne doutons pas que la postérité, pour sa contribution à l’intelligence et à la survie de l’humanité, se souvienne de lui plutôt que de ses adversaires.

Documentaire français de Michel Toesca (1 h 40). Sur le Web : www.jour2fete.com/distribution/libre



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Le film de la Suisse Bettina Oberli est le récit d’émancipation d’une jeune paysanne, incarnée par Mélanie Thierry.
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« Le vent tourne » : le bonheur n’est pas dans l’éolienne

Le film de la Suisse Bettina Oberli est le récit d’émancipation d’une jeune paysanne, incarnée par Mélanie Thierry.



LE MONDE
 |    26.09.2018 à 07h48
 • Mis à jour le
26.09.2018 à 13h15
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Petite paysanne : telle est Pauline (Mélanie Thierry), jeune éleveuse qui n’a jamais connu que la ferme, et tente de vivre de ce rude métier alors qu’un méchant virus s’abat sur ses vaches, comme un écho à Petit paysan (2017), d’Hubert Charuel. Dans les deux films, le personnage principal a une sœur médecin (ou vétérinaire) qui essaie de faire entendre la « raison médicale », avant qu’il ne soit trop tard pour le troupeau. Mais tandis que Petit paysan est un thriller, Le vent tourne, de la réalisatrice suisse Bettina Oberli, est un drame sentimental, sur fond de critique du capitalisme et d’alternative écologique. Méconnue en France, Bettina Oberli est très identifiée en Suisse où l’un de ses précédents films, Les mamies ne font pas dans la dentelle (2006), a été un grand succès.
Pauline et Alex (Pierre Deladonchamps) vivent dans le Jura et poursuivent un même idéal : vivre loin du consumérisme, le plus naturellement possible, en dehors du système. Pas de médicaments pour les bêtes, pas de comptes à rendre. Il ne manque plus que l’éolienne à leur bonheur, laquelle leur permettra de produire de l’électricité en toute autonomie. « C’est un projet, l’autonomie » : phrase prémonitoire et à double sens.
La fatigue et le doute habitent le visage de Mélanie Thierry, dont la beauté de madone est magnifiée
L’arrivée de la machine et de son installateur, Samuel l’ingénieur, incarné par le Portugais Nuno Lopes, va ébranler les certitudes de Pauline, ainsi que son couple. Autre perturbation : la présence pendant les vacances d’été d’une jeune fille à la santé fragile, Galina (Anastasia Shevtsova), venue de Tchernobyl pour reprendre des forces. On comprend vite que c’est elle qui va aider Pauline à y voir plus clair dans sa vie, et non l’inverse.
Dommage que l’on sente ainsi venir l’idylle entre Samuel et Pauline. De regards en frôlements, le montage nous conduit à n’attendre plus que « ça » : la blonde et le brun, la terrienne attachée à ses bêtes et le chef de chantier globe-trotter. Pourtant, et fort heureusement, le rôle de Mélanie Thierry est bien plus ample : la fatigue et le doute habitent le visage de l’actrice, dont la beauté de madone est magnifiée, pour ne pas dire surlignée – un simple chignon sur la nuque vaut tous les brushings de festival.
La roche se fissure
L’histoire d’amour n’est pas l’essentiel, elle est juste prétexte à réveiller Pauline. Elle ne crée pas véritablement de drame et donne lieu à une scène plutôt réussie : Alex est sans doute fou de jalousie, mais il pose une seule question à sa compagne. Et tout est dit. Pierre Deladonchamps fait évoluer son personnage avec beaucoup de sensibilité et de précision, qu’il joue l’amoureux, le malheureux, ou l’écolo radical lorsque tout part à vau-l’eau, l’éolienne, le troupeau…
Son amour repose avant tout sur l’harmonie trouvée avec cette femme qui partage, outre le dur labeur, ses valeurs. Que ces dernières viennent à vaciller et le couple ne fonctionne plus. C’est lors d’une discussion tout à fait sérieuse et politique que la roche se fissure : Alex et Samuel confrontent leurs modes de vie. Alors qu’ Alex défend ses choix alternatifs, Samuel lui rétorque : « Ton plaisir, il est où ton plaisir ? » Et la boussole de Pauline s’agite : son bonheur est-il dans le pré ?

Film belge, français et suisse de Bettina Oberli. Avec Mélanie Thierry, Pierre Deladonchamps, Nuno Lopes (1 h 27). Sur le Web : www.arpselection.com/category/tous-nos-films/drame/le-vent-tourne-464.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Le réalisateur de « Mes meilleures amies » adapte à l’écran le best-seller de Darcey Bell, « Disparue ».
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« L’Ombre d’Emily » : Paul Feig passe de la comédie au thriller

Le réalisateur de « Mes meilleures amies » adapte à l’écran le best-seller de Darcey Bell, « Disparue ».



LE MONDE
 |    26.09.2018 à 07h46
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Habitué à la comédie (Mes meilleures amies, Les Flingueuses), le cinéaste américain Paul Feig s’essaye pour la première fois au thriller avec L’Ombre d’Emily, une adaptation du best-seller de Darcey Bell, Disparue. Stephanie Smothers, une mère de famille blogueuse (elle tient un blog vidéo de recettes de cuisine) apprend la disparition mystérieuse de sa meilleure amie Emily. Bouleversée par cet événement, Stéphanie se met à enquêter par ses propres moyens pour retrouver la trace d’une femme qui a toujours cultivé le plus grand mystère sur sa propre vie.
Version édulcorée de « Gone Girl »
Femme au foyer exemplaire et impliquée, Stephanie Smothers pourrait venir tout droit d’une série comme Desperate Housewives à laquelle on pense beaucoup. Comme la série qui a fait naître un genre de thriller domestique, L’Ombre d’Emily enchaîne les découvertes macabres et les coups de théâtre en plein cœur d’une banlieue sans histoire. Paul Feig semble pourtant traiter de manière trop nonchalante un récit qui demande, par l’accumulation invraisemblable de retournements, un surcroît de maîtrise – on a parfois l’impression que les éléments comiques du film l’intéressent bien plus que le thriller qu’il est censé réaliser.
On ne pourra s’empêcher de penser à un autre film, Gone Girl (2014), mais cette comparaison manque d’être fatale à L’Ombre d’Emily, qui évoque un pâle remake du film de David Fincher, sa version édulcorée. On retiendra pourtant un élément qui confère au long-métrage de Paul Feig un certain charme : l’espièglerie légèrement burlesque de sa merveilleuse actrice principale, Anna Kendrick.

Film américain de Paul Feig. Avec Anna Kendrick, Blake Lively, Henry Golding (1 h 58). Sur le Web : www.metrofilms.com/films/simple-favor-a



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Le spécialiste du « torture porn », avec ses deux « Hostel », signe un spectacle vite oublié.
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« La Prophétie de l’horloge » : Eli Roth s’essaie au film pour enfants, sans succès

Le spécialiste du « torture porn », avec ses deux « Hostel », signe un spectacle vite oublié.



LE MONDE
 |    26.09.2018 à 07h45
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Eli Roth, le turbulent garnement du cinéma américain contemporain, celui qui a donné ses lettres de noblesse au torture porn (film d’horreur basé sur des séquences de tortures) avec ses deux Hostel (2005 et 2007), celui qui a saccagé, avec une rare jubilation, l’imaginaire américain dans son très méchant Knock Knock (2015) vient, étonnement, de réaliser un film pour enfants.
Spectacle sans surprise
Un jeune garçon orphelin est recueilli après la mort de ses parents par un oncle excentrique qui se révèle être un sorcier sympathique. Avec l’aide de sa voisine, elle-même dotée de pouvoirs magiques, ils vont devoir affronter un sorcier malfaisant revenu d’entre les morts à grands coups de trucs et de formules magiques.
Si La Prophétie de l’horloge fait mine d’effleurer quelques thèmes sérieux comme le deuil, l’absence ou la solitude, il en revient toujours à un certain nombre de conventions mises au point par la série des Harry Potter qui semble avoir engendré un genre. Il est assez facile de constater que le film a été réalisé sans beaucoup de conviction, proposant un spectacle sans surprise et vite oublié.

Film américain d’Eli Roth. Avec Owen Vaccaro, Jack Black, Cate Blanchett (1 h 46). Sur le Web : www.universalpictures.fr/micro/the-house-with-a-clock-in-its-walls et www.housewithaclock.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Le réalisateur Lenny Abrahamson livre une copie bien sage du roman de Sarah Waters.
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« The Little Stranger » : une adaptation vieillotte sans supplément d’âme

Le réalisateur Lenny Abrahamson livre une copie bien sage du roman de Sarah Waters.



LE MONDE
 |    26.09.2018 à 07h44
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Adaptation du roman éponyme de l’écrivaine britannique à succès Sarah Waters, The Little Stranger nous plonge en 1947 dans le quotidien désargenté des Ayres, grande famille anglaise qui a connu les fastes de l’avant-guerre et vivote désormais dans sa propriété délabrée où plane le souvenir d’un fantôme. Leur morne routine est bientôt bouleversée par la visite d’un médecin de campagne, le docteur Faraday, qui devient un proche des Ayres et le témoin de phénomènes étranges.
Rien ne dépasse
Dans The Little Stranger, tout est à sa place et rien ne dépasse : la mise en scène est au cordeau, les acteurs sont impeccables et le travail des chefs décorateur et costumier restitue parfaitement l’atmosphère so british et crépusculaire qui règne chez les Ayres.
Il manque pourtant l’essentiel, un supplément d’âme qui donnerait un peu de relief à cette copie bien sage de bon élève. En lieu et place d’un élégant film d’épouvante qu’on était en droit d’attendre, Lenny Abrahamson réalise finalement une adaptation vieillotte d’un roman à tiroirs.

Film britannique de Lenny Abrahamson. Avec Domhnall Gleeson, Ruth Wilson, Charlotte Rampling (1 h 52). Sur le Web : www.pathefilms.com/film/thelittlestranger



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Le cinéaste signe un film manichéen sur le conflit qui oppose l’armée ukrainienne aux forces séparatistes.
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« Donbass » : la colère, mauvaise conseillère pour Sergei Loznitsa

Le cinéaste signe un film manichéen sur le conflit qui oppose l’armée ukrainienne aux forces séparatistes.



LE MONDE
 |    26.09.2018 à 07h43
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
Documentariste passionnant, puis auteur tour à tour sarcastique (My Joy, 2010) et subtil (Dans la brume, 2012), sur les irréparables dégâts causés en Russie par la bêtise et la guerre, le réalisateur ukrainien Sergei Loznitsa a pris fait et cause pour sa patrie depuis la crise de 2014 qui oppose son pays à la Russie. Maïdan, en 2014, Une femme douce, en 2017, Donbass, aujourd’hui, voici trois films où Loznitsa – et comment lui en tenir rigueur ? – laisse parler sa colère, qui se révèle, hélas, mauvaise conseillère. Son cinéma, qui pouvait être cruel et virulent sans sombrer dans la caricature, en ressort manichéen, simplifié, appauvri.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          « Donbass », l’enfer post-soviétique selon Sergei Loznitsa



Vicieux chaos
Donbass nous plonge ainsi dans la région qui lui donne son titre, où la guerre que s’y livrent les milices ukrainiennes et les forces séparatistes para-militaires soutenues par l’armée russe s’est criminalisée et ensauvagée à un point de non retour, causant l’effondrement de la société civile. C’est ce vicieux chaos que nous offre à voir Loznitsa en une succession de tableaux excentriques et absurdes, inspirés de faits réels, qui clouent au pilori les factions séparatistes et la logique mafieuse qui les commande.
Le résultat est pénible. Humanité difforme et grimaçante, coups tordus, extorsions et bastonnades, sadisme décomplexé, pétage de plomb à chaque plan, pompiérisme de l’abjection. Par ailleurs, rien ne permet de comprendre pourquoi ni comment on en est arrivé là. Loznitsa voudrait nous édifier, il nous accable.

Film ukrainien de Sergei Loznitsa. Avec Boris Kamorzin, Valeriu Andriuta, Tamara Yatsenko (2 h 01). Sur le Web : distrib.pyramidefilms.com/pyramide-distribution-catalogue/donbass.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ En 1964, l’Italien Mario Bava ouvrait la voie à un nouveau type de thriller avec ce film aujourd’hui réédité.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤                     
                                                

DVD : « Six femmes pour l’assassin », des meurtres couleur rouge sang

En 1964, l’Italien Mario Bava ouvrait la voie à un nouveau type de thriller avec ce film aujourd’hui réédité.



LE MONDE
 |    26.09.2018 à 07h42
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                            Jean-François Rauger








                        



   


Six femmes pour l’assassin fut longtemps une sorte d’Arlésienne de l’édition DVD française. Déjà sorti dans plusieurs autres pays, il était particulièrement attendu par ceux qui en ont fait un film-culte, à défaut d’une expression plus appropriée et moins passe-partout. Cette lacune, Studio Canal vient de la combler en proposant un DVD Blu-ray dans le cadre d’une nouvelle collection, « Make My Day ! », dirigée par le critique de cinéma Jean-Baptiste Thoret.
On peut dire que le film de Mario Bava présente la paradoxale qualité de s’inscrire dans un mouvement historique du cinéma, ouvrant la voie d’un devenir de la production transalpine, tout en irradiant de la qualité singulière d’un chef-d’œuvre qui ne saurait être réduit à aucune catégorie sinon celle de la vision farouche d’un artiste solitaire ne parvenant à s’exprimer qu’au cœur d’un système artisanal. Celui de ce cinéma populaire et post-hollywoodien composé des thrillers et bandes d’épouvante produits en Italie au début des années 1960.
Ancien directeur de la photographie, génial bricoleur d’effets spéciaux, Bava réalise le film en 1964, après avoir rendu pos­sible l’existence d’un cinéma ­gothique italien grâce au succès du Masque du démon, en 1960, et, surtout, du Corps et le fouet, rêverie nécrophile et sadomasochiste réalisée en 1963. Production franco-germano-italienne, Six femmes pour l’assassin s’inspire, à première vue, pour ce goût des meurtres violents et des atmosphères macabres, tout autant du Psychose, d’Alfred Hitchcock que des pataudes bandes poli­cières d’outre-Rhin de l’époque, les fameux Krimis, qui rencontraient un certain succès dans les salles de quartier.
Rituel morbide
Le cinéaste va pourtant s’émanciper de cette généalogie par plusieurs moyens. D’abord un usage de la couleur particulier, volontiers irréaliste et envoûtant, qui donne à celle-ci un rôle central, structurant. Bava inverse avec génie la proposition de Godard qui, parlant de la violence dans Week-end, avait dit : « Ce n’est pas du sang, c’est du rouge. » Dans le film de Bava, le rouge est véritablement du sang, celui de l’œuvre elle-même et de l’univers qu’elle engendre sous nos yeux. Le rouge y est le sang d’une image devenue matière vivante, entité organique soumise à la corruption et au pourrissement. Une des nombreuses victimes de l’assassin sans visage est, exemplairement, égorgée au rasoir dans une baignoire, le sang envahit le plan, brouillant l’eau et effaçant un visage aux yeux écarquillés de stupeur.
Six jeunes femmes, toutes liées à une maison de couture romaine, sont cruellement assassinées par un mystérieux tueur. L’enquête policière met à nu la turpitude de tout un petit monde qui gravitait autour de l’endroit, sans parvenir à démasquer le meurtrier. Un journal intime semble être au cœur du mystère. En insistant davantage sur la mise en scène des meurtres, le film de Bava allait ouvrir la voie à un type particulier de thriller (le fameux giallo) qui allait véritablement éclore quelques années plus tard.
Le film fut le précoce précurseur d’un genre tout entier concentré sur une mise en scène de la peur
D’une certaine façon, le film fut le précoce précurseur d’un genre tout entier concentré sur une mise en scène de la peur. Le récit débute par un générique mêlant les protagonistes du film aux mannequins d’osier et de plastiques meublant leur univers. La silhouette humaine y est vouée à un devenir inanimé, et les poupées menacent de prendre vie comme dans un conte d’Hoffmann. Les six femmes assassinées sont soumises à la brutalité d’une pure et abstraite puissance de mort, renvoyant méthodiquement chacune d’entre elles au néant.
Six femmes pour l’assassin ne se distingue pas seulement par une brutalité inhabituelle en son temps, par l’attention toute particulière portée aux meurtres violents (strangulation, égorgement, défiguration par brûlure) et à leur rituel morbide (tueur masqué vêtu de noir, assassinat à l’aide d’une arme médiévale ou à l’arme blanche), au détriment de l’enquête policière et d’une causalité réductible à la seule avidité ­humaine. Il déploie le motif ­hitchcockien du corpse disposal (disposer d’un cadavre) qu’il transforme en forme centrale, en dispositif pur. Les corps sans vie sont traînés, tirés, cachés, déplacés par le meurtrier qui s’active dans une sinistre manutention macabre. L’humain est renvoyé à sa stricte condition d’objet, à son destin.

Film italien de Mario Bava (1964). Avec Cameron Mitchell, Eva Bartok, Thomas Reiner (1 h 28). 1 DVD/Blu-ray Studio Canal, ­ coll. « Make My Day ! ». Sur le Web : www.lacinetek.com/fr/tous-les-films/3577-6-femmes-pour-l-assassin-vod.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Chaque mercredi dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
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Article sélectionné dans La Matinale du 25/09/2018
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La Révolution, une idylle interdite, un combat altruiste et un loseur sans gêne : une semaine au cinéma

Chaque mercredi dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



LE MONDE
 |    26.09.2018 à 06h25
 • Mis à jour le
26.09.2018 à 07h59
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALEUne sélection très éclectique cette semaine, avec un loseur capitaliste chez Emmaüs, une idylle entre deux jeunes femmes au Kenya sur fond de censure, la lutte de Cédric Herrou en faveur des migrants dans l’arrière-pays niçois et les fracas de la Révolution française.
« Un peuple et son roi » : redonner sens à la Révolution

L’ambition de Pierre Schoeller – sans doute la plus haute et la plus folle qu’ait connue le cinéma français ces dernières années – est de redonner vie et sens à la Révolution, de mettre en scène la mort d’un monde et la naissance d’un autre, ce qui est advenu en France entre le 9 avril 1789, jeudi saint, un mois avant la réunion des Etats généraux, et le 21 janvier 1793, date de l’exécution de Louis XVI – du jour où le roi lava pour la dernière fois les pieds des enfants pauvres de Paris (c’est la première séquence du film) à celui de sa décapitation.
En deux heures (c’est bien peu), le réalisateur de L’Exercice de l’Etat (2011) concentre les images, les discours, les figures et les conflits avec une acuité intellectuelle et une énergie qui emportent tout, même la gaucherie de certains tours du récit.
Allant et venant des galetas du faubourg Saint-Antoine à Versailles, des Tuileries ensanglantées à la salle du Manège de l’Assemblée nationale, Un peuple et son roi précipite les éléments de la France de 1789 dans le creuset de la révolution et analyse l’alliage nouveau qui en sort. Autant qu’un spectacle guidé par un souci de fidélité aux sources, le film de Schoeller est un essai voué à réveiller la réflexion sur l’idée de révolution, sur son actualité. Thomas Sotinel
« Un peuple et son roi », film français de Pierre Schoeller. Avec Adèle Haenel, Olivier Gourmet, Noémie Lvovsky, Gaspard Ulliel, Céline Sallette, Louis Garrel, Laurent Lafitte (2 h 01).
« I Feel Good » : du capitalisme comme pur délire mental

Rebut, rébus, ubu : tels sont les maîtres mots d’I Feel Good, film puzzle tourné dans le temple du recyclage, chez Emmaüs, avec la folie douce qui caractérise les réalisateurs Benoît Delépine et Gustave Kervern. Film après film, le tandem chronique la fragilité sociale d’individus dont les vies sont malmenées par le capitalisme.
Dans I Feel Good, leur huitième long-métrage, le stade ultime de la désintégration approche : ne cherchez plus les salariés ou l’entreprise, il n’y en a plus. Monique (Yolande Moreau) dirige un Centre Emmaüs, où fait irruption Jacques (Jean Dujardin), frère de Monique, un loseur sans gêne qui débarque un beau matin et va dérégler la vie des compagnons.
Aux antipodes de sa sœur, qui a gardé la foi communiste de ses parents, et de cette communauté qui œuvre à la décroissance, Jacques le bellâtre assume son obsession : devenir riche, très riche. Il propose pour ce faire aux compagnons des chirugies esthétiques low cost en Roumanie… Clarisse Fabre
« I Feel Good », film français de Benoît Delépine et Gustave Kervern. Avec Jean Dujardin, Yolande Moreau, Jo Dahan (1 h 43).
« Rafiki » : des affinités particulières entre filles au Kenya

L’interdiction totale de Rafiki par la commission de censure kényane est un prix, dans les deux sens du terme. Le tarif insupportable imposé par les institutions (qui ont finalement autorisé une diffusion locale pendant une semaine afin de permettre au film de concourir aux Oscars) à la cinéaste Wanuri Kahiu pour avoir osé mettre en scène une idylle adolescente entre deux jeunes femmes.
Une distinction aussi qui montre que Rafiki n’est pas seulement – comme certains l’écrivaient au moment de la présentation du film à Cannes dans la section Un certain regard – un produit destiné au circuit des festivals, mais aussi une œuvre insupportable pour les tenants de l’ordre établi, qui, si elle était vue par celles et ceux à qui elle est destinée, pourrait infléchir le débat.
La violence pesante de la réaction était prévisible. Elle est aussi incongrue. Rafiki (qui n’est qu’incidemment le nom du mandrill dans Le Roi Lion mais veut avant tout dire « ami/e » en swahili), n’a rien de pesant. Sa vivacité, sa légèreté opèrent comme un antidote à l’intolérance dont sont victimes ses personnages. T. S.
« Rafiki », film kényan et français de Wanuri Kahiu. Avec Samantha Mugatsia, Sheila Muniyiva, Jimmy Gathu (1 h 27).
« Libre » : « embedded » chez les citoyens du monde

Applaudi au Festival de Cannes le 17 mai alors qu’il montait les marches en compagnie de migrants, enfariné par des militants d’extrême droite le 17 septembre au cinéma Le Navire à Valence au cours d’une avant-première du film. Ainsi va le destin contrasté de l’agriculteur Cédric Herrou, dont l’action est au cœur de Libre, un documentaire signé Michel Toesca.
Ce dernier a filmé deux années durant cette lutte quotidienne menée dans l’arrière-pays niçois, altruiste et triviale à la fois, paradoxale aussi, pour cette raison que ses acteurs enfreignent parfois la loi pour mieux rappeler que l’Etat l’enfreint le premier en refoulant les candidats à l’asile qui se présentent sur son territoire et, pire encore, en faisant de la solidarité à leur endroit un délit.
La simplicité du film fait donc sa force. On en connaît l’alphabet. Disponibilité et connivence avec le milieu filmé. Absence d’équipe. Débrouille. Tournage à l’épaule avec une caméra périmée. En cela aussi, le film est en cohérence avec l’objet filmé. Les gens qu’il nous montre ne sont pas animés par un projet politique d’envergure. Ils tiennent, comme saint Augustin, qu’une loi injuste n’est pas une loi. Jacques Mandelbaum
« Libre », documentaire français de Michel Toesca (1 h 40).

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 26 septembre)
I Feel Good, film français de Benoît Delépine et Gustave Kervern (à ne pas manquer)Un peuple et son roi, film français de Pierre Schoeller (à ne pas manquer)Libre, documentaire français de Michel Toesca (à voir)Rafiki, film français et kényan de Wanuri Kahiu (à voir)Le vent tourne, film belge, français et suisse de Bettina Oberli (à voir)Bergman, une année dans une vie, documentaire suédois de Jane Magnusson (pourquoi pas)L’Ombre d’Emily, film américain de Paul Feig (pourquoi pas)La Prophétie de l’horloge, film américain d’Eli Roth (pourquoi pas)The Little Stranger, film britannique de Lenny Abrahamson (pourquoi pas)Donbass, film ukrainien de Sergei Loznitsa (on peut éviter)Hostile, film français de Mathieu Turi (on peut éviter)
A l’affiche également :
Journal d’un disparu, film français d’Emmanuel Ostrovski et Jospeh Rottner





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Finalisé en 2015, « Avant l’aurore », qui raconte la rencontre au Cambodge d’un prostitué et d’une petite fille, a été produit en marge du système classique de financement des films.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤                
                                    

Nathan Nicholovitch, réalisateur franc-tireur


                      Finalisé en 2015, « Avant l’aurore », qui raconte la rencontre au Cambodge d’un prostitué et d’une petite fille, a été produit en marge du système classique de financement des films.



LE MONDE
 |    25.09.2018 à 11h53
 • Mis à jour le
26.09.2018 à 10h30
    |

                            Maroussia Dubreuil








   


En 2013, Nathan Nicholovitch part au Cambodge pendant un an où il réalise Avant l’aurore. Le film dresse le portrait au jour le jour d’un pays à vif, hanté par les crimes des Khmers rouges, à travers la rencontre salvatrice de Mirinda, un Français, prostitué et travesti, et Panna, une fillette livrée à elle-même, qui fait « boum boum pour cinq dollars ».
Entouré d’une petite équipe d’acteurs et de techniciens, Nathan s’endette. « Je n’ai pas attendu deux ans, avec mon scénario sous le bras, que des aides financières tombent pour tourner, avoue-t-il. Comme pour mon premier long-métrage, Casa Nostra, en 2012, le désir m’a embarqué et j’y suis allé ! Mais c’est une manière de faire qui se paie cher. Car les films sont ensuite plus difficiles à sortir. »
Cinéaste autodidacte
Produit en marge du système classique de financement des films français – qui dépend du CNC (Centre national du cinéma) puis de l’accord d’une télévision privée ou publique –, Avant l’aurore, présenté à l’ACID (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion) sous le titre De l’ombre il y a lors du Festival de Cannes en 2015, est finalement sorti en salle le 19 septembre.

   


Cinéaste autodidacte et franc-tireur, Nathan Nicholovitch, né en 1976, a découvert les salles obscures sur le tard, à 18 ans. Jusque-là son monde s’était résumé à quatre rues d’une cité de Villeurbanne, dans la périphérie lyonnaise. Entre sa mère, sa grand-mère, sa tante et son collège. « J’étais un mauvais élève, j’ai redoublé, je me suis fait virer. Je voulais arrêter les études pour aller travailler très vite », raconte-t-il. Mais sa tante, qui a repéré ses dessins, l’inscrit au lycée La Martinière, en plein cœur de Lyon, où il passe un bac technique, spécialité « dessinateur-maquettiste ». « Là, mon horizon s’est agrandi, sourit-il. J’ai découvert la peinture et des copains m’ont emmené au cinéma. Quand j’ai vu Rome, ville ouverte de Roberto Rossellini, j’ai eu enfin le sentiment que quelqu’un me parlait. » Il devient un habitué du Cinéma Opéra et de l’Institut Lumière et achète une caméra 8 mm pour filmer ses camarades.
« J’avais préparé le film au millimètre près. J’avais toute l’artillerie : le story-board, une caméra 35 mm, des grues. Mais je me suis rendu compte que je ne savais pas parler aux acteurs. »
À 25 ans, après avoir impressionné des centaines de mètres de pellicule sans autre but que s’entraîner à filmer, il crée à Paris l’association Les films aux dos tournés « pour donner une légitimité » à sa passion et fabriquer des courts-métrages avec des amis autodidactes. « On se retrouvait le matin, le soir, la nuit, n’importe quand, et on a mis les mains dans le cambouis », formule-t-il. Alors qu’il ne jure que par le cadre et la composition des plans, Nathan crée au sein du collectif un atelier d’acteurs, en s’inspirant des méthodes de jeu du dramaturge suédois August Strindberg, de la professeure d’art dramatique américaine Stella Adler, du metteur en scène brésilien Augusto Boal ou encore de Patrice Chéreau. « Je devais trouver ma façon de regarder les acteurs », confie-t-il. Une quête qui lui parut essentielle après son premier court-métrage.
Le corps noueux de David D’Ingeo
« J’avais préparé le film au millimètre près. J’avais toute l’artillerie : le story-board, une caméra 35 mm, des grues. Mais je me suis rendu compte que je ne savais pas parler aux acteurs, explique-t-il. J’étais incapable de me libérer de mon découpage et, sur le plateau, les comédiens se sont retrouvés face au mur. »

        Lire aussi :
         

                Quand le corps de David d’Ingeo fait « boum boum »



Depuis, Nicholovitch place les acteurs au centre de son travail. Sur le tournage d’Avant l’aurore, il prend le temps de saisir le corps noueux de l’acteur David D’Ingéo (vu notamment chez Dario Argento dans Le Fantôme de l’opéra en 1998), capte ses sursauts ou son flegme, se heurte à son visage anguleux, rebondit sur ses lèvres botoxées, et surtout filme sa manière d’écouter le Phnom Penh déchaîné qui l’entoure. « Le Cambodge est un terrain de cinéma. Tu te mets à un endroit : la vie ne s’arrête pas, elle s’engouffre dans la caméra. On sent une pulsion énorme. Et, à côté, un drame éclate. »
« Avant l’aurore », de Nathan Nicholovitch, sorti le 19 septembre.



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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Après plusieurs interdictions, treize réalisateurs et trois producteurs ont publié une tribune dans le quotidien « El Watan » pour rappeler l’état de la liberté d’expression.
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Compte rendu

Des cinéastes algériens dénoncent la « censure »

Après plusieurs interdictions, treize réalisateurs et trois producteurs ont publié une tribune dans le quotidien « El Watan » pour rappeler l’état de la liberté d’expression.


LE MONDE
              datetime="2018-09-25T11:09:18+02:00"

        Le 25.09.2018 à 11h09






    
Le cinéma El-Mougar, à Alger, en septembre 2012.
Crédits : FAROUK BATICHE / AFP


Un groupe de seize professionnels algériens du cinéma a dénoncé lundi 24 septembre, dans une tribune publiée dans le quotidien francophone El Watan, la « censure » exercée en Algérie et « les limites à la liberté d’expression », après la récente interdiction de diffusion de plusieurs films dans le pays.
Début septembre, le ministère des Moudjahidine (anciens combattants) a exigé des « modifications » pour autoriser la sortie en salles d’un film sur Larbi Ben M’hidi, héros de la guerre d’indépendance algérienne, en invoquant la loi qui soumet à l’autorisation préalable du gouvernement « les films relatifs à la guerre de libération nationale ».
« Etroites limites »
Quelques jours plus tard, le ministère de la culture n’avait pas autorisé la projection, en clôture du festival des Rencontres cinématographiques de Béjaïa (RCB), du documentaire Fragments de rêves de la réalisatrice algérienne Bahia Bencheikh El Fegoun, qui donne la parole à des figures des mouvements sociaux en Algérie depuis 2011.
Ces interdictions, et de précédentes ces dernières années, « nous rappellent la précarité de notre profession et les étroites limites fixées à la liberté de création et d’expression dans notre pays », expliquent les treize cinéastes et les trois producteurs dans leur tribune. Parmi les signataires figurent notamment, outre Bahia Bencheikh El Fegoun, Abdelkrim Bahloul dont deux films furent projetés à Cannes et à Venise, et Karim Moussaoui, dont le récent En attendant les hirondelles a été sélectionné dans une section parallèle à Cannes.

        Lire aussi :
         

                En Algérie, le mauvais film de la censure politique



On y retrouve également Fayçal Hammoum, dont le documentaire Vote off, portrait d’abstentionnistes en Algérie, n’avait pu être diffusé au RCB en 2016, ou le documentariste Malek Bensmaïl, dont le film Contre-pouvoirs consacré au travail d’El Watan durant la présidentielle de 2014, n’a pas eu de visa d’exploitation en Algérie.
Ces interdictions privent le « public algérien d’œuvres l’interpellant, lui redonnant son image, l’image de sa société, de son passé et de son présent, avec des regards critiques et diversifiés, alimentant (…) la réflexion et le débat démocratique et contradictoire dans notre pays », rappellent les signataires. « Les dirigeants politiques à l’origine de cette censure ou validant la bêtise de ceux qui la pratiquent décrédibilisent la production cinématographique et culturelle algérienne aux yeux de son public et du citoyen », poursuivent-ils.
Commission « opaque »
Contacté par l’AFP, le ministère de la culture n’a pas réagi officiellement. « Composée notamment de réalisateurs et de producteurs », la commission chargée d’octroyer les visas aux films, « travaille dans la transparence », a toutefois assuré un fonctionnaire du ministère sous couvert d’anonymat. « Les cinéastes sont informés des raisons » en cas de refus, a-t-il ajouté, citant parmi les motifs possibles le « non-respect des valeurs du pays », « l’atteinte aux symboles de la nation », « l’incitation à la violence ou à la haine entre communautés ».

        Lire aussi :
         

                Les stars d’Hollywood à la rescousse des cinémas d’Alger



Le refus d’autoriser la projection de Vote off n’a jamais été communiqué aux organisateurs des RCB, affirme son réalisateur Yacine Bouaziz à l’AFP : « Ce film n’était pas contre le système (…), mais quelqu’un a probablement dit “non” sans voir le film, juste parce qu’il évoquait les élections présidentielles et les jeunes. » Laila Aoudj, directrice artistique des RCB, avait dénoncé en septembre « l’opacité » de cette commission, assurant que le refus de projeter Fragments de rêves n’a pas été motivé.


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Les réalisateurs Benoît Delépine et Gustave Kervern ont tourné un film puzzle dans le temple du recyclage.
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« I Feel Good » : l’absurde au pouvoir chez Emmaüs

Les réalisateurs Benoît Delépine et Gustave Kervern ont tourné un film puzzle dans le temple du recyclage.



LE MONDE
 |    25.09.2018 à 07h57
 • Mis à jour le
26.09.2018 à 08h07
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            Clarisse Fabre








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Rebut, rébus, Ubu : tels sont les maîtres mots d’I Feel Good, film puzzle tourné dans le temple du recyclage, chez Emmaüs, avec la folie douce qui caractérise les réalisateurs Benoît Delépine et Gustave Kervern. Film après film, le tandem chronique la fragilité sociale d’individus dont les vies sont malmenées par le capitalisme. Dans I Feel Good, leur huitième long-métrage, le stade ultime de la désintégration ­approche : ne cherchez plus les salariés ou l’entreprise, il n’y en a plus. On ne trouvera pas, comme dans les films précédents, d’ouvrière partant en guerre contre le directeur d’usine – Yolande Moreau dans Louise-Michel (2008) –, ni de retraité sonné auquel il manque des trimestres – Gérard Depardieu dans Mammuth (2010) –, ni d’employé qui pète les plombs – Michel Houellebecq dans Near Death Experience (2014). Ici, il y a juste un collectif autogéré de rescapés qui préfèrent vivre en marge et compter sur les autres plutôt que de compter ses sous.

        Lire la rencontre :
         

          Jean Dujardin, champion de l’imbécillité heureuse



C’est dans le village Emmaüs aux couleurs acidulées de Lescar-Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques, que les réalisateurs ont choisi d’installer leur intrigue, au milieu de quelques « vrais » compagnons – et d’autres qui n’en sont pas, tel Jo Dahan, ancien bassiste de la Mano Negra, qui ­incarne un menuisier. Monique (Yolande Moreau), tout en cheveux rastas platine, joue la chef de la communauté – à la place du véritable directeur, Jean Sahry. Dans ce cadre documentaire, les cinéastes injectent un drôle de produit, dont les effets secondaires pourraient être une sensation désagréable de démangeaison, suivie d’une anesthésie : cet étrange poison est l’irruption de Jacques (Jean Dujardin), frère de Monique, un loseur sans gêne qui débarque un beau matin et va dérégler la vie des compagnons. Aux antipodes de sa sœur, qui a gardé la foi communiste de ses parents, et de cette communauté, qui œuvre à la décroissance, Jacques le bellâtre assume son obsession : devenir riche, très riche.
Les réalisateurs n’ont pas besoin d’appuyer sur le bouton de l’air du temps macronien, tout le monde a compris : on ne sait plus ce que veut dire être de gauche…
Panique chez Emmaüs ? Logiquement, la greffe ne devrait pas prendre. Mais frère Jacques « endort » les compagnons et leur vend son idée : rendre « les petites gens beaux », comme il dit, grâce à une chirurgie esthétique à bas prix, pratiquée en Bulgarie. Il faut voir Jean Dujardin dans son manteau de fourrure élimé, pioché dans un bac d’Emmaüs, plisser les yeux avec un faux air de ­Depardieu jeune. « T’as un gros potentiel de séduction, hein ? Ça te dirait de sortir de ta chrysalide ? », propose-t-il, roublard, au compagnon éberlué.
A ce stade du film, où l’invraisemblable semble se produire, soit le spectateur reste en retrait, soit il décide de mordre et bascule dans l’absurde. De toute façon, plus rien n’a de sens ! Les réalisateurs n’ont pas besoin d’appuyer sur le bouton de l’air du temps macronien, tout le monde a compris : on ne sait plus ce que veut dire être de gauche… Alors, des « alters » qui se font lifter, pourquoi pas ?
Clin d’œil poétique
Le scénario réserve d’ailleurs, par la suite, de subtiles et hilarantes surprises. Kervern et Delépine soignent le détail, le clin d’œil poétique. Les spectateurs attentifs découvriront quelques perles – un indice, la scène charnière où Jacques retrouve un copain d’enfance. Le film distille sa petite musique jusque dans le hublot des machines que réparent les compagnons. La gestuelle de ­Dujardin invente l’invisible, un téléphone imaginaire à l’oreille, un service bar en « avion »…
Qui, en fin de compte, est le « minus » – le mot apparaît furtivement dans un reflet de vitre ? Celui qui se contente de peu ou ­celui qui rêve grand mais rate tous ses plans ? Jacques a sa réponse au début du film. Ensuite, c’est une autre histoire. Un nouveau chapitre s’ouvre quand les « compagnons » foulent le sol de la Roumanie, direction la clinique. « This way ! », clame le pathétique charlatan. Tout le monde perd pied, pied-à-terre, terminus.

Film français de Benoît Delépine et Gustave Kervern. Avec Jean Dujardin, Yolande Moreau, Jo Dahan (1 h 43). Sur le Web : www.advitamdistribution.com/films/i-feel-good

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 26 septembre)
I Feel Good, film français de Benoît Delépine et Gustave Kervern (à ne pas manquer)Un peuple et son roi, film français de Pierre Schoeller (à ne pas manquer)Libre, documentaire français de Michel Toesca (à voir)Rafiki, film français et kényan de Wanuri Kahiu (à voir)Le vent tourne, film belge, français et suisse de Bettina Oberli (à voir)Bergman, une année dans une vie, documentaire suédois de Jane Magnusson (pourquoi pas)L’Ombre d’Emily, film américain de Paul Feig (pourquoi pas)La Prophétie de l’horloge, film américain d’Eli Roth (pourquoi pas)The Little Stranger, film britannique de Lenny Abrahamson (pourquoi pas)Donbass, film ukrainien de Sergei Loznitsa (on peut éviter)Hostile, film français de Mathieu Turi (on peut éviter)
A l’affiche également :
Journal d’un disparu, film français d’Emmanuel Ostrovski et Jospeh Rottner





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ L’acteur, qui incarne un loseur dans « I Feel Good », a su donner vie à des personnages crétins et attendrissants.
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Jean Dujardin, champion de l’imbécillité heureuse

L’acteur, qui incarne un loseur dans « I Feel Good », a su donner vie à des personnages crétins et attendrissants.



LE MONDE
 |    25.09.2018 à 03h14
 • Mis à jour le
26.09.2018 à 15h59
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Peu d’acteurs peuvent se targuer d’accaparer un mot du vocabulaire usuel. C’est – après Arletty (« atmosphère ») et Christian Clavier (« o-kaaay ») – le cas du « cassé » de Jean Dujardin, tel que son personnage Brice de Nice le profère, sourire béat et bras tendu dans un mouvement de diagonale. Cette emprise sur la langue, qui a ravagé les cours de récréation de France et de Navarre, est le signe d’une puissance rare, qui conduit les locuteurs à infléchir, par jeu et par amour pour le personnage qui invente la dissonance, ce bien commun par excellence qu’est la langue vernaculaire.

Voilà qui situe le rayonnement du maître parodiste Jean Dujardin. Et qui permet de mieux cerner son humour, mélange savamment dosé entre une silhouette travaillée et une inflexion linguistique qui souligne le solipsisme du personnage. Parmi les grands succès de l’acteur, on voit bien qu’entrent par excellence dans cette épure le surfeur Brice (dans Brice de Nice, en 2005 ; puis Brice 3, en 2016) et l’espion Hubert Bonisseur de la Bath, des deux – et bientôt trois – OSS 117, de Michel Hazanavicius (Le Caire. Nid d’espions, en 2006 ; Rio ne répond plus, en 2009). La série télé « Un gars, une fille », qui enclenche dès la fin des années 1990 une notoriété, est à l’évidence ailleurs. Comme le rôle d’acteur de The Artist (2011), à part dans sa filmographie, qui lui a rapporté le seul Oscar jamais décerné à un comédien français.
Les personnages de Brice et Hubert (« OSS 117 ») sont des crétins mythomanes, que leur bêtise rend attendrissants
Brice et Hubert – en ceci notamment que la part personnelle de l’acteur dans l’invention du personnage est prépondérante – vont comme un gant à Dujardin. Très différents en apparence – ici un surfeur post-ado qui attend la vague en Méditerranée, là un espion aristo défendant les intérêts de la IVe République –, les deux personnages ont des atomes extrêmement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Nouveaux écrans, technologies permettant une meilleure immersion du public... Les exploitants planchent sur les salles du futur.
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Laser, LED, air chaud... les révolutions à venir dans l’équipement des salles de cinéma

Nouveaux écrans, technologies permettant une meilleure immersion du public... Les exploitants planchent sur les salles du futur.



LE MONDE
 |    24.09.2018 à 11h44
 • Mis à jour le
24.09.2018 à 17h26
    |

            Nicole Vulser








                        



   


La lumière et l’écran. C’est à ces deux niveaux que se produiront les principaux bouleversements dans les salles de cinéma, explique Richard Patry, président de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF), alors que s’ouvre, lundi 24 septembre, le 73e Congrès des exploitants à Deauville (Calvados). « Depuis les années 1970, on utilise de grosses lampes au xénon [pour projeter les films], qui consomment beaucoup d’énergie », note M. Patry, lui-même exploitant de salles en Normandie. L’arrivée de la lumière laser dans les salles obscures, qui n’en est qu’à ses prémices, permettra d’augmenter la taille de l’écran.
Autre avantage : les lampes au xénon s’usent vite et doivent être changées après 1 000 à 3 000 heures d’utilisation. Les lumières laser, elles, devraient avoir une durée de vie beaucoup plus longue, de 10 à 15 ans, sans aucune dégradation de luminosité. Cela a un prix : jusqu’à 70 000 euros pour les lasers destinés aux plus grands écrans, contre 15 000 euros pour une lampe au xénon et sa lanterne aujourd’hui.

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                « Les Français sont les plus grands cinéphiles d’Europe »



Dans un contexte de fréquentation cinématographique déprimée cet été en France en raison de la concurrence du Mondial de football, la grand-messe annuelle des représentants des 2 046 cinémas hexagonaux doit permettre de présenter les nouveautés technologiques attendues dans le domaine des écrans.
Certains industriels comme Sony et Samsung travaillent à un abandon de la projection pour proposer un grand écran LED qui permettra d’obtenir, de façon uniforme, une extrême précision de l’image. Point positif, selon Richard Patry : permettre la modification de l’architecture des salles de cinéma de centre-ville afin de mieux rentabiliser ces espaces souvent très contraints. Comme il ne sera plus nécessaire de prendre en compte un faisceau lumineux qui passe deux mètres au-dessus de la tête des spectateurs, le volume permettant d’installer des fauteuils sera accru. Une telle technologie signera aussi de facto la fin des cabines de projection.
Tendance plus « verte »
M. Patry assure qu’avec l’écran LED, l’image « est meilleure qu’avec le bon vieux 35 mm. Puisque les contrastes sont plus forts, il y a moins d’influence de la lumière parasite et le spectre colorimétrique est poussé quasiment à l’infini ». Mais ces écrans demeurent très onéreux : de 200 000 à 300 000 euros pour les plus petits. Qui est disposé à payer une telle somme ? « Les seules technologies qui se sont imposées sont celles qui ont proposé des solutions financièrement abordables », rappelle le président de la FNCF. Il faudra donc attendre que les prix baissent. Le timing de tels sauts technologiques peut sembler pertinent : la totalité des salles est passée au tout-numérique depuis une quinzaine d’années en France. Elles doivent désormais songer à renouveler leur matériel.
Pour rendre leurs salles toujours plus high-tech, les grands exploitants continuent d’investir massivement, à l’image de Pathé, qui mise sur ScreenX et 4DX. Avec ces technologies, les fauteuils bougent pour accompagner l’action du film et le public reçoit des gouttes d’eau, de l’air chaud, du vent, du brouillard ou du parfum, ce qui donne à la séance de cinéma des airs de parc d’attractions. Plus de trente salles en sont équipées dans l’Hexagone, qui drainent un public d’adolescents très réceptifs.

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                Cinéma et sensations fortes : Pathé parie sur les innovations technologiques



Pour conquérir cette cible, un autre important exploitant français, CGR, a inauguré fin 2016 une vingtaine de salles ICE (Immersive Cinema Experience) avec des fauteuils clubs inclinables et des panneaux lumineux sur les côtés de la salle destinés à plonger le spectateur dans une ambiance singulière.
Une nouvelle tendance, plus « verte », émerge dans l’Hexagone. Les propriétaires de salles obscures commencent à réfléchir à l’adoption de démarches écoresponsables. Installation de panneaux solaires sur les toits, recyclage des déchets, vente de confiserie labellisée bio et même du lait issu de circuits courts pour la fabrication des glaces… Une préoccupation qui, jusqu’ici, n’intéressait personne dans le septième art.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Le groupe américain achète Sky pour 33 milliards d’euros, battant Disney et Rupert Murdoch aux enchères.
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Comcast s’offre le leader européen de la TV à péage

Le groupe américain achète Sky pour 33 milliards d’euros, battant Disney et Rupert Murdoch aux enchères.



LE MONDE
 |    24.09.2018 à 11h12
    |

            Eric Albert (Londres, correspondance)








                        



                                


                            

Une fois n’est pas coutume, Rupert Murdoch n’a pas remporté la mise. A 87 ans, le vieux baron des médias australo-américain s’est fait doubler samedi 22 septembre. L’américain Comcast, propriétaire de NBCUniversal, l’a battu dans sa bataille pour prendre le contrôle de Sky, la première télévision à péage d’Europe, l’achetant pour 30 milliards de livres sterling (33,4 milliards d’euros).

Le groupe américain des télécoms, qui est actuellement presque intégralement tourné vers les Etats-Unis, prend ainsi possession d’une pépite. Créé en 1989, Sky domine la télévision à péage au Royaume-Uni, en Italie et en Allemagne, avec 23 millions de clients. Lancé à ses débuts sur une offre basée sur le football et les films, comme Canal+ en France, le groupe a su ne pas se faire prendre à contre-pied par la révolution d’Internet. « En plus de ses programmes, il a créé une entreprise de télécoms, là où d’autres télévisions à péage ont été dépassées », note Alice Enders, d’Enders Analysis, une société de consultants. Aujourd’hui, outre sa traditionnelle télévision par satellite, Sky propose de l’Internet haut débit, du téléphone fixe et portable. Quant à ses contenus, ils peuvent désormais se regarder sur de multiples écrans, y compris les smartphones. Le groupe demeure très rentable, n’ayant pour l’instant guère souffert de la concurrence des Netflix et autres géants du Web : en 2017, il a dégagé un bénéfice net d’un milliard de livres.
Pour Comcast, cette acquisition est stratégique. Le groupe américain est avant tout une entreprise de télécoms, vendant aux Etats-Unis des connections Internet et de la téléphonie sous la marque Xfinity. Il est moins présent sur les contenus, même s’il possède désormais les studios de cinéma Universal (dont les parcs d’attraction) et les chaînes de télévision NBC, NBC News, CNBC… Ses 29 millions de clients se trouvent à 91 % aux Etats-Unis. Sky et Comcast sont donc très complémentaires.
Comme une série télé
Le...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ Dès 2019, un bonus financier sera expérimenté au bénéfice des films dont les équipes seront « exemplaires » en matière d’égalité.
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Article sélectionné dans La Matinale du 23/09/2018
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Un homme, une femme : bientôt la parité sur les plateaux de cinéma ?

Dès 2019, un bonus financier sera expérimenté au bénéfice des films dont les équipes seront « exemplaires » en matière d’égalité.



LE MONDE
 |    24.09.2018 à 06h42
 • Mis à jour le
25.09.2018 à 14h28
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

Qu’est-ce qu’un tournage paritaire ? En ­annonçant l’expérimentation, en 2019, d’un bonus de 15 % dans le cinéma pour les films dont les équipes seront « exemplaires » en matière d’égalité femmes-hommes, la ministre de la culture a lancé, jeudi 20 septembre, un vaste débat. Ce dispositif permettra de moduler à la hausse l’une des aides du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) – celle qui porte le nom de « soutien automatique » des producteurs, générée par les entrées en salle des précédents films produits, ainsi que par les diffusions à la télévision –, dès lors que les postes-clés dans une équipe de tournage et de postproduction seront tenus à parité par des femmes et des hommes.

Cette mesure, inédite dans le ­cinéma et dont les contours comme l’impact restent encore flous, est surtout politique et symbolique, près d’un an après l’affaire Weinstein, du nom du producteur accusé, en octobre 2017, de viols et d’agressions sexuelles par de nombreuses actrices et professionnelles du cinéma. Dans son discours, prononcé à l’issue des Assises de l’égalité femmes-hommes dans le cinéma, la ministre a déclaré vouloir « agir pour convertir le choc des consciences en choc des ­comportements. Agir pour passer de l’indignation à la révolution ».

Embaucher des femmes pour ­obtenir plus d’argent : la philosophie peut choquer. Mais la mesure est plus subversive qu’il n’y paraît : il s’agit en effet de conditionner l’accès aux fonds publics à des avancées concrètes sur le terrain de la parité. C’était l’une des propositions du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) dans son rapport, coréalisé par Anne Grumet et Stéphane Frimat, remis le 16 février à la ministre. Vendredi 21 septembre, le HCE s’est d’ailleurs réjoui de l’arrivée prochaine du bonus, qualifié d’« excellente nouvelle », tout en rappelant les inégalités actuelles : « Alors qu’elles représentent plus de la moitié (55 %) des...




                        

                        

