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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Dans « La Philosophie devenue folle », le philosophe et historien des sciences souligne les dérives de quelques penseurs anglo-saxons influents.
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Jean-François Braunstein contre les Docteurs Folamour de la philosophie

Dans « La Philosophie devenue folle », le philosophe et historien des sciences souligne les dérives de quelques penseurs anglo-saxons influents.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 10h24
    |

                            Elisabeth Roudinesco (Historienne et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Philosophie devenue folle. Le genre, l’animal, la mort, de Jean-François Braunstein, Grasset, 400 p., 20,90 €.

Disciple de Georges Canguilhem (1904-1995), philosophe et historien des sciences, professeur à la Sorbonne, Jean-François Braunstein s’en prend, dans La Philosophie devenue folle, ouvrage salutaire, fort bien documenté, aux dérives des penseurs du monde universitaire anglophone qui, au nom du progrès, de l’égalité ou de l’altruisme, prétendent abolir les frontières entre les sexes, entre les animaux et les hommes, entre la vie et la mort.

Il attaque les plus célèbres d’entre eux : Judith Butler, Peter Singer, John Money, Anne Fausto-Sterling, Donna Haraway… Très éloigné des réactionnaires, il ne condamne pas l’intérêt légitime que la société occidentale porte à l’identité, à la souffrance animale ou aux manières de mourir sans douleur. Mais c’est avec fureur et humour qu’il fustige ces professeurs de haut niveau, inventeurs de discours insensés. D’où une galerie de portraits sortis tout droit d’un roman de Kafka.
John Money, le genre sans le sexe
Braunstein retrace d’abord l’itinéraire de John Money (1921-2006), psychologue d’origine néo-zélandaise convaincu que le sexe anatomique n’aurait aucune incidence sur l’identité subjective. Seul comptait à ses yeux le rôle social : le genre sans le sexe. Il suffirait donc, selon lui, d’élever un garçon comme une fille et réciproquement pour que l’un et l’autre acquièrent une identité différente de leur anatomie.
En 1966, il croit trouver un cobaye pour valider sa thèse en la personne de David Reimer, âgé de 18 mois, dont le pénis a été brûlé lors d’une opération ratée, à la suite d’un phimosis. Sur les conseils de Money, ses parents autorisent une ablation des testicules. Ils lui donnent un prénom de fille et l’élèvent comme tel.
A l’adolescence, pourtant, David se sent homme. Il se fera opérer pour...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ « L’Ame désarmée », charge du philosophe (mort en 2002) contre le déclin culturel et best-seller surprise il y a trente ans, est réédité dans sa version intégrale.
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Allan Bloom, l’étincelant antimoderne

« L’Ame désarmée », charge du philosophe (mort en 2002) contre le déclin culturel et best-seller surprise il y a trente ans, est réédité dans sa version intégrale.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 10h45
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
L’Ame désarmée. Essai sur le déclin de la culture générale (The Closing of the American Mind), d’Allan Bloom, préface de Saul Bellow, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Paul Alexandre et Pascale Haas, Les Belles Lettres, 500 p., 19 €
Lorsque paraît aux Etats-Unis, en 1987, l’essai du philosophe et critique ­Allan Bloom (1930-1992) The Closing of the American Mind (« L’esprit américain cloisonné »), cet ouvrage en forme d’électrochoc va instantanément devenir un de ces livres butoirs qui marquent une époque et servent de source d’inspiration aux amateurs de crépuscule.
Allan Bloom y décrit le déclin inexorable des humanités, des sciences humaines et de la ­ « culture générale » dans les universités américaines. Il dénonce le cynisme désenchanté de ses étudiants soumis à un égalitarisme et un féminisme dévoyés, il exècre le remplacement de Socrate par Mick Jagger, de l’amour par le sexe, de la raison par la musique, de l’art par la culture et, surtout, du bien commun par le relativisme des valeurs. Le nietzschéisme d’une certaine gauche intellectuelle française incarnée par Foucault ou Derrida, à la veille d’investir les campus américains, le révolte. Elle aurait troqué un marxisme défait pour la fascination de la violence ou de l’engagement pour l’engagement.
Humour parfois amer
La charge est donnée dans un style excessif et étincelant, drôle quand le fer atteint les ridicules de l’élite académique. Cet humour parfois amer a évité de virer à la ritournelle antimoderne, à l’antienne (néo) conservatrice voire réactionnaire.
Phénoménal succès de librairie (plus de 1 million d’exemplaires vendus outre-Atlantique), il se voit traduit en français l’année même de sa publication, sous le titre quelque peu énigmatique de L’Ame désarmée (Julliard, 1987) et amputé du début de la troisième partie, qui était consacré à une longue lecture de Tocqueville et à une évocation...




                        

                        


<article-nb="2018/09/27/19-3">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ « Résistances à l’impôt, attachement à l’Etat », une enquête fouillée du sociologue Alexis Spire sur les Français et l’impôt, met en évidence un nouveau fossé entre classes populaires et moyennes/supérieures.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤                     
                                                   
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Contribuables qui pleurent, contribuables qui rient

« Résistances à l’impôt, attachement à l’Etat », une enquête fouillée du sociologue Alexis Spire sur les Français et l’impôt, met en évidence un nouveau fossé entre classes populaires et moyennes/supérieures.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 10h20
    |

                            Gilles Bastin (Sociologue et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Résistances à l’impôt, attachement à l’Etat. Enquête sur les contribuables français, d’Alexis Spire, Seuil, 294 p., 22 €.

Aucun sujet n’illustre aussi bien notre ambivalence face à l’Etat que celui de l’impôt. Il n’est pas inhabituel d’aimer les forces de l’ordre un jour et de les détester le lendemain, ou de chérir l’école républicaine en paroles et de la fuir quand l’occasion se présente… De nombreuses politiques publiques sont aujourd’hui au cœur de ce type de conflits intimes.
En revanche, l’impôt qui sert à les financer toutes suscite, comme le montre l’enquête très fouillée qu’a menée le sociologue Alexis Spire pour écrire Résistances à l’impôt, attachement à l’Etat, et déjà auteur, avec Nicolas Delalande, d’Histoire sociale de l’impôt (La Découverte, 2010), un rejet constant, dont il souligne le caractère paradoxal.
En effet, l’emprise publique sur le revenu des Français n’a cessé de s’étendre, sans heurt, après la seconde guerre mondiale, pour financer la protection sociale et les investissements publics. Pourtant, c’est depuis que cette emprise a commencé à régresser, à partir des années 1980, que nous assistons à un véritable carnaval fiscal.
L’impôt, désormais, est omniprésent dans les médias, qui focalisent l’attention du public sur sa partie la plus douloureuse pour beaucoup, mais pas la plus importante, l’impôt sur le revenu, ou mettent en lumière les pratiques frauduleuses et autres « phobies » fiscales des membres des élites économiques et politiques. Il descend parfois dans la rue comme lors du mouvement des « bonnets rouges » bretons de 2013, opposés à l’augmentation des taxes écologiques sur les véhicules de transport. Tant que l’Etat social se construisait en augmentant les impôts, il recueillait le consentement de ses citoyens ; depuis qu’il se retire au profit du marché, le ressentiment se généralise.
Aux guichets de l’administration
Pour...




                        

                        


<article-nb="2018/09/27/19-4">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ La chronique d’Alexandre Jollien, à propos des « Mains du miracle », de Joseph Kessel, lu par Michel Vuillermoz.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
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A l’oreille. Intelligence avec l’ennemi

La chronique d’Alexandre Jollien, à propos des « Mains du miracle », de Joseph Kessel, lu par Michel Vuillermoz.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h30
    |

                            Alexandre Jollien (Philosophe)








                        



                                


                            
Les Mains du miracle, de Joseph Kessel, lu par Michel Vuillermoz, Gallimard, « Ecoutez lire », 21,90 €.

Lire, prêter l’oreille, se laisser bercer par un texte, osons le néologisme licouter une œuvre, exige une sacrée ascèse quand l’esprit bat si facilement la campagne… Le défi, aride parfois, consiste à revenir comme en une méditation à la voix, à s’abandonner aux rythmes, à la musicalité des périodes sans perdre le fil. Et, alors, le charme opère, le miracle advient, ou non. Quand l’interprète devient passeur, alors il nous guide comme par la main dans un univers où nous débarquons avec une infinie reconnaissance, au cœur même du génie d’un écrivain. C’est assurément la prouesse qu’accomplit Michel Vuillermoz, sublime lecteur des Mains du miracle, de Joseph Kessel (Gallimard, 1960).
Quand on découvre ce récit stupéfiant, inouï, complètement invraisemblable, on ne peut s’empêcher d’aller vérifier si cette histoire trop belle pour être crue n’est pas comme l’Iliade, Don Quichotte ou Le Comte de Monte-Cristo, une fiction. Incroyable mais vrai ! Oui, le docteur Felix Kersten a existé pour de bon. Oui, de ses mains expertes il a palpé, pour le soulager de terribles crampes au ventre, le corps de Heinrich Himmler (1900-1945), l’impitoyable chef de la Gestapo, l’organisateur forcené de la solution finale, le suppôt d’Adolf ­Hitler. Véridique, aussi ! Ce médecin débonnaire aurait bien, grâce à une ingéniosité sans pareil, obtenu du diable en personne qu’il libère des milliers de détenus promis aux chambres à gaz, qu’il s’abstienne, dans un acte d’ultime folie, de dynamiter les camps de concentration… Cinq années durant, il se serait activé au chevet de Himmler, lui prodiguant massages, apportant une trêve, une détente physique et psychique à cet être à la cruauté systématique.
Quand le monstre cède
Ce héros, fin, malin, ce saint laïque, rusé, génial, confident...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos d’« Au jour du grand passage, que ferez-vous de votre corps ? », de Michel Hulin et Jean-Philippe de Tonnac.
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Figures libres. Et votre cadavre, on en fera quoi ?

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos d’« Au jour du grand passage, que ferez-vous de votre corps ? », de Michel Hulin et Jean-Philippe de Tonnac.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 10h17
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Au jour du grand passage, que ferez-vous de votre corps ?, de Michel Hulin et Jean-Philippe de Tonnac, Le Bois d’Orion, 270 p., 22 €.

Longtemps, pareille question ne fut même pas pensable. Le sort des dépouilles était fixé une fois pour toutes. Dans chaque société, les rites, mythes et croyances ne laissaient nulle place aux décisions individuelles. L’Egypte antique conservait du corps mort tout ce qui pouvait l’être. L’Inde, au contraire, le consumait entièrement.
Les monothéismes inhumaient les défunts dans l’attente d’une résurrection finale. En dépit de la diversité des systèmes religieux et des pratiques funéraires qui leur étaient liées, ce point central demeurait : tout était prévu, rien n’était à choisir. Voilà qui a changé.
Décisions personnelles
Car la mort, désormais, est « un sujet neuf ». En tout cas en France, et bien sûr en Europe, et même dans tout l’Occident. En peu de temps, la crémation est devenue un phénomène de masse. Les chiffres nationaux sont impressionnants : 0,44 % en 1974, 32 % en 2013, bien plus aujourd’hui puisque le phénomène ne cesse de croître. Dans les grandes villes françaises, il y a déjà plusieurs années que les « crématisés » sont plus nombreux que les « inhumés ».
Or il s’agit bien, à présent, de décisions personnelles. Mais sur quoi au juste sont-elles fondées ? Comment sont-elles motivées ? Ces interrogations fournissent la trame d’un beau dialogue entre deux personnalités attachantes, le philosophe et indianiste Michel Hulin et Jean-Philippe de Tonnac, journaliste et écrivain.
L’un veut être incinéré, l’autre inhumé. Chacun, en cherchant à formuler les raisons de sa préférence, expose des pans d’enfance, livre des émotions. Ce que fait voir à merveille ce long entretien sans fard, c’est d’abord combien ce choix engage les fragilités et forces les plus intimes.
Longtemps avant d’être un grand connaisseur des doctrines indiennes,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Quatre questions à l’auteur de « La Philosophie devenue folle ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
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Jean-François Braunstein : « Une incapacité à penser la limite »

Quatre questions à l’auteur de « La Philosophie devenue folle ».



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 09h09
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
L’auteur de La Philosophie devenue folle. Le genre, l’animal, la mort (Grasset, 400 p., 20,90 €) fait état de sa surprise à la lecture attentive des intellectuels qu’il pourfend dans son livre.
Pourquoi avoir choisi, parmi d’autres possibles, les trois domaines que vous traitez dans « La Philosophie devenue folle » ?
L’identité sexuelle, la différence avec l’animal, la question de la mort : nous nous posons tous ces questions. Je connaissais vaguement les théories qui ont émergé à leur égard mais, à force d’observer ces débats « sociétaux » où personne ne débat, parce que tout le monde est d’accord, j’ai eu envie d’aller voir de plus près. Cela a été une pêche miraculeuse, si je peux dire. Ce que j’ai trouvé était absurde, ou totalement ridicule, ou très violent. Ce sont des pensées qui relèvent, comme le dirait Canguilhem, d’une « brutalisation » de l’humanité.
Vous vous en tenez, pour l’essentiel, à des auteurs anglophones…
Le fournisseur est plus intéressant que l’importateur. J’ai préféré analyser la production des penseurs essentiels, souvent fondateurs de ces courants. Il y a en France des gens qui reprennent Peter Singer, Judith Butler ou Donna Haraway, mais ce n’est pas très créatif. Et, au passage, ils effacent souvent le pire – les histoires de zoophilie ou ce qui est dit sur l’euthanasie des handicapés. Ils prétendent que leurs adversaires ont exagéré. Or ces positions sont centrales et affirmées sans aucune gêne. Singer revient sans cesse, par exemple, sur la supériorité de certains animaux par rapport aux humains subissant un handicap mental.
Vous tendez à rassembler l’ensemble de ces courants sous une même bannière. Quels principes les réunissent ?
Ils ont notamment en commun une incapacité à penser l’altérité, la différence, la limite – la résistance du réel. Ils se réclament souvent de ­Michel Foucault [1926-1984], mais lui avait...




                        

                        


<article-nb="2018/09/27/19-7">
<filnamedate="20180927"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180927"><AAMMJJHH="2018092719">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Hiver 1968, Colorado. Chasse aux détenus en fuite dans un blizzard propice à la détresse. « Evasion », de Benjamin Whitmer, sombre et violent.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
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Roman noir. Des salopards par douzaines

Hiver 1968, Colorado. Chasse aux détenus en fuite dans un blizzard propice à la détresse. « Evasion », de Benjamin Whitmer, sombre et violent.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h15
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            
Evasion (Old Lonesome), de Benjamin Whitmer, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jacques Mailhos, préface de Pierre Lemaitre, Gallmeister, 416 p., 23,80 €.

Tant pis pour l’incongruité, on ne saurait le dire autrement : il y a, en peinture, l’« outrenoir » de Pierre Soulages et, en littérature, celui de Benjamin Whitmer, pareillement incisé d’éclats de lumière. Ici et là, une même palette monochrome aux riches nuances et un même refus de l’anecdote. L’effet produit par le noir whitmérien est d’une teinte moins spirituelle, plus tragique en ce sens qu’il résulte d’une fatalité dénuée d’espoir. Ce qui, sous la plume du romancier américain, se résume ainsi : « Ce monde n’est pas fait pour que vous vous en évadiez. Ce monde est fait pour tenir votre cœur captif le temps qu’il faut pour le broyer. » En guise de démonstration, rien de plus efficace qu’une détonation. Celles-ci pétaraderont dans Evasion, le troisième roman de l’écrivain.
Car en 1968, le Colorado, c’est toujours le Far West, c’est-à-dire une terre chaotique où, pour tout changement en deux siècles, les voitures ont remplacé les chevaux, et la marijuana, la culture du maïs. Les habitants occupent des bicoques insalubres. Ils bavent du jus de chique. Ils se saoulent au whiskey. Ils injurient les « négros » et les « hippies ». Malingres sont leurs enfants.
Empreintes dans la neige
Au soir du réveillon, douze détenus s’évadent de la prison d’Etat qui forme le centre névralgique d’Old Lonesome, bourgade cernée par les montagnes et le blizzard. La nouvelle se répand par radio, suivie d’annonces liées à la capture ou la mort des fugitifs qui se cachent, en attendant que le vent et la neige faiblissent. Partis pour un scoop, un rédacteur et un photographe de presse participent à la chasse à l’homme. Quelle que soit l’époque, le genre qui se prête le mieux à cette épure d’intrigue demeure le western, avec...




                        

                        


<article-nb="2018/09/27/19-8">
<filnamedate="20180927"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180927"><AAMMJJHH="2018092719">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ L’écrivaine syrienne Samar Yazbek évoque l’horreur de la guerre civile avec une saisissante lucidité dans son roman « La Marcheuse ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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La petite princesse de la Ghouta

L’écrivaine syrienne Samar Yazbek évoque l’horreur de la guerre civile avec une saisissante lucidité dans son roman « La Marcheuse ».



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h15
    |

                            Eglal Errera (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Marcheuse (Al-Machâ’a), de Samar Yazbek, traduit de l’arabe (Syrie) par Khaled Osman, Stock, « La cosmopolite », 304 p., 21 €.

Le malheur isole. Il rend invisible. Même lorsqu’il frappe aux yeux de tous, devant les médias du monde entier, comme c’est le cas, depuis 2011, pour la guerre civile en Syrie. Jusqu’où serons-nous affectés ? A quel moment l’émotion et la solidarité sont-elles remplacées par l’indifférence et l’oubli ? Ces questions sont au cœur du travail de l’écrivaine syrienne Samar Yazbek (née en 1970, à Lattaquié), à qui son opposition active au régime de Bachar Al-Assad a d’abord valu menaces et emprisonnement, avant de la contraindre à l’exil. Son précédent ouvrage, Les Portes du néant (Stock, 2016), retraçait les trois périlleux voyages clandestins qu’elle a effectués, en 2012 et 2013, dans les zones de combats les plus violents de son pays. Un témoignage d’une force d’évocation extrêmement puissante.
Parole et mouvements entravés
Aujourd’hui, Samar Yazbek va plus loin encore. S’aventurant jusqu’au plus intime, elle renoue avec le roman, sa vocation première (Un parfum de cannelle, Buchet-Chastel, 2013). Parmi l’ensemble des ouvrages qui nous parviennent de Syrie ou de la diaspora, elle fait entendre un timbre inédit, qui mêle l’absolu réalisme et le merveilleux. Rima, la narratrice de La Marcheuse, est muette. Elle n’entend le son de sa voix qu’en de très précises occasions : quand elle cantille le Coran, lit à voix haute Le Petit Prince, de Saint-Exupéry (1943), ou lorsqu’elle crie ou gémit parce qu’elle a mal ou peur. Elle est aussi affublée d’une étrange manie : elle ne peut s’empêcher de marcher : « Mon cerveau se trouve dans la partie inférieure de mon corps et je ne peux interrompre cette bougeotte agaçante de mes pieds. » Alors, depuis sa petite enfance, Rima vit, le poignet attaché à un meuble ou au bras de sa mère. Parole et mouvements...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Un viol et sa vengeance : c’est « Pêche », premier roman fiévreux de la Britannique Emma Glass.
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Emma Glass chante le corps meurtri

Un viol et sa vengeance : c’est « Pêche », premier roman fiévreux de la Britannique Emma Glass.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 14h55
    |

                            Maylis Besserie (Collaboratrice du "Monde des livres")








                        



                                


                            
Pêche (Peach), d’Emma Glass, traduit de l’anglais par Claro, Flammarion, 128 p., 14 €.

Le viol de Pêche est passé inaperçu. Papa, maman et les autres n’ont rien vu : ni la plaie qu’il a fallu recoudre soi-même, ni le ventre qui grossit comme la haine, ni la menace qui s’est installée comme un halo au-dessus d’elle. Si Pêche, emmêlée dans des « salades de mots », n’a rien pu dire, la vengeance, elle, a fait son nid dans les plis de sa chair douloureuse.
Pour ce premier roman, la Britannique Emma Glass puise dans la musique des mots les armes pour faire résonner ce qui est passé sous silence et en écrire la suite. Les violences sexuelles ont ici précédé l’intrigue. Que peut-il advenir après coup ? Dans le nouvel espace-temps du traumatisme jaillit un langage du corps, effroyable, que l’auteure convertit en poésie. Lorsqu’elle parle du corps souffrant, Emma Glass, infirmière de profession, sait de quoi il est question.
Le corps de Pêche est lieu de l’intrigue
« Poisse épaisse poisseuse empoissant la laine lourde engluée dans les plaies (…). » Les mots d’Emma Glass (traduits par Claro, feuilletoniste du « Monde des livres ») claquent comme le corps de son héroïne. Des impressions qui slament dans le tourbillon qui a envahi Pêche « après ». Son corps meurtri est devenu l’outil de mesure du monde. Tout n’est que sensations et odeurs. Un épiderme qui flaire, réagit. Le corps de Pêche est partout, dans chaque mot, chaque geste. Il est le lieu de l’intrigue. Son corps et celui des autres. Des corps comme des voiles, derrière lesquels se cache toujours le monstre qui rôde. « L’homme saucisse », viande indigeste qui la poursuit jusqu’au fond de son assiette. Une graisse qui colle à la peau de Pêche, s’insinue dans la pénombre et « réveille des ombres pareilles à des araignées ».
Emma Glass contourne l’analyse, elle exhibe un corps qui parle, et ses évocations...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Romans, récits, nouvelles, histoire, bande dessinée, fantasy, science-fiction, enfance, humour… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 28 août 2018.
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La rentrée littéraire en bref

Romans, récits, nouvelles, histoire, bande dessinée, fantasy, science-fiction, enfance, humour… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 28 août 2018.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 09h08
    |

                            François Angelier (Collaborateur du « Monde des livres »), 
Clément Martel, 
Frédéric Potet, 
                                Vincent Azoulay (Historien et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Pierre Karila-Cohen (Historien et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Pierre Deshusses (Collaborateur du « Monde des livres »), 
Raphaëlle Leyris, 
                                Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Macha Séry, 
                            Zoé Courtois (Collaboratrice du « Monde des livres ») et 
                            Eric Loret (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            Humour. Pur Choron
Vous me croirez si vous voulez. Mémoires de guerre et d’humour, du Professeur Choron, avec Jean-Marie Gourio, Wombat, « Les intempestifs », 300 p., 22 €.
Les souvenirs de Georges Bernier (1929-2005) – alias Professeur Choron depuis que, avec François Cavanna (1923-2014), il avait cofondé Hara-Kiri (1960) puis Charlie Hebdo (1970) –, ont été rassemblés par Jean-Marie Gourio, son fils spirituel. ­Celui-ci l’a enregistré soir après soir. Aussi ces Mémoires restituent-ils sa faconde joyeuse, son inventivité langagière, son énergie. Dans sa belle préface, Gourio qualifie Choron d’« ogre de douceur qui n’a pas peur de prendre des coups ». Et des coups, l’existence s’est chargée d’en asséner à ce fils d’un ­garde-champêtre : les galères d’une enfance prolétaire, les quatre ans passés en Indochine comme engagé volontaire, l’alcoolisme, la tuberculose, les interdictions administratives à répétition qui ont frappé la presse satirique… A cela, Choron opposa une « puissance de feu en liberté », une pugnacité sans pareil et un culte pétillant de l’amitié. M. S.
Fantasy. Syffe s’en va en guerre
La Peste et la Vigne. Le cycle de Syffe II, de Patrick K. Dewdney, Au diable vauvert, 608 p., 23 €.
Que faire lorsque la vie vous submerge avec la délicatesse d’un torrent en crue ? Courber l’échine et avancer. Voilà le sort de Syffe, orphelin au sang-mêlé aux prises avec un monde « retourné à l’envers ». Un postulat à l’origine de nombreux ouvrages de fantasy, mais le récit de Patrick K. Dewdney se distingue par son ampleur narrative.
Influencé par Tolkien et Robin Hobb – il a écrit un mémoire sur les littératures de l’imaginaire et la contre-culture du XXe siècle – l’Anglais installé en France délaisse la théorie pour la pratique avec son ambitieux Cycle de Syffe, dont il livre le deuxième volet après L’Enfant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Au Sénégal, en France, où qu’ils vivent, les protagonistes de « Je suis quelqu’un » se cherchent des origines – et se retrouvent. Un beau premier roman.
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Pour Aminata Aidara, tous les chemins mènent à Dakar

Au Sénégal, en France, où qu’ils vivent, les protagonistes de « Je suis quelqu’un » se cherchent des origines – et se retrouvent. Un beau premier roman.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h00
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Je suis quelqu’un, d’Aminata Aidara, Gallimard, « Continents noirs », 368 p., 21,50 €.

Intranquilles, les personnages de Je suis quelqu’un se déplacent d’un havre ou d’un pays à l’autre. Ils laissent des messages, envoient des lettres, consignent leurs réflexions dans un journal intime, ressassent leurs inquiétudes en marchant. A l’origine de cette agitation, il y a, entre autres, un secret de famille. Le pire de tous. Celui que l’on a toujours su et que l’on s’est efforcé de transformer ou d’enfouir. Mais dont la sourde menace pèse, sans relâche.
Il nous est révélé dès l’abord du roman, quand Estelle rencontre son père dans un café, à Paris. Il lui apprend l’existence et la mort du bébé que la mère de la jeune femme, Penda, a eu avec un autre, du temps où tous vivaient à Dakar. Et réveille ainsi des souvenirs. Au même instant, Penda balaye le sol d’un lycée de banlieue en songeant à ce qu’elle va écrire à Eric. L’amant inconstant, rencontré au Sénégal, la raison de son départ précipité pour Paris avec ses filles, onze ans plus tôt. Cet homme qui n’a, sans doute, jamais aimé que lui-même est le père de Jamal, qu’on lui a enlevé, dit-elle, une semaine après sa naissance. Puis, elle ouvre le coffre qui contient ce qui reste de son fils – il aurait 16 ans aujourd’hui.

Une langue flamboyante
« Le fils de l’Autre » est-il mort ou a-t-il disparu ? L’ouverture de l’admirable premier roman d’Aminata Aidara nous met sur la mauvaise piste. Tout comme l’arbre généalogique en première page, qui décrit une famille dispersée entre le Sénégal, la France et, dans une moindre mesure, l’Italie. Je suis quelqu’un n’est pas qu’un récit à énigme, encore moins une saga familiale. Le secret n’est qu’une manière de mettre en branle une réflexion sur la double identité et les multiples quêtes que l’on reçoit en héritage : la recherche des origines, d’un lieu où revenir, et d’un art...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Claro prend l’aérotrain avec Philippe Vasset, qui signe « Une vie en l’air ».
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Le feuilleton. Ligne intérieure

Claro prend l’aérotrain avec Philippe Vasset, qui signe « Une vie en l’air ».



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h00
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Une vie en l’air, de Philippe Vasset, Fayard, 192 p., 18 €.

Certains livres sont habités, pour ne pas dire hantés. Une forme instable s’y meut, en mal d’incarnation, ce peut être un ancêtre, un amour défunt, un enfant perdu. Un double de soi. Le livre leur tient lieu de cage, de berceau, se change en cage de Faraday, devient comme un dernier refuge avant la fin du monde. Un écrin vivant. Mais qu’en est-il lorsque ce spectre se révèle être ni plus ni moins qu’un habitat, un territoire, un lieu fantôme ? Nous avons tous, dissimulé dans nos mémoires, un lieu magique dont nous découvrons au fil des ans l’importance matricielle. Une maison de campagne, un arbre creux, un sous-sol où tout a commencé, où l’imagination s’est formée et enrichie à force de solitude. Un jardin secret, comme on dit, ou plutôt comme on ne dit pas, préférant souvent garder pour soi ce cagibi, cet antre, cette grotte, ce nid séminal. Bien sûr, vient le jour où l’illusion de cet éden vibre trop fort, aspire à devenir vecteur, exige de nous qu’on le visite de nouveau, qu’on y précipite d’autres intuitions, qu’on le réinvente avec des mots. Pour Philippe Vasset (auteur, notamment, de Journal intime d’une prédatrice ou de La Légende, Fayard, 2010, 2016) ce monde perdu est un « long trait de béton » auquel il consacre – c’est bien le mot – un livre fascinant intitulé Une vie en l’air.
Ce trait de béton, c’est celui construit pour le fameux aérotrain conçu par Jean Bertin (1917-1975) et abandonné par l’Etat en pleine Beauce – dix-huit kilomètres de rail à sept mètres de hauteur, un vestige des années 1970 auquel Vasset a consacré une bonne part de solitude et auquel il donne, comme on tend des peaux sur un squelette, de nombreux noms : structure, piste, banderole, barre, monument, rampe, chemin de ronde, piste d’envol, quai d’amarrage, carcasse, tapis volant, etc., chacun de ces noms s’efforçant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Une exposition de caricatures, à Paris, et un livre du sénateur Jean-Pierre Sueur, rappellent à quel point le grand écrivain reste présent.
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Caricaturé, moqué, récupéré ? Victor Hugo, indompté !

Une exposition de caricatures, à Paris, et un livre du sénateur Jean-Pierre Sueur, rappellent à quel point le grand écrivain reste présent.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h00
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            

On ne voit que lui : son front immensément dégagé. Jeune, Victor Hugo (1802-1885) était un condottiere macrocéphale portant ses cheveux noirs longs et en broussaille. « La plus forte tête romantique », ainsi que le qualifia Benjamin Roubaud au bas d’une de ses lithographies. En 1849, le génial Honoré Daumier le juche sur une pile de livres et ironise sur son esprit de sérieux : « On vient de lui poser une question grave, il se livre à des réflexions sombres – la réflexion sombre peut seule éclaircir la question grave ! – aussi est-il le plus sombre de tous les grands hommes graves ! »
Idole et icône du peuple
Au fil des décennies, Victor Hugo a muté physiquement, de même que politiquement. De retour d’exil, en 1870, avec barbe et crinière blanches, il s’impose en justicier de la Nation, en patriarche des Lettres et de la République. C’est un homme-lion abandonné sur un rivage désert, pour son ami et caricaturiste André Gill. Le voilà idole et icône du peuple.
Il possède toujours ce vaste front dont l’intéressé, ex-enfant rachitique, s’enorgueillissait, signe, pour lui, de supériorité intellectuelle ; il a fourni un trait essentiel aux dessinateurs de presse qui le croquèrent de son vivant. En témoigne l’exposition « Caricatures. Hugo à la “une” », qui se tient à la Maison de Victor Hugo (6, place des Vosges, Paris 4e, jusqu’au 6 janvier 2019). Elle invite à contempler 180 portraits, sévères ou bienveillants (parmi un fonds de plus de 300 œuvres) de 1830 aux funérailles du poète, en mai 1885, auxquelles assistèrent trois millions de personnes. Dans les représentations satiriques dont il fit l’objet, l’écrivain fut souvent fondu à ses œuvres : homme-cathédrale après Notre-Dame de Paris, grand succès populaire en 1831 ; homme-océan après Les Travailleurs de la mer, publié en 1866.
A l’extrême gauche
Après la bataille d’Hernani, l’arène politique. Victor Hugo a été abondamment moqué pour...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Que s’est-il passé vingt ans plus tôt lors d’un stage de théâtre pour enfants ? Que s’est-il passé qu’il est temps d’expier ?
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Cloé Korman devant l’enfant violentée

Que s’est-il passé vingt ans plus tôt lors d’un stage de théâtre pour enfants ? Que s’est-il passé qu’il est temps d’expier ?



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h00
    |

                            Bertrand Leclair (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Midi, de Cloé Korman, Seuil, 224 p., 18 €.
Après Les Hommes-couleurs et Les Saisons de Louveplaine (Seuil, 2010, 2013), Cloé Korman tente un troisième roman tout en contrastes, dévoilant peu à peu la tragédie qui s’est nouée à l’ombre d’une famille recomposée mais en pleine lumière : sous le soleil de Marseille exactement, durant l’été 2000. La narratrice, Claire, et son amie Manu, étudiantes parisiennes de 18 ans, y découvraient la liberté, embauchées deux semaines pour encadrer un stage de théâtre pour enfants. La parenthèse et la carte postale promettaient d’être d’autant plus joyeuses que le jeune metteur en scène amateur, le très solaire Dom, alias Dominique Müller, semblait lui aussi tout disposé au libertinage à flanc de calanques.
Choisir de mourir
A ce premier jeu d’ombres et de lumière s’ajoute un second contraste, quand la tragédie occultée s’est jouée presque vingt ans plus tôt, au matin du monde adulte : à l’âge des premiers émois érotiques qui éblouissent, des premières piqûres de jalousie qui aveuglent. Claire Novales atteint désormais l’âge de la plénitude, ce « midi » de la vie qui précède la quarantaine ; elle concilie vaille que vaille sa double vie d’urgentiste, spécialiste en médecine interne, et de mère d’une famille sereine, malgré l’appétence peut-être excessive de ses deux filles pour les réseaux sociaux. C’est une famille ordinaire, en somme, que vient bouleverser l’irruption de Dom dans son service hospitalier. Avant même de le voir, le médecin a immédiatement reconnu son nom, en tête d’un dossier qui ne saurait être plus clair, c’est-à-dire plus sombre : « Une hépatite C au dernier degré, celle de quelqu’un qui a arrêté de se soigner depuis bien longtemps. »
Si Dom a choisi de mourir loin de Marseille et des siens, loin de ses collègues et employés œuvrant à la rénovation de villas, c’est pour disposer d’un témoin à l’heure de solder les...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Chaque jeudi, la rédaction du « Monde des livres » vous propose un choix de romans et d’essais à dévorer.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 26/09/2018
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Un scandale, la Ghouta, l’identité et la mémoire : notre semaine littéraire

Chaque jeudi, la rédaction du « Monde des livres » vous propose un choix de romans et d’essais à dévorer.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 06h41
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 07h10
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALEUn scandale politico-sexuel au Royaume-Uni au cœur de l’époustouflant roman d’Alan Hollinghurst, une escale à Roissy avec une naufragée volontaire, une quête d’identité entre Paris et Dakar, une marcheuse qui arpente la Ghouta assiégée par les forces de Damas… quatre romans forts qui invitent au voyage. Et un manifeste sur les femmes et le pouvoir, qui nous ramène à l’Antiquité.
ROMAN. « L’Affaire Sparsholt », d’Alan Hollinghurst
L’affaire (fictive) donnant son titre au sixième roman d’Alan Hollingurst mêlait sexe et politique. De cela, presque tout le monde, au Royaume-Uni, se souvient. Les détails, en revanche, se sont vite brouillés. Le lecteur non plus n’en saura pas tout, tant l’auteur veille à en laisser une bonne partie dans l’ombre.
Les jeux avec l’ombre et la lumière font du reste la beauté de ce livre si travaillé par la peinture qu’il a quelque chose d’un tableau en cinq panneaux. Il s’ouvre à Oxford en 1940, quand un groupe d’amis distingue, dans une fenêtre en face, un somptueux jeune homme au cours de « ce bref intervalle entre le coucher du soleil et le black-out qui permettait de voir dans les logements des autres ». A la suite de cette apparition, tous, y compris l’hétérosexuel de la bande, voudront approcher ce David Sparsholt aux allures de dieu grec.
Dans les quatre parties suivantes, on s’attache surtout à Johnny, le fils de Sparsholt. C’est à travers lui qu’Alan Hollinghurst, l’un des plus puissants écrivains anglais contemporains, ausculte l’évolution de la société britannique, ses rapports de classes, son attitude à l’égard de l’homosexualité, au fil de ce grand roman sur le temps et ses effets qui est aussi un très beau texte du caché et du visible, dont la subtilité peut parfois désarçonner le lecteur, mais finit toujours par l’éblouir. Raphaëlle Leyris

   


« L’Affaire Sparsholt » (« The Sparsholt Affair »), d’Alan Hollinghurst, traduit de l’anglais par François Rosso, Albin Michel, 608 p., 24,90 €.
MANIFESTE. « Les Femmes et le Pouvoir », de Mary Beard
C’est au tout début de l’Odyssée, d’Homère, qu’on trouve la première affirmation d’un monopole masculin sur la parole publique, dans cette injonction de Télémaque à sa mère : « Va ! rentre à la maison et reprends tes travaux, ta toile, ta quenouille… Le discours, c’est à nous, les hommes, qu’il revient » (traduction de Victor Bérard). Tel est le point de départ choisi par Mary Beard pour interroger à peu près trente siècles de domination masculine enkystée dans la tradition discursive même de l’Occident.
Elle jongle pour cela entre les références antiques et les événements politiques contemporains, dans un texte érudit, espiègle, accompagné d’une trentaine d’illustrations fort parlantes. On y voit ainsi, par exemple, comment la figure classique de Méduse, reprise dans le terrible et fameux tableau du Caravage (1596), a servi aux adversaires politiques de la première ministre britannique Theresa May ou de la chancelière allemande Angela Merkel pour tenter de les faire taire.
Au-delà du diagnostic, qui illustre dans la longue durée combien fut tenu pour évident le silence féminin, l’auteure montre que la tradition gréco-romaine comporte aussi des éléments pouvant subvertir ces codes – ou du moins contribuer à nous en faire prendre conscience. André Loez

   


« Les Femmes et le Pouvoir. Un manifeste » (« Women & Power. A Manifesto »), de Mary Beard, traduit de l’anglais par Simon Duran, Perrin, 126 p., 10 €.
ROMAN. « Je suis quelqu’un », d’Aminata Aidara
Estelle rencontre son père dans un café, à Paris. Il lui apprend l’existence et la mort du bébé que la mère de la jeune femme, Penda, a eu avec un autre, du temps où tous vivaient à Dakar. Et réveille ainsi des souvenirs. Au même instant, Penda balaye le sol d’un lycée de banlieue en songeant à ce qu’elle va écrire à Eric. L’amant inconstant, rencontré au Sénégal, la raison de son départ précipité pour Paris avec ses filles, onze ans plus tôt. Cet homme est le père de Jamal, qu’on lui a enlevé, dit-elle, une semaine après sa naissance. Puis, elle ouvre le coffre qui contient ce qui reste de son fils – il aurait 16 ans aujourd’hui.
« Le fils de l’Autre » est-il mort ou a-t-il disparu ? L’ouverture de l’admirable premier roman d’Aminata Aidara met le lecteur sur la mauvaise piste. Tout comme l’arbre généalogique en première page, qui décrit une famille dispersée entre le Sénégal, la France et l’Italie.
Je suis quelqu’un n’est pas qu’un récit à énigme, encore moins une saga familiale. Le secret n’est qu’une manière de mettre en branle une réflexion sur la double identité et les multiples quêtes que l’on reçoit en héritage : la recherche des origines, d’un lieu où revenir, et d’un art de vivre avec les injustices et les silences de l’Histoire.
C’est ce qu’explore l’écrivaine italo-sénégalaise de 34 ans, à travers la narration polyphonique, majoritairement épistolaire, portée par une langue souvent flamboyante, qui s’écoule le temps d’un été et d’un automne. Gladys Marivat

   


« Je suis quelqu’un «, d’Aminata Aidara, Gallimard, « Continents noirs », 368 p., 21,50 €.
ROMAN. « La Marcheuse », de Samar Yazbek
Avec Les Portes du néant (Stock, 2016), qui retraçait trois périlleux voyages clandestins, dans les zones de combats les plus violents de Syrie, Samar Yazbek livrait un témoignage d’une force d’évocation extrêmement puissante. Aujourd’hui l’écrivaine syrienne exilée va plus loin encore en renouant avec le roman, en mêlant l’absolu réalisme et le merveilleux.
Rima, la narratrice de La Marcheuse, est muette. Elle est aussi affublée d’une étrange manie : elle ne peut s’empêcher de marcher, ce qui lui vaut de vivre le poignet attaché à un meuble ou au bras de sa mère. On la dit folle, elle ne l’est pas. C’est autour d’elle qu’explose la folie. Elle va en prendre la mesure au cours d’un voyage qui la mènera au cœur de l’enfer de la Ghouta, près de Damas, enclave rebelle assiégée par l’armée d’Assad entre 2012 et 2018.
Dans un souterrain, minée par la faim et les sévices physiques, elle trouve une liasse de papier et un stylo bleu, et raconte ce qu’elle a vu, vécu et entendu. Jusqu’à son agonie, qu’elle décrit avec une confondante sobriété.
Ce texte à l’encre bleue est, comme le dit une expression arabe, d’une complexe simplicité. Rima s’autorise les digressions que lui imposent sa mémoire et son imaginaire, d’incessantes répétitions qui disent son étonnement face à la violence inouïe qu’elle découvre. Elle essaye de comprendre, cherche, tâtonne et fait naître en nous – nous, les lecteurs qui sommes gavés d’images et de mots – un regard neuf, le même effarement que le sien, la même colère que celle de Samar Yazbek. Eglal Errera

   


« La Marcheuse » (« Al-Machâ’a »), de Samar Yazbek, traduit de l’arabe (Syrie) par Khaled Osman, Stock, « La cosmopolite », 304 p., 21 €.
ROMAN. « Roissy », de Tiffany Tavernier
Tous les jours, pas décidé, valise à roulettes, chemisier en soie et tailleur à pinces, elle traverse le terminal, mais jamais ne prend l’avion. Voilà huit mois que l’héroïne de Tiffanny Tavernier a perdu la mémoire, ayant oublié jusqu’à son identité, et qu’elle arpente l’aéroport de Roissy pour cacher aux quelque 700 caméras qu’elle y vit jour et nuit, en naufragée volontaire.
Comme pour vainement tenter de résorber cet abyssal trou de mémoire, ses yeux partout se nourrissent. La robe à smocks d’une fillette, le rire d’un couple en lune de miel, des bribes hétéroclites de conversation : tout est propice au bricolage d’une nouvelle identité par défaut, d’un nouveau rôle à jouer – moins de composition que de recomposition.
C’est que tout, dans Roissy, a éclaté en mille morceaux. Et précisément : le tout, les morceaux, voilà qui constitue ici le cœur de la réflexion. D’abord, la romancière construit le récit à l’image de son héroïne (et de l’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle lui-même, joyeux chaos bigarré), c’est-à-dire de bric et de broc. Un kaléidoscope d’anecdotes, de pages volantes du carnet d’un complotiste ou de flashs info lus sur les écrans de l’aéroport avec, parfois, une flamboyante déflagration de poésie, qui vient chahuter le récit.
Et puis, non contente d’avoir tout mis en pièces, Tiffanny Tavernier engage son lecteur à y remettre un peu d’ordre, avec cette question : de l’infiniment petit du « je » ou de l’infiniment grand de « l’immensité du monde », de quoi Roissy est-il au juste le puzzle ? Zoé Courtois

   


« Roissy », de Tiffany Tavernier, Sabine Wespieser, 280 p., 21 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Avec « L’Affaire Sparsholt », le grand romancier anglais joue de l’ellipse pour parcourir soixante ans d’évolution de la société britannique. Epoustouflant.
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édition abonné


Les jeux du sexe et du secret d’Alan Hollinghurst

Avec « L’Affaire Sparsholt », le grand romancier anglais joue de l’ellipse pour parcourir soixante ans d’évolution de la société britannique. Epoustouflant.



LE MONDE
 |    26.09.2018 à 16h00
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
L’Affaire Sparsholt (The Sparsholt Affair), d’Alan Hollinghurst, traduit de l’anglais par François Rosso, Albin Michel, 608 p., 24,90 €.

Un jour, Alan Hollinghurst a cessé d’être un « écrivain gay ». Il a arrêté d’être cantonné à cette caractéristique biographique, et son œuvre, d’être réduite à la sexualité de ses personnages – il faut dire qu’il a fait son entrée sur la scène littéraire, en 1988, avec le très débridé et explicite La Piscine-bibliothèque (Christian Bourgois, 1991 ; retraduit en 2015 chez Albin Michel).
Une phrase fluide et dense dans sa beauté classique
C’est sans doute avec La Ligne de beauté (Fayard, 2005), son quatrième roman, lauréat du Man Booker Prize 2004, que cet homme né en 1954 a commencé à être réellement reconnu pour ce qu’il est : l’un des plus grands auteurs anglais de notre époque, toutes catégories confondues, tant il semble incapable d’écrire une phrase qui ne soit frappante, à la fois fluide et dense dans sa beauté classique. Tant, aussi, ses romans témoignent simultanément d’un talent d’observation faisant scintiller chaque détail (qu’il soit drôle, tragique ou étonnant) et d’un sens de la composition qui lui permet de manœuvrer sans lourdeur ses grandes machines romanesques – il avoue parfois rêver de romans courts. Des machines puissantes, d’une richesse qui appelle la relecture.
En France, le grand public l’a surtout découvert avec L’Enfant de l’étranger ­ (Albin Michel, 2013), qui reçut le Prix du meilleur livre étranger. Le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’avait pas volé sa récompense, cette somptueuse fresque traversant le XXe siècle, auscultant l’évolution de la société britannique, ses rapports de classes, son attitude à l’égard de l’homosexualité et des amours non conformes.
Un scandale mêlant politique et sexe
A bien des égards, L’Affaire Sparsholt, son sixième roman, ressemble à L’Enfant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Chantre d’une modernité aussi bien formelle que technicienne, le poète fait l’objet d’un hommage exemplaire sur Arte.
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« Blaise Cendrars - Comme un roman », entrée dans le monde du poète

Chantre d’une modernité aussi bien formelle que technicienne, le poète fait l’objet d’un hommage exemplaire sur Arte.



LE MONDE
 |    26.09.2018 à 16h00
    |

                            Philippe-Jean Catinchi








                        


Arte, mercredi 26 septembre à 22 h 30, documentaire
Une épitaphe à l’image d’un parcours et d’une invention sans égal : « Là-bas gît/ Blaise Cendrars/ Par latitude zéro/ Deux ou trois dixièmes sud/ Une, deux, trois douzaines de degrés/ Longitude ouest/ Dans le ventre d’un cachalot/ Dans un grand cuveau d’indigo. » C’est l’écrivain lui-même qui l’a composée et livrée bien avant sa disparition en janvier 1961. Imagée et fulgurante, elle dit le parcours atypique et l’écriture flamboyante, où tous les genres se conjuguent, comme les curiosités, au nom d’un goût de l’aventure d’une juvénilité inentamée.
Né citoyen suisse en 1887, Frédéric Louis Sauser se choisit un nom de phénix, évoquant les braises et les cendres, pour signer Les Pâques, son premier poème, rédigé d’un seul trait dans la nuit new-yorkaise, en avril 1912, cri de désespoir, appel de naufragé au moment même où sombre le Titanic. Blaise Cendrars, donc.
Car c’est bien l’invention qui est au cœur de sa vie. Qu’il imagine des Poèmes élastiques ou enchante la Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France. Qu’il s’adonne à la peinture, lui qu’éblouit l’éclat solaire de Robert et Sonia Delaunay, lui qui fréquente Chagall, Cocteau et Max Jacob, pose pour Modigliani et se lie à jamais d’amitié avec Fernand Léger, ou pige pour le cinéma dans le sillage d’Abel Gance, Cendrars s’essaie à tout ce qui est neuf, chantre d’une modernité aussi bien formelle que technicienne.
Une écriture de soi singulière
L’avion, l’acier, l’automobile, mais aussi le roman populaire – c’est lui qui milite auprès de ses amis pour la reconnaissance de Fantômas –, tout l’enthousiasme et s’il lui arrive de se lasser d’un milieu dont il perçoit les conventions, il s’échappe, s’évade, pour retrouver ailleurs la flamme juvénile qui le consume et l’alimente tout à la fois. Ce sera Munich, Moscou et l’appel de la Sibérie, plus tard New York, par amour, plus durablement le Brésil, à plusieurs reprises, puis l’Afrique, après la cruelle expérience de la Grande Guerre. Engagé volontaire dans l’armée française, ce qui lui vaut sa naturalisation, il perd au feu à l’automne 1915 le bras droit, d’où pour le poète la première expérience de la prose, si délicate qu’il faudra près de trente ans pour qu’il ne livre La Main coupée (1946).
La deuxième guerre mondiale le mobilise encore, correspondant de guerre pour l’armée anglaise en 1939. Retiré ensuite à Aix-en-Provence, Cendrars s’y consacre à une écriture de soi toujours résolument singulière avec une tétralogie (L’Homme foudroyé, La Main coupée, Bourlinguer et Le Lotissement du ciel) qui compose de son propre aveu des « mémoires qui sont des mémoires sans être des mémoires ». Il reprend également en recueil ses poèmes (Du monde entier au cœur du monde, Denoël, 1957) et fait la connaissance d’un jeune photographe, Robert Doisneau avec lequel, sympathie oblige, il signe La Banlieue de Paris (Seghers, 1949), qui révèle le jeune artiste.
D’une élégance et d’une justesse rares, le documentaire de Jean-Michel Meurice sait tout à la fois retracer un parcours biographique singulier, souligner la profonde originalité du geste créateur de Cendrars, sertir le tout dans un habillage visuel et sonore exemplaire par la qualité des images et la pertinence des choix. Chantre de la « beauté nouvelle » dont il célébra toutes les audaces, Cendras méritait cet éloge d’une écriture fervente sans démesure. Trois mois après la disparition de sa fille Miriam, à l’âge de 98 ans, ce chant d’amour vaut « tombeau », au sens où les classiques l’entendaient.
Blaise Cendrars - Comme un roman, de Jean-Michel Meurice (France, 2017, 52 minutes).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Johann Chapoutot et Christian Ingrao ont réagi sur les réseaux sociaux à la critique – négative – de leur « Hitler », publiée par « Le Monde » le 21 septembre. Une mise au point s’impose.
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Une réponse aux auteurs de la biographie d’Hitler aux PUF

Johann Chapoutot et Christian Ingrao ont réagi sur les réseaux sociaux à la critique – négative – de leur « Hitler », publiée par « Le Monde » le 21 septembre. Une mise au point s’impose.



LE MONDE
 |    26.09.2018 à 11h56
 • Mis à jour le
26.09.2018 à 13h48
    |

            Jean Birnbaum et 
                                Florent Georgesco








                        


« Le Monde des livres » a publié dans son édition du 21 septembre, sous la signature de l’historien André Loez, une recension du livre récemment paru de Johann Chapoutot et Christian Ingrao (Hitler, PUF), qui se concluait par ces mots : « Il faut regretter que l’indéniable familiarité des auteurs avec l’histoire du nazisme n’ait pas abouti au travail fiable et rigoureux qui s’imposait sur un tel sujet, et qu’on pouvait attendre d’eux. »
De façon inhabituelle, les deux historiens ont, depuis, réagi publiquement en diffusant sur les réseaux sociaux un texte dans lequel ils estiment que leur livre aurait été « mal lu », jugement qu’ils pensent étayer en avançant, sur cinq points, que les erreurs ou omissions relevées par notre collaborateur « ne sont pas présentes dans [leur] texte ».
Vérités factuelles
Or elles le sont, et d’autres encore, non mentionnées dans cette brève recension. Il convient donc, hors de tout esprit de polémique envers des auteurs dont les travaux précédents ont été régulièrement salués dans nos colonnes, de rétablir quelques vérités factuelles, mises à mal par leur réponse.
Ce qu’ils y écrivent sur la Nuit de cristal, la déclaration de guerre aux Etats-Unis et la question de la prise de décision du génocide, qu’André Loez leur avait reproché de ne pas traiter, lui donne en fait raison : ces points ne sont pas abordés dans le livre, puisqu’ils sont uniquement cités dans la « Chronologie » placée en fin de volume – simple liste de dates et d’événements qui ne font, selon l’usage, l’objet d’aucun commentaire. Les auteurs n’ont réellement analysé ces trois questions dans aucun passage de leur livre.La réponse de Johann Chapoutot et Christian Ingrao sur l’allusion, dans l’article, aux pages qu’ils consacrent aux Jeux olympiques de 1936 ne correspond pas à ce qu’André Loez a écrit, c’est-à-dire : « Alors que trois pages du livre sont dévolues aux Jeux olympiques de 1936, certaines des décisions les plus marquantes du Führer disparaissent. » Répondre qu’il s’agit dans ces pages de « la situation de l’Allemagne nazie dans le concert des nations », ce qui va de soi à propos d’une telle compétition, revient à faire croire qu’André Loez les aurait accusés de s’en être tenus à la dimension sportive de l’événement, idée bien sûr absente de son article. Il s’agissait de relever une disproportion, eu égard aux lourdes omissions que nous avons rappelées.Un caporal, à rebours de l’erreur signalée par André Loez, qu’ils réitèrent en lui répondant, n’est pas un sous-officier, du moins pas dans l’armée bavaroise, dont Hitler fut soldat pendant la première guerre mondiale. Il y avait plus précisément reçu le grade de gefreiter, qui correspond, dans l’armée française, au statut d’un soldat de première classe. Johann Chapoutot et Christian Ingrao écrivent en outre dans leur réponse : « Est-ce vraiment ce détail qui fonde l’originalité et la pertinence du travail de Thomas Weber (…) ? », alors qu’André Loez ne cite pas l’historien allemand sur ce point. Ce qu’il écrit en réalité, c’est que Thomas Weber, dans La Première Guerre d’Hitler (Perrin, 2012), a établi qu’Hitler n’avait jamais été « un soldat comme un autre », ainsi qu’ils l’avancent dans leur livre.Comme André Loez le notait dans l’article, s’étonnant qu’on explique un événement de mars 1933 par un autre survenu en juillet de la même année, Johann Chapoutot et Christian Ingrao écrivent bien dans le livre que « l’obtention d’un accord du Vatican pour la signature d’un concordat en juillet 1933 » est ce qui « permet à Hitler de se rallier les voix du parti catholique Zentrum pour le vote de la loi des pleins pouvoirs le 23 mars 1933 ». Il n’est pas question, comme ils l’écrivent pour justifier cette phrase, d’une « espérance » mais d’une « obtention » et d’une « signature ». Au demeurant, il n’est pas possible d’affirmer, ainsi qu’ils le font dans leur réponse, que « toute l’historiographie lie les deux événements ». Le politiste Ivan Ermakoff, par exemple, écarte ce facteur explicatif dans Ruling Oneself Out (Duke University Press, 2008), de même que l’historien Martin Menke dans son article de synthèse sur la question (« Misunderstood Civic Duty », Journal of Church and State, 2009).Selon les deux historiens, le chiffre de « 20 millions de chômeurs » en Allemagne en 1932, qu’André Loez jugeait invraisemblable, est le résultat des « avancées de la recherche », qui auraient permis d’ajouter aux chiffres habituels les chômeurs « non recensés ». Aucune source n’est citée pour justifier cette assertion. On peut en revanche trouver dans la nouvelle édition (septembre 2018) d’un livre qui fait autorité, Weimar Germany. Promise and Tragedy, d’Eric D. Weitz (Princeton University Press, 1re édition 2007), toujours pour 1932, le chiffre de 8 millions de chômeurs, en incluant ceux qui n’étaient pas recensés (pour 6 millions de chômeurs officiels), soit 40 % de la main-d’œuvre allemande potentielle. Laquelle s’élevait donc, selon Eric D. Weitz, à environ… 20 millions. Le chiffre avancé dans le Hitler de Chapoutot et Ingrao correspondrait ainsi à un taux de chômage de 100 %.
La place nécessaire
Les auteurs défendent ensuite l’intérêt des sources historiographiques de leur livre, ce qui ne constitue pas une réponse : André Loez leur avait seulement reproché de ne pas les expliciter.
Il est par ailleurs inexact d’écrire que l’article serait paru « dans un temps record », pour sous-entendre que le travail aurait été bâclé. Certes, il a été publié au lendemain de la parution du livre. Mais l’éditeur, selon l’usage constant du métier, avait adressé des exemplaires (les « épreuves non corrigées ») au « Monde des livres » et à André Loez début juillet. Ce dernier a eu deux mois pour les lire en détail, avant de recevoir en septembre le livre définitif, dans lequel les erreurs déjà notées étaient toujours présentes.
Il n’est pas dans les habitudes du « Monde des livres » de consacrer de longs articles à des livres qu’il ne recommande pas à ses lecteurs, quand bien même il estime devoir les traiter, notamment lorsqu’il reconnaît, comme c’est le cas ici, l’importance de leurs auteurs. En conséquence, André Loez n’a pas disposé de toute la place nécessaire pour évoquer toutes les erreurs qu’il a relevées dans le bref ouvrage de Johann Chapoutot et Christian Ingrao, erreurs dont nous tenons la liste à leur disposition.

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Docteur et agrégé de philosophie, l’universitaire, qui a aussi écrit des ouvrages de référence sur la boxe, est mort le 12 septembre à Paris. Il avait 86 ans.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
édition abonné


L’historien de la philosophie Alexis Philonenko est mort

Docteur et agrégé de philosophie, l’universitaire, qui a aussi écrit des ouvrages de référence sur la boxe, est mort le 12 septembre à Paris. Il avait 86 ans.



LE MONDE
 |    25.09.2018 à 14h32
    |

Claude Obadia (Philosophe, enseignant à l'université de Cergy-Pontoise)







                        



                                


                            

Né le 21 mai en 1932 à Paris, Alexis Philonenko s’y est éteint le 12 septembre. Auteur d’une œuvre monumentale, considéré comme l’un des meilleurs spécialistes de l’histoire de la philosophie, en particulier de la pensée allemande, il est le fils de Maximilien Philonenko, avocat et ministre dans le gouvernement Kerenski en 1917, et d’une mère qui, en 1927, fut la première femme agrégée de France en histoire et géographie, Madeleine Isaac.
Reçu premier à l’agrégation de philosophie en 1956, Alexis Philonenko fut successivement assistant à la Sorbonne, maître de conférences à l’université de Caen, puis professeur à l’université de Genève avant de rejoindre celle de Rouen. Il soutint sa thèse de doctorat d’Etat en 1966, consacrée à La Liberté humaine dans la philosophie de Fichte (Vrin, 1966), auteur dont il remit en cause les lectures opérées par Martial Gueroult et Jules Vuillemin.
Travailleur acharné
Reconnu mondialement pour les études qu’il a consacrées à Kant et à Rousseau, mais aussi à Bergson, Jankélévitch, Schopenhauer, Nietzsche, Chestov, Luther ou encore Plotin, Alexis Philonenko nourrissait depuis l’enfance une véritable passion pour le sport et pour la boxe anglaise en particulier, comme en témoignent son Histoire de la boxe (Criterion, 1991) et le livre qu’il a consacré au plus grand des boxeurs : Mohammed Ali, un destin américain (Bartillat, 2007). Or, cette passion se nourrit, chez lui, d’une épreuve des plus douloureuses. En effet, si Alexis Philonenko fut dans sa jeunesse, peu le savent, un nageur de niveau national et s’il pratiqua très régulièrement la boxe, aspirant à devenir professeur de sport, une maladie invalidante l’obligea à renoncer définitivement à cette carrière. Ne pouvant plus fréquenter les salles de sport, c’est la mort dans l’âme qu’il se tourna vers la philosophie.
Qui a connu Alexis Philonenko sait quel était son rythme de travail. Levé tous les jours à 4 heures du matin, il...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ L’ouvrage de Bastien Vivès est le premier volume d’une nouvelle collection pornographique chez Glénat.
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Accusée de « pédopornographie », la BD « Petit Paul » retirée des magasins Cultura et Gibert

L’ouvrage de Bastien Vivès est le premier volume d’une nouvelle collection pornographique chez Glénat.



LE MONDE
 |    24.09.2018 à 22h20
 • Mis à jour le
25.09.2018 à 06h32
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            Frédéric Potet








                        



   


C’est l’histoire d’un petit garçon de 10 ans au sexe démesuré. Un garçonnet au pénis éléphantesque, hypertrophié, diraient des médecins, qui déclenche chez les femmes de son entourage des pensées lubriques, provoquant les situations cocasses qui vont avec.
Petit Paul, de Bastien Vivès, l’un des auteurs les plus en vue de la bande dessinée actuelle (Le Goût du chlore, Polina, Lastman…), est le premier volume d’une nouvelle collection pornographique, Porn’Pop, créée par Glénat et dirigée par l’ancienne actrice pornographique Katsuni (Céline Tran, de son vrai nom).
Si la maison d’édition avait nourri le secret espoir de voir naître une polémique afin d’attirer l’attention médiatique sur ce lancement, la voilà servie : deux des principaux réseaux de librairies de l’Hexagone, Cultura et Gibert Joseph, ont annoncé, lundi 24 septembre, qu’ils retiraient l’album de leurs magasins, allant ainsi dans le sens d’une pétition qui circule sur Internet depuis quelques jours.
Signé par un peu moins de deux mille personnes à ce jour, lundi, le texte demande le retrait du livre en raison de son prétendu caractère « pédopornographique ». Les instigateurs de la pétition évoquent l’article 227-23 du code pénal, selon lequel les représentations à caractère pornographique de mineurs sont interdites en France.
S’ils oublient que l’ouvrage en question n’est rien d’autre qu’un concentré d’humour transgressif à travers lequel l’auteur joue de ses propres fantasmes, le procès fait à Bastien Vivès n’est pas sans évoquer la croisade menée contre Zep par certaines ligues de vertu traditionalistes au moment de la sortie du Guide du zizi sexuel (2001) et de l’exposition qui avait été présentée à la Cité des sciences et de l’industrie en 2007. L’éditeur à l’époque s’appelait d’ailleurs déjà Glénat.
« Caricature volontairement grotesque »
La maison grenobloise n’avait pas attendu que Cultura et Gibert Joseph décident de retirer l’album pour publier, dès vendredi, un communiqué dans lequel elle rappelait que Petit Paul est « un ouvrage exclusivement destiné aux adultes », raison pour laquelle il est vendu sous un film plastique avec un autocollant disant : « Ouvrage à caractère pornographique. Mise à disposition des mineurs interdite. »
Glénat, dont une grande partie du catalogue s’adresse à la jeunesse, réfute par ailleurs toute accusation de « pédopornographie » : « Cette œuvre de fiction n’a jamais pour vocation de dédramatiser, favoriser ou légitimer l’abus de mineurs de quelque manière que ce soit. Il s’agit d’une caricature dont le dessin, volontairement grotesque et outrancier dans ses proportions, ne laisse planer aucun doute quant à la nature totalement irréaliste du personnage et de son environnement. »

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La décision de Cultura, l’un des principaux sponsors du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, pourrait faire des remous dans le monde du 9e art. L’enseigne dit toutefois n’avoir pas « totalement » retiré l’ouvrage : « Il reste dans les réserves de nos magasins, de telle sorte que les clients qui le demandent puissent l’acheter », dit au Monde Jean-Luc Treutenaere, le directeur des relations extérieurs de Cultura.
« Nous avons vu émerger cette polémique autour de ce livre. Nous avons souhaité être prudents tant qu’une décision de justice n’a pas été prononcée à son sujet. On tient à être précautionneux vis-à-vis de notre clientèle qui est très familiale. C’est aussi notre liberté éditoriale de pousser ou non un livre », ajoute M. Treutenaere, qui confie n’avoir pas lu l’album de Bastien Vivès.
Chez Glénat, la déception le dispute à la résignation. « Chaque libraire est maître chez lui. Celui qui ne se sent pas à l’aise avec la volonté de vendre un ouvrage pornographique, même sous cellophane, a la latitude de ne pas le référencer, dit Jean Paciulli, le directeur général de la maison d’édition. Pour tout dire, nous avions été surpris de voir que Cultura le référençait. Nous n’avons pas été surpris de le voir dé-référencé. »

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