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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ L’interdiction du film de Wanuri Kahiu, qui dépeint une histoire d’amour entre deux adolescentes, a été levée pour lui permettre de concourir aux Oscars.
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Reportage

La jeunesse de Nairobi se presse dans les cinémas pour profiter de ses sept jours de « Rafiki »

L’interdiction du film de Wanuri Kahiu, qui dépeint une histoire d’amour entre deux adolescentes, a été levée pour lui permettre de concourir aux Oscars.

Par                                            Marion Douet (Nairobi, correspondance)




LE MONDE
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        Le 27.09.2018 à 17h39

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        Mis à jour le 27.09.2018 à 17h44






    
Dans le hall du Prestige Plaza, l’un des cinq cinémas au Kenya à diffuser le film « Rafiki » de Wanuri Kahiu, dont la censure a été levée entre le 23 et le 29 septembre 2018.
Crédits : SIMON MAINA / AFP


Les bandes-annonces de superproductions américaines se succèdent. Puis, au bout d’une vingtaine de minutes, un avertissement du Comité kényan de classification des films (KFCB) rappelle que le long-métrage qui va être projeté est réservé aux plus de 18 ans en raison de « scènes potentiellement choquantes ». Les huées qui s’ensuivent en disent long sur l’état d’esprit du public. Enfin commence le générique de Rafiki, salué par un tonnerre d’applaudissements. Tous les jeunes gens présents ont dû prouver leur âge avant de s’installer dans les confortables sièges du Prestige Plaza, l’un des cinq cinémas au Kenya à diffuser le film de Wanuri Kahiu.
« Nous sommes là pour soutenir le film. Il fallait absolument venir le voir parce que c’est un long-métrage kényan et qu’il n’y en a pas souvent dans les cinémas ici », expliquait quelques minutes auparavant Lenana Kariba, un acteur de 30 ans au look soigné. « C’était tellement frustrant qu’il soit visible à l’extérieur du pays et pas ici », renchérit son amie Joyce Maina, 27 ans, tee-shirt blanc, jean slim et lunettes à reflets.
Chronique d’une génération
Les deux jeunes gens sont à l’image de ceux qui se pressent cette semaine au Prestige Plaza, un cinéma coincé entre des quartiers aisés de la capitale et le bidonville de Kibera. La plupart des dix-sept séances prévues affichent complet. Un paquet de pop-corn ou un café frappé à la main, les spectateurs qui entrent dans la salle rappellent les personnages de Rafiki (« ami » en swahili). Au-delà d’une histoire d’amour entre deux jeunes filles, le film fait la chronique de cette génération de la classe moyenne qui a grandi, un smartphone à la main, dans une métropole où se côtoient en permanence modernité et pauvreté.
« Autour de moi, il y a énormément de spéculation sur ce film. On en parle beaucoup sur Instagram, trépigne Jane June, 23 ans, diplômée en marketing. Ce n’est pas que j’encourage le lesbianisme mais je garde l’esprit ouvert. Nous sommes des adultes, nous pouvons faire la part des choses. Mais le Kenya a encore un long chemin à faire à ce sujet. »

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En avril, quelques semaines après l’annonce de sa sélection au Festival de Cannes, Rafiki s’était vu refuser l’autorisation d’être projeté dans les cinémas de son pays. Le KFCB, organisme gouvernemental, lui reprochait « son but évident de promouvoir le lesbianisme au Kenya, ce qui est illégal et heurte la culture et les valeurs morales du peuple ». 
Le pays est très conservateur au sujet de l’homosexualité, qui reste un crime en vertu de lois héritées de l’époque coloniale. Mais c’est en s’appuyant sur la Constitution, qui garantit les libertés fondamentales, que la réalisatrice Wanuri Kahiu a saisi la justice. Le tribunal a décidé d’autoriser temporairement la diffusion du film entre le 23 et le 29 septembre. Les dates comme la durée de cette levée d’interdiction n’ont rien d’anodin : être projeté durant sept jours dans son pays d’origine avant le 30 septembre 2018 permet à Rafiki de présenter sa candidature aux Oscars dans la catégorie Meilleur film en langue étrangère.



Le tribunal, a dit la juge Wilfrida Okwany, « ne doit pas déterminer si l’homosexualité est bonne ou mauvaise, si elle est morale ou immorale, mais bien si un artiste ou un réalisateur a le droit, en exerçant son droit à la liberté d’expression et à la créativité artistique, de réaliser un film au thème homosexuel ». Le KFCB n’a eu d’autre choix que d’en prendre acte.
« Vivre cachés »
Dans le film, Kena et Ziki vivent une histoire d’amour défendue, cachée, le plus souvent sous-entendue par une caméra très pudique. Lorsque leur relation est découverte, les deux jeunes filles sont lynchées par de vieilles connaissances de leur quartier.
Après la séance, Lenana et Joyce sont conquis par le scénario, mais aussi par ce que le long-métrage montre de leur société. « Nous savons qu’il y a de l’homophobie dans ce pays, mais avec ce film tout le monde peut le voir. » Susan Timon, rencontrée avant la projection, adhère pleinement. Et pour cause. « C’était littéralement ma vie projetée à l’écran, confie-t-elle, plusieurs heures après, par téléphone, évoquant pour la première fois son homosexualité. J’ai été ostracisée, frappée. Un jour, devant des toilettes publiques, j’ai été presque entièrement déshabillée. J’étais entrée chez les femmes et, comme je suis androgyne, ils ont voulu vérifier que j’en étais bien une. » 

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Comme tous les jeunes venus voir le film, elle déplore que les homosexuels doivent « vivre cachés » au Kenya. La communauté LGBT n’a d’ailleurs pas organisé d’événement public à l’occasion de la diffusion du film. En revanche, l’association NGLHRC (Commission pour les droits humains des gays et lesbiennes) a organisé à destination des membres de la communauté des séances gratuites – pour tous ceux qui n’ont pas les moyens de payer un billet de cinéma (550 shillings, soit 4,65 euros) – et, surtout, privées. Le lieu de projection est tenu secret.





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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Jean-Paul Ciret, codirecteur de l’Observatoire de la culture de la Fondation Jean-Jaurès dresse un bilan mitigé de l’opération de Stéphane Bern dans le cadre de sa mission pour la défense du patrimoine.
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Loto du patrimoine : « Aucune idée nouvelle n’a été apportée »

Dans une tribune au « Monde », Jean-Paul Ciret, codirecteur de l’Observatoire de la culture de la Fondation Jean-Jaurès dresse un bilan mitigé de l’opération de Stéphane Bern dans le cadre de sa mission pour la défense du patrimoine.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 16h17
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 16h33
    |

Jean-Paul Ciret (Codirecteur de l'Observatoire de la culture de la Fondation Jean-Jaurès)







                        



   


Tribune. Le premier tirage du « Loto du patrimoine » a rendu son verdict : 14 millions d’euros ont été misés. Ce qui permettra à la Fondation du patrimoine de recevoir 3,5 millions d’euros, alors que le seul joueur ayant trouvé tous les bons numéros ramassera pour sa part 13 millions d’euros.
Du côté du jeu de grattage, auquel il est encore possible de participer pendant quatre mois, 2,5 millions de tickets ont déjà été vendus (sur 12 millions émis) soit un gain de 3,8 millions pour la Fondation. En cette fin septembre l’opération « loto du patrimoine » a donc permis de dégager 7,3 millions d’euros au bénéfice de monuments en péril. Rappelons que la Fondation du patrimoine reçoit 0,72 euro par mise de 3 euros et 1,52 euro par ticket de 15 euros.
La Française des jeux et le président de la République se félicitent de ce résultat. Preuve de l’attachement des Français à leur patrimoine, les mises auraient été de 30 % supérieures à un tirage moyen. S’agissant d’un tirage exceptionnel, il faudrait pourtant le comparer à un autre tirage exceptionnel comme celui d’un vendredi 13, par exemple, sachant qu’en 2013 le vendredi 13 septembre les Français avaient misé, selon le magazine Challenge, 30 millions d’euros de plus que lors d’un tirage habituel !
Impasse prévisible
Quoi qu’il en soit, l’objectif de 20 millions d’euros reste atteignable à condition que, dans les quatre mois, les dix millions de tickets restants trouvent preneurs. Dans ces conditions, le gain total pour la Fondation sera d’environ 22 millions, soit un peu plus que l’objectif fixé, mais assez loin des sommes nécessaires aux deux cent cinquante monuments prioritaires et aux dix-huit jugés emblématiques qui illustrent les tickets du jeu de grattage. Les besoins de ces derniers sont estimés à près de 20 millions d’euros.

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Si les gains du Loto devaient couvrir la totalité des coûts, il ne resterait plus que 2 millions pour les deux cent cinquante autres ! Les travaux de restauration de l’aqueduc romain du Gier, sur les communes de Chaponost et de Sainte-Foy-lès-Lyon (Rhône), sont estimés à plus de 3 millions d’euros. Or l’on sait déjà que les deux communes ne recevront que 200 000 euros au titre du Loto. Une première annonce qui risque de devenir règle générale.
L’impasse était prévisible dès le départ puisque les deux cent cinquante projets nécessitaient environ 50 millions d’euros, bien au-dessus des prévisions de gains de la Française des jeux. Il y a donc deux façons traditionnelles d’analyser ces résultats.
La première consiste à se réjouir de ces 20 millions, qui sont mieux que rien et qui, au lieu de se noyer dans le budget général de l’Etat, serviront effectivement à une cause bien identifiée ; à se réjouir également de ce coup de projecteur qui ne peut qu’être utile à la cause des monuments.
Trois préalables
La seconde rappelle que l’Etat aurait très bien pu dégager cette somme de son budget général sans avoir à recourir à une opération spéciale et qu’il y a d’autres façons de sensibiliser l’opinion que de recourir à un jeu de hasard. Les deux s’entendent, reste que maintenant il faut pouvoir progresser pour éviter dans un an de reprendre le même débat.
Si l’on veut réellement progresser, il faut alors pouvoir lever trois préalables.
Le premier serait de mieux cerner les objectifs. Faut-il trouver des recettes complémentaires pour les monuments anciens y compris ceux qui bénéficient de mesure de protection ? Ou bien, faut-il mettre en place des dispositions spéciales pour des bâtiments que la puissance publique ne considère pas comme prioritaires mais qui, sans pouvoir attirer de nombreux touristes, méritent d’être sauvegardés au titre d’une mémoire et d’une histoire locale ?

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En refusant de choisir et en proposant une liste de bénéficiaires où l’Etat propriétaire côtoie de petites communes rurales et des associations de bénévoles, l’actuelle formule du Loto ne facilite pas la mobilisation et risque de produire bien des déceptions.
Le deuxième préalable serait de se mettre d’accord sur l’état réel de ce patrimoine à restaurer en distinguant notamment les travaux nécessités par l’état sanitaire des bâtiments, de ceux liés à leur adaptation à de nouveaux usages. Le ministère de la culture ne dispose malheureusement pas d’un tel état des lieux exhaustif (autant qu’il puisse l’être) et renseigné de façon scientifique. Un tel document, sur lequel le ministère pourrait s’appuyer pour négocier plus efficacement son budget, permettrait également de mieux cerner l’état réel de notre patrimoine et de relativiser certains discours sans doute trop catastrophiques.
Une ressource à la hauteur des objectifs
Si l’on veut bien se rappeler qu’il y a en France environ quarante-quatre mille bâtiments classés ou inscrits et qu’il faut plus que tripler ce nombre pour prendre en compte ceux dignes d’être conservés (en Allemagne, il y en a plus de sept cent cinquante mille !), les deux mille cinq cents dossiers urgents reçus par la mission patrimoine de Stéphane Bern laissent à penser que tout ne va pas si mal et que les politiques conduites depuis des années n’y sont pas pour rien.
Le troisième préalable serait de trouver une ressource à la hauteur des objectifs, car il est certain que les budgets actuels sont insuffisants. La formule mise en œuvre cette année ne le permet pas.

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Si les pouvoirs publics jugent qu’une augmentation, même minime, de la taxe de séjour est inopportune, on pourrait au moins revoir les règles de cette tranche spéciale du Loto en décidant, par exemple, de doubler la part des mises revenant à la Fondation du patrimoine, ce qui reviendrait à diminuer celle revenant aux joueurs. Ou bien en affectant une part des mises non distribuées, lorsqu’un tirage habituel n’a pas de gagnant, à la restauration des monuments. Il s’agirait là de mesures significatives et réellement extrabudgétaires.
Reste une question qui dépasse largement la mission patrimoine mais qui mérite d’être posée : pourquoi régulièrement les ministres, voire le président la République lui-même, confient-ils à des personnalités le soin de proposer des politiques nouvelles pour des sujets sur lesquels travaillent pourtant des administrations normalement compétentes ? A quoi servent ces missions ?
Un faible manque à gagner pour l’Etat
La question ne se poserait pas si les rapports qui en résultent étaient mis en œuvre et produisaient des effets positivement reconnus. Or, dans le seul champ du ministère de la culture, qui peut citer une mission confiée à une personnalité extérieure au ministère qui ait permis de renouveler le sujet auquel elle se confrontait ? Ce n’est certainement pas la qualité des personnalités missionnées qui doit être mise en cause, mais le mécanisme même sur lequel reposent ces missions.
Que leur demande-t-on fondamentalement ? De proposer le plus rapidement possible une mesure spectaculaire consensuelle et indolore budgétairement. De ce point de vue la mission confiée à Stéphane Bern a plutôt réussi : coup de projecteur assuré par une abondante couverture médiatique, mesure consensuelle pour le grand public et un faible manque à gagner pour le budget de l’Etat (les 3,5 millions d’euros du tirage).
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                    data-slide-title=""
            data-slide-description="La maison d’Aimé Césaire à Redoute (Fort-de-France), ici le 5 avril. Cette habitation est classée aux monuments historiques depuis décembre 2014."
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            data-slide-description="La « mosquée » située dans la maison de Pierre Loti, à Rochefort (Charente-Maritime). Ce musée municipal est la maison d’enfance de l’écrivain Julien Viaud, plus connu sous son nom de Pierre Loti. Celui-ci a passé une grande partie de sa vie à transformer sa maison natale en un lieu théâtral, où il se mettait en scène lors de fêtes mémorables."
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            data-slide-description="Le domaine de Maison rouge, à La Réunion, abrite depuis quelques années le Musée des arts décoratifs de l’océan Indien."
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            data-slide-description="Le couvent Saint-François à Pino (Haute-Corse). Sa chapelle renferme une fresque, un chemin de croix, une chaire et des stalles du XVIIe siècle."
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            data-slide-description="L’hôtel de Polignac à Condom, dans le Gers. Edifié entre 1773 et 1777, il est classé monument historique depuis 1990."
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            data-slide-description="L’île Cigogne et son fort sur l’archipel des Glénan, dans le Finistère. Ce dernier est utilisé par les stagiaires du centre nautique de la région."
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            data-slide-description="Le château de Bussy-Rabutin à Bussy-le-Grand, en Côte-d’Or. Le plus célèbre propriétaire des lieux fut le comte Roger de Bussy-Rabutin (1618-1693), général des armées royales du roi Louis XIV, courtisan de la cour de France, philosophe et écrivain épistolaire, pamphlétaire, satirique et libertin, par ailleurs membre de l’Académie française."
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            data-slide-description="L’aqueduc romain du Gier est l’un des aqueducs antiques de Lyon, qui desservait la ville antique de Lugdunum. Il se situe à Chaponost, près de Lyon."
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            data-slide-description="L’habitation Bisdary à Gourbeyre, en Guadeloupe. Bâtie au XVIIIe siècle par les jésuites, elle devient une usine sucrière au début du XIXe siècle."
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            data-slide-description="Le château de Carneville dans la Manche, coté jardin. Précédé d’une vaste cour d’honneur de 26 mètres de long, il couvre 900 m2, auxquels il faut ajouter 2 000 m2 de dépendances et un parc de 7 ha."
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            data-slide-description="La rotonde ferroviaire de Montabon, dans la Sarthe. Le dépôt est fermé depuis 1954 et l’association Rotonde ferroviaire de la vallée du Loir (RFVL2) se charge de le préserver."
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            data-slide-description="L'hôtel-Dieu de Château-Thierry, dans l’Aisne. Aujourd’hui visitable, ce musée retrace au travers de ses dix-huit salles toute l’histoire hospitalière du site depuis sa fondation par la reine de France Jeanne de Navarre, épouse de Philippe IV le Bel."
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            data-slide-description="Les murs d’un bâtiment de l’ancienne sucrerie de Soulou, près de M’Tsangamouji, sur le territoire français de Mayotte. Le cyclone de 1898 a détruit en partie l’exploitation et l’usine."
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            data-slide-description="A l’intérieur du Théâtre des Bleus de Bar, à Bar-le-Duc dans la Meuse. Inauguré en 1902 sous le nom de « Nouveau Théâtre », il a accueilli plusieurs troupes importantes, notamment les célèbres tournées Frédéric Achard et Chataignié, qui faisaient les beaux jours des théâtres parisiens."
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            data-slide-description="La villa Viardot, ancienne demeure de l’écrivain russe Ivan Tourgueniev à Bougival, près de Paris."
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            data-slide-description="L’église catholique romaine du XIIe siècle de Notre-Dame de La Celle-Guenand, en Indre-et-Loire."
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            data-slide-description="Le pont d’Ondres à Thorame-Haute, dans le sud-est de la France. Bâti dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, il est constitué de deux arches très inégales de 17 et 9 mètres, pour une longueur totale de 41 mètres."
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            data-slide-description="La Maison du receveur des douanes à Saint-Laurent-du-Maroni, en Guyane. L’ensemble de la maison est dans un état de dégradation avancée, l’étage de la maison ayant été partiellement incendié."
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La maison d’Aimé Césaire à Redoute (Fort-de-France), ici le 5 avril. Cette habitation est classée aux monuments historiques depuis décembre 2014.

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Mais au-delà, on a vu que cela ne modifiait qu’à la marge les besoins de financement et le rythmes des mises en chantier et, surtout, qu’aucune idée nouvelle n’avait été apportée par rapport à tout ce qui avait été envisagé dans les années récentes et même anciennes.
Est-il pourtant impossible de concilier aura médiatique et approfondissement d’un sujet ? Oui, si déjà on acceptait de sortir de la dictature de l’urgence en donnant le temps nécessaire à un travail approfondi. Oui, si, comme première tâche, la mission devait prendre connaissance de tous les documents déjà produits sur le sujet (du moins les plus récents) et examiner pourquoi les mesures qui y étaient préconisées, soit n’ont pas été mises en œuvre, soit n’ont pas produit les effets escomptés. Cela paraît simple mais ce serait, en réalité, une véritable révolution.
Fondation Jean-Jaurès.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Chaque mois, les parlementaires européens quittent Bruxelles pour s’installer quatre jours à Strasbourg, entraînant une coûteuse transhumance.
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« Vive la politique ! Le grand déménagement » : le « cirque itinérant » des eurodéputés

Chaque mois, les parlementaires européens quittent Bruxelles pour s’installer quatre jours à Strasbourg, entraînant une coûteuse transhumance.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 16h00
    |

            Mustapha Kessous








                        


France 3, jeudi 27 septembre à 23 h 45, documentaire
Chaque mois, entre Bruxelles et Strasbourg, c’est le même « cirque itinérant [qui] exaspère nos concitoyens », comme le dit ironiquement une députée européenne. Les 751 parlementaires quittent la Belgique pour s’installer quatre jours dans l’est de la France, afin de participer aux séances plénières. Cette session mensuelle entraîne un immense barnum entre les deux villes, au grand dam de certains élus. Alors, chaque mois, c’est la même routine : dans les entrailles du Parlement version belge, des employés transportent des centaines de malles volumineuses contenant les documents des députés. Ces grosses valises sont ensuite acheminées jusqu’en France par des poids lourds. Et ce n’est pas tout : des dizaines de chauffeurs – au volant des voitures de fonctions – font aussi le voyage.
Pour les collaborateurs des députés, des TGV sont spécialement affrétés. Et pour eux, comme pour les autres employés de l’Union européenne (tels que les huissiers), une autre galère commence : il faut trouver un endroit où dormir. Mais à Strasbourg, les prix ont tendance à exploser lors des sessions plénières, et le manque d’hôtels en oblige certains à séjourner de l’autre côté de la frontière, en Allemagne.
Cette transhumance administrative gêne des parlementaires, qui dénoncent son coût exorbitant, estimé à 114 millions d’euros par an, « prélevés dans la poche du contribuable », comme le répète le conservateur britannique Ashley Fox. Alors, dans l’Hémicycle, une bataille fait rage entre les élus exigeant un seul siège basé à Bruxelles et ceux attachés à la ville alsacienne, qui incarne le rapprochement entre la France et l’Allemagne depuis la fin de la seconde guerre mondiale. « Nous, partisans du siège unique, voulons un Parlement européen plus efficace, moins polluant et moins dépensier. Nous refusons qu’un symbole de paix devienne un symbole de gaspillage. Il n’y a pas de mission impossible si telle est la volonté du peuple », argue, toutefois, l’eurodéputée suédoise Anna-Maria Corazza Bildt.
Tourné sans commentaire, comme le faisaient jadis les films du magazine Strip-tease, Vive la politique ! Le grand déménagement montre, côté coulisse, ce grand va-et-vient entre les deux sièges européens. Frustré par sa durée (25 minutes), on aurait aimé être davantage immergé dans ce « grand déménagement ».
Vive la politique ! Le grand déménagement, d’Olivier Lamour (France 3, 2017, 25 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ La mort d’un tyran n’est pas toujours synonyme de pacification de la société civile, rappelle ce film éclairant.
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« Le Corps du dictateur » : l’héritage empoisonné

La mort d’un tyran n’est pas toujours synonyme de pacification de la société civile, rappelle ce film éclairant.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 15h15
    |

            Alain Constant








                        


Toute l’histoire, jeudi 27 septembre à 20 h 50, documentaire
Même abattu ou pendu devant une caméra, un dictateur ne meurt jamais totalement. Lorsque l’on a été au pouvoir durant de longues années, les souvenirs – des exactions notamment – demeurent. Si la tombe est localisée, le danger de voir les disciples venir s’y recueillir existe. La mort du tyran n’apporte pas réparation aux victimes, ne pacifie pas forcément la société civile. Alors, que faire du corps ? Comment éviter que les éventuelles démocraties qui succèdent à la dictature se débarrassent de cet héritage empoisonné ?
Ce documentaire inédit se penche avec sérieux sur la question. Longuement interrogés, les historiens Didier Musiedlak, Johann Chapoutot, Sabine Dullin et la juriste Sévane Garibian proposent des éclairages bienvenus selon les cas présentés. Car post mortem, tous les dictateurs ne se valent pas. Il y a ceux qui ont été vénérés plus ou moins longtemps après leur disparition (Lénine, Staline, Mao, Kim Jong-il). Ceux dont les restes ont été délibérément cachés ou dispersés (Hitler, Ceaucescu, Kadhafi). Ceux dont la postérité a été contrariée (Mobutu, Pinochet, Videla). Et, enfin, ceux dont les cas ont été « mal gérés » (Mussolini, Pétain, Franco, Saddam Hussein).
Des points de fixation
Fusillé à l’abri des regards mais lynché puis pendu par les pieds face aux caméras sur une place milanaise, Benito Mussolini est un cas intéressant. Le dictateur fasciste, qui régna sur l’Italie près d’un quart de siècle, est encore très présent des décennies plus tard dans la mémoire collective. « Pour beaucoup d’Italiens, le fascisme évoque la belle époque : celle de la puissance militaire, de l’empire colonial, de la ponctualité des trains », rappelle l’un des historiens. Conscientes des risques, les autorités cachèrent l’endroit où le Duce avait été enterré jusqu’en 1957. Une fois sa dépouille rapatriée dans la crypte de la chapelle familiale située dans le village de Predappio, le lieu est devenu très visité. On estime à environ 100 000 le nombre de visiteurs annuels, pour la plupart nostalgiques du fascisme.
Pour éviter de tels points de fixation, l’exil est une solution. Mort au Maroc en 1997, Mobutu, le sanguinaire dictateur du Zaïre, est enterré loin de chez lui et il est hors de question que sa dépouille revienne au pays. Postérité également contrariée pour les militaires dictateurs sud-américains : le chilien Pinochet a été incinéré, sa veuve craignant que sa tombe ne soit vandalisée. L’Argentin Videla, lui, n’a pu être enterré dans son village natal, les habitants s’y étant fermement opposés.
Le cas de Franco
Cas délicat à gérer, celui de Francisco Franco (1892-1975). L’immense mausolée que le Caudillo avait fait construire à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Madrid pour y reposer est rapidement devenu un lieu de pèlerinage avec messes solennelles et rassemblements de nostalgiques. Ambiguïté de l’héritage franquiste, ce bâtiment gigantesque se veut officiellement « lieu de réconciliation nationale », d’où la présence de tombes de militants franquistes mais aussi de républicains.
En juin, le nouveau gouvernement socialiste a décidé de retirer les restes du dictateur et de les transporter au cimetière familial privé, situé près de Madrid. Mais la puissante fondation Franco, dirigée par Carmen, la fille du dictateur, s’y oppose fermement. « Il règne autour des dictateurs un sentiment d’éternité, une négation de la mort. Les démocraties qui lui succèdent doivent se battre contre cet héritage empoisonné et rester vigilantes devant une menace jamais totalement éteinte », résume un historien.
Le Corps du dictateur, de José Bourgarel (Fr., 2017, 55 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Le groupe cède sa participation de 49 % dans le capital du label Tôt ou tard pour se concentrer sur le développement d’une nouvelle structure, Wagram Stories.
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Wagram Music se réorganise en opérateur global

Le groupe cède sa participation de 49 % dans le capital du label Tôt ou tard pour se concentrer sur le développement d’une nouvelle structure, Wagram Stories.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 12h13
    |

            Nicole Vulser








                        



                                


                            
Pour ses 20 ans, Wagram Music procède à une réorganisation en profondeur. Son président, Stéphan Bourdoiseau, a annoncé au Monde jeudi 27 septembre la cession de sa participation minoritaire de 49 % dans le capital du label Tôt ou tard (Lili Louise Musique, VF Musiques, Zouave) au groupe Believe pour « renforcer ses fonds propres ».
Cette opération — dont le montant n’a pas été communiqué — lui permet de créer Wagram Stories, une nouvelle structure dont le développement sera focalisé à la fois sur ses métiers d’origine, la production et l’édition musicales (Wagram Music et Wagram Publishing), mais aussi sur les spectacles (W Spectacles) ainsi que sur la production de films et de séries (Wagram Films) aussi bien que sur l’édition de livres sur la musique (Wagram Livres).
« Dans un monde de la musique en pleine mutation où les artistes s’autoproduisent de plus en plus, Wagram Stories a vocation à devenir un opérateur global de développement de musiques et d’artistes, investissant dans tous les supports de création qu’un projet musical peut porter », explique M. Bourdoiseau. Wagram Stories — nouvelle holding qui va agglomérer les filiales existantes — vise à apporter aux artistes « une forte valeur ajoutée, dans des secteurs où les compétences requises sont très spécifiques et les investissements significatifs », ajoute-t-il.
Ouverture de plusieurs bureaux à l’étranger
La maison qui soutient déjà Orelsan, M, The Dø, Dominique A, Katerine, Lilly Wood & The Prick, Aaron, Brigitte, Saez ou Corneille…, portés par ses cinq labels internes (Wlab, Cinq 7, 3e Bureau, Chapter Two, LaBréa) sera dotée d’une vingtaine de millions d’euros pour financer ce projet de croissance. Bénéficiaire depuis sa création, Wagram Music, l’un des plus importants groupes indépendants hexagonaux, revendique un chiffre d’affaires de 30 millions d’euros. La maison distribue les labels Beggars (Adèle, Radiohead, Ibeyi, Jungle…), Panenka,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ De la Philharmonie au futur siège du groupe Le Monde, Frédéric Chaume, artiste plasticien, croque les bâtiments en construction et le travail des ouvriers. Ses dessins seront exposés à l’Opéra Bastille pendant Le Monde Festival.
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                Il dessine la « vie de chantier » en hommage aux ouvriers


De la Philharmonie au futur siège du groupe Le Monde, Frédéric Chaume, artiste plasticien, croque les bâtiments en construction et le travail des ouvriers. Ses dessins seront exposés à l’Opéra Bastille pendant Le Monde Festival.

LE MONDE
                 |                 27.09.2018 à 11h40
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 11h42
                 |

            Gilles van Kote

















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Depuis une année, Frédéric Chaume, artiste et architecte, suit en dessins les étapes successives de la construction de l’immeuble qui accueillera les équipes du groupe Le Monde à l’automne 2019. Ses travaux seront exposés à l’Opéra Bastille pendant Le Monde Festival et présentés lors de la conférence « Imaginer le futur immeuble du Monde », dimanche 7 octobre, en présence du concepteur du nouveau bâtiment, l’architecte norvégien Kjetil Thorsen, et du président du directoire du groupe Le Monde, Louis Dreyfus.

© Frédéric Chaume 2018
Série Le Monde Austerlitz, Paris 13è, France
Fusain sur papier
   © Frédéric Chaume 2018
Série Le Monde Austerlitz, Paris 13è, France
Fusain sur papier



Comment cette passion pour les chantiers, au cœur de votre travail de dessinateur depuis plusieurs années, vous est-elle venue?
Frédéric Chaume : Par l’amour de l’architecture et du dessin, car c’est une façon de combiner les deux. Cela m’est venu en 2013 en découvrant les travaux de reconstruction du château de Berlin, où je séjournais. Je me suis mis à faire des croquis sur un carnet, sans intention particulière et pour le plaisir de dessiner. Le projet a mûri petit à petit. Il est d’ordre social : c’est une façon pour moi de m’impliquer dans la ville, d’y trouver une place particulière à travers ce que j’aime faire — dessiner. Ce ne sont pas les bâtiments eux-mêmes qui m’attirent, ce sont les rapports qu’ils développent avec le quartier environnant. Dans mon travail, je cherche à les mettre en présence, à les confronter, à les faire dialoguer.
« Ce ne sont pas les bâtiments eux-mêmes qui m’attirent, ce sont les rapports qu’ils développent avec le quartier environnant. »
Ce projet artistique, vous l’avez baptisé « Par la ville les chantiers ».
Il s’agit d’une référence à Par les villages, la pièce de théâtre de Peter Handke, dans laquelle est évoqué ce qu’est le véritable travail d’un ouvrier. Il y a dans cette œuvre une notion d’humilité très forte qui m’a beaucoup touché. Ce projet est le moteur de mon travail artistique au quotidien depuis cinq ans que j’ai commencé à dessiner sur des chantiers. Il est aussi pour moi une façon de restituer toute la beauté du travail préalable à l’émergence d’un nouveau bâtiment.

   


Vous avez notamment suivi le spectaculaire chantier du nouveau palais de justice de Paris, près de la porte de Clichy, puis celui de la Philharmonie de Paris.
J’ai été attiré par la quinzaine de grues qui s’y trouvaient au départ, puis j’ai pris contact avec le service communication de Bouygues, qui m’a permis d’avoir accès au chantier pendant un an et demi. Les grues, le quartier, la proximité du périphérique, le rapport à la ville, tout ça m’a parlé. Je ne savais même pas à quoi ressemblait le projet, mais il fallait que j’en témoigne. Pour la Philharmonie, j’ai été plus timide et je suis resté aux alentours. Un jour, à la radio, j’ai entendu quelqu’un qui avait fait des prises de son sur le chantier. Je l’ai contacté et cela a débouché sur une exposition commune.
Vous suivez des chantiers sur la durée. En quoi votre regard diffère-t-il de celui d’un photographe?
En restant longtemps sur les chantiers, on découvre des choses auxquelles on ne s’attendait pas. Il m’arrive de dessiner quand soudain un élément vient se juxtaposer aux autres. Le rapport au temps et à la matière est différent. Les notions de froid, de bruit ou d’humidité viennent dialoguer avec le travail des ouvriers, qui est dur. Qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige, il faut qu’ils soient là. Moi aussi.

   


A quelles techniques avez-vous recours ?
J’utilise essentiellement la pierre noire, le fusain, l’aquarelle et, de temps en temps, l’encre. Je choisis la technique pour que le dessin soit à la mesure du chantier, du bruit, de la poussière... Il faut qu’il y ait de la matière dedans. Ça peut paraître sale, mais c’est volontaire. Je veux restituer la vie du chantier, je ne cherche pas à faire un beau dessin. J’utilise très peu la photo, je travaille plutôt de mémoire. Le choix du matériau se fait en fonction du moment, de ce qu’il y a à représenter, des contraintes.
« Ça peut paraître sale, mais c’est volontaire. Je veux restituer la vie du chantier, je ne cherche pas à faire un beau dessin. » 
Qu’est-ce qui vous a attiré dans le projet de nouveau siège du groupe Le Monde ?
Beaucoup de choses, notamment la proximité de la Seine ou de la gare d’Austerlitz, qui attire des gens d’horizons divers, et le fait qu’une certaine mixité débarque dans ce quartier populaire. Que des journaux s’installent là, à la sortie de la gare, j’ai trouvé ça d’une grande force. Ça va grouiller de vie.
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« Cette passion pour les chantiers m’est venue en 2013 en découvrant les travaux de reconstruction du château de Berlin, où je séjournais. »

FRÉDÉRIC CHAUME POUR « LE MONDE »
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Par rapport à d’autres chantiers que j’ai dessinés, c’est complètement différent : il n’y a pas eu de travaux de fondation [l’immeuble est construit sur dalle], il n’y a pas de terre, quasiment que du métal jusqu’à présent. Cet immeuble me fait penser à la tour Eiffel du XXIe siècle. Quand on regarde les assemblages, c’est magnifique, ça donne une très belle ossature.
En quoi ce chantier est-il original à vos yeux ?
Ce qui est très beau à dessiner et à transcrire, et qu’on ne verra pas une fois le bâtiment terminé, ce sont les structures et les systèmes qui le portent. Et là, sur ce chantier, c’est très particulier et ingénieux. Le bâtiment est construit au-dessus de plusieurs voies de chemin de fer, ce qui engendre une logistique de mise en œuvre propre à ce chantier.
J’ai tenté de transcrire ces trames en dessin à plusieurs reprises. Surtout au début, quand il n’y avait presque rien. On voit comment le bâtiment va pouvoir être posé. Ensuite, le chantier se densifie et on le devine à peine… C’est comme un gros Lego de métal qui monte petit à petit grâce à l’orchestration réalisée avec les deux grues, qui soulèvent à la fois les engins de chantier, les nacelles et les éléments de structure… Cette vie de chantier est belle à dessiner.

© Frédéric Chaume 2018
Série Le Monde Austerlitz, Paris 13è, France
Fusain, pierre noire &amp; aquarelle sur papier
   © Frédéric Chaume 2018
Série Le Monde Austerlitz, Paris 13è, France
Fusain, pierre noire & aquarelle sur papier



Vous qualifiez votre travail d’« acte social ». Pouvez-vous développer ?
Le travail des ouvriers m’a toujours intéressé. Ce sont les bâtisseurs des villes. Ce qui m’importe, c’est de montrer l’émergence d’un bâtiment et de rendre hommage à ces travailleurs de l’ombre qui passent d’un chantier à l’autre.
Quand je travaillais principalement comme architecte, je regrettais de ne pas passer davantage de temps sur les chantiers. Comme artiste plasticien, je peux enfin le faire. Le dessin est aussi pour moi une façon de me rapprocher de l’architecture pure, qui était ce à quoi j’aspirais avant de faire une école d’architecture intérieure.
Comment les ouvriers du bâtiment vous considèrent-ils ?
Ils sont généralement contents de voir que je les dessine, que je représente leurs machines, un endroit où ils viennent de faire une soudure... Certains me demandent pourquoi je ne fais pas plutôt de la photo, car ce serait plus rapide !
Ce qui me touche et m’encourage, c’est quand s’exprime une reconnaissance de mon travail. Certains viennent me dire qu’ils vont monter une pièce de 14 tonnes la semaine suivante et que ce serait intéressant que je puisse être présent pour la dessiner.
« Le Monde » organise, dans le cadre du Monde Festival, une rencontre sur le nouveau bâtiment qui accueillera en 2019 les rédactions du groupe. Elle aura lieu dimanche 7 octobre de 11 h 30 à 13 heures dans l’amphithéâtre de l’Opéra Bastille. Les travaux de Frédéric Chaume feront parallèlement l’objet d’une exposition à l’Opéra Bastille.

Rendez-vous du 5 au 7 octobre au Monde Festival 2018 !
Aimer ! C’est le thème de la 5e édition du Monde Festival qui s’ouvre le 5 octobre à Paris avec le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda et son dernier film, Une affaire de famille, Palme d’or 2018 à Cannes. Deux autres films seront projetés en avant-première : Un amour impossible, de Catherine Corsini et, pour clôturer le festival, En liberté !, le nouvel opus de Pierre Salvadori.
Les 6 et 7 octobre, place aux débats : sur les nouvelles relations amoureuses (Le big data va-t-il tuer le hasard des rencontres ? Aux origines de #metoo ), les technologies (Intelligence artificielle et émotions : un amour de robot ? ) l’école (Donner l’envie d’apprendre, un jeu d’enfant ?) l’environnement (Pour l’amour de ma Terre, S’aimer comme des bêtes ), l’économie, les médias (Comment informer sous la présidence d’Emmanuel Macron ?), la politique (Y a-t-il une vie après la politique ? )...
Des rencontres exceptionnelles avec Barbara Hannigan, Juliette Armanet, la tribu Guédiguian, Chimamanda Ngozi Adichie, Mario Vargas Llosa, Charline Vanhoenacker, Pierre de Villiers, Pierre Hermé, Roberto Saviano, Kamel Daoud et bien d’autres...
Et samedi soir, rendez-vous à La Nuit de l’amour  aux théâtre des Bouffes du Nord, avec André Comte-Sponville, Barbara Cassin, Carolin Emcke...
Retrouver la programmation du festival et acheter vos billets.
Revoir les moments forts et les vidéos des éditions précédentes.




Gilles van Kote
    













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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ La construction du nouvel immeuble du groupe Le Monde a été croquée par l’artiste Frédéric Chaume. Ses dessins seront exposés à l’Opéra Bastille pendant Le Monde Festival, du 5 au 7 octobre.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Dix ans après sa nomination à l’Opéra de Paris, le directeur musical livre un premier bilan.
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Philippe Jordan, chef d’orchestre : « La France est le pays qui m’a fait confiance »

Dix ans après sa nomination à l’Opéra de Paris, le directeur musical livre un premier bilan.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 08h02
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 08h35
    |

                            Marie-Aude Roux








                        



                                


                            

Nommé directeur musical de l’Opéra de ­Paris à l’âge de 35 ans, le chef d’orchestre suisse Philippe Jordan aborde sa dixième saison lyrique parisienne. A son actif en ce début de saison, des productions marquantes, telles la reprise du ­Tristan et Isolde, de Bill Viola et ­Peter Sellars, mais aussi la création de l’opéra de Michael Jarrell, Bérénice, sans oublier Les Troyens, de Berlioz, qui ouvriront 2019 dans une version signée Dmitri Tcherniakov. Nous avons pu rencontré cet homme pressé, qui fait régulièrement depuis 2014 et sa nomination à la tête des Wiener Symphoniker les allers-retours avec Vienne, où il s’installera en 2020 comme Kapellmeister de la prestigieuse maison d’opéra autrichienne.

Vous quitterez Paris en 2021 après avoir pris votre poste de directeur musical à l’Opéra de Vienne. Que vous inspirent d’ores et déjà vos dix ans dans nos murs ?
J’aurai beaucoup de mal à partir. Je me sens bien dans cette maison, avec ces musiciens, et j’aime vivre à Paris. Sans parler du public, qui m’a toujours encouragé et soutenu. La France restera le pays qui m’a fait confiance. Avec l’orchestre, nous avons accompli un vrai travail de fond, en acceptant de vivre des moments parfois inconfortables. Mais en douze ans, j’aurai tout donné, et il sera temps pour eux de passer à autre chose.

Pensez-vous que votre ­expérience parisienne ­apportera quelque chose à l’Opéra de Vienne ?
Paris et Vienne sont deux grandes maisons, dont il faut respecter l’identité et l’histoire. On peut faire des réformes, mais pas de révolution. A la différence de Paris, où l’on se débarrasse d’une production qui ne marche pas, le répertoire viennois et ses quelque 120 titres sont programmés en permanence. Tout en instruisant une nécessaire évolution de la vision esthétique, ma responsabilité sera de veiller à la pérennité du modèle viennois.
La...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Dans « La Philosophie devenue folle », le philosophe et historien des sciences souligne les dérives de quelques penseurs anglo-saxons influents.
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Jean-François Braunstein contre les Docteurs Folamour de la philosophie

Dans « La Philosophie devenue folle », le philosophe et historien des sciences souligne les dérives de quelques penseurs anglo-saxons influents.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 10h24
    |

                            Elisabeth Roudinesco (Historienne et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Philosophie devenue folle. Le genre, l’animal, la mort, de Jean-François Braunstein, Grasset, 400 p., 20,90 €.

Disciple de Georges Canguilhem (1904-1995), philosophe et historien des sciences, professeur à la Sorbonne, Jean-François Braunstein s’en prend, dans La Philosophie devenue folle, ouvrage salutaire, fort bien documenté, aux dérives des penseurs du monde universitaire anglophone qui, au nom du progrès, de l’égalité ou de l’altruisme, prétendent abolir les frontières entre les sexes, entre les animaux et les hommes, entre la vie et la mort.

Il attaque les plus célèbres d’entre eux : Judith Butler, Peter Singer, John Money, Anne Fausto-Sterling, Donna Haraway… Très éloigné des réactionnaires, il ne condamne pas l’intérêt légitime que la société occidentale porte à l’identité, à la souffrance animale ou aux manières de mourir sans douleur. Mais c’est avec fureur et humour qu’il fustige ces professeurs de haut niveau, inventeurs de discours insensés. D’où une galerie de portraits sortis tout droit d’un roman de Kafka.
John Money, le genre sans le sexe
Braunstein retrace d’abord l’itinéraire de John Money (1921-2006), psychologue d’origine néo-zélandaise convaincu que le sexe anatomique n’aurait aucune incidence sur l’identité subjective. Seul comptait à ses yeux le rôle social : le genre sans le sexe. Il suffirait donc, selon lui, d’élever un garçon comme une fille et réciproquement pour que l’un et l’autre acquièrent une identité différente de leur anatomie.
En 1966, il croit trouver un cobaye pour valider sa thèse en la personne de David Reimer, âgé de 18 mois, dont le pénis a été brûlé lors d’une opération ratée, à la suite d’un phimosis. Sur les conseils de Money, ses parents autorisent une ablation des testicules. Ils lui donnent un prénom de fille et l’élèvent comme tel.
A l’adolescence, pourtant, David se sent homme. Il se fera opérer pour...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Le metteur en scène bouscule le roman de Dostoïevski aux Ateliers Berthier de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, à Paris.
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Théâtre : les « Démons » échevelés de Creuzevault

Le metteur en scène bouscule le roman de Dostoïevski aux Ateliers Berthier de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, à Paris.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h31
   





                        



                                


                            
Par Joëlle Gayot

Sylvain Creuzevault adapte et met en scène Les Démons, de Dostoïevski. A 36 ans, cet artiste intransigeant, qui a fait le choix de quitter Paris pour s’installer en Haute-Vienne, contracte en quatre heures un roman de plus de mille pages. Autant dire qu’il a trié, démonté, remonté, sacrifié, bref choisi, avec l’appui d’une troupe de comédiens fidèles (parmi lesquels les remarquables Arthur Igual et Léo-Antonin Lutinier) ou fraîchement débarqués (Nicolas Bouchaud, Valérie Dréville et Sava Lolov notamment) ce qui, dans ce récit publié en 1872, est devenu le sel d’un spectacle éruptif et haletant proposé aux Ateliers Berthier de l’Odéon-Théâtre de l’Europe.

Dans ce même lieu, en 2006, Sylvain Creuzevault mettait en scène avec aplomb Baal, une pièce de jeunesse de Brecht. Cette proposition témoignait d’entrée de jeu d’une totale liberté d’être, de penser et de faire.

Ce geste inaugural sera suivi de créations à fleur de peau, portées par des acteurs rompus à l’improvisation qui n’économisent ni leurs mots ni leur corps. L’artiste veut en découdre avec l’histoire et la politique. Qu’il monte Brecht, s’empare de Marx (Le Capital), affronte Faust (Angelus Novus Anti Faust), il provoque le débat, questionne l’homme, ses choix et ses actes. Il fait de la dialectique un préalable à son travail, quitte pour cela à paraître hermétique au public. Il aime le frisson du free-style, n’hésite pas à rebattre les cartes des spectacles jusqu’à leurs dernières minutes. A chaque fois, il semble remettre sur le tapis sa raison même de faire du théâtre.

Certains ne manqueront pas de dire, devant ces Démons échevelés, qu’il trahit Dostoïevski. Qu’à trop le malmener, il l’outrage, voire le blasphème, à coups d’insertions contemporaines – il est question du glyphosate – ou d’impuretés textuelles qui n’ont plus rien d’originelles – un brillant pamphlet d’Adorno...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ « L’Ame désarmée », charge du philosophe (mort en 2002) contre le déclin culturel et best-seller surprise il y a trente ans, est réédité dans sa version intégrale.
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Allan Bloom, l’étincelant antimoderne

« L’Ame désarmée », charge du philosophe (mort en 2002) contre le déclin culturel et best-seller surprise il y a trente ans, est réédité dans sa version intégrale.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 10h45
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
L’Ame désarmée. Essai sur le déclin de la culture générale (The Closing of the American Mind), d’Allan Bloom, préface de Saul Bellow, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Paul Alexandre et Pascale Haas, Les Belles Lettres, 500 p., 19 €
Lorsque paraît aux Etats-Unis, en 1987, l’essai du philosophe et critique ­Allan Bloom (1930-1992) The Closing of the American Mind (« L’esprit américain cloisonné »), cet ouvrage en forme d’électrochoc va instantanément devenir un de ces livres butoirs qui marquent une époque et servent de source d’inspiration aux amateurs de crépuscule.
Allan Bloom y décrit le déclin inexorable des humanités, des sciences humaines et de la ­ « culture générale » dans les universités américaines. Il dénonce le cynisme désenchanté de ses étudiants soumis à un égalitarisme et un féminisme dévoyés, il exècre le remplacement de Socrate par Mick Jagger, de l’amour par le sexe, de la raison par la musique, de l’art par la culture et, surtout, du bien commun par le relativisme des valeurs. Le nietzschéisme d’une certaine gauche intellectuelle française incarnée par Foucault ou Derrida, à la veille d’investir les campus américains, le révolte. Elle aurait troqué un marxisme défait pour la fascination de la violence ou de l’engagement pour l’engagement.
Humour parfois amer
La charge est donnée dans un style excessif et étincelant, drôle quand le fer atteint les ridicules de l’élite académique. Cet humour parfois amer a évité de virer à la ritournelle antimoderne, à l’antienne (néo) conservatrice voire réactionnaire.
Phénoménal succès de librairie (plus de 1 million d’exemplaires vendus outre-Atlantique), il se voit traduit en français l’année même de sa publication, sous le titre quelque peu énigmatique de L’Ame désarmée (Julliard, 1987) et amputé du début de la troisième partie, qui était consacré à une longue lecture de Tocqueville et à une évocation...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ « Résistances à l’impôt, attachement à l’Etat », une enquête fouillée du sociologue Alexis Spire sur les Français et l’impôt, met en évidence un nouveau fossé entre classes populaires et moyennes/supérieures.
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Contribuables qui pleurent, contribuables qui rient

« Résistances à l’impôt, attachement à l’Etat », une enquête fouillée du sociologue Alexis Spire sur les Français et l’impôt, met en évidence un nouveau fossé entre classes populaires et moyennes/supérieures.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 10h20
    |

                            Gilles Bastin (Sociologue et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Résistances à l’impôt, attachement à l’Etat. Enquête sur les contribuables français, d’Alexis Spire, Seuil, 294 p., 22 €.

Aucun sujet n’illustre aussi bien notre ambivalence face à l’Etat que celui de l’impôt. Il n’est pas inhabituel d’aimer les forces de l’ordre un jour et de les détester le lendemain, ou de chérir l’école républicaine en paroles et de la fuir quand l’occasion se présente… De nombreuses politiques publiques sont aujourd’hui au cœur de ce type de conflits intimes.
En revanche, l’impôt qui sert à les financer toutes suscite, comme le montre l’enquête très fouillée qu’a menée le sociologue Alexis Spire pour écrire Résistances à l’impôt, attachement à l’Etat, et déjà auteur, avec Nicolas Delalande, d’Histoire sociale de l’impôt (La Découverte, 2010), un rejet constant, dont il souligne le caractère paradoxal.
En effet, l’emprise publique sur le revenu des Français n’a cessé de s’étendre, sans heurt, après la seconde guerre mondiale, pour financer la protection sociale et les investissements publics. Pourtant, c’est depuis que cette emprise a commencé à régresser, à partir des années 1980, que nous assistons à un véritable carnaval fiscal.
L’impôt, désormais, est omniprésent dans les médias, qui focalisent l’attention du public sur sa partie la plus douloureuse pour beaucoup, mais pas la plus importante, l’impôt sur le revenu, ou mettent en lumière les pratiques frauduleuses et autres « phobies » fiscales des membres des élites économiques et politiques. Il descend parfois dans la rue comme lors du mouvement des « bonnets rouges » bretons de 2013, opposés à l’augmentation des taxes écologiques sur les véhicules de transport. Tant que l’Etat social se construisait en augmentant les impôts, il recueillait le consentement de ses citoyens ; depuis qu’il se retire au profit du marché, le ressentiment se généralise.
Aux guichets de l’administration
Pour...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ La chronique d’Alexandre Jollien, à propos des « Mains du miracle », de Joseph Kessel, lu par Michel Vuillermoz.
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A l’oreille. Intelligence avec l’ennemi

La chronique d’Alexandre Jollien, à propos des « Mains du miracle », de Joseph Kessel, lu par Michel Vuillermoz.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h30
    |

                            Alexandre Jollien (Philosophe)








                        



                                


                            
Les Mains du miracle, de Joseph Kessel, lu par Michel Vuillermoz, Gallimard, « Ecoutez lire », 21,90 €.

Lire, prêter l’oreille, se laisser bercer par un texte, osons le néologisme licouter une œuvre, exige une sacrée ascèse quand l’esprit bat si facilement la campagne… Le défi, aride parfois, consiste à revenir comme en une méditation à la voix, à s’abandonner aux rythmes, à la musicalité des périodes sans perdre le fil. Et, alors, le charme opère, le miracle advient, ou non. Quand l’interprète devient passeur, alors il nous guide comme par la main dans un univers où nous débarquons avec une infinie reconnaissance, au cœur même du génie d’un écrivain. C’est assurément la prouesse qu’accomplit Michel Vuillermoz, sublime lecteur des Mains du miracle, de Joseph Kessel (Gallimard, 1960).
Quand on découvre ce récit stupéfiant, inouï, complètement invraisemblable, on ne peut s’empêcher d’aller vérifier si cette histoire trop belle pour être crue n’est pas comme l’Iliade, Don Quichotte ou Le Comte de Monte-Cristo, une fiction. Incroyable mais vrai ! Oui, le docteur Felix Kersten a existé pour de bon. Oui, de ses mains expertes il a palpé, pour le soulager de terribles crampes au ventre, le corps de Heinrich Himmler (1900-1945), l’impitoyable chef de la Gestapo, l’organisateur forcené de la solution finale, le suppôt d’Adolf ­Hitler. Véridique, aussi ! Ce médecin débonnaire aurait bien, grâce à une ingéniosité sans pareil, obtenu du diable en personne qu’il libère des milliers de détenus promis aux chambres à gaz, qu’il s’abstienne, dans un acte d’ultime folie, de dynamiter les camps de concentration… Cinq années durant, il se serait activé au chevet de Himmler, lui prodiguant massages, apportant une trêve, une détente physique et psychique à cet être à la cruauté systématique.
Quand le monstre cède
Ce héros, fin, malin, ce saint laïque, rusé, génial, confident...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos d’« Au jour du grand passage, que ferez-vous de votre corps ? », de Michel Hulin et Jean-Philippe de Tonnac.
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Figures libres. Et votre cadavre, on en fera quoi ?

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos d’« Au jour du grand passage, que ferez-vous de votre corps ? », de Michel Hulin et Jean-Philippe de Tonnac.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 10h17
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Au jour du grand passage, que ferez-vous de votre corps ?, de Michel Hulin et Jean-Philippe de Tonnac, Le Bois d’Orion, 270 p., 22 €.

Longtemps, pareille question ne fut même pas pensable. Le sort des dépouilles était fixé une fois pour toutes. Dans chaque société, les rites, mythes et croyances ne laissaient nulle place aux décisions individuelles. L’Egypte antique conservait du corps mort tout ce qui pouvait l’être. L’Inde, au contraire, le consumait entièrement.
Les monothéismes inhumaient les défunts dans l’attente d’une résurrection finale. En dépit de la diversité des systèmes religieux et des pratiques funéraires qui leur étaient liées, ce point central demeurait : tout était prévu, rien n’était à choisir. Voilà qui a changé.
Décisions personnelles
Car la mort, désormais, est « un sujet neuf ». En tout cas en France, et bien sûr en Europe, et même dans tout l’Occident. En peu de temps, la crémation est devenue un phénomène de masse. Les chiffres nationaux sont impressionnants : 0,44 % en 1974, 32 % en 2013, bien plus aujourd’hui puisque le phénomène ne cesse de croître. Dans les grandes villes françaises, il y a déjà plusieurs années que les « crématisés » sont plus nombreux que les « inhumés ».
Or il s’agit bien, à présent, de décisions personnelles. Mais sur quoi au juste sont-elles fondées ? Comment sont-elles motivées ? Ces interrogations fournissent la trame d’un beau dialogue entre deux personnalités attachantes, le philosophe et indianiste Michel Hulin et Jean-Philippe de Tonnac, journaliste et écrivain.
L’un veut être incinéré, l’autre inhumé. Chacun, en cherchant à formuler les raisons de sa préférence, expose des pans d’enfance, livre des émotions. Ce que fait voir à merveille ce long entretien sans fard, c’est d’abord combien ce choix engage les fragilités et forces les plus intimes.
Longtemps avant d’être un grand connaisseur des doctrines indiennes,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Quatre questions à l’auteur de « La Philosophie devenue folle ».
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Jean-François Braunstein : « Une incapacité à penser la limite »

Quatre questions à l’auteur de « La Philosophie devenue folle ».



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 09h09
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
L’auteur de La Philosophie devenue folle. Le genre, l’animal, la mort (Grasset, 400 p., 20,90 €) fait état de sa surprise à la lecture attentive des intellectuels qu’il pourfend dans son livre.
Pourquoi avoir choisi, parmi d’autres possibles, les trois domaines que vous traitez dans « La Philosophie devenue folle » ?
L’identité sexuelle, la différence avec l’animal, la question de la mort : nous nous posons tous ces questions. Je connaissais vaguement les théories qui ont émergé à leur égard mais, à force d’observer ces débats « sociétaux » où personne ne débat, parce que tout le monde est d’accord, j’ai eu envie d’aller voir de plus près. Cela a été une pêche miraculeuse, si je peux dire. Ce que j’ai trouvé était absurde, ou totalement ridicule, ou très violent. Ce sont des pensées qui relèvent, comme le dirait Canguilhem, d’une « brutalisation » de l’humanité.
Vous vous en tenez, pour l’essentiel, à des auteurs anglophones…
Le fournisseur est plus intéressant que l’importateur. J’ai préféré analyser la production des penseurs essentiels, souvent fondateurs de ces courants. Il y a en France des gens qui reprennent Peter Singer, Judith Butler ou Donna Haraway, mais ce n’est pas très créatif. Et, au passage, ils effacent souvent le pire – les histoires de zoophilie ou ce qui est dit sur l’euthanasie des handicapés. Ils prétendent que leurs adversaires ont exagéré. Or ces positions sont centrales et affirmées sans aucune gêne. Singer revient sans cesse, par exemple, sur la supériorité de certains animaux par rapport aux humains subissant un handicap mental.
Vous tendez à rassembler l’ensemble de ces courants sous une même bannière. Quels principes les réunissent ?
Ils ont notamment en commun une incapacité à penser l’altérité, la différence, la limite – la résistance du réel. Ils se réclament souvent de ­Michel Foucault [1926-1984], mais lui avait...




                        

                        


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<filnamedate="20180927"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180927"><AAMMJJHH="2018092719">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Hiver 1968, Colorado. Chasse aux détenus en fuite dans un blizzard propice à la détresse. « Evasion », de Benjamin Whitmer, sombre et violent.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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Roman noir. Des salopards par douzaines

Hiver 1968, Colorado. Chasse aux détenus en fuite dans un blizzard propice à la détresse. « Evasion », de Benjamin Whitmer, sombre et violent.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h15
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                            Macha Séry








                        



                                


                            
Evasion (Old Lonesome), de Benjamin Whitmer, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jacques Mailhos, préface de Pierre Lemaitre, Gallmeister, 416 p., 23,80 €.

Tant pis pour l’incongruité, on ne saurait le dire autrement : il y a, en peinture, l’« outrenoir » de Pierre Soulages et, en littérature, celui de Benjamin Whitmer, pareillement incisé d’éclats de lumière. Ici et là, une même palette monochrome aux riches nuances et un même refus de l’anecdote. L’effet produit par le noir whitmérien est d’une teinte moins spirituelle, plus tragique en ce sens qu’il résulte d’une fatalité dénuée d’espoir. Ce qui, sous la plume du romancier américain, se résume ainsi : « Ce monde n’est pas fait pour que vous vous en évadiez. Ce monde est fait pour tenir votre cœur captif le temps qu’il faut pour le broyer. » En guise de démonstration, rien de plus efficace qu’une détonation. Celles-ci pétaraderont dans Evasion, le troisième roman de l’écrivain.
Car en 1968, le Colorado, c’est toujours le Far West, c’est-à-dire une terre chaotique où, pour tout changement en deux siècles, les voitures ont remplacé les chevaux, et la marijuana, la culture du maïs. Les habitants occupent des bicoques insalubres. Ils bavent du jus de chique. Ils se saoulent au whiskey. Ils injurient les « négros » et les « hippies ». Malingres sont leurs enfants.
Empreintes dans la neige
Au soir du réveillon, douze détenus s’évadent de la prison d’Etat qui forme le centre névralgique d’Old Lonesome, bourgade cernée par les montagnes et le blizzard. La nouvelle se répand par radio, suivie d’annonces liées à la capture ou la mort des fugitifs qui se cachent, en attendant que le vent et la neige faiblissent. Partis pour un scoop, un rédacteur et un photographe de presse participent à la chasse à l’homme. Quelle que soit l’époque, le genre qui se prête le mieux à cette épure d’intrigue demeure le western, avec...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ L’écrivaine syrienne Samar Yazbek évoque l’horreur de la guerre civile avec une saisissante lucidité dans son roman « La Marcheuse ».
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La petite princesse de la Ghouta

L’écrivaine syrienne Samar Yazbek évoque l’horreur de la guerre civile avec une saisissante lucidité dans son roman « La Marcheuse ».



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h15
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                            Eglal Errera (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Marcheuse (Al-Machâ’a), de Samar Yazbek, traduit de l’arabe (Syrie) par Khaled Osman, Stock, « La cosmopolite », 304 p., 21 €.

Le malheur isole. Il rend invisible. Même lorsqu’il frappe aux yeux de tous, devant les médias du monde entier, comme c’est le cas, depuis 2011, pour la guerre civile en Syrie. Jusqu’où serons-nous affectés ? A quel moment l’émotion et la solidarité sont-elles remplacées par l’indifférence et l’oubli ? Ces questions sont au cœur du travail de l’écrivaine syrienne Samar Yazbek (née en 1970, à Lattaquié), à qui son opposition active au régime de Bachar Al-Assad a d’abord valu menaces et emprisonnement, avant de la contraindre à l’exil. Son précédent ouvrage, Les Portes du néant (Stock, 2016), retraçait les trois périlleux voyages clandestins qu’elle a effectués, en 2012 et 2013, dans les zones de combats les plus violents de son pays. Un témoignage d’une force d’évocation extrêmement puissante.
Parole et mouvements entravés
Aujourd’hui, Samar Yazbek va plus loin encore. S’aventurant jusqu’au plus intime, elle renoue avec le roman, sa vocation première (Un parfum de cannelle, Buchet-Chastel, 2013). Parmi l’ensemble des ouvrages qui nous parviennent de Syrie ou de la diaspora, elle fait entendre un timbre inédit, qui mêle l’absolu réalisme et le merveilleux. Rima, la narratrice de La Marcheuse, est muette. Elle n’entend le son de sa voix qu’en de très précises occasions : quand elle cantille le Coran, lit à voix haute Le Petit Prince, de Saint-Exupéry (1943), ou lorsqu’elle crie ou gémit parce qu’elle a mal ou peur. Elle est aussi affublée d’une étrange manie : elle ne peut s’empêcher de marcher : « Mon cerveau se trouve dans la partie inférieure de mon corps et je ne peux interrompre cette bougeotte agaçante de mes pieds. » Alors, depuis sa petite enfance, Rima vit, le poignet attaché à un meuble ou au bras de sa mère. Parole et mouvements...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Un viol et sa vengeance : c’est « Pêche », premier roman fiévreux de la Britannique Emma Glass.
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Emma Glass chante le corps meurtri

Un viol et sa vengeance : c’est « Pêche », premier roman fiévreux de la Britannique Emma Glass.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 14h55
    |

                            Maylis Besserie (Collaboratrice du "Monde des livres")








                        



                                


                            
Pêche (Peach), d’Emma Glass, traduit de l’anglais par Claro, Flammarion, 128 p., 14 €.

Le viol de Pêche est passé inaperçu. Papa, maman et les autres n’ont rien vu : ni la plaie qu’il a fallu recoudre soi-même, ni le ventre qui grossit comme la haine, ni la menace qui s’est installée comme un halo au-dessus d’elle. Si Pêche, emmêlée dans des « salades de mots », n’a rien pu dire, la vengeance, elle, a fait son nid dans les plis de sa chair douloureuse.
Pour ce premier roman, la Britannique Emma Glass puise dans la musique des mots les armes pour faire résonner ce qui est passé sous silence et en écrire la suite. Les violences sexuelles ont ici précédé l’intrigue. Que peut-il advenir après coup ? Dans le nouvel espace-temps du traumatisme jaillit un langage du corps, effroyable, que l’auteure convertit en poésie. Lorsqu’elle parle du corps souffrant, Emma Glass, infirmière de profession, sait de quoi il est question.
Le corps de Pêche est lieu de l’intrigue
« Poisse épaisse poisseuse empoissant la laine lourde engluée dans les plaies (…). » Les mots d’Emma Glass (traduits par Claro, feuilletoniste du « Monde des livres ») claquent comme le corps de son héroïne. Des impressions qui slament dans le tourbillon qui a envahi Pêche « après ». Son corps meurtri est devenu l’outil de mesure du monde. Tout n’est que sensations et odeurs. Un épiderme qui flaire, réagit. Le corps de Pêche est partout, dans chaque mot, chaque geste. Il est le lieu de l’intrigue. Son corps et celui des autres. Des corps comme des voiles, derrière lesquels se cache toujours le monstre qui rôde. « L’homme saucisse », viande indigeste qui la poursuit jusqu’au fond de son assiette. Une graisse qui colle à la peau de Pêche, s’insinue dans la pénombre et « réveille des ombres pareilles à des araignées ».
Emma Glass contourne l’analyse, elle exhibe un corps qui parle, et ses évocations...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Romans, récits, nouvelles, histoire, bande dessinée, fantasy, science-fiction, enfance, humour… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 28 août 2018.
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La rentrée littéraire en bref

Romans, récits, nouvelles, histoire, bande dessinée, fantasy, science-fiction, enfance, humour… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 28 août 2018.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 09h08
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                            François Angelier (Collaborateur du « Monde des livres »), 
Clément Martel, 
Frédéric Potet, 
                                Vincent Azoulay (Historien et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Pierre Karila-Cohen (Historien et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Pierre Deshusses (Collaborateur du « Monde des livres »), 
Raphaëlle Leyris, 
                                Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Macha Séry, 
                            Zoé Courtois (Collaboratrice du « Monde des livres ») et 
                            Eric Loret (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            Humour. Pur Choron
Vous me croirez si vous voulez. Mémoires de guerre et d’humour, du Professeur Choron, avec Jean-Marie Gourio, Wombat, « Les intempestifs », 300 p., 22 €.
Les souvenirs de Georges Bernier (1929-2005) – alias Professeur Choron depuis que, avec François Cavanna (1923-2014), il avait cofondé Hara-Kiri (1960) puis Charlie Hebdo (1970) –, ont été rassemblés par Jean-Marie Gourio, son fils spirituel. ­Celui-ci l’a enregistré soir après soir. Aussi ces Mémoires restituent-ils sa faconde joyeuse, son inventivité langagière, son énergie. Dans sa belle préface, Gourio qualifie Choron d’« ogre de douceur qui n’a pas peur de prendre des coups ». Et des coups, l’existence s’est chargée d’en asséner à ce fils d’un ­garde-champêtre : les galères d’une enfance prolétaire, les quatre ans passés en Indochine comme engagé volontaire, l’alcoolisme, la tuberculose, les interdictions administratives à répétition qui ont frappé la presse satirique… A cela, Choron opposa une « puissance de feu en liberté », une pugnacité sans pareil et un culte pétillant de l’amitié. M. S.
Fantasy. Syffe s’en va en guerre
La Peste et la Vigne. Le cycle de Syffe II, de Patrick K. Dewdney, Au diable vauvert, 608 p., 23 €.
Que faire lorsque la vie vous submerge avec la délicatesse d’un torrent en crue ? Courber l’échine et avancer. Voilà le sort de Syffe, orphelin au sang-mêlé aux prises avec un monde « retourné à l’envers ». Un postulat à l’origine de nombreux ouvrages de fantasy, mais le récit de Patrick K. Dewdney se distingue par son ampleur narrative.
Influencé par Tolkien et Robin Hobb – il a écrit un mémoire sur les littératures de l’imaginaire et la contre-culture du XXe siècle – l’Anglais installé en France délaisse la théorie pour la pratique avec son ambitieux Cycle de Syffe, dont il livre le deuxième volet après L’Enfant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Au Sénégal, en France, où qu’ils vivent, les protagonistes de « Je suis quelqu’un » se cherchent des origines – et se retrouvent. Un beau premier roman.
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Pour Aminata Aidara, tous les chemins mènent à Dakar

Au Sénégal, en France, où qu’ils vivent, les protagonistes de « Je suis quelqu’un » se cherchent des origines – et se retrouvent. Un beau premier roman.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h00
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                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Je suis quelqu’un, d’Aminata Aidara, Gallimard, « Continents noirs », 368 p., 21,50 €.

Intranquilles, les personnages de Je suis quelqu’un se déplacent d’un havre ou d’un pays à l’autre. Ils laissent des messages, envoient des lettres, consignent leurs réflexions dans un journal intime, ressassent leurs inquiétudes en marchant. A l’origine de cette agitation, il y a, entre autres, un secret de famille. Le pire de tous. Celui que l’on a toujours su et que l’on s’est efforcé de transformer ou d’enfouir. Mais dont la sourde menace pèse, sans relâche.
Il nous est révélé dès l’abord du roman, quand Estelle rencontre son père dans un café, à Paris. Il lui apprend l’existence et la mort du bébé que la mère de la jeune femme, Penda, a eu avec un autre, du temps où tous vivaient à Dakar. Et réveille ainsi des souvenirs. Au même instant, Penda balaye le sol d’un lycée de banlieue en songeant à ce qu’elle va écrire à Eric. L’amant inconstant, rencontré au Sénégal, la raison de son départ précipité pour Paris avec ses filles, onze ans plus tôt. Cet homme qui n’a, sans doute, jamais aimé que lui-même est le père de Jamal, qu’on lui a enlevé, dit-elle, une semaine après sa naissance. Puis, elle ouvre le coffre qui contient ce qui reste de son fils – il aurait 16 ans aujourd’hui.

Une langue flamboyante
« Le fils de l’Autre » est-il mort ou a-t-il disparu ? L’ouverture de l’admirable premier roman d’Aminata Aidara nous met sur la mauvaise piste. Tout comme l’arbre généalogique en première page, qui décrit une famille dispersée entre le Sénégal, la France et, dans une moindre mesure, l’Italie. Je suis quelqu’un n’est pas qu’un récit à énigme, encore moins une saga familiale. Le secret n’est qu’une manière de mettre en branle une réflexion sur la double identité et les multiples quêtes que l’on reçoit en héritage : la recherche des origines, d’un lieu où revenir, et d’un art...




                        

                        

