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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Jean-Paul Ciret, codirecteur de l’Observatoire de la culture de la Fondation Jean-Jaurès dresse un bilan mitigé de l’opération de Stéphane Bern dans le cadre de sa mission pour la défense du patrimoine.
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Loto du patrimoine : « Aucune idée nouvelle n’a été apportée »

Dans une tribune au « Monde », Jean-Paul Ciret, codirecteur de l’Observatoire de la culture de la Fondation Jean-Jaurès dresse un bilan mitigé de l’opération de Stéphane Bern dans le cadre de sa mission pour la défense du patrimoine.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 16h17
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 16h33
    |

Jean-Paul Ciret (Codirecteur de l'Observatoire de la culture de la Fondation Jean-Jaurès)







                        



   


Tribune. Le premier tirage du « Loto du patrimoine » a rendu son verdict : 14 millions d’euros ont été misés. Ce qui permettra à la Fondation du patrimoine de recevoir 3,5 millions d’euros, alors que le seul joueur ayant trouvé tous les bons numéros ramassera pour sa part 13 millions d’euros.
Du côté du jeu de grattage, auquel il est encore possible de participer pendant quatre mois, 2,5 millions de tickets ont déjà été vendus (sur 12 millions émis) soit un gain de 3,8 millions pour la Fondation. En cette fin septembre l’opération « loto du patrimoine » a donc permis de dégager 7,3 millions d’euros au bénéfice de monuments en péril. Rappelons que la Fondation du patrimoine reçoit 0,72 euro par mise de 3 euros et 1,52 euro par ticket de 15 euros.
La Française des jeux et le président de la République se félicitent de ce résultat. Preuve de l’attachement des Français à leur patrimoine, les mises auraient été de 30 % supérieures à un tirage moyen. S’agissant d’un tirage exceptionnel, il faudrait pourtant le comparer à un autre tirage exceptionnel comme celui d’un vendredi 13, par exemple, sachant qu’en 2013 le vendredi 13 septembre les Français avaient misé, selon le magazine Challenge, 30 millions d’euros de plus que lors d’un tirage habituel !
Impasse prévisible
Quoi qu’il en soit, l’objectif de 20 millions d’euros reste atteignable à condition que, dans les quatre mois, les dix millions de tickets restants trouvent preneurs. Dans ces conditions, le gain total pour la Fondation sera d’environ 22 millions, soit un peu plus que l’objectif fixé, mais assez loin des sommes nécessaires aux deux cent cinquante monuments prioritaires et aux dix-huit jugés emblématiques qui illustrent les tickets du jeu de grattage. Les besoins de ces derniers sont estimés à près de 20 millions d’euros.

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Si les gains du Loto devaient couvrir la totalité des coûts, il ne resterait plus que 2 millions pour les deux cent cinquante autres ! Les travaux de restauration de l’aqueduc romain du Gier, sur les communes de Chaponost et de Sainte-Foy-lès-Lyon (Rhône), sont estimés à plus de 3 millions d’euros. Or l’on sait déjà que les deux communes ne recevront que 200 000 euros au titre du Loto. Une première annonce qui risque de devenir règle générale.
L’impasse était prévisible dès le départ puisque les deux cent cinquante projets nécessitaient environ 50 millions d’euros, bien au-dessus des prévisions de gains de la Française des jeux. Il y a donc deux façons traditionnelles d’analyser ces résultats.
La première consiste à se réjouir de ces 20 millions, qui sont mieux que rien et qui, au lieu de se noyer dans le budget général de l’Etat, serviront effectivement à une cause bien identifiée ; à se réjouir également de ce coup de projecteur qui ne peut qu’être utile à la cause des monuments.
Trois préalables
La seconde rappelle que l’Etat aurait très bien pu dégager cette somme de son budget général sans avoir à recourir à une opération spéciale et qu’il y a d’autres façons de sensibiliser l’opinion que de recourir à un jeu de hasard. Les deux s’entendent, reste que maintenant il faut pouvoir progresser pour éviter dans un an de reprendre le même débat.
Si l’on veut réellement progresser, il faut alors pouvoir lever trois préalables.
Le premier serait de mieux cerner les objectifs. Faut-il trouver des recettes complémentaires pour les monuments anciens y compris ceux qui bénéficient de mesure de protection ? Ou bien, faut-il mettre en place des dispositions spéciales pour des bâtiments que la puissance publique ne considère pas comme prioritaires mais qui, sans pouvoir attirer de nombreux touristes, méritent d’être sauvegardés au titre d’une mémoire et d’une histoire locale ?

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En refusant de choisir et en proposant une liste de bénéficiaires où l’Etat propriétaire côtoie de petites communes rurales et des associations de bénévoles, l’actuelle formule du Loto ne facilite pas la mobilisation et risque de produire bien des déceptions.
Le deuxième préalable serait de se mettre d’accord sur l’état réel de ce patrimoine à restaurer en distinguant notamment les travaux nécessités par l’état sanitaire des bâtiments, de ceux liés à leur adaptation à de nouveaux usages. Le ministère de la culture ne dispose malheureusement pas d’un tel état des lieux exhaustif (autant qu’il puisse l’être) et renseigné de façon scientifique. Un tel document, sur lequel le ministère pourrait s’appuyer pour négocier plus efficacement son budget, permettrait également de mieux cerner l’état réel de notre patrimoine et de relativiser certains discours sans doute trop catastrophiques.
Une ressource à la hauteur des objectifs
Si l’on veut bien se rappeler qu’il y a en France environ quarante-quatre mille bâtiments classés ou inscrits et qu’il faut plus que tripler ce nombre pour prendre en compte ceux dignes d’être conservés (en Allemagne, il y en a plus de sept cent cinquante mille !), les deux mille cinq cents dossiers urgents reçus par la mission patrimoine de Stéphane Bern laissent à penser que tout ne va pas si mal et que les politiques conduites depuis des années n’y sont pas pour rien.
Le troisième préalable serait de trouver une ressource à la hauteur des objectifs, car il est certain que les budgets actuels sont insuffisants. La formule mise en œuvre cette année ne le permet pas.

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Si les pouvoirs publics jugent qu’une augmentation, même minime, de la taxe de séjour est inopportune, on pourrait au moins revoir les règles de cette tranche spéciale du Loto en décidant, par exemple, de doubler la part des mises revenant à la Fondation du patrimoine, ce qui reviendrait à diminuer celle revenant aux joueurs. Ou bien en affectant une part des mises non distribuées, lorsqu’un tirage habituel n’a pas de gagnant, à la restauration des monuments. Il s’agirait là de mesures significatives et réellement extrabudgétaires.
Reste une question qui dépasse largement la mission patrimoine mais qui mérite d’être posée : pourquoi régulièrement les ministres, voire le président la République lui-même, confient-ils à des personnalités le soin de proposer des politiques nouvelles pour des sujets sur lesquels travaillent pourtant des administrations normalement compétentes ? A quoi servent ces missions ?
Un faible manque à gagner pour l’Etat
La question ne se poserait pas si les rapports qui en résultent étaient mis en œuvre et produisaient des effets positivement reconnus. Or, dans le seul champ du ministère de la culture, qui peut citer une mission confiée à une personnalité extérieure au ministère qui ait permis de renouveler le sujet auquel elle se confrontait ? Ce n’est certainement pas la qualité des personnalités missionnées qui doit être mise en cause, mais le mécanisme même sur lequel reposent ces missions.
Que leur demande-t-on fondamentalement ? De proposer le plus rapidement possible une mesure spectaculaire consensuelle et indolore budgétairement. De ce point de vue la mission confiée à Stéphane Bern a plutôt réussi : coup de projecteur assuré par une abondante couverture médiatique, mesure consensuelle pour le grand public et un faible manque à gagner pour le budget de l’Etat (les 3,5 millions d’euros du tirage).
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            data-slide-description="La maison d’Aimé Césaire à Redoute (Fort-de-France), ici le 5 avril. Cette habitation est classée aux monuments historiques depuis décembre 2014."
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            data-slide-description="La « mosquée » située dans la maison de Pierre Loti, à Rochefort (Charente-Maritime). Ce musée municipal est la maison d’enfance de l’écrivain Julien Viaud, plus connu sous son nom de Pierre Loti. Celui-ci a passé une grande partie de sa vie à transformer sa maison natale en un lieu théâtral, où il se mettait en scène lors de fêtes mémorables."
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            data-slide-description="Le domaine de Maison rouge, à La Réunion, abrite depuis quelques années le Musée des arts décoratifs de l’océan Indien."
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            data-slide-description="Le couvent Saint-François à Pino (Haute-Corse). Sa chapelle renferme une fresque, un chemin de croix, une chaire et des stalles du XVIIe siècle."
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            data-slide-description="L’hôtel de Polignac à Condom, dans le Gers. Edifié entre 1773 et 1777, il est classé monument historique depuis 1990."
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            data-slide-description="L’île Cigogne et son fort sur l’archipel des Glénan, dans le Finistère. Ce dernier est utilisé par les stagiaires du centre nautique de la région."
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            data-slide-description="Le château de Bussy-Rabutin à Bussy-le-Grand, en Côte-d’Or. Le plus célèbre propriétaire des lieux fut le comte Roger de Bussy-Rabutin (1618-1693), général des armées royales du roi Louis XIV, courtisan de la cour de France, philosophe et écrivain épistolaire, pamphlétaire, satirique et libertin, par ailleurs membre de l’Académie française."
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            data-slide-description="L’aqueduc romain du Gier est l’un des aqueducs antiques de Lyon, qui desservait la ville antique de Lugdunum. Il se situe à Chaponost, près de Lyon."
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            data-slide-description="L’habitation Bisdary à Gourbeyre, en Guadeloupe. Bâtie au XVIIIe siècle par les jésuites, elle devient une usine sucrière au début du XIXe siècle."
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            data-slide-description="Le château de Carneville dans la Manche, coté jardin. Précédé d’une vaste cour d’honneur de 26 mètres de long, il couvre 900 m2, auxquels il faut ajouter 2 000 m2 de dépendances et un parc de 7 ha."
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            data-slide-description="La rotonde ferroviaire de Montabon, dans la Sarthe. Le dépôt est fermé depuis 1954 et l’association Rotonde ferroviaire de la vallée du Loir (RFVL2) se charge de le préserver."
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            data-slide-description="L'hôtel-Dieu de Château-Thierry, dans l’Aisne. Aujourd’hui visitable, ce musée retrace au travers de ses dix-huit salles toute l’histoire hospitalière du site depuis sa fondation par la reine de France Jeanne de Navarre, épouse de Philippe IV le Bel."
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            data-slide-description="Les murs d’un bâtiment de l’ancienne sucrerie de Soulou, près de M’Tsangamouji, sur le territoire français de Mayotte. Le cyclone de 1898 a détruit en partie l’exploitation et l’usine."
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            data-slide-description="A l’intérieur du Théâtre des Bleus de Bar, à Bar-le-Duc dans la Meuse. Inauguré en 1902 sous le nom de « Nouveau Théâtre », il a accueilli plusieurs troupes importantes, notamment les célèbres tournées Frédéric Achard et Chataignié, qui faisaient les beaux jours des théâtres parisiens."
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            data-slide-description="La villa Viardot, ancienne demeure de l’écrivain russe Ivan Tourgueniev à Bougival, près de Paris."
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            data-slide-description="L’église catholique romaine du XIIe siècle de Notre-Dame de La Celle-Guenand, en Indre-et-Loire."
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            data-slide-description="Le pont d’Ondres à Thorame-Haute, dans le sud-est de la France. Bâti dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, il est constitué de deux arches très inégales de 17 et 9 mètres, pour une longueur totale de 41 mètres."
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            data-slide-description="La Maison du receveur des douanes à Saint-Laurent-du-Maroni, en Guyane. L’ensemble de la maison est dans un état de dégradation avancée, l’étage de la maison ayant été partiellement incendié."
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La maison d’Aimé Césaire à Redoute (Fort-de-France), ici le 5 avril. Cette habitation est classée aux monuments historiques depuis décembre 2014.

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Mais au-delà, on a vu que cela ne modifiait qu’à la marge les besoins de financement et le rythmes des mises en chantier et, surtout, qu’aucune idée nouvelle n’avait été apportée par rapport à tout ce qui avait été envisagé dans les années récentes et même anciennes.
Est-il pourtant impossible de concilier aura médiatique et approfondissement d’un sujet ? Oui, si déjà on acceptait de sortir de la dictature de l’urgence en donnant le temps nécessaire à un travail approfondi. Oui, si, comme première tâche, la mission devait prendre connaissance de tous les documents déjà produits sur le sujet (du moins les plus récents) et examiner pourquoi les mesures qui y étaient préconisées, soit n’ont pas été mises en œuvre, soit n’ont pas produit les effets escomptés. Cela paraît simple mais ce serait, en réalité, une véritable révolution.
Fondation Jean-Jaurès.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Les chercheurs Solène Morvant-Roux et Jean-Michel Servet demandent, dans une tribune au « Monde », la tenue d’un débat démocratique sur la généralisation des transactions numériques préconisée par le rapport Cap 22.
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« La monnaie dématérialisée livre des informations bien au-delà de la transaction elle-même »

Les chercheurs Solène Morvant-Roux et Jean-Michel Servet demandent, dans une tribune au « Monde », la tenue d’un débat démocratique sur la généralisation des transactions numériques préconisée par le rapport Cap 22.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 15h00
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 15h30
    |

Solène Morvant-Roux (Professeure à l’université de Genève) et Jean-Michel Servet (Professeur honoraire à l’Institut de hautes études internationale...







                        



                                


                            
Tribune. Le rapport Cap 22 du comité Action publique 2022, affirme parmi ses objectifs celui d’atteindre une société zéro cash d’ici à 2022. Cette proposition (la seizième selon les éléments du rapport qui ont « fuité ») s’inscrit dans une lame de fond mondiale visant à supprimer les billets et les pièces en tant que support supposé dépassé de la monnaie.
Sont égrenés les multiples avantages d’un passage à une monnaie dématérialisée, électronique ou numérique : baisse des coûts de production et de circulation de la monnaie, lutte contre le blanchiment des fonds d’origine criminelle, lutte contre le financement d’activités terroristes. Pour certains, l’objectif de se débarrasser définitivement de l’argent liquide semble un passage obligé pour toute société qui se veut moderne.

La monnaie numérique ou électronique a diverses formes : écriture d’une ligne sur un compte bancaire, paiements par cartes ou par le biais des plates-formes et applications de paiement par téléphone mobile, etc. Elle n’est en réalité pas nouvelle puisque, dans un pays comme la France, il y a bien longtemps que les salaires sont versés sur des comptes bancaires auxquels sont adossées des cartes de paiement avec lesquelles il est possible de réaliser paiements, virements, etc.
Un accès au cash devenu difficile
La nouveauté réside donc plutôt dans la volonté de supprimer intégralement les transactions en liquide et ce, dans un mouvement global qui toucherait tous les pays ou presque. L’autre nouveauté concerne les acteurs impliqués dans ce mouvement, puisque l’on y trouve, outre des organisations à but philanthropique comme la Gates Foundation, la fondation MasterCard, des alliances supranationales comme l’Alliance for Financial Inclusion ou la Better than Cash Alliance, et enfin une myriade de fintech (entreprises d’innovation technologique dans le domaine financier) allant de petites start-up aux compagnies de téléphonie mobile en passant par PayPal...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Inégalités, guerre commerciale, montée des nationalismes : Richard Kozul-Wright, économiste à la Cnuced, liste, dans une tribune au « Monde », des similitudes entre les vingt premières années des XXIe et XXe siècles et invite à repenser urgemment le système international.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤                     
                                                   
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« Le système commercial multilatéral accuse ses limites »

Inégalités, guerre commerciale, montée des nationalismes : Richard Kozul-Wright, économiste à la Cnuced, liste, dans une tribune au « Monde », des similitudes entre les vingt premières années des XXIe et XXe siècles et invite à repenser urgemment le système international.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 15h00
    |

Richard Kozul-Wright (Directeur de la division de la mondialisation et des stratégies de développement à la Conférence des Nations unies sur le com...







                        



                                


                            
Tribune. Le changement technologique transforme nos existences au quotidien. L’innovation numérique a déjà changé la façon dont nous gagnons notre vie, apprenons, faisons nos achats et nous divertissons. Au niveau collectif, cette « quatrième révolution industrielle » transforme la géographie de la production et les contours du travail. Mais au bout du compte, ce sont les décisions sociales et politiques qui seront prises – sous forme de règles, de normes et de politiques – qui façonneront l’avenir.
A cet égard, le malheur a voulu que la révolution numérique ait lieu à une époque néolibérale. Depuis quarante ans, un mélange d’illusionnisme financier, de pouvoir débridé des grandes sociétés et d’austérité économique a mis en pièces le contrat social apparu après la seconde guerre mondiale et a remplacé celui-ci par un ensemble différent de règles, de normes et de politiques aux niveaux national, régional et international.
Cela a permis au capital – matériel ou immatériel, de court ou de long terme, industriel ou financier – d’échapper à la supervision réglementaire, d’étendre son périmètre à de nouveaux secteurs lucratifs et de restreindre l’influence des responsables publics sur la conduite des affaires.
Corne d’abondance
Le programme néolibéral, euphorisé par la technologie et convaincu de son caractère inévitable et définitif, a fait sien le dessein d’un monde numérique interconnecté dans lequel les flux d’information ne seraient limités par aucune frontière artificielle. Les grands intérêts économiques ont suivi en transformant l’exploitation et le traitement des données en une corne d’abondance au service de la recherche de rentes.
Les événements récents − depuis la crise financière, en passant par la reprise léthargique qui a suivi, jusqu’aux scandales de « fausses nouvelles » et de pillage des données privées qui font à présent la « une » de l’actualité − ont contraint les responsables à devoir s’atteler aux injustices...




                        

                        


<article-nb="2018/09/27/19-4">
<filnamedate="20180927"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180927"><AAMMJJHH="2018092719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Inscrit dans la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat, ce principe essentiel de notre République est-il vraiment  favorable à l’émancipation  des femmes et des minorités ?  Débat entre l’historienne américaine Joan Scott, qui publie un livre  très critique sur la laïcité  à la française, et la sociologue  Dominique Schnapper, qui croit  aux vertus démocratiques  et égalitaires de ce dogme.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ 
<article-nb="2018/09/27/19-5">
<filnamedate="20180927"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180927"><AAMMJJHH="2018092719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Dans son nouvel ouvrage, « La Citoyenneté à l’épreuve », la sociologue s’intéresse au destin des juifs dans la modernité démocratique.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
      

Dominique Schnapper s’inquiète de la fragilité du projet démocratique

Dans son nouvel ouvrage, « La Citoyenneté à l’épreuve », la sociologue s’intéresse au destin des juifs dans la modernité démocratique.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 13h00
    |

            Anne Chemin








                        



   


Directrice d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, elle arpente depuis des décennies les territoires de la République, de la nation et de la laïcité. Elle le fait, bien sûr, en sociologue, dans les nombreux ouvrages qu’elle a consacrés à ces questions, mais il lui arrive aussi de le faire en ­juriste – elle a été membre du Conseil constitutionnel –, voire en citoyenne éclairée – elle préside le « Conseil des sages de la laïcité » de l’éducation nationale. En 1994, dans La Communauté des citoyens. Sur l’idée moderne de nation ­(Gallimard), Dominique Schnapper montrait que le projet de la citoyenneté « à la française » consistait à « transcender par le civisme les affiliations historiques, religieuses et culturelles » des individus et des groupes réunis dans la nation. Elle poursuit aujourd’hui cette réflexion dans un ouvrage consacré au destin des juifs dans la modernité démocratique, La Citoyenneté à l’épreuve (Gallimard, 400 p., 22,50 euros).
Retraçant cette longue histoire, ­Dominique Schnapper analyse les relations complexes entre le maintien des fidélités particulières et l’universalisme du projet de la ­citoyenneté. La conclusion de son livre est teintée d’inquiétude : la reconnaissance publique des identités particulières dans l’espace civique commun à tous, qui semble caractériser notre ­époque, ne risque-t-elle pas, ­demande-t-elle, de « corrompre le principe fondateur de la démocratie lui-même » ?



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Dans « La Religion de la laïcité », l’historienne américaine poursuit sa réflexion critique à l’égard du « républicanisme français ».
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Joan Scott éreinte le discours laïc à la française

Dans « La Religion de la laïcité », l’historienne américaine poursuit sa réflexion critique à l’égard du « républicanisme français ».



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 13h00
    |

            Anne Chemin








                        



   


L’historienne américaine connaît très bien la France : les premiers travaux de cette professeure d’histoire à l’Institute for Advanced Study de Princeton (New Jersey) portent sur le mouvement ouvrier français, et notamment sur la grève des verriers de Carmaux (Tarn), à la fin du XIXe siècle. Elle s’est ensuite intéressée à l’histoire des femmes et à la question du genre, insistant, dans le sillage du philosophe Michel Foucault, sur l’importance des représentations.
Dans ses travaux, Joan Scott se montre très critique à l’égard du « républicanisme français », à qui elle reproche d’insister de manière « dogmatique » sur l’universalité de l’individu. Cet universalisme « rigide et strict » refuse, selon elle, de soulever la question de la différence –qu’il s’agisse du sexe, de l’ethnicité ou de la religion – et finit par masquer un « racisme rampant » envers les personnes d’origine africaine et nord-africaine. Dans La Religion de la laïcité, Joan Scott poursuit cette réflexion en remettant en question la « fable » qui associe naturellement, en France, la laïcité à l’égalité hommes-femmes. Explorant l’histoire des XIXeet XXe siècles, elle affirme au contraire que l’inégalité de genre a « été fondamentale pour la formulation de la séparation des Eglises et de l’Etat qui inaugure la modernité occidentale ». Et que, aujourd’hui, le discours laïc véhicule les « prétentions de supériorité raciale et religieuse des Blancs ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Le cas du mathématicien mort à Alger en 1957 est loin d’être isolé, rappellent les familles de disparus. Pour les aider, un site publie des documents déclassifiés.
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Compte rendu

En Algérie, « des Maurice Audin par milliers »

Le cas du mathématicien mort à Alger en 1957 est loin d’être isolé, rappellent les familles de disparus. Pour les aider, un site publie des documents déclassifiés.

Charlotte Bozonnet
    



LE MONDE
              datetime="2018-09-27T12:24:25+02:00"

        Le 27.09.2018 à 12h24






                        

Crédits : Capture d'écran du site 1000autres.org


                    

Combien sont-ils à avoir connu le même sort ? A être tombés aux mains de l’armée française, n’avoir jamais été retrouvés par leur famille et avoir été oubliés de l’histoire officielle ? Au lendemain de la reconnaissance par le président français, Emmanuel Macron, du supplice infligé au mathématicien Maurice Audin, un site Internet, baptisé « Alger 1957 – des Maurice Audin par milliers », s’est donné pour mission de lever une part du mystère qui entoure la disparition de milliers d’Algériens et d’Algériennes pendant la guerre.
« Le meurtre de ce jeune mathématicien de 25 ans, grossièrement maquillé en évasion, fut loin d’être un cas isolé, rappellent les fondateurs du site, au premier rang desquels l’association Histoire coloniale et postcoloniale et l’Association Maurice-Audin. Ce fut l’un des nombreux cas d’enlèvement, séquestration, torture, suivis souvent de mort, produits, à Alger, de janvier à septembre 1957, par un véritable système de terreur militaire. »
Coup de crosse au visage
Pour permettre ce travail de vérité, le site publie un millier de notices individuelles de personnes disparues, librement consultables, issues de documents officiels récemment déclassifiés. Une mine d’or pour les familles à la recherche de leurs proches depuis des décennies. « Ma famille est encore sous l’effet de l’émotion après la découverte de ce document », écrit ainsi Ammar Kessab dont le grand-père maternel, Mohamed Harchouche, a disparu dans la nuit du 12 juin 1957. L’une des notices leur a enfin apporté « la preuve irréfutable de son arrestation par l’armée ».

Jusqu’ici, la famille n’en avait que le récit fait par Yamina, la femme de Mohamed Harchouche. En 1957, elle et son époux vivent dans la casbah d’Alger, rue des Pyramides. Il est arrêté une première fois, torturé à l’électricité mais finit par rentrer chez lui. Trois mois plus tard, cette nuit du 12 juin, une centaine de militaires investissent le...



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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Editorial. Si l’avis rendu par le Comité consultatif national d’éthique n’a pas manqué de susciter de vives protestations, la volonté de revoir la loi est pourtant salutaire, car les conceptions sociétales évoluent.
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La nécessaire révision de la loi de bioéthique

Editorial. Si l’avis rendu par le Comité consultatif national d’éthique n’a pas manqué de susciter de vives protestations, la volonté de revoir la loi est pourtant salutaire, car les conceptions sociétales évoluent.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 12h13
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 12h22
   





                        


Editorial du « Monde ». Dès la première loi relative à la bioéthique, promulguée en 1994, le législateur avait prévu l’impérative nécessité d’une révision périodique. Elle a eu lieu en 2004, puis en 2011. Un nouveau projet de loi devrait être présenté par le gouvernement avant la fin de 2018 et examiné par l’Assemblée nationale au cours du premier trimestre de 2019.

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                La PMA, un dossier politiquement risqué pour Emmanuel Macron



Cette révision périodique peut donner l’impression que, à l’instar de la lutte contre le dopage, l’éthique des sciences de la vie a toujours un train de retard sur des pratiques non ou mal encadrées. Elle est pourtant salutaire, car les conceptions sociétales évoluent et il importe autant d’encadrer les recherches et l’accès à des techniques que de ne pas bloquer l’innovation scientifique et sa diffusion.
En ce sens, l’avis que le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a rendu, mardi 25 septembre, accomplit l’un et l’autre. Après avoir organisé des états généraux de la bioéthique dans toute la France au premier semestre de 2018, les 40 membres du CCNE ont abouti à la rédaction d’un document qui reflète les positions majoritaires, mais pas toujours consensuelles, en son sein.
Vives protestations
Les grandes questions qui reviennent régulièrement sur le devant de la scène tiennent bien sûr une part importante du texte. C’est le cas de l’encadrement de la procréation médicalement assistée (PMA), que le comité appelle à faire évoluer. Comme il l’avait fait en juin 2017, il se prononce en faveur de l’accès des couples de femmes et des femmes seules à la PMA, réservée pour l’instant aux couples hétérosexuels en cas d’infertilité pathologique.
Evolution encore en proposant, « sans l’encourager », l’autoconservation des ovocytes, en souhaitant que soit rendue possible la levée de l’anonymat des futurs donneurs de sperme, et en libéralisant les recherches sur les cellules souches, avec un statut juridique différent de celui encadrant les recherches sur l’embryon, jugées, elles aussi, nécessaires. Mais le CCNE ne varie pas sur le maintien de l’interdiction de la grossesse pour autrui (GPA) et le rejet d’une nouvelle loi sur la fin de vie.
Cet avis n’a pas manqué de susciter de vives protestations. La Manif pour tous dénonce une « décision qui n’est pas éthique, mais politique ». La Conférence des évêques de France martèle son opposition à l’extension de la PMA, tandis que, à l’Assemblée nationale, LR et l’UDI ont fait savoir qu’ils voteront contre un texte qui reprendrait de telles préconisations.
En revanche, les enquêtes d’opinion montrent qu’une majorité de Français soutient cette extension. La discussion parlementaire qui va s’ouvrir prochainement ne parviendra probablement pas à totalement désamorcer une polémique qui promet déjà de faire écho à celle de 2013, lors du vote de la loi sur le mariage homosexuel. Son rôle sera de faire le tri entre des principes légitimes et des préjugés infondés.
En attendant, les préconisations du CCNE ont le mérite d’aller dans le sens de l’évolution des mœurs et du droit de la santé, qui, inexorablement, tendent vers un meilleur équilibre entre la prise en compte de la liberté individuelle et des normes collectives héritées du passé. Le CCNE identifie clairement les risques de faire bouger les lignes sur ces sujets ultrasensibles, tout en proposant une série de garde-fous. C’est désormais au législateur de circonscrire les premiers et de fixer précisément les contours des seconds pour que l’éthique et la conscience ne se laissent pas déborder par les avancées scientifiques.

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                Bioéthique, pauvreté, santé... Agnès Buzyn prête à donner de la voix






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Dans cette chronique, la journaliste du « Monde » Audrey Tonnelier relève qu’à tenter de résumer une action politique avec des chiffres, sans parvenir à faire la pédagogie des réformes, il n’y a que des coups à prendre pour le gouvernement.
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Pouvoir d’achat, « l’impossible bataille »

Dans cette chronique, la journaliste du « Monde » Audrey Tonnelier relève qu’à tenter de résumer une action politique avec des chiffres, sans parvenir à faire la pédagogie des réformes, il n’y a que des coups à prendre pour le gouvernement.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 11h00
    |

            Audrey Tonnelier








                        



                                


                            
Tendances France. La recette est vieille comme l’ancien monde. Un budget est affaire de chiffres. Pour frapper les esprits, montrer leur sérieux, faire date, les gouvernements successifs communiquent sur des sommes censées résumer, mieux que tous les discours, l’efficacité de leur action en direction des Français.
Le deuxième budget du quinquennat d’Emmanuel Macron, présenté le 24 septembre, n’échappe pas à cette règle. « Nous baisserons les impôts de 6 milliards d’euros pour les ménages en 2019 », répètent sur tous les tons les ministres de Bercy, leurs cabinets et les députés de la majorité parlementaire. « C’est la plus grande baisse d’impôts pour les ménages depuis 2008 », a assuré le ministre des comptes publics, Gérald Darmanin, lundi.
en Macronie comme ailleurs, on fait dire aux chiffres ce que l’on veut
Pour l’exécutif, c’est une manière de reprendre la main : le thème du pouvoir d’achat est revenu en force depuis la rentrée avec le tassement de la conjoncture, l’annonce du gel de prestations sociales et des pensions de retraite, ou encore les cafouillages gouvernementaux autour du prélèvement à la source.
Problème : en Macronie comme ailleurs, on fait dire aux chiffres ce que l’on veut. En l’occurrence, à peine les 6 milliards avaient-ils été brandis par les artisans du projet de loi de finances 2019 que chacun – opposants de gauche, de droite, économistes – s’est emparé de sa calculatrice.
Diminution de prélèvements obligatoires
Et force est de constater que le compte n’y est pas. D’abord, parce que ce chiffre de 6 milliards d’euros agrège baisses d’impôts et allégements de cotisations. A Bercy, on reconnaît d’ailleurs qu’il serait plus pertinent de parler de diminution de prélèvements obligatoires. Ensuite, parce que ces 6 milliards reprennent nombre de mesures déjà présentées lors du budget 2018.

Ainsi, si la suppression de la deuxième tranche de la taxe d’habitation aura bien...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Alain Frachon, éditorialiste au « Monde », analyse dans sa chronique la nouvelle approche du conflit israélo-palestinien de l’administration Trump.
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« Trump a le mérite de la franchise. Les aspirations nationales des Palestiniens lui paraissent farfelues »

Alain Frachon, éditorialiste au « Monde », analyse dans sa chronique la nouvelle approche du conflit israélo-palestinien de l’administration Trump.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 10h38
    |

            Alain Frachon








                        



                                


                            

Chronique. Convaincu de la supé­riorité intrinsèque de l’homme d’affaires sur les professionnels de la politique, Donald Trump cherche la martingale gagnante au Proche-Orient : le « marché du siècle », le plus dur à conclure, dit-il, c’est la question israélo-palestinienne. Une demi-douzaine de présidents américains ont baissé les bras. Lui jure qu’il peut l’emporter. A condition que l’on accepte de changer les termes du débat.
A la tribune de l’ONU, le 25 septembre, à New York, il a consacré deux lignes, sibyllines, au conflit israélo-palestinien. Trump entend sortir des « vieux dogmes » ; il appelle à fuir les « soi-disant experts et leurs idéologies discréditées » ; au lieu de l’ignorer, il va prendre en compte « la réalité sur le terrain ». On attend la suite. Rien, pas un mot d’explication. Et le fameux « plan » concocté par son gendre, Jared Kushner, reste un mystère. Essayons de décrypter.
Un aspect au moins de la « politique » proche-orientale trumpiste est connu : son hostilité résolue aux Palestiniens. Trump a le mérite de la franchise. Les aspirations nationales des Palestiniens lui paraissent farfelues. Il faut qu’ils en rabaissent.
La fin de l’aide directe
Premier signal, en septembre 2017 : la nomination de David Friedman comme ambassadeur des Etats-Unis en Israël – un avocat, spécialiste des faillites, partisan et soutien actif de la colonisation israélienne en territoire ­palestinien. Deuxième signal, en décembre, avec la décision de transférer l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. Elle sera suivie, cette année, de la suppression de la contribution financière des Etats-Unis à l’agence de l’ONU chargée des réfugiés palestiniens, l’UNRWA.
On peut reprocher beaucoup de choses à l’UNRWA, notamment d’accepter que le statut de réfugié soit systématiquement transmis d’une génération à l’autre. Mais l’organisation scolarise et soigne une bonne partie...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Les réseaux de neurones et l’apprentissage profond, racontés de l’intérieur par un de ses pionniers.
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Une brève histoire de l’intelligence artificielle

Les réseaux de neurones et l’apprentissage profond, racontés de l’intérieur par un de ses pionniers.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 10h00
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 15h35
    |

            David Larousserie








                        



                                


                            
Le livre. Tout va très vite avec l’intelligence artificielle. En quelques années, cette technique a envahi tous les secteurs, guidant des véhicules autonomes, faisant parler nos téléphones ou autres assistants ­vocaux, jouant au go mieux que des humains, reconnaissant à la chaîne des images aussi bien de la vie courante que d’examens médicaux… Tout aussi rapidement, elle a ­déclenché de nombreuses controverses avec son goût immodéré pour les données, y compris très personnelles, ou pour ses prétentions à mettre l’humanité au chômage.
Et, en à peine six ans d’existence médiatique, voici que sort le premier livre racontant l’histoire passionnante du maillon-clé qui a fait renaître l’intelligence artificielle : le deep learning ou « apprentissage profond ». Le seul défaut de cette lecture captivante est que le livre est en anglais.
L’auteur, Terrence Sejnowski, n’est autre que l’un de ces pionniers qui, malgré les hauts et les bas de sa discipline, a su tenir bon depuis la fin des années 1970 jusqu’à aujourd’hui. Ce professeur de l’université de Californie à San Diego illustre à merveille les différentes facettes de cette histoire. Physicien théorique ­jusqu’à sa thèse (1978), il est aujourd’hui ­neuroscientifique, spécialiste du cerveau, toujours très porté sur l’intelligence artificielle, manipulant des objets mathématiques appelés réseaux de neurones, au comportement analogue à celui des vrais neurones.
Systèmes complexes
C’est son directeur de thèse, John Hopfield, qui le poussa vers le mystère de l’intelligence. Ce dernier s’y mit aussi en relançant, en 1982, l’intérêt de la communauté pour les systèmes complexes formés par des neurones en interaction. Aux Etats-Unis, Terry Sejnowski rencontrera également un autre pionnier du domaine, Geoffrey Hinton, aujourd’hui professeur à l’université de Toronto, avec qui il fit les premières percées.
Il croisa aussi la route du jeune Français Yann LeCun, désormais chez Facebook,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Dans « La Philosophie devenue folle », le philosophe et historien des sciences souligne les dérives de quelques penseurs anglo-saxons influents.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
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Jean-François Braunstein contre les Docteurs Folamour de la philosophie

Dans « La Philosophie devenue folle », le philosophe et historien des sciences souligne les dérives de quelques penseurs anglo-saxons influents.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 10h24
    |

                            Elisabeth Roudinesco (Historienne et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Philosophie devenue folle. Le genre, l’animal, la mort, de Jean-François Braunstein, Grasset, 400 p., 20,90 €.

Disciple de Georges Canguilhem (1904-1995), philosophe et historien des sciences, professeur à la Sorbonne, Jean-François Braunstein s’en prend, dans La Philosophie devenue folle, ouvrage salutaire, fort bien documenté, aux dérives des penseurs du monde universitaire anglophone qui, au nom du progrès, de l’égalité ou de l’altruisme, prétendent abolir les frontières entre les sexes, entre les animaux et les hommes, entre la vie et la mort.

Il attaque les plus célèbres d’entre eux : Judith Butler, Peter Singer, John Money, Anne Fausto-Sterling, Donna Haraway… Très éloigné des réactionnaires, il ne condamne pas l’intérêt légitime que la société occidentale porte à l’identité, à la souffrance animale ou aux manières de mourir sans douleur. Mais c’est avec fureur et humour qu’il fustige ces professeurs de haut niveau, inventeurs de discours insensés. D’où une galerie de portraits sortis tout droit d’un roman de Kafka.
John Money, le genre sans le sexe
Braunstein retrace d’abord l’itinéraire de John Money (1921-2006), psychologue d’origine néo-zélandaise convaincu que le sexe anatomique n’aurait aucune incidence sur l’identité subjective. Seul comptait à ses yeux le rôle social : le genre sans le sexe. Il suffirait donc, selon lui, d’élever un garçon comme une fille et réciproquement pour que l’un et l’autre acquièrent une identité différente de leur anatomie.
En 1966, il croit trouver un cobaye pour valider sa thèse en la personne de David Reimer, âgé de 18 mois, dont le pénis a été brûlé lors d’une opération ratée, à la suite d’un phimosis. Sur les conseils de Money, ses parents autorisent une ablation des testicules. Ils lui donnent un prénom de fille et l’élèvent comme tel.
A l’adolescence, pourtant, David se sent homme. Il se fera opérer pour...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ « L’Ame désarmée », charge du philosophe (mort en 2002) contre le déclin culturel et best-seller surprise il y a trente ans, est réédité dans sa version intégrale.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
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Allan Bloom, l’étincelant antimoderne

« L’Ame désarmée », charge du philosophe (mort en 2002) contre le déclin culturel et best-seller surprise il y a trente ans, est réédité dans sa version intégrale.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 10h45
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            Nicolas Weill








                        



                                


                            
L’Ame désarmée. Essai sur le déclin de la culture générale (The Closing of the American Mind), d’Allan Bloom, préface de Saul Bellow, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Paul Alexandre et Pascale Haas, Les Belles Lettres, 500 p., 19 €
Lorsque paraît aux Etats-Unis, en 1987, l’essai du philosophe et critique ­Allan Bloom (1930-1992) The Closing of the American Mind (« L’esprit américain cloisonné »), cet ouvrage en forme d’électrochoc va instantanément devenir un de ces livres butoirs qui marquent une époque et servent de source d’inspiration aux amateurs de crépuscule.
Allan Bloom y décrit le déclin inexorable des humanités, des sciences humaines et de la ­ « culture générale » dans les universités américaines. Il dénonce le cynisme désenchanté de ses étudiants soumis à un égalitarisme et un féminisme dévoyés, il exècre le remplacement de Socrate par Mick Jagger, de l’amour par le sexe, de la raison par la musique, de l’art par la culture et, surtout, du bien commun par le relativisme des valeurs. Le nietzschéisme d’une certaine gauche intellectuelle française incarnée par Foucault ou Derrida, à la veille d’investir les campus américains, le révolte. Elle aurait troqué un marxisme défait pour la fascination de la violence ou de l’engagement pour l’engagement.
Humour parfois amer
La charge est donnée dans un style excessif et étincelant, drôle quand le fer atteint les ridicules de l’élite académique. Cet humour parfois amer a évité de virer à la ritournelle antimoderne, à l’antienne (néo) conservatrice voire réactionnaire.
Phénoménal succès de librairie (plus de 1 million d’exemplaires vendus outre-Atlantique), il se voit traduit en français l’année même de sa publication, sous le titre quelque peu énigmatique de L’Ame désarmée (Julliard, 1987) et amputé du début de la troisième partie, qui était consacré à une longue lecture de Tocqueville et à une évocation...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ « Résistances à l’impôt, attachement à l’Etat », une enquête fouillée du sociologue Alexis Spire sur les Français et l’impôt, met en évidence un nouveau fossé entre classes populaires et moyennes/supérieures.
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Contribuables qui pleurent, contribuables qui rient

« Résistances à l’impôt, attachement à l’Etat », une enquête fouillée du sociologue Alexis Spire sur les Français et l’impôt, met en évidence un nouveau fossé entre classes populaires et moyennes/supérieures.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 10h20
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                            Gilles Bastin (Sociologue et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Résistances à l’impôt, attachement à l’Etat. Enquête sur les contribuables français, d’Alexis Spire, Seuil, 294 p., 22 €.

Aucun sujet n’illustre aussi bien notre ambivalence face à l’Etat que celui de l’impôt. Il n’est pas inhabituel d’aimer les forces de l’ordre un jour et de les détester le lendemain, ou de chérir l’école républicaine en paroles et de la fuir quand l’occasion se présente… De nombreuses politiques publiques sont aujourd’hui au cœur de ce type de conflits intimes.
En revanche, l’impôt qui sert à les financer toutes suscite, comme le montre l’enquête très fouillée qu’a menée le sociologue Alexis Spire pour écrire Résistances à l’impôt, attachement à l’Etat, et déjà auteur, avec Nicolas Delalande, d’Histoire sociale de l’impôt (La Découverte, 2010), un rejet constant, dont il souligne le caractère paradoxal.
En effet, l’emprise publique sur le revenu des Français n’a cessé de s’étendre, sans heurt, après la seconde guerre mondiale, pour financer la protection sociale et les investissements publics. Pourtant, c’est depuis que cette emprise a commencé à régresser, à partir des années 1980, que nous assistons à un véritable carnaval fiscal.
L’impôt, désormais, est omniprésent dans les médias, qui focalisent l’attention du public sur sa partie la plus douloureuse pour beaucoup, mais pas la plus importante, l’impôt sur le revenu, ou mettent en lumière les pratiques frauduleuses et autres « phobies » fiscales des membres des élites économiques et politiques. Il descend parfois dans la rue comme lors du mouvement des « bonnets rouges » bretons de 2013, opposés à l’augmentation des taxes écologiques sur les véhicules de transport. Tant que l’Etat social se construisait en augmentant les impôts, il recueillait le consentement de ses citoyens ; depuis qu’il se retire au profit du marché, le ressentiment se généralise.
Aux guichets de l’administration
Pour...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos d’« Au jour du grand passage, que ferez-vous de votre corps ? », de Michel Hulin et Jean-Philippe de Tonnac.
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Figures libres. Et votre cadavre, on en fera quoi ?

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos d’« Au jour du grand passage, que ferez-vous de votre corps ? », de Michel Hulin et Jean-Philippe de Tonnac.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 10h17
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Au jour du grand passage, que ferez-vous de votre corps ?, de Michel Hulin et Jean-Philippe de Tonnac, Le Bois d’Orion, 270 p., 22 €.

Longtemps, pareille question ne fut même pas pensable. Le sort des dépouilles était fixé une fois pour toutes. Dans chaque société, les rites, mythes et croyances ne laissaient nulle place aux décisions individuelles. L’Egypte antique conservait du corps mort tout ce qui pouvait l’être. L’Inde, au contraire, le consumait entièrement.
Les monothéismes inhumaient les défunts dans l’attente d’une résurrection finale. En dépit de la diversité des systèmes religieux et des pratiques funéraires qui leur étaient liées, ce point central demeurait : tout était prévu, rien n’était à choisir. Voilà qui a changé.
Décisions personnelles
Car la mort, désormais, est « un sujet neuf ». En tout cas en France, et bien sûr en Europe, et même dans tout l’Occident. En peu de temps, la crémation est devenue un phénomène de masse. Les chiffres nationaux sont impressionnants : 0,44 % en 1974, 32 % en 2013, bien plus aujourd’hui puisque le phénomène ne cesse de croître. Dans les grandes villes françaises, il y a déjà plusieurs années que les « crématisés » sont plus nombreux que les « inhumés ».
Or il s’agit bien, à présent, de décisions personnelles. Mais sur quoi au juste sont-elles fondées ? Comment sont-elles motivées ? Ces interrogations fournissent la trame d’un beau dialogue entre deux personnalités attachantes, le philosophe et indianiste Michel Hulin et Jean-Philippe de Tonnac, journaliste et écrivain.
L’un veut être incinéré, l’autre inhumé. Chacun, en cherchant à formuler les raisons de sa préférence, expose des pans d’enfance, livre des émotions. Ce que fait voir à merveille ce long entretien sans fard, c’est d’abord combien ce choix engage les fragilités et forces les plus intimes.
Longtemps avant d’être un grand connaisseur des doctrines indiennes,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Quatre questions à l’auteur de « La Philosophie devenue folle ».
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Jean-François Braunstein : « Une incapacité à penser la limite »

Quatre questions à l’auteur de « La Philosophie devenue folle ».



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 09h09
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                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
L’auteur de La Philosophie devenue folle. Le genre, l’animal, la mort (Grasset, 400 p., 20,90 €) fait état de sa surprise à la lecture attentive des intellectuels qu’il pourfend dans son livre.
Pourquoi avoir choisi, parmi d’autres possibles, les trois domaines que vous traitez dans « La Philosophie devenue folle » ?
L’identité sexuelle, la différence avec l’animal, la question de la mort : nous nous posons tous ces questions. Je connaissais vaguement les théories qui ont émergé à leur égard mais, à force d’observer ces débats « sociétaux » où personne ne débat, parce que tout le monde est d’accord, j’ai eu envie d’aller voir de plus près. Cela a été une pêche miraculeuse, si je peux dire. Ce que j’ai trouvé était absurde, ou totalement ridicule, ou très violent. Ce sont des pensées qui relèvent, comme le dirait Canguilhem, d’une « brutalisation » de l’humanité.
Vous vous en tenez, pour l’essentiel, à des auteurs anglophones…
Le fournisseur est plus intéressant que l’importateur. J’ai préféré analyser la production des penseurs essentiels, souvent fondateurs de ces courants. Il y a en France des gens qui reprennent Peter Singer, Judith Butler ou Donna Haraway, mais ce n’est pas très créatif. Et, au passage, ils effacent souvent le pire – les histoires de zoophilie ou ce qui est dit sur l’euthanasie des handicapés. Ils prétendent que leurs adversaires ont exagéré. Or ces positions sont centrales et affirmées sans aucune gêne. Singer revient sans cesse, par exemple, sur la supériorité de certains animaux par rapport aux humains subissant un handicap mental.
Vous tendez à rassembler l’ensemble de ces courants sous une même bannière. Quels principes les réunissent ?
Ils ont notamment en commun une incapacité à penser l’altérité, la différence, la limite – la résistance du réel. Ils se réclament souvent de ­Michel Foucault [1926-1984], mais lui avait...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le philosophe Eric Fourneret salue les recommandations du Comité consultatif national d’éthique sur la question du suicide assisté.
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Euthanasie : « Le Comité d’éthique a mis l’accent sur la formation des acteurs de santé »

Dans une tribune au « Monde », le philosophe Eric Fourneret salue les recommandations du Comité consultatif national d’éthique sur la question du suicide assisté.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 10h12
    |

Eric Fourneret (Philosophe, chercheur au Braintech Lab, Inserm, université Grenoble-Alpes)







                        



                                


                            
Tribune. Mardi 25 septembre, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a rendu son avis (n° 129) pour sa contribution à la révision de la loi de bioéthique. Si l’accompagnement de la fin de vie n’est pas strictement contenu dans cette loi, le sujet a malgré tout été introduit parmi les neuf principaux thèmes étudiés.
Une partie de la population française attend depuis longtemps que la législation évolue vers la dépénalisation de l’euthanasie et du suicide assisté, soutenant l’argument que l’individu est souverain sur la totalité de sa vie, même au moment de sa fin ; une autre s’y oppose, parfois avec des arguments religieux, dont celui qui fait de la vie une valeur que rien, pas même la maladie et ses effets, ne peut altérer.
Mais l’immense majorité des Français, en dépit des sondages qui pourraient laisser croire le contraire, se situe entre ces deux extrémités, souhaitant décider librement et personnellement des conditions de finir sa vie, tout en craignant une loi qui ne parviendrait pas à éviter d’éventuelles dérives. Finalement, le CCNE a proposé de ne pas modifier la législation, laissant l’euthanasie et le suicide assisté du côté des interdits.
« Le constat que l’on meurt mal en France s’est durablement installé dans les esprits »
En dehors de cet aspect, qu’est-il important de retenir de l’avis n° 129 ? Un incroyable paradoxe. Alors même que les professionnels de santé français possèdent des compétences remarquables, tant du point de vue technique que du point de vue de l’engagement, le constat que l’on meurt mal en France s’est durablement installé dans les esprits. Comment est-il possible de mal mourir si les professionnels de la santé sont si performants ?
La raison est à chercher du côté de deux éléments.
Le premier est celui de l’organisation des soins : les compétences des professionnels de santé sont étouffées par une gestion managériale écrasante et une rationalité de rentabilité, quand l’accompagnement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Dans une tribune au « Monde », la sociologue Martine Gross estime que le Comité consultatif national d’éthique, même s’il fait preuve de prudence en laissant certaines questions en suspens, a rendu des conclusions globalement positives.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
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PMA : « L’avis du Comité d’éthique renforce l’autonomie des femmes »

Dans une tribune au « Monde », la sociologue Martine Gross estime que le Comité consultatif national d’éthique, même s’il fait preuve de prudence en laissant certaines questions en suspens, a rendu des conclusions globalement positives.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 09h14
    |

Martine Gross (Sociologue au CNRS)







                        



                                


                            
Tribune. A la première lecture, l’avis du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) publié le 25 septembre, favorable à l’autoconservation ovocytaire, à l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes ainsi qu’à la levée de l’anonymat des futurs donneurs de sperme pour les enfants issus de ces dons, va plutôt dans le bon sens, c’est-à-dire celui d’une plus grande autonomie des femmes, d’un plus grand respect des enfants nés de PMA. Sans surprise, le CCNE recommande de maintenir l’interdiction de la gestation pour autrui (GPA).
« L’absence de proposition pour établir la filiation d’un enfant né du recours à un don de sperme au sein d’un couple de femmes interpelle »
Plusieurs points peuvent interpeller le lecteur au sujet de l’ouverture de la PMA à toutes les femmes. Le premier est l’absence de proposition pour établir la filiation d’un enfant né du recours à un don de sperme au sein d’un couple de femmes. On pourrait penser que le CCNE ne considère pas la filiation comme une question de bioéthique.
Pourtant, elle est bien évoquée à plusieurs reprises, notamment dans la partie concernant l’anonymat des dons et celle sur la GPA. Si la PMA s’ouvre à toutes les femmes sans modification du droit de la filiation, la femme qui portera l’enfant sera la mère statutaire, et sa compagne ne deviendra mère à ses côtés qu’à la condition de se marier et d’adopter l’enfant de sa conjointe.
Or, passer par l’adoption, c’est établir une hiérarchie entre les deux mères en donnant une priorité à celle qui accouche. Cela oblige aussi les femmes à se marier à une époque où plus de 60 % des enfants naissent hors mariage.
Enfin, la période qui s’écoule entre la naissance et le prononcé de l’adoption plénière place les enfants dans un déficit de protection juridique en cas de séparation ou de décès de la mère statutaire. Alors que les couples hétérosexuels qui ont recours à la PMA deviennent parents dès la naissance,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le haut-fonctionnaire Jean-Christophe Parisot de Bayard estime que l’avis du Comité consultatif national d’éthique ne tient pas compte des droits de l’enfant et ouvre en grand la porte aux transhumanistes.
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Article sélectionné dans La Matinale du 26/09/2018
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Elargissement de la PMA : « Le risque de l’ubérisation de la reproduction »

Dans une tribune au « Monde », le haut-fonctionnaire Jean-Christophe Parisot de Bayard estime que l’avis du Comité consultatif national d’éthique ne tient pas compte des droits de l’enfant et ouvre en grand la porte aux transhumanistes.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 05h30
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 10h07
    |

Jean-Christophe Parisot de Bayard (sociologue)







                        



                                


                            
Tribune. Le vote à venir des lois de bioéthique sera-t-il vraiment un choix pris en conscience ? Il s’agit d’autoriser (ou non) des pratiques qui auront des conséquences importantes sur l’avenir de l’espèce humaine. Des consultations multiples ont eu lieu, restituant un large spectre de convictions et de propositions.
Le désir d’enfant est un sujet complexe, qui mêle anthropologie, économie, santé et psychologie. Il ne s’agit pas de juger le désir des couples de femmes ou des femmes célibataires, mais, en votant une loi « PMA pour toutes », en l’état, il apparaît clairement que l’on va, sans le savoir et sans le vouloir, prendre le risque de faire entrer notre société dans l’ubérisation de la reproduction. L’acceptation de la procréation médicale assistée (PMA) en France aura quatre conséquences capitales.
La tyrannie des adultes doit être encadrée
Tout d’abord, la PMA engendrera inévitablement la gestation pour autrui (GPA). Ne soyons pas hypocrites. Au nom de quoi accepterait-on une aide à procréation pour les couples de femmes et interdirait-on la GPA pour les couples d’hommes ? Accepter l’un conduira à accepter l’autre, au nom de l’égalité. Ce ne sera plus qu’une question de calendrier.

La reproduction est ramenée à une banale question de « tuyauterie », et les hommes rabaissés au rôle d’étalons, alors qu’il s’agit d’abord de la « filiation » entre un enfant et ses racines, le fruit d’une histoire d’amour, une transmission de repères identitaires.
La recherche compulsive de leurs origines des enfants nés d’une mère ayant accouché sous X ou de père anonyme ne nous aurait rien enseigné ? La tyrannie des adultes doit être encadrée, comme nous le faisons pour les dossiers d’adoption. Avoir le désir d’enfant ne suffit pas, car l’enfant ne se réduit pas à une fécondation à 400 euros.
« L’enfant a des droits »
C’est un individu qui a besoin de vivre dans un environnement stable, sécurisant, qui a le droit de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Ali Nesin, mathématicien turc, a reçu le prix Leelavati pour « son travail sans relâche ayant permis la création d’un lieu de paix, pour l’éducation, la recherche et la découverte des mathématiques pour tous ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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L’aventure d’un village mathématique

Ali Nesin, mathématicien turc, a reçu le prix Leelavati pour « son travail sans relâche ayant permis la création d’un lieu de paix, pour l’éducation, la recherche et la découverte des mathématiques pour tous ».



LE MONDE
 |    26.09.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 15h32
    |

                            Etienne Ghys (Mathématicien, directeur de recherche au CNRS à l'Ecole normale supérieure de Lyon)








                        



                                


                            
Carte blanche. Tous les quatre ans, les mathématiciens du monde entier se retrouvent dans un congrès international qui est l’occasion de faire le point sur les recherches récentes mais aussi de remettre des prix prestigieux, dont les médailles Fields. Cet été, le congrès avait lieu à Rio de Janeiro, au Brésil, et ce fut un grand moment de science malgré deux incidents.
Tout d’abord, comme une préfiguration du drame de l’incendie du Musée national de Rio, trois semaines plus tard, l’énorme bâtiment qui devait abriter les conférences a été complètement détruit par un incendie trois jours avant l’ouverture du congrès. La résilience proverbiale des Brésiliens a permis d’ouvrir un autre lieu dans l’urgence.
D’autre part, l’un des médaillés Fields, le mathématicien kurde CaucherBirkar, s’est fait voler sa médaille quelques instants après l’avoir ­reçue. On lui a remis une seconde médaille quelques jours plus tard, ce qui lui a permis de déclarer avec humour qu’il était le premier de toute l’histoire à recevoir deux fois la médaille Fields. Le Brésil a bien besoin d’humour à l’approche d’une élection présidentielle qui s’annonce catastrophique, en particulier pour la science.
Les médias français n’ont pas beaucoup parlé de ces médaillés Fields, probablement parce que, une fois n’est pas coutume, aucun d’entre eux n’est français. Et les autres lauréats sont passés complètement inaperçus. C’est dommage car l’un d’entre eux a largement emporté l’enthousiasme du public, si l’on en croit la standing ovation qui a suivi sa présentation. Ali Nesin a reçu le prix Leelavati (du nom d’un traité de mathématiques indien du XIIe siècle) pour « son travail sans relâche ayant permis la création d’un village mathématique qui est un lieu de paix, pour l’éducation, la recherche et la découverte des mathématiques pour tous ».
Fondation pour enfants défavorisés
L’histoire mérite d’être racontée. Ali Nesin est un mathématicien...




                        

                        

