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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Avec « L’Affaire Sparsholt », le grand romancier anglais joue de l’ellipse pour parcourir soixante ans d’évolution de la société britannique. Epoustouflant.
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Les jeux du sexe et du secret d’Alan Hollinghurst

Avec « L’Affaire Sparsholt », le grand romancier anglais joue de l’ellipse pour parcourir soixante ans d’évolution de la société britannique. Epoustouflant.



LE MONDE
 |    26.09.2018 à 16h00
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
L’Affaire Sparsholt (The Sparsholt Affair), d’Alan Hollinghurst, traduit de l’anglais par François Rosso, Albin Michel, 608 p., 24,90 €.

Un jour, Alan Hollinghurst a cessé d’être un « écrivain gay ». Il a arrêté d’être cantonné à cette caractéristique biographique, et son œuvre, d’être réduite à la sexualité de ses personnages – il faut dire qu’il a fait son entrée sur la scène littéraire, en 1988, avec le très débridé et explicite La Piscine-bibliothèque (Christian Bourgois, 1991 ; retraduit en 2015 chez Albin Michel).
Une phrase fluide et dense dans sa beauté classique
C’est sans doute avec La Ligne de beauté (Fayard, 2005), son quatrième roman, lauréat du Man Booker Prize 2004, que cet homme né en 1954 a commencé à être réellement reconnu pour ce qu’il est : l’un des plus grands auteurs anglais de notre époque, toutes catégories confondues, tant il semble incapable d’écrire une phrase qui ne soit frappante, à la fois fluide et dense dans sa beauté classique. Tant, aussi, ses romans témoignent simultanément d’un talent d’observation faisant scintiller chaque détail (qu’il soit drôle, tragique ou étonnant) et d’un sens de la composition qui lui permet de manœuvrer sans lourdeur ses grandes machines romanesques – il avoue parfois rêver de romans courts. Des machines puissantes, d’une richesse qui appelle la relecture.
En France, le grand public l’a surtout découvert avec L’Enfant de l’étranger ­ (Albin Michel, 2013), qui reçut le Prix du meilleur livre étranger. Le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’avait pas volé sa récompense, cette somptueuse fresque traversant le XXe siècle, auscultant l’évolution de la société britannique, ses rapports de classes, son attitude à l’égard de l’homosexualité et des amours non conformes.
Un scandale mêlant politique et sexe
A bien des égards, L’Affaire Sparsholt, son sixième roman, ressemble à L’Enfant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Chantre d’une modernité aussi bien formelle que technicienne, le poète fait l’objet d’un hommage exemplaire sur Arte.
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« Blaise Cendrars - Comme un roman », entrée dans le monde du poète

Chantre d’une modernité aussi bien formelle que technicienne, le poète fait l’objet d’un hommage exemplaire sur Arte.



LE MONDE
 |    26.09.2018 à 16h00
    |

                            Philippe-Jean Catinchi








                        


Arte, mercredi 26 septembre à 22 h 30, documentaire
Une épitaphe à l’image d’un parcours et d’une invention sans égal : « Là-bas gît/ Blaise Cendrars/ Par latitude zéro/ Deux ou trois dixièmes sud/ Une, deux, trois douzaines de degrés/ Longitude ouest/ Dans le ventre d’un cachalot/ Dans un grand cuveau d’indigo. » C’est l’écrivain lui-même qui l’a composée et livrée bien avant sa disparition en janvier 1961. Imagée et fulgurante, elle dit le parcours atypique et l’écriture flamboyante, où tous les genres se conjuguent, comme les curiosités, au nom d’un goût de l’aventure d’une juvénilité inentamée.
Né citoyen suisse en 1887, Frédéric Louis Sauser se choisit un nom de phénix, évoquant les braises et les cendres, pour signer Les Pâques, son premier poème, rédigé d’un seul trait dans la nuit new-yorkaise, en avril 1912, cri de désespoir, appel de naufragé au moment même où sombre le Titanic. Blaise Cendrars, donc.
Car c’est bien l’invention qui est au cœur de sa vie. Qu’il imagine des Poèmes élastiques ou enchante la Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France. Qu’il s’adonne à la peinture, lui qu’éblouit l’éclat solaire de Robert et Sonia Delaunay, lui qui fréquente Chagall, Cocteau et Max Jacob, pose pour Modigliani et se lie à jamais d’amitié avec Fernand Léger, ou pige pour le cinéma dans le sillage d’Abel Gance, Cendrars s’essaie à tout ce qui est neuf, chantre d’une modernité aussi bien formelle que technicienne.
Une écriture de soi singulière
L’avion, l’acier, l’automobile, mais aussi le roman populaire – c’est lui qui milite auprès de ses amis pour la reconnaissance de Fantômas –, tout l’enthousiasme et s’il lui arrive de se lasser d’un milieu dont il perçoit les conventions, il s’échappe, s’évade, pour retrouver ailleurs la flamme juvénile qui le consume et l’alimente tout à la fois. Ce sera Munich, Moscou et l’appel de la Sibérie, plus tard New York, par amour, plus durablement le Brésil, à plusieurs reprises, puis l’Afrique, après la cruelle expérience de la Grande Guerre. Engagé volontaire dans l’armée française, ce qui lui vaut sa naturalisation, il perd au feu à l’automne 1915 le bras droit, d’où pour le poète la première expérience de la prose, si délicate qu’il faudra près de trente ans pour qu’il ne livre La Main coupée (1946).
La deuxième guerre mondiale le mobilise encore, correspondant de guerre pour l’armée anglaise en 1939. Retiré ensuite à Aix-en-Provence, Cendrars s’y consacre à une écriture de soi toujours résolument singulière avec une tétralogie (L’Homme foudroyé, La Main coupée, Bourlinguer et Le Lotissement du ciel) qui compose de son propre aveu des « mémoires qui sont des mémoires sans être des mémoires ». Il reprend également en recueil ses poèmes (Du monde entier au cœur du monde, Denoël, 1957) et fait la connaissance d’un jeune photographe, Robert Doisneau avec lequel, sympathie oblige, il signe La Banlieue de Paris (Seghers, 1949), qui révèle le jeune artiste.
D’une élégance et d’une justesse rares, le documentaire de Jean-Michel Meurice sait tout à la fois retracer un parcours biographique singulier, souligner la profonde originalité du geste créateur de Cendrars, sertir le tout dans un habillage visuel et sonore exemplaire par la qualité des images et la pertinence des choix. Chantre de la « beauté nouvelle » dont il célébra toutes les audaces, Cendras méritait cet éloge d’une écriture fervente sans démesure. Trois mois après la disparition de sa fille Miriam, à l’âge de 98 ans, ce chant d’amour vaut « tombeau », au sens où les classiques l’entendaient.
Blaise Cendrars - Comme un roman, de Jean-Michel Meurice (France, 2017, 52 minutes).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Johann Chapoutot et Christian Ingrao ont réagi sur les réseaux sociaux à la critique – négative – de leur « Hitler », publiée par « Le Monde » le 21 septembre. Une mise au point s’impose.
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Une réponse aux auteurs de la biographie d’Hitler aux PUF

Johann Chapoutot et Christian Ingrao ont réagi sur les réseaux sociaux à la critique – négative – de leur « Hitler », publiée par « Le Monde » le 21 septembre. Une mise au point s’impose.



LE MONDE
 |    26.09.2018 à 11h56
 • Mis à jour le
26.09.2018 à 13h48
    |

            Jean Birnbaum et 
                                Florent Georgesco








                        


« Le Monde des livres » a publié dans son édition du 21 septembre, sous la signature de l’historien André Loez, une recension du livre récemment paru de Johann Chapoutot et Christian Ingrao (Hitler, PUF), qui se concluait par ces mots : « Il faut regretter que l’indéniable familiarité des auteurs avec l’histoire du nazisme n’ait pas abouti au travail fiable et rigoureux qui s’imposait sur un tel sujet, et qu’on pouvait attendre d’eux. »
De façon inhabituelle, les deux historiens ont, depuis, réagi publiquement en diffusant sur les réseaux sociaux un texte dans lequel ils estiment que leur livre aurait été « mal lu », jugement qu’ils pensent étayer en avançant, sur cinq points, que les erreurs ou omissions relevées par notre collaborateur « ne sont pas présentes dans [leur] texte ».
Vérités factuelles
Or elles le sont, et d’autres encore, non mentionnées dans cette brève recension. Il convient donc, hors de tout esprit de polémique envers des auteurs dont les travaux précédents ont été régulièrement salués dans nos colonnes, de rétablir quelques vérités factuelles, mises à mal par leur réponse.
Ce qu’ils y écrivent sur la Nuit de cristal, la déclaration de guerre aux Etats-Unis et la question de la prise de décision du génocide, qu’André Loez leur avait reproché de ne pas traiter, lui donne en fait raison : ces points ne sont pas abordés dans le livre, puisqu’ils sont uniquement cités dans la « Chronologie » placée en fin de volume – simple liste de dates et d’événements qui ne font, selon l’usage, l’objet d’aucun commentaire. Les auteurs n’ont réellement analysé ces trois questions dans aucun passage de leur livre.La réponse de Johann Chapoutot et Christian Ingrao sur l’allusion, dans l’article, aux pages qu’ils consacrent aux Jeux olympiques de 1936 ne correspond pas à ce qu’André Loez a écrit, c’est-à-dire : « Alors que trois pages du livre sont dévolues aux Jeux olympiques de 1936, certaines des décisions les plus marquantes du Führer disparaissent. » Répondre qu’il s’agit dans ces pages de « la situation de l’Allemagne nazie dans le concert des nations », ce qui va de soi à propos d’une telle compétition, revient à faire croire qu’André Loez les aurait accusés de s’en être tenus à la dimension sportive de l’événement, idée bien sûr absente de son article. Il s’agissait de relever une disproportion, eu égard aux lourdes omissions que nous avons rappelées.Un caporal, à rebours de l’erreur signalée par André Loez, qu’ils réitèrent en lui répondant, n’est pas un sous-officier, du moins pas dans l’armée bavaroise, dont Hitler fut soldat pendant la première guerre mondiale. Il y avait plus précisément reçu le grade de gefreiter, qui correspond, dans l’armée française, au statut d’un soldat de première classe. Johann Chapoutot et Christian Ingrao écrivent en outre dans leur réponse : « Est-ce vraiment ce détail qui fonde l’originalité et la pertinence du travail de Thomas Weber (…) ? », alors qu’André Loez ne cite pas l’historien allemand sur ce point. Ce qu’il écrit en réalité, c’est que Thomas Weber, dans La Première Guerre d’Hitler (Perrin, 2012), a établi qu’Hitler n’avait jamais été « un soldat comme un autre », ainsi qu’ils l’avancent dans leur livre.Comme André Loez le notait dans l’article, s’étonnant qu’on explique un événement de mars 1933 par un autre survenu en juillet de la même année, Johann Chapoutot et Christian Ingrao écrivent bien dans le livre que « l’obtention d’un accord du Vatican pour la signature d’un concordat en juillet 1933 » est ce qui « permet à Hitler de se rallier les voix du parti catholique Zentrum pour le vote de la loi des pleins pouvoirs le 23 mars 1933 ». Il n’est pas question, comme ils l’écrivent pour justifier cette phrase, d’une « espérance » mais d’une « obtention » et d’une « signature ». Au demeurant, il n’est pas possible d’affirmer, ainsi qu’ils le font dans leur réponse, que « toute l’historiographie lie les deux événements ». Le politiste Ivan Ermakoff, par exemple, écarte ce facteur explicatif dans Ruling Oneself Out (Duke University Press, 2008), de même que l’historien Martin Menke dans son article de synthèse sur la question (« Misunderstood Civic Duty », Journal of Church and State, 2009).Selon les deux historiens, le chiffre de « 20 millions de chômeurs » en Allemagne en 1932, qu’André Loez jugeait invraisemblable, est le résultat des « avancées de la recherche », qui auraient permis d’ajouter aux chiffres habituels les chômeurs « non recensés ». Aucune source n’est citée pour justifier cette assertion. On peut en revanche trouver dans la nouvelle édition (septembre 2018) d’un livre qui fait autorité, Weimar Germany. Promise and Tragedy, d’Eric D. Weitz (Princeton University Press, 1re édition 2007), toujours pour 1932, le chiffre de 8 millions de chômeurs, en incluant ceux qui n’étaient pas recensés (pour 6 millions de chômeurs officiels), soit 40 % de la main-d’œuvre allemande potentielle. Laquelle s’élevait donc, selon Eric D. Weitz, à environ… 20 millions. Le chiffre avancé dans le Hitler de Chapoutot et Ingrao correspondrait ainsi à un taux de chômage de 100 %.
La place nécessaire
Les auteurs défendent ensuite l’intérêt des sources historiographiques de leur livre, ce qui ne constitue pas une réponse : André Loez leur avait seulement reproché de ne pas les expliciter.
Il est par ailleurs inexact d’écrire que l’article serait paru « dans un temps record », pour sous-entendre que le travail aurait été bâclé. Certes, il a été publié au lendemain de la parution du livre. Mais l’éditeur, selon l’usage constant du métier, avait adressé des exemplaires (les « épreuves non corrigées ») au « Monde des livres » et à André Loez début juillet. Ce dernier a eu deux mois pour les lire en détail, avant de recevoir en septembre le livre définitif, dans lequel les erreurs déjà notées étaient toujours présentes.
Il n’est pas dans les habitudes du « Monde des livres » de consacrer de longs articles à des livres qu’il ne recommande pas à ses lecteurs, quand bien même il estime devoir les traiter, notamment lorsqu’il reconnaît, comme c’est le cas ici, l’importance de leurs auteurs. En conséquence, André Loez n’a pas disposé de toute la place nécessaire pour évoquer toutes les erreurs qu’il a relevées dans le bref ouvrage de Johann Chapoutot et Christian Ingrao, erreurs dont nous tenons la liste à leur disposition.

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ Docteur et agrégé de philosophie, l’universitaire, qui a aussi écrit des ouvrages de référence sur la boxe, est mort le 12 septembre à Paris. Il avait 86 ans.
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édition abonné


L’historien de la philosophie Alexis Philonenko est mort

Docteur et agrégé de philosophie, l’universitaire, qui a aussi écrit des ouvrages de référence sur la boxe, est mort le 12 septembre à Paris. Il avait 86 ans.



LE MONDE
 |    25.09.2018 à 14h32
    |

Claude Obadia (Philosophe, enseignant à l'université de Cergy-Pontoise)







                        



                                


                            

Né le 21 mai en 1932 à Paris, Alexis Philonenko s’y est éteint le 12 septembre. Auteur d’une œuvre monumentale, considéré comme l’un des meilleurs spécialistes de l’histoire de la philosophie, en particulier de la pensée allemande, il est le fils de Maximilien Philonenko, avocat et ministre dans le gouvernement Kerenski en 1917, et d’une mère qui, en 1927, fut la première femme agrégée de France en histoire et géographie, Madeleine Isaac.
Reçu premier à l’agrégation de philosophie en 1956, Alexis Philonenko fut successivement assistant à la Sorbonne, maître de conférences à l’université de Caen, puis professeur à l’université de Genève avant de rejoindre celle de Rouen. Il soutint sa thèse de doctorat d’Etat en 1966, consacrée à La Liberté humaine dans la philosophie de Fichte (Vrin, 1966), auteur dont il remit en cause les lectures opérées par Martial Gueroult et Jules Vuillemin.
Travailleur acharné
Reconnu mondialement pour les études qu’il a consacrées à Kant et à Rousseau, mais aussi à Bergson, Jankélévitch, Schopenhauer, Nietzsche, Chestov, Luther ou encore Plotin, Alexis Philonenko nourrissait depuis l’enfance une véritable passion pour le sport et pour la boxe anglaise en particulier, comme en témoignent son Histoire de la boxe (Criterion, 1991) et le livre qu’il a consacré au plus grand des boxeurs : Mohammed Ali, un destin américain (Bartillat, 2007). Or, cette passion se nourrit, chez lui, d’une épreuve des plus douloureuses. En effet, si Alexis Philonenko fut dans sa jeunesse, peu le savent, un nageur de niveau national et s’il pratiqua très régulièrement la boxe, aspirant à devenir professeur de sport, une maladie invalidante l’obligea à renoncer définitivement à cette carrière. Ne pouvant plus fréquenter les salles de sport, c’est la mort dans l’âme qu’il se tourna vers la philosophie.
Qui a connu Alexis Philonenko sait quel était son rythme de travail. Levé tous les jours à 4 heures du matin, il...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ L’ouvrage de Bastien Vivès est le premier volume d’une nouvelle collection pornographique chez Glénat.
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Accusée de « pédopornographie », la BD « Petit Paul » retirée des magasins Cultura et Gibert

L’ouvrage de Bastien Vivès est le premier volume d’une nouvelle collection pornographique chez Glénat.



LE MONDE
 |    24.09.2018 à 22h20
 • Mis à jour le
25.09.2018 à 06h32
    |

            Frédéric Potet








                        



   


C’est l’histoire d’un petit garçon de 10 ans au sexe démesuré. Un garçonnet au pénis éléphantesque, hypertrophié, diraient des médecins, qui déclenche chez les femmes de son entourage des pensées lubriques, provoquant les situations cocasses qui vont avec.
Petit Paul, de Bastien Vivès, l’un des auteurs les plus en vue de la bande dessinée actuelle (Le Goût du chlore, Polina, Lastman…), est le premier volume d’une nouvelle collection pornographique, Porn’Pop, créée par Glénat et dirigée par l’ancienne actrice pornographique Katsuni (Céline Tran, de son vrai nom).
Si la maison d’édition avait nourri le secret espoir de voir naître une polémique afin d’attirer l’attention médiatique sur ce lancement, la voilà servie : deux des principaux réseaux de librairies de l’Hexagone, Cultura et Gibert Joseph, ont annoncé, lundi 24 septembre, qu’ils retiraient l’album de leurs magasins, allant ainsi dans le sens d’une pétition qui circule sur Internet depuis quelques jours.
Signé par un peu moins de deux mille personnes à ce jour, lundi, le texte demande le retrait du livre en raison de son prétendu caractère « pédopornographique ». Les instigateurs de la pétition évoquent l’article 227-23 du code pénal, selon lequel les représentations à caractère pornographique de mineurs sont interdites en France.
S’ils oublient que l’ouvrage en question n’est rien d’autre qu’un concentré d’humour transgressif à travers lequel l’auteur joue de ses propres fantasmes, le procès fait à Bastien Vivès n’est pas sans évoquer la croisade menée contre Zep par certaines ligues de vertu traditionalistes au moment de la sortie du Guide du zizi sexuel (2001) et de l’exposition qui avait été présentée à la Cité des sciences et de l’industrie en 2007. L’éditeur à l’époque s’appelait d’ailleurs déjà Glénat.
« Caricature volontairement grotesque »
La maison grenobloise n’avait pas attendu que Cultura et Gibert Joseph décident de retirer l’album pour publier, dès vendredi, un communiqué dans lequel elle rappelait que Petit Paul est « un ouvrage exclusivement destiné aux adultes », raison pour laquelle il est vendu sous un film plastique avec un autocollant disant : « Ouvrage à caractère pornographique. Mise à disposition des mineurs interdite. »
Glénat, dont une grande partie du catalogue s’adresse à la jeunesse, réfute par ailleurs toute accusation de « pédopornographie » : « Cette œuvre de fiction n’a jamais pour vocation de dédramatiser, favoriser ou légitimer l’abus de mineurs de quelque manière que ce soit. Il s’agit d’une caricature dont le dessin, volontairement grotesque et outrancier dans ses proportions, ne laisse planer aucun doute quant à la nature totalement irréaliste du personnage et de son environnement. »

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                Un automne inquiet dans l’édition



La décision de Cultura, l’un des principaux sponsors du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, pourrait faire des remous dans le monde du 9e art. L’enseigne dit toutefois n’avoir pas « totalement » retiré l’ouvrage : « Il reste dans les réserves de nos magasins, de telle sorte que les clients qui le demandent puissent l’acheter », dit au Monde Jean-Luc Treutenaere, le directeur des relations extérieurs de Cultura.
« Nous avons vu émerger cette polémique autour de ce livre. Nous avons souhaité être prudents tant qu’une décision de justice n’a pas été prononcée à son sujet. On tient à être précautionneux vis-à-vis de notre clientèle qui est très familiale. C’est aussi notre liberté éditoriale de pousser ou non un livre », ajoute M. Treutenaere, qui confie n’avoir pas lu l’album de Bastien Vivès.
Chez Glénat, la déception le dispute à la résignation. « Chaque libraire est maître chez lui. Celui qui ne se sent pas à l’aise avec la volonté de vendre un ouvrage pornographique, même sous cellophane, a la latitude de ne pas le référencer, dit Jean Paciulli, le directeur général de la maison d’édition. Pour tout dire, nous avions été surpris de voir que Cultura le référençait. Nous n’avons pas été surpris de le voir dé-référencé. »

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                « Aromantic (love) Story », le manga qui combat les clichés des histoires d’amour






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Comment les pays esclavagistes et colonisateurs ont-ils (ré) inventé l’« Autre » pour mieux le dominer, posséder son corps comme son territoire. Extraits de l’introduction de l’ouvrage collectif « Sexe, race et colonies ».
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Document

« Les imaginaires sexuels coloniaux ont façonné les mentalités des sociétés occidentales »

Comment les pays esclavagistes et colonisateurs ont-ils (ré) inventé l’« Autre » pour mieux le dominer, posséder son corps comme son territoire. Extraits de l’introduction de l’ouvrage collectif « Sexe, race et colonies ».

Par                Pascal Blanchard, Christelle Taraud, Dominic Thomas, Gilles Boëtsch et Nicolas Bancel



LE MONDE
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        Le 24.09.2018 à 16h47

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        Mis à jour le 26.09.2018 à 15h39






    
Concours de beauté bambari, au Moyen-Congo, actuelle Centrafrique (tirage albuminé, 1912).
Crédits : OUVRAGE « SEXE, RACE ET COLONIES »


Traversant six siècles d’histoire (de 1420 à nos jours) au creuset de tous les empires coloniaux, depuis les conquistadors, en passant par les systèmes esclavagistes et jusqu’à la période postcoloniale, notre ouvrage Sexe, race et colonies. La domination des corps du XVᵉ à nos jours explore le rôle central du sexe dans les rapports de pouvoir.
Il interroge aussi la manière dont les pays esclavagistes et colonisateurs ont (ré) inventé l’« Autre » pour mieux le dominer, prendre possession de son corps comme de son territoire, tout en décryptant l’incroyable production visuelle qui a fabriqué le regard exotique et les fantasmes de l’Occident : autant d’images qui reflètent la domination raciale et sexuelle.
La compréhension de leur contexte de production, l’appréciation de leur diffusion, de leur réception, de leur importance dans l’histoire visuelle, visent à décentrer les regards et à déconstruire ce qui a été si minutieusement et massivement fabriqué. Projet inédit tant par son ambition éditoriale que par sa volonté de rassembler une pluralité de regards et d’approches critiques, ce livre a l’objectif de dresser un panorama de ce passé oublié et ignoré, jusqu’à ses héritages contemporains, en suivant pas à pas le long récit de la domination des corps.

    
Couverture du magazine « Voilà », 16 janvier 1932.
Crédits : OUVRAGE « SEXE, RACE ET COLONIES »


Sexualité, domination et colonisation. Trois termes qui se croisent et s’enchevêtrent en effet tout au long des six siècles de pratiques et de représentations qui composent ce livre. Or, si l’histoire des sexualités aux colonies est un sujet de recherche depuis plus de trente ans, il reste méconnu dans son ampleur. Pourtant, la domination sexuelle, dans les espaces colonisés comme dans les Etats-Unis de la ségrégation, fut un long processus d’asservissement produisant des imaginaires complexes qui, entre exotisme et érotisme, se nourrissent d’une véritable fascination/répulsion pour les corps racisés.
Ceci explique pourquoi les multiples héritages contemporains de cette histoire conditionnent encore largement les relations entre populations occidentales du Nord et celles ex-colonisées du Sud. Car, si les imaginaires sexuels coloniaux ont façonné les mentalités des sociétés occidentales, ils ont aussi bien sûr déterminé celles des dominés. Un travail de déconstruction devient donc aujourd’hui plus que jamais nécessaire, en s’attachant notamment aux images produites tout au long de cette histoire.
La colonie, territoire de la domination sexuelle
La sexualité aux colonies n’est bridée par aucun tabou, y compris celui de l’enfance : les images proposées exhibant souvent des jeunes filles non pubères (ainsi, bien que plus rarement, que des jeunes garçons) dans des mises en scène fortement sexualisées. La violence des fantasmes projetés sur les populations colonisées est donc sans limites, puisque le corps de l’« Autre » est lui-même placé en dehors du champ licite des normes, plus proche de l’animal et du monstre que de l’humain, plus en affinité avec la nature qu’avec la culture.
Ceci explique pourquoi le corps de l’« Autre » est pensé simultanément comme symbole d’innocence et de dépravations multiples : un corps qui excite autant qu’il effraie. Dans ce contexte, les femmes « indigènes » sont revêtues d’une innocence sexuelle qui les conduit avec constance au « péché » ou à une « dépravation sexuelle atavique » liée à leur « race », confortant la position conquérante et dominante et du maître et du colonisateur.
L’existence de ces femmes « Autres » toujours vues comme faciles, lascives, lubriques, perverses et donc forcément insatiables permet aussi de construire, en miroir, l’image de l’épouse blanche idéale, pudique et chaste, réduite à une sexualité purement reproductive.

    
Hula Girls, Hawaï (photographie de studio, tirage argentique, 1943).
Crédits : OUVRAGE « SEXE, RACE ET COLONIES »


La liberté sexuelle des hommes blancs aux colonies ne saurait, en effet, être transférée aux femmes issues des métropoles coloniales. Celles-ci y sont, a contrario, plus surveillées encore, du fait qu’elles doivent nécessairement incarner l’exemplarité sexuelle et morale de la colonie, à laquelle les hommes blancs dérogent en général. Ainsi le « gigantesque lupanar », figuré par la domination esclavagiste et coloniale, permet-il aux colonisateurs de se penser et de se vivre en maîtres dans des espaces où leurs possibilités sexuelles sont maximisées au regard des normes et des interdits de leurs propres sociétés, tout en excluant leurs femmes de ce même droit. Ceci explique pourquoi les pratiques sexuelles, amoureuses et conjugales dérogent, presque partout, aux règles, aux décrets et aux lois édictées par ceux-là même qui les transgressent allégrement et continûment.
Cette liberté sexuelle du maître et/ou du colonisateur se heurte pourtant, paradoxalement, aux préceptes moraux, aux interdits raciaux, au refus des femmes blanches d’accepter la cohabitation, jugée humiliante et déshonorante par la plupart d’entre elles, avec d’autres femmes et d’autres familles. Et, in fine, à la peur croissante, dès la seconde moitié du XIXe siècle, d’un métissage qui fait écho à l’idée de dégénérescence et de disparition de la « race » blanche.
Cette nouvelle configuration moralisatrice, hygiéniste et prophylactique complexe va conduire néanmoins à un appel croissant, quoique tardif, aux femmes blanches pour peupler les empires, assurer des descendances sans métissage et moraliser les mœurs coloniales. Ces véritables campagnes de recrutement d’épouses – ou de prostituées pour les maisons de tolérance – vont souvent s’effectuer, dans un premier temps, dans les marges des sociétés européennes – orphelinats, hospices, asiles, prisons, bordels… – parmi des catégories de femmes stigmatisées, telles les délinquantes, les filles-mères ou les prostituées, les métropoles coloniales se débarrassant ainsi d’éléments supposément « asociaux » et/ou « immoraux ».
Une immense production d’images
De surcroît, partout dans les espaces colonisés, la question raciale est au cœur de la construction des sexualités puisqu’elle y est le pivot central de l’organisation politique, économique et sociale, particulièrement dans les configurations esclavagistes des Caraïbes, du Brésil ou des Etats-Unis. Sur cet ensemble de questions concernant toutes les aires géographiques et tous les empires coloniaux, et ce quelle que soit l’époque, les écrivains et les artistes ont laissé leurs empreintes tout en participant à la construction du regard des métropolitains sur les « Autres ».
Très tôt, comme le montrent les œuvres rassemblées dans cet ouvrage (plus de 1 200 documents reproduits et majoritairement inédits), les artistes dépeignent les sociétés coloniales et, malgré les interdits, évoquent les métissages tout en éclairant les hiérarchies sociales indexées sur le taux de mélanine des différentes populations. Fondées sur des préjugés, notamment religieux, ces hiérarchies ont alors légitimé la domination raciale de l’époque moderne formant ainsi le premier substrat d’un racisme qui s’incarnait à la fois dans la couleur de peau et dans le statut socio-économique. Les premières images produites, du début du XVe siècle jusqu’à la fin du XVIIe siècle, invitent aussi au rêve et témoignent, très majoritairement, d’une admiration et d’une fascination pour les peuples « exotiques » et leur corporalité.
Cependant, la généralisation de l’esclavage entre l’Afrique et les Amériques, les relations conflictuelles dans l’espace méditerranéen, la montée en puissance des empires coloniaux et l’émergence du racisme scientifique vont progressivement effacer ce « temps de la sidération » au bénéfice de représentations de plus en plus souvent dévalorisantes. Au tournant des XVIIIe et XIXe siècles, s’opère en effet une mutation décisive de sens qui va transformer le « préjugé de couleur » en raciologie. Sexualité, prostitution, homosexualité et « race » s’entremêlent donc inexorablement durant cette période, qui commence en 1830-1840, traverse tout le XIXe siècle et s’achève autour de 1920.
Des artistes de tous les pays vont dans ce cadre bâtir, dans tous les domaines artistiques possibles (dessin, gravure, peinture…), une vision du monde qui bouleverse les représentations de ces ailleurs, jusqu’à la rupture majeure consécutive à l’émergence de nouveaux supports visuels tels la photographie, les affiches illustrées et les objets du quotidien bon marché, diffusant très largement désormais le goût orientalisant, africaniste ou japonisant, tout en exotisant, érotisant et/ou pornographiant l’« Autre » à outrance.
La démocratisation du porno colonial, à la charnière des XIXe et XXe siècles, figure en effet les colonies comme des « empires du vice », thème présent également dans la fiction romanesque ou pseudo-scientifique, comme en témoigne le célèbre livre du docteur Jacobus, L’Art d’aimer aux colonies (1893). Très vite, l’industrie cinématographique, qui s’impose comme le grand média de masse de la période tant en Europe qu’aux Etats-Unis, va utiliser le potentiel érotique des colonies mettant en images de manière récurrente des hommes blancs présentés comme les maîtres incontestés des espaces colonisés, les « protecteurs » des femmes blanches, et les « séducteurs » et les « libérateurs » des femmes « indigènes », mais aussi de mythiques « femmes fatales » orientales ou asiatiques.
Le siècle de la « beauté métisse »
Enfin, le XXe siècle accouche d’un nouveau paradigme en forme d’utopie qui trouve son expression en de nombreuses images reflétées sur des supports multiples : celui d’une « beauté métisse ». Mais partout, de l’Asie du Sud-Est aux Indes, de l’Afrique subsaharienne au Maghreb, des Antilles à la Polynésie, ces mutations s’accompagnent de vifs questionnements, tel celui concernant la place à donner aux enfants métis : ceux-ci devenant les « enfants perdus » de sociétés encore très majoritairement fracturées par les color lines, légales ou non. Ces nouveaux enjeux, enclenchés par la Grande Guerre, sont ensuite démultipliés par la seconde guerre mondiale sur fond de crise migratoire en Europe et aux Etats-Unis et de contestations anticoloniales de plus en plus vives dans les empires coloniaux.
Cette dernière phase de l’histoire coloniale, enclenchée après 1945, est une période marquée par le déploiement frénétique des violences sexuelles, notamment contre les femmes colonisées, au sein des populations civiles. Comme s’il fallait marquer et violenter les corps des colonisés et, ainsi, les punir de leur désir de se débarrasser de leurs oppresseurs. Comme s’il fallait, aussi, détruire ces femmes indigènes devenues les icônes graphiques des mouvements de libération (et de leurs alliés du moment en Chine, en URSS, en Corée ou en Inde) et des combattantes actives militairement et politiquement dans toutes les luttes anticoloniales.



Ainsi, la pratique du viol, au sein du corps expéditionnaire français, durant la guerre d’Indochine (1946-1954) et la guerre d’Algérie (1954-1962) est-elle désormais bien renseignée, comme celle des derniers lynchages – souvent accompagnés d’émasculations – aux Etats-Unis dans les années 1950. Ailleurs, en Afrique, c’est dans l’empire britannique que cette violence se révèle à l’occasion de la révolte des Mau-Mau au Kenya entre 1952 et 1960, où des centaines de cas de violences sexuelles sur les femmes (dont des viols) et sur les hommes (dont des castrations) sont recensés.
Ces moments d’ultra-violence sexuelle entrent aussi en résonance avec certains conflits contemporains postcoloniaux, comme le montre l’usage du viol par les troupes américaines et leurs alliés durant la guerre du Vietnam, de 1955 à 1975, mais aussi par les Soviétiques pendant la première guerre d’Afghanistan, entre 1979 et 1989 et, plus récemment encore, par les troupes alliées en Irak, les Russes en Tchétchénie ou les Peace Corps de l’ONU en République démocratique du Congo.
Héritages et mutations postcoloniales
A partir des années 1970, de nombreux artistes vont engager un travail de déconstruction des stéréotypes coloniaux en prenant comme objet central le corps – tels l’artiste français Jean‑Paul Goude ou l’un des papes de la Pop anglaise Peter Thomas Blake, mais aussi l’ancien membre du Black Panther Party Emory Douglas –, les institutions sexualisées (harem ou bordel) ou bien la violence sexuelle et le viol. Ainsi, Coco Fusco et Guillermo Gómez-Peña, au travers de leur célèbre installation The Couple in the Cage (1993), ou bien encore le Sud-Africain Brett Bailey, avec Exhibit B (2014), cherchent-ils à déconstruire la puissance des représentations de la domination sexuelle coloniale.
Dans le même ordre d’idées, la Vénus hottentote va, elle aussi, se retrouver au cœur de toute une série d’œuvres postcoloniales, telles Venus Baartman de Tracey Rose, Venus de Suzan-Lori Parks, On t’appelle Vénus de Chantal Loïal, Hottentot Venus 2000 de Renee Cox, dénonçant son calvaire mais tentant de la restituer dans sa dignité, comme dans le film d’Abdellatif Kechiche, Vénus noire.



Sur tous les continents, des artistes vont porter un œil critique sur ce passé : tous souhaitant dépasser les héritages coloniaux en analysant les effets que les images s’y référant produisent encore aujourd’hui sur les individus et les sociétés.
Dans un tout autre registre, ces mêmes héritages se perpétuent aussi dans les pays du Sud avec le tourisme sexuel. Celui-ci s’est développé avant les indépendances puis lors des conflits de décolonisation et/ou issus de la guerre froide (en Asie notamment), et constitue désormais une véritable économie globalisée. De très nombreux pays anciennement colonisés se sont ensuite « spécialisés » dans l’offre sexuelle à destination des Occidentaux, mais aussi des nouveaux pays industrialisés, tels la Chine, la Turquie ou les Emirats du Golfe. Héritier de la prostitution coloniale – et des quartiers réservés comme celui de Bousbir au Maroc ou des bordels destinés à l’armée des Etats-Unis en Thaïlande et aux Philippines… –, le tourisme sexuel véhicule toujours les mêmes fantasmes et mobilise les mêmes imaginaires érotiques et pornographiques éculés.
Notons cependant que les migrations Sud/Nord peuvent aussi provoquer des événements où la violence sexuelle extrême est convoquée à l’image des événements de Cologne, en Allemagne, en 2016.



De nombreux exemples interrogent en tout cas ce « droit global » des hommes à accaparer, y compris par la violence sexiste et raciste, toutes les femmes : celles considérées, par eux, comme étant les possessions des « Autres », mais aussi évidemment celles appartenant à leur propre famille, groupe, culture, nation, « race »… Angela Davis le soulignait déjà, dans le contexte de l’émergence du mouvement des Black Panthers aux Etats-Unis dans les années 1970 : « Ils pensaient – et certains continuent à le penser – que le fait d’être un homme noir leur donnait des droits sur les femmes noires. »
Pourtant, dans la nouvelle réalité qui est la nôtre en ce XXIe siècle naissant, si des structures de domination perdurent incontestablement, d’autres processus inverses se déploient simultanément. Les migrations postcoloniales, au moins dans l’ensemble des anciennes métropoles coloniales, ont ainsi provoqué, presque mécaniquement, la multiplication des unions mixtes et leur acceptation progressive.
Dans la foulée, ce processus a donné corps à un cosmopolitisme globalisé. Que la simple existence de ceux-ci ait déclenché, tout au long de cette longue histoire, des réactions xénophobes plus ou moins constantes ne doit pas faire oublier que la figure des métis est devenue, dans le même temps, un modèle esthétique de référence dans les cultures médiatiques mondiales. Un modèle contesté et/ou récusé, partout, par les suprémacistes de tout bord et les intégristes de toutes religions qui rejettent migrations et minorités au travers de « replis communautaires » polymorphes et accompagnés, le plus souvent, de forts conservatismes culturels et sociétaux, notamment en termes de mœurs.

    
Campagne 2018 de la marque de préservatifs Manix.
Crédits : DR


Quant aux femmes « Autres », toujours catégorisées en types à l’image des « Beurettes » en France, des « Congolaises » en Belgique, des « Pakistanaises » au Royaume-Uni, elles restent assujetties, aussi bien pratiquement que symboliquement, aux rôles prédéfinis par les héritages patriarcaux et/ou coloniaux.
On comprend désormais que la réduction des femmes et des hommes « Autres » à leur sexe/sexualité, principe fondateur de la doxa coloniale depuis l’origine, mais aussi des modèles sociaux de nos cultures désormais globalisées, est loin d’avoir totalement disparu. Et, pourtant, dans le même temps, le métissage est aussi devenu l’horizon d’une utopie censée préfigurer, pour certains en tout cas, l’éclosion d’une véritable société mondialisée, postraciale et égalitaire, par un effet boomerang que les colonisateurs n’avaient certes pas imaginé quand ils ont, pour la première fois, foulé les terres de l’Amérique, de l’Afrique, de l’Asie et de l’Océanie.
Pascal Blanchard est historien, spécialiste du « fait colonial » et des immigrations au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) ; Christelle Taraud est historienne à l’Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne ; Dominic Thomas est professeur d’études françaises à l’Université de Californie, à Los Angeles ; Gilles Boëtsch est anthropobiologiste, directeur de recherches émérite au CNRS et à l’Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar ; Nicolas Bancel est historien à l’Université de Lausanne.
Cet article a d’abord été publié sur le site de The Conversation.
Extraits de l’introduction de l’ouvrage collectif « Sexe, race et colonies. La domination des corps du XVᵉ siècle à nos jours », publié sous la direction de Pascal Blanchard, Nicolas Bancel, Gilles Boëtsch, Christelle Taraud et Dominic Thomas aux éditions La Découverte (préface de Jacques Martial et Achille Mbembe, postface de Leïla Slimani). Disponible en librairie à partir du 27 septembre 2018 (544 pages, 1 200 illustrations).





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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Héroïsme, guerre, vérité, exil : quatre mots pour parcourir l’œuvre de cet écrivain qui ne cesse de creuser la mémoire espagnole. Plus intimement que jamais dans « Le Monarque des ombres ».
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Ombres et lumières de Javier Cercas

Héroïsme, guerre, vérité, exil : quatre mots pour parcourir l’œuvre de cet écrivain qui ne cesse de creuser la mémoire espagnole. Plus intimement que jamais dans « Le Monarque des ombres ».



LE MONDE
 |    23.09.2018 à 09h00
    |

                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Il s’appelait Manuel Mena et c’était le grand-oncle maternel de Javier ­Cercas. L’oncle chéri de sa mère Blanca. Phalangiste de la première heure, le jeune homme est mort à 19 ans sous l’uniforme franquiste, en 1938, lors de la bataille de l’Ebre, la plus vaste et la plus sanglante de la guerre civile espagnole (1936-1939). L’auteur de L’Imposteur (Actes Sud, 2015), sympathisant de gauche, a longtemps combattu son besoin d’écrire sur ce personnage, glorifié dans des récits familiaux qui le faisaient « rougir de honte ». Tiraillé entre la nécessité de partir sur les traces de ce passé, avant qu’elles ne disparaissent complètement, et la volonté de taire cette ascendance embarrassante, le romancier avait décidé d’interroger les derniers témoins ayant connu de près ou de loin ce parent, tout en réservant à ses seuls proches les éléments qu’il glanerait.
Mais le besoin de se confronter, par l’écriture, à ce qu’il nomme sa « responsabilité » dans les crimes éventuels de ses parents, en majorité franquistes, a été trop fort. « Nous avons tous un héritage dont on ne sait pas quoi faire. On peut en inventer un autre, l’édulcorer, ou l’affronter », affirme au « Monde des livres » le romancier, lors d’un récent passage à Paris. Des trois solutions, il a choisi la dernière. Après avoir reçu l’aval de sa mère, et après avoir trouvé un moyen de dépasser le strict cadre du récit familial en créant deux narrateurs – un « je » enquêtant sur ce passé, et un historien, nommé Javier Cercas, le reconstituant scrupuleusement –, l’écrivain a composé Le Monarque des ombres, splendide livre sur le passé collectif et individuel de l’Espagne, dont les thèmes font écho aux motifs récurrents dans son œuvre.
Héroïsme
Fasciste et demi-dieu : Manuel Mena est doublement encombrant. « Mon anti-modèle », précise le romancier. Dans Le Monarque des ombres, celui-ci interroge la figure d’Achille, auquel sa mère n’a cessé...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Entretien avec Hervé Drevillon et Olivier Wieviorka, qui dirigent l’imposante « Histoire militaire de la France ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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« La guerre est une forme, certes brutale, de socialisation entre les peuples »

Entretien avec Hervé Drevillon et Olivier Wieviorka, qui dirigent l’imposante « Histoire militaire de la France ».



LE MONDE
 |    22.09.2018 à 08h45
 • Mis à jour le
24.09.2018 à 14h06
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
Histoire militaire de la France. Tome I. Des Mérovingiens au Second Empire, sous la direction d’Hervé Drevillon et Olivier Wieviorka, Perrin/Ministère des armées, 876 p., 27 €. 
Le tome II d’Histoire militaire de la France (De 1870 à nos jours, 732 p., 27 €) sera en librairie le 27 septembre.

Histoire nationale, histoire chronologique : le vaste panorama historique du fait militaire dirigé par Hervé Drévillon (professeur d’histoire moderne à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne et directeur de la recherche au service historique de la défense [ministère des armées], auteur, entre autres, de L’Impôt du sang, Tallandier, 2005, et L’Individu et la Guerre, Belin, 2013) et Olivier Wieviorka (professeur à l’Ecole normale supérieure de Cachan, à qui l’on doit notamment Histoire du débarquement en Normandie, Seuil, 2007, et Une histoire de la Résistance en Europe occidentale, Perrin, 2017), accompagnés de huit autres historiens, semble se caractériser par une double limitation.
Mais s’il fallait prouver que se limiter n’est pas toujours se réduire, la puissance de problématisation de ces travaux suffirait à trancher le débat. La limite n’y est en effet qu’une occasion de rendre la réflexion, en la concentrant, plus intense. Prenez une nation. Regardez-la de près. Les lignes se mettront à bouger, ne serait-ce que lorsque vous approcherez le moment, les multiples moments possibles, de sa naissance.
Mais c’est à chaque étape que, faisant le point, pour chaque période étudiée – du Ve siècle à aujourd’hui –, sur la construction progressive des armées françaises, les auteurs rencontrent, comme un problème, la construction de cette France qu’elles sont censées servir ; ce qui entraîne aussi une remise en question du sens de ce service et, au bout du compte, des idées de construction et de période. De sorte que...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Dans la série « Je ne serais pas arrivée là si… », « Le Monde » interroge une personnalité en partant d’un moment décisif de son existence. Cette semaine, l’auteure de « Mes mauvaises pensées » évoque ces instants où elle a découvert qu’elle préférait les femmes.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ 
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ « Une histoire de la guerre du XIXe siècle à nos jours », ouvrage collectif, globalise l’étude des conflits modernes. Et fait preuve d’optimisme pour l’avenir.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 21/09/2018
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Ce fait social total, la guerre

« Une histoire de la guerre du XIXe siècle à nos jours », ouvrage collectif, globalise l’étude des conflits modernes. Et fait preuve d’optimisme pour l’avenir.



LE MONDE
 |    22.09.2018 à 06h10
 • Mis à jour le
24.09.2018 à 14h03
    |

            Gaïdz Minassian








                        



                                


                            
« Une histoire de la guerre du XIXe siècle à nos jours », sous la direction de Bruno Cabanes, coordonné par Thomas Dodman, Hervé Mazurel et Gene Tempest, traduit de l’anglais par Jean-Louis Schlegel, Hélène Harry et Simon Duran, Seuil, 800 p., 32 €.

Il n’y a pas que la guerre qui est un caméléon, comme l’écrivait le théoricien militaire prussien Carl von Clausewitz (1780-1831). Il y a aussi la façon de la raconter, de la penser et de l’étudier.
Le livre collectif Une histoire de la guerre du XIXe siècle à nos jours, dirigé par l’historien Bruno Cabanes, qui enseigne l’histoire de la guerre à l’université d’Etat de l’Ohio, s’inscrit dans ce mouvement d’innovation, d’ouverture et de nouvelles expérimentations scientifiques qui agite le ­domaine des war studies (études sur la guerre) à travers le monde, y compris en France, où ce champ est en plein développement.

D’où l’article indéfini « une », qui distingue cette entreprise, par exemple, d’Histoire de la guerre (Dagorno, 1996), le livre de référence du Britannique John Keegan (1934-2012) : les auteurs sont conscients du fait que, en ces temps de multiplication des voies de recherche, toute histoire n’est qu’une histoire possible.
C’est dire que cette précaution, ce « une », n’est pas seulement une marque de modestie, et encore moins d’impuissance, face à l’aspect protéiforme de la guerre depuis deux siècles. Elle est le signe d’une véritable ambition de la part du directeur d’ouvrage, placé à la tête d’un gros peloton de chercheurs, cinquante-sept exactement, originaires d’Europe et d’Amérique du Nord, tous réunis autour du projet inédit ­d’explorer les potentialités qu’offre une histoire globale de la guerre.
Une mobilisation de la société tout entière
Car il s’agit bien, sur le sujet, d’une première tentative d’histoire connectée à cette échelle....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ La promotion offerte à Amazon par le jury du prix Renaudot, en sélectionnant un roman autoédité sur sa plate-forme, indigne le Syndicat national de la librairie et les librairies indépendantes.
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Les libraires furieux contre Amazon et le jury Renaudot

La promotion offerte à Amazon par le jury du prix Renaudot, en sélectionnant un roman autoédité sur sa plate-forme, indigne le Syndicat national de la librairie et les librairies indépendantes.



LE MONDE
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26.09.2018 à 12h13
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                            Macha Séry








                        



                                


                            
Cela s’appelle une levée de boucliers. Depuis la divulgation, le 5 septembre, de la première sélection du prix Renaudot, qui sera décerné le 7 novembre, les libraires ne décolèrent pas. Car Bande de Français, de Marco Koskas, qui figure parmi les 17 titres retenus, est un livre autopublié. L’Homme qui arrêta d’écrire, de Marc-Edouard Nabe, sélectionné par le même jury en 2010, l’était déjà. Le hic, cette année, c’est que Koskas a utilisé la plate-forme d’autoédition Createspace d’Amazon, le colosse de Seattle qui vend et distribue aussi bien des aspirateurs que du papier peint. Les livres, l’activité d’origine de l’entreprise fondée par Jeff Bezos, représentent aujourd’hui un segment marginal dans le chiffre d’affaires de cette multinationale valorisée en Bourse, depuis le 4 septembre, à hauteur de 1 000 milliards de dollars.
Un problème très concret
Optimisation fiscale, frais de port à 0,01 centime… Les libraires fustigent de longue date la concurrence déloyale que leur oppose le leader de la vente en ligne. « Dans cette histoire, avant même d’entrer dans des questions éthiques ou morales (et celles-ci ne sont pas négligeables), le problème majeur est très concret, explique au “Monde des livres” Camille Defourny, à la tête de la librairie des Signes, à Compiègne (Oise). Si une librairie indépendante comme la mienne veut se procurer le livre de Koskas, à la demande d’un client, elle ne le peut pas. Afin de s’accaparer le marché, Amazon ne livre que les particuliers. Or la chaîne du livre n’existe qu’à partir du moment où les maillons sont liés les uns aux autres. »
Sept associations régionales, représentant au total 544 librairies indépendantes, ont donc estimé, dans un communiqué publié le 14 septembre, que « le [jury du] prix Renaudot légitime et participe à la mise en danger de la création et de la chaîne du livre. Outre la menace de tout un écosystème déjà fragile,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Les journalistes Antoine Glaser et Thomas Hofnung livrent une photographie contemporaine de l’action clandestine de Paris sur le continent.
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Critique

Un coup d’œil par-dessus l’épaule des espions français en Afrique

Les journalistes Antoine Glaser et Thomas Hofnung livrent une photographie contemporaine de l’action clandestine de Paris sur le continent.

Jacques Follorou
    



LE MONDE
              datetime="2018-09-21T14:46:56+02:00"

        Le 21.09.2018 à 14h46

     •
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        Mis à jour le 26.09.2018 à 11h45






    
Le président égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi, reçoit Bernard Emié, directeur du service de renseignement extérieur français, la DGSE, au Caire le 22 janvier 2018.
Crédits : HANDOUT / AFP


Les ex-puissances coloniales adorent se convaincre qu’elles pèsent encore sur leur ancien empire. La France n’y échappe pas. C’est la principale leçon de Nos chers espions en Afrique, un livre vif et éclairant sur l’activité du renseignement français sur le continent. Coécrit par un journaliste expérimenté, Antoine Glaser, observateur de longue date de la Françafrique, et son confrère Thomas Hofnung (chroniqueur du « Monde Afrique ») dont l’intérêt pour le continent africain a croisé celui pour les questions de défense, cet ouvrage brosse avec prudence le portrait d’un monde qui n’aime guère la lumière.
S’il ne manque pas d’évoquer le rôle fondateur de Jacques Foccart, l’homme de l’ombre du général de Gaulle, dans la création de cette fameuse Françafrique qui a structuré les relations entre ce continent et la France, le livre n’a pas l’ambition de relater l’histoire des relations secrètes entre Paris et ses anciennes colonies, ce qui pourra décevoir certains lecteurs. Le travail des deux auteurs tend plutôt à livrer la photographie la plus contemporaine de l’action clandestine de la France en Afrique.

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                La France n’a-t-elle vraiment plus de politique africaine ?



Journalistiquement, ce défi rend la tâche plus ardue, mais pas moins intéressante. Appuyé essentiellement sur des sources humaines, le résultat ne recèle pas de scoops majeurs ; il a cependant le mérite de démystifier le rôle de la France, qui aime encore être considérée sur la scène internationale comme le gendarme incontesté de l’Afrique francophone.
Rivalités franco-françaises
L’ouvrage montre comment les chefs d’Etat africains se sont peu à peu autonomisés de la tutelle de Paris. D’une part, nombre d’entre eux, transformés en potentats locaux, au Congo, en Centrafrique ou au Gabon, se jouent de l’inexpérience des chefs de gouvernement français qui défilent dans leur capitale. D’autre part, ils savent comme personne tirer profit des rivalités franco-françaises pour conforter leur propre position, grâce à leur fine connaissance de ces jeux de pouvoir.

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                EXCLUSIF « Arrogant comme un Français en Afrique » : extraits de l’essai polémique d’Antoine Glaser



Il faut dire, et le livre l’expose clairement, que les Français leur facilitent bien les choses. La direction générale de la sécurité extérieure (DGSE, le service de renseignement extérieur) n’est pas seule à porter les intérêts de Paris sur le continent. Le renseignement intérieur ou la direction du renseignement militaire tentent d’y étendre leurs propres réseaux. Les Corses, qui peuvent s’appuyer sur des liens souvent personnels avec les chefs d’Etat africains, y ont également établi de solides bastions, notamment dans les affaires pétrolières, les secteurs du jeu et du BTP. Enfin, les diplomates veulent aussi faire entendre une voix concurrente de celle de la DGSE.

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                Renseignement : une nouvelle ère s’ouvre à la DGSE



On pourra reprocher aux auteurs d’avoir voulu embrasser trop d’affaires, chacune pouvant être prétexte à un livre entier, mais sans doute faut-il lire cet ouvrage comme une invitation à aller plus loin pour lever le voile sur la complexité africaine, relativement peu abordée ici. En définitive, enquêter sur les espions français en Afrique donne plus à apprendre sur la France que sur l’Afrique.



« Nos chers espions en Afrique », d’Antoine Glaser et Thomas Hofnung, Fayard, 240 pages, 19 euros.


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Ce roman d’aventure écrit par le maître de l’horreur classique est à redécouvrir dans le dessin du mangaka Gou Tanabe. Lisez les premiers chapitres du manga à paraître au début d’octobre.
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Les montagnes hallucinées — TOME 1 —


Par Gou TANABE
Découvrez les premiers chapitres de "Les Montagnes hallucinées", le roman de H.P. Lovecraft adapté en manga.-->
Paru en 1936 dans le magazine culte de science-fiction Astounding Stories, Les Montagnes hallucinées est à l'origine un court roman signé H. P. Lovecraft. Cette histoire qui relate une expédition inhospitalière et bien mystérieuse en Antarctique est aujourd'hui adaptée en manga par un artisan de la BD horrifique japonaise, Gou Tanabe à qui l'on doit le très étrange Kasane ou encore le thriller Mr NOBODY. Le dessinateur met son trait aussi riche que fin, ainsi que son talent pour les décors, au service d'une collection de mangas consacrés aux chefs d'œuvre du maître de l'horreur classique. Découvrez les deux premiers chapitres de cette adaptation de Lovecraft à paraître en deux tomes dès le 4 octobre aux éditions Ki-oon. 
  

 
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ L’ancienne ministre de la culture de François Hollande, désormais enseignante à Sciences Po, signe un troisième roman, « Les Idéaux », qui est aussi un bilan tranchant de son expérience du pouvoir.
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Aurélie Filippetti : « Raconter la politique dans son humanité »

L’ancienne ministre de la culture de François Hollande, désormais enseignante à Sciences Po, signe un troisième roman, « Les Idéaux », qui est aussi un bilan tranchant de son expérience du pouvoir.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 08h00
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            Solenn de Royer








                        



                                


                            

Le bitume est glissant, il a plu toute la nuit. Les belles journées d’été ont laissé la place à la fraîcheur piquante de l’automne qui vient, toujours trop tôt. Aurélie Filippetti a donné rendez-vous rue Mouffetard, au cœur du Quartier latin où elle vit, à deux pas de l’église Saint-Médard. L’ancienne ministre de la culture a troqué son ancien uniforme de travail, le tailleur-pantalon, pour des baskets et un blouson en jean clair. Elle demande un café, puis un croissant qu’elle ne mangera pas. Et jette un regard désolé au livre annoté posé sur la table du café, parti en lambeaux ­pendant l’été.
Un pavé de près de 500 pages au titre court, Les Idéaux. Il y a quatre ans, ce mot avait été au cœur de sa lettre de démission, envoyée à François Hollande et ­Manuel Valls, au lendemain de l’éviction d’Arnaud Montebourg qui partageait alors sa vie. Sur papier à en-tête du ministère, elle avait expliqué que « l’alternative » n’était pas « entre la loyauté et le départ ». « Il y a un devoir de solidarité mais il y a aussi un devoir de responsabilité vis-à-vis de ceux qui nous ont fait ce que nous sommes, poursuivait-elle. Je choisis pour ma part la loyauté à mes idéaux. » Datée du 25 août  2014, la missive se terminait par un « bien à toi » manuscrit, comme solde de tout compte avec « Manuel » et « François ».
« Sentiment de trahison »
C’est de cette profonde désillusion qu’il s’agit dans ce troisième roman, onze ans après Un homme dans la poche (Stock, 2007) et quinze après Les Derniers Jours de la classe ouvrière (Stock, 2003), dans lequel cette descendante de mineurs lorrains, aujourd’hui âgée de 45 ans, contait la disparition du monde de son enfance et rendait hommage à son père, mort trop tôt. Cette fois, la normalienne agrégée de lettres classiques et ex-députée de Moselle, engagée depuis vingt ans en politique, met en scène un amour caché entre une femme de gauche et...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Etonnante enquête historique d’Anton Serdeczny sur une pratique de réanimation du XVIIIe siècle : l’insufflation anale de fumée de tabac.
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Histoire. De quoi réveiller un mort

Etonnante enquête historique d’Anton Serdeczny sur une pratique de réanimation du XVIIIe siècle : l’insufflation anale de fumée de tabac.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h30
   





                        



                                


                            
Du tabac pour le mort. Une histoire de la réanimation, d’Anton Serdeczny, préface de Jean-Claude Schmitt, Champ Vallon, « Epoques », 388 p., 25 €.
Au début de l’année 1774, un apothicaire, Philippe-Nicolas Pia, qui est aussi échevin de Paris, fait installer des « boîtes fumigatoires » sur les bords de la Seine. Dans ce nécessaire de premiers secours aux noyés, outre un mode d’emploi, on trouve une cuiller en fer pour écarter les mâchoires, des sels ammoniaqués à agiter sous le nez de la victime, une camisole de laine pour la réchauffer, mais surtout un clystère à bouche destiné à insuffler de la fumée de tabac dans son fondement. Quelques mois plus tard, le chirurgien Faissole fait de même à Lyon, commandant vingt boîtes fumigatoires, qu’il installe près des cours du Rhône et de la Saône. On trouve bientôt de telles boîtes dans les postes de secours de la plupart des grandes villes d’Europe.
La méthode la plus autorisée pour ramener les victimes à la vie
Cette pratique de fumigation peut nous paraître étrange, aberrante, voire dangereuse, nous qui sommes habitués aux techniques de la réanimation cardio-pulmonaire. Elle n’en témoigne pas moins d’un discours scientifique de haute volée, porté par des savants comme René-Antoine Ferchault de Réaumur (1683-1757), introduite par des traités de renommée internationale, telle la Dissertation sur l’incertitude des signes de la mort, de Jacques-Jean Bruhier d’Ablaincourt (1742). Cette énigme domine la réanimation à partir des années 1730 et pendant un siècle : l’insufflation anale de fumée de tabac est prônée, le plus sérieusement du monde, comme la méthode la plus autorisée pour ramener les victimes à la vie.
C’est ce que démontre brillamment un historien des sciences, Anton Serdeczny qui, dans Du tabac pour le mort, a mené l’enquête à travers l’Europe et une multitude de textes et d’images : traités savants, dissertations...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos des « Mille et Une Vies du Bouddha », de Bernard Faure.
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Figures libres. Le Bouddha est une histoire sans fin

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos des « Mille et Une Vies du Bouddha », de Bernard Faure.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
20.09.2018 à 09h52
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Les Mille et Une Vies du Bouddha, de Bernard Faure, Seuil, « Essais religieux », 408 p., 25 €.

Voilà un livre que devraient lire tous ceux qui s’intéressent, de près ou de loin, au bouddhisme, à son histoire et à ses interprétations. Sans doute certains seront-ils choqués, ou décontenancés, par ce qu’avance Bernard Faure. Mais personne ne devrait ignorer ses analyses. Car il s’agit, mine de rien, d’une sorte de révolution. Le Bouddha n’aurait probablement jamais existé. En tout cas, nous n’en pouvons rien savoir.
Les preu­ves historiquement incontestables de sa vie réelle demeurent ­introuvables. Réduites à leur plus simple expression, les étapes de sa biographie dessinent seulement le canevas standard d’une quête spirituelle : quitter son ­confort illusoire, écarter de mauvais maîtres, déjouer des tentations, trouver une issue, l’enseigner aux autres…
Ce qui est passionnant, c’est que Bernard Faure, professeur à l’université Columbia (New York), l’un des meilleurs connaisseurs contemporains des bouddhismes et de leur diversité, ne se contente pas d’une attitude sceptique. En reprenant une à une les démarches des principaux experts occidentaux des XIXe et XXe siècles, il montre d’abord combien leurs investigations restent ambiguës. Car elles demeurent prises en tenaille entre deux pôles.
D’un côté, la conviction qu’un « noyau » réel existe. Convaincu que le Bouddha fut un homme, né et mort quelque part, on soutient que cet homme a fondé, ou enclenché, une doctrine singulière. De l’autre côté, chacun constate l’existence de légendes innombrables relatant ses vies antérieures, sa naissance immaculée, ses miracles, son éveil, son extinction. Régulièrement, les savants s’employèrent donc à faire le tri. Ils passèrent au crible les légendes pour en extraire quelque fait. Ou bien, à l’inverse, ils s’efforcèrent d’expliquer comment tel fait réel avait été enjolivé et transfiguré.
Variations...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Johann Chapoutot et Christian Ingrao signent un petit livre qui manque de sérieux.
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Une biographie d’« Hitler » malavisée

Johann Chapoutot et Christian Ingrao signent un petit livre qui manque de sérieux.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
20.09.2018 à 09h57
    |

                            André Loez (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Hitler, de Johann Chapoutot et Christian Ingrao, PUF, 220 p., 13 €.

Pour évoquer le dictateur nazi, voilà un livre au format inhabituel. Alors que les biographies de référence d’Hitler (1889-1945) dépassent toutes le millier de pages, les historiens Johann Chapoutot et Christian Ingrao, auteurs de livres reconnus sur le national-socialisme, font le pari d’un bref « pas de côté » : guère plus de 200 pages, mais l’ambition de montrer que les mutations brutales du XXe siècle se « précipitent – au sens chimique du verbe – dans sa vie ». Nombre d’erreurs et de lacunes fragilisent toutefois ce projet.
Chronologie malmenée
Des premières, on peut donner une liste décourageante, à commencer par la période des ­ velléités artistiques d’Hitler : les auteurs affirment de façon péremptoire mais erronée qu’« on ne voit jamais d’êtres humains sur ses aquarelles. Jamais ». Hitler ne fut pas « sous-officier » durant la Grande Guerre, et encore moins un « soldat comme un autre », comme l’a établi le travail de référence de Thomas Weber (La Première Guerre d’Hitler, Perrin, 2012), non cité dans une bibliographie limitée à onze titres. Son statut d’estafette d’état-major l’éloignant généralement des tranchées, sa guerre n’est aucunement « représentative » de l’expérience du feu en 1914-1918. Les auteurs confondent Stahlhelm (une organisation paramilitaire d’extrême droite) et Reichswehr (armée de la République de Weimar).
La chronologie est pareillement malmenée : l’attentat du résistant Pierre Georges en août 1941 au métro Barbès est situé en janvier 1942 ; le vote des pleins pouvoirs à Hitler par le Zentrum, parti catholique, en mars 1933, est réduit à une conséquence du concordat avec le Vatican, dont la signature n’intervient pourtant qu’en juillet de la même année.
Sur le plan statistique, le livre évoque le chiffre ahurissant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ La chronique de Franck Thilliez, à propos de « Sott », de Ragnar Jonasson.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
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Le coin du crime. Plongée en hypothermie

La chronique de Franck Thilliez, à propos de « Sott », de Ragnar Jonasson.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h15
    |

                            Franck Thilliez (Ecrivain)








                        



                                


                            
Sott (Rupture), de Ragnar Jonasson, traduit de l’anglais par Ombeline Marchon, La Martinière, 352 p., 21 €.

En face, la mer du Groënland où luisent sous la lumière pâle les dos gris des harengs. Autour, les montagnes aux arêtes acérées… Qu’y a-t-il de plus isolé que Siglufjördur, minuscule ville de pêcheurs dans ­l’extrême nord de l’Islande, accessible uniquement par tunnel ? Siglufjördur en quarantaine, menacée par un virus mortel qui confine les habitants chez eux.
Rendre des rues plus vides que le vide lui-même, voilà l’idée géniale de Ragnar Jonasson qui, en une poignée de mots, installe une ambiance de fin du monde où le temps ne s’écoule plus. Même les fournisseurs de denrées alimentaires n’osent pénétrer dans la zone et abandonnent leur livraison à l’entrée des tunnels. Cet emprisonnement forcé est l’occasion, pour Ari Thor, flic cabossé et attachant, de se replonger dans une vieille affaire d’empoisonnement. Son seul moyen de sortir de la ville ? Le ­téléphone, grâce auquel il informe de la situation Isrun, jeune journaliste à la recherche du scoop, éruptive comme le volcan Eyjafjallajökull.
De la fièvre hémorragique – sott en ­islandais –, vous ne saurez rien, si ce n’est qu’elle a été généreusement ­larguée par un voyageur et qu’elle a déjà tué une personne. Elle est l’Arlésienne du livre. Aussi, n’attendez pas un roman catastrophe ou une lutte pour la survie. Sott, c’est avant tout de l’Islande en ­intraveineuse, des fjords mystérieux à la beauté bleutée, des habitants ­confrontés aux rudesses du climat et au silence de la roche.
Là où il y a homme, il y a crime
Et derrière ce silence minéral se ­cachent les secrets, les non-dits, les véritables geysers de l’histoire, les générateurs de tension dramatique qui font de ce roman un page turner. Le crime ne connaît pas de frontières, pas de température idéale pour se perpétrer, il se ­fiche des langues...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Avec « Asta », vie d’une femme tourmentée par la tristesse et la mauvaise conscience, le romancier islandais signe un roman aussi superbe qu’envoûtant.
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Jon Kalman Stefansson : saga melancolia

Avec « Asta », vie d’une femme tourmentée par la tristesse et la mauvaise conscience, le romancier islandais signe un roman aussi superbe qu’envoûtant.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
20.09.2018 à 09h19
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            
Asta (Saga Astu. Hvert fer madur ef þad er engin leid ut ur heiminum ?), de Jon Kalman Stefansson, roman traduit de l’islandais par Eric Boury, Grasset, « En lettres d’ancre », 496 p., 23 €.

Elle est entrée en éruption et rien ne semble pouvoir l’arrêter. ­Profuse et vivifiante, la création islandaise bouillonne sur tous les fronts. En musique, ce sont les héritiers de la chanteuse Björk, parmi lesquels le groupe Utangardsmenn qu’écoutent les protagonistes de ce roman. Au cinéma, des réalisateurs comme Solveig Anspach (Stormy Weather) ou le magnifique Benedikt Erlingsson (Woman at War). En littérature, on pense aux grands noms du polar, Arnaldur Indridason, ­Ragnar Jonasson, Arni Thorarinsson… Mais attention, fait dire à l’un de ses personnages Jon Kalman Stefansson : les artistes islandais ont trop souvent tendance à se transformer en « macareux moines », en « aurore boréale » ou en « jacuzzi alimenté par des sources d’eau chaude ». Gare aux produits destinés à la vente.
En ce qui le concerne, Stefansson est tout sauf un macareux moine. Depuis trente ans, il construit, dans la discrétion et l’humilité, une œuvre littéraire de premier plan, sans concession aucune. Né en 1963, l’homme a successivement été maçon, pêcheur, abatteur de moutons puis bibliothécaire, avant de publier son premier recueil de poésie en 1988. C’est après ces nombreuses vies qu’il est arrivé à la prose. Découvert en traduction avec Entre ciel et terre (Gallimard, 2000), remarqué plus récemment avec D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds (Gallimard, 2015), son talent semble à son acmé dans le très métaphysique et envoûtant Asta, son sixième roman traduit.
« Commençons par le commencement, écrit Stefansson. Nous sommes à Reykjavik au début des années cinquante du siècle dernier, je vous expose l’origine du prénom d’Asta. Puis...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Couleur de peau, pauvreté et coups du sort : « Taxi Curaçao » est une tragédie tout à la fois exotique et ordinaire.
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Stefan Brijs sous le soleil de Curaçao

Couleur de peau, pauvreté et coups du sort : « Taxi Curaçao » est une tragédie tout à la fois exotique et ordinaire.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h15
    |

                            Elena Balzamo (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Taxi Curaçao (Maan en zon), de Stefan Brijs, traduit du néerlandais (Belgique) par Daniel Cunin, Héloïse d’Ormesson, 276 p., 21 €.

Seule la couleur, bleu azur, de la voiture conduite par le héros rappelle la célèbre liqueur. « Curaçao », ici, renvoie à l’île des Petites Antilles, Korsou dans le créole local, un Etat autonome au sein des Pays-Bas. Sa situation géographique – près des côtes latino-américaines – lui a valu beaucoup de déboires depuis sa découverte par les Espagnols à la fin du XVe siècle. Au fil du temps, l’île a plusieurs fois changé de mains et d’activité : repaire de pirates, comptoir de commerce (y compris d’esclaves), importante raffinerie, destination touristique prisée, plaque tournante du trafic de drogue… Elle est un melting-pot caribéen, avec ses deux composantes principales : les descendants d’esclaves africains et ceux des colons européens.
Trois générations de Curaciens
L’histoire relatée par Stefan Brijs (Le Faiseur d’anges, Courrier des tranchées, Héloïse d’Ormesson, 2010, 2015) concerne trois générations de Curaciens. Au début des années 1960, Roy, le père, est fier de son métier de taxi et se pavane au volant de sa Dodge Matador bleu azur. Son fils, Max, fait tout pour ne pas marcher sur les traces du père, mais finit par se retrouver à la place du conducteur de la même Dodge. Toutefois, il a juré que son propre fils n’aura pas à le faire – et pour cela, il est prêt à tout…
Combien de générations faut-il pour vaincre le déterminisme social ? Pour que la volonté individuelle puisse triompher des handicaps hérités ? Est-on condamné à conduire un taxi, qu’on le veuille ou non – parce qu’on est noir, parce qu’on est pauvre, parce qu’on habite dans un bidonville, parce qu’on a un père devenu infirme et une mère qui continue de faire quelques heures de ménage dans une école, par charité ? Pathétique dans sa simplicité, ce récit, qui n’a rien...




                        

                        

