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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ La célèbre artiste serbe a été attaquée, dimanche, dans un musée de Florence, à l’aide d’un tableau censé la représenter. L’agresseur lui a expliqué avoir agi « pour l’art ».
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L’artiste Marina Abramovic frappée à coups de tableau à Florence

La célèbre artiste serbe a été attaquée, dimanche, dans un musée de Florence, à l’aide d’un tableau censé la représenter. L’agresseur lui a expliqué avoir agi « pour l’art ».



LE MONDE
 |    25.09.2018 à 16h34
 • Mis à jour le
25.09.2018 à 16h52
   





                        



   


En près de cinquante ans de carrière, la performeuse Marina Abramovic n’a cessé d’utiliser son corps comme support d’expérimentation de son art. En 1972 déjà, la jeune artiste lançait sa carrière de gourou de l’art contemporain en offrant son corps au public pour qu’il lui fasse tout, absolument tout ce qui lui passe par la tête, au nom de l’art.
Un art pour lequel la Serbe de 71 ans s’est déjà retrouvée nue, couverte d’un squelette pendant plusieurs heures. Pour lequel elle a une autre fois congelé une partie de ses membres. Pour lequel elle a passé plusieurs semaines dans une cabane perdue au milieu de nulle part, les yeux bandés, avec du riz pour seule nourriture.
Dimanche 23 septembre, alors que la performeuse était invitée au Palazzo Strozzi, à Florence (Italie), pour une rétrospective qui lui est consacrée, elle est devenue, cette fois malgré elle, la victime d’un autre artiste.

        Lire l’interview :
         

          Marina Abramovic : « Je ne pense plus que l’art doive être dérangeant »



Comme le narre le quotidien italien La Repubblica, alors que Marina Abramovic s’apprêtait à quitter le musée, un homme l’a attaquée à l’aide d’un tableau censé la représenter. « Il est venu vers moi, en me fixant droit dans les yeux et j’ai souri en pensant que [ce tableau] était un cadeau, raconte la performeuse dans un communiqué, cité par le New York Times. En une fraction de seconde, j’ai vu son expression changer et devenir violente. » 
Toile transpercée
Choquée par la violence de l’acte, Marina Abramovic n’a cependant pas été blessée par l’attaque, sa tête ayant « seulement » transpercé la toile, comme le montre une vidéo mise en ligne par La Repubblica :

Rapidement appréhendé, l’auteur de l’agression est un artiste amateur tchèque de 51 ans vivant à Florence. Selon les médias locaux, ce n’est pas la première fois que Vaclav Pisvejc se fait remarquer. L’homme s’est ainsi déjà mis nu dans une fontaine du centre-ville pour une « performance » et a également vandalisé une statue de l’artiste Urs Fischer sur la fameuse Piazza della Signoria.
Aussitôt après l’incident, Mme Abramovic, qui a décidé de ne pas porter plainte, a demandé à parler à son agresseur. Selon elle, l’homme lui aurait expliqué avoir agi « pour son art ». « Tu ne peux pas créer d’art en t’attaquant aux autres, lui aurait répondu l’artiste serbe. J’ai moi-même déjà été une jeune artiste inconnue, mais je n’ai jamais blessé personne », a-t-elle expliqué, assurant avoir de la peine pour son agresseur.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Docteur et agrégé de philosophie, l’universitaire, qui a aussi écrit des ouvrages de référence sur la boxe, est mort le 12 septembre à Paris. Il avait 86 ans.
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L’historien de la philosophie Alexis Philonenko est mort

Docteur et agrégé de philosophie, l’universitaire, qui a aussi écrit des ouvrages de référence sur la boxe, est mort le 12 septembre à Paris. Il avait 86 ans.



LE MONDE
 |    25.09.2018 à 14h32
    |

Claude Obadia (Philosophe, enseignant à l'université de Cergy-Pontoise)







                        



                                


                            

Né le 21 mai en 1932 à Paris, Alexis Philonenko s’y est éteint le 12 septembre. Auteur d’une œuvre monumentale, considéré comme l’un des meilleurs spécialistes de l’histoire de la philosophie, en particulier de la pensée allemande, il est le fils de Maximilien Philonenko, avocat et ministre dans le gouvernement Kerenski en 1917, et d’une mère qui, en 1927, fut la première femme agrégée de France en histoire et géographie, Madeleine Isaac.
Reçu premier à l’agrégation de philosophie en 1956, Alexis Philonenko fut successivement assistant à la Sorbonne, maître de conférences à l’université de Caen, puis professeur à l’université de Genève avant de rejoindre celle de Rouen. Il soutint sa thèse de doctorat d’Etat en 1966, consacrée à La Liberté humaine dans la philosophie de Fichte (Vrin, 1966), auteur dont il remit en cause les lectures opérées par Martial Gueroult et Jules Vuillemin.
Travailleur acharné
Reconnu mondialement pour les études qu’il a consacrées à Kant et à Rousseau, mais aussi à Bergson, Jankélévitch, Schopenhauer, Nietzsche, Chestov, Luther ou encore Plotin, Alexis Philonenko nourrissait depuis l’enfance une véritable passion pour le sport et pour la boxe anglaise en particulier, comme en témoignent son Histoire de la boxe (Criterion, 1991) et le livre qu’il a consacré au plus grand des boxeurs : Mohammed Ali, un destin américain (Bartillat, 2007). Or, cette passion se nourrit, chez lui, d’une épreuve des plus douloureuses. En effet, si Alexis Philonenko fut dans sa jeunesse, peu le savent, un nageur de niveau national et s’il pratiqua très régulièrement la boxe, aspirant à devenir professeur de sport, une maladie invalidante l’obligea à renoncer définitivement à cette carrière. Ne pouvant plus fréquenter les salles de sport, c’est la mort dans l’âme qu’il se tourna vers la philosophie.
Qui a connu Alexis Philonenko sait quel était son rythme de travail. Levé tous les jours à 4 heures du matin, il...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Le temps de deux soirées, une série documentaire en quatre épisodes montre comment la France s’est réinventée grâce aux différentes générations d’immigrés.
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« Histoires d’une nation » : les immigrés aussi font l’histoire du pays

Le temps de deux soirées, une série documentaire en quatre épisodes montre comment la France s’est réinventée grâce aux différentes générations d’immigrés.



LE MONDE
 |    25.09.2018 à 14h00
    |

                            Antoine Flandrin








                        



   


France 2, mardi 25 septembre à 21 heures, série documentaire
En 1889, la France pavoise. Elle vient de construire à l’occasion de l’Exposition universelle l’édifice le plus haut du monde : la tour Eiffel, araignée de métal appelée à porter l’âme de la République. La veille de l’inauguration, un ouvrier, Angelo Scagliotti, fait une chute mortelle. Mais rien ne doit venir gâcher la fête : l’affaire est étouffée, le nom de cet immigré italien est oublié.
En 1889, on célèbre aussi le centenaire de la révolution française. La IIIe République, qui veut construire une véritable nation, a décidé en 1880 de faire du 14-Juillet la fête nationale. Après le double traumatisme de la défaite face à l’Allemagne et de la Commune de Paris en 1871, les républicains forgent l’idée de la nation française : dans chaque village, dans chaque quartier, à l’école comme sous le drapeau, tout le monde doit se sentir français, y compris les enfants d’immigrés. En effet, en 1889 également, les républicains instituent le droit du sol : les enfants nés en France de parents étrangers ont le droit de réclamer la nationalité française à leur majorité.
Petits morceaux de mémoire familiale
C’est parce que 1889 résume si bien le projet républicain, à la fois positiviste et productiviste, que Françoise Davisse et Carl Aderhold ont choisi cette année comme point de départ de leur Histoire d’une nation. Cette série documentaire raconte, le temps de deux soirées, en quatre épisodes, comment, au cours des cent cinquante dernières années, la République a accueilli les étrangers à certains moments, leur a refusé l’entrée à d’autres, quand elle ne les a pas internés ou expulsés.
Au centre de ce récit chronologique narré par Roschdy Zem : l’expérience de l’assimilation, puis de l’intégration, par l’école et le travail, mais aussi la lutte pour l’égalité et les révoltes contre les discriminations. Ce documentaire se compose également de petits morceaux de mémoire familiale. La parole est donnée aux enfants, petits-enfants, arrière-petit-enfant d’immigrés, dont Michel Drucker, Jean et Youri Djorkaeff, José Garcia et Amel Bent. Photos de famille en main, ils racontent la misère et la gloire de ces pères venus d’Italie, de Pologne, de Russie, d’Arménie, du Maroc ou du Cambodge, pour épauler la France en guerre, mais aussi pour la reconstruire, en se chargeant des travaux pénibles et sales que les Français ne voulaient pas faire.
Sans l’afflux des métallurgistes italiens, des mineurs polonais et marocains, des ouvriers algériens et portugais du bâtiment, la France ne serait pas un pays industriel
Guidé par le souci de construire un récit national dans lequel « tout le monde trouve sa place », ce film montre comment la nation française s’est réinventée et s’est enrichie grâce à ces différentes générations d’immigrés. Les auteurs partagent les pistes de réflexion développées par l’historien Gérard Noiriel dans Le Creuset français. Histoire de l’immigration. XIXe-XXe siècles (Seuil, 1989) : sans l’afflux des métallurgistes italiens, des mineurs polonais et marocains, des ouvriers algériens et portugais du bâtiment, la France ne serait pas un pays industriel. Et de partager cette évidence qui n’en fut pas toujours une : les immigrés aussi font l’histoire.
Permanence de la stigmatisation
Mais ce qui frappe, c’est la permanence de la stigmatisation. Les périodes xénophobes sur fond de crises économiques et sociales se répètent. A Aigues-Mortes (Gard), près de 150 ouvriers italiens sont massacrés en 1893. Dans les années 1930, près de 500 000 étrangers, dont de nombreux Polonais, sont expulsés. Pendant la seconde guerre mondiale, des milliers de juifs et d’Espagnols sont internés dans des camps, notamment à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales). Déjà victimes d’un racisme colonial, les Maghrébins et les Africains, sont, pour leur part, sujets aux violences verbales et physiques, depuis qu’ils se sont établis dans l’Hexagone.
La force du film réside dans le choix de donner chair à ces histoires. En les rétablissant dans leur épaisseur émotionnelle, il parvient à montrer comment les enjeux changent d’une génération à l’autre. Si nombre d’ouvriers immigrés ont courbé l’échine, leurs enfants s’élèvent contre les discours stigmatisants. Le comédien Ramzy Bédia résume très bien le sentiment d’injustice que la génération des fils et des filles d’immigrés maghrébins nés en France a ressenti face à l’injonction à l’intégration.
S’interrogeant sur la capacité de la République à tenir « ses promesses » et à rester fidèle à son projet d’égalité, le film ne s’intéresse en revanche pas aux rapports entre différents groupes d’immigrés. A aucun moment les tensions entre vieux immigrés, jugés bons, et nouveaux immigrés, considérés comme suspects, ne sont prises en considération – et les Roms sont les grands absents de ce film.
Egalement problématique : alors que dans les trois premiers épisodes, le film s’était appliqué à croiser destins d’immigrés, récit national et histoire mondiale, il passe sous silence dans la dernière ligne droite les attaques du 11 septembre 2001, ainsi que les deux vagues d’attentats terroristes sur le sol français en 1995-1996 et 2012-2016. Sous prétexte de ne pas montrer ce qui pourrait diviser, il se complaît dans le roman familial, offrant un regard incomplet, sinon éloigné du réel.
Histoires d’une nation, de Françoise Davisse et Carl Aderhold, réalisé par Yann Coquart (France, 2018, 4 × 55 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ L’identité du modèle du célèbre nu de Gustave Courbet, exposé au musée d’Orsay depuis 1995, vient d’être découverte.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤                     
                                                

Le visage de « L’Origine du monde » de Gustave Courbet dévoilé

L’identité du modèle du célèbre nu de Gustave Courbet, exposé au musée d’Orsay depuis 1995, vient d’être découverte.



LE MONDE
 |    25.09.2018 à 13h08
 • Mis à jour le
25.09.2018 à 17h21
   





                        



   


L’identité du modèle de L’Origine du monde, le célèbre nu de Gustave Courbet exposé au musée d’Orsay depuis 1995, vient d’être découverte… par hasard. La jeune femme s’appelait Constance Quéniaux, révèle Claude Schopp dans un livre à paraître le 4 octobre chez Phébus : L’Origine du monde, vie du modèle.
C’est en travaillant sur la correspondance d’Alexandre Dumas fils et de George Sand que le grand spécialiste français de Dumas père et fils, Goncourt de la biographie en 2017, a résolu une énigme vieille de 152 ans. Chargé de l’annotation des lettres échangées entre George Sand et Dumas fils, « de traquer les moindres allusions que contient un texte afin de l’éclaircir », Claude Schopp est surpris par une coquille dans la transcription d’une lettre de Dumas à Sand, datant de juin 1871.
L’écrivain, hostile à la Commune, déblatère sur Courbet. « On ne peint pas de son pinceau le plus délicat et le plus sonore l’interview de Mlle Queniault (sic) de l’Opéra », écrit Dumas.
« Une illumination »
« Interview? ça ne voulait rien dire », explique le chercheur à l’Agence France-Presse (AFP). Il décide de confronter cette transcription au manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale de France (BNF). Ce n’est pas « interview » qu’il fallait lire mais « intérieur ».
« Ce fut comme une illumination », se souvient le chercheur. « D’habitude je trouve en travaillant beaucoup, là j’ai trouvé sans chercher. C’était injuste. »
Le chercheur fait part de sa découverte à Sylvie Aubenas, directrice du département des estampes et de la photographie de la BNF. « Ce témoignage d’époque découvert par Claude me fait dire que nous avons la certitude à 99 % que le modèle de Courbet était bien Constance Quéniaux », estime Mme Aubenas.

   


Réalisé en 1866
On savait jusqu’à présent que le commanditaire du fameux tableau était le diplomate turco-égyptien Khalil-Bey, une figure flamboyante du Tout-Paris des années 1860, à la demande duquel le tableau fut exécuté par Courbet au cours de l’été 1866.
Avant la découverte de Claude Schopp, plusieurs noms avaient circulé quant à l’identité du modèle. On a ainsi évoqué Joanna Hiffernan, maîtresse de Courbet durant l’été 1866, dont la rousseur irlandaise et la carnation blanche correspondent peu à ce que dévoile le tableau, ou celui de Jeanne de Tourbey, maîtresse du diplomate ottoman, mais figure trop en vue pour tenir le rôle de modèle.
En 1866, Constance Quéniaux a 34 ans. Elle ne danse plus depuis 1859 et est aussi une des maîtresses de Khalil-Bey. La noirceur de la chevelure de Constance et ses « beaux sourcils noirs », loués par la critique lorsqu’elle dansait à l’Opéra, sont plus conformes à la luxuriante pilosité du modèle, explique Sylvie Aubenas, dont le département conserve plusieurs photos de Constance Quéniaux, y compris une prise par Nadar.
Un secret connu de tous ?
Pourquoi son nom n’est-il pas apparu plus tôt ? « C’était un secret connu de tous », suggère Sylvie Aubenas. Si Dumas lâche son nom, c’est davantage par ressentiment à l’encontre de Courbet. Avec le temps, Constance est devenue « une femme de bien », « respectable », qui s’adonne aux œuvres philanthropiques. On ne remue pas le passé.
Un autre élément vient corroborer la découverte de Claude Schopp. A la mort de Constance, en 1908, on découvrit lors de la vente de succession un tableau de Courbet représentant un bouquet de fleurs. La composition mêle habilement bouquet et plantes en pots.
Sur le côté gauche des fleurs printanières (iris, tulipes, primevères), sur le côté droit des camélias rouges et blancs, « les fleurs vouées aux courtisanes depuis Dumas fils », fait remarquer Sylvie Aubenas. Surtout, au centre, on remarque une plante grasse qui tend vers le spectateur une profonde corolle rouge épanouie et ouverte. « Quel plus bel hommage de l’artiste et du commanditaire à Constance ? », souligne Mme Aubenas.

        Lire aussi :
         

                Censure de « L’Origine du monde » : une faute de Facebook reconnue, mais pas sur le fond






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Finalisé en 2015, « Avant l’aurore », qui raconte la rencontre au Cambodge d’un prostitué et d’une petite fille, a été produit en marge du système classique de financement des films. Portrait de son réalisateur franc-tireur, Nathan Nicholovitch.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤                
                                    

« Pour tourner mon film, je n’ai pas attendu deux ans que des aides financières tombent »


                      Finalisé en 2015, « Avant l’aurore », qui raconte la rencontre au Cambodge d’un prostitué et d’une petite fille, a été produit en marge du système classique de financement des films. Portrait de son réalisateur franc-tireur, Nathan Nicholovitch.



LE MONDE
 |    25.09.2018 à 11h53
    |

                            Maroussia Dubreuil








   


En 2013, Nathan Nicholovitch part au Cambodge pendant un an où il réalise Avant l’aurore. Le film dresse le portrait au jour le jour d’un pays à vif, hanté par les crimes des Khmers rouges, à travers la rencontre salvatrice de Mirinda, un Français, prostitué et travesti, et Panna, une fillette livrée à elle-même, qui fait « boum boum pour cinq dollars ».
Entouré d’une petite équipe d’acteurs et de techniciens, Nathan s’endette. « Je n’ai pas attendu deux ans, avec mon scénario sous le bras, que des aides financières tombent pour tourner, avoue-t-il. Comme pour mon premier long-métrage, Casa Nostra, en 2012, le désir m’a embarqué et j’y suis allé ! Mais c’est une manière de faire qui se paie cher. Car les films sont ensuite plus difficiles à sortir. »
Cinéaste autodidacte
Produit en marge du système classique de financement des films français – qui dépend du CNC (Centre national du cinéma) puis de l’accord d’une télévision privée ou publique –, Avant l’aurore, présenté à l’ACID (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion) sous le titre De l’ombre il y a lors du Festival de Cannes en 2015, est finalement sorti en salle le 19 septembre.

   


Cinéaste autodidacte et franc-tireur, Nathan Nicholovitch, né en 1976, a découvert les salles obscures sur le tard, à 18 ans. Jusque-là son monde s’était résumé à quatre rues d’une cité de Villeurbanne, dans la périphérie lyonnaise. Entre sa mère, sa grand-mère, sa tante et son collège. « J’étais un mauvais élève, j’ai redoublé, je me suis fait virer. Je voulais arrêter les études pour aller travailler très vite », raconte-t-il. Mais sa tante, qui a repéré ses dessins, l’inscrit au lycée La Martinière, en plein cœur de Lyon, où il passe un bac technique, spécialité « dessinateur-maquettiste ». « Là, mon horizon s’est agrandi, sourit-il. J’ai découvert la peinture et des copains m’ont emmené au cinéma. Quand j’ai vu Rome, ville ouverte de Roberto Rossellini, j’ai eu enfin le sentiment que quelqu’un me parlait. » Il devient un habitué du Cinéma Opéra et de l’Institut Lumière et achète une caméra 8 mm pour filmer ses camarades.
« J’avais préparé le film au millimètre près. J’avais toute l’artillerie : le story-board, une caméra 35 mm, des grues. Mais je me suis rendu compte que je ne savais pas parler aux acteurs. »
À 25 ans, après avoir impressionné des centaines de mètres de pellicule sans autre but que s’entraîner à filmer, il crée à Paris l’association Les films aux dos tournés « pour donner une légitimité » à sa passion et fabriquer des courts-métrages avec des amis autodidactes. « On se retrouvait le matin, le soir, la nuit, n’importe quand, et on a mis les mains dans le cambouis », formule-t-il. Alors qu’il ne jure que par le cadre et la composition des plans, Nathan crée au sein du collectif un atelier d’acteurs, en s’inspirant des méthodes de jeu du dramaturge suédois August Strindberg, de la professeure d’art dramatique américaine Stella Adler, du metteur en scène brésilien Augusto Boal ou encore de Patrice Chéreau. « Je devais trouver ma façon de regarder les acteurs », confie-t-il. Une quête qui lui parut essentielle après son premier court-métrage.
Le corps noueux de David D’Ingeo
« J’avais préparé le film au millimètre près. J’avais toute l’artillerie : le story-board, une caméra 35 mm, des grues. Mais je me suis rendu compte que je ne savais pas parler aux acteurs, explique-t-il. J’étais incapable de me libérer de mon découpage et, sur le plateau, les comédiens se sont retrouvés face au mur. »

        Lire aussi :
         

                Quand le corps de David d’Ingeo fait « boum boum »



Depuis, Nicholovitch place les acteurs au centre de son travail. Sur le tournage d’Avant l’aurore, il prend le temps de saisir le corps noueux de l’acteur David D’Ingéo (vu notamment chez Dario Argento dans Le Fantôme de l’opéra en 1998), capte ses sursauts ou son flegme, se heurte à son visage anguleux, rebondit sur ses lèvres botoxées, et surtout filme sa manière d’écouter le Phnom Penh déchaîné qui l’entoure. « Le Cambodge est un terrain de cinéma. Tu te mets à un endroit : la vie ne s’arrête pas, elle s’engouffre dans la caméra. On sent une pulsion énorme. Et, à côté, un drame éclate. »
« Avant l’aurore », de Nathan Nicholovitch, sorti le 19 septembre.



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ L’entreprise, qui a toujours privilégié le divertissement « familial », détonne à Hollywood.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

Dans les futures séries télé d’Apple : pas de sexe, ni de violence, ni de religion

L’entreprise, qui a toujours privilégié le divertissement « familial », détonne à Hollywood.



LE MONDE
 |    25.09.2018 à 11h26
 • Mis à jour le
25.09.2018 à 14h40
   





                        



   


Pas de violence gratuite, le moins possible de scènes de sexe, pas de références religieuses, et pas de thèmes trop sensibles. Apple, qui a prévu de consacrer en 2018 1 milliard de dollars au développement de séries télévisées, a fait le grand ménage dans les projets sélectionnés pour Apple Music, son service de streaming, selon une longue enquête du Wall Street Journal parue le 22 septembre.
Les projets qui ont été stoppés ou en partie censurés sont légion, avec des modifications plus ou moins importantes. Night Shyamalan, qui réalise une série consacrée à un couple qui perd son enfant, s’est vu demander de retirer des crucifix du décor. Des gros mots ont été bipés dans les versions iTunes de Carpool Karaoke et Planet of the Apps. Vital Signs, une série biographique consacrée au rappeur Dr. Dre, a quant à elle été purement et simplement annulée. « C’est trop violent. Apple ne peut pas montrer ça », aurait dit le PDG d’Apple, Tim Cook, à Jimmy Iovine, le responsable d’Apple Music (et ce alors que Dr. Dre travaille pour Apple, en tant que fondateur de la marque Beats, rachetée par Apple en 2014).
Selon plusieurs témoignages anonymes d’employés de studios cités par le quotidien américain, les représentants d’Apple ont dit très clairement, dans les négociations avec les producteurs, qu’ils ne voulaient pas de séries « sensibles ». Un projet de série sur le médiateur d’une université américaine, traitant largement des thématiques du harcèlement sexuel après #MeToo, a ainsi été refusé par Apple. Le projet de série sur Dr. Dre a en revanche été accepté par Amazon, pour son service Prime Video.
Choix « familiaux »
La liste des séries validées par Apple illustrent largement le choix de l’entreprise de privilégier les thématiques « familiales ». Apple a par exemple signé des accords avec les producteurs du feuilleton télévisé pour enfants Sesame Street, pour une série de sport inspirée du très familial Friday Night Lights, ou encore un projet consacrée à la vie de la poétesse Emily Dickinson. Quelques projets détonnent cependant dans la liste, dont Shantaram, l’histoire d’un ancien drogué qui se rend en Afghanistan pour y faire du traffic d’armes.
Ces choix d’Apple sont en contradiction avec ceux de la plupart des autres diffuseurs de séries américaines, et les registres habituels d’Hollywood. HBO a connu un immense succès avec la très violente et très sexuelle adaptation de Game of Thrones ; Amazon a diffusé les dystopies dérangeantes The Handmaid’s Tale et Le Maître du haut château ; Netflix propose toute une panoplie de séries originales dans lesquelles il n’hésite pas à mettre en scène violence, drogue ou sujets sensibles.
Mais l’entreprise Apple a derrière elle une longue tradition de prudence quant à tout ce qui peut choquer. Dans les années 2000, l’entreprise avait édicté une politique de tolérance zéro envers la pornographie et la nudité sur l’App Store. Les vulgarités dans les textes affichés des morceaux diffusés sur Apple Music sont censurés. Des jeux vidéo à caractère politique, comme Papers, Please, ou contenant de la violence imagée, comme The Binding of Isaac ont été retirés de son magasin d’applications.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Après plusieurs interdictions, treize réalisateurs et trois producteurs ont publié une tribune dans le quotidien « El Watan » pour rappeler l’état de la liberté d’expression.
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Compte rendu

Des cinéastes algériens dénoncent la « censure »

Après plusieurs interdictions, treize réalisateurs et trois producteurs ont publié une tribune dans le quotidien « El Watan » pour rappeler l’état de la liberté d’expression.


LE MONDE
              datetime="2018-09-25T11:09:18+02:00"

        Le 25.09.2018 à 11h09






    
Le cinéma El-Mougar, à Alger, en septembre 2012.
Crédits : FAROUK BATICHE / AFP


Un groupe de seize professionnels algériens du cinéma a dénoncé lundi 24 septembre, dans une tribune publiée dans le quotidien francophone El Watan, la « censure » exercée en Algérie et « les limites à la liberté d’expression », après la récente interdiction de diffusion de plusieurs films dans le pays.
Début septembre, le ministère des Moudjahidine (anciens combattants) a exigé des « modifications » pour autoriser la sortie en salles d’un film sur Larbi Ben M’hidi, héros de la guerre d’indépendance algérienne, en invoquant la loi qui soumet à l’autorisation préalable du gouvernement « les films relatifs à la guerre de libération nationale ».
« Etroites limites »
Quelques jours plus tard, le ministère de la culture n’avait pas autorisé la projection, en clôture du festival des Rencontres cinématographiques de Béjaïa (RCB), du documentaire Fragments de rêves de la réalisatrice algérienne Bahia Bencheikh El Fegoun, qui donne la parole à des figures des mouvements sociaux en Algérie depuis 2011.
Ces interdictions, et de précédentes ces dernières années, « nous rappellent la précarité de notre profession et les étroites limites fixées à la liberté de création et d’expression dans notre pays », expliquent les treize cinéastes et les trois producteurs dans leur tribune. Parmi les signataires figurent notamment, outre Bahia Bencheikh El Fegoun, Abdelkrim Bahloul dont deux films furent projetés à Cannes et à Venise, et Karim Moussaoui, dont le récent En attendant les hirondelles a été sélectionné dans une section parallèle à Cannes.

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On y retrouve également Fayçal Hammoum, dont le documentaire Vote off, portrait d’abstentionnistes en Algérie, n’avait pu être diffusé au RCB en 2016, ou le documentariste Malek Bensmaïl, dont le film Contre-pouvoirs consacré au travail d’El Watan durant la présidentielle de 2014, n’a pas eu de visa d’exploitation en Algérie.
Ces interdictions privent le « public algérien d’œuvres l’interpellant, lui redonnant son image, l’image de sa société, de son passé et de son présent, avec des regards critiques et diversifiés, alimentant (…) la réflexion et le débat démocratique et contradictoire dans notre pays », rappellent les signataires. « Les dirigeants politiques à l’origine de cette censure ou validant la bêtise de ceux qui la pratiquent décrédibilisent la production cinématographique et culturelle algérienne aux yeux de son public et du citoyen », poursuivent-ils.
Commission « opaque »
Contacté par l’AFP, le ministère de la culture n’a pas réagi officiellement. « Composée notamment de réalisateurs et de producteurs », la commission chargée d’octroyer les visas aux films, « travaille dans la transparence », a toutefois assuré un fonctionnaire du ministère sous couvert d’anonymat. « Les cinéastes sont informés des raisons » en cas de refus, a-t-il ajouté, citant parmi les motifs possibles le « non-respect des valeurs du pays », « l’atteinte aux symboles de la nation », « l’incitation à la violence ou à la haine entre communautés ».

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Le refus d’autoriser la projection de Vote off n’a jamais été communiqué aux organisateurs des RCB, affirme son réalisateur Yacine Bouaziz à l’AFP : « Ce film n’était pas contre le système (…), mais quelqu’un a probablement dit “non” sans voir le film, juste parce qu’il évoquait les élections présidentielles et les jeunes. » Laila Aoudj, directrice artistique des RCB, avait dénoncé en septembre « l’opacité » de cette commission, assurant que le refus de projeter Fragments de rêves n’a pas été motivé.


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Le pianiste Alexandre Tharaud qui sort un album composé des trois dernières sonates de Beethoven (Erato), explique d’où vient son amour de la scène. Il participe à la « nuit de l’amour et des idées » organisée par Le Monde Festival, le samedi 6 octobre.
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                Alexandre Tharaud : « La musique touche au coeur, elle vous prend par surprise »


Le pianiste Alexandre Tharaud qui sort un album composé des trois dernières sonates de Beethoven (Erato), explique d’où vient son amour de la scène. Il participe à la « nuit de l’amour et des idées » organisée par Le Monde Festival, le samedi 6 octobre.

LE MONDE
                 |                 25.09.2018 à 10h28
                 |

Nicolas Truong
















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Est-ce l’amour de la musique ou du théâtre qui vous a conduit à devenir concertiste ?
Le théâtre est au commencement de ma vie d’artiste. Mon père, qui était chanteur, m’emmenait partout en tournée, et ma mère, qui était danseuse, donnait encore des cours de danse trois jours avant ma naissance… Peut-être ai-je écrit Montrez-moi vos mains (Grasset, 2017, à paraître en édition de poche chez Points-Seuil) comme une déclaration d’amour à la scène. C’est là que je suis vivant. J’attends de vivre le soir. Le reste du temps, je survis. C’est la musique qui me réanime.
Le philosophe Vladimir Jankélévitch, dont vous préfacez le livre qu’il a écrit sur Maurice Ravel, disait en substance que la musique commence là où la parole se tait… A-t-il raison ?
Mille fois oui. La musique touche au cœur de l’être, vient trifouiller quelque chose dans nos entrailles, des choses ­anciennes, indicibles. La musique va plus loin que les mots, elle vous prend par surprise, elle met en connexion des émotions lointaines et inconscientes qui font exploser des choses en nous, que l’on soit musicien ou auditeur. On ne peut rien y faire, on est désarmé devant la musique. Et je trouve cela bouleversant. Lorsque je ne peux plus rien dire, lorsque je ne peux plus parler, je vais au piano. C’est mon langage. Si je suis pianiste, c’est pour cette raison.

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Quelles ont été vos premières émotions musicales ?
Ce sont les airs d’opérettes que j’ai écoutées, dans lesquelles je faisais parfois de la figuration, puisque mon père y interprétait de grands rôles. On trouve dans ces œuvres, dites légères, de véritables chefs-d’œuvre, comme Hans le joueur de flûte, de Louis Ganne, ou encore Véronique, d’André Messager. C’est un grand répertoire, un peu oublié, que l’on va sans doute redécouvrir sur les scènes musicales.
Et votre dernière émotion musicale ?
C’était au Québec, dans la petite ville de Pincourt, où l’orchestre métropolitain de Montréal jouait une symphonie de Tchaïkovski lors d’un concert en plein air, sur une scène installée face à une pelouse où des enfants jouaient à la balançoire et leurs parents mangeaient des hot-dogs. Cette atmosphère de kermesse aurait pu nuire au concert, mais ce fut une fête, car l’orchestre se donnait à fond, à 4 heures de l’après-midi, en robe du soir et en costume noir, devant un public attentif et enchanté, assis par terre ou sur des chaises de camping. Je m’habille moi-même toujours en noir pour un concert, j’officie comme lors d’un rituel. N’oublions pas que ce rituel, né au début du XIXe, n’a presque pas bougé.
Le récital est né de l’opéra, le pianiste n’était pas un soliste, c’est le chanteur qui était le centre du concert. Franz Liszt fut le premier à avoir fait un récital consacré au piano. Liszt jouait avec des collants moulants, tantôt déguisé en Hongrois, c’était une rockstar dont le moindre changement de coiffure provoquait le mimétisme de ses fans. Certains pianistes qui viennent en costume à paillettes ou en minijupe en concert aujourd’hui ne sont pas si éloignés des tout premiers pianistes de l’histoire, qui étaient des sex-symbols.
Etes-vous soucieux de faire sortir la musique classique de ses cadres et de ses codes sociaux ?
Il a trois ans, je suis allé dans un atelier de piano, à Paris. Dans la cour, un jeune homme, qui écoutait sa musique avec ses écouteurs, nous suivait et tendait souvent l’oreille. Je l’ai invité à nous rejoindre et lui ai joué un nocturne de Chopin. Installé derrière moi, les écouteurs toujours branchés et, pendant le morceau, il s’est mis à pleurer. Et moi, je donnais tout, comme si je jouais au Carnegie Hall. Ce moment me donnait raison d’avoir travaillé toutes ces années de manière acharnée.
Pourquoi écrivez-vous que votre génération est « orpheline » ?
Les grands pianistes comme Rubinstein ou Arrau ont été formés par des professeurs qui ont connu les grands compositeurs et concertistes précédents. Horowitz était un intime de Scriabine, et Alfred ­Cortot a travaillé avec un élève de Chopin. Or ce lien direct s’est distendu. A l’époque de Liszt et de Chopin, l’interprète n’existait pas. Ce sont leurs élèves qui le sont devenus. Leur musique n’était pas figée. A nous de réinventer ce métier.
Vous êtes sensible à la musicalité ailleurs que dans la musique ?
Oui, dans la littérature et dans l’écriture, je suis attentif au rythme, aux respirations, à la ligne, aux zones d’ombre. Mais tout est musique dans la vie, la rue, l’architecture, l’espace, jusqu’à l’agencement des meubles d’appartement. Cela dit, la musique d’ambiance qui se répand partout est une pollution sonore. Cela crée des sociétés où l’on ne s’entend pas, où l’on ne fait pas attention aux autres. Fondée sur l’écoute, la musique permet au contraire d’entendre et de s’entendre.
Alexandre Tharaud ouvrira la « nuit de l’amour et des idées » au Monde Festival, le samedi 6 octobre pour rêver, penser, aimer, et éprouver ensemble le passage du jour au lendemain en compagnie de philosophes, de musiciens, de scientifiques, d’écrivains, d’historiens et de comédiens. Elle débutera à 22 heures, jusqu’à 6 heures le lendemain, au Théâtre des Bouffes du Nord.


                                                Propos recueillis par                        Nicolas Truong













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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Les réalisateurs Benoît Delépine et Gustave Kervern ont tourné un film puzzle dans le temple du recyclage.
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« I Feel Good » : l’absurde au pouvoir chez Emmaüs

Les réalisateurs Benoît Delépine et Gustave Kervern ont tourné un film puzzle dans le temple du recyclage.



LE MONDE
 |    25.09.2018 à 07h57
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Rebut, rébus, Ubu : tels sont les maîtres mots d’I Feel Good, film puzzle tourné dans le temple du recyclage, chez Emmaüs, avec la folie douce qui caractérise les réalisateurs Benoît Delépine et Gustave Kervern. Film après film, le tandem chronique la fragilité sociale d’individus dont les vies sont malmenées par le capitalisme. Dans I Feel Good, leur huitième long-métrage, le stade ultime de la désintégration ­approche : ne cherchez plus les salariés ou l’entreprise, il n’y en a plus. On ne trouvera pas, comme dans les films précédents, d’ouvrière partant en guerre contre le directeur d’usine – Yolande Moreau dans Louise-Michel (2008) –, ni de retraité sonné auquel il manque des trimestres – Gérard Depardieu dans Mammuth (2010) –, ni d’employé qui pète les plombs – Michel Houellebecq dans Near Death Experience (2014). Ici, il y a juste un collectif autogéré de rescapés qui préfèrent vivre en marge et compter sur les autres plutôt que de compter ses sous.

C’est dans le village Emmaüs aux couleurs acidulées de Lescar-Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques, que les réalisateurs ont choisi d’installer leur intrigue, au milieu de quelques « vrais » compagnons – et d’autres qui n’en sont pas, tel Jo Dahan, ancien bassiste de la Mano Negra, qui ­incarne un menuisier. Monique (Yolande Moreau), tout en cheveux rastas platine, joue la chef de la communauté – à la place du véritable directeur, Jean Sahry. Dans ce cadre documentaire, les cinéastes injectent un drôle de produit, dont les effets secondaires pourraient être une sensation désagréable de démangeaison, suivie d’une anesthésie : cet étrange poison est l’irruption de Jacques (Jean Dujardin), frère de Monique, un loseur sans gêne qui débarque un beau matin et va dérégler la vie des compagnons. Aux antipodes de sa sœur, qui a gardé la foi communiste de ses parents, et de cette communauté, qui œuvre à la décroissance,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Chaque semaine, « L’Epoque » paie son coup. L’humoriste subversive se remet de son « attentat mammaire » devant un Perrier tranche. Et évoque sa fascination pour « les choses sombres ».
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Constance : « Faire un enfant c’est comme inviter un copain à une fête pourrie »


                      Chaque semaine, « L’Epoque » paie son coup. L’humoriste subversive se remet de son « attentat mammaire » devant un Perrier tranche. Et évoque sa fascination pour « les choses sombres ».



LE MONDE
 |    25.09.2018 à 07h30
    |

            Sandrine Blanchard








                              

                        

Elle a choisi une adresse aux allures de refuge : le bar de l’Hôtel Amour, caché sur les pentes du quartier de Pigalle, à Paris, avec son petit jardin exotique. Au milieu de cette verdure, Constance se sent protégée de la fureur du monde. « Et puis n’est-ce pas pour aimer qu’on se lève le matin ? Ici, si on tombe amoureux, paf ! il y a une chambre juste au-dessus ! », s’amuse cette humoriste polissonne en grignotant fromage et saucisson arrosés d’un… Perrier tranche. Dans quelques heures, elle prendra le dernier train gare du Nord qui la mènera dans sa tanière, son petit coin de nature, à une heure de Paris, où elle retrouvera ses chiens.
La fureur du monde, elle l’a vécue violemment au lendemain de sa chronique « Parlons balcon, parlons nichons ». C’était le 28 août, dans l’émission (filmée, puisque désormais la radio est filmée) « Par Jupiter », sur France Inter. Regrettant qu’une femme qui allaite dans un espace public puisse encore faire scandale, Constance cherchait à banaliser le corps, à « faire la nique à ces puritains moralisateurs qui nous disent qu’on est pervers avec notre peau qu’on aère alors qu’eux, ils ont juste un problème avec leur zizi ». Elle a eu l’audace, pour illustrer son propos, de terminer son intervention seins nus. Comme Nicolas Hulot le matin même sur l’antenne, elle n’avait prévenu personne. Mais dans le studio, Charline Vanhoenacker et ses compères étaient hilares.
Deux millions de vues pour une histoire de tétons
Un coup d’éclat qui lui a valu un tombereau d’insultes sur les réseaux sociaux. « Cela me dépasse et me désole, je ne comprends pas une telle colère. Ils n’ont même pas dû écouter la chronique. Ce manque de second degré m’angoisse, confie-t-elle. Il ne faut jamais perdre de vue que c’est de l’humour. On ne fabrique pas des bombes. » Quand l’auteur dramatique Sébastien Thiéry s’était mis, en 2015, entièrement nu lors de la cérémonie des Molières, pour un sketch sur les...




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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ L’architecte de Banlieues 89 présente, mardi, son rapport, commandé par le chef de l’Etat, censé redonner du sens à la construction de la métropole.
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Article sélectionné dans La Matinale du 24/09/2018
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L’architecte Roland Castro dessine le Grand Paris en « poète urbain »

L’architecte de Banlieues 89 présente, mardi, son rapport, commandé par le chef de l’Etat, censé redonner du sens à la construction de la métropole.



LE MONDE
 |    25.09.2018 à 06h32
 • Mis à jour le
25.09.2018 à 10h45
    |

            Grégoire Allix








                        



                                


                            

Dans le bureau parisien de Roland Castro, deux coussins habillent un canapé rouge : l’un affiche le visage de Che Guevara, l’autre celui d’Emmanuel Macron. Le chef de l’Etat a confié à l’architecte de 77 ans la rédaction d’un rapport sur l’avenir du Grand Paris, qui devait être rendu public mardi 25 septembre.
Le héros de la révolution cubaine a sans doute nourri ce travail d’une forme d’idéalisme qui confine parfois à la naïveté. « Si je suis naïf, c’est volontaire : être rêveur et baladeur, c’est le minimum syndical pour penser la ville correctement », assume Roland Castro, qui revendique avoir accompli « un travail de poète urbain ».
Obsessions de toujours
Dans cette synthèse de 91 pages, augmentée des contributions de vingt-sept élus, architectes, artistes ou promoteurs, M. Castro, intellectuel longtemps proche du Parti communiste (PCF), déconstruit avec mordant la succession de catastrophes qui ont produit le Grand Paris actuel – des grands ensembles enfantés par le mouvement moderne aux effets pervers des marchés publics et de la commande privée.
Avec un constat alarmiste : la moitié des habitants de la métropole rêvent de la quitter. Mais loin de la disruption macronienne, les propositions de l’architecte et urbaniste ne surprendront guère ceux qui le suivent depuis près de quarante ans.

On y retrouve ses obsessions de toujours, comme l’installation de ministères en banlieue – les affaires étrangères du côté de Roissy (Val-d’Oise), l’intérieur à Bobigny (Seine-Saint-Denis), la culture à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne)…
Mais aussi la transformation de l’autoroute A86, rocade de la petite couronne, en nouveau centre de la métropole, sous forme d’avenues accueillant piétons et cyclistes, avec « des voies rapides, des contre-allées dans les arbres, des jardins devant les bâtiments ». Ou la mutation des zones industrielles – le port de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), le marché de Rungis...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Une chape de plomb pèse sur la maison d’édition depuis les révélations du « Canard enchaîné » sur de possibles conflits d’intérêt, le groupe bénéficiant de financements publics directs ou indirects.
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L’onde de choc Nyssen déstabilise Actes Sud

Une chape de plomb pèse sur la maison d’édition depuis les révélations du « Canard enchaîné » sur de possibles conflits d’intérêt, le groupe bénéficiant de financements publics directs ou indirects.



LE MONDE
 |    25.09.2018 à 06h31
 • Mis à jour le
25.09.2018 à 15h45
    |

            Nicole Vulser








                        



                                


                            

« Je ne peux pas faire un dîner en ville sans que l’on me demande des nouvelles de la mezzanine… » Cette réflexion ironique d’un salarié d’Actes Sud résume le malaise suscité par l’enquête en cours. Dans ses locaux à Arles (Bouches-du-Rhône) et à Paris, la maison d’édition est accusée de ne pas avoir respecté le code de l’urbanisme en matière de monuments historiques et d’avoir caché au fisc des travaux d’extension permettant d’augmenter la surface totale de ses bureaux. Et ce, alors que Françoise Nyssen, l’ancienne patronne, chapeaute, depuis qu’elle est ministre de la culture, les architectes des Bâtiments de France.
En interne, tout est fait pour circonscrire l’incendie et resserrer les rangs. La représentante du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) « ne souhaite pas répondre à d’éventuelles questions sur les enquêtes ». Le représentant du comité d’entreprise (CE) non plus. Pas plus que la seule représentante syndicale CGT.
« Autocratie familiale »
Tous renvoient à la parole corsetée de la directrice de la communication, Estelle Lemaître, qui affirme : « Le personnel est solidaire » de Françoise Nyssen et « heurté par ce harcèlement politico-médiatique qui nous dépasse ». Les 330 salariés d’Actes Sud et de ses filiales n’ont reçu aucune information officielle de leur direction générale qui, dixit cette dernière, « n’a pas jugé nécessaire de communiquer en interne sur le sujet ». Ils doivent donc s’en tenir à l’officielle « négligence » plaidée par la ministre. Appartenir au gouvernement, c’est s’exposer à être passé au tamis du Canard enchaîné, qui a révélé cette affaire.
Sous le couvert de l’anonymat, certains salariés trouvent ces histoires « bien bénignes à côté de la fraude de Jérôme Cahuzac », mais la plupart estiment que ces pratiques témoignent « d’une erreur mesquine de la direction qui n’a pas été à la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Chaque mardi, « La Matinale du Monde » vous propose un choix de séries à (re)découvrir sur petit écran.
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Une sociopathe, une mine d’or et « Coincoin et les Z’inhumains » : trois idées de séries

Chaque mardi, « La Matinale du Monde » vous propose un choix de séries à (re)découvrir sur petit écran.



LE MONDE
 |    25.09.2018 à 06h29
 • Mis à jour le
25.09.2018 à 07h20
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALEPas de temps mort cette semaine, avec un thriller d’espionnage sur les traces d’une sociopathe, de l’aventure au cœur de la forêt guyanaise et d’une mine d’or de légende, et la suite de P’tit Quinquin sous la forme d’un essai de science-fiction burlesque.
« Killing Eve » : thriller féminin et humour noir

En 2016, dans sa série dramatique Fleabag (disponible sur Amazon), l’auteure et comédienne britannique Phoebe Waller-Bridge se jouait allègrement des stéréotypes féminins en dépeignant la vie chaotique d’une jeune Londonienne en mal d’un amour-amant et d’un sens à sa vie. Le défi est tout autre avec Killing Eve, puisqu’elle y adapte, cette fois, le roman Codename Villanelle, de son compatriote Luke Jennings. Pour une série qui répond aux codes du thriller d’espionnage, mais dont les deux personnages principaux, une fois n’est pas coutume, sont féminins.
L’une, Eve Polastri, au sein des services secrets extérieurs anglais, le MI6, piste les traces d’une psychopathe, mi-ado mi-femme fatale, dénommée Villanelle par ses mystérieux commanditaires. Or, ce qui devait s’apparenter à un jeu du chat et de la souris entre l’agent Eve Polastri et la tueuse à gages Villanelle va évoluer en jeu du chat et du chat, puis en celui du chat traqué par la supposée souris… Ces deux femmes ayant en commun d’être des dures à cuire, tenaces voire obsessionnelles, mais aussi facétieuses.
Sans révolutionner le genre, Killing Eve soutient rythme et suspense avec une belle constance, et met en scène deux comédiennes très justes dans leur rôle : la jeune Jodie Comer (Docteur Foster) et Sandra Oh (ex-Grey’s Anatomy). Martine Delahaye
« Killing Eve », série créée par Phoebe Waller-Bridge. Avec Sandra Oh, Jodie Comer, Fiona Shaw (Royaume-Uni, 2018, 8 × 60 min). Diffusion sur Canal+, le jeudi à 21 heures depuis le 13 septembre (deux épisodes par soirée) ; disponible en intégralité et en version multilingue sur Canal+ à la demande.
« Coincoin et les Z’inhumains » : science-fiction burlesque

Pardon, mais des flaques de merde nous tombent dessus depuis le ciel. Vous marchez dans la lande, rien n’est à signaler, et floc, vous en recevez une en plein sur la tête. Demain, votre voisin. Qu’en sera-t-il après ? On sent bien que la mouise est contagieuse, que la fin du monde est désormais probable, possible.
Mais qu’est-ce au juste que cette matière gluante et puante ? La faute à quoi ou à qui ? Cette chute de matières s’observe dans Coincoin et les Z’inhumains, minisérie en quatre épisodes conçue pour Arte en sa qualité de suite plus qu’attendue d’un P’tit Quinquin qui s’était taillé un des succès historiques de la chaîne, en 2014.
Si P’tit Quinquin pouvait se définir comme un polar surréaliste, Coincoin est un essai de science-fiction burlesque. On y retrouve le couple de gendarmes nationaux loufoques Van der Weyden et Carpentier, la fanfare locale et, bien sûr, P’tit Quinquin (Alane Delhaye) lui-même, bien monté en graine depuis le temps. Sur fond de très inquiétante noirceur.
Bruno Dumont n’oublie pas son passé d’enseignant en philosophie : cette matière brune qui se propage un peu partout autour de nous ne suggère-t-elle pas qu’en stigmatisant l’étranger, homme parmi d’autres hommes qui ne le reconnaissent pas comme tel, c’est, pour le coup, à nous-mêmes que nous risquons de devenir étrangers ? Alors on rit pour ces idées, mais d’un rire jaune… Jacques Mandelbaum
« Coincoin et les Z’inhumains », de Bruno Dumont. Avec Bernard Pruvost, Philippe Jore et Alane Delhaye (France, 2018, 4 x 52 min). Diffusion les jeudis 20 et 27 septembre à 20 h 55 ; en ligne sur Arte+7 jusqu’au 4 octobre.
« Guyane » saison 2 : l’aventure continue

Au cœur de la forêt amazonienne, là où les frontières entre Guyane française, Brésil et Suriname n’existent que virtuellement, sur le petit bout d’Amérique du Sud que possède la France se démènent deux êtres avides d’or et d’aventure, découverts dans la saison 1 de Guyane. Le premier, Antoine Serra, ancien parachutiste, installé là depuis longtemps, s’apparente, à l’échelle de la région, à un magnat de l’orpaillage. Fort de sa fine connaissance du terrain, il était jusqu’ici en paix avec le cartel brésilien grand trafiquant d’or et de drogue sur l’autre rive du fleuve Oyapock. Tout cela jusqu’à l’arrivée du jeune et bouillant Vincent Ogier, venu en Guyane en tant que stagiaire de l’Ecole des mines, en début de saison 1, et vite devenu aussi avide d’action et de richesse qu’Antoine Serra, en qui il a découvert un mentor. En ce début de saison 2, les deux compères viennent de redécouvrir « Sarah Bernhardt », une mine légendaire de Guyane, longtemps abandonnée et pourtant à même de produire l’équivalent de 300 millions d’euros en or…
Or, loin de se contenter de multiplier les déboires que les deux hommes vont traverser au fil de l’exploitation de cette mine, les scénaristes de cette deuxième saison, Pierre Leccia (Mafiosa) et Didier Lacoste (L’Ecole du pouvoir), renouvellent l’intérêt et le plaisir qu’avait suscités la première saison de Guyane en l’enrichissant de nouveaux enjeux, écologiques et politiques : ils y mettent notamment en scène la difficile résistance des Amérindiens Wayana, confrontés à la contamination des eaux par le mercure et le cyanure de l’orpaillage. Ils jouent ici leur propre rôle. M. De.
« Guyane », saison 2. Série créée par Fabien Nury. Avec Olivier Rabourdin, Mathieu Spinosi, Anne Suarez (France, 2018, 8 × 52 min). Un épisode par soir sur Canal+, le lundi à 21 heures, depuis le 24 septembre. Tous les épisodes sont disponibles sur Canal+ à la demande/MyCanal.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ L’acteur, qui incarne un loseur dans « I Feel Good », a su donner vie à des personnages crétins et attendrissants.
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Jean Dujardin, champion de l’imbécillité heureuse

L’acteur, qui incarne un loseur dans « I Feel Good », a su donner vie à des personnages crétins et attendrissants.



LE MONDE
 |    25.09.2018 à 03h14
 • Mis à jour le
25.09.2018 à 08h00
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Peu d’acteurs peuvent se targuer d’accaparer un mot du vocabulaire usuel. C’est – après Arletty (« atmosphère ») et Christian Clavier (« o-kaaay ») – le cas du « cassé » de Jean Dujardin, tel que son personnage Brice de Nice le profère, sourire béat et bras tendu dans un mouvement de diagonale. Cette emprise sur la langue, qui a ravagé les cours de récréation de France et de Navarre, est le signe d’une puissance rare, qui conduit les locuteurs à infléchir, par jeu et par amour pour le personnage qui invente la dissonance, ce bien commun par excellence qu’est la langue vernaculaire.

Voilà qui situe le rayonnement du maître parodiste Jean Dujardin. Et qui permet de mieux cerner son humour, mélange savamment dosé entre une silhouette travaillée et une inflexion linguistique qui souligne le solipsisme du personnage. Parmi les grands succès de l’acteur, on voit bien qu’entrent par excellence dans cette épure le surfeur Brice (dans Brice de Nice, en 2005 ; puis Brice 3, en 2016) et l’espion Hubert Bonisseur de la Bath, des deux – et bientôt trois – OSS 117, de Michel Hazanavicius (Le Caire. Nid d’espions, en 2006 ; Rio ne répond plus, en 2009). La série télé « Un gars, une fille », qui enclenche dès la fin des années 1990 une notoriété, est à l’évidence ailleurs. Comme le rôle d’acteur de The Artist (2011), à part dans sa filmographie, qui lui a rapporté le seul Oscar jamais décerné à un comédien français.
Les personnages de Brice et Hubert (« OSS 117 ») sont des crétins mythomanes, que leur bêtise rend attendrissants
Brice et Hubert – en ceci notamment que la part personnelle de l’acteur dans l’invention du personnage est prépondérante – vont comme un gant à Dujardin. Très différents en apparence – ici un surfeur post-ado qui attend la vague en Méditerranée, là un espion aristo défendant les intérêts de la IVe République –, les deux personnages ont des atomes extrêmement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ L’ouvrage de Bastien Vivès est le premier volume d’une nouvelle collection pornographique chez Glénat.
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Accusée de « pédopornographie », la BD « Petit Paul » retirée des magasins Cultura et Gibert

L’ouvrage de Bastien Vivès est le premier volume d’une nouvelle collection pornographique chez Glénat.



LE MONDE
 |    24.09.2018 à 22h20
 • Mis à jour le
25.09.2018 à 06h32
    |

            Frédéric Potet








                        



   


C’est l’histoire d’un petit garçon de 10 ans au sexe démesuré. Un garçonnet au pénis éléphantesque, hypertrophié, diraient des médecins, qui déclenche chez les femmes de son entourage des pensées lubriques, provoquant les situations cocasses qui vont avec.
Petit Paul, de Bastien Vivès, l’un des auteurs les plus en vue de la bande dessinée actuelle (Le Goût du chlore, Polina, Lastman…), est le premier volume d’une nouvelle collection pornographique, Porn’Pop, créée par Glénat et dirigée par l’ancienne actrice pornographique Katsuni (Céline Tran, de son vrai nom).
Si la maison d’édition avait nourri le secret espoir de voir naître une polémique afin d’attirer l’attention médiatique sur ce lancement, la voilà servie : deux des principaux réseaux de librairies de l’Hexagone, Cultura et Gibert Joseph, ont annoncé, lundi 24 septembre, qu’ils retiraient l’album de leurs magasins, allant ainsi dans le sens d’une pétition qui circule sur Internet depuis quelques jours.
Signé par un peu moins de deux mille personnes à ce jour, lundi, le texte demande le retrait du livre en raison de son prétendu caractère « pédopornographique ». Les instigateurs de la pétition évoquent l’article 227-23 du code pénal, selon lequel les représentations à caractère pornographique de mineurs sont interdites en France.
S’ils oublient que l’ouvrage en question n’est rien d’autre qu’un concentré d’humour transgressif à travers lequel l’auteur joue de ses propres fantasmes, le procès fait à Bastien Vivès n’est pas sans évoquer la croisade menée contre Zep par certaines ligues de vertu traditionalistes au moment de la sortie du Guide du zizi sexuel (2001) et de l’exposition qui avait été présentée à la Cité des sciences et de l’industrie en 2007. L’éditeur à l’époque s’appelait d’ailleurs déjà Glénat.
« Caricature volontairement grotesque »
La maison grenobloise n’avait pas attendu que Cultura et Gibert Joseph décident de retirer l’album pour publier, dès vendredi, un communiqué dans lequel elle rappelait que Petit Paul est « un ouvrage exclusivement destiné aux adultes », raison pour laquelle il est vendu sous un film plastique avec un autocollant disant : « Ouvrage à caractère pornographique. Mise à disposition des mineurs interdite. »
Glénat, dont une grande partie du catalogue s’adresse à la jeunesse, réfute par ailleurs toute accusation de « pédopornographie » : « Cette œuvre de fiction n’a jamais pour vocation de dédramatiser, favoriser ou légitimer l’abus de mineurs de quelque manière que ce soit. Il s’agit d’une caricature dont le dessin, volontairement grotesque et outrancier dans ses proportions, ne laisse planer aucun doute quant à la nature totalement irréaliste du personnage et de son environnement. »

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La décision de Cultura, l’un des principaux sponsors du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, pourrait faire des remous dans le monde du 9e art. L’enseigne dit toutefois n’avoir pas « totalement » retiré l’ouvrage : « Il reste dans les réserves de nos magasins, de telle sorte que les clients qui le demandent puissent l’acheter », dit au Monde Jean-Luc Treutenaere, le directeur des relations extérieurs de Cultura.
« Nous avons vu émerger cette polémique autour de ce livre. Nous avons souhaité être prudents tant qu’une décision de justice n’a pas été prononcée à son sujet. On tient à être précautionneux vis-à-vis de notre clientèle qui est très familiale. C’est aussi notre liberté éditoriale de pousser ou non un livre », ajoute M. Treutenaere, qui confie n’avoir pas lu l’album de Bastien Vivès.
Chez Glénat, la déception le dispute à la résignation. « Chaque libraire est maître chez lui. Celui qui ne se sent pas à l’aise avec la volonté de vendre un ouvrage pornographique, même sous cellophane, a la latitude de ne pas le référencer, dit Jean Paciulli, le directeur général de la maison d’édition. Pour tout dire, nous avions été surpris de voir que Cultura le référençait. Nous n’avons pas été surpris de le voir dé-référencé. »

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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Comment les pays esclavagistes et colonisateurs ont-ils (ré)inventé l’« Autre » pour mieux le dominer, posséder son corps comme son territoire. Extraits de l’introduction de l’ouvrage collectif « Sexe, race et colonies ».
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Document

« Les imaginaires sexuels coloniaux ont façonné les mentalités des sociétés occidentales »

Comment les pays esclavagistes et colonisateurs ont-ils (ré)inventé l’« Autre » pour mieux le dominer, posséder son corps comme son territoire. Extraits de l’introduction de l’ouvrage collectif « Sexe, race et colonies ».

Par                Pascal Blanchard, Christelle Taraud, Dominic Thomas, Gilles Boëtsch et Nicolas Bancel



LE MONDE
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        Le 24.09.2018 à 16h47

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        Mis à jour le 24.09.2018 à 17h54






    
Concours de beauté bambari, au Moyen-Congo, actuelle Centrafrique (tirage albuminé, 1912).
Crédits : OUVRAGE « SEXE, RACE ET COLONIES »


Traversant six siècles d’histoire (de 1420 à nos jours) au creuset de tous les empires coloniaux, depuis les conquistadors, en passant par les systèmes esclavagistes et jusqu’à la période postcoloniale, notre ouvrage Sexe, race et colonies. La domination des corps du XVᵉ à nos jours explore le rôle central du sexe dans les rapports de pouvoir.
Il interroge aussi la manière dont les pays esclavagistes et colonisateurs ont (ré)inventé l’« Autre » pour mieux le dominer, prendre possession de son corps comme de son territoire, tout en décryptant l’incroyable production visuelle qui a fabriqué le regard exotique et les fantasmes de l’Occident : autant d’images qui reflètent la domination raciale et sexuelle.
La compréhension de leur contexte de production, l’appréciation de leur diffusion, de leur réception, de leur importance dans l’histoire visuelle, visent à décentrer les regards et à déconstruire ce qui a été si minutieusement et massivement fabriqué. Projet inédit tant par son ambition éditoriale que par sa volonté de rassembler une pluralité de regards et d’approches critiques, l’objectif de ce livre est de dresser un panorama de ce passé oublié et ignoré, jusqu’à ses héritages contemporains, en suivant pas à pas le long récit de la domination des corps.

    
Couverture du magazine « Voilà », 16 janvier 1932.
Crédits : OUVRAGE « SEXE, RACE ET COLONIES »


Sexualité, domination et colonisation. Trois termes qui se croisent et s’enchevêtrent en effet tout au long des six siècles de pratiques et de représentations qui composent ce livre. Or, si l’histoire des sexualités aux colonies est un sujet de recherche depuis plus de trente ans, il reste méconnu dans son ampleur. Pourtant, la domination sexuelle, dans les espaces colonisés comme dans les Etats-Unis de la ségrégation, fut un long processus d’asservissement produisant des imaginaires complexes qui, entre exotisme et érotisme, se nourrissent d’une véritable fascination/répulsion pour les corps racisés.
Ceci explique pourquoi, les multiples héritages contemporains de cette histoire conditionnent, encore largement, les relations entre populations occidentales du Nord et celles des ex-colonisées du Sud. Car, si les imaginaires sexuels coloniaux ont façonné les mentalités des sociétés occidentales, ils ont aussi bien sûr déterminé celles des dominés. Un travail de déconstruction devient donc aujourd’hui plus que jamais nécessaire, en s’attachant notamment aux images produites tout au long de cette histoire.
La colonie, territoire de la domination sexuelle
La sexualité aux colonies n’est bridée par aucun tabou, y compris celui de l’enfance : les images proposées exhibant souvent des jeunes filles non pubères (ainsi, bien que plus rarement, que des jeunes garçons) dans des mises en scène fortement sexualisées. La violence des fantasmes projetés sur les populations colonisées est donc sans limites, puisque le corps de l’« Autre » est lui-même placé en dehors du champ licite des normes, plus proche de l’animal et du monstre que de l’humain, plus en affinité avec la nature qu’avec la culture.
Ceci explique pourquoi le corps de l’« Autre » est pensé simultanément comme symbole d’innocence et de dépravations multiples : un corps qui excite autant qu’il effraie. Dans ce contexte, les femmes « indigènes » sont revêtues d’une innocence sexuelle qui les conduit avec constance au « péché » ou à une « dépravation sexuelle atavique » liée à leur « race », confortant la position conquérante et dominante et du maître et du colonisateur.
L’existence de ces femmes « Autres » toujours vues comme faciles, lascives, lubriques, perverses et donc forcément insatiables permet aussi de construire, en miroir, l’image de l’épouse blanche idéale, pudique et chaste, réduite à une sexualité purement reproductive.

    
Hula Girls, Hawaï (photographie de studio, tirage argentique, 1943).
Crédits : OUVRAGE « SEXE, RACE ET COLONIES »


La liberté sexuelle des hommes blancs aux colonies ne saurait, en effet, être transférée aux femmes issues des métropoles coloniales. Celles-ci y sont, a contrario, plus surveillées encore, du fait qu’elles doivent nécessairement incarner l’exemplarité sexuelle et morale de la colonie, à laquelle les hommes blancs dérogent en général. Ainsi, le « gigantesque lupanar », figuré par la domination esclavagiste et coloniale, permet-il aux colonisateurs de se penser et de se vivre en maîtres dans des espaces où leurs possibilités sexuelles sont maximisées au regard des normes et des interdits de leurs propres sociétés, tout en excluant leurs femmes de ce même droit. Ceci explique pourquoi les pratiques sexuelles, amoureuses et conjugales dérogent, presque partout, aux règles, aux décrets et aux lois édictées par ceux-là même qui les transgressent allégrement et continûment.
Cette liberté sexuelle du maître et/ou du colonisateur se heurte pourtant, paradoxalement, aux préceptes moraux, aux interdits raciaux, au refus des femmes blanches d’accepter la cohabitation, jugée humiliante et déshonorante par la plupart d’entre elles, avec d’autres femmes et d’autres familles. Et, in fine, à la peur croissante, dès la seconde moitié du XIXe siècle, d’un métissage qui fait écho à l’idée de dégénérescence et de disparition de la « race » blanche.
Cette nouvelle configuration moralisatrice, hygiéniste et prophylactique complexe va conduire néanmoins à un appel croissant, quoique tardif, aux femmes blanches pour peupler les empires, assurer des descendances sans métissage et moraliser les mœurs coloniales. Ces véritables campagnes de recrutements d’épouses – ou de prostituées pour les maisons de tolérance – vont souvent s’effectuer, dans un premier temps, dans les marges des sociétés européennes – orphelinats, hospices, asiles, prisons, bordels… – parmi des catégories de femmes stigmatisées, telles les délinquantes, les filles-mères ou les prostituées, les métropoles coloniales se débarrassant ainsi d’éléments supposément « asociaux » et/ou « immoraux ».
Une immense production d’images
De surcroît, partout dans les espaces colonisés, la question raciale est au cœur de la construction des sexualités puisqu’elle y est le pivot central de l’organisation politique, économique et sociale, particulièrement dans les configurations esclavagistes des Caraïbes, du Brésil ou des Etats-Unis. Sur cet ensemble de questions concernant toutes les aires géographiques et tous les empires coloniaux, et ce quelle que soit l’époque, les écrivains et les artistes ont laissé leurs empreintes tout en participant à la construction du regard des métropolitains sur les « Autres ».
Très tôt, comme le montrent les œuvres rassemblées dans cet ouvrage (plus de 1 200 documents reproduits et majoritairement inédits), les artistes dépeignent les sociétés coloniales et, malgré les interdits, évoquent les métissages tout en éclairant les hiérarchies sociales indexées sur le taux de mélanine des différentes populations. Fondées sur des préjugés, notamment religieux, ces hiérarchies ont alors légitimé la domination raciale de l’époque moderne formant ainsi le premier substrat d’un racisme qui s’incarnait à la fois dans la couleur de peau et dans le statut socio-économique. Les premières images produites, du début du XVe siècle jusqu’à la fin du XVIIe siècle, invitent aussi au rêve et témoignent, très majoritairement, d’une admiration et d’une fascination pour les peuples « exotiques » et leur corporalité.
Cependant, la généralisation de l’esclavage entre l’Afrique et les Amériques, les relations conflictuelles dans l’espace méditerranéen, la montée en puissance des empires coloniaux et l’émergence du racisme scientifique vont progressivement effacer ce « temps de la sidération » au bénéfice de représentations de plus en plus souvent dévalorisantes. Au tournant des XVIIIe et XIXe siècles, s’opère en effet une mutation décisive de sens qui va transformer le « préjugé de couleur » en raciologie. Sexualité, prostitution, homosexualité et « race » s’entremêlent donc inexorablement durant cette période, qui commence en 1830-1840, traverse tout le XIXe siècle et s’achève autour de 1920.
Des artistes de tous les pays vont dans ce cadre bâtir, dans tous les domaines artistiques possibles (dessin, gravure, peinture…), une vision du monde qui bouleverse les représentations de ces ailleurs, jusqu’à la rupture majeure consécutive à l’émergence de nouveaux supports visuels tels la photographie, les affiches illustrées et les objets du quotidien bon marché, diffusant très largement désormais le goût orientalisant, africaniste ou japonisant, tout en exotisant, érotisant et/ou pornographiant l’« Autre » à outrance.
La démocratisation du porno colonial, à la charnière des XIXe et XXe siècles, figure en effet les colonies comme des « empires du vice », thème présent également dans la fiction romanesque ou pseudo-scientifique, comme en témoigne le célèbre livre du docteur Jacobus, L’Art d’aimer aux colonies (1893). Très vite, l’industrie cinématographique, qui s’impose comme le grand média de masse de la période tant en Europe qu’aux Etats-Unis, va utiliser le potentiel érotique des colonies mettant en images de manière récurrente des hommes blancs présentés comme les maîtres incontestés des espaces colonisés, les « protecteurs » des femmes blanches, et les « séducteurs » et les « libérateurs » des femmes « indigènes », mais aussi de mythiques « femmes fatales » orientales ou asiatiques.
Le siècle de la « beauté métisse »
Enfin, le XXe siècle accouche d’un nouveau paradigme en forme d’utopie qui trouve son expression en de nombreuses images reflétées sur des supports multiples : celui d’une « beauté métisse ». Mais partout, de l’Asie du Sud-Est aux Indes, de l’Afrique subsaharienne au Maghreb, des Antilles à la Polynésie, ces mutations s’accompagnent de vifs questionnements, tel celui concernant la place à donner aux enfants métis : ceux-ci devenant les « enfants perdus » de sociétés encore très majoritairement fracturées par les color lines, légales ou non. Ces nouveaux enjeux, enclenchés par la grande guerre, sont ensuite démultipliés par la seconde guerre mondiale sur fond de crise migratoire en Europe et aux Etats-Unis et de contestations anticoloniales de plus en plus vives dans les empires coloniaux.
Cette dernière phase de l’histoire coloniale, enclenchée après 1945, est une période marquée par le déploiement frénétique des violences sexuelles, notamment contre les femmes colonisées, au sein des populations civiles. Comme s’il fallait marquer et violenter les corps des colonisés et, ainsi, les punir de leur désir de se débarrasser de leurs oppresseurs. Comme s’il fallait, aussi, détruire ces femmes indigènes devenues les icônes graphiques des mouvements de libération (et de leurs alliés du moment en Chine, en URSS, en Corée ou en Inde) et des combattantes actives militairement et politiquement dans toutes les luttes anticoloniales.



Ainsi, la pratique du viol, au sein du corps expéditionnaire français, durant la guerre d’Indochine (1946-1954) et la guerre d’Algérie (1954-1962) est-elle désormais bien renseignée, comme celle des derniers lynchages – souvent accompagnés d’émasculations – aux Etats-Unis dans les années 1950. Ailleurs, en Afrique, c’est dans l’empire britannique que cette violence se révèle à l’occasion de la révolte des Mau-Mau au Kenya entre 1952 et 1960, où des centaines de cas de violences sexuelles sur les femmes (dont des viols) et sur les hommes (dont des castrations) sont recensés.
Ces moments d’ultra-violence sexuelle entrent aussi en résonance avec certains conflits contemporains postcoloniaux, comme le montre l’usage du viol par les troupes américaines et leurs alliés durant la guerre du Vietnam, de 1955 à 1975, mais aussi par les Soviétiques pendant la première guerre d’Afghanistan, entre 1979 et 1989 et, plus récemment encore, par les troupes alliées en Irak, les Russes en Tchétchénie ou les Peace Corps de l’ONU en République démocratique du Congo.
Héritages et mutations postcoloniales
A partir des années 1970, de nombreux artistes vont engager un travail de déconstruction des stéréotypes coloniaux en prenant comme objet central le corps – tels l’artiste français Jean‑Paul Goude ou l’un des papes de la Pop anglaise Peter Thomas Blake, mais aussi l’ancien membre du Black Panther Party, Emory Douglas –, les institutions sexualisées (harem ou bordel) ou bien la violence sexuelle et le viol. Ainsi, Coco Fusco et Guillermo Gómez-Peña, au travers de leur célèbre installation The Couple in the Cage (1993), ou bien encore le Sud-Africain Brett Bailey, avec Exhibit B (2014), cherchent-ils à déconstruire la puissance des représentations de la domination sexuelle coloniale.
Dans le même ordre d’idées, la Vénus hottentote va, elle aussi, se retrouver au cœur de toute une série d’œuvres postcoloniales, telles Venus Baartman de Tracey Rose, Venus de Suzan-Lori Parks, On t’appelle Vénus de Chantal Loïal, Hottentot Venus 2000 de Renee Cox, dénonçant son calvaire mais tentant de la restituer dans sa dignité, comme dans le film d’Abdellatif Kechiche, Vénus noire.



Sur tous les continents, des artistes vont porter un œil critique sur ce passé : tous souhaitant dépasser les héritages coloniaux en analysant les effets que les images s’y référant produisent encore aujourd’hui sur les individus et les sociétés.
Dans un tout autre registre, ces mêmes héritages se perpétuent aussi dans les pays du Sud avec le tourisme sexuel. Celui-ci s’est développé avant les indépendances puis lors des conflits de décolonisation et/ou issus de la Guerre froide (en Asie notamment), et constitue désormais une véritable économie globalisée. De très nombreux pays anciennement colonisés se sont ensuite « spécialisés » dans l’offre sexuelle à destination des Occidentaux, mais aussi des nouveaux pays industrialisés, tels la Chine, la Turquie ou les Emirats du Golfe. Héritier de la prostitution coloniale – et des quartiers réservés comme celui de Bousbir au Maroc ou des bordels destinés à l’armée des Etats-Unis en Thaïlande et aux Philippines… – le tourisme sexuel véhicule toujours les mêmes fantasmes et mobilise les mêmes imaginaires érotiques et pornographiques éculés.
Notons cependant que les migrations Sud/Nord peuvent aussi provoquer des événements où la violence sexuelle extrême est convoquée à l’image des événements de Cologne, en Allemagne, en 2016.



De nombreux exemples interrogent en tout cas ce « droit global » des hommes à s’accaparer, y compris par la violence sexiste et raciste, toutes les femmes : celles considérées, par eux, comme étant les possessions des « Autres », mais aussi évidemment celles appartenant à leur propre famille, groupe, culture, nation, « race »… Angela Davis le soulignait déjà, dans le contexte de l’émergence du mouvement des Black Panthers aux Etats-Unis dans les années 1970 : « Ils pensaient – et certains continuent à le penser – que le fait d’être un homme noir leur donnait des droits sur les femmes noires. »
Pourtant, dans la nouvelle réalité qui est la nôtre en ce XXIe siècle naissant, si des structures de domination perdurent incontestablement, d’autres processus inverses se déploient simultanément. Les migrations postcoloniales, au moins dans l’ensemble des anciennes métropoles coloniales, ont ainsi provoqué, presque mécaniquement, la multiplication des unions mixtes et leur acceptation progressive.
Dans la foulée, ce processus a donné corps à un cosmopolitisme globalisé. Que la simple existence de ceux-ci ait déclenché, tout au long de cette longue histoire, des réactions xénophobes plus ou moins constantes ne doit pas faire oublier que la figure des métis est devenue, dans le même temps, un modèle esthétique de référence dans les cultures médiatiques mondiales. Un modèle contesté et/ou récusé, partout, par les suprémacistes de tout bord et les intégristes de toutes religions qui rejettent migrations et minorités au travers de « replis communautaires » polymorphes et accompagnés, le plus souvent, de forts conservatismes culturels et sociétaux, notamment en termes de mœurs.

    
Campagne 2018 de la marque de préservatifs Manix.
Crédits : DR


Quant aux femmes « Autres » toujours catégorisées en types à l’image des « Beurettes » en France, des « Congolaises » en Belgique, des « Pakistanaises » au Royaume-Uni, elles restent assujetties, aussi bien pratiquement que symboliquement, aux rôles prédéfinis par les héritages patriarcaux et/ou coloniaux.
On comprend désormais que la réduction des femmes et des hommes « Autres » à leur sexe/sexualité, principe fondateur de la doxa coloniale depuis l’origine, mais aussi des modèles sociaux de nos cultures désormais globalisées, est loin d’avoir totalement disparu. Et, pourtant, dans le même temps, le métissage est aussi devenu l’horizon d’une utopie censée préfigurer, pour certains en tout cas, l’éclosion d’une véritable société mondialisée, postraciale et égalitaire, par un effet boomerang que les colonisateurs n’avaient certes pas imaginé quand ils ont, pour la première fois, foulé les terres de l’Amérique, de l’Afrique, de l’Asie et de l’Océanie.
Pascal Blanchard est historien, spécialiste du « fait colonial » et des immigrations au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) ; Christelle Taraud est historienne à l’Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne ; Dominic Thomas est professeur d’études françaises à l’Université de Californie, à Los Angeles ; Gilles Boëtsch est anthropobiologiste, directeur de recherches émérite au CNRS et à l’Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar ; Nicolas Bancel est historien à l’Université de Lausanne.
Cet article a d’abord été publié sur le site de The Conversation.
Extraits de l’introduction de l’ouvrage collectif « Sexe, race et colonies. La domination des corps du XVᵉ à nos jours », publié sous la direction de Pascal Blanchard, Nicolas Bancel, Gilles Boëtsch, Christelle Taraud et Dominic Thomas aux éditions La Découverte (préface de Jacques Martial et Achille Mbembe, postface de Leïla Slimani). Disponible en librairie à partir du 27 septembre 2018 (544 pages, 1 200 illustrations).





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Mort du danseur et chorégraphe américain Arthur Mitchell

Star afro-américaine de la danse depuis les années 1950, en particulier avec le New York City Ballet, le créateur du Dance Theatre of Harlem est mort mercredi, à 84 ans



LE MONDE
 |    24.09.2018 à 15h22
    |

                            Rosita Boisseau








                        



                                


                            

Le danseur, pédagogue et chorégraphe Arthur Mitchell, star afro-américaine du ballet depuis les années 1950, est mort, mercredi 19 septembre. Il avait 84 ans. Créateur du Dance Theatre of Harlem, en 1969, ardent militant de la cause des Noirs américains, cet artiste brillant et puissant a illuminé dès 1955 les pièces du chorégraphe George Balanchine (1904-1983), devenant l’un des solistes phares du fameux New York City Ballet (NYCB).
Né à Harlem le 27 mars 1934, Arthur Mitchell aligne les étapes d’un parcours sans faute d’interprète hors pair salué très vite par le succès public. Il fait ses apprentissages à la New York City High School of Performing Arts dont il sort premier en 1952. La même année, il décroche une bourse pour l’école de l’American Ballet tout en collaborant parallèlement avec de nombreux chorégraphes, dont Donald McKayle (1930-2018). Il multiplie les petits boulots et fait son apparition, en 1954, sur Broadway dans la comédie musicale House of Flowers.
Premier danseur noir à intégrer le NYCB
Il intègre le NYCB en 1955 et y reste quinze ans. Il est non seulement le premier danseur noir à intégrer une compagnie de ballet de cette envergure, mais il est aussi très vite distingué par Balanchine. Son style limpide et athlétique rayonne dans les pièces du maître du néoclassique américain, qui chorégraphia pour lui le pas de deux d’Agon, pièce emblématique créée en 1957. Il y sublimait, auprès de Diana Adams, le style sec et physique, très insolite dans ses changements d’humeur, de cette pièce sur une partition de Stravinsky. A l’opposé de cette veine classique abstraite, il dansa aussi le rôle de Puck dans Le Songe d’une nuit d’été, en 1962. Une valorisation qui déclencha des réactions racistes parmi les spectateurs.
Dans un entretien au New York Times en janvier, Arthur Mitchell évoquait des commentaires haineux dans le public. « Pouvez-vous imaginer l’audace que cela représente de mettre...




                        

                        


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Budget de la culture 2019 : Françoise Nyssen assure que « la culture reste une priorité du gouvernement »

Le budget patrimoine sera « sanctuarisé » à hauteur de 326 millions d’euros et le projet de Pass culture se voit attribuer une enveloppe de 34 millions d’euros.



LE MONDE
 |    24.09.2018 à 15h01
    |

            Sandrine Blanchard








                        



   


Pour la troisième année consécutive, le budget du ministère de la culture reste stable et atteint quelque 10 milliards d’euros. « La culture reste une priorité du gouvernement et nos choix sont réaffirmés », s’est félicitée la ministre, Françoise Nyssen, lundi 24 septembre.

        Lire à propos de la présentation du budget 2019 :
         

          Qui sont les gagnants et les perdants ?



Si l’on retire l’audiovisuel public (3,86 milliards d’euros, en baisse de 0,9 % par rapport à 2018), les crédits d’impôts (1,5 milliard) et les taxes (735 millions d’euros), les crédits budgétaires alloués à la politique culturelle s’élève à 3,6 milliards d’euros, soit une hausse de 0,5 % comparée à l’année précédente. Leur répartition reprend les grandes thématiques défendues par la ministre de la culture depuis son arrivée rue de Valois : équité territoriale, soutien à la jeunesse et diversité culturelle.
Equité territoriale :
Au nom du « rééquilibrage de la politique culturelle en faveur des territoires », le budget patrimoine sera, en 2019, « sanctuarisé » à hauteur de 326 millions d’euros pour financer quelque 6 000 opérations d’entretien et de restauration (hors grands projets). Le plan « Culture près de chez vous » disposera de 6,5 millions d’euros, notamment pour le développement de projets culturels d’itinérance et le prêt de 500 chefs-d’œuvre à une soixantaine de musées en région. Quant aux bibliothèques, appelées à élargir les horaires d’ouverture, deux millions d’euros supplémentaires s’ajouteront aux 88 millions de la dotation générale de décentralisation. Depuis la remise du rapport d’Erik Orsenna, « 265 projets, touchant quelque 10 millions de personnes et prévoyant une extension d’environ sept heures par semaine des horaires, ont été déposés », assure-t-on au ministère.

        Lire le compte-rendu :
         

          Le plan « Culture près de chez vous » dévoilé




        Lire le reportage :
         

          La Moselle, une zone blanche chez les gueules noires



Soutien à la jeunesse :
La promesse de généraliser à tous les enfants et jeunes de 3 à 18 ans un « parcours d’éducation artistique et culturelle (EAC) » d’ici à la fin du quinquennat est réaffirmée. Le budget de l’EAC passera à 116 millions d’euros (contre 114 en 2018). Par ailleurs, le projet de Pass culture se voit attribuer une enveloppe de 34 millions d’euros (contre 5 millions en 2018) pour mener à bien son expérimentation dans cinq départements (Bas-Rhin, Guyane, Finistère, Hérault et Seine-Saint-Denis). Dix mille jeunes testeurs de cette nouvelle application – qui leur permettra de disposer de 500 euros – sont en cours de recrutement. « Nous prendrons notre temps pour analyser la manière dont les jeunes âgés de 18 ans s’emparent de ce nouveau Pass », indique l’entourage de la ministre. La généralisation de ce dispositif ne devrait pas avoir lieu avant 2020.

        Lire le décryptage :
         

          Eloquence, chorale… un nouveau plan pour encourager l’éducation artistique à l’école




        Lire le compte-rendu :
         

          Pour le Pass culture pour les jeunes, les achats seront plafonnés selon les catégories



Diversité culturelle :
Le soutien à la création artistique est préservé (782 millions d’euros, en hausse de 0,4 %) et 2 millions sont affectés à la création d’un fonds pour la sécurisation des lieux et événements culturels. En outre, le Fonds national pour l’emploi pérenne dans le spectacle (Fonpeps), dont les aides devaient prendre fin en décembre, sera prolongé. Quant aux artistes-auteurs, une dotation de 18 millions euros est prévue pour compenser les effets de la hausse de la CGS « en attendant de trouver un mécanisme pérenne ».
Comme en 2018, le ministère de la culture devra contribuer à « l’effort général de réduction du nombre d’emplois publics » à hauteur de 160 emplois. « Les directions régionales des affaires culturelles (DRAC) ne seront pas touchées. Seuls les opérateurs et l’administration centrale seront concernés », précise-t-on rue de Valois.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Pour obtenir les chefs-d’œuvre du maître italien du XVIIe siècle auquel il consacre une exposition inédite, le Musée parisien a dû consentir le prêt de certaines des œuvres de sa collection d’art ancien.
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Comment le Musée Jacquemart-André a dû « négocier » dix Caravage


                      Pour obtenir les chefs-d’œuvre du maître italien du XVIIe siècle auquel il consacre une exposition inédite, le Musée parisien a dû consentir le prêt de certaines des œuvres de sa collection d’art ancien.



LE MONDE
 |    24.09.2018 à 14h00
    |

                            Roxana Azimi








   


Le Caravage (1571-1610) est de ces rares artistes anciens qui réunissent les ingrédients capables d’attirer les foules : une vie picaresque en clair-obscur et une œuvre très expressive au goût du jour. En dix ans, d’ailleurs, pas moins d’une trentaine d’expositions lui ont été consacrées dans le monde. Mais pas une seule à Paris depuis 1965. Un vide que veut combler le Musée Jacquemart-André avec « Caravage à Rome, amis et ennemis » à partir du 21 septembre.
Des musées réticents
Pour relever le gant, l’institution parisienne a les reins solides : elle a mis sur la table plus de 1 million et demi d’euros afin de financer le transport, l’assurance, la scénographie et la communication. Mais l’argent seul ne suffit pas. Pour décrocher dix œuvres, dont quelques pépites comme Judith décapitant Holopherne, Jacquemart-André a utilisé une précieuse monnaie d’échange : sa propre collection d’art ancien. Le corpus d’œuvres indiscutables du peintre milanais est resserré, à peine une soixantaine de toiles authentifiées. Une bonne partie d’entre elles, de très grand format, est accrochée dans des églises en Italie et peut difficilement bouger. Quant aux musées, ils sont réticents à se défaire de leurs chefs-d’œuvre les plus emblématiques, qui ornent la couverture de leurs guides.
« C’est un échange de bons procédés : le public italien qui ne connaît pas forcément bien Rembrandt a l’occasion d’en voir un pendant quelques mois. » Francesca Cappelletti, co-commissaire de l’exposition
L’Ermitage de Saint-Pétersbourg n’était pas très chaud pour prêter son seul et unique Caravage, Le Joueur de luth, jamais présenté à Paris. Pour le convaincre, Jacquemart-André lui a envoyé en retour un Saint Georges terrassant le dragon, de Paolo Uccello, le temps de l’exposition parisienne. Avec les musées transalpins, la pratique du donnant-donnant est bien huilée. « Tous les deux ans, nous faisons une grande exposition italienne, c’est dans notre ADN. Et du coup, on connaît bien nos collègues italiens », explique Pierre Curie, conservateur du musée.

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                Prêt d'œuvres d'art à l'étranger : débats et blocages



La Pinacothèque de Brera, à Milan, a ainsi consenti à prêter l’une des toiles les plus célèbres du Caravage, Le Souper à Emmaüs, en contrepartie d’un tableau illustrant le même sujet biblique, mais par Rembrandt. « C’est un échange de bons procédés : le public italien qui ne connaît pas forcément bien Rembrandt a l’occasion d’en voir un pendant quelques mois », résume Francesca Cappelletti, co-commissaire de l’exposition et grande spécialiste du Caravage. Certaines institutions transalpines se sont montrées plus coriaces que d’autres. Francesca Cappelletti a dû argumenter pendant deux ans pour obtenir Le Jeune Saint Jean-Baptiste au bélier des Musées du Capitole à Rome. « J’ai insisté en disant que j’avais établi par mes recherches la datation exacte du tableau, raconte-t-elle, fière de cette prouesse. Je leur ai forcé la main ! »

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« Caravage à Rome, amis et ennemis », Musée Jacquemart-André, 158, bd Haussmann, Paris 8e. Jusqu’au 28 janvier 2019. www.musee-jacquemart-andre.com



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Nouveaux écrans, technologies permettant une meilleure immersion du public... Les exploitants planchent sur les salles du futur.
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Laser, LED, air chaud... les révolutions à venir dans l’équipement des salles de cinéma

Nouveaux écrans, technologies permettant une meilleure immersion du public... Les exploitants planchent sur les salles du futur.



LE MONDE
 |    24.09.2018 à 11h44
 • Mis à jour le
24.09.2018 à 17h26
    |

            Nicole Vulser








                        



   


La lumière et l’écran. C’est à ces deux niveaux que se produiront les principaux bouleversements dans les salles de cinéma, explique Richard Patry, président de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF), alors que s’ouvre, lundi 24 septembre, le 73e Congrès des exploitants à Deauville (Calvados). « Depuis les années 1970, on utilise de grosses lampes au xénon [pour projeter les films], qui consomment beaucoup d’énergie », note M. Patry, lui-même exploitant de salles en Normandie. L’arrivée de la lumière laser dans les salles obscures, qui n’en est qu’à ses prémices, permettra d’augmenter la taille de l’écran.
Autre avantage : les lampes au xénon s’usent vite et doivent être changées après 1 000 à 3 000 heures d’utilisation. Les lumières laser, elles, devraient avoir une durée de vie beaucoup plus longue, de 10 à 15 ans, sans aucune dégradation de luminosité. Cela a un prix : jusqu’à 70 000 euros pour les lasers destinés aux plus grands écrans, contre 15 000 euros pour une lampe au xénon et sa lanterne aujourd’hui.

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                « Les Français sont les plus grands cinéphiles d’Europe »



Dans un contexte de fréquentation cinématographique déprimée cet été en France en raison de la concurrence du Mondial de football, la grand-messe annuelle des représentants des 2 046 cinémas hexagonaux doit permettre de présenter les nouveautés technologiques attendues dans le domaine des écrans.
Certains industriels comme Sony et Samsung travaillent à un abandon de la projection pour proposer un grand écran LED qui permettra d’obtenir, de façon uniforme, une extrême précision de l’image. Point positif, selon Richard Patry : permettre la modification de l’architecture des salles de cinéma de centre-ville afin de mieux rentabiliser ces espaces souvent très contraints. Comme il ne sera plus nécessaire de prendre en compte un faisceau lumineux qui passe deux mètres au-dessus de la tête des spectateurs, le volume permettant d’installer des fauteuils sera accru. Une telle technologie signera aussi de facto la fin des cabines de projection.
Tendance plus « verte »
M. Patry assure qu’avec l’écran LED, l’image « est meilleure qu’avec le bon vieux 35 mm. Puisque les contrastes sont plus forts, il y a moins d’influence de la lumière parasite et le spectre colorimétrique est poussé quasiment à l’infini ». Mais ces écrans demeurent très onéreux : de 200 000 à 300 000 euros pour les plus petits. Qui est disposé à payer une telle somme ? « Les seules technologies qui se sont imposées sont celles qui ont proposé des solutions financièrement abordables », rappelle le président de la FNCF. Il faudra donc attendre que les prix baissent. Le timing de tels sauts technologiques peut sembler pertinent : la totalité des salles est passée au tout-numérique depuis une quinzaine d’années en France. Elles doivent désormais songer à renouveler leur matériel.
Pour rendre leurs salles toujours plus high-tech, les grands exploitants continuent d’investir massivement, à l’image de Pathé, qui mise sur ScreenX et 4DX. Avec ces technologies, les fauteuils bougent pour accompagner l’action du film et le public reçoit des gouttes d’eau, de l’air chaud, du vent, du brouillard ou du parfum, ce qui donne à la séance de cinéma des airs de parc d’attractions. Plus de trente salles en sont équipées dans l’Hexagone, qui drainent un public d’adolescents très réceptifs.

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Pour conquérir cette cible, un autre important exploitant français, CGR, a inauguré fin 2016 une vingtaine de salles ICE (Immersive Cinema Experience) avec des fauteuils clubs inclinables et des panneaux lumineux sur les côtés de la salle destinés à plonger le spectateur dans une ambiance singulière.
Une nouvelle tendance, plus « verte », émerge dans l’Hexagone. Les propriétaires de salles obscures commencent à réfléchir à l’adoption de démarches écoresponsables. Installation de panneaux solaires sur les toits, recyclage des déchets, vente de confiserie labellisée bio et même du lait issu de circuits courts pour la fabrication des glaces… Une préoccupation qui, jusqu’ici, n’intéressait personne dans le septième art.



                            


                        

                        

