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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ La sortie dans son pays du long-métrage, qui raconte une histoire d’amour entre deux femmes, lui permettra de briguer une nomination aux Oscars.
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Compte rendu

La justice lève pour sept jours l’interdiction au Kenya du film « Rafiki »

La sortie dans son pays du long-métrage, qui raconte une histoire d’amour entre deux femmes, lui permettra de briguer une nomination aux Oscars.


LE MONDE
              datetime="2018-09-21T16:45:54+02:00"

        Le 21.09.2018 à 16h45






    
La réalisatrice de « Rafiki », Wanuri Kahiu, entourée de ses deux actrices principales, Sheila Munyiva et Samantha Mugatsia, sur le tapis rouge du Festival de Cannes en mai 2018.
Crédits : Eric Gaillard / REUTERS


La justice kényane a levé pour sept jours, vendredi 21 septembre, la censure du film Rafiki, afin de lui permettre de briguer une nomination aux Oscars. Le long-métrage kényan, dont le titre signifie « ami » en swahili, était interdit de diffusion dans son pays au motif qu’il traite d’une histoire d’amour entre deux femmes.
Saisie par la réalisatrice, Wanuri Kahiu, et l’ONG Creative Economy Working Group, la Haute Cour de Nairobi a toutefois précisé que le film ne pourra être vu que par des « adultes consentants ».

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                Cannes 2018 : « Rafiki », la douce naissance d’un tendre amour



Du fait de lois héritées de l’Empire colonial britannique, l’homosexualité reste illégale dans ce pays d’Afrique de l’Est. La commission de la censure avait interdit le film en raison de « son thème homosexuel et de son but évident de promouvoir le lesbianisme au Kenya, ce qui est illégal et heurte la culture et les valeurs morales du peuple kényan ».
Le 30 septembre, date limite
Or, les critères de sélection pour les Oscars dans la catégorie Meilleur film en langue étrangère imposent une « sortie du film dans le pays qui le soumet entre le 1er octobre 2017 et le 30 septembre 2018 », et ce « pour une période de sept jours consécutifs dans une salle de cinéma à but commercial ».
A l’approche de la date limite du 30 septembre, une injonction autorisant la diffusion du long-métrage a été émise car, a argumenté la juge Wilfrida Okwany, si Wanuri Kahiu « devait manquer l’inscription pour les nominations, aucun tribunal n’aurait la capacité de traiter une plainte en vue de compenser la célébrité, la gloire et l’exposition que peuvent apporter une nomination pour les Oscars ».



De plus, a ajouté la juge, le tribunal « ne doit pas déterminer si l’homosexualité est bonne ou mauvaise, si elle est morale ou immorale, mais bien si un artiste ou un réalisateur a le droit, en exerçant son droit à la liberté d’expression et à la créativité artistique, de réaliser un film au thème homosexuel ».
« Outil publicitaire »
La réalisatrice Wanuri Kahiu a réagi sur Twitter : « Je pleure. Je suis dans un aéroport français. Quelle joie ! Notre Constitution est forte ! Remerciez la liberté d’expression !!!! Nous l’avons fait ! Nous donnerons très bientôt des informations sur la diffusion à Nairobi. » Le compte Twitter du film Rafiki a, lui, assuré que le long-métrage serait diffusé dans un cinéma de la capitale du 23 au 29 septembre.
La commission kényane de la censure, tout en exprimant sa « tristesse » qu’un « film glorifiant l’homosexualité soit l’outil publicitaire du pays à l’étranger », a indiqué dans un communiqué qu’elle respecterait la décision de justice une fois que celle-ci lui sera officiellement notifiée.
Rafiki a été en mai le premier film kényan jamais sélectionné au Festival de Cannes, où il a été présenté dans la sélection Un certain regard. Adapté de la nouvelle Jambula Tree de l’Ougandaise Monica Arac de Nyeko, il raconte l’histoire d’un coup de foudre entre deux jeunes femmes appartenant à des camps politiques opposés.





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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ De sa jeunesse agitée à ses aspirations actuelles en passant par ses plus grands films et ses rencontres décisives, Delon se raconte, sans fard et sans filtre.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ La bonification de 15 % dans les subventions, annoncée jeudi par la ministre de la culture Françoise Nyssen, sera attribuée aux films dont les équipes comptent des femmes à des postes-clés.
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Un bonus financier sera mis en place en 2019 pour promouvoir la parité dans le cinéma

La bonification de 15 % dans les subventions, annoncée jeudi par la ministre de la culture Françoise Nyssen, sera attribuée aux films dont les équipes comptent des femmes à des postes-clés.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 15h50
 • Mis à jour le
21.09.2018 à 06h29
   





                        



   


Près d’un an après le déclenchement de l’affaire Weinstein aux Etats-Unis, la ministre de la culture, Françoise Nyssen, a annoncé, jeudi 20 septembre, en clôture des Assises de la parité à Paris, la mise en place en 2019 d’un bonus de 15 % dans les subventions pour les films « exemplaires en matière de parité » hommes-femmes :
« Je crois aux incitations financières. Quand les choses ne changent pas d’elles-mêmes, ou trop lentement, c’est à nous de les faire changer. »
Ce bonus à hauteur de 15 % pourra être attribué aux films dont les équipes ont des femmes à des postes-clés. Concrètement, un barème de huit points sera instauré, avec un point si le réalisateur est une femme, un autre point si le chef technique appartient à la gent féminine… « Le bonus sera ouvert dès lors que l’équipe technique totalise au moins quatre points », a détaillé la ministre. Ce qui correspondrait aujourd’hui, s’il était déjà en place, à « moins d’un film sur six ».
Cette annonce s’inscrit dans un ensemble de mesures concrètes – mise en place de statistiques genrées pour les dossiers d’agrément du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), charte de bonnes pratiques – pour instaurer la parité dans le septième art. Le bonus a d’ailleurs vocation à disparaître « lorsque la parité sera installée ».

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                Cannes 2018 : Françoise Nyssen annonce un fonds d’aide pour les réalisatrices



Fortes inégalités
Selon les données du CNC, les femmes réalisatrices sont moins bien payées que leurs confrères (environ 42 %) et il existe de fortes inégalités en matière de financement des films, les femmes ayant plus de difficultés à obtenir des budgets importants. Les différences de traitement sont également criantes pour les métiers techniques, où le genre féminin est fort peu représenté.
La tenue de ces Assises sur la parité, l’égalité et la diversité avait été annoncée lors du Festival de Cannes, après une montée des marches très symbolique de 82 femmes, dont l’Australienne Cate Blanchett et la Française Agnès Varda, pour réclamer l’égalité salariale.
Dans la foulée, Cannes et d’autres festivals de cinéma (Locarno, Venise, Toronto…) s’étaient engagés à faire plus pour la parité, en signant une charte, qui rend notamment transparente la liste des membres des comités de sélection.
En revanche, cette charte n’impose pas en sélection de quotas de films réalisés par des femmes. A la Mostra de Venise, début septembre, le cinéaste français Jacques Audiard s’était ému de la sous-représentation féminine en sélection (vingt-et-un films, dont un seul réalisé par une femme) et il avait dénoncé l’absence de femmes à la tête des festivals.

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                Cinéma : la cause des femmes






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ La cinéaste conteste en justice l’interdiction au Kenya de son film, qui raconte une histoire d’amour entre deux jeunes femmes à Nairobi.
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« Rafiki » : Wanuri Kahiu, la réalisatrice qui défie la bien-pensance au Kenya



LE MONDE
              datetime="2018-09-20T14:25:28+02:00"

        Le 20.09.2018 à 14h25

     •
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          datetime="2018-09-20T17:16:18+02:00"

        Mis à jour le 20.09.2018 à 17h16






Durée : 02:41 | 

Le film Rafiki (« ami » en swahili), qui raconte un amour lesbien, est le deuxième long-métrage de la Kényane Wanuri Kahiu. L’ancienne étudiante de l’université californienne UCLA a porté plainte contre le Kenya Film Classification Board, qui a interdit en avril la diffusion du film dans le pays. Cette autorité de régulation avait jugé qu’il faisait « la promotion du lesbianisme ». La cinéaste, qui veut promouvoir des histoires africaines « belles et positives », avait refusé de modifier la fin de son récit. Présenté au Festival de Cannes dans la sélection Un certain regard, Rafiki lui a été inspiré par la nouvelle Jambula Tree de l’auteure ougandaise Monica Arac de Nyeko.


                

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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ La réalisatrice, survivante de la Shoah, avait signé son premier film de fiction – sur Auschwitz – à l’âge de 75 ans.
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Au cinéma, la longue quête de vérité de Marceline Loridan-Ivens

La réalisatrice, survivante de la Shoah, avait signé son premier film de fiction – sur Auschwitz – à l’âge de 75 ans.



LE MONDE
 |    19.09.2018 à 11h21
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

La vie ou, pour mieux dire, la survie de Marceline Loridan à l’enfer d’Auschwitz croise le cinéma à partir de l’après-guerre. En trois temps. Le premier est celui de la rencontre, alors qu’elle fréquente le terreau fertile de la Cinémathèque française d’Henri Langlois, avec Edgar Morin. Le sociologue l’entraîne dans l’aventure de Chronique d’un été, qu’il coréalise en 1961 avec l’ethnologue et cinéaste Jean Rouch, parrain de la Nouvelle Vague. Ce film historique, qui capture un état des lieux de la France d’alors, est une sorte de prélèvement sur le vif de quelques « échantillons » représentatifs de la société de l’époque, expérience menée à partir d’une question délibérément minimaliste : « Comment te débrouilles-tu avec la vie ? »
C’est une des premières traces cinématographiques d’un témoignage portant sur la Shoah, concept à cette époque inexistant
C’est une quête, pour reprendre le mot des auteurs, de « cinéma vérité », rendue possible par l’allégement technique du matériel cinématographique (caméra 16 millimètres, son synchrone) et qui, de fait, passe à la postérité comme les débuts en France du cinéma direct, qui émerge à la même époque aux Etats-Unis et au Canada. L’autre intensité du film, qui passera plus inaperçue et qui n’en constitue pas moins sa brûlure, c’est justement le témoignage bouleversant, le monologue entêtant, la douleur irradiante, vibrante dans ce corps menu et dans la sombre litanie qui s’en échappe, de Marceline Loridan, filmée à la volée dans la beauté pacifiée de la place de la Concorde. C’est une des premières traces cinématographiques d’un témoignage portant sur la Shoah, concept à cette époque inexistant, alors que la mémoire concentrationnaire est dominée par les déportés résistants.
Rage de vivre
Le deuxième chapitre s’ouvre par son mariage avec le réalisateur néerlandais Joris Ivens, coup de foudre réciproque entre la survivante échaudée, provocatrice tous azimuts, et l’une des très...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Rescapée d’Auschwitz, la cinéaste et écrivaine est décédée à Paris mardi 18 septembre à l’âge de 90 ans.
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Marceline Loridan-Ivens, « sœur de camp » de Simone Veil, est morte

Rescapée d’Auschwitz, la cinéaste et écrivaine est décédée à Paris mardi 18 septembre à l’âge de 90 ans.



LE MONDE
 |    19.09.2018 à 11h20
 • Mis à jour le
19.09.2018 à 12h39
    |

                            Judith Perrignon








                        



                                


                            

Marceline Loridan Ivens, née Rozenberg, s’est éteinte mardi 18 septembre au soir, à Paris. Elle avait 90 ans. Au moment d’écrire sa nécrologie, aucun mot usuel ne semble lui correspondre, aucune case. Dire qu’elle était une réalisatrice, une auteure, une documentariste est à la fois juste et trop pâle. C’était une fille de Birkenau. Matricule 78750 sur son bras. Son corps menu et sec. C’était un rire toisant la mort depuis longtemps. Des flèches acérées aussi. Les films, les livres qu’elle nous laisse sont l’œuvre et la revanche d’une petite juive arrachée à l’enfance, à sa famille, à l’école, un jour de février 1944.
Il y a dans sa chambre, rue des Saints-Pères, à Paris, le portrait et le fantôme de son père, Shloïme Rozenberg, dont elle regrettait si souvent d’avoir relégué le patronyme pour celui de ses maris. C’est la photo d’un homme des années 1930 en costume sombre, la photo d’un juif polonais ayant fui les pogroms avec sa femme et croyant fermement être en sécurité en France, dans une République qui avait réhabilité le capitaine Dreyfus.
Il monta une petite usine de tricot à Nancy, tandis que son épouse ouvrait un magasin à Epinal. Ils avaient cinq enfants. Marceline était la troisième. Un jour, il l’emmena dans une carriole à cheval, en lui promettant une surprise et en lui demandant ! « Qu’est-ce que tu souhaites le plus au monde, Marceline ? » Il lui montra alors le petit château qu’il venait d’acheter pour la famille dans le Sud, à Bollène (Vaucluse). La plus jolie demeure. Sur une colline. A l’aube de la guerre. C’est là que père et fille seront arrêtés. Là, à Bollène, qu’elle se battra des années plus tard contre le maire de la ville, qui voulait inscrire le nom de son père au monument des morts pour la France. Non, lui interdit-elle, il est mort à Auschwitz.
« Il faut continuer… »
Ce n’est d’ailleurs qu’il y a quelques mois qu’elle découvrit, grâce aux recherches d’une documentariste, la lettre qui les avait dénoncés....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Le tournage de « Leave No Trace » a opéré chez la star américaine un bouleversement « intime et cosmique ».
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Ben Foster, poussière d’étoile

Le tournage de « Leave No Trace » a opéré chez la star américaine un bouleversement « intime et cosmique ».



LE MONDE
 |    19.09.2018 à 07h40
    |

            Aureliano Tonet








                        



                                


                            

Si le Festival de Cannes disposait d’une « Palme d’os », si les Oscars remettaient des squelettes en guise de statuettes, Debra Granik en serait l’indiscutable lauréate. Down to the Bone (2004), Winter’s Bone (2010), Leave No Trace (2018) : les titres des trois fictions réalisées à ce jour par la cinéaste disent bien son approche minimale et minérale. L’Américaine progresse en géologue, filmant les hommes et les choses comme des fossiles dont il conviendrait d’étudier les apparitions et les disparitions.

Une épure qui ne se vérifie jamais mieux qu’au contact de ce curieux spécimen qu’est la star de cinéma. Dès lors qu’ils ont été observés jusqu’à la moelle par le professeur Granik, actrices et acteurs se révèlent au monde comme à eux-mêmes. Ainsi de Vera Farmiga et Jennifer Lawrence, devenues des pièces maîtresses du puzzle hollywoodien depuis que la réalisatrice a dévoilé toute la richesse de leurs sédimentations.
Ainsi, pareillement, de Ben ­Foster. En mai, sur la Croisette, où le film était présenté à la Quinzaine des réalisateurs, le comédien nous disait combien Leave No Trace avait opéré en lui « un bouleversement intime et cosmique ». Jusque-là, le bonhomme s’était dépensé sans compter : sagas plus ou moins pataudes (X-Men. L’affrontement final, 2006), productions plus ou moins lourdaudes (Warcraft. Le commencement, 2016), machineries plus ou moins costaudes (Le Flingueur, 2011 ; The Program, 2015, où il incarnait Lance Armstrong)… Que du muscle, en somme. Avec ce rôle d’homme des bois, élevant seul sa fille à l’ombre des branches et à l’abri du monde, effrayé par la société des hommes depuis qu’il a servi sous les drapeaux, Debra Granik fait affleurer chez Ben Foster une douceur et une sensibilité qu’on ne lui soupçonnait pas.
Ben Foster, acteur : « Depuis “Leave No Trace”, c’est simple, je n’ai pas tourné un seul film, tous les...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ La réalisatrice américaine Debra Granik filme avec délicatesse et patience le passage d’une enfant à l’âge de femme.
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« Leave No Trace » : le père, la fille et l’esprit des bois

La réalisatrice américaine Debra Granik filme avec délicatesse et patience le passage d’une enfant à l’âge de femme.



LE MONDE
 |    19.09.2018 à 07h38
 • Mis à jour le
19.09.2018 à 08h34
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Comme les frères Grimm, Debra Granik aime raconter des histoires de jeunes filles perdues au fond des bois. Ce n’est pas toujours la même histoire. Tom, l’héroïne de Leave No Trace, deuxième long-métrage de fiction de la réalisatrice, est aussi différente de Ree, la jeune chasseuse de Winter’s Bone, que le Petit Chaperon rouge l’est de la Belle au bois dormant. La tension, la terreur, le grotesque de Winter’s Bone, conte sudiste gothique, cèdent la place à un rythme apaisé, élégiaque. Leave No Trace est une balade qui célèbre et déplore la fin de l’enfance, un duo pour fille adolescente et père meurtri qui fait son œuvre si patiemment, si délicatement, qu’on n’en découvrira les effets durables que longtemps après la projection.

        Lire la rencontre :
         

          Ben Foster, poussière d’étoile



Will (Ben Foster) et Tom (Thomasin Harcourt McKenzie) vivent au fond des bois d’un parc national voisin de Portland (Oregon), pas très loin de la forêt où habitait la tribu de Captain Fantastic que dirigeait Viggo Mortensen. Will, lui, n’a rien d’un patriarche ; il n’a pas fui le monde par goût de l’utopie. Ancien combattant d’une de ces guerres sans fin que livre son pays contre le reste du monde, Will est tout simplement incapable de supporter le commerce de ses semblables – à une exception, sa fille. De leur épouse et mère, il ne reste que des souvenirs, évoqués laconiquement. Rien d’autre n’existe que leur côte-à-côte.
La première partie du film est brève : Debra Granik y met en scène l’existence de cette famille des bois. Tom a profité des talents acquis par son père sous les drapeaux. Il sait s’abriter, se nourrir, se cacher. Elle s’applique à mettre en pratique ces leçons, tente de tordre le règlement en faveur de ses envies d’enfant, un peu de sucré, un peu de chaleur. Elle le fait avec une sagesse que connaissent peu d’adultes. On voit bien qu’elle ne poussera jamais un de ces gentils caprices au point de menacer le fragile équilibre auquel est parvenu son père.
Souci documentaire et empathie
De temps à autre, ils vont à la ville, toucher la pension d’ancien combattant de Will, retirer les médicaments psychotropes qu’on lui a prescrits, qu’il revend. Mais cette idylle verte est brutalement interrompue par les rangers du parc, auxquels succèdent bientôt les services sociaux. L’interpellation de Will et Tom finit d’installer le film sur sa trajectoire très particulière. Le père et la fille ont beau avoir traversé d’épouvantables malheurs – la guerre, la mort de la mère –, leur histoire ne sera pas une tragédie. Les rangers procèdent avec courtoisie, les travailleurs sociaux sont pleins de considération pour l’enfant et le vétéran. Debra Granik les observe avec un souci presque documentaire, plein d’empathie, qui réapparaîtra au chapitre suivant : les robinsons de la forêt sont placés dans une plantation de sapins de Noël près de laquelle vit un sympathique adolescent dont le hobby est de présenter son lapin familier dans des concours de beauté.
Passé le plaisir de découvrir ces recoins du paysage américain, Debra Granik assène délicatement le coup : Will a beau travailler au bonheur des enfants, presque comme un lutin du Père Noël, Tom a beau s’être attachée au plus rassurant des teenagers, il reste entre ce monde et leur famille un fossé que le patriarche se refuse une nouvelle fois à combler alors que sa fille voudrait le franchir une fois pour toutes. Leave No Trace sera moins l’histoire d’une cavale que celle du passage d’une enfant à l’âge de femme.
Dans l’errance que le père a imposée, Tom et Will ne font jamais l’expérience du mal ou de la méchanceté
La jeune actrice néo-zélandaise (ça ne s’entend pas) Thomasin Harcourt McKenzie et Ben Foster trouvent une justesse harmonique jusque dans la tranquille discorde qui s’installe entre leurs personnages. La première délimite très nettement la singularité de son personnage, infiniment plus innocente que les autres adolescentes, mais aussi tellement plus sage. Quant à l’acteur qui avait déjà impressionné dans Comancheria, il porte avec une gravité un peu solennelle le poids de la maladie de l’ancien combattant.
Dans l’errance que le père a imposée, Tom et Will ne font jamais l’expérience du mal ou de la méchanceté. Leur malheur procède de ce qui est survenu il y a longtemps, de la douleur que fait naître la séparation à venir. Dans cet entre-deux, Debra Granik filme avec autant de délicatesse les moments qui s’égrènent, jusqu’à ce que la perspective de l’adieu devienne aussi douloureuse au spectateur qu’aux personnages.

Film américain de Debra Granik. Avec Thomasin Harcourt McKenzie, Ben Foster (1 h 49). Sur le Web : www.condor-films.fr/film/leave-no-trace

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 19 septembre)
Leave No Trace, film américain de Debra Granik (à ne pas manquer)L’amour est une fête, film français de Cédric Anger (à voir)Les Frères Sisters, film américain et français de Jacques Audiard (à voir)Avant l’aurore, film français de Nathan Nicholovitch (pourquoi pas)Climax, film français de Gaspar Noé (pourquoi pas)Fortuna, film belge et suisse de Germinal Roaux (pourquoi pas)Le Poulain, film français de Mathieu Sapin (pourquoi pas)Vaurien, film français de Mehdi Senoussi (pourquoi pas)Volubilis, film marocain de Faouzi Bensaïdi (pourquoi pas)La Nonne, film américain de Corin Hardy (on peut éviter)
A l’affiche également  :
Carnage chez les Puppets, film américain de Brian HensonJour de paye ! Vers un revenu universel, documentaire autrichien et allemand de Christian TodPlongeons !, programme de six courts-métrages de Clément Cogitore, Loïc Barché, Tomer, Gabriel Harel, Andrew Ellmaker, Maximilien Van Aertryck et Axel DanielsonVictimes, film français de Robin Entreinger





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Le réalisateur Cédric Anger évoque l’artisanat des films pornos des années 1980, avec le duo Canet-Lellouche.
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« L’amour est une fête » : plongée hédoniste dans la nuit

Le réalisateur Cédric Anger évoque l’artisanat des films pornos des années 1980, avec le duo Canet-Lellouche.



LE MONDE
 |    19.09.2018 à 07h38
 • Mis à jour le
19.09.2018 à 07h54
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Bienvenue dans l’ancien monde. Paris, 1982, Le Mirodrome. Un peep show de Pigalle en déclin tenu par Franck (Guillaume Canet) et Serge (Gilles Lellouche), qui ont l’idée de tourner de courts pornos amateurs. Magie fantasmée du ­cinéma. L’affaire reprend de plus belle. Au point qu’une bande cagoulée, vraisemblablement commanditée par quelque cacique de l’industrie du porno, vient la leur détruire intégralement. Monde voluptueux de la nuit, du désir, du plaisir, mais aussi de la violence, du banditisme, de l’illégalité.
Le film s’était ouvert, au petit matin d’une nuit d’orgie ordinaire, dans une belle maison bourgeoise avec piscine. Gueule de bois des deux associés, fille nue passant languissamment, ­retour difficile à la vie diurne – pour ne pas le nommer : au réel. On pense a priori que ce retour à l’ordre du jour sera, sous les auspices du dégrisement et de la chute, le programme nécessaire de L’amour est une fête. C’est mal connaître Cédric Anger, dont l’œuvre (Le Tueur, L’Avocat, La prochaine fois je viserai le cœur) n’aime rien tant que les histoires d’infiltration, la duplicité des ­personnages, le doute jeté sur les hiérarchisations morales et esthétiques. Il n’échappe à personne que cette combinaison vaut aussi comme possible définition de l’auteur de cinéma, ce qui n’étonne pas venant de la part d’un ex-critique formé à la cinéphilie des Cahiers du cinéma.
« L’amour est une fête » est un film impertinent, qui ne se fera pas que des ami(e)s dans sa propre époque
De nouveau mis à terre, Franck et Serge se tournent donc vers un professionnel du X (le régulièrement et formidablement excentrique Michel Fau) pour se relancer encore une fois. Sauf que – coup de théâtre que le lecteur pourrait, à juste raison, nous reprocher de révéler si l’enjeu du film n’était fondamentalement ailleurs –, les deux compères se ­révèlent être des flics infiltrés dans le milieu du sexe pour, par un flagrant délit ­savamment orchestré, y frapper un gros coup et siffler la fin de la récré­a­tion des seventies.
L’idée de Cédric Anger, pour le dire avec la finesse des titres de films olé-olé de l’époque, n’est pourtant pas que ces personnages frappent un grand coup, mais qu’ils se ­contentent de le tirer. Plus élégamment dit, que la loi cède devant le désir, que l’exultation des corps et l’ivresse des sens défient tant l’hypocrisie de la société du contrôle que les ligues de vertu. L’histoire de ce film immoral et ­erratique, mû par une fantaisie ­hédoniste, est donc celle de la lente dérive de deux flics de la lugubre brigade des mœurs vers la libération de leurs propres mœurs. Saisie au crépuscule d’un artisanat du porno où le plaisir et la liberté d’en jouir avaient, si l’on en croit l’auteur, encore leur place, L’amour est une fête est un film impertinent, qui ne se fera pas que des ami(e)s dans sa propre époque. Laquelle lui reprochera la ­ténuité de personnages féminins réduits à de purs véhicules de plaisir, ainsi qu’une possible idéalisation de la petite entreprise pornographique, dont il y a lieu de supposer qu’elle ne se résuma pas à une rayonnante utopie libératrice.
Vitalité lyrique
Il n’en reste pas moins que le monde étincelant qu’il nous ­dépeint – grand ensoleillement de couleurs chaudes, tunnels narratifs enrobés dans une playlist glamrock électrisante et pailletée – séduit par sa vitalité lyrique, serait-il empreint d’une certaine morbidesse qui suggère avec finesse la face obscure de cette émancipation. Un monde qui nous paraît aujourd’hui précieux parce qu’il résiste encore un tant soit peu à l’aliénation marchande intégrale, parce que les délinquants y ont une âme d’enfant, les réalisateurs de porno une ambition esthétique, les hommes et les femmes un commun désir de jouissance.
Associé à la récente sortie d’Un couteau dans le cœur, de Yann Gonzalez, évocation baroque du milieu du porno gay, L’amour est une fête témoigne, à l’évidence, d’un intérêt actuel pour la levée des tabous et l’efflorescence sexuelle des années 1970. On le perçoit ailleurs, depuis la remise en lumière (en DVD chez Artus Films) du ténébreux Jess Franco, roi ibérique du cinéma bis, jusqu’à la programmation imminente d’un porno féministe au festival du cinéma italien d’Annecy (ISVN. Io sono Valentina Nappi, de Monica Stambrini). On y voit la recherche de ce que l’uniformisation actuelle du monde tend à détruire : l’existence d’une contre-culture.

Film français de Cédric Anger. Avec Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Michel Fau, Camille Razat, Xavier Beauvois (1 h 59). Sur le Web : www.marsfilms.com/film/lamour-est-une-fete



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Le réalisateur Gaspar Noé flirte un moment avec la beauté avant de sacrifier de nouveau à l’horreur.
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« Climax » : danses névrotiques sous influence

Le réalisateur Gaspar Noé flirte un moment avec la beauté avant de sacrifier de nouveau à l’horreur.



LE MONDE
 |    19.09.2018 à 07h36
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Tout avait pourtant bien commencé, comme on aime à l’écrire en relatant un fait divers. La chorégraphie qui ouvre Climax est un moment joyeux, harmonieux et bouillonnant. Elle dure longtemps, juste assez pour mettre de bonne humeur, pour espérer que Gaspar Noé ne va pas replonger, nous entraînant encore une fois dans le tréfonds de ses peurs et de ses phobies (dont certaines sont ­elles-mêmes de nature à susciter la répulsion).

        Lire la critique (parue lors du Festival de Cannes) :
         

          « Climax », entre énergie pure et jeu de massacre



On le sait depuis le mois de mai dernier, depuis la présentation de Climax à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes, cet espoir est fugace. Ces danseurs et danseuses choisis pour leurs capacités chorégraphiques, vêtus comme il y a vingt ans (le film est censé se passer en 1996), réunis à l’appel d’une chorégraphe de renom dans un local de répétition isolé dans la neige, vont passer un sale moment.
La caméra, organisme vivant
Quelqu’un a assaisonné la sangria d’un produit psychotrope qui rend méchant. Ce qui permet au réalisateur de pousser ses interprètes (Sofia Boutella, actrice et danseuse, vue récemment dans La Momie, Romain Guillermic, à l’affiche d’Elektro Mathematrix, Kiddy Smile, producteur et DJ) jusqu’au paroxysme, de dérégler les rapports entre les êtres vers le meurtre et le sadisme, bref de passer un long moment dans une nouvelle version du passage souterrain d’Irréversible (2002, avec Monica Bellucci, Vincent Cassel et Albert Dupontel).
On le sait, rien n’est plus pénible que d’être le/la seul(e) à n’avoir rien pris dans une soirée où le reste des convives ont bu, fumé, ingéré… En portant un regard, sinon lucide, du moins non intoxiqué, sur Climax, on retrouvera la virtuosité naturelle de Noé, qui sait faire glisser la caméra d’espace en espace, comme si elle était un organisme vivant, qui sait tout exiger de ses comédiens (y compris n’importe quoi), et la vacuité dans laquelle ce talent se meut.

Film français de Gaspar Noé. Avec Sofia Boutella, Romain Guillermic, Kiddy Smile (1 h 35). Sur le Web : www.climax-lefilm.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Le dessinateur Mathieu Sapin, qui avait suivi l’arrivée de François Hollande à l’Elysée, croque les coulisses du pouvoir.
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« Le Poulain » : l’envers du décor politique

Le dessinateur Mathieu Sapin, qui avait suivi l’arrivée de François Hollande à l’Elysée, croque les coulisses du pouvoir.



LE MONDE
 |    19.09.2018 à 07h36
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Dessinateur reporter, Mathieu Sapin connaît la politique telle qu’elle se pratique en France : il a couvert l’arrivée de François Hollande à l’Elysée en 2012 dans Campagne présidentielle, a observé assez longtemps le mandat de ce dernier pour en tirer un second volume, également édité chez Dargaud, Le Château. Passant des cases de la bande dessinée aux plans de cinéma, Mathieu Sapin a fait de cette expérience la matière de son premier long-métrage.
L’intérêt du Poulain réside dans le processus de distillation de la réalité, de ce qu’il révèle du regard de son auteur sur ce milieu qu’il a observé longtemps et de près. En suivant, le temps d’une campagne présidentielle, l’ascension d’un néophyte en politique de l’antichambre d’un troisième couteau jusqu’aux salons de l’Elysée, le réalisateur s’est débarrassé de ce qui l’encombrait – les thèmes de campagne (immigration, Europe…), les débats d’idées, les propositions politiques. Celles-ci sont déguisées de sigles absurdes qui ne prennent jamais de substance. L’intérêt de l’auteur est ailleurs, dans la mise en mouvement d’un vaudeville alimenté par l’appétit de pouvoir et les pulsions érotiques des personnages.
Philippe Katerine perpétue la tradition des seconds rôles spectaculaires du cinéma français, de Jules Berry à Dominique Zardi
C’est un parti périlleux qui suppose une maîtrise de la mécanique comique dont Mathieu Sapin ne fait pas toujours montre. D’autant qu’il manque au Poulain les fondations réalistes qui ont permis à Quai d’Orsay (inspiré d’un ministre des affaires étrangères ayant réellement existé), de Bertrand Tavernier, ou à la série Baron noir (évoquant sans détour le Parti socialiste) d’emporter la conviction.
C’est à des « démocrates » de fiction qu’Arnaud Jaurès (homonymie ou parenté, l’ambiguïté est savamment entretenue) apporte son concours. Passant des mains moites d’un petit apparatchik libidineux (Philippe Katerine, qui perpétue la tradition des seconds rôles spectaculaires du cinéma français, de Jules Berry à Dominique Zardi) aux griffes manucurées d’Agnès Karadzic (Alexandra Lamy), la directrice de commu­nication d’une candidate à la primaire, Arnaud (Finnegan Oldfield) se voit enseigner le b.a.-ba du mensonge institutionnel, de la communication à sens unique, pour passer très vite au niveau supérieur : trahisons et compromis.
Apprentissage de la bassesse
Tant que son personnage en reste aux stades initiatiques, Finnegan Oldfield sait jouer de son charme un peu opaque, laissant planer le doute sur l’engagement et les désirs d’Arnaud. Cet apprentissage de la bassesse provoque un peu de déprime que ne dissipe pas tout à fait le cynisme enjoué qu’Alexandra Lamy confère à sa professionnelle des retournements de veste.
Dans le rôle d’un candidat célibataire obsédé par le regard maternel (porté par Brigitte Roüan), Gilles Cohen fait une création plus inattendue qui pourrait faire pencher le film du côté de la fantaisie. Mais, de toute évidence, Mathieu Sapin veut faire croire à la justesse de cette peinture, comme en témoigne la présence, dans un second rôle, de Gaspard Gantzer, qui fut conseiller à la communication de François Hollande de 2014 à 2017. Cette intrusion d’un petit morceau de réalité politique parachève la sensation de désenchantement absolu qui flotte sur Le Poulain.

Film français de Mathieu Sapin. Avec Alexandra Lamy, Finnegan Oldfield, Gilles Cohen (1 h 37). Sur le Web : www.bacfilms.com/distribution/fr/films/we-need-your-vote



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Le film de Corin Hardy ne propose qu’une succession mécanique d’effets destinés à faire sursauter.
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« La Nonne » : frissons faciles aux portes de l’enfer

Le film de Corin Hardy ne propose qu’une succession mécanique d’effets destinés à faire sursauter.



LE MONDE
 |    19.09.2018 à 07h34
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
Bourgeon filmique éclos sur la saga horrifique des ­Conjuring, La Nonne vient de remporter un spectaculaire succès au box-office, aux Etats-Unis (54 millions de dollars dès le premier week-end de sa sortie, pour un budget de 22 millions). Le film est hélas représentatif de tout ce qu’a aujourd’hui de stérile un certain cinéma de genre, cyniquement fabriqué en série et dépourvu de toute véritable profondeur ou nécessité.
1952. Après le suicide d’une jeune nonne retrouvée pendue dans une abbaye en Roumanie, le Vatican envoie un prêtre et une jeune novice pour enquêter sur les circonstances d’un tel geste. A peine arrivés sur les lieux et aidés par l’homme qui a découvert le corps (un Québécois égaré surnommé « Frenchie » !), ils sont assaillis de visions horribles et d’apparitions hideuses, hantés par des cauchemars angoissants, traqués par des entités surnaturelles, malmenés par d’invisibles forces.
La terreur au cinéma se construit sur ce qui, ici, fait cruellement défaut : des situations et des personnages
Plongés au cœur d’un univers presque intégralement numérique, ils devront, au terme d’un jeu de l’oie passablement incompréhensible, affronter un démon (qui a pris l’apparence d’une nonne spectrale) et refermer la porte de l’enfer qui, justement, se trouvait dans les sous-sols de l’abbaye. Tout cela grâce – si l’on comprend bien, ce qui n’est pas garanti – à la possession d’une clé mystérieuse et d’un récipient contenant le sang du Christ.
Ce que les producteurs d’un tel film ont oublié, c’est que la terreur au cinéma se construit sur ce qui, ici, fait cruellement défaut : des situations et des personnages. Le film n’est en effet, dès ses premières minutes, qu’une succession de trucs et d’effets destinés à faire sursauter mécaniquement le spectateur, sans qu’il puisse comprendre pourquoi et à quelles fins.
Le film s’enfonce dans la gratuité
Les rares éléments caractérisant les protagonistes (une éventuelle culpabilité du prêtre venue du passé, les visions de la novice), les rares questions morales à peine effleurées (l’insolubilité du suicide dans le catholicisme) ne servent jamais à nourrir une quelconque logique, une relative réflexion, et sont jetés immédiatement aux poubelles des causalités perdues.
Multipliant les événements qui ne sont pas exploités par la suite (pourquoi la jeune novice se fait-elle graver un pentacle à l’épaule ?), le film s’enfonce dans la gratuité. La Nonne fait parfois mine d’exposer les potentialités d’un récit et d’une psychologie qui tournent systématiquement court. Certes, l’épouvante cinématographique peut n’être l’allégorie de rien et se défier absolument de toute psychologie. Mais, pour cela, pour provoquer le frisson sensoriel de la gratuité pure, il faudrait le talent d’un Lucio Fulci (L’Enfer des zombies), cinéaste que le film plagie parfois sans retrouver sa capacité à engendrer, avec de pures visions d’horreur, une transe quasi médiumnique.

Film américain de Corin Hardy. Avec Taissa Farmiga, Demian Bichir (1 h 37). Sur le Web : www.facebook.com/LaNonneFR et www.thenunmovie.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Réalisé en 1966, le film, qui batailla avec la censure, ressort en salle en copie restaurée.
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Reprise : « La Religieuse », quand Jacques Rivette créait un scandale d’Etat

Réalisé en 1966, le film, qui batailla avec la censure, ressort en salle en copie restaurée.



LE MONDE
 |    19.09.2018 à 07h34
 • Mis à jour le
20.09.2018 à 07h54
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


Aujourd’hui, que reste-t-il du scandale qui avait entouré la sortie, longtemps chahutée, de La Religieuse, de Jacques Rivette, entre le printemps 1966 et l’été 1967 ? Adapté du roman épistolaire de Denis Diderot (publié en 1796), qui jetait un jour impudique sur les affres et les turpitudes des couvents du XVIIIe siècle, le film, qui ressort en copie restaurée, demeure le cas le plus retentissant de censure d’Etat qui ait jamais frappé en France la création cinématographique.
C’est que, sous la présidence du général de Gaulle, il ne faisait pas bon froisser, surtout en cette période préélectorale, l’institution catholique, dont le magistère moral s’étendait alors sur la bonne conformité des films. Chose étonnante, l’interdiction concernait évidemment un film que personne n’avait encore pu voir, mais au sujet duquel la rumeur polémique n’avait cessé d’enfler, jusque dans des proportions délirantes, montrant au passage que la censure est souvent le symptôme d’une panique collective.
Scénario « testé » au théâtre
La Religieuse est le deuxième long-métrage du jeune Rivette, 31 ans et toujours rédacteur en chef des Cahiers du cinéma, qui devait se remettre en selle après l’échec public de Paris nous appartient (1961). Jean Gruault, scénariste et compagnon de route de la Nouvelle Vague, venait de signer une adaptation du roman de Diderot pour la scène, dont il tire un scénario avec Rivette. Soumis en 1962 à la commission de contrôle, ce scénario reçoit un avis de précensure défavorable. Difficile dans ces conditions d’intéresser un producteur, avant que l’aventurier Georges de Beauregard, soutien providentiel de la Nouvelle Vague, n’entre dans la danse. En 1963, le scénario est « testé » sur la scène du Théâtre des Champs-Elysées, à Paris, mis en scène par Jean-Luc Godard, sans que cela ne soulève ni l’indignation ni même les foules. Anna Karina, en tête d’affiche, s’impose alors comme l’interprète idéale pour le rôle de Suzanne Simonin, jeune cadette d’une bonne famille envoyée de force par des parents désargentés au couvent.
Les problèmes commencent dès l’annonce du tournage, en 1965. Rivette est empêché par les pouvoirs publics de tourner à l’abbaye de Fontevraud, dans le Maine-et-Loire, et doit se rabattre au dernier moment sur la chartreuse d’Avignon. Pendant ce temps, les missives de protestation s’amoncellent sur le bureau d’Alain Peyrefitte, secrétaire d’Etat à l’information, venues de différentes congrégations religieuses, mais aussi d’associations familiales (dont la très influente Association de parents d’élèves de l’enseignement libre), contre la portée jugée « blasphématoire » du projet. C’est son successeur, Yvon Bourges, qui prononcera, le 1er avril 1966, l’interdiction du film, pourtant passé par deux fois devant une commission de contrôle ayant rendu des avis favorables. Le ministre juge le film susceptible de « heurter gravement les sentiments et les consciences d’une très large partie de la population ».
Levée de boucliers
Son interdiction déclenche une levée de boucliers immédiate des milieux culturels et artistiques. Jean-Luc Godard écrit, dans Le Nouvel Observateur, une lettre ouverte interpellant André Malraux, qu’il rebaptise « ministre de la Kultur ». Ce dernier, sans doute piqué, ne s’opposera pas à la sélection du film au Festival de Cannes, dans un geste de complaisance qui commence à débrouiller la situation. Sous le titre Suzanne Simonin, la religieuse de Diderot, le film sort finalement le 26 juillet 1967 dans cinq salles parisiennes, interdit aux moins de 18 ans et auréolé d’un parfum de scandale qui lui garantit à l’arrivée un joli succès.
Revoir La Religieuse aujourd’hui permet de comprendre, au-delà de l’effroi et de l’émotion que procure ce film magnifique, que la censure institutionnelle ne s’était pas trompée d’ennemi. En racontant par le menu les infortunes de Suzanne Simonin (sans doute le plus beau rôle d’Anna Karina) dans les méandres turpides des couvents, le film ne se montre aucunement blasphématoire, loin de là, mais dépeint avec une violence terrible l’aliénation causée par les logiques institutionnelles, quelles qu’elles soient. Ici, l’institution se définit avant tout par sa clôture.
Une règle abstraite plie la volonté et le corps des êtres, ceux que la société entend soumettre à son contrôle
En son lieu, une règle abstraite plie la volonté et le corps des êtres, ceux que la société entend soumettre à son contrôle, en l’occurrence les femmes (les congrégations servaient, comme le rappelle une voix off introductive, à les enfermer ou à s’en débarrasser). Le couvent de Rivette est filmé comme un dédale obscur et inquiétant, aux reflets rouges et violacés quasi sataniques, où viennent échouer les névroses des sœurs enfermées et ne percent de l’extérieur que des échos lugubres.
Auprès de trois mères supérieures successives, Suzanne rencontre alternativement la bienveillance, l’intégrisme et la débauche sexuelle. Son chemin de croix prend ainsi le tour d’un roman kafkaïen (enfermement et absurdité), d’un récit gothique (le couvent est une sorte de Château d’Otrante, décrit dans le roman d’Horace Walpole paru en 1764, où règnent sévices et humiliations) et d’un mélodrame féminin, digne de ceux de Mizoguchi (la musique stridente et percussive de Jean-Claude Eloy). Suzanne chemine douloureusement vers le seul geste de liberté suprême qu’il lui reste à accomplir au sein d’une existence intégralement enchaînée, le suicide, que Schopenhauer tenait pour « la marque la plus intense d’affirmation de la volonté ».



Film français de Jacques Rivette (1966). Avec Anna Karina, Liselotte Pulver, Micheline Presle, Francine Berger, Francisco Rabal (2 h 15). Sur le Web : www.acaciasfilms.com/film/la-religieuse



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Le réalisateur Germinal Roaux met en scène une jeune Ethiopienne recueillie par une communauté religieuse dans les Alpes.
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« Fortuna » : une vision trop solennelle de la crise des réfugiés

Le réalisateur Germinal Roaux met en scène une jeune Ethiopienne recueillie par une communauté religieuse dans les Alpes.



LE MONDE
 |    19.09.2018 à 07h33
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Jeune Ethiopienne de 14 ans, Fortuna est recueillie par une communauté de religieux catholiques vivant dans les Alpes suisses. Elle fait la rencontre d’un autre réfugié, Kabir, un Africain beaucoup plus âgé qu’elle et dont elle tombe amoureuse. Une série d’événements viendra secouer le quotidien du refuge et ébranler les principes qui régissent habituellement la vie des chanoines.
Surmoi d’auteur
Dans sa volonté de fictionnaliser le sort des réfugiés, Fortuna s’alourdit d’un gigantesque surmoi d’auteur visible dès les premières minutes du film : noir et blanc tout à fait dispensable, plans systématiquement surcadrés, violons et citation de l’Evangile en ouverture. La première pierre du récit est à peine posée que nous voilà déjà sommés d’être impressionnés, tenus en respect par tant de solennité.
Et celle-ci traduit une incapacité du réalisateur à aborder son récit et ses personnages frontalement, sans les plonger préalablement dans une marmite d’esprit de sérieux. Les joies et les malheurs des personnages sont comme étouffés par cette épaisse couche d’auteurisme néo-bergmanien qui barre la route à une quelconque forme d’empathie de notre part.

Film belge et suisse de Germinal Roaux. Avec Kidist Siyum Beza, Bruno Ganz, Patrick d’Assumçao (1 h 46). Sur le Web : www.nourfilms.com/fortuna



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ L’acteur Mehdi Senoussi signe son premier film comme réalisateur et n’évite pas les clichés.
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« Vaurien » : un huis clos risqué à Pôle Emploi

L’acteur Mehdi Senoussi signe son premier film comme réalisateur et n’évite pas les clichés.



LE MONDE
 |    19.09.2018 à 07h32
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Malgré ses cinq années d’études, Redouane ne parvient pas à trouver du travail. Lorsqu’il reçoit un courrier de Pôle Emploi lui annonçant sa radiation, il se rend à l’agence et demande un rendez-vous avec le directeur qui lui est refusé. Excédé de ne pas être entendu, celui qui se fait appeler « Red » prend en otage le personnel et le public qui s’y trouvent.
Premier long-métrage de l’acteur Mehdi Senoussi, qu’on a notamment pu croiser dans Fatima (2015), de Philippe Faucon, Vaurien a les défauts de son ambition trop vaste. Celle de vouloir entasser, dans le genre très risqué du huis clos, tous les maux d’une société française que le cinéaste viendrait ausculter : précarité, surqualification des personnes sans emploi, racisme, chômage de longue durée. Un cocktail explosif qui explique le geste de son héros principal. Le temps d’une prise d’otage, les murs de l’agence Pôle Emploi sont censés renfermer une micro-société française.
Catalogue de bonnes intentions
Malheureusement, un catalogue de bonnes intentions et de bons sentiments empêche le surgissement d’une véritable justesse politique, sociétale ou psychologique. Vaurien est notamment rivé à la parole et aux échanges de ses personnages. Or les discussions entre les otages, le discours de Red pour justifier son acte, souffrent d’une commune naïveté, d’un simplisme qui condamnent chaque personnage et chaque situation au cliché.

Film français de Mehdi Senoussi. Avec Mehdi Senoussi, Romane Bohringer, Lizzie Brocheré (1 h 30). Sur le Web : www.destinydistribution.com/distribution/vaurien



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Le film de Maurice Delbez, qui fut un échec à sa sortie en 1964, retrouve le chemin des salles.
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Reprise : « Rue des Cascades », une enfance dans le Paris postcolonial

Le film de Maurice Delbez, qui fut un échec à sa sortie en 1964, retrouve le chemin des salles.



LE MONDE
 |    19.09.2018 à 07h31
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


Il flotte un parfum assez rare dans le film de Maurice Delbez, Rue des Cascades (1964), chronique d’une enfance dans le Paris populaire des années 1960. Pas seulement l’odeur du bon pain d’autrefois, mais les effluves plus subversives des conversations au bistrot d’Hélène. Chez elle, ça discute, ça se dispute sur l’actualité ou la vie de tous les jours, la décolonisation, les femmes, l’amour. L’ancienne prostituée règle leur compte aux machos ; le vieux réac dispense ses leçons d’histoire ; Lucienne, mariée à un homme âgé, retrouve le sourire avec son jeune amant… Hélène la patronne, interprétée par Madeleine Robinson, est l’image de la tolérance : elle élève seule son fils, Alain, un galopin dont la vraie vie commence après l’école. Hélène a pour amoureux Vincent, noir et visiblement plus jeune qu’elle. Mais elle se sent vieille, et inquiète. « Le Nègre », son fils a du mal à l’accepter.
Racisme « ordinaire »
Ce film est l’adaptation du roman de Robert Sabatier, Alain et le Nègre (1953), salué à l’époque par Les Lettres françaises comme « le premier roman anticolonialiste ». Maurice Delbez, aujourd’hui âgé de 94 ans, avait eu le coup de cœur pour le livre, lui-même ayant grandi dans le café que tenaient ses parents. Il s’est lancé avec fougue dans le tournage de Rue des Cascades, un titre jugé plus prudent, en situant l’action dans les années 1960 à Belleville, et non plus dans le Montmartre des années 1930. Est-ce en raison de son sujet – le racisme « ordinaire » – que le cinéaste ne trouva pas de producteur et autofinança son film. Lequel n’eut pas de succès et l’endetta pour des années.
Sa ressortie en salle, mercredi 19 septembre, après restauration, est accompagnée d’un livret pédagogique à l’attention du jeune public – notamment sur l’usage fréquent du mot  « nègre » dans le film, qui peut choquer. Alain apprend à connaître l’amoureux de sa mère, un ancien boxeur qui le fait rire et lui fait découvrir une autre culture. Scène magnifique au milieu des tours naissantes du 20e arrondissement, où les grues du chantier servent de décor à une chasse à l’éléphant imaginaire. Aux yeux d’Alain, Vincent n’est plus le « nègre » mais « l’homme de couleur ».

Film français de Maurice Delbez (1964). Avec Madeleine Robinson, Serge Nubret, René Lefèvre (1 h 32). Sur le Web : www.malavidafilms.com/cinema/ruedescascades



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Sortie le 15 août, la comédie romantique de Jon M. Chu avec un casting 100 % asiatique connaît un grand succès. Mais à Singapour, lieu du tournage, on lui reproche de ne pas représenter la diversité ethnique.
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L’Asie trop blanche de « Crazy Rich Asians »


                      Sortie le 15 août, la comédie romantique de Jon M. Chu avec un casting 100 % asiatique connaît un grand succès. Mais à Singapour, lieu du tournage, on lui reproche de ne pas représenter la diversité ethnique.



LE MONDE
 |    19.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
19.09.2018 à 15h16
   





   


C’est le premier film hollywoodien au casting 100 % asiatique depuis Le club de la chance, de Wayne Wang, il y a vingt-cinq ans. Et un carton au box-office nord-américain. Sortie le 15 août, la comédie romantique Crazy Rich Asians a déjà dégagé près de 120 millions de dollars de recettes. « Ce n’est pas un film, c’est un mouvement », avait annoncé son réalisateur américain d’origine chinoise, Jon M. Chu, lors d’une avant-première, cet été. Pourtant, son adaptation du roman éponyme à succès de l’auteur américano-singapourien Kevin Kwan fait débat à Singapour, où le film est sorti le 22 août et où il fut en grande partie tourné. Paru en 2013, l’ouvrage met en scène l’opulence du « Monaco de l’Asie », à travers la rencontre de Rachel Chu (Constance Wu), une jeune fille sino-américaine d’origine modeste, avec la famille richissime de son petit ami singapourien, Nick Young (Henry Golding).
Singapour, un parfait décor Instagram
Dès la diffusion de la bande-annonce, en avril, des voix ont reproché à l’acteur principal britannico-malaisien, Henry Golding, de ne pas être « suffisamment asiatique ». Pour les auteurs du hashtag #BrownAsiansExist, le casting de Crazy Rich Asians ne représente pas les visages colorés des six millions d’habitants de l’ancienne colonie anglaise composée à 76 % de Chinois, 15 % de Malais et 7 % d’Indiens. D’autres critiques, regrettant l’utilisation dérisoire du dialecte de Singapour, ont diffusé sur les réseaux sociaux des parodies de la bande-annonce en singlish (un anglais mélangé aux malais, chinois et tamoul) qui ont séduit des centaines de milliers d’internautes.

Pourtant, après le récent succès du film de super-héros Black Panther, de l’Afro-Américain Ryan Coogler, tourné avec une équipe d’acteurs noirs parmi les plus célèbres de Hollywood (Chadwick Boseman ou encore l’oscarisée Lupita Nyong’o), Crazy Rich Asians devait incarner une nouvelle étape pour la représentation des minorités dans une industrie hollywoodienne régulièrement taxée de white-washing.
Si le film est truffé de références à la culture asiatique – entre images de langoustes et de dumplings (raviolis) façon food-porn et partie de mah-jong (qui virera au combat de filles) –, Singapour y apparaît davantage comme le parfait décor Instagram.
« Le film ne démonte pas les préjugés sur les minorités, il les exacerbe, c’est plutôt ironique. » Sangeetha Thanapal, militante et chercheuse indienne de Singapour
Les héros, adeptes du selfie, se pavanent de soirées en galas dans des tenues de créateur, jusqu’au toit-terrasse de l’iconique Hôtel Marina Bay Sands, dont le coût s’éleva en 2010 à 5,5 milliards de dollars. Aussi, dès la lecture du scénario, l’agence du tourisme de Singapour y vit un bon moyen de promouvoir l’île et participa au financement du film (montant non communiqué). Une initiative qui apparaît en décalage avec les batailles actuelles menées par le premier ministre, Lee Hsien Loong, en faveur de la réduction des inégalités sociales par une plus grande mobilité sociale et par l’accès à l’éducation pour tous.
« Le film représente le pire de Singapour. Effacez les minorités. Effacez les pauvres et les marginalisés. Tout ce que vous obtenez, ce sont des Chinois riches et privilégiés », a tancé, dans un article de Yahoo! publié le 16 août, Ian Chong, politologue à l’Université nationale de Singapour. « Les Asiatiques des pays occidentaux sont si contents de se voir enfin à l’image qu’ils ne prêtent pas attention au contexte dans lequel ça se passe. Le film ne démonte pas les préjugés sur les minorités, il les exacerbe, c’est plutôt ironique », juge Sangeetha Thanapal, une militante et chercheuse singapourienne indienne. Le film parlera davantage à la diaspora asiatique occidentale, celle que la communauté désigne parfois du nom de « bananes » – blancs à l’intérieur, jaunes à l’extérieur.
Par Eléonore Sok-Halkovich



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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Chaque mercredi dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
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Article sélectionné dans La Matinale du 18/09/2018
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Une famille des bois, une chevauchée dans l’Ouest et du porno amateur : notre sélection cinéma

Chaque mercredi dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



LE MONDE
 |    19.09.2018 à 06h41
 • Mis à jour le
20.09.2018 à 16h53
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Une chevauchée dans l’Ouest américain avec les frères Sisters, chargés de trucider un chimiste qui met la ruée vers l’or à la portée de tous, un duo fusionnel entre une ado et son père, ancien combattant meurtri, dans une forêt de l’Oregon, et une plongée dans le monde parisien de la nuit, du plaisir et du banditisme au début des années 1980… trois bonnes raisons de fréquenter les salles obscures cette semaine.
« Les Frères Sisters » : Jacques Audiard à la conquête de l’Ouest

La confrontation à l’Amérique est une expérience sporadiquement tentée par des auteurs français. Jacques Audiard marche aujourd’hui dans leurs pas en choisissant le western, genre canonique reposant peu ou prou six pieds sous terre, donc risqué à exhumer. L’affaire se présente comme suit, telle que retravaillée du roman éponyme à succès de l’écrivain canadien Patrick deWitt (Actes Sud, 2012). Deux redoutables tueurs à gages, Eli Sisters (John C. Reilly) et Charlie Sisters (Joaquin Phoenix) chevauchent, aux alentours de 1850, l’Ouest américain. Leur but est de régler son compte à Hermann Kermit Warm (Riz Ahmed), chimiste malin qui a inventé une formule secrète transformant la ruée vers l’or en promenade de santé.
Eli et Charlie sont en liaison à distance avec le détective John Morris (Jake Gyllenhaal), chargé de gagner l’amitié de l’utopiste et de les renseigner sur sa localisation mouvante. Deux récits parallèles cheminent ainsi dans ce western picaresque. Celui des deux brutes fraternelles qui se révèlent, entre deux cadavres laissés sur le carreau, en mal de réussite et de tendresse. Et celui qui réunit, à un niveau de civilisation légèrement supérieur, le chimiste et le détective qui ne vont pas tarder à œuvrer ensemble à l’idéal du futur phalanstère. Deux modèles de société qui marchent chacun de son côté jusqu’au moment où les tandems se rejoignent enfin, en un rebondissement qui emmène le film dans une direction totalement inopinée, du côté du conte de fées onirique. Jacques Mandelbaum
Film franco-américain de Jacques Audiard. Avec Joaquin Phoenix, John C.Reilly, Jake Gyllenhaal, Riz Ahmed (1h57). Retrouvez nos réductions Boulanger dans l’Univers TV/Hifi.
« Leave No Trace » : le père, la fille et l’esprit des bois

Comme les frères Grimm, Debra Granik aime raconter des histoires de jeunes filles perdues au fond des bois. Ce n’est pas toujours la même histoire. Tom, l’héroïne de Leave No Trace, deuxième long-métrage de fiction de la réalisatrice, est aussi différente de Ree, la jeune chasseuse de Winter’s Bone, que le Petit Chaperon rouge l’est de la Belle au bois dormant. La tension, la terreur, le grotesque de Winter’s Bone cèdent la place à un rythme apaisé, élégiaque. Will (Ben Foster) et Tom (Thomasin Harcourt McKenzie) vivent au fond des bois d’un parc national de l’Oregon. Ancien combattant d’une de ces guerres sans fin que livre son pays contre le reste du monde, Will est incapable de supporter le commerce de ses semblables – à une exception, sa fille.
La première partie du film est brève : Debra Granik y met en scène l’existence de cette famille des bois. De temps à autre, ils vont à la ville toucher la pension d’ancien combattant de Will et retirer les médicaments psychotropes qu’on lui a prescrits, et qu’il revend. Mais cette idylle verte est brutalement interrompue par les rangers du parc, auxquels succèdent bientôt les services sociaux. Le père et la fille ont beau avoir traversé d’épouvantables malheurs, leur histoire ne sera pas une tragédie. Leave No Trace sera moins l’histoire d’une cavale que celui du passage d’une enfant à l’âge de femme. Thomas Sotinel
Film américain de Debra Granik, avec Thomasin Harcourt McKenzie, Ben Foster (1 h 49).
« L’amour est une fête » : plongée hédoniste dans la nuit

Bienvenue dans l’ancien monde. Paris, 1982, Le Mirodrome. Un peep show de Pigalle en déclin tenu par Franck (Guillaume Canet) et Serge (Gilles Lellouche), qui ont l’idée de tourner de courts pornos amateurs. L’affaire reprend de plus belle. Au point qu’une bande cagoulée vient la leur détruire intégralement. Monde voluptueux de la nuit, du désir, du plaisir, mais aussi de la violence, du banditisme, de l’illégalité. De nouveau mis à terre, Franck et Serge se tournent donc vers un professionnel du X (Michel Fau) pour se relancer encore une fois. Sauf que les deux compères se révèlent être des flics infiltrés dans le milieu du sexe pour y frapper un gros coup et siffler la fin de la récréation des seventies.
L’idée de Cédric Anger, pour le dire avec la finesse des titres de films olé olé de l’époque, n’est pourtant pas que ces personnages frappent un grand coup, mais qu’ils se contentent de le tirer. Plus élégamment dit, que la loi cède devant le désir, que l’exultation des corps et l’ivresse des sens défient l’hypocrisie de la société du contrôle et les ligues de vertu. L’histoire de ce film immoral et erratique, mû par une fantaisie hédoniste, est donc celle de la lente dérive de deux flics, de la lugubre brigade des mœurs vers la libération de leurs propres mœurs. L’amour est une fête est un film impertinent, qui ne se fera pas que des ami(e) s dans sa propre époque. J. M.
Film français de Cédric Anger. Avec Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Michel Fau (1 h 59).

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 19 septembre)
Leave No Trace, film américain de Debra Granik (à ne pas manquer)L’amour est une fête, film français de Cédric Anger (à voir)Les Frères Sisters, film américain et français de Jacques Audiard (à voir)Avant l’aurore, film français de Nathan Nicholovitch (pourquoi pas)Climax, film français de Gaspar Noé (pourquoi pas)Fortuna, film belge et suisse de Germinal Roaux (pourquoi pas)Le Poulain, film français de Mathieu Sapin (pourquoi pas)Vaurien, film français de Mehdi Senoussi (pourquoi pas)Volubilis, film marocain de Faouzi Bensaïdi (pourquoi pas)La Nonne, film américain de Corin Hardy (on peut éviter)
A l’affiche également  :
Carnage chez les Puppets, film américain de Brian HensonJour de paye ! Vers un revenu universel, documentaire autrichien et allemand de Christian TodPlongeons !, programme de six courts-métrages de Clément Cogitore, Loïc Barché, Tomer, Gabriel Harel, Andrew Ellmaker, Maximilien Van Aertryck et Axel DanielsonVictimes, film français de Robin Entreinger





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ D’une sculpture de fantôme japonais à un emballement médiatique, comment une farce en ligne sur l’application de messagerie instantanée est devenue un phénomène mondial.
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« Momo Challenge » sur WhatsApp : itinéraire d’une psychose collective

D’une sculpture de fantôme japonais à un emballement médiatique, comment une farce en ligne sur l’application de messagerie instantanée est devenue un phénomène mondial.





LE MONDE
 |    18.09.2018 à 16h50
 • Mis à jour le
19.09.2018 à 06h44
    |

            William Audureau






   


« Sordide », « macabre », « dangereux »… Depuis son apparition au cœur de l’été et la mort d’une jeune Argentine de 12 ans, le « Momo Challenge », supposément en vogue parmi les adolescents, inquiète, les parents en premier lieu. En France, le député La République en marche Gabriel Attal a demandé au ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, des mesures pour endiguer le phénomène.
Le principe du « Momo Challenge » ? Contacter, sur la messagerie instantanée privée WhatsApp, le numéro d’un individu surnommé « Momo » affichant un visage effrayant de femme-poule, qui propose de relever des défis jusqu’au plus extrême, le suicide.
Des messages – et des articles de presse – alarmistes se sont multipliés ces dernières semaines pour alerter sur les dangers du « Momo Challenge ». Au Canada, le ministère de la santé et des services sociaux a mis en garde les écoles. En Inde, où la psychose est forte, les médias évoquent même des internautes menacés de mort s’ils n’acceptaient pas de jouer au « Momo Challenge ». Le Pakistan est allé jusqu’à annoncer l’interdiction de ce dernier, sans préciser comment il comptait s’y prendre.

   


Problème : aucun témoignage fiable ne prouve qu’un tel challenge a été réellement « joué » par des adolescents. Qu’en est-il réellement ?
Aux origines de la légende urbaine
Tout part, deux mois plus tôt, d’une photo postée sur le forum r/creepy de Reddit, le 10 juillet, par l’internaute AlmightySosa00. Montrant une femme nue à la grimace inhumaine, elle récolte 5 000 « like », 1 000 réponses, et fascine.
Un utilisateur de Reddit identifie l’image : il s’agit d’une photographie de sculpture prise en 2016 dans une galerie d’art de Tokyo. Les yokai, les spectres du folklore japonais, sont le thème de l’exposition, et l’œuvre est signée Link Factory, une entreprise d’effets spéciaux pour films d’horreur.
La sculpture est baptisée Ubume, du nom d’une figure traditionnelle nippone correspondant au fantôme d’une mère morte en couches. Elle doit son allure à un jeu sur les trois idéogrammes de son nom, 姑獲鳥 – littéralement « mère », « capture » et « oiseau ».

   


Le « numéro maudit » de WhatsApp
Les premières mentions publiques d’un numéro WhatsApp datent aussi du 10 juillet. Sur YouTube, un utilisateur argentin appelé El Deadpool met en ligne une tentative de conversation, datée de la veille, dans une vidéo intitulée en espagnol « J’envoie des messages à Momo “le numéro maudit de WhatsApp” ».

Le numéro de téléphone utilisé est alors mexicain. Il ne répond pas, mais il s’agit de la toute première association entre la figure de la femme-poule et l’application de messagerie. Joint par Le Monde, El Deadpool raconte avoir été mis au parfum par un clan WhatsApp. « J’ai trouvé ce numéro mexicain par un groupe de “SDLG”, où il apparaissait déjà, personne ne lui avait prêté attention ». Il refusera d’en dire plus.

   


La SDLG ? Cette abréviation de siguedores de la grasa (littéralement « fans de la graisse ») désigne une communauté sud-américaine réunissant plusieurs dizaines de milliers d’internautes sur des groupes Facebook et WhatsApp privés. Son créateur est un Paraguayen connu sous les pseudonymes d’El Gordi ou MrGraso.
Les membres de la « Grasa «, comme se surnomme cette communauté, sont reconnaissables à leur usage d’un smiley spécifique (:v) et d’un lexique propre. Pour définir les contenus et blagues virales, ils ne parlent pas de « mème », mais de « momo ». Edgar Rodriguez, auteur du blog hispanophone Vision linguistica, définit un momo comme « un type de mème (…), parfois c’est de l’humour noir, en général fait d’extraits de scènes de film, de caricatures, de youtubeurs ou de tout succès controversé ».

   


Proche dans l’esprit de forums comme 4chan ou le 18-25 de Jeuxvideo.com, la Grasa voue un culte au vandalisme de pages Facebook et aux montages absurdes. Le quotidien mexicain Milenio évoque des « sectes » spécialisées dans le « terrorisme social ». Facebook leur fait quotidiennement la chasse.
En juillet commence à circuler dans cette sphère grasiosa, une image mettant au défi le lecteur d’appeler un numéro mexicain – celui utilisé par El Deadpool dans sa vidéo. « Quand tu écris à ce numéro, ta vie n’est plus jamais la même. Prends garde à toi, Spartacus », y lit-on. 
La nouvelle Momo de Dross, youtubeur horreur
Le 11 juillet, le youtubeur vénézuélien DrossRotzank, de son vrai nom Ángel David Revilla, consacre à ce « Momo » encore confidentiel une vidéo de huit minutes, qui le transforme en star du Web. Cet ancien journaliste, reconverti en auteur de science-fiction et vidéaste du surnaturel, jouit d’une communauté de 14 millions d’abonnés en Amérique du Sud.

Les initiés le savent : DrossRotzank vient de la Grasa, à qui il adresse plusieurs clins d’œil dans cette interprétation du « Momo », comme le smiley « : v ». Mais DrossRotzank attribue alors à « Momo » un nouveau numéro, japonais cette fois, qu’il prétend avoir trouvé sur Facebook.
Dans sa vidéo, la sculpture devient une interlocutrice effrayante et dangereuse. Captures d’écran floutées à l’appui, il évoque un personnage omniscient, qui envoie par WhatsApp des photos de meurtre introuvables sur Google, et dont il pourrait être l’auteur.
Certains internautes s’interrogent. Rien n’est plus simple que de filmer une fausse conversation, avec l’aide d’un complice. On sait par ailleurs DrossRoztank capable d’écrire en japonais. Et passé cette vidéo, le numéro japonais affiché n’a plus jamais été actif. Ce « Momo » nippon et sanguinaire est-il une invention de son cru ?
Le phénomène YouTube de l’été
Plus de 11 millions de vues plus tard, l’Ubume tueuse est toutefois devenue célèbre. Sa notoriété atteint un nouveau seuil quand Brian Sobrevilla, superstar mexicaine de YouTube, publie sa propre vidéo, humoristique cette fois, sur « le numéro maudit de WhatsApp ». Elle atteint les 16 millions de vues.
La figure de Momo commence alors à s’inscrire dans un registre classique d’Internet, celui du creepypasta : une légende urbaine teintée de mystère et d’effroi. YouTube est déjà rempli de soi-disant chasseurs de fantômes, qui, à l’aide de trucages, jouent sur l’appétence pour le surnaturel.
Les vidéos sur la femme-poule deviennent alors une nouvelle figure du genre. La recette est quasi immuable : le vidéaste annonce qu’il va contacter l’inquiétant personnage. Après des échanges quelconques, des phénomènes étranges se produisent : l’Ubume se montre agressive, profère des insultes, révèle des données personnelles. Parfois, la lumière s’éteint, les fenêtres claquent, des bruits se font entendre…
A la manière d’un Projet Blair Witch de 2018, ces mini-films d’effroi ne coûtent rien à produire, surfent sur un phénomène viral, et génèrent des millions de vues. La mode touche les Etats-Unis dans la foulée, puis la France en août.

Epidémie de Momos
C’est ainsi qu’apparaissent des numéros d’autres prétendues Ubume, américaine, biélorusse, ou encore française. « Je pense qu’il y avait bien une trentaine de numéros au moment du pic de buzz », explique Mysterator, fondateur du site Hellystar.com, qui suit les phénomènes creepypasta en France. « Cependant, c’étaient souvent des fakes, les numéros étaient vite surchargés par les appels et les messages WhatsApp. » Lui-même est entré en contact avec une dizaine de numéros. Sur les dix, moins de cinq lui ont répondu en jouant le jeu de la « Momo menaçante », celle popularisée par Dross.
Une figure fictive que chacun se réapproprie
Contrairement à ce que laisse aujourd’hui penser son surnom de « Momo Challenge », il ne s’agissait pourtant pas d’un jeu codifié. Juste une figure fictive que chacun se réapproprie pour tenter d’effrayer son audience. Pourtant, c’est bien un « défi » qu’évoque l’unité d’enquête sur les délits informatiques (UIDI) de l’Etat de Tabasco au Mexique dans son appel à la vigilance à l’égard des jeunes, le 13 juillet. Le service de cybersécurité évoque des risques d’extorsion de fonds, de vol de données personnelles, de harcèlement, mais aussi d’incitation à la violence, à l’automutilation, voire au suicide. En toile de fond, le spectre du Blue Whale Challenge, une série de défis lancée en Russie et associée en 2017 à une vague d’une centaine de suicides.

#UIDI #FGETabasco #Cibernetica #Tabasco #Villahermosa #PolicíaCibernéticaTabasco #SegurosAlNavegar… https://t.co/rYhVxaLGR4— UIDIFGETabasco (@UIDI FGE Tabasco)


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L’UIDI n’a pourtant connaissance d’aucun cas lié à « Momo » et communique par pure précaution, reconnaît-elle sur Twitter. Mais son intervention produit l’effet inverse : pour les médias, le « Momo Challenge » – et ses risques – sont nés. Le malentendu s’enracine à la suite d’un fait divers tragique. Le 25 juillet, El Diario Popular, un journal argentin, relate qu’une préadolescente de 12 ans s’est suicidée après s’être filmée en direct, alors qu’elle jouait au « jeu Momo ». L’autopsie révélera quelques jours plus tard que la jeune fille avait été victime d’une agression sexuelle, amenant les enquêteurs à changer de piste.
Numéros inactifs et passés de mode
La psychose autour du « Momo challenge » est d’autant plus ironique que… « Momo » est passé de mode. L’évolution des mentions du « Momo Challenge » sur Jeuxvideo.com, Reddit, Twitter ou Google dessine un phénomène qui a connu son pic au début du mois d’août et n’a fait que décroître depuis.

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Et si quelques badauds manifestent toujours de la curiosité, celle-ci est vaine : les Momos ne répondent plus. A la mi-septembre, Le Monde a contacté une dizaine de numéros de prétendus « Momo » : la moitié sont invalides, l’autre ne sont plus actifs depuis mi-août. Le site 20 Minutes, qui s’y était essayé quelques semaines plus tôt, n’a pas eu plus de chance.
Depuis, plusieurs médias tentent de démythifier le « Momo challenge ». En Inde, le site anglophone de hoaxbusting Boomlive rapporte que des cinq décès attribués au pseudo-défi, aucun n’était lié à un jeu WhatsApp. De son côté, le Washington Post souligne que de manière générale, aucun lien avec des suicides n’est avéré, et en Suisse, la RTS conclut que l’existence même du « Momo Challenge » ne repose sur aucun témoignage fiable. Pourtant, celui-ci continue de faire peur. Sur ce point au moins, la Grasa a réussi son effet.




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« 120 battements par minute » : une contagion de la colère, de l’amour et du partage

Le film de Robin Campillo, distingué à Cannes, retrace le combat contre le sida des militants d’Act Up dans les années 1990.



LE MONDE
 |    18.09.2018 à 15h45
 • Mis à jour le
18.09.2018 à 20h20
    |

                            Thomas Sotinel








                        


Canal+, mardi 18 septembre à 21 h 05, film

   


A première vue, c’est une ponctuation terrifiante qui scande le voyage infernal et magnifique des héros de 120 battements par minute : la caméra attrape des grains de poussière qui flottent dans les faisceaux de lumière, au-dessus d’une piste de danse ; insensiblement, ces particules prennent des formes organiques jusqu’à se faire cellules et virus, qui s’assemblent, se divisent pour mieux se multiplier.
Il en va de cette image inventée par Robin Campillo comme du reste de son film : ce qui semble au premier abord une métaphore funèbre (la mort est dans l’air, puisque nous sommes au pic de l’épidémie de sida, au moment où la médecine n’apporte aux malades d’autre secours que palliatif) est aussi une représentation de la vie. La contagion, c’est la diffusion de la maladie, c’est aussi le partage de la colère, de l’énergie ; le virus se transmet, comme les informations et le savoir qui permettront d’en limiter la propagation, d’élaborer des thérapies efficaces. Bref, Campillo renverse cul par-dessus tête la vieille scie attribuée à Cocteau : « Le cinéma, c’est filmer la mort au travail. » Devant sa caméra, c’est la vie – celle de ceux qui ne sont plus, celle de ceux qui ont été sauvés grâce à ce combat – qui s’épanouit.
Pour jeter ce pont du néant à l’existence, Robin Campillo a puisé dans sa mémoire de militant d’Act Up. Scénariste et monteur de son film, il lui donne une pulsation rapide (celle des titres électro sur lesquels on dansait alors, celle d’un cœur au bord de l’affolement) qui impose l’urgence dans laquelle vivent ses personnages, militants que la ­maladie ou l’infection a réunis. Dès la première séquence, qui montre le débat qui suit une intervention spectaculaire du groupe lors d’une réunion de l’Agence française contre le sida, il donne une réalité physique à la dialectique entre les actes et le discours. Et alors qu’on n’a pas encore eu le temps de faire connaissance avec les personnages, on discerne très bien cette autre dialectique, plus mystérieuse, entre les affects individuels et l’engagement collectif.
Les étincelles jaillissent
Prenez le personnage d’Hélène (Catherine Vinatier), mère d’un jeune garçon hémophile contaminé par transfusion. Elle détonne dans un groupe majoritairement gay, dont elle est l’aînée d’une quinzaine d’années. Et son statut de mère bienveillante vole en éclats lorsqu’elle demande, au grand scandale des jeunes plus libertaires, l’emprisonnement des responsables de la contamination. Entre l’utopie et la rétribution, entre la fermeté doctrinale (voire la raideur) et l’amour maternel, les étincelles jaillissent.
Peu à peu, deux figures se détachent. Nathan (Arnaud Valois), nouveau venu dans l’association, et Sean (Nahuel Pérez Biscayart), vétéran d’un combat que la maladie rend de plus en plus difficile à livrer. Ils sont portés par le même courant, mais il apparaît qu’ils n’ont pas la même route à parcourir, ce qui ne les empêche pas de s’aimer. Cet amour éphémère à l’ombre d’une fin à laquelle Sean ne peut échapper est d’autant plus bouleversant que nous savons aujourd’hui qu’il ne s’en fallait que de quelques mois pour qu’il en aille autrement.
Campillo laisse de côté les effets faciles, demandant à ses acteurs d’emmener leurs personnages jusqu’au bout du chemin, sans ­effets spéciaux, sans paroxysmes pour parvenir à la vérité d’un moment qui resterait autrement enfoui. Ici, la fin de la vie, c’est encore la vie.
120 battements par minute, de Robin Campillo. Avec Nahuel Pérez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel, Antoine Reinartz (Fr., 2017, 140 min).



                            


                        

                        

