<FILE-date="2018/09/21/19">

<article-nb="2018/09/21/19-1">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ La promotion offerte à Amazon par le jury du prix Renaudot, en sélectionnant un roman autoédité sur sa plate-forme, indigne le Syndicat national de la librairie et les librairies indépendantes.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Les libraires furieux contre Amazon et le jury Renaudot

La promotion offerte à Amazon par le jury du prix Renaudot, en sélectionnant un roman autoédité sur sa plate-forme, indigne le Syndicat national de la librairie et les librairies indépendantes.



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
21.09.2018 à 16h41
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            
Cela s’appelle une levée de boucliers. Depuis la divulgation, le 5 septembre, de la première sélection du prix Renaudot, qui sera décerné le 7 novembre, les libraires ne décolèrent pas. Car Bande de Français, de Marco Koskas, qui figure parmi les 17 titres retenus, est un livre autopublié. L’Homme qui arrêta d’écrire, de Marc-Edouard Nabe, sélectionné par le même jury en 2010, l’était déjà. Le hic, cette année, c’est que Koskas a utilisé la plate-forme d’autoédition Createspace d’Amazon, le colosse de Seattle qui vend et distribue aussi bien des aspirateurs que du papier peint. Les livres, l’activité d’origine du milliardaire Jeff Bezos, représentent aujourd’hui un segment marginal dans le chiffre d’affaires de cette multinationale valorisée en Bourse, depuis le 4 septembre, à hauteur de 1 000 milliards de dollars.
Un problème très concret
Optimisation fiscale, frais de port à 0,01 centime… Les libraires fustigent de longue date la concurrence déloyale que leur oppose le leader de la vente en ligne. « Dans cette histoire, avant même d’entrer dans des questions éthiques ou morales (et celles-ci ne sont pas négligeables), le problème majeur est très concret, explique au “Monde des livres” Camille Defourny, à la tête de la librairie des Signes, à Compiègne (Oise). Si une librairie indépendante comme la mienne veut se procurer le livre de Koskas, à la demande d’un client, elle ne le peut pas. Afin de s’accaparer le marché, Amazon ne livre que les particuliers. Or la chaîne du livre n’existe qu’à partir du moment où les maillons sont liés les uns aux autres. »
Sept associations régionales, représentant au total 544 librairies indépendantes, ont donc estimé, dans un communiqué publié le 14 septembre, que « le [jury du] prix Renaudot légitime et participe à la mise en danger de la création et de la chaîne du livre. Outre la menace de tout un écosystème déjà fragile, la diffusion...




                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-2">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Les journalistes Antoine Glaser et Thomas Hofnung livrent une photographie contemporaine de l’action clandestine de Paris sur le continent.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤         

Critique

Un coup d’œil par-dessus l’épaule des espions français en Afrique

Les journalistes Antoine Glaser et Thomas Hofnung livrent une photographie contemporaine de l’action clandestine de Paris sur le continent.

Jacques Follorou
    



LE MONDE
              datetime="2018-09-21T14:46:56+02:00"

        Le 21.09.2018 à 14h46

     •
              itemprop="dateModified"
          datetime="2018-09-21T14:55:27+02:00"

        Mis à jour le 21.09.2018 à 14h55





« Nos chers espions en Afrique », d’Antoine Glaser et Thomas Hofnung, Fayard, 240 pages, 19 euros.

    
Le président égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi, reçoit Bernard Emié, directeur du service de renseignement extérieur français, la DGSE, au Caire le 22 janvier 2018.
Crédits : HANDOUT / AFP


Les ex-puissances coloniales adorent se convaincre qu’elles pèsent encore sur leur ancien empire. La France n’y échappe pas. C’est la principale leçon de Nos chers espions en Afrique, un petit livre, vif et éclairant, sur l’activité des renseignements français sur le continent. Coécrit par un journaliste expérimenté, Antoine Glaser, qui observe depuis longtemps la Françafrique, et son confrère Thomas Hofnung (chroniqueur du Monde Afrique) dont l’intérêt pour le continent africain a croisé celui pour les questions de défense, cet ouvrage brosse avec prudence le portrait d’un monde qui n’aime guère la lumière.
S’il ne manque pas d’évoquer le rôle fondateur de Jacques Foccart, l’homme de l’ombre du général de Gaulle, dans la création de cette fameuse Françafrique qui a structuré les relations entre ce continent et la France, le livre n’a pas l’ambition de brosser l’histoire des relations secrètes entre Paris et ses anciennes colonies, ce qui pourra décevoir certains lecteurs. Le travail des deux auteurs tend plutôt à livrer la photographie la plus contemporaine de l’action clandestine de la France en Afrique.

        Lire aussi :
         

                La France n’a-t-elle vraiment plus de politique africaine ?



Journalistiquement, ce défi rend la tâche plus ardue mais pas moins intéressante. Appuyé essentiellement sur des sources humaines, le résultat ne recèle pas de scoop majeur ; il a cependant le mérite de démystifier le rôle de la France, qui aime encore être considérée sur la scène internationale comme le gendarme incontesté de l’Afrique francophone.
Rivalités franco-françaises
L’ouvrage montre comment les chefs d’Etat africains se sont peu à peu autonomisés de la tutelle de Paris. D’une part, nombre d’entre eux, transformés en potentats locaux, au Congo, en Centrafrique ou au Gabon, se jouent de l’inexpérience des chefs de gouvernement français qui défilent dans leurs capitales. D’autre part, ils savent comme personne tirer profit des rivalités franco-françaises pour conforter leur propre position, grâce à leur fine connaissance de ces jeux de pouvoir.

        Lire aussi :
         

                EXCLUSIF « Arrogant comme un Français en Afrique » : extraits de l’essai polémique d’Antoine Glaser



Il faut dire, et le livre l’expose clairement, que les Français leur facilitent bien les choses. La Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE, le service de renseignement extérieur) n’est pas seule à porter les intérêts de Paris sur le continent. Le renseignement intérieur ou la direction du renseignement militaire (DRM) tentent d’y étendre leurs propres réseaux. Les Corses, qui peuvent s’appuyer sur des liens souvent personnels avec les chefs d’Etat africains, y ont également établi de solides bastions, notamment dans les affaires pétrolières, les secteurs du jeu et du BTP. Enfin, les diplomates veulent aussi faire entendre une voix concurrente à celle de la DGSE.

        Lire aussi :
         

                Renseignement : une nouvelle ère s’ouvre à la DGSE



On pourra reprocher aux auteurs d’avoir voulu embrasser trop d’affaires dont chacune aurait valu un livre entier, mais sans doute faut-il lire cet ouvrage comme une invitation à aller plus loin pour lever le voile sur une complexité africaine relativement absente. En définitive, enquêter sur les espions français en Afrique donne plus à apprendre sur la France que sur l’Afrique.





<article-nb="2018/09/21/19-3">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Ce roman d’aventure écrit par le maître de l’horreur classique est à redécouvrir dans le dessin du mangaka Gou Tanabe. Lisez les premiers chapitres du manga à paraître au début d’octobre.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤     

Les montagnes hallucinées — TOME 1 —


Par Gou TANABE
Découvrez les premiers chapitres de "Les Montagnes hallucinées", le roman de H.P. Lovecraft adapté en manga.-->
Paru en 1936 dans le magazine culte de science-fiction Astounding Stories, Les Montagnes hallucinées est à l'origine un court roman signé H. P. Lovecraft. Cette histoire qui relate une expédition inhospitalière et bien mystérieuse en Antarctique est aujourd'hui adaptée en manga par un artisan de la BD horrifique japonaise, Gou Tanabe à qui l'on doit le très étrange Kasane ou encore le thriller Mr NOBODY. Le dessinateur met son trait aussi riche que fin, ainsi que son talent pour les décors, au service d'une collection de mangas consacrés aux chefs d'œuvre du maître de l'horreur classique. Découvrez les deux premiers chapitres de cette adaptation de Lovecraft à paraître en deux tomes dès le 4 octobre aux éditions Ki-oon. 
  

 
 Une BD disponible à l'achat sur Les Libraires, Fnac et Amazon--> 

 

 Une BD disponible à l'achat sur : 

Les Libraires
Fnac
 Amazon

-->


img[alt="" src="//s1.lemde.fr/mmpub/edt/zip/2018/09/19/135326893-2f29bcd82cf0c404eb96cc8f963135a6e59b9f1a/assets/images/planches/planche-$@1.jpg" itemprop="url"]-->


















































La visite


La leçon


Les nuages


p>{$@1}-->
1


2


3


4


5


6


7


8


9


10


11


12


13


14


15


16


17


18


19


20


21


22


23


24


25


26


27


28


29


30


31


32


33


34


35


36


37


38


39


40


41


42


43


44


45


46


47


48


 


 


 






<article-nb="2018/09/21/19-4">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ L’ancienne ministre de la culture de François Hollande, désormais enseignante à Sciences Po, signe un troisième roman, « Les Idéaux », qui est aussi un bilan tranchant de son expérience du pouvoir.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Aurélie Filippetti : « Raconter la politique dans son humanité »

L’ancienne ministre de la culture de François Hollande, désormais enseignante à Sciences Po, signe un troisième roman, « Les Idéaux », qui est aussi un bilan tranchant de son expérience du pouvoir.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 08h00
    |

            Solenn de Royer








                        



                                


                            

Le bitume est glissant, il a plu toute la nuit. Les belles journées d’été ont laissé la place à la fraîcheur piquante de l’automne qui vient, toujours trop tôt. Aurélie Filippetti a donné rendez-vous rue Mouffetard, au cœur du Quartier latin où elle vit, à deux pas de l’église Saint-Médard. L’ancienne ministre de la culture a troqué son ancien uniforme de travail, le tailleur-pantalon, pour des baskets et un blouson en jean clair. Elle demande un café, puis un croissant qu’elle ne mangera pas. Et jette un regard désolé au livre annoté posé sur la table du café, parti en lambeaux ­pendant l’été.
Un pavé de près de 500 pages au titre court, Les Idéaux. Il y a quatre ans, ce mot avait été au cœur de sa lettre de démission, envoyée à François Hollande et ­Manuel Valls, au lendemain de l’éviction d’Arnaud Montebourg qui partageait alors sa vie. Sur papier à en-tête du ministère, elle avait expliqué que « l’alternative » n’était pas « entre la loyauté et le départ ». « Il y a un devoir de solidarité mais il y a aussi un devoir de responsabilité vis-à-vis de ceux qui nous ont fait ce que nous sommes, poursuivait-elle. Je choisis pour ma part la loyauté à mes idéaux. » Datée du 25 août  2014, la missive se terminait par un « bien à toi » manuscrit, comme solde de tout compte avec « Manuel » et « François ».
« Sentiment de trahison »
C’est de cette profonde désillusion qu’il s’agit dans ce troisième roman, onze ans après Un homme dans la poche (Stock, 2007) et quinze après Les Derniers Jours de la classe ouvrière (Stock, 2003), dans lequel cette descendante de mineurs lorrains, aujourd’hui âgée de 45 ans, contait la disparition du monde de son enfance et rendait hommage à son père, mort trop tôt. Cette fois, la normalienne agrégée de lettres classiques et ex-députée de Moselle, engagée depuis vingt ans en politique, met en scène un amour caché entre une femme de gauche et...




                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-5">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Etonnante enquête historique d’Anton Serdeczny sur une pratique de réanimation du XVIIIe siècle : l’insufflation anale de fumée de tabac.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Histoire. De quoi réveiller un mort

Etonnante enquête historique d’Anton Serdeczny sur une pratique de réanimation du XVIIIe siècle : l’insufflation anale de fumée de tabac.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h30
   





                        



                                


                            
Du tabac pour le mort. Une histoire de la réanimation, d’Anton Serdeczny, préface de Jean-Claude Schmitt, Champ Vallon, « Epoques », 388 p., 25 €.
Au début de l’année 1774, un apothicaire, Philippe-Nicolas Pia, qui est aussi échevin de Paris, fait installer des « boîtes fumigatoires » sur les bords de la Seine. Dans ce nécessaire de premiers secours aux noyés, outre un mode d’emploi, on trouve une cuiller en fer pour écarter les mâchoires, des sels ammoniaqués à agiter sous le nez de la victime, une camisole de laine pour la réchauffer, mais surtout un clystère à bouche destiné à insuffler de la fumée de tabac dans son fondement. Quelques mois plus tard, le chirurgien Faissole fait de même à Lyon, commandant vingt boîtes fumigatoires, qu’il installe près des cours du Rhône et de la Saône. On trouve bientôt de telles boîtes dans les postes de secours de la plupart des grandes villes d’Europe.
La méthode la plus autorisée pour ramener les victimes à la vie
Cette pratique de fumigation peut nous paraître étrange, aberrante, voire dangereuse, nous qui sommes habitués aux techniques de la réanimation cardio-pulmonaire. Elle n’en témoigne pas moins d’un discours scientifique de haute volée, porté par des savants comme René-Antoine Ferchault de Réaumur (1683-1757), introduite par des traités de renommée internationale, telle la Dissertation sur l’incertitude des signes de la mort, de Jacques-Jean Bruhier d’Ablaincourt (1742). Cette énigme domine la réanimation à partir des années 1730 et pendant un siècle : l’insufflation anale de fumée de tabac est prônée, le plus sérieusement du monde, comme la méthode la plus autorisée pour ramener les victimes à la vie.
C’est ce que démontre brillamment un historien des sciences, Anton Serdeczny qui, dans Du tabac pour le mort, a mené l’enquête à travers l’Europe et une multitude de textes et d’images : traités savants, dissertations...




                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-6">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos des « Mille et Une Vies du Bouddha », de Bernard Faure.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Figures libres. Le Bouddha est une histoire sans fin

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos des « Mille et Une Vies du Bouddha », de Bernard Faure.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
20.09.2018 à 09h52
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Les Mille et Une Vies du Bouddha, de Bernard Faure, Seuil, « Essais religieux », 408 p., 25 €.

Voilà un livre que devraient lire tous ceux qui s’intéressent, de près ou de loin, au bouddhisme, à son histoire et à ses interprétations. Sans doute certains seront-ils choqués, ou décontenancés, par ce qu’avance Bernard Faure. Mais personne ne devrait ignorer ses analyses. Car il s’agit, mine de rien, d’une sorte de révolution. Le Bouddha n’aurait probablement jamais existé. En tout cas, nous n’en pouvons rien savoir.
Les preu­ves historiquement incontestables de sa vie réelle demeurent ­introuvables. Réduites à leur plus simple expression, les étapes de sa biographie dessinent seulement le canevas standard d’une quête spirituelle : quitter son ­confort illusoire, écarter de mauvais maîtres, déjouer des tentations, trouver une issue, l’enseigner aux autres…
Ce qui est passionnant, c’est que Bernard Faure, professeur à l’université Columbia (New York), l’un des meilleurs connaisseurs contemporains des bouddhismes et de leur diversité, ne se contente pas d’une attitude sceptique. En reprenant une à une les démarches des principaux experts occidentaux des XIXe et XXe siècles, il montre d’abord combien leurs investigations restent ambiguës. Car elles demeurent prises en tenaille entre deux pôles.
D’un côté, la conviction qu’un « noyau » réel existe. Convaincu que le Bouddha fut un homme, né et mort quelque part, on soutient que cet homme a fondé, ou enclenché, une doctrine singulière. De l’autre côté, chacun constate l’existence de légendes innombrables relatant ses vies antérieures, sa naissance immaculée, ses miracles, son éveil, son extinction. Régulièrement, les savants s’employèrent donc à faire le tri. Ils passèrent au crible les légendes pour en extraire quelque fait. Ou bien, à l’inverse, ils s’efforcèrent d’expliquer comment tel fait réel avait été enjolivé et transfiguré.
Variations...



                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-7">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Johann Chapoutot et Christian Ingrao signent un petit livre qui manque de sérieux.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Une biographie d’« Hitler » malavisée

Johann Chapoutot et Christian Ingrao signent un petit livre qui manque de sérieux.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
20.09.2018 à 09h57
    |

                            André Loez (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Hitler, de Johann Chapoutot et Christian Ingrao, PUF, 220 p., 13 €.

Pour évoquer le dictateur nazi, voilà un livre au format inhabituel. Alors que les biographies de référence d’Hitler (1889-1945) dépassent toutes le millier de pages, les historiens Johann Chapoutot et Christian Ingrao, auteurs de livres reconnus sur le national-socialisme, font le pari d’un bref « pas de côté » : guère plus de 200 pages, mais l’ambition de montrer que les mutations brutales du XXe siècle se « précipitent – au sens chimique du verbe – dans sa vie ». Nombre d’erreurs et de lacunes fragilisent toutefois ce projet.
Chronologie malmenée
Des premières, on peut donner une liste décourageante, à commencer par la période des ­ velléités artistiques d’Hitler : les auteurs affirment de façon péremptoire mais erronée qu’« on ne voit jamais d’êtres humains sur ses aquarelles. Jamais ». Hitler ne fut pas « sous-officier » durant la Grande Guerre, et encore moins un « soldat comme un autre », comme l’a établi le travail de référence de Thomas Weber (La Première Guerre d’Hitler, Perrin, 2012), non cité dans une bibliographie limitée à onze titres. Son statut d’estafette d’état-major l’éloignant généralement des tranchées, sa guerre n’est aucunement « représentative » de l’expérience du feu en 1914-1918. Les auteurs confondent Stahlhelm (une organisation paramilitaire d’extrême droite) et Reichswehr (armée de la République de Weimar).
La chronologie est pareillement malmenée : l’attentat du résistant Pierre Georges en août 1941 au métro Barbès est situé en janvier 1942 ; le vote des pleins pouvoirs à Hitler par le Zentrum, parti catholique, en mars 1933, est réduit à une conséquence du concordat avec le Vatican, dont la signature n’intervient pourtant qu’en juillet de la même année.
Sur le plan statistique, le livre évoque le chiffre ahurissant...




                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-8">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ La chronique de Franck Thilliez, à propos de « Sott », de Ragnar Jonasson.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Le coin du crime. Plongée en hypothermie

La chronique de Franck Thilliez, à propos de « Sott », de Ragnar Jonasson.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h15
    |

                            Franck Thilliez (Ecrivain)








                        



                                


                            
Sott (Rupture), de Ragnar Jonasson, traduit de l’anglais par Ombeline Marchon, La Martinière, 352 p., 21 €.

En face, la mer du Groënland où luisent sous la lumière pâle les dos gris des harengs. Autour, les montagnes aux arêtes acérées… Qu’y a-t-il de plus isolé que Siglufjördur, minuscule ville de pêcheurs dans ­l’extrême nord de l’Islande, accessible uniquement par tunnel ? Siglufjördur en quarantaine, menacée par un virus mortel qui confine les habitants chez eux.
Rendre des rues plus vides que le vide lui-même, voilà l’idée géniale de Ragnar Jonasson qui, en une poignée de mots, installe une ambiance de fin du monde où le temps ne s’écoule plus. Même les fournisseurs de denrées alimentaires n’osent pénétrer dans la zone et abandonnent leur livraison à l’entrée des tunnels. Cet emprisonnement forcé est l’occasion, pour Ari Thor, flic cabossé et attachant, de se replonger dans une vieille affaire d’empoisonnement. Son seul moyen de sortir de la ville ? Le ­téléphone, grâce auquel il informe de la situation Isrun, jeune journaliste à la recherche du scoop, éruptive comme le volcan Eyjafjallajökull.
De la fièvre hémorragique – sott en ­islandais –, vous ne saurez rien, si ce n’est qu’elle a été généreusement ­larguée par un voyageur et qu’elle a déjà tué une personne. Elle est l’Arlésienne du livre. Aussi, n’attendez pas un roman catastrophe ou une lutte pour la survie. Sott, c’est avant tout de l’Islande en ­intraveineuse, des fjords mystérieux à la beauté bleutée, des habitants ­confrontés aux rudesses du climat et au silence de la roche.
Là où il y a homme, il y a crime
Et derrière ce silence minéral se ­cachent les secrets, les non-dits, les véritables geysers de l’histoire, les générateurs de tension dramatique qui font de ce roman un page turner. Le crime ne connaît pas de frontières, pas de température idéale pour se perpétrer, il se ­fiche des langues...




                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-9">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Avec « Asta », vie d’une femme tourmentée par la tristesse et la mauvaise conscience, le romancier islandais signe un roman aussi superbe qu’envoûtant.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Jon Kalman Stefansson : saga melancolia

Avec « Asta », vie d’une femme tourmentée par la tristesse et la mauvaise conscience, le romancier islandais signe un roman aussi superbe qu’envoûtant.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
20.09.2018 à 09h19
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            
Asta (Saga Astu. Hvert fer madur ef þad er engin leid ut ur heiminum ?), de Jon Kalman Stefansson, roman traduit de l’islandais par Eric Boury, Grasset, « En lettres d’ancre », 496 p., 23 €.

Elle est entrée en éruption et rien ne semble pouvoir l’arrêter. ­Profuse et vivifiante, la création islandaise bouillonne sur tous les fronts. En musique, ce sont les héritiers de la chanteuse Björk, parmi lesquels le groupe Utangardsmenn qu’écoutent les protagonistes de ce roman. Au cinéma, des réalisateurs comme Solveig Anspach (Stormy Weather) ou le magnifique Benedikt Erlingsson (Woman at War). En littérature, on pense aux grands noms du polar, Arnaldur Indridason, ­Ragnar Jonasson, Arni Thorarinsson… Mais attention, fait dire à l’un de ses personnages Jon Kalman Stefansson : les artistes islandais ont trop souvent tendance à se transformer en « macareux moines », en « aurore boréale » ou en « jacuzzi alimenté par des sources d’eau chaude ». Gare aux produits destinés à la vente.
En ce qui le concerne, Stefansson est tout sauf un macareux moine. Depuis trente ans, il construit, dans la discrétion et l’humilité, une œuvre littéraire de premier plan, sans concession aucune. Né en 1963, l’homme a successivement été maçon, pêcheur, abatteur de moutons puis bibliothécaire, avant de publier son premier recueil de poésie en 1988. C’est après ces nombreuses vies qu’il est arrivé à la prose. Découvert en traduction avec Entre ciel et terre (Gallimard, 2000), remarqué plus récemment avec D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds (Gallimard, 2015), son talent semble à son acmé dans le très métaphysique et envoûtant Asta, son sixième roman traduit.
« Commençons par le commencement, écrit Stefansson. Nous sommes à Reykjavik au début des années cinquante du siècle dernier, je vous expose l’origine du prénom d’Asta. Puis...




                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-10">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Couleur de peau, pauvreté et coups du sort : « Taxi Curaçao » est une tragédie tout à la fois exotique et ordinaire.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Stefan Brijs sous le soleil de Curaçao

Couleur de peau, pauvreté et coups du sort : « Taxi Curaçao » est une tragédie tout à la fois exotique et ordinaire.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h15
    |

                            Elena Balzamo (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Taxi Curaçao (Maan en zon), de Stefan Brijs, traduit du néerlandais (Belgique) par Daniel Cunin, Héloïse d’Ormesson, 276 p., 21 €.

Seule la couleur, bleu azur, de la voiture conduite par le héros rappelle la célèbre liqueur. « Curaçao », ici, renvoie à l’île des Petites Antilles, Korsou dans le créole local, un Etat autonome au sein des Pays-Bas. Sa situation géographique – près des côtes latino-américaines – lui a valu beaucoup de déboires depuis sa découverte par les Espagnols à la fin du XVe siècle. Au fil du temps, l’île a plusieurs fois changé de mains et d’activité : repaire de pirates, comptoir de commerce (y compris d’esclaves), importante raffinerie, destination touristique prisée, plaque tournante du trafic de drogue… Elle est un melting-pot caribéen, avec ses deux composantes principales : les descendants d’esclaves africains et ceux des colons européens.
Trois générations de Curaciens
L’histoire relatée par Stefan Brijs (Le Faiseur d’anges, Courrier des tranchées, Héloïse d’Ormesson, 2010, 2015) concerne trois générations de Curaciens. Au début des années 1960, Roy, le père, est fier de son métier de taxi et se pavane au volant de sa Dodge Matador bleu azur. Son fils, Max, fait tout pour ne pas marcher sur les traces du père, mais finit par se retrouver à la place du conducteur de la même Dodge. Toutefois, il a juré que son propre fils n’aura pas à le faire – et pour cela, il est prêt à tout…
Combien de générations faut-il pour vaincre le déterminisme social ? Pour que la volonté individuelle puisse triompher des handicaps hérités ? Est-on condamné à conduire un taxi, qu’on le veuille ou non – parce qu’on est noir, parce qu’on est pauvre, parce qu’on habite dans un bidonville, parce qu’on a un père devenu infirme et une mère qui continue de faire quelques heures de ménage dans une école, par charité ? Pathétique dans sa simplicité, ce récit, qui n’a rien...




                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-11">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Deux puissants romans, l’un de Frédéric Paulin, l’autre d’Adlène Meddi, reviennent sur les terreurs sanglantes de la « sale guerre ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Roman noir. Algérie années 1990, plaies rouvertes

Deux puissants romans, l’un de Frédéric Paulin, l’autre d’Adlène Meddi, reviennent sur les terreurs sanglantes de la « sale guerre ».



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h00
    |

            Abel Mestre








                        



                                


                            
La guerre est une ruse, de Frédéric Paulin, Agullo, « Noir », 416 p., 22 €.
1994, d’Adlène Meddi, Rivages, « Noir », 348 p., 20 €.

C’est l’histoire d’un conflit souterrain dont la ligne de front va de Paris à Rakka en passant par Kaboul et Alger, un conflit qui a commencé il y a une petite trentaine d’années de l’autre côté de la Méditerranée. En cette rentrée littéraire, deux puissants romans proposent de replonger dans la « sale guerre » que l’Algérie a livrée au terrorisme islamiste au début des années 1990. Avec La guerre est une ruse, premier tome d’une « fresque géopolitique et historique », le Français Frédéric Paulin revient aux racines du djihad international. Adlène Meddi, journaliste algérien, emmène, lui, le lecteur dans un récit mélancolique. Son 1994 est centré sur la question de la filiation ; de l’héritage du malheur et de la violence.
Le roman de Frédéric Paulin débute à Alger en 1992. Les élections, remportées par les religieux du Front islamique du salut (FIS), viennent d’être annulées. Quelques généraux putschistes en ont profité pour installer une dictature militaire qui ne dit pas son nom. Pour garder le pouvoir, ces militaires surnommés les « janviéristes » sont prêts à tout. Y compris à commettre des crimes contre le peuple avec l’aide d’escadrons de la mort. L’agent français Tedj Benlazar patauge dans ce bourbier où les barbouzes sont rois. D’origine algérienne, il surveille le puissant Département du renseignement militaire, voué au contre-espionnage. Peu à peu, il découvre l’implication d’Alger dans les exactions, ainsi que ses sombres projets : l’exportation du conflit en France pour garder l’appui de Paris dans la lutte contre les maquisards des Groupes islamiques armés (GIA).
Ancré dans la réalité
La guerre est une ruse est la chronique des années de plomb algériennes....




                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-12">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Trois livres de poésie, on vit avec et on choisit des vers. On se laisse porter ; on tresse alors les œuvres pour composer un tout nouveau poème.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
      

Trans|Poésie. Solo

Trois livres de poésie, on vit avec et on choisit des vers. On se laisse porter ; on tresse alors les œuvres pour composer un tout nouveau poème.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h00
    |

                            Didier Cahen








                        



   


Elle pénètre le silence des mots
Rien ne la sépare de ses gestes
De ses mains à charge d’enfouir
§
Elle commence par faire payer son corps
Son ventre, son dos, ses cuisses
Toute cette matière à transposer
§
On dirait qu’elle mesure
Un vieux rêve à distance,
Qu’elle le visite du bout des doigts
Reprises de paroles ? A entendre comme couture, répétition, restitution. Pierre-Yves Soucy (né au Québec en 1948) nous offre une lecture transpoétique d’Antigone, de Sophocle. L’intensité de la parole « rattrape le sens et le propulse ailleurs ».
La rumeur se propage… Dense, fluide, Parole, personne, le sixième livre d’Anne Malaprade (née en 1972) confirme qu’on tient en elle la poète et critique la plus douée de sa génération. A lire aux éditions Isabelle Sauvage, à retrouver sur l’incontournable site Poezibao.
Fille du ténor Eric Tappy, José-Flore Tappy (née en Suisse en 1954) est poète et traductrice. Associée au Centre de recherches sur les lettres romandes de l’université de ­Lausanne, elle est aussi l’éditrice de l’œuvre de Philippe ­Jaccottet dans « La Pléiade ».
Reprises de paroles, de Pierre-Yves Soucy, La Lettre volée, 64 p., 14 €.
Parole, personne, d’Anne Malaprade, Isabelle Sauvage, 102 p., 17 €.
Trás-os-Montes, de José-Flore Tappy La Dogana, 120 p., 25 €.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-13">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Claro ouvre un œil neuf sur le monde qui l’entoure grâce à « La Vallée des Dix Mille Fumées », de Patrice Pluyette.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Le feuilleton. Le volcan au fond du jardin

Claro ouvre un œil neuf sur le monde qui l’entoure grâce à « La Vallée des Dix Mille Fumées », de Patrice Pluyette.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h00
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
La Vallée des Dix Mille Fumées, de Patrice Pluyette, Seuil, « Fiction & Cie », 318 p., 19 €.

Notre ignorance du monde est un monde en soi, avec ses reliefs, ses monts et ses vaux, ses fables et ses fontaines. Qui veut l’étudier doit d’abord vagir, s’extraire du goulot du zéro avant d’en parcourir l’infini concentrique. Et si le parcourir est fastidieux, que dire de l’acte éminemment donquichottesque consistant à le nommer, à lui asséner des volées de mots verts jusqu’à ce qu’il ressemble à quelque chose ? Dans la plupart des livres, tout est souvent donné d’avance : le décor y est planté à la façon d’un chou, les personnages déambulent comme si la marche allait de soi, on sait de quoi on parle, quand on prend une cuiller c’est parce que s’y balance une étiquette portant le nom de cuiller. Ce n’est pas déshonorant, et en outre c’est pratique. Il y a heureusement d’autres approches. On peut s’étonner de tout. S’offrir de nouvelles lunettes et, tant qu’à faire, se faire greffer de nouveaux yeux. Bref, on peut, pourquoi pas, apprendre à renaître. Pour ça, bien sûr, l’écrivain doit affronter un obstacle de taille : la naïveté.
La Vallée des Dix Mille Fumées, de Patrice Pluyette, est un livre qui n’a pas froid aux yeux, ou plutôt qui cherche à décrire et le froid et l’effet qu’il fait aux yeux. Naïf, son personnage l’est comme d’autres sont tyrans ou cordonniers. Et pourtant, Dieu qu’il est vieux, ce « monsieur Henri » qui habite un pavillon un point c’est tout. De lui, on ne sait rien. Juste qu’il est vieux et qu’un beau jour il décide de s’ouvrir au monde, d’en explorer le moindre recoin, depuis le brin d’herbe le plus proche jusqu’à la plus lointaine galaxie, si possible en passant par le pays des volcans.
Il est comme ça, monsieur Henri : à ­l’affût de tout, pour un rien. Comme s’il venait de commencer. « Ce qui nous semble évident est une source d’émerveillement pour lui. »...




                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-14">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Dans « Trois fois la fin du monde », la romancière expose comment garder le moral quand tout part en vrille.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Radieuse dystopie de Sophie Divry

Dans « Trois fois la fin du monde », la romancière expose comment garder le moral quand tout part en vrille.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
20.09.2018 à 09h18
    |

                            Eric Loret (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Trois fois la fin du monde, de Sophie Divry, Notabilia, 240 p., 16 €.

Au Domaine, il y a une place pour chacun. Il suffit d’écarter les pierres. » Le cinquième roman de Sophie Divry (La Condition pavillonnaire, Quand le diable sortit de la salle de bain, Notabilia », 2014, 2015…) est sans doute le plus volontairement poétique, le plus stylistiquement construit de son œuvre. Il met en scène un certain Joseph Kamal, moins consistant que son ancêtre kafkaïen Joseph K., mais plus stellaire : après avoir été en prison puis avoir survécu à une catastrophe humanicide, le héros se retrouve dans une ferme abandonnée dont il fait son « domaine » – heureusement entouré de supermarchés à vider, d’animaux sympas et de légumes, s’il arrive à en faire pousser.

Sophie Divry, elle, arrive à planter des phrases dans un jardin trois fois ravagé (il y a trois parties) pour poser des questions de fond, telles que le sens de la fidélité, celui de la vie en général et s’il vaut mieux être seul que mal accompagné. Nulle psychologie fatigante ici : son personnage au nom judéo-arabe change d’ailleurs de lexique et de syntaxe selon les circonstances. En prison, il est poète du XIXe siècle en mode décasyllabe : « Le soir me trouve sur la même chaise, il n’y a plus qu’une immense fatigue. (…) Je voudrais tellement être désincarcéré de ces ténèbres. » Après l’apocalypse, il devient racaille d’opérette à coups de « kiffe » et de « grave » : « Wallah, j’ai mal au genou. Je peux à peine marcher tellement il a gonflé. C’est la jungle ce jardin mais c’est trop beau. » Il y a aussi un récit à la troisième personne qui prend régulièrement le relais pour nous guider vers l’intimité de Joseph : « Parfois il sent dans son ventre comme des bulles de joie, d’impatience. »
Tout à apprendre
Cette intéressante interversion des styles...




                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-15">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Un homme part sur les traces, si ténues, d’une ancienne et mystérieuse amie. « Federica Ber », belle rêverie amoureuse.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Mark Greene poursuit la femme insaisissable

Un homme part sur les traces, si ténues, d’une ancienne et mystérieuse amie. « Federica Ber », belle rêverie amoureuse.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
20.09.2018 à 10h07
    |

                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Federica Ber, de Mark Greene, Grasset, 208 p., 18 €.
Point d’histoire d’amour sans scène de première rencontre. Mais point de grand romancier, non plus, qui ne sache faire un pas de côté lorsqu’il s’aventure sur ces sentiers trop balisés. La Bérénice d’Aragon, on s’en souvient, avait d’abord été, sous les yeux d’Aurélien, « franchement laide ». Federica Ber, qui donne son nom au très beau nouveau roman de Mark Greene – son sixième –, n’est pas aussi fermement condamnée, elle n’est « pas laide, loin de là. » Mais tout de même « pas franchement belle non plus ».
D’ailleurs, c’est son dos que contemple d’abord le narrateur. Et c’est de ce qu’il ne voit pas, sans doute, qu’il tombe amoureux, dans le fond d’une salle de jeux vidéo, où alternent « des espaces bien éclairés, des coins sombres ». « On aimerait, rétrospectivement, que l’instant d’une rencontre serve de clé, d’explication, écrit Mark Greene. On voudrait qu’une histoire entière soit contenue, en germe, dans l’instant d’une rencontre. (…) C’est une borne, une pierre gravée, qu’on passe toute sa vie à déchiffrer. » Peut-être, eneffet, le secret de cette brève histoire d’amour réside-t-il tout entier dans les circonstances de cette rencontre, une vingtaine d’années plus tôt. Le charme du roman de Mark Greene tient quant à lui au potentiel poétique dont il pare son héroïne. A la façon dont elle semble donner au narrateur accès à une dimension insoupçonnée de son existence, à sa part de rêverie créatrice.
Federica Ber est un roman à tiroirs, où le réel et ses pétrifiantes coïncidences font remonter les souvenirs enfouis autant qu’ils permettent au présent de s’inventer, par la rêverie. Federica emprunte à la Nadja de Breton sa fantaisie plutôt que sa folie. Digne héritière des héroïnes surréalistes, elle fait effraction dans la vie du narrateur, l’initie à l’errance urbaine, et l’invite...




                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-16">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Plasticien ou écrivain, Thierry Froger fait circuler les images. Telles, dans son deuxième roman, celles d’Ava Gardner et « L’Origine du monde », de Courbet.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Histoire d’un livre. Thierry Froger s’arrête sur deux images

Plasticien ou écrivain, Thierry Froger fait circuler les images. Telles, dans son deuxième roman, celles d’Ava Gardner et « L’Origine du monde », de Courbet.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h00
    |

                            Nils C. Ahl (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Les Nuits d’Ava, de Thierry Froger, Actes Sud, 304 p., 20 €.

A l’origine, une image manquante. Un détail imaginé, mais absent. Thierry Froger ne se souvient plus vraiment comment, mais il a appris un jour qu’Ava Gardner (1922-1990) avait tourné dans La Maja nue, d’Henry Koster (1958), portant le même titre qu’une célèbre toile de ­Francisco Goya peinte entre 1790 et 1800. Dans un sourire, Thierry Froger explique : « Je me suis demandé si on voyait Ava Gardner poser nue, ce qui était évidemment l’argument du film. » La réponse est non – et le film, tout à fait oubliable. Pourtant, la scène fantasmée mais non tournée revient, des années plus tard, lorsque Thierry Froger s’apprête à faire paraître son premier roman, Sauve qui peut (la révolution) ­ (Actes Sud, 2016) : « J’ai ressenti le besoin de partir sur un autre projet », et « l’image fantôme » d’Ava Garner nue s’est imposée.
Séances de pose
En matière de fantômes comme d’images, Thierry Froger s’y connaît. Né en 1973, venu à l’écriture après une première carrière de plasticien, il imaginait déjà dans Sauve qui peut (la révolution) une biographie alternative de Danton et un projet de film imaginaire de Jean-Luc Godard. Dans Les Nuits d’Ava, son deuxième roman, il relate par le menu les nuits romaines particulièrement arrosées d’Ava Gardner pendant le tournage d’un biopic raté sur le peintre espagnol Francisco Goya (où elle interprète son modèle favori, la duchesse d’Albe). Des nuits au fil desquelles elle se prête elle-même à des séances de pose inspirées des grands nus de l’histoire de l’art…
D’une absence, l’autre. D’un nu, l’autre. Après deux petits chapitres, le récit bifurque en effet, et nous entraîne à la fin du XIXe siècle, dans l’atelier de Gustave Courbet (1819-1877), qui n’a pas encore peint L’Origine du monde (1866). Un glissement étrange, un contrepoint...




                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-17">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Romans, essais, revue, jeunesse, auteurs du « Monde »… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 21 septembre 2018.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
édition abonné


La rentrée littéraire en bref

Romans, essais, revue, jeunesse, auteurs du « Monde »… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 21 septembre 2018.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
20.09.2018 à 09h09
    |

            Pauline Croquet, 
                                Florent Georgesco, 
                            Elena Balzamo (Collaboratrice du « Monde des livres ») et 
Samuel Blumenfeld








                        



                                


                            Jeunesse. Douloureux adolescents d’Olivier Adam
La Tête sous l’eau, d’Olivier Adam, Robert Laffont, « R », 224 p., 16 €. Dès 15 ans.
Un proche disparu, ce vide qui grignote l’équilibre du foyer et la fragile reconstruction qui s’ensuit sont des thèmes centraux de l’œuvre d’Olivier Adam, entamée avec le très salué roman Je vais bien, ne t’en fais pas (Le Dilettante, 2000). Ils sont également au cœur de La Tête sous l’eau, son nouveau roman, « écrit à hauteur d’adolescent », selon ses propres mots. Le romancier y donne vie à Antoine, un lycéen lucide et solitaire de la région de Saint-Malo dont la sœur aînée est retrouvée après un enlèvement et une séquestration de plusieurs mois. Il y a d’abord la longue attente, à voir les parents s’étioler. Le jeune homme se console et prend ses distances en se jetant à la mer avec sa planche de surf. Puis vient le temps des retrouvailles murées dans le silence, le traumatisme, et de l’enquête pour recoudre les blancs. A la fois pudique et sans tabou, la plume d’Olivier Adam explore avec acuité la douleur familiale. P. Cr.
Jeunesse. Mariages blancs contre Brexit
Brexit romance, de Clémentine Beauvais, Sarbacane, « Exprim’», 456 p., 17 €. Dès 13 ans.
Sous ses atours farfelus, Brexit romance est sans doute l’un des ouvrages les plus personnels de la talentueuse Clémentine Beauvais, qui se considère comme « franglaise ». La romancière vit, en effet, en Grande-Bretagne, où elle est chercheuse en sciences de l’éducation. Elle a eu l’idée de faire du référendum contre l’Union européenne de juin 2016 le sujet d’une comédie romantique destinée aux adolescents. Brexit romance raconte comment une étudiante anglaise, un peu soupe au lait, décide de monter une entreprise facilitant les mariages blancs entre Français et Britanniques, manière de s’opposer au divorce entre son pays et l’UE. Cette start-up clandestine...




                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-18">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Chaque jeudi, la rédaction du « Monde des livres » vous propose un choix de romans et d’essais à dévorer.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 19/09/2018
Découvrir l’application


                        

Secte, mystère, métaphysique : nos coups de cœur littéraires

Chaque jeudi, la rédaction du « Monde des livres » vous propose un choix de romans et d’essais à dévorer.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 06h36
 • Mis à jour le
20.09.2018 à 16h43
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Encore une riche semaine littéraire avec pas moins de cinq romans notables sur les étals des librairies, qui vous feront voyager de la Pologne à l’Estrémadure, en passant par l’Islande. Si vous préférez les essais, Du tabac pour les morts vous expliquera comment ressusciter les défunts d’une curieuse façon...
ROMAN. « Les livres de Jakob », d’Olga Tokarczuk
La plus célèbre des romancières polonaises actuelles, Olga Tokarczuk, plonge dans les pérégrinations d’une secte messianique juive du XVIIIe siècle, qu’elle transforme en saga romanesque. Derrière la vie mouvementée des adeptes du messie autoproclamé que fut Jakob Frank (1726-1791), qui pratiquaient la « rédemption par le péché » et se convertissaient à l’islam puis au christianisme, afin d’accélérer la fin des temps, se fait sentir la nostalgie d’une diversité culturelle perdue sous les vagues du communisme puis du nationalisme qui domine à Varsovie
Le foisonnement des personnages de prophètes, de mystiques, d’aventuriers et d’escrocs dresse un portrait inattendu des Lumières, vu dans la perspective de l’Europe de l’Est d’aujourd’hui et d’hier. Un maître ouvrage. Nicolas Weill
« Les livres de Jakob » (Ksiegi Jakubowe), d’Olga Tokarczuk, Noir sur blanc, traduit du polonais par Maryla Laurent, Noir sur blanc, 1 038 p., 29 €.

   


ROMAN. « Federica Ber », de Mark Greene
Vingt ans plus tôt, le narrateur a passé une semaine estivale enchanteresse à Paris avec une Italienne, Federica Ber qui, après avoir fait irruption dans sa vie, lui a ouvert « des perspectives inconnues », inaugurant, chez lui, « un nouvel état d’esprit », comme si la possibilité du bonheur existait bel et bien. Avant de disparaître brusquement de sa vie.
La belle idée de Mark Greene, dans ce texte, est d’avoir cherché à prendre la mesure de ce que cette parenthèse amoureuse a bien pu laisser germer chez son narrateur, que l’on retrouve alors qu’un matin, il découvre dans le journal un fait divers dont le mystère lui rappelle Federica Ber – la criminelle supposée, recherchée en Italie, s’appelle Federica Bersaglieri. Serait-ce elle ?
Mark Greene lance son héros à la recherche d’indices accréditant son hypothèse, mais son enquête piétine. Il lui reste à s’en remettre à la rêverie, et c’est bien la puissance de Federica qui se manifeste à nouveau. Mû par la force de son désir amoureux retrouvé, le narrateur réinvente une vie possible de l’Italienne et des victimes qu’on l’accuse d’avoir précipitées dans le vide. Mark Greene trouve avec Federica Ber un merveilleux moteur d’écriture et offre au lecteur son roman le plus inspiré et le plus délicatement suggestif. Florence Bouchy
« Federica Ber », de Mark Greene, Grasset, 208 p., 18 €.

   


ROMAN. « Les Idéaux », d’Aurélie Filippetti
Une histoire d’amour clandestine entre deux êtres qu’en apparence tout oppose. Elle est résolument de gauche ; il est catholique, tenant d’une droite sociale. Elle préfère se référer au « peuple » ; lui, à la « nation ». Descendante d’ouvriers, elle vient de l’Est industriel ; lui a grandi derrière les hauts murs de pierre qui protègent des regards les vieilles propriétés de famille.
Mais ces deux élus de la République sont « faits de la même eau », écrit Aurélie Filippetti dans son troisième roman. Ils partagent la même foi dans le « bouleversant universalisme français ». Rattrapés par le vide et les faux-semblants qui minent la scène politico-médiatique, tous deux feront l’amère expérience du pouvoir, avant d’y renoncer par fidélité à ce qu’ils sont.
L’ancienne ministre s’égare parfois quand son propos, s’éloignant de l’enjeu romanesque, devient démonstratif et vire à la profession de foi. Mais ces fausses notes sont rares. D’une plume impeccable, élégante et fluide, Aurélie Filippetti livre ici une méditation tranchante sur les vanités des miroirs et de la cour, la puissance de l’idéologie dominante (« pensées zombies »), le pouvoir qui corrompt.
Au-delà, on pourrait croire que l’histoire d’amour, servant la trame narrative, est un simple prétexte. Pas tout à fait. En retenue, l’auteure ausculte avec la même précision chirurgicale le mystère du désir, la fragile beauté de l’instant présent, l’innocence des cœurs aimants : « Ils se regardaient comme deux enfants craquant des allumettes. » Solenn de Royer
« Les Idéaux », d’Aurélie Filippetti, 442 p., 21,50 €.

   


ROMAN. « Le Monarque des ombres », de Javier Cercas
Le Monarque des ombres, fascinant huitième roman de Javier Cercas, s’ouvre sur le retour de l’auteur dans son village natal d’Estrémadure pour rencontrer l’un des derniers habitants ayant connu Manuel Mena, son grand-oncle phalangiste mort au combat durant la guerre d’Espagne (1936-1939). Il s’achève, des années plus tard, avec la visite, à Brot, en Catalogne, et en famille, du lieu où celui-ci est mort après la bataille de l’Ebre.
D’un périple à l’autre se construit un dialogue puissant entre deux voix : celle du romancier, cherchant, auprès de différents témoins, qui était vraiment ce jeune homme adulé par sa mère, et celle de l’historien, dénommé Javier Cercas, s’appuyant sur les archives et les livres pour donner une lecture rigoureuse des événements de la guerre civile vécus par le soldat.
De ce dédoublement narratif jaillit un récit riche, émouvant, lardé d’interrogations mais aussi d’humour, où le romancier cherche à « comprendre », sans « juger », comment cet ancêtre a pu s’engager du mauvais côté dans cette guerre civile. Ce roman, qui donne aussi une place somptueuse aux silences, interroge le pouvoir et le droit de la littérature à conjurer la honte. C’est, dans ce cas précis, une incontestable réussite. Ariane Singer
« Le Monarque des ombres » (« El monarca de las sombras »), de Javier Cercas, traduit de l’espagnol par Aleksandar Grujicic et Karine Louesdon, Actes Sud, 314 p., 22,50 €. Découvrez nos coupons Amazon sur les Livres.

   


ESSAI. « Du tabac pour le mort », d’Anton Serdeczny
Une énigme domine la réanimation à partir des années 1730 et pendant un siècle : l’insufflation de fumée de tabac dans l’anus est prônée, le plus sérieusement du monde, comme la méthode la plus autorisée pour ramener les victimes à la vie. C’est ce que démontre brillamment un historien des sciences, Anton Serdeczny, qui, pour Du tabac pour le mort, a mené l’enquête à travers l’Europe et une multitude de textes et d’images.
Cette idée saugrenue semble resurgir des profondeurs de l’histoire, comme une branche morte du progrès vouée à l’oubli. On pourrait la traiter comme une simple curiosité d’époque, une impasse superstitieuse ; elle témoigne au contraire de ce qui se joue, pendant une période tiraillée entre raison et magie comme les Lumières, à la frontière poreuse séparant (et unissant) sciences et croyances, culture savante et culture populaire.
Rapprochant des niveaux de discours et de croyances beaucoup plus entremêlés qu’on ne pourrait le croire aujourd’hui, Anton Serdeczny retrouve de fascinantes circulations entre âme et corps, existence et mort, fluides miraculeux et réalités scientifiques, en retraçant la manière dont le vent qui souffle la fumée épicée du tabac passe du cul du noyé à sa vie (retrouvée ?). Antoine de Baecque
« Du tabac pour le mort. Une histoire de la réanimation «, d’Anton Serdeczny, préface de Jean-Claude Schmitt, Champ Vallon, « Epoques », 388 p., 25 €.

   


ROMAN. « Asta », de Jon Kalman Stefansson
Asta, le sixième roman de l’Islandais Jon Kalman Stefansson commence comme un conte. Persuadés qu’ils attendent une fille, Sigvaldi et Helga, qui s’aiment comme deux fous, ont choisi son prénom en avance. Ce sera Asta. A une lettre près, asta veut dire « amour » (ast) en islandais. Ce prénom signifiera au monde que leur petite « née de l’amour » grandira « entourée d’amour ». Mais il y a un défaut dans ce qui ressemble à la perfection. La commissure des lèvres d’Asta a une ligne étrange. Une ligne qui fait « penser à une larme »… 
Depuis trente ans, Jon Kalman Stefansson construit une œuvre littéraire de premier plan, sans concession. Né en 1963, l’homme a été maçon, pêcheur, abatteur de moutons puis bibliothécaire. Son talent semble à son acmé dans ce très métaphysique et envoûtant récit.
Livre de l’amour impossible et du bonheur en fuite, Asta est aussi celui de la tristesse, de la mauvaise conscience et des reproches, « ces trois archers d’élite qui nous touchent en plein cœur ». Stefansson n’écrit pas pour plaire. Il n’a pas peur de peindre ses personnages tels qu’ils sont, nus et tremblants, désespérés d’avoir compris qu’il n’y a « nulle part où se réfugier » quand « aucun chemin ne mène hors du monde ». Florence Noiville
« Asta » (Saga Astu), de Jon Kalman Stefansson, roman traduit de l’islandais par Eric Boury, Grasset, « En lettres d’ancre », 496 p., 23 €.

   





                            


                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-19">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Avec « Les Livres de Jakob », l’écrivaine polonaise anime d’un prodigieux souffle romanesque l’itinéraire du « messie » Jakob Frank et de son étrange secte dans l’Europe des Lumières.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
édition abonné


L’épopée messiannique d’Olga Tokarczuk

Avec « Les Livres de Jakob », l’écrivaine polonaise anime d’un prodigieux souffle romanesque l’itinéraire du « messie » Jakob Frank et de son étrange secte dans l’Europe des Lumières.



LE MONDE
 |    19.09.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
19.09.2018 à 16h58
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Les Livres de Jakob (Ksiegi Jakubowe), d’Olga Tokarczuk, traduit du polonais par Maryla Laurent, Noir sur blanc, 1 038 p., 29 €.

Mystiques, alchimistes et mages au siècle des Lumières composent de fabuleux personnages de fiction. L’un d’eux, l’aventurier Joseph Balsamo, dit Cagliostro (1743-1795), n’a-t-il pas su inspirer aussi bien Alexandre Dumas que Goethe, Tolstoï ou Carlyle ? L’écrivaine polonaise Olga Tokarczuk reprend ce flambeau avec un impressionnant roman qui a été un best-seller dans son pays, et qui dresse un monument littéraire à une secte d’hérétiques juifs multipliant les péchés et les conversions (à l’islam puis au christianisme) afin de hâter la fin des temps. Mariant une immense érudition à une écriture aussi fluide que poétique, elle reconstitue, en plus d’un millier de pages, l’épopée de ce groupe messianique dans une Pologne bigarrée, dont les confins touchaient à l’Orient turc. Elle a suivi à la trace, entre Podolie, Moravie, empires ottoman et habsbourgeois, les « Vrais Croyants », comme se nommaient eux-mêmes ces juifs séduits d’abord par le faux messie Sabbataï Tsevi (1626-1676) puis par son successeur autoproclamé Jakob Frank (1726-1791), le héros du roman. L’aventure s’achève en partie à Paris, où l’un des derniers membres de la « fraternité » frankiste et neveu de Frank, Mosès Dobruska, alias Thomas von Schönfeld alias Junius Frey, sera guillotiné en 1794.
Noyer le monde dans la faute
Ces dissidents de la foi, par leurs pratiques systématiques des « actes contraires » (inceste, sodomie, communauté des femmes) entendent noyer le monde dans la faute et abolir l’ancienne Loi de Moïse. En fonction de la nécessité de l’heure, ils deviennent musulmans, chrétiens et, pour certains, s’initient à la franc-maçonnerie. Leur mobilité, en un temps où résidence et appartenance demeurent encore plutôt figées, résulte aussi de la persécution que les autres juifs...




                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-20">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Elle est l’un des grands noms de la littérature polonaise contemporaine. Elle évoque ici la genèse des « Livres de Jakob » et les raisons de son succès en Pologne.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Olga Tokarczuk : « Le roman a le pouvoir d’amener le lecteur à une sorte de transe »

Elle est l’un des grands noms de la littérature polonaise contemporaine. Elle évoque ici la genèse des « Livres de Jakob » et les raisons de son succès en Pologne.



LE MONDE
 |    19.09.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
19.09.2018 à 16h58
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            

Olga Tokarczuk est née à Sulechow (Pologne) en 1962. Après avoir étudié la psychologie à l’université de Varsovie, elle a acquis comme écrivaine une réputation mondiale et vit à Wroclaw tout en voyageant beaucoup. Lauréate, en mai 2018, du prix international Man Booker, elle a également reçu la plus prestigieuse récompense littéraire de son pays, le prix Nike, en 2008, pour Les Pérégrins (Noir sur blanc, 2010). Son roman de 2014, Les Livres de Jakob, retraçant le parcours de dissidents juifs au XVIIIe siècle, aujourd’hui traduit en français, s’est vendu à près de 80 000 exemplaires dans son pays et lui a valu d’obtenir, pour la deuxième fois, le prix Nike, en 2015.

Comment vous est venue l’idée d’écrire sur le faux messie Jakob Frank ?
C’est le contexte historique dans lequel Jakob Frank a vécu qui m’a d’abord fascinée. Une époque où les Lumières prennent leur élan et engendrent de nouvelles visions de la société. Le système de croyances frankiste constitue un condensé assez chaotique, extrêmement fluide, voire explosif, de divers types d’hérésies. Il pousse ses racines dans un passé plus ou moins lointain, au-delà des marges du christianisme ou du judaïsme. Son origine première se situe dans le gnosticisme [mouvement religieux des premiers siècles du christianisme, persuadé de l’imminence de la fin du monde]. Or, il y a longtemps que je m’intéresse à ce thème. Un autre aspect, qui n’a rien de secondaire, tient au fait que Frank représente une figure complexe d’un immense intérêt psychologique
Souhaitiez-vous réhabiliter Frank et les frankistes, contre une certaine mauvaise réputation que ce groupe a chez les historiens du judaïsme ?
Mon ambivalence à l’égard de Jakob Frank saute aux yeux dans le roman. Mais, par bien des aspects, je le vois comme une sorte de subversif, de rebelle qui a cherché à s’émanciper, lui et ses adeptes, d’un univers féodal...




                        

                        

