<FILE-date="2018/09/21/19">

<article-nb="2018/09/21/19-1">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Valéry Ridde, spécialiste des politiques publiques de santé, explique comment rendre plus efficace l’aide au développement en Afrique, grâce au « courtier en connaissances ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Valéry Ridde : « Le budget alloué à l’évaluation de l’efficacité des aides au développement en Afrique est trop faible »

Valéry Ridde, spécialiste des politiques publiques de santé, explique comment rendre plus efficace l’aide au développement en Afrique, grâce au « courtier en connaissances ».



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 18h00
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            

Valéry Ridde est directeur de recherche au Centre population et développement (Ceped, qui associe l’Institut de recherche pour le développement et l’université Paris-Descartes). Ses travaux, menés principalement en Afrique, portent sur l’évaluation des interventions de santé et la couverture sanitaire universelle.
La France a annoncé, fin août, vouloir quadrupler en 2019 le montant de l’aide au développement, qui passera de 300 millions à 1,3 milliard d’euros, à destination prioritaire de l’Afrique. Cela pose la question de l’efficacité de ces aides, jamais résolue. Pourquoi est-elle si difficile à évaluer ?
Les budgets consacrés à cette tâche sont trop faibles, les évaluations sont souvent mal planifiées, et elles sont réalisées par des consultants dont l’indépendance est sujette à caution et qui ne sont pas suffisamment formés aux approches complexes. En France notamment, l’évaluation est encore une pratique dénigrée par le monde universitaire, alors qu’elle est depuis longtemps une discipline académique à part entière en Amérique du Nord. La marge de progression est donc immense !
Il subsiste par ailleurs une croyance, largement véhiculée par certains économistes du développement, selon laquelle les approches expérimentales sont les plus appropriées pour évaluer l’efficacité d’un programme d’aide. Le retour du terrain est bien sûr nécessaire pour savoir si une action a fonctionné ou non. Mais cette démarche, très onéreuse, pose deux problèmes : l’approche expérimentale ne nous renseigne jamais sur le comment et le pourquoi de l’efficacité d’une aide, et elle n’est pas toujours prise en compte. Dans les centres de santé du ­Burkina Faso, par exemple, la Banque mondiale a déployé récemment une intervention à très large échelle pour améliorer la qualité et l’accessibilité des soins avec des primes à la performance, avant même d’avoir les résultats du projet pilote – qui pourtant réclamait la plus grande prudence.





                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-2">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Les offres à bas coûts permettent d’accéder à des produits et services, mais au prix d’un appauvrissement des travailleurs et fournisseurs, et à condition d’échapper aux pièges qu’elles tendent aux plus démunis, observent trois chercheurs et consultants dans une tribune au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Le low cost n’est pas toujours une solution pour les plus fragiles »

Les offres à bas coûts permettent d’accéder à des produits et services, mais au prix d’un appauvrissement des travailleurs et fournisseurs, et à condition d’échapper aux pièges qu’elles tendent aux plus démunis, observent trois chercheurs et consultants dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 15h35
 • Mis à jour le
21.09.2018 à 15h39
    |

Margault Phélip (Directrice générale du cabinet de conseil en innovation sociale AZAO), David Menascé (professeur affilié à HEC Paris et directeur ...







                        



                                


                            
Tribune. Le low cost a de facto une qualité évidente : par une offre ajustée, il permet d’élargir le choix des consommateurs, notamment les plus pauvres pour qui n’existaient pas toujours de solutions abordables spécifiques. En outre, l’irruption du low cost bouleverse une situation concurrentielle établie et force les acteurs du secteur à revoir des marges parfois très (trop ?) confortables. Lidl, Tchip, Ikea, Ryanair, Free ont permis à des milliers ou des millions de personnes de diminuer leur taux d’effort pour respectivement se nourrir, se coiffer, se meubler, voyager ou communiquer. Cet aspect est fondamental – mais on ne saurait s’arrêter là.
La critique la plus évidente du modèle low cost porte sur son coût total : il élargit certes le nombre des consommateurs, mais au prix de méthodes parfois brutales. Bas salaires, mauvaises conditions de travail, obstruction aux syndicats, délocalisations… : les dessous de « la méthode Wal-Mart », copiée dans le monde entier, ont été mis en évidence depuis longtemps (Travailler plus pour gagner moins : la menace Wal-Mart, Gilles Biassette et Lysiane J. Baudu, Buchet Chastel, 2008), y compris certaines conséquences plus étonnantes comme l’augmentation du taux d’obésité (« Supersizing supercenters ? The impact of Walmart supercenters on body mass index and obesity », Charles Courtemanche et Art Carden, Journal of Urban Economics, n°69, 2011).
Risque de payer plus cher
Mais le low cost peut avoir des conséquences plus pernicieuses encore, en créant des écarts importants entre consommateurs pauvres. Au départ, l’arbitrage semble clair : le modèle propose une nouvelle équation « prix-performance », un service ou produit ajusté, certes parfois de moindre qualité (« good enough », disent les Anglo-Saxons), mais à un prix très inférieur. Quand vous allez chez Ikea, vous savez qu’il va falloir aller chercher vos meubles, les monter vous-même… et ne pas les déménager trop souvent.
Pourtant,...




                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-3">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ En se concentrant sur une promesse de valeur simple mais nécessaire, les promoteurs du low cost obligent leurs concurrents classiques à justifier leurs prix plus élevés, estime Emmanuel Combe, vice-président de l’Autorité de la concurrence, dans une tribune au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Le low cost constitue un formidable aiguillon de concurrence sur les marchés »

En se concentrant sur une promesse de valeur simple mais nécessaire, les promoteurs du low cost obligent leurs concurrents classiques à justifier leurs prix plus élevés, estime Emmanuel Combe, vice-président de l’Autorité de la concurrence, dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 15h01
 • Mis à jour le
21.09.2018 à 15h39
    |

                            Emmanuel Combe (Professeur d’économie à Skema Business School)








                        



                                


                            
Tribune. Le low cost est un modèle ancien : né en Allemagne au sortir de la seconde guerre mondiale avec la chaîne de magasins Aldi, il s’est développé aux Etats-Unis dans le transport aérien à partir des années 1970 avec Southwest Airlines, puis en Europe avec easyJet et Ryanair à la faveur de la déréglementation du ciel européen, avant de se diffuser dans des secteurs aussi différents que l’automobile (Logan de Renault), la banque de détail, l’assurance ou les salles de sport.
Pour autant, le low cost n’en finit pas de susciter la controverse. Que l’on songe aux débats récurrents autour de Ryanair, accusé d’enfreindre le droit du travail ou de percevoir d’illégitimes subventions aéroportuaires. Certains analystes n’hésitent d’ailleurs pas à prédire régulièrement la fin prochaine du low cost.
Simplification des produits ou des services
Sans méconnaître certaines dérives, il serait erroné d’assimiler le low cost à un pur artifice, basé sur le non-respect des règles de droit ou sur la myopie des consommateurs. Pour bien saisir l’essence du low cost, il convient d’emblée de le distinguer d’autres pratiques. De manière paradoxale, le low cost ne se singularise pas par le fait de produire à bas coût. Nombre d’entreprises baissent leurs coûts, sans pour autant être low cost : qui songerait à qualifier Apple de « low cost », au motif qu’elle assemble ses iPhone en Chine ? Définir le low cost en partant des prix n’est guère plus fructueux : si les produits low cost sont souvent peu chers, ils n’ont pas le monopole des prix bas. La plupart des entreprises pratiquent régulièrement des remises, rabais, soldes, sans pour autant être assimilables à du low cost. Qui plus est, le low cost peut se révéler très cher, par exemple lorsqu’un client réserve un billet d’avion au dernier moment, avec des options payantes.
En réalité, le low cost trouve sa source dans un travail de simplification à l’extrême des produits ou des services. Il se définit...




                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-4">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Qu’elles soient spatiales, sociales, temporelles ou géographiques, les inégalités d’accès à la pratique sportive au travail sont légion, observent, dans une tribune au « Monde », les sociologues Lilian Pichot et Julien Pierre.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Les inégalités d’accès à la pratique sportive au travail ne s’estomperont que progressivement »

Qu’elles soient spatiales, sociales, temporelles ou géographiques, les inégalités d’accès à la pratique sportive au travail sont légion, observent, dans une tribune au « Monde », les sociologues Lilian Pichot et Julien Pierre.



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 15h00
    |

Lilian Pichot et Julien Pierre (Sociologues et maîtres de conférences à l’université de Strasbourg, membres de l’équipe de recherche en sciences so...







                        



                                


                            
Tribune. Le thème du sport en entreprise n’a jamais suscité un enthousiasme aussi prononcé. Les médias se nourrissent de cette thématique qui illustre bien l’ambivalence d’un univers du travail coincé entre des impératifs de productivité et de bien-être. Çà et là, on exploite les images dynamiques auxquelles renvoient les activités sportives, considérées comme récréatives et bénéfiques. Des activités également présentées comme consensuelles dans un espace entrepreneurial sous tension et qui font figure de solution pour lutter contre une sédentarité galopante. A tel point que deux salons professionnels, Sport Wellness Lab et Sport santé bien-être, se tiendront à Paris respectivement le 27 septembre et les 5 et 6 octobre.
la pratique sportive reste proportionnellement peu développée dans les institutions publiques et dans les petites entreprises hors de la capitale
Sauf qu’entre les images d’Epinal et la réalité observable au quotidien il y a un hiatus. Pour preuve, nos enquêtes révèlent que, en moyenne, seulement de 10 % à 15 % des collaborateurs s’adonnent régulièrement à une pratique sportive au sein de leur espace de travail. Un décalage aussi perceptible entre les conclusions d’études louant les vertus supposées du sport (« L’impact économique de l’activité physique et sportive », Goodwill-management, septembre 2015, ou « Sport et entreprise », Decathlon Pro, mars 2017) et l’hétérogénéité des offres proposées en France.
Présente quasi systématiquement au cœur des grands groupes du secteur tertiaire basés dans les grandes villes, en particulier à Paris, la pratique sportive reste proportionnellement peu développée dans les institutions publiques et dans les petites entreprises hors de la capitale. Ces dernières sont indéniablement les parents pauvres du développement du sport au travail, alors même qu’elles regroupent une majorité de salariés.
Moyens limités
Certes, les cas d’Atalante-Champs-Blancs à Cesson-Sévigné (Ille-et-Vilaine)...




                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-5">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ La course au « moins cher » témoigne de la difficulté à faire consommer toujours plus et du besoin de revenir à l’utilité réelle des produits et services, souligne l’économiste Philippe Moati dans une tribune au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« L’économie low cost est aux antipodes des défis sociaux et environnementaux »

La course au « moins cher » témoigne de la difficulté à faire consommer toujours plus et du besoin de revenir à l’utilité réelle des produits et services, souligne l’économiste Philippe Moati dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 14h58
 • Mis à jour le
21.09.2018 à 15h39
    |

Philippe Moati (Professeur d’économie à l’université Paris-Diderot)







                        



                                


                            
Tribune. Le low cost dans les transports, souvent sous les feux de l’actualité, est l’arbre qui cache la forêt de la prolifération des formules de vente à « prix cassés ». Le hard-discount alimentaire se trouve dépassé sur ce terrain par les « déstockeurs », qui ont été en 2017 le segment de consommation ayant bénéficié de la plus forte croissance (+ 44 % selon l’Information Ressources, Inc., IRI, qui analyse les comportements dans la grande distribution). Dans le non-alimentaire, les « bazars » et autres « solderies » (Action, NOZ…) étendent leurs parcs de magasins à un rythme impressionnant. Primark affiche la plus forte croissance du marché de l’habillement.

Partout, les enseignes « traditionnelles » sont engagées dans une surenchère promotionnelle. Entre soldes, promotions, ventes privées et, désormais, « Black Friday », c’est plus d’un vêtement sur deux qui est vendu à prix barré. Dans la grande distribution, la part des produits en promotion dans les ventes dépasse désormais les 20 %, contre 14 % en 2000, selon la société d’études Symphony IRI. Darty ou Ikea participent désormais à cette fuite en avant. Les offres low cost se multiplient jusque dans les secteurs de la banque et de l’assurance. Le numérique encourage le mouvement, avec un e-commerce qui assure la transparence des prix, et cette économie dite « collaborative » ou « à la demande » qui casse les prix d’un grand nombre de services.
Epuisement d’un modèle de consommation
Ne devrait-on pas se réjouir de ce que la concurrence tire les prix vers le bas ? En première instance, la généralisation des prix cassés est favorable à un pouvoir d’achat des ménages qui ne peut guère s’appuyer sur la dynamique des revenus. Nicolas Sarkozy, avec la loi de modernisation de l’économie de 2008, comptait sur la libéralisation de ces mécanismes de réduction de prix pour pallier le sentiment de dégradation du niveau de vie. La guerre des prix dans la grande distribution alimentaire...




                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-6">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ L’accroissement de la mobilité aérienne encouragée par les vols low cost est difficilement compatible avec la lutte contre le réchauffement, montre l’économiste Tancrède Voituriez dans une tribune au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Le coût du low cost dans le secteur aérien n’inclut pas le prix de la pollution »

L’accroissement de la mobilité aérienne encouragée par les vols low cost est difficilement compatible avec la lutte contre le réchauffement, montre l’économiste Tancrède Voituriez dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 14h54
 • Mis à jour le
21.09.2018 à 15h38
    |

Tancrède Voituriez (Economiste)







                        



                                


                            
Tribune. On estime que 3 % de la population mondiale prend l’avion au moins une fois chaque année, et que 18 % est déjà montée dans un avion. C’est peu mais cela change vite, en partie en raison du développement des vols low cost et de la hausse des revenus des classes moyennes dans le monde. Au rythme actuel, le nombre de passagers va doubler d’ici à 2035, pour dépasser les 7 milliards par an.
Cette perspective consensuelle soulève une question qui l’est moins : comment satisfaire le désir de mobilité de populations toujours plus aisées sans épuiser le budget carbone qu’il nous reste pour limiter la hausse des températures à 2 °C ?
Emissions de CO2 subventionnées
Le secteur de l’aviation, comme celui du transport maritime, a été explicitement exclu du protocole de Kyoto sur le changement climatique. Jouissant d’une dérogation permanente pour tout ce qui touche à la taxation des carburants (le kérosène n’est pas taxé en vertu d’une convention datant de 1944) et des billets (TVA zéro dans la plupart des pays), le transport aérien est aujourd’hui, de fait, un secteur où les émissions de CO2 sont subventionnées.
« L’aviation est responsable de 2 % des émissions de CO2. Mais ce chiffre ne dit rien de ce qu’il va devenir avec le doublement du trafic annoncé. »
L’aviation est responsable de 2 % des émissions de CO2. Mais ce chiffre ne dit rien de ce qu’il va devenir avec le doublement du trafic annoncé. Dans la perspective de « zéro émission nette » durant la seconde moitié du XXIe siècle décidée par l’accord de Paris, cette hausse conduira à reporter sur d’autres secteurs les efforts d’atténuation.
Les représentants de la profession ont formulé les premiers objectifs climatiques de leur histoire il y a tout juste deux ans. 191 pays ont pris l’engagement de ramener les émissions de l’aviation en 2035 à leur niveau de 2020. Et de réduire de 50 % les émissions en 2050 comparativement à leur niveau de 2005.
Mais...




                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-7">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Le Grand Palais accueille du 22 au 25 novembre « Usine extraordinaire », une manifestation symbole d’un nouveau monde industriel émergent, explique un collectif de chercheurs, écrivains, experts et entrepreneurs dans une tribune au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Le nouveau monde industriel doit intégrer des impératifs sociaux et des défis environnementaux d’une acuité sans précédent »

Le Grand Palais accueille du 22 au 25 novembre « Usine extraordinaire », une manifestation symbole d’un nouveau monde industriel émergent, explique un collectif de chercheurs, écrivains, experts et entrepreneurs dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 14h45
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. A en croire l’opinion dominante, l’industrie appartiendrait au monde d’hier. En réalité, un nouveau monde industriel est en train de naître. En 2017, pour la première fois depuis presque dix ans, la France a ouvert plus d’usines qu’elle n’en a fermées. Le « produire en France » a désormais ses assises, la FrenchFab s’apprête à souffler sa première bougie, et le premier ministre a annoncé jeudi 20 septembre un plan ambitieux pour la transformation numérique de l’industrie.
Mais la majorité de nos concitoyens ne perçoit pas ce qui se trame d’invention, d’ingéniosité, de création fascinante dans les usines qui parsèment nos campagnes et les abords de nos villes. « L’Usine extraordinaire » qu’accueillera le Grand Palais, à Paris, du 22 au 25 novembre, entend ouvrir les portes de ce monde, en révéler la diversité, les promesses et les défis.
Aujourd’hui comme hier, les usines concentrent l’intelligence accumulée dans nos sociétés au fil de générations successives. Mais nous savons aussi que le nouveau monde industriel ne sera soutenable que s’il parvient à intégrer des impératifs sociaux et des défis environnementaux d’une acuité sans précédent. Nous soutenons avec enthousiasme ce projet, qui donnera à voir et à réfléchir, pour un très large public, autour de cinq grands défis.

L’enjeu primordial est de redonner du sens au travail. L’industrie d’aujourd’hui et de demain, ce sont des usines, des ateliers, des centres de recherche et de design, peuplés de machines et maillés par de multiples réseaux. Mais avant tout, ce sont des communautés de femmes et d’hommes qui coopèrent en vue d’œuvres utiles et communes.
Compagnonnage entre humains et machines
Partout, les modèles de discipline à l’ancienne et de division du travail entre ceux qui pensent et ceux qui font, deviennent contre-productifs, insupportables. La recherche d’autonomie, l’exigence de sens et la volonté de « faire », d’agir dans le concret,...




                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-8">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ L’économiste Michaël Lainé témoigne de son expérience de professeur dans une « business school », et s’interroge sur une relation commerciale où l’achat du diplôme l’emporte sur l’objectif de formation.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Monsieur, Je paie votre salaire de prof, donc je fais ce que je veux »

L’économiste Michaël Lainé témoigne de son expérience de professeur dans une « business school », et s’interroge sur une relation commerciale où l’achat du diplôme l’emporte sur l’objectif de formation.



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 14h30
    |

Michaël Lainé (Chargé de cours en économie à Sciences Po Lille)







                        



                                


                            

Tribune. L’université est souvent décriée pour son niveau et les inégalités qui s’y perpétuent. Etrangement, les écoles de commerce sont absentes du débat public. Pourtant, ce sont les élites économiques de demain que l’on y forme. J’y ai travaillé pendant un an, après avoir exercé auparavant dans trois universités, et aujourd’hui à Sciences Po Lille. Mais ce qui se passe en école de commerce n’a rien en commun avec ce que l’on est en droit d’attendre de l’enseignement supérieur.
Les étudiants y calent les tables avec des billets de 50 euros ; leur emploi du temps est si chargé qu’il leur faut deux téléphones portables, un « perso » et un « pro ». On s’était cru dans une école, on se découvre dans une garderie. Pas de bibliothèque : trop coûteux, et puis de toute façon, les étudiants ne lisent pas. Globalement, les étudiants se montrent intolérants à l’effort, à la frustration ou à l’ennui. Bien sûr, une minorité se révèle motivée et douée. Seulement, très rares sont ceux qui prennent des notes. Quand on tente de les faire travailler, quelques-uns répliquent sur le ton de l’évidence : « Mais monsieur, je paye votre salaire, donc je fais ce que je veux. »
J’ai cru, en arrivant, au discours que les écoles de commerce tiennent sur elles-mêmes : on paye des frais d’inscriptions certes élevés, mais, à la fin, nos futures élites auront des compétences solides. En fait de compétences, j’ai très vite déchanté.
A quelques mois du diplôme, la plupart ne savent pas ce qu’est un seuil de rentabilité ; la vue d’un bilan ou d’un compte de résultat les effraie aussi sûrement qu’un crucifix terrorise les vampires ; leur anglais est incompréhensible pour qui ne parle pas français ; calculer un taux de croissance suscite le désarroi, même parmi les « bons » éléments… On se rassure parfois en se disant que, pour des collégiens, ils ne sont pas si mauvais. Et puis, on les entend parler de leurs stages dans les meilleures entreprises…
Corruption...



                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-9">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Tribune. Pour Brett M. Frischmann, professeur à la faculté de droit Charles Widger de l’université de Villanova (Pennsylvanie), un monde parfaitement rationnel serait un cauchemar pour les humains.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Des systèmes technologiques intelligents pour maximiser la productivité humaine : une utopie condamnée à finir en tyrannie »

Tribune. Pour Brett M. Frischmann, professeur à la faculté de droit Charles Widger de l’université de Villanova (Pennsylvanie), un monde parfaitement rationnel serait un cauchemar pour les humains.



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 14h00
   





                        



                                


                            

Imaginez un monde régi par des technologies intelligentes programmées pour atteindre trois objectifs normatifs distincts mais interdépendants : efficacité transactionnelle, productivité des ressources et bonheur humain. Nous pourrions avoir des routes sans embouteillage, des divertissements instantanés et personnalisés, et des interactions sociales optimisées. Plus de maladies inattendues, plus d’échecs, plus d’occasions manquées ! En somme, nous aurions un monde sans mauvaises surprises…
Les technologies nécessaires à l’existence d’un tel monde sont déjà développées et utilisées. Prenons, par exemple, l’Internet des objets – le big data, les capteurs, les algorithmes, l’intelligence artificielle et les autres technologies apparentées. Leurs créateurs multiplient les promesses séduisantes. Les téléphones, les voitures, les maisons, les vêtements intelligents et connectés sont censés nous rendre plus heureux en nous simplifiant la vie.
Une vision utopique
Ces affirmations sont profondément enracinées dans une vision utopique des technologies intelligentes, fondée sur des visions techno-utopiques antérieures ou sur la vision taylorienne de l’organisation scientifique des travailleurs maximisant leur productivité. Cependant, dans notre monde numérisé, ces points de vue utopiques vont bien au-delà de leurs contextes originaux (Internet, les marchés et les lieux de travail) et envahissent bien d’autres aspects de nos vies.
La congestion des routes est peut-être un pur gaspillage, mais la congestion de nos vies ne l’est pas. Aucontraire, elle est productive, mais impossible à quantifier.
Dans Re-engineering Humanity [Cambridge University Press, 430 p., non traduit], Evan Selinger et moi-même expliquons que la logique de ces visions s’applique à un éventail d’actions beaucoup plus vaste qui dépend d’habitude du travail humain (temps, attention, effort, etc.) – que ce soit la conduite d’une voiture, la garde d’un enfant, l’exercice physique...




                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-10">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Pour Hélène Jacquemont, présidente de la Fondation Médéric Alzheimer, estime dans une tribune au « Monde » qu’il faut investir de manière déterminée et ambitieuse dans la recherche en sciences humaines et sociales, ainsi que dans la recherche psychosociale et médico-sociale.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Alzheimer : « Relever le défi du vieillissement cognitif est à notre portée »

Pour Hélène Jacquemont, présidente de la Fondation Médéric Alzheimer, estime dans une tribune au « Monde » qu’il faut investir de manière déterminée et ambitieuse dans la recherche en sciences humaines et sociales, ainsi que dans la recherche psychosociale et médico-sociale.



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 14h00
    |

Hélène Jacquemont (Présidente de la Fondation Médéric Alzheimer)







                        



                                


                            
Tribune. Déjà engagée, la révolution de l’âge et son corollaire « le bien vieillir » constituent bien plus qu’une mutation démographique de grande ampleur : un défi individuel et sociétal majeur.
Nous savons que le nombre de personnes âgées atteintes de « troubles neurocognitifs », de « syndromes démentiels » ou bien encore de « maladie d’Alzheimer » continuera d’augmenter dans les prochaines années. Ces personnes sont environ 1,1 million en France aujourd’hui. Elles pourraient être, selon Santé Publique France, 1,7 million dans moins de dix ans. D’après les estimations de la Fondation Médéric Alzheimer, le coût total de ces pathologies s’élève actuellement à 32 milliards d’euros par an.
il n’existe à ce jour aucun traitement médical susceptible de guérir ou de ralentir l’évolution des syndromes démentiels
Beaucoup a été fait au cours des vingt dernières années mais il reste un écart important entre les attentes et les réponses apportées. Un tel sujet nécessite l’emploi d’un langage de vérité : il n’existe à ce jour aucun traitement médical susceptible de guérir ou de ralentir l’évolution des syndromes démentiels. Il paraît peu probable qu’un tel traitement soit disponible en pratique clinique courante avant plusieurs années.
Et compte tenu de la complexité des syndromes démentiels, rien ne permet d’affirmer qu’un traitement unique permettra un jour de tous les prévenir ou de tous les guérir. Pour autant, nous ne sommes pas démunis et nous ne devons pas perdre espoir. Les études et travaux menés ainsi que les débats organisés nous ont conduits à nous forger quatre convictions.
Une approche globale
La première est qu’on ne relèvera pas le défi du vieillissement cognitif en opposant l’approche biomédicale et l’approche psychosociale. Face à un phénomène aussi complexe que les syndromes démentiels, une approche globale, combinant le cure et le care, est une absolue nécessité.
Le paradigme du handicap...



                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-11">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Dans cette chronique, l’économiste Pierre-Yves Gomez pointant le faible écart entre les capitalisations boursières du groupe Renault-Nissan et Tesla s’interroge sur la rationalité des marchés.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
édition abonné


La « start-up économie » et les « lois de la gravité financière »

Dans cette chronique, l’économiste Pierre-Yves Gomez pointant le faible écart entre les capitalisations boursières du groupe Renault-Nissan et Tesla s’interroge sur la rationalité des marchés.



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 13h00
    |

                            Pierre-Yves Gomez (Professeur à l'EM Lyon)








                        



                                


                            
Entreprises. En ce début d’année scolaire, voici un petit exercice que les enseignants d’économie pourraient donner à leurs élèves : supposons deux constructeurs automobiles A et B. En 2017, l’entreprise A vend 10 millions de véhicules par an, l’entreprise B, 100 000, soit cent fois moins. La même année, A atteint un chiffre d’affaires de 190 milliards d’euros, B n’en réalise que 8,5 milliards, soit vingt-deux fois moins. Enfin, A dégage un bénéfice net de 7 milliards, B annonce une perte de 2 milliards. Question : quel sera l’écart de valorisation boursière entre l’entreprise B et l’entreprise A ?

Le bon sens risque d’être mis à rude épreuve par la réponse : Tesla (l’entreprise B) atteint une capitalisation boursière de 50 milliards d’euros et Renault - Nissan - Mitsubishi (l’entreprise A), premier constructeur automobile mondial, 100 milliards, soit seulement deux fois plus.

L’exercice peut utilement ouvrir une discussion sur la rationalité des marchés. Les investisseurs considèrent-ils que Tesla détient une avance technologique décisive sur ses concurrents, qui permettrait d’envisager que ses pertes colossales seront un jour compensées par des bénéfices mirifiques ? Rien n’est moins sûr. Renault-Nissan est pionnier sur le marché du moteur électrique et annonce un investissement d’un milliard d’euros en France dans ce domaine, quand les difficultés de trésorerie de Tesla l’obligent à réduire les siens.
« Disruption »
Tesla serait-elle mieux gérée que le géant mondial ? Ses difficultés à livrer les véhicules attendus, notamment du fait d’une automatisation excessive des lignes de production, l’ont obligée à des réorganisations multiples, alors que Renault et Nissan annoncent 6 milliards d’euros de synergies annuelles.
Renault-Nissan a développé sa stratégie globale sur le pragmatisme et le long terme
Il faut donc chercher une éventuelle rationalité des marchés non pas dans les résultats objectifs mais dans...




                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-12">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Editorial. Face au gouvernement britannique, les Vingt-Sept font preuve d’une remarquable unité à vouloir préserver l’acquis commun et le projet politique que représente l’Europe.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤                     
                                                

Brexit : l’art du « deal »

Editorial. Face au gouvernement britannique, les Vingt-Sept font preuve d’une remarquable unité à vouloir préserver l’acquis commun et le projet politique que représente l’Europe.



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 11h10
 • Mis à jour le
21.09.2018 à 15h07
   





                        


Editorial du « Monde ». Unité, fermeté et pression maximale. C’est la stratégie que s’étaient fixée les dirigeants européens face au gouvernement britannique, en abordant la dernière longueur des négociations qui doivent en principe aboutir à la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne dans six mois. A Salzbourg, où ils se sont réunis les 19 et 20 septembre, d’abord à vingt-huit, en présence de Theresa May, la première ministre britannique, puis sans elle, à vingt-sept, ils s’y sont tenus, faisant corps derrière le négociateur européen, Michel Barnier.

        Lire aussi :
         

                Brexit : pour les Européens, « l’heure de vérité » a sonné



Même si Malte et quelques pays comme la Pologne se montrent plus sensibles aux positions britanniques, les Etats membres de l’UE continuent de faire preuve sur ce dossier d’une remarquable unité, eux si prompts à se déchirer sur tant d’autres questions. S’ils y parviennent, c’est parce qu’ils ont conscience de ce qui est en jeu dans le défi du Brexit : préserver l’acquis commun et le projet politique que représente l’Europe. Lorsque Donald Tusk, le président du Conseil européen, et Emmanuel Macron, le président français, évoquent « l’heure de vérité » à laquelle Londres et ses partenaires sont maintenant arrivés dans la négociation, ce n’est pas seulement de l’horloge qu’ils parlent ; c’est de la sauvegarde d’un authentique projet européen.
Theresa May furieuse
Theresa May l’aura-t-elle enfin compris jeudi, dans l’avion qui la ramenait à Londres ? Elle retrouve un pays en proie à de profondes divisions sur les modalités du Brexit, exacerbées par les enjeux de politique intérieure. Visiblement furieuse de ne pas avoir été traitée avec plus de souplesse à Salzbourg, Mme May doit faire face, dans une semaine, au congrès annuel de son parti, le Parti conservateur, où les « durs » ne lui feront pas de cadeaux. Elle n’aura donc pas été étonnée de lire dans la presse britannique vendredi les commentaires cinglants sur « l’humiliation » qu’elle a subie à Salzbourg et « l’embuscade » des Vingt-Sept dans laquelle elle est tombée.
Au-delà des infinies complexités techniques, économiques et juridiques que doit résoudre la négociation menée par M. Barnier au nom de la Commission européenne, c’est bien au niveau politique que se trouve la solution. Theresa May ne peut, au fond, demander aux Européens de régler un différend qui est d’abord intrabritannique : celui de la profonde crise ouverte dans son pays par le référendum du 23 juin 2016.
Réalité du rapport de force
Depuis la campagne pour ce référendum, à l’exception de quelques oiseaux de mauvais augure, une grande partie des Britanniques et leurs élus se sont bercés d’illusions sur la faisabilité et le coût du Brexit. Deux ans plus tard, ils ne semblent toujours pas prêts à affronter la réalité du rapport de force avec l’UE, ni les conséquences concrètes du divorce d’avec l’Union pour leur pays, leur économie et leur vie quotidienne.
Il reste encore quelques précieuses semaines pour avancer, en particulier sur le principal point de blocage, celui de la frontière irlandaise, qui met en jeu à la fois l’intégrité du Royaume-Uni et celle du marché unique européen. La balle est dans le camp de Londres. Pour autant, les Vingt-Sept devront, à un moment donné, savoir faire preuve aussi d’ouverture. S’ils sont légitimes à vouloir préserver ce qui constitue les fondements de l’Union, ils ne doivent pas oublier que la Grande-Bretagne restera un pays européen, notre voisin le plus proche à l’ouest, et un partenaire indispensable en matière de sécurité et de défense. Tout doit être mis en œuvre pour trouver ensemble l’art du « deal » à l’européenne : un accord qui protège l’Europe sans humilier les Britanniques.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-13">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Pour Denis Pelletier, historien du catholicisme contemporain, le modèle du penseur catholique engagé a volé en éclats dans les années 1970. Aujourd’hui, les intellectuels religieux opèrent un certain retour au conservatisme.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Les “cathos de gauche” n’ont pas disparu, mais ils ne trouvent plus de partis où s’engager »

Pour Denis Pelletier, historien du catholicisme contemporain, le modèle du penseur catholique engagé a volé en éclats dans les années 1970. Aujourd’hui, les intellectuels religieux opèrent un certain retour au conservatisme.



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 11h08
    |

                            Catherine Portevin








                        



                                


                            

Denis Pelletier est historien du catholicisme contemporain, directeur d’études à l’Ecole pratique des Hautes Etudes (EPHE). Il a notamment publié La Crise catholique. Religion, société, politique en France (1965-1978) (Payot, 2002) et codirigé avec Jean-Louis Schlegel A la gauche du Christ. Les chrétiens de gauche en France de 1945 à nos jours (Le Seuil, 2012).
Observez-vous un « réarmement » des catholiques dans la vie intellectuelle ?
Il n’y a plus d’intellectuel catholique en France comme ont pu l’être André Mandouze [1916-2006], plutôt de gauche, ou René Rémond [1918-2007], plutôt de droite. Ce modèle a explosé dans les années 1970. Il ne reviendra pas.
Quel était ce modèle ?
Il était issu de la Résistance. Le Centre catholique des intellectuels français (CCIF) – notez : pas des « intellectuels catholiques » –, fondé en 1941 par des penseurs proches du journal Témoignage chrétien, a réuni des chrétiens de tous bords. Il a joué un rôle important dans les années 1950-1960 en conviant à dialoguer à peu près tous les intellectuels de l’époque. Il s’agissait de concurrencer la Semaine de la pensée marxiste, organisée dès 1961 par le Centre d’études et de recherches marxistes. Durant la guerre d’Algérie, nombre des membres du CCIF, pas tous, se sont engagés pour l’indépendance et, surtout, contre la torture. Dans les années 1970, le CCIF a décliné parce que son mode d’intervention semblait obsolète dans la France post-Mai 68. Ce modèle de l’intellectuel catholique n’était pas d’abord confessionnel, il correspondait au rôle de l’intellectuel engagé. Mais l’engagement dans le monde a toujours été problématique du côté de l’Eglise.
Comment ?
Du côté d’un catholicisme traditionnel, la foi doit se vivre par l’approfondissement des fondamentaux. Le modèle est celui du théologien, qui travaille la tradition dans le studium, à...




                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-14">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Imaginé par le cardinal Lustiger comme un moyen de « réarmer » la pensée catholique et de la faire rayonner en France, le Collège des bernardins s’est affirmé, en dix ans, comme un lieu culte de l’intelligentsia de tous bords. Et doit aujourd’hui résister aux pressions des plus conservateurs.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ 
<article-nb="2018/09/21/19-15">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Le premier premier ministre du Canada, élu en 1867, est tombé en disgrâce pour sa politique envers les Amérindiens. Des révélations qui l’ont finalement rattrapé dans son pays natal, l’Ecosse.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
édition abonné


John A. Macdonald, le père fondateur du Canada dont l’Ecosse ne veut plus

Le premier premier ministre du Canada, élu en 1867, est tombé en disgrâce pour sa politique envers les Amérindiens. Des révélations qui l’ont finalement rattrapé dans son pays natal, l’Ecosse.



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
21.09.2018 à 12h20
    |

            Marc-Olivier Bherer








                        



                                


                            

L’empire britannique fut, pour l’Ecosse, un moyen de briller à l’étranger, mais la gloire acquise hier est aujourd’hui soumise à un réexamen. Encore récemment, le site Scotland.org, vitrine promotionnelle du pays financée par le gouvernement, consacrait un article élogieux à Sir John A. Macdonald (1815-1891), avocat et homme d’affaires né à Glasgow, considéré comme l’un des pères fondateurs du ­Canada.
On pouvait lire, à son sujet, qu’il était « admiré pour le rôle fondamental qu’il joua dans la formation de ce pays » et qu’il jouissait de l’affection des Canadiens. Mais ce fils illustre, premier premier ministre du Canada après son émancipation de la tutelle britannique en 1867, a subitement disparu du site le 22 août. La disgrâce de Macdonald au Canada, liée à sa politique en direction des Amérindiens, l’a finalement rattrapé dans le pays qui l’a vu naître.
Les médias canadiens ont accordé une grande attention à cette affaire. La CBC, la radio-télé publique canadienne anglaise, cite ainsi dans un article publié en ligne le 26 août un porte-parole du gouvernement écossais qui explique que les autorités ont jugé nécessaire de retirer l’article élogieux portant sur Macdonald en raison « des interrogations légitimes soulevées par les communautés autochtones canadiennes sur son héritage ». Il a ajouté qu’Edimbourg avait à cœur de célébrer la réussite des Ecossais à l’étranger, mais en présentant un juste compte rendu de leur vie.
Quelques jours avant que l’Ecosse n’efface Macdonald de ses registres officiels, une statue à son effigie avait été retirée de l’hôtel de ville de Victoria, en Colombie-Britannique (Canada), une décision prise en signe de condamnation de la politique qu’il avait engagée à l’encontre des Autochtones. L’affaire avait fait grand bruit, la ville annonçant finalement son intention d’installer la statue ailleurs.
« Politique d’ethnocide »
Macdonald, qui fut de son vivant un personnage sulfureux...




                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-16">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ La rénovation du site culturel parisien devrait coûter 470 millions d’euros. Dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde », décrypte les dessous d’un « dilemme » bien français.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 20/09/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


« Est-ce bien raisonnable de rénover le Grand Palais pour plusieurs centaines de millions d’euros ? »

La rénovation du site culturel parisien devrait coûter 470 millions d’euros. Dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde », décrypte les dessous d’un « dilemme » bien français.



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 06h28
 • Mis à jour le
21.09.2018 à 10h09
    |

            Michel Guerrin (rédacteur en chef au « Monde »)








                        



                                


                            

Chronique. Est-ce bien raisonnable de rénover le Grand Palais pour plusieurs centaines de millions d’euros ? C’est la question abordée par la Cour des comptes dans un rapport confidentiel de mars, repris par le site La Tribune de l’art fin août, et relancé, mercredi 19 septembre, par Le Canard enchaîné.
Au regard du bâtiment, oui. Au regard de l’époque, non. Le site est prestigieux, utile, planté au cœur de Paris. C’est un emblème de la nation et de notre culture. Mais fait de bric et de broc, abritant trois choses : des expositions dans un bâtiment de pierre, des manifestations de prestige sous une nef de verre et d’acier de 200 mètres de long qui culmine à 45 mètres de haut, et le Palais de la découverte.
Mais tout cela est fatigué et l’entretien si coûteux… Dilemme passionnant. Celui d’un pays fier de ses bijoux mais qui n’a plus les moyens de les entretenir.
L’addition est pharaonique, à la hauteur d’un bâtiment gigantesque de 70 000 mètres carrés. Près de 470 millions d’euros, dont plus de la moitié financée par l’Etat. Le site fermera de 2020 à 2023 avant que la nef rénovée n’abrite deux épreuves des Jeux olympiques en 2024 (taekwondo et escrime).

La France schizophrène
La facture est trop lourde, répètent les opposants, Stéphane Bern en tête. Plusieurs figures de la culture, en sous-main, savonnent aussi ce projet. En 2014, déjà, l’ancien ministre de la culture, Jean-Jacques Aillagon, dénonçait une folie financière pour l’Etat, plaidant pour un partenariat public-privé. Ce qui n’a pas empêché le projet d’être validé.
La France schizophrène poursuit donc les travaux culturels tout en cherchant à réduire sa dette. Elle restaure des monuments parisiens alors que nombre de lieux en régions souffrent et que les crédits du patrimoine manquent.
Et puis les grands travaux font peur, tant les dépassements de coûts sont légion. Avant même le premier coup de pioche, le projet...




                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-17">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ La polémique autour de la « petite phrase » d’Emmanuel Macron témoigne surtout de la tendance des politiques à n’entendre que ce qui sert leurs propres convictions, estime Stéphan Bourcieu, directeur d’une école de commerce, dans une tribune au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Le Président et l’horticulteur : « Il faut écouter ceux qui parlent, si on veut en être écouté »

La polémique autour de la « petite phrase » d’Emmanuel Macron témoigne surtout de la tendance des politiques à n’entendre que ce qui sert leurs propres convictions, estime Stéphan Bourcieu, directeur d’une école de commerce, dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
21.09.2018 à 10h04
    |

Stéphan Bourcieu (Directeur général de Burgundy School of Business, ex-ESC Dijon)







                        



                                


                            
Tribune. « Je traverse la rue, je vous en trouve (un emploi) ». Depuis dimanche 16 septembre, voici une nouvelle polémique au sujet d’une petite phrase d’Emmanuel Macron, prononcée à l’occasion d’un échange avec un jeune chômeur qui visitait l’Élysée lors des Journées du Patrimoine.
De nombreux représentants de l’opposition, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen, se sont immédiatement emparés de cette petite phrase pour dénoncer, qui le mépris du Président envers les pauvres, qui la brutalité de ses propos. Les médias ont également commenté en boucle ces propos, expliquant, à l’image d’Alba Ventura (RTL) que « sur la forme, c’est brutal et inacceptable (…) même si sur le fond, il n’a pas tout à fait tort ».
Les critiques et les commentaires vont sans doute se poursuivre encore un peu avant que cette polémique ne laisse place à une autre et qu’elle soit rangée au rayon des souvenirs du quinquennat Macron, entre le « pognon de dingue » et la « meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler ».
Un poste… dans une mairie
Cette situation est d’autant plus regrettable que les propos du Président, comme les commentaires des hommes politiques et des médias, sont passés totalement à côté du problème soulevé par le jeune horticulteur.
Pour bien comprendre ce problème, il faut écouter avec attention l’échange entre le Président et le jeune qui l’interpelle :
Le jeune : J’ai beau envoyer des CV et des lettres de motivation, ça ne fait rien.
Le Président : Et vous voulez travailler dans quel secteur ?
Le jeune : Je suis horticole (sic). J’ai envoyé (des CV) partout dans les mairies et ils ne prennent pas.
Le Président : Si vous êtes prêt et motivé, dans l’hôtellerie et les cafés, la restauration, dans le bâtiment, il n’y a pas un endroit où je vais où ils ne me disent pas qu’ils cherchent des gens…
Si...




                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-18">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ L’historienne Claire Judde de Larivière, spécialiste du Moyen Age et de la Renaissance, constate que la majorité de la population a, paradoxalement, laissé le moins de traces dans les archives, sauf à sortir du lot lors d’épisodes de violence.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Alexandre Benalla sort de la masse des invisibles

L’historienne Claire Judde de Larivière, spécialiste du Moyen Age et de la Renaissance, constate que la majorité de la population a, paradoxalement, laissé le moins de traces dans les archives, sauf à sortir du lot lors d’épisodes de violence.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
21.09.2018 à 10h00
    |

                            Claire Judde de Larivière (Historienne et collaboratrice du Monde des livres)








                        



                                


                            

Résonances : chaque semaine, une chercheuse ou un chercheur réagit à un fait d’actualité ou simplement à l’air du temps.
C’est un des paradoxes de l’histoire : les gens les plus nombreux – habitants ordinaires des villes et des campagnes – sont ceux qui ont proportionnellement laissé le moins de traces. Au Moyen Age, travailleurs et paysans représentaient environ 90 % de la population mais n’ont produit qu’une part mineure des sources à notre disposition. Dans notre imaginaire, ils constituent encore une masse informe et passive, ne revenant sur le devant de la scène qu’en de rares occasions, épisodes de violence et de révolte en particulier.
Des figures périphériques
Cette représentation est évidemment biaisée et oblitère le rôle déterminant de tous ces acteurs ordinaires dans le cours de l’histoire. Prenons le cas spécifique des serviteurs, dont il est difficile d’évaluer la proportion exacte, mais dont on sait qu’ils étaient fort nombreux, tant l’activité domestique était commune.
Dans les maisons d’artisan et de boutiquier comme dans les nobles demeures, au château du prince comme à la cour, servantes, laquais, esclaves, nourrices, cochers et valets assuraient d’innombrables fonctions. Acteurs invisibles mais essentiels de la vie quotidienne, ils savaient tout de leurs maîtres et de leurs agissements. La littérature et le théâtre ne s’y sont pas trompés, de l’Arlequin de la commedia dell’arte à ­Jacques le Fataliste de Diderot, en passant par les Toinette, Dorine et ­Sganarelle de Molière : toutes et tous représentent des personnages déterminants pour l’action.
L’histoire du service domestique trouve un écho original dans la grande affaire de l’été et le scandale autour des violences commises par Alexandre Benalla. Le garde du corps compte parmi les plus de 800 personnes recrutées par les services de la présidence de la République, figures discrètes et anonymes de chauffeurs, chargés de protocole, huissiers,...




                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-19">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Dans cette chronique, l’économiste Philippe Askenazy explique comment le projet de loi actuellement discuté au Parlement aura, à terme, des conséquences concrètes pour des millions de salariés du privé et pourrait exposer les entreprises à des déconvenues.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Seuils sociaux : Les « cocasseries » de la loi Pacte

Dans cette chronique, l’économiste Philippe Askenazy explique comment le projet de loi actuellement discuté au Parlement aura, à terme, des conséquences concrètes pour des millions de salariés du privé et pourrait exposer les entreprises à des déconvenues.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 11h00
    |

Philippe Askenazy (Chercheur au CNRS/ENS/Centre Maurice-Halbwachs)







                        



                                


                            
Tendances France. Le Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises, ou loi Pacte, dont l’examen a commencé au Parlement, comporte une multitude de mesures, de l’habilitation de la presse en ligne à publier des annonces légales à l’extension des autorisations de test des véhicules autonomes. L’article 6 est le plus emblématique.
L’idée que les seuils sont un frein à l’emploi est venue d’anomalies dans la distribution par taille des entreprises selon les données fiscales
Il modifie substantiellement les seuils sociaux : les obligations des entreprises et les droits des salariés vont en effet croissant avec la taille des entreprises par de multiples paliers, aujourd’hui essentiellement onze, vingt et cinquante salariés. La loi supprimerait le seuil de vingt salariés et considérerait qu’un seuil n’est franchi que si l’effectif le dépasse pendant cinq années consécutives.
Cohérent avec l’exposé des motifs du projet, le dossier de presse fourni par le ministère de l’économie précise qu’il s’agit de répondre à « un problème : les seuils sont un frein à l’emploi ». Pourtant, la lettre Trésor-éco n° 226, publiée le 5 septembre par la direction du Trésor au sujet de la loi Pacte, observe prudemment que « le relèvement des seuils d’effectifs pourrait [faciliter] la croissance des entreprises, effet sur lequel la littérature n’est cependant pas conclusive ». Alors, qui croire au sein du ministère ?

L’idée que les seuils sont un frein à l’emploi est venue d’anomalies dans la distribution par taille des entreprises selon les données fiscales. Le phénomène est très net autour du seuil de cinquante : on observe une surreprésentation d’entreprises de quarante-huit ou quarante-neuf salariés et, en revanche, un déficit d’entreprises de cinquante ou cinquante et un salariés. L’explication naturelle est que le franchissement du seuil entraîne de tels surcoûts que de nombreuses...




                        

                        


<article-nb="2018/09/21/19-20">
<filnamedate="20180921"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180921"><AAMMJJHH="2018092119">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Editorial. En annonçant sa candidature à Lyon et son futur départ du gouvernement, le ministre de l’intérieur condamne le gouvernement à l’inaction sur des dossiers très importants.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     
                                                

Gérard Collomb, Monsieur sans-gêne

Editorial. En annonçant sa candidature à Lyon et son futur départ du gouvernement, le ministre de l’intérieur condamne le gouvernement à l’inaction sur des dossiers très importants.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 10h46
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Le ministre de l’intérieur – ou plutôt le futur ex-ministre de l’intérieur –, Gérard Collomb, a eu le temps, lors de son long parcours politique, de bâtir son personnage : celui d’un élu de terrain qui ne s’encombre ni de circonlocutions ni de formules aseptisées, pour appeler un chat un chat et récuser le « politiquement correct ». Il vient d’en faire une éclatante démonstration dans l’entretien qu’il a accordé à L’Express, le 18 septembre.
Qu’il annonce son intention d’être candidat à la prochaine élection municipale à Lyon n’est en rien une surprise : déjà maire entre 2001 et 2017, chacun sait qu’il est resté très attaché et attentif à « sa » ville. En revanche, qu’il l’annonce dix-huit mois avant le scrutin est singulier. Et, plus encore, qu’il fixe lui-même la date à laquelle il entend quitter ses fonctions ministérielles – au lendemain des élections européennes de mai 2019. Difficile d’imaginer décision politiquement plus incorrecte, dans tous les sens du terme.
Désinvolture
D’abord dans la forme, pour le moins désinvolte. Qu’un ministre, qui plus est ministre d’Etat et ministre de l’intérieur, proclame publiquement sa volonté de quitter le gouvernement et précise lui-même le calendrier de ce départ n’est pas seulement sans précédent. C’est aussi tenir pour négligeable l’article 8 de la Constitution, selon lequel « le président de la République, sur proposition du premier ministre, nomme les membres du gouvernement et met fin à leurs fonctions ».

        Lire aussi :
         

                Gérard Collomb, un ministre de l’intérieur déjà à l’extérieur



En procédant comme il le fait, de sa propre initiative, selon son agenda personnel, voire son bon plaisir, Gérard Collomb met donc le chef de l’Etat et celui du gouvernement devant le fait accompli. Laurent Wauquiez, le président des Républicains, a qualifié la situation de « surréaliste ». Il dit juste.
Le moment choisi pour cette annonce est tout aussi stupéfiant. C’est peu de dire que la rentrée politique d’Emmanuel Macron était laborieuse. Le trouble créé par l’affaire Benalla depuis le mois de juillet, la démission tout aussi iconoclaste, il y a trois semaines, du ministre de la transition écologique, Nicolas Hulot, le pataquès sur le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu, la situation économique assombrie : tout a contribué à mettre un terme à une première année de quinquennat conquérante.
Autorité fragilisée
La sortie annoncée du locataire de la Place Beauvau ne peut qu’accentuer le dérèglement de la machine gouvernementale et ajouter au « tourbillon », plus exactement aux turbulences, sur lequel philosophait récemment le premier ministre.
Quoi qu’il en dise, en effet, on voit mal comment le désormais ministre de l’intérieur sursitaire pourrait gérer avec la force requise les très lourds dossiers qui sont les siens : lancinantes questions de la sécurité, persistante menace terroriste, organisation de l’islam de France, rapports (tendus) avec les collectivités locales, préparation annoncée d’un changement de scrutin législatif impliquant un redécoupage électoral de très grande ampleur... Gérard Collomb ne s’est pas seulement condamné à l’impuissance, ou à l’inaction, il a fragilisé l’autorité du président de la République.
Quel qu’ait été l’attachement d’Emmanuel Macron à celui qui fut l’un des premiers à croire en son destin, le chef de l’Etat n’a, en réalité, guère d’autre choix que de le renvoyer, aussi rapidement que possible, dans ses foyers lyonnais. Et de nommer Place Beauvau un ministre de l’intérieur de plein exercice.

        Lire aussi :
         

                Avec le départ de Gérard Collomb, un ministère de l’intérieur en déshérence






                            


                        

                        

