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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-1"> ¤ L’incendie du Musée national de Rio a fait l’objet d’une récupération politique. La droite est accusée de négligence et la gauche d’inconséquence budgétaire. Depuis 2008, huit monuments brésiliens ont été dévorés par les flammes.
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Au Brésil, une campagne électorale sur les cendres du Musée de Rio


                      L’incendie du Musée national de Rio a fait l’objet d’une récupération politique. La droite est accusée de négligence et la gauche d’inconséquence budgétaire. Depuis 2008, huit monuments brésiliens ont été dévorés par les flammes.



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 17h14
    |

            Claire Gatinois (Sao Paulo, correspondante)








   


Les cendres du Musée national de Rio de Janeiro étaient encore fumantes quand la bataille des petites phrases a démarré. De fait, la campagne électorale battait son plein dans la nuit du 2 au 3 septembre, favorisant la récupération politique de la tragédie. En quelques heures, le musée bicentenaire de Rio, ancienne résidence de la famille impériale, a brûlé comme un feu de paille. Selon les premières estimations, 90 % des 20 millions de pièces de collections ont été réduites en cendres.
Attaques contre le président Michel Temer
Quand les employés du musée, de même que les anthropologues, les scientifiques et les historiens du monde entier, pleuraient la disparition de Luzia, le plus vieux squelette Homo sapiens d’Amérique latine, et se désespéraient de la perte de momies égyptiennes, d’enregistrements de dialectes indigènes ou de carcasses de dinosaures, certains politiciens juraient qu’avec eux une telle tragédie ne serait jamais arrivée. Une joute sans pitié s’est engagée entre la droite brésilienne, accusée de négligence coupable, et la gauche, vilipendée pour son inconséquence budgétaire.

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Prêts à tout pour arracher, en octobre, un poste de sénateur, de député, de gouverneur, voire de président de la République, les candidats ont d’abord attaqué le gouvernement de Michel Temer. Une proie facile : haï, le président bat des records d’impopularité, et son désintérêt pour la chose culturelle est notoire. Par souci d’économies, le chef de l’Etat, lors de sa prise de fonctions, en mai 2016, avait pensé fusionner le ministère de la culture avec celui de l’éducation. Devant une bronca sans précédent, le président a finalement reculé. Mais l’épisode reste dans les mémoires. Michel Temer a eu beau évoquer une « perte incalculable pour le Brésil », un « jour tragique » qui a vu s’effacer « deux cents ans de travail, de recherche et de connaissance », personne n’a oublié que la culture est, à ses yeux, une dépense frivole.

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Guilherme Boulos, candidat pour le Parti socialisme et liberté (PSOL), a été le plus incisif, attaquant frontalement les « coupes criminelles de Temer », tandis que Ciro Gomes, du Parti démocratique travailliste (PDT, centre gauche), s’engageait à atténuer « cette tragédie que le non-gouvernement avait laissé faire ». Fernando Haddad, du Parti des travailleurs (PT, gauche), fustigeait plus largement le « mépris » des gouvernements pour la culture.
« Les gouvernements changent mais rien ne bouge. La culture est toujours le parent pauvre de l’Etat, et nous assistons à ce naufrage sans réagir. » Emilio Kalil, ex-directeur de théâtres nationaux
Un seul homme n’a pas semblé participer au deuil national de ce joyau du patrimoine lusophone : Jair Bolsonaro. Le représentant de l’extrême droite, dont le nom complet est Jair Messias (« messie ») Bolsonaro, affirmait le lendemain du drame : « C’est déjà fait, il a déjà pris feu, qu’est-ce que vous voulez que je fasse ? Mon nom est Messie, mais je ne peux pas faire de miracle. » L’attaque au couteau dont il a, le 6 septembre, fait l’objet, a ensuite occulté l’incendie : Jair Bolsonaro a alors occupé le devant de la scène médiatique et politique. La préoccupation des candidats pour un monument représentant la mémoire du pays n’aura ainsi duré que quelques heures. Une illustration de l’hypocrisie des politiciens en campagne et de leur désintérêt profond pour la culture et le patrimoine ?
Au cours des dix dernières années, le feu a dévoré pas moins de huit monuments brésiliens : musées, théâtres ou instituts, notamment à São Paulo. Ainsi de l’Institut Butantan, en 2010, du Mémorial de l’Amérique latine, en 2013, ou du Musée de la langue portugaise, en 2015. « Les gouvernements changent mais rien ne bouge. La culture est toujours le parent pauvre de l’Etat, et nous assistons à ce naufrage sans réagir. Comme si la mémoire n’avait pas d’importance ici », déplore Emilio Kalil, organisateur de la Semaine des arts à São Paulo et ex-directeur de théâtres nationaux.
A en croire Carlos Marun, le secrétaire du gouvernement, surnommé le « pitbull » de Michel Temer, le gouvernement n’est pas le seul à se moquer de la culture. « Maintenant que c’est arrivé [l’incendie], il y a beaucoup de veuves en larmes, mais, en réalité, ces veuves ne l’aimaient pas tant que ça, ce musée. » Une allusion peu subtile au désintérêt supposé des Brésiliens pour leur patrimoine. En 2017, le musée avait enregistré 192 000 visiteurs, selon le site de la BBC Brésil, soit moins que le nombre de Brésiliens venus visiter le Louvre cette année-là.



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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-2"> ¤ Ni les Vingt-Sept ni le Royaume-Uni ne veulent réinstaurer une frontière entre les deux Irlandes, mais ils sont en désaccord sur la solution.
<filname="PROF-0,2-3210,1-0,0-2"> ¤                     
                                                

Brexit : qu’est-ce que le « backstop » proposé par l’UE pour résoudre la question irlandaise ?

Ni les Vingt-Sept ni le Royaume-Uni ne veulent réinstaurer une frontière entre les deux Irlandes, mais ils sont en désaccord sur la solution.



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 16h56
 • Mis à jour le
21.09.2018 à 18h05
   





                        



   


C’est l’un des points les plus délicats des négociations sur le Brexit entre l’Union européenne et le Royaume-Uni : quid de la frontière entre la République d’Irlande et la province britannique d’Irlande du Nord ? Aucune solution n’a jusqu’ici été trouvée entre les deux camps.
Et pourtant le temps presse : les Vingt-Sept, réunis jeudi 20 septembre à Salzbourg, en Autriche, souhaitent boucler les discussions avec Londres d’ici à la mi-novembre, alors que le Brexit aura lieu le 29 mars 2019.

        Lire l’éditorial du « Monde » :
         

          Brexit : l’art du « deal »



Pour sortir de cette impasse sur la question irlandaise, le négociateur en chef pour l’UE, Michel Barnier, a proposé la mise en place d’une clause de sauvegarde, intitulée « backstop », pour empêcher le retour d’une frontière physique entre les deux Irlandes. Mais cette hypothèse est jusqu’ici rejetée par le gouvernement britannique.
Quel est le problème avec la frontière irlandaise ? 
Avec la sortie du Royaume-Uni de l’UE, les 500 kilomètres qui séparent la province britannique d’Irlande du Nord de la République d’Irlande vont redevenir une frontière physique. Londres ayant décidé de sortir du marché unique et de l’union douanière, synonymes de liberté de circulation et de normes et droits de douane communs, des contrôles aux frontières seront nécessaires.

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                Le Brexit ébranle vingt années de paix en Irlande



Or, ce retour à une frontière entre les deux pays fragiliserait les accords de paix du Vendredi saint, qui mirent fin, en 1998, à trente ans de conflit armé entre nationalistes et unionistes en Irlande du Nord. Les habitants et les entreprises des deux côtés souhaitent garder une frontière aussi invisible que possible, au moment où 31 % des exportations nord-irlandaises allaient en Irlande en 2016 et que près de 30 000 personnes passent quotidiennement de l’autre côté.
Qu’est-ce que le « backstop », proposé par l’Union européenne ?
Dans l’accord conclu en décembre 2017, le Royaume-Uni et l’UE promettent de tout faire pour éviter le rétablissement de contrôles le long de la frontière entre les deux pays. Les négociateurs de l’Union européenne souhaitent ainsi mettre en place un statut spécial pour l’Irlande du Nord, avec un alignement réglementaire sur le continent.

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Michel Barnier a donc proposé le « backstop », ou « filet de sécurité », qui est une clause temporaire de sauvegarde pour conserver cette frontière ouverte aux biens et aux personnes. Le temps de se mettre d’accord sur la « relation future » entre l’UE et Londres, dont la date butoir est fixée au 31 décembre 2020, l’Irlande du Nord resterait alignée sur les normes européennes (sanitaires, réglementaires, fiscales, etc.), pour éviter de remettre en place les contrôles des biens avec la République d’Irlande. Et les contrôles des marchandises, rendus nécessaires à la suite du départ du Royaume-Uni de l’UE, seraient effectués entre l’Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni.
Pourquoi le gouvernement britannique rejette-t-il cette proposition ?
La proposition de Michel Barnier a été jugée inacceptable par le gouvernement britannique. Et pour cause, elle reviendrait à unifier l’île d’Irlande en l’amarrant à l’Union européenne. De plus, la première ministre britannique, Theresa May, a besoin des voix des dix députés nord-irlandais du Parti unioniste démocrate (Democratic Unionist Party, DUP) pour conserver sa majorité absolue à la Chambre des communes. Or, ceux-ci excluent la mise en place de contrôles entre l’Irlande du Nord et la Grande-Bretagne.
Londres a alors proposé que le « backstop » s’applique à tout le Royaume-Uni et soit limité dans le temps. Deux éventualités que Bruxelles a rejetées. Face aux réticences du gouvernement britannique, Michel Barnier a d’ailleurs prévenu à la fin d’août : « Sans backstop, il n’y a pas d’accord. »
Mais en début de semaine, avant le sommet de Salzbourg, le négociateur de l’UE a fait savoir qu’il était prêt à « améliorer » ses propositions. « La plupart des contrôles peuvent avoir lieu loin de la frontière, dans les locaux des entreprises », a-t-il notamment proposé.
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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-3"> ¤ Philippe Bernard, correspondant du « Monde » à Londres, a répondu à vos questions après le rejet des propositions de la première ministre britannique sur le Brexit.
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Brexit : « Theresa May s’attendait à des paroles encourageantes. Elle est tombée des nues »

Philippe Bernard, correspondant du « Monde » à Londres, a répondu à vos questions après le rejet des propositions de la première ministre britannique sur le Brexit.



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 16h27
 • Mis à jour le
21.09.2018 à 18h39
    |

            Philippe Bernard (Londres, correspondant)








                        



   


Réunis jeudi lors d’un sommet en Autriche, les vingt-sept chefs d’Etat ou de gouvernement de l’UE ont unanimement rejeté le « plan Chequers », proposé par Londres pour sortir le Royaume-Uni de l’Union européenne. Theresa May espérait, avec ce compromis, ménager un accès au marché unique pour les produits britanniques. Avec ce revers, la première ministre apparaît fragilisée au sein du gouvernement mais aussi du Parti conservateur.

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Manu : Quelles seraient les conséquences d’un « no deal » ?
Philippe Bernard : En cas de « no deal », les relations douanières entre le Royaume-Uni et le continent seront régies par les règles de l’Organisation mondiale du commerce. Autrement dit : retour des droits de douane ; files d’attente à Calais et à Rotterdam ; incertitude sur les liaisons transmanche et les liaisons aériennes ; rupture des chaînes d’approvisionnement des constructeurs automobiles britanniques (entre autres). Un scénario décrit comme catastrophique pour le Royaume-Uni mais aux graves conséquences également pour le continent, à commencer par la région des Hauts-de-France. Les Britanniques mettent en place des plans d’urgence pour assurer le maintien minimal de l’approvisionnement en vivres (largement importées du continent) et en médicaments.
« Je ne comprends pas » : Pourquoi parle-t-on de tournant par rapport au Brexit ?
Philippe Bernard : En refusant le « plan Chequers » de Theresa May, les Vingt-Sept ont percé l’abcès et mis un terme au temps des faux-semblants. Ce « plan » qui consistait à demeurer dans le marché unique pour les marchandises et à le quitter pour pouvoir « diverger » de l’Europe sur les services (le point fort de l’économie britannique) est incompatible avec l’intégrité du marché unique et la souveraineté des Vingt-Sept. Mme May ne l’a pas compris. Hier, elle s’attendait à des paroles encourageantes. Elle est tombée des nues.
MrGeg : Quelle est la probabilité que le gouvernement de Theresa May tombe et que Jeremy Corbyn gagne les élections qui en découleraient ?
Philippe Bernard : Le rejet du « plan Chequers » de Mme May affaiblit énormément sa position au gouvernement mais aussi au sein du Parti conservateur, dont le congrès aura lieu dans dix jours. Il renforce le camp des « hard brexiters », comme Boris Johnson, qui a démissionné du gouvernement précisément pour dénoncer le « plan Chequers », qu’il voit comme une reddition à l’UE. Mais il n’y aura de nouvelles élections que si l’accord final avec l’UE (attendu pour octobre ou novembre) est rejeté par le Parlement de Westminster. Cela est possible car le Labour votera très certainement contre, de même que certains députés conservateurs ultralibéraux. Tout dépend du contenu de l’accord final.

        Notre décryptage sur ce mécanisme :
         

          qu’est ce que le « backstop » ?



Gusgonka : Theresa May a-t-elle encore de la marge pour sortir du Brexit ?
Philippe Bernard : Mme May répète que son pays sortira de l’UE le 29 mars 2019 quoi qu’il arrive et qu’il n’est pas question d’organiser un second référendum. Seule une crise politique — possible — pourrait changer ce cours des choses. Etant donné que 70 % des électeurs conservateurs sont favorables au Brexit, en sortir est pour elle suicidaire.
Louise : Il semble que depuis deux ans, les questions d’ordre intérieur l’emportent sur les enjeux européens. Or c’est avec Bruxelles que les Britanniques doivent d’abord négocier. Comment expliquer cette analyse à courte vue ?
Philippe Bernard : Le cœur de la négociation se passe au sein du parti conservateur et n’est toujours pas soldé. Le conflit sur l’Europe au sein des Tories est ancien (Thatcher en a été victime). David Cameron pensait qu’il allait le solder définitivement en organisant un référendum qu’il gagnerait facilement. On connaît la suite. Cette obsession européenne en politique intérieure se double d’une incapacité très insulaire à écouter, et a fortiori à comprendre le point de vue des continentaux. C’est paradoxal car le marché unique, qui scelle aujourd’hui l’unité des Vingt-Sept, est une invention britannique.
Live : Comment imaginer une frontière « passoire » en Irlande du Nord alors que les Anglais ont quitté l’UE en grande partie à cause de l’immigration ?
Philippe Bernard : Ce que vous appelez frontière « passoire » est une réalité depuis vingt ans, liée aux accords du Vendredi saint de 1998. C’est une composante essentielle du retour de la paix civile. Les postes frontières recréés entre les deux Irlandes seraient immédiatement des cibles d’attentat. La « frontière » qui pose désormais le plus grand problème est celle de la mer d’Irlande, autrement dit celle entre la Grande-Bretagne et l’île d’Irlande. Pour Londres, des contrôles sur cette frontière seraient inacceptables, car l’Irlande du Nord fait partie du Royaume-Uni. Pour les Vingt-Sept, l’Irlande est désormais une porte d’entrée dans le marché unique européen et il n’est pas question de la laisser ouverte. D’où l’idée de contrôles douaniers non pas entre les deux Irlandes mais au départ des ports britanniques.
Beleg : Peut-on imaginer que le DUP d’Irlande du Nord lâche finalement Theresa May même si cela entraîne de nouvelles élections ?
Philippe Bernard : Theresa May a besoin des dix députés du DUP [Democratic Unionist Party, Parti unioniste démocrate], pour conserver sa majorité. Si elle fait des concessions sur les contrôles douaniers entre la Grande-Bretagne et l’Irlande (ce qui semble inévitable si elle veut éviter le crash), alors il est possible que le DUP la lâche et que son gouvernement tombe.

        Notre décryptage sur ce mécanisme :
         

          qu’est ce que le « backstop » ?



En pause : Peut-on imaginer un référendum nord-irlandais et écossais pour sortir du R.-U. en cas de « no deal » ?
Philippe Bernard : Non, pas à ce stade. Ce qui est envisageable — et souhaité par une majorité de Britanniques, selon les sondages —, c’est un référendum au Royaume-Uni sur l’accord final sur le Brexit. Une hypothèse qui résulterait d’un rejet de l’accord final par le Parlement. Un référendum en Ecosse devrait être autorisé par Londres, et les indépendantistes écossais ne le réclament pas, car ils ne seraient pas certains de le gagner. Quant à un référendum sur la réunification de l’Irlande, il est possible en vertu des accords de paix de 1998. Mais les sondages indiquent que les partisans du statu quo l’emporteraient. Une accélération de la crise du Brexit pourrait cependant faire basculer l’opinion. En Irlande du Nord (qui a voté en majorité contre le Brexit), la réunification est le seul moyen de rester dans l’UE.
Lucien : Mettre en cause l’intégrité territoriale de la Grande-Bretagne en exigeant le maintien de l’Irlande du Nord dans le giron réglementaire de l’UE, n’est-ce pas mettre en cause l’intégrité territoriale de la Grande-Bretagne d’un point de vue juridique ?
Philippe Bernard : C’est une véritable question. C’est un peu comme si l’on voulait imposer des contrôles douaniers entre la Corse et le continent. Mais d’une part l’histoire de l’Irlande est très particulière et d’autre part, la préservation des frontières du marché unique européen est un impératif vital pour l’UE. On peut aussi rappeler que l’Irlande du Nord, bien que rattachée à la Grande-Bretagne, a une législation différente de cette dernière dans de nombreux domaines. A commencer par le droit à l’avortement, qui n’y est pas reconnu. Les dernières propositions de la Commission européenne tendent à faire effectuer les contrôles dans les ports de Grande-Bretagne par des agents britanniques. Si un compromis est trouvé, ce devrait être autour de cette idée.

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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-4"> ¤ Le discours antimigrants  de Viktor Orban cache sa volonté de détruire la démocratie hongroise. Si l’UE allait au bout de la logique de ses valeurs, cela signifierait l’exclusion du pays, estime le philosophe.
<filname="PROF-0,2-3210,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Luuk van Middelaar : « La Hongrie est devenue une autocratie électorale »

Le discours antimigrants  de Viktor Orban cache sa volonté de détruire la démocratie hongroise. Si l’UE allait au bout de la logique de ses valeurs, cela signifierait l’exclusion du pays, estime le philosophe.



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 16h09
 • Mis à jour le
21.09.2018 à 16h10
    |

            Philippe Ricard








                        



                                


                            
Luuk van Middelaar est philo­sophe politique et professeur de droit européen à l’université de Leyde, aux Pays-Bas. Ancien conseiller du président du Conseil européen Herman Van Rompuy (2010-2014), il est l’auteur de Quand l’Europe improvise (Gallimard), à paraître le 18 octobre. Il tire les enseignements du vote des eurodéputés, le 12 septembre à Strasbourg, en vue d’activer contre la Hongrie la procédure pouvant aller jusqu’à la suspension de ses droits de vote (article 7).

Que signifie le vote du Parlement ­européen en faveur de la procédure de sanctions prévue à l’article 7, à l’encontre de la Hongrie de Viktor Orban ?
C’est un moment de clarification et de reconfiguration pour la droite au sein du Parti populaire européen (PPE). Le centre droit cherche à se démarquer des extrêmes, qu’ils soient nationalistes ou antidémocrates, dans un contexte où les deux familles politiques au cœur de la construction européenne sont ébranlées comme jamais.
La social-démocratie est touchée par la grande crise financière de 2008. Bien en dessous de 10 % en France ou aux Pays-Bas, les scores des socialistes atteignent des chiffres qui auraient été considérés comme absurdes voici dix ans. L’autre grande famille – le ­centre droit, les chrétiens-démocrates et les conservateurs – est de son côté secouée par la crise migratoire, qui s’est accentuée depuis 2015 et l’arrivée de centaines de milliers de réfugiés, en particulier en Allemagne.
Orban se présente pourtant comme un chrétien-démocrate pour rassurer ses alliés de droite…
Oui, mais on distingue deux lignes a priori irréconciliables dans la famille chrétienne-démocrate. Celle de la chancelière allemande, Angela Merkel, dans le rôle du bon samaritain, ouverte à l’immigration, plaidait pour une forme de solidarité européenne. Celle d’Orban, qui se veut le croisé de l’Occident, est quant à elle antimigrants et très identitaire, avec un discours...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-5"> ¤ La première ministre britannique estime « inacceptable » que les Vingt-Sept aient rejeté son plan dit « de Chequers » sans faire de « contre-proposition ».
<filname="PROF-0,2-3210,1-0,0-5"> ¤                     
                                                

Brexit : pour Theresa May, « nous sommes dans une impasse »

La première ministre britannique estime « inacceptable » que les Vingt-Sept aient rejeté son plan dit « de Chequers » sans faire de « contre-proposition ».



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 16h03
 • Mis à jour le
21.09.2018 à 17h12
   





                        



   


La première ministre britannique a estimé, vendredi 21 septembre, que les négociations du Brexit entre Londres et Bruxelles étaient « dans une impasse », après le rejet par les Européens de la proposition britannique lors du sommet informel de Salzbourg.
« Il est inacceptable de rejeter la proposition d’une des parties sans explication détaillée et sans contre-proposition », a-t-elle déploré dans une déclaration depuis son bureau de Downing Street.
Elle a maintenu que le « plan de Chequers », qui avait été présenté par son gouvernement en juillet et qui prévoit le maintien d’une relation économique étroite avec la création d’une zone de libre-échange pour les biens industriels et les produits agricoles, restait « la meilleure manière de protéger les emplois [au Royaume-Uni] et en Europe ».

        L’analyse :
         

          « Theresa May s’attendait à des paroles encourageantes. Elle est tombée des nues »



L’option du « backstop » exclue
Cette proposition doit aussi, selon le gouvernement britannique, permettre de maintenir les échanges économiques sans créer de « frontière physique » entre la province britannique d’Irlande du Nord et la République d’Irlande. Mais le rejet de ce plan par l’Union européenne revient, de fait, à s’en tenir à la solution dite du « filet de sécurité », convenue en décembre dernier.
Cette alternative, dite de backstop en anglais, consiste à garantir un alignement réglementaire de l’Irlande du Nord sur l’UE faute d’autre accord. Elle a été exclue par Mme May.
« Comme je l’ai dit aux dirigeants européens, aucune des deux parties ne devrait demander l’inacceptable à l’autre, a-t-elle soutenu. Nous ne pouvons accepter quoi que ce soit qui menacerait l’intégrité de notre royaume. » « Nous avons désormais besoin d’entendre de la part de l’UE ce que sont les vrais problèmes et les alternatives qu’ils proposent, a-t-elle conclu. D’ici là, nous ne pourrons faire aucun progrès. »

        Notre décryptage sur ce mécanisme :
         

          qu’est ce que le « backstop » ?






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-6"> ¤ Chronique de la Méditerranée. Pour certains commerçants chinois de la capitale sicilienne, les migrants constituent une main-d’œuvre corvéable.
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Reportage

La Chinafrique truste les petits commerces à Palerme

Chronique de la Méditerranée. Pour certains commerçants chinois de la capitale sicilienne, les migrants constituent une main-d’œuvre corvéable.

Par                Antoine Harari



LE MONDE
              datetime="2018-09-21T15:35:42+02:00"

        Le 21.09.2018 à 15h35






    
Dans les rues de Palerme, en Italie.
Crédits : Francesco Bellina / Cesura


Chronique de la Méditerranée. Le Monde Afrique se propose de raconter le parcours de migrants africains qui ont pris la route de l’Europe et tentent de construire une vie nouvelle, avec ou sans papiers.
Un jeune Nigérian s’enfonce dans une cave de la rue Lincoln, à Palerme. De grosses gouttes de sueur coulent sur ses épaules. Les marchandises empilées sur un diable bleu le dépassent d’une tête. A quelques mètres de lui, Mamadou le montre du doigt : « Tu vois, c’est là que je travaillais il y a quelques mois. Tu ne t’arrêtes jamais, de 8 heures du matin à 8 heures du soir. Et même en hiver, je te promets que tu n’as pas froid ! »
Mamadou travaille toujours pour un patron chinois. Mais, raconte-t-il fièrement, celui-ci lui verse désormais 150 euros par semaine, au lieu des 120 qui constituent la norme. Soucieux d’éviter les contrôles de la Guardia di Finanza, le robuste Gambien, arrivé à Catane à l’été 2016, scrute nerveusement l’artère commerçante qui relie la gare de Palerme au front de mer, où ont fleuri les enseignes chinoises.

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Ces commerçants vendent de tout mais surtout de la marchandise à bas prix. Dans l’un de ces entrepôts, s’amoncellent des jeans et des chemises sous cellophane, dans l’autre, c’est du matériel de jardinage et des meubles en plastique. Plus loin, on aperçoit un magasin d’électroménager. Depuis quelque temps, les ressortissants de l’empire du Milieu ont compris que les jeunes migrants sans papiers représentaient une opportunité économique pour eux.
« Impossible de travailler légalement »
Cette année, selon le gouvernement, près de 10 000 Africains ont débarqué sur les côtes italiennes. Pour le plus grand bonheur de certains commerçants. « Les règles sont toujours les mêmes. Ils ne prennent que des gens au noir. Ils nous promettent de nous aider à obtenir des papiers, mais ce sont des mensonges », fulmine Mamadou. « J’ai aidé mon précédent patron à installer tous les meubles de son magasin. Un ouvrier italien lui avait demandé 1 500 euros. Moi, il m’en a donné 50. »

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Alors que nous remontons sur la rue Lincoln, Aboubacar, jeune Malien fraîchement débarqué de l’enfer libyen, profite de l’absence de son patron non pas pour dénoncer ses conditions de travail mais pour blâmer le gouvernement italien. « Nous n’avons pas de statut, il nous est impossible de travailler légalement. Du coup, les Chinois sont notre seule option. Ils nous engagent pour faire la sécurité et vérifier que personne ne vole de la marchandise. Nous nous occupons aussi de décharger les produits. »
Aboubacar gagne 120 euros par semaine. Il s’est résigné. « J’ai tenté ma chance dans le nord, explique-t-il. Ils m’ont mis dans le camp de la Croix-Rouge à Milan. Impossible de travailler là-bas ! J’ai dû revenir en Sicile. » En effet, la Lombardie est la région qui accueille le plus de migrants : plus de 25 000 sur les 180 000 comptabilisés en 2017 par les autorités. La Sicile a, pour sa part, accueilli sur cette même année près de 15 000 arrivants, pour la plupart en provenance du continent africain. Si Aboubacar espère encore pouvoir atteindre un autre pays, il est limité par ses horaires éreintants : de 7 heures du matin à 8 heures du soir.
Billets de 500 euros
Forte de près de 3 000 âmes à Palerme et 6 000 dans les alentours, la communauté chinoise est fidèle à sa réputation de discrétion. Aucun commerçant n’a accepté de nous parler. Mais un comptable palermitain nous a confirmé, sous le couvert de l’anonymat, que les salaires des employés africains n’apparaissaient nulle part. « Aucun d’eux n’est déclaré. Ils gagnent environ 15 euros par jour. Mais administrativement ils n’existent pas », nous raconte-t-il depuis son bureau.
Une situation de quasi-exploitation qui n’étonne pas Salvatore. Ce commerçant installé rue Lincoln depuis plus de trente ans voit d’un mauvais œil le développement des commerces asiatiques. « Aujourd’hui, il n’y a plus que cinq magasins tenus par des Palermitains sur les soixante de la rue ! Avec les migrants, les Chinois font comme nous quand on les force à récolter des tomates : ils profitent de leur faiblesse », souffle-t-il, désabusé.

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Front dégarni et cigarette au bec, il ajoute depuis l’entrée de son échoppe de tissus : « Le problème, c’est que les Chinois ne déclarent rien. Ce n’est pas un hasard si toutes les coupures de 500 euros à Palerme sont entre leurs mains. Ils achètent ces billets plus cher [que leur valeur faciale] parce que ça prend moins de place à transporter. »
Si la création de la Chinatown palermitaine a donné lieu à toutes sortes de fantasmes, la collaboration entre patrons chinois et employés africains est devenue courante. Mais, de manière générale, ces derniers ne restent pas longtemps. « J’étais l’un des premiers à travailler ici, j’ai même fait engager sept de mes amis gambiens. Mais le jour où je reçois mes papiers, je démissionne immédiatement », confirme Mamadou.


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-7"> ¤ Dans le débat sur un éventuel changement de frontières entre les deux pays s’entrechoquent éthique et pragmatisme.
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Kosovo-Serbie : un échange de territoires fondé sur des critères purement ethniques inquiète

Dans le débat sur un éventuel changement de frontières entre les deux pays s’entrechoquent éthique et pragmatisme.



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 14h49
    |

            Marc Semo et 
Benoît Vitkine








                        



                                


                            
« Il ne faut pas confondre inviolabilité et intangibilité des frontières, explique le géographe Michel Foucher. Les frontières sont inviolables en droit international, c’est-à-dire qu’elles ne peuvent être remises en cause par la force, mais elles ne sont pas intangibles : elles peuvent bouger s’il y a un accord entre les parties. »
Reconnu en 1975 lors de la conférence d’Helsinki entre l’URSS et les Occidentaux, rappelé solennellement en 1990 par la Charte de Paris, ce principe a permis la réunification allemande après la chute du Mur. « Entre 1989 et 1992, furent créées en Europe – Ukraine et Biélorussie comprises – vingt-deux nouvelles frontières, longues de 11 149 kilomètres », a ainsi calculé Michel Foucher. Dans le cas d’un échange territorial entre le Kosovo et la Serbie cependant, il s’agirait pour la première fois de nouvelles frontières tracées sur une base purement ethnique, et non plus sur les délimitations administratives antérieures des républiques constitutives ou des régions autonomes de la défunte Yougoslavie.

Cette nouveauté, dans une région où la question ethnique reste très vive, a incité la plupart des observateurs à la prudence. « Nous connaissons assez bien les Balkans occidentaux pour savoir qu’une telle démarche serait exploitée par des politiciens nationalistes pour continuer à mettre en cause les frontières et déstabiliser d’autres pays de la région », écrivaient fin août, dans une lettre ouverte à la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini, trois anciens hauts représentants internationaux en Bosnie-Herzégovine. Pour Michael Roth, ministre allemand des affaires européennes, cela « ouvrirait la boîte de Pandore des récriminations ethniques. L’avenir des Balkans occidentaux est multiethnique, multireligieux et multiculturel. »
« Derrière cette proposition [d’échange territorial], il y a l’idée sous-jacente que l’on peut résoudre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-8"> ¤ Les religieuses de la Congrégation des missionnaires de Jésus-Christ dénoncent l’inertie de l’Eglise et des autorités face aux accusations de viols d’une congréganiste par un évêque.
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La révolte des nonnes au Kerala


                      Les religieuses de la Congrégation des missionnaires de Jésus-Christ dénoncent l’inertie de l’Eglise et des autorités face aux accusations de viols d’une congréganiste par un évêque.



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 13h53
    |

            Julien Bouissou (New Delhi, correspondance)








   


Samedi 8 septembre, cinq religieuses vêtues de robes marron et coiffées d’un voile se sont installées sur une place de Kochi, dans le Kerala, avec des pancartes sur les genoux et un micro. Jusqu’alors, personne n’avait voulu les entendre. Ni les responsables politiques ni les médias ni les autorités ecclésiastiques indiennes et encore moins le Vatican. Depuis ce jour-là, les cinq religieuses de la Congrégation des missionnaires de Jésus-Christ se relaient pour dénoncer l’inertie de l’Eglise et des autorités indiennes après les accusations de viol d’une congréganiste à l’encontre d’un évêque.
« Nous nous battrons à l’intérieur de l’Eglise et de la congrégation. Nos supérieurs ont coupé tous les liens avec nous dès le moment où nous les avons questionnés. Mais nous continuerons à nous battre. » sœur Anupama
Une religieuse de 44 ans accuse l’évêque Franco Mullackal de treize agressions sexuelles, entre 2014 et 2016. Après avoir alerté sa hiérarchie à plusieurs reprises, en vain, elle a finalement décidé de porter plainte, fin juin. La police a attendu près d’un mois et demi avant d’interroger l’évêque à la tête de la congrégation basée à Jalandhar, dans l’Etat du Pendjab. Un délai inhabituellement long. Le prélat a finalement donné, dimanche 16 septembre, sa démission temporaire au pape François pour se consacrer à sa défense, après avoir rejeté les accusations. La congrégation, de son côté, accuse la religieuse d’avoir « enfreint la discipline » de sa communauté et d’« avoir eu une liaison avec un chauffeur de taxi ». Ce scandale éclate seulement quelques semaines après la publication en août d’une lettre du pape François dans laquelle il exprime « la honte et la repentance » de l’Eglise concernant les abus sexuels commis par des membres du clergé, et la passivité des responsables qui les ont couverts.

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                Violences sexuelles : le pape François condamne, les victimes demandent des actes



« Nous nous battrons à l’intérieur de l’Eglise et de la congrégation, a déclaré la sœur Anupama, l’une des cinq religieuses à l’initiative du sit-in. Nos supérieurs ont coupé tous les liens avec nous dès le moment où nous les avons questionnés. Même les prêtres ont cessé de venir au couvent pour célébrer la messe. Mais nous continuerons à nous battre. » Ce geste de colère est inouï dans un pays où les nonnes n’ont pas l’habitude d’organiser des protestations, encore moins de dénoncer les agressions sexuelles. L’audace des cinq religieuses a pris de court le pays tout entier et, au fil des jours, le mouvement de soutien s’est amplifié. Des poètes, des acteurs de cinéma, des associations de résidents, des syndicats étudiants, de toutes les confessions, les ont rejointes sur le square de Kochi. « C’est le combat d’une religieuse sans argent ni pouvoir ni influence contre la puissante Eglise », explique Shyju Antony, l’un des leaders du mouvement.
Le silence des responsables politiques
Seuls absents : les responsables politiques de tous bords. Sauf un, P.C. George, député régional indépendant, qui a qualifié la religieuse de « prostituée ». « Douze fois, elle y a pris plaisir, et la treizième fois c’est un viol ? Pourquoi n’a-t-elle pas porté plainte la première fois ? », a-t-il déclaré à la presse locale. Dans un Etat où les chrétiens forment près de 19 % de la population, les partis hésitent à critiquer l’Eglise, y compris les communistes au pouvoir dans le Kerala : « Même eux sont sous l’influence de l’Eglise », maugrée Shyju Antony.
Des catholiques se sont pourtant mobilisés. Le père Augustine Vattoli, de l’Eglise catholique syro-malabare, a fondé le mouvement Save Our Sisters (SOS, Sauvez nos sœurs) pour venir en aide à la victime présumée de viols. « Bien sûr que ce scandale entache la réputation de l’Eglise, mais nous espérons qu’il va réveiller les consciences, explique-t-il. Le silence de l’Eglise est insupportable. » Sur le site d’informations India Currents, le prêtre capucin Suresh Mathew a également dénoncé en août les conditions de vie des religieuses. « En Inde, les nonnes de nombreuses congrégations ne sont pas autorisées à utiliser leurs téléphones portables ou à envoyer des e-mails pour être en contact avec leurs proches », écrit-il, ajoutant qu’elles doivent « utiliser des vêtements pendant leurs règles car les serviettes hygiéniques sont interdites. » Par crainte que la révolte des sœurs ne se propage, plusieurs congrégations, dont celle de la mère du Carmel, ont demandé à leurs nonnes de ne surtout pas prendre part au débat, y compris sur Whatsapp ou sur les réseaux sociaux.



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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-9"> ¤ Après avoir défendu les intérêts de la France en tant qu’amiral, l’homme d’éthique combat les discriminations au centre de formation du camp des Milles.
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Jean-Louis Kérignard, le guerrier de la paix


                      Après avoir défendu les intérêts de la France en tant qu’amiral, l’homme d’éthique combat les discriminations au centre de formation du camp des Milles.



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 13h51
    |

                            Gilles Rof








                              

                        
L’écrasante façade en brique de l’ancienne tuilerie, couronnée par ses deux cheminées, se dresse sur un terrain plat comme un monde sans sentiments. Une poussière rouge, la même qui collait aux frusques des prisonniers, il y a soixante-quinze ans, nimbe encore le paysage. Même le brouhaha de la tentaculaire zone commerciale qui s’étale, à deux pas, excroissance disgracieuse d’Aix-en-Provence, semble s’effacer devant la solennité des lieux. Cette puissance du site, de ses fantômes, l’amiral Jean-Louis Kérignard la connaît parfaitement. Traquer les vieux démons pour éviter qu’ils ne réapparaissent est devenu le métier de cet ancien commandant de la force aéromaritime de réaction rapide, au camp des Milles. Il y dirige une cellule de formation pour adultes, dans laquelle il décortique l’implacable mécanisme de l’abjection.
Dans cette usine désaffectée, camp d’internement et de déportation, 10 000 personnes ont été détenues de 1939 à décembre 1942. Parmi elles, 2 000 juifs, dont des enfants d’à peine 1 an, ont été déportés vers les camps d’extermination nazis, en août et septembre 1942. Un aller direct vers la mort sur ordre du régime de Vichy, trois mois avant que la zone Sud ne soit envahie par l’occupant allemand. « Ici, des hommes et des femmes ont vécu, des fonctionnaires ont obéi ou désobéi, explique cet homme de 64 ans. Au camp des Milles, nous touchons à deux éléments essentiels : les discriminations et l’exercice de l’autorité. Et les discriminations sont encore plus insupportables quand elles sont le fait de personnes détentrices d’autorité. »
Un homme de terrain et d’expérience
Le 28 septembre, Jean-Louis Kérignard accueillera les magistrats, les gendarmes et les policiers de la première cellule spéciale de lutte contre la haine et toutes les formes d’antisémitisme voulue par le ministre de l’intérieur Gérard Collomb. Il sera à l’heure, comme toujours. Il n’arbore pas les trois étoiles de sa brillante carrière militaire, mais...




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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-10"> ¤ Corollaire de la bonne santé de l’économie et de la faiblesse des taux d’intérêt, le pays a connu une augmentation inédite des prix de l’immobilier dans ses grandes villes.
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En Allemagne, la bombe sociale du logement cher

Corollaire de la bonne santé de l’économie et de la faiblesse des taux d’intérêt, le pays a connu une augmentation inédite des prix de l’immobilier dans ses grandes villes.



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
21.09.2018 à 17h03
    |

                            Cécile Boutelet (Berlin, correspondance)








                        



                                


                            

Michail Nelken nous a donné rendez-vous au café Rhino, au cœur du quartier de Prenzlauer Berg, à Berlin. En cet après-midi de septembre, il est difficile de résister au charme des lieux : les grands trottoirs accueillent ceux qui ont le temps de prendre un café à l’ombre des arbres. Les élégantes façades du début du XXe siècle, rénovées il y a quelques années, renvoient une douce chaleur. Il y a si peu de circulation qu’on entend les cris des enfants qui jouent au parc, à quelques dizaines de mètres de là. Longtemps, à Prenzlauer Berg, une population très mélangée a profité avec nonchalance de cette exceptionnelle qualité de vie, avec des loyers bien plus faibles que dans d’autres grandes villes allemandes et européennes. Mais cet âge d’or est révolu.
« La procédure est toujours la même », explique M. Nelken, qui vit dans le quartier depuis 1979. « Des investisseurs rachètent les appartements, puis font des rénovations. On refait la façade, change les fenêtres, renforce l’isolation, rénove le système de chauffage. A la fin, le nouveau propriétaire réclame le double du loyer. Ceux qui ne peuvent pas se le permettre doivent quitter les lieux. Et c’est tout un quartier qui perd son âme. 85 % de la population de Prenzlauer Berg a changé depuis la réunification. »
Dans ce quartier, depuis quelques années, on ne voit presque plus de personnes âgées et on n’entend plus le dialecte berlinois. Les rénovations des années 2000 ont attiré des familles plus jeunes, venues d’Allemagne du Sud et de l’Ouest pour travailler dans le secteur artistique, les ministères ou les lobbys. Puis, avec l’émergence de l’économie numérique, le quartier s’est internationalisé. Aux rénovations des immeubles anciens ont succédé les nouvelles constructions, la plupart luxueuses. Depuis quelques années, ce sont de véritables « condominiums » à l’américaine qui sont sortis de terre : des immeubles aux cours fermées, protégés par des portes à codes,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-11"> ¤ Le projet de redélimiter les frontières dans l’ouest des Balkans est présenté comme une solution de stabilité après vingt ans de conflits gelés. Mais dans les zones concernées les habitants craignent le retour du « nettoyage ethnique ».
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<article-nb="2018/09/21/19-12">
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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-12"> ¤ Une étude publiée par la Commission européenne, vendredi, pointe les difficultés des Etats membres à encaisser la totalité des recettes de TVA, en 2016.
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TVA : encore 147 milliards d’euros de manque à gagner pour l’UE

Une étude publiée par la Commission européenne, vendredi, pointe les difficultés des Etats membres à encaisser la totalité des recettes de TVA, en 2016.



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 12h01
    |

            Cécile Ducourtieux (Bruxelles, bureau européen)








                        



   


Selon une étude réalisée par la Commission européenne, et publiée vendredi 21 septembre, l’Union européenne a perdu encore 147 milliards d’euros de recettes de TVA (taxe sur la valeur ajoutée) en 2016. L’occasion pour le commissaire à l’économie et à la fiscalité, Pierre Moscovici, d’envoyer un message d’urgence aux capitales.
« La solution est sur la table des ministres des finances depuis bientôt un an : notre proposition de régime définitif de TVA. Je les appelle à s’en saisir et à avancer. En améliorant la coopération et en développant la confiance entre administrations fiscales, il est possible de rendre rapidement aux trésors publics des recettes dont ils ont besoin. »
Car comme le souligne l’ex-ministre français des finances, « la TVA est la première ressource budgétaire des Etats membres. Ce manque à gagner, ce sont donc des écoles, des hôpitaux et des infrastructures qu’on ne construit pas en Europe ! »
Problèmes de collectes
La perte ou « écart de TVA » correspond à la différence entre les recettes de TVA attendues et le montant effectivement perçu. Un écart dû aux problèmes de collectes rencontrés dans les Etats membres (des déficiences administratives). Mais aussi à la fraude, encore massive – autour de 50 milliards d’euros de manque à gagner pour les fiscs nationaux en 2016 –, notamment celle liée à la collecte de la TVA transfrontalière.

        Lire aussi :
         

                La Commission européenne veut moderniser le système de fixation des taux de TVA en Europe



Selon l’étude, l’écart de TVA a quand même un peu diminué en 2016 par rapport à 2015, de 10,5 milliards d’euros. Il s’est réduit dans 22 Etats membres, notamment en Bulgarie, Lettonie, à Chypre ou aux Pays-Bas. Mais il a augmenté dans six autres : la Roumanie, la Finlande, le Royaume-Uni, l’Irlande, l’Estonie et la France.
La Commission Juncker a proposé une ambitieuse réforme de la TVA, dont une proposition sur la table en octobre 2017, visant à corriger les faiblesses de la TVA transfrontalière, en modernisant un régime prévalant depuis le début des années 1990.
Règle de l’unanimité
L’idée de la Commission est d’exiger que la TVA soit prélevée systématiquement lors des transactions transfrontalières, selon un système de guichet unique : un portail en ligne où les entreprises qui achètent ou vendent les produits depuis ou vers un autre pays de l’Union effectueraient leurs déclarations. En vertu d’un principe de « destination », le montant de la TVA serait versé au pays du consommateur final, selon le taux qu’il applique. Chaque Etat reverserait ensuite la TVA due aux autres Etats membres.
L’examen de ce projet a certes commencé au Conseil (les Etats membres), mais n’a toujours pas abouti. Or la Commission Juncker touche à sa fin : alors que les élections européennes de mai 2019 se profilent, il ne reste guère plus que six mois utiles pour faire adopter des textes européens.
Un accord a été obtenu au conseil fin juin pour améliorer la coopération et l’échange d’informations entre administrations des Etats membres, mais les capitales buttent encore sur la TVA transfrontalière. Elle pâtit comme toutes les réformes portant sur la fiscalité, de la règle de l’unanimité, très compliquée à atteindre dans l’Union – encore – à vingt-huit.
A cet égard, M. Moscovici a assuré vendredi « réfléchir » à une proposition pour passer à la majorité qualifiée au Conseil, qui « permettrait d’avancer plus vite et d’éviter que l’inertie ou la volonté de quelques-uns n’entrave celle du plus grand nombre ». Un slogan de campagne pour les Européennes ? Jusqu’à présent en tout cas, les capitales ont très jalousement campé sur cette règle de l’unanimité, estimant que la fiscalité est une des clés de leur souveraineté.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-13"> ¤ L’ancien premier ministre va annoncer sa décision mardi 25 septembre. Il a déjà préparé son équipe de campagne.
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Manuel Valls quasi-candidat à la mairie de Barcelone

L’ancien premier ministre va annoncer sa décision mardi 25 septembre. Il a déjà préparé son équipe de campagne.



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 12h00
    |

            Sandrine Morel (Madrid, correspondance)








                        


La candidature de Manuel Valls à la mairie de Barcelone ne fait plus guère de doutes. A 9 h 30, l’ancien premier ministre français a publié une photo de ses pieds foulant le sol de la ville, avec pour seule légende, un mot : « Barcelone... ». Une manière de donner officiellement le coup d’envoi de sa candidature après des semaines de visites régulières et prolongées dans la cité catalane, de réunions dans les milieux d’affaires et intellectuels à la recherche de soutien et de financement, et d’analyses de la situation politique catalane comme des problèmes de la ville. Le député de l’Essonne, né à Barcelone, devrait confirmer sa décision mardi.

Barcelona... pic.twitter.com/6IAsPznecP— Manuel Valls (@manuelvalls) 21 septembre 2018


« L’ancien premier ministre de la République française, Manuel Valls, annoncera le 25 septembre quelle sera sa position en ce qui concerne les élections municipales de Barcelone du 26 mai 2019 », détaille en effet le communiqué envoyé par sa fraîche équipe de communication barcelonaise.
L’ancien élu socialiste, aujourd’hui apparenté La République en marche, de plus en plus absent des bancs de l’Assemblée nationale, dévoilera sa position lors d’un grand « événement civique qui se tiendra à 19 heures, mardi 25 septembre au Centre de culture contemporaine de Barcelone (CCCB) ». Il sera entouré des personnes « qui ont accompagné M. Valls durant le processus de réflexion qu’il a maintenu depuis le mois de juin dernier et ont partagé avec lui des idées sur l’avenir de Barcelone ».
Large plate-forme
Aucun nom n’a fuité de la liste des invités, mais la salle devrait compter des représentants de différents partis ainsi que des personnalités indépendantes du monde de la culture et des affaires. Manuel Valls entend en effet se présenter aux municipales à la tête d’une large plate-forme, qui dépasse les sigles partisans. Assuré des voix des électeurs de Ciudadanos, il devrait partir à la chasse à ceux du Parti socialiste catalan (PSC), bien que ce dernier ne le soutienne pas.
Pour préparer sa campagne – et dans l’attente qu’il ne confirme sa candidature –, M. Valls s’est entouré du consultant politique Xavier Roig, ancien chef de cabinet de Pascual Maragall. Maire socialiste de Barcelone de 1982 à 1997, M. Maragall reste associé dans l’esprit des Barcelonais aux grandes réussites de la ville : sa projection internationale, son développement urbain, et l’organisation des Jeux olympiques de 1992. Alors que beaucoup de politiques lui ont reproché sa méconnaissance de Barcelone, Manuel Valls compte aussi sur les conseils de Guillermo Basso, ancien technicien supérieur au cabinet du maire de Barcelone.
Dernier grand bastion qui échappe aux indépendantistes, la ville est gouvernée par l’ancienne activiste du droit au logement Ada Colau, proche du parti de la gauche radicale Podemos. Mais sa cote de popularité est en baisse. Au tourisme de masse et à la hausse brutale des loyers s’ajoutent le problème de la hausse de l’insécurité et des polémiques récurrentes sur la tolérance municipale envers les vendeurs à la sauvette ou l’existence de nombreux « narco-appartements ». Des sujets de campagne tout trouvés pour l’ancien ministre français de l’intérieur…



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-14"> ¤ Editorial. Face au gouvernement britannique, les Vingt-Sept font preuve d’une remarquable unité à vouloir préserver l’acquis commun et le projet politique que représente l’Europe.
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Brexit : l’art du « deal »

Editorial. Face au gouvernement britannique, les Vingt-Sept font preuve d’une remarquable unité à vouloir préserver l’acquis commun et le projet politique que représente l’Europe.



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 11h10
 • Mis à jour le
21.09.2018 à 15h07
   





                        


Editorial du « Monde ». Unité, fermeté et pression maximale. C’est la stratégie que s’étaient fixée les dirigeants européens face au gouvernement britannique, en abordant la dernière longueur des négociations qui doivent en principe aboutir à la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne dans six mois. A Salzbourg, où ils se sont réunis les 19 et 20 septembre, d’abord à vingt-huit, en présence de Theresa May, la première ministre britannique, puis sans elle, à vingt-sept, ils s’y sont tenus, faisant corps derrière le négociateur européen, Michel Barnier.

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                Brexit : pour les Européens, « l’heure de vérité » a sonné



Même si Malte et quelques pays comme la Pologne se montrent plus sensibles aux positions britanniques, les Etats membres de l’UE continuent de faire preuve sur ce dossier d’une remarquable unité, eux si prompts à se déchirer sur tant d’autres questions. S’ils y parviennent, c’est parce qu’ils ont conscience de ce qui est en jeu dans le défi du Brexit : préserver l’acquis commun et le projet politique que représente l’Europe. Lorsque Donald Tusk, le président du Conseil européen, et Emmanuel Macron, le président français, évoquent « l’heure de vérité » à laquelle Londres et ses partenaires sont maintenant arrivés dans la négociation, ce n’est pas seulement de l’horloge qu’ils parlent ; c’est de la sauvegarde d’un authentique projet européen.
Theresa May furieuse
Theresa May l’aura-t-elle enfin compris jeudi, dans l’avion qui la ramenait à Londres ? Elle retrouve un pays en proie à de profondes divisions sur les modalités du Brexit, exacerbées par les enjeux de politique intérieure. Visiblement furieuse de ne pas avoir été traitée avec plus de souplesse à Salzbourg, Mme May doit faire face, dans une semaine, au congrès annuel de son parti, le Parti conservateur, où les « durs » ne lui feront pas de cadeaux. Elle n’aura donc pas été étonnée de lire dans la presse britannique vendredi les commentaires cinglants sur « l’humiliation » qu’elle a subie à Salzbourg et « l’embuscade » des Vingt-Sept dans laquelle elle est tombée.
Au-delà des infinies complexités techniques, économiques et juridiques que doit résoudre la négociation menée par M. Barnier au nom de la Commission européenne, c’est bien au niveau politique que se trouve la solution. Theresa May ne peut, au fond, demander aux Européens de régler un différend qui est d’abord intrabritannique : celui de la profonde crise ouverte dans son pays par le référendum du 23 juin 2016.
Réalité du rapport de force
Depuis la campagne pour ce référendum, à l’exception de quelques oiseaux de mauvais augure, une grande partie des Britanniques et leurs élus se sont bercés d’illusions sur la faisabilité et le coût du Brexit. Deux ans plus tard, ils ne semblent toujours pas prêts à affronter la réalité du rapport de force avec l’UE, ni les conséquences concrètes du divorce d’avec l’Union pour leur pays, leur économie et leur vie quotidienne.
Il reste encore quelques précieuses semaines pour avancer, en particulier sur le principal point de blocage, celui de la frontière irlandaise, qui met en jeu à la fois l’intégrité du Royaume-Uni et celle du marché unique européen. La balle est dans le camp de Londres. Pour autant, les Vingt-Sept devront, à un moment donné, savoir faire preuve aussi d’ouverture. S’ils sont légitimes à vouloir préserver ce qui constitue les fondements de l’Union, ils ne doivent pas oublier que la Grande-Bretagne restera un pays européen, notre voisin le plus proche à l’ouest, et un partenaire indispensable en matière de sécurité et de défense. Tout doit être mis en œuvre pour trouver ensemble l’art du « deal » à l’européenne : un accord qui protège l’Europe sans humilier les Britanniques.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-15"> ¤ Si Trump veut faire de « la bonne santé » de l’économie l’un des principaux arguments de campagne des républicains, les électeurs, eux, s’inquiètent de la façon dont le pays est gouverné, des problèmes raciaux ou des questions de santé.
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Midterms, J – 46 : l’économie n’est plus la préoccupation principale des Américains

Si Trump veut faire de « la bonne santé » de l’économie l’un des principaux arguments de campagne des républicains, les électeurs, eux, s’inquiètent de la façon dont le pays est gouverné, des problèmes raciaux ou des questions de santé.



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 10h57
 • Mis à jour le
21.09.2018 à 11h18
    |

            Gilles Paris (Washington, correspondant)








                        



                                


                            

La Maison Blanche et les républicains veulent faire des élections de mi-mandat du 6 novembre une sorte de plébiscite pour Donald Trump, tandis que les démocrates espèrent obtenir la majorité à la Chambre des représentants. A partir du 3 septembre, le correspondant du « Monde » à Washington, Gilles Paris, recense quotidiennement les principaux éléments de la campagne.
Le fait du jour
Donald Trump a salué, jeudi 20 septembre, les nouveaux records enregistrés à la Bourse de New York. Ils attestent selon lui de « la bonne santé » de l’économie américaine, dont il veut faire l’un des principaux arguments de campagne du Grand Old Party d’ici les élections de mi-mandat, le 6 novembre. Cet optimisme est alimenté par le baromètre du site RealClearPolitics sur l’état général des Etats-Unis.
Depuis octobre 2017, l’écart ne cesse de se réduire entre les personnes interrogées, majoritaires, qui considèrent que le pays va dans « la mauvaise direction » et ceux qui pensent le contraire. Une évolution qui tient principalement à celle des indépendants, mais qui reste sans effets jusqu’à présent sur l’image, médiocre, du président des Etats-Unis comme sur les chances de son parti de conserver le contrôle de la Chambre des représentants, actuellement très menacé.
Cette situation remet en question un mantra des campagnes électorales américaines résumé en 1992 par l’ancien stratège du démocrate Bill Clinton, James Carville : « It’s the economy, stupid. » La centralité des préoccupations liées à l’emploi et au pouvoir d’achat est d’ailleurs contestée par les résultats d’un sondage de l’institut Gallup, publié le 17 septembre.
En effet, seuls 12 % d’Américains, selon cette étude, citent actuellement la situation de l’économie comme le problème le plus important auquel sont confrontés les Etats-Unis. Un chiffre en baisse de 5 points par rapport au mois précédent (17 %) et qui efface...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-16"> ¤ Le texte permettra aux communautés locales de faire valoir leurs droits sur les terrains non privés, dont la propriété était jusqu’ici attribuée à l’Etat.
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Compte rendu

Au Liberia, George Weah promulgue une loi « historique » sur la terre

Le texte permettra aux communautés locales de faire valoir leurs droits sur les terrains non privés, dont la propriété était jusqu’ici attribuée à l’Etat.


LE MONDE
              datetime="2018-09-21T10:52:03+02:00"

        Le 21.09.2018 à 10h52






    
Sur une exploitation concédée au groupe malaisien Sime Darby, dans le nord-ouest du Liberia.
Crédits : ANNE CHAON / AFP


Le groupe de travail de la société civile sur la réforme du droit de la terre au Liberia a salué un moment « historique » après la promulgation, mercredi 19 septembre, par le président George Weah d’une loi sur la propriété des terres. La réforme était attendue depuis des années dans ce petit pays anglophone d’Afrique de l’Ouest.
La législation antérieure, qui attribuait à l’Etat la propriété des terres ne faisant pas l’objet d’un titre privé – soit la majeure partie du pays –, a favorisé l’octroi de concessions à des sociétés privées, parfois pour plusieurs décennies, sans réelle consultation de la population.

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                L’ex-footballeur de légende George Weah investi président du Liberia



Selon le nouveau texte, qui a connu un parcours parlementaire tortueux au cours des cinq dernières années, les communautés locales pourront dorénavant faire valoir leurs droits en avançant pour preuves des témoignages oraux, des cartes ou encore des contrats signés entre collectivités voisines. Un cadastre national de ces terres « communautaires » sera établi au cours des deux prochaines années, selon le texte signé par George Weah, ancienne légende du football, au pouvoir au Liberia depuis janvier.
« Nos parents pourront réclamer ce qui leur revient »
Seuls 10 % des terres d’une communauté pourront être considérés comme appartenant au domaine public et donc faire l’objet d’une concession à des sociétés privées. Le nouveau texte donne également un pouvoir accru aux populations locales pour définir les règles d’utilisation du sol à des fins agricoles ou de conservation de la nature.
La loi autorise par ailleurs pour la première fois des ressortissants étrangers, ainsi que des organisations caritatives ou des ONG, à acquérir des parcelles, à condition que celles-ci soient utilisées dans le but déclaré lors de l’achat. Dans le cas contraire, elles reviendront à l’ancien propriétaire.

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                George Weah : « Nos voisins exportent et nous aussi nous pouvons le faire »



« Les questions de la terre et de l’emploi ne peuvent être séparées. Si vous avez la terre mais pas de force de travail, vous avez un problème », a déclaré le président lors de la cérémonie de signature du texte, à Monrovia.
« Avec ce texte, nos parents pourront réclamer ce qui leur revient », s’est réjoui un responsable d’une communauté du sud-est du pays, Terrence Gibson, interrogé par l’AFP.

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La question de la propriété de la terre, historiquement accaparée par l’élite « américano-libérienne » descendant d’esclaves affranchis qui domine le Liberia depuis la création de l’Etat en 1847, hante depuis des décennies ce pays pauvre. Les conflits sur ce sujet et sur l’accès aux ressources naturelles ont largement nourri la guerre civile qui a fait quelque 250 000 morts entre 1989 et 2003, et qui avait été déclenchée par la rébellion contre Samuel Doe, le premier président issu de la population locale, privée de droit de vote jusqu’en 1951.


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-17"> ¤ Florence Parly, la ministre française de la défense, s’inquiète de l’impact budgétaire du Brexit sur les accords de coopération.
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Le Brexit pèse sur la coopération de défense franco-britannique

Florence Parly, la ministre française de la défense, s’inquiète de l’impact budgétaire du Brexit sur les accords de coopération.



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 10h36
 • Mis à jour le
21.09.2018 à 10h46
    |

            Philippe Bernard (Londres, correspondant)








                        



                                


                            

Pas facile de s’afficher comme les meilleurs amis du monde quand on est sur le point de divorcer. Les ministres français et britannique de la défense ont fait assaut d’amabilités mutuelles, jeudi 20 septembre, à Londres, lors d’une conférence du Conseil franco-britannique de défense, une instance dévolue au dialogue. Mais l’ombre du Brexit planait sur la réunion dont l’objet était de relancer une coopération stratégique scellée en 2010 pour cinquante ans par le traité de Lancaster House et décisive pour les deux pays à l’heure des coupes budgétaires.
« Notre partenariat est aussi crucial que jamais, indépendamment du Brexit », a assuré Florence Parly, la ministre française. Mais c’était pour estimer ensuite que le Brexit pourrait être, dans l’univers de Harry Potter, « l’étrange nom d’un gros animal assis au milieu de la Manche qui éclabousse les deux pays de façon déplaisante avec ses multiples queues ». Cette audacieuse image a-t-elle été droit au cœur des Britanniques ?
Homologue de Mme Parly, Gavin Williamson, converti récemment au Brexit après l’avoir combattu, s’est voulu rassurant pour l’avenir de la coopération : « Le Royaume-Uni sera toujours votre plus proche allié », a-t-il lancé en magnifiant les « valeurs partagées », en citant les théâtres d’opération communs (Mali, Syrie, Estonie) et la prochaine mise à disposition de la Force expéditionnaire franco-britannique capable de déployer 10 000 militaires. Accord bilatéral, le traité de coopération militaire de 2010 n’est pas impacté juridiquement par le Brexit.
« Bons amis mais rivaux »
Seules puissances nucléaires du continent, consacrant autour de 2 % de leur PIB à la défense, le Royaume-Uni et la France sont en réalité condamnés à coopérer. « La coopération est la seule façon de conserver à nos deux pays leur niveau d’excellence », a insisté Antoine Bouvier, PDG de MBDA, le fabricant franco-britannique...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-18"> ¤ Chaque vendredi, « Le Monde » propose une revue de presse sur les élections de mi-mandat. La participation constitue un enjeu majeur, notamment côté démocrate.
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Dons, sensibilisation… les démocrates redoublent d’efforts pour mobiliser les électeurs américains

Chaque vendredi, « Le Monde » propose une revue de presse sur les élections de mi-mandat. La participation constitue un enjeu majeur, notamment côté démocrate.



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 10h36
    |

            Stéphanie Le Bars (Washington, correspondance)








                        



   


Les démocrates sont bien placés pour le savoir : s’ils veulent faire basculer les majorités lors des élections de mi-mandat, le 6 novembre, la mobilisation de leur électorat est cruciale. La défaite d’Hillary Clinton, en 2016, s’est jouée à quelques milliers de voix près dans une poignée d’Etats remportés par les républicains. Aussi les initiatives se multiplient pour mener aux urnes le maximum d’électeurs potentiellement favorables aux candidats démocrates : les jeunes, les minorités, les femmes.
Comme le relate Business Insider, le mouvement libéral NextGen America s’est installé sur les campus de régions les plus disputées lors de cette rentrée universitaire pour inciter les jeunes à s’inscrire sur les listes et à voter. Le milliardaire à l’origine de cette initiative, Tom Steyer, y consacre 30 millions de dollars (25,5 millions d’euros). Convaincu que les Noirs constituent un autre vivier potentiel mais peu enclin à se déplacer le jour du vote, notamment pour les élections de mi-mandat, il va également dépenser 1 million de dollars pour cibler cet électorat en collaboration avec des associations afro-américaines, rapporte Axios. La population des 18-21 ans a gagné 15 millions d’électeurs potentiels depuis les élections de mi-mandat de 2014. Mais il y a quatre ans, seuls 17 % de cette tranche d’âge s’étaient déplacés, un taux de participation historiquement bas.
Un tee-shirt arborant un code QR [dirigeant] vers une page d’inscription sur les listes
Le magazine Dezeen rappelle de son côté que les élèves à l’origine de la Marche pour nos vies, lancée après la tuerie du lycée de Floride qui a fait dix-sept morts en février, ont élargi leur combat contre le contrôle des armes. Durant l’été, ils ont sillonné les Etats-Unis appelant à la mobilisation pour « changer les choses » par le bulletin de vote. Dernièrement, ils ont mis en vente un tee-shirt arborant un code QR, qu’il suffit de scanner pour être dirigé vers une page d’inscription sur les listes électorales.
L’appel des artistes à voter
Même la cérémonie de remise des Emmy Awards, le 17 septembre a été l’occasion d’un appel à aller voter de la part de plusieurs artistes, raconte The Hollywood Reporter.
S’il est difficile de prédire l’efficacité de ces initiatives sur la mobilisation électorale, des chiffres donnent une idée de l’intérêt des Américains pour les élections de novembre. Ainsi que l’indique le site d’informations politiques The Hill, plus de 40 millions de personnes ont voté pour les primaires cette année, un chiffre en hausse significative, notamment pour les démocrates, par rapport à 2014.
Cette année-là, 13,8 millions de démocrates s’étaient déplacés pour départager leurs candidats à l’élection, contre 22,7 millions cette année. Côté républicain, la hausse est aussi réelle mais moins spectaculaire : 19,3 millions cette année contre 15,5 il y a quatre ans. Chez les démocrates, la mobilisation est particulièrement élevée dans les Etats où les postes seront les plus disputés le 6 novembre. « Or en général, les gens qui se déplacent pour les primaires le font aussi en novembre pour l’élection », commente le politologue Thad Kousser pour The Hill. 
L’accent sur les citoyens privés de vote, comme les détenus
Dans ce contexte, la radio publique NPR met, elle, l’accent sur les citoyens privés de vote. C’est le cas pour les détenus dans la plupart des Etats, et dans trois d’entre eux (Floride, Kentucky et Iowa), pour les personnes ayant purgé leur peine et ayant été libérées ; cette pratique pénalise davantage les Afro-Américains, surreprésentés dans le système carcéral aux Etats-Unis, et dont le vote est majoritairement démocrate. Au total, 6 millions de personnes seraient ainsi privées de vote. Dans d’autres Etats, des citoyens sont aussi radiés des listes électorales pour n’avoir pas voté lors de précédentes élections et avoir omis de répondre au courrier officiel. Enfin, alors que 11 % de la population américaine ne possèdent ni permis de conduire ni passeport, selon le Brennan Center for Justice, plusieurs Etats demandent depuis 2016 aux électeurs une pièce d’identité avec photo le jour du vote. Là encore, les minorités, votant plutôt démocrate, les personnes âgées et les pauvres sont davantage pénalisés.

        Lire (en édition abonnés) :
         

          Midterms, J – 50 : les républicains s’inquiètent d’un manque de mobilisation de leur électorat






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-19"> ¤ Malte a refusé d’accueillir le navire humanitaire et Matteo Salvini, le ministre de l’intérieur italien, a répété que ses ports étaient fermés.
<filname="PROF-0,2-3210,1-0,0-19"> ¤                     
                                                

L’« Aquarius » en quête d’un port sûr pour débarquer onze personnes secourues en mer

Malte a refusé d’accueillir le navire humanitaire et Matteo Salvini, le ministre de l’intérieur italien, a répété que ses ports étaient fermés.



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 10h28
 • Mis à jour le
21.09.2018 à 16h23
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            Julia Pascual (Envoyée spéciale sur l'"Aquarius")








                        



   


Ils lui ont montré les étoiles et, au large, la lumière des torchères des plates-formes pétrolières. Ils lui ont dit de les suivre, pour se guider. « Si je ratais, je mourrai. Sinon, j’irai en Italie. » Youssouf a pris la barre du moteur. L’Ivoirien de 20 ans n’avait jamais navigué, il ne sait même pas nager.
Dix Pakistanais, neuf hommes et un adolescent de 14 ans, se sont installés avec lui dans la petite barque de fibre de verre. Il les avait rencontrés l’avant-veille dans une maison de Zouara, ville côtière à l’ouest de la Libye. Ils ont tous pris la mer, vers 23 heures, mercredi 19 septembre. « J’ai pris mon courage en main pour sauver ma vie. Et Dieu nous a aidés aussi », dit Youssouf.
Peu après le lever du jour, jeudi, un sauveteur de l’Aquarius, le navire des ONG SOS Méditerranée et de Médecins sans frontières (MSF), les a repérés à la jumelle. Il a d’abord cru à un mouton de vague, à 28 milles au large de la Libye et plus de 120 milles du rivage européen le plus proche, l’île italienne de Lampedusa.

   


Cette année, 1 728 personnes sont mortes en tentant de traverser la mer Méditerranée, d’après l’Organisation internationale pour les migrations
« J’ai vu des gens en train d’écoper de l’eau, raconte Nick Romaniuk, responsable des opérations de recherches et de secours de SOS Méditerranée. Ils avaient des gilets de sauvetage mais ce sont des modèles de mauvaise confection, qui se remplissent d’eau donc c’est dangereux. Ils n’ont pas de radio, pas de balise de détresse et il y a de la houle. S’il se passe quelque chose, ils meurent, c’est tout. » Les équipes de l’Aquarius ont procédé au sauvetage des onze personnes.
Cette année, 1 728 personnes sont mortes en tentant de traverser la mer Méditerranée, d’après l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). La route de la Méditerranée centrale, qui relie la Libye à l’Italie, est la plus dangereuse. Près de 15 000 personnes y ont péri depuis 2014. Même si le nombre de départs n’a jamais été aussi bas depuis quatre ans, le taux de mortalité est en forte hausse en 2018, conséquence directe du retrait des ONG de la zone.
Depuis que l’Italie a refusé, en juin, d’accueillir l’Aquarius et les 630 migrants à son bord – le contraignant à se rendre à Valence en Espagne –, les ports italiens et maltais sont fermés aux navires humanitaires. Tout l’été, plusieurs sauvetages ont donc généré une mini-crise diplomatique avant que des solutions de débarquement soient trouvées, au cas par cas. Plusieurs bateaux d’ONG sont en outre bloqués à Malte.

   


L’Aquarius est donc aujourd’hui le seul à patrouiller en Méditerranée centrale. Mais il a dû renoncer à son traditionnel port d’attache sicilien et a perdu son pavillon gibraltais. Il navigue désormais sous drapeau panaméen et doit aller jusqu’à Marseille pour ses escales techniques. « Avant, nous savions que nous pouvions débarquer des personnes secourues au bout de deux ou trois jours mais, maintenant, on se prépare à des attentes longues en mer », ajoute Edouard Courcelle, chargé pour MSF de la logistique à bord.
« Graves maltraitances »
L’Aquarius doit aussi composer avec la montée en puissance des gardes-côtes libyens. D’ordinaire, les opérations de secours aux embarcations en détresse étaient coordonnées par les autorités maritimes italiennes. « Depuis fin juin, l’Organisation maritime internationale a reconnu officiellement la compétence de la Libye en matière de coordination des opérations de recherche et de sauvetage [dans les eaux internationales] au large du pays », souligne Laura Garel, de SOS Méditerranée.
Jeudi, l’Aquarius a donc pris attache avec les autorités maritimes libyennes, qui ont voulu transférer les onze personnes à bord d’une vedette de gardes-côtes. Le navire humanitaire a refusé, estimant que le pays n’offre pas un lieu sûr de débarquement, selon les conventions maritimes internationales. Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a lui aussi rappelé début septembre que la Libye n’est pas une option en raison des « graves maltraitances » qu’y risquent les migrants. L’Aquarius s’est donc tourné vers les autorités maltaises et italiennes.

   


Les premières ont répondu qu’elles n’étaient pas « l’autorité compétente ni appropriée » tandis que les secondes ont dit qu’elles n’offriraient pas de port sûr parce qu’elles n’avaient pas coordonné le sauvetage. Le ministre de l’intérieur d’extrême droite, Matteo Salvini, avait déjà expliqué sur Twitter que l’Aquarius « a refusé de collaborer avec les gardes-côtes libyens » et que « maintenant il erre en Méditerranée. Je le dis et je le répète : qu’il aille où il veut mais pas en Italie, les ports sont fermés ». L’équipage compte désormais demander à la France, l’Espagne et la Grèce un port de débarquement.
A minuit, alors qu’il continuait de patrouiller au large de la Libye, dans l’attente, le grain s’est formé au-dessus du navire. Des éclairs ont déchiré le ciel et des vagues de deux mètres se sont formées. « Aucune barque ne survit dans cette tempête », commentait un sauveteur sur le pont, tandis que dix Pakistanais et un Ivoirien courraient s’abriter à l’intérieur du bateau. Vendredi matin, l’Aquarius a demandé à la France, l’Espagne et la Grèce un lieu de débarquement.
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            data-slide-description="L’embarcation repérée par l’« Aquarius«  le 20 septembre. Nick Romaniuk, responsable des opérations de recherches et de secours pour SOS Méditerranée, raconte : « Nous avons vu qu’ils étaient en train d’écoper le bateau. Ils avaient des gilets de sauvetage, mais ce sont des modèles de mauvaise confection, qui se remplissent d’eau, donc c’est dangereux. »"
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            data-slide-description="Jérémie Demange est le sauveteur de SOS Mediterranée qui a ciblé la petite barque en détresse le 20 septembre vers 7h « Au début, tu vois une tâche blanche qui bouge sur la vague et, très vite, tu vois que ça ressemble à une embarcation »."
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            data-slide-description="Les chaussures trempées des onze rescapès sèchent sur le pont principal de l'Aquarius, le 20 septembre."
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            data-slide-description="Un membre de Médecins sans frontières leur donne quelques explications sommaires, tandis qu’ils essayent de rallumer leur téléphone emballé dans plusieurs couches de plastique. Un sac est distribué à chacun d’entre eux, avec du linge propre, de l’eau, une serviette…"
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            data-slide-description="Sur le pont, le reste de l’équipage se tient prêt à accueillir les personnes secourues. La manœuvre est bien huilée. Un à un, les hommes sont montés à bord et installés sur le pont arrière du bateau."
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            data-slide-description="A bord de l’« Aquarius », après le sauvetage des onze personnes, dont un mineur, qui se trouvaient à bord de la petite embarcation."
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            data-slide-description=""Mon futur est entre vos mains" avoue Ch. Amraiz. Après avoir passé huit heures sur la mer pour parcourir 28 milles nautiques, cet homme de 38 ans d'origine pakistanaise s'est fait secourir par l'équipage de l'Aquarius. Le 20 septembre."
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            data-slide-description="Rocco Aiello, sauveteur pour SOS Méditerranée, après l’opération."
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            data-slide-description="Le sauvetage a eu lieu à envrion 28 milles nautiques, face à la ville libyenne d’Abou Kammach."
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            data-slide-description="La barque dont ils ont été évacués flotte à présent à vide. L’équipe de SOS Méditerranée démonte le moteur et disperse ses pièces à l’eau. La coque est marquée à la peinture noire : « SAR AQU 20/09/2018 », afin que chacun sache que les personnes à bord ont été secourues par l’« Aquarius », à plus de 120 milles marins (environ 222 km) du rivage européen le plus proche, l’île italienne de Lampedusa."
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L’embarcation repérée par l’« Aquarius«  le 20 septembre. Nick Romaniuk, responsable des opérations de recherches et de secours pour SOS Méditerranée, raconte : « Nous avons vu qu’ils étaient en train d’écoper le bateau. Ils avaient des gilets de sauvetage, mais ce sont des modèles de mauvaise confection, qui se remplissent d’eau, donc c’est dangereux. »

Samuel Gratacap pour Le Monde
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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-20"> ¤ Le 17 septembre, le bras de fer entre Normands et Britanniques autour de la coquille saint-jacques prenait fin après des semaines de frictions. Thon, turbot ou langouste, d’autres crises ont marqué l’histoire de la pêche.
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Quand les pêcheurs s’accrochent


                      Le 17 septembre, le bras de fer entre Normands et Britanniques autour de la coquille saint-jacques prenait fin après des semaines de frictions. Thon, turbot ou langouste, d’autres crises ont marqué l’histoire de la pêche.



LE MONDE
 |    21.09.2018 à 10h25
 • Mis à jour le
21.09.2018 à 14h14
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                            Juliette Branciard







La bataille navale entre les marins pêcheurs anglais et normands n’est pas sans rappeler d’autres différends halieutiques.
Septembre 2018 : conflit sur la saint-jacques en Baie de Seine

   


Navires encerclés et percutés, insultes et jets de pierres… La tension était palpable fin août en baie de Seine entre Français et Anglais. Les seconds étaient accusés de vider toute l’année ce gisement de coquilles Saint-Jacques, quand les premiers ne sont autorisés à les pêcher que d’octobre à mai. Le 17 septembre, les chalutiers britanniques se sont résignés à ne revenir qu’à partir du 1er novembre.

        Lire aussi :
         

                Coquilles Saint-Jacques : accord entre les pêcheurs français et britanniques



2015 : crise de l’anchois au Pays Basque

   


Dans ce conflit qui a débuté en 1984, les pêcheurs espagnols ont été jusqu’à prendre en otage leurs homologues français pris en flagrant délit de pêche illégale d’anchois au large de Fontarrabie. Au sud des Pyrénées, ils étaient autorisés à pêcher jusqu’à 27 000 tonnes par an contre 2 700 tonnes au nord. En 2015, l’Espagne finit par céder 10 % de ses quotas aux Français pour apaiser les tensions.
 1994 : guerre du turbot au large de Terre-Neuve

   


Trop, c’est trop. Alors que le Canada tente de limiter la surpêche du turbot dans les Grands Bancs de Terre-Neuve, une crise diplomatique éclate en 1994 lorsqu’un énième navire européen, surpris dans la zone avec des filets illégaux, est saisi par les autorités canadiennes. Accusé de « piraterie » par l’Union européenne, le Canada obtient finalement une législation plus stricte aux larges de ses côtes.
 1990 : embargo sur le thon mexicain dans le Pacifique

   


Quatre ans avant que l’accord de libre-échange Aléna voie le jour, les États-Unis bloquent soudainement les importations de thon pêché par le Mexique. En cause, des techniques qui déciment les dauphins dans la zone tropicale de l’Océan pacifique. Réelle préoccupation environnementale ou protectionnisme caché ? Le Mexique porte plainte. L’embargo est invalidé au titre du GATT.
 1961 : affrontement sur la langouste près des côtes brésiliennes

   


Décolonisation oblige, la France renonce au début des années 1960 à l’exploitation de la pêche à la langouste en Mauritanie. Elle tente alors de se rapprocher des côtes brésiliennes où le crustacé prolifère. Mais le pays n’est pas partageur. En 1961, le conflit dégénère à coup de pression militaire et de fausses rumeurs avant de se solder pacifiquement par l’intermédiaire des États-Unis.


