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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ La journaliste Inès Léraud a enquêté sur l’agrobusiness au centre de la Bretagne.
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L’agroalimentaire et la « fabrique du silence »

La journaliste Inès Léraud a enquêté sur l’agrobusiness au centre de la Bretagne.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 16h05
    |

                            Martine Delahaye








                        



   


France Culture, replay, documentaire
Alors qu’était lancé le manifeste « Nous voulons des coquelicots » par le journaliste de Charlie Hebdo Fabrice Nicolino, mercredi 12 septembre, appelant à interdire les pesticides en France, venait de prendre fin, sur France Culture, une série d’émissions proches de la thématique de ce manifeste : le « Journal breton » d’Inès Léraud.
Ce « journal », la documentariste l’aura tenu au fil de deux saisons (2016-2018) depuis la première région agroalimentaire française, en enquêtant principalement auprès de « la France des invisibles » : des habitants, agriculteurs et ouvriers agricoles, victimes ou malades de l’agrobusiness en Centre Bretagne. Cela dans le cadre de l’émission de France Culture la plus originale qui soit, « Les Pieds sur terre », que produit Sonia Kronlund.
Depuis longtemps déjà, Inès Léraud (37 ans) mène un travail journalistique autour de l’écologie, des lanceurs d’alerte et des fléaux sanitaires (amiante, mercure, produits agricoles toxiques). Vous l’aurez peut-être entendue sur France Inter évoquer les manœuvres du plus gros vendeur de pesticides de Bretagne, Triskalia, par ailleurs plus grand pourvoyeur d’emplois dans la région (« Bretagne : une histoire de grains pourris », dans l’émission « Interception », en 2015) ; ou décrire la toxicité des algues vertes en Bretagne (« Le Grand Déni », dans l’émission « Secrets d’info », en 2016), des émissions réécoutables sur le site de la station.
Mais son travail au long cours pour France Culture, avec son « Journal breton », aura surtout permis de documenter la désinformation orchestrée par le monde de l’agrobusiness pour endormir ou tromper l’opinion publique et étouffer dans l’œuf toute volonté de résister à des pratiques frauduleuses. Ce qu’elle nomme « la fabrique du silence ». S’il n’en fallait qu’une preuve, écoutez les deux dernières émissions de son « journal », diffusées les 4 et 6 septembre.
« Une épreuve, et une expérience incroyable »
En partant s’installer dans un hameau agricole de Centre Bretagne il y a trois ans, Inès Léraud entendait en fait arrêter la radio pendant quelques mois… pour écrire un livre. « Je voulais comprendre de l’intérieur le rôle dans la région de l’industrie agroalimentaire, principale activité économique en Bretagne, y compris pour les petites communes et la vie quotidienne des gens », explique la journaliste. Or Sonia Kronlund l’invite à raconter cette aventure dans une série pour « Les Pieds sur terre », ce qui, finalement, l’aura occupée à temps plein : pas de livre mais, au fil des rencontres et des découvertes, la construction de son journal sonore.
« Cette immersion a été une épreuve, note Inès Léraud de sa voix douce, parce que j’y ai côtoyé des ouvriers et des agriculteurs pris dans des tragédies, des maladies liées aux cadences infernales des chaînes, aux pesticides, et acculés à des faillites. Mais ce fut aussi une expérience incroyable : vivre, enquêter sur place et diffuser régulièrement des émissions m’ont permis de recevoir tous les jours, de la part de la population, un soutien inattendu et de nouvelles informations. Ainsi, chaque enquête en a généré d’autres. »
La jeune femme aura aussi reçu beaucoup de courrier envoyé d’un peu partout en France, qui pour lui indiquer combien ses enquêtes microlocales avaient un écho bien au-delà du Centre Bretagne, qui pour déplorer le manque d’enquêtes de ce type, sur le monde rural, ailleurs en France. « Tout cela a donné beaucoup de sens à mon travail, m’a fait éprouver ma responsabilité de journaliste, la réelle utilité de ce métier, ajoute-t-elle. Je crois que je continuerai longtemps, d’une manière ou d’une autre, à enquêter sur l’agroalimentaire breton. Des scandales restés dans l’ombre, il y en a encore beaucoup ! »
« Cette petite utopie journalistique »
La jeune femme prépare d’ailleurs une émission, toujours pour « Les Pieds sur terre », sur le bio en Bretagne, nous a indiqué Sonia Kronlund, qui, en accord avec la directrice de France Culture, Sandrine Treiner, envisage de prolonger la vie de ce « Journal breton », « cette petite utopie journalistique », comme le qualifie Inès Léraud, sous la forme d’un livre. « Il m’est arrivé de me dire, en écoutant ce “Journal breton”, notait Sonia Kronlund en présentant l’épilogue de cette série, qu’Inès ne faisait pas seulement des émissions de radio, mais qu’elle construisait une œuvre au sens concret du terme, qu’elle bâtissait patiemment, pierre par pierre, un édifice solide, puissant et mesuré. Je le dis d’autant plus facilement que je n’y suis pas pour grand-chose. Une œuvre pour l’avenir, j’espère, utile et ouverte. »
Pour cette nouvelle saison des « Pieds sur terre » (2018-2019), la documentariste et la productrice ont décidé de prolonger avant tout une collection positive et optimiste, qui compte déjà sept épisodes (diffusés du 14 décembre 2016 au 24 mai 2017 sur France Culture) : une série qui a valu à Inès Léraud le prix Reporters d’espoirs en 2017, et intitulée « Des citoyens qui changent le monde ».
« Les Pieds sur terre » : « Journal breton », d’Inès Léraud. Saisons 1 et 2 (22 × 30 min), à réécouter sur France Culture.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ La ministre de la culture, Françoise Nyssen, a annoncé, jeudi, la création d’un bonus à hauteur de 15 % supplémentaires de subventions aux films dont les équipes ont des femmes à des postes-clés.
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Un bonus financier sera mis en place en 2019 pour promouvoir la parité dans le cinéma

La ministre de la culture, Françoise Nyssen, a annoncé, jeudi, la création d’un bonus à hauteur de 15 % supplémentaires de subventions aux films dont les équipes ont des femmes à des postes-clés.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 15h50
 • Mis à jour le
20.09.2018 à 16h08
   





                        



   


Près d’un an après le déclenchement de l’affaire Weinstein, la ministre de la culture, Françoise Nyssen, a annoncé, jeudi 20 septembre en clôture des Assises de la parité à Paris, la mise en place en 2019 d’un bonus de 15 % dans les subventions pour les films « exemplaires en matière de parité » hommes-femmes :
« Je crois aux incitations financières. Quand les choses ne changent pas d’elles-mêmes, ou trop lentement, c’est à nous de les faire changer. »
Ce bonus à hauteur de 15 % pourra être attribué aux films dont les équipes ont des femmes à des postes-clés. Concrètement, un barème de huit points sera instauré, avec un point si le réalisateur est une femme, un autre point si le chef technique est de sexe féminin… « Le bonus sera ouvert dès lors que l’équipe technique totalise au moins 4 points », a détaillé la ministre. Ce qui correspondrait aujourd’hui, s’il était déjà en place, à « moins d’un film sur six ».
Cette annonce s’inscrit dans un ensemble de mesures concrètes – mise en place de statistiques genrées pour les dossiers d’agrément du CNC, charte de bonnes pratiques – pour instaurer la parité dans le cinéma. Le bonus a d’ailleurs vocation à disparaître « lorsque la parité sera installée ».

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                Cannes 2018 : Françoise Nyssen annonce un fonds d’aide pour les réalisatrices



Fortes inégalités
Selon les données du CNC, les femmes réalisatrices sont moins bien payées que leurs confrères (environ 42 %) et il existe de fortes inégalités en matière de financement des films, les femmes ayant plus de difficultés à obtenir des budgets importants. Les différences de traitement sont également criantes pour les métiers techniques, où les femmes sont peu représentées.
La tenue de ces Assises sur la parité, l’égalité et la diversité avait été annoncée lors du Festival de Cannes, après une montée des marches très symbolique de 82 femmes, dont Cate Blanchett et Agnès Varda, pour réclamer l’égalité salariale.
Dans la foulée, Cannes et d’autres festivals de cinéma (Locarno, Venise, Toronto…) s’étaient engagés à faire plus pour la parité, en signant une charte, qui rend notamment transparente la liste des membres des comités de sélection.
En revanche, cette charte n’impose pas en sélection de quotas de films réalisés par des femmes. A la Mostra de Venise au début de septembre, le cinéaste Jacques Audiard s’était ému de la sous-représentation féminine en sélection (21 films, dont un seul réalisé par une femme) et avait aussi dénoncé l’absence de femmes à la tête des festivals.

        Lire aussi :
         

                Cinéma : la cause des femmes






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Le joueur d’oud tunisien est en concert à Montpellier, vendredi 21 septembre, dans le cadre du festival Arabesques.
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Musiques : Dhafer Youssef, le rêve comme un ressort

Le joueur d’oud tunisien est en concert à Montpellier, vendredi 21 septembre, dans le cadre du festival Arabesques.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 11h18
 • Mis à jour le
20.09.2018 à 11h30
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                            Patrick Labesse








                        



                                


                            

Dhafer Youssef rêve éveillé. Cela ne date pas d’aujourd’hui. Déjà môme, à Téboulba, le village de pêcheurs tunisien où il est né en 1967, il rêvait de parcourir le monde avec un oud, le luth oriental, qu’il avait décidé de faire sien après sa première guitare en plastique, prêtée par un copain. « Tout le monde me disait, tu as une belle voix, chante, mais moi je voulais jouer du oud et je me voyais parcourir le monde avec. »

L’ami prêteur se moquait gentiment de lui, pourtant les choses se dérouleront ainsi. Dhafer Youssef raconte avoir décidé de partir à Vienne, en Autriche, à dix-neuf ans, pour découvrir la musique classique occidentale, rencontrer des musiciens de jazz, aller voir « ailleurs ». Il part avec un oud sur le dos et la niaque au ventre, une détermination stimulante. « J’aime faire vivre mes rêves, sortir tout ce que j’ai en moi », résume celui qui est devenu l’un des musiciens (oud et voix) et compositeurs tissant des liens entre jazz et Orient les plus en vue et talentueux de la planète. « Je suis fier d’être l’un de ceux qui participent à l’émancipation du oud », souligne-t-il.
La découverte de la musique indienne
Quand il débarque à Vienne, après avoir quitté Téboulba, l’élégant quinquagénaire se souvient d’un choc : la vision, pour la première fois, d’un piano à queue, et la découverte de la musique indienne, « un océan rythmique incroyable qui me faisait même remettre en cause à l’époque, ma propre culture rythmique ». Cette découverte, il la doit au joueur de tabla Jatinder Thakur. « Il vivait à Vienne et je l’ai entendu lors d’un concert où il accompagnait le joueur de sarod [instrument à cordes d’Inde du Nord] Ali Akbar Khan. On a beaucoup joué ensemble, entre nous, moi au oud, lui au tabla. Je lui avais dit à l’époque : un jour je jouerai avec Zakir Hussain », la star du tabla indien. « Je l’avais découvert sur un enregistrement avec son...




                        

                        


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Les montagnes hallucinées — TOME 1 —


Par Gou TANABE
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Paru en 1936 dans le magazine culte de science-fiction Astounding Stories, Les Montagnes hallucinées est à l'origine un court roman signé H. P. Lovecraft. Cette histoire qui relate une expédition inhospitalière et bien mystérieuse en Antarctique est aujourd'hui adaptée en manga par un artisan de la BD horrifique japonaise, Gou Tanabe à qui l'on doit le très étrange Kasane ou encore le thriller Mr NOBODY. Le dessinateur met son trait aussi riche que fin, ainsi que son talent pour les décors, au service d'une collection de mangas consacrés aux chefs d'œuvre du maître de l'horreur classique. Découvrez les deux premiers chapitres de cette adaptation de Lovecraft à paraître en deux tomes dès le 4 octobre aux éditions Ki-oon. 
  

 
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ A La Monnaie de Bruxelles, le metteur en scène italien vide le chef-d’œuvre de Mozart de sa substance.
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La « Flûte enchantée » de Castellucci fait chou blanc

A La Monnaie de Bruxelles, le metteur en scène italien vide le chef-d’œuvre de Mozart de sa substance.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 09h07
    |

                            Marie-Aude Roux (Bruxelles (Belgique), envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Est-ce un songe, ou une grosse plaisanterie ? Toujours est-il qu’il vaut mieux être devin pour suivre le chemin du paradoxe que propose, du 18 septembre au 4 octobre, La Flûte enchantée, de Mozart, mise en scène au Théâtre de La Monnaie de Bruxelles par Romeo Castellucci – un des événements de cette rentrée lyrique. Une vision radicale, sans conte populaire, règles morales ou quête spirituelle : quoi de plus dogmatique au fond que cet évidement professé par le metteur en scène italien.
Evacués manu militari, la narration et les dialogues parlés du Singspiel qui relatent l’enlèvement de la princesse Pamina, fille de la Reine de la nuit, par le mage Sarastro et la mission salvatrice confiée au prince Tamino. Exit les idéaux maçonniques, symboles d’un esprit des Lumières qui a vidé Dieu de sa substance. Ne restent que deux principes affrontés, le jour et la nuit, la lumière et l’ombre – et donc le masculin et le féminin. On devine de quel côté penche la balance pour un Castellucci adorateur de la Mater dolorosa, mère de toutes les mères, une Reine de la nuit fontaine de lait, de douleur, d’amour et de vie.
Tout le premier acte est un puissant shoot d’un blanc lactescent, le rêve onaniste et glacé d’un ballet de cour éternel dans un jardin d’Eden rococo
Tout le premier acte est un puissant shoot d’un blanc lactescent, le rêve onaniste et glacé d’un ballet de cour éternel dans un jardin d’Eden rococo. Des danseurs comme des statues, des groupes sculptés de stuc et d’albâtre. L’idée est peut-être née de la caresse blanche d’une aile – pas la vêture colorée du perroquet (en allemand Papagei) qu’évoque le patronyme de l’oiseleur Papageno, mais celui des plumes d’autruche qui ondulent autour des danseuses nues de cabaret. Corps et perruques poudrés. Scènes galantes à la Watteau. Masques de fêtes vénitiennes casanoviennes. Ces personnages de porcelaine à la gestuelle codifiée, en costumes d’époque, sont dotés de doubles...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Le théoricien iconoclaste et visionnaire s’est éteint, le 18 septembre, à 93 ans.
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L’architecte Robert Venturi, prix Pritzker en 1991, est mort

Le théoricien iconoclaste et visionnaire s’est éteint, le 18 septembre, à 93 ans.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 08h36
 • Mis à jour le
20.09.2018 à 17h53
    |

            Isabelle Regnier








                        



                                


                            

Robert Venturi est mort mardi 18 septembre, à l’âge de 93 ans, à son domicile, à Philadelphie. Il était atteint, a déclaré son fils, James Venturi, de la maladie d’Alzheimer. Architecte, Robert Venturi fut surtout ce théoricien iconoclaste et visionnaire qui, avec son épouse, associée et indéfectible complice Denise Scott Brown, a propulsé sa discipline dans l’ère nouvelle de la postmodernité.
Si lui-même se défiait de ce terme qui recouvrait une réalité trop vaste pour qu’il s’y identifie, son livre Complexity and Contradiction in Architecture, publié en 1966, a libéré sa discipline des dogmes du modernisme fonctionnaliste et ouvert la voie au chaos de formes fantaisistes et déliées, qui modèlent, pour le meilleur et pour le pire, le profil des villes du monde depuis le début des années 1980. Après un demi-siècle dominé par des principes formels de Le Corbusier et de Mies van der Rohe, qui avaient fini par se figer dans le systématisme lisse et rigide du style international et produire, en outre, le désastre urbain des grands ensembles, Robert Venturi appelait l’architecture à embrasser « la complexité et les contradictions de l’expérience moderne », à tourner le dos à la « morale puritaine de l’orthodoxie moderne », à s’épanouir joyeusement dans l’impureté, l’ambiguïté, le désordre.
Détournant le célèbre mot d’ordre de Mies van der Rohe, « less is more » (moins c’est plus) en « less is bore » (moins c’est chiant), il revendiquait une architecture visuelle, foisonnante de signes, de références historiques, de second degré. L’impact considérable de ce texte dont l’architecte superstar Rem Koolhaas a déclaré qu’il était le dernier véritable manifeste d’architecture fut comparé à celui provoqué, en son temps, par Vers une architecture, de Le Corbusier. Il se concrétisa par son invitation, en 1980, par Paolo Portoghesi à participer à la première exposition internationale d’architecture de la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ L’ancienne ministre de la culture de François Hollande, désormais enseignante à Sciences Po, signe un troisième roman, « Les Idéaux », qui est aussi un bilan tranchant de son expérience du pouvoir.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
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Aurélie Filippetti : « Raconter la politique dans son humanité »

L’ancienne ministre de la culture de François Hollande, désormais enseignante à Sciences Po, signe un troisième roman, « Les Idéaux », qui est aussi un bilan tranchant de son expérience du pouvoir.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 08h00
    |

            Solenn de Royer








                        



                                


                            

Le bitume est glissant, il a plu toute la nuit. Les belles journées d’été ont laissé la place à la fraîcheur piquante de l’automne qui vient, toujours trop tôt. Aurélie Filippetti a donné rendez-vous rue Mouffetard, au cœur du Quartier latin où elle vit, à deux pas de l’église Saint-Médard. L’ancienne ministre de la culture a troqué son ancien uniforme de travail, le tailleur-pantalon, pour des baskets et un blouson en jean clair. Elle demande un café, puis un croissant qu’elle ne mangera pas. Et jette un regard désolé au livre annoté posé sur la table du café, parti en lambeaux ­pendant l’été.
Un pavé de près de 500 pages au titre court, Les Idéaux. Il y a quatre ans, ce mot avait été au cœur de sa lettre de démission, envoyée à François Hollande et ­Manuel Valls, au lendemain de l’éviction d’Arnaud Montebourg qui partageait alors sa vie. Sur papier à en-tête du ministère, elle avait expliqué que « l’alternative » n’était pas « entre la loyauté et le départ ». « Il y a un devoir de solidarité mais il y a aussi un devoir de responsabilité vis-à-vis de ceux qui nous ont fait ce que nous sommes, poursuivait-elle. Je choisis pour ma part la loyauté à mes idéaux. » Datée du 25 août  2014, la missive se terminait par un « bien à toi » manuscrit, comme solde de tout compte avec « Manuel » et « François ».
« Sentiment de trahison »
C’est de cette profonde désillusion qu’il s’agit dans ce troisième roman, onze ans après Un homme dans la poche (Stock, 2007) et quinze après Les Derniers Jours de la classe ouvrière (Stock, 2003), dans lequel cette descendante de mineurs lorrains, aujourd’hui âgée de 45 ans, contait la disparition du monde de son enfance et rendait hommage à son père, mort trop tôt. Cette fois, la normalienne agrégée de lettres classiques et ex-députée de Moselle, engagée depuis vingt ans en politique, met en scène un amour caché entre une femme de gauche et...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Etonnante enquête historique d’Anton Serdeczny sur une pratique de réanimation du XVIIIe siècle : l’insufflation anale de fumée de tabac.
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Histoire. De quoi réveiller un mort

Etonnante enquête historique d’Anton Serdeczny sur une pratique de réanimation du XVIIIe siècle : l’insufflation anale de fumée de tabac.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h30
   





                        



                                


                            
Du tabac pour le mort. Une histoire de la réanimation, d’Anton Serdeczny, préface de Jean-Claude Schmitt, Champ Vallon, « Epoques », 388 p., 25 €.
Au début de l’année 1774, un apothicaire, Philippe-Nicolas Pia, qui est aussi échevin de Paris, fait installer des « boîtes fumigatoires » sur les bords de la Seine. Dans ce nécessaire de premiers secours aux noyés, outre un mode d’emploi, on trouve une cuiller en fer pour écarter les mâchoires, des sels ammoniaqués à agiter sous le nez de la victime, une camisole de laine pour la réchauffer, mais surtout un clystère à bouche destiné à insuffler de la fumée de tabac dans son fondement. Quelques mois plus tard, le chirurgien Faissole fait de même à Lyon, commandant vingt boîtes fumigatoires, qu’il installe près des cours du Rhône et de la Saône. On trouve bientôt de telles boîtes dans les postes de secours de la plupart des grandes villes d’Europe.
La méthode la plus autorisée pour ramener les victimes à la vie
Cette pratique de fumigation peut nous paraître étrange, aberrante, voire dangereuse, nous qui sommes habitués aux techniques de la réanimation cardio-pulmonaire. Elle n’en témoigne pas moins d’un discours scientifique de haute volée, porté par des savants comme René-Antoine Ferchault de Réaumur (1683-1757), introduite par des traités de renommée internationale, telle la Dissertation sur l’incertitude des signes de la mort, de Jacques-Jean Bruhier d’Ablaincourt (1742). Cette énigme domine la réanimation à partir des années 1730 et pendant un siècle : l’insufflation anale de fumée de tabac est prônée, le plus sérieusement du monde, comme la méthode la plus autorisée pour ramener les victimes à la vie.
C’est ce que démontre brillamment un historien des sciences, Anton Serdeczny qui, dans Du tabac pour le mort, a mené l’enquête à travers l’Europe et une multitude de textes et d’images : traités savants, dissertations...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos des « Mille et Une Vies du Bouddha », de Bernard Faure.
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Figures libres. Le Bouddha est une histoire sans fin

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos des « Mille et Une Vies du Bouddha », de Bernard Faure.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
20.09.2018 à 09h52
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Les Mille et Une Vies du Bouddha, de Bernard Faure, Seuil, « Essais religieux », 408 p., 25 €.

Voilà un livre que devraient lire tous ceux qui s’intéressent, de près ou de loin, au bouddhisme, à son histoire et à ses interprétations. Sans doute certains seront-ils choqués, ou décontenancés, par ce qu’avance Bernard Faure. Mais personne ne devrait ignorer ses analyses. Car il s’agit, mine de rien, d’une sorte de révolution. Le Bouddha n’aurait probablement jamais existé. En tout cas, nous n’en pouvons rien savoir.
Les preu­ves historiquement incontestables de sa vie réelle demeurent ­introuvables. Réduites à leur plus simple expression, les étapes de sa biographie dessinent seulement le canevas standard d’une quête spirituelle : quitter son ­confort illusoire, écarter de mauvais maîtres, déjouer des tentations, trouver une issue, l’enseigner aux autres…
Ce qui est passionnant, c’est que Bernard Faure, professeur à l’université Columbia (New York), l’un des meilleurs connaisseurs contemporains des bouddhismes et de leur diversité, ne se contente pas d’une attitude sceptique. En reprenant une à une les démarches des principaux experts occidentaux des XIXe et XXe siècles, il montre d’abord combien leurs investigations restent ambiguës. Car elles demeurent prises en tenaille entre deux pôles.
D’un côté, la conviction qu’un « noyau » réel existe. Convaincu que le Bouddha fut un homme, né et mort quelque part, on soutient que cet homme a fondé, ou enclenché, une doctrine singulière. De l’autre côté, chacun constate l’existence de légendes innombrables relatant ses vies antérieures, sa naissance immaculée, ses miracles, son éveil, son extinction. Régulièrement, les savants s’employèrent donc à faire le tri. Ils passèrent au crible les légendes pour en extraire quelque fait. Ou bien, à l’inverse, ils s’efforcèrent d’expliquer comment tel fait réel avait été enjolivé et transfiguré.
Variations...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Johann Chapoutot et Christian Ingrao signent un petit livre qui manque de sérieux.
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Une biographie d’« Hitler » malavisée

Johann Chapoutot et Christian Ingrao signent un petit livre qui manque de sérieux.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
20.09.2018 à 09h57
    |

                            André Loez (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Hitler, de Johann Chapoutot et Christian Ingrao, PUF, 220 p., 13 €.

Pour évoquer le dictateur nazi, voilà un livre au format inhabituel. Alors que les biographies de référence d’Hitler (1889-1945) dépassent toutes le millier de pages, les historiens Johann Chapoutot et Christian Ingrao, auteurs de livres reconnus sur le national-socialisme, font le pari d’un bref « pas de côté » : guère plus de 200 pages, mais l’ambition de montrer que les mutations brutales du XXe siècle se « précipitent – au sens chimique du verbe – dans sa vie ». Nombre d’erreurs et de lacunes fragilisent toutefois ce projet.
Chronologie malmenée
Des premières, on peut donner une liste décourageante, à commencer par la période des ­ velléités artistiques d’Hitler : les auteurs affirment de façon péremptoire mais erronée qu’« on ne voit jamais d’êtres humains sur ses aquarelles. Jamais ». Hitler ne fut pas « sous-officier » durant la Grande Guerre, et encore moins un « soldat comme un autre », comme l’a établi le travail de référence de Thomas Weber (La Première Guerre d’Hitler, Perrin, 2012), non cité dans une bibliographie limitée à onze titres. Son statut d’estafette d’état-major l’éloignant généralement des tranchées, sa guerre n’est aucunement « représentative » de l’expérience du feu en 1914-1918. Les auteurs confondent Stahlhelm (une organisation paramilitaire d’extrême droite) et Reichswehr (armée de la République de Weimar).
La chronologie est pareillement malmenée : l’attentat du résistant Pierre Georges en août 1941 au métro Barbès est situé en janvier 1942 ; le vote des pleins pouvoirs à Hitler par le Zentrum, parti catholique, en mars 1933, est réduit à une conséquence du concordat avec le Vatican, dont la signature n’intervient pourtant qu’en juillet de la même année.
Sur le plan statistique, le livre évoque le chiffre ahurissant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ La chronique de Franck Thilliez, à propos de « Sott », de Ragnar Jonasson.
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Le coin du crime. Plongée en hypothermie

La chronique de Franck Thilliez, à propos de « Sott », de Ragnar Jonasson.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h15
    |

                            Franck Thilliez (Ecrivain)








                        



                                


                            
Sott (Rupture), de Ragnar Jonasson, traduit de l’anglais par Ombeline Marchon, La Martinière, 352 p., 21 €.

En face, la mer du Groënland où luisent sous la lumière pâle les dos gris des harengs. Autour, les montagnes aux arêtes acérées… Qu’y a-t-il de plus isolé que Siglufjördur, minuscule ville de pêcheurs dans ­l’extrême nord de l’Islande, accessible uniquement par tunnel ? Siglufjördur en quarantaine, menacée par un virus mortel qui confine les habitants chez eux.
Rendre des rues plus vides que le vide lui-même, voilà l’idée géniale de Ragnar Jonasson qui, en une poignée de mots, installe une ambiance de fin du monde où le temps ne s’écoule plus. Même les fournisseurs de denrées alimentaires n’osent pénétrer dans la zone et abandonnent leur livraison à l’entrée des tunnels. Cet emprisonnement forcé est l’occasion, pour Ari Thor, flic cabossé et attachant, de se replonger dans une vieille affaire d’empoisonnement. Son seul moyen de sortir de la ville ? Le ­téléphone, grâce auquel il informe de la situation Isrun, jeune journaliste à la recherche du scoop, éruptive comme le volcan Eyjafjallajökull.
De la fièvre hémorragique – sott en ­islandais –, vous ne saurez rien, si ce n’est qu’elle a été généreusement ­larguée par un voyageur et qu’elle a déjà tué une personne. Elle est l’Arlésienne du livre. Aussi, n’attendez pas un roman catastrophe ou une lutte pour la survie. Sott, c’est avant tout de l’Islande en ­intraveineuse, des fjords mystérieux à la beauté bleutée, des habitants ­confrontés aux rudesses du climat et au silence de la roche.
Là où il y a homme, il y a crime
Et derrière ce silence minéral se ­cachent les secrets, les non-dits, les véritables geysers de l’histoire, les générateurs de tension dramatique qui font de ce roman un page turner. Le crime ne connaît pas de frontières, pas de température idéale pour se perpétrer, il se ­fiche des langues...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Avec « Asta », vie d’une femme tourmentée par la tristesse et la mauvaise conscience, le romancier islandais signe un roman aussi superbe qu’envoûtant.
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Jon Kalman Stefansson : saga melancolia

Avec « Asta », vie d’une femme tourmentée par la tristesse et la mauvaise conscience, le romancier islandais signe un roman aussi superbe qu’envoûtant.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
20.09.2018 à 09h19
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            
Asta (Saga Astu. Hvert fer madur ef þad er engin leid ut ur heiminum ?), de Jon Kalman Stefansson, roman traduit de l’islandais par Eric Boury, Grasset, « En lettres d’ancre », 496 p., 23 €.

Elle est entrée en éruption et rien ne semble pouvoir l’arrêter. ­Profuse et vivifiante, la création islandaise bouillonne sur tous les fronts. En musique, ce sont les héritiers de la chanteuse Björk, parmi lesquels le groupe Utangardsmenn qu’écoutent les protagonistes de ce roman. Au cinéma, des réalisateurs comme Solveig Anspach (Stormy Weather) ou le magnifique Benedikt Erlingsson (Woman at War). En littérature, on pense aux grands noms du polar, Arnaldur Indridason, ­Ragnar Jonasson, Arni Thorarinsson… Mais attention, fait dire à l’un de ses personnages Jon Kalman Stefansson : les artistes islandais ont trop souvent tendance à se transformer en « macareux moines », en « aurore boréale » ou en « jacuzzi alimenté par des sources d’eau chaude ». Gare aux produits destinés à la vente.
En ce qui le concerne, Stefansson est tout sauf un macareux moine. Depuis trente ans, il construit, dans la discrétion et l’humilité, une œuvre littéraire de premier plan, sans concession aucune. Né en 1963, l’homme a successivement été maçon, pêcheur, abatteur de moutons puis bibliothécaire, avant de publier son premier recueil de poésie en 1988. C’est après ces nombreuses vies qu’il est arrivé à la prose. Découvert en traduction avec Entre ciel et terre (Gallimard, 2000), remarqué plus récemment avec D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds (Gallimard, 2015), son talent semble à son acmé dans le très métaphysique et envoûtant Asta, son sixième roman traduit.
« Commençons par le commencement, écrit Stefansson. Nous sommes à Reykjavik au début des années cinquante du siècle dernier, je vous expose l’origine du prénom d’Asta. Puis...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Couleur de peau, pauvreté et coups du sort : « Taxi Curaçao » est une tragédie tout à la fois exotique et ordinaire.
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Stefan Brijs sous le soleil de Curaçao

Couleur de peau, pauvreté et coups du sort : « Taxi Curaçao » est une tragédie tout à la fois exotique et ordinaire.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h15
    |

                            Elena Balzamo (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Taxi Curaçao (Maan en zon), de Stefan Brijs, traduit du néerlandais (Belgique) par Daniel Cunin, Héloïse d’Ormesson, 276 p., 21 €.

Seule la couleur, bleu azur, de la voiture conduite par le héros rappelle la célèbre liqueur. « Curaçao », ici, renvoie à l’île des Petites Antilles, Korsou dans le créole local, un Etat autonome au sein des Pays-Bas. Sa situation géographique – près des côtes latino-américaines – lui a valu beaucoup de déboires depuis sa découverte par les Espagnols à la fin du XVe siècle. Au fil du temps, l’île a plusieurs fois changé de mains et d’activité : repaire de pirates, comptoir de commerce (y compris d’esclaves), importante raffinerie, destination touristique prisée, plaque tournante du trafic de drogue… Elle est un melting-pot caribéen, avec ses deux composantes principales : les descendants d’esclaves africains et ceux des colons européens.
Trois générations de Curaciens
L’histoire relatée par Stefan Brijs (Le Faiseur d’anges, Courrier des tranchées, Héloïse d’Ormesson, 2010, 2015) concerne trois générations de Curaciens. Au début des années 1960, Roy, le père, est fier de son métier de taxi et se pavane au volant de sa Dodge Matador bleu azur. Son fils, Max, fait tout pour ne pas marcher sur les traces du père, mais finit par se retrouver à la place du conducteur de la même Dodge. Toutefois, il a juré que son propre fils n’aura pas à le faire – et pour cela, il est prêt à tout…
Combien de générations faut-il pour vaincre le déterminisme social ? Pour que la volonté individuelle puisse triompher des handicaps hérités ? Est-on condamné à conduire un taxi, qu’on le veuille ou non – parce qu’on est noir, parce qu’on est pauvre, parce qu’on habite dans un bidonville, parce qu’on a un père devenu infirme et une mère qui continue de faire quelques heures de ménage dans une école, par charité ? Pathétique dans sa simplicité, ce récit, qui n’a rien...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Deux puissants romans, l’un de Frédéric Paulin, l’autre d’Adlène Meddi, reviennent sur les terreurs sanglantes de la « sale guerre ».
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Roman noir. Algérie années 1990, plaies rouvertes

Deux puissants romans, l’un de Frédéric Paulin, l’autre d’Adlène Meddi, reviennent sur les terreurs sanglantes de la « sale guerre ».



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h00
    |

            Abel Mestre








                        



                                


                            
La guerre est une ruse, de Frédéric Paulin, Agullo, « Noir », 416 p., 22 €.
1994, d’Adlène Meddi, Rivages, « Noir », 348 p., 20 €.

C’est l’histoire d’un conflit souterrain dont la ligne de front va de Paris à Rakka en passant par Kaboul et Alger, un conflit qui a commencé il y a une petite trentaine d’années de l’autre côté de la Méditerranée. En cette rentrée littéraire, deux puissants romans proposent de replonger dans la « sale guerre » que l’Algérie a livrée au terrorisme islamiste au début des années 1990. Avec La guerre est une ruse, premier tome d’une « fresque géopolitique et historique », le Français Frédéric Paulin revient aux racines du djihad international. Adlène Meddi, journaliste algérien, emmène, lui, le lecteur dans un récit mélancolique. Son 1994 est centré sur la question de la filiation ; de l’héritage du malheur et de la violence.
Le roman de Frédéric Paulin débute à Alger en 1992. Les élections, remportées par les religieux du Front islamique du salut (FIS), viennent d’être annulées. Quelques généraux putschistes en ont profité pour installer une dictature militaire qui ne dit pas son nom. Pour garder le pouvoir, ces militaires surnommés les « janviéristes » sont prêts à tout. Y compris à commettre des crimes contre le peuple avec l’aide d’escadrons de la mort. L’agent français Tedj Benlazar patauge dans ce bourbier où les barbouzes sont rois. D’origine algérienne, il surveille le puissant Département du renseignement militaire, voué au contre-espionnage. Peu à peu, il découvre l’implication d’Alger dans les exactions, ainsi que ses sombres projets : l’exportation du conflit en France pour garder l’appui de Paris dans la lutte contre les maquisards des Groupes islamiques armés (GIA).
Ancré dans la réalité
La guerre est une ruse est la chronique des années de plomb algériennes....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Trois livres de poésie, on vit avec et on choisit des vers. On se laisse porter ; on tresse alors les œuvres pour composer un tout nouveau poème.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
      

Trans|Poésie. Solo

Trois livres de poésie, on vit avec et on choisit des vers. On se laisse porter ; on tresse alors les œuvres pour composer un tout nouveau poème.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h00
    |

                            Didier Cahen








                        



   


Elle pénètre le silence des mots
Rien ne la sépare de ses gestes
De ses mains à charge d’enfouir
§
Elle commence par faire payer son corps
Son ventre, son dos, ses cuisses
Toute cette matière à transposer
§
On dirait qu’elle mesure
Un vieux rêve à distance,
Qu’elle le visite du bout des doigts
Reprises de paroles ? A entendre comme couture, répétition, restitution. Pierre-Yves Soucy (né au Québec en 1948) nous offre une lecture transpoétique d’Antigone, de Sophocle. L’intensité de la parole « rattrape le sens et le propulse ailleurs ».
La rumeur se propage… Dense, fluide, Parole, personne, le sixième livre d’Anne Malaprade (née en 1972) confirme qu’on tient en elle la poète et critique la plus douée de sa génération. A lire aux éditions Isabelle Sauvage, à retrouver sur l’incontournable site Poezibao.
Fille du ténor Eric Tappy, José-Flore Tappy (née en Suisse en 1954) est poète et traductrice. Associée au Centre de recherches sur les lettres romandes de l’université de ­Lausanne, elle est aussi l’éditrice de l’œuvre de Philippe ­Jaccottet dans « La Pléiade ».
Reprises de paroles, de Pierre-Yves Soucy, La Lettre volée, 64 p., 14 €.
Parole, personne, d’Anne Malaprade, Isabelle Sauvage, 102 p., 17 €.
Trás-os-Montes, de José-Flore Tappy La Dogana, 120 p., 25 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Claro ouvre un œil neuf sur le monde qui l’entoure grâce à « La Vallée des Dix Mille Fumées », de Patrice Pluyette.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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Le feuilleton. Le volcan au fond du jardin

Claro ouvre un œil neuf sur le monde qui l’entoure grâce à « La Vallée des Dix Mille Fumées », de Patrice Pluyette.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h00
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                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
La Vallée des Dix Mille Fumées, de Patrice Pluyette, Seuil, « Fiction & Cie », 318 p., 19 €.

Notre ignorance du monde est un monde en soi, avec ses reliefs, ses monts et ses vaux, ses fables et ses fontaines. Qui veut l’étudier doit d’abord vagir, s’extraire du goulot du zéro avant d’en parcourir l’infini concentrique. Et si le parcourir est fastidieux, que dire de l’acte éminemment donquichottesque consistant à le nommer, à lui asséner des volées de mots verts jusqu’à ce qu’il ressemble à quelque chose ? Dans la plupart des livres, tout est souvent donné d’avance : le décor y est planté à la façon d’un chou, les personnages déambulent comme si la marche allait de soi, on sait de quoi on parle, quand on prend une cuiller c’est parce que s’y balance une étiquette portant le nom de cuiller. Ce n’est pas déshonorant, et en outre c’est pratique. Il y a heureusement d’autres approches. On peut s’étonner de tout. S’offrir de nouvelles lunettes et, tant qu’à faire, se faire greffer de nouveaux yeux. Bref, on peut, pourquoi pas, apprendre à renaître. Pour ça, bien sûr, l’écrivain doit affronter un obstacle de taille : la naïveté.
La Vallée des Dix Mille Fumées, de Patrice Pluyette, est un livre qui n’a pas froid aux yeux, ou plutôt qui cherche à décrire et le froid et l’effet qu’il fait aux yeux. Naïf, son personnage l’est comme d’autres sont tyrans ou cordonniers. Et pourtant, Dieu qu’il est vieux, ce « monsieur Henri » qui habite un pavillon un point c’est tout. De lui, on ne sait rien. Juste qu’il est vieux et qu’un beau jour il décide de s’ouvrir au monde, d’en explorer le moindre recoin, depuis le brin d’herbe le plus proche jusqu’à la plus lointaine galaxie, si possible en passant par le pays des volcans.
Il est comme ça, monsieur Henri : à ­l’affût de tout, pour un rien. Comme s’il venait de commencer. « Ce qui nous semble évident est une source d’émerveillement pour lui. »...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Dans « Trois fois la fin du monde », la romancière expose comment garder le moral quand tout part en vrille.
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Radieuse dystopie de Sophie Divry

Dans « Trois fois la fin du monde », la romancière expose comment garder le moral quand tout part en vrille.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
20.09.2018 à 09h18
    |

                            Eric Loret (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Trois fois la fin du monde, de Sophie Divry, Notabilia, 240 p., 16 €.

Au Domaine, il y a une place pour chacun. Il suffit d’écarter les pierres. » Le cinquième roman de Sophie Divry (La Condition pavillonnaire, Quand le diable sortit de la salle de bain, Notabilia », 2014, 2015…) est sans doute le plus volontairement poétique, le plus stylistiquement construit de son œuvre. Il met en scène un certain Joseph Kamal, moins consistant que son ancêtre kafkaïen Joseph K., mais plus stellaire : après avoir été en prison puis avoir survécu à une catastrophe humanicide, le héros se retrouve dans une ferme abandonnée dont il fait son « domaine » – heureusement entouré de supermarchés à vider, d’animaux sympas et de légumes, s’il arrive à en faire pousser.

Sophie Divry, elle, arrive à planter des phrases dans un jardin trois fois ravagé (il y a trois parties) pour poser des questions de fond, telles que le sens de la fidélité, celui de la vie en général et s’il vaut mieux être seul que mal accompagné. Nulle psychologie fatigante ici : son personnage au nom judéo-arabe change d’ailleurs de lexique et de syntaxe selon les circonstances. En prison, il est poète du XIXe siècle en mode décasyllabe : « Le soir me trouve sur la même chaise, il n’y a plus qu’une immense fatigue. (…) Je voudrais tellement être désincarcéré de ces ténèbres. » Après l’apocalypse, il devient racaille d’opérette à coups de « kiffe » et de « grave » : « Wallah, j’ai mal au genou. Je peux à peine marcher tellement il a gonflé. C’est la jungle ce jardin mais c’est trop beau. » Il y a aussi un récit à la troisième personne qui prend régulièrement le relais pour nous guider vers l’intimité de Joseph : « Parfois il sent dans son ventre comme des bulles de joie, d’impatience. »
Tout à apprendre
Cette intéressante interversion des styles...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Un homme part sur les traces, si ténues, d’une ancienne et mystérieuse amie. « Federica Ber », belle rêverie amoureuse.
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Mark Greene poursuit la femme insaisissable

Un homme part sur les traces, si ténues, d’une ancienne et mystérieuse amie. « Federica Ber », belle rêverie amoureuse.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
20.09.2018 à 10h07
    |

                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Federica Ber, de Mark Greene, Grasset, 208 p., 18 €.
Point d’histoire d’amour sans scène de première rencontre. Mais point de grand romancier, non plus, qui ne sache faire un pas de côté lorsqu’il s’aventure sur ces sentiers trop balisés. La Bérénice d’Aragon, on s’en souvient, avait d’abord été, sous les yeux d’Aurélien, « franchement laide ». Federica Ber, qui donne son nom au très beau nouveau roman de Mark Greene – son sixième –, n’est pas aussi fermement condamnée, elle n’est « pas laide, loin de là. » Mais tout de même « pas franchement belle non plus ».
D’ailleurs, c’est son dos que contemple d’abord le narrateur. Et c’est de ce qu’il ne voit pas, sans doute, qu’il tombe amoureux, dans le fond d’une salle de jeux vidéo, où alternent « des espaces bien éclairés, des coins sombres ». « On aimerait, rétrospectivement, que l’instant d’une rencontre serve de clé, d’explication, écrit Mark Greene. On voudrait qu’une histoire entière soit contenue, en germe, dans l’instant d’une rencontre. (…) C’est une borne, une pierre gravée, qu’on passe toute sa vie à déchiffrer. » Peut-être, eneffet, le secret de cette brève histoire d’amour réside-t-il tout entier dans les circonstances de cette rencontre, une vingtaine d’années plus tôt. Le charme du roman de Mark Greene tient quant à lui au potentiel poétique dont il pare son héroïne. A la façon dont elle semble donner au narrateur accès à une dimension insoupçonnée de son existence, à sa part de rêverie créatrice.
Federica Ber est un roman à tiroirs, où le réel et ses pétrifiantes coïncidences font remonter les souvenirs enfouis autant qu’ils permettent au présent de s’inventer, par la rêverie. Federica emprunte à la Nadja de Breton sa fantaisie plutôt que sa folie. Digne héritière des héroïnes surréalistes, elle fait effraction dans la vie du narrateur, l’initie à l’errance urbaine, et l’invite...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Plasticien ou écrivain, Thierry Froger fait circuler les images. Telles, dans son deuxième roman, celles d’Ava Gardner et « L’Origine du monde », de Courbet.
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Histoire d’un livre. Thierry Froger s’arrête sur deux images

Plasticien ou écrivain, Thierry Froger fait circuler les images. Telles, dans son deuxième roman, celles d’Ava Gardner et « L’Origine du monde », de Courbet.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h00
    |

                            Nils C. Ahl (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Les Nuits d’Ava, de Thierry Froger, Actes Sud, 304 p., 20 €.

A l’origine, une image manquante. Un détail imaginé, mais absent. Thierry Froger ne se souvient plus vraiment comment, mais il a appris un jour qu’Ava Gardner (1922-1990) avait tourné dans La Maja nue, d’Henry Koster (1958), portant le même titre qu’une célèbre toile de ­Francisco Goya peinte entre 1790 et 1800. Dans un sourire, Thierry Froger explique : « Je me suis demandé si on voyait Ava Gardner poser nue, ce qui était évidemment l’argument du film. » La réponse est non – et le film, tout à fait oubliable. Pourtant, la scène fantasmée mais non tournée revient, des années plus tard, lorsque Thierry Froger s’apprête à faire paraître son premier roman, Sauve qui peut (la révolution) ­ (Actes Sud, 2016) : « J’ai ressenti le besoin de partir sur un autre projet », et « l’image fantôme » d’Ava Garner nue s’est imposée.
Séances de pose
En matière de fantômes comme d’images, Thierry Froger s’y connaît. Né en 1973, venu à l’écriture après une première carrière de plasticien, il imaginait déjà dans Sauve qui peut (la révolution) une biographie alternative de Danton et un projet de film imaginaire de Jean-Luc Godard. Dans Les Nuits d’Ava, son deuxième roman, il relate par le menu les nuits romaines particulièrement arrosées d’Ava Gardner pendant le tournage d’un biopic raté sur le peintre espagnol Francisco Goya (où elle interprète son modèle favori, la duchesse d’Albe). Des nuits au fil desquelles elle se prête elle-même à des séances de pose inspirées des grands nus de l’histoire de l’art…
D’une absence, l’autre. D’un nu, l’autre. Après deux petits chapitres, le récit bifurque en effet, et nous entraîne à la fin du XIXe siècle, dans l’atelier de Gustave Courbet (1819-1877), qui n’a pas encore peint L’Origine du monde (1866). Un glissement étrange, un contrepoint...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Romans, essais, revue, jeunesse, auteurs du « Monde »… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 21 septembre 2018.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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La rentrée littéraire en bref

Romans, essais, revue, jeunesse, auteurs du « Monde »… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 21 septembre 2018.



LE MONDE
 |    20.09.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
20.09.2018 à 09h09
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            Pauline Croquet, 
                                Florent Georgesco, 
                            Elena Balzamo (Collaboratrice du « Monde des livres ») et 
Samuel Blumenfeld








                        



                                


                            Jeunesse. Douloureux adolescents d’Olivier Adam
La Tête sous l’eau, d’Olivier Adam, Robert Laffont, « R », 224 p., 16 €. Dès 15 ans.
Un proche disparu, ce vide qui grignote l’équilibre du foyer et la fragile reconstruction qui s’ensuit sont des thèmes centraux de l’œuvre d’Olivier Adam, entamée avec le très salué roman Je vais bien, ne t’en fais pas (Le Dilettante, 2000). Ils sont également au cœur de La Tête sous l’eau, son nouveau roman, « écrit à hauteur d’adolescent », selon ses propres mots. Le romancier y donne vie à Antoine, un lycéen lucide et solitaire de la région de Saint-Malo dont la sœur aînée est retrouvée après un enlèvement et une séquestration de plusieurs mois. Il y a d’abord la longue attente, à voir les parents s’étioler. Le jeune homme se console et prend ses distances en se jetant à la mer avec sa planche de surf. Puis vient le temps des retrouvailles murées dans le silence, le traumatisme, et de l’enquête pour recoudre les blancs. A la fois pudique et sans tabou, la plume d’Olivier Adam explore avec acuité la douleur familiale. P. Cr.
Jeunesse. Mariages blancs contre Brexit
Brexit romance, de Clémentine Beauvais, Sarbacane, « Exprim’», 456 p., 17 €. Dès 13 ans.
Sous ses atours farfelus, Brexit romance est sans doute l’un des ouvrages les plus personnels de la talentueuse Clémentine Beauvais, qui se considère comme « franglaise ». La romancière vit, en effet, en Grande-Bretagne, où elle est chercheuse en sciences de l’éducation. Elle a eu l’idée de faire du référendum contre l’Union européenne de juin 2016 le sujet d’une comédie romantique destinée aux adolescents. Brexit romance raconte comment une étudiante anglaise, un peu soupe au lait, décide de monter une entreprise facilitant les mariages blancs entre Français et Britanniques, manière de s’opposer au divorce entre son pays et l’UE. Cette start-up clandestine...




                        

                        

