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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ D’une sculpture de fantôme japonais à un emballement médiatique, comment une farce en ligne sur l’application de messagerie instantanée est devenue un phénomène mondial.
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« Momo Challenge » sur WhatsApp : itinéraire d’une psychose collective

D’une sculpture de fantôme japonais à un emballement médiatique, comment une farce en ligne sur l’application de messagerie instantanée est devenue un phénomène mondial.





LE MONDE
 |    18.09.2018 à 16h50
 • Mis à jour le
18.09.2018 à 18h50
    |

            William Audureau





« Sordide », « macabre », « dangereux »… Depuis son apparition au cœur de l’été et la mort d’une jeune Argentine de 12 ans, le « Momo Challenge », supposément en vogue parmi les adolescents inquiète, les parents en premier lieu. En France, le député LRM Gabriel Attal a demandé au ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, des mesures pour endiguer le phénomène.
Le principe du « Momo Challenge » ? Contacter, via la messagerie instantanée privée WhatsApp, le numéro d’un individu surnommé « Momo » affichant un visage effrayant de femme-poule, qui propose de relever des défis jusqu’au plus extrême, le suicide.
Des messages – et des articles de presse – alarmistes se sont multipliés ces dernières semaines pour alerter sur les dangers du « Momo Challenge ». Au Canada, le ministère de la santé et des services sociaux a mis en garde les écoles. En Inde, où la psychose est forte, les médias évoquent même des internautes menacés de mort s’ils n’acceptaient pas de jouer au « Momo Challenge ». Le Pakistan est allé jusqu’à annoncer l’interdiction de ce dernier, sans préciser comment il comptait s’y prendre.

   


Problème : aucun témoignage fiable ne prouve qu’un tel challenge a été réellement « joué » par des adolescents. Qu’en est-il réellement ?
Aux origines de la légende urbaine

   


Tout part, deux mois plus tôt, d’une photo postée sur le forum r/creepy de Reddit, le 10 juillet, par l’internaute AlmightySosa00. Montrant une femme nue à la grimace inhumaine, elle récolte 5 000 « like », 1 000 réponses, et fascine.
Un utilisateur de Reddit identifie l’image : il s’agit d’une photographie de sculpture prise en 2016 dans une galerie d’art de Tokyo. Les yokai, les spectres du folklore japonais, sont le thème de l’exposition, et l’œuvre est signée Link Factory, une entreprise d’effets spéciaux pour films d’horreur.
La sculpture est baptisée Ubume, du nom d’une figure traditionnelle nippone correspondant au fantôme d’une mère morte en couches. Elle doit son allure à un jeu sur les trois idéogrammes de son nom, 姑獲鳥 – littéralement « mère », « capture » et « oiseau ».
Le « numéro maudit » de WhatsApp
Les premières mentions publiques d’un numéro WhatsApp datent aussi du 10 juillet. Sur YouTube, un utilisateur argentin appelé El Deadpool met en ligne une tentative de conversation, datée de la veille, dans une vidéo intitulée en espagnol « J’envoie des messages à Momo “le numéro maudit de WhatsApp” ».

Le numéro de téléphone utilisé est alors mexicain. Il ne répond pas, mais il s’agit de la toute première association entre la figure de la femme-poule et l’application de messagerie. Joint par Le Monde, El Deadpool raconte avoir été mis au parfum via un clan WhatsApp. « J’ai trouvé ce numéro mexicain par un groupe de “SDLG”, où il apparaissait déjà, personne ne lui avait prêté attention ». Il refusera d’en dire plus.

   


La SDLG ? Cette abréviation de siguedores de la grasa (littéralement « fans de la graisse ») désigne une communauté sud-américaine réunissant plusieurs dizaines de milliers d’internautes sur des groupes Facebook et WhatsApp privés. Son créateur est un Paraguayen connu sous les pseudonymes d’El Gordi, ou MrGraso.
Les membres de la Grasa, comme se surnomme cette communauté, sont reconnaissables à leur usage d’un smiley spécifique (:v) et d’un lexique propre. Pour définir les contenus et blagues virales, ils ne parlent pas de « mème », mais de « momo ». Edgar Rodriguez, auteur du blog hispanophone Vision linguistica, définit un momo comme « un type de mème » fait « d’humour noir, en général faits d’extraits de scènes de film, de caricatures, de youtubeurs ou de tout succès controversé ».

   


Proche dans l’esprit de forums comme 4chan ou le 18-25 de Jeuxvideo.com, la « Grasa » voue un culte au vandalisme de pages Facebook et aux montages absurdes. Le quotidien mexicain Milenio évoque des « sectes » spécialisées dans le « terrorisme social ». Facebook leur fait quotidiennement la chasse.
En juillet, commence à circuler dans cette sphère grasiosa, une image mettant au défi le lecteur d’appeler un numéro mexicain – celui utilisé par El Deadpool dans sa vidéo. « Quand tu écris à ce numéro, ta vie n’est plus jamais la même. Prends garde à toi, Spartacus », y lit-on. 
La nouvelle Momo de Dross, youtubeur horreur
Le 11 juillet, le youtubeur vénézuélien DrossRotzank, de son vrai nom Ángel David Revilla, consacre à ce « Momo » encore confidentiel une vidéo de huit minutes, qui le transforme en star du Web. Cet ancien journaliste, reconverti en auteur de science-fiction et vidéaste du surnaturel, jouit d’une communauté de 14 millions d’abonnés en Amérique du Sud.

Les initiés le savent : DrossRotzank vient de la Grasa, à qui il adresse plusieurs clins d’œil dans cette interprétation du « Momo », comme le smiley « :v ». Mais DrossRotzank attribue alors à « Momo » un nouveau numéro, japonais cette fois, qu’il prétend avoir trouvé sur Facebook.
Dans sa vidéo, la sculpture devient une interlocutrice effrayante et dangereuse. Captures d’écran floutées à l’appui, il évoque un personnage omniscient, qui envoie par WhatsApp des photos de meurtre introuvables sur Google, et dont il pourrait être l’auteur.
Certains internautes s’interrogent. Rien n’est plus simple que de filmer une fausse conversation, avec l’aide d’un complice. On sait par ailleurs DrossRoztank capable d’écrire en japonais. Et passé cette vidéo, le numéro japonais affiché n’a plus jamais été actif. Ce « Momo » nippon et sanguinaire est-il une invention de son cru ?
Le phénomène YouTube de l’été
Plus de 11 millions de vues plus tard, l’Ubume tueuse est toutefois devenue célèbre. Sa notoriété atteint un nouveau seuil quand Brian Sobrevilla, superstar mexicaine de YouTube, publie sa propre vidéo, humoristique cette fois, sur « le numéro maudit de WhatsApp ». Elle atteint les 16 millions de vues.
La figure de Momo commence alors à s’inscrire dans un registre classique d’Internet, celui du creepypasta : une légende urbaine teintée de mystère et d’effroi. YouTube est déjà rempli de soi-disant chasseurs de fantômes, qui, à l’aide de trucages, jouent sur l’appétence pour le surnaturel.
Les vidéos sur la femme-poule deviennent alors une nouvelle figure du genre. La recette est quasi immuable : le vidéaste annonce qu’il va contacter l’inquiétant personnage. Après des échanges quelconques, des phénomènes étranges se produisent : l’Ubume se montre agressive, profère des insultes, révèle des données personnelles. Parfois, la lumière s’éteint, les fenêtres claquent, des bruits se font entendre…
A la manière d’un Projet Blair Witch de 2018, ces mini-films d’effroi ne coûtent rien à produire, surfent sur un phénomène viral, et génèrent des millions de vues. La mode touche les Etats-Unis dans la foulée, puis la France en août.

Epidémie de Momos
C’est ainsi qu’apparaissent des numéros d’autres prétendues Ubume, américaine, biélorusse, ou encore française. « Je pense qu’il y avait bien un trentaine de numéros au moment du pic de buzz », explique Mysterator, fondateur du site Hellystar.com, qui suit les phénomènes creepypasta en France. « Cependant, c’étaient souvent des fakes, les numéros étaient vite surchargés par les appels et les messages WhatsApp. » Lui-même est entré en contact avec une dizaine de numéros. Sur les dix, moins de cinq lui ont répondu en jouant le jeu de la « Momo menaçante », celle popularisée par Dross.
Une figure fictive que chacun se réapproprie
Contrairement à ce que laisse aujourd’hui penser son surnom de « Momo Challenge », il ne s’agissait pourtant pas d’un jeu codifié. Juste une figure fictive que chacun se réapproprie pour tenter d’effrayer son audience. Pourtant, c’est bien un « défi » qu’évoque l’unité d’enquête sur les délits informatiques (UIDI) de l’Etat de Tabasco au Mexique dans son appel à la vigilance à l’égard des jeunes, le 13 juillet. Le service de cybersécurité évoque des risques d’extorsion de fonds, de vol de données personnelles, de harcèlement, mais aussi d’incitation à la violence, à l’automutilation, voire au suicide. En toile de fond, le spectre du Blue Whale Challenge, une série de défis lancée en Russie et associée en 2017 à une vague d’une centaine de suicides.

#UIDI #FGETabasco #Cibernetica #Tabasco #Villahermosa #PolicíaCibernéticaTabasco #SegurosAlNavegar… https://t.co/rYhVxaLGR4— UIDIFGETabasco (@UIDI FGE Tabasco)


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L’UIDI n’a pourtant connaissance d’aucun cas lié à « Momo » et communique par pure précaution, reconnaît-elle sur Twitter. Mais son intervention produit l’effet inverse : pour les médias, le « Momo Challenge » – et ses risques – sont nés. Le malentendu s’enracine à la suite d’un fait divers tragique. Le 25 juillet, El Diario Popular, un journal argentin, relate qu’une préadolescente de 12 ans s’est suicidée après s’être filmée en direct, alors qu’elle jouait au « jeu Momo ». L’autopsie révélera quelques jours plus tard que la jeune fille avait été victime d’une agression sexuelle, amenant les enquêteurs à changer de piste.
Numéros inactifs et passés de mode
La psychose autour du « Momo challenge » est d’autant plus ironique que… « Momo » est passé de mode. L’évolution des mentions du « Momo Challenge » sur Jeuxvideo.com, Reddit, Twitter ou Google, dessine un phénomène qui a connu son pic au début du mois d’août et n’a fait que décroître depuis.

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Et si quelques badauds manifestent toujours de la curiosité, celle-ci est vaine : les Momos ne répondent plus. A la mi-septembre, Le Monde a contacté une dizaine de numéros de prétendus « Momo » : la moitié sont invalides, l’autre n’est plus active depuis mi-août. Le site 20 Minutes, qui s’y était essayé quelques semaines plus tôt, n’a pas eu plus de chance.
Depuis, plusieurs médias tentent de démythifier le « Momo challenge ». En Inde, le site anglophone de hoaxbusting Boomlive rapporte que des cinq décès attribués au pseudo-défi, aucun n’était lié à un jeu WhatsApp. De son côté, le Washington Post souligne que de manière générale, aucun lien avec des suicides n’est avéré, et en Suisse, la RTS conclut que l’existence même du « Momo Challenge » ne repose sur aucun témoignage fiable. Pourtant, celui-ci continue de faire peur. Sur ce point au moins, la Grasa a réussi son effet.




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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Le film de Robin Campillo, distingué à Cannes, retrace le combat contre le sida des militants d’Act Up dans les années 1990.
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« 120 battements par minute » : une contagion de la colère, de l’amour et du partage

Le film de Robin Campillo, distingué à Cannes, retrace le combat contre le sida des militants d’Act Up dans les années 1990.



LE MONDE
 |    18.09.2018 à 15h45
    |

                            Thomas Sotinel








                        


Canal+, mardi 18 septembre à 21 h 05, film

   


A première vue, c’est une ponctuation terrifiante qui scande le voyage infernal et magnifique des héros de 120 battements par minute : la caméra attrape des grains de poussière qui flottent dans les faisceaux de lumière, au-dessus d’une piste de danse ; insensiblement, ces particules prennent des formes organiques jusqu’à se faire cellules et virus, qui s’assemblent, se divisent pour mieux se multiplier.
Il en va de cette image inventée par Robin Campillo comme du reste de son film : ce qui semble au premier abord une métaphore funèbre (la mort est dans l’air, puisque nous sommes au pic de l’épidémie de sida, au moment où la médecine n’apporte aux malades d’autre secours que palliatif) est aussi une représentation de la vie. La contagion, c’est la diffusion de la maladie, c’est aussi le partage de la colère, de l’énergie ; le virus se transmet, comme les informations et le savoir qui permettront d’en limiter la propagation, d’élaborer des thérapies efficaces. Bref, Campillo renverse cul par-dessus tête la vieille scie attribuée à Cocteau : « Le cinéma, c’est filmer la mort au travail. » Devant sa caméra, c’est la vie – celle de ceux qui ne sont plus, celle de ceux qui ont été sauvés grâce à ce combat – qui s’épanouit.
Pour jeter ce pont du néant à l’existence, Robin Campillo a puisé dans sa mémoire de militant d’Act Up. Scénariste et monteur de son film, il lui donne une pulsation rapide (celle des titres électro sur lesquels on dansait alors, celle d’un cœur au bord de l’affolement) qui impose l’urgence dans laquelle vivent ses personnages, militants que la ­maladie ou l’infection a réunis. Dès la première séquence, qui montre le débat qui suit une intervention spectaculaire du groupe lors d’une réunion de l’Agence française contre le sida, il donne une réalité physique à la dialectique entre les actes et le discours. Et alors qu’on n’a pas encore eu le temps de faire connaissance avec les personnages, on discerne très bien cette autre dialectique, plus mystérieuse, entre les affects individuels et l’engagement collectif.
Les étincelles jaillissent
Prenez le personnage d’Hélène (Catherine Vinatier), mère d’un jeune garçon hémophile contaminé par transfusion. Elle détonne dans un groupe majoritairement gay, dont elle est l’aînée d’une quinzaine d’années. Et son statut de mère bienveillante vole en éclats lorsqu’elle demande, au grand scandale des jeunes plus libertaires, l’emprisonnement des responsables de la contamination. Entre l’utopie et la rétribution, entre la fermeté doctrinale (voire la raideur) et l’amour maternel, les étincelles jaillissent.
Peu à peu, deux figures se détachent. Nathan (Arnaud Valois), nouveau venu dans l’association, et Sean (Nahuel Pérez Biscayart), vétéran d’un combat que la maladie rend de plus en plus difficile à livrer. Ils sont portés par le même courant, mais il apparaît qu’ils n’ont pas la même route à parcourir, ce qui ne les empêche pas de s’aimer. Cet amour éphémère à l’ombre d’une fin à laquelle Sean ne peut échapper est d’autant plus bouleversant que nous savons aujourd’hui qu’il ne s’en fallait que de quelques mois pour qu’il en aille autrement.
Campillo laisse de côté les effets faciles, demandant à ses acteurs d’emmener leurs personnages jusqu’au bout du chemin, sans ­effets spéciaux, sans paroxysmes pour parvenir à la vérité d’un moment qui resterait autrement enfoui. Ici, la fin de la vie, c’est encore la vie.
120 battements par minute, de Robin Campillo. Avec Nahuel Pérez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel, Antoine Reinartz (Fr., 2017, 140 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Equipement moderne, diversité des films... le dernier rapport du Centre national du cinéma (CNC) rappelle que le 7e art est dynamique en France.
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« Les Français sont les plus grands cinéphiles d’Europe »

Equipement moderne, diversité des films... le dernier rapport du Centre national du cinéma (CNC) rappelle que le 7e art est dynamique en France.



LE MONDE
 |    18.09.2018 à 12h01
 • Mis à jour le
18.09.2018 à 12h08
    |

            Nicole Vulser








                        



   


Hommage appuyé aux frères Lumière, les pionniers du septième art. Cent vingt-trois ans après la projection publique de La Sortie de l’usine Lumière à Lyon, Frédérique Bredin, la présidente du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), s’est réjouie, lundi 17 septembre, que « les Français soient les plus grands cinéphiles d’Europe ». Ils devancent les Anglais, les Allemands, les Espagnols et les Italiens. Il faut dire que l’Hexagone bénéficie encore aujourd’hui du plus important parc cinématographique du Vieux Continent, avec 2 046 salles obscures et plus de 5 909 écrans.
Dans le rapport annuel du CNC sur la géographie du septième art en France, rendu public mardi, les auteurs soulignent la création nette de « 67 nouveaux écrans l’an dernier ». Avec l’arrivée des multiplexes, la capacité d’accueil des cinémas français s’est accrue de 8 % en dix ans et le nombre de séances a lui aussi augmenté (de 24 %) au cours de cette période.

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                Le cinéma étend un peu plus sa toile en France



Près de 1 700 communes sont dotées d’au moins une salle de cinéma, qui reste souvent « le dernier lieu culturel de proximité et joue un lieu de rencontre nécessaire pour animer le centre-ville », explique la présidente du CNC. Grâce à cet ancrage territorial, « plus d’un Français sur deux ­dispose d’une salle de cinéma près de chez lui », poursuit-elle.
De surcroît, les banlieues sont particulièrement bien équipées en salles obscures avec un fauteuil pour 32 habitants, contre un fauteuil pour 58 en moyenne en France. A l’inverse des producteurs et des distributeurs indépendants, Mme Bredin affiche son optimisme et assure que l’exploitation cinématographique se porte bien : la fréquentation se maintient à un niveau élevé (209 millions d’entrées en salles en 2017), soit un bond de plus de 22 % en vingt ans.
Plus des deux tiers de la population (environ 42 millions de spectateurs) se sont « fait une toile » l’an dernier. Autre record européen : les Français culminent en tête des spectateurs les plus assidus, avec une moyenne annuelle de 3,3 entrées par salle par habitant, contre 2,6 au Royaume-Uni ou 2,2 en Espagne.
Maillage territorial d’une densité exceptionnelle
L’étendue du parc ainsi que la ­diversité des films proposés ­expliquent cette performance. Les 1 204 salles d’art et essai jouent un rôle prépondérant et représentent un tiers de la fréquentation totale. Le maillage territorial de ces salles reste d’une densité exceptionnelle, y compris dans les petites villes de moins de 10 000 habitants.
Au sein de cet écosystème, tous les acteurs ne sont pas logés à la même enseigne, les multiplexes tirant largement leur épingle du jeu. La recette moyenne par entrée y atteint 7,23 euros, contre 5,05 euros pour les petites salles. Sans compter que le taux d’occupation y est plus élevé (15,5 %) que la moyenne des salles (13,9 %).

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                Les mercredis de l’angoisse du cinéma d’auteur



La France reste aussi le premier marché européen en termes de recettes en salle, avec 1,38 milliard d’euros en 2017, là encore devant le Royaume-Uni (1,27 milliard) et l’Allemagne (1 milliard). Le prix moyen de la place (6,59 euros en 2017) varie aussi selon les villes, Paris restant la plus onéreuse en la matière.
Si l’âge moyen du spectateur s’élève à 38 ans, les 15-49 ans sont surreprésentés dans les multiplexes, tandis que les salles d’art et essai drainent un public plus âgé. Les habitudes ont la vie dure, puisque 80 % des spectateurs fréquentent toujours le même cinéma.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ L’acteur américain, qui incarne l’un des deux frères Sisters, est à l’origine du film de Jacques Audiard, avec la productrice Alison Dickey.
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John C. Reilly, cow-boy malgré lui

L’acteur américain, qui incarne l’un des deux frères Sisters, est à l’origine du film de Jacques Audiard, avec la productrice Alison Dickey.



LE MONDE
 |    18.09.2018 à 07h43
 • Mis à jour le
18.09.2018 à 09h36
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

Peut-on tenir le premier rôle dans un western sans être le tombeur attitré du cinéma ? Incarner Eli, cow-boy malgré lui qui se dégoûte d’être une brute, c’était le rêve de John C. Reilly, 53 ans, le rouquin à la bouille ronde. « Lis ça ! », lui avait dit, il y a quelques années, sa femme, la productrice Alison ­Dickey, en lui tendant le roman de Patrick deWitt, Les Frères Sisters (Actes Sud, 2012) : « J’ai lu le livre en une journée. La complexité du personnage m’a séduit. A l’intérieur, Eli n’est pas ce tueur avide d’argent. J’aime cette dualité. Avec Alison Dickey, on a acheté les droits du livre et on s’est quasiment donné pour mission de le faire adapter au cinéma », raconte John C. (pour Christopher) Reilly, complet veston assorti au bleu du ciel. « Jacques Audiard est l’un des réalisateurs les plus brillants. Surtout, nous voulions un regard d’artiste, quelqu’un qui puisse travailler en toute liberté et avoir le “final cut” [le regard final]. Ce qui est rare dans le cinéma américain. »

L’acteur, plutôt joyeux, qui se met à chanter pendant l’interview, assure « ne pas avoir d’ego ». Il est juste « heureux » d’exercer le métier qu’il a choisi depuis son enfance à Chicago. « Je suis un ­comédien adaptable, c’est sans doute le fil conducteur de tous ces rôles différents que j’ai pu jouer », explique celui qui a commencé, en 1989, dans Carnage, de Brian De Palma. Sous la direction de Paul Thomas Anderson, il a été un parieur dans Double mise (1996), une star du porno dans Boogie ­Nights (1997), un flic dans Magnolia (1999). Il a tourné avec Woody Allen (Ombres et brouillard, 1991), Terrence Malick (La Ligne rouge, 1998), Rob Marshall (Chicago, 2002), puis Martin Scorsese, ­Robert Altman, Roman Polanski, Will Farrell,etc. « Sur le plateau, je veux être le meilleur ami de mon partenaire devant la caméra. »...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Le cinéaste s’essaie avec succès à un nouveau genre avec son film porté par John C. Reilly et Joaquin Phoenix.
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Article sélectionné dans La Matinale du 17/09/2018
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« Les Frères Sisters » : Jacques Audiard sur les terres du western

Le cinéaste s’essaie avec succès à un nouveau genre avec son film porté par John C. Reilly et Joaquin Phoenix.



LE MONDE
 |    18.09.2018 à 06h26
 • Mis à jour le
18.09.2018 à 09h35
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

L’avis du « Monde » – à voir
La confrontation à l’Amérique est une expérience sporadiquement tentée par des auteurs français. C’est une manière de se mesurer au mythe, au genre, à la source même du grand rêve cinéphilique. Il s’agit généralement d’un « one shot », plus ou moins couronné de succès tant les conditions de tournage s’avèrent difficiles pour les étrangers au sérail hollywoodien. On se souvient, notamment, d’un road-movie délavé par Bruno Dumont (Twentynine Palms, 2003), d’un faux mélo muet ourdi par Michel Hazanavicius (The Artist, 2011), d’un film de psychanalyse sondé par Arnaud Desplechin (Jimmy P., 2013).

Jacques Audiard marche aujourd’hui dans leurs pas en choisissant rien de moins que le western, genre canonique reposant peu ou prou six pieds sous terre, donc risqué à exhumer. L’affaire se présente comme suit, telle que retravaillée du roman éponyme à succès de l’écrivain canadien Patrick deWitt (Actes Sud, 2012). Deux redoutables tueurs à gages, Eli Sisters (John C. Reilly) et Charlie Sisters (Joaquin Phoenix) chevauchent, aux alentours de 1850, l’Ouest américain de l’Oregon à la Californie. Leur but est de régler son compte à Hermann Kermit Warm (Riz Ahmed), chimiste malin qui a inventé une ­formule secrète transformant la ruée vers l’or en promenade de santé. L’adjonction d’une substance particulière dans les rivières aurifères permet en effet la ­coloration instantanée, et donc la récolte d’autant plus fructueuse, du précieux métal.
Conte de fées onirique
Souci : Warm conserve par-devers lui la mirifique formule. Double souci : il la tient secrète moins pour son enrichissement personnel que pour l’édification d’une cité socialiste et égalitaire, implantée à Dallas, qu’il espère voir prospérer en ces terres sauvages du Nouveau Monde. Autant dire que Warm est une sorte d’hérésie vivante au pays de la conquête de l’Ouest, de la libre entreprise et de la loi du plus fort. C’est ce...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ L’avant-dernier film du cinéaste, tourné loin d’Hollywood et de Marlene Dietrich, ressort en salle.
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Reprise : « Anatahan », le rêve japonais de Sternberg

L’avant-dernier film du cinéaste, tourné loin d’Hollywood et de Marlene Dietrich, ressort en salle.



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 07h00
   





                        


Par Jeanne Esperabet

   


Le cinéma de Josef von Sternberg aura surtout raconté l’histoire d’un visage, celui de sa muse et plus chère collaboratrice, Marlene Dietrich. L’actrice aura traversé son cinéma comme certaines vies le sont parfois par une seule grande histoire d’amour qui les contient toutes. A l’extrémité de sa filmographie, brille pourtant Anatahan (1953), avant-dernier film du cinéaste, qui est une échappée loin des terres hollywoodiennes et de Dietrich en même temps qu’une sorte d’épure récapitulative de son propre cinéma.
Cette épure, Sternberg la trouvera au Japon. Son désir de tourner un film nippon remonte aux années 1930, mais le cinéaste attendra une vingtaine d’années avant de pouvoir concrétiser ce projet. Il cherche un sujet, il en trouvera un dans un article de quatre lignes paru dans le New York Times relatant l’histoire vraie, survenue pendant la seconde guerre mondiale, d’une femme et d’un groupe de pêcheurs et de soldats naufragés pendant sept ans sur l’île d’Anatahan, dans l’océan Pacifique. Les médias locaux finirent par découvrir qu’une poignée d’hommes qui vécurent sur l’île seraient morts dans des conditions mystérieuses.
Un espace mental
Des hommes, une femme, une île : il n’en faut pas plus à Sternberg pour que la fiction naisse et s’enfièvre. Pas plus aussi pour, finalement, se sentir chez lui. Il ne souhaite pas réaliser un film hollywoodien au Japon mais une œuvre nourrie par l’art japonais dont il est un fervent admirateur. Il s’entoure d’une équipe technique exclusivement locale, les acteurs sont, pour la plupart, de simples amateurs croisés au hasard, et son unique actrice, Akemi Negishi, est une danseuse de revue de 18 ans. Son immersion et sa connaissance de cette culture n’empêcheront pas la critique japonaise de l’époque de lui reprocher de porter un regard exotique et colonial.
La faute peut-être à un malentendu : le cinéma de Sternberg ne s’est jamais préoccupé d’enregistrer une réalité tangible, concrète, documentaire, mais rend compte d’un espace mental, une vision enfouie en lui et qu’il n’y aurait plus qu’à éclairer. Le dépaysement n’est ici qu’un prétexte à se reterritorialiser ailleurs, à prouver que la puissance d’un style ne dépend pas d’un pays et d’une industrie. La critique a pu être heurtée par le choix de Sternberg de ne pas traduire les dialogues de son film pour préférer nous guider en voix off à travers l’intrigue. Loin d’être une marque de démiurgie, ce ressort permet au récit de s’apparenter à un mythe immémorial que le cinéaste-conteur transmettrait.
La terre du déni
Un détail exprime cette supériorité, chez lui, de l’artifice sur le document : Sternberg s’est rendu au Japon pour tourner Anatahan mais le film a été entièrement réalisé en studio. La nature luxuriante, construite de toutes pièces, qui enveloppe les naufragés ne prétend pas être autre chose qu’un fantasme de nature, de même que Keiko, seule présence féminine, est présentée comme « la dernière femme sur Terre » ou « la Reine des abeilles ». Une pure apparition, typique du cinéaste : féminine, souveraine et fatale pour les hommes qui se risquent à l’approcher. D’un pays à l’autre, le paradigme de Sternberg n’a pas lieu de changer : les hommes sont les pantins de leur propre désir, le sexe dirige le monde.
Seule concession faite au document, Anatahan est percé en son milieu par des images documentaires montrant la défaite japonaise et le retour des soldats au sein de leurs familles. Cette douloureuse réalité, les naufragés se refusent à y croire. Anatahan est la terre du déni, un écosystème à l’image du cinéma de Sternberg : le temps se suspend, le désir brûle, et l’on en sort à la manière hébétée dont on s’extirpe d’un songe.

Film américain de Josef von Sternberg (1953). Avec Akemi Negishi, Tadashi Suganuma, Kisaburo Sawamura, Shoji Nakayama (1 h 34).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Chaque semaine, « L’Epoque » paie son coup. Un lundi soir, dans un bar du 11e, à Paris, le comédien est venu parler de sa passion dévorante, le cinéma.
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Un apéro avec Vincent Lacoste : « C’est une vie bizarre d’être acteur »


                      Chaque semaine, « L’Epoque » paie son coup. Un lundi soir, dans un bar du 11e, à Paris, le comédien est venu parler de sa passion dévorante, le cinéma.



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 06h41
    |

            Laurent Carpentier








                              

                        

« Mauvais jour ça, le lundi. C’est bon pour la déprime, pas pour boire un coup. » Il renvoie sa casquette sur ses oreilles et ponctue sa phrase de ce petit hin hin hin nasal qui caractérise son rire enfantin : Vincent Lacoste est à un âge qui hésite encore entre l’adolescent et l’adulte. Son repaire, Aux Deux Amis, rue Oberkampf, dans le 11e arrondissement de Paris, est fermé ; le Black Mad Crawler, un peu plus loin sur le boulevard Richard-Lenoir, aussi. « Pas grave, on va aller au Banco, un rade de la rue des Trois-Bornes », annonce-t-il. On échoue en fond de salle. « Tchin tchin ! »
C’est désormais son quartier. Depuis ses 18 ans, quand il a quitté Guy-Môquet et le 17e arrondissement de Paris où il a grandi, il a fait d’Oberkampf sa tanière. Il en connaît les nuits, qu’il arpente avec ses amis, Antoine de Bary, Félix Moati, Félix de ­Givry… tous gens du cinéma, tendance jeune garde. « De toute façon, dans le 11e il n’y a que ça, des acteurs. » Le jeune homme en convient : il ne tient pas en place, et lorsqu’il est chez lui, c’est pour avaler des films dans une cinéphilie gloutonne et polymorphe. « Quand je ne mate pas de films, je déprime, constate-t-il, placide. Cette année, j’ai tellement enchaîné les tournages et les promos que je n’ai même pas pu voir le Spike Lee ou le dernier David Robert Mitchell ! »
« Je me vois comme un mec normal. Je ne peux pas dire que je me trouve terrible. Mais bon, je m’aime bien »
Après Plaire, aimer et courir vite, de Christophe Honoré, sorti au printemps, Vincent Lacoste est à l’affiche de Première année, de Thomas Lilti (le 12 septembre), puis on le verra dans Amanda, de Mikhaël Hers, en octobre, et Deux fils, de Félix Moati, prévu pour le début de l’an prochain. A seulement 25 ans, il alignera ainsi vingt-trois films. Et déjà trois nominations aux Césars, pour Les Beaux Gosses...




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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Intégrale de ses films, reprises en salle, adaptations théâtrales : la lanterne magique du génie de Farö illumine l’automne.
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Article sélectionné dans La Matinale du 14/09/2018
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Ingmar Bergman, la saga de l’intime

Intégrale de ses films, reprises en salle, adaptations théâtrales : la lanterne magique du génie de Farö illumine l’automne.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 17h25
 • Mis à jour le
16.09.2018 à 19h43
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Il aurait eu 100 ans le 14 juillet 2018. Il est ce que la Suède a légué de plus exaltant au monde en matière artistique. Il incarne un art (le cinéma) et une notion (l’auteur) portés à leur plus haut degré de liberté et de rayonnement durant le XXe siècle. Il est un créateur prodigue, une personnalité torturée, un serial séducteur, un surgeon tardif du romantisme. Ce génie, cette statue, ce mythe, ce croque-mitaine, tout le monde l’a reconnu : Ingmar Bergman, mort en son île de Farö le 30 juillet 2007. La cinquantaine de films qu’il a réalisés entre 1946 et 2003, parmi lesquels un nombre de chefs-d’œuvre inaccoutumé, sont la part visible d’un ­iceberg artistique qui comprend le théâtre, la télévision, la radio, l’écriture, autant de domaines qu’on aurait tort de juger anecdotiques en regard de sa création cinématographique.

Les cinéphiles connaissent la vulgate par cœur, jusque dans sa part de légende, soigneusement entretenue par l’auteur dans sa délectable autobiographie, Laterna magica (Folio-Gallimard, 1987). Rien que de très logique : quand on s’appelle Bergman, réalité et imaginaire font partie d’un grand tout qui saisit l’homme. L’éducation rigoriste d’un père pasteur luthérien, l’amour fou pour la mère, la macération comme valeur familiale, et sur ces rails le mal-être névrotique du futur artiste-homme tant bien que mal transcendé par la création. De ce côté, passion dévorante du théâtre et du cinéma, répartie avec la régularité du métronome en saisons créatives, sous l’influence fondatrice de deux grands maîtres nationaux (Victor Sjöström et August Strindberg) et du mouvement néoréaliste italien qui bouscule sévèrement le monde du cinéma à l’aube de sa carrière.
Psychanalyse à ciel ouvert
Ce que Bergman va en son nom propre ­inventer, c’est la puissance exploratoire du cinéma telle qu’elle puise dans la psyché de l’artiste les formes à la fois évanescentes et ratiocinantes d’un monde miraculeusement cristallisé...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Il a fallu attendre les années 1990, et plus encore sa mort, pour que ses compatriotes prennent définitivement conscience de l’importance historique du réalisateur.
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Ingmar Bergman en Suède : une personnalité controversée et un cinéaste méconnu

Il a fallu attendre les années 1990, et plus encore sa mort, pour que ses compatriotes prennent définitivement conscience de l’importance historique du réalisateur.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 17h24
 • Mis à jour le
14.09.2018 à 17h28
    |

            Anne-Françoise Hivert (Malmö (Suède), correspondante régionale)








                        



                                


                            

Dans les années 1970, ­Maaret Koskinen, spécialiste d’Ingmar Bergman, étudiait au Canada. A l’époque, se souvient-elle, l’œuvre du cinéaste « faisait naturellement partie des cours proposés aux étudiants en ­cinéma » outre-Atlantique. Mais en Suède, rien de tel. Il a fallu attendre la fin des années 1990, et même plus tard parfois, pour que les grandes universités commencent à l’inscrire au programme. Maaret Koskinen, pour sa part, a signé la première thèse de doctorat lui étant consacrée, en 1993.

Si Bergman a depuis longtemps un statut de monstre sacré du ­cinéma à l’étranger, ses concitoyens continuent d’éprouver des sentiments ambivalents à son égard. Pour une majorité de Suédois, qui trouvent son art « difficilement abordable », constate la professeure de cinéma, il a « aussi peu d’importance aujourd’hui qu’avant ». Pour les initiés, c’est différent : « Beaucoup commencent à réaliser l’importance qu’on lui accorde à l’étranger. » Les célébrations du centenaire de sa naissance, en 2018, ont eu le mérite de le montrer une fois de plus.
La prise de conscience a eu lieu après sa mort, le 30 juillet 2007, quand « des journaux comme le New York Times ou Le Monde en ont fait leur “une” », observe Jan Holmberg, président de la Fondation Bergman, à Stockholm. Parce que, dit-il, « personne n’est prophète en son pays et encore moins dans un tout petit pays comme la Suède », la réputation de Bergman y était jugée « surestimée », basée sur un malentendu.
Manque d’engagement politique
A l’étranger, Bergman est considéré comme un cinéaste suédois qui « dépeint la société scandinave ». Les Suédois, au contraire, « estiment que ses films n’ont rien à voir avec eux et l’identité suédoise », explique Jan Holmberg. En pleine expansion, le royaume souhaite projeter à l’extérieur l’image d’une société florissante, œuvrant à l’épanouissement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ La réalisatrice Jane Magnusson s’est intéressée à l’année 1957 dans la carrière du cinéaste.
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« Bergman, une année dans une vie » : une montagne trop haute pour les documentaristes

La réalisatrice Jane Magnusson s’est intéressée à l’année 1957 dans la carrière du cinéaste.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 17h23
 • Mis à jour le
14.09.2018 à 17h27
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Jane Magnusson, réalisatrice suédoise, s’attaque, pour le centenaire, au monstre local, l’incernable Ingmar Bergman. La montagne est haute et la tâche est rude. Du moins le film tente-t-il quelque chose d’original, en faisant de l’année 1957 la pierre de touche non seulement de sa création mais, si l’on peut dire, plus largement de la « bergmanitude ». Non sans quelques arguments, quand bien même d’autres dates auraient été envisageables.

1957 est en effet l’année de la consécration internationale avec la sortie du Septième Sceau et des Fraises sauvages. De l’invention avec ces mêmes films du cinéma comme exposition du monde intérieur. De l’accès enfin à une indépendance placée sous le signe de la boulimie et de l’ulcère récidivant. Outre les deux films cités, Bergman monte en effet dans cette même année quatre pièces de théâtre, dont un Peer Gynt de cinq heures, réalise un téléfilm et une émission de radio. Il en est par ailleurs à son troisième mariage et à son sixième enfant, vit avec son épouse Gun Grüt, mène une relation extraconjugale avec Bibi Andersson et rencontre celle qui deviendra bientôt sa quatrième femme, la pianiste Käbi Laretei.
C’est donc sous les auspices d’une profusion un peu suspecte que le film place l’artiste, s’autorisant de ­fréquentes embardées en amont et en aval de l’année canonique pour confirmer le diagnostic.
Ecorner le mythe
Profusion, sans doute, du génie totémique et de l’inventeur polymorphe, mais aussi bien profusion névrotique que le film va dévoiler par le détail, témoignages circonstanciés à l’appui, histoire tout de même d’écorner le mythe. Mensonges de son autobiographie où il se déclare victime d’un sadisme paternel dont son frère aîné aurait seul fait les frais. Mensonge par atténuation de son soutien au nazisme qui dure plus longtemps qu’on ne le croyait. Avec cela, l’ordinaire : amant insatiable, père irresponsable, artiste...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Les compagnies tg STAN et De Roovers font l’ouverture théâtrale du Festival d’automne, à Paris, avec « Infidèles », d’après un scénario écrit par le cinéaste.
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Les passions bergmaniennes prises dans les jeux de rôles de deux collectifs belges

Les compagnies tg STAN et De Roovers font l’ouverture théâtrale du Festival d’automne, à Paris, avec « Infidèles », d’après un scénario écrit par le cinéaste.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 17h19
    |

                            Fabienne Darge








                        



                                


                            

Sont-ils des acteurs ? Des personnes ? Des personnages ? La frontière n’est pas claire, sur l’avant-scène du Théâtre de la Bastille, à Paris, où deux femmes et deux hommes se tiennent devant vous et vous regardent, pendant un bon quart d’heure, avant que la représentation au sens strict ne commence.
Cette frontière poreuse entre le théâtre et la vie, le collectif belge tg STAN l’explore inlassablement depuis trente ans, au fil de multiples variations toujours réjouissantes. En cette rentrée, voilà « les Stan », comme les appelle leur public fidèle, de retour à Paris, où ils font l’ouverture théâtrale du Festival d’automne, en compagnie d’une autre bande anversoise répondant au nom de De Roovers.
La vie comme théâtre
Et les voilà avec Ingmar Bergman, qui est un de leurs auteurs de prédilection : après Infidèles, ils présenteront, toujours au Théâtre de la Bastille, Atelier et Après la répétition. Leur rencontre avec Bergman relève de l’évidence, tant le cinéaste, également metteur en scène de théâtre et auteur, n’a cessé d’affronter son existence, sa propre folie, comme matière même de son œuvre, à l’image de son aîné Strindberg : la vie comme théâtre, avec toutes ses démesures, le théâtre pour ­arriver à vivre.

Le spectacle, que jouent et signent Ruth Becquart, Robbie Cleiren, Jolente De Keersmaeker et Frank Vercruyssen (pas de metteur en scène attitré dans ce théâtre-là), s’inspire d’un scénario écrit par Bergman et dont Liv Ullmann, actrice et compagne du maître, a tiré un film, en 2000. Le cinéaste s’y montre quasiment sans masque, reclus sur son île, et remontant le fil de ses souvenirs, après avoir retrouvé, dans le tiroir de son bureau, une photo de femme.
C’est une histoire banale, à laquelle l’artiste suédois a donné, comme dans ses films, une vérité humaine inouïe
Cette femme, Marianne (ainsi s’appelait le personnage de Liv Ullmann dans Scènes de la vie conjugale), est au cœur...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Un tiers des films présentés (sur 342) au TIFF avaient un premier rôle féminin et un tiers étaient réalisés par des femmes.
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Toronto, festival de l’ère post-Weinstein

Un tiers des films présentés (sur 342) au TIFF avaient un premier rôle féminin et un tiers étaient réalisés par des femmes.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 17h15
 • Mis à jour le
16.09.2018 à 06h35
    |

                            Thomas Sotinel (Toronto (Canada), envoyé spécial)








                        



                                


                            

Le 5 octobre 2017, trois semaines après la fin de l’édition du Toronto International Film Festival (TIFF), le New York Times publiait sa première enquête sur les agressions sexuelles dont était accusé le producteur américain Harvey Weinstein. Moins d’un an plus tard, la manifestation canadienne – le TIFF est le plus grand festival de cinéma des Amériques – s’est donné les moyens d’assimiler les leçons du séisme.
Dès l’annonce du programme, cette volonté était clairement affichée. Un tiers de films (sur 342) réalisés par des femmes ; un tiers de films dont le premier rôle est féminin ; une nouvelle direction paritaire (un tandem formé du directeur artistique Cameron Bailey et de la productrice Joana Vicente succède à Piers Handling, qui s’est retiré après vingt-cinq ans à la tête de la manifestation) ; une majorité de femmes parmi les programmateurs : les chiffres et l’organigramme donnaient à Toronto une longueur d’avance sur les autres grands festivals, particulièrement sur celui de Venise.

Restait à savoir si l’argument avancé, encore et encore (récemment par le directeur de la Mostra), pour justifier la faible présence féminine dans les sélections – on ne choisit pas les films en fonction du genre du réalisateur, mais de leur qualité, et il se trouve que les meilleurs sont l’œuvre d’hommes – allait saper les efforts de l’équipe canadienne.
Une sensation de changement profond
Alors que le TIFF touche à sa fin (le 16 septembre), il s’en dégage une sensation de changement profond, qui tient aussi bien au travail des femmes cinéastes qu’aux nouveaux espaces que se sont ménagés les actrices. En témoignaient, par exemple, les premières mondiales de High Life, de Claire Denis et de ­Widows, de Steve McQueen.

Attendu à Cannes, puis à Venise, le film de science-fiction de l’auteure de Beau Travail a fasciné et déconcerté. A la fois expérience nouvelle (c’est la première fois que Claire...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Refus de subventions et de visas d’exploitations, l’industrie cinématographique est à la peine malgré l’éclosion d’une génération de cinéastes talentueux. Plusieurs longs-métrages connaissent un succès international.
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En Algérie, le mauvais film de la censure politique


                      Refus de subventions et de visas d’exploitations, l’industrie cinématographique est à la peine malgré l’éclosion d’une génération de cinéastes talentueux. Plusieurs longs-métrages connaissent un succès international.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 14h35
 • Mis à jour le
16.09.2018 à 06h34
    |

            Charlotte Bozonnet








   


Ce devait être une simple formalité. Un visionnage administratif. Après tout, le réalisateur algérien Bachir Derrais avait obtenu d’importants fonds publics pour tourner son film : un biopic sur la vie de Larbi Ben M’Hidi, héros du mouvement de libération nationale, tué en 1957 par les paras français. C’était compter sans le contrôle tatillon et anachronique des autorités algériennes.
Le 30 août, le Centre national d’études et de recherches sur le mouvement national et la révolution du 1er novembre 1954, un organisme dépendant du ministère des anciens combattants, le mettait en demeure : « Il est strictement interdit de projeter le film ou de l’exploiter sous une quelconque forme, jusqu’à la levée des réserves et à l’accord final sur son contenu. » Le film de Bachir Derrais est jugé non conforme au scénario initial. « C’est faux. Il y a forcément des ajustements au cours d’un tournage, mais ça ne va pas plus loin », se défend le cinéaste.
« On a fait beaucoup de films sur la révolution, mais souvent selon une vision presque officielle de l’Histoire. J’ai voulu dépoussiérer cela. » Bachir Derrais, cinéaste
Selon lui, les problèmes sont ailleurs : les autorités auraient trouvé l’œuvre « trop politique », ne présentant pas assez de « scènes de guerre ». Elles lui reprocheraient d’avoir trop mis l’accent sur les conflits internes au Front de libération nationale (FLN) de l’époque. « On a fait beaucoup de films sur la révolution, mais souvent selon une vision presque officielle de l’Histoire. J’ai voulu dépoussiérer cela », souligne Bachir Derrais qui a intenté plusieurs recours.

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Les mystérieux critères du « visa culturel »
Quelques jours plus tard, la censure visait une institution du cinéma indépendant en Algérie : les Rencontres cinématographiques de Béjaïa (RCB). Lancé en 2003, au sortir de la guerre civile, ce festival, qui se tient en septembre, est un espace d’expression unique pour les jeunes réalisateurs algériens. Vendredi 7 septembre, il annonçait suspendre ses activités en raison de la censure du film de clôture. Traitant de la contestation sociale, Fragments de rêves, de Bahia Bencheikh El Fegoun, n’a pas reçu le « visa culturel », sésame délivré par le ministère de la culture selon de mystérieux critères.

   


Les deux affaires mettent en lumière l’extrême difficulté rencontrée par le monde du cinéma en Algérie. Cette contrainte n’est pas nouvelle, rappelle le réalisateur chevronné Malek Bensmaïl, qui a souvent fait face à la censure, notamment pour le documentaire Contre-pouvoirs, récit de la campagne présidentielle de 2014 depuis les locaux du quotidien El Watan. Ces pressions se sont parfois exercées jusqu’en France, comme en 1999 avec Boudiaf, un espoir assassiné, un temps déprogrammé. Il estime toutefois que « la situation va en s’aggravant » : « On est dans un pays où l’image fait très peur au pouvoir. »
Les films historiques sont particulièrement visés, comme si le pouvoir vieillissant n’avait plus que ce passé de lutte contre le colonisateur français pour défendre sa légitimité.
Industrie cinématographique au point mort
Depuis une loi adoptée en 2011, les productions traitant de la guerre de libération sont soumises « à l’approbation préalable du gouvernement ». Mais c’est tout le septième art qui est en souffrance. Dans un pays qui reste la seule nation arabe à avoir obtenu une Palme d’or à Cannes (en 1975, avec Chronique des années de braise, de Mohammed Lakhdar-Hamina), l’industrie cinématographique est au point mort ; et on n’y compte plus qu’une quarantaine de cinémas, contre environ quatre cents dans les années 1970. Aux violences de la décennie noire (1991-2002), qui ont vidé les salles obscures, se sont ajoutées la censure et l’absence de politique volontariste.
« Ils nous ignorent, ils s’arrogent un contrôle sur la culture, la maîtrise de la conscience collective d’une société. Ce qu’ils font est violent. » Sofia Djama, réalisatrice des « Bienheureux »
Sofia Djama est la réalisatrice du film Les Bienheureux, sorti en France en 2017. Pour le financer, elle s’est notamment adressée au Fdatic, le Fonds algérien de développement de l’art, de la technique et de l’industrie cinématographique. « En Algérie, c’est très opaque. On ne sait pas qui préside la commission, qui en sont les membres, quel budget est alloué et à quels films, raconte-t-elle. Nous n’avons jamais eu de réponse à notre demande. »
Les Bienheureux est une délicate plongée dans la société algérienne et ses blessures au sortir de la guerre civile. Primé en 2017 à la Mostra de Venise, il a connu un succès international. En Algérie, il n’a été projeté qu’à l’Institut culturel français d’Alger, aucun festival ne l’a sélectionné. Une demande de visa d’exploitation a été déposée il y a plus d’un mois, pour l’instant restée sans réponse.
« Bigoterie ambiante »
« Je pense que le film déplaît à cause de la scène du tapis, qui vise à interroger le rapport des gens à la religion – la jeune héroïne joue avec le tapis de prières d’un de ses amis. C’est la bigoterie ambiante. On refuse de brusquer la mentalité d’une partie de la société, on l’infantilise. C’est irrespectueux pour le public algérien », explique Sofia Djama, qui ne cache pas sa colère devant le « mépris » des autorités pour ces jeunes talents : « Ils nous ignorent, ils s’arrogent un contrôle sur la culture, la maîtrise de la conscience collective d’une société. Ce qu’ils font est violent. »

   


La colère habite aussi Yanis Koussim, qui s’est lancé en 2012 dans la réalisation de son premier long-métrage. Pour Alger by Night, chronique d’une capitale tourmentée, il avait bien obtenu en 2013 le soutien du Fdatic « à l’unanimité ». Mais, en mars, les autorités ont cessé de lui verser les subventions. Montrée au ministère, l’ébauche du film aurait été jugée « osée », « mauvaise pour le public algérien ».
Pour poursuivre, Yanis aurait besoin d’un mystérieux « certificat de conformité du scénario et du film ». Sauf que rien ne lui a été notifié. Le cinéaste a écrit au ministère, publié six lettres ouvertes. En vain. « On m’a rapporté des menaces, par exemple que je ne trouverai plus jamais de financement. Mais, franchement, je n’ai rien à perdre. »
Plébiscites à l’extérieur, contraintes à l’intérieur.
Il a lancé une opération de financement participatif, mais des pressions ont été exercées pour que le site Internet ferme sa cagnotte. Son avocate a réussi à contrer la manœuvre.
« Tant que ça fonctionnera comme ça, je ne demanderai plus d’argent à l’Algérie ! Je rêvais depuis si longtemps de ce projet, j’y ai tellement travaillé… Mais les gens qui sont censés te porter, ce sont eux qui te cassent. » Une censure d’autant plus absurde qu’elle paraît vaine. « Demain, je distribue dix clés USB avec mon film dans Alger et rapidement tous les Algériens l’auront vu en streaming. »

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Ces cas ne sont pas isolés. L’Algérie voit éclore depuis plusieurs années une jeune génération de cinéastes, hommes et femmes, talentueux, formés, courageux et qui connaissent un succès grandissant à l’étranger.
A l’image de Karim Moussaoui, le réalisateur d’En attendant les hirondelles, sorti en France en 2017, et du magnifique moyen-métrage Les Jours d’avant (2013), qui relate, à travers deux adolescents d’une cité d’Alger, la descente aux enfers des années 1990. Mais aussi Hassen Ferhani, auteur du documentaire Dans ma tête un rond-point, tourné dans les abattoirs d’Alger et récompensé par de nombreux festivals.
Ils offrent un cinéma intime, capable de saisir la poésie et la dureté de la société algérienne, son histoire et ses espoirs. Des œuvres plébiscitées à l’extérieur, mais contraintes à l’intérieur. Pas plus que le reste de l’Algérie, le septième art n’échappe à l’enfermement et à l’étouffement que le pouvoir politique impose au pays.



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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Trois mois après un scandale d’évasion fiscale, le sort de l’actrice, dont le passeport a été confisqué, reste incertain. Plus grande star du pays, elle fut l’égérie de L’Oréal pour l’Asie et membre du jury au Festival de Cannes.
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Inquiétude sur le sort de l’actrice chinoise Fan Bingbing, bannie des écrans

Trois mois après un scandale d’évasion fiscale, le sort de l’actrice, dont le passeport a été confisqué, reste incertain. Plus grande star du pays, elle fut l’égérie de L’Oréal pour l’Asie et membre du jury au Festival de Cannes.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 06h43
 • Mis à jour le
14.09.2018 à 17h04
    |

            Brice Pedroletti








                        



                                


                            

Son nom a été retiré de l’affiche d’un film à venir. La série dans laquelle elle joue ne sera pas diffusée. On la dit déjà bannie à jamais des écrans chinois. Cruelle mise à mort médiatique que celle qui, par petites touches, grignote l’image et la réputation de Fan Bingbing, qui aura 37 ans le 16 septembre. Plus grande star du cinéma chinois, elle fut l’égérie de L’Oréal pour l’Asie et membre du jury du Festival de Cannes.
Lundi 10 septembre, la chaîne thaïlandaise de duty-free King Power la congédiait des poste d’ambassadrice globale de la marque. Le lendemain, une université chinoise publiait un palmarès de la « responsabilité sociale » des personnalités en vue. Elle a reçu la note de zéro.
Après trois mois d’incertitude sur son sort à la suite d’un scandale de fraude fiscale concernant ses cachets, l’actrice a indirectement donné des nouvelles peu rassurantes, le 6 septembre, quand le Securities Daily, un journal financier chinois, a révélé qu’elle avait été « placée sous contrôle », comprendre une forme ou une autre de détention, et « accepterait les décisions de justice ».
De manière tout aussi inquiétante, le quotidien précise que ses cachets truqués ne sont « que la partie émergée de l’iceberg » : « Elle est également soupçonnée d’avoir pris part à des opérations de prêts illégaux et d’autres formes de corruption », lit-on dans des entrefilets de la presse officielle préparant de futures annonces, comme une arrestation formelle.
La pratique des contrats « yin et yang »
Tout a commencé fin mai, quand Cui Yongyuan, célèbre animateur de télévision, révèle sur Weibo, le Twitter chinois, un extrait de contrat où apparaît le nom de Fan Bingbing. Il feint de s’indigner qu’elle demande 10 millions de yuans (1,25 million d’euros) pour quatre jours de tournage, et toutes sortes d’à-côtés. Ce sont d’abord ses exigences de princesse qui font jaser – les émoluments de sa maquilleuse, son forfait...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde », observe que Netflix divise les deux festivals et provoque une bataille sévère dans la famille cinéma.
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Venise qui rit, Cannes qui pleure

Dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde », observe que Netflix divise les deux festivals et provoque une bataille sévère dans la famille cinéma.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
14.09.2018 à 09h51
    |

            Michel Guerrin (rédacteur en chef au « Monde »)








                        



                                


                            
Chronique. Nous avons joint Alberto Barbera à Venise. Il est le directeur artistique de La Mostra, le festival de cinéma, dont il vient de boucler la 75e édition. A sa voix, on le sent sur un nuage. Son bonheur est à la hauteur d’une cuvée jugée historique. Il y a les films, et il y a la présence de cinéastes à la fois arty et excitants : les frères Coen, Alfonso Cuaron, Damien Chazelle, Jacques Audiard, Laszlo Nemes, et d’autres. Orson Welles aussi, avec un film inachevé.
Venise fanfaronne, alors que le Festival de Cannes, en mai, manquait de noms fameux. Le problème est que c’est lié. Le lien s’appelle Netflix, qui divise les deux festivals et provoque une bataille sévère dans la famille cinéma.
Un film cristallise cette déchirure. Qu’il ait obtenu le Lion d’or à Venise y est pour beaucoup. Il s’agit de Roma, d’Alfonso Cuaron, et c’est un film Netflix, donc destiné en priorité aux 130 millions d’abonnés de la plate-forme de streaming ; visible à la maison et pas en salle. Or ce film devait aller à Cannes. Netflix a dit non, n’acceptant pas de se plier à une règle française : un film en compétition sur la Croisette doit sortir en salle. Puis attendre trente-six mois avant d’être diffusé en streaming. Impensable pour le modèle du groupe américain, qui se fiche des grands écrans. Alors les trente-six mois…

Ce Lion d’or est une première. Pour certains, une provocation visant à fragiliser la salle de cinéma. Comment un festival, temple de l’art, qui projette sur écrans XXL, peut-il accepter des films qui, ensuite, seront vus sur un ordinateur ou une télévision, qui plus est Roma, tourné en format panoramique noir et blanc ?
« La victime sera le public »
Alberto Barbera a aggravé son cas en accueillant six films Netflix à Venise cette année. Quand on lui demande s’il n’a pas vendu son âme au diable, il emboîte ses réponses : « Ma mission est de choisir les meilleurs films, pas...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ L’inclassable actrice et metteuse en scène franco-suisse ose un duo inattendu avec un cheval. A voir du 15 au 23 septembre au Théâtre Nanterre-Amandiers, dans le cadre du 47e Festival d’automne à Paris.
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Laetitia Dosch : la belle et la bête

L’inclassable actrice et metteuse en scène franco-suisse ose un duo inattendu avec un cheval. A voir du 15 au 23 septembre au Théâtre Nanterre-Amandiers, dans le cadre du 47e Festival d’automne à Paris.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 08h00
    |

                            Fabienne Darge








                        



   


C’est peut-être une histoire de peau, de membrane poreuse entre soi et le monde. La peau que Laetitia Dosch a diaphane, comme la plupart des rousses, mais ce n’est pas la raison pour laquelle cette enveloppe délicate, presque transparente, semble fonctionner comme un capteur. Plutôt une affaire de sensibilité, évidemment. En ce soir de juin, la jeune femme vibre de tout son être, sous les grands pins du Domaine d’O, à Montpellier, au sortir de la représentation de Hate : une création dont elle signe le texte et la mise en scène, dans laquelle elle joue, et qui, après Lausanne et Montpellier, arrive à Nanterre, où il ne faut pas la manquer.
Le spectacle est à son image : d’une singularité totale. La belle, sortie d’un tableau de Botticelli, y joue, peau contre cuir, avec la bête. En l’occurrence un cheval nommé Corazon (« cœur », en espagnol), à la robe gris truité. Ils sont nus tous les deux, ce qui se remarque plus chez elle que chez lui. Il semblerait bien que Laetitia Dosch ne fasse rien comme une autre, et ce depuis le début.
« J’ai toujours été la bizarre de la famille », résume-t-elle. Hétérogène à son milieu ultratraditionnel et catholique du 8e arrondissement de Paris. « En même temps, ma famille était étrange, à sa manière, on vivait avec mes grands-parents, oncles et tantes, et au milieu d’animaux, vivants ou morts. A la maison, il y avait deux mondes parallèles : celui des adultes, et celui des animaux et de moi. Mais c’est bien que je sois tombée chez les “cathos”, comme cela, je n’ai pu reproduire aucun schéma », dit-elle avec cet humour léger, faussement naïf, qui la caractérise.
Esprit grinçant
C’est bien dans son lycée privé catholique, pourtant, qu’elle découvre le théâtre, qui la sauve d’une adolescence mutique et solitaire. Et c’est bien dans le théâtre qu’elle plonge, à corps perdu, elle qui apparaît aujourd’hui comme une des égéries du jeune cinéma d’auteur français. Avec un éclectisme, une curiosité, une originalité qui lui font faire le grand écart entre des formes très différentes, qu’elle marque pourtant toujours de son identité.
Elle a joué Shakespeare aux côtésd’Eric Ruf, le patron de la Comédie-Française, ou sous la direction de la metteuse en scène Mélanie ­Leray, tout en furetant dans l’univers nettement plus expérimental et performatif des chorégraphes Marco Berrettini et La Ribot. Et elle a écrit son premier spectacle, ­Laetitia fait péter…, parodie de stand-up, où elle joue une humoriste un peu débile, qui fait des blagues sur les vieux, les juifs et les Noirs. Laetitia Dosch ne craint pas d’avoir l’esprit grinçant.
« Au début ça n’a pas très bien marché pour moi. Je n’étais pas “casable”. On ne savait pas si j’étais drôle ou pas drôle, jolie ou moche. »
« Ma vocation, c’est vraiment d’être actrice, précise-t-elle. Tout pour moi est parti de là, de l’amour des acteurs au cinéma, Meryl Streep en tête. Si j’avais eu beaucoup de boulot intéressant, je n’aurais jamais écrit, je crois. J’ai profondément le goût du jeu, de rentrer dans un personnage, de le fouiller et de le transmettre à d’autres. Mais voilà, au début ça n’a pas très bien marché pour moi. Je n’étais pas “casable”. On ne savait pas si j’étais drôle ou pas drôle, jolie ou moche. »
Tant mieux pour elle. Laetitia Dosch a travaillé sa singularité, et déployé une palette d’univers, de registres et d’intérêts hors du commun dans un monde où les jeunes actrices sont souvent des produits interchangeables. Et laissé s’épanouir un jeu, une façon d’être, qui est un cocktail unique de fantaisie, de radicalité, d’acuité, de douceur, de force et de fragilité.
Elle peut parler du jeu d’acteur pendant des heures – elle a d’ailleurs écrit des portraits de comédien (ne) s pour les Cahiers du cinéma –, insiste sur le fait que c’est un métier à travailler « et pas seulement de la présence ou de la manipulation par un metteur en scène », se place sous les figures tutélaires de Meryl Streep mais aussi de Jeanne Moreau, Romy Schneider ou Delphine Seyrig, des actrices des années 1970 comme Miou-Miou ou Isabelle Huppert, et des acteurs américains, notamment Johnny Depp et Joaquin Phoenix.
« Acteur, c’est vraiment un des plus beaux métiers du monde, pour moi, parce que ça demande de s’intéresser concrètement à d’autres personnes, d’autres vies. S’imaginer que l’on est quelqu’un d’autre, c’est faire le constat que l’on n’est pas tous si différents, finalement… C’est un métier qui amène à s’ouvrir, à mieux comprendre le monde qui nous entoure, et à le faire par notre propre expérience, notre propre corps. »
La classe et le ridicule
Et c’est bien avec ces armes-là, instinct, intelligence et sensibilité mêlés, qu’elle invente une nouvelle figure d’actrice-auteure, de spectacle en spectacle. Après Laetitia fait péter…, elle a conçu Klein, drôle d’objet scénique entre Lewis Carroll et Buster Keaton, puis Un album, dans lequel elle allait déterrer une figure largement aussi déviationniste qu’elle, celle de l’humoriste suisse Zouc.
La belle aime aller gratter là où c’est trouble, dérangeant, là où ça dérape. Mais contrairement à la grande performeuse espagnole Angelica Liddell, qu’elle admire par ailleurs, elle veille à ne pas ass ommer le spectateur. « D’abord parce que j’aime bien rigoler, faire des blagues. Et parce que j’ai envie de faire des pièces dont les gens, moi comprise, sortent en ayant envie de vivre. »
Ce parcours l’a menée à créer ce spectacle inclassable et réjouissant, qui n’a rien à voir avec les formes de théâtre équestre existantes, celle de Bartabas en tête. Laetitia Dosch en a eu l’idée en tournant, à l’été 2016, un western fauché au fin fond des Etats-Unis. « Je passais mes journées à cheval, et je trouvais que l’animal donnait de la distance. Il y avait une beauté dans son écoute du monde. Je suis rentrée en me disant que j’allais faire un spectacle avec un cheval, et je suis allée travailler avec Judith Zagury, de l’école-atelier Shanju, qui forme au cirque et au théâtre équestre. »
Et ainsi la voilà amazone, nue, excepté l’épée glissée dans son fourreau, parlant à Corazon de tout, de rien et surtout de nous, et imaginant une histoire d’amour avec lui. « J’aime beaucoup le mélange de classe et de ridicule », sourit-elle. Hate frôle le ridicule à tout moment, avec un humour fou, pour parler, avec beaucoup de classe, de deux ou trois choses qui nous préoccupent : la solitude, le rapport à l’autre, qu’il soit humain ou animal, la relation à la nature, l’interrogation sur ce qui est ­ « contre-nature ». Ou pas.
Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec le Festival d’automne à Paris.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Notre chroniqueur a encore frappé : après les vestiaires de Liam Gallagher et de Jean-Michel Blanquer, Marc Beaugé scrute celui du comédien qui attaque la rentrée avec un film en costumes et une émission dominicale sur France Inter. Classe, n’est-ce pas ?
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Le réalisateur israélien, nommé à la chaire annuelle de création artistique pour l’année 2018-2019, donnera neuf conférences.
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Amos Gitaï monte en chaire au Collège de France

Le réalisateur israélien, nommé à la chaire annuelle de création artistique pour l’année 2018-2019, donnera neuf conférences.



LE MONDE
 |    12.09.2018 à 08h20
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Que faisait le réalisateur israélien Amos Gitaï en cette matinée du mardi 11 septembre dans les murs du Collège de France ? Contre toute attente, il ne tournait pas un film, mais y donnait une conférence de presse portant sur sa nomination à la chaire annuelle de création artistique pour l’année académique 2018-2019. Créée en 2005 par le Collège, celle-ci consiste, pour l’artiste invité, à donner durant ce mandat limité un certain nombre de conférences portant sur la pratique de son art. Après l’architecte Christian de Portzamparc, le compositeur Pascal Dusapin, le plasticien Anselm Kiefer, elle est pour la première fois attribuée à un cinéaste. Treize ans, c’est bien le moins qu’aura eu à attendre cet art moderne, longtemps réputé « divertissement d’ilotes », pour être distingué par une institution créée par François Ier.
Architecte de formation, comme son père, membre du Bauhaus, Amos Gitaï vient au cinéma par le biais de la guerre
Le sujet de cet « honneur », selon ses termes, est un réalisateur de 67 ans, trublion artistique et politique qui a sucé le lait de l’opiniâtreté et de la dissidence auprès de Samuel Fuller et de Jean-Luc Godard. Architecte de formation, comme son père, qui fut membre du Bauhaus, Gitaï vient au cinéma par le biais de la guerre, en l’espèce celle du Kippour (1973), où il manque perdre la vie dans un hélicoptère dont le pilote est décapité à deux mètres de lui. Il décide alors de poser, par le cinéma, des questions à son pays et à la conscience des spectateurs.
Son premier film, un documentaire intitulé House, immédiatement interdit et poussant le cinéaste à l’exil, porte sur le chantier d’une maison en construction à Jérusalem. Sujet banal en la plupart des lieux, il y affleure l’explosive problématique d’un pays revendiqué par deux peuples. On y voit ce que signifie questionner pour ce cinéaste, qui va rapidement devenir – avant la reconnaissance du cinéma d’auteur israélien dans les...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Son film « Thunder Road », récompensé au Festival de Deauville, renouvelle le genre du cinéma indépendant américain.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
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Jim Cummings, dans la peau d’un flic texan

Son film « Thunder Road », récompensé au Festival de Deauville, renouvelle le genre du cinéma indépendant américain.



LE MONDE
 |    12.09.2018 à 07h33
 • Mis à jour le
12.09.2018 à 07h57
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            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

Voici l’homme qui murmure à l’oreille du policier texan : Jim Cummings, 31 ans, est le réalisateur que l’on n’attendait pas. Découvert à Cannes, en mai, à la section parallèle ACID (Association du cinéma indépendant pour sa distribution), son premier long-métrage, Thunder Road, a remporté le Grand Prix du Festival du cinéma américain de Deauville, le 9 septembre, trois jours avant sa sortie en salle.

Le film repose entièrement sur les épaulettes de l’uniforme du policier, joué par Jim Cummings lui-même. Moustachu, le détail a son importance, Jimmy essaie d’exercer aussi bien son métier qu’il tente d’élever sa fille. Mais il n’y parvient pas : il rate ses coups, se comporte mal, et sa nervosité fait craindre le pire. Il est borderline, à l’image d’une Amérique au bord de la dépression nerveuse.

En décernant la récompense, la présidente du jury, Sandrine Kiberlain, a salué « un film insolite et si inventif ». « Quelle joie d’assister à la naissance d’un artiste, à l’arrivée d’une comète qui suscite les rires et les pleurs avec une singularité qui nous bluffe », s’est réjouie la comédienne. Les défricheurs de l’Acid saluent un scénario en dehors des codes du cinéma américain. « Ici, on n’assiste pas à la montée en puissance du héros ou à sa chute vertigineuse. Le récit est fin : on se demande tout le temps jusqu’où le personnage va-t-il aller ? Il y a une liberté qui porte toute la structure du film, sans parler de son mode de fabrication artisanal », analyse le cinéaste et coprésident de l’Acid Idir Serghine.
« Self made in America »
Tourné au Texas, Thunder Road, clin d’œil à la chanson de Bruce Springsteen, ambitionne de s’adresser à toute l’Amérique. A Paris, il y a une semaine, Jim Cummings nous racontait la fabrication de ce film qu’il a fait « tout seul » – il en est le réalisateur, le producteur, le scénariste, le monteur et le performeur. L’homme est « self...




                        

                        


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« Thunder Road » : entre rires et larmes, un cocktail du tonnerre

Jim Cummings est réali­sateur, ­acteur, monteur, compositeur et producteur exécutif pour son premier long-métrage.



LE MONDE
 |    12.09.2018 à 07h31
 • Mis à jour le
12.09.2018 à 08h03
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                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Au générique de Thunder Road, Jim Cummings est crédité comme réali­sateur, ­acteur, monteur, compositeur et producteur exécutif. Une omniprésence qui peut faire sourire et rappelle à bien des égards la mégalomanie fêlée d’un Vincent Gallo, figure chérie du ­cinéma indépendant américain. Chez Cummings, le désir de maîtriser chaque étape fait signe vers un désir impérieux, une urgence à faire, qui rend son film si singulier, si ­furieux, à l’image même de son héros.

        Lire la rencontre :
         

          Jim Cummings, dans la peau d’un flic texan



Avant d’être un long-métrage, Thunder Road était un court, qui correspond à la première séquence du film et que le réalisateur a décidé de rallonger. Scène mémorable, imprévisible, où, le jour de l’enterrement de sa mère, Jimmy ­Arnaud, policier texan, prend place ­devant l’assemblée pour faire un discours. Les souvenirs se mêlent anarchiquement aux regrets. Le fils endeuillé ­raconte la fois où sa mère enregistrait tous ses cours de fac sur des cassettes, car il était dyslexique. Il raconte la passion de la défunte pour Bruce Springsteen, et plus particulièrement pour la chanson qui donne au titre son film. Il souhaite lancer la musique, mais le lecteur CD emprunté à sa fille ne veut pas marcher. Alors il décide de la chanter, mais n’y arrivant pas, il décrit les paroles.
Performance déréglée
En quelques minutes, qui doivent en durer dix, le programme est à peu près fixé : Jim Cummings aimantera tout du long la caméra, prenant tout l’espace pour une sorte de performance façon Actors Studio totalement déréglée. La scène ne s’étire pas dans le sens d’un morceau de bravoure, mais vers le désarroi, l’impuissance – elle se dégonfle. A la suite de l’enterrement, Jimmy essuiera une série de catastrophes personnelles et presque aucune éclaircie ne viendra l’apaiser. Chaque nouveau séisme provoque son monologue, sa crise de nerfs, sa scène.

   


Cummings semble envisager son film comme une série de tableaux où il exploite un seul sentiment jusqu’à épuisement : le deuil d’un fils, la haine cordiale entre deux ex-conjoints, le sentiment de voir sa fille grandir trop vite, ou encore l’amitié masculine. Une palette d’affects simples, quotidiens, souvent ­déceptifs, qu’il s’agit de peindre comme le ferait l’humoriste Louis C.K., et auxquels Cummings insuffle sa touche : une énergie du désespoir, une fêlure enfantine.
Jim Cummings a parfois l’air d’un enfant déguisé en flic, d’un gosse devant gérer les malheurs d’une vie d’adulte
Il a parfois l’air d’un enfant déguisé en flic, d’un gosse devant gérer les malheurs d’une vie d’adulte. Le cinéaste raconte que, pour tourner la scène d’ouverture et se mettre en condition, il regardait la fameuse photo de William et Harry devant le cercueil de leur mère, Lady Diana, et cite les films Pixar comme le parfait cocktail de rires et de larmes qu’il voulait pour son propre film. Dans le même ordre d’idées, c’est dans le souvenir des paroles de la chanson de Springsteen que son ­héros trouvera le moyen d’une échappée – Thunder Road suit un mouvement circulaire aussi imprévisible que déchirant.
Cette innocence désarmante, cette émotion brute sur laquelle chaque scène est directement branchée font oublier ce qui pourrait, dans le film, s’apparenter à une folie calculée ou à une forme de pose. Tout semble sincère, donc parfois maladroit et légèrement bancal. Thunder Road appartient à cette catégorie de films qui valent comme geste, qu’on ne peut aimer que totalement et avec l’enthousiasme que provoque une rencontre qu’on sait faite pour durer.

Film américain de Jim Cummings. Avec Jim Cummings, Kendal Farr, Nican Robinson (1 h 31). Sur le Web : www.facebook.com/Thunderroad2018 et www.paname-distribution.com

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 12 septembre)
Mademoiselle de Joncquières, film français d’Emmanuel Mouret (à ne pas manquer)Le Temps des forêts, documentaire français de François-Xavier Drouet (à ne pas manquer)Thunder Road, film américain de Jim Cummings (à ne pas manquer)Dovlatov, film russe d’Alexeï Guerman Jr (à voir)Okko et les fantômes, film d’animation japonais de Kitaro Kosaka (à voir)Première année, film français de Thomas Lilti (à voir)Le pape François, un homme de parole, documentaire allemand, français, italien et suisse de Wim Wenders (on peut éviter)
A l’affiche également :
Le Grand Perdu, film français d’Avénarius d’ArdronvilleJ’ai perdu Albert, film belge et français de Didier van CauwelaertLe Quatuor à cornes, programme belge et français de trois courts-métrages d’animationLes Déguns, film français de Cyrille Droux et Claude Zidi JrMa Fille, film français de Naidra AyadiPeppermint, film américain de Pierre MorelSearching. Portée disparue, film américain d’Aneesh Chaganty





                            


                        

                        

