<FILE-date="2018/09/17/19">

<article-nb="2018/09/17/19-1">
<filnamedate="20180917"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180917"><AAMMJJHH="2018091719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Editorial. Si le plan de lutte contre la pauvreté présenté par Macron peut être salué, les associations jugent insuffisant le budget alloué sur quatre ans.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤                     
                                                

Face à la pauvreté, passer de la parole aux actes

Editorial. Si le plan de lutte contre la pauvreté présenté par Macron peut être salué, les associations jugent insuffisant le budget alloué sur quatre ans.



LE MONDE
 |    17.09.2018 à 11h56
 • Mis à jour le
17.09.2018 à 12h17
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Le président de la République a le chic pour effacer d’un mot ou d’une réplique à l’emporte-pièce les discours les mieux préparés et les plus charpentés. Etrange dédoublement verbal dont c’est peu de dire qu’il est contre-productif. Le dernier exemple en date n’est pas passé inaperçu. Samedi 15 septembre, un jeune homme venu visiter l’Elysée dans le cadre des Journées du patrimoine croise le chef de l’Etat et lui expose sa situation : il a fait une formation d’horticulteur, mais ne trouve pas d’emploi et est au chômage. La réponse présidentielle est instantanée : il y a des dizaines de milliers d’emplois non pourvus dans l’hôtellerie, la restauration, le bâtiment…, « il suffit de traverser la rue » pour le constater et pour sortir du chômage, si l’on est « motivé ».

        Lire aussi :
         

                Les quatre axes du « plan pauvreté » de Macron : petite enfance, emploi, aides sociales et logement



La formule se veut frappée au coin du bon sens. Elle vient malheureusement parasiter la présentation par Emmanuel Macron, deux jours plus tôt, d’un ambitieux plan de lutte contre la pauvreté, dont le chômage, on le sait, est bien souvent l’antichambre. Le défi n’est pas mince, dans un pays où quelque 9 millions de personnes, adultes ou enfants, vivent sous le seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins de 1 015 euros mensuels pour une personne seule (60 % du revenu médian).
La philosophie d’action et les propositions énoncées par le président de la République sont à la hauteur de l’enjeu. Elles entendent s’attaquer à la pauvreté à la racine, c’est-à-dire à ces « inégalités de destin qui se perpétuent de génération en génération », et permettre à ceux qui sont « assignés » à la pauvreté de « s’émanciper » des déterminants sociaux qui les cantonnent dans la précarité.
Un plan encourageant
Quant aux mesures annoncées, elles apparaissent indéniablement bénéfiques. C’est le cas, notamment, de celles qui concernent la petite enfance : développement des crèches, des modes de garde et de leur prise en charge pour les familles défavorisées qui y ont très peu accès ; plan de formation des professionnels de la petite enfance pour favoriser l’apprentissage de la langue française avant l’entrée à l’école maternelle ; distribution gratuite de petits déjeuners dans les écoles des zones défavorisées.

        Lire aussi :
         

                Plan pauvreté : des associations saluent des avancées, mais s’inquiètent des crédits et de la mise en œuvre



De même, les mesures en faveur de l’emploi des jeunes (obligation de se former jusqu’à 18 ans, développement de la Garantie jeunes) ou d’aide au retour à l’emploi pour les allocataires de minima sociaux sont salutaires. Enfin, la simplification du maquis des aides sociales que le gouvernement envisage de fusionner dans le cadre d’un « revenu universel d’activité » devrait favoriser le recours à ces dispositifs de protection, trop souvent ignorés par les intéressés.
Le chef de l’Etat n’a pas caché que la construction de « l’Etat-providence du XXIe siècle » serait un effort de longue haleine
Reste à passer de la parole aux actes, et d’un plan encourageant – même s’il reste très lacunaire sur les questions du logement et des grands exclus qui sont à la rue – à sa mise en œuvre effective. Le chef de l’Etat n’a pas caché que la construction de « l’Etat-providence du XXIe siècle » serait un effort de longue haleine, « à hauteur d’une génération ». Dans l’immédiat, les 8 milliards d’euros mobilisés sur quatre ans (dont la moitié de mesures nouvelles) apparaissent encore bien timides aux associations et acteurs de la lutte contre la grande pauvreté. De même, la loi instituant le revenu universel d’activité nécessitera de longues concertations et ne pourra guère être mise en œuvre avant 2020. C’est donc une mobilisation et une vigilance constantes qui s’imposent pour que le discours présidentiel produise ses effets.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/09/17/19-2">
<filnamedate="20180917"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180917"><AAMMJJHH="2018091719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Antoine Pelissolo, psychiatre et professeur de médecine à l’université Paris-Est-Créteil, estime, dans une tribune au « Monde », qu’il faut distinguer les objectifs qualitatifs de la question quantitative de la formation des médecins.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Numerus clausus : « La transformation du système n’est pas si simple »

Antoine Pelissolo, psychiatre et professeur de médecine à l’université Paris-Est-Créteil, estime, dans une tribune au « Monde », qu’il faut distinguer les objectifs qualitatifs de la question quantitative de la formation des médecins.



LE MONDE
 |    17.09.2018 à 11h49
    |

Antoine Pelissolo (Psychiatre et professeur de médecine à l'université Paris-Est Créteil)







                        



                                


                            

Tribune. Qu’il faille revoir les conditions d’entrée dans les études de médecine est une évidence, pour en finir avec un concours couperet poussant à un bachotage extrême et terriblement stressant pour de jeunes étudiants souvent brillants. Sans parler de l’aberration des officines privées de préparation, qui ne font qu’augmenter le coût et la durée des études. Les critères de sélection doivent être revisités, pour faire plus de place aux qualités humaines, aux projets individuels et à la diversité au sens large du terme, en privilégiant des apprentissages qui seront utiles pour la suite du cursus.
Mais il me semble que ces objectifs qualitatifs sont vraiment à différencier de la question quantitative du numerus clausus, c’est-à-dire de la régulation nationale du nombre de médecins formés. Certaines discussions actuelles associent pourtant, dans la même problématique, la sélection en première année commune aux études de santé (Paces) et la démographie médicale, avec en arrière-plan la question des déserts médicaux.
Certes le numerus clausus très bas que nous avons connu pendant plus de quinze ans a conduit à une réduction délétère du nombre de praticiens, qu’il faut maintenant augmenter, mais ce facteur est loin d’être la seule explication au manque de médecins dans les territoires en souffrance.
La faible attractivité de certains modes d’exercice et les obstacles à la mobilité et à l’installation continueront à exister, quel que soit le nombre d’étudiants, si rien n’est amélioré dans la formation et surtout dans les conditions de travail des médecins. Bien au contraire, une augmentation trop forte et rapide du nombre d’étudiants risquerait de dégrader nettement leur formation car, dans la réalité actuelle, on peut douter que les universités voient leurs moyens s’accroître à la mesure de ces nouveaux besoins.
Revoir la question des rémunérations
La plupart des facultés de médecine ont déjà atteint leur niveau de...




                        

                        


<article-nb="2018/09/17/19-3">
<filnamedate="20180917"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180917"><AAMMJJHH="2018091719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Le correspondant du « Monde » à Londres Eric Albert explique dans cette chronique que le scénario dominant chez les acteurs économiques pour le Brexit est celui d’un long délitement et pas un effondrement.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« L’économie britannique ne dit pas que le Brexit est formidable, bien au contraire »

Le correspondant du « Monde » à Londres Eric Albert explique dans cette chronique que le scénario dominant chez les acteurs économiques pour le Brexit est celui d’un long délitement et pas un effondrement.



LE MONDE
 |    17.09.2018 à 11h00
 • Mis à jour le
17.09.2018 à 11h55
    |

            Eric Albert (Londres, correspondance)








                        



                                


                            
Marchés. Et si on regardait la réalité économique en face ? Derrière les cris d’alerte sur les risques catastrophiques du Brexit, ni les marchés financiers ni les entreprises ne paniquent. La livre sterling, meilleur indicateur des risques de la sortie de l’Union européenne, reste relativement stable depuis deux ans : autour de 1,30 pour un dollar et de 1,12 pour un euro, avec des hauts et des bas en fonction des dernières petites phrases des négociateurs britanniques et européens.
Du côté de l’économie, après un sérieux creux au début de l’année, la croissance a rebondi ces derniers mois. Entre mai et juillet, elle a été de 0,6 %, à son plus haut niveau depuis fin 2016. En juin, les salaires, longtemps à la traîne, ont commencé à progresser, en hausse de 2,9 % sur un an. Le chômage est à 4 % et a reculé d’un point depuis le référendum de juin 2016.
La croissance britannique, qui était la plus forte des pays du G7, est aujourd’hui l’une des plus faibles
En clair, les acteurs économiques et financiers ne croient pas au scénario catastrophe. Ils parient sur un accord entre Londres et Bruxelles dans les mois qui viennent. Un avocat d’affaires français basé à Londres de longue date le résume bien : les entreprises qui viennent le voir le questionnent en permanence sur le Brexit, sont ennuyées par cette incertitude majeure, mais continuent pour l’essentiel comme si de rien n’était.
Qu’on ne s’y trompe pas. L’économie ne dit pas que le Brexit est formidable, bien au contraire. La livre sterling a chuté de 15 % après le référendum et n’a jamais rebondi. Une telle dévaluation permanente dans un grand pays occidental est le signe d’un sérieux coup sur la tête. La croissance britannique, qui était la plus forte des pays du G7, est aujourd’hui l’une des plus faibles. Selon les calculs d’UBS, le Royaume-Uni a perdu 2,1 points de PIB par rapport à ce qui se serait passé si le référendum avait rejeté le Brexit.
Une dynamique économique...



                        

                        


<article-nb="2018/09/17/19-4">
<filnamedate="20180917"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180917"><AAMMJJHH="2018091719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Le directeur du Festival Images, qui ne croit pas à l’exception culturelle, détaille la manière dont il a implanté l’art dans la ville de Vevey.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Stefano Stoll : « La culture ne doit pas être dans un monde parallèle »

Le directeur du Festival Images, qui ne croit pas à l’exception culturelle, détaille la manière dont il a implanté l’art dans la ville de Vevey.



LE MONDE
 |    17.09.2018 à 10h14
 • Mis à jour le
17.09.2018 à 11h41
    |

            Michel Guerrin (Vevey (Suisse), envoyé spécial)








                        



                                


                            

Stefano Stoll est le directeur du Festival Images, la biennale d’arts visuels de Vevey (Suisse), qui a la particularité d’installer une grande partie des œuvres et projets dans la rue, les parcs, sur des façades d’immeubles, dans la gare, les vitrines des magasins et même sur l’eau du lac Léman. Il explique sa démarche.

Etre dans la rue, est-ce pour aller à la rencontre du public ?
Au début, il y a douze ans, j’ai cherché à planter profondément les racines du festival dans la ville. Je voulais le public local. Je déteste l’entre-soi, j’aurais pu faire le malin et faire venir d’emblée une star de l’art conceptuel pour viser les convaincus. C’était l’échec assuré. Ici, le public vient pour vivre une expérience sensible, pas pour qu’on lui donne un cours d’art contemporain. Nous devons lui ­raconter des histoires. Je n’expose pas dans un cube blanc, mais dans la ville, et c’est plus compliqué.
Par exemple ?
Ce festival est tellement lié aux aléas de la ville… La moitié des projets sont abandonnés. Une décision politique, un accident de la route, un trou dans un mur, un changement de législation, une boutique qui ferme pour travaux, un ravalement de façade inopiné, un propriétaire de maison où j’ai prévu une exposition et dont l’épouse meurt dix jours avant le festival, une canalisation qui pète, une tempête sur le lac, tout cela bouleverse le festival. Ce n’est pas chaque semaine, c’est chaque heure qu’un imprévu surgit. Par exemple, on a eu un problème avec Nestlé, la première entreprise de la ville…
Quel problème ?
Nestlé nous avait promis un ­bâtiment en friche de 800 m2, ­situé derrière la gare, qui serait devenu le siège de l’équipe du festival et un lieu d’exposition pour jeunes artistes. Et puis Nestlé s’est retrouvé en conflit avec la ville de Vevey autour d’une parcelle qui lui appartient. Mécontent, Nestlé a décidé de ne plus nous donner ce...




                        

                        


<article-nb="2018/09/17/19-5">
<filnamedate="20180917"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180917"><AAMMJJHH="2018091719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Dans cette chronique évoquant le livre d’Arnaud Orain sur la banqueroute du banquier écossais et de son système, l’historien Pierre-Cyrille Hautcœur rappelle que tout krach financier est aussi l’échec d’un projet politique.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Les dix ans de Lehman Brothers : « Le rêve “merveilleux” de John Law »

Dans cette chronique évoquant le livre d’Arnaud Orain sur la banqueroute du banquier écossais et de son système, l’historien Pierre-Cyrille Hautcœur rappelle que tout krach financier est aussi l’échec d’un projet politique.



LE MONDE
 |    17.09.2018 à 10h12
 • Mis à jour le
17.09.2018 à 10h50
    |

Pierre-Cyrille Hautcœur (Directeur d’études à l’EHESS)







                        



                                


                            
Recherches. En célébrant l’anniversaire de la crise de 2008, on en fait un événement passé, ponctuel, désormais éloigné de nous. En la réduisant à sa manifestation la plus frappante et la plus visible – la chute de Lehman Brothers et le krach financier qui s’ensuivit –, on oublie que la crise s’inscrivait dans un contexte plus large d’endettement, que celui-ci reflétait l’idée que l’accession à la propriété par le crédit permettrait de supprimer la pauvreté, sans réduire les inégalités, et constituait ainsi une condition essentielle du soutien politique au libéralisme moderne. Un projet politique qui mériterait une vraie mise en perspective critique.
Le « système » de Law est habituellement présenté par les historiens comme une aventure financière
Le livre d’Arnaud Orain, La Politique du merveilleux. Une autre histoire du Système de Law (1695-1795) (Fayard, 24 euros) nous donne l’exemple d’une telle analyse sur un passé lointain mais toujours actuel.
Le « système » de Law est habituellement présenté par les historiens comme une aventure financière dans laquelle le régent Philippe d’Orléans, successeur de Louis XIV, confia en 1716 à l’Ecossais John Law la création d’une banque, dont les billets obtiendront vite cours légal.
La banque absorba la Compagnie du Mississippi, chargéee du commerce colonial d’Amérique, puis d’autres compagnies coloniales, avant de reprendre toutes les « fermes générales » (chargées de collecter l’impôt). La hausse continue des cours de ses actions permit de convertir la dette publique colossale héritée des guerres de Louis XIV en titres de la Compagnie. Mais les cours s’effondrèrent bientôt, et l’aventure finit en 1720 par une panique générale qui contraint Law à l’exil.
Le temps long d’un projet politique
Contrairement à l’essentiel de l’historiographie, Arnaud Orain refuse de cantonner le « système de Law » à ce récit d’une bulle financière de courte durée et de l’analyser comme un accident,...




                        

                        


<article-nb="2018/09/17/19-6">
<filnamedate="20180917"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180917"><AAMMJJHH="2018091719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Analyse. L’extrême droite, qui gouverne en coalition avec les conservateurs, rend inaudible le  discours proeuropéen du chancelier Sebastian Kurz, explique Blaise Gauquelin, correspondant du « Monde » à Vienne.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
édition abonné


L’aigle à deux têtes de la coalition autrichienne

Analyse. L’extrême droite, qui gouverne en coalition avec les conservateurs, rend inaudible le  discours proeuropéen du chancelier Sebastian Kurz, explique Blaise Gauquelin, correspondant du « Monde » à Vienne.



LE MONDE
 |    17.09.2018 à 08h15
 • Mis à jour le
17.09.2018 à 11h44
    |

            Blaise Gauquelin (Vienne, correspondant)








                        



                                


                            

Analyse. C’est au Forum européen d’Alpbach, fin août dans le Tyrol, que les Autrichiens ont finalement saisi la gravité de la situation. L’ancien secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a fait rire l’assemblée en affirmant que la photo de la ministre des affaires étrangères autrichienne, Karin Kneissl, gratifiant Vladimir Poutine d’une révérence au cours de sa fête de mariage était dans tous les journaux sud-coréens.

Sans doute ignore-t-on à Séoul la tradition viennoise voulant qu’après une valse les femmes s’inclinent devant leur partenaire. Sûrement était-ce aussi une occasion en or, pour les commentateurs, d’ironiser sur la présence du président russe aux noces de la ministre, célébrées le 18 août dans un folklore digne de La Mélodie du bonheur. L’Autriche, dont le tropisme prorusse n’est plus à démontrer, reste officiellement un pays neutre, membre de l’Union européenne (UE) depuis 1995 – elle en assure accessoirement la présidence tournante pour un semestre depuis le 1er juillet.
La plaisanterie n’est pas du goût du jeune conservateur Sebastian Kurz, qui, à 32 ans seulement, dirige le gouvernement grâce au soutien du sulfureux Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ). Cette coalition si controversée, c’est son bébé. Il ne plaide en rien la naïveté. Il sait que Karin Kneissl, nommée par l’extrême droite, a commis une grave faute en conviant un chef d’Etat à cet événement intime sans l’en informer au préalable. Il n’ignore pas que le symbole, exploité jusqu’à plus soif par les organes de la propagande russe, qui avaient dépêché sur place une discrète caméra, risque d’avoir des effets catastrophiques sur ses six mois à la direction de l’UE, cruciaux pour son avenir politique. Depuis, il déploie des efforts désespérés pour inverser la tendance.
Sebastian Kurz multiplie les gestes de bonne volonté
S’il a finalement « lâché » le premier ministre hongrois Viktor Orban, dans un retournement...




                        

                        


<article-nb="2018/09/17/19-7">
<filnamedate="20180917"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180917"><AAMMJJHH="2018091719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ En France, comme partout ailleurs, ce sont les plus riches qui contribuent le plus au financement de la vie politique, relève l’économiste Julia Cagé dans un livre solidement argumenté
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
édition abonné


L’argent, clé du bonheur en politique

En France, comme partout ailleurs, ce sont les plus riches qui contribuent le plus au financement de la vie politique, relève l’économiste Julia Cagé dans un livre solidement argumenté



LE MONDE
 |    17.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
17.09.2018 à 10h56
    |

                            Julie Clarini








                        



                                


                            

C’est à qui paie gagne. La puissance de scandale du livre de Julia Cagé, Le Prix de la démocratie, tient tout entière dans ce constat : dans une élection, plus on donne de l’argent, plus on a de chances de voir son candidat remporter la victoire. La clé du bonheur en politique tient aux sommes qu’on veut bien y engager. Subventionner un parti politique, une campagne électorale, un think tank, et pourquoi pas aussi s’acheter un journal, autant de façons de connaître la félicité – d’ailleurs ceux qui l’ont compris les choisissent souvent toutes.

« L’argent se tient au centre du jeu politique », assure dès l’introduction l’économiste, professeure à Sciences Po, qui conseilla Benoît Hamon lors de l’élection présidentielle de 2017. Certains diront qu’on le savait depuis longtemps. Mais c’est une chose de se prévaloir d’une certaine lucidité et une autre de tenir entre les mains un ouvrage soigné, appuyé sur des études chiffrées et solidement argumenté.
Prenons la France : comme partout ailleurs, ce sont les plus riches qui contribuent le plus au financement de la vie politique. A titre d’exemple, 10 % des Français les plus riches donnent 53 % des dons et cotisations versés aux partis politiques (aux Etats-Unis, le phénomène est poussé à l’extrême, 0,01 % des Américains ayant contribué pour 40 % au financement de la campagne de 2016). Par ailleurs, et sans surprise, ce sont les partis les plus à droite de l’échiquier politique qui reçoivent le plus de dons. Et même si, à gauche, on tente de compenser par les adhésions et le reversement d’une partie des indemnités d’élus au parti, un camp est, en moyenne, plus riche que l’autre.
Une injustice criante
Plus surprenant encore, la France, comme bon nombre de ses voisins, a mis en place un système de réduction d’impôt à l’intention des donateurs – l’Etat vous rembourse une partie de vos contributions ou adhésions. Mais plus de la moitié des foyers étant non imposables, cette...




                        

                        


<article-nb="2018/09/17/19-8">
<filnamedate="20180917"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180917"><AAMMJJHH="2018091719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Dans sa chronique, Stéphane Lauer, éditorialiste au « Monde », estime qu’en dépit de la petite musique sur les succès du président des Etats-Unis, l’économie du pays pourrait vite connaître des lendemains difficiles.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 16/09/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


« Trump, finalement, ça marche ? »

Dans sa chronique, Stéphane Lauer, éditorialiste au « Monde », estime qu’en dépit de la petite musique sur les succès du président des Etats-Unis, l’économie du pays pourrait vite connaître des lendemains difficiles.



LE MONDE
 |    17.09.2018 à 06h25
 • Mis à jour le
17.09.2018 à 06h59
    |

            Stéphane Lauer








                        



                                


                            

Chronique. Donald Trump n’est pas à un zéro près. Le président américain s’est une nouvelle fois emballé sur Twitter à propos de « son » bilan économique : « Le taux de croissance du PIB [produit intérieur brut] (4,2 %) est supérieur au taux de chômage (3,9 %) pour la première fois en plus de 100 ans. »

Outre le fait que ce n’est qu’à partir de 1948 qu’on a commencé à disposer de statistiques trimestrielles à peu près fiables sur l’économie américaine, le locataire de la Maison Blanche aurait dû, une fois de plus, tourner sept fois son pouce avant de tweeter puisque cet « exploit » a par ailleurs été réalisé à soixante-deux reprises depuis cette date – et sans doute davantage depuis 1918. En fait, la dernière fois que l’occurrence s’est produite c’était il y a un peu plus de dix ans, pas cent.
Passons sur l’incongruité de comparer des pommes et des bananes, en l’espèce des stocks (le nombre de chômeurs) avec des flux (la production d’un pays) pour nous concentrer sur l’essentiel : la santé réelle de l’économie américaine.
Il s’agit d’une question centrale pour le président dans la perspective des élections de mi-mandat prévues en novembre de cette année. Il doit convaincre qu’au-delà de ses frasques, des menaces judiciaires qui pèsent sur lui, des dysfonctionnements de son administration, il a su installer une croissance solide. Jusqu’ici, la petite musique selon laquelle, « Trump, finalement, ça marche ! », fait son chemin. 

Pourtant, une croissance trimestrielle de 4,2 % n’a rien d’inédit. Sous Barack Obama, ce taux a été dépassé deux fois en 2014 (à 5,1 % et 4,9 %) et une fois en 2011 (4,7 %). Par ailleurs, depuis les dix-neuf mois que M. Trump occupe la Maison Blanche, l’économie américaine a créé 3,58 millions d’emplois ; cela reste 380 000 de moins qu’au cours des dix-neuf derniers mois de M. Obama.
Révolte des « disparus » du marché du travail
Il est vrai...




                        

                        


<article-nb="2018/09/17/19-9">
<filnamedate="20180917"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180917"><AAMMJJHH="2018091719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Adeline Hazan, contrôleure générale des lieux de privation de liberté, plaide, alors que l’hôpital public est en crise, pour une remise en question de la « culture de l’enfermement ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 16/09/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


Psychiatrie : « Il est possible de soigner mieux en enfermant moins »

Dans une tribune au « Monde », Adeline Hazan, contrôleure générale des lieux de privation de liberté, plaide, alors que l’hôpital public est en crise, pour une remise en question de la « culture de l’enfermement ».



LE MONDE
 |    17.09.2018 à 06h24
 • Mis à jour le
17.09.2018 à 10h48
    |

Adeline Hazan (Contrôleure générale des lieux de privation de liberté)







                        



                                


                            

Tribune. La psychiatrie vit aujourd’hui une grave crise, comme en témoignent les mouvements sociaux en cours dans plusieurs hôpitaux.
Les causes ? Manque de personnel, indignité des locaux, saturation des urgences, bien sûr. Mais les soignants ne se mobilisent pas seulement pour des moyens, ils le font surtout dans l’intérêt des patients, qui les préoccupe plus encore que leurs conditions de travail.
Depuis 2014, j’ai fait de la psychiatrie une priorité de mon action de contrôleure générale des lieux de privation de liberté. Au-delà du manque de moyens, c’est la culture même de l’enfermement qui doit être remise en question. Il faut sans plus attendre interroger la conception du soin qui a conduit la psychiatrie dans cette impasse.
Le nombre de lits en psychiatrie a baissé de plus de la moitié en cinquante ans mais les hospitalisations sans consentement ne cessent d’augmenter. Les personnes hospitalisées, y compris en soins libres, sont de plus en plus souvent placées dans des unités fermées, comme nous l’observons à chacune de nos visites.

L’exiguïté et la vétusté des locaux, ainsi que la surcharge de travail du personnel, aggravent la situation en privant les patients d’un environnement digne et des activités indispensables pour préparer leur retour dans la communauté. L’absence de structures d’accueil conduit trop souvent à prolonger indûment des séjours à l’hôpital.
L’un des pays européens qui enferme le plus
Les centres médico-psychologiques, services de proximité indispensables, sont trop peu nombreux et surchargés, de sorte que, les crises n’étant pas anticipées, les hospitalisations sous contrainte deviennent inévitables.
Pour comprendre pourquoi la France est l’un des pays européens qui enferme le plus les personnes atteintes de troubles mentaux, un retour en arrière est nécessaire. La loi de 1838 avait fait de l’internement l’unique forme de prise en charge des « aliénés ». Rappelons-nous...




                        

                        


<article-nb="2018/09/17/19-10">
<filnamedate="20180917"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180917"><AAMMJJHH="2018091719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Sept organisations non gouvernementales et syndicales demandent aux députés, dans une tribune au « Monde », de ne pas voter, lundi 17 septembre, l’introduction de la « convention judiciaire d’intérêt public », qui permettrait aux fraudeurs d’échapper, moyennant finance, aux poursuites judiciaires.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Non à une justice négociée qui « permettrait aux fraudeurs d’acheter leur innocence »

Sept organisations non gouvernementales et syndicales demandent aux députés, dans une tribune au « Monde », de ne pas voter, lundi 17 septembre, l’introduction de la « convention judiciaire d’intérêt public », qui permettrait aux fraudeurs d’échapper, moyennant finance, aux poursuites judiciaires.



LE MONDE
 |    17.09.2018 à 06h15
 • Mis à jour le
17.09.2018 à 10h55
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. Le projet de loi sur la fraude fiscale est débattu à l’Assemblée nationale en deuxième lecture lundi 17 septembre. Dans un contexte où la fraude et l’évasion fiscales paraissent de plus en plus insupportables aux citoyens et où des baisses importantes d’impôts sont accordées aux entreprises, le gouvernement veut afficher sa fermeté contre les fraudeurs.
Les discussions autour du « verrou de Bercy » – le monopole de l’administration fiscale sur la transmission des dossiers de fraude à la justice – ont largement occupé les débats publics ; le projet de loi devrait proposer un aménagement plutôt satisfaisant de ce dispositif en inscrivant des critères qui visent à ce que les fraudes les plus graves soient systématiquement transmises à l’autorité judiciaire.
Mais quelle logique y a-t-il à assouplir le « verrou de Bercy » pour rendre plus efficace la lutte contre la fraude si est créée, dans le même temps, une procédure qui permet aux « grands » fraudeurs de transiger avec la justice et de négocier leur sanction qui leur évitera d’être reconnus coupables ?
Un nouveau système de justice à deux vitesses
Introduite dans le droit pénal français par la loi dite Sapin II pour des faits de corruption, la convention judiciaire d’intérêt public (CJIP) est susceptible de prévoir le versement d’une amende à une personne morale mise en cause, en échange de la fin des poursuites judiciaires, sans qu’il soit établi de reconnaissance de culpabilité pour l’entreprise concernée.

Lors de l’adoption de la loi Sapin II, de nombreuses ONG avaient émis un avis négatif à l’instauration de ce mécanisme, estimant que les faits de corruption recouvrent des réalités complexes et une gravité trop importante pour échapper au procès pénal.
Il en va de même pour les délits de fraude fiscale.
La CJIP introduit de fait un nouveau système de justice à deux vitesses, où les fraudeurs fiscaux seraient traités différemment...




                        

                        


<article-nb="2018/09/17/19-11">
<filnamedate="20180917"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180917"><AAMMJJHH="2018091719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Depuis cinq ans, pour célébrer l’Aïd Al-Adha, l’île de Maafaru, met le feu à une tour surmontée d’un drapeau américain pour représenter l’attaque du World Trade Center. Les photos qui ont circulé cette année sur les réseaux sociaux ont créé un tollé.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Aux Maldives, une reconstitution du 11-Septembre, très controversée

Depuis cinq ans, pour célébrer l’Aïd Al-Adha, l’île de Maafaru, met le feu à une tour surmontée d’un drapeau américain pour représenter l’attaque du World Trade Center. Les photos qui ont circulé cette année sur les réseaux sociaux ont créé un tollé.



LE MONDE
 |    16.09.2018 à 14h00
    |

                            Antoine Flandrin








                        



                                


                            
Chaque année, l’Aïd-el-Adha, la fête musulmane du sacrifice, est célébrée sur une centaine d’îles des Maldives. Dans cet archipel du sud-ouest du cône indien, les habitants allument traditionnellement un feu de joie sur la plage dès qu’ils aperçoivent le croissant de lune. Dans un esprit d’émulation entre les différentes îles, les ­brasiers sont devenus, au fil des années, de plus en plus grands. Jusqu’à ce que les habitants de l’île de Maafaru instaurent, il y a cinq ans, une cérémonie reproduisant, à échelle réduite, les attentats du 11 septembre 2001.
Le 24 août, le dernier jour de l’Aïd-el-Adha, des photos et des vidéos de la ­reconstitution de l’attaque du World Trade Center réalisée cette année ont été postées sur les réseaux ­sociaux : on y voit des hommes déguisés en terroristes, ­armés de faux fusils, regarder un avion en plastique, lancé sur une tyrolienne, percuter, puis mettre le feu à une tour de 6 mètres de haut surmontée d’un drapeau des Etats-Unis. Ces images ont aussitôt créé un tollé sur Twitter.

Pour justifier leur geste, les organisateurs de cette reconstitution des attentats du 11-Septembre ont déclaré au Maldives Independant que « ce qui s’est passé à Maafaru n’était pas une célébration des attaques terroristes qui ont tué des milliers de personnes à New York ». « C’est un événement éducatif, ont-ils ajouté. Nous montrons Oussama Ben Laden et d’autres terroristes. Nous montrons également les conséquences avec des médecins traitant les blessés et tout le reste. »
Après la reprise de ces images par les sites d’information locaux comme le Maldives Independant et Voice of Free Press, le ­ministre de la défense maldivien a réagi, sans pour autant condamner cette célébration. « Nous devons réfléchir, même si ce que nous faisons l’est pour le divertissement, si cela conduit au terrorisme ou si cela tolère les actes de terrorisme. Nous devons également nous demander si ce que...




                        

                        


<article-nb="2018/09/17/19-12">
<filnamedate="20180917"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180917"><AAMMJJHH="2018091719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ La professeure de science politique publie début octobre « Le Corps des femmes. La bataille de l’intime » (Philosophie magazine Editeur), dans lequel elle s’attache à redonner sa valeur au corps féminin.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Camille Froidevaux-Metterie, un féminisme de l’intime

La professeure de science politique publie début octobre « Le Corps des femmes. La bataille de l’intime » (Philosophie magazine Editeur), dans lequel elle s’attache à redonner sa valeur au corps féminin.



LE MONDE
 |    16.09.2018 à 10h00
 • Mis à jour le
17.09.2018 à 11h30
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            
C’est un chemin périlleux que parcourt Camille Froidevaux-Metterie, mais lorsqu’on s’apprête à fêter ses 50 ans, on s’affranchit plus légèrement de certains obstacles – y compris dans le milieu universitaire, pourtant sévère avec les dilettantes.
En « féministe optimiste », elle avance, donc. En dépit de tous ceux – celles, surtout – qui lui feront un procès en légitimité, elle défend sa conviction : après avoir ­gagné à la fin du XIXe siècle la bataille du vote, puis, successivement, celles de la procréation, du travail, de la famille et du genre, le féminisme occidental est entré au tournant du millénaire dans une nouvelle phase, qu’elle nomme son « tournant génital ». Une thèse qu’elle développe dans Le Corps des femmes. La bataille de l’intime (Philosophie magazine Editeur, à paraître le 4 octobre), et dont la ­coloration phénoménologique teintait déjà son précédent ouvrage, La Révolution du féminin (NRF Gallimard, 2015).

Est-ce d’être entrée en autodidacte dans le cercle restreint des études féministes ? D’avoir travaillé une quinzaine d’années sur un tout autre thème – les rapports entre politique et religion –avant de changer de direction ? ­Diplômée de Sciences Po, titulaire d’une thèse de philosophie politique à l’EHESS, Camille Froidevaux-Metterie n’aime rien tant que sortir des cases.
En 2011, elle entame ainsi une ­enquête de terrain auprès d’une cinquantaine de femmes politiques – conseillères municipales ou régionales, sénatrices ou députées, ministres –, qu’elle interroge sur leur vécu dans l’arène du pouvoir. Un an plus tard, elle commence à tenir un blog sur le site de Philosophie magazine, « Féminin singulier », dont Le Corps des femmes constitue la version augmentée.
« Portée par un agacement »
« J’étais portée par un agacement, explique-t-elle dans l’introduction de ce petit ouvrage. J’observais dans le champ des études féministes une curieuse...




                        

                        


<article-nb="2018/09/17/19-13">
<filnamedate="20180917"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180917"><AAMMJJHH="2018091719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Le romancier algérien est la bête noire du pouvoir autant que des religieux. Il s’en amuse plus qu’il ne s’en inquiète, et écrit de plus belle. En témoigne « Le Train d’Erlingen ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Boualem Sansal, le sourire dissident

Le romancier algérien est la bête noire du pouvoir autant que des religieux. Il s’en amuse plus qu’il ne s’en inquiète, et écrit de plus belle. En témoigne « Le Train d’Erlingen ».



LE MONDE
 |    16.09.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
17.09.2018 à 11h11
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            

Quand on converse avec l’écrivain algérien Boualem Sansal, à la fois lauréat du prestigieux Prix de la paix des libraires ­allemands (2011) et, selon son expression, « tête de Turc » de la presse officielle dans son pays, on comprend un peu mieux ce que signifie l’esprit de dissidence. Son art ­certain de la provocation tranquille crée un tollé à chacune de ses interventions.
Sa récente dénonciation, dans une émission d’Arte (« 28 minutes », le 3 septembre), des conditions imposées par le ­gouvernement algérien aux migrants, traqués et expédiés sans ménagement en direction des dangereuses frontières du Mali ou du Niger, lui a valu un : « Boualem Sansal compare l’expulsion des migrants à la rafle du Vel’ d’Hiv » de certains journaux algériens scandalisés. « Les petits camarades qui [le] guettent jour et nuit » ne le manquent jamais ; « Ma réputation d’antialgérien, antiarabe, antiislam en sort grandie », conclut-il, amusé de l’incident.
Il se refuse à l’exil
Modeste sans affectation, il paraît toujours s’étonner des réactions, positives ou négatives, qu’il suscite. « Les intellectuels, universitaires, prof de lettres, journalistes qui restent encore en Algériene m’aiment pas beaucoup ; car dans cette couche-là, produite par le système, le nationalisme demeure dans la ligne. Je suis un peu leur souffre-douleur. » Et cette hostilité n’a pas l’air de l’émouvoir. Il se refuse, lui, à l’exil, se satisfaisant de son ­petit îlot préservé de Boumerdès, à une cinquantaine de kilomètres d’Alger, ville-campus vouée aux universitaires et aux étudiants, une société qu’il qualifie de « plutôt bobo ». Hors de ce lieu d’origine, son écriture n’aurait plus aucun sens, juge-t-il.
Lorsqu’il s’aventure hors de ce territoire, les choses risquent souvent de mal tourner. Ainsi, en 2012, de sa visite au Festival international des écrivains, à Jérusalem, à l’issue de laquelle il s’est payé le luxe de déclarer...




                        

                        


<article-nb="2018/09/17/19-14">
<filnamedate="20180917"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180917"><AAMMJJHH="2018091719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Joues de bœuf au beurre de haschich, tacos à la marijuana… Aujourd’hui, de nombreux cuisiniers, livres et sites Internet explorent les aspects gastronomiques de la plante.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
édition abonné


La cuisine au cannabis fait recettes

Joues de bœuf au beurre de haschich, tacos à la marijuana… Aujourd’hui, de nombreux cuisiniers, livres et sites Internet explorent les aspects gastronomiques de la plante.



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 16h00
    |

            Frédéric Joignot








                        



                                


                            
Rapport d’étonnement. Les 8 et 9 septembre, la Midwest Cannabis Cup s’est tenue à Clio, dans le Michigan, où l’herbe thérapeutique est légale, comme dans 21 autres Etats américains. Les 27 et 28 octobre, la Cannabis Cup de Californie, où l’usage récréatif est libre depuis le 1er janvier (après l’Alaska, l’Etat et la capitale de Washington, le Colorado, le Maine, le Massachusetts, l’Oregon et avant le Vermont), se déroulera à Sacramento.
Le magazine High Times (« les temps planants »), fondé en 1974, est à l’initiative de ces coupes internationales, où sont goûtées les différentes variétés de cannabis pour en désigner les meilleures. Un éditorial du site du journal, qui a fait sa « une » avec notamment Ice Cube, Bob Marley et Oliver Stone fumant un joint, présente ces événements comme « célébrant le monde de la ganja à travers des concours, des séminaires d’instruction, des expositions, des apparitions de célébrités, des concerts et des présentations de produits ».
C’est à Amsterdam, le pays des coffee-shops où l’herbe est en vente libre, que s’est déroulée en 1988 la première Cannabis Cup. Depuis, la « cannabis culture », popularisée par la pop musique et le reggae, tout comme son commerce ont pris un essor considérable avec sa dépéna­lisation de fait ou légale aux quatre coins du monde : au Canada, dans 12 pays d’Europe, en Jamaïque, dans certains Etats de l’Inde et de l’Australie, plusieurs pays d’Amérique latine.
Ajoutons une tolérance certaine au Maghreb, au ­Liban, en Afghanistan et en Egypte, où l’usage du haschich est séculaire – la fameuse dawamesk, la confiture prisée de Baudelaire, Delacroix, Alexandre Dumas, Théophile Gaultier ou Nerval lors des fantasias du Club des haschichins, dans les années 1840, venait d’Egypte.
Un apport particulier à l’art culinaire
Aujourd’hui, le cannabis ne se consomme plus seulement en fumant : de nombreux cuisiniers explorent sa gastronomie....




                        

                        


<article-nb="2018/09/17/19-15">
<filnamedate="20180917"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180917"><AAMMJJHH="2018091719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Tribune. Après l’incendie du musée de Rio, le 2 septembre, une question se pose : quel avenir pour la recherche dans les musées ?
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Le Musée national de Rio n’est pas un modèle dépassé

Tribune. Après l’incendie du musée de Rio, le 2 septembre, une question se pose : quel avenir pour la recherche dans les musées ?



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 14h00
   





                        



                                


                            
Par Frédéric Keck
C’est avec sidération que nous avons regardé les images du Musée national de Rio en flammes, puis celles des murs calcinés du palais où avait disparu la quasi-totalité de la plus grande collection d’histoire naturelle de l’Amérique du Sud. Eduardo Viveiros de Vastro, anthropologue mondialement connu dont la carrière s’est entièrement déroulée dans le Musée ­national, a décrit ces ruines comme un « Ground Zero » dans lequel se réfléchissent les autres désastres qui affectent la nation brésilienne.
La destruction du lieu, même si elle est due à un incendie accidentel, a en effet une signification politique et écologique : c’est une partie de la mémoire de la diversité du Brésil qui s’est volatilisée, avec ses langues ­documentées dans la bibliothèque, ses objets fabriqués par les populations autochtones, ses spécimens d’espèces animales et végétales aujourd’hui disparues. Au-delà de l’émotion causée par cette perte inestimable, que penser des images de cette catastrophe ?
Commençons par détourner légèrement la focale. En se déplaçant du quartier pauvre et désaffecté de Sao Cristovao qui entoure le ­Musée national de Rio vers la zone portuaire en cours de rénovation, on découvre un ­musée entièrement nouveau, le Musée de ­demain. Dilma Rousseff a inauguré en 2015 ce bâtiment ambitieux et coûteux, alors qu’aucun président du Brésil ne s’est rendu au Musée national depuis 1960. Les visiteurs se pressent pour y voir des expositions numériques sur l’avenir de la planète, mais aucune collection n’y est conservée. Par contraste, faudra-t-il ­appeler le Musée national, que le gouvernement brésilien a promis de reconstruire, le « musée du passé » ?

Des chercheurs parmi les meilleurs
Le bâtiment qui abritait le Musée national était en effet le palais dans lequel vivait l’empereur du Brésil au XIXe siècle. Passionné d’histoire naturelle, correspondant de Darwin et de Pasteur, il se faisait...




                        

                        


<article-nb="2018/09/17/19-16">
<filnamedate="20180917"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180917"><AAMMJJHH="2018091719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Thomas Coutrot et Aurélie Trouvé, de l’association Attac, dénoncent dans une tribune au « Monde » le cynisme d’une classe dirigeante qui annonce elle-même l’inéluctabilité du prochain krach financier, dont elle est pourtant responsable.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Dix ans après Lehman Brothers : « Nous n’avons plus le luxe d’attendre la prochaine crise »

Thomas Coutrot et Aurélie Trouvé, de l’association Attac, dénoncent dans une tribune au « Monde » le cynisme d’une classe dirigeante qui annonce elle-même l’inéluctabilité du prochain krach financier, dont elle est pourtant responsable.



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 12h27
    |

                            Thomas Coutrot (Economiste, ancien porte-parole d’Attac) et 
                            Aurélie Trouvé (Economiste, porte-parole d’Attac France)








                        



                                


                            
Tribune. « Nous savons avec certitude qu’il y aura une nouvelle crise. Mais nous ignorons quand et pour quelle raison » (Danièle Nouy, responsable de la supervision du secteur bancaire à la Banque centrale européenne, 5 septembre 2018, Agence LETA). Cette crise pourrait bien être pire que la précédente. Sauf si d’ici là, ou juste après, se produit un sursaut civique et démocratique, une nouvelle vague d’Indignés dix fois plus puissante qui impose le contrôle citoyen de la finance.

A la différence de 2007, peu d’acteurs financiers ignorent la forte probabilité d’une crise majeure à venir. L’explosion des dettes publiques et privées depuis 2008 fait dire à Jean-Claude Trichet, l’ancien président de la Banque centrale européenne, que la situation est aussi dangereuse aujourd’hui qu’au moment de la chute de Lehman Brothers (4 septembre 2018, AFP). Bitcoin, pays émergents, immobilier chinois, banques italiennes, zone euro, Tesla, Wall Street… laquelle de ces bombes à retardement sera le détonateur ? Personne ne le sait, mais le risque est fort d’un effondrement majeur.

Personne n’ignore non plus qui a soufflé dans ces bulles depuis dix ans. Ce sont les ultra-riches, qui ont capté l’essentiel des gains de productivité, aussitôt réinvestis en bourse. Ce sont les gouvernements, qui se sont contentés de réformes à minima, ont enterré la taxation des transactions financières et ont laissé les banques financer la spéculation.
Ce sont les banquiers centraux, qui ont injecté des milliers de milliards de dollars, d’euros, de yen et de yuans, créant ainsi les conditions du krach suivant. Personne ne disconvient non plus du fait que les Etats, surendettés, seront alors bien démunis, et qu’il ne restera aux banques centrales, seules en lice, qu’à déverser de nouveaux torrents de liquidité en priant pour que ça marche.
Effondrement inévitable
Le plus extraordinaire est cette lucidité. Comment qualifier cette classe...




                        

                        


<article-nb="2018/09/17/19-17">
<filnamedate="20180917"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180917"><AAMMJJHH="2018091719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ « Peut-on espérer que maintenant la lumière soit faite sur tous les mensonges et les crimes d’Etat ? » s’interroge dans une tribune au « Monde » la romancière algérienne.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤                     
                                                

Mort de Maurice Audin : pour Maïssa Bey, c’est « un premier pas accompli »

« Peut-on espérer que maintenant la lumière soit faite sur tous les mensonges et les crimes d’Etat ? » s’interroge dans une tribune au « Monde » la romancière algérienne.



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 12h18
    |

Maïssa Bey (Ecrivaine)







                        


Tribune. Qui peut dire : nous ne savions pas ? De 1957 à 2018, tout ou presque a été dit sur la pratique de la torture pendant la guerre d’Algérie : des dizaines de livres ; des recherches menées par des historiens ; des films ; des centaines d’articles, de tribunes et de lettres ouvertes ; des pétitions ; des témoignages de victimes ayant survécu, de leurs proches et de quelques témoins, mais aussi des aveux des tortionnaires et de leurs supérieurs confortés dans leur action par la loi sur les pouvoirs spéciaux votée en 1956 ; des poursuites engagées auprès de divers tribunaux, soldées le plus souvent par des non-lieux ; des marches ; des commémorations ; des places et des rues baptisées ; et… toujours, toujours, le même silence de l’Etat.

        Lire aussi :
         

                Henri Alleg : « Pour moi, aucun doute possible, Audin a été assassiné »



Dès 1958, l’historien Pierre Vidal-Naquet publie aux éditions de Minuit les conclusions de ses recherches sur l’affaire Audin. La même année, chez le même éditeur, dans La Question, Henri Alleg, journaliste militant engagé aux côtés du FLN, décrit les sévices qu’il a subis au centre de tri d’El Biar. Le livre, vendu à cent cinquante mille exemplaires est saisi quelques semaines plus tard. Je n’ai jamais pu me résoudre à lire le livre d’Henri Alleg. Je n’ai jamais pu me confronter à la réalité écrite ou filmée de la torture. Il est des images qui ne s’effacent pas. Même si elles ne sont qu’imaginées. Surtout si elles sont imaginées.
Des corps jetés aux chiens
Le 7 février 1957 aux environs de minuit, des éléments de l’armée française font irruption dans l’appartement que nous occupons au premier étage de l’école de garçons de Boghari (aujourd’hui Ksar el Boukhari). Après avoir mis la maison à sac sous nos yeux effarés, à la recherche de documents subversifs et d’armes, ils partent en emmenant mon père, Benameur Yagoub, 37 ans, instituteur, père de cinq enfants, fervent nationaliste et membre actif du réseau de soutien à la lutte armée du FLN.
Au seuil de la porte, encadré de deux parachutistes, mon père s’arrête et se retourne pour nous regarder. C’est la dernière image que j’ai de lui
Dans la même nuit, même scénario chez son frère, son cousin et cinq autres citoyens militants dont un de ses collègues. Au seuil de la porte, encadré de deux parachutistes, il s’arrête et se retourne pour nous regarder. C’est la dernière image que j’ai de lui. Je n’ai jamais pu oublier ce regard. Nous ne le reverrons plus. Les prisonniers sont conduits au siège de la gendarmerie de Berrouaghia, à quarante kilomètres de là. Après avoir été torturés pendant quarante-huit heures, ils auraient tenté de s’enfuir lors d’une corvée de bois. L’on dit même que leurs corps furent jetés aux chiens. Leurs restes seront enterrés dans une fosse commune.
L’affaire n’aura qu’un retentissement limité. Dans les journaux, ils furent présentés comme des terroristes. Expulsés de notre logement de fonction, nous devons quitter l’école – qui porte aujourd’hui le nom de mon père. Nous trouverons refuge chez mon grand-père paternel. Ma mère, aujourd’hui décédée, élèvera seule ses enfants.
Troublante similitude
Quatre mois plus tard, le 11 juin, Maurice Audin, un mathématicien de 25 ans, assistant à l’université des sciences d’Alger, père de famille, militant du PCA, est emmené dans les mêmes conditions et pour la même raison : soutien actif à la cause des indépendantistes algériens. Des parachutistes viennent le chercher chez lui. Il est 23 heures. Il est emmené sous les yeux de sa femme, Josette, et de leurs trois enfants. Ils ne le reverront plus.

        Lire aussi :
         

                Mort de Maurice Audin : Pour Kaouther Adimi, « questionner le passé n’empêche pas d’être tourné vers l’avenir »



Selon la thèse officielle, Maurice Audin se serait évadé lors de son transfert dans un camp de détention dix jours plus tard. L’on sait, grâce au témoignage d’Henri Alleg emprisonné le lendemain, et depuis les aveux d’un général de l’armée française qu’il fut exécuté après avoir été torturé pendant plusieurs jours. Son corps ne sera jamais retrouvé. Troublante similitude. Qui explique sans doute l’émotion que je ressens aujourd’hui.
Combien de suppliciés ? Des milliers. De ces dépassements, l’histoire ne retiendra que les plus marquants
Entre-temps, d’autres arrestations suivies d’exécutions sommaires ont eu lieu. Même mode opératoire. Mêmes méthodes. Des interrogatoires serrés. Mêmes conclusions, à quelques détails près. Qu’est-ce qui pourrait bien freiner l’ardeur d’hommes disposant de pouvoirs spéciaux ? Evasions, suicides, disparitions. Combien de suppliciés ? Des milliers. De ces dépassements, l’histoire ne retiendra que les plus marquants : le décès de Larbi Ben M’hidi, chef d’état-major du FLN et celui de Ali Boumendjel, avocat et militant. Tous deux ont été « suicidés » : l’un par pendaison et l’autre par défenestration.
La plupart du temps, les auteurs des exactions ne prennent pas la peine de donner des explications aux proches des victimes, pour la plupart désarmés, démunis et dans l’impossibilité de faire leur deuil. Tout juste reconnaît-on quelques bavures. Près de cinquante ans plus tard, sans l’ombre d’un remords, le général Aussaresses explique : « nous n’avions pas le choix. »
Reconnaissance sans équivoque
Josette Audin ne renonce pas. Elle poursuit inlassablement sa quête de la vérité sur la disparition de son mari. Et… cela arrive enfin. Soixante et un ans et trois mois après cette disparition, le président de la République française décide de reconnaître en termes qui ne souffrent d’aucune équivoque la responsabilité de l’Etat français dans la pratique de la torture. Une reconnaissance qualifiée d’historique.
Il faudra bien qu’un jour l’on essaie, ensemble, de comprendre quels ressorts entrent en jeu lorsqu’un homme décide ou accepte de profaner l’humanité d’un autre homme
En se rendant chez la veuve de Maurice Audin pour lui demander pardon, en reconnaissant que l’usage de la torture avait été cautionné par le système politique en place, en voulant rétablir cette vérité historique, Emmanuel Macron a-t-il implicitement inclus les victimes, toutes les victimes de cette guerre ? C’est la question que beaucoup se posent de ce côté de la Méditerranée. Les débats font rage sur les réseaux sociaux. Des plus modérés aux plus extrémistes. Alger, par la voix de son ministre des Anciens Moudjahidines – celui-là même qui vient de refuser un visa d’exploitation pour un film sur la vie de Larbi Ben M’hidi – concède qu’il s’agit là d’une « avancée ».
Peut-on espérer qu’une fois ce premier pas accompli la lumière soit faite sur tous les mensonges et les crimes d’Etat ? L’ouverture des archives, ces boîtes noires de l’histoire, nous en dira plus. Mais cela ne suffit pas. Il faudra bien qu’un jour l’on essaie, ensemble, de comprendre quels ressorts entrent en jeu lorsqu’un homme décide ou accepte de profaner l’humanité d’un autre homme. Sans quoi l’affaire Audin ne sera jamais finie.

        Lire aussi :
         

                Mort de Maurice Audin : « Cette déclaration laissera une trace ineffaçable », selon Benjamin Stora



Romancière algérienne, Maïssa Bey est l’auteur d’une dizaine de livres parmi lesquels Nulle autre voix qui vient de paraître aux éditions de l’Aube (2018, 248 pages, 19,90 €).



                            


                        

                        


<article-nb="2018/09/17/19-18">
<filnamedate="20180917"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180917"><AAMMJJHH="2018091719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Selon l’écrivaine Brigitte Giraud, dans une tribune au « Monde », la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français dans l’assassinat de Maurice Audin, va peut-être permettre aux victimes et aux tortionnaires d’exister ensemble dans une même nation.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Mort de Maurice Audin : Pour Brigitte Giraud, « il faut rompre le cercle vicieux silence - ignorance - défiance »

Selon l’écrivaine Brigitte Giraud, dans une tribune au « Monde », la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français dans l’assassinat de Maurice Audin, va peut-être permettre aux victimes et aux tortionnaires d’exister ensemble dans une même nation.



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 11h46
    |

Brigitte Giraud (écrivaine)







                        



                                


                            
Tribune. Pourquoi la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français dans l’assassinat de Maurice Audin arrive-t-elle en septembre 2018, plus de cinquante-six ans après les accords d’Evian ?
Il a fallu franchir tant d’obstacles sous différents gouvernements pour que la France ose enfin l’épreuve de la vérité. Il a fallu l’obstination d’une famille et d’une veuve, à qui la nation entière doit beaucoup.

Ce que je vois et qui me fait mal est que cette reconnaissance arrive au moment où les protagonistes de la guerre d’Algérie sont en train de disparaître. La mémoire vive est sur le point de s’évanouir, ces hommes qui ont combattu, appelés du contingent, militaires français, militants du FLN algérien, harkis, qui ont partagé un sort commun entre 1954 et 1962, désormais vieillis, ne pourront bientôt plus témoigner, attester, apporter un ultime regard, un repentir ou un point qui nous aura échappé. Le silence étourdissant qui a suivi cette sombre période deviendra un silence sans appel, et seuls demeureront les témoignages écrits, enregistrés ou filmés alors qu’il en était encore temps.

C’est sans doute la raison qui m’a conduite à écrire et publier en 2017 Un loup pour l’homme, un roman qui met en scène ce qu’a vécu mon père en tant que jeune appelé qui ne voulait pas tenir une arme.
« Passages des hommes à la question »
A l’occasion de sa parution, j’ai rencontré des lecteurs, dont certains m’ont confié des souvenirs pénibles, comme cet homme vivant à Nantes, qui officiait au DOP (Dispositif opérationnel de protection) d’Oran à la fin des années 1950, un sigle euphémisé signifiant le « passage des hommes à la question » pour obtenir des renseignements, autrement dit la torture. Il ne savait que faire du temps qu’il lui restait à vivre, il avait plus de 80 ans et n’avait pu dire à sa femme aujourd’hui défunte ce qu’il avait accompli, il n’osait pas davantage en parler à son fils. Comme il a tenté...




                        

                        


<article-nb="2018/09/17/19-19">
<filnamedate="20180917"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180917"><AAMMJJHH="2018091719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Editorial. Une décennie plus tard, les autorités pourraient se retrouver démunies face à un nouveau krach de ce type.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤                     
                                                

Dix ans après Lehman Brothers : en attendant la prochaine crise

Editorial. Une décennie plus tard, les autorités pourraient se retrouver démunies face à un nouveau krach de ce type.



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 10h26
 • Mis à jour le
15.09.2018 à 14h03
   





                        


Editorial du « Monde ». Et Lehman Brothers s’effondra. Ce 15 septembre 2008 ne fut pas le point de départ de la plus grande crise financière depuis 1929, ni son paroxysme sur le plan macroéconomique. Lorsque les autorités américaines laissèrent la banque d’affaires new-yorkaise faire faillite, tout vacilla, l’impensable devint réalité, la liquidité vint à manquer au point de menacer d’asphyxier le système financier dans son ensemble.
La crise en elle-même avait démarré un an plus tôt avec l’éclatement de la bulle des subprimes, ces crédits hypothécaires souscrits par des emprunteurs insolvables. La prise de risque s’était disséminée dans les bilans des institutions financières avec la complicité des régulateurs et des agences de notation.

        Lire aussi :
         

                Dix ans après Lehman Brothers : le populisme en héritage



Ils furent des millions, contribuables, accédants à la propriété, salariés, à payer la facture de l’irresponsabilité d’une poignée de financiers, banquiers centraux et gouvernants, qui, par leur avidité pour les uns, leur laxisme pour les autres, se sont révélés n’être que des apprentis sorciers.
Dix ans plus tard, la croissance est repartie. Malgré leur responsabilité dans la débâcle, les banques américaines n’ont jamais été aussi puissantes. Les Bourses vont de record sur record. Les riches n’ont jamais été aussi riches. La plupart des pays se rassurent en affichant des taux de chômage au plus bas. Les pyromanes d’hier font mine de courber l’échine face aux régulateurs en consentant à être un peu mieux encadrés, sans doute le prix à payer pour faire accepter leur repentance.
Une confiance brisée
L’essentiel n’est pas là. Après une décennie de stagnation des revenus et d’austérité budgétaire, ceux qui ont été les plus affectés par la crise se sont détournés des élites et se sont jetés dans les bras de ceux qui promettaient de bousculer enfin l’ordre établi. 2008 a semé le doute sur la suprématie des démocraties libérales, l’efficacité de l’ouverture des frontières et la volonté réelle de réduire les inégalités. Depuis, les frustrations nourrissent les revendications identitaires, l’illibéralisme gagne du terrain, la mondialisation recule. La confiance dans le système s’est brisée.
Le rafistolage tenté depuis, grâce à une régulation plus exigeante, permettra-t-il d’amortir le choc de la prochaine crise ? Rien n’est moins sûr. La dette, facteur déclenchant en 2008, est encore plus exorbitante qu’il y a dix ans. La finance de l’ombre, qui échappe à tout contrôle, a pris le pas sur les banques. Surtout, les remèdes administrés nous ont conduits en terra incognita. De façon inédite, les banques centrales ont injecté massivement des liquidités pour faire repartir l’économie. Résultat, un peu partout, les bulles spéculatives se forment. Personne ne sait comment revenir à la normale sans risquer une nouvelle déstabilisation.

        Lire aussi :
         

                « Lehman Brothers : dix ans après la faillite, dix leçons »



Plus inquiétant : les solutions qui ont fonctionné en 2008 risquent d’être inopérantes pour la prochaine crise. L’instrument monétaire n’a pas eu le temps d’être réamorcé. Les taux d’intérêt sont si bas que les banques centrales ne pourront plus utiliser l’assouplissement du crédit pour relancer l’économie. L’outil politique risque lui aussi de faire défaut. Il y a dix ans, la coordination internationale avait permis d’éviter les erreurs de 1929, à commencer par le recours au protectionnisme. Aujourd’hui, la guerre commerciale menace, le multilatéralisme se disloque. Faute d’avoir eu le courage de repenser le système, l’économie mondiale risque de se retrouver démunie lorsque le prochain Lehman s’effondrera.




                            


                        

                        


<article-nb="2018/09/17/19-20">
<filnamedate="20180917"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180917"><AAMMJJHH="2018091719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Dans sa chronique, Stéphane Foucart, journaliste au « Monde », s’interroge sur les raisons qui ont poussé la région Auvergne-Rhône-Alpes et l’Inserm à couper leur financement au Remera.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Pourquoi une telle désertion des financeurs du Registre des malformations congénitales en Rhône-Alpes ? »

Dans sa chronique, Stéphane Foucart, journaliste au « Monde », s’interroge sur les raisons qui ont poussé la région Auvergne-Rhône-Alpes et l’Inserm à couper leur financement au Remera.



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 10h09
 • Mis à jour le
15.09.2018 à 10h50
    |

            Stéphane Foucart








                        



                                


                            
Certaines histoires méritent toute notre attention et celle d’Emmanuelle Amar, directrice générale du Registre des malformations congénitales en Rhône-Alpes (Remera), en fait incontestablement partie. Elle est exemplaire à plusieurs titres. D’abord parce qu’elle montre que la politique de droite extrême conduite par Laurent Wauquiez à la tête de la région Auvergne-Rhône-Alpes est plus soucieuse des intérêts particuliers que du bien public. Ensuite parce qu’elle suggère que, pour punir un lanceur d’alerte un peu trop bruyant, les autorités sanitaires peuvent ne pas hésiter à faire le sacrifice d’un instrument majeur au service de la santé publique.
Un registre est une sorte d’inventaire accumulant, au fil du temps, des données sur la fréquence d’une maladie ou d’une catégorie de maladies, sur un territoire donné. Le Remera est spécialisé dans les malformations : il recueille toutes sortes d’informations sur ces troubles dans quatre départements (Rhône, Loire, Isère et Ain). Lorsqu’une anomalie est constatée, les salariés du registre inventorient les traitements médicamenteux reçus par la mère au cours de sa grossesse, son lieu de vie et son environnement – la présence d’un incinérateur, d’une usine, d’une exploitation agricole utilisant tels ou tels intrants. De ces données surgissent des informations parfois capitales.
Au seuil de la cessation d’activité
Le Remera est sur le point de s’éteindre. Aussi surprenant que cela semble, il n’existe que grâce à une fragile association de loi 1901 vivant des subventions de la région Auvergne-Rhône-Alpes, de l’agence Santé publique France (SpF), de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Or ces sources de financement se tarissent ; cela n’émeut personne.
En 2017, la région Auvergne-Rhône-Alpes a annoncé qu’elle mettait fin à sa contribution annuelle de 100 000 euros, soit environ la moitié du budget de l’association. Sans doute fallait-il trouver quelque part les centaines de...




                        

                        

