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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ L’avant-dernier film du cinéaste, tourné loin d’Hollywood et de Marlene Dietrich, ressort en salle.
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Reprise : « Anatahan », le rêve japonais de Sternberg

L’avant-dernier film du cinéaste, tourné loin d’Hollywood et de Marlene Dietrich, ressort en salle.



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 07h00
   





                        


Par Jeanne Esperabet

   


Le cinéma de Josef von Sternberg aura surtout raconté l’histoire d’un visage, celui de sa muse et plus chère collaboratrice, Marlene Dietrich. L’actrice aura traversé son cinéma comme certaines vies le sont parfois par une seule grande histoire d’amour qui les contient toutes. A l’extrémité de sa filmographie, brille pourtant Anatahan (1953), avant-dernier film du cinéaste, qui est une échappée loin des terres hollywoodiennes et de Dietrich en même temps qu’une sorte d’épure récapitulative de son propre cinéma.
Cette épure, Sternberg la trouvera au Japon. Son désir de tourner un film nippon remonte aux années 1930, mais le cinéaste attendra une vingtaine d’années avant de pouvoir concrétiser ce projet. Il cherche un sujet, il en trouvera un dans un article de quatre lignes paru dans le New York Times relatant l’histoire vraie, survenue pendant la seconde guerre mondiale, d’une femme et d’un groupe de pêcheurs et de soldats naufragés pendant sept ans sur l’île d’Anatahan, dans l’océan Pacifique. Les médias locaux finirent par découvrir qu’une poignée d’hommes qui vécurent sur l’île seraient morts dans des conditions mystérieuses.
Un espace mental
Des hommes, une femme, une île : il n’en faut pas plus à Sternberg pour que la fiction naisse et s’enfièvre. Pas plus aussi pour, finalement, se sentir chez lui. Il ne souhaite pas réaliser un film hollywoodien au Japon mais une œuvre nourrie par l’art japonais dont il est un fervent admirateur. Il s’entoure d’une équipe technique exclusivement locale, les acteurs sont, pour la plupart, de simples amateurs croisés au hasard, et son unique actrice, Akemi Negishi, est une danseuse de revue de 18 ans. Son immersion et sa connaissance de cette culture n’empêcheront pas la critique japonaise de l’époque de lui reprocher de porter un regard exotique et colonial.
La faute peut-être à un malentendu : le cinéma de Sternberg ne s’est jamais préoccupé d’enregistrer une réalité tangible, concrète, documentaire, mais rend compte d’un espace mental, une vision enfouie en lui et qu’il n’y aurait plus qu’à éclairer. Le dépaysement n’est ici qu’un prétexte à se reterritorialiser ailleurs, à prouver que la puissance d’un style ne dépend pas d’un pays et d’une industrie. La critique a pu être heurtée par le choix de Sternberg de ne pas traduire les dialogues de son film pour préférer nous guider en voix off à travers l’intrigue. Loin d’être une marque de démiurgie, ce ressort permet au récit de s’apparenter à un mythe immémorial que le cinéaste-conteur transmettrait.
La terre du déni
Un détail exprime cette supériorité, chez lui, de l’artifice sur le document : Sternberg s’est rendu au Japon pour tourner Anatahan mais le film a été entièrement réalisé en studio. La nature luxuriante, construite de toutes pièces, qui enveloppe les naufragés ne prétend pas être autre chose qu’un fantasme de nature, de même que Keiko, seule présence féminine, est présentée comme « la dernière femme sur Terre » ou « la Reine des abeilles ». Une pure apparition, typique du cinéaste : féminine, souveraine et fatale pour les hommes qui se risquent à l’approcher. D’un pays à l’autre, le paradigme de Sternberg n’a pas lieu de changer : les hommes sont les pantins de leur propre désir, le sexe dirige le monde.
Seule concession faite au document, Anatahan est percé en son milieu par des images documentaires montrant la défaite japonaise et le retour des soldats au sein de leurs familles. Cette douloureuse réalité, les naufragés se refusent à y croire. Anatahan est la terre du déni, un écosystème à l’image du cinéma de Sternberg : le temps se suspend, le désir brûle, et l’on en sort à la manière hébétée dont on s’extirpe d’un songe.

Film américain de Josef von Sternberg (1953). Avec Akemi Negishi, Tadashi Suganuma, Kisaburo Sawamura, Shoji Nakayama (1 h 34).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Chaque semaine, « L’Epoque » paie son coup. Un lundi soir, dans un bar du 11e, à Paris, le comédien est venu parler de sa passion dévorante, le cinéma.
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Un apéro avec Vincent Lacoste : « C’est une vie bizarre d’être acteur »


                      Chaque semaine, « L’Epoque » paie son coup. Un lundi soir, dans un bar du 11e, à Paris, le comédien est venu parler de sa passion dévorante, le cinéma.



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 06h41
    |

            Laurent Carpentier








                              

                        

« Mauvais jour ça, le lundi. C’est bon pour la déprime, pas pour boire un coup. » Il renvoie sa casquette sur ses oreilles et ponctue sa phrase de ce petit hin hin hin nasal qui caractérise son rire enfantin : Vincent Lacoste est à un âge qui hésite encore entre l’adolescent et l’adulte. Son repaire, Aux Deux Amis, rue Oberkampf, dans le 11e arrondissement de Paris, est fermé ; le Black Mad Crawler, un peu plus loin sur le boulevard Richard-Lenoir, aussi. « Pas grave, on va aller au Banco, un rade de la rue des Trois-Bornes », annonce-t-il. On échoue en fond de salle. « Tchin tchin ! »
C’est désormais son quartier. Depuis ses 18 ans, quand il a quitté Guy-Môquet et le 17e arrondissement de Paris où il a grandi, il a fait d’Oberkampf sa tanière. Il en connaît les nuits, qu’il arpente avec ses amis, Antoine de Bary, Félix Moati, Félix de ­Givry… tous gens du cinéma, tendance jeune garde. « De toute façon, dans le 11e il n’y a que ça, des acteurs. » Le jeune homme en convient : il ne tient pas en place, et lorsqu’il est chez lui, c’est pour avaler des films dans une cinéphilie gloutonne et polymorphe. « Quand je ne mate pas de films, je déprime, constate-t-il, placide. Cette année, j’ai tellement enchaîné les tournages et les promos que je n’ai même pas pu voir le Spike Lee ou le dernier David Robert Mitchell ! »
« Je me vois comme un mec normal. Je ne peux pas dire que je me trouve terrible. Mais bon, je m’aime bien »
Après Plaire, aimer et courir vite, de Christophe Honoré, sorti au printemps, Vincent Lacoste est à l’affiche de Première année, de Thomas Lilti (le 12 septembre), puis on le verra dans Amanda, de Mikhaël Hers, en octobre, et Deux fils, de Félix Moati, prévu pour le début de l’an prochain. A seulement 25 ans, il alignera ainsi vingt-trois films. Et déjà trois nominations aux Césars, pour Les Beaux Gosses...




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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Intégrale de ses films à La Cinémathèque française, reprises en salle, adaptations théâtrales : la lanterne magique du génie de Farö illumine l’automne.
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Ingmar Bergman, la saga de l’intime

Intégrale de ses films à La Cinémathèque française, reprises en salle, adaptations théâtrales : la lanterne magique du génie de Farö illumine l’automne.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 17h25
 • Mis à jour le
15.09.2018 à 06h41
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Il aurait eu 100 ans le 14 juillet 2018. Il est ce que la Suède a légué de plus exaltant au monde en matière artistique. Il incarne un art (le cinéma) et une notion (l’auteur) portés à leur plus haut degré de liberté et de rayonnement durant le XXe siècle. Il est un créateur prodigue, une personnalité torturée, un serial séducteur, un surgeon tardif du romantisme. Ce génie, cette statue, ce mythe, ce croque-mitaine, tout le monde l’a reconnu : Ingmar Bergman, mort en son île de Farö le 30 juillet 2007. La cinquantaine de films qu’il a réalisés entre 1946 et 2003, parmi lesquels un nombre de chefs-d’œuvre inaccoutumé, sont la part visible d’un ­iceberg artistique qui comprend le théâtre, la télévision, la radio, l’écriture, autant de domaines qu’on aurait tort de juger anecdotiques en regard de sa création cinématographique.

Les cinéphiles connaissent la vulgate par cœur, jusque dans sa part de légende, soigneusement entretenue par l’auteur dans sa délectable autobiographie, Laterna magica (Folio-Gallimard, 1987). Rien que de très logique : quand on s’appelle Bergman, réalité et imaginaire font partie d’un grand tout qui saisit l’homme. L’éducation rigoriste d’un père pasteur luthérien, l’amour fou pour la mère, la macération comme valeur familiale, et sur ces rails le mal-être névrotique du futur artiste-homme tant bien que mal transcendé par la création. De ce côté, passion dévorante du théâtre et du cinéma, répartie avec la régularité du métronome en saisons créatives, sous l’influence fondatrice de deux grands maîtres nationaux (Victor Sjöström et August Strindberg) et du mouvement néoréaliste italien qui bouscule sévèrement le monde du cinéma à l’aube de sa carrière.
Psychanalyse à ciel ouvert
Ce que Bergman va en son nom propre ­inventer, c’est la puissance exploratoire du cinéma telle qu’elle puise dans la psyché de l’artiste les formes à la fois évanescentes et ratiocinantes d’un monde miraculeusement cristallisé...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Il a fallu attendre les années 1990, et plus encore sa mort, pour que ses compatriotes prennent définitivement conscience de l’importance historique du réalisateur.
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Ingmar Bergman en Suède : une personnalité controversée et un cinéaste méconnu

Il a fallu attendre les années 1990, et plus encore sa mort, pour que ses compatriotes prennent définitivement conscience de l’importance historique du réalisateur.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 17h24
 • Mis à jour le
14.09.2018 à 17h28
    |

            Anne-Françoise Hivert (Malmö (Suède), correspondante régionale)








                        



                                


                            

Dans les années 1970, ­Maaret Koskinen, spécialiste d’Ingmar Bergman, étudiait au Canada. A l’époque, se souvient-elle, l’œuvre du cinéaste « faisait naturellement partie des cours proposés aux étudiants en ­cinéma » outre-Atlantique. Mais en Suède, rien de tel. Il a fallu attendre la fin des années 1990, et même plus tard parfois, pour que les grandes universités commencent à l’inscrire au programme. Maaret Koskinen, pour sa part, a signé la première thèse de doctorat lui étant consacrée, en 1993.

Si Bergman a depuis longtemps un statut de monstre sacré du ­cinéma à l’étranger, ses concitoyens continuent d’éprouver des sentiments ambivalents à son égard. Pour une majorité de Suédois, qui trouvent son art « difficilement abordable », constate la professeure de cinéma, il a « aussi peu d’importance aujourd’hui qu’avant ». Pour les initiés, c’est différent : « Beaucoup commencent à réaliser l’importance qu’on lui accorde à l’étranger. » Les célébrations du centenaire de sa naissance, en 2018, ont eu le mérite de le montrer une fois de plus.
La prise de conscience a eu lieu après sa mort, le 30 juillet 2007, quand « des journaux comme le New York Times ou Le Monde en ont fait leur “une” », observe Jan Holmberg, président de la Fondation Bergman, à Stockholm. Parce que, dit-il, « personne n’est prophète en son pays et encore moins dans un tout petit pays comme la Suède », la réputation de Bergman y était jugée « surestimée », basée sur un malentendu.
Manque d’engagement politique
A l’étranger, Bergman est considéré comme un cinéaste suédois qui « dépeint la société scandinave ». Les Suédois, au contraire, « estiment que ses films n’ont rien à voir avec eux et l’identité suédoise », explique Jan Holmberg. En pleine expansion, le royaume souhaite projeter à l’extérieur l’image d’une société florissante, œuvrant à l’épanouissement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ La réalisatrice Jane Magnusson s’est intéressée à l’année 1957 dans la carrière du cinéaste.
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« Bergman, une année dans une vie » : une montagne trop haute pour les documentaristes

La réalisatrice Jane Magnusson s’est intéressée à l’année 1957 dans la carrière du cinéaste.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 17h23
 • Mis à jour le
14.09.2018 à 17h27
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Jane Magnusson, réalisatrice suédoise, s’attaque, pour le centenaire, au monstre local, l’incernable Ingmar Bergman. La montagne est haute et la tâche est rude. Du moins le film tente-t-il quelque chose d’original, en faisant de l’année 1957 la pierre de touche non seulement de sa création mais, si l’on peut dire, plus largement de la « bergmanitude ». Non sans quelques arguments, quand bien même d’autres dates auraient été envisageables.

1957 est en effet l’année de la consécration internationale avec la sortie du Septième Sceau et des Fraises sauvages. De l’invention avec ces mêmes films du cinéma comme exposition du monde intérieur. De l’accès enfin à une indépendance placée sous le signe de la boulimie et de l’ulcère récidivant. Outre les deux films cités, Bergman monte en effet dans cette même année quatre pièces de théâtre, dont un Peer Gynt de cinq heures, réalise un téléfilm et une émission de radio. Il en est par ailleurs à son troisième mariage et à son sixième enfant, vit avec son épouse Gun Grüt, mène une relation extraconjugale avec Bibi Andersson et rencontre celle qui deviendra bientôt sa quatrième femme, la pianiste Käbi Laretei.
C’est donc sous les auspices d’une profusion un peu suspecte que le film place l’artiste, s’autorisant de ­fréquentes embardées en amont et en aval de l’année canonique pour confirmer le diagnostic.
Ecorner le mythe
Profusion, sans doute, du génie totémique et de l’inventeur polymorphe, mais aussi bien profusion névrotique que le film va dévoiler par le détail, témoignages circonstanciés à l’appui, histoire tout de même d’écorner le mythe. Mensonges de son autobiographie où il se déclare victime d’un sadisme paternel dont son frère aîné aurait seul fait les frais. Mensonge par atténuation de son soutien au nazisme qui dure plus longtemps qu’on ne le croyait. Avec cela, l’ordinaire : amant insatiable, père irresponsable, artiste...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Les compagnies tg STAN et De Roovers font l’ouverture théâtrale du Festival d’automne, à Paris, avec « Infidèles », d’après un scénario écrit par le cinéaste.
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Les passions bergmaniennes prises dans les jeux de rôles de deux collectifs belges

Les compagnies tg STAN et De Roovers font l’ouverture théâtrale du Festival d’automne, à Paris, avec « Infidèles », d’après un scénario écrit par le cinéaste.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 17h19
    |

                            Fabienne Darge








                        



                                


                            

Sont-ils des acteurs ? Des personnes ? Des personnages ? La frontière n’est pas claire, sur l’avant-scène du Théâtre de la Bastille, à Paris, où deux femmes et deux hommes se tiennent devant vous et vous regardent, pendant un bon quart d’heure, avant que la représentation au sens strict ne commence.
Cette frontière poreuse entre le théâtre et la vie, le collectif belge tg STAN l’explore inlassablement depuis trente ans, au fil de multiples variations toujours réjouissantes. En cette rentrée, voilà « les Stan », comme les appelle leur public fidèle, de retour à Paris, où ils font l’ouverture théâtrale du Festival d’automne, en compagnie d’une autre bande anversoise répondant au nom de De Roovers.
La vie comme théâtre
Et les voilà avec Ingmar Bergman, qui est un de leurs auteurs de prédilection : après Infidèles, ils présenteront, toujours au Théâtre de la Bastille, Atelier et Après la répétition. Leur rencontre avec Bergman relève de l’évidence, tant le cinéaste, également metteur en scène de théâtre et auteur, n’a cessé d’affronter son existence, sa propre folie, comme matière même de son œuvre, à l’image de son aîné Strindberg : la vie comme théâtre, avec toutes ses démesures, le théâtre pour ­arriver à vivre.

Le spectacle, que jouent et signent Ruth Becquart, Robbie Cleiren, Jolente De Keersmaeker et Frank Vercruyssen (pas de metteur en scène attitré dans ce théâtre-là), s’inspire d’un scénario écrit par Bergman et dont Liv Ullmann, actrice et compagne du maître, a tiré un film, en 2000. Le cinéaste s’y montre quasiment sans masque, reclus sur son île, et remontant le fil de ses souvenirs, après avoir retrouvé, dans le tiroir de son bureau, une photo de femme.
C’est une histoire banale, à laquelle l’artiste suédois a donné, comme dans ses films, une vérité humaine inouïe
Cette femme, Marianne (ainsi s’appelait le personnage de Liv Ullmann dans Scènes de la vie conjugale), est au cœur...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Un tiers des films présentés (sur 342) au TIFF avaient un premier rôle féminin et un tiers étaient réalisés par des femmes.
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Toronto, festival de l’ère post-Weinstein

Un tiers des films présentés (sur 342) au TIFF avaient un premier rôle féminin et un tiers étaient réalisés par des femmes.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 17h15
 • Mis à jour le
16.09.2018 à 06h35
    |

                            Thomas Sotinel (Toronto (Canada), envoyé spécial)








                        



                                


                            

Le 5 octobre 2017, trois semaines après la fin de l’édition du Toronto International Film Festival (TIFF), le New York Times publiait sa première enquête sur les agressions sexuelles dont était accusé le producteur américain Harvey Weinstein. Moins d’un an plus tard, la manifestation canadienne – le TIFF est le plus grand festival de cinéma des Amériques – s’est donné les moyens d’assimiler les leçons du séisme.
Dès l’annonce du programme, cette volonté était clairement affichée. Un tiers de films (sur 342) réalisés par des femmes ; un tiers de films dont le premier rôle est féminin ; une nouvelle direction paritaire (un tandem formé du directeur artistique Cameron Bailey et de la productrice Joana Vicente succède à Piers Handling, qui s’est retiré après vingt-cinq ans à la tête de la manifestation) ; une majorité de femmes parmi les programmateurs : les chiffres et l’organigramme donnaient à Toronto une longueur d’avance sur les autres grands festivals, particulièrement sur celui de Venise.

Restait à savoir si l’argument avancé, encore et encore (récemment par le directeur de la Mostra), pour justifier la faible présence féminine dans les sélections – on ne choisit pas les films en fonction du genre du réalisateur, mais de leur qualité, et il se trouve que les meilleurs sont l’œuvre d’hommes – allait saper les efforts de l’équipe canadienne.
Une sensation de changement profond
Alors que le TIFF touche à sa fin (le 16 septembre), il s’en dégage une sensation de changement profond, qui tient aussi bien au travail des femmes cinéastes qu’aux nouveaux espaces que se sont ménagés les actrices. En témoignaient, par exemple, les premières mondiales de High Life, de Claire Denis et de ­Widows, de Steve McQueen.

Attendu à Cannes, puis à Venise, le film de science-fiction de l’auteure de Beau Travail a fasciné et déconcerté. A la fois expérience nouvelle (c’est la première fois que Claire...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Refus de subventions et de visas d’exploitations, l’industrie cinématographique est à la peine malgré l’éclosion d’une génération de cinéastes talentueux. Plusieurs longs-métrages connaissent un succès international.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤                
                                    

En Algérie, le mauvais film de la censure politique


                      Refus de subventions et de visas d’exploitations, l’industrie cinématographique est à la peine malgré l’éclosion d’une génération de cinéastes talentueux. Plusieurs longs-métrages connaissent un succès international.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 14h35
 • Mis à jour le
16.09.2018 à 06h34
    |

            Charlotte Bozonnet








   


Ce devait être une simple formalité. Un visionnage administratif. Après tout, le réalisateur algérien Bachir Derrais avait obtenu d’importants fonds publics pour tourner son film : un biopic sur la vie de Larbi Ben M’Hidi, héros du mouvement de libération nationale, tué en 1957 par les paras français. C’était compter sans le contrôle tatillon et anachronique des autorités algériennes.
Le 30 août, le Centre national d’études et de recherches sur le mouvement national et la révolution du 1er novembre 1954, un organisme dépendant du ministère des anciens combattants, le mettait en demeure : « Il est strictement interdit de projeter le film ou de l’exploiter sous une quelconque forme, jusqu’à la levée des réserves et à l’accord final sur son contenu. » Le film de Bachir Derrais est jugé non conforme au scénario initial. « C’est faux. Il y a forcément des ajustements au cours d’un tournage, mais ça ne va pas plus loin », se défend le cinéaste.
« On a fait beaucoup de films sur la révolution, mais souvent selon une vision presque officielle de l’Histoire. J’ai voulu dépoussiérer cela. » Bachir Derrais, cinéaste
Selon lui, les problèmes sont ailleurs : les autorités auraient trouvé l’œuvre « trop politique », ne présentant pas assez de « scènes de guerre ». Elles lui reprocheraient d’avoir trop mis l’accent sur les conflits internes au Front de libération nationale (FLN) de l’époque. « On a fait beaucoup de films sur la révolution, mais souvent selon une vision presque officielle de l’Histoire. J’ai voulu dépoussiérer cela », souligne Bachir Derrais qui a intenté plusieurs recours.

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Les mystérieux critères du « visa culturel »
Quelques jours plus tard, la censure visait une institution du cinéma indépendant en Algérie : les Rencontres cinématographiques de Béjaïa (RCB). Lancé en 2003, au sortir de la guerre civile, ce festival, qui se tient en septembre, est un espace d’expression unique pour les jeunes réalisateurs algériens. Vendredi 7 septembre, il annonçait suspendre ses activités en raison de la censure du film de clôture. Traitant de la contestation sociale, Fragments de rêves, de Bahia Bencheikh El Fegoun, n’a pas reçu le « visa culturel », sésame délivré par le ministère de la culture selon de mystérieux critères.

   


Les deux affaires mettent en lumière l’extrême difficulté rencontrée par le monde du cinéma en Algérie. Cette contrainte n’est pas nouvelle, rappelle le réalisateur chevronné Malek Bensmaïl, qui a souvent fait face à la censure, notamment pour le documentaire Contre-pouvoirs, récit de la campagne présidentielle de 2014 depuis les locaux du quotidien El Watan. Ces pressions se sont parfois exercées jusqu’en France, comme en 1999 avec Boudiaf, un espoir assassiné, un temps déprogrammé. Il estime toutefois que « la situation va en s’aggravant » : « On est dans un pays où l’image fait très peur au pouvoir. »
Les films historiques sont particulièrement visés, comme si le pouvoir vieillissant n’avait plus que ce passé de lutte contre le colonisateur français pour défendre sa légitimité.
Industrie cinématographique au point mort
Depuis une loi adoptée en 2011, les productions traitant de la guerre de libération sont soumises « à l’approbation préalable du gouvernement ». Mais c’est tout le septième art qui est en souffrance. Dans un pays qui reste la seule nation arabe à avoir obtenu une Palme d’or à Cannes (en 1975, avec Chronique des années de braise, de Mohammed Lakhdar-Hamina), l’industrie cinématographique est au point mort ; et on n’y compte plus qu’une quarantaine de cinémas, contre environ quatre cents dans les années 1970. Aux violences de la décennie noire (1991-2002), qui ont vidé les salles obscures, se sont ajoutées la censure et l’absence de politique volontariste.
« Ils nous ignorent, ils s’arrogent un contrôle sur la culture, la maîtrise de la conscience collective d’une société. Ce qu’ils font est violent. » Sofia Djama, réalisatrice des « Bienheureux »
Sofia Djama est la réalisatrice du film Les Bienheureux, sorti en France en 2017. Pour le financer, elle s’est notamment adressée au Fdatic, le Fonds algérien de développement de l’art, de la technique et de l’industrie cinématographique. « En Algérie, c’est très opaque. On ne sait pas qui préside la commission, qui en sont les membres, quel budget est alloué et à quels films, raconte-t-elle. Nous n’avons jamais eu de réponse à notre demande. »
Les Bienheureux est une délicate plongée dans la société algérienne et ses blessures au sortir de la guerre civile. Primé en 2017 à la Mostra de Venise, il a connu un succès international. En Algérie, il n’a été projeté qu’à l’Institut culturel français d’Alger, aucun festival ne l’a sélectionné. Une demande de visa d’exploitation a été déposée il y a plus d’un mois, pour l’instant restée sans réponse.
« Bigoterie ambiante »
« Je pense que le film déplaît à cause de la scène du tapis, qui vise à interroger le rapport des gens à la religion – la jeune héroïne joue avec le tapis de prières d’un de ses amis. C’est la bigoterie ambiante. On refuse de brusquer la mentalité d’une partie de la société, on l’infantilise. C’est irrespectueux pour le public algérien », explique Sofia Djama, qui ne cache pas sa colère devant le « mépris » des autorités pour ces jeunes talents : « Ils nous ignorent, ils s’arrogent un contrôle sur la culture, la maîtrise de la conscience collective d’une société. Ce qu’ils font est violent. »

   


La colère habite aussi Yanis Koussim, qui s’est lancé en 2012 dans la réalisation de son premier long-métrage. Pour Alger by Night, chronique d’une capitale tourmentée, il avait bien obtenu en 2013 le soutien du Fdatic « à l’unanimité ». Mais, en mars, les autorités ont cessé de lui verser les subventions. Montrée au ministère, l’ébauche du film aurait été jugée « osée », « mauvaise pour le public algérien ».
Pour poursuivre, Yanis aurait besoin d’un mystérieux « certificat de conformité du scénario et du film ». Sauf que rien ne lui a été notifié. Le cinéaste a écrit au ministère, publié six lettres ouvertes. En vain. « On m’a rapporté des menaces, par exemple que je ne trouverai plus jamais de financement. Mais, franchement, je n’ai rien à perdre. »
Plébiscites à l’extérieur, contraintes à l’intérieur.
Il a lancé une opération de financement participatif, mais des pressions ont été exercées pour que le site Internet ferme sa cagnotte. Son avocate a réussi à contrer la manœuvre.
« Tant que ça fonctionnera comme ça, je ne demanderai plus d’argent à l’Algérie ! Je rêvais depuis si longtemps de ce projet, j’y ai tellement travaillé… Mais les gens qui sont censés te porter, ce sont eux qui te cassent. » Une censure d’autant plus absurde qu’elle paraît vaine. « Demain, je distribue dix clés USB avec mon film dans Alger et rapidement tous les Algériens l’auront vu en streaming. »

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Ces cas ne sont pas isolés. L’Algérie voit éclore depuis plusieurs années une jeune génération de cinéastes, hommes et femmes, talentueux, formés, courageux et qui connaissent un succès grandissant à l’étranger.
A l’image de Karim Moussaoui, le réalisateur d’En attendant les hirondelles, sorti en France en 2017, et du magnifique moyen-métrage Les Jours d’avant (2013), qui relate, à travers deux adolescents d’une cité d’Alger, la descente aux enfers des années 1990. Mais aussi Hassen Ferhani, auteur du documentaire Dans ma tête un rond-point, tourné dans les abattoirs d’Alger et récompensé par de nombreux festivals.
Ils offrent un cinéma intime, capable de saisir la poésie et la dureté de la société algérienne, son histoire et ses espoirs. Des œuvres plébiscitées à l’extérieur, mais contraintes à l’intérieur. Pas plus que le reste de l’Algérie, le septième art n’échappe à l’enfermement et à l’étouffement que le pouvoir politique impose au pays.



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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Trois mois après un scandale d’évasion fiscale, le sort de l’actrice, dont le passeport a été confisqué, reste incertain. Plus grande star du pays, elle fut l’égérie de L’Oréal pour l’Asie et membre du jury au Festival de Cannes.
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Inquiétude sur le sort de l’actrice chinoise Fan Bingbing, bannie des écrans

Trois mois après un scandale d’évasion fiscale, le sort de l’actrice, dont le passeport a été confisqué, reste incertain. Plus grande star du pays, elle fut l’égérie de L’Oréal pour l’Asie et membre du jury au Festival de Cannes.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 06h43
 • Mis à jour le
14.09.2018 à 17h04
    |

            Brice Pedroletti








                        



                                


                            

Son nom a été retiré de l’affiche d’un film à venir. La série dans laquelle elle joue ne sera pas diffusée. On la dit déjà bannie à jamais des écrans chinois. Cruelle mise à mort médiatique que celle qui, par petites touches, grignote l’image et la réputation de Fan Bingbing, qui aura 37 ans le 16 septembre. Plus grande star du cinéma chinois, elle fut l’égérie de L’Oréal pour l’Asie et membre du jury du Festival de Cannes.
Lundi 10 septembre, la chaîne thaïlandaise de duty-free King Power la congédiait des poste d’ambassadrice globale de la marque. Le lendemain, une université chinoise publiait un palmarès de la « responsabilité sociale » des personnalités en vue. Elle a reçu la note de zéro.
Après trois mois d’incertitude sur son sort à la suite d’un scandale de fraude fiscale concernant ses cachets, l’actrice a indirectement donné des nouvelles peu rassurantes, le 6 septembre, quand le Securities Daily, un journal financier chinois, a révélé qu’elle avait été « placée sous contrôle », comprendre une forme ou une autre de détention, et « accepterait les décisions de justice ».
De manière tout aussi inquiétante, le quotidien précise que ses cachets truqués ne sont « que la partie émergée de l’iceberg » : « Elle est également soupçonnée d’avoir pris part à des opérations de prêts illégaux et d’autres formes de corruption », lit-on dans des entrefilets de la presse officielle préparant de futures annonces, comme une arrestation formelle.
La pratique des contrats « yin et yang »
Tout a commencé fin mai, quand Cui Yongyuan, célèbre animateur de télévision, révèle sur Weibo, le Twitter chinois, un extrait de contrat où apparaît le nom de Fan Bingbing. Il feint de s’indigner qu’elle demande 10 millions de yuans (1,25 million d’euros) pour quatre jours de tournage, et toutes sortes d’à-côtés. Ce sont d’abord ses exigences de princesse qui font jaser – les émoluments de sa maquilleuse, son forfait...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde », observe que Netflix divise les deux festivals et provoque une bataille sévère dans la famille cinéma.
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Venise qui rit, Cannes qui pleure

Dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde », observe que Netflix divise les deux festivals et provoque une bataille sévère dans la famille cinéma.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
14.09.2018 à 09h51
    |

            Michel Guerrin (rédacteur en chef au « Monde »)








                        



                                


                            
Chronique. Nous avons joint Alberto Barbera à Venise. Il est le directeur artistique de La Mostra, le festival de cinéma, dont il vient de boucler la 75e édition. A sa voix, on le sent sur un nuage. Son bonheur est à la hauteur d’une cuvée jugée historique. Il y a les films, et il y a la présence de cinéastes à la fois arty et excitants : les frères Coen, Alfonso Cuaron, Damien Chazelle, Jacques Audiard, Laszlo Nemes, et d’autres. Orson Welles aussi, avec un film inachevé.
Venise fanfaronne, alors que le Festival de Cannes, en mai, manquait de noms fameux. Le problème est que c’est lié. Le lien s’appelle Netflix, qui divise les deux festivals et provoque une bataille sévère dans la famille cinéma.
Un film cristallise cette déchirure. Qu’il ait obtenu le Lion d’or à Venise y est pour beaucoup. Il s’agit de Roma, d’Alfonso Cuaron, et c’est un film Netflix, donc destiné en priorité aux 130 millions d’abonnés de la plate-forme de streaming ; visible à la maison et pas en salle. Or ce film devait aller à Cannes. Netflix a dit non, n’acceptant pas de se plier à une règle française : un film en compétition sur la Croisette doit sortir en salle. Puis attendre trente-six mois avant d’être diffusé en streaming. Impensable pour le modèle du groupe américain, qui se fiche des grands écrans. Alors les trente-six mois…

Ce Lion d’or est une première. Pour certains, une provocation visant à fragiliser la salle de cinéma. Comment un festival, temple de l’art, qui projette sur écrans XXL, peut-il accepter des films qui, ensuite, seront vus sur un ordinateur ou une télévision, qui plus est Roma, tourné en format panoramique noir et blanc ?
« La victime sera le public »
Alberto Barbera a aggravé son cas en accueillant six films Netflix à Venise cette année. Quand on lui demande s’il n’a pas vendu son âme au diable, il emboîte ses réponses : « Ma mission est de choisir les meilleurs films, pas...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ L’inclassable actrice et metteuse en scène franco-suisse ose un duo inattendu avec un cheval. A voir du 15 au 23 septembre au Théâtre Nanterre-Amandiers, dans le cadre du 47e Festival d’automne à Paris.
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Laetitia Dosch : la belle et la bête

L’inclassable actrice et metteuse en scène franco-suisse ose un duo inattendu avec un cheval. A voir du 15 au 23 septembre au Théâtre Nanterre-Amandiers, dans le cadre du 47e Festival d’automne à Paris.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 08h00
    |

                            Fabienne Darge








                        



   


C’est peut-être une histoire de peau, de membrane poreuse entre soi et le monde. La peau que Laetitia Dosch a diaphane, comme la plupart des rousses, mais ce n’est pas la raison pour laquelle cette enveloppe délicate, presque transparente, semble fonctionner comme un capteur. Plutôt une affaire de sensibilité, évidemment. En ce soir de juin, la jeune femme vibre de tout son être, sous les grands pins du Domaine d’O, à Montpellier, au sortir de la représentation de Hate : une création dont elle signe le texte et la mise en scène, dans laquelle elle joue, et qui, après Lausanne et Montpellier, arrive à Nanterre, où il ne faut pas la manquer.
Le spectacle est à son image : d’une singularité totale. La belle, sortie d’un tableau de Botticelli, y joue, peau contre cuir, avec la bête. En l’occurrence un cheval nommé Corazon (« cœur », en espagnol), à la robe gris truité. Ils sont nus tous les deux, ce qui se remarque plus chez elle que chez lui. Il semblerait bien que Laetitia Dosch ne fasse rien comme une autre, et ce depuis le début.
« J’ai toujours été la bizarre de la famille », résume-t-elle. Hétérogène à son milieu ultratraditionnel et catholique du 8e arrondissement de Paris. « En même temps, ma famille était étrange, à sa manière, on vivait avec mes grands-parents, oncles et tantes, et au milieu d’animaux, vivants ou morts. A la maison, il y avait deux mondes parallèles : celui des adultes, et celui des animaux et de moi. Mais c’est bien que je sois tombée chez les “cathos”, comme cela, je n’ai pu reproduire aucun schéma », dit-elle avec cet humour léger, faussement naïf, qui la caractérise.
Esprit grinçant
C’est bien dans son lycée privé catholique, pourtant, qu’elle découvre le théâtre, qui la sauve d’une adolescence mutique et solitaire. Et c’est bien dans le théâtre qu’elle plonge, à corps perdu, elle qui apparaît aujourd’hui comme une des égéries du jeune cinéma d’auteur français. Avec un éclectisme, une curiosité, une originalité qui lui font faire le grand écart entre des formes très différentes, qu’elle marque pourtant toujours de son identité.
Elle a joué Shakespeare aux côtésd’Eric Ruf, le patron de la Comédie-Française, ou sous la direction de la metteuse en scène Mélanie ­Leray, tout en furetant dans l’univers nettement plus expérimental et performatif des chorégraphes Marco Berrettini et La Ribot. Et elle a écrit son premier spectacle, ­Laetitia fait péter…, parodie de stand-up, où elle joue une humoriste un peu débile, qui fait des blagues sur les vieux, les juifs et les Noirs. Laetitia Dosch ne craint pas d’avoir l’esprit grinçant.
« Au début ça n’a pas très bien marché pour moi. Je n’étais pas “casable”. On ne savait pas si j’étais drôle ou pas drôle, jolie ou moche. »
« Ma vocation, c’est vraiment d’être actrice, précise-t-elle. Tout pour moi est parti de là, de l’amour des acteurs au cinéma, Meryl Streep en tête. Si j’avais eu beaucoup de boulot intéressant, je n’aurais jamais écrit, je crois. J’ai profondément le goût du jeu, de rentrer dans un personnage, de le fouiller et de le transmettre à d’autres. Mais voilà, au début ça n’a pas très bien marché pour moi. Je n’étais pas “casable”. On ne savait pas si j’étais drôle ou pas drôle, jolie ou moche. »
Tant mieux pour elle. Laetitia Dosch a travaillé sa singularité, et déployé une palette d’univers, de registres et d’intérêts hors du commun dans un monde où les jeunes actrices sont souvent des produits interchangeables. Et laissé s’épanouir un jeu, une façon d’être, qui est un cocktail unique de fantaisie, de radicalité, d’acuité, de douceur, de force et de fragilité.
Elle peut parler du jeu d’acteur pendant des heures – elle a d’ailleurs écrit des portraits de comédien (ne) s pour les Cahiers du cinéma –, insiste sur le fait que c’est un métier à travailler « et pas seulement de la présence ou de la manipulation par un metteur en scène », se place sous les figures tutélaires de Meryl Streep mais aussi de Jeanne Moreau, Romy Schneider ou Delphine Seyrig, des actrices des années 1970 comme Miou-Miou ou Isabelle Huppert, et des acteurs américains, notamment Johnny Depp et Joaquin Phoenix.
« Acteur, c’est vraiment un des plus beaux métiers du monde, pour moi, parce que ça demande de s’intéresser concrètement à d’autres personnes, d’autres vies. S’imaginer que l’on est quelqu’un d’autre, c’est faire le constat que l’on n’est pas tous si différents, finalement… C’est un métier qui amène à s’ouvrir, à mieux comprendre le monde qui nous entoure, et à le faire par notre propre expérience, notre propre corps. »
La classe et le ridicule
Et c’est bien avec ces armes-là, instinct, intelligence et sensibilité mêlés, qu’elle invente une nouvelle figure d’actrice-auteure, de spectacle en spectacle. Après Laetitia fait péter…, elle a conçu Klein, drôle d’objet scénique entre Lewis Carroll et Buster Keaton, puis Un album, dans lequel elle allait déterrer une figure largement aussi déviationniste qu’elle, celle de l’humoriste suisse Zouc.
La belle aime aller gratter là où c’est trouble, dérangeant, là où ça dérape. Mais contrairement à la grande performeuse espagnole Angelica Liddell, qu’elle admire par ailleurs, elle veille à ne pas ass ommer le spectateur. « D’abord parce que j’aime bien rigoler, faire des blagues. Et parce que j’ai envie de faire des pièces dont les gens, moi comprise, sortent en ayant envie de vivre. »
Ce parcours l’a menée à créer ce spectacle inclassable et réjouissant, qui n’a rien à voir avec les formes de théâtre équestre existantes, celle de Bartabas en tête. Laetitia Dosch en a eu l’idée en tournant, à l’été 2016, un western fauché au fin fond des Etats-Unis. « Je passais mes journées à cheval, et je trouvais que l’animal donnait de la distance. Il y avait une beauté dans son écoute du monde. Je suis rentrée en me disant que j’allais faire un spectacle avec un cheval, et je suis allée travailler avec Judith Zagury, de l’école-atelier Shanju, qui forme au cirque et au théâtre équestre. »
Et ainsi la voilà amazone, nue, excepté l’épée glissée dans son fourreau, parlant à Corazon de tout, de rien et surtout de nous, et imaginant une histoire d’amour avec lui. « J’aime beaucoup le mélange de classe et de ridicule », sourit-elle. Hate frôle le ridicule à tout moment, avec un humour fou, pour parler, avec beaucoup de classe, de deux ou trois choses qui nous préoccupent : la solitude, le rapport à l’autre, qu’il soit humain ou animal, la relation à la nature, l’interrogation sur ce qui est ­ « contre-nature ». Ou pas.
Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec le Festival d’automne à Paris.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Notre chroniqueur a encore frappé : après les vestiaires de Liam Gallagher et de Jean-Michel Blanquer, Marc Beaugé scrute celui du comédien qui attaque la rentrée avec un film en costumes et une émission dominicale sur France Inter. Classe, n’est-ce pas ?
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Le réalisateur israélien, nommé à la chaire annuelle de création artistique pour l’année 2018-2019, donnera neuf conférences.
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Amos Gitaï monte en chaire au Collège de France

Le réalisateur israélien, nommé à la chaire annuelle de création artistique pour l’année 2018-2019, donnera neuf conférences.



LE MONDE
 |    12.09.2018 à 08h20
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Que faisait le réalisateur israélien Amos Gitaï en cette matinée du mardi 11 septembre dans les murs du Collège de France ? Contre toute attente, il ne tournait pas un film, mais y donnait une conférence de presse portant sur sa nomination à la chaire annuelle de création artistique pour l’année académique 2018-2019. Créée en 2005 par le Collège, celle-ci consiste, pour l’artiste invité, à donner durant ce mandat limité un certain nombre de conférences portant sur la pratique de son art. Après l’architecte Christian de Portzamparc, le compositeur Pascal Dusapin, le plasticien Anselm Kiefer, elle est pour la première fois attribuée à un cinéaste. Treize ans, c’est bien le moins qu’aura eu à attendre cet art moderne, longtemps réputé « divertissement d’ilotes », pour être distingué par une institution créée par François Ier.
Architecte de formation, comme son père, membre du Bauhaus, Amos Gitaï vient au cinéma par le biais de la guerre
Le sujet de cet « honneur », selon ses termes, est un réalisateur de 67 ans, trublion artistique et politique qui a sucé le lait de l’opiniâtreté et de la dissidence auprès de Samuel Fuller et de Jean-Luc Godard. Architecte de formation, comme son père, qui fut membre du Bauhaus, Gitaï vient au cinéma par le biais de la guerre, en l’espèce celle du Kippour (1973), où il manque perdre la vie dans un hélicoptère dont le pilote est décapité à deux mètres de lui. Il décide alors de poser, par le cinéma, des questions à son pays et à la conscience des spectateurs.
Son premier film, un documentaire intitulé House, immédiatement interdit et poussant le cinéaste à l’exil, porte sur le chantier d’une maison en construction à Jérusalem. Sujet banal en la plupart des lieux, il y affleure l’explosive problématique d’un pays revendiqué par deux peuples. On y voit ce que signifie questionner pour ce cinéaste, qui va rapidement devenir – avant la reconnaissance du cinéma d’auteur israélien dans les...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Son film « Thunder Road », récompensé au Festival de Deauville, renouvelle le genre du cinéma indépendant américain.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Jim Cummings, dans la peau d’un flic texan

Son film « Thunder Road », récompensé au Festival de Deauville, renouvelle le genre du cinéma indépendant américain.



LE MONDE
 |    12.09.2018 à 07h33
 • Mis à jour le
12.09.2018 à 07h57
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

Voici l’homme qui murmure à l’oreille du policier texan : Jim Cummings, 31 ans, est le réalisateur que l’on n’attendait pas. Découvert à Cannes, en mai, à la section parallèle ACID (Association du cinéma indépendant pour sa distribution), son premier long-métrage, Thunder Road, a remporté le Grand Prix du Festival du cinéma américain de Deauville, le 9 septembre, trois jours avant sa sortie en salle.

Le film repose entièrement sur les épaulettes de l’uniforme du policier, joué par Jim Cummings lui-même. Moustachu, le détail a son importance, Jimmy essaie d’exercer aussi bien son métier qu’il tente d’élever sa fille. Mais il n’y parvient pas : il rate ses coups, se comporte mal, et sa nervosité fait craindre le pire. Il est borderline, à l’image d’une Amérique au bord de la dépression nerveuse.

En décernant la récompense, la présidente du jury, Sandrine Kiberlain, a salué « un film insolite et si inventif ». « Quelle joie d’assister à la naissance d’un artiste, à l’arrivée d’une comète qui suscite les rires et les pleurs avec une singularité qui nous bluffe », s’est réjouie la comédienne. Les défricheurs de l’Acid saluent un scénario en dehors des codes du cinéma américain. « Ici, on n’assiste pas à la montée en puissance du héros ou à sa chute vertigineuse. Le récit est fin : on se demande tout le temps jusqu’où le personnage va-t-il aller ? Il y a une liberté qui porte toute la structure du film, sans parler de son mode de fabrication artisanal », analyse le cinéaste et coprésident de l’Acid Idir Serghine.
« Self made in America »
Tourné au Texas, Thunder Road, clin d’œil à la chanson de Bruce Springsteen, ambitionne de s’adresser à toute l’Amérique. A Paris, il y a une semaine, Jim Cummings nous racontait la fabrication de ce film qu’il a fait « tout seul » – il en est le réalisateur, le producteur, le scénariste, le monteur et le performeur. L’homme est « self...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Jim Cummings est réali­sateur, ­acteur, monteur, compositeur et producteur exécutif pour son premier long-métrage.
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« Thunder Road » : entre rires et larmes, un cocktail du tonnerre

Jim Cummings est réali­sateur, ­acteur, monteur, compositeur et producteur exécutif pour son premier long-métrage.



LE MONDE
 |    12.09.2018 à 07h31
 • Mis à jour le
12.09.2018 à 08h03
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Au générique de Thunder Road, Jim Cummings est crédité comme réali­sateur, ­acteur, monteur, compositeur et producteur exécutif. Une omniprésence qui peut faire sourire et rappelle à bien des égards la mégalomanie fêlée d’un Vincent Gallo, figure chérie du ­cinéma indépendant américain. Chez Cummings, le désir de maîtriser chaque étape fait signe vers un désir impérieux, une urgence à faire, qui rend son film si singulier, si ­furieux, à l’image même de son héros.

        Lire la rencontre :
         

          Jim Cummings, dans la peau d’un flic texan



Avant d’être un long-métrage, Thunder Road était un court, qui correspond à la première séquence du film et que le réalisateur a décidé de rallonger. Scène mémorable, imprévisible, où, le jour de l’enterrement de sa mère, Jimmy ­Arnaud, policier texan, prend place ­devant l’assemblée pour faire un discours. Les souvenirs se mêlent anarchiquement aux regrets. Le fils endeuillé ­raconte la fois où sa mère enregistrait tous ses cours de fac sur des cassettes, car il était dyslexique. Il raconte la passion de la défunte pour Bruce Springsteen, et plus particulièrement pour la chanson qui donne au titre son film. Il souhaite lancer la musique, mais le lecteur CD emprunté à sa fille ne veut pas marcher. Alors il décide de la chanter, mais n’y arrivant pas, il décrit les paroles.
Performance déréglée
En quelques minutes, qui doivent en durer dix, le programme est à peu près fixé : Jim Cummings aimantera tout du long la caméra, prenant tout l’espace pour une sorte de performance façon Actors Studio totalement déréglée. La scène ne s’étire pas dans le sens d’un morceau de bravoure, mais vers le désarroi, l’impuissance – elle se dégonfle. A la suite de l’enterrement, Jimmy essuiera une série de catastrophes personnelles et presque aucune éclaircie ne viendra l’apaiser. Chaque nouveau séisme provoque son monologue, sa crise de nerfs, sa scène.

   


Cummings semble envisager son film comme une série de tableaux où il exploite un seul sentiment jusqu’à épuisement : le deuil d’un fils, la haine cordiale entre deux ex-conjoints, le sentiment de voir sa fille grandir trop vite, ou encore l’amitié masculine. Une palette d’affects simples, quotidiens, souvent ­déceptifs, qu’il s’agit de peindre comme le ferait l’humoriste Louis C.K., et auxquels Cummings insuffle sa touche : une énergie du désespoir, une fêlure enfantine.
Jim Cummings a parfois l’air d’un enfant déguisé en flic, d’un gosse devant gérer les malheurs d’une vie d’adulte
Il a parfois l’air d’un enfant déguisé en flic, d’un gosse devant gérer les malheurs d’une vie d’adulte. Le cinéaste raconte que, pour tourner la scène d’ouverture et se mettre en condition, il regardait la fameuse photo de William et Harry devant le cercueil de leur mère, Lady Diana, et cite les films Pixar comme le parfait cocktail de rires et de larmes qu’il voulait pour son propre film. Dans le même ordre d’idées, c’est dans le souvenir des paroles de la chanson de Springsteen que son ­héros trouvera le moyen d’une échappée – Thunder Road suit un mouvement circulaire aussi imprévisible que déchirant.
Cette innocence désarmante, cette émotion brute sur laquelle chaque scène est directement branchée font oublier ce qui pourrait, dans le film, s’apparenter à une folie calculée ou à une forme de pose. Tout semble sincère, donc parfois maladroit et légèrement bancal. Thunder Road appartient à cette catégorie de films qui valent comme geste, qu’on ne peut aimer que totalement et avec l’enthousiasme que provoque une rencontre qu’on sait faite pour durer.

Film américain de Jim Cummings. Avec Jim Cummings, Kendal Farr, Nican Robinson (1 h 31). Sur le Web : www.facebook.com/Thunderroad2018 et www.paname-distribution.com

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 12 septembre)
Mademoiselle de Joncquières, film français d’Emmanuel Mouret (à ne pas manquer)Le Temps des forêts, documentaire français de François-Xavier Drouet (à ne pas manquer)Thunder Road, film américain de Jim Cummings (à ne pas manquer)Dovlatov, film russe d’Alexeï Guerman Jr (à voir)Okko et les fantômes, film d’animation japonais de Kitaro Kosaka (à voir)Première année, film français de Thomas Lilti (à voir)Le pape François, un homme de parole, documentaire allemand, français, italien et suisse de Wim Wenders (on peut éviter)
A l’affiche également :
Le Grand Perdu, film français d’Avénarius d’ArdronvilleJ’ai perdu Albert, film belge et français de Didier van CauwelaertLe Quatuor à cornes, programme belge et français de trois courts-métrages d’animationLes Déguns, film français de Cyrille Droux et Claude Zidi JrMa Fille, film français de Naidra AyadiPeppermint, film américain de Pierre MorelSearching. Portée disparue, film américain d’Aneesh Chaganty





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Le documentaire de François-Xavier Drouet dénonce la mal-forestation et la monoculture du « douglas ».
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« Le Temps des forêts » : le sapin qui cache le « désert vert »

Le documentaire de François-Xavier Drouet dénonce la mal-forestation et la monoculture du « douglas ».



LE MONDE
 |    12.09.2018 à 07h29
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Ça sent le sapin. Il flotte une atmosphère de mort latente, pas visible à l’œil nu, dans le documentaire de François-Xavier Drouet, sobrement intitulé Le Temps des forêts. Les arbres sont bien là, dans le Limousin, le Morvan, les Vosges ou les Landes. Mais cette verdure rassurante – surtout pour les citadins – devrait pourtant nous inquiéter. Il faut dessiller les yeux du spectateur. Toute la force et l’originalité du film résident dans la déconstruction de l’image de la forêt authentique, au fil d’une enquête patiente et tenace dans la veine des films de Dominique Marchais – Le Temps des grâces (2009) et La Ligne de partage des eaux (2014).
Comme pour démasquer les faux-semblants, le film s’ouvre sur l’image d’une forêt sur le plateau de Millevaches. L’instant d’après apparaît une carte postale ancienne du même paysage, mais dénudé. A l’origine, les arbres n’existaient pas. Ils ont été plantés pour des raisons industrielles, et le paysage s’est assombri, explique en voix off une vieille dame, qui, telle une conteuse, ajoute : « Les sapins m’ont fait partir. » La promenade commence, et on entre petit à petit dans ce sujet touffu et paradoxal, où le tapis d’aiguilles peut être un signe de mauvais présage.
La forêt durable est compatible avec les enjeux économiques, affirment des forestiers « résistants »
Le danger, explique François-Xavier Drouet, n’est pas la déforestation mais la « mal-forestation » : on ne laisse plus le temps aux arbres de grandir. On plante ceux qui poussent le plus rapidement en vue de les couper le plus vite possible. Dans cette course à la compétitivité, qui se conjugue avec l’engrais, le sapin sort gagnant. Victoire du « douglas » et de la monoculture au détriment de la diversité des feuillus. On coupe l’arbre, rien ne reste en ­travers du chemin et il n’y a plus de nichoirs pour les oiseaux. D’ailleurs, on ne les entend plus chanter.
C’est le « désert vert », dit l’auteur. L’une des images les plus saisissantes du film est la vision d’agents forestiers qui, tels des Playmobil, plantent des minisapins selon un geste répétitif, quasi chorégraphique. On a pourtant assez d’essences (bouleau, châtaignier…) pour faire la route dans l’autre sens, pour paraphraser Alain Souchon. La forêt durable est compatible avec les enjeux économiques, affirment des forestiers « résistants ». La sonnette d’alarme avait déjà été tirée dans une étude réalisée en 2013 par des habitants du plateau de Millevaches (dont François-Xavier Drouet fait partie), Rapport sur l’état de nos forêts, téléchargeable sur Internet.
On coupe et on replante
Récompensé le 11 août du Grand Prix à la Semaine de la critique du Festival de Locarno, Le Temps des forêts arrive en salle avec de nombreuses séances-débats en perspective. Car ce film engagé laisse la parole à ceux qui assument la gestion actuelle : les arbres, affirment-ils, ça se récolte. On coupe et on replante. Le transport des marchandises, la mondialisation nécessitent de l’emballage. Faire pousser des arbres pour qu’ils finissent en palette ? Nul doute que l’Office national des forêts enverra dans les salles obscures des représentants de la direction.Dans le cadre de leur mandat syndical, des agents de l’ONF ne cachent pas en effet leur profond désarroi.
Sans provoquer ni chercher à contredire son interlocuteur, le réalisateur pose des questions simples. Quel est le quotidien du conducteur de l’abatteuse ? L’un d’eux répond que l’engin coûte cher et qu’il faut l’amortir. Il travaille « dix à douze heures par jour » afin de couper ses « deux cents mètres cubes » quotidiens. « On est un peu esclaves de nos machines », reconnaît-il.
On apprend qu’un arbre a besoin de temps, disons quarante ans, pour puiser sa force dans le sol. Ce n’est qu’ensuite qu’il peut « lui » rendre à son tour des éléments nutritifs – la chute des feuilles et leur décomposition participent à la formation d’un humus protecteur. Le couper avant, c’est un peu un crime. Une forestière le dit : « C’est une ­société, une forêt. »

Documentaire français de François-Xavier Drouet (1 h 43). Sur le Web : www.kmbofilms.com/le-temps-des-forets



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Autour de l’écrivain Sergueï Dovlatov, le cinéaste Alexeï Guerman Jr livre une évocation glaciale de l’ère soviétique.
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« Dovlatov » : Leningrad, nid d’artistes

Autour de l’écrivain Sergueï Dovlatov, le cinéaste Alexeï Guerman Jr livre une évocation glaciale de l’ère soviétique.



LE MONDE
 |    12.09.2018 à 07h26
 • Mis à jour le
12.09.2018 à 07h59
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Présenté lors de l’hiver 2017 à la Berlinale, ­Dov­latov est comme le pendant enneigé et angoissé du très solaire Leto (l’été), de Kirill Serebrennikov, découvert quelques mois plus tard à Cannes. Là où Serebrennikov célébrait l’éclosion d’une génération, celle qui allait vivre la fin du système soviétique, le film d’Alexeï Guerman Jr accompagne les aînés des jeunes rockeurs de Leto à ­l’entrée de la dernière glaciation ­politique, en 1971, sous la houlette de l’un des héros de ce temps, l’écrivain Sergueï ­Dovlatov.
Plutôt que d’embrasser tout le parcours de Dovlatov, né en 1941, exilé aux Etats-Unis de 1978 à sa mort, en 1990, Guerman a choisi de le suivre à la trace pendant quelques jours, au moment de la célébration de l’anniversaire de la révolution d’Octobre. Hasard du tournage ou patience délibérée du cinéaste, il neige sur Leningrad (l’actuelle Saint-Pétersbourg). Les lampions, les affiches colorées à l’effigie de Marx, Engels et Lénine sont voilés par les flocons, masqués par le brouillard. La question implicite est, bien sûr : comment pouvait-on espérer bâtir un monde nouveau dans les congères, sous des arbres sans feuilles ?
Dans cette agitation propagandiste, Sergueï Dovlatov (l’acteur serbe Milan Maric) traîne sa grande carcasse. Il tente de son mieux de collaborer à de petites publications émanant de diverses instances du Parti. Sur un chantier naval, il interroge les ouvriers déguisés en écrivains de l’âge d’or de la littérature russe, à l’occasion du baptême d’un bateau qu’ils ont construit. Dovlatov dit bonjour à Gogol et à Tolstoï, qui lui ­expliquent que la littérature doit exalter le socialisme.
Le rideau de la comédie kafkaïenne menace sans cesse de se déchirer pour révéler la tragédie sous-jacente
Encore et encore, Guerman, puisant aussi bien dans le répertoire littéraire de son modèle (Dovlatov a été édité en France chez Anatolia et La Baconnière) que dans son imagination, tord imperceptiblement le quotidien bureaucratique vers l’absurde le plus délirant. Celui-ci peut virer au cauchemar : il y a, au milieu du film, une séquence bouleversante qui voit Dovlatov envoyé sous terre par son rédacteur en chef ; dans la lumière du chantier du métro de Leningrad, il doit retrouver un ouvrier-poète nommé Kouznetsov, mais la muse de celui-ci l’a quitté ; brusquement on entend des cris, les pleurs d’une femme – les ouvriers viennent d’exhumer un charnier d’enfants, les pensionnaires d’un jardin d’enfants tués par un bombardement nazi pendant le siège de la ville, trente ans plus tôt.
Le rideau de la comédie kafkaïenne menace sans cesse de se déchirer pour révéler la tragédie sous-jacente. La malédiction du jeune écrivain est d’être conscient de cette éventualité. Il tente de la tenir à distance par une ironie rêveuse qui se heurte elle-même à sa terrible capacité d’empathie. Du combat entre la dérision et la compassion, on voit bien qu’il doit sortir quelque chose. Mais ce quelque chose – les textes de Dovlatov – n’a pas droit de cité dans la ville du palais d’Hiver et de l’Institut Smolny.
Hommage filial
Autant que le combat intérieur de l’artiste, Alexeï Guerman met en scène le champ de bataille. Il ­déploie quelques instants choisis en de longues séquences, elles-mêmes découpées en patients travellings : une fête improvisée entre jeunes artistes sur le toit d’un immeuble, une soirée chez un apparatchik culturel, une journée de tournage d’un film officiel. La caméra passe de groupe en groupe, suit une conversation jusque dans sa dernière impasse. On voit passer la figure du poète Joseph Brodsky, d’artistes qui viennent de voir leur échapper le peu de liberté qu’on leur avait accordé au moment du dégel.
Alexeï Guerman Jr est né en 1976, peu de temps avant que Dovlatov ne soit contraint à l’exil. Le père du cinéaste – Alexeï Guerman – vit le plus fameux de ses films, La Véri­fication, resté sur les étagères de la censure soviétique pendant quinze ans, de 1971 à 1986. Mais Guerman père, qui travaillait à Leningrad, se refusa toujours à l’exil. Il y a sans doute quelque chose d’un hommage filial dans la manière dont son fils filme la mé­tropole des soviets, les bureaux où agonisent les plantes vertes, les appartements collectifs, une étrange nostalgie mêlée d’horreur pour le défunt système.

Film russe d’Alexeï Guerman Jr. Avec Milan Maric, Helena Sujecka, Danila Kozlovski (2 h 06). Sur le Web : paradisfilms.com/project/dovlatov et www.facebook.com/dovlatov.film



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Kitaro Kosaka s’est inspiré d’un succès de la littérature jeunesse pour ce film d’animation.
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« Okko et les fantômes » : un récit d’apprentissage teinté de fantastique

Kitaro Kosaka s’est inspiré d’un succès de la littérature jeunesse pour ce film d’animation.



LE MONDE
 |    12.09.2018 à 07h25
 • Mis à jour le
12.09.2018 à 07h27
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Grâce au travail continu d’un distributeur comme Eurozoom, l’animation japonaise est de plus en plus représentée sur les écrans français. Okko et les fantômes, en compétition au Festival d’Annecy cette année, appartient à la double frange des fables enfantines et des chroniques campagnardes, dont le modèle fut peut-être donné par Mon voisin Totoro (1988), l’un des chefs-d’œuvre de Hayao Miyazaki.
C’est d’ailleurs auprès du maître que le réalisateur Kitaro Kosaka, animateur chevronné de 56 ans, a longtemps travaillé (dès 1984, il collabore à Nausicaä de la vallée du vent), au point de devenir l’un de ses plus proches et fidèles collaborateurs. Okko et les fantômes est inspiré d’un succès de la littérature pour enfants de l’écrivaine Hiroko Reijo, déjà décliné en mangas et série télévisée. Il a été développé au sein du studio Madhouse, actif depuis 1972 et producteur de quelques fleurons du genre (Gen d’Hiroshima, Perfect Blue, Summer Wars).
Le récit s’ouvre, de façon inhabituelle, sur un événement traumatique, amené toutefois avec tact et prévenance
Le récit s’ouvre, de façon assez inhabituelle, sur un événement traumatique, amené toutefois avec tact et prévenance. Okko, une enfant sage et éveillée, est victime d’un accident de la route dans ­lequel ses deux parents trouvent la mort. Elle part s’installer chez sa grand-mère, qui dirige un ­minshuku (une auberge traditionnelle) dans une station thermale au cœur d’une région montagneuse. L’orpheline s’acclimate comme elle peut (les insectes la rebutent), rencontre les employés de l’établissement, mais aussi le fantôme inoffensif qui hante les lieux, sous les traits d’un petit garçon facétieux nommé Uribo.
Invisible aux yeux des adultes, Uribo convainc Okko d’aider son aïeule dans la gestion de l’auberge, pour la soulager et garantir sa succession. L’apprentissage n’est pas aisé pour la petite fille, qui doit surmonter sa maladresse et sa ­timidité. Mais d’autres esprits, ­apparus dans le sillage d’Uribo, vont l’aider à la tâche.
« On ne rejette personne »
Kitaro Kosaka a retenu l’option du trait simple et peu détaillé pour rendre plus souples et fluides les gestes et expressions émotionnelles de ses personnages. Les fantômes servent ici plus ou moins d’objets transitionnels, ­accompagnant l’évolution de la petite orpheline vers une forme de maturité. Ils émeuvent surtout en ce qu’ils incarnent des figures du deuil : esprits des enfants ­décédés du voisinage, ils sont ­dépositaires du passé des adultes, de leur histoire intime, et veillent ainsi sur eux. Mais le registre fantastique du film, plutôt convenu et sans grande fantaisie plastique, n’est sans doute pas ce qu’il a de meilleur à offrir.
Ainsi Okko et les fantômes ne semble-t-il commencer vraiment que dans un second temps, lorsque le fantastique cède ­doucement le pas à la chronique d’apprentissage. Okko se retrouve confrontée à plusieurs cas épineux de visiteurs dont elle doit satisfaire au mieux les besoins : un adolescent rebelle, une dépensière ruminant un chagrin d’amour, un père de famille privé d’un rein et soumis à un régime strict.
L’établissement s’apparente bientôt à une sorte d’hospice des cœurs brisés, où les infirmes et les accidentés de l’existence viennent chercher réconfort et soulagement. « On ne rejette personne », telle est la devise tacite de l’auberge, et l’apprentissage que fait Okko du service au client s’avère surtout celui du soin, de la compréhension et du don de soi – jusqu’à un cas de conscience particulièrement retors. C’est dans ce registre réaliste et sensible, attentif aux enjeux des auberges traditionnelles (et à leur ­concurrence avec les hôtels de luxe), que le film trouve son véritable rythme de croisière et finit par toucher en plein cœur.

Film d’animation japonais de Kitaro Kosaka (1 h 35). Sur le Web : www.facebook.com/OkkoLeFilm



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Le réalisateur (et médecin) Thomas Lilti s’intéresse à l’examen que subissent les futurs praticiens.
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« Première année » : faire médecine, à s’en rendre malade

Le réalisateur (et médecin) Thomas Lilti s’intéresse à l’examen que subissent les futurs praticiens.



LE MONDE
 |    12.09.2018 à 07h22
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 15h36
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
La médecine nourrit un pourcentage suffisamment élevé de la fiction en images – films, séries – pour qu’on s’étonne qu’un cinéaste s’y consacre à plein temps, surtout s’il est médecin. Après l’apprentissage de l’exercice de l’art (Hippocrate, 2014), sa pratique quotidienne (Médecin de campagne, 2016), Thomas Lilti met en scène, dans son troisième long-métrage, ce rite étrange et douloureux par lequel doivent passer les futurs praticiens.
Première année s’ouvre sur le spectacle de centaines de jeunes gens attablés en rangs serrés dans un hangar. Ils sont là pour noircir des cases sur des feuilles de papier. On connaît le curriculum vitae du réalisateur (médecin, il a continué d’exercer tout en faisant ses premiers pas au cinéma), on a vu le titre du film en entrant dans la salle, l’énormité de la situation saute aux yeux : l’identité du praticien qui soignera votre cancer ou votre dépression dépend de la capacité de ces étudiants à faire face à cette épreuve, qui relève plus de l’expérimentation animale que de la formation scientifique et professionnelle.
William Lebghil et Vincent Lacoste font de ce qui est un film à thèse l’épisode d’un roman de formation
Cette contradiction entre le savoir inculqué et restitué mécaniquement et la complexité humaine de ce qui viendra, Thomas Lilti la dissèque avec méthode, un peu de colère et l’appui de deux acteurs qui font de ce qui est un film à thèse l’épisode d’un roman de formation.
A la sortie du lycée, Benjamin (William Lebghil) se laisse convaincre d’entrer en médecine. Garçon décontracté, dont on apprendra bientôt qu’il est fils de chirurgien, il commence son année à bas régime, tranquillement éberlué par la surpopulation des amphis, par la charge de travail, par l’avidité masochiste avec laquelle ses condisciples l’acceptent, les plus enthousiastes étant les redoublants. Antoine (Vincent Lacoste) a obtenu par dérogation le droit de ­tripler, après avoir raté d’un rien le passage en deuxième année de médecine et refusé de choisir dentaire ou pharmacie. Ses parents ne comprennent rien à ses études.
Dissolution de la solidarité
L’opposition entre l’héritier qui vite trouve ses marques et s’élève dans les classements et l’outsider habité par sa vocation pourrait être schématique si William Lebghil et Vincent Lacoste ne nuançaient avec intelligence leurs personnages. Le premier est changeant, proie d’enthousiasmes fugitifs et de doutes persistants, les certitudes du second sont minées par sa vulnérabilité aux préjugés des autres, jusqu’à se briser sur l’obstacle. Vincent Lacoste, qui avait montré sa capacité à souffrir à l’écran en phtisique dans Le Journal d’une femme de chambre, de Benoît Jacquot, est ici victime d’un autre mal et tout aussi convaincant.
L’autre réussite de Première année se trouve dans la peinture de cette société éphémère organisée pour que les uns souhaitent tout le malheur du monde aux autres. A quelques incidents près, cette dissolution de la solidarité ne prend jamais la forme de la méchanceté ou de la cruauté. Ce n’est pas la peine, c’est la vie quotidienne des étudiants qui est méchante et cruelle, comme celle d’une émission de télé-réalité. Il se trouve que l’annonce de la réforme du numerus clausus en fin de première année de médecine apporte un semblant de happy end à ce film.

Film français de Thomas Lilti. Avec William Lebghil, Vincent Lacoste (1 h 32). Sur le Web : www.le-pacte.com/france/prochainement/detail/premiere-annee

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« Le pape François, un homme de parole » : le Vatican s’offre Wim Wenders

Le cinéaste allemand signe un véritable encart publicitaire à la gloire de l’homme d’église.



LE MONDE
 |    12.09.2018 à 07h22
 • Mis à jour le
14.09.2018 à 16h57
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
Sans doute n’avons-nous pas connu errements cinématographiques plus spectaculaires que ceux de Wim Wenders. Le cinéaste, inégal mais célébré, capable de beaux films, alterne depuis des années fictions insipides et documentaires sans âme, comme s’il s’était depuis longtemps mis à la retraite mais avait oublié d’arrêter de faire des films. L’occasion d’étoffer superficiellement sa filmographie était toute trouvée avec ce film de commande à la gloire du pape François, co-produit avec le Vatican. De quoi nous faire douter que le réalisateur de cet encart publicitaire et de L’Ami américain (1977) puisse être le même homme.
Le Vatican a certainement voulu redorer voire moderniser son image en s’offrant un cinéaste de renom
Avec Le pape François, un homme de parole, le Vatican a certainement voulu redorer voire moderniser son image en s’offrant un cinéaste de renom. Quant à Wenders, il a pu croire qu’il était encore possible de faire œuvre d’auteur tout en assurant l’œuvre de propagande. Car s’il est comme absent de son propre film, ou du moins là comme simple technicien de luxe, Wenders nous assure pourtant de sa présence, déposant ponctuellement sa voix sur les images pour débiter des banalités sur la condition humaine, l’état du monde, la vie de saint François d’Assise (reconstituée dans des séquences dispensables en noir et blanc) avant de redonner toute la place au héros de son film.
Pendant une heure et demie, le cinéaste s’entretient avec le pape François et le suit dans ses déplacements, prêchant la bonne parole au Congrès américain, dans des camps de migrants ou des bidonvilles, se recueillant aux quatre coins du monde, à Yad Vashem ou encore à Auschwitz. Il faut le dire, Jorge Mario Bergoglio, de son vrai nom, nous apparaît tour à tour sympathique, spirituel, d’une compassion et d’une humilité qui confinent au respect – en cela, la publicité est assurée et l’homme est dans son rôle.
Evidente partialité
C’était évidemment sans compter les dernières révélations qui ne manqueront pas d’exacerber l’évidente partialité à l’œuvre dans le documentaire : si le pape n’a pas de mots assez durs pour condamner les actes de pédophilie au sein de l’Eglise catholique, ce geste de contrition a été immédiatement suivi par les révélations d’un ancien diplomate du Vatican révélant que l’évêque de Rome a couvert les dérives sexuelles d’un cardinal quelques mois seulement après son élection. A cela s’ajoutent ses propos polémiques sur les homosexuels et la psychiatrie qui ébrèchent définitivement l’image d’un pape résolument progressiste que tente de nous marteler le documentaire.
Ces dernières affaires agissent comme un retour du refoulé impossible à contenir et ne manqueront pas de s’interposer entre le spectateur et sa vision du film. Gageons pourtant que Le pape François, un homme de parole, trouvera son public au sein d’une partie de la communauté catholique. Le document, dont Wim Wenders n’est ici qu’un rouage, qu’une signature qu’on achète, ne prétend pas à autre chose qu’à prêcher une niche de convaincus et s’assure ainsi de remplir convenablement les salles.

Documentaire allemand, français, italien et suisse de Wim Wenders (1 h 36). Sur le Web : fr.universalpictures.com/micro/pope-francis, focusfeatures.com/pope-francis-a-man-of-his-word et www.facebook.com/ThePopeMovie



                            


                        

                        

