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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Le romancier algérien est la bête noire du pouvoir autant que des religieux. Il s’en amuse plus qu’il ne s’en inquiète, et écrit de plus belle. En témoigne « Le Train d’Erlingen ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤                     
                                                   
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Boualem Sansal, le sourire dissident

Le romancier algérien est la bête noire du pouvoir autant que des religieux. Il s’en amuse plus qu’il ne s’en inquiète, et écrit de plus belle. En témoigne « Le Train d’Erlingen ».



LE MONDE
 |    16.09.2018 à 09h00
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            

Quand on converse avec l’écrivain algérien Boualem Sansal, à la fois lauréat du prestigieux Prix de la paix des libraires ­allemands (2011) et, selon son expression, « tête de Turc » de la presse officielle dans son pays, on comprend un peu mieux ce que signifie l’esprit de dissidence. Son art ­certain de la provocation tranquille crée un tollé à chacune de ses interventions. Sa récente dénonciation, dans une émission d’Arte (« 28 minutes », le 3 septembre), des conditions imposées par le ­gouvernement algérien aux migrants, traqués et expédiés sans ménagement en direction des dangereuses frontières du Mali ou du Niger, lui a valu un : « Boualem Sansal compare l’expulsion des migrants à la rafle du Vel’ d’Hiv » de certains journaux algériens scandalisés. « Les petits camarades qui [le] guettent jour et nuit » ne le manquent jamais ; « Ma réputation d’antialgérien, antiarabe, antiislam en sort grandie », conclut-il, amusé de l’incident.
Il se refuse à l’exil
Modeste sans affectation, il paraît toujours s’étonner des réactions, positives ou négatives, qu’il suscite. « Les intellectuels, universitaires, prof de lettres, journalistes qui restent encore en Algériene m’aiment pas beaucoup ; car dans cette couche-là, produite par le système, le nationalisme demeure dans la ligne. Je suis un peu leur souffre-douleur. » Et cette hostilité n’a pas l’air de l’émouvoir. Il se refuse, lui, à l’exil, se satisfaisant de son ­petit îlot préservé de Boumerdès, à une cinquantaine de kilomètres d’Alger, ville-campus vouée aux universitaires et aux étudiants, une société qu’il qualifie de « plutôt bobo ». Hors de ce lieu d’origine, son écriture n’aurait plus aucun sens, juge-t-il.
Lorsqu’il s’aventure hors de ce territoire, les choses risquent souvent de mal tourner. Ainsi, en 2012, de sa visite au Festival international des écrivains, à Jérusalem, à l’issue de laquelle il s’est payé le luxe de déclarer qu’« il...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Cette semaine, dans la série « Je ne serais pas arrivé là si… », l’auteur de « La Délicatesse » évoque la grave opération du cœur qu’il a subie à l’âge de 16 ans.
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Dans « Brexit romance », l’auteure pour ados tisse des quiproquos autour d’une start-up spécialisée dans les mariages blancs, après le divorce entre la Grande-Bretagne et l’UE.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤                     
                                                

Clémentine Beauvais, l’écrivaine qui fait du Brexit une comédie romantique

Dans « Brexit romance », l’auteure pour ados tisse des quiproquos autour d’une start-up spécialisée dans les mariages blancs, après le divorce entre la Grande-Bretagne et l’UE.



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 16h26
    |

            Pauline Croquet








                        



   


Alors que les amis de Clémentine Beauvais ont plutôt accueilli le Brexit comme une tragédie, la romancière, elle, a eu l’idée d’en faire le sujet d’une comédie romantique pour adolescents. Brexit romance, publié le 22 août chez Sarbacane, raconte comment Justine Dodgson, une étudiante anglaise francophile et un peu soupe au lait, décide de monter une entreprise facilitant les mariages blancs entre Français et Britanniques, pour s’opposer au divorce entre son pays et l’Union européenne. Cette start-up clandestine va embarquer dans son aventure d’amour pragmatique les héros du roman : Marguerite Fiorel, soliste française de 17 ans et Pierre Kamenev, son jeune professeur de chant, communiste et un peu vieille France.
« L’idée m’est venue de blagues faites avec mes amis, souvent des couples binationaux. On se disait que le nombre de mariages allait bizarrement augmenter avec le vote, plaisante l’écrivaine française de 29 ans. J’ai pris cette plaisanterie et je l’ai poussée à son comble. J’aime les idées de romans qui viennent d’un réel outré, qui proposent un petit peu plus que le vrai, le plausible. Comme dans l’opéra, que j’adore, et où tout est fait pour que ce soit plus grand que nature. » En résultent 456 pages de roman choral bien orchestré et empreint de théâtre, de comédie populaire britannique mais aussi de réflexions politiques et sociales. « Le Brexit est un sujet touchy en Grande-Bretagne. Mes amis britanniques ne lisent pas le français ; ceux à qui j’ai parlé du livre ont eu une réaction qui oscille entre le petit rire poli et l’air intrigué », explique-t-elle dans un sourire.
Faire sérieusement de l’humour
Clémentine Beauvais a déjà livré plusieurs romans adolescents salués tels que Les Petites Reines (Sarbacane, 2015), une histoire aujourd’hui adaptée au théâtre de harcèlement scolaire qui finit en road-trip cycliste revanchard. Ou encore Songe à la douceur (Sarbacane, 2016), une relecture moderne et en vers libres d’Eugène Onéguine. Ses précédentes œuvres sont souvent bercées d’une certaine violence sociale, tranchant avec le caractère solaire et malicieux de leur auteure. Mais la romancière a fini par s’atteler à des histoires plus optimistes et amusantes :
« Avec “La Pouilleuse” et “Comme des images”, je pensais qu’il fallait écrire des romans sérieux pour être prise au sérieux. “Les Petites Reines” était mon premier roman humoristique. Jamais je ne m’étais vue comme auteure de romans “feel good”. Désormais, je le revendique totalement. »
Pourtant, sous ses atours farfelus, Brexit romance est sans doute l’un de ses ouvrages les plus personnels et délicats. D’abord parce que cette Parisienne de naissance se considère « franglaise ». La romancière vit depuis douze ans en Angleterre, où elle est enseignante chercheuse en sciences de l’éducation à l’université d’York, et s’apprête à demander la nationalité britannique. « Une décision qui n’a pas été précipitée par le Brexit, précise la jeune femme. Au contraire, je me suis vraiment demandé si, après ce vote, je voulais vraiment devenir citoyenne d’un pays qui avait pris cette décision. Mais je veux cette nationalité notamment pour pouvoir voter. »
Pour ce qui est de la délicatesse, le lecteur la retrouvera dans la façon de faire dialoguer la vision libérale britannique avec le républicanisme français, comme dans le travail des rebondissements de l’intrigue. « Mes précédents livres étaient plus à fleur de peau, ils étaient très proches de mon ressenti vis-à-vis de la haute société parisienne », explique Clémentine Beauvais, évoquant son année d’hypokhâgne et sa « colère face au broyage psychologique et à l’esprit de compétition délirant cultivé entre les étudiants ». A l’instar de La Pouilleuse (Sarbacane, 2012), inspiré de l’affaire du gang des barbares, mais dans un lycée de l’élite parisienne.
Partie de croquet avec europhobes
Dans Brexit romance, l’écrivaine française exprime à voix haute ses remarques personnelles depuis son installation outre-Manche. Par exemple, son premier choc culturel, « la bienveillance des Britanniques, leur suspension du jugement ». Ou à l’inverse, « le manque de spontanéité britannique qui semble le pendant du côté impulsif français ».
Des traits de caractère qui infusent des dialogues savoureux et des situations cocasses ou enflammées autour du féminisme, de la laïcité, du racisme, des privilèges. « Je trouvais rafraîchissant de montrer une autre culture, en révélant les points aveugles de la tienne », défend-elle.
Un peu comme si, au fil des actes du roman, le docteur Clémentine se disputait avec Mrs Beauvais. Il y a, par exemple, cette scène où Marguerite, naïve héroïne fascinée par l’aristocratie anglaise, se retrouve coincée dans une partie de croquet lors d’un pique-nique organisé par des membres du UKIP – le parti europhobe. Ou celle confrontant Pierre, lors d’une soirée vin-tricot-club de lecture, aux lacunes de ses connaissances en féminisme et antiracisme. « C’est une scène un peu osée parce que le débat est important, mais la situation comique ; j’y suis un peu moqueuse », confesse Clémentine Beauvais.
« Vous savez, il y a ces personnes qui sont des raisonneurs, souvent de gauche, hyperconnectés et qui sont toujours en avance sur le dernier combat, la polémique en date. Elles ont fondamentalement raison, mais arrivent à vous faire sentir bête ou à court d’arguments parce que vous n’aviez pas entendu parler de ce combat. »
Moqueur, oui. Tendre, certainement. Avec une écriture maîtrisée, allant et venant entre la rhétorique des réseaux sociaux et un langage châtié. La romancière a aussi pris le risque d’écrire un livre éphémère, périssable pour mieux parler de son temps. Et, à une époque où tout va vite, à l’heure des start-up, de Tinder et de WhatsApp, elle réussit à livrer une déclaration aigre-douce sur la jeunesse européenne, l’engagement politique… et même l’amour.
Brexit romance, de Clémentine Beauvais, éd. Sarbacane, 456 pages, 17 euros.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ L’écrivain américain Richard Powers fait des rois des végétaux les vrais héros de « L’Arbre-monde », son nouveau roman.
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Richard Powers : « Les arbres sont des créatures sociales et sociables »

L’écrivain américain Richard Powers fait des rois des végétaux les vrais héros de « L’Arbre-monde », son nouveau roman.



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 09h00
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            
L’Arbre-monde (The Overstory), de Richard Powers, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Serge Chauvin, Cherche Midi, 550 p., 22 €.

Découvert en 1985 avec Trois fermiers s’en vont au bal (Cherche Midi, 2004), Richard Powers est l’un des écrivains les plus puissants de la scène littéraire américaine. Après des études de physique, il se lance en littérature, explorant les relations entre sciences (physique, génétique), technologies et art (la musique, en particulier). Il reçoit en 2006 le National Book Award pour La Chambre aux échos (Cherche Midi, 2008). Dans son douzième roman, ­L’Arbre-monde, ses héros mesurent près de 100 mètres de hauteur et sont vieux de plusieurs siècles : ce sont les arbres autour desquels s’enroulent les destins de neuf personnes convergeant vers la Californie, où un séquoia géant est menacé de destruction. Un éco-roman dont l’auteur explique qu’il a profondément changé sa propre manière d’être au monde et ses liens avec les autres vivants, les « non-humains ».
Ecrire ce roman a littéralement changé votre vie, dites-vous. Désormais, vous vivez au milieu des arbres dans les Smoky Mountains des Appalaches. Pourquoi ce choix ?
J’ai été stupéfait de découvrir, pendant les six ans que j’ai passés à lire et à faire des recherches pour ce roman, que 95 % à 98 % des forêts américaines – des forêts dont on pensait jadis qu’elles dureraient toujours – avaient été abattus. Toutes les forêts de feuillus originelles ont notamment disparu. J’avais lu aussi que l’un des rares endroits où l’on peut, encore aujourd’hui, trouver des vestiges de la forêt primaire se trouve dans l’arrière-pays reculé des Great Smoky Mountains. Il y a trois ans et demi, alors que j’étais encore complètement immergé dans l’écriture du livre, j’ai fait le voyage, je suis allé dans le Tennessee pour voir ces dernières poches de forêt primaire. Moi qui arpente les forêts...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ En France, les éditeurs s’efforcent de limiter l’impact écologique de la consommation de papier. Mais ils peuvent mieux faire.
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Ces forêts dont on fait des livres

En France, les éditeurs s’efforcent de limiter l’impact écologique de la consommation de papier. Mais ils peuvent mieux faire.



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 08h45
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            

Le paradoxe eût été que L’Arbre-monde contribuât à la déforestation par le papier utilisé pour la fabrication du livre. Vérification faite, il n’en est rien. A la fin de l’édition française du roman de Richard Powers, figure le label FSC (pour Forest Stewardship Council), lequel certifie que les fibres de cellulose proviennent de forêts gérées durablement, à savoir que la quantité de bois coupé n’y dépasse pas le volume de biomasse poussé la même année. Son éditeur, Le Cherche-Midi, est dans une démarche éco-responsable, comme l’ensemble du groupe Editis auquel il appartient, et dont 99 % de la production est désormais labellisée FSC. « Nous contrôlons l’intégralité de la filière, de l’arbre jusqu’à la page imprimée, explique Richard Dolando, directeur des achats des matières premières chez Editis. Nous avons 44 marques éditoriales et plusieurs typologies de papier (blancheur, grammage…). Avec certains fournisseurs, le problème est de trouver des approvisionnements certifiés, ce qui entraîne un léger surcoût. »
Dans un cycle vertueux
Avec 422 millions d’exemplaires imprimés chaque année, l’édition française consomme 185 000 tonnes de papier par an, soit 6 % du marché, selon une enquête du Syndicat national de l’édition (SNE) de décembre 2017. Pourtant, si le secteur est dans un cycle vertueux depuis vingt ans, des problèmes n’en subsistent pas moins. D’abord un déficit de transparence vis-à-vis du lecteur. Directeur de la communication et du développement durable du groupe Hachette Livre, Ronald Bluden admet que la commission « environnement », dont il est le vice-président au SNE, peine à mobiliser ses adhérents sur le sujet. Moins d’une dizaine d’éditeurs, sur les 650 adhérents, se déplacent aux séances. La même enquête indique que 93 % du papier acheté en 2016 serait certifié (FSC, PEFC – Pan European Forest Certification) ou recyclé, contre 73 % en 2012. Mais ces chiffres semblent surévalués. Le SNE reconnaît qu’il faudrait...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ De l’épopée de Gilgamesh aux récits autobiographiques d’Henry David Thoreau, force est de constater que la littérature est née dans les forêts.
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Le cœur de la littérature bat au plus profond des bois

De l’épopée de Gilgamesh aux récits autobiographiques d’Henry David Thoreau, force est de constater que la littérature est née dans les forêts.



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 08h30
 • Mis à jour le
16.09.2018 à 06h32
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            


A mesure que les forêts disparaissent, grandit le besoin nostalgique d’en humer l’humus dans les pages. Et les succès en librairie célébrant racines et frondaisons se multiplient, à l’instar de La Vie secrète des arbres (Les Arènes, 2017), dont les deux versions (texte et illustrée) cumulent à ce jour 700 000 exemplaires vendus en France.
Pour Robert Harrison, professeur à l’université Stanford (Californie), la raison en est simple : les bois sont tapissés « de souvenirs enfouis, de peurs et de rêves ancestraux, de traditions populaires, de mythes et de symboles plus récents [qui] partent en fumée dans les incendies de déforestation dont on entend tellement parler aujourd’hui ».
Dans Forêts. Promenade dans notre imaginaire (Champs, 2018), version réactualisée de son essai consacré à la littérature occidentale, il poursuit : « Ces feux nous émeuvent pour des raisons qui échappent partiellement à notre entendement ; ils nous font réagir à un autre niveau, celui de notre mémoire culturelle. »
Un univers à l’écart
L’Occident a, en effet, défriché son espace au cœur des forêts, auxquelles se sont opposées ses institutions dominantes – la religion, le droit, la famille, la cité. « Dans la forêt, on perdait toute humanité, on ne pouvait être qu’en deçà ou au-delà de toute humanité. (…) La bestialité, la chute, l’errance, la perdition – telles sont les images que la mythologie chrétienne associera de plus en plus aux forêts », assure l’universitaire.
Domaine des fées et des persécutés à la fois profane et sacré, celles-ci forment un univers à l’écart. Elles ont donné refuge aux amants et inspiration aux écrivains, qu’elles dépaysent, enchantent ou terrifient. De l’épopée de Gilgamesh à la poésie d’Andrea Zanzotto, de Roland furieux aux contes de Grimm, des chants de Virgile aux récits autobiographiques du philosophe et naturaliste Henry David Thoreau, force...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Pour l’historienne Emmanuelle Loyer, ces endroits sont les instruments d’une « passion continuée » des Français pour la littérature, au même titre que les prix et les rentrées littéraires.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
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Les maisons d’écrivains, lieux de culte national

Pour l’historienne Emmanuelle Loyer, ces endroits sont les instruments d’une « passion continuée » des Français pour la littérature, au même titre que les prix et les rentrées littéraires.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
14.09.2018 à 14h38
    |

                            Emmanuelle Loyer (Historienne)








                        



                                


                            
Résonances : chaque semaine, une chercheuse ou un chercheur réagit à un fait d’actualité ou simplement à l’air du temps.
Le grand chambardement du retour au travail et au chemin de l’école s’accompagne en France d’un curieux prolongement, qu’on ­appelle la rentrée littéraire. Soudain, en septembre, s’abattent sur nous des centaines de livres, fictions et essais, tous merveilleux ; on ne parle plus que de cela à la radio, à la télévision, dans les journaux – spirale expansionniste qui trouvera son acmé en novembre, avec la distribution des prix.
Et cet immuable phénomène a vu le jour il y a plus d’un siècle, avec la création du Goncourt en 1903. La France est un drôle de pays ! Le Français croit à ses grands écrivains, qu’il en eut et qu’il en aura. On le lui a appris : l’école, les classiques, le bon goût. Comment parler des livres qu’on n’a pas lus ? (Les Editions de Minuit, 2007). Cet ouvrage de Pierre Bayard eut un succès suspect.
Où, ailleurs qu’en France, le gouvernement se croirait-il obligé de communiquer sur l’amour de la littérature et la passion de lire ? Il est vrai que le politique français s’est souvent construit sur le deuil de la littérature : de Gaulle, Pompidou, Mitterrand ont manié une plume qui leur ressemblait ; après un épisode de décrue ­littéraire, Emmanuel Macron a renoué récemment avec ce mythe national en rendant ses dévotions à la littérature, matrice d’une compréhension roma­nesque d’un destin personnel et collectif (entretien à La NRF, n° 630, mai 2018).
Etonnement des étrangers
Faut-il se réjouir de ce rituel qui étonne tant les étrangers ? Atteste-t-il de ce lien magique avec les lettres que nourrirait notre beau pays ? Repoussons, pour ­l’instant, la triste rentrée et retournons un instant vers les défuntes vacances, les cieux pommelés, les petites routes de l’Hexagone et les maisons d’écrivains – plus d’une centaine en France aujourd’hui – que l’on découvre, sises dans...




                        

                        


<article-nb="2018/09/16/19-8">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Nicolas Offenstadt a longtemps sillonné les ruines de l’ex-République démocratique allemande, Etat effacé en 1990. Il en livre l’histoire ordinaire dans « Le Pays disparu ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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Histoire d’un livre. Rechercher la RDA à hauteur de trottoir

Nicolas Offenstadt a longtemps sillonné les ruines de l’ex-République démocratique allemande, Etat effacé en 1990. Il en livre l’histoire ordinaire dans « Le Pays disparu ».



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 10h00
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
Le Pays disparu. Sur les traces de la RDA, de Nicolas Offenstadt, Stock, « Les essais », 424 p., 22,50 €.

Il y a tant d’Atlantide. Les civilisations, les nations, les villes sont mortelles ; elles finissent toutes, un jour, par être englouties. Mais cela prend plus ou moins de temps. La République démocratique allemande (RDA), née en 1949 dans la zone d’occupation soviétique d’une ­ Allemagne divisée en deux, a eu besoin de moins d’un an pour disparaître, entre la chute du mur de Berlin (9 novembre 1989) et la réunification avec la République fédérale (3 octobre 1990), qui a marqué son effacement définitif.
Brusque passage de la présence à la trace
Ou plutôt, écrit Nicolas Offenstadt dans Le Pays disparu, sa transformation en « un pays à l’horizontale », qui « se retrouve sur les tables des vide-greniers, par terre dans les hangars ou dans les usines abandonnées ». L’historien, qui a enseigné deux ans à l’université de Francfort-sur-l’Oder, dans l’ex-RDA, arpente ce territoire depuis longtemps, bien qu’il ne l’ait jamais visité avant la réunification. Son livre explore les vestiges laissés par ce brusque passage de la présence à la trace, d’une réalité politique singulière – celle d’un communisme autoritaire, fondé, à la fois, sur des acquis sociaux et une surveillance constante du peuple – au désir de l’abandonner à l’oubli ou, parfois, plus étrangement, à des formes de nostalgie.
Celles-ci ont pris un nom dans l’Allemagne réunifiée : « ostalgie », nostalgie de l’Est (der Osten), laquelle, au tournant du siècle, est même devenue une mode. La jeunesse branchée a commencé à rouler dans les vieilles voitures brinquebalantes de la RDA, à donner des « Ostalgie Partys » où l’on dansait dans des uniformes est-allemands. « Il y a beaucoup de condescendance dans ce terme », explique Nicolas ­Offenstadt au « Monde des livres » – une...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Pascale Fautrier découvre en la sainte bénédictine (1098-1179) une femme de politique autant que de religion.
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Biographie. Hildegarde de Bingen, mystique mythique

Pascale Fautrier découvre en la sainte bénédictine (1098-1179) une femme de politique autant que de religion.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
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                            Zoé Courtois (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Hildegarde de Bingen. Un secret de naissance, de Pascale Fautrier, Albin Michel, 350 p., 22 € (en librairie le 19 septembre).

C’est sûr, l’histoire aurait été plus remarquable encore si Hildegarde de Bingen (1098-1179) était réellement née pauvre, dans un modeste village de Rhénanie-Palatinat, et qu’elle s’était hissée, seule, à force de travail et de visions mystiques, au rang d’abbesse de Disibodenberg, le monastère où elle a composé d’admirables pièces liturgiques, inventé une langue complexe parlée d’elle seule et écrit deux traités de médecine.
N’en déplaise aux inconditionnels de la méritocratie, on saura désormais qu’Hildegarde est née noble, au sein d’une famille riche et puissante, dans la forteresse de Böckelheim. Une correction biographique fondamentale, à laquelle Franz Staab (1942-2004), historien de l’université de Coblence-Landau (Allemagne), a travaillé jusqu’à sa mort.
Selon Pascale Fautrier, qui poursuit ses travaux, le « secret de naissance » de la bénédictine est essentiel : il permet de comprendre que sa prodigieuse carrière religieuse est avant tout due à son appartenance à la classe dominante. Plus largement, cette découverte rend possible une meilleure mesure de l’interpénétration du fait politique et du fait religieux au XIIe siècle.
Fine stratège
Oblitérer le politique dans la vie de la moniale, ce serait par exemple ne lire dans ses lettres, quand son amie intime, la moniale Richardis de Stade, quitte l’abbaye, que l’amertume d’un cœur amoureux blessé et non le sentiment de trahison d’une aristocrate qui voit se retirer, en même temps que Richardis, le soutien de la famille noble de celle-ci. Les manœuvres d’Hildegarde, au demeurant, sont plus souvent couronnées de succès.
Grâce à l’appui de sa famille à Böckelheim, la mystique obtient notamment l’autorisation de la papauté pour déménager son abbaye dans un endroit plus lucratif, à Bingen, sous...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « L’Homme qui voulait acheter le langage », de Pascal Chabot.
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Figures libres. Pour parler, abonnez-vous au forfait langage

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « L’Homme qui voulait acheter le langage », de Pascal Chabot.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 09h48
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
L’Homme qui voulait acheter le langage. Drame philosophique, de Pascal Chabot, PUF, 110 p., 9 €.

Nous parlons à nos téléphones, à nos enceintes connectées. Nous leur donnons des ordres. Nous commandons à la voix services, informations, produits. Le monde nous obéit. Pour désigner cette activité, on utilise encore le vieux verbe « parler ». Le mot fut ­associé, naguère, à quantité de pratiques langagières – délires amoureux, chants poétiques, démonstrations théoriques, exhortations politiques… S’il demeure le même, les registres sont radi­calement distincts.
Quand nous nous adressons aux autres humains, c’est pour séduire ou menacer, instruire ou distraire, faire obéir ou désobéir… entre autres. En revanche, lorsque nous donnons des ­instructions à Siri, ­Google Assistant et compagnie, nous accomplissons uniquement des actes suivis d’effets, qui sont autant d’opérations moné­tisables.
Tel est le point de départ de la courte pièce de théâtre – « drame philosophique » – intitulée L’Homme qui voulait acheter le langage, que signe aujourd’hui Pascal Chabot, philosophe inventif à qui l’on doit déjà plusieurs ­essais et fictions. Son intuition : la logique du développement numérique risque de disqualifier toute parole simplement évocatrice, ou purement descriptive, qu’elle soit poétique ou scientifique. Il ne resterait que les ­actes linguistiques ­efficaces, directement opérationnels, capables d’agir sur le monde, passant des commandes, transmettant des ordres, énonçant des faits.
Le progrès n’étant que « le devenir banal de l’impensable », il suffit de faire un dernier pas pour ­parachever le cauchemar. Imaginons qu’on élabore l’algorithme qui répondra avec discernement aux formulations floues de chacun. Votre phrase « Je veux passer une journée tranquille » débouchera aussitôt sur des propositions commerciales ajustées à ­votre profil – habitudes, consommation antérieure,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Catherine Rihoit dégage l’écrivaine anglaise (1775-1817) du carcan des idées reçues.
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Biographie. Si romanesque Jane Austen

Catherine Rihoit dégage l’écrivaine anglaise (1775-1817) du carcan des idées reçues.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 07h45
    |

                            Zoé Courtois (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        


Jane Austen. Un cœur rebelle, de Catherine Rihoit, Ecriture, 462 p., 24 € (en librairie le 19 septembre).

   


Qu’est-ce qui a tué Jane Austen (1775-1817) ? Pour ses contemporains, la romancière anglaise est morte de consomption, l’affection emblématique des jeunes femmes en mal d’amour. Ecrire était à leurs yeux un pis-aller, une manière d’endiguer le spleen de la vieille fille. Quelque deux cents ans après sa mort, Catherine Rihoit veut dégager ce « cœur rebelle » du carcan des idées reçues.
Selon elle, ce n’est pas pour fuir l’amour que l’auteure d’Orgueil et préjugés (1813) écrit, mais pour tenter de faire face à la violence de ses sentiments. Elle met en avant son mépris du sentimentalisme, son ironie mordante. Jane Austen, note-t-elle, croyait en un « principe de réparation par la littérature ». Dans Emma (1815), l’attente récompensée de l’amoureuse blessée, Jane Fairfax, vaut rectification pour la romancière, moins heureuse en la matière.
Vitalité dangereuse
Catherine Rihoit décrit aussi l’étonnant pragmatisme de la femme d’affaires, consciente d’appartenir à l’industrie naissante de l’entertainment, qui épiait les remarques de ses lecteurs dans les librairies et les notait subrepticement. Terrifiée par la précarité, elle précise d’ailleurs systématiquement la hauteur des revenus de ses héroïnes. L’amour et l’argent, « raison et sentiments ».
La vitalité de Jane Austen est dangereuse. Difficile, en la lisant, d’obéir à l’injonction qu’assène la société victorienne aux femmes : « N’en faites pas tout un roman ! » Précisément, Catherine Rihoit livre ici une biographie fort romanesque, imaginant pensées et secrets pour faire battre par l’invention le cœur de Jane. Comme si, dans une formidable contagion, il n’était pas possible de ne pas faire roman en lisant la romancière – c’est peut-être cela, ce « poison » romanesque contre lequel le XIXe siècle nous mettait en garde.
A consulter, sur Jane Austen



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ L’historien (1918-2007), auteur des « Droites en France » en 1954, est demeuré toute sa vie fidèle à un réformisme centriste adossé à la spiritualité de l’Action catholique.
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Biographie. René Rémond, passeur d’histoire

L’historien (1918-2007), auteur des « Droites en France » en 1954, est demeuré toute sa vie fidèle à un réformisme centriste adossé à la spiritualité de l’Action catholique.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 09h54
    |

                            Antoine Flandrin








                        


René Rémond. Une traversée du XXe siècle, de Charles Mercier, préface de Pierre Nora, Salvator, 300 p., 22 €.

   


L’écriture d’une biographie s’apparente à la construction d’un tombeau, rappelle l’historien Charles Mercier. Depuis dix ans, il travaille à l’édification de celui de René Rémond (1918-2007). Après lui avoir consacré une thèse, publiée en deux livres distincts, Autonomie, autonomies. René Rémond et la politique universitaire au lendemain de Mai 1968 (Publications de la Sorbonne, 2015) et René Rémond et Nanterre. Les enfantements de 68 (Le Bord de l’eau, 2016), il lui restait à retracer son parcours.
Une gageure : président de la Fondation nationale des sciences politiques de 1981 à 2007, élu à l’Académie française en 2001 et auteur d’un classique, Les Droites en France (Aubier, 1954), René Rémond laissa derrière lui plusieurs livres d’entretiens sur son itinéraire, une égo-histoire, mais aussi cent quarante-cinq boîtes d’archives personnelles.
Face aux choix importants
Plaçant Rémond devant différentes toiles de fond, Charles Mercier s’attelle à restituer la complexité de ses processus de décision face aux choix importants. Son choix de la Résistance fut guidé par sa lecture des Grecs anciens ; celui de l’histoire contemporaine par son appartenance chrétienne : il consacre son premier livre au prêtre breton Lamennais (1782-1854) : Lamennais et la démocratie (PUF, 1948).
Insistant sur la continuité de son positionnement intellectuel – René Rémond est demeuré toute sa vie fidèle à un réformisme centriste adossé à la spiritualité de l’Action catholique –, Charles Mercier donne à voir un historien pleinement investi dans sa fonction d’enseignant – il prononça encore soixante-quatre conférences au cours de l’année 2005-2006, à près de 90 ans. Une biographie fouillée permettant de mieux cerner cet historien qui fit la conquête d’un passé de plus en plus proche.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Dans son essai « Sorcières. La puissance invaincue des femmes », Mona Chollet rappelle comment un qualificatif infamant est devenu un symbole féministe.
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La sorcière contre le patriarcat

Dans son essai « Sorcières. La puissance invaincue des femmes », Mona Chollet rappelle comment un qualificatif infamant est devenu un symbole féministe.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 09h23
    |

                            Gilles Bastin (Sociologue et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Sorcières. La puissance invaincue des femmes, de Mona Chollet, Zones, 240 p., 18 €.

La scène a été photographiée en Pologne au mois de mars, pendant les manifestations contre le durcissement de la législation sur l’avortement. Une jeune femme – blouson de cuir et masque en papier sur le visage – tient une pancarte sur laquelle est inscrit un cri de ralliement des mouvements féministes contemporains : « Nous sommes les petites-filles des sorcières que vous n’avez pas réussi à brûler. » Quelques mois plus tôt, les membres du « Witch Bloc » défilaient à Paris au cri de « Macron au chaudron ! ».

Etrange figure que celle de la sorcière. Avant d’être érigées par certaines, depuis les années 1960, en symbole de la lutte des femmes contre toutes les formes de domination masculine, les sorcières furent persécutées entre le XVIe et le XVIIIe siècle, essentiellement en Europe et en Amérique. Bien que certains hommes aient aussi été accusés de sorcellerie, ce sont des femmes qu’inquisiteurs et exorcistes poursuivirent et auxquelles ils firent subirent d’atroces supplices parce qu’elles vivaient à l’écart, n’enfantaient pas ou ne fréquentaient pas les églises.
Jusqu’à aujourd’hui le mot transporte le pire du sexisme patriarcal. Les hommes n’appellent en effet « sorcières » que les femmes qui s’affranchissent de leur loi en refusant de se laisser cantonner au gazouillis insignifiant en matière de conversation, en ne chérissant pas béatement l’enfantement ou en ne soumettant pas leur corps – cheveux compris – aux canons de beauté qu’ils ont édictés. Dernier exemple en date : des électeurs de Donald Trump et des soutiens de Bernie Sanders qualifièrent Hillary ­Clinton de « sorcière » pendant la campagne présidentielle américaine de 2016.
Grande chasse
Dans ce livre écrit d’une plume alerte, la journaliste Mona Chollet rappelle certaines caractéristiques...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Dans « Perdre sa culture », l’anthropologue David Berliner analyse un travers de sa discipline : la tendance à sanctuariser la nostalgie.
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L’anthropologie, parfois si passéiste

Dans « Perdre sa culture », l’anthropologue David Berliner analyse un travers de sa discipline : la tendance à sanctuariser la nostalgie.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 07h45
    |

                            Anne Both (Anthropologue et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Perdre sa culture, de David Berliner, Zones sensibles, 154 p., 15 €.

La Fontaine nous avait prévenus : « Rien n’est si dangereux qu’un ignorant ami » (L’Ours et l’Amateur des jardins). Telle pourrait être la morale du nouveau livre de David Berliner, Perdre sa culture. L’anthropologue y aborde la question de la perte à travers un angle original : le vague à l’âme éprouvé par ceux qu’angoisse la disparition possible des cultures, des traditions, et qui prétendent les défendre. Il montre, par exemple, comment l’Unesco, avec la contribution d’une palanquée d’experts, d’ingénieurs, de consultants et d’architectes (surtout français) a transformé l’ancienne capitale royale Luang Prabang, au Laos, en sanctuaire de la nostalgie.
Indochine postiche
Au nom de la préservation de l’authenticité et de la valeur du site pour les uns, d’un enchantement passéiste pour les autres, la ville aux trente-quatre temples a été inscrite sur la liste du Patrimoine mondial en 1995. Deux décennies plus tard, des centaines de milliers de touristes se délectent sans scrupule de cette Indochine postiche, à l’ambiance prétendument inchangée. Bien sûr, la population locale a vu son niveau de vie s’améliorer. Mais, agacée par les nouvelles contraintes imposées aux maisons traditionnelles et coloniales (pas de vitres, pas de pots de fleurs, pas de laque sur les bois…), elle préfère les transformer en maisons d’hôtes et s’installer à la périphérie, dans des habitations au confort moderne. Ainsi, le tak baad, rituel matinal d’offrandes aux moines bouddhistes, est désormais uniquement pratiqué, dans certains quartiers, par… des touristes.
Lire également : « Luang Prabang : péril au paradis »
Les anthropologues n’auraient, semble-t-il, guère à envier à ces nostalgiques pour qui « le présent est toujours déjà envahi par un horizon terrible ». David Berliner...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ La chronique de Catherine Malabou, à propos de « Pourquoi la torture ne marche pas », de Shane O’Mara.
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Mutations. Raison d’être de la torture

La chronique de Catherine Malabou, à propos de « Pourquoi la torture ne marche pas », de Shane O’Mara.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 10h17
    |

                            Catherine Malabou (Philosophe)








                        



                                


                            
Pourquoi la torture ne marche pas. L’interrogatoire à la lumière des neurosciences (Why Torture Doesn’t Work. The Neuroscience of Interrogation), de Shane O’Mara, traduit de l’anglais (Irlande) par Margaret Rigaud, Editions Markus Haller, 362 p., 26 €.

En 2009, à la demande de Barack Obama, ont été publiés des « mémos de la torture » (« Torture Memos »). Ces documents secrets de la CIA, rédigés sous George W. Bush, relataient les diverses techniques d’interrogatoire pratiquées par l’armée américaine au nom de la « guerre contre le terrorisme ». Leur existence même prouvait, si cela était encore nécessaire, que les démocraties libérales n’avaient pas renoncé à la torture malgré la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, adoptée en 1984 par les Nations unies.
Le but principal et officiel de la torture est l’obtention d’informations que l’on croit stockées dans la mémoire du prisonnier afin, dans le cas de l’offensive américaine en Irak, de « déjouer des complots, capturer des terroristes, sauver des vies ». Mais le neuroscientifique irlandais Shane O’Mara, dans Pourquoi la torture ne marche pas, montre que la torture est impuissante à sonder la mémoire puisqu’elle la détruit au lieu de la produire. Traumatisé, sidéré, le cerveau ne peut accomplir ce qu’on lui demande.
« Pour qu’une souffrance physique relève de la torture, il faut qu’elle soit d’une intensité équivalente à la douleur qui accompagne un dysfonctionnement sérieux du corps, comme une défaillance organique ou physiologique, voire la mort », dit un des « Torture Memos », signés par le procureur Jay Bybee en 2002. Or les troubles neuropsy­chiatriques qui résultent de la torture constituent bien, de fait, une défaillance organique, mais celle-ci est contre-productive dans la mesure où le cerveau n’est plus capable d’assurer ses fonctions régulatrices...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Dans « Faux calme », l’écrivaine argentine Maria Sonia Cristoff retourne dans la région de son enfance, que l’oubli menace, et en rapporte d’intenses témoignages.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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Dernières nouvelles de Patagonie

Dans « Faux calme », l’écrivaine argentine Maria Sonia Cristoff retourne dans la région de son enfance, que l’oubli menace, et en rapporte d’intenses témoignages.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 09h24
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                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Faux calme. Voyage dans les villes fantômes de Patagonie (Falsa Calma. Un recorrido por los pueblos fantasma de la Patagonia), de Maria Sonia Cristoff, traduit de l’espagnol (Argentine) par Anne Plantagenet, Le Sous-sol, 240 p., 21,50 €.

Maria Sonia Cristoff n’a pris conscience de l’isolement de la Patagonie – l’une des régions les moins densément peuplées au monde – qu’à l’adolescence, lorsque l’appel de la civilisation et la promesse d’un accès plus aisé aux livres l’ont décidée à s’installer à Buenos Aires. Vingt ans après avoir quitté sa province natale, l’écrivaine argentine, née en 1966 à Trelew, y est retournée pour saisir ce trait « éminemment patagonique » qu’est l’isolement. Le débusquer « dans ses aspects les plus extrêmes ». C’est nourrie de récits de voyage qu’elle a cherché à pénétrer l’esprit de cette contrée reculée. A mille lieues des clichés dépeignant la Patagonie comme une terre d’évasion exotique, elle a choisi à dessein cinq villages « fantômes » – plus exactement quatre villages et une petite ville –, cinq expressions d’une solitude plus ou moins assumée, plus ou moins sclérosante, qui lui ont parfois donné l’impression d’être dans un « décor de science-fiction ». Ce sentiment d’étrangeté infuse, parfois jusqu’au vertige, chacun des dix chapitres de Faux calme : un livre dense, dont l’écriture, aride et intense, ainsi que la proximité brute entre la narratrice et ses sujets d’observation rappellent certains textes de Joan Didion sur l’Amérique rurale des années 1960 et 1970.
L’auteure y évoque ainsi la légende, bien ancrée dans la population d’El Cuy, du Maruchito : un jeune garçon tué par son contremaître pour avoir joué de la guitare, et devenu un faiseur de miracles après sa mort. Malheur à qui omet de s’arrêter devant son sanctuaire et d’y déposer une offrande. La narratrice en fera l’expérience lorsque l’autobus qu’elle empruntera...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Un homme rencontre son double et retrouve, inchangée, une jeune femme perdue depuis longtemps. « La Douce Indifférence du monde », puissant roman.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
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Peter Stamm attend la résurrection

Un homme rencontre son double et retrouve, inchangée, une jeune femme perdue depuis longtemps. « La Douce Indifférence du monde », puissant roman.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 07h30
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                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
La Douce Indifférence du monde (Die sanfte Gleichgültigkeit der Welt), de Peter Stamm, traduit de l’allemand (Suisse) par Pierre Deshusses, Christian Bourgois, 144 p., 15 €.

Un homme et une femme, lui, vieillissant, elle toute jeune encore, se promènent dans un cimetière, à Stockholm. Ils s’approchent d’un bâtiment, déchiffrent sur le mur une inscription en suédois : « Chapelle de la résurrection ». « C’est là qu’on garde les morts ? me demanda Lena en posant sa main à plat sur l’une des portes. Peut-être qu’il y en a un qui est allongé là et qui attend la résurrection. » La scène se situe au début de La Douce Indifférence du monde, qu’il est difficile ensuite de ne pas lire à cette lumière : comme l’histoire d’un homme allongé là, et qui attend – mais quoi ?
La différence, c’est qu’on ne le sait pas, et lui moins encore, narrateur emporté dans une histoire dont il ignore où elle va, et ce qu’elle signifie. De fait, elle a à voir avec la résurrection, en tout cas le retour, ou la persistance, de ce qui fut, mais sur le registre du conte. Un jour, il a rencontré son double : un jeune veilleur de nuit, dans un hôtel, lui tenait la porte et : « Je m’aperçus que c’était moi. » Un peu plus tard, chez lui, en Suisse, dans une université où il est venu parler de son métier d’écrivain, il voit le jeune homme dans la salle. Il le suit jusqu’à la porte de son appartement, où son propre nom est écrit. Il veut connaître la vie de cet Alex. Ce qu’il en apprend est très simple. Il l’a déjà vécue, et écrite, dans le roman que lui a inspiré sa passion brève et inoubliable, lorsqu’il avait l’âge d’Alex, pour une jeune comédienne, Magdalena.
Magdalena, comme arrachée à l’absence
Et c’est ainsi qu’on se retrouve à pousser la porte d’une chapelle, dans un cimetière suédois, auprès d’une jeune femme qui rêve sur les morts, et à qui vous racontez votre jeunesse – mais elle est en...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Claro n’hésite pas à passer la serpillière pour « La Massaia. Naissance et mort de la fée du foyer », de Paola Masino.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
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Le feuilleton. La fée délogée

Claro n’hésite pas à passer la serpillière pour « La Massaia. Naissance et mort de la fée du foyer », de Paola Masino.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 07h30
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                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
La Massaia. Naissance et mort de la fée du foyer (Nascita e morte della massaia), de Paola Masino, traduit de l’italien par Marilène Raiola, La Martinière, 352 p., 22,90 €.

Certains livres reviennent de loin, et leur éclat qui ne nous parvient qu’aujourd’hui n’est pas sans rappeler celui de ces astres dont on sait pourtant qu’ils se sont éteints il y a des millions d’années. Mais trêve de poésie galactique : ce n’est pas le néant vaste et noir qui a manqué avaler La ­Massaia, de Paola Masino (1908-1989), mais la censure, la guerre et l’ombre des hommes.
Paru une première fois en épisodes dans la revue Tempo, au début des années 1940, ce roman fut alors expurgé à la demande de la censure. Il fallait qu’en disparaisse tout indice laissant penser qu’il se passait en Italie. Un an plus tard, l’imprimerie milanaise chargée de fabriquer le volume est bombardée : tous les exemplaires sont détruits, et l’auteure doit le restaurer de mémoire dans son intégrité première. Le livre sort finalement en 1945, mais ne sera vraiment lu que vingt-cinq ans plus tard, à l’occasion de rééditions successives. Eclipsée par son mari écrivain (Massimo Bontempelli, 1926-1960), traductrice de Balzac, Larbaud, Cocteau et Hector Malot, âgée d’une trentaine d’années en pleine Italie fasciste, l’écrivaine Paola Masino raconte dans La Massaia l’étrange parcours d’une femme en proie à une folie domestique, d’une « fée du logis » que tout destinait pourtant à être sorcière – un roman miraculé que le lecteur français peut enfin découvrir, trente ans après la mort de l’auteure, et ce, entre autres, grâce à l’élégante et empathique traduction de Marilène Raiola.
« Durant son enfance, notre future fée du logis somnolait, poussiéreuse. Sa mère, qui avait oublié de l’éduquer, lui en tenait rigueur à présent » : ainsi débute ce qui pourrait passer de prime abord pour une fable, un conte –...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Yasmina Reza, Franz Bartelt, Nathan Hill, Viet Thanh Nguyen… La sélection du « Monde » parmi les parutions en poche les plus récentes.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
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Sélection. La rentrée littéraire des poches

Yasmina Reza, Franz Bartelt, Nathan Hill, Viet Thanh Nguyen… La sélection du « Monde » parmi les parutions en poche les plus récentes.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 07h15
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                            Florent Georgesco, 
                            Bertrand Leclair (Collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Julie Clarini, 
                            Florence Noiville, 
Jean Birnbaum, 
Raphaëlle Leyris et 
                                Macha Séry








                        



                                


                            

« Hôtel du Grand Cerf », de Franz Bartelt 
Points, 358 p., 7,70 €.
Lors de l’édition 2018 du festival lyonnais Quais du polar, en avril, Franz Bartelt, 68 ans, résumait ainsi son autobiographie : « Casier judiciaire vierge, permis de conduire toujours à douze points, à jour de cotisations fiscales, électeur consciencieux, occupant ses locaux d’habitation en bon père de famille, fidèle du tri sélectif des déchets, Franz Bartelt n’assume que moyennement l’idée de passer pour un cave. » Auteur d’une quarantaine de livres, dont Le Grand Bercail et Le Jardin du bossu (Gallimard, 2002 et 2004), il s’est vu décerner le prix Mystère de la critique 2018 pour L’Hôtel du Grand Cerf. 
Le protagoniste de ce roman réjouissant, noir d’humour et d’humeur, porte un nom impossible, Vertigo Kulbertus. Il rote et pète à loisir. « Partisan de donner un peu d’allure et d’originalité aux interrogatoires », l’inspecteur reçoit en caleçon. Il assume son obésité, ses quatre repas par jour avec frites du matin au soir, cervelas et fricadelles. Au reste, le goinfre n’est qu’à deux semaines de la retraite lorsque lui échoit une ultime affaire. Reugny, village de 1 000 habitants, niché au cœur des Ardennes belges, son Centre de motivation destiné aux séminaires d’entreprise, son hôtel où périt jadis une star de cinéma, ses cadavres qui s’additionnent. Le premier d’entre eux est un vieux et haïssable douanier, qui consignait les secrets sordides de ses compatriotes (délits, tromperies, tares familiales). D’autres suivront. A Reugny, Mère Dodue, la tenancière du bar, tricote des chaussons pour son chien, le gréviste Arnadolf Jipé boit du thé pour donner une bonne image des délégués syndicaux. Un journaliste venu de Paris s’amourache de la chauffeuse de taxi, tandis que le commissaire ventripotent avance ses pions à la manière d’Hercule Poirot. Les cervelles s’éparpillent et Franz Bartelt...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ A 85 ans, l’auteur du « Visiteur » est pris pour cible par les journaux favorables à Viktor Orban. Après l’avoir été par le régime communiste, l’occupant nazi et le régime fasciste ayant précédé.
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György Konrad, victime d’une campagne de presse en Hongrie

A 85 ans, l’auteur du « Visiteur » est pris pour cible par les journaux favorables à Viktor Orban. Après l’avoir été par le régime communiste, l’occupant nazi et le régime fasciste ayant précédé.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 09h29
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            Blaise Gauquelin (Budapest, envoyé spécial)








                        



                                


                            

« Ceux que Viktor Orban ne peut pas acheter se transforment en ennemis », nous disait, en mai 2017, le romancier et essayiste György Konrad. Paroles prémonitoires : après avoir accusé publiquement le premier ministre nationaliste d’entretenir un climat antisémite en Hongrie, l’ex-dissident, né en 1933 au sein d’une famille juive, fait à présent l’objet d’une campagne de diffamation estomaquante.
Dans les médias proches de l’exécutif, tribunes et articles se succèdent, afin de liquider l’héritage intellectuel de l’une des plumes budapestoises les plus renommées en Europe. Grande figure, l’auteur du Visiteur (Seuil, 1974) ou du Rendez-vous des spectres (Gallimard, 1990) occupe à ses dépens une position de choix, située sur la ligne de front d’un Kulturkampf inégal, désiré par le chef du gouvernement, qui souhaite instaurer une « nouvelle ère culturelle conservatrice ». A lui, donc, les premières balles.
L’écrivain en a vu d’autres
« Personnage pitoyable et ridicule », « écrivain moyen, au talent inversement proportionnel à son rôle social et politique », l’ancien président de PEN International (entre 1990 et 1993) aurait par exemple un « monde d’écriture étroit et superficiel », selon un texte paru le 4 août dans le quotidien Magyar Idök.
Il serait « anti-hongrois » et abolirait « les limites de la trahison », ce qui autoriserait un contributeur à s’interroger dans les colonnes d’un autre journal, Magyar Hirlap : « Le monde sera-t-il plus beau et plus humain une fois que György Konrad ne sera plus en vie ? A cette question embar­rassante, un chrétien ne peut ­apporter qu’une réponse embarrassante : oui. » Rappelons que György Konrad a connu la répression du régime de l’amiral Miklos Horthy, l’occupation nazie, puis fut emprisonné du temps de l’Union soviétique.

Autrement dit, il en a vu d’autres. Et en sirotant son cognac,...




                        

                        

