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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Joues de bœuf au beurre de haschich, tacos à la marijuana… Aujourd’hui, de nombreux cuisiniers, livres et sites Internet explorent les aspects gastronomiques de la plante.
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La cuisine au cannabis fait recettes

Joues de bœuf au beurre de haschich, tacos à la marijuana… Aujourd’hui, de nombreux cuisiniers, livres et sites Internet explorent les aspects gastronomiques de la plante.



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 16h00
    |

            Frédéric Joignot








                        



                                


                            
Rapport d’étonnement. Les 8 et 9 septembre, la Midwest Cannabis Cup s’est tenue à Clio, dans le Michigan, où l’herbe thérapeutique est légale, comme dans 21 autres Etats américains. Les 27 et 28 octobre, la Cannabis Cup de Californie, où l’usage récréatif est libre depuis le 1er janvier (après l’Alaska, l’Etat et la capitale de Washington, le Colorado, le Maine, le Massachusetts, l’Oregon et avant le Vermont), se déroulera à Sacramento.
Le magazine High Times (« les temps planants »), fondé en 1974, est à l’initiative de ces coupes internationales, où sont goûtées les différentes variétés de cannabis pour en désigner les meilleures. Un éditorial du site du journal, qui a fait sa « une » avec notamment Ice Cube, Bob Marley et Oliver Stone fumant un joint, présente ces événements comme « célébrant le monde de la ganja à travers des concours, des séminaires d’instruction, des expositions, des apparitions de célébrités, des concerts et des présentations de produits ».
C’est à Amsterdam, le pays des coffee-shops où l’herbe est en vente libre, que s’est déroulée en 1988 la première Cannabis Cup. Depuis, la « cannabis culture », popularisée par la pop musique et le reggae, tout comme son commerce ont pris un essor considérable avec sa dépéna­lisation de fait ou légale aux quatre coins du monde : au Canada, dans 12 pays d’Europe, en Jamaïque, dans certains Etats de l’Inde et de l’Australie, plusieurs pays d’Amérique latine.
Ajoutons une tolérance certaine au Maghreb, au ­Liban, en Afghanistan et en Egypte, où l’usage du haschich est séculaire – la fameuse dawamesk, la confiture prisée de Baudelaire, Delacroix, Alexandre Dumas, Théophile Gaultier ou Nerval lors des fantasias du Club des haschichins, dans les années 1840, venait d’Egypte.
Un apport particulier à l’art culinaire
Aujourd’hui, le cannabis ne se consomme plus seulement en fumant : de nombreux cuisiniers explorent sa gastronomie....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Tribune. Après l’incendie du musée de Rio, le 2 septembre, une question se pose : quel avenir pour la recherche dans les musées ?
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Le Musée national de Rio n’est pas un modèle dépassé

Tribune. Après l’incendie du musée de Rio, le 2 septembre, une question se pose : quel avenir pour la recherche dans les musées ?



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 14h00
   





                        



                                


                            
Par Frédéric Keck
C’est avec sidération que nous avons regardé les images du Musée national de Rio en flammes, puis celles des murs calcinés du palais où avait disparu la quasi-totalité de la plus grande collection d’histoire naturelle de l’Amérique du Sud. Eduardo Viveiros de Vastro, anthropologue mondialement connu dont la carrière s’est entièrement déroulée dans le Musée ­national, a décrit ces ruines comme un « Ground Zero » dans lequel se réfléchissent les autres désastres qui affectent la nation brésilienne.
La destruction du lieu, même si elle est due à un incendie accidentel, a en effet une signification politique et écologique : c’est une partie de la mémoire de la diversité du Brésil qui s’est volatilisée, avec ses langues ­documentées dans la bibliothèque, ses objets fabriqués par les populations autochtones, ses spécimens d’espèces animales et végétales aujourd’hui disparues. Au-delà de l’émotion causée par cette perte inestimable, que penser des images de cette catastrophe ?
Commençons par détourner légèrement la focale. En se déplaçant du quartier pauvre et désaffecté de Sao Cristovao qui entoure le ­Musée national de Rio vers la zone portuaire en cours de rénovation, on découvre un ­musée entièrement nouveau, le Musée de ­demain. Dilma Rousseff a inauguré en 2015 ce bâtiment ambitieux et coûteux, alors qu’aucun président du Brésil ne s’est rendu au Musée national depuis 1960. Les visiteurs se pressent pour y voir des expositions numériques sur l’avenir de la planète, mais aucune collection n’y est conservée. Par contraste, faudra-t-il ­appeler le Musée national, que le gouvernement brésilien a promis de reconstruire, le « musée du passé » ?

Des chercheurs parmi les meilleurs
Le bâtiment qui abritait le Musée national était en effet le palais dans lequel vivait l’empereur du Brésil au XIXe siècle. Passionné d’histoire naturelle, correspondant de Darwin et de Pasteur, il se faisait...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Thomas Coutrot et Aurélie Trouvé, de l’association Attac, dénoncent dans une tribune au « Monde » le cynisme d’une classe dirigeante qui annonce elle-même l’inéluctabilité du prochain krach financier, dont elle est pourtant responsable.
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Dix ans après Lehman Brothers : « Nous n’avons plus le luxe d’attendre la prochaine crise »

Thomas Coutrot et Aurélie Trouvé, de l’association Attac, dénoncent dans une tribune au « Monde » le cynisme d’une classe dirigeante qui annonce elle-même l’inéluctabilité du prochain krach financier, dont elle est pourtant responsable.



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 12h27
    |

                            Thomas Coutrot (Economiste, ancien porte-parole d’Attac) et 
                            Aurélie Trouvé (Economiste, porte-parole d’Attac France)








                        



                                


                            
Tribune. « Nous savons avec certitude qu’il y aura une nouvelle crise. Mais nous ignorons quand et pour quelle raison » (Danièle Nouy, responsable de la supervision du secteur bancaire à la Banque centrale européenne, 5 septembre 2018, Agence LETA). Cette crise pourrait bien être pire que la précédente. Sauf si d’ici là, ou juste après, se produit un sursaut civique et démocratique, une nouvelle vague d’Indignés dix fois plus puissante qui impose le contrôle citoyen de la finance.

A la différence de 2007, peu d’acteurs financiers ignorent la forte probabilité d’une crise majeure à venir. L’explosion des dettes publiques et privées depuis 2008 fait dire à Jean-Claude Trichet, l’ancien président de la Banque centrale européenne, que la situation est aussi dangereuse aujourd’hui qu’au moment de la chute de Lehman Brothers (4 septembre 2018, AFP). Bitcoin, pays émergents, immobilier chinois, banques italiennes, zone euro, Tesla, Wall Street… laquelle de ces bombes à retardement sera le détonateur ? Personne ne le sait, mais le risque est fort d’un effondrement majeur.

Personne n’ignore non plus qui a soufflé dans ces bulles depuis dix ans. Ce sont les ultra-riches, qui ont capté l’essentiel des gains de productivité, aussitôt réinvestis en bourse. Ce sont les gouvernements, qui se sont contentés de réformes à minima, ont enterré la taxation des transactions financières et ont laissé les banques financer la spéculation.
Ce sont les banquiers centraux, qui ont injecté des milliers de milliards de dollars, d’euros, de yen et de yuans, créant ainsi les conditions du krach suivant. Personne ne disconvient non plus du fait que les Etats, surendettés, seront alors bien démunis, et qu’il ne restera aux banques centrales, seules en lice, qu’à déverser de nouveaux torrents de liquidité en priant pour que ça marche.
Effondrement inévitable
Le plus extraordinaire est cette lucidité. Comment qualifier cette classe...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ « Peut-on espérer que maintenant la lumière soit faite sur tous les mensonges et les crimes d’Etat ? » s’interroge dans une tribune au « Monde » la romancière algérienne.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤                     
                                                

Mort de Maurice Audin : pour Maïssa Bey, c’est « un premier pas accompli »

« Peut-on espérer que maintenant la lumière soit faite sur tous les mensonges et les crimes d’Etat ? » s’interroge dans une tribune au « Monde » la romancière algérienne.



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 12h18
    |

Maïssa Bey (Ecrivaine)







                        


Tribune. Qui peut dire : nous ne savions pas ? De 1957 à 2018, tout ou presque a été dit sur la pratique de la torture pendant la guerre d’Algérie : des dizaines de livres ; des recherches menées par des historiens ; des films ; des centaines d’articles, de tribunes et de lettres ouvertes ; des pétitions ; des témoignages de victimes ayant survécu, de leurs proches et de quelques témoins, mais aussi des aveux des tortionnaires et de leurs supérieurs confortés dans leur action par la loi sur les pouvoirs spéciaux votée en 1956 ; des poursuites engagées auprès de divers tribunaux, soldées le plus souvent par des non-lieux ; des marches ; des commémorations ; des places et des rues baptisées ; et… toujours, toujours, le même silence de l’Etat.

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                Henri Alleg : « Pour moi, aucun doute possible, Audin a été assassiné »



Dès 1958, l’historien Pierre Vidal-Naquet publie aux éditions de Minuit les conclusions de ses recherches sur l’affaire Audin. La même année, chez le même éditeur, dans La Question, Henri Alleg, journaliste militant engagé aux côtés du FLN, décrit les sévices qu’il a subis au centre de tri d’El Biar. Le livre, vendu à cent cinquante mille exemplaires est saisi quelques semaines plus tard. Je n’ai jamais pu me résoudre à lire le livre d’Henri Alleg. Je n’ai jamais pu me confronter à la réalité écrite ou filmée de la torture. Il est des images qui ne s’effacent pas. Même si elles ne sont qu’imaginées. Surtout si elles sont imaginées.
Des corps jetés aux chiens
Le 7 février 1957 aux environs de minuit, des éléments de l’armée française font irruption dans l’appartement que nous occupons au premier étage de l’école de garçons de Boghari (aujourd’hui Ksar el Boukhari). Après avoir mis la maison à sac sous nos yeux effarés, à la recherche de documents subversifs et d’armes, ils partent en emmenant mon père, Benameur Yagoub, 37 ans, instituteur, père de cinq enfants, fervent nationaliste et membre actif du réseau de soutien à la lutte armée du FLN.
Au seuil de la porte, encadré de deux parachutistes, mon père s’arrête et se retourne pour nous regarder. C’est la dernière image que j’ai de lui
Dans la même nuit, même scénario chez son frère, son cousin et cinq autres citoyens militants dont un de ses collègues. Au seuil de la porte, encadré de deux parachutistes, il s’arrête et se retourne pour nous regarder. C’est la dernière image que j’ai de lui. Je n’ai jamais pu oublier ce regard. Nous ne le reverrons plus. Les prisonniers sont conduits au siège de la gendarmerie de Berrouaghia, à quarante kilomètres de là. Après avoir été torturés pendant quarante-huit heures, ils auraient tenté de s’enfuir lors d’une corvée de bois. L’on dit même que leurs corps furent jetés aux chiens. Leurs restes seront enterrés dans une fosse commune.
L’affaire n’aura qu’un retentissement limité. Dans les journaux, ils furent présentés comme des terroristes. Expulsés de notre logement de fonction, nous devons quitter l’école – qui porte aujourd’hui le nom de mon père. Nous trouverons refuge chez mon grand-père paternel. Ma mère, aujourd’hui décédée, élèvera seule ses enfants.
Troublante similitude
Quatre mois plus tard, le 11 juin, Maurice Audin, un mathématicien de 25 ans, assistant à l’université des sciences d’Alger, père de famille, militant du PCA, est emmené dans les mêmes conditions et pour la même raison : soutien actif à la cause des indépendantistes algériens. Des parachutistes viennent le chercher chez lui. Il est 23 heures. Il est emmené sous les yeux de sa femme, Josette, et de leurs trois enfants. Ils ne le reverront plus.

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                Mort de Maurice Audin : Pour Kaouther Adimi, « questionner le passé n’empêche pas d’être tourné vers l’avenir »



Selon la thèse officielle, Maurice Audin se serait évadé lors de son transfert dans un camp de détention dix jours plus tard. L’on sait, grâce au témoignage d’Henri Alleg emprisonné le lendemain, et depuis les aveux d’un général de l’armée française qu’il fut exécuté après avoir été torturé pendant plusieurs jours. Son corps ne sera jamais retrouvé. Troublante similitude. Qui explique sans doute l’émotion que je ressens aujourd’hui.
Combien de suppliciés ? Des milliers. De ces dépassements, l’histoire ne retiendra que les plus marquants
Entre-temps, d’autres arrestations suivies d’exécutions sommaires ont eu lieu. Même mode opératoire. Mêmes méthodes. Des interrogatoires serrés. Mêmes conclusions, à quelques détails près. Qu’est-ce qui pourrait bien freiner l’ardeur d’hommes disposant de pouvoirs spéciaux ? Evasions, suicides, disparitions. Combien de suppliciés ? Des milliers. De ces dépassements, l’histoire ne retiendra que les plus marquants : le décès de Larbi Ben M’hidi, chef d’état-major du FLN et celui de Ali Boumendjel, avocat et militant. Tous deux ont été « suicidés » : l’un par pendaison et l’autre par défenestration.
La plupart du temps, les auteurs des exactions ne prennent pas la peine de donner des explications aux proches des victimes, pour la plupart désarmés, démunis et dans l’impossibilité de faire leur deuil. Tout juste reconnaît-on quelques bavures. Près de cinquante ans plus tard, sans l’ombre d’un remords, le général Aussaresses explique : « nous n’avions pas le choix. »
Reconnaissance sans équivoque
Josette Audin ne renonce pas. Elle poursuit inlassablement sa quête de la vérité sur la disparition de son mari. Et… cela arrive enfin. Soixante et un ans et trois mois après cette disparition, le président de la République française décide de reconnaître en termes qui ne souffrent d’aucune équivoque la responsabilité de l’Etat français dans la pratique de la torture. Une reconnaissance qualifiée d’historique.
Il faudra bien qu’un jour l’on essaie, ensemble, de comprendre quels ressorts entrent en jeu lorsqu’un homme décide ou accepte de profaner l’humanité d’un autre homme
En se rendant chez la veuve de Maurice Audin pour lui demander pardon, en reconnaissant que l’usage de la torture avait été cautionné par le système politique en place, en voulant rétablir cette vérité historique, Emmanuel Macron a-t-il implicitement inclus les victimes, toutes les victimes de cette guerre ? C’est la question que beaucoup se posent de ce côté de la Méditerranée. Les débats font rage sur les réseaux sociaux. Des plus modérés aux plus extrémistes. Alger, par la voix de son ministre des Anciens Moudjahidines – celui-là même qui vient de refuser un visa d’exploitation pour un film sur la vie de Larbi Ben M’hidi – concède qu’il s’agit là d’une « avancée ».
Peut-on espérer qu’une fois ce premier pas accompli la lumière soit faite sur tous les mensonges et les crimes d’Etat ? L’ouverture des archives, ces boîtes noires de l’histoire, nous en dira plus. Mais cela ne suffit pas. Il faudra bien qu’un jour l’on essaie, ensemble, de comprendre quels ressorts entrent en jeu lorsqu’un homme décide ou accepte de profaner l’humanité d’un autre homme. Sans quoi l’affaire Audin ne sera jamais finie.

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                Mort de Maurice Audin : « Cette déclaration laissera une trace ineffaçable », selon Benjamin Stora



Romancière algérienne, Maïssa Bey est l’auteur d’une dizaine de livres parmi lesquels Nulle autre voix qui vient de paraître aux éditions de l’Aube (2018, 248 pages, 19,90 €).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Selon l’écrivaine Brigitte Giraud, dans une tribune au « Monde », la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français dans l’assassinat de Maurice Audin, va peut-être permettre aux victimes et aux tortionnaires d’exister ensemble dans une même nation.
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Mort de Maurice Audin : Pour Brigitte Giraud, « il faut rompre le cercle vicieux silence - ignorance - défiance »

Selon l’écrivaine Brigitte Giraud, dans une tribune au « Monde », la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français dans l’assassinat de Maurice Audin, va peut-être permettre aux victimes et aux tortionnaires d’exister ensemble dans une même nation.



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 11h46
    |

Brigitte Giraud (écrivaine)







                        



                                


                            
Tribune. Pourquoi la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français dans l’assassinat de Maurice Audin arrive-t-elle en septembre 2018, plus de cinquante-six ans après les accords d’Evian ?
Il a fallu franchir tant d’obstacles sous différents gouvernements pour que la France ose enfin l’épreuve de la vérité. Il a fallu l’obstination d’une famille et d’une veuve, à qui la nation entière doit beaucoup.

Ce que je vois et qui me fait mal est que cette reconnaissance arrive au moment où les protagonistes de la guerre d’Algérie sont en train de disparaître. La mémoire vive est sur le point de s’évanouir, ces hommes qui ont combattu, appelés du contingent, militaires français, militants du FLN algérien, harkis, qui ont partagé un sort commun entre 1954 et 1962, désormais vieillis, ne pourront bientôt plus témoigner, attester, apporter un ultime regard, un repentir ou un point qui nous aura échappé. Le silence étourdissant qui a suivi cette sombre période deviendra un silence sans appel, et seuls demeureront les témoignages écrits, enregistrés ou filmés alors qu’il en était encore temps.

C’est sans doute la raison qui m’a conduite à écrire et publier en 2017 Un loup pour l’homme, un roman qui met en scène ce qu’a vécu mon père en tant que jeune appelé qui ne voulait pas tenir une arme.
« Passages des hommes à la question »
A l’occasion de sa parution, j’ai rencontré des lecteurs, dont certains m’ont confié des souvenirs pénibles, comme cet homme vivant à Nantes, qui officiait au DOP (Dispositif opérationnel de protection) d’Oran à la fin des années 1950, un sigle euphémisé signifiant le « passage des hommes à la question » pour obtenir des renseignements, autrement dit la torture. Il ne savait que faire du temps qu’il lui restait à vivre, il avait plus de 80 ans et n’avait pu dire à sa femme aujourd’hui défunte ce qu’il avait accompli, il n’osait pas davantage en parler à son fils. Comme il a tenté...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Editorial. Une décennie plus tard, les autorités pourraient se retrouver démunies face à un nouveau krach de ce type.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

Dix ans après Lehman Brothers : en attendant la prochaine crise

Editorial. Une décennie plus tard, les autorités pourraient se retrouver démunies face à un nouveau krach de ce type.



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 10h26
 • Mis à jour le
15.09.2018 à 14h03
   





                        


Editorial du « Monde ». Et Lehman Brothers s’effondra. Ce 15 septembre 2008 ne fut pas le point de départ de la plus grande crise financière depuis 1929, ni son paroxysme sur le plan macroéconomique. Lorsque les autorités américaines laissèrent la banque d’affaires new-yorkaise faire faillite, tout vacilla, l’impensable devint réalité, la liquidité vint à manquer au point de menacer d’asphyxier le système financier dans son ensemble.
La crise en elle-même avait démarré un an plus tôt avec l’éclatement de la bulle des subprimes, ces crédits hypothécaires souscrits par des emprunteurs insolvables. La prise de risque s’était disséminée dans les bilans des institutions financières avec la complicité des régulateurs et des agences de notation.

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Ils furent des millions, contribuables, accédants à la propriété, salariés, à payer la facture de l’irresponsabilité d’une poignée de financiers, banquiers centraux et gouvernants, qui, par leur avidité pour les uns, leur laxisme pour les autres, se sont révélés n’être que des apprentis sorciers.
Dix ans plus tard, la croissance est repartie. Malgré leur responsabilité dans la débâcle, les banques américaines n’ont jamais été aussi puissantes. Les Bourses vont de record sur record. Les riches n’ont jamais été aussi riches. La plupart des pays se rassurent en affichant des taux de chômage au plus bas. Les pyromanes d’hier font mine de courber l’échine face aux régulateurs en consentant à être un peu mieux encadrés, sans doute le prix à payer pour faire accepter leur repentance.
Une confiance brisée
L’essentiel n’est pas là. Après une décennie de stagnation des revenus et d’austérité budgétaire, ceux qui ont été les plus affectés par la crise se sont détournés des élites et se sont jetés dans les bras de ceux qui promettaient de bousculer enfin l’ordre établi. 2008 a semé le doute sur la suprématie des démocraties libérales, l’efficacité de l’ouverture des frontières et la volonté réelle de réduire les inégalités. Depuis, les frustrations nourrissent les revendications identitaires, l’illibéralisme gagne du terrain, la mondialisation recule. La confiance dans le système s’est brisée.
Le rafistolage tenté depuis, grâce à une régulation plus exigeante, permettra-t-il d’amortir le choc de la prochaine crise ? Rien n’est moins sûr. La dette, facteur déclenchant en 2008, est encore plus exorbitante qu’il y a dix ans. La finance de l’ombre, qui échappe à tout contrôle, a pris le pas sur les banques. Surtout, les remèdes administrés nous ont conduits en terra incognita. De façon inédite, les banques centrales ont injecté massivement des liquidités pour faire repartir l’économie. Résultat, un peu partout, les bulles spéculatives se forment. Personne ne sait comment revenir à la normale sans risquer une nouvelle déstabilisation.

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                « Lehman Brothers : dix ans après la faillite, dix leçons »



Plus inquiétant : les solutions qui ont fonctionné en 2008 risquent d’être inopérantes pour la prochaine crise. L’instrument monétaire n’a pas eu le temps d’être réamorcé. Les taux d’intérêt sont si bas que les banques centrales ne pourront plus utiliser l’assouplissement du crédit pour relancer l’économie. L’outil politique risque lui aussi de faire défaut. Il y a dix ans, la coordination internationale avait permis d’éviter les erreurs de 1929, à commencer par le recours au protectionnisme. Aujourd’hui, la guerre commerciale menace, le multilatéralisme se disloque. Faute d’avoir eu le courage de repenser le système, l’économie mondiale risque de se retrouver démunie lorsque le prochain Lehman s’effondrera.




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Dans sa chronique, Stéphane Foucart, journaliste au « Monde », s’interroge sur les raisons qui ont poussé la région Auvergne-Rhône-Alpes et l’Inserm à couper leur financement au Remera.
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« Pourquoi une telle désertion des financeurs du Registre des malformations congénitales en Rhône-Alpes ? »

Dans sa chronique, Stéphane Foucart, journaliste au « Monde », s’interroge sur les raisons qui ont poussé la région Auvergne-Rhône-Alpes et l’Inserm à couper leur financement au Remera.



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 10h09
 • Mis à jour le
15.09.2018 à 10h50
    |

            Stéphane Foucart








                        



                                


                            
Certaines histoires méritent toute notre attention et celle d’Emmanuelle Amar, directrice générale du Registre des malformations congénitales en Rhône-Alpes (Remera), en fait incontestablement partie. Elle est exemplaire à plusieurs titres. D’abord parce qu’elle montre que la politique de droite extrême conduite par Laurent Wauquiez à la tête de la région Auvergne-Rhône-Alpes est plus soucieuse des intérêts particuliers que du bien public. Ensuite parce qu’elle suggère que, pour punir un lanceur d’alerte un peu trop bruyant, les autorités sanitaires peuvent ne pas hésiter à faire le sacrifice d’un instrument majeur au service de la santé publique.
Un registre est une sorte d’inventaire accumulant, au fil du temps, des données sur la fréquence d’une maladie ou d’une catégorie de maladies, sur un territoire donné. Le Remera est spécialisé dans les malformations : il recueille toutes sortes d’informations sur ces troubles dans quatre départements (Rhône, Loire, Isère et Ain). Lorsqu’une anomalie est constatée, les salariés du registre inventorient les traitements médicamenteux reçus par la mère au cours de sa grossesse, son lieu de vie et son environnement – la présence d’un incinérateur, d’une usine, d’une exploitation agricole utilisant tels ou tels intrants. De ces données surgissent des informations parfois capitales.
Au seuil de la cessation d’activité
Le Remera est sur le point de s’éteindre. Aussi surprenant que cela semble, il n’existe que grâce à une fragile association de loi 1901 vivant des subventions de la région Auvergne-Rhône-Alpes, de l’agence Santé publique France (SpF), de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Or ces sources de financement se tarissent ; cela n’émeut personne.
En 2017, la région Auvergne-Rhône-Alpes a annoncé qu’elle mettait fin à sa contribution annuelle de 100 000 euros, soit environ la moitié du budget de l’association. Sans doute fallait-il trouver quelque part les centaines de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ La décision d’Emmanuel Macron de reconnaître la responsabilité de l’Etat dans l’assassinat de Maurice Audin est, pour la romancière s’exprimant dans une tribune au « Monde », une décision historique, courageuse et importante, notamment pour les jeunes générations.
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Mort de Maurice Audin : Pour Kaouther Adimi, « questionner le passé n’empêche pas d’être tourné vers l’avenir »

La décision d’Emmanuel Macron de reconnaître la responsabilité de l’Etat dans l’assassinat de Maurice Audin est, pour la romancière s’exprimant dans une tribune au « Monde », une décision historique, courageuse et importante, notamment pour les jeunes générations.



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 08h12
    |

Kaouther Adimi (Ecrivaine)







                        


Tribune. En décembre 2017, Emmanuel Macron, alors en visite à Alger, se fait interpeller par un jeune homme qui l’invite à « assumer [le] passé colonial » de la France. Le président français lui fait cette surprenante réponse : « Mais vous n’avez jamais connu la colonisation ! Qu’est-ce que vous venez m’embrouiller avec ça ? Vous, votre génération, elle doit regarder l’avenir. »
J’ai 32 ans et moi non plus, je n’ai jamais connu la colonisation. Je fais partie d’une génération qui, je le crois sincèrement, est tournée vers l’avenir. Elle en a les yeux écorchés à force de regarder autour d’elle à la recherche de lendemains plus joyeux.

        Lire notre éditorial :
         

          Torture en Algérie : la responsabilité de l’Etat dans la mort de Maurice Audin, une salutaire vérité



J’ai 32 ans et mes parents, mes oncles et tantes tout comme mes grands-parents, sont nés avant l’indépendance de l’Algérie. Ils portent en eux des histoires de privation, d’humiliations, de combats. Avec mes frères, nous faisons partie de la première génération de ma famille à être née citoyens à part entière. Nous avons grandi et nous continuons de grandir avec cette identité : les premiers à ne pas être nés indigènes, citoyens de seconde zone.

        Lire aussi :
         

                Mort de Maurice Audin : « Cette déclaration laissera une trace ineffaçable », selon Benjamin Stora



Lorsque Emmanuel Macron dit en décembre 2017 à ce jeune homme et me dit donc à moi aussi que nous n’avons pas connu la colonisation pour justifier une absence de réponse à une vraie question sur le devoir de mémoire, c’est aussi exaspérant que d’entendre des politiciens algériens amateurs de discours paternalistes nous expliquer que nous n’avons rien vécu, rien fait, puisque nous sommes nés après 1962.
La colonisation ne s’est pas terminée en 1962
A chaque fois, c’est facile, rapide et faux. Questionner, fouiller le passé, tenter de composer avec les contradictions des historiens, l’Histoire officielle d’un côté, le mutisme de l’autre, n’empêchent pas d’être résolument ancré dans le présent ni d’être tourné vers l’avenir
Il aura fallu sept présidents français pour enfin aboutir jeudi 13 septembre à cette déclaration historique d’Emmanuel Macron
La colonisation ne s’est pas terminée en 1962. Les milliers de disparus ne sont pas revenus chez eux au lendemain de la fin de la guerre. Les essais nucléaires dans le Sahara ont continué bien après l’indépendance de l’Algérie. Ce n’est qu’en octobre 2007 que l’armée française a accepté de donner à l’armée algérienne la carte des mines antipersonnel. Onze millions de mines avaient été déposées entre 1956 et 1959 aux frontières marocaines et tunisiennes. Elles ont continué d’exploser tuant régulièrement des habitants dont des enfants et ont été parfois récupérées par les groupes terroristes durant les années 1990.
Aboutir à un « effort de vérité historique »
Alors, il était plus que temps. Cela faisait soixante et un ans que Josette Audin se battait pour obtenir la vérité sur la disparition et le meurtre de son mari. Il aura fallu un nombre effrayant de demandes et d’actions en justice, un travail historique colossal, des aveux et témoignages, des articles, l’influence d’hommes et de femmes, sept présidents français pour enfin aboutir jeudi 13 septembre à cette déclaration historique d’Emmanuel Macron.

        Lire aussi :
         

                Henri Alleg : « Pour moi, aucun doute possible, Audin a été assassiné »



Car oui, c’est une décision historique et courageuse. Déjà des voix s’élèvent pour protester, dire que tous les témoins sont morts et qu’il est difficile de savoir ce qui s’est réellement passé. D’autres y voient une manœuvre politique. On affirme que c’est un écran de fumée qui ne peut pas faire oublier qu’Emmanuel Macron mène une politique radicalement de droite, de cette droite dure sans âme qui ferme ses portes aux réfugiés de guerres, oubliant que nous sommes tous des réfugiés possibles.

        Lire aussi :
         

                Mort de Maurice Audin : « La reconnaissance des responsabilités de l’Etat, enfin ! », affirme Sylvie Thénault



Tout de même, la décision est courageuse, historique, importante. Elle l’est parce qu’Emmanuel Macron ne s’arrête pas à la reconnaissance d’« un système légalement institué qui a favorisé les disparitions et permis la torture à des fins politiques. » Il appelle à ce que « toutes les archives de l’Etat qui concernent les disparus de la guerre d’Algérie puissent être librement consultées et qu’une dérogation générale soit instituée en ce sens ». Enfin, il invite au témoignage général pour aboutir à un « effort de vérité historique ».
De nombreuses zones d’ombre
Il reste encore tant d’histoires à raconter. Les zones d’ombre sont nombreuses. Il y a beaucoup de mémoires à honorer. Des résistants à se rappeler. Des victimes à apaiser. Des coupables à nommer.
à Alger, vous pouvez emprunter la rue Larbi Ben M’hidi pour rejoindre la place Maurice Audin. Les deux hommes cohabitent à quelques mètres l’un de l’autre
Dans la nuit du 11 juin 1957, le mathématicien et membre du parti communiste Maurice Audin est arrêté à son domicile. Il a 25 ans, une femme, trois enfants. Il est torturé puis tué. Son corps est enterré quelque part en Algérie, on ne sait pas où. Quelques mois auparavant, le 23 février 1957 (ou peut-être était-ce le 16), Larbi Ben M’hidi, un des chefs historiques du FLN, est arrêté, torturé, tué. Il avait 34 ans. A Alger, vous pouvez emprunter la rue Larbi Ben M’hidi pour rejoindre la place Maurice Audin. Les deux hommes cohabitent à quelques mètres l’un de l’autre.
Il y a dix ans, avec une bande de copains, nous avions écrit et mis en lecture une petite pièce de théâtre où nous imaginions le retour de ces deux hommes à Alger en 2008, le temps d’une journée. Nous les avions fait se rencontrer Rue Larbi Ben M’hidi et marcher jusqu’à la place Audin. Nous avions pensé qu’il était important de confronter notre présent à leurs espérances de l’époque.
Nous avions 20 ans, nous n’avions évidemment pas connu la colonisation mais nous pensions que comprendre ces hommes et leurs combats nous serait bien utile.
Kaouther Adimi est l’auteure de trois romans dont Nos Richesses (Seuil, 2017, prix Renaudot des lycéens).




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ « Macron et son gouvernement ignorent ce que font réellement les pays nordiques », assure dans son livre Alain Lefebvre, journaliste qui a longtemps vécu en Scandinavie.
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La vérité sur le « modèle scandinave » d’Emmanuel Macron

« Macron et son gouvernement ignorent ce que font réellement les pays nordiques », assure dans son livre Alain Lefebvre, journaliste qui a longtemps vécu en Scandinavie.



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
15.09.2018 à 12h28
    |

            Marie Charrel








                        



                                


                            
Ah, la Scandinavie… Ses fjords, ses interminables hivers et, surtout, son modèle économique et social : depuis son élection, le président Emmanuel Macron cite régulièrement celui-ci comme une source d’inspiration. Flexisécurité danoise, réforme des retraites à la suédoise, transparence nordique des institutions publiques : la France gagnerait-elle à suivre ces exemples ? Comment ? Pour y répondre, Alain Lefebvre, journaliste et consultant spécialiste des questions sociales, s’est plongé dans la culture politique de ces pays qu’il connaît bien – il a travaillé pendant quinze ans en Suède et en Finlande, notamment pour les services diplomatiques français.
Dès l’introduction, il pose un constat assez cinglant pour le chef de l’Etat : « Macron et son gouvernement ignorent, volontairement ou non, ce que font réellement les pays nordiques, et proposent parfois des solutions depuis longtemps dépassées dans les pays qu’ils veulent imiter », assène-t-il.
Exemple : la fameuse flexisécurité danoise, censée à la fois faciliter les licenciements et mieux protéger les salariés en leur offrant un généreux filet de protection durant les périodes entre deux emplois. En visite à Copenhague le 29 août, Emmanuel Macron dressait encore l’éloge de ce système, plus performant, selon lui, pour réduire le chômage.

Instrument marketing
Seulement voilà : la flexisécurité, en fait née aux Pays-Bas, a surtout été utilisée comme « un instrument de pur marketing » par les Danois dès 1990, afin de séduire les investisseurs étrangers, explique l’auteur. Car en pratique les entreprises locales ne sont guère plus flexibles que leurs homologues françaises, poursuit-il, détails à l’appui, tandis que la sécurité a beaucoup baissé ces dernières années : « Le fameux modèle danois dont nous parlons en France n’existe même plus au Danemark ! » Le succès du pays tient en vérité à ses PME haut de gamme capables de s’adapter très vite à la demande...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Françoise Fressoz, éditorialiste au « Monde », estime qu’à l’approche des élections européennes, Emmanuel Macron ne peut se laisser enfermer dans l’image du président des riches
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Article sélectionné dans La Matinale du 14/09/2018
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Plan pauvreté, droits de succession : le spectaculaire retour du « en même temps »

Françoise Fressoz, éditorialiste au « Monde », estime qu’à l’approche des élections européennes, Emmanuel Macron ne peut se laisser enfermer dans l’image du président des riches



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
15.09.2018 à 09h45
    |

            Françoise Fressoz (éditorialiste au « Monde »)








                        



                                


                            
Chronique. En une semaine, le macronisme a effectué un indéniable retour aux sources. D’abord, jeudi 13 septembre, à l’occasion du lancement du plan pauvreté, morceau de bravoure durant lequel le chef de l’Etat a renoué avec le discours du candidat Macron.
Fini les propos transgressifs dénonçant le « pognon de dingue » déployé en vain pour empêcher 9 millions de personnes de vivre en dessous du seuil de pauvreté. Retour à la philosophie de l’action engagée depuis un an et tentative de correction de tir pour convaincre les sceptiques : il ne s’agit pas seulement de stimuler l’activité en réservant un traitement de faveur aux « premiers de cordées », il s’agit « en même temps » de lutter contre les inégalités de naissance, d’abattre les rentes, de faire en sorte que chacun puisse trouver sa voie dans une société devenue beaucoup trop sclérosée.
A entendre le chef de l’Etat, le macronisme rime avec une profonde transformation de la société française, mue par la mobilité et ayant pour objectif « l’égalité réelle ». D’où une série de mesures préventives largement axées sur la petite enfance et une refonte du système qui, pour aboutir, nécessitera la mobilisation de tous.

Les droits de succession, un sujet inflammable
Vendredi 14 septembre, nouvelle piqûre de rappel émanant cette fois de Christophe Castaner, délégué général de La République en marche (LRM), un très proche du président de la République : 
« Il nous semble essentiel d’ouvrir une réflexion en vue de la réforme en profondeur des droits de succession. »
Avec toutes les précautions d’usage, de tels propos sont une bombe. Tellement inflammables que le candidat Macron avait finalement renoncé à porter le sujet durant la campagne présidentielle. Non seulement parce qu’il avait peur d’effaroucher les riches, qu’il tentait de séduire, mais aussi parce qu’il craignait d’indisposer les classes moyennes qui, en...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ La décennie écoulée a permis de mieux cerner les priorités des régulateurs, mais pas d’arbitrer entre l’exigence démocratique de juger les coupables de la crise et celle de sauver le système financier, explique l’économiste Thomas Philippon dans une tribune au « Monde ».
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« Lehman Brothers : dix ans après la faillite, dix leçons »

La décennie écoulée a permis de mieux cerner les priorités des régulateurs, mais pas d’arbitrer entre l’exigence démocratique de juger les coupables de la crise et celle de sauver le système financier, explique l’économiste Thomas Philippon dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
15.09.2018 à 07h12
    |

                            Thomas Philippon (Professeur de finance à New York University)








                        



                                


                            

Tribune. La saga Lehman Brothers touche enfin à sa fin, dix ans après une faillite retentissante qui restera comme le point d’orgue de la crise financière de 2007-2009. Sur les 1 200 milliards de dollars (1 030 milliards d’euros) d’actifs financiers en litige juridique après la faillite de Lehman, il n’en reste que 4. Alors, que nous enseigne vraiment la faillite de la banque d’affaires ? Je propose de retenir dix leçons.
« L’endettement adossé à l’immobilier est fondamentalement dangereux parce qu’il concentre les risques macroéconomiques »
Commençons par le contexte de la grande crise. La première leçon est que (presque) toutes les crises financières graves sont des crises immobilières. Ce fut vrai au Japon comme en Scandinavie, aux Etats-Unis et en Espagne. L’endettement adossé à l’immobilier, commercial ou résidentiel, est fondamentalement dangereux parce qu’il concentre les risques macroéconomiques.
La deuxième leçon est que les acteurs financiers s’endettent trop quand l’économie va bon train ; les investisseurs sont optimistes et les prêteurs peu regardants. Le rôle principal du régulateur est de surveiller les taux d’endettement. C’est heureusement dans ce domaine qu’on a fait le plus de progrès, notamment en renforçant les exigences en fonds propres des banques.
Troisième leçon : Lehman n’était que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. La crise aurait eu lieu avec ou sans la faillite. L’accumulation des créances immobilières douteuses et l’endettement extrême des ménages avaient créé un château de cartes qui ne pouvait que s’écrouler. Il ne sert à rien de repasser le film en boucle en se disant « si seulement… ». Il est bien plus utile de s’appliquer à diminuer les vulnérabilités fondamentales.
De mauvaises leçons…
Quatrième leçon : les risques se matérialisent rarement là où on les attend. Dans le cas de Lehman, on a beaucoup parlé des produits dérivés (swaps, CDS, etc.). En fait, ils ne sont responsables...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Pour Alexandre Gady, le président de Sites & Monuments, le Loto constitue un progrès puisqu’il mobilise tous les Français et rend au patrimoine le caractère populaire qu’il doit absolument conserver sous peine de disparaître.
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« Loto du patrimoine : les jeux de l’amour et du hasard »

Pour Alexandre Gady, le président de Sites & Monuments, le Loto constitue un progrès puisqu’il mobilise tous les Français et rend au patrimoine le caractère populaire qu’il doit absolument conserver sous peine de disparaître.



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 06h30
    |

                            Alexandre Gady (professeur à la Sorbonne, président de Sites & Monuments)








                        



                                


                            

Tribune. Après un an de gestation, le Loto du patrimoine entre dans la réalité ce week-end. Comme toute innovation, il a suscité des réticences, des jugements un peu hautains même, voire des moqueries : le Loto n’est-il pas l’impôt du pauvre ? Ne fait-il pas du hasard une politique ? Sans compter qu’il ne rapporte presque rien dans un océan de besoins urgents… Tout cela est vrai. Mais ces critiques cachent l’essentiel : grâce à la mission confiée par l’Elysée à Stéphane Bern, on n’a jamais autant parlé du patrimoine et de ses malheurs, pourtant récurrents mais d’ordinaire déplorés par les seuls spécialistes.
Ainsi, grâce à l’enthousiasme de l’animateur médiatique, le patrimoine est redevenu une cause populaire, que le Loto concrétise sous la forme bonhomme d’une participation volontaire. Par la mobilisation de tous les acteurs de terrain, sollicités pour réaliser des dossiers d’aide urgente, il a enfin permis de dresser une cartographie sanitaire de l’état du patrimoine français, qui n’est guère rassurant.
Si l’on se souvient qu’il s’agit d’une idée ancienne, réclamée de longue date par les associations de défense du patrimoine et déjà portée politiquement par le maire de Versailles, François de Mazières ; et si l’on considère sans arrogance que c’est un système qui existe avec succès chez nos voisins européens (en Allemagne depuis 1991, en Grande-Bretagne depuis 1994 ou en Italie depuis 1997), on se demande pourquoi cette initiative suscite tant de criailleries en France. Pour être juste, il faut ici prendre une vue plus large, et voir comment le Loto éclaire le paysage actuel du patrimoine français.
Triple crise, politique, budgétaire et philosophique
Fondamentalement, il révèle une triple crise – politique, budgétaire et philosophique –, dont témoigne, hélas, l’état actuel du ministère de la culture, à bout de souffle. Héritier du prestigieux service des Monuments historiques né en 1830, celui-ci ne semble plus capable...




                        

                        


<article-nb="2018/09/15/19-13">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ En 2008, Lucy O’Carroll travaillait dans une grande institution financière britannique. Dans une tribune au « Monde », elle décrit les ressorts psychologiques des excès qui ont mené à la chute.
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Crise financière de 2008 : « L’hubris s’est mué en némésis »

En 2008, Lucy O’Carroll travaillait dans une grande institution financière britannique. Dans une tribune au « Monde », elle décrit les ressorts psychologiques des excès qui ont mené à la chute.



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 06h30
    |

Lucy O'Carroll (Economiste)







                        



                                


                            
Tribune. Il y a dix ans, la faillite de Lehman Brothers marquait l’apogée de la crise financière. A cette époque, j’étais économiste dans l’une des plus grandes institutions financières du Royaume-Uni. A ce poste, j’ai pu me familiariser avec les biais psychologiques à l’œuvre tant au sein même de cette institution que dans les entreprises qu’elle finançait.
Nombre de ces entreprises étaient relativement jeunes et dotées d’un fort esprit entrepreneurial. A mesure que la crise du crédit se propageait et aggravait leurs difficultés, les équipes de direction parvenaient toujours à trouver des arguments pour justifier leur optimisme. Ce comportement est logique, car ils se doivent de démontrer une certaine appétence pour le risque. Et certes, beaucoup de ces entreprises ont survécu grâce au succès de leurs produits et de leurs services, et à un endettement pas trop excessif. D’autres ont néanmoins fait faillite et leur optimisme a fini par se muer en hubris, c’est-à-dire une confiance en soi démesurée qui provoque la colère des dieux dans la tragédie grecque.
Mais la démesure des grandes institutions financières est allée bien au-delà de celle de nos clients les plus audacieux. Même si peu de personnes peuvent prétendre avoir anticipé la crise financière, nous étions nombreux à ressentir un certain malaise face aux excès qui ont marqué les mois qui ont précédé l’éclatement de la crise.
Dîners extravagants
L’outrance des soirées caritatives organisées par les entreprises en était un signe avant-coureur évident. Ces enchères destinées à de bonnes causes étaient organisées dans des lieux exubérants après des dîners extravagants, dont le financement aurait pu être utilisé à bien meilleur escient par les organisations caritatives concernées. Les cadres dirigeants et leurs épouses n’hésitaient pas à verser des sommes folles pour se payer des « expériences », des œuvres d’art et – ce qui est difficilement oubliable – la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ A laisser entendre que le jeu ou la Fondation du patrimoine pourrait répondre aux enjeux que les acteurs essentiels ne peuvent totalement combler, n’y a-t-il pas un risque que ceux-ci saisissent la balle au bond pour se désengager ?, s’interroge dans une tribune au « Monde » le président de Sites et cités remarquables de France.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Martin Malvy  : « Le Loto du patrimoine n’est pas tout »

A laisser entendre que le jeu ou la Fondation du patrimoine pourrait répondre aux enjeux que les acteurs essentiels ne peuvent totalement combler, n’y a-t-il pas un risque que ceux-ci saisissent la balle au bond pour se désengager ?, s’interroge dans une tribune au « Monde » le président de Sites et cités remarquables de France.



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
15.09.2018 à 11h11
    |

Martin Malvy (président de Sites & Cités de France)







                        



                                


                            

Tribune. Stéphane Bern n’a pas été investi – quoique parfois son discours puisse le laisser penser – de l’intégralité de la défense et de la prise en charge du patrimoine. L’Etat avec ses agents, des milliers d’élus et de citoyens, en associations ou à titre individuel, y consacrent le plus clair de leur temps et une bonne partie de leurs moyens. Il n’est pas inutile de le rappeler.
Stéphane Bern a cent fois raison quand il laisse éclater sa colère contre les dérives de la loi ELAN en ce qu’elle s’apprête à déchirer ce que depuis 1962 la loi Malraux a permis de tisser pour la protection de notre patrimoine. La loi ELAN cède à la mode. Or la mode n’est pas durable alors que le patrimoine l’est par excellence.

Stéphane Bern n’est pas le seul à protester. A l’initiative de Sites et cités remarquables de France nous avons depuis plusieurs mois, avec huit autres associations nationales qui se consacrent au patrimoine, saisi du sujet le président de la République, le gouvernement et les deux Assemblées.
Quelque 45 000 édifices sont aujourd’hui protégés
Un mauvais vent souffle depuis plusieurs années sur les politiques qui ont permis à la France de préserver son patrimoine bâti et ses espaces publics. La loi dite LCAP, votée en 2016, après que trois ministres de la culture s’y soient attelés, était d’inspiration voisine et nous n’avons échappé à la catastrophe que grâce à la mobilisation de ces mêmes associations.
Un quarteron d’élus et sans doute quelques lobbys de l’immobilier veulent la peau des architectes des Bâtiments de France pour avoir eu maille à partir avec certains d’entre eux ou tout simplement pour avoir les mains libres sur le foncier des centres anciens. Personne n’est dupe alors que c’est faire fi pour quelques intérêts privés de ce qu’a été leur apport à l’actuel visage de la France et d’une réalité qui l’honore, à savoir le classement de 45 000 édifices aujourd’hui protégés.
Un quarteron...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ On reproche aux économistes de ne pas avoir anticipé la crise de 2008. Mais la capacité de prévision est au cœur des débats internes à la profession depuis bien longtemps, explique l’universitaire Béatrice Cherrier dans une tribune au « Monde ».
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« Les modèles économiques ne sont en rien des boules de cristal »

On reproche aux économistes de ne pas avoir anticipé la crise de 2008. Mais la capacité de prévision est au cœur des débats internes à la profession depuis bien longtemps, explique l’universitaire Béatrice Cherrier dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 06h30
    |

Béatrice Cherrier (Economiste)







                        



                                


                            
Tribune. Après la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008, la reine d’Angleterre formula publiquement la question qui brûlait les lèvres de toute la société civile : « Economistes, pourquoi n’avez-vous pas su prévoir la crise ? » Les économistes ont fait amende honorable et ont enrichi leurs modèles, mais beaucoup répètent inlassablement que ces modèles ne sont en rien des boules de cristal. En juin, l’économiste du FMI Olivier Blanchard rappelait encore sur les réseaux sociaux que « la science économique ne sert pas avant tout à prévoir. Les économistes étudient la manière dont le système économique fonctionne, examinent les politiques ».
Pourtant, le développement de la macroéconomie comme champ scientifique est en réalité étroitement lié à l’essor d’une industrie de la prévision au début du XXe siècle. On cherchait en particulier à prévoir les rendements agricoles, les cycles de croissance, l’évolution des cours boursiers. Certains s’en remettaient à leur intuition, d’autres, appelés les « chartistes », représentaient graphiquement une série de variables pour tenter d’identifier les retournements de tendance. Mais les résultats n’étaient « pas meilleurs que ce qu’on obtiendrait en s’en remettant à la chance pure », pestait l’homme d’affaires américain Alfred Cowles (« Can Stock Market Forecasters Forecast ? », Econometrica 1/3, 1932). Il fonda donc un institut, la Cowles Commission for Research in Economics, dont la mission était de développer des modèles statistiques permettant d’extrapoler les données accumulées sur les comportements et les systèmes économiques, et reposant sur l’identification des « lois » mathématiques auxquelles obéiraient les économies, conçues comme des systèmes mécaniques.
La seconde guerre mondiale poussa les gouvernements à développer des statistiques publiques, comme le PIB, l’inflation, le chômage, et à croire qu’ils pouvaient contrôler et planifier,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Le Sénat a repris ses auditions sur l’affaire Benalla le 12 septembre. Dans une tribune au « Monde », la garde des sceaux rappelle qu’au nom de la séparation des pouvoirs, une commission d’enquête parlementaire ne peut pas viser ce qui touche le Président ni concerner une enquête judiciaire en cours.
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Nicole Belloubet : « Le Parlement ne peut pas empiéter sur le domaine judiciaire »

Le Sénat a repris ses auditions sur l’affaire Benalla le 12 septembre. Dans une tribune au « Monde », la garde des sceaux rappelle qu’au nom de la séparation des pouvoirs, une commission d’enquête parlementaire ne peut pas viser ce qui touche le Président ni concerner une enquête judiciaire en cours.



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 06h30
    |

Nicole Belloubet (garde des sceaux, ministre de la justice)







                        



                                


                            
Tribune. La commission des lois du Sénat a été dotée des pouvoirs d’une commission d’enquête au mois de juillet. Les derniers développements de ses travaux ont suscité une polémique, bien excessive dans ses termes. Ma qualité de garde des sceaux, ministre de la justice, m’interdit naturellement de m’immiscer tant dans le fonctionnement d’une commission parlementaire que dans une enquête judiciaire en cours. C’est une évidence et une discipline à laquelle je m’astreins rigoureusement.
Pour autant, au-delà des postures, du sensationnalisme et des jeux politiques, cet épisode éruptif et confus me semble être l’occasion de revenir sur le fonctionnement de notre Etat de droit, ainsi que sur les principes fondamentaux qui en sont le soubassement et dont le respect n’est autre que la condition même de notre démocratie : la séparation des pouvoirs et la garantie des droits.
Est-il besoin de rappeler que dès 1789, l’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme proclamait que toute société dans laquelle ces principes ne sont pas respectés n’a point de Constitution ? Il appartient à chacun d’y être attentif. Les responsables politiques plus que tous autres se doivent de les observer. En la matière, clarté et rigueur ne sont pas malvenues.
Au-delà d’un contexte singulier, dont il faut s’extraire si l’on souhaite, au milieu de l’agitation médiatique, mener un instant une réflexion rigoureuse, la question de l’articulation entre les pouvoirs de contrôle des assemblées parlementaires et le respect de l’autorité judiciaire mérite une grande attention. Tout ministre de la justice y est par nature sensible.
Limite constitutionnelle
Les pouvoirs d’une commission d’enquête sont régis par plusieurs textes de rang constitutionnel et législatif ou internes aux assemblées parlementaires. L’article 51-2 de la Constitution dispose depuis 2008, et ce fut une avancée notable, que « pour l’exercice des missions de contrôle et d’évaluation...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Les vacanciers lésés peuvent invoquer le code du tourisme pour se retourner contre leur tour-opérateur, détaille dans sa chronique Rafaële Rivais, journaliste au « Monde ».
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Quand le voyage organisé a du plomb dans l’aile

Les vacanciers lésés peuvent invoquer le code du tourisme pour se retourner contre leur tour-opérateur, détaille dans sa chronique Rafaële Rivais, journaliste au « Monde ».



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 05h30
    |

            Rafaële Rivais








                        



                                


                            

SOS conso. Les vacanciers qui ont acheté un « forfait touristique », c’est-à-dire un service combinant au moins une prestation de transport et une autre (hébergement, excursion, location de voiture…), auprès d’une agence de voyages française ou d’une agence de voyages étrangère, mais proposant un site francophone, peuvent, à leur retour, lui demander des comptes si l’une des prestations laissait à désirer. L’agence est en effet « responsable de plein droit de la bonne exécution des obligations résultant du contrat, que ce contrat ait été conclu à distance ou non, et que ces obligations soient à exécuter par elle-même ou par d’autres prestataires de services », selon l’article L 211-16 du code du tourisme.
La Cour de cassation vient de le rappeler à l’occasion d’un litige opposant deux vacanciers à l’agence Karavel, à propos de l’indemnisation du retard d’un vol : Karavel, qui leur avait vendu un circuit touristique en Argentine, refusait de la leur verser ; elle leur disait de s’adresser à l’organisateur, Amerigo, qui lui-même les renvoyait sur la compagnie aérienne, Latam. Le tribunal de proximité de Bordeaux ayant donné raison à Karavel, la Cour de cassation a censuré son jugement, le 27 juin : en cas d’inexécution d’une prestation par un tiers, l’agence de voyages est présumée responsable.
Cette présomption vaut aussi lorsque le vacancier est victime d’un accident dans le cadre d’une prestation prévue au contrat. C’est ainsi qu’une vacancière ayant acheté, auprès du Club Méditerranée, un forfait de sports d’hiver comprenant le transport, l’hôtel, la location de skis ainsi que les cours, et s’étant cassé la jambe pendant l’un de ces cours, a pu obtenir que le voyagiste soit jugé responsable de son préjudice et qu’il l’indemnise. Le Club Méditerranée a, en vain, tenté de faire valoir que la cliente s’était inscrite à un cours d’un niveau trop élevé : la Cour de cassation a rejeté son pourvoi, le 17 novembre 2011.
« L’attrait...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Le directeur de La Comédie de Saint-Etienne, Arnaud Meunier, détaille, dans une tribune au « Monde », les ressorts dramatiques de l’œuvre de l’Italien Stefano Massini, qu’il a mise en scène en 2013.
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« La pièce “Saga des Lehman Brothers” nous fait traverser près de deux cents ans de capitalisme »

Le directeur de La Comédie de Saint-Etienne, Arnaud Meunier, détaille, dans une tribune au « Monde », les ressorts dramatiques de l’œuvre de l’Italien Stefano Massini, qu’il a mise en scène en 2013.



LE MONDE
 |    15.09.2018 à 05h15
    |

Arnaud Meunier







                        



                                


                            

Tribune. « A toute chose malheur est bon. » De cette catastrophe planétaire, l’impensable faillite de la banque Lehman Brothers, dont nous célébrons le dixième anniversaire, a émergé un jeune auteur de théâtre italien alors inconnu – Stefano Massini – qui a eu la brillante idée de raconter, à travers une saga palpitante, l’histoire de la famille Lehman. En revenant à une histoire simple, Chapitres de la chute. Saga des Lehman Brothers nous fait traverser près de deux cents ans de capitalisme en humanisant avec force et humour ce qui est généralement très abstrait : l’économie et la finance.
La pièce débute en 1844, sur un quai de New York, où Henry Lehman, jeune juif bavarois de 22 ans, débarque avant d’aller ouvrir une boutique de tissus à Montgomery (Alabama). Il sera très vite rejoint par ses deux frères, Emanuel et Mayer. Ils sont pauvres, juifs, croyants et découvrent une société américaine marquée par l’exploitation du coton et l’esclavagisme. C’est l’incendie d’une grande plantation qui, ruinant les propriétaires, donnera l’idée au plus jeune des frères de vendre le matériel pour reconstruire la plantation en se faisant payer avec une partie de la récolte de coton brut à venir, pour la revendre ensuite. L’idée, incongrue aux yeux des deux aînés, s’est révélée révolutionnaire. Un métier était né : celui d’intermédiaire, de trader.
Délicieuse ironie
A partir de cette intuition géniale, la pièce décrit, avec un sens consommé du suspense et une délicieuse ironie, comment les trois frères cherchent à convaincre un à un les propriétaires de plantation de leur vendre leurs récoltes pour aller les revendre aux industriels du nord des Etats-Unis. Le jeune frère ira jusqu’à épouser la fille d’un propriétaire (sudiste), alors que son aîné épousera une jeune new-yorkaise (nordiste). C’est ainsi que les Lehman passeront le cap de la guerre de Sécession et parviendront à convaincre le gouverneur de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Pour l’historienne Emmanuelle Loyer, ces endroits sont les instruments d’une « passion continuée » des Français pour la littérature, au même titre que les prix et les rentrées littéraires.
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Les maisons d’écrivains, lieux de culte national

Pour l’historienne Emmanuelle Loyer, ces endroits sont les instruments d’une « passion continuée » des Français pour la littérature, au même titre que les prix et les rentrées littéraires.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
14.09.2018 à 14h38
    |

                            Emmanuelle Loyer (Historienne)








                        



                                


                            
Résonances : chaque semaine, une chercheuse ou un chercheur réagit à un fait d’actualité ou simplement à l’air du temps.
Le grand chambardement du retour au travail et au chemin de l’école s’accompagne en France d’un curieux prolongement, qu’on ­appelle la rentrée littéraire. Soudain, en septembre, s’abattent sur nous des centaines de livres, fictions et essais, tous merveilleux ; on ne parle plus que de cela à la radio, à la télévision, dans les journaux – spirale expansionniste qui trouvera son acmé en novembre, avec la distribution des prix.
Et cet immuable phénomène a vu le jour il y a plus d’un siècle, avec la création du Goncourt en 1903. La France est un drôle de pays ! Le Français croit à ses grands écrivains, qu’il en eut et qu’il en aura. On le lui a appris : l’école, les classiques, le bon goût. Comment parler des livres qu’on n’a pas lus ? (Les Editions de Minuit, 2007). Cet ouvrage de Pierre Bayard eut un succès suspect.
Où, ailleurs qu’en France, le gouvernement se croirait-il obligé de communiquer sur l’amour de la littérature et la passion de lire ? Il est vrai que le politique français s’est souvent construit sur le deuil de la littérature : de Gaulle, Pompidou, Mitterrand ont manié une plume qui leur ressemblait ; après un épisode de décrue ­littéraire, Emmanuel Macron a renoué récemment avec ce mythe national en rendant ses dévotions à la littérature, matrice d’une compréhension roma­nesque d’un destin personnel et collectif (entretien à La NRF, n° 630, mai 2018).
Etonnement des étrangers
Faut-il se réjouir de ce rituel qui étonne tant les étrangers ? Atteste-t-il de ce lien magique avec les lettres que nourrirait notre beau pays ? Repoussons, pour ­l’instant, la triste rentrée et retournons un instant vers les défuntes vacances, les cieux pommelés, les petites routes de l’Hexagone et les maisons d’écrivains – plus d’une centaine en France aujourd’hui – que l’on découvre, sises dans...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Selon l’économiste Jézabel Couppey-Soubeyran, dans une tribune au « Monde », nous ne sommes pas plus capables qu’il y a dix ans de parer une faillite bancaire. Sous la pression des lobbies, les réformes ne sont pas allées jusqu’au bout de leur logique.
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Dix ans après Lehman Brothers: « N’abandonnons pas la (dé)régulation du secteur financier au lobby bancaire »

Selon l’économiste Jézabel Couppey-Soubeyran, dans une tribune au « Monde », nous ne sommes pas plus capables qu’il y a dix ans de parer une faillite bancaire. Sous la pression des lobbies, les réformes ne sont pas allées jusqu’au bout de leur logique.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 14h00
    |

Jézabel Couppey-Soubeyran (Economiste au Centre d’économie de la Sorbonne)







                        



                                


                            
Tribune. Les crises ont le mérite de faire accepter la nécessité du changement, et ouvrent ainsi une fenêtre d’opportunité pour conduire des réformes. Après celle de 2007-2008, ces réformes ont visé à rendre les banques plus solides, à responsabiliser les créanciers, à renforcer les pouvoirs des autorités de surveillance, à réorganiser les marchés – en particulier, ceux de produits dérivés. On pouvait alors espérer une transformation du système financier, purgé de ses excès.
Sans sous-estimer les avancées qui ont eu lieu, le constat qui s’impose est plutôt que le système n’a pas véritablement changé et que nous ne sommes guère mieux parés qu’il y a dix ans au cas où une crise éclaterait. Peut-être même le sommes-nous moins.

Car, si d’un côté, des mesures ont été prises pour renforcer, un peu, la capacité des banques à essuyer des pertes, de l’autre, les marges de manœuvre des Etats et des banques centrales pour y faire face se sont amoindries, les conséquences de la crise ayant dégradé les finances publiques et les bilans des banques centrales étant gonflés de toutes les liquidités émises pour soutenir les banques et les marchés de titres.
Discours autoréalisateur
Est-ce à dire qu’il n’est pas possible de réguler la finance, que le système est devenu trop complexe, que les nouvelles réglementations mises en place ne servent à rien, voire pire, qu’en bridant inutilement le secteur bancaire et financier elles paralysent l’investissement et freinent la croissance ?
les banques les mieux capitalisées sont celles qui ont le moins rationné le crédit pendant la crise
Non, ce discours-là est celui, pernicieux, du lobby bancaire, celui, malheureusement, que nos gouvernants entendent. Pernicieux car, pour peu qu’il parvienne à se diffuser, ce discours est autoréalisateur, c’est-à-dire qu’il organise l’inanité de la régulation qu’il a ensuite beau jeu de déplorer. Et il a de fait entravé ou réduit la portée des réformes.
Pourquoi...




                        

                        

