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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-1"> ¤ Alors que plusieurs de leurs candidatures ont été invalidées, cinq opposants au régime Kabila ont rendez-vous à Johannesburg pour discuter d’une stratégie commune.
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Décryptage

A trois mois de la présidentielle en RDC, l’opposition se cherche toujours

Alors que plusieurs de leurs candidatures ont été invalidées, cinq opposants au régime Kabila ont rendez-vous à Johannesburg pour discuter d’une stratégie commune.


LE MONDE
              datetime="2018-09-14T18:49:13+02:00"

        Le 14.09.2018 à 18h49






    
De g. à dr.  : les opposants congolais Vital Kamerhe, Félix Tshisekedi, Adolphe Muzito, Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba, à Bruxelles, le 12 septembre 2018.
Crédits : JOHN THYS / AFP


Après Bruxelles, où ils se sont retrouvés en grande pompe mercredi 12 septembre, les leaders de l’opposition congolaise se retrouvent ce week-end à Johannesburg. Dans la capitale économique sud-africaine, des entretiens sont prévus avec des cadres du Congrès national africain (ANC) et de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), dans l’espoir de glaner un soutien et de renforcer la pression sur le régime de Joseph Kabila. Le plan initial, qui était de se rendre à Addis-Abeba, où se trouve le siège de l’Union africaine (UA), a été modifié sur les conseils du ministre belge des affaires étrangères, Didier Reynders, lequel a reçu la plupart des six leaders de l’opposition à Bruxelles. « Il nous a conseillé de voir la SADC », rapportent plusieurs opposants. L’UA est considérée comme trop mesurée à l’égard du régime Kabila.

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Le chef de la diplomatie de l’ancienne puissance coloniale était fraîchement rentré de sa « tournée africaine », au cours de laquelle il a abordé la situation congolaise avec ses homologues des pays voisins, l’Angola et le Congo-Brazzaville, et de la puissance régionale sud-africaine, tous préoccupés par l’incertitude qui plane toujours sur la tenue de l’élection présidentielle censée advenir le 23 décembre. De quoi susciter l’ire de Kinshasa qui a récemment refusé le principe d’un envoyé spécial d’Afrique du Sud, l’ancien président Thabo Mbeki, et met aujourd’hui en garde « contre toute ingérence de la part des pays voisins », précisant que la République démocratique du Congo (RDC) n’est ni « une province de la Belgique » ni « une colonie de la communauté internationale ».
Le poids lourd Jean-Pierre Bemba
A trois mois du scrutin, l’opposition congolaise tente de parvenir à un consensus interne et de définir une stratégie commune. Car si le deuxième et dernier mandat de Joseph Kabila s’est officiellement terminé le 19 décembre 2016, l’opposition a jusque-là été incapable de s’unir et d’établir un rapport de forces avec le régime, qui a pris soin de la diviser et de réprimer toute contestation. Par dépit, elle avait fini par se tourner vers l’Eglise congolaise, après avoir exhorté les diplomates occidentaux à la soutenir. Avant de se tourner vers les pays de la région.
Au cours des deux dernières années, plombées par la mort, le 1er février 2017, de la figure historique de l’opposition, Etienne Tshisekedi, son fils, Félix, a repris la direction de son parti, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), qui s’est morcelé en au moins quatre factions. Dépourvu de charisme et de moyens, ce candidat à la présidentielle s’est rapproché de Moïse Katumbi, ancien gouverneur du Katanga (2007-2015), autrefois fidèle de Joseph Kabila.

    
Des partisans de Moïse Katumbi lors d’un meeting des partis d’opposition, à Kinshasa, le 9 juin 2018.
Crédits : JOHN WESSELS / AFP


M. Katumbi, qui n’a pu rentrer dans son pays en raison de poursuites judiciaires, a tenté, en vain, de cornaquer l’opposition. Malgré sa débauche de moyens en lobbying et en communication, il se retrouve relayé au second plan depuis la libération de l’ancien vice-président Jean-Pierre Bemba. Acquitté en appel par la Cour pénale internationale (CPI) de crimes de guerre et crimes contre l’humanité, cet éternel adversaire de Joseph Kabila a vu sa candidature invalidée. Par dépit, l’équipe de M. Katumbi a intégré dans ses rangs Mbusa Nyamwisi, ancien chef de guerre, un temps ministre de Kabila, qu’il veut aujourd’hui renverser.

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Puis Vital Kamerhe, politicien madré, ancien président de l’Assemblée nationale et stratège de la campagne de Kabila en 2006, qui a changé de camp après avoir eu la mauvaise surprise de ne pas avoir été désigné premier ministre en décembre 2016, est entré dans le jeu. S’il fait peut-être encore cavalier seul en tant que candidat validé au scrutin présidentiel, il figure désormais dans le catalogue de l’opposition congolaise et s’est rapproché du poids lourd, M. Bemba, une alliance qui, si elle se confirme, pourrait bien marginaliser encore un peu plus MM. Katumbi et Tshisekedi.
Un éventuel boycott du scrutin
« Personne ne peut se faire élire seul et on est obligés de nous réunir, mais aussi, pour certains, de renoncer à des ambitions », nuance Adolphe Muzito. Cet ancien premier ministre de Kabila (2008-2012) est le dernier arrivé dans les rangs de l’opposition. Lui aussi a vu sa candidature à la présidentielle invalidée. Il est l’un des artisans de la dernière tentative d’union des caciques de l’opposition à Bruxelles, qui se poursuit à Johannesburg. Une union contrainte par les circonstances mais qui masque mal les tensions et les divisions. « La tendance, c’est de penser que dire non à Kabila est suffisant pour être crédible et légitime, explique M. Muzito. Or il faut parvenir à un programme commun et sortir de la logique d’un leadership charismatique pour privilégier les idées. »

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En face, le régime de Joseph Kabila mobilise les moyens de l’Etat pour s’assurer la victoire du « dauphin » désigné : Emmanuel Ramazani Shadary. Le nom de cet ancien ministre figure sur la liste des sanctions de l’Union européenne, qui le soupçonne d’être impliqué dans la répression meurtrière de manifestations anti-Kabila. Le chef du gouvernement, Bruno Tshibala, ancien compagnon de lutte d’Etienne Tshisekedi, fait partie de ces transfuges qui jouent la partition d’un régime déterminé à conserver le pouvoir et à faire perdurer le système.
Pour le moment, l’opposition souffre toujours d’un manque de visions et dispose de deux candidats autorisés à se présenter à la présidentielle : Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe. En coulisses, certains discutent d’un éventuel boycott du scrutin, déjà controversé en raison notamment de l’usage de machines à voter électroniques soupçonnées par l’opposition d’être des outils de fraude. D’autres espèrent un report ou veulent encore croire à une « transition sans Kabila ». A trois mois des élections, l’opposition congolaise se cherche toujours. Et se persuade qu’il n’est pas trop tard.


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-2"> ¤ Manifestations dans le Rif, boycott de grandes marques… La chercheuse Mounia Bennani-Chraïbi décrypte les évolutions de la contestation sociale dans le royaume.
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Entretien

« Au Maroc, la voie des urnes est de plus en plus boudée au profit de la voix de la rue »

Manifestations dans le Rif, boycott de grandes marques… La chercheuse Mounia Bennani-Chraïbi décrypte les évolutions de la contestation sociale dans le royaume.

Propos recueillis par                Charlotte Bozonnet



LE MONDE
              datetime="2018-09-14T18:30:25+02:00"

        Le 14.09.2018 à 18h30






    
Manifestation dénonçant l’emprisonnement de militants du Hirak, à Rabat, le 15 juillet 2018.
Crédits : FADEL SENNA / AFP


En l’espace de deux ans, le Maroc a été le théâtre de plusieurs mouvements sociaux d’ampleur. A Al-Hoceima, dans le Rif (nord), les manifestations ont été déclenchées par la mort d’un jeune vendeur de poissons et se sont succédé pendant près d’une année, d’octobre 2016 à juin 2017, avant d’être durement réprimées.
A Zagora, ville de 30 000 habitants dans le sud du pays, ce sont des « manifestations de la soif » qui avaient éclaté en octobre 2017 pour protester contre la mauvaise gestion locale de l’eau. En décembre, ce fut à Jerada, ancienne ville minière sinistrée proche de la frontière algérienne, qu’éclata une contestation populaire après la mort de deux jeunes frères dans une mine clandestine de charbon.
En 2018, la contestation a pris une forme nouvelle : un appel à boycotter trois grandes marques (Danone, l’eau minérale Sidi Ali et les stations-service Afriquia) pour protester contre les prix trop élevés et la puissance des grandes entreprises.

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Professeure de science politique à l’université de Lausanne, auteure de plusieurs ouvrages sur les mouvements sociaux et la jeunesse, Mounia Bennani-Chraïbi décrypte les évolutions de la contestation sociale au Maroc et des réponses apportées par les autorités.
Le roi du Maroc a annoncé fin août le rétablissement du service militaire obligatoire, après avoir prononcé un discours dur lors de la fête du trône, mettant en garde contre « le chaos et la discorde ». Quel est l’objectif ? Est-ce une tentative de reconquérir la jeunesse ?
Mounia Bennani-Chraïbi L’annonce de cette mesure est indissociable de la dernière vague de protestations. Le service militaire a été introduit une première fois en 1966, après la révolte de mars 1965 – impulsée par des lycéens, vite rejoints par les étudiants et d’autres catégories de la population. Sa répression a été sanglante. A nouveau, tout laisse à penser qu’il s’agit de « discipliner » la jeunesse, érigée en « classe dangereuse », celle qu’incarnent les figures des jeunes chômeurs ou de l’économie informelle.
Reste à souligner que les jeunes ciblés en 2018 sont davantage éduqués, connectés, organisés. Conscients de leur assignation à la « jeunesse inutile », ils rejettent de plus en plus la persistance de cette dualité, héritée du protectorat, entre un « Maroc utile », celui des grands projets et des élites cosmopolites, et un « Maroc inutile », celui des périphéries rurales et urbaines, des services publics déficitaires et de la précarité. A cet égard, les réactions se sont multipliées, sur le mode : « Pas de service militaire sans droits sociaux et sans citoyenneté politique ».
Sur un autre plan, l’absence de débat en amont de cette annonce semble fermer la parenthèse « participative » ouverte en 2011 avec la création du Conseil de la jeunesse et de l’action associative et d’un « quota jeune » au Parlement.
Les derniers mouvements de contestation relèvent-ils d’une même dynamique ou s’agit-il de mouvements totalement distincts ?
Ces protestations expriment un malaise social et politique dans des termes similaires. Elles montrent également que la contestation s’autonomise des organisations partisanes, syndicales et associatives. Le boycott relève plutôt du registre de la sanction, tout en ayant une portée nationale, avec une participation des couches moyennes et populaires. Les mobilisations du Rif, de Jerada, de Zagora, expriment clairement des revendications économiques et sociales : infrastructures, emploi, santé, éducation, etc., mais aussi le rejet de la prédation économique, de la corruption, et une demande de reddition des comptes.
Bien sûr, ces mouvements restent marqués par les mémoires protestataires de chaque région, mais ils reflètent aussi le processus d’homogénéisation politique des périphéries marocaines, qui dépassent peu à peu leurs différences (territoriales, linguistiques, etc.). Autrement dit, le clivage centre/périphérie semble se durcir.

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Pendant longtemps, les épisodes de contestation au Maroc ont été le fait de minorités (élites, étudiants, etc.). Ce n’est plus le cas…
Depuis un siècle, l’arène protestataire ne cesse de s’étendre. Dès le protectorat (1912-1956), son épicentre se déplace peu à peu du rural vers les grandes villes. A l’indépendance, le régime amorce sa consolidation en quadrillant les zones rurales. Les villes deviennent le théâtre de mobilisations, réprimées dans le sang, comme en 1965, en 1981, en 1984 ou en 1990. Avec la libéralisation politique de la fin des années 1990, la répression change de nature et d’intensité, la protestation se pacifie, les différents protagonistes apprennent à s’autolimiter. Autant d’éléments qui favorisent la « routinisation » de la protestation et son extension vers les petites villes, les localités semi-rurales et rurales.
« L’arène protestataire tend à s’autonomiser des partis politiques, voire des syndicats »
Ce faisant, les figures protestataires ne sont plus exclusivement incarnées par les lycéens, les étudiants, les ouvriers et les salariés syndiqués. Désormais, des vendeurs ambulants et des habitants des bidonvilles, mais aussi des figures féminines, impulsent des actions coordonnées. Plus globalement, l’arène protestataire tend à s’autonomiser des partis politiques, voire des syndicats. Le répertoire protestataire se nationalise, tout en ouvrant la voie à une grande inventivité ; ce qui se manifeste à travers la diffusion de modes d’action, de slogans, et dans le cadrage des revendications.
Les défenseurs de la monarchie marocaine font régulièrement remarquer que la situation des droits humains sous Mohammed VI n’a plus rien à voir avec ce qu’elle était sous Hassan II. La répression a-t-elle disparu ?
En réalité, les modalités de la répression ont changé du vivant même de Hassan II. A partir de 1988, plusieurs facteurs ont incité à une libéralisation sous contrôle : l’effondrement du mur de Berlin, les espoirs de démocratisation en Algérie, puis les désenchantements face à la guerre civile chez le voisin, la peur du chaos au fur et à mesure que les rumeurs sur la maladie du roi s’amplifient.
Sous Mohammed VI, la répression est à géométrie et à intensité variables en fonction des cibles, et la torture ne disparaît pas. Après l’embellie du début de règne, les organisations de défense des droits de l’homme relèvent dès 2003 une forte régression en matière de droits humains, qui s’atténue en 2011 et en 2012. Depuis 2013, de nombreux espaces de liberté se ferment à nouveau.
Les pressions et les chefs d’inculpation se diversifient. Il y a les grands classiques : recourir aux législations de lutte contre le terrorisme, accuser les opposants de trahison ou de porter atteinte à la sécurité de l’Etat, essayer de les étouffer économiquement. Mais d’autres stratégies se routinisent : humilier, disqualifier, intimider en envahissant la sphère privée, en montant des dossiers « sexe », etc. Les principales victimes sont des militants, des journalistes, des protestataires, mais aussi de simples chercheurs.

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En 2011, les réponses rapides de la monarchie aux manifestations avaient fait apparaître le Maroc comme l’un des rares pays ayant bien géré son « printemps ». Qu’en a-t-il été réellement ?
En effet, aux yeux de nombreux observateurs, la monarchie a confirmé sa réputation d’« experte en survie ». Mais c’est loin d’être inscrit dans son ADN. Certes, en 2011, le régime marocain se distingue par des arènes politiques, associatives, syndicales denses et fragmentées, des clientèles régulièrement renouvelées, un recours à la répression plutôt ponctuel et sélectif, une routinisation de la protestation. Autant d’éléments qui favorisent la dilution des griefs et la division des challengers. Mais en dépit de tout cela, les mobilisations du Mouvement du 20-Février ont constitué un seuil inédit dans l’histoire protestataire du Maroc : il y a eu une jonction, a priori improbable, entre une pluralité de réseaux, par-delà les lignes de partage classiques d’ordre idéologique, ou entre politique officielle et politique protestataire ; des mobilisations simultanées (110 en avril 2011) pendant plus d’un an.
« En 2011, le régime a dû faire des concessions et la parole s’est plus que jamais libérée »
Dans les faits, tandis que Ben Ali et Moubarak vantaient l’« exceptionnalité » de leur régime tout en y croyant, la monarchie marocaine s’est bien gardée de se laisser berner par ses propres mythes. En 2011, elle donne l’impression d’avoir appris de ses erreurs passées et de celles de ses voisins. Elle a fait preuve d’anticipation, produit une offre ajustée sans tarder. Elle a évité de faire couler le sang (dix morts en huit mois). Elle a modulé les options répressives en fonction de la dynamique protestataire et de ce qui se jouait sur les scènes régionale et internationale. Plus que tout, l’incertitude a rapidement été réduite par l’autolimitation des autorités et de challengers fiers de leur capacité à tenir la rue. Dès lors, le point de non-retour n’a pas été atteint, une voie du changement graduelle est restée à l’ordre du jour.
Cet épisode a constitué un moment très important sous plusieurs angles : le régime a dû faire des concessions ; la parole s’est plus que jamais libérée ; les protestataires ont accumulé des savoir-faire et commencé à apprendre à déjouer les propensions cooptatives du régime. Les réseaux constitués n’ont pas tardé à se remobiliser, par exemple, pendant l’impressionnante protestation organisée en 2013 en réaction à la grâce royale accordée à un Espagnol reconnu coupable de pédophilie.
La classe politique semble incapable de répondre à ces revendications ou même de les porter. Pourquoi ?
La formule politique initiée il y a quelques décennies semble avoir atteint ses limites. Après les tentatives insurrectionnelles et putschistes du début des années 1970, Hassan II réalise qu’il ne peut assurer la survie de son régime en s’appuyant principalement sur l’appareil coercitif. Eloigner l’armée de Rabat et faire renaître un jeu politique officiel, limité à une partie des élites, sont au cœur du dispositif de stabilisation du régime. Après chaque grande vague de protestations, il s’agit non seulement de punir, de resserrer la surveillance, mais aussi de clientéliser de nouvelles élites et d’acheminer d’anciens irréductibles vers le jeu politique officiel.
En 1998 ou en 2011, les élites « cooptées » pouvaient prétendre à un certain ancrage dans la société. Or depuis 2016, la monarchie ne parvient plus à recycler cette formule. Les promesses d’alternance ont laissé place à la formation de gouvernements hétéroclites qui rassemblent les pires adversaires de la veille, à une ingénierie électorale qui empêche tout parti de se prévaloir d’une trop forte légitimité électorale. Le flou dans les prérogatives alourdit les processus de prise de décision et de mise en œuvre, ce qui renforce automatiquement la position de l’exécutif monarchique.
Dans ce contexte, la voie des urnes est de plus en plus boudée au profit de la voix de la rue. Dès lors, la sphère politique officielle se révèle inapte à jouer le rôle de désamorçage des tensions qui lui a été attribué il y a quelques décennies.

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Dans le Rif, les autorités ont laissé faire les protestataires pendant des mois avant de réprimer. Quelle est la logique ?
Au début, les flottements sont liés aux absences prolongées du roi et au « blocage » qui a entravé la formation d’un nouveau gouvernement après les législatives d’octobre 2016. Mais bien que relativement discrets, les agents de l’appareil coercitif ne sont pas restés inertes. Certains calculs sont récurrents dans la gestion des protestations au Maroc. Par exemple, les interventions musclées sont évitées à la veille d’un rendez-vous onusien sur le Sahara.
L’amplification de la répression est parfois liée à l’échec d’autres stratégies, à la volonté d’éviter la diffusion du mouvement, à une intervention royale supposée sonner la fin de la récréation. Elle peut survenir après une campagne de disqualification ou d’affaiblissement du mouvement. Dans le cas du Rif, il s’agissait aussi de donner un coup d’arrêt à la mobilisation avant le retour annuel des résidents marocains à l’étranger.
Les lourdes condamnations des membres du Hirak ont renvoyé une image négative du pouvoir marocain, alors que celui-ci s’évertue à promouvoir une image de pays ouvert. Pour quelles raisons une telle sévérité de la justice ?
Il me semble que l’enjeu principal pour les autorités est d’entraver la diffusion des protestations. De ce point de vue, les lourdes condamnations accroissent le coût de la mobilisation pour ceux qui seraient tentés d’en faire autant. En revanche, les quelques grâces distillées visent peut-être à relâcher la pression, à dissocier les « meneurs » des « suiveurs » et à affaiblir le mouvement de solidarité.
« Même lorsqu’il affiche une grande stabilité, un régime autoritaire est par essence fragile »
Sur un autre plan, la séquence ouverte avec l’effondrement du mur de Berlin semble se refermer. Bachar Al-Assad et ses alliés ont prouvé qu’un régime pouvait survivre en massacrant son peuple, tant qu’il a des capacités répressives. Les démocraties aspirent à un retour de l’ordre dans leur environnement. Quant à la France, elle ne se prive pas de vendre des armes à l’Egypte d’Al-Sissi ou à l’Arabie saoudite qui sévit au Yémen. Dans un tel contexte, le régime a conscience qu’il a de la marge. Mais c’est très vite oublier qu’un appareil coercitif ne peut pas indéfiniment assurer la survie d’un régime. Même lorsqu’il affiche une grande stabilité, un régime autoritaire est par essence fragile.

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La gestion des autorités est-elle en capacité de faire taire le climat de contestation ?
L’annonce de la réintroduction du service militaire et l’atmosphère prétorienne du dernier discours royal donnent le sentiment que le Palais n’entrevoit plus d’autre solution qu’ériger l’armée en défenseur du trône. Le calcul serait risqué : le Maroc de 2018 n’est pas celui de 1965. Les nouvelles dynamiques qui travaillent l’arène protestataire en témoignent. En outre, le récit selon lequel la classe politique est à l’origine de tous les maux a perdu de son efficacité : tout en décriant « les partis politiques », les protestataires affirment haut et fort que l’essentiel du pouvoir est entre les mains du roi. « Le roi est bon, la classe politique est mauvaise » est plus que jamais un mythe à bout de souffle.


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-3"> ¤ Alors que l’ouragan Florence s’abat depuis vendredi matin sur la côte est des Etats-Unis, le gouverneur de Caroline du Nord, Roy Cooper, s’inquiète des conséquences de cette tempête pour son Etat.
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Ouragan Florence : « des localités entières » pourraient être détruites en Caroline du Nord

Alors que l’ouragan Florence s’abat depuis vendredi matin sur la côte est des Etats-Unis, le gouverneur de Caroline du Nord, Roy Cooper, s’inquiète des conséquences de cette tempête pour son Etat.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 18h11
 • Mis à jour le
14.09.2018 à 18h16
   





                        



   


« La tempête ravage notre Etat. » Le gouverneur de Caroline du Nord, Roy Cooper, a tiré la sonnette d’alarme, vendredi 14 septembre, alors que l’ouragan Florence a commencé à s’abattre sur la côte est des Etats-Unis.
« Nous sommes très inquiets que des localités entières puissent être détruites (…). Nous faisons face à plusieurs menaces », a poursuivi le gouverneur, citant la montée des eaux de l’océan et des rivières gonflés par l’ouragan, combinées aux fortes précipitations. Des pluies de cette intensité n’arrivent « qu’une fois tous les mille ans », a déclaré Roy Cooper, indiquant que la rivière Neuse était arrivée jusqu’à trois mètres au-dessus de son niveau habituel et que le niveau des rivières allait « monter pendant plusieurs jours ».

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« L’ouragan Florence a touché terre près de Wrightsville Beach, en Caroline du Nord, à [9 h 15], avec des vents maximums estimés à 150 km/h », a annoncé le Centre national des ouragans (NHC) dans un Tweet. Même s’il a été rétrogradé en catégorie 1 sur l’échelle de Saffir-Simpson, qui en compte cinq, l’ouragan reste dangereux, a averti le NHC. A l’approche de cet ouragan, 1,7 million de personnes avaient été sommées de se mettre à l’abri, loin du littoral.
500 000 foyers privés d’électricité
L’impact de l’ouragan a été précédé par de violents vents tourbillonnants qui ont commencé à souffler peu après 5 heures, heure locale (11 heures à Paris), projetant des trombes d’eau dans tous les sens et faisant s’envoler débris et panneaux de signalisation. « Cela ne marque pas la fin », a mis en garde Jeff Byard, responsable de l’agence fédérale américaine des situations d’urgence (FEMA). « Une menace importante persistera pendant encore 24 à 36 heures », notamment à cause du grave risque d’inondations, a-t-il ajouté.
En Caroline du Nord, près de 500 000 foyers étaient déjà privés d’électricité, et les services d’urgence tentaient de secourir des centaines de personnes bloquées chez elles par des inondations dans la ville de New Bern. Mais certaines zones inondées sont trop dangereuses pour que « nos secouristes interviennent », a expliqué Jeff Byard, déplorant que certaines personnes n’aient pas suivi l’ordre d’évacuer.
A plusieurs centaines de kilomètres plus au sud, la célèbre station balnéaire de Myrtle Beach, en Caroline du Sud, s’est elle aussi transformée en ville fantôme : rues désertes, stations-service fermées et fenêtres calfeutrées. Un couvre-feu y a été instauré, comme dans plusieurs autres localités de la côte Atlantique, et les autorités avaient appelé la population à l’évacuer dès mardi. Pour ceux qui n’ont pas voulu ou pu partir, plusieurs centres d’accueil ont été mis en place.
Selon le service météorologique national (NWS), environ 4,9 millions de personnes devraient subir des précipitations de plus de 25 cm dans les cinq prochains jours.




                            


                        

                        


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37 % des femmes qui se suicident dans le monde sont indiennes

Pour Kamala Marius, chercheuse associée à l’Institut Français de Pondichéry, la modernisation de l’Inde a provoqué une hausse des taux de suicide, notamment chez les femmes de moins de 35 ans.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 18h05
 • Mis à jour le
14.09.2018 à 18h52
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            Charlotte Chabas (Propos recueillis par)








                        



   


Plus d’une femme sur trois (37 %) qui se suicide dans le monde vit en Inde. C’est la conclusion d’une étude publiée le 11 septembre par la revue scientifique britannique The Lancet. S’il est vrai que l’Inde compte 1,3 milliard d’habitants (17,5 % de la population mondiale), et que le taux de suicide est également élevé chez les hommes – 25 % des hommes qui se suicident dans le monde sont indiens –, « le suicide des femmes est un enjeu majeur de santé publique, avec des conséquences socio-économiques, politiques et émotionnelles très importantes », écrivent les auteurs de l’étude.
Pour Kamala Marius, chercheuse associée à l’Institut Français de Pondichéry et auteure de l’ouvrage Les Inégalités de genre en Inde (Karthala, 2016), la modernisation du pays a provoqué une hausse des taux de suicide, notamment chez les femmes de moins de 35 ans, majoritairement mariées. « Avec la montée du niveau de vie, il y a une ouverture plus grande au monde possible, et donc à la conscience de ce qu’on n’a pas en comparaison des autres », affirme-t-elle.

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Qui sont les femmes concernées et que sait-on des raisons qui les poussent au suicide ? 
C’est un phénomène peu étudié. D’autant que dans les registres officiels, les policiers qui constatent les suicides, quand ils les classent comme tels, ce qui n’est pas toujours le cas, se contentent souvent d’indiquer dans les causes : « affaires familiales ». Mais on sait qu’il s’agit majoritairement de femmes de moins de 35 ans, souvent mariées, dans des classes plutôt basses de la population. Elles vivent dans les Etats plutôt riches du pays, notamment dans le Sud, à la campagne comme en ville.
Sur les ressorts, ils sont évidemment très nombreux. Je pense que des situations conjugales décevantes jouent beaucoup dans les suicides. Aujourd’hui, 20 % des femmes indiennes sont mariées avant d’avoir 15 ans. Cela crée des situations d’isolement terribles, d’autant que la tradition veut que les femmes emménagent avec la belle-famille.
Il y a aussi le fléau de l’endettement, notamment à cause de la dot. Certaines jeunes femmes préfèrent se suicider plutôt que de faire subir à leur famille un harcèlement financier. A la campagne, beaucoup de femmes se sont aussi retrouvées prisonnières de leurs microcrédits développés dans les années 2000.
Pour les jeunes femmes, il y a aussi de plus en plus de pression au moment des études, avec une concurrence très rude et des concours extrêmement difficiles.

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On peut aussi enfin évoquer les violences faites aux femmes, qui reste un phénomène très important en Inde. En 2012, l’affaire du viol collectif de New Delhi avait provoqué un vaste débat. Mais la question des violences conjugales, et notamment du viol conjugal, reste, lui, complètement minimisé.
Depuis quand observe-t-on cette augmentation du nombre de suicides de femmes ? 
La montée en puissance a commencé dans les années 1990, après le tournant du libéralisme économique. Ce changement de régime a provoqué une modernisation sociale, mais aussi une augmentation des suicides. Il a très légèrement baissé ces dernières années, mais reste exceptionnellement haut par rapport aux autres pays de niveau économique comparable.
Ce qui est paradoxal, c’est que le suicide reste tabou dans la société, et n’a d’ailleurs été décriminalisé que récemment dans une loi de 2017. Aujourd’hui, ça reste compliqué pour les familles de dire que leur fille s’est suicidée, c’est quelque chose de honteux. Et tant qu’on le cache, il est difficile d’organiser une politique de prévention efficace.
Comment le développement économique peut-il provoquer ce phénomène ?
Dans la grande pauvreté, il y a une forme de résilience. Avec la montée du niveau de vie, il y a une ouverture plus grande au monde, et donc à la conscience de ce qu’on n’a pas en comparaison des autres. La situation devient donc plus difficile à vivre, plus intenable.

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Sans compter que l’accès au téléphone par le plus grand nombre a également beaucoup changé les rapports sociaux. Aujourd’hui, l’Inde est le pays où s’envoie le plus de textos au monde. Les jeunes en sont particulièrement friands, et cela crée un espace pour des premières histoires d’amour qui n’existaient pas forcément avant. Mais la règle en Inde reste le mariage arrangé, et les cœurs brisés sont nombreux.
Les conditions de vie des femmes ne s’améliorent-elles pas du fait de la modernisation du pays ?
Paradoxalement, le taux d’activité des femmes a diminué ces dernières années. L’Inde affiche une croissance soutenue, mais peu créatrice d’emploi, car dopée par le tertiaire. Les femmes des classes inférieures sont donc cantonnées au travail informel, peu émancipateur.
Sur le papier, la société indienne progresse très vite. La Cour suprême, par exemple, fait un travail remarquable pour faire évoluer le pays, comme on l’a vu encore récemment sur la dépénalisation de l’homosexualité. L’Inde est également dotée d’une Constitution égalitaire entre hommes et femmes. Dans la loi par exemple, la dot et le mariage avant 15 ans sont officiellement interdits. Mais ce sont les lois communautaires qui survivent, et les femmes subissent l’inertie des traditions.

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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-5"> ¤ Quelles conséquences ont eues la chute de Lehman Brothers et la crise financière de 2008 ? Nos journalistes Marie Charrel et Véronique Chocron vous ont répondu.
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Dix ans après la crise financière, « il ne faut pas compter sur le secteur pour être raisonnable »

Quelles conséquences ont eues la chute de Lehman Brothers et la crise financière de 2008 ? Nos journalistes Marie Charrel et Véronique Chocron vous ont répondu.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 17h34
 • Mis à jour le
14.09.2018 à 18h47
   





                        


Fabien Dele : A la suite de la crise de 2008, est-ce que de réelles actions ont été réalisées ou pensées pour mieux nous protéger lors d’une crise à venir ?
Véronique Chocron : Oui, de réelles actions ont été engagées, mais d’une part elles peuvent être considérées comme insuffisantes, d’autre part elles commencent déjà à être remises en question, notamment par l’administration Trump aux Etats-Unis.
Avant la crise, les banques prenaient beaucoup plus de risques. Elles étaient beaucoup moins solides (elles avaient deux fois moins de fonds propres en réserve en face des crédits distribués). Elles étaient surveillées avec beaucoup plus de laxisme.
Le G20 (les vingt principales puissances de la planète) a voulu rendre le système financier plus résilient. Les banques sont aujourd’hui mieux capitalisées, mieux surveillées (avec l’organisation de tests de résistance exigeants, des contrôles fréquents). En France, à titre d’exemple, elles ont quasiment arrêté les activités spéculatives menées pour « compte propre », sans lien avec les clients, et celles qui en font encore ont dû séparer cette activité du reste de la banque. Reste que la finance est toujours plus complexe, et par nature risquée.

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Calendes grecques : La crise des dettes souveraines en zone euro est-elle désormais une affaire réglée ?
Marie Charrel : C’est la grande question ! A première vue, tout est sous contrôle. Surtout depuis que la Banque centrale européenne, qui s’est dite en 2012 prête à faire « tout ce qu’il faut pour sauver l’euro », est à la manœuvre. Ses taux directeurs sont à zéro, elle rachète encore des dettes publiques sur les marchés. Elle réduit néanmoins peu à peu le rythme de ce programme, et elle remontera peu à peu ces taux dès la fin de l’année prochaine, maintenant que la croissance est de retour.
Si cette hausse est progressive, elle ne sera pas trop douloureuse pour les Etats. Mais un nouvel épisode de stress des marchés, par exemple lié à un épisode politique particulier, n’est pas exclu. II est possible que la machine spéculative s’emballe à nouveau : la Banque centrale européenne a des armes pour l’éteindre, elles ont jusqu’ici toujours suffi, mais est-ce que ce sera toujours le cas à l’avenir ? Probablement, sauf peut-être dans le cas d’un Etat souhaitant sortir ouvertement de la zone euro.

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Mosqito : L’une des causes de la crise de 2008 a été les « subprimes », touchées par l’effondrement de l’immobilier aux Etats-Unis. Certains à la BCE se sont alertés du marché de l’immobilier, dans les grosses villes européennes surtout. Mêmes causes, mêmes effets ?
Marie Charrel : Il faut distinguer les crises immobilières classiques (comme, en France, celle de la fin des années 1990, à la suite de l’éclatement de la bulle immobilière) de la crise des subprimes. Les crises classiques ont des conséquences problématiques pour les ménages voyant la valeur de leur bien baisser. Elles sont encore plus terribles lorsqu’ils se sont endettés à taux variables, et que le loyer de l’argent remonte : c’est ce que l’on a observé lorsque la bulle immobilière espagnole a explosé pendant la crise.
La spécificité de la crise des subprimes est que les emprunts immobiliers accordés à des ménages peu solvables avaient été « mélangés » avec des crédits sains, puis revendus sous forme de titres sur les marchés : c’est la fameuse titrisation. Cette technique n’est pas mauvaise par essence, mais dans le cadre des Etats-Unis, elle avait été utilisée avec excès. Trop de crédits avaient été accordés à des ménages peu solvables, si bien que lorsque les taux ont commencé à remonter, et que certains ménages n’ont plus été en mesure de rembourser, la valeur des produits titrisés contenant leurs crédits s’est effondrée… Et l’effet domino a commencé.
En France, le volume des crédits immobiliers est préoccupant. Mais l’essentiel des crédits aux ménages sont à taux fixes. Il n’y a pas de titrisation à outrance. Les risques sont donc plus limités.

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Rohff : Un événement pareil peut-il se reproduire ?
Véronique Chocron : Tous les experts sont d’accord pour dire que oui, il y aura d’autres crises extrêmes, mais impossible de savoir si elles seront de même intensité, ni quand elles surviendront. Ni quel sera le point de départ. Notre système financier est instable par nature, et lorsque le souvenir d’une crise s’estompe, les acteurs de la finance poussent à la dérégulation. Les superviseurs doivent veiller à ce que la vigilance ne baisse pas.
Titrisé : La menace d’une prochaine crise majeure est-elle toujours d’actualité au regard du « shadow banking » et de son interconnexion avec les banques ? 
Véronique Chocron : Oui, en effet, la « finance de l’ombre » (« shadow banking ») a beaucoup prospéré depuis la crise de 2008, en partie parce que ce secteur (hedge funds, fonds d’investissement, private equity…) a repris des actifs dont les banques ont dû se séparer pour respecter les nouveaux ratios de solvabilité imposés par les superviseurs bancaires.
Certains à la Banque centrale européenne pensent que la finance de l’ombre est un élément de fragilité du système qui pourrait faire partir une prochaine crise, d’autres sont plus sereins.

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Nicolas54 : On entend énormément parler d’une future crise engendrée par un excès de liquidités.
Marie Charrel : C’est en effet l’une des grandes craintes. Pour soutenir le système financier puis relancer l’économie, les banques centrales des économies avancées (en particulier la BCE et la Fed, la banque centrale américaine) ont baissé leurs taux pendant la crise, puis ont lancé des programmes de rachats massifs de dettes publiques et privées. C’est ce que l’on appelle les injections de liquidités. Les taux bas ont permis de relancer le crédit aux entreprises, mais ont aussi facilité des placements plus risqués, voire la formation de bulles. Alors oui, cela pourrait engendrer une nouvelle crise.
L’agneau de Wall Street : Observe-t-on les mêmes excès en termes de bonus chez les traders ?
Véronique Chocron : Oui, les gros bonus sont de retour, aux Etats-Unis notamment. Les grandes firmes de Wall Street ont rapidement renoué avec des variables considérables. Au printemps, les tradeurs de New York se sont vu attribuer des bonus quasiment aussi élevés (en moyenne) qu’avant la crise. Mais l’Union européenne a adopté une règle vertueuse : le bonus ne peut plus excéder le montant de la rémunération fixe du tradeur.

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Gege : Pensez-vous que le bitcoin puisse être considéré comme une future bulle spéculative ?
Marie Charrel : La difficulté, me semble-t-il, est que le bitcoin échappe aux cases. C’est à la fois une technologie, une forme de monnaie, un moyen de paiement et, aussi, un objet de spéculation. Le bitcoin et la blockchain, la technologie sur laquelle il repose, sont probablement une rupture technique, une innovation dont on ne mesure pas encore la portée. L’aspect spéculatif est nuisible, mais les monnaies numériques commencent à être régulées : de quoi, si elles sont bien conçues, éviter le scénario du pire.
KiKiTiTi : Une question me taraude toujours : si Lehman Brothers avait été sauvée à l’époque par les autorités financières américaines, la crise aurait-elle pu être évitée ?
Marie Charrel : Cette question taraude aussi MM. Bernanke et Paulson ! Personne ne peut dire ce qui se serait passé si Lehman Brothers avait été sauvée. A l’époque, les régulateurs américains, si l’on schématise beaucoup, désiraient montrer qu’ils n’étaient pas prêts à soutenir toutes les banques avec de l’argent public. Ils n’avaient pas mesuré la chaîne de domino financier terrible se tenant derrière Lehman Brothers.
Une chose est certaine : même si la crise avait été moins grave sans cet événement, d’autres déséquilibres majeurs étaient à l’œuvre dans le système économique et financier, comme l’excès de dette.
Pierre : Pourquoi personne ne fait rien pour changer le système économique actuel si on sait que des crises vont continuer à se produire ? Est-ce dans l’intérêt des banques qu’il y ait des crises (plus ou moins) régulièrement ?
Véronique Chocron : Non, ce n’est pas dans l’intérêt des banques, nombre d’entre elles ont d’ailleurs disparu avec la dernière crise, et toutes ont dû mettre en place une réglementation qui ne fait pas leurs affaires, notamment car elle a fortement raboté — en Europe — leur rentabilité. Mais une banque exerce une activité risquée par nature (prêter).
Avant la crise, rien, ou peu de choses, ne les a empêchées de prendre des risques démesurés et de spéculer. L’expérience montre donc qu’il ne faut pas compter sur le secteur pour être raisonnable. Il appartient aux superviseurs des banques et du système financier de ne pas relâcher leur attention.

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Cerclevicieux : Comment les banques centrales peuvent-elles faire pour baisser les liquidités (fin du QE et hausse des taux) sans pour autant provoquer la future crise ?
Marie Charrel : C’est toute la difficulté. D’autant que jamais, dans l’histoire, elles n’ont injecté autant de liquidités. Elles ont entamé leur retrait de façon très progressive et mesurée. Mais l’on constate déjà que la remontée des taux américains sème le trouble dans les pays émergents les plus fragiles (Argentine, Turquie, notamment). Leurs difficultés peuvent rester localisées. Ou s’étendre… Tout dépendra de l’habileté des banques centrales. Mais il est possible que la prochaine crise surgisse avant qu’elles aient suffisamment épongé les liquidités et remonté leur taux. Elles se retrouveraient alors très peu armées pour répondre à la récession.
Patrick : Quelles solutions pour nous autres « petites gens » pour sauver notre pécule de la future crise à venir ?
Véronique Chocron : Les dépôts bancaires en Europe sont couverts en cas de défaillance d’une banque, à hauteur de 100 000 euros par déposant et par établissement.
Sapiens : S’il ne fallait retenir qu’une leçon de cette crise, laquelle serait-elle selon vous ?
Marie Charrel : Difficile d’en retenir une seule. La plus tragique des leçons est probablement que l’impact récessif des politiques d’austérité menées durant la crise a été largement sous-estimé.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-6"> ¤ Il a fallu attendre les années 1990, et plus encore sa mort, pour que ses compatriotes prennent définitivement conscience de l’importance historique du réalisateur.
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Ingmar Bergman en Suède : une personnalité controversée et un cinéaste méconnu

Il a fallu attendre les années 1990, et plus encore sa mort, pour que ses compatriotes prennent définitivement conscience de l’importance historique du réalisateur.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 17h24
 • Mis à jour le
14.09.2018 à 17h28
    |

            Anne-Françoise Hivert (Malmö (Suède), correspondante régionale)








                        



                                


                            

Dans les années 1970, ­Maaret Koskinen, spécialiste d’Ingmar Bergman, étudiait au Canada. A l’époque, se souvient-elle, l’œuvre du cinéaste « faisait naturellement partie des cours proposés aux étudiants en ­cinéma » outre-Atlantique. Mais en Suède, rien de tel. Il a fallu attendre la fin des années 1990, et même plus tard parfois, pour que les grandes universités commencent à l’inscrire au programme. Maaret Koskinen, pour sa part, a signé la première thèse de doctorat lui étant consacrée, en 1993.

Si Bergman a depuis longtemps un statut de monstre sacré du ­cinéma à l’étranger, ses concitoyens continuent d’éprouver des sentiments ambivalents à son égard. Pour une majorité de Suédois, qui trouvent son art « difficilement abordable », constate la professeure de cinéma, il a « aussi peu d’importance aujourd’hui qu’avant ». Pour les initiés, c’est différent : « Beaucoup commencent à réaliser l’importance qu’on lui accorde à l’étranger. » Les célébrations du centenaire de sa naissance, en 2018, ont eu le mérite de le montrer une fois de plus.
La prise de conscience a eu lieu après sa mort, le 30 juillet 2007, quand « des journaux comme le New York Times ou Le Monde en ont fait leur “une” », observe Jan Holmberg, président de la Fondation Bergman, à Stockholm. Parce que, dit-il, « personne n’est prophète en son pays et encore moins dans un tout petit pays comme la Suède », la réputation de Bergman y était jugée « surestimée », basée sur un malentendu.
Manque d’engagement politique
A l’étranger, Bergman est considéré comme un cinéaste suédois qui « dépeint la société scandinave ». Les Suédois, au contraire, « estiment que ses films n’ont rien à voir avec eux et l’identité suédoise », explique Jan Holmberg. En pleine expansion, le royaume souhaite projeter à l’extérieur l’image d’une société florissante, œuvrant à l’épanouissement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-7"> ¤ La Commission européenne propose de renoncer au changement d’heure biannuel, quitte à compliquer les échanges entre les pays membres, en les laissant libre de leur choix.
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édition abonné


Heure d’été ou heure d’hiver : Bruxelles veut laisser le champ libre aux Etats membres

La Commission européenne propose de renoncer au changement d’heure biannuel, quitte à compliquer les échanges entre les pays membres, en les laissant libre de leur choix.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 16h03
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            Cécile Ducourtieux (Bruxelles, bureau européen)








                        



                                


                            

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, avait surpris tout le monde, y compris à Bruxelles, en annonçant le 31 août la fin à venir du changement d’heure d’été (ou d’hiver). Alors qu’une consultation publique lancée sur le sujet un mois et demi plus tôt par la Commission, n’avait même pas fini d’être complètement analysée.
Vendredi 14 septembre, peine quinze jours plus tard, la commissaire aux transports, Violeta Bulc, a rendu public le projet de directive déclinant le projet de son président et amendant un texte de 2001. Selon son article 1, « les pays membres ne doivent plus appliquer de changements d’heures saisonniers ».
Depuis les années 1970, les Etats européens ont tous adopté des changements d’heure biannuels : à l’époque, les gouvernements étaient surtout motivés par les économies d’énergie que ces modifications étaient censées apporter. La directive de 2001 a unifié ces changements bi-annuels, afin que dans le marché intérieur, tous les pays passent à « l’heure d’été » ou à « l’heure d’hiver » au même moment.
Les horloges avancent donc d’une heure, à 2 heures du matin, le dernier dimanche de mars, et reculent d’une heure à 1 heure du matin, le dernier dimanche d’octobre. De sorte que la clarté se prolonge en soirée durant l’été et que la nuit « tombe » plus vite à l’automne.

Si la nouvelle directive est adoptée par les colégislateurs que sont le Parlement européen et le Conseil (les Etats membres) avant la fin de cette année – c’est l’objectif de la Commission –, les Etats membres devront notifier à la Commission, avant le 1er avril 2019, s’ils choisissent de fixer définitivement leurs horloges sur l’heure d’été, après avoir basculé une dernière fois le dernier dimanche de mars 2019. Ou si au contraire, ils préfèrent adopter l’heure d’hiver toute l’année, et donc, changer encore, mais pour la dernière fois, le dimanche 27 octobre 2019.
A noter que la Commission a...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-8"> ¤ Dans la capitale du Michigan, l’expulsion de familles endettées fiscalement est devenue un outil de la gestion foncière de la ville. De nombreuses familles, noires pour l’essentiel, sont menacées.
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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-9"> ¤ Dans les années 1980, l’homme d’affaires libanais Mohsen Hojeij avait décroché des contrats de construction d’infrastructures, dont certains n’ont jamais été payés.
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Compte rendu

La cour d’appel de Paris invalide la saisie d’avoirs du Congo dans un litige financier

Dans les années 1980, l’homme d’affaires libanais Mohsen Hojeij avait décroché des contrats de construction d’infrastructures, dont certains n’ont jamais été payés.


LE MONDE
              datetime="2018-09-14T15:21:53+02:00"

        Le 14.09.2018 à 15h21






    
Le président congolais Denis Sassou-Nguesso, le 29 avril 2018, à Brazzaville.
Crédits : LAUDES MARTIAL MBON/AFP


La cour d’appel de Paris a invalidé la saisie en France d’avoirs du Congo, dans un litige qui oppose depuis plus de vingt ans Brazzaville à un homme d’affaires libanais, a-t-on appris vendredi 14 septembre. Par cet arrêt daté du 6 septembre, dont l’AFP a obtenu une copie, la cour d’appel infirme un jugement du 26 juin 2017 validant la saisie de comptes du Congo en France. Entre ces deux décisions, en janvier, la Cour de cassation, plus haute juridiction judiciaire française, avait elle-même invalidé une autre saisie.

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L’affaire remonte aux années 1980. Mohsen Hojeij, proche du président Denis Sassou-Nguesso, avait décroché plusieurs contrats entre 1983 et 1986 : construction d’un pont, d’un village… Mais, en 1986, après l’effondrement des cours du brut, la situation du pays s’était détériorée et seule une partie de la facture avait été réglée.
Depuis lors, M. Hojeij a multiplié les recours pour récupérer son argent, la somme due ne cessant de gonfler pour atteindre aujourd’hui plus d’un milliard d’euros, selon Kevin Grossmann, l’avocat du Congo.
« Une grande victoire »
L’arrêt de la cour d’appel du 6 septembre représente « une grande victoire », s’est félicité auprès de l’AFP Me Grossmann. « Cet arrêt est très important car c’est la première fois que la cour d’appel de Paris se prononce sur la saisie des comptes bancaires après les arrêts de janvier de la Cour de cassation, a-t-il ajouté. La cour d’appel suit le raisonnement de la Cour de cassation. »

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Le Congo soutenait dans son appel que « les comptes bancaires visés par la saisie litigieuse [étaient] affectés à la mission diplomatique ». « Dès lors qu’il n’est pas discuté que la République du Congo n’a pas renoncé de façon expresse et spéciale à son immunité d’exécution sur ses biens diplomatiques et que la saisie litigieuse a porté sur ces biens (…), il convient d’en ordonner la mainlevée », lit-on dans l’arrêt de la cour d’appel.
Jusqu’ici, seuls 6 millions d’euros ont été prélevés sur des comptes de l’ambassade du Congo et de sa délégation permanente à l’Unesco, selon Me Grossmann.


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-10"> ¤ Première à avoir embrassé la lutte armée, la province est en passe de devenir le tombeau de la révolution contre le régime de Bachar Al-Assad et le théâtre d’une ultime bataille.
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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-11"> ¤ Les médias algériens réagissent au lendemain de la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français dans le meurtre du mathématicien à Alger, en 1957.
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Décryptage

Mort de Maurice Audin : le geste d’Emmanuel Macron discrètement salué en Algérie

Les médias algériens réagissent au lendemain de la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français dans le meurtre du mathématicien à Alger, en 1957.

Par                                            Amir Akef (Alger, correspondance)




LE MONDE
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        Le 14.09.2018 à 14h49

     •
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        Mis à jour le 14.09.2018 à 16h27






    
Place Maurice-Audin à Alger.
Crédits : DR


Le titre « La vérité en… Marche ! » sous un dessin pleine page du jeune Maurice Audin en « une ». Le quotidien francophone El Watan, l’un des rares à sortir en Algérie le vendredi, rompt dans son édition du 14 septembre avec la prudence générale des médias électroniques au sujet de la reconnaissance, la veille, par le président Emmanuel Macron, de la responsabilité de l’Etat français dans la mort du militant communiste Maurice Audin.

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Le Huffpost Algérie avait ainsi évoqué la veille un « petit geste », alors que le site Tout sur l’Algérie (TSA) se demandait « jusqu’où ira Macron ? », en rappelant les précédentes prises de position du président français sur les questions mémorielles. « Maurice Audin…. Enfin, la France reconnaît le crime », titre de son côté le quotidien arabophone El Khabar. Sa correspondante à Paris souligne le caractère « historique » de cette reconnaissance du « crime de torture », expliquant que le geste est dans la continuité des « déclarations courageuses » et sans « précédents » sous la Ve République d’Emmanuel Macron, lors de sa visite à Alger en février 2017. Celui qui n’était encore que candidat à la présidentielle avait déclaré que la colonisation fut « un crime, un crime contre l’humanité, une vraie barbarie ». 
« Reconnaissance officielle »
Les réactions officielles se sont également faites discrètes. Seul le ministre des Moudjahidine (anciens combattants), Tayeb Zitouni, a réagi publiquement, qualifiant le geste du président français « d’avancée », de « pas positif louable ». « Les crimes perpétrés par les autorités françaises contre les Algériens durant l’ère coloniale ne peuvent être niés que par un oublieux et un ignorant de l’Histoire », a-t-il ajouté.
Même si la prudence reste de mise, comme il est de règle au sujet des questions mémorielles entre la France et l’Algérie, de nombreux observateurs admettent que le président Emmanuel Macron va bien plus loin que ses prédécesseurs. Il ne se contente pas de reconnaître la responsabilité de l’Etat français dans l’assassinat de Maurice Audin, mais pointe un « système » qui a favorisé les « disparitions et permis la torture à des fins politiques ».

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                Torture en Algérie : la responsabilité de l’Etat dans la mort de Maurice Audin, une salutaire vérité



Le site TSA relève par exemple que le sort de dirigeants de l’insurrection algérienne morts sous la torture, comme Larbi Ben M’hidi ou l’avocat Ali Boumendjel, n’a pas fait l’objet d’une reconnaissance. Mais, ajoute-t-il, son initiative ne se limite pas à un geste en direction de la famille de Maurice Audin. « Reconnaître qu’un système de torture avait été mis en place équivaut à une reconnaissance officielle de la responsabilité de l’Etat français dans le sort de tous les militants nationalistes morts sous l’horrible pratique, et ceux et celles qui lui ont survécu, comme Louisette Ighilahriz, Djamila Bouhired, Henri Alleg… C’est un précédent et surtout une autre étape de franchie », écrit le site.
« Des milliers de disparitions »
Même constat de la part d’El Watan qui souligne que le président a « avoué » que le cas de Maurice Audin n’est pas « un acte isolé » et qu’il y a eu des « milliers de disparitions » pendant le conflit. Abed Charef, chroniqueur politique, n’hésite pas à faire l’éloge du président français : « Macron est un homme intéressant. Beaucoup plus intéressant et complexe que la caricature de président des riches à laquelle beaucoup veulent le réduire », écrit-il sur sa page Facebook.

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Un bémol est venu du site Algérie patriotique, propriété du fils de l’ancien ministre de la défense, le général Khaled Nezzar, et habitué des polémiques, qui met en exergue l’insistance du président français sur le fait que « les actes de certains individus ne sauraient peser sur la conscience de tous ceux qui n’en ont pas commis et n’y ont pas souscrit ». Selon lui, Emmanuel Macron dénonce des faits « isolés » et, « quelque part, innocente la France coloniale qui ne serait pas responsable des crimes contre l’humanité qu’il avait lui-même dénoncés lors de sa visite en Algérie [en février 2017] ».


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-12"> ¤ A 94 ans, la rescapée d’Auschwitz refuse de se laisser intimider. Elle se bat pour l’interdiction des mouvements néonazis et s’inquiète de la progression de l’extrême-droite qui a obtenu 17,6 % des voix aux élections législatives du 9 septembre.
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Hédi Fried, fer de lance contre les néonazis suédois


                      A 94 ans, la rescapée d’Auschwitz refuse de se laisser intimider. Elle se bat pour l’interdiction des mouvements néonazis et s’inquiète de la progression de l’extrême-droite qui a obtenu 17,6 % des voix aux élections législatives du 9 septembre.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 14h20
 • Mis à jour le
14.09.2018 à 18h16
    |

            Anne-Françoise Hivert (Malmö (Suède), correspondante régionale)








   


Elle a 94 ans et elle est fatiguée. Pourtant, partout où les néonazis suédois défilent, la frêle nonagénaire se dresse sur leur passage. A Stockholm, quand le Mouvement de la résistance nordique (NMR) marche dans les rues de la capitale, le 25 août. A Ludvika, bastion des néonazis, dans la province de Dalécarlie, le 1er septembre. Figure de proue de la lutte contre l’extrême droite en Suède, toujours en première ligne, Hédi Fried refuse de se laisser intimider. Le combat est trop important. Elle le sait mieux que quiconque, elle qui survécut aux camps d’Auschwitz et de Bergen-Belsen.
« Je leur ai dit de rester fermes sur leurs positions, de ne pas lâcher ni faire de concessions, parce que c’est comme cela que les SD progressent. » Hédi Fried
Avant les élections du 9 septembre, la psychologue d’origine roumaine a invité les leaders politiques du pays chez elle, pour boire le café et manger de la smörgåstårta – un pain-surprise au poisson et à la mayonnaise. Ils ont tous défilé dans son appartement stockholmois. « Je leur ai dit de rester fermes sur leurs positions, de ne pas lâcher ni faire de concessions, parce que c’est comme cela que les SD [Sverigedemokraterna, Démocrates de Suède] progressent. »
Si le parti d’extrême droite n’est pas parvenu à devenir la deuxième force politique du royaume à l’issue du scrutin, il a rassemblé 17,6 % des voix (contre 12,9 % en 2014), plongeant la Suède dans une période d’instabilité politique. Hédi Fried avait mis en garde dès 2010, quand la formation nationaliste était entrée au Parlement, regrettant que ses militants soient vus comme « des cinglés » au lieu de reconnaître « le défi que ce parti pose pour la démocratie ».

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                Les néonazis suédois privés de liberté d’expression ?



Dans les tribunes qu’elle signe régulièrement dans la presse suédoise, elle mentionne souvent l’Allemagne des années 1930 : le « glissement des normes dans la société », la « déshumanisation » de certains groupes, la « minimisation » des mouvements extrêmes, l’absence de solides alternatives… Son expérience rend le propos difficile à ignorer, dans une nation qui n’a pas connu la guerre depuis deux cents ans.
D’Auschwitz à Bergen-Belsen
Hédi Fried est née en 1924, à Sighet, dans le nord-ouest de la Roumanie, de parents juifs. Elle avait 6 ans, quand un maître d’école la fait se tenir bras en croix, « sale juive » dans sa robe souillée, au milieu de la cour d’école. Elle a une quinzaine d’années, quand le garçon qui lui plaît lui crache à la figure. 20 ans, quand elle se retrouve parquée dans le ghetto juif de la ville, avec sa mère, son père et sa sœur.
Un mois plus tard, en mai 1944, tous montent dans un train, direction Auschwitz. A leur arrivée, les filles sont séparées de leurs parents, qu’elles ne reverront jamais. Elles y passent quelques mois, avant d’être envoyées à Hambourg, dans un camp de travail. Hédi Fried rend hommage aux prisonniers de guerre français, qui « partageaient avec nous le contenu des paquets envoyés par la Croix-Rouge et nous donnaient des nouvelles du front ».
En avril 1945, les deux sœurs sont transférées à Bergen-Belsen, où la jeune femme manque de succomber au typhus. A la Libération, des bus blancs de la Croix-Rouge les évacuent vers la Suède – un épisode important dans la mémoire collective suédoise, comme une tentative de rédemption pour une nation qui porte avec mauvaise conscience le souvenir de sa politique de neutralité pendant la guerre.

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                En Suède, l’inquiétant regain d’activité des néonazis



Hédi Fried se marie avec Michael, lui aussi originaire de Sighet et survivant d’Auschwitz. Devenue psychologue, elle anime un centre pour les rescapés des camps à Stockholm. Mais son grand combat est celui de l’éducation. L’ignorance des jeunes concernant la Shoah la peine, comme si « on n’avait pas compris que ce qui s’est passé une fois peut se reproduire, encore plus facilement aujourd’hui, grâce à Internet ».
La militante se bat aussi pour l’interdiction des mouvements néonazis, régulièrement autorisés à manifester et qui ont même présenté des candidats aux dernières législatives. « Je comprends qu’on ait peur qu’ils disparaissent sous terre. Mais, aujourd’hui, ils grossissent en plein jour. Les criminaliser pourrait faire réfléchir ceux qui sont tentés de les rejoindre. » En attendant, la nonagénaire refuse de céder au pessimisme, parce que « perdre espoir est le pire qui puisse arriver. Cela mène à la passivité, et alors ils auront gagné ».



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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-13"> ¤ Selon les statistiques de l’Organisation internationale pour les migrations, le nombre d’arrivées en Europe par voie terrestre a été multiplié par sept, tandis que celles par la Méditerranée ont diminué de 42 %.
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De plus en plus de migrants privilégient la voie terrestre pour gagner l’Europe

Selon les statistiques de l’Organisation internationale pour les migrations, le nombre d’arrivées en Europe par voie terrestre a été multiplié par sept, tandis que celles par la Méditerranée ont diminué de 42 %.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 14h03
 • Mis à jour le
14.09.2018 à 15h49
   





                        



   


La voie maritime devenant plus difficile, les migrants sont de plus en plus nombreux à privilégier la voie terrestre pour venir en Europe.
Selon les statistiques de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) publiées vendredi 14 septembre, plus d’un cinquième des migrants irréguliers venant en Europe arrivent désormais par voie terrestre. Ainsi 17 966 personnes sont arrivées par cette voie entre janvier et la mi-septembre 2018, soit sept fois plus que les 2 464 à la même période l’année dernière.

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                Immigration : faut-il s’attendre à une « ruée vers l’Europe » ? La réponse des démographes



Cette augmentation des déplacements terrestres coïncide avec une baisse des arrivées par voie maritime, alors que la route depuis la Libye est rendue de plus en plus difficile par l’augmentation des patrouilles des gardes-côtes libyens.
Selon l’OIM, quelque 74 500 migrants sont arrivés en Europe en passant par la Méditerranée depuis le début de l’année, contre près de 129 000 l’an dernier à la même période.
50 % de Syriens, Irakiens et Afghans
Selon l’agence de l’Organisation des Nations unies, la route terrestre la plus fréquentée par les migrants irréguliers est celle allant de la Turquie vers la Grèce, où les autorités ont signalé un total de 12 166 arrivées par voie terrestre depuis le début de l’année, composées à plus de 50 % de Syriens, Irakiens et Afghans. En comparaison, la Grèce avait enregistré pendant toute l’année 2017 quelque 5 550 arrivées par voie terrestre.
Concernant les 6 000 autres migrants irréguliers arrivés en Europe depuis janvier par voie terrestre, « la plupart » sont arrivés « à Ceuta et Melilla », deux microterritoires espagnols enclavés dans le nord du Maroc, a déclaré à l’Agence France-Presse un porte-parole de l’OIM, Joël Millman.
Ces enclaves, les seules frontières terrestres de l’Union européenne avec l’Afrique, sont entourées de hautes clôtures qui sont régulièrement la cible d’« assauts » de migrants tentant d’entrer en Espagne.

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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-14"> ¤ Dix-neuf ans après l’ouverture des premiers pourparlers, les négociations patinent. Les parties butent sur une série de points, notamment l’accès au marché européen du bœuf.
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Commerce  : le projet d’accord entre l’Union européenne et le Mercosur risque de nouveau l’enlisement

Dix-neuf ans après l’ouverture des premiers pourparlers, les négociations patinent. Les parties butent sur une série de points, notamment l’accès au marché européen du bœuf.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 13h15
 • Mis à jour le
14.09.2018 à 15h25
    |

            Marie de Vergès








                        



                                


                            

Fin janvier, Bruxelles n’y voyait plus qu’une question de « semaines ». Un accord commercial entre l’Union européenne (UE) et les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay) devait pouvoir être finalisé dans les plus brefs délais. Pourtant, alors qu’une énième session de négociations se tenait du lundi 10 au vendredi 14 septembre, à Montevideo, en Uruguay, la perspective d’un tel traité de libre-échange semble à nouveau s’éloigner, dix-neuf ans après l’ouverture des premiers pourparlers.
Gelé pendant des années, le projet d’accord avait été relancé tambour battant en 2016. Un sursaut étroitement lié à la volte-face protectionniste du président américain, Donald Trump. L’UE entendait capitaliser sur le vide laissé par les Etats-Unis, et s’ouvrir un meilleur accès à ces marchés à fort potentiel.
Mais la fenêtre de tir pour conclure risque de se refermer. En octobre, le Brésil doit élire un nouveau président, à l’issue d’une campagne brutale dominée par l’extrême droite. Puis les Vingt-Huit seront plongés, à leur tour, dans la préparation des élections européennes du printemps 2019, en pleine poussée des partis populistes.

« S’il y a des personnes avec des visions différentes, on pourrait se retrouver à devoir tout recommencer », a mis en garde le ministre des affaires étrangères brésilien Aloysio Nunes, début septembre, dans le Financial Times. Faute d’avancées immédiates, les discussions risquent de durer encore « cinq ou six ans », a-t-il estimé, appelant l’Europe à mettre davantage sur la table. L’UE a formulé une offre « claire et explicite », à laquelle le Mercosur se doit maintenant de répondre, lui a aussitôt répliqué le commissaire européen à l’agriculture, Phil Hogan.
« Il y a beaucoup à gagner »
Les parties butent sur une série de points, notamment l’accès au marché européen du bœuf. La proposition des Vingt-Huit, contrainte par les sensibilités des grands...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-15"> ¤ Pékin a suspendu l’attribution de licences aux groupes financiers américains qui commencent à souffrir des tensions commerciales.
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La Chine ferme la porte aux entreprises américaines de la finance

Pékin a suspendu l’attribution de licences aux groupes financiers américains qui commencent à souffrir des tensions commerciales.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 12h47
    |

            Simon Leplâtre (Shanghaï, correspondance)








                        



                                


                            

C’est la première mesure concrète visant les firmes américaines en Chine. Pékin a suspendu l’attribution de licences pour les entreprises financières américaines. Certes, l’empire du Milieu – accusé de protectionnisme – avait fait de l’ouverture partielle de son secteur financier aux entreprises étrangères l’une de ses réformes phares de 2018. Mais c’était compter sans la guerre commerciale qui tend les relations entre les Etats-Unis et la Chine.
Mardi 11 septembre, lors d’une réunion avec des officiels de rang ministériel, les membres US-China Business Council (USCBC) ont été informés que les entreprises américaines de la finance devraient patienter pour obtenir leurs licences. Et ce tant que les relations sino-américaines ne s’améliorent pas, s’est vu expliquer Jacob Parker, le vice-président du USCBC, qui représente deux cents grandes entreprises américaines présentes en Chine, interviewé par Associated Press. Et celui-ci de préciser que c’est la première fois que le lobby a accès à des responsables aussi haut placés, signe que la Chine compte sur les patrons américains pour décourager l’administration de Donald Trump de mettre ses menaces à exécution.

Eviter une escalade
Après des taxes de 25 % appliquées mutuellement par la Chine et les Etats-Unis sur 50 milliards de dollars (43 milliards d’euros) de produits importés, le président américain menace, en effet, d’imposer des droits de douane supplémentaires sur 200 milliards de dollars de produits chinois dans les jours qui viennent, voire même sur l’ensemble des 500 milliards d’importations chinoises. Lundi, un porte-parole du ministère des affaires étrangères chinois, Geng Shuang, a assuré que la Chine « prendrait assurément des contre-mesures », si les droits de douane américains sur 200 milliards de dollars d’importations chinoises étaient appliqués.
Dans ce contexte tendu, Chinois et Américains se sont dit prêts, cette semaine, à reprendre langue pour éviter une...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-16"> ¤ L’institut monétaire a relevé son principal taux directeur pour le porter à 24 %, avec pour objectif d’enrayer la chute de la monnaie nationale.
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La banque centrale turque soutient la livre en dépit d’Erdogan

L’institut monétaire a relevé son principal taux directeur pour le porter à 24 %, avec pour objectif d’enrayer la chute de la monnaie nationale.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 12h23
 • Mis à jour le
14.09.2018 à 12h24
    |

            Marie Jégo (Istanbul, correspondante)








                        



                                


                            

Conformément aux attentes des marchés et en dépit de l’opposition du président turc Recep Tayyip Erdogan, la banque centrale (Central Bank of the Republic of Turkey, CBRT) est revenue à l’orthodoxie monétaire, jeudi 13 septembre. Son principal taux directeur a été porté de 17,75 % à 24 %, soit une augmentation de 625 points de base, bien plus que ce que les analystes prévoyaient.
Espérée de longue date, cette annonce, une première depuis la réélection de M. Erdogan en tant que président aux pouvoirs illimités le 24 juin, a été accueillie positivement par les marchés. Il est urgent d’enrayer la dépréciation de la livre turque, en chute de 40 % depuis le début de l’année, laquelle alimente l’inflation (17,90 % en août) qui pèse sur les ménages. Cette normalisation de la politique monétaire survient alors que la croissance a ralenti à 5,2 % au deuxième trimestre.

En juillet, le refus de l’institut monétaire de relever son principal taux directeur, malgré l’inflation à deux chiffres, avait renforcé l’inquiétude des investisseurs quant à l’indépendance de l’institution face à un président qui se targuait de vouloir conduire seul la politique monétaire du pays.
« Regagner la confiance des marchés »
La hausse des taux intervenue jeudi « est une excellente décision », a commenté sur son compte Twitter Timothy Ash, stratégiste en chef chez Blue Bay Asset Management à Londres. « Les Turcs se sont donné l’opportunité de tenir la monnaie et de regagner la confiance des marchés. Ils peuvent sortir de cette crise sans l’aide du Fonds monétaire international et sans recourir au contrôle des changes. Le rééquilibrage sera brutal, mais grâce à ces mesures adéquates il y a désormais une voie de sortie. » Dans la foulée, la livre s’est appréciée de 5 % par rapport au dollar.
La journée avait pourtant mal commencé. Deux heures avant la réunion du comité de politique monétaire du CBRT, le président Erdogan s’était livré à son...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-17"> ¤ Les deux suspects interpellés en mars étaient en possession de matériel visant à pénétrer le réseau informatique du laboratoire de Spiez, en Suisse, associé à l’enquête sur l’empoisonnement de Sergueï Skripal.
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Affaire Skripal : deux autres espions russes ont été arrêtés aux Pays-Bas

Les deux suspects interpellés en mars étaient en possession de matériel visant à pénétrer le réseau informatique du laboratoire de Spiez, en Suisse, associé à l’enquête sur l’empoisonnement de Sergueï Skripal.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 12h03
 • Mis à jour le
14.09.2018 à 12h22
    |

            Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, Correspondant)








                        



   


Les quotidiens néerlandais NRC et suisse Tages-Anzeiger ont révélé, vendredi 14 septembre, que deux espions russes, sans doute membres des services de renseignement militaires (GRU), ont été arrêtés aux Pays-Bas, il y a plusieurs semaines. Ils devaient se rendre en Suisse et étaient en possession de matériel visant à pénétrer le réseau informatique du laboratoire de Spiez, près de Berne.
Celui-ci, mandaté régulièrement par l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), procédait notamment aux analyses sur l’empoisonnement de l’ancien espion russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia, le 4 mars, à Salisbury, en Angleterre. Il enquête également sur l’usage d’armes chimiques par le régime syrien.
Les deux hommes ont été arrêtés à la fin mars, comme l’a indiqué le premier ministre Mark Rutte, sans livrer de détails sur l’affaire ou l’identité des intéressés. L’opération avait été conduite par le renseignement militaire néerlandais (MIVD), en coopération avec des services européens. Le service helvétique de renseignement (NDB) a confirmé l’arrestation de deux espions. Elle a permis, indique-t-il, de prévenir « des actions illégales contre une infrastructure sensible » et résulte d’« une coopération active » avec des partenaires néerlandais et britanniques. Une enquête pénale a été ouverte dès mars par la justice suisse.
Tentative de piratage informatique
Le laboratoire de Spiez, inauguré en 2010, est rattaché à l’Office fédéral de protection de la population et est spécialisé dans l’étude des menaces nucléaires, bactériologiques et chimiques. L’OIAC lui avait confié la mission de vérifier des échantillons prélevés à Salisbury et de confirmer la possible utilisation de l’agent neurotoxique Novitchok. Deux Russes, Rouslan Bochirov et Alexandre Petrov, suspectés par Londres d’être les agents du renseignement militaire qui ont empoisonné les Skripal, ont nié, jeudi 13 septembre, être impliqués dans cette affaire. Ils ont affirmé, dans une interview à la chaîne de télévision RT – considérée comme un organe de propagande du Kremlin – qu’ils faisaient du tourisme dans la ville du Wiltshire.

        Lire aussi :
         

                Affaire Skripal : les suspects russes nient tout, Londres dénonce des « mensonges »



Un porte-parole du laboratoire de Spiez a indiqué pour sa part aux journalistes qu’une première tentative de piratage informatique avait été détectée « au début de l’année ». Elle n’aurait pas réussi et les responsables ont, dit-il, renforcé ensuite les systèmes de sécurité des installations. Il semble toutefois que la Russie détenait certains détails quand, le 14 avril, le ministre des affaires étrangères Sergueï Lavrov a évoqué un rapport « confidentiel » sur les analyses effectuées en Suisse.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-18"> ¤ L’Amérique technologique domine un monde de « plates-formes », qui bouleversent en profondeur tous les secteurs. La Chine est le seul vrai concurrent des Etats-Unis. L’Europe, elle, est la grande perdante de cette nouvelle donne, explique Philippe Escande, éditorialiste économique au « Monde ».
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« Il faudrait beaucoup de Dassault Systèmes pour faire exister l’Europe dans le numérique »

L’Amérique technologique domine un monde de « plates-formes », qui bouleversent en profondeur tous les secteurs. La Chine est le seul vrai concurrent des Etats-Unis. L’Europe, elle, est la grande perdante de cette nouvelle donne, explique Philippe Escande, éditorialiste économique au « Monde ».



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 11h57
    |

            Philippe Escande








                        



                                


                            

Les crises économiques, comme tous les séismes, annoncent, d’un coup, la fin d’un monde et le commencement d’un autre. La crise de 1929 avait symbolisé le basculement dans l’ère fordiste des grandes usines et de la consommation de masse. Celle de 2008 nous a fait pénétrer dans l’âge numérique. La même année où les banques d’affaires américaines Bear Stearns, Lehman Brothers et Merrill Lynch sombraient, Apple inventait le smartphone et ses applications, qui allaient placer, dans toutes les poches, la richesse infinie de l’Internet. Non plus seulement pour s’informer ou se distraire, mais aussi pour se déplacer, acheter, trouver du travail, des amis, un logement. En 2009 était créé Uber et Airbnb, Facebook n’avait que quatre ans d’âge et les Chinois ne connaissaient pas encore WeChat, la messagerie au milliard d’abonnés.
Comme en 1929, la finance y a joué un double rôle. En rendant l’argent facile, elle a permis le développement de ce nouveau secteur à une échelle planétaire, mais elle a aussi masqué les tensions sociales et économiques, en distribuant ses crédits sans retenue. La poussière de cette crise dissipée, une société bien différente émerge. L’Amérique technologique en a profité pour asseoir sa domination sur un monde de « plates-formes », qui bouleversent en profondeur tous les secteurs. Google et Tesla bousculent l’industrie automobile, Amazon détruit le commerce traditionnel, Netflix le monde du cinéma.
L’Europe, la grande perdante
Initiateurs de la crise, les Américains doivent composer avec une opinion réfugiée dans le populisme et qui se méfie des géants de la Silicon Valley. La Chine, elle, est devenue, grâce au numérique, l’égal et le seul vrai concurrent des Etats-Unis. L’Europe est la grande perdante de cette nouvelle donne. Elle ne peut s’enorgueillir que d’une seule plate-forme Internet grand public, Spotify, l’application de musique en ligne suédoise. Deux exceptions émergent, l’allemand SAP et ses logiciels de gestion d’entreprise,...




                        

                        


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Analyse

En Libye, les espoirs de paix minés par les rentiers du chaos et les guéguerres diplomatiques

Les efforts de médiation, plombés par la rivalité entre Rome et Paris, peinent à arracher le pays à un conflit aux effets délétères sur l’ensemble de la région sahélo-saharienne.

Frédéric Bobin (Tunis, correspondant)
    



LE MONDE
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        Le 14.09.2018 à 11h49

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        Mis à jour le 14.09.2018 à 14h58






                        

Crédits : MAHMUD TURKIA / AFP


                    

Analyse. Triste rentrée libyenne. En quelques jours, les portes qui s’étaient entrouvertes, fragiles espoirs de désamorcer cet abcès géopolitique sur les marches méridionales de l’Europe, se sont brutalement refermées. Quelle fatalité enchaîne donc les Libyens à cette crise qui n’en finit plus, sept ans après le renversement de l’implacable régime de Mouammar Kadhafi ?
Il y a encore quelques mois, on pouvait recenser quelques acquis, éventuels marchepied vers une solution. La capitale, Tripoli, avait retrouvé une stabilité apparente. L’organisation Etat islamique (EI) peinait à renaître des décombres de son ancien sanctuaire de Syrte, écrasé à la fin de 2016. Les acteurs de la crise libyenne s’étaient retrouvés à la fin de mai à Paris, fait exceptionnel. Ils s’étaient entendus sur l’objectif de la tenue d’élections législatives et présidentielle avant la fin de l’année.

Dans cette perspective, Ghassan Salamé, le chef de la Mission des Nations unies pour la Libye, avait lancé une « conférence nationale », nourrie de consultations sans précédent au tréfonds des municipalités. Chacun savait que la rémission était encore lointaine, que ces menus gains diplomatiques étaient précaires, que l’adversité ne manquerait pas de resurgir. Mais au moins une voie s’esquissait.
Revers sécuritaire et juridique
Or le scénario vient d’essuyer une salve de cruelles déconvenues en l’espace d’à peine deux semaines. Dans la capitale, les combats entre milices – pourtant formellement loyales au gouvernement d’« accord national » de Faïez Al-Sarraj – ont repris à la fin d’août. Lundi 10 septembre, l’EI a lancé au cœur de Tripoli une attaque contre le siège de la compagnie nationale pétrolière, la NOC ; assaut qui confirme son réveil militaire sur le théâtre libyen. Au même moment, le Parlement siégeant à Tobrouk étalait son incapacité à organiser l’adoption d’une nouvelle Constitution, préalable souhaité sinon nécessaire à la...



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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-20"> ¤ Quelque 12 800 enfants étaient détenus au mois d’août sur le sol américain, contre 2 400 l’an passé.
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Aux Etats-Unis, le nombre de mineurs migrants en détention atteint des sommets

Quelque 12 800 enfants étaient détenus au mois d’août sur le sol américain, contre 2 400 l’an passé.



LE MONDE
 |    14.09.2018 à 11h13
 • Mis à jour le
14.09.2018 à 11h25
   





                        



   


C’est une mini-cité de tentes beiges octogonales, posées symétriquement dans la rocaille texane, à quelques kilomètres du Rio Grande. Sous les toiles du camp de Tornillo – la « vis », en espagnol –, les 1 200 lits rudimentaires ne suffisent plus à héberger les enfants migrants arrivés ces derniers mois illégalement sur le territoire américain. Le département de la santé des Etats-Unis a annoncé en début de semaine qu’il s’apprêtait à tripler les capacités d’accueil du lieu, à 3 800 lits.
Et pour cause : selon les informations du New York Times publiées jeudi 13 septembre, il n’y a jamais eu autant de mineurs isolés en détention dans le pays. Selon des nouveaux documents transmis au Congrès et auxquels le quotidien a eu accès, quelque 12 800 enfants étaient détenus au mois d’août sur le sol états-unien. En mai 2017, ils étaient 2 400.

        Lire (en édition abonnés) :
         

          Les migrants défient la « tolérance zéro » de Donald Trump



« Tolérance zéro »
Le cas de certains de ces mineurs isolés avait été particulièrement médiatisé avant l’été. En vertu d’une politique de « tolérance zéro » face à l’immigration clandestine, instaurée au début de mai, plus de 2 300 mineurs avaient alors été séparés de leurs parents – parfois à plusieurs centaines de kilomètres – après leur traversée en famille de la frontière mexicaine.
Les vidéos montrant des bambins écartés de leurs parents par des officiers de police avaient provoqué un tollé, obligeant l’administration Trump, après plusieurs semaines d’indignation populaire, à revoir sa copie. En juin, un décret a interdit la séparation systématique des familles, et un juge fédéral de Californie a ordonné que toutes les familles « éligibles » soient réunies avant le 26 juillet.

        Lire :
         

          Les principaux points du décret Trump mettant fin aux séparations des familles



Mais près de deux mois plus tard, la situation est loin d’être réglée. Si une large majorité des enfants séparés avant l’été ont pu effectivement retrouver leurs parents, selon les rapports officiels, le nombre de mineurs en détention n’a pas diminué pour autant.
Baisse du « sponsoring »
C’est que, selon le New York Times, la grande majorité des mineurs migrants détenus actuellement sur le sol états-unien « ont traversé la frontière seuls, sans leurs parents ». Or ces enfants – considérés par l’administration comme « non accompagnés » – étaient d’ordinaire placés sous la responsabilité de membres de la famille éloignée ou de proches amis qui vivaient déjà aux Etats-Unis. Une forme de « sponsoring », qui était acté après la validation du dossier par l’administration fédérale.
Mais « la complexification administrative et la peur d’une politique migratoire plus répressive ont dissuadé les familles et les proches des mineurs de constituer des dossiers », affirme le quotidien américain. L’administration Trump a en effet durci, en juin, les conditions de ces « sponsorings » de mineurs, allongeant les délais et obligeant notamment les volontaires à déposer leurs empreintes digitales, et à subir un examen approfondi de leur situation.
Officiellement, il s’agit selon l’administration d’« assurer la sécurité des mineurs sous leur responsabilité ». Mais les associations de défense des droits de l’homme dénoncent, elles, un nouveau tour de vis dans la politique migratoire du pays. A l’unisson, elles critiquent une situation qui rend les « migrants mineurs encore plus isolés face aux risques de trafic ». 
Vers la fin de la règle des vingt jours
Pour la plupart, les migrants isolés sont des adolescents venus d’Amérique centrale. Ils sont actuellement répartis dans une centaine de centres sur le territoire américain, dont la majorité se trouvent dans le sud-ouest du pays, près de la frontière mexicaine. Depuis le mois de mai, ces installations sont remplies à près de 90 %, faisant craindre une saturation du système d’accueil.

        Lire :
         

          « Trump considère qu’un sujet anxiogène comme l’immigration est efficace »



D’autant que la situation pourrait encore empirer dans les mois à venir. L’administration Trump a en effet annoncé la semaine dernière qu’elle avait l’intention d’en finir avec le Flores Settlement Agreement, un accord qui date de 1997 et dont l’interprétation a conduit à limiter à vingt jours au maximum la durée de détention des migrants mineurs. L’annonce a suscité une levée de boucliers des défenseurs des droits de l’homme, qui ne veulent pas voir des mineurs détenus indéfiniment.




                            


                        

                        

