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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ L’inclassable actrice et metteuse en scène franco-suisse ose un duo inattendu avec un cheval. A voir du 15 au 23 septembre au Théâtre Nanterre-Amandiers, dans le cadre du 47e Festival d’automne à Paris.
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Laetitia Dosch : la belle et la bête

L’inclassable actrice et metteuse en scène franco-suisse ose un duo inattendu avec un cheval. A voir du 15 au 23 septembre au Théâtre Nanterre-Amandiers, dans le cadre du 47e Festival d’automne à Paris.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 08h00
    |

                            Fabienne Darge








                        



   


C’est peut-être une histoire de peau, de membrane poreuse entre soi et le monde. La peau que Laetitia Dosch a diaphane, comme la plupart des rousses, mais ce n’est pas la raison pour laquelle cette enveloppe délicate, presque transparente, semble fonctionner comme un capteur. Plutôt une affaire de sensibilité, évidemment. En ce soir de juin, la jeune femme vibre de tout son être, sous les grands pins du Domaine d’O, à Montpellier, au sortir de la représentation de Hate : une création dont elle signe le texte et la mise en scène, dans laquelle elle joue, et qui, après Lausanne et Montpellier, arrive à Nanterre, où il ne faut pas la manquer.
Le spectacle est à son image : d’une singularité totale. La belle, sortie d’un tableau de Botticelli, y joue, peau contre cuir, avec la bête. En l’occurrence un cheval nommé Corazon (« cœur », en espagnol), à la robe gris truité. Ils sont nus tous les deux, ce qui se remarque plus chez elle que chez lui. Il semblerait bien que Laetitia Dosch ne fasse rien comme une autre, et ce depuis le début.
« J’ai toujours été la bizarre de la famille », résume-t-elle. Hétérogène à son milieu ultratraditionnel et catholique du 8e arrondissement de Paris. « En même temps, ma famille était étrange, à sa manière, on vivait avec mes grands-parents, oncles et tantes, et au milieu d’animaux, vivants ou morts. A la maison, il y avait deux mondes parallèles : celui des adultes, et celui des animaux et de moi. Mais c’est bien que je sois tombée chez les “cathos”, comme cela, je n’ai pu reproduire aucun schéma », dit-elle avec cet humour léger, faussement naïf, qui la caractérise.
Esprit grinçant
C’est bien dans son lycée privé catholique, pourtant, qu’elle découvre le théâtre, qui la sauve d’une adolescence mutique et solitaire. Et c’est bien dans le théâtre qu’elle plonge, à corps perdu, elle qui apparaît aujourd’hui comme une des égéries du jeune cinéma d’auteur français. Avec un éclectisme, une curiosité, une originalité qui lui font faire le grand écart entre des formes très différentes, qu’elle marque pourtant toujours de son identité.
Elle a joué Shakespeare aux côtésd’Eric Ruf, le patron de la Comédie-Française, ou sous la direction de la metteuse en scène Mélanie ­Leray, tout en furetant dans l’univers nettement plus expérimental et performatif des chorégraphes Marco Berrettini et La Ribot. Et elle a écrit son premier spectacle, ­Laetitia fait péter…, parodie de stand-up, où elle joue une humoriste un peu débile, qui fait des blagues sur les vieux, les juifs et les Noirs. Laetitia Dosch ne craint pas d’avoir l’esprit grinçant.
« Au début ça n’a pas très bien marché pour moi. Je n’étais pas “casable”. On ne savait pas si j’étais drôle ou pas drôle, jolie ou moche. »
« Ma vocation, c’est vraiment d’être actrice, précise-t-elle. Tout pour moi est parti de là, de l’amour des acteurs au cinéma, Meryl Streep en tête. Si j’avais eu beaucoup de boulot intéressant, je n’aurais jamais écrit, je crois. J’ai profondément le goût du jeu, de rentrer dans un personnage, de le fouiller et de le transmettre à d’autres. Mais voilà, au début ça n’a pas très bien marché pour moi. Je n’étais pas “casable”. On ne savait pas si j’étais drôle ou pas drôle, jolie ou moche. »
Tant mieux pour elle. Laetitia Dosch a travaillé sa singularité, et déployé une palette d’univers, de registres et d’intérêts hors du commun dans un monde où les jeunes actrices sont souvent des produits interchangeables. Et laissé s’épanouir un jeu, une façon d’être, qui est un cocktail unique de fantaisie, de radicalité, d’acuité, de douceur, de force et de fragilité.
Elle peut parler du jeu d’acteur pendant des heures – elle a d’ailleurs écrit des portraits de comédien (ne) s pour les Cahiers du cinéma –, insiste sur le fait que c’est un métier à travailler « et pas seulement de la présence ou de la manipulation par un metteur en scène », se place sous les figures tutélaires de Meryl Streep mais aussi de Jeanne Moreau, Romy Schneider ou Delphine Seyrig, des actrices des années 1970 comme Miou-Miou ou Isabelle Huppert, et des acteurs américains, notamment Johnny Depp et Joaquin Phoenix.
« Acteur, c’est vraiment un des plus beaux métiers du monde, pour moi, parce que ça demande de s’intéresser concrètement à d’autres personnes, d’autres vies. S’imaginer que l’on est quelqu’un d’autre, c’est faire le constat que l’on n’est pas tous si différents, finalement… C’est un métier qui amène à s’ouvrir, à mieux comprendre le monde qui nous entoure, et à le faire par notre propre expérience, notre propre corps. »
La classe et le ridicule
Et c’est bien avec ces armes-là, instinct, intelligence et sensibilité mêlés, qu’elle invente une nouvelle figure d’actrice-auteure, de spectacle en spectacle. Après Laetitia fait péter…, elle a conçu Klein, drôle d’objet scénique entre Lewis Carroll et Buster Keaton, puis Un album, dans lequel elle allait déterrer une figure largement aussi déviationniste qu’elle, celle de l’humoriste suisse Zouc.
La belle aime aller gratter là où c’est trouble, dérangeant, là où ça dérape. Mais contrairement à la grande performeuse espagnole Angelica Liddell, qu’elle admire par ailleurs, elle veille à ne pas ass ommer le spectateur. « D’abord parce que j’aime bien rigoler, faire des blagues. Et parce que j’ai envie de faire des pièces dont les gens, moi comprise, sortent en ayant envie de vivre. »
Ce parcours l’a menée à créer ce spectacle inclassable et réjouissant, qui n’a rien à voir avec les formes de théâtre équestre existantes, celle de Bartabas en tête. Laetitia Dosch en a eu l’idée en tournant, à l’été 2016, un western fauché au fin fond des Etats-Unis. « Je passais mes journées à cheval, et je trouvais que l’animal donnait de la distance. Il y avait une beauté dans son écoute du monde. Je suis rentrée en me disant que j’allais faire un spectacle avec un cheval, et je suis allée travailler avec Judith Zagury, de l’école-atelier Shanju, qui forme au cirque et au théâtre équestre. »
Et ainsi la voilà amazone, nue, excepté l’épée glissée dans son fourreau, parlant à Corazon de tout, de rien et surtout de nous, et imaginant une histoire d’amour avec lui. « J’aime beaucoup le mélange de classe et de ridicule », sourit-elle. Hate frôle le ridicule à tout moment, avec un humour fou, pour parler, avec beaucoup de classe, de deux ou trois choses qui nous préoccupent : la solitude, le rapport à l’autre, qu’il soit humain ou animal, la relation à la nature, l’interrogation sur ce qui est ­ « contre-nature ». Ou pas.
Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec le Festival d’automne à Paris.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Notre chroniqueur a encore frappé : après les vestiaires de Liam Gallagher et de Jean-Michel Blanquer, Marc Beaugé scrute celui du comédien qui attaque la rentrée avec un film en costumes et une émission dominicale sur France Inter. Classe, n’est-ce pas ?
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Le réalisateur israélien, nommé à la chaire annuelle de création artistique pour l’année 2018-2019, donnera neuf conférences.
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Amos Gitaï monte en chaire au Collège de France

Le réalisateur israélien, nommé à la chaire annuelle de création artistique pour l’année 2018-2019, donnera neuf conférences.



LE MONDE
 |    12.09.2018 à 08h20
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Que faisait le réalisateur israélien Amos Gitaï en cette matinée du mardi 11 septembre dans les murs du Collège de France ? Contre toute attente, il ne tournait pas un film, mais y donnait une conférence de presse portant sur sa nomination à la chaire annuelle de création artistique pour l’année académique 2018-2019. Créée en 2005 par le Collège, celle-ci consiste, pour l’artiste invité, à donner durant ce mandat limité un certain nombre de conférences portant sur la pratique de son art. Après l’architecte Christian de Portzamparc, le compositeur Pascal Dusapin, le plasticien Anselm Kiefer, elle est pour la première fois attribuée à un cinéaste. Treize ans, c’est bien le moins qu’aura eu à attendre cet art moderne, longtemps réputé « divertissement d’ilotes », pour être distingué par une institution créée par François Ier.
Architecte de formation, comme son père, membre du Bauhaus, Amos Gitaï vient au cinéma par le biais de la guerre
Le sujet de cet « honneur », selon ses termes, est un réalisateur de 67 ans, trublion artistique et politique qui a sucé le lait de l’opiniâtreté et de la dissidence auprès de Samuel Fuller et de Jean-Luc Godard. Architecte de formation, comme son père, qui fut membre du Bauhaus, Gitaï vient au cinéma par le biais de la guerre, en l’espèce celle du Kippour (1973), où il manque perdre la vie dans un hélicoptère dont le pilote est décapité à deux mètres de lui. Il décide alors de poser, par le cinéma, des questions à son pays et à la conscience des spectateurs.
Son premier film, un documentaire intitulé House, immédiatement interdit et poussant le cinéaste à l’exil, porte sur le chantier d’une maison en construction à Jérusalem. Sujet banal en la plupart des lieux, il y affleure l’explosive problématique d’un pays revendiqué par deux peuples. On y voit ce que signifie questionner pour ce cinéaste, qui va rapidement devenir – avant la reconnaissance du cinéma d’auteur israélien dans les...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Son film « Thunder Road », récompensé au Festival de Deauville, renouvelle le genre du cinéma indépendant américain.
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Jim Cummings, dans la peau d’un flic texan

Son film « Thunder Road », récompensé au Festival de Deauville, renouvelle le genre du cinéma indépendant américain.



LE MONDE
 |    12.09.2018 à 07h33
 • Mis à jour le
12.09.2018 à 07h57
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

Voici l’homme qui murmure à l’oreille du policier texan : Jim Cummings, 31 ans, est le réalisateur que l’on n’attendait pas. Découvert à Cannes, en mai, à la section parallèle ACID (Association du cinéma indépendant pour sa distribution), son premier long-métrage, Thunder Road, a remporté le Grand Prix du Festival du cinéma américain de Deauville, le 9 septembre, trois jours avant sa sortie en salle.

Le film repose entièrement sur les épaulettes de l’uniforme du policier, joué par Jim Cummings lui-même. Moustachu, le détail a son importance, Jimmy essaie d’exercer aussi bien son métier qu’il tente d’élever sa fille. Mais il n’y parvient pas : il rate ses coups, se comporte mal, et sa nervosité fait craindre le pire. Il est borderline, à l’image d’une Amérique au bord de la dépression nerveuse.

En décernant la récompense, la présidente du jury, Sandrine Kiberlain, a salué « un film insolite et si inventif ». « Quelle joie d’assister à la naissance d’un artiste, à l’arrivée d’une comète qui suscite les rires et les pleurs avec une singularité qui nous bluffe », s’est réjouie la comédienne. Les défricheurs de l’Acid saluent un scénario en dehors des codes du cinéma américain. « Ici, on n’assiste pas à la montée en puissance du héros ou à sa chute vertigineuse. Le récit est fin : on se demande tout le temps jusqu’où le personnage va-t-il aller ? Il y a une liberté qui porte toute la structure du film, sans parler de son mode de fabrication artisanal », analyse le cinéaste et coprésident de l’Acid Idir Serghine.
« Self made in America »
Tourné au Texas, Thunder Road, clin d’œil à la chanson de Bruce Springsteen, ambitionne de s’adresser à toute l’Amérique. A Paris, il y a une semaine, Jim Cummings nous racontait la fabrication de ce film qu’il a fait « tout seul » – il en est le réalisateur, le producteur, le scénariste, le monteur et le performeur. L’homme est « self...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Jim Cummings est réali­sateur, ­acteur, monteur, compositeur et producteur exécutif pour son premier long-métrage.
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« Thunder Road » : entre rires et larmes, un cocktail du tonnerre

Jim Cummings est réali­sateur, ­acteur, monteur, compositeur et producteur exécutif pour son premier long-métrage.



LE MONDE
 |    12.09.2018 à 07h31
 • Mis à jour le
12.09.2018 à 08h03
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Au générique de Thunder Road, Jim Cummings est crédité comme réali­sateur, ­acteur, monteur, compositeur et producteur exécutif. Une omniprésence qui peut faire sourire et rappelle à bien des égards la mégalomanie fêlée d’un Vincent Gallo, figure chérie du ­cinéma indépendant américain. Chez Cummings, le désir de maîtriser chaque étape fait signe vers un désir impérieux, une urgence à faire, qui rend son film si singulier, si ­furieux, à l’image même de son héros.

        Lire la rencontre :
         

          Jim Cummings, dans la peau d’un flic texan



Avant d’être un long-métrage, Thunder Road était un court, qui correspond à la première séquence du film et que le réalisateur a décidé de rallonger. Scène mémorable, imprévisible, où, le jour de l’enterrement de sa mère, Jimmy ­Arnaud, policier texan, prend place ­devant l’assemblée pour faire un discours. Les souvenirs se mêlent anarchiquement aux regrets. Le fils endeuillé ­raconte la fois où sa mère enregistrait tous ses cours de fac sur des cassettes, car il était dyslexique. Il raconte la passion de la défunte pour Bruce Springsteen, et plus particulièrement pour la chanson qui donne au titre son film. Il souhaite lancer la musique, mais le lecteur CD emprunté à sa fille ne veut pas marcher. Alors il décide de la chanter, mais n’y arrivant pas, il décrit les paroles.
Performance déréglée
En quelques minutes, qui doivent en durer dix, le programme est à peu près fixé : Jim Cummings aimantera tout du long la caméra, prenant tout l’espace pour une sorte de performance façon Actors Studio totalement déréglée. La scène ne s’étire pas dans le sens d’un morceau de bravoure, mais vers le désarroi, l’impuissance – elle se dégonfle. A la suite de l’enterrement, Jimmy essuiera une série de catastrophes personnelles et presque aucune éclaircie ne viendra l’apaiser. Chaque nouveau séisme provoque son monologue, sa crise de nerfs, sa scène.

   


Cummings semble envisager son film comme une série de tableaux où il exploite un seul sentiment jusqu’à épuisement : le deuil d’un fils, la haine cordiale entre deux ex-conjoints, le sentiment de voir sa fille grandir trop vite, ou encore l’amitié masculine. Une palette d’affects simples, quotidiens, souvent ­déceptifs, qu’il s’agit de peindre comme le ferait l’humoriste Louis C.K., et auxquels Cummings insuffle sa touche : une énergie du désespoir, une fêlure enfantine.
Jim Cummings a parfois l’air d’un enfant déguisé en flic, d’un gosse devant gérer les malheurs d’une vie d’adulte
Il a parfois l’air d’un enfant déguisé en flic, d’un gosse devant gérer les malheurs d’une vie d’adulte. Le cinéaste raconte que, pour tourner la scène d’ouverture et se mettre en condition, il regardait la fameuse photo de William et Harry devant le cercueil de leur mère, Lady Diana, et cite les films Pixar comme le parfait cocktail de rires et de larmes qu’il voulait pour son propre film. Dans le même ordre d’idées, c’est dans le souvenir des paroles de la chanson de Springsteen que son ­héros trouvera le moyen d’une échappée – Thunder Road suit un mouvement circulaire aussi imprévisible que déchirant.
Cette innocence désarmante, cette émotion brute sur laquelle chaque scène est directement branchée font oublier ce qui pourrait, dans le film, s’apparenter à une folie calculée ou à une forme de pose. Tout semble sincère, donc parfois maladroit et légèrement bancal. Thunder Road appartient à cette catégorie de films qui valent comme geste, qu’on ne peut aimer que totalement et avec l’enthousiasme que provoque une rencontre qu’on sait faite pour durer.

Film américain de Jim Cummings. Avec Jim Cummings, Kendal Farr, Nican Robinson (1 h 31). Sur le Web : www.facebook.com/Thunderroad2018 et www.paname-distribution.com

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 12 septembre)
Mademoiselle de Joncquières, film français d’Emmanuel Mouret (à ne pas manquer)Le Temps des forêts, documentaire français de François-Xavier Drouet (à ne pas manquer)Thunder Road, film américain de Jim Cummings (à ne pas manquer)Dovlatov, film russe d’Alexeï Guerman Jr (à voir)Okko et les fantômes, film d’animation japonais de Kitaro Kosaka (à voir)Première année, film français de Thomas Lilti (à voir)Le pape François, un homme de parole, documentaire allemand, français, italien et suisse de Wim Wenders (on peut éviter)
A l’affiche également :
Le Grand Perdu, film français d’Avénarius d’ArdronvilleJ’ai perdu Albert, film belge et français de Didier van CauwelaertLe Quatuor à cornes, programme belge et français de trois courts-métrages d’animationLes Déguns, film français de Cyrille Droux et Claude Zidi JrMa Fille, film français de Naidra AyadiPeppermint, film américain de Pierre MorelSearching. Portée disparue, film américain d’Aneesh Chaganty





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Le documentaire de François-Xavier Drouet dénonce la mal-forestation et la monoculture du « douglas ».
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« Le Temps des forêts » : le sapin qui cache le « désert vert »

Le documentaire de François-Xavier Drouet dénonce la mal-forestation et la monoculture du « douglas ».



LE MONDE
 |    12.09.2018 à 07h29
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Ça sent le sapin. Il flotte une atmosphère de mort latente, pas visible à l’œil nu, dans le documentaire de François-Xavier Drouet, sobrement intitulé Le Temps des forêts. Les arbres sont bien là, dans le Limousin, le Morvan, les Vosges ou les Landes. Mais cette verdure rassurante – surtout pour les citadins – devrait pourtant nous inquiéter. Il faut dessiller les yeux du spectateur. Toute la force et l’originalité du film résident dans la déconstruction de l’image de la forêt authentique, au fil d’une enquête patiente et tenace dans la veine des films de Dominique Marchais – Le Temps des grâces (2009) et La Ligne de partage des eaux (2014).
Comme pour démasquer les faux-semblants, le film s’ouvre sur l’image d’une forêt sur le plateau de Millevaches. L’instant d’après apparaît une carte postale ancienne du même paysage, mais dénudé. A l’origine, les arbres n’existaient pas. Ils ont été plantés pour des raisons industrielles, et le paysage s’est assombri, explique en voix off une vieille dame, qui, telle une conteuse, ajoute : « Les sapins m’ont fait partir. » La promenade commence, et on entre petit à petit dans ce sujet touffu et paradoxal, où le tapis d’aiguilles peut être un signe de mauvais présage.
La forêt durable est compatible avec les enjeux économiques, affirment des forestiers « résistants »
Le danger, explique François-Xavier Drouet, n’est pas la déforestation mais la « mal-forestation » : on ne laisse plus le temps aux arbres de grandir. On plante ceux qui poussent le plus rapidement en vue de les couper le plus vite possible. Dans cette course à la compétitivité, qui se conjugue avec l’engrais, le sapin sort gagnant. Victoire du « douglas » et de la monoculture au détriment de la diversité des feuillus. On coupe l’arbre, rien ne reste en ­travers du chemin et il n’y a plus de nichoirs pour les oiseaux. D’ailleurs, on ne les entend plus chanter.
C’est le « désert vert », dit l’auteur. L’une des images les plus saisissantes du film est la vision d’agents forestiers qui, tels des Playmobil, plantent des minisapins selon un geste répétitif, quasi chorégraphique. On a pourtant assez d’essences (bouleau, châtaignier…) pour faire la route dans l’autre sens, pour paraphraser Alain Souchon. La forêt durable est compatible avec les enjeux économiques, affirment des forestiers « résistants ». La sonnette d’alarme avait déjà été tirée dans une étude réalisée en 2013 par des habitants du plateau de Millevaches (dont François-Xavier Drouet fait partie), Rapport sur l’état de nos forêts, téléchargeable sur Internet.
On coupe et on replante
Récompensé le 11 août du Grand Prix à la Semaine de la critique du Festival de Locarno, Le Temps des forêts arrive en salle avec de nombreuses séances-débats en perspective. Car ce film engagé laisse la parole à ceux qui assument la gestion actuelle : les arbres, affirment-ils, ça se récolte. On coupe et on replante. Le transport des marchandises, la mondialisation nécessitent de l’emballage. Faire pousser des arbres pour qu’ils finissent en palette ? Nul doute que l’Office national des forêts enverra dans les salles obscures des représentants de la direction.Dans le cadre de leur mandat syndical, des agents de l’ONF ne cachent pas en effet leur profond désarroi.
Sans provoquer ni chercher à contredire son interlocuteur, le réalisateur pose des questions simples. Quel est le quotidien du conducteur de l’abatteuse ? L’un d’eux répond que l’engin coûte cher et qu’il faut l’amortir. Il travaille « dix à douze heures par jour » afin de couper ses « deux cents mètres cubes » quotidiens. « On est un peu esclaves de nos machines », reconnaît-il.
On apprend qu’un arbre a besoin de temps, disons quarante ans, pour puiser sa force dans le sol. Ce n’est qu’ensuite qu’il peut « lui » rendre à son tour des éléments nutritifs – la chute des feuilles et leur décomposition participent à la formation d’un humus protecteur. Le couper avant, c’est un peu un crime. Une forestière le dit : « C’est une ­société, une forêt. »

Documentaire français de François-Xavier Drouet (1 h 43). Sur le Web : www.kmbofilms.com/le-temps-des-forets



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Autour de l’écrivain Sergueï Dovlatov, le cinéaste Alexeï Guerman Jr livre une évocation glaciale de l’ère soviétique.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤                     
                                                

« Dovlatov » : Leningrad, nid d’artistes

Autour de l’écrivain Sergueï Dovlatov, le cinéaste Alexeï Guerman Jr livre une évocation glaciale de l’ère soviétique.



LE MONDE
 |    12.09.2018 à 07h26
 • Mis à jour le
12.09.2018 à 07h59
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Présenté lors de l’hiver 2017 à la Berlinale, ­Dov­latov est comme le pendant enneigé et angoissé du très solaire Leto (l’été), de Kirill Serebrennikov, découvert quelques mois plus tard à Cannes. Là où Serebrennikov célébrait l’éclosion d’une génération, celle qui allait vivre la fin du système soviétique, le film d’Alexeï Guerman Jr accompagne les aînés des jeunes rockeurs de Leto à ­l’entrée de la dernière glaciation ­politique, en 1971, sous la houlette de l’un des héros de ce temps, l’écrivain Sergueï ­Dovlatov.
Plutôt que d’embrasser tout le parcours de Dovlatov, né en 1941, exilé aux Etats-Unis de 1978 à sa mort, en 1990, Guerman a choisi de le suivre à la trace pendant quelques jours, au moment de la célébration de l’anniversaire de la révolution d’Octobre. Hasard du tournage ou patience délibérée du cinéaste, il neige sur Leningrad (l’actuelle Saint-Pétersbourg). Les lampions, les affiches colorées à l’effigie de Marx, Engels et Lénine sont voilés par les flocons, masqués par le brouillard. La question implicite est, bien sûr : comment pouvait-on espérer bâtir un monde nouveau dans les congères, sous des arbres sans feuilles ?
Dans cette agitation propagandiste, Sergueï Dovlatov (l’acteur serbe Milan Maric) traîne sa grande carcasse. Il tente de son mieux de collaborer à de petites publications émanant de diverses instances du Parti. Sur un chantier naval, il interroge les ouvriers déguisés en écrivains de l’âge d’or de la littérature russe, à l’occasion du baptême d’un bateau qu’ils ont construit. Dovlatov dit bonjour à Gogol et à Tolstoï, qui lui ­expliquent que la littérature doit exalter le socialisme.
Le rideau de la comédie kafkaïenne menace sans cesse de se déchirer pour révéler la tragédie sous-jacente
Encore et encore, Guerman, puisant aussi bien dans le répertoire littéraire de son modèle (Dovlatov a été édité en France chez Anatolia et La Baconnière) que dans son imagination, tord imperceptiblement le quotidien bureaucratique vers l’absurde le plus délirant. Celui-ci peut virer au cauchemar : il y a, au milieu du film, une séquence bouleversante qui voit Dovlatov envoyé sous terre par son rédacteur en chef ; dans la lumière du chantier du métro de Leningrad, il doit retrouver un ouvrier-poète nommé Kouznetsov, mais la muse de celui-ci l’a quitté ; brusquement on entend des cris, les pleurs d’une femme – les ouvriers viennent d’exhumer un charnier d’enfants, les pensionnaires d’un jardin d’enfants tués par un bombardement nazi pendant le siège de la ville, trente ans plus tôt.
Le rideau de la comédie kafkaïenne menace sans cesse de se déchirer pour révéler la tragédie sous-jacente. La malédiction du jeune écrivain est d’être conscient de cette éventualité. Il tente de la tenir à distance par une ironie rêveuse qui se heurte elle-même à sa terrible capacité d’empathie. Du combat entre la dérision et la compassion, on voit bien qu’il doit sortir quelque chose. Mais ce quelque chose – les textes de Dovlatov – n’a pas droit de cité dans la ville du palais d’Hiver et de l’Institut Smolny.
Hommage filial
Autant que le combat intérieur de l’artiste, Alexeï Guerman met en scène le champ de bataille. Il ­déploie quelques instants choisis en de longues séquences, elles-mêmes découpées en patients travellings : une fête improvisée entre jeunes artistes sur le toit d’un immeuble, une soirée chez un apparatchik culturel, une journée de tournage d’un film officiel. La caméra passe de groupe en groupe, suit une conversation jusque dans sa dernière impasse. On voit passer la figure du poète Joseph Brodsky, d’artistes qui viennent de voir leur échapper le peu de liberté qu’on leur avait accordé au moment du dégel.
Alexeï Guerman Jr est né en 1976, peu de temps avant que Dovlatov ne soit contraint à l’exil. Le père du cinéaste – Alexeï Guerman – vit le plus fameux de ses films, La Véri­fication, resté sur les étagères de la censure soviétique pendant quinze ans, de 1971 à 1986. Mais Guerman père, qui travaillait à Leningrad, se refusa toujours à l’exil. Il y a sans doute quelque chose d’un hommage filial dans la manière dont son fils filme la mé­tropole des soviets, les bureaux où agonisent les plantes vertes, les appartements collectifs, une étrange nostalgie mêlée d’horreur pour le défunt système.

Film russe d’Alexeï Guerman Jr. Avec Milan Maric, Helena Sujecka, Danila Kozlovski (2 h 06). Sur le Web : paradisfilms.com/project/dovlatov et www.facebook.com/dovlatov.film



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Kitaro Kosaka s’est inspiré d’un succès de la littérature jeunesse pour ce film d’animation.
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« Okko et les fantômes » : un récit d’apprentissage teinté de fantastique

Kitaro Kosaka s’est inspiré d’un succès de la littérature jeunesse pour ce film d’animation.



LE MONDE
 |    12.09.2018 à 07h25
 • Mis à jour le
12.09.2018 à 07h27
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Grâce au travail continu d’un distributeur comme Eurozoom, l’animation japonaise est de plus en plus représentée sur les écrans français. Okko et les fantômes, en compétition au Festival d’Annecy cette année, appartient à la double frange des fables enfantines et des chroniques campagnardes, dont le modèle fut peut-être donné par Mon voisin Totoro (1988), l’un des chefs-d’œuvre de Hayao Miyazaki.
C’est d’ailleurs auprès du maître que le réalisateur Kitaro Kosaka, animateur chevronné de 56 ans, a longtemps travaillé (dès 1984, il collabore à Nausicaä de la vallée du vent), au point de devenir l’un de ses plus proches et fidèles collaborateurs. Okko et les fantômes est inspiré d’un succès de la littérature pour enfants de l’écrivaine Hiroko Reijo, déjà décliné en mangas et série télévisée. Il a été développé au sein du studio Madhouse, actif depuis 1972 et producteur de quelques fleurons du genre (Gen d’Hiroshima, Perfect Blue, Summer Wars).
Le récit s’ouvre, de façon inhabituelle, sur un événement traumatique, amené toutefois avec tact et prévenance
Le récit s’ouvre, de façon assez inhabituelle, sur un événement traumatique, amené toutefois avec tact et prévenance. Okko, une enfant sage et éveillée, est victime d’un accident de la route dans ­lequel ses deux parents trouvent la mort. Elle part s’installer chez sa grand-mère, qui dirige un ­minshuku (une auberge traditionnelle) dans une station thermale au cœur d’une région montagneuse. L’orpheline s’acclimate comme elle peut (les insectes la rebutent), rencontre les employés de l’établissement, mais aussi le fantôme inoffensif qui hante les lieux, sous les traits d’un petit garçon facétieux nommé Uribo.
Invisible aux yeux des adultes, Uribo convainc Okko d’aider son aïeule dans la gestion de l’auberge, pour la soulager et garantir sa succession. L’apprentissage n’est pas aisé pour la petite fille, qui doit surmonter sa maladresse et sa ­timidité. Mais d’autres esprits, ­apparus dans le sillage d’Uribo, vont l’aider à la tâche.
« On ne rejette personne »
Kitaro Kosaka a retenu l’option du trait simple et peu détaillé pour rendre plus souples et fluides les gestes et expressions émotionnelles de ses personnages. Les fantômes servent ici plus ou moins d’objets transitionnels, ­accompagnant l’évolution de la petite orpheline vers une forme de maturité. Ils émeuvent surtout en ce qu’ils incarnent des figures du deuil : esprits des enfants ­décédés du voisinage, ils sont ­dépositaires du passé des adultes, de leur histoire intime, et veillent ainsi sur eux. Mais le registre fantastique du film, plutôt convenu et sans grande fantaisie plastique, n’est sans doute pas ce qu’il a de meilleur à offrir.
Ainsi Okko et les fantômes ne semble-t-il commencer vraiment que dans un second temps, lorsque le fantastique cède ­doucement le pas à la chronique d’apprentissage. Okko se retrouve confrontée à plusieurs cas épineux de visiteurs dont elle doit satisfaire au mieux les besoins : un adolescent rebelle, une dépensière ruminant un chagrin d’amour, un père de famille privé d’un rein et soumis à un régime strict.
L’établissement s’apparente bientôt à une sorte d’hospice des cœurs brisés, où les infirmes et les accidentés de l’existence viennent chercher réconfort et soulagement. « On ne rejette personne », telle est la devise tacite de l’auberge, et l’apprentissage que fait Okko du service au client s’avère surtout celui du soin, de la compréhension et du don de soi – jusqu’à un cas de conscience particulièrement retors. C’est dans ce registre réaliste et sensible, attentif aux enjeux des auberges traditionnelles (et à leur ­concurrence avec les hôtels de luxe), que le film trouve son véritable rythme de croisière et finit par toucher en plein cœur.

Film d’animation japonais de Kitaro Kosaka (1 h 35). Sur le Web : www.facebook.com/OkkoLeFilm



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Le réalisateur (et médecin) Thomas Lilti s’intéresse à l’examen que subissent les futurs praticiens.
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« Première année » : faire médecine, à s’en rendre malade

Le réalisateur (et médecin) Thomas Lilti s’intéresse à l’examen que subissent les futurs praticiens.



LE MONDE
 |    12.09.2018 à 07h22
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 15h36
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
La médecine nourrit un pourcentage suffisamment élevé de la fiction en images – films, séries – pour qu’on s’étonne qu’un cinéaste s’y consacre à plein temps, surtout s’il est médecin. Après l’apprentissage de l’exercice de l’art (Hippocrate, 2014), sa pratique quotidienne (Médecin de campagne, 2016), Thomas Lilti met en scène, dans son troisième long-métrage, ce rite étrange et douloureux par lequel doivent passer les futurs praticiens.
Première année s’ouvre sur le spectacle de centaines de jeunes gens attablés en rangs serrés dans un hangar. Ils sont là pour noircir des cases sur des feuilles de papier. On connaît le curriculum vitae du réalisateur (médecin, il a continué d’exercer tout en faisant ses premiers pas au cinéma), on a vu le titre du film en entrant dans la salle, l’énormité de la situation saute aux yeux : l’identité du praticien qui soignera votre cancer ou votre dépression dépend de la capacité de ces étudiants à faire face à cette épreuve, qui relève plus de l’expérimentation animale que de la formation scientifique et professionnelle.
William Lebghil et Vincent Lacoste font de ce qui est un film à thèse l’épisode d’un roman de formation
Cette contradiction entre le savoir inculqué et restitué mécaniquement et la complexité humaine de ce qui viendra, Thomas Lilti la dissèque avec méthode, un peu de colère et l’appui de deux acteurs qui font de ce qui est un film à thèse l’épisode d’un roman de formation.
A la sortie du lycée, Benjamin (William Lebghil) se laisse convaincre d’entrer en médecine. Garçon décontracté, dont on apprendra bientôt qu’il est fils de chirurgien, il commence son année à bas régime, tranquillement éberlué par la surpopulation des amphis, par la charge de travail, par l’avidité masochiste avec laquelle ses condisciples l’acceptent, les plus enthousiastes étant les redoublants. Antoine (Vincent Lacoste) a obtenu par dérogation le droit de ­tripler, après avoir raté d’un rien le passage en deuxième année de médecine et refusé de choisir dentaire ou pharmacie. Ses parents ne comprennent rien à ses études.
Dissolution de la solidarité
L’opposition entre l’héritier qui vite trouve ses marques et s’élève dans les classements et l’outsider habité par sa vocation pourrait être schématique si William Lebghil et Vincent Lacoste ne nuançaient avec intelligence leurs personnages. Le premier est changeant, proie d’enthousiasmes fugitifs et de doutes persistants, les certitudes du second sont minées par sa vulnérabilité aux préjugés des autres, jusqu’à se briser sur l’obstacle. Vincent Lacoste, qui avait montré sa capacité à souffrir à l’écran en phtisique dans Le Journal d’une femme de chambre, de Benoît Jacquot, est ici victime d’un autre mal et tout aussi convaincant.
L’autre réussite de Première année se trouve dans la peinture de cette société éphémère organisée pour que les uns souhaitent tout le malheur du monde aux autres. A quelques incidents près, cette dissolution de la solidarité ne prend jamais la forme de la méchanceté ou de la cruauté. Ce n’est pas la peine, c’est la vie quotidienne des étudiants qui est méchante et cruelle, comme celle d’une émission de télé-réalité. Il se trouve que l’annonce de la réforme du numerus clausus en fin de première année de médecine apporte un semblant de happy end à ce film.

Film français de Thomas Lilti. Avec William Lebghil, Vincent Lacoste (1 h 32). Sur le Web : www.le-pacte.com/france/prochainement/detail/premiere-annee

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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Le cinéaste allemand signe un véritable encart publicitaire à la gloire de l’homme d’église.
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« Le pape François, un homme de parole » : le Vatican s’offre Wim Wenders

Le cinéaste allemand signe un véritable encart publicitaire à la gloire de l’homme d’église.



LE MONDE
 |    12.09.2018 à 07h22
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
Sans doute n’avons-nous pas connu errements cinématographiques plus spectaculaires que ceux de Wim Wenders. Le cinéaste, inégal mais célébré, capable de beaux films, alterne depuis des années fictions insipides et documentaires sans âme, comme s’il s’était depuis longtemps mis à la retraite mais avait oublié d’arrêter de faire des films. L’occasion d’étoffer superficiellement sa filmographie était toute trouvée avec ce film de commande à la gloire du pape François et, nous dit-on, co-réalisé avec le Vatican. De quoi nous faire douter que le réalisateur de cet encart publicitaire et de L’Ami américain (1977) puisse être le même homme.
Le Vatican a certainement voulu redorer voire moderniser son image en s’offrant un cinéaste de renom
Avec Le pape François, un homme de parole, le Vatican a certainement voulu redorer voire moderniser son image en s’offrant un cinéaste de renom. Quant à Wenders, il a pu croire qu’il était encore possible de faire œuvre d’auteur tout en assurant l’œuvre de propagande. Car s’il est comme absent de son propre film, ou du moins là comme simple technicien de luxe, Wenders nous assure pourtant de sa présence, déposant ponctuellement sa voix sur les images pour débiter des banalités sur la condition humaine, l’état du monde, la vie de saint François d’Assise (reconstituée dans des séquences dispensables en noir et blanc) avant de redonner toute la place au héros de son film.
Pendant une heure et demie, le cinéaste s’entretient avec le pape François et le suit dans ses déplacements, prêchant la bonne parole au Congrès américain, dans des camps de migrants ou des bidonvilles, se recueillant aux quatre coins du monde, à Yad Vashem ou encore à Auschwitz. Il faut le dire, Jorge Mario Bergoglio, de son vrai nom, nous apparaît tour à tour sympathique, spirituel, d’une compassion et d’une humilité qui confinent au respect – en cela, la publicité est assurée et l’homme est dans son rôle.
Evidente partialité
C’était évidemment sans compter les dernières révélations qui ne manqueront pas d’exacerber l’évidente partialité à l’œuvre dans le documentaire : si le pape n’a pas de mots assez durs pour condamner les actes de pédophilie au sein de l’Eglise catholique, ce geste de contrition a été immédiatement suivi par les révélations d’un ancien diplomate du Vatican révélant que l’évêque de Rome a couvert les dérives sexuelles d’un cardinal quelques mois seulement après son élection. A cela s’ajoutent ses propos polémiques sur les homosexuels et la psychiatrie qui ébrèchent définitivement l’image d’un pape résolument progressiste que tente de nous marteler le documentaire.
Ces dernières affaires agissent comme un retour du refoulé impossible à contenir et ne manqueront pas de s’interposer entre le spectateur et sa vision du film. Gageons pourtant que Le pape François, un homme de parole, trouvera son public au sein d’une partie de la communauté catholique. Le document, dont Wim Wenders n’est ici qu’un rouage, qu’une signature qu’on achète, ne prétend pas à autre chose qu’à prêcher une niche de convaincus et s’assure ainsi de remplir convenablement les salles.

Documentaire allemand, français, italien et suisse de Wim Wenders (1 h 36). Sur le Web : fr.universalpictures.com/micro/pope-francis, focusfeatures.com/pope-francis-a-man-of-his-word et www.facebook.com/ThePopeMovie



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ L’éditeur Le Chat qui fume publie deux titres : « Le Journal intime d’une nymphomane » (1971) et « Les Possédées du diable » (1974).
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤                     
                                                

DVD : le cinéma trivial et expérimental de Jess Franco

L’éditeur Le Chat qui fume publie deux titres : « Le Journal intime d’une nymphomane » (1971) et « Les Possédées du diable » (1974).



LE MONDE
 |    12.09.2018 à 07h20
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


Signe des temps, il est désormais possible de découvrir en DVD et Blu-ray quelques fragments d’une filmographie immense, au moins en quantité (près de 200 films), et ignorée voire méprisée durant de nombreuses années par l’establishment critique, celle de l’Espagnol Jesus (dit Jess) Franco. Longtemps son cinéma n’aura, en effet, guère déclenché d’intérêt, sinon celui des amateurs de films de genre ou d’exploitation érotiques, sympathiques et besogneux bricoleurs de fanzines, qui, pour certains d’ailleurs, finissaient par laisser tomber, eux aussi, toute attention pour une œuvre s’enfonçant dans les abîmes du cinéma érotique de série le plus fauché.
Les choses changèrent doucement, à partir des années 1990, à la faveur de la découverte de ses films par des cinéphiles friands d’expériences formelles et d’abstraction filmique contenues dans ces assouvissements de pulsions promis par des titres ayant alimenté, en continu, les cinémas de quartier à double programme, havres poussiéreux pour voyeurs insomniaques, solitaires dépressifs et spectateurs égarés. Le cinéma de Jess Franco est tout à la fois trivial et expérimental, cru et sophistiqué. Fallait-il attendre autant de temps pour découvrir l’inouïe puissance déconstructrice et poétique de certains de ses films ?
Un stakhanoviste de la pellicule
L’éditeur Le Chat qui fume vient de publier deux titres en DVD et Blu-ray datant d’une période très prolifique du réalisateur : Le Journal intime d’une nymphomane (1971) et Les Possédées du diable (1974). Au début des années 1970, le producteur Robert De Nesle s’engouffre dans la mode du cinéma érotique et sexy qui remplit alors les salles. Franco, lui, est un stakhanoviste de la pellicule qui parvient ainsi à satisfaire les demandes d’exploitants bien décidés à profiter de la fièvre érotique du moment. A cette époque-là, il tourne parfois jusqu’à environ dix films par an.

   


Les deux titres édités sont signés de son pseudonyme Clifford Brown (Franco aimait signer certains de ses films des noms de musiciens de jazz). Le premier, Le Journal intime d’une nymphomane, qui date de 1971, décrit la descente aux enfers d’une jeune fille violée et humiliée par les hommes, qui s’enfonce dans la luxure et la drogue. Le récit de ces infortunes de la vertu est raconté post-mortem. La puissance érogène d’une voix de femme décrivant dans les détails les expériences traversées par elle est l’une des particularités d’un récit qui déjoue régulièrement les clichés du film érotique. Le second, Les Possédées du diable (1974), est l’histoire d’un pacte faustien. Un succube venu de l’enfer vient réclamer à un homme, dont il a fait la fortune, la fille de celui-ci qui vient d’atteindre ses 18 ans.
Se contenter de résumer les films de Jess Franco empêcherait sans doute d’en saisir la fulgurante beauté. De longues scènes érotiques, essentiellement lesbiennes, parfois décollées de la progression logique du récit, plages mélodiques de zooms fiévreux, de flous hallucinés, de sexes et de seins léchés et caressés, plongent le spectateur dans un état de transe véritablement inédit.
Modestie des moyens
L’autre qualité de ces deux films est sans aucun doute une conséquence de la modestie des moyens dont dispose Franco et qui l’oblige à filmer, en extérieur, des lieux authentiques. La force d’enregistrement documentaire de la caméra parvient ainsi à créer de l’irréel dans le réel, à saisir la beauté fantomatique des plages d’Alicante en décembre pour le premier titre et la hideur spectrale de l’architecture de la Grande Motte dans le second.
Signalons aussi une autre initiative récente, celle de l’éditeur Artus Films qui a distribué, récemment, trois autres titres de Jess Franco : La Fille de Dracula (1972), Les Expériences érotiques de Frankenstein (1972), Les Démons (1973). Oui, les temps changent.

Le Journal intime d’une nymphomane (1971) et Les Possédées du diable (1974), de Jess Franco. 2 DVD/Blu-ray Le Chat qui fume. Sur le Web : laboutiqueduchatquifume.com/fr/nos-dernires-sorties/60-pack-jess-franco-dvd-bluray-.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Chaque mercredi dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 11/09/2018
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Une vengeance, Dovlatov, des arbres et un enterrement : notre sélection cinéma

Chaque mercredi dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



LE MONDE
 |    12.09.2018 à 06h46
 • Mis à jour le
12.09.2018 à 07h37
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Au programme cette semaine, la revanche d’une femme bafouée au XVIIIe siècle, une incursion dans le Leningrad des artistes en 1971, un hommage à une mère défunte fan de Bruce Springsteen et un documentaire sur les forêts, où il est question de mal-forestation.
« Mademoiselle de Joncquières » : la vengeance d’une femme

Le premier film en costumes d’Emmanuel Mouret (Caprice, 2015), drolatique pastelliste des choses de l’amour (L’Art d’aimer fut le titre ovidien d’un de ses films), est l’adaptation d’un épisode bien précis du roman philosophique Jacques le Fataliste, de Diderot, bien connu des cinéphiles pour avoir déjà prêté son argument aux Dames du bois de Boulogne (1945), de Robert Bresson, sombre et magnétique chef-d’œuvre du cinéma français de l’Occupation. Les deux films racontent, peu ou prou, la même histoire : la vengeance d’une femme bafouée qui ourdit contre son amant volage une machination implacable, vouée à l’humilier publiquement.
Pourtant, la version de Mouret se défait significativement de cette parenté intimidante, pour se montrer fidèle à Diderot, investir corps et âme un XVIIIe siècle où les délibérations amoureuses empruntent les subtils cheminements de la philosophie morale. Servi par Cécile de France et Edouard Baer dans les rôles principaux, ce film ironique n’est pas pour autant cruel, et l’on ne trouvera pas ici de ces jeux de domination ou concerts de persiflages, dans le style des Liaisons dangereuses. La beauté du film tient au contraire à ce qu’il montre une égale bienveillance envers tous ses personnages, curieux de leurs contradictions, mais jamais sévère envers elles. Mathieu Macheret
Film français d’Emmanuel Mouret. Avec Cécile de France, Edouard Baer, Alice Isaaz, Natalia Dontcheva, Laure Calamy (1 h 49).
« Thunder Road » : l’enterrement de maman

Le jour de l’enterrement de sa mère, Jimmy Arnaud, policier texan, prend place devant l’assemblée pour faire un discours. Les souvenirs se mêlent anarchiquement aux regrets, la scène dure, n’en finit plus. Le fils endeuillé raconte la fois où sa mère enregistrait tous ses cours de fac sur des cassettes, car il était dyslexique. Jimmy fond en larmes, anéanti par le souvenir d’une mère si bonne et qu’il regrette de ne pas avoir assez remerciée. Les convives sont figés par la gêne, tandis que le policier raconte la passion de la défunte pour Bruce Springsteen, et plus particulièrement pour la chanson qui donne son titre au film.
En quelques minutes, qui doivent en durer dix, le programme est à peu près fixé : Jim Cummings aimantera tout du long la caméra, prenant tout l’espace pour une sorte de performance façon Actors Studio totalement déréglée. La scène ne s’étire pas dans le sens d’un morceau de bravoure, mais vers le désarroi, l’impuissance – elle se dégonfle. Tout ici semble sincère, donc parfois maladroit et légèrement bancal. Thunder Road appartient à cette catégorie de films qui valent comme geste, qu’on ne peut aimer que totalement et avec l’enthousiasme que provoque une rencontre qu’on sait faite pour durer. Murielle Joudet
Film américain de Jim Cummings. Avec Jim Cummings, Kendal Farr, Nican Robinson (1 h 31).
« Dovlatov » : quelques journées d’un artiste soviétique avant l’exil

Plutôt que d’embrasser tout le parcours de l’écrivain Sergueï Dovlatov, né en 1941, exilé aux Etats-Unis de 1978 à sa mort en 1990, Alexeï Guerman Jr a choisi de le suivre à la trace pendant quelques jours de l’année 1971, au moment de la célébration de l’anniversaire de la révolution d’Octobre. Hasard du tournage ou patience délibérée du cinéaste, il neige sur Leningrad (l’actuelle Saint-Pétersbourg). Les lampions, les affiches colorées à l’effigie de Marx, Engels et Lénine sont voilés par les flocons, masqués par le brouillard. La question implicite est, bien sûr : comment pouvait-on espérer bâtir un monde nouveau dans les congères, sous des arbres sans feuilles ?
Dans cette agitation propagandiste, Sergueï Dovlatov (l’acteur serbe Milan Maric) traîne sa grande carcasse, tentant de son mieux de collaborer à de petites publications émanant de diverses instances du parti. Le réalisateur est né en 1976, peu de temps avant que Dovlatov ne soit contraint à l’exil. Le père du cinéaste – Alexeï Guerman – vit le plus fameux de ses films, La Vérification, rester sur les étagères de la censure soviétique pendant quinze ans, de 1971 à 1986. Mais Guerman père, qui travaillait à Leningrad, se refusa toujours à l’exil. Il y a sans doute quelque chose d’un hommage filial dans la manière dont son fils filme la métropole des Soviets, les bureaux où agonisent les plantes vertes, les appartements collectifs, une étrange nostalgie mêlée d’horreur pour le défunt système. Thomas Sotinel
Film russe d’Alexeï Guerman Jr. Avec Milan Maric, Danila Kozlovski, Helena Sujecka, Artur Beschastny (2 h 06).
« Le Temps des forêts » : des arbres plantés pour le décor

Ça sent le sapin. Il flotte une atmosphère de mort latente, pas visible à l’œil nu, dans le documentaire de François-Xavier Drouet, sobrement intitulé Le Temps des forêts. Les arbres sont bien là, dans le Limousin, le Morvan, les Vosges ou les Landes. Mais cette verdure rassurante – surtout pour les citadins – devrait pourtant nous inquiéter. Il faut dessiller les yeux du spectateur. Toute la force et l’originalité du film réside dans la déconstruction de l’image de la forêt authentique, au fil d’une enquête patiente et tenace.
Comme pour démasquer les faux-semblants, le film s’ouvre sur l’image d’une forêt sur le plateau de Millevaches. L’instant d’après apparaît une carte postale ancienne du même paysage, mais dénudé. A l’origine, les arbres n’existaient pas. Ils ont été plantés pour des raisons industrielles, et le paysage s’est assombri, explique en voix off une vieille dame, qui telle une conteuse ajoute : « Les sapins m’ont fait partir. » La promenade commence, et on entre petit à petit dans ce sujet touffu et paradoxal, où le tapis d’aiguilles peut être un signe de mauvais présage. Clarisse Fabre
Documentaire français de François-Xavier Drouet (1 h 43).

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 12 septembre)
Mademoiselle de Joncquières, film français d’Emmanuel Mouret (à ne pas manquer)Le Temps des forêts, documentaire français de François-Xavier Drouet (à ne pas manquer)Thunder Road, film américain de Jim Cummings (à ne pas manquer)Dovlatov, film russe d’Alexeï Guerman Jr (à voir)Okko et les fantômes, film d’animation japonais de Kitaro Kosaka (à voir)Première année, film français de Thomas Lilti (à voir)Le pape François, un homme de parole, documentaire allemand, français, italien et suisse de Wim Wenders (on peut éviter)
A l’affiche également :
Le Grand Perdu, film français d’Avénarius d’ArdronvilleJ’ai perdu Albert, film belge et français de Didier van CauwelaertLe Quatuor à cornes, programme belge et français de trois courts-métrages d’animationLes Déguns, film français de Cyrille Droux et Claude Zidi JrMa Fille, film français de Naidra AyadiPeppermint, film américain de Pierre MorelSearching. Portée disparue, film américain d’Aneesh Chaganty





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Dans « Mademoiselle de Joncquières », d’Emmanuel Mouret, elle incarne Madame de La Pommeraye, vengeresse féministe avant l’heure.
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Cécile de France : « Ce rôle m’éloigne enfin des filles sympathiques qui sont mon lot »

Dans « Mademoiselle de Joncquières », d’Emmanuel Mouret, elle incarne Madame de La Pommeraye, vengeresse féministe avant l’heure.



LE MONDE
 |    11.09.2018 à 07h43
 • Mis à jour le
12.09.2018 à 11h29
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

De L’Auberge espagnole (Cédric Klapisch, 2002) à Otez-moi d’un doute (Carine Tardieu, 2017), la présence de la Namuroise Cécile de France est, à quelques rares exceptions près, inscrite dans le monde moderne. Emmanuel Mouret l’engage à interpréter un personnage du XVIIIe siècle, en lui confiant le rôle de Madame de La Pommeraye, vengeresse féministe avant l’heure.

Qu’a impliqué pour vous, en termes de méthode de travail, d’inspiration, d’identification, ce rôle d’époque ?
D’abord, la possibilité de poursuivre mon enfance. Je me revois petite fille, regardant des films à la télévision, admirant ces jolies femmes en costumes. Avec ce rôle, je passe de l’autre côté du miroir. Mais il y a plus que cela, bien sûr. D’abord, le travail sur la langue de Diderot, qui est mêlée dans le film à celle d’Emmanuel Mouret, qu’il a fallu s’approprier et rendre avec le maximum de naturel. Mais les costumes aident aussi à entrer dans le rôle, ils reflètent le carcan d’une époque où l’expression des sentiments relève d’une convention, d’une artificialité.
Madame de La Pommeraye est un personnage ambigu, à la fois touchante parce que trompée dans son amour et inhumaine dans sa vengeance. Un rôle qui ne doit pas être simple à jouer…
Ce qui se révèle passionnant pour cette raison. Et qui m’éloigne enfin des filles sympathiques qui sont mon lot au cinéma. Le personnage se réclame de la vertu outragée et se révèle profondément immoral. Il est complexe, retors, destructeur, même si son caractère n’est pas aussi cynique que la marquise de Merteuil des Liaisons dangereuses. Je suis passée par tous les sentiments à son égard. D’abord, je suis entrée à fond dans l’argument féministe et j’ai voulu rendre sa vengeance légitime. Puis je me suis un peu calmée en mesurant le degré de manipulation et d’indifférence au sort d’autrui dont elle était capable. J’en suis venue, après le tournage,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Cécile de France et Edouard Baer sont à l’affiche du dernier film d’Emmanuel Mouret, adaptation d’un épisode de « Jacques le Fataliste », de Diderot.
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Article sélectionné dans La Matinale du 10/09/2018
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« Mademoiselle de Joncquières » : les jeux de l’amour et de la guerre

Cécile de France et Edouard Baer sont à l’affiche du dernier film d’Emmanuel Mouret, adaptation d’un épisode de « Jacques le Fataliste », de Diderot.



LE MONDE
 |    11.09.2018 à 06h43
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 16h53
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Le premier film en costumes d’Emmanuel Mouret (Caprice, 2015), drolatique pastelliste des choses de l’amour (L’Art d’aimer fut le titre ovidien d’un de ses films), est l’adaptation d’un épisode bien précis du roman philosophique Jacques le Fataliste, de Diderot, connu des cinéphiles pour avoir déjà prêté son argument aux Dames du bois de Boulogne (1945), de Robert Bresson, sombre et magnétique chef-d’œuvre du cinéma français de l’Occupation. Les deux films racontent, peu ou prou, la même histoire : la vengeance d’une femme bafouée qui ourdit contre son amant volage une machination implacable, vouée à l’humilier publiquement. Pourtant, la version de Mouret se défait significativement de cette parenté intimidante, pour se montrer fidèle à Diderot, investir corps et âme un XVIIIe siècle où les délibérations amoureuses empruntent les subtils cheminements de la philosophie morale.

        Lire l’entretien avec Cécile de France :
         

          « Ce rôle m’éloigne enfin des filles sympathiques qui sont mon lot »



Madame de La Pommeraye (Cécile de France), jeune veuve vivant recluse dans ses terres, héberge depuis des mois le Marquis des Arcis (Edouard Baer), un libertin patenté qui la poursuit de ses assiduités, tout en lui tenant le registre de ses innombrables conquêtes. Se drapant d’abord dans une posture amicale, la jeune femme se laisse néanmoins séduire et convole bientôt aux bras de l’impétrant. Mais au bout de quelque temps, elle remarque chez lui un certain désintérêt. Elle prêche alors le faux pour savoir le vrai et, ce faisant, donne à son amant une occasion rêvée de retrouver sa liberté. Outragée, la malheureuse imagine alors un piège afin de corriger le coureur de son inconstance. Elle extrait de la misère et de la prostitution une aristocrate déchue et sa fille, Madame et Mademoiselle de Joncquières (Natalia Dontcheva et Alice Isaaz), leur inventant une fiction de piété et d’impécuniosité, pour mieux jeter cette dernière, dotée d’un visage d’ange, dans les pattes concupiscentes du marquis.
L’amour est aussi un champ de bataille, une lutte, à celui qui prendra un réel ascendant sur l’autre, à qui joue ou sera joué
Mademoiselle de Joncquières brille d’abord par la clarté de son trait, la bonne tenue de son interprétation, sa limpidité dans l’expression des caractères comme de leurs évolutions. Faisant la part belle au texte et aux plans longs, le film épouse tout autant le cours sinueux des sentiments que la lutte intestine qu’ils recouvrent, puisque, c’est bien connu, l’amour est aussi un champ de bataille, une lutte, à celui qui prendra un réel ascendant sur l’autre, à qui joue ou sera joué. Le siècle des Lumières offre à cela le plus bel écrin qui soit, celui de sa langue, dont les comédiens restituent tout le charme. Une langue empreinte de mille subtilités, pénétrée de précision mais soumise à équivoque. Cet art de la conversation, Mouret le met en scène comme une flânerie entre parcs et jardins, dans une nature dont il extrait parfois des compositions à la Watteau, où le rythme alangui de la marche permet de joindre la réflexion au sentiment.

   


Le cinéaste trouve là un parfait terrain pour jouer sur ce qui l’a toujours intéressé : l’ironie consciente ou inconsciente du langage ou, pour le dire autrement, la distance qui s’établit entre les mots et les gestes, la parole et les sentiments, ce que l’on prétend et ce que l’on n’ose s’avouer. Les cadres, généralement larges, accueillent cette dialectique de la vérité et du mensonge à travers la position des personnages qui se font face ou se tournent le dos, s’affrontent ou se contournent. La joute amoureuse se mêle ainsi au combat des idées (matière contre esprit, pérennité contre précarité, bonheur contre plaisir), qui sont autant de postures ou d’apparences dont jouent les personnages. Ainsi, lors d’une délectable scène de dîner, le libertin sera amené à renier bouffonnement ses principes pour s’attirer les faveurs de la jeune demoiselle, prétendument dévote, qui lui fait battre le cœur.
Des enjeux contemporains
L’ironie n’engage pas pour autant la cruauté et l’on ne trouvera pas ici de ces jeux de domination ou concerts de persiflages, dans le style des Liaisons dangereuses. La beauté du film tient au contraire à ce qu’il montre une égale bienveillance envers tous ses personnages, curieux de leurs contradictions, mais jamais sévère envers elles. D’amant volage, des Arcis se retrouvera soudain prétendant éconduit, poussé à la dernière extrémité du désir, et accédera ainsi à la douleur d’aimer. Madame de La Pommeraye ne nourrit pas seulement une vengeance égoïste mais au nom du genre féminin, afin de punir et d’éduquer le genre masculin – ce en quoi son émancipation rencontre évidemment des enjeux contemporains sur la régulation des rapports entre les sexes. Ainsi cette vengeance n’apparaît-elle pas autrement que comme un geste d’amour.
Et pourtant, le bonheur amoureux chemine secrètement par des voies inattendues, en même temps qu’un personnage jusqu’alors discret s’épanouit au sein de la fiction. C’est le mouvement le plus étonnant du film : Mademoiselle de Joncquières, instrument de vengeance et objet de désir diaphane, finit par s’animer, par s’incarner en un véritable sujet amoureux, passionné et charnel. En elle s’incarne surtout l’idéal dont le marquis prétendait poursuivre l’image chez toutes les autres de ses conquêtes – poursuite qui ne cachait en définitive que la lente maturation d’un sentiment enfoui. Ce cheminement secret vers l’idéal nous ramène finalement à Bresson et à la fameuse phrase de Pickpocket (1959) qui aurait pu servir d’exergue au film : « Pour aller jusqu’à toi, quel drôle de chemin il m’a fallu prendre. »

Film français d’Emmanuel Mouret. Avec Cécile de France, Edouard Baer, Alice Isaaz (1 h 49). Sur le Web : distrib.pyramidefilms.com/pyramide-distribution-catalogue/mademoiselle-de-joncquieres.html

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 12 septembre)
Mademoiselle de Joncquières, film français d’Emmanuel Mouret (à ne pas manquer)Le Temps des forêts, documentaire français de François-Xavier Drouet (à ne pas manquer)Thunder Road, film américain de Jim Cummings (à ne pas manquer)Dovlatov, film russe d’Alexeï Guerman Jr (à voir)Okko et les fantômes, film d’animation japonais de Kitaro Kosaka (à voir)Première année, film français de Thomas Lilti (à voir)Le pape François, un homme de parole, documentaire allemand, français, italien et suisse de Wim Wenders (on peut éviter)
A l’affiche également :
Le Grand Perdu, film français d’Avénarius d’ArdronvilleJ’ai perdu Albert, film belge et français de Didier van CauwelaertLe Quatuor à cornes, programme belge et français de trois courts-métrages d’animationLes Déguns, film français de Cyrille Droux et Claude Zidi JrMa Fille, film français de Naidra AyadiPeppermint, film américain de Pierre MorelSearching. Portée disparue, film américain d’Aneesh Chaganty





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Piers Handling va quitter la direction de la manifestation après en avoir fait depuis 1994 une grande place du cinéma mondial.
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Toronto : entre Lady Gaga et Louis Garrel, la course d’un directeur de festival

Piers Handling va quitter la direction de la manifestation après en avoir fait depuis 1994 une grande place du cinéma mondial.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 10h20
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 11h00
    |

                            Thomas Sotinel (Toronto (Canada), envoyé spécial)








                        



                                


                            

C’est une pièce où les artistes et leur entourage attendent qu’on appelle les premiers sur scène. Celle du Roy Thomson Hall, la plus grande salle du Festival de Toronto, accueille, dimanche 9 septembre, Dave Chappelle, Sam Elliott, Anthony Ramos, les seconds rôles du remake de A Star Is Born, dont on attend encore le réalisateur-scénariste-compositeur-interprète, Bradley Cooper, et l’étoile, Lady Gaga. Dans la cohue des entourages, des badauds bien introduits, Piers Handling attire autant de saluts et de mots affectueux que les acteurs du film qui va être projeté pour la première fois en Amérique.
Il convient de saluer Piers ­Handling parce qu’il est le directeur du festival. Et si on le fait avec un peu d’effusions, c’est parce que c’est l’une des dernières fois qu’il présentera un film aux spectateurs du Roy Thomson Hall, le lançant peut-être, comme c’est arrivé des dizaines de fois, sur la route des Oscars. Accompagner pendant quelques heures l’homme qui dirige le Toronto International Film Festival (TIFF) depuis 1994, c’est se faire une idée de la manière dont lui et ses équipes ont fait de Toronto l’une des grandes places cinématographiques de la planète.

Dans le centre-ville presque paralysé par le festival, il arrive en milieu d’après-midi dans un grand multiplexe qui abandonne, pendant dix jours, les super-héros pour d’autres cinémas. En bas des gradins de l’une des salles, Louis Garrel attend, avec Lily-Rose Depp et Laetitia Casta, que Piers Handling présente le deuxième film réalisé par l’acteur, L’Homme fidèle. C’est la première mondiale du film. L’équipe tente de se détendre en observant les victuailles – frites, nachos, pop-corn – que les spectateurs font entrer pour pouvoir tenir pendant les soixante-quinze minutes de la projection.
Hommage aux Mississaugas
Piers Handling arrive deux minutes avant le début de la séance et commence sa présentation par rendre hommage aux premières nations du Canada,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Le film primé du Mexicain Alfonso Cuaron, « Roma », sera diffusé sur la plate-forme américaine de streaming.
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Netflix s’offre son premier Lion d’or à la Mostra de Venise

Le film primé du Mexicain Alfonso Cuaron, « Roma », sera diffusé sur la plate-forme américaine de streaming.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 10h03
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 10h17
    |

            Véronique Cauhapé (Venise (Italie), envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Et vogue le navire. Après dix jours de festival durant lesquels ont été projetés une centaine de films dont vingt et un en compétition officielle, la 75e édition de la Mostra de Venise s’est achevée samedi 8 septembre au soir. En même temps que s’est interrompu le ballet des bateaux transportant jour et nuit stars et gens du cinéma, organisateurs, journalistes et spectateurs, le Lido a retrouvé son calme de station balnéaire. Non sans avoir divulgué un nouveau palmarès, lors d’une cérémonie de clôture qui a attribué son Lion d’or à Roma, le très beau film d’Alfonso Cuaron.

Favori des critiques italiens et internationaux, mais aussi du public, ce long-métrage en noir et blanc dans lequel le réalisateur mexicain de Gravity (2013) restitue une partie de ses souvenirs d’enfance, a d’emblée creusé l’écart dans la course aux récompenses, rendant son couronnement assez prévisible.
Qu’une telle reconnaissance aille à un film distribué par Netflix représente en revanche une date. Jamais en effet la plate-forme américaine de streaming n’avait encore obtenu la plus haute récompense dans l’un des trois festivals majeurs de cinéma (Cannes, Venise et Berlin). A ce titre, rappelons que Roma avait, au printemps, été privé de Cannes, Netflix ayant décidé de boycotter le festival français, où les organisateurs imposaient aux films sélectionnés d’avoir une sortie en salle et de respecter un délai de trois ans entre la sortie publique et la diffusion sur une plate-forme de vidéo par abonnement. Une règle nouvelle, le film Okja, du cinéaste sud-coréen Bong Joon-ho ayant été sélectionné l’année précédente en compétition officielle sur la Croisette.
Une seule réalisatrice
Il est donc permis de penser que ce Lion d’or a valeur de revanche pour Netflix, dont le catalogue s’est enrichi à Venise d’un autre prix : celui du scénario, accordé au western des frères Coen, The Ballad of Buster Scruggs, un...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Le jury présidé par le Mexicain Guillermo del Toro a récompensé ce film, favori des critiques et du public. C’est une première pour Netflix, qui distribue le long-métrage.
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Article sélectionné dans La Matinale du 08/09/2018
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Mostra de Venise : le Lion d’or pour « Roma » du Mexicain Alfonso Cuaron

Le jury présidé par le Mexicain Guillermo del Toro a récompensé ce film, favori des critiques et du public. C’est une première pour Netflix, qui distribue le long-métrage.



LE MONDE
 |    08.09.2018 à 21h09
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 07h40
    |

            Véronique Cauhapé (Venise (Italie), envoyée spéciale)








                        



   


La 75e édition de la Mostra de Venise a attribué son Lion d’or à Roma, le très beau film du cinéaste mexicain Alfonso Cuaron, samedi 8 septembre, lors de sa cérémonie de clôture. Favori de la critique italienne et internationale, mais aussi du public, ce film très personnel en noir et blanc entraîne dans le sillage de son couronnement un autre grand vainqueur : son distributeur, Netflix. Une première qui fera date.
Jamais en effet la plate-forme américaine de streaming n’avait obtenu la plus haute récompense de l’un des trois festivals de cinéma européens majeurs (Cannes, Venise et Berlin). Roma n’avait d’ailleurs pas été présenté au printemps à Cannes. Netflix avait boycotté le festival français, dont les organisateurs imposent aux films sélectionnés de respecter un délai obligatoire de trois ans entre la sortie en salles et la diffusion sur une plate-forme de vidéo.

        Lire le récit :
         

          Alfonso Cuaron, à la Mostra de Venise et sur Netflix



« Aujourd’hui est l’anniversaire de Liba, la femme qui a inspiré le rôle de Cleo [l’héroïne du film], ce sera un cadeau d’anniversaire », a déclaré Alfonso Cuaron en recevant son prix pour ce film émouvant tiré de ses souvenirs d’enfance. « Ce prix est le témoignage de mon amour pour toi Liba, et pour mon pays », a ajouté le cinéaste oscarisé en 2013 pour son épopée spatiale Gravity.
Pour Netflix, cette récompense a presque valeur de revanche. D’autant que le prix du scénario a été attribué au western de Joel et Ethan Coen, The Ballad of Buster Scruggs, le deuxième des trois films Netflix (avec July 22, de Paul Greengrass) en compétition cette année à la Mostra. Jeudi 6 septembre, Netflix s’était déjà offert une première puisque c’est un de ses films, Outlaw King : Le roi hors-la-loi, de David Mackenzie, qui avait donné le coup d’envoi du Festival international du film de Toronto. Autant dire que la plate-forme semble d’ores et déjà bien partie dans la course aux Oscars.

        Lire la critique :
         

          « The Ballad of Buster Scruggs », western des frères Coen, présenté à la Mostra de Venise




        Lire aussi le compte-rendu :
         

          A Venise, Paul Greengrass revient sur les attentats de Norvège



Un autre western a été récompensé par le jury présidé par le cinéaste mexicain Guillermo del Toro (dont le film The Shape of Water avait reçu le Lion d’or 2017) : Les Frères Sisters, de Jacques Audiard, premier film en anglais et à la verve américaine du cinéaste, avec Joaquin Phoenix et John C. Reilly, a été honoré du Lion d’argent de la meilleure mise en scène.

        Lire le focus :
         

          A la Mostra, le cinéaste Jacques Audiard dénonce l’absence de femmes à la tête des festivals



Part belle pour les films de genre
Les films de genre et les films d’époque se sont taillé la part belle lors de cette 75e édition. Ils en sortent couverts de récompenses. The Favourite, film sulfureux du réalisateur grec Yorgos Lanthimos, qui met en scène le combat des femmes de la cour pour le pouvoir sous le règne de la reine Anne, dernière des Stuart, a reçu le Lion d’argent-Grand Prix du jury et la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine remise à Olivia Colman. Autre long-métrage en costumes, The Nightingale, de l’Australienne Jennifer Kent, seule femme réalisatrice en compétition, a reçu deux récompenses, malgré l’accueil frileux que lui a réservé la critique : le Prix spécial du Jury et le Prix Marcello Mastroianni du jeune acteur émergent pour le comédien aborigène Baykali Ganambarr.
La Coupe Volpi du meilleur interprète masculin a récompensé l’acteur américain Willem Dafoe, époustouflant Van Gogh dans At Eternity’s Gate, de Julian Schnabel, film dont on regrette qu’il n’ait pas été plus récompensé. Ont également reçu le Lion d’or pour l’ensemble de leur carrière, l’actrice britannique Vanessa Redgrave et le cinéaste canadien David Cronenberg.

Festival de Deauville : le Grand prix du jury attribué à « Thunder Road »
Le Grand prix du jury du festival du cinéma américain de Deauville a été attribué samedi 8 septembre à Jim Cummings, réalisateur et acteur principal de son premier film, Thunder Road.
La présidente du jury Sandrine Kiberlain a salué « un film insolite et si inventif, écrit, joué et réalisé par un jeune homme à part (…), un film qui a le mérite de ne ressembler à aucun autre ». « Quelle joie d’assister à la naissance d’un artiste, à l’arrivée d’une comète qui suscite les rires et les pleurs avec une singularité qui nous bluffe », a-t-elle ajouté. Le film de Jim Cummings sort mercredi en France.
Pour le reste du palmarès :
Le Prix du jury est attribué à deux films : Night comes on de Jordana Spiro, et American animals de Bart Layton ;Le Prix de la critique a été attribué à Blindspotting, du Mexicain Carlos Lopez Estrada ;Le Prix du public de la ville de Deauville est revenu à Puzzle de Marc Turtletaub ;Le prix de la Révélation présidé par Cédric Kahn échoit à « We the animals », un premier film de Jeremiah Zagar.





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ L’acteur de « Délivrance » et de « Boogie Nights » s’est éteint en Floride, jeudi 6 septembre, à l’âge de 82 ans.
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Burt Reynolds, figure du mâle américain, est mort

L’acteur de « Délivrance » et de « Boogie Nights » s’est éteint en Floride, jeudi 6 septembre, à l’âge de 82 ans.



LE MONDE
 |    07.09.2018 à 18h51
 • Mis à jour le
07.09.2018 à 19h05
    |

                            Jean-François Rauger








                        



                                


                            

Il fut, pour certains, une sorte d’idéal masculin, une figure de la virilité souriante, l’icône d’une époque où la puissance pouvait s’accorder avec la désinvolture « cool ». Il fut, un temps, un des acteurs les mieux payés d’Hollywood, une star et un sex-symbol nourrissant les fantasmes de son époque… avant que ceux-ci ne soient frappés de désuétude. Burt Reynolds est-il passé à côté d’une carrière qui eut pu être plus riche, plus ­intense sur la durée, plus éclatante, davantage comparable à celle de celui que l’on a considéré parfois comme son rival, Clint Eastwood ? Ce dont on se souviendra longtemps, au-delà de l’attachante figure masculine, c’est de la petite poignée de grands films auxquels il a participé. Burt Reynolds est mort jeudi 6 septembre à Jupiter (Floride) d’un arrêt cardiaque.
Il naît à Lansing, dans le Michigan, le 11 février 1936. Sa famille déménage en Floride. Son père, après une carrière militaire, ­devient policier. Le jeune homme révèle des qualités d’athlète et ­entre comme boursier à l’université d’Etat de Floride. Il y devient champion de football américain et est repéré par l’équipe de Baltimore. Une blessure contractée au cours d’un match, suivie d’un ­accident de voiture, met un terme à l’espoir d’une carrière de joueur professionnel. Il pense suivre les pas de son père en entrant dans la police, mais poursuit en parallèle ses études à l’université de Palm Beach, où l’on décèle chez lui des qualités de comédien. Il y obtient un prix pour sa prestation dans la pièce Outward Bound, de Sutton Vane, qui lui permettra d’obtenir une bourse pour intégrer une troupe de théâtre new-yorkaise. Il partira avec celle-ci en tournée, cumulant les fonctions de comédien et de chauffeur.

De retour à New York, il alterne les petits boulots et le théâtre. Il est repéré pour sa prestation dans la pièce Mister Roberts, de Thomas Heggen et Joshua Logan, avec Charlton Heston. Il débute, dès lors, une carrière à...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Le 13 septembre, aux Etats-Unis, sortira en salles « Museo ». Ce film à grand spectacle est produit par YouTube, qui, à la suite de Netflix et Amazon, bouscule l’économie du septième art, explique Philippe Escande, éditorialiste économique au « Monde ».
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Les géants du Net en passe de réussir le casse du siècle sur le cinéma mondial

Le 13 septembre, aux Etats-Unis, sortira en salles « Museo ». Ce film à grand spectacle est produit par YouTube, qui, à la suite de Netflix et Amazon, bouscule l’économie du septième art, explique Philippe Escande, éditorialiste économique au « Monde ».



LE MONDE
 |    07.09.2018 à 11h32
    |

            Philippe Escande








                        



                                


                            

Réveillon de Noël 1985. Dans tout le Mexique, on chante, on mange, on danse et on laisse la porte ouverte pour les amis ou les passants. Celle du Musée d’anthropologie de Mexico devait également être mal fermée ce soir-là, puisque deux jeunes gars sans histoire s’y sont introduits et ont volé près de 140 objets mayas et aztèques en or et jade d’une valeur inestimable. On ne les retrouvera que quatre ans plus tard.
C’est ce casse spectaculaire que raconte le film Museo du réalisateur mexicain Alonso Ruizpalacios. Il sortira en salle le 13 septembre à New York, puis dans d’autres villes aux Etats-Unis. Ce film raconte, en arrière-plan, une deuxième histoire, celle d’un autre casse du siècle, celui opéré par les géants de l’Internet sur le cinéma mondial. Car Museo a la particularité d’être l’une des premières productions à grand spectacle de YouTube, la filiale de Google.
A Cannes, on a décidé de bannir Netflix
Et nous n’en sommes qu’à la bande-annonce. Le Festival international du film de Toronto, qui se tient jusqu’au 16 septembre, accueillera une nouvelle production de YouTube, Viper Club, un film avec Susan Sarandon. Autre signe des temps, c’est un film très attendu, Outlaw King, le roi hors la loi de David Mackenzie produit par Netflix, qui devait ouvrir la session, ce vendredi 7 septembre.
Netflix inonde désormais tous les festivals mondiaux de ses productions, devançant à peine une autre star du Net, Amazon. Tous, sauf un. Dans un petit coin de la Côte d’Azur, un village résiste encore à l’invasion des geeks américains. A Cannes, on a décidé de bannir Netflix.
On comprend aisément le souci du festival de ne pas faire la promotion d’une œuvre réservée aux seuls abonnés de la plateforme américaine et d’imposer le passage en salle en France comme préalable à sa sélection. Le seul problème est que Netflix et Amazon sont devenus aujourd’hui les plus gros producteurs mondiaux de films et que leur...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ Le réalisateur a présenté « Fahrenheit 11/9 », brûlot politique qui assimile le président américain à Adolf Hitler.
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Article sélectionné dans La Matinale du 07/09/2018
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A Toronto, Michael Moore célèbre la résistance à Donald Trump

Le réalisateur a présenté « Fahrenheit 11/9 », brûlot politique qui assimile le président américain à Adolf Hitler.



LE MONDE
 |    07.09.2018 à 09h54
 • Mis à jour le
08.09.2018 à 06h33
    |

                            Thomas Sotinel (Toronto (Canada), envoyé spécial)








                        



                                


                            
Il n’y a pas de raison pour que le Festival de Toronto, dont la 43e édition a commencé le 6 septembre, se distingue du reste de l’Amérique du Nord – et du monde. Donald Trump règne en maître absolu sur les ­conversations, et pour l’une des soirées d’ouverture – celle de la section documentaire – sur l’écran.
Michael Moore a présenté ­Fahrenheit 11/9 (le 9 novembre 2016, les médias américains ont admis la victoire de Donald Trump sur Hillary Clinton), ­un pamphlet colérique, sincère et roublard, divaguant et provocant – un retour à la manière de son plus grand succès, Fahrenheit 9/11.
Le film de Michael Moore est à l’avant-garde d’une série de films politiques américains, documentaires ou fictions attendus au long du festival. Dans la première catégorie, on trouve les films de deux autres grandes figures du genre, que tout – méthode, style et inclinations politiques – oppose : Frederick Wiseman a filmé une petite ville au milieu des « flyover states » (les Etats qu’on ne fait que survoler) dans Monrovia, Indiana, pendant qu’Errol Morris a tenté de comprendre l’ancien conseiller du locataire de la Maison Blanche Steve Bannon dans American Dharma, déjà présenté à Venise. Les dirigeants du festival se demandent si le politicien d’extrême droite s’invitera à Toronto comme il l’a fait sur le Lido, ce qui pourrait provoquer quelque ­agitation dans une ville plutôt à gauche.
Côté fiction, on a déjà vu ­Monsters and Men, de Renaldo Marcus Green, qui examine en un récit éclaté les conséquences de la mort d’un ancien combattant afro-américain tué par la police de New York et l’on attend, entre autres The Frontrunner, de Jason Reitman, dans lequel Hugh Jackman incarne Gary Hart, candidat démocrate à la Maison Blanche en 1988, défait par un scandale sexuel.
Obsession de Trump pour sa fille
De sexe, il en est question dans Fahrenheit 11/9, car Michael Moore fait sienne...




                        

                        

