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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ La série créée par Phoebe Waller-Bridge est un concentré d’espionnage pur sucre mâtiné d’humour noir.
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« Killing Eve » : un thriller entre dures à cuire facétieuses

La série créée par Phoebe Waller-Bridge est un concentré d’espionnage pur sucre mâtiné d’humour noir.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 17h00
    |

                            Martine Delahaye








                        



   


Canal+, jeudi 13 septembre à 21 h 05, série
En 2016, dans sa série dramatique Fleabag (disponible sur Amazon), l’auteure et comédienne Phoebe Waller-Bridge se jouait allègrement des stéréotypes féminins en dépeignant la vie chaotique d’une jeune Londonienne en mal d’un amour-amant et d’un sens à sa vie.
Le défi est tout autre avec Killing Eve, puisque Phoebe Waller-Bridge n’y adapte plus sa pièce pour l’écran, comme avec Fleabag, mais le roman Codename Villanelle, de son compatriote Luke Jennings. Pour une série qui répond aux codes du thriller d’espionnage, mais dont les personnages principaux, une fois n’est pas coutume, sont féminins.
L’une se nomme Eve Polastri, et s’ennuie gentiment en tant qu’agent de bureau aux services secrets à Londres (le MI5). Passionnée de psychologie criminelle, elle va assez vite intégrer les services secrets extérieurs, le MI6, pour avoir enquêté à ses heures perdues sur une série de meurtres inexpliqués dans différentes villes d’Europe ; des meurtres dont le modus operandi l’a amenée à penser qu’ils sont perpétrés par une femme.
Cette piste, une fois acceptée par sa hiérarchie, la mène sur les traces d’une psychopathe mi-ado mi-femme fatale, dénommée Villanelle par ses mystérieux commanditaires. Or, ce qui devait s’apparenter à un jeu du chat et de la souris entre l’agent Eve Polastri et la tueuse à gages Villanelle va peu à peu évoluer en celui du chat traqué par la supposée souris…
Deux comédiennes de grand talent
Aussi différentes soient-elles (l’une, plutôt éteinte, mène une douce vie plan-plan, l’autre, solaire, sans cesse sur la brèche, change continûment de rôle et de ville), ces deux femmes ont en commun d’être des dures à cuire, déterminées et ambitieuses, tenaces, voire obsessionnelles, mais aussi facétieuses, parfois. Car Phoebe Waller-Bridge, tout en mettant en scène des espions, des trahisons et de la violence, n’a pas manqué d’épicer le tout de touches d’humour. Sans atteindre l’art des frères Coen – ou même de Noah Hawley, auteur de trois excellentes saisons recréant leur univers d’après Fargo –, mais sans décrédibiliser le thriller qu’entend être Killing Eve.
Une preuve magistrale en est donnée lorsque la patronne de la cellule secrète du MI6, Carolyn Martens (Fiona Shaw), se désole qu’Eve assiste à ce qu’elle va faire : pour obtenir les aveux d’un espion britannique retourné par les Russes, elle ne va ni le harceler ni le torturer, mais le prendre dans ses bras tel un bébé, expliquant qu’elle connaît bien le pauvre homme, qu’il a besoin d’amour…

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Sans révolutionner le genre pour autant, et non exempt de quelques longueurs, Killing Eve multiplie les changements de décor et d’ambiance, soutient rythme et suspense le plus souvent avec une belle constance, et met en scène deux comédiennes de grand talent : la jeune Jodie Comer (Docteur Foster, The White Princess) et Sandra Oh (ex-Grey’s Anatomy). Killing Eve vaut d’ailleurs à cette dernière d’être nommée pour l’Emmy Award de la meilleure actrice dans une série dramatique et à Phoebe Waller-Bridge de l’être pour son écriture. Les trophées seront remis lundi 17 septembre à Los Angeles.
Killing Eve, série créée par Phoebe Waller-Bridge. Avec Sandra Oh, Jodie Comer, Fiona Shaw (GB, 2018, 8 × 60 min). Disponible en intégralité et en version multilingue sur Canal+ à la demande dès ce jeudi 13 septembre.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Joseph Beauregard revient sur le parcours de l’ancien ouvrier devenu maire de Saint-Denis puis parlementaire avant de passer « du poing serré à la main levée ».
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« Jacques Doriot, le petit Führer français » : la dérive fasciste d’un ancien député communiste

Joseph Beauregard revient sur le parcours de l’ancien ouvrier devenu maire de Saint-Denis puis parlementaire avant de passer « du poing serré à la main levée ».



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 14h45
    |

            Christine Rousseau








                        



   


France 3, jeudi 13 septembre à 23 h 55, documentaire
Sous l’Occupation, il aura été, selon le politologue Jean-Yves Camus, de ceux qui s’engagèrent le plus loin dans la collaboration active. Pour preuve éclatante, après avoir créé en 1941 la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF), Jacques Doriot endosse l’uniforme allemand et prête serment à Hitler. Ainsi, en une poignée d’années, le fougueux député communiste qui se déclarait en 1924 le « soldat de l’Armée rouge » à l’Assemblée nationale bascula d’un bord à l’autre de l’échiquier politique.
Comment, en un mot, est-il passé « du poing serré à la main levée », selon l’expression de Joseph Beauregard ? A travers ce questionnement qui structure ce portrait, le documentariste tente, archives rares, analyses d’historiens et dessins de François Duprat à l’appui, de résoudre l’« énigme » Doriot.
Celle d’un homme issu de la classe ouvrière, métallo à Saint-Denis, qui, de retour du front, en 1918, s’engage dans les rangs du Parti communiste dont il devient l’une des étoiles montantes. Elu plus jeune député en 1924, celui qui aime provoquer verbalement autant que physiquement lorgne déjà sur les plus hautes fonctions.
Amertume et revanche
Mais l’année 1929 marque un coup d’arrêt à son ascension, lorsqu’il s’oppose à la ligne « classe contre classe » de Moscou, qui interdit toute alliance avec la SFIO. Au congrès du parti, Doriot est obligé de se rétracter publiquement. « L’effet est dévastateur », souligne l’historien Laurent Kestel. Son ambition se teinte alors d’amertume et de revanche : deux sentiments qui ne cesseront de croître au fil du temps et des humiliations.
Exclu du parti en 1934 pour avoir créé un comité de défense antifasciste avec des membres de la SFIO, le maire de Saint-Denis se retire dans son fief et entame une inexorable dérive droitière, matérialisée par la création du Parti populaire français en 1936. La guerre et la Révolution nationale s’apparentent à son grand soir. Ou presque. Lorsque Pétain révoque Laval, Doriot croit que son heure est arrivée. Mais, là encore, l’agitateur se voit souffler le poste par Darlan.

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Dès lors, s’appuyant sur ses miliciens, il n’aura de cesse de jouer de la surenchère auprès des Allemands pour assouvir sa soif de revanche. En vain. Le 22 février 1945, sur une route allemande, deux avions alliés abattent celui qui aura été un « bel exemple de fascisme à la française », selon l’historien Pascal Ory.
Jacques Doriot, le petit Führer français, de Joseph Beauregard (Fr., 2018, 60 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Ils ont été la révélation du festival Toros y Salsa. Leur album s’annonce comme la sensation latino de l’automne. Entretien avec Erik Ibars Castillo, co-leader du groupe barcelonais Compota de Manana.
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Compota de Manana : « On joue de la timba hardcore »

Ils ont été la révélation du festival Toros y Salsa. Leur album s’annonce comme la sensation latino de l’automne. Entretien avec Erik Ibars Castillo, co-leader du groupe barcelonais Compota de Manana.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 11h58
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 14h20
    |

                            Yannick Le Maintec








                        



   


Dimanche 9 septembre à Dax, des extraterrestres venus de Barcelone ont affolé les compteurs à coup de guitares décomplexées, de cuivres de folie et de percus à tout faire péter. Ils s’appellent Compota de Manana, s’apprêtent à sortir leur premier album, et parce que leur réputation dans le milieu des musiciens s’est répandue comme une trainée de poudre, on vous parie qu’il vont faire un carton. Le jazz et la salsa a rencontré Erik Castillo, batteur, chanteur et co-fondateur de Compota de Manana.

        Voir cette publication sur Instagram           Who Are Those Guys ? @compotademanana Une publication partagée par  Le Jazz et la salsa (@salsajazzblog) le 10 Sept. 2018 à 12 :23 PDT


Quelle est la signification du terme cubain « manana » ?
A Cuba, le terme manana est utilisé par les rumberos, les personnes qui s’intéressent au folklore pour définir quelqu’un qui joue avec cœur, sensibilité, authenticité, talent.
La rumba a été (est toujours) si présente dans l’idiosyncrasie cubaine que l’expression manana a dépassé la sphère musicale pour décrire une bonne personne ou une personne talentueuse, ou simplement ce qui vient du cœur.
C’est la raison pour laquelle nous tenions avoir ce mot dans notre nom. La compote est dense, juteuse, goûteuse. Nous sommes un mélange de gens et de genres, une « compota de manana ».
On sait bien que la plupart des gens dans le monde entier ne connaît pas ce mot, qu’ils vont le confondre avec « mañana » (demain), « manzana » (pomme), ou « banana » (banane). Ça nous amuse beaucoup.
Pouvez-vous nous présenter le projet ?
On a eu l’idée de « Compota de Manana » il y a trois ans. J’ai étudié la musique à Cuba. J’ai toujours considéré Cuba comme ma deuxième maison, la première même parfois. La musique que j’ai étudié est cubaine, et pendant que j’apprenais les percussions le folklore local m’a collé à la peau.
En rentrant de Cuba, j’ai rencontré Pardo et Manu Masaedo. J’ai réalisé tout ce que nous avions en commun, notre vision et notre amour de la musique cubaine. Nos goût se rejoignaient également sur des styles aussi divers que le rap, le rock ou le jazz. Toute notre jeunesse avait été marquée par le mélange de ces genres.
On a réalisé que la musique qu’on aimait tous les trois, la timba, la musique populaire cubaine née dans les années 90, était issue du folklore cubain et du tumulte de l’époque, et d’autres genres musicaux du moment comme le jazz, le funk, le R’n’B.
A partir de là, pourquoi pas appliquer cette approche à notre timba ? Pourquoi ne pas parler de ce qui se passe maintenant, en ce moment ? Pourquoi ne pas mélanger le folklore que nous aimions tant avec les genres que nous connaissions et avec lesquelles on avait grandi ?
La réponse était évidente. On a décidé de le faire, de travailler pour ce en quoi nous croyions, sans se comparer à qui que ce soit ou à quoi que ce soit.
Voilà comment est né « Compota de Manana », avec cet album qui s’appelle La Alternatimba, une timba alternative ou encore une alternative à la timba, ou juste la musique dans laquelle on croit.

        Voir cette publication sur Instagram           Ya queda menos! Cuenta atrás para el miércoles día 5! Compota de Manana en @lanaubcn. Gracias a @aaron.vibes y @anirivas por los vídeos! 🔝🔝🔝🔝 #newmusic #cubanmusic #hiphop #livemusic #alternatimba #compótate Une publication partagée par  Compota de Manana (@compotademanana) le 1 Sept. 2018 à 1 :54 PDT 

J’ai trouvé le concert que vous avez donné à Toros y Salsa plus rock que timba, en quelque sorte de la timba… hardcore ?
C’est exactement ça. J’adore l’idée. On joue de la timba hardcore !
Ce qu’on souhaite, c’est donner un live-show que tout le monde puisse aimer, avec de l’engagement et de l’énergie.
On n’a pas fait exprès de mettre en avant certains instruments comme la guitare électrique. On n’a pas non plus voulu adapter le spectacle au lieu ou au public parce que notre objectif est d’être fidèles à nous-même pour obtenir un résultat plein d’énergie, plaisant à jouer et puis voir ce que ça donne. Au fond ç’est l’idée : s’amuser et prendre du plaisir !
On a du mal imaginer que le concert que vous avez donné dimanche à Dax était le deuxième, et que le tout premier a eu lieu mercredi dernier…
On a été super-content du résultat et de la réception du public. Mais on sait aussi qu’un long chemin nous attend. On a beaucoup répété afin que chacun puisse donner le meilleur de lui-même au public, les gens qui nous suivent, qui ont payé leur place et pris du temps pour venir nous voir.
Vous jouez ensemble depuis longtemps ?
Avec certains, Pardo par exemple (piano), Ori (timbales) ou Albert (trombone) qui est aussi en charge de la section de cuivres. Pour d’autres c’est la première fois, comme par exemple Jannier Rodriguez, ancien membre d’Havana d’Primera.
Il faut aussi dire que, même si Pardo [le co-fondateur du groupe] et moi sommes là depuis le début, tous les membres du groupe sont essentiels. Pour réussir à travailler ensemble, les qualités humaines sont aussi importantes que les qualités artistiques. Petit à petit, le groupe devient une petite famille où chacun aide les autres et apporte sa contribution.



Erik, vous avez étudié à Cuba, n’est-ce pas ?
Je suis parti à Cuba pour étudier la musique vers seize ou dix-sept ans. Pendant mon enfance, ma mère m’a permis de cultiver mes envies artistiques en touchant aux arts plastiques, au théâtre, au cirque, à la musique.
Quand j’étais jeune et que j’apprenais les percussions, ce sont les tumbadoras (congas) que je préférais. Elles me fascinaient.
Entrainé par mon oncle, grand voyageur et fan de musique cubaine, et par ma soif d’apprendre, je suis allé à Cuba pour apprendre les percussions, la musique, et plus que tout ça, apprendre de la vie.
Je me suis beaucoup intéressé à la tradition, la culture, la musique populaire, la musique paysanne, le jazz. Wow ! Il y a tellement de musique et d’art à Cuba… C’est incroyable à voir, c’est difficile à expliquer.
J’ai étudié avec José Luís Quintana, « Changuito », tous les jours pendant deux ans. Sa femme Rosa et lui m’ont grand ouvert la porte de leur maison et m’ont aidé musicalement et personnellement. Apprendre avec « Changuito » fut l’une des plus grandes expériences de ma vie.
On peut trouver l’album sur Amazon. Je croyais qu’il n’était pas sorti…
Ça, c’est une drôle d’histoire.
Ce que vous avez pu écouter sur Amazon est un pré-mix. On a dû le faire pour avoir la chance d’être sélectionné aux Latin Grammy 2018, mais on ne pouvait pas tenir les délais. On a livré une version rapidement pour être disponible sur les plateformes numériques, ce qui était un prérequis. Présenter l’album à l’Académie était notre rêve, mais on n’était pas satisfait.
Le plan, c’était mixer avec German Landaeta, un des meilleurs ingés-son dans le monde. C’est ce qu’on est en train de faire. On sera prêt dans quelques jours !



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ La formation a entamé sa dernière saison avec son directeur musical, le Britannique Daniel Harding.
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Une rentrée mystique pour l’Orchestre de Paris

La formation a entamé sa dernière saison avec son directeur musical, le Britannique Daniel Harding.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 11h58
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 13h17
    |

                            Marie-Aude Roux








                        



   


Rentrée sous le signe de l’éclectisme pour l’Orchestre de Paris, qui a entamé, mercredi 12 septembre, sa dernière saison avec son directeur musical, Daniel Harding, lequel quittera ses fonctions, à sa demande, après un mandat de trois ans, en juin 2019. On imagine que les choses ne doivent pas être si simples entre le chef d’orchestre et ses musiciens, qui perdent coup sur coup leur directeur musical (le Britannique leur a élégamment fait savoir que leur côté latin n’était pas son genre) et leur indépendance – l’Orchestre de Paris doit fusionner structurellement avec la Philharmonie de Paris d’ici à janvier 2019.

        Lire le focus :
         

          L’intégration de l’Orchestre de Paris au sein de la Philharmonie annoncée pour 2019



Comme l’année précédente avec Purcell et Mahler, le chef britannique, qui a intégré le Chœur de l’Orchestre de Paris au programme, plébiscite le grand écart stylistique à défaut du rapprochement iconoclaste. Après le beau motet Christus mortuus est de Josquin des Près, chanté a cappella par six pupitres d’hommes dans un continuum sensuel (que l’acoustique analytique de la Philharmonie habillera d’un curieux contrepoint de sons chuintants), le magnifique Psaume 129 de Lili Boulanger, « Ils m’ont assez opprimé dès ma jeunesse ». Une musique composée au mitan de la guerre 14-18 par la petite sœur de la grande pédagogue, Nadia Boulanger, disparue à 26 ans il y a juste cent ans, déploration au lyrisme véhément, dotée d’une orchestration puissante et d’harmonies luxuriantes, et dont le langage, voisin de celui de Fauré et de Duruflé, démontre la force et l’originalité.
La densité tragique de cette pièce brève, cri de révolte et de douleur lancé à la face du ciel, peut préfacer en quelque sorte celle que Bruckner aurait appelée « la Fantastique », peut-être parce qu’il ne l’entendit jamais, la gigantesque Symphonie n° 5, réflexion théologique autour du mystère de la foi, du rapport de l’homme à dieu, inusitée aussi bien par ses proportions que par la complexité de sa forme.
Absence de lyrisme
Dès le premier mouvement, on comprend que la direction raffinée et pointilliste de Harding, non dénuée d’un certain maniérisme, refusera le monumental pour privilégier une sorte d’élégance chambriste, s’attachant au mystère du non-dit plutôt qu’au désespoir de celui qui doute. Tous les passages élégiaques ou retenus sont souplement mis en valeur, mais l’absence de lyrisme deviendra criante au fur et à mesure qu’on avance dans l’œuvre.
Le deuxième mouvement, sans doute happé par trop de transcendance, distillera même un certain ennui, malgré l’intelligence du propos, les belles interventions des vents (le solo de hautbois en forme de lied populaire) et les effets contrastants de pleins jeux d’orgue soufflés par l’orchestre. Même absence de pulsion vitale et de dynamisme primaire dans le très viennois « Scherzo, molto vivace » qui enchaîne sans crier gare. Les fameux longs « tunnels brucknériens » que l’on croyait désormais cantonnés aux dires surannés de musicologues plus ou moins obtus, semblent revenus au goût du soir. Comme si Harding refusait la part terrestre de cette musique, qui convoque sans rubato ni épanchement rythmique des danses comme la valse salonnarde ou le « Ländler » paysan.

        Lire le portrait :
         

          Les  premières scènes d’un chef parisien nommé Daniel Harding



Le dernier mouvement, après reprise cyclique de l’« Adagio » initial (du premier mouvement) – véritable hymne au contrepoint avec ses deux fugues puissamment développées – poussera cette baguette somme toute rétive à l’épopée dans ses derniers retranchements. C’est heureux pour l’auditeur qui aura bien mérité son apothéose finale, quand bien même sera-t-elle comme délivrée à regret.
Christus mortuus est, de Josquin des Près. Psaume 129 pour chœur et orchestre, de Lili Boulanger. Symphonie n° 5 en si bémol majeur, de Bruckner. Chœur de l’Orchestre de Paris, Orchestre de Paris, Daniel Harding (direction).
Disponible en streaming sur Radioclassique.fr jusqu’au 13 décembre.
Prochains concerts : Ives, Bartok, Berlioz, Janacek, avec Renaud Capuçon (violon), Stéphanie d’Oustrac (mezzo), Vincent Warnier (orgue), Jakub Hrusa (direction) les 19 et 20 septembre à 20 h 30. Philharmonie de Paris, Paris 19e. Tél. : 01-44-84-44-84. De 10 € à 50 €. philharmoniedeparis.fr



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Le photographe James Oatway a suivi une milice chargée d’expulser des squatteurs à Johannesburg.
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A Visa pour l’image, la violence des « fourmis rouges » sud-africaines

Le photographe James Oatway a suivi une milice chargée d’expulser des squatteurs à Johannesburg.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 11h44
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 15h31
    |

            Claire Guillot








                        



   


Salopettes rouges, casques du même ton, visières qui cachent le visage : les uniformes des « fourmis rouges » se détachent de façon spectaculaire et assez effrayante sur les murs sombres de Johannesburg. Derrière ce nom et ces habits étonnants se cache une société de sécurité privée de triste réputation en Afrique du Sud. Armés de pieds de biche et de boucliers, ses membres peuvent fondre sur un lieu à plusieurs centaines à la fois. Ils en délogent les squatteurs qui occupent illégalement des bâtiments ou des terrains, sans hésiter à recourir aux méthodes les plus brutales – tabassages, viols, meurtres. En suivant ces hommes pendant presque une année, le photographe James Oatway a rapporté des images non seulement frappantes mais symboliques des tensions qui traversent l’Afrique du Sud. Elles sont exposées au Festival international du photojournalisme de Perpignan jusqu’au dimanche 16 septembre.
Le nom de « fourmi rouge », en Afrique du Sud, est synonyme de violence et d’exactions. Mais le photographe sud-africain rencontré à Perpignan explique avoir voulu « aller plus loin que leur réputation de sales types. Ce sont des Sud-Africains normaux, victimes de la pauvreté, et ils viennent d’ailleurs des mêmes communautés que les gens qu’ils expulsent… » De fait, les images de James Oatway alternent entre des scènes de violence et d’expulsion, des visions d’incendies et de combats de rue, et d’autres surprenantes de douceur : on voit ainsi une « fourmi rouge » qui tient un bébé dans ses bras pendant que la mère de l’enfant fait les paquets. Dans d’autres images impressionnantes, au contraire, les « fourmis rouges » ressemblent à une armée sans état d’âme et prête à en découdre – certains membres portent des masques avec des têtes de mort destinés autant à effrayer les victimes qu’à cacher leur visage.
Fantômes de l’apartheid
Leurs victimes, elles, sont parfois des délinquants ou des drogués, plus souvent des familles sud-africaines qui ont quitté leur campagne pour chercher une vie plus confortable à la ville. « Au temps de l’apartheid, les Noirs n’avaient pas le droit d’habiter à la ville, rappelle James Oatway. Beaucoup ont ensuite déménagé pour se sentir inclus dans la société, pour avoir des meilleures  écoles pour leurs enfants, avoir accès à des soins médicaux. Mais la liste d’attente pour les logements sociaux peut être de dix ans à Johannesburg… Ils sont vraiment désespérés, et prêts à tout pour rester. Même à se battre ».
Les raids des « fourmis rouges », souligne James Oatway, sont légaux. La société œuvre souvent pour des propriétaires privés qui veulent faire respecter les avis d’expulsion émis par les tribunaux. Mais les plus gros clients sont les pouvoirs publics locaux, qui engagent cette milice privée aux méthodes musclées et demandent en parallèle à la police de leur prêter main forte. Les « fourmis rouges » servent à la fois pour vider les bâtiments occupés illégallement et pour empêcher les campements sauvages de s’établir dans les endroits vides. « Il y a toujours plus de gens qui viennent des campagnes et qui s’entassent aux pourtours des grandes villes, explique James Oatway. Et le gouvernement n’a pas la situation sous contrôle ».
Il ajoute que tous ces problèmes de logement ont des racines historiques et politiques : la question de la répartition de la terre est un sujet brûlant depuis l’apartheid, qui a vu les familles d’Afrikaners blancs s’accaparer les grandes propriétés agricoles. Ce sont leurs descendants qui en ont hérité.  Aujourd’hui, les élus de droite cherchent à faire respecter les titres de propriété, alors que les élus de gauche disent que ces terres ont été volées aux Noirs. James Oatway ne voit pas de solution à court terme : « C’est une question qui demande beaucoup de courage politique. Et en attendant, des milliers de gens n’ont nulle part où aller ».

        Lire l’enquête :
         

          A Visa pour l’image, les femmes dans l’objectif




        Lire aussi le récit :
         

          A Visa pour l’image, la malbouffe vue du ciel



« Les Fourmis rouges », de James Oatway. Couvent des Minimes, Perpignan. Exposition gratuite jusqu’au 16 septembre. Festival Visa pour l’image.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Artiste de variétés et député de la Douma, Iossif Kobzon est mort le 30 août à l’âge de 80 ans. Il a été enterré en grande pompe le 3 septembre.
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Iossif Kobzon, le « Sinatra russe », mi-crooneur mi-gangster


                      Artiste de variétés et député de la Douma, Iossif Kobzon est mort le 30 août à l’âge de 80 ans. Il a été enterré en grande pompe le 3 septembre.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 11h34
    |

            Benoît Vitkine








   


Durant des décennies, sa voix grave de crooneur a dominé la scène musicale de l’Union soviétique puis celle de la Russie. Iossif Kobzon, mort jeudi 30 août à l’âge de 80 ans, appartenait à cette catégorie mystérieuse des chanteurs adulés dans leur pays et inconnus une fois la frontière passée. Pour les Russes, il était bien plus qu’un indétrônable chanteur de variétés, une figure à la fois tutélaire et familière, celle qui accompagnait les samedis soir dans les gargotes miteuses comme les célébrations de Nouvel An à la télévision. Sa moumoute légèrement comique de Playmobil et son sourire figé au Botox ces dernières années n’y avaient rien changé. Compagnon immuable des foyers, il fut choyé par tous les gouvernements, jusqu’à son enterrement en grande pompe, lundi 3 septembre.

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Consacré Artiste du peuple de l’URSS
Iossif Kobzon était l’homme de tous les records, à commencer par celui de la longévité. Né dans une famille juive de Donetsk, en Ukraine, ses premières apparitions sur scène, enfant, remontent à des concerts donnés en hommage à Joseph Staline. Plus de 60 albums et 1 500 titres suivront, de la bluette sirupeuse au chant patriotique exaltant les valeurs guerrières. Son stakhanovisme, son timbre grave de baryton mais aussi son look très travaillé de crooneur lui avaient valu le surnom de « Frank Sinatra russe ». Consacré Artiste du peuple de l’URSS, sa plus haute distinction, Kobzon avait accompli le fait d’armes inégalé d’enchaîner douze concerts en une seule journée ; à une autre occasion, il était resté treize heures d’affilée sur scène.
Mais il existe une autre face du personnage, plus sombre et plus complexe, sur laquelle les médias russes, dans leurs hommages dithyrambiques, ont préféré ne pas s’étendre. Là aussi, il faut convoquer le souvenir de Frank Sinatra, connu pour avoir été l’ami et l’obligé de plusieurs chefs de la Mafia italo-américaine. Le nom de Iossif Kobzon, lui, s’inscrit dans la chronique criminelle des années 1990 et des guerres brutales que se livrèrent les mafias russes sur les ruines de l’Union soviétique. Le chanteur fut particulièrement proche de l’une de ces bandes, Solntsevskaïa, groupe formé dans le quartier de Solntsevo, l’une des nombreuses cités-dortoirs de Moscou. Spécialisé à l’origine dans le racket, les enlèvements et les assassinats, le gang devint rapidement l’un des plus puissants de Russie, capable d’acheter banques, policiers et politiciens.
Lié à la mafia russe
Kobzon, lui, parlait de simples « amitiés » et ironisait sur les rumeurs faisant de lui le boss de « la moitié de Moscou », mais son nom est apparu dans les enquêtes criminelles de plusieurs pays européens. Les polices italiennes et espagnoles, notamment, le considèrent comme un membre éminent, voire un dirigeant, de la « confrérie » de Solntsevskaïa. Les Etats-Unis, où le groupe avait étendu ses activités, interdirent le chanteur d’entrer sur leur territoire dès 1995. Volonté de se racheter, ou plus probablement d’obtenir des faveurs, Iossif Kobzon avait créé un fonds de soutien aux familles de policiers tués, en association avec son ami Otari Kvantrichvili, un mafieux géorgien abattu par un sniper en 1994, à la sortie d’un sauna de Moscou. Selon d’autres rumeurs, l’organisation caritative avait surtout pour fonction de blanchir de l’argent. Avec le même Kvantrichvili, le crooneur tenta aussi de lancer un parti politique, bizarrement nommé Parti des sportifs.

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Il lui faudra finalement attendre jusqu’à 1997 pour entrer au Parlement. Il y est alors élu comme député indépendant mais rejoint rapidement les rangs de Russie unie, la machine électorale formée par Vladimir Poutine. Au fil de sa carrière de député, Kobzon sera un soutien inconditionnel du président russe, qu’il propose en 2013 pour le prix Nobel de la paix. Le chanteur joua lui-même un rôle d’intermédiaire lors de la prise d’otages de plus de 800 personnes au Théâtre de la Doubrovka, à Moscou, par un commando tchétchène en 2002. Le « Sinatra russe » était également sous le coup de sanctions européennes (interdiction d’entrée dans l’UE et gel des avoirs) pour le soutien qu’il affichait résolument aux séparatistes prorusses du Donbass, sa région natale, en guerre depuis 2014 contre le pouvoir central ukrainien.
Nommé consul honoraire de l’autoproclamée « République populaire de Donetsk », où une statue à son effigie a été érigée, Iossif Kobzon s’était illustré en chantant fin 2014 un duo avec son dirigeant, Alexandre Zakhartchenko… tué dans un attentat vendredi 31 août, le lendemain du décès de l’illustre chanteur. Malgré les sanctions, Iossif Kobzon avait pu bénéficier d’un laissez-passer exceptionnel pour venir soigner en Italie le cancer de la prostate dont il souffrait depuis plusieurs années et qui a fini par l’emporter.



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ L’événement, organisé en réaction aux violences sexuelles dans les festivals musicaux, le 31 août et 1er septembre, à Göteborg, était réservé aux femmes, transgenres et personnes « non-binaires ».
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Statement, premier festival sans hommes en Suède


                      L’événement, organisé en réaction aux violences sexuelles dans les festivals musicaux, le 31 août et 1er septembre, à Göteborg, était réservé aux femmes, transgenres et personnes « non-binaires ».



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 09h15
    |

            Anne-Françoise Hivert (envoyée spéciale à Göteborg)








   


Une bière à la main, Karin, 24 ans, standardiste, ne regrette pas d’être venue au premier festival sans hommes, qui avait lieu sur les docks de Göteborg, les 31 août et 1er septembre. « Je voulais faire partie de ce mouvement de solidarité féminine, dit-elle, balayant la polémique. On ne dit pas que les hommes valent moins que nous, on aimerait juste qu’ils arrêtent de penser qu’on vaut moins qu’eux ! »
L’idée du festival, baptisé Statement, comme une déclaration, est née il y a un an. A l’été 2017, quelques mois avant la déferlante #metoo, les violences sexuelles dans les festivals musicaux apparaissent sur le devant de la scène. Le fléau est tel que les organisateurs du festival Bravalla, à Norrköping, décident de jeter l’éponge, après quatre plaintes pour viols et vingt-trois pour agressions sexuelles.
Les « hommes cis » sont priés d’aller voir ailleurs. Une règle qui s’applique à tous, des artistes à la sécurité, en passant par les techniciens et même les journalistes.
L’humoriste Emma Knyckare tweete alors, à moitié sérieuse, depuis son canapé : « Que pensez-vous de monter un superfestival où seuls les non-hommes seront les bienvenus, qu’on organisera jusqu’à ce que TOUS les hommes aient appris comment se comporter ? » Sur les réseaux sociaux, l’engouement est énorme. Une campagne de crowdfunding est lancée à l’automne pour « confirmer l’intérêt ». Elle rassemble 500 000 couronnes (plus de 47 000 euros) en un mois.
Le principe du festival est simple : seules les femmes, les transgenres ou personnes « non binaires » sont les bienvenus. Les « hommes cis » – ceux dont l’identité masculine correspond au genre assigné à la naissance – sont priés d’aller voir ailleurs. Une règle qui s’applique à tous, des artistes à la sécurité, en passant par les techniciens et même les journalistes. Seule exception : les musiciens accompagnant les chanteuses – mais, « quand ils ne sont pas sur scène, ils doivent rester dans leur loge », précise Ebba Lindqvist, chargée de la communication.

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Le concept soulève des critiques. Après avoir reçu plusieurs plaintes de particuliers, le médiateur contre les discriminations a ouvert une enquête. S’il reconnaît que les violences sexuelles dans les festivals constituent un « problème sérieux », son bureau s’interroge sur la légalité d’une exclusion des festivaliers « uniquement fondée sur leur sexe ».
« On ne dit pas que tous les hommes sont des violeurs, mais quasiment tous les violeurs sont des hommes. » Emma Knyckare, humoriste
« On ne dit pas que tous les hommes sont des violeurs, mais quasiment tous les violeurs sont des hommes, ce qui justifie la création d’un espace sécurisé, en tout cas jusqu’à ce que les choses changent », réagit Emma Knyckare, précisant que Statement n’est « pas une solution, mais une réaction ». L’idée n’est pas de « créer des clivages entre les gens », assure la chanteuse Loreen ; autrement, elle ne serait pas venue. « Mais, parfois, estime la gagnante de l’Eurovision 2012, il faut dire les choses un peu brutalement, que ça fasse un peu mal afin que la situation commence à bouger. »
En attendant, « on peut boire, danser, s’amuser, sans penser à ce qui pourrait nous arriver », lance Karin. Entre les deux scènes, aménagées sur les anciens docks de Göteborg, les 5 000 festivalières ont le choix : se faire tatouer, tester le métier d’électricienne, s’épuiser sur un château gonflable ou se poser sur une estrade couverte de moquette rose, sous une guirlande lumineuse. Emelia, 37 ans, jubile, en attendant de voir les Anglaises de Girlschool, un groupe de heavy metal entièrement féminin : « Je vais pouvoir aller devant la scène sans me prendre des coups ou des mains aux fesses. Je ne dis pas que tous les hommes sont agressifs, mais je n’avais pas imaginé à quel point l’ambiance pourrait être différente. »

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Pour Charlie, pasteur transgenre de 32 ans, une petite barbe de quelques jours, c’est un soulagement : « Je peux être moi-même. Je n’ai pas à avoir peur qu’on découvre que je ne suis pas un homme cis, ce qui cause souvent des tensions. » Il y a un an, il s’est fait tabasser à la sortie d’un bar. Avant de sortir, Beatriz, 37 ans, a appelé ses parents : « Je suis célibataire, j’habite une grande ville, ils ont tendance à s’inquiéter quand ils savent que je vais à un concert ou à un festival. » Ce soir-là, elle leur a dit qu’ils pouvaient dormir tranquille.



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ « Scala », de Yoann Bourgeois, est à l’affiche de la nouvelle salle parisienne jusqu’au 24 octobre.
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La Scala Paris fait un de ces cirques !

« Scala », de Yoann Bourgeois, est à l’affiche de la nouvelle salle parisienne jusqu’au 24 octobre.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 08h23
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 10h13
    |

                            Rosita Boisseau








                        



                                


                            

Bain de foule, mardi 11 septembre, à l’entrée de La Scala Paris pour l’inauguration du nouveau théâtre, fraîchement sorti de ses gravats. Bain de foule à la sortie pour le cocktail de fête, qui a débordé jusque sur le trottoir du boulevard de Strasbourg, dans le 10e arrondissement. Par où commencer dans la liste des artistes, personnalités, directrices et directeurs d’institution, qui se serraient les coudes pour célébrer l’ouverture et assister au spectacle Scala, mis en scène par Yoann Bourgeois ? Citons : la ministre de la culture, Françoise Nyssen, ­Vincent Macaigne, James Thierrée, Alain Platel, Olivier Dubois, Ariane Ascaride et Robert Guédiguian, Dominique Blanc, Thomas Jolly, Fabrice Hyber, Jack et Monique Lang, Yasmina Reza, Jean-Michel Ribes…

Yoann Bourgeois a intitulé cette nouvelle production pour sept ­interprètes Scala, comme pour mieux localiser ce qui serait une création in situ, rêvée spécialement pour l’espace, incrustée dans la coquille de cette nouvelle salle comme une perle dans son huître. C’est après une visite des ruines de ce qui fut un café-concert et un cinéma qu’il a eu « la ­vision d’une pièce qui montrerait le spectacle d’une structure : les ­dimensions de la cage de scène, sa texture, sa couleur, et puis aussi toute la machinerie… » Jusqu’au bleu ardoise profond si spécial, le « bleu Scala », imaginé par l’architecte Richard Peduzzi pour le théâtre, qui repeint toute la scénographie. Au risque que le décor, comme une inclusion, se fonde, se confonde, imbriquant plateau et salle. Un cadeau qui rend hommage au lieu sans pourtant évacuer les obsessions de Yoann Bourgeois.

Scala lui ressemble énormément. Le mot, qui signifie « échelle, ­escalier, gamme », ne pouvait d’ailleurs pas mieux coller à l’univers de l’artiste de cirque. Un escalier central débouchant sur le vide et l’infini, deux trampolines, une simili chambre et salon, une chaise plantée...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Le scénographe Richard Peduzzi a aidé les propriétaires, Mélanie et Frédéric Biessy, à faire renaître de ses cendres cette nouvelle salle de spectacles.
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A La Scala Paris, une rénovation qui annonce la couleur

Le scénographe Richard Peduzzi a aidé les propriétaires, Mélanie et Frédéric Biessy, à faire renaître de ses cendres cette nouvelle salle de spectacles.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 08h22
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 16h56
    |

            Isabelle Regnier








                        



                                


                            

Avec sa façade de verre sombre quadrillée de tiges bleu pétrole, avec ce nom plein de promesses qui s’y exhibe en ­volutes de néons, La Scala Paris déchire comme un diamant le tissu hétéroclite de vieilles pierres, de boutiques de produits ­capillaires, de pharmacies de quartier et autres vieux bars-tabacs qui font l’identité du boulevard de Strasbourg. L’entrée étroite, mais profonde, où se pressaient comme des sardines, mardi 11 septembre au soir, quelque 500 invités, donne la couleur du lieu : un bleu gris à la fois sombre et lumineux qui enveloppe tout l’espace, dont la teinte varie sur un vaste nuancier en fonction de l’éclairage et des couleurs qu’on lui oppose.

Pour le scénographe Richard Peduzzi, qui a aidé les propriétaires, Mélanie et Frédéric Biessy, à la faire renaître de ses cendres, cette nouvelle salle de spectacles devait incarner son époque comme l’ont fait en leur temps ses multiples avatars : luxueux café-théâtre fréquenté par Marcel Proust, où se produisirent, entre 1873 et 1929 des vedettes comme Mistinguett ou Fréhel, La Scala fut reconvertie, au tournant des années 1930, en salle de cinéma Art déco, où Jacques Tati, Jean-Luc Godard et bien d’autres ont présenté leurs films en avant-première, pour devenir, dans les années 1970, un complexe de salles spécialisé dans le porno avant de finalement tomber en ruines…

Salle modulable
Entre ces murs chargés d’histoire, le « bleu Scala » de Peduzzi diffuse un climat chaleureux, quelque peu insulaire, voire nautique, qu’un design tout en lignes épurées innerve d’une tension rigoureusement moderne. « Je voulais qu’on soit toujours dans la salle, y compris quand on est au restaurant, explique l’ancien complice de Patrice Chéreau, qui a travaillé sur ce projet en étroite collaboration avec son assistante, Laure Montagné, et l’architecte italien Hugo Bericat. J’ai pensé ce théâtre comme un lieu unique, en jouant avec des contrepoints, des couleurs, tout à...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ L’inclassable actrice et metteuse en scène franco-suisse ose un duo inattendu avec un cheval. A voir du 15 au 23 septembre au Théâtre Nanterre-Amandiers, dans le cadre du 47e Festival d’automne à Paris.
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Laetitia Dosch : la belle et la bête

L’inclassable actrice et metteuse en scène franco-suisse ose un duo inattendu avec un cheval. A voir du 15 au 23 septembre au Théâtre Nanterre-Amandiers, dans le cadre du 47e Festival d’automne à Paris.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 08h00
    |

                            Fabienne Darge








                        



   


C’est peut-être une histoire de peau, de membrane poreuse entre soi et le monde. La peau que Laetitia Dosch a diaphane, comme la plupart des rousses, mais ce n’est pas la raison pour laquelle cette enveloppe délicate, presque transparente, semble fonctionner comme un capteur. Plutôt une affaire de sensibilité, évidemment. En ce soir de juin, la jeune femme vibre de tout son être, sous les grands pins du Domaine d’O, à Montpellier, au sortir de la représentation de Hate : une création dont elle signe le texte et la mise en scène, dans laquelle elle joue, et qui, après Lausanne et Montpellier, arrive à Nanterre, où il ne faut pas la manquer.
Le spectacle est à son image : d’une singularité totale. La belle, sortie d’un tableau de Botticelli, y joue, peau contre cuir, avec la bête. En l’occurrence un cheval nommé Corazon (« cœur », en espagnol), à la robe gris truité. Ils sont nus tous les deux, ce qui se remarque plus chez elle que chez lui. Il semblerait bien que Laetitia Dosch ne fasse rien comme une autre, et ce depuis le début.
« J’ai toujours été la bizarre de la famille », résume-t-elle. Hétérogène à son milieu ultratraditionnel et catholique du 8e arrondissement de Paris. « En même temps, ma famille était étrange, à sa manière, on vivait avec mes grands-parents, oncles et tantes, et au milieu d’animaux, vivants ou morts. A la maison, il y avait deux mondes parallèles : celui des adultes, et celui des animaux et de moi. Mais c’est bien que je sois tombée chez les “cathos”, comme cela, je n’ai pu reproduire aucun schéma », dit-elle avec cet humour léger, faussement naïf, qui la caractérise.
Esprit grinçant
C’est bien dans son lycée privé catholique, pourtant, qu’elle découvre le théâtre, qui la sauve d’une adolescence mutique et solitaire. Et c’est bien dans le théâtre qu’elle plonge, à corps perdu, elle qui apparaît aujourd’hui comme une des égéries du jeune cinéma d’auteur français. Avec un éclectisme, une curiosité, une originalité qui lui font faire le grand écart entre des formes très différentes, qu’elle marque pourtant toujours de son identité.
Elle a joué Shakespeare aux côtésd’Eric Ruf, le patron de la Comédie-Française, ou sous la direction de la metteuse en scène Mélanie ­Leray, tout en furetant dans l’univers nettement plus expérimental et performatif des chorégraphes Marco Berrettini et La Ribot. Et elle a écrit son premier spectacle, ­Laetitia fait péter…, parodie de stand-up, où elle joue une humoriste un peu débile, qui fait des blagues sur les vieux, les juifs et les Noirs. Laetitia Dosch ne craint pas d’avoir l’esprit grinçant.
« Au début ça n’a pas très bien marché pour moi. Je n’étais pas “casable”. On ne savait pas si j’étais drôle ou pas drôle, jolie ou moche. »
« Ma vocation, c’est vraiment d’être actrice, précise-t-elle. Tout pour moi est parti de là, de l’amour des acteurs au cinéma, Meryl Streep en tête. Si j’avais eu beaucoup de boulot intéressant, je n’aurais jamais écrit, je crois. J’ai profondément le goût du jeu, de rentrer dans un personnage, de le fouiller et de le transmettre à d’autres. Mais voilà, au début ça n’a pas très bien marché pour moi. Je n’étais pas “casable”. On ne savait pas si j’étais drôle ou pas drôle, jolie ou moche. »
Tant mieux pour elle. Laetitia Dosch a travaillé sa singularité, et déployé une palette d’univers, de registres et d’intérêts hors du commun dans un monde où les jeunes actrices sont souvent des produits interchangeables. Et laissé s’épanouir un jeu, une façon d’être, qui est un cocktail unique de fantaisie, de radicalité, d’acuité, de douceur, de force et de fragilité.
Elle peut parler du jeu d’acteur pendant des heures – elle a d’ailleurs écrit des portraits de comédien (ne) s pour les Cahiers du cinéma –, insiste sur le fait que c’est un métier à travailler « et pas seulement de la présence ou de la manipulation par un metteur en scène », se place sous les figures tutélaires de Meryl Streep mais aussi de Jeanne Moreau, Romy Schneider ou Delphine Seyrig, des actrices des années 1970 comme Miou-Miou ou Isabelle Huppert, et des acteurs américains, notamment Johnny Depp et Joaquin Phoenix.
« Acteur, c’est vraiment un des plus beaux métiers du monde, pour moi, parce que ça demande de s’intéresser concrètement à d’autres personnes, d’autres vies. S’imaginer que l’on est quelqu’un d’autre, c’est faire le constat que l’on n’est pas tous si différents, finalement… C’est un métier qui amène à s’ouvrir, à mieux comprendre le monde qui nous entoure, et à le faire par notre propre expérience, notre propre corps. »
La classe et le ridicule
Et c’est bien avec ces armes-là, instinct, intelligence et sensibilité mêlés, qu’elle invente une nouvelle figure d’actrice-auteure, de spectacle en spectacle. Après Laetitia fait péter…, elle a conçu Klein, drôle d’objet scénique entre Lewis Carroll et Buster Keaton, puis Un album, dans lequel elle allait déterrer une figure largement aussi déviationniste qu’elle, celle de l’humoriste suisse Zouc.
La belle aime aller gratter là où c’est trouble, dérangeant, là où ça dérape. Mais contrairement à la grande performeuse espagnole Angelica Liddell, qu’elle admire par ailleurs, elle veille à ne pas ass ommer le spectateur. « D’abord parce que j’aime bien rigoler, faire des blagues. Et parce que j’ai envie de faire des pièces dont les gens, moi comprise, sortent en ayant envie de vivre. »
Ce parcours l’a menée à créer ce spectacle inclassable et réjouissant, qui n’a rien à voir avec les formes de théâtre équestre existantes, celle de Bartabas en tête. Laetitia Dosch en a eu l’idée en tournant, à l’été 2016, un western fauché au fin fond des Etats-Unis. « Je passais mes journées à cheval, et je trouvais que l’animal donnait de la distance. Il y avait une beauté dans son écoute du monde. Je suis rentrée en me disant que j’allais faire un spectacle avec un cheval, et je suis allée travailler avec Judith Zagury, de l’école-atelier Shanju, qui forme au cirque et au théâtre équestre. »
Et ainsi la voilà amazone, nue, excepté l’épée glissée dans son fourreau, parlant à Corazon de tout, de rien et surtout de nous, et imaginant une histoire d’amour avec lui. « J’aime beaucoup le mélange de classe et de ridicule », sourit-elle. Hate frôle le ridicule à tout moment, avec un humour fou, pour parler, avec beaucoup de classe, de deux ou trois choses qui nous préoccupent : la solitude, le rapport à l’autre, qu’il soit humain ou animal, la relation à la nature, l’interrogation sur ce qui est ­ « contre-nature ». Ou pas.
Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec le Festival d’automne à Paris.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Nicolas Offenstadt a longtemps sillonné les ruines de l’ex-République démocratique allemande, Etat effacé en 1990. Il en livre l’histoire ordinaire dans « Le Pays disparu ».
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Histoire d’un livre. Rechercher la RDA à hauteur de trottoir

Nicolas Offenstadt a longtemps sillonné les ruines de l’ex-République démocratique allemande, Etat effacé en 1990. Il en livre l’histoire ordinaire dans « Le Pays disparu ».



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 07h45
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13.09.2018 à 10h00
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                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
Le Pays disparu. Sur les traces de la RDA, de Nicolas Offenstadt, Stock, « Les essais », 424 p., 22,50 €.

Il y a tant d’Atlantide. Les civilisations, les nations, les villes sont mortelles ; elles finissent toutes, un jour, par être englouties. Mais cela prend plus ou moins de temps. La République démocratique allemande (RDA), née en 1949 dans la zone d’occupation soviétique d’une ­ Allemagne divisée en deux, a eu besoin de moins d’un an pour disparaître, entre la chute du mur de Berlin (9 novembre 1989) et la réunification avec la République fédérale (3 octobre 1990), qui a marqué son effacement définitif.
Brusque passage de la présence à la trace
Ou plutôt, écrit Nicolas Offenstadt dans Le Pays disparu, sa transformation en « un pays à l’horizontale », qui « se retrouve sur les tables des vide-greniers, par terre dans les hangars ou dans les usines abandonnées ». L’historien, qui a enseigné deux ans à l’université de Francfort-sur-l’Oder, dans l’ex-RDA, arpente ce territoire depuis longtemps, bien qu’il ne l’ait jamais visité avant la réunification. Son livre explore les vestiges laissés par ce brusque passage de la présence à la trace, d’une réalité politique singulière – celle d’un communisme autoritaire, fondé, à la fois, sur des acquis sociaux et une surveillance constante du peuple – au désir de l’abandonner à l’oubli ou, parfois, plus étrangement, à des formes de nostalgie.
Celles-ci ont pris un nom dans l’Allemagne réunifiée : « ostalgie », nostalgie de l’Est (der Osten), laquelle, au tournant du siècle, est même devenue une mode. La jeunesse branchée a commencé à rouler dans les vieilles voitures brinquebalantes de la RDA, à donner des « Ostalgie Partys » où l’on dansait dans des uniformes est-allemands. « Il y a beaucoup de condescendance dans ce terme », explique Nicolas ­Offenstadt au « Monde des livres » – une...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Pascale Fautrier découvre en la sainte bénédictine (1098-1179) une femme de politique autant que de religion.
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Biographie. Hildegarde de Bingen, mystique mythique

Pascale Fautrier découvre en la sainte bénédictine (1098-1179) une femme de politique autant que de religion.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 07h45
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13.09.2018 à 09h57
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                            Zoé Courtois (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Hildegarde de Bingen. Un secret de naissance, de Pascale Fautrier, Albin Michel, 350 p., 22 € (en librairie le 19 septembre).

C’est sûr, l’histoire aurait été plus remarquable encore si Hildegarde de Bingen (1098-1179) était réellement née pauvre, dans un modeste village de Rhénanie-Palatinat, et qu’elle s’était hissée, seule, à force de travail et de visions mystiques, au rang d’abbesse de Disibodenberg, le monastère où elle a composé d’admirables pièces liturgiques, inventé une langue complexe parlée d’elle seule et écrit deux traités de médecine.
N’en déplaise aux inconditionnels de la méritocratie, on saura désormais qu’Hildegarde est née noble, au sein d’une famille riche et puissante, dans la forteresse de Böckelheim. Une correction biographique fondamentale, à laquelle Franz Staab (1942-2004), historien de l’université de Coblence-Landau (Allemagne), a travaillé jusqu’à sa mort.
Selon Pascale Fautrier, qui poursuit ses travaux, le « secret de naissance » de la bénédictine est essentiel : il permet de comprendre que sa prodigieuse carrière religieuse est avant tout due à son appartenance à la classe dominante. Plus largement, cette découverte rend possible une meilleure mesure de l’interpénétration du fait politique et du fait religieux au XIIe siècle.
Fine stratège
Oblitérer le politique dans la vie de la moniale, ce serait par exemple ne lire dans ses lettres, quand son amie intime, la moniale Richardis de Stade, quitte l’abbaye, que l’amertume d’un cœur amoureux blessé et non le sentiment de trahison d’une aristocrate qui voit se retirer, en même temps que Richardis, le soutien de la famille noble de celle-ci. Les manœuvres d’Hildegarde, au demeurant, sont plus souvent couronnées de succès.
Grâce à l’appui de sa famille à Böckelheim, la mystique obtient notamment l’autorisation de la papauté pour déménager son abbaye dans un endroit plus lucratif, à Bingen, sous...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « L’Homme qui voulait acheter le langage », de Pascal Chabot.
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Figures libres. Pour parler, abonnez-vous au forfait langage

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « L’Homme qui voulait acheter le langage », de Pascal Chabot.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 09h48
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                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
L’Homme qui voulait acheter le langage. Drame philosophique, de Pascal Chabot, PUF, 110 p., 9 €.

Nous parlons à nos téléphones, à nos enceintes connectées. Nous leur donnons des ordres. Nous commandons à la voix services, informations, produits. Le monde nous obéit. Pour désigner cette activité, on utilise encore le vieux verbe « parler ». Le mot fut ­associé, naguère, à quantité de pratiques langagières – délires amoureux, chants poétiques, démonstrations théoriques, exhortations politiques… S’il demeure le même, les registres sont radi­calement distincts.
Quand nous nous adressons aux autres humains, c’est pour séduire ou menacer, instruire ou distraire, faire obéir ou désobéir… entre autres. En revanche, lorsque nous donnons des ­instructions à Siri, ­Google Assistant et compagnie, nous accomplissons uniquement des actes suivis d’effets, qui sont autant d’opérations moné­tisables.
Tel est le point de départ de la courte pièce de théâtre – « drame philosophique » – intitulée L’Homme qui voulait acheter le langage, que signe aujourd’hui Pascal Chabot, philosophe inventif à qui l’on doit déjà plusieurs ­essais et fictions. Son intuition : la logique du développement numérique risque de disqualifier toute parole simplement évocatrice, ou purement descriptive, qu’elle soit poétique ou scientifique. Il ne resterait que les ­actes linguistiques ­efficaces, directement opérationnels, capables d’agir sur le monde, passant des commandes, transmettant des ordres, énonçant des faits.
Le progrès n’étant que « le devenir banal de l’impensable », il suffit de faire un dernier pas pour ­parachever le cauchemar. Imaginons qu’on élabore l’algorithme qui répondra avec discernement aux formulations floues de chacun. Votre phrase « Je veux passer une journée tranquille » débouchera aussitôt sur des propositions commerciales ajustées à ­votre profil – habitudes, consommation antérieure,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Catherine Rihoit dégage l’écrivaine anglaise (1775-1817) du carcan des idées reçues.
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Biographie. Si romanesque Jane Austen

Catherine Rihoit dégage l’écrivaine anglaise (1775-1817) du carcan des idées reçues.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 07h45
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                            Zoé Courtois (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        


Jane Austen. Un cœur rebelle, de Catherine Rihoit, Ecriture, 462 p., 24 € (en librairie le 19 septembre).

   


Qu’est-ce qui a tué Jane Austen (1775-1817) ? Pour ses contemporains, la romancière anglaise est morte de consomption, l’affection emblématique des jeunes femmes en mal d’amour. Ecrire était à leurs yeux un pis-aller, une manière d’endiguer le spleen de la vieille fille. Quelque deux cents ans après sa mort, Catherine Rihoit veut dégager ce « cœur rebelle » du carcan des idées reçues.
Selon elle, ce n’est pas pour fuir l’amour que l’auteure d’Orgueil et préjugés (1813) écrit, mais pour tenter de faire face à la violence de ses sentiments. Elle met en avant son mépris du sentimentalisme, son ironie mordante. Jane Austen, note-t-elle, croyait en un « principe de réparation par la littérature ». Dans Emma (1815), l’attente récompensée de l’amoureuse blessée, Jane Fairfax, vaut rectification pour la romancière, moins heureuse en la matière.
Vitalité dangereuse
Catherine Rihoit décrit aussi l’étonnant pragmatisme de la femme d’affaires, consciente d’appartenir à l’industrie naissante de l’entertainment, qui épiait les remarques de ses lecteurs dans les librairies et les notait subrepticement. Terrifiée par la précarité, elle précise d’ailleurs systématiquement la hauteur des revenus de ses héroïnes. L’amour et l’argent, « raison et sentiments ».
La vitalité de Jane Austen est dangereuse. Difficile, en la lisant, d’obéir à l’injonction qu’assène la société victorienne aux femmes : « N’en faites pas tout un roman ! » Précisément, Catherine Rihoit livre ici une biographie fort romanesque, imaginant pensées et secrets pour faire battre par l’invention le cœur de Jane. Comme si, dans une formidable contagion, il n’était pas possible de ne pas faire roman en lisant la romancière – c’est peut-être cela, ce « poison » romanesque contre lequel le XIXe siècle nous mettait en garde.
A consulter, sur Jane Austen



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ L’historien (1918-2007), auteur des « Droites en France » en 1954, est demeuré toute sa vie fidèle à un réformisme centriste adossé à la spiritualité de l’Action catholique.
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Biographie. René Rémond, passeur d’histoire

L’historien (1918-2007), auteur des « Droites en France » en 1954, est demeuré toute sa vie fidèle à un réformisme centriste adossé à la spiritualité de l’Action catholique.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 09h54
    |

                            Antoine Flandrin








                        


René Rémond. Une traversée du XXe siècle, de Charles Mercier, préface de Pierre Nora, Salvator, 300 p., 22 €.

   


L’écriture d’une biographie s’apparente à la construction d’un tombeau, rappelle l’historien Charles Mercier. Depuis dix ans, il travaille à l’édification de celui de René Rémond (1918-2007). Après lui avoir consacré une thèse, publiée en deux livres distincts, Autonomie, autonomies. René Rémond et la politique universitaire au lendemain de Mai 1968 (Publications de la Sorbonne, 2015) et René Rémond et Nanterre. Les enfantements de 68 (Le Bord de l’eau, 2016), il lui restait à retracer son parcours.
Une gageure : président de la Fondation nationale des sciences politiques de 1981 à 2007, élu à l’Académie française en 2001 et auteur d’un classique, Les Droites en France (Aubier, 1954), René Rémond laissa derrière lui plusieurs livres d’entretiens sur son itinéraire, une égo-histoire, mais aussi cent quarante-cinq boîtes d’archives personnelles.
Face aux choix importants
Plaçant Rémond devant différentes toiles de fond, Charles Mercier s’attelle à restituer la complexité de ses processus de décision face aux choix importants. Son choix de la Résistance fut guidé par sa lecture des Grecs anciens ; celui de l’histoire contemporaine par son appartenance chrétienne : il consacre son premier livre au prêtre breton Lamennais (1782-1854) : Lamennais et la démocratie (PUF, 1948).
Insistant sur la continuité de son positionnement intellectuel – René Rémond est demeuré toute sa vie fidèle à un réformisme centriste adossé à la spiritualité de l’Action catholique –, Charles Mercier donne à voir un historien pleinement investi dans sa fonction d’enseignant – il prononça encore soixante-quatre conférences au cours de l’année 2005-2006, à près de 90 ans. Une biographie fouillée permettant de mieux cerner cet historien qui fit la conquête d’un passé de plus en plus proche.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Dans son essai « Sorcières. La puissance invaincue des femmes », Mona Chollet rappelle comment un qualificatif infamant est devenu un symbole féministe.
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La sorcière contre le patriarcat

Dans son essai « Sorcières. La puissance invaincue des femmes », Mona Chollet rappelle comment un qualificatif infamant est devenu un symbole féministe.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 09h23
    |

                            Gilles Bastin (Sociologue et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Sorcières. La puissance invaincue des femmes, de Mona Chollet, Zones, 240 p., 18 €.

La scène a été photographiée en Pologne au mois de mars, pendant les manifestations contre le durcissement de la législation sur l’avortement. Une jeune femme – blouson de cuir et masque en papier sur le visage – tient une pancarte sur laquelle est inscrit un cri de ralliement des mouvements féministes contemporains : « Nous sommes les petites-filles des sorcières que vous n’avez pas réussi à brûler. » Quelques mois plus tôt, les membres du « Witch Bloc » défilaient à Paris au cri de « Macron au chaudron ! ».

Etrange figure que celle de la sorcière. Avant d’être érigées par certaines, depuis les années 1960, en symbole de la lutte des femmes contre toutes les formes de domination masculine, les sorcières furent persécutées entre le XVIe et le XVIIIe siècle, essentiellement en Europe et en Amérique. Bien que certains hommes aient aussi été accusés de sorcellerie, ce sont des femmes qu’inquisiteurs et exorcistes poursuivirent et auxquelles ils firent subirent d’atroces supplices parce qu’elles vivaient à l’écart, n’enfantaient pas ou ne fréquentaient pas les églises.
Jusqu’à aujourd’hui le mot transporte le pire du sexisme patriarcal. Les hommes n’appellent en effet « sorcières » que les femmes qui s’affranchissent de leur loi en refusant de se laisser cantonner au gazouillis insignifiant en matière de conversation, en ne chérissant pas béatement l’enfantement ou en ne soumettant pas leur corps – cheveux compris – aux canons de beauté qu’ils ont édictés. Dernier exemple en date : des électeurs de Donald Trump et des soutiens de Bernie Sanders qualifièrent Hillary ­Clinton de « sorcière » pendant la campagne présidentielle américaine de 2016.
Grande chasse
Dans ce livre écrit d’une plume alerte, la journaliste Mona Chollet rappelle certaines caractéristiques...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Dans « Perdre sa culture », l’anthropologue David Berliner analyse un travers de sa discipline : la tendance à sanctuariser la nostalgie.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
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L’anthropologie, parfois si passéiste

Dans « Perdre sa culture », l’anthropologue David Berliner analyse un travers de sa discipline : la tendance à sanctuariser la nostalgie.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 07h45
    |

                            Anne Both (Anthropologue et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Perdre sa culture, de David Berliner, Zones sensibles, 154 p., 15 €.

La Fontaine nous avait prévenus : « Rien n’est si dangereux qu’un ignorant ami » (L’Ours et l’Amateur des jardins). Telle pourrait être la morale du nouveau livre de David Berliner, Perdre sa culture. L’anthropologue y aborde la question de la perte à travers un angle original : le vague à l’âme éprouvé par ceux qu’angoisse la disparition possible des cultures, des traditions, et qui prétendent les défendre. Il montre, par exemple, comment l’Unesco, avec la contribution d’une palanquée d’experts, d’ingénieurs, de consultants et d’architectes (surtout français) a transformé l’ancienne capitale royale Luang Prabang, au Laos, en sanctuaire de la nostalgie.
Indochine postiche
Au nom de la préservation de l’authenticité et de la valeur du site pour les uns, d’un enchantement passéiste pour les autres, la ville aux trente-quatre temples a été inscrite sur la liste du Patrimoine mondial en 1995. Deux décennies plus tard, des centaines de milliers de touristes se délectent sans scrupule de cette Indochine postiche, à l’ambiance prétendument inchangée. Bien sûr, la population locale a vu son niveau de vie s’améliorer. Mais, agacée par les nouvelles contraintes imposées aux maisons traditionnelles et coloniales (pas de vitres, pas de pots de fleurs, pas de laque sur les bois…), elle préfère les transformer en maisons d’hôtes et s’installer à la périphérie, dans des habitations au confort moderne. Ainsi, le tak baad, rituel matinal d’offrandes aux moines bouddhistes, est désormais uniquement pratiqué, dans certains quartiers, par… des touristes.
Lire également : « Luang Prabang : péril au paradis »
Les anthropologues n’auraient, semble-t-il, guère à envier à ces nostalgiques pour qui « le présent est toujours déjà envahi par un horizon terrible ». David Berliner...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ La chronique de Catherine Malabou, à propos de « Pourquoi la torture ne marche pas », de Shane O’Mara.
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Mutations. Raison d’être de la torture

La chronique de Catherine Malabou, à propos de « Pourquoi la torture ne marche pas », de Shane O’Mara.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 10h17
    |

                            Catherine Malabou (Philosophe)








                        



                                


                            
Pourquoi la torture ne marche pas. L’interrogatoire à la lumière des neurosciences (Why Torture Doesn’t Work. The Neuroscience of Interrogation), de Shane O’Mara, traduit de l’anglais (Irlande) par Margaret Rigaud, Editions Markus Haller, 362 p., 26 €.

En 2009, à la demande de Barack Obama, ont été publiés des « mémos de la torture » (« Torture Memos »). Ces documents secrets de la CIA, rédigés sous George W. Bush, relataient les diverses techniques d’interrogatoire pratiquées par l’armée américaine au nom de la « guerre contre le terrorisme ». Leur existence même prouvait, si cela était encore nécessaire, que les démocraties libérales n’avaient pas renoncé à la torture malgré la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, adoptée en 1984 par les Nations unies.
Le but principal et officiel de la torture est l’obtention d’informations que l’on croit stockées dans la mémoire du prisonnier afin, dans le cas de l’offensive américaine en Irak, de « déjouer des complots, capturer des terroristes, sauver des vies ». Mais le neuroscientifique irlandais Shane O’Mara, dans Pourquoi la torture ne marche pas, montre que la torture est impuissante à sonder la mémoire puisqu’elle la détruit au lieu de la produire. Traumatisé, sidéré, le cerveau ne peut accomplir ce qu’on lui demande.
« Pour qu’une souffrance physique relève de la torture, il faut qu’elle soit d’une intensité équivalente à la douleur qui accompagne un dysfonctionnement sérieux du corps, comme une défaillance organique ou physiologique, voire la mort », dit un des « Torture Memos », signés par le procureur Jay Bybee en 2002. Or les troubles neuropsy­chiatriques qui résultent de la torture constituent bien, de fait, une défaillance organique, mais celle-ci est contre-productive dans la mesure où le cerveau n’est plus capable d’assurer ses fonctions régulatrices...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Dans « Faux calme », l’écrivaine argentine Maria Sonia Cristoff retourne dans la région de son enfance, que l’oubli menace, et en rapporte d’intenses témoignages.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
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Dans « Faux calme », l’écrivaine argentine Maria Sonia Cristoff retourne dans la région de son enfance, que l’oubli menace, et en rapporte d’intenses témoignages.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 09h24
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                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Faux calme. Voyage dans les villes fantômes de Patagonie (Falsa Calma. Un recorrido por los pueblos fantasma de la Patagonia), de Maria Sonia Cristoff, traduit de l’espagnol (Argentine) par Anne Plantagenet, Le Sous-sol, 240 p., 21,50 €.

Maria Sonia Cristoff n’a pris conscience de l’isolement de la Patagonie – l’une des régions les moins densément peuplées au monde – qu’à l’adolescence, lorsque l’appel de la civilisation et la promesse d’un accès plus aisé aux livres l’ont décidée à s’installer à Buenos Aires. Vingt ans après avoir quitté sa province natale, l’écrivaine argentine, née en 1966 à Trelew, y est retournée pour saisir ce trait « éminemment patagonique » qu’est l’isolement. Le débusquer « dans ses aspects les plus extrêmes ». C’est nourrie de récits de voyage qu’elle a cherché à pénétrer l’esprit de cette contrée reculée. A mille lieues des clichés dépeignant la Patagonie comme une terre d’évasion exotique, elle a choisi à dessein cinq villages « fantômes » – plus exactement quatre villages et une petite ville –, cinq expressions d’une solitude plus ou moins assumée, plus ou moins sclérosante, qui lui ont parfois donné l’impression d’être dans un « décor de science-fiction ». Ce sentiment d’étrangeté infuse, parfois jusqu’au vertige, chacun des dix chapitres de Faux calme : un livre dense, dont l’écriture, aride et intense, ainsi que la proximité brute entre la narratrice et ses sujets d’observation rappellent certains textes de Joan Didion sur l’Amérique rurale des années 1960 et 1970.
L’auteure y évoque ainsi la légende, bien ancrée dans la population d’El Cuy, du Maruchito : un jeune garçon tué par son contremaître pour avoir joué de la guitare, et devenu un faiseur de miracles après sa mort. Malheur à qui omet de s’arrêter devant son sanctuaire et d’y déposer une offrande. La narratrice en fera l’expérience lorsque l’autobus qu’elle empruntera...




                        

                        


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Peter Stamm attend la résurrection

Un homme rencontre son double et retrouve, inchangée, une jeune femme perdue depuis longtemps. « La Douce Indifférence du monde », puissant roman.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 07h30
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                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
La Douce Indifférence du monde (Die sanfte Gleichgültigkeit der Welt), de Peter Stamm, traduit de l’allemand (Suisse) par Pierre Deshusses, Christian Bourgois, 144 p., 15 €.

Un homme et une femme, lui, vieillissant, elle toute jeune encore, se promènent dans un cimetière, à Stockholm. Ils s’approchent d’un bâtiment, déchiffrent sur le mur une inscription en suédois : « Chapelle de la résurrection ». « C’est là qu’on garde les morts ? me demanda Lena en posant sa main à plat sur l’une des portes. Peut-être qu’il y en a un qui est allongé là et qui attend la résurrection. » La scène se situe au début de La Douce Indifférence du monde, qu’il est difficile ensuite de ne pas lire à cette lumière : comme l’histoire d’un homme allongé là, et qui attend – mais quoi ?
La différence, c’est qu’on ne le sait pas, et lui moins encore, narrateur emporté dans une histoire dont il ignore où elle va, et ce qu’elle signifie. De fait, elle a à voir avec la résurrection, en tout cas le retour, ou la persistance, de ce qui fut, mais sur le registre du conte. Un jour, il a rencontré son double : un jeune veilleur de nuit, dans un hôtel, lui tenait la porte et : « Je m’aperçus que c’était moi. » Un peu plus tard, chez lui, en Suisse, dans une université où il est venu parler de son métier d’écrivain, il voit le jeune homme dans la salle. Il le suit jusqu’à la porte de son appartement, où son propre nom est écrit. Il veut connaître la vie de cet Alex. Ce qu’il en apprend est très simple. Il l’a déjà vécue, et écrite, dans le roman que lui a inspiré sa passion brève et inoubliable, lorsqu’il avait l’âge d’Alex, pour une jeune comédienne, Magdalena.
Magdalena, comme arrachée à l’absence
Et c’est ainsi qu’on se retrouve à pousser la porte d’une chapelle, dans un cimetière suédois, auprès d’une jeune femme qui rêve sur les morts, et à qui vous racontez votre jeunesse – mais elle est en...




                        

                        

