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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Deux journalistes de l’agence de presse ont été condamnés à sept ans de prison pour avoir enquêté sur un massacre de Rohyingha. Par solidarité, « Le Monde » publie leur travail.
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Birmanie : l’article qui a conduit deux journalistes de Reuters en prison

Deux journalistes de l’agence de presse ont été condamnés à sept ans de prison pour avoir enquêté sur un massacre de Rohyingha. Par solidarité, « Le Monde » publie leur travail.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 17h44
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 17h55
   





                        


Document. Les dix captifs rohingya, attachés les mains dans le dos et reliés les uns aux autres par une cordelette, regardent leurs voisins bouddhistes creuser une sépulture. Nous sommes le 2 septembre au matin. Quelques instants plus tard, les dix seront morts, deux tombés sous les coups de machette de villageois bouddhistes, les autres sous les balles de soldats.
Un vieil homme d’Inn Din nous a remis trois photographies prises entre l’arrestation des dix par des soldats, dans la soirée du 1er septembre, et leur exécution, le 2 septembre, peu après 10 heures du matin.
« Une tombe pour dix hommes, résume Soe Chay, un ancien soldat retiré dans le village qui dit avoir été l’un de ceux qui ont creusé la fosse. Quand ils ont été enterrés, certains poussaient encore des cris. »
L’agence Reuters a reconstitué le déroulement des journées ayant précédé la mort de ces dix hommes dans la localité d’Inn Din, un village de pêcheurs de 7 000 habitants environ
Cette tuerie est l’un des épisodes de la violente crise qui secoue depuis des mois l’Etat d’Arakan, dans le nord de la Birmanie. Depuis la fin du mois d’août, près de 690 000 Rohingya ont fui leurs villages et franchi la frontière du Bangladesh.
Les Rohingya, communauté musulmane, accusent l’armée birmane d’incendies volontaires, viols et meurtres. Les Nations unies ont évoqué un possible génocide. Le pouvoir birman parle pour sa part d’opérations légitimes de sécurisation consécutives à des attaques menées contre des postes de police par les insurgés de l’Armée du salut des Rohingya de l’Arakan (ARSA).
L’agence Reuters a reconstitué le déroulement des journées ayant précédé la mort de ces dix hommes dans la localité d’Inn Din, un village de pêcheurs de 7 000 habitants environ, à une cinquantaine de kilomètres au nord de la capitale régionale, Sittwe, recueillant notamment le récit de villageois bouddhistes qui ont admis avoir participé à la tuerie. Le témoignage de membres des forces de sécurité implique aussi pour la première fois des soldats et des policiers paramilitaires.
Les événements ont débuté le 25 août, quand des rebelles rohingya ont attaqué une trentaine de postes de police et une base militaire de l’Etat d’Arakan. L’attaque la plus proche s’est produite à 4 km à peine au nord d’Inn Din.

   


Craignant pour leur sécurité, plusieurs centaines de bouddhistes d’Inn Din ont cherché refuge dans un monastère. Un habitant, San Thein, a expliqué que les villageois bouddhistes craignaient d’être attaqués par leurs voisins musulmans. Le 27 août, quelque 80 soldats de la 33e Division d’infanterie légère de l’armée birmane prennent position dans le village et s’engagent à les protéger. Cinq villageois de confession bouddhiste racontent que l’officier commandant le détachement a annoncé aux habitants qu’ils pourraient se porter volontaires pour participer à des opérations de sécurité.
Des soldats et des policiers portaient des vêtements civils afin de ne pas être reconnus
Dans les jours qui ont suivi, selon les récits d’une dizaine d’habitants bouddhistes, des soldats, des policiers et des villageois organisés en groupes de sécurité, armés de machettes, de bâtons et, pour certains, d’armes à feu, ont incendié la plupart des maisons des Rohingya musulmans.
Un des policiers dit avoir reçu l’ordre oral de la part de son commandant pour « aller nettoyer » les zones d’habitation des Rohingya. Il dit avoir compris qu’il fallait détruire ces maisons. Un autre policier raconte que des raids ont également été menés dans les environs pour empêcher les Rohingya de revenir. Des soldats et des policiers portaient des vêtements civils afin de ne pas être reconnus. Un assistant médical de l’infirmerie d’Inn Din, Aung Myat Tun, 20 ans, a raconté qu’il a pris part à plusieurs de ces raids. « Les maisons des musulmans étaient faciles à brûler, avec leurs toits de chaume, raconte-t-il. Les anciens du village enroulaient des robes de moine au bout de bâtons, les arrosaient d’essence et faisaient ainsi des torches. Nous n’avions pas le droit d’emmener de téléphone. La police nous a dit qu’elle tuerait ceux qui prendraient des photos. » Un témoin affirme avoir entendu la voix d’un enfant dans une des maisons qui a brûlées.
Soe Chay, le soldat retraité qui a creusé les fosses des dix Rohingya, dit qu’il a participé à une autre tuerie. Les militaires ont découvert trois hommes et une femme rohingya derrière une meule de foin. L’un d’eux avait un téléphone qui pouvait être utilisé pour prendre des photos incriminantes. Les soldats ont dit à Soe Chay de faire ce qu’il voulait de lui. « J’ai commencé à le frapper avec une machette et un soldat a tiré sur lui quand il est tombé à terre. » 
Le 1er septembre, plusieurs centaines de Rohingya d’Inn Din tentent de se mettre à l’abri sous des bâches sur une plage voisine de leur village
Lorsque les Rohingya ont fui Inn Din, leurs anciens voisins se sont emparés de leurs poulets et de leurs chèvres. Les biens de plus grande valeur, comme les bovins ou les motos, ont été collectés par le commandant du 8e Bataillon de police de sécurité et revendus, selon un policier et l’administrateur du village.
Joint par téléphone, ce commandant, Thant Zin Oo, s’est refusé à tout commentaire. Un porte-parole de la police, le colonel Myo Thu Soe, a annoncé pour sa part qu’une enquête serait menée sur ces allégations de pillage.
Le 1er septembre, plusieurs centaines de Rohingya d’Inn Din tentent de se mettre à l’abri sous des bâches sur une plage voisine de leur village. Parmi eux, disent des témoins, se trouvent les dix qui seront capturés dans la soirée et tués le lendemain. Aujourd’hui réfugiées au Bangladesh, les familles ont identifié les dix victimes d’après des photos qui leur ont été montrées. Cinq d’entre eux, Dil Mohammed, 35 ans, Nur Mohammed, 29 ans, Shoket Ullah, 35 ans, Habizu, 40 ans, et Shaker Ahmed, 45 ans, sont des pêcheurs ou des vendeurs de poissons. Deux autres, Abul Ashim, 25 ans, et Abdul Majid, 45 ans, tiennent des magasins ; deux, Abulu, 17 ans, et Rashid Ahmed, 18 ans, sont étudiants, et le dernier, Abdul Malik, 30 ans, est un prédicateur musulman.
Ce 1er septembre, l’imam, Abdul Malik, retourne au village pour récupérer des vivres et des bambous afin de consolider son abri. Lorsqu’il regagne la plage, sept soldats au moins et des villageois armés le suivent. Arrivés sur la plage, les militaires réunissent les Rohingya – ils sont environ 300 – et choisissent les dix hommes. « Je ne pouvais pas très bien entendre mais ils ont pointé mon mari et lui ont demandé de venir, raconte Rehana Khatun, 22 ans, la femme de Nur Mohammed. Les militaires ont dit qu’ils voulaient des hommes pour une réunion. Ils ont dit au reste d’entre nous de rester sur la plage. »
Une première photographie prise ce soir-là montre les dix hommes agenouillés sur un des chemins du village. Le lendemain, ils sont conduits près d’un cimetière bouddhiste où ils sont de nouveau photographiés. Des membres des forces de sécurité les interrogent sur la disparition d’un fermier bouddhiste du village du nom de Maung Ni.
Abdul Malik, l’imam, est décapité par le premier fils ; le second lève sa machette et l’abat sur le cou d’un autre captif. Les huit autres sont tués.
Des témoins disent que Maung Ni a disparu le 25 août à l’aube, alors qu’il était avec son troupeau. Plusieurs témoins disent qu’il aurait été tué mais n’avoir jamais eu confirmation d’un lien entre cette disparition et les dix captifs.
Trois témoins racontent la suite : les dix hommes sont conduits par des soldats jusqu’à l’endroit où ils vont mourir. D’après Soe Chay, le militaire à la retraite qui a aidé à creuser la fosse, le commandant de l’escouade propose aux fils de Maung Ni, le fermier disparu, de leur porter les premiers coups.
Abdul Malik, l’imam, est décapité par le premier fils ; le second lève sa machette et l’abat sur le cou d’un autre captif. Les huit autres sont tués. Puis deux ou trois balles sont tirées dans le corps de chacun. Les cadavres des dix hommes sont alors jetés au fond de la fosse. C’est la troisième photo.
En octobre, des habitants d’Inn Din ont montré aux deux reporters de Reuters le lieu supposé de l’exécution. Les reporters ont vu un chemin fraîchement tracé, de la terre retournée semée d’ossements, de bouts de tissus et de cordes. Des photos ont été montrées par Reuters à trois médecins légistes internationaux qui affirment qu’il s’agit d’ossements humains. « Mon mari est mort, dit Rehana Khatun. Il est parti pour toujours. Je ne demande rien que la justice pour sa mort. »
L’homme qui a remis les photos aux journalistes de Reuters explique son geste : « Je veux être transparent dans cette affaire. Je ne veux pas qu’elle se reproduise à l’avenir. »
[Cette enquête de Reuters a donc conduit à l’arrestation et à la condamnation des deux journalistes de l’agence, Wa Lone et Kyaw Soe Oo. Le 10 janvier, l’armée birmane a pourtant confirmé une partie des informations de l’enquête, reconnaissant que des soldats avaient assassiné dix « terroristes » musulmans capturés au début du mois de septembre à Inn Din. « Des villageois et des membres de forces de sécurité ont avoué avoir commis des meurtres », précise ce communiqué militaire, rare aveu d’exactions commises dans l’Etat de Rakhine. « Nous ne nions pas ces allégations de violations des droits de l’homme. Et nous ne les rejetons pas en bloc », a également déclaré le porte-parole du gouvernement birman, Zaw Htay. Quant au cadre général des opérations militaires en Arakan, Zaw Htay appelle la communauté internationale à « comprendre qui a commis les premières attaques terroristes ». « Si une attaque de ce genre se produisait dans des pays européens, aux Etats-Unis, à Londres, New York, Washington, que diraient les médias ? »]

« Le Monde » témoigne sa solidarité
Le texte que nous publions ci-dessous est un article diffusé par l’agence britannique de presse Reuters en février. Son contenu est exceptionnel : il est le fruit d’une enquête révélant comment dix villageois rohingya ont été sommairement exécutés en septembre 2017 par des soldats birmans aidés de paysans bouddhistes locaux. Au moment où se déchaînait la violence de l’armée contre la minorité musulmane de Birmanie, forçant 700 000 d’entre eux à se réfugier au Bangladesh. Mais cette dépêche, qui regroupe l’enquête signée Wa Lone et Kyaw Soe Oo et les suites relatées par Reuters après leur arrestation, a aussi valeur de témoignage et d’acte de solidarité : les deux journalistes ont été arrêtés en décembre 2017 (donc avant la publication de leur travail par l’agence) pour, précisément, avoir enquêté sur ce crime.
Le 3 septembre, les deux reporters birmans attachés au bureau de Reuters de Rangoun ont été condamnés chacun à une peine de sept années de réclusion pour « violations de secrets d’Etat ». Dix jours plus tard, Aung San Suu Kyi, la dirigeante birmane, a justifié leur condamnation, estimant qu’ils avaient « enfreint la loi » en enquêtant sur ce massacre. Leur « faute » est précisément d’avoir tenté de reconstituer l’exécution sommaire des villageois, dont un imam, en se faisant remettre les photos ensuite largement diffusées de ces dix hommes agenouillés, en train de regarder leurs exécuteurs creuser leurs tombes… D’autres clichés montraient les cadavres des suppliciés, leurs corps portant des traces de balles et de machettes.
La condamnation des deux journalistes a provoqué une indignation internationale, notamment de Paris et de Londres, ainsi que celle de l’ONU. Tout démontre en effet que le procès des deux jeunes journalistes, âgés de 32 ans et de 28 ans, est un « montage », fruit d’une véritable vengeance d’Etat contre deux reporters s’approchant trop près de la vérité.
Le cauchemar de Wa Lone et de Kyaw Soe Oo commence le 12 décembre 2017 : ce jour-là, alors qu’ils enquêtent déjà depuis des semaines sur le massacre des villageois d’Inn Din, dans le nord de l’Etat de l’Arakan, où vivent les Rohingya, ils reçoivent un surprenant coup de fil : un sous-officier du 8e bataillon de la police les convie à le rencontrer dans un bar à bières de Rangoun. Il leur promet des informations exclusives. Les trois hommes discutent de la situation en Arakan puis le policier leur remet de mystérieux documents roulés dans un journal. Mais à peine les deux reporters ont-ils quitté le bar qu’ils sont entourés de policiers en civil. « Vous possédez des documents secrets ! », hurle l’un d’eux. Les deux reporters sont menottés et emmenés dans la tristement célèbre prison d’Insein.
Les audiences du procès vont rapidement montrer à quel point sont fragiles les charges qui pèsent contre eux. A la barre des témoins, des policiers donnent des versions fantaisistes ou vagues des conditions de l’arrestation des deux journalistes. Surtout, un capitaine de la police révèle qu’un de ses subordonnés a été chargé par un haut gradé de « piéger » les deux reporters. Le sous-officier chargé de tendre le piège s’appelait Naing Lin, le même qui avait donné rendez-vous aux deux journalistes dans le bar à bières…
La décision du juge, qui a préféré ignorer ces informations accablantes, démontre à quel point le verdict n’est pas celui d’une simple décision de justice. En publiant cette dépêche, Le Monde témoigne sa solidarité à l’égard de confrères victimes de la dérive autoritaire d’une Birmanie où la liberté de la presse est en danger.





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ L’avocat fiscaliste Jérôme Turot explique dans une tribune au « Monde » que la réforme du prélèvement à la source va nuire à la capacité des contribuables de décider eux-mêmes de l’utilisation d’une partie de leurs impôts.
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« Le prélèvement à la source risque de sonner le glas de la fiscalité incitative »

L’avocat fiscaliste Jérôme Turot explique dans une tribune au « Monde » que la réforme du prélèvement à la source va nuire à la capacité des contribuables de décider eux-mêmes de l’utilisation d’une partie de leurs impôts.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 17h16
    |

Jérôme Turot (Avocat fiscaliste, membre du Cercle des fiscalistes)







                        



                                


                            

Tribune. En France, l’impôt est intelligent. Notre système fiscal français tant décrié – souvent à tort – a une immense qualité : nous avons en matière d’impôt sur le revenu une tradition de fiscalité incitative, offrant de nombreuses possibilités de réductions fiscales et de crédits d’impôt.
Ce système de déductions fiscales favorise une fiscalité intelligente et démocratique.
Intelligente, puisqu’elle incite les citoyens à se montrer socialement utiles (crédits d’impôts en faveur de la famille), écologiquement responsables (crédits d’impôt pour la transition énergétique), investisseurs intrépides (logement social, outre-mer, jeunes entreprises), et philanthropes (associations et fondations).
C’est surtout une fiscalité démocratique, puisqu’elle permet au contribuable de décider lui-même de l’utilisation d’une partie de son impôt. Ainsi, le contribuable qui estime que l’Etat n’aide pas suffisamment la recherche contre le cancer ou la défense de la langue occitane peut le faire à sa place, en y affectant une partie de son impôt via un don à une fondation ou association : on permet aux contribuables de décider directement des dépenses publiques à la place de l’Etat.
La capacité pour les contribuables de dédier leur impôt à un but utile, altruiste ou tout simplement familial, sera-t-elle préservée ? Dans l’immédiat, les crédits d’impôts sont sauvegardés, puisqu’on nous annonce que les contribuables obtiendront, le 15 janvier 2019, le versement anticipé de 60 % du montant des crédits d’impôt auxquels ils ont eu droit en 2018.
Une mesure de circonstance
Mais le versement de cet acompte n’est pas inscrit dans notre droit fiscal, ce n’est qu’une mesure de circonstance ; il est douteux qu’elle soit reconduite en 2020 et au-delà, car cet acompte sera extrêmement coûteux en trésorerie pour l’Etat, et posera de difficiles problèmes de gestion.
Tout d’abord, on voit mal comment l’administration pourrait verser...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Le psychanalyste et essayiste décrypte les différentes perceptions qu’ont les Indiens de l’homosexualité, en fonction des époques et des communautés.
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Sudhir Kakar  : « L’Inde ancienne était en général silencieuse sur le sujet de l’homo­érotisme »

Le psychanalyste et essayiste décrypte les différentes perceptions qu’ont les Indiens de l’homosexualité, en fonction des époques et des communautés.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 15h59
    |

            Julien Bouissou (New Delhi, correspondance)








                        



                                


                            
Sudhir Kakar est un psychanalyste et essayiste indien, auteur de plusieurs ouvrages dont Eros et Imagination en Inde (Des Femmes, 1990), Fou et Divin (Seuil, 2010), ou encore L’Ascète du désir (Seuil, 2001).
Dans quel contexte la dépénalisation de l’homosexualité a-t-elle été prononcée, le 6 septembre, par la Cour suprême indienne ?
En Inde, hormis quelques membres de l’élite anglophone des grandes villes, les hommes qui ont des relations avec des hommes – et ils sont nombreux – ne s’identifient pas comme homosexuels. Ils ne compromettent donc pas leur identité masculine, qui consiste à se marier et à avoir des enfants.
­Ashok Row Kavi, un militant transgenre de la cause gay, ­raconte que, quand il était jeune et que sa famille le poussait à se marier, il avait explosé de colère en leur disant qu’il aimait « baiser les hommes ». « Je m’en fiche de savoir si tu baises avec des crocodiles ou des éléphants, lui avait répondu sa tante, mais pourquoi ne peux-tu pas te marier ? »

Par ailleurs, les lesbiennes n’existent tout simplement pas – du moins en apparence. Encore une fois, les Indiens n’ignorent pas leur existence, mais pensent que cette sexualité est liée à la frustration sexuelle des célibataires, des veuves ou des femmes qui n’ont pas de rapports sexuels avec leurs maris. Par exemple, dans le film Fire, sorti en 1998 sur les écrans indiens, les deux femmes qui entretiennent une liaison amoureuse sont malheureuses en ménage. Le propos du film a néanmoins créé une énorme polémique et des militants hindous ont mis le feu à des salles de cinéma.
Comment l’homosexualité était-elle perçue dans le passé de l’Inde ?
L’Inde ancienne est en général silencieuse sur le sujet de l’homo­érotisme. La définition moderne de l’homosexualité repose sur l’idée d’une préférence pour un partenaire de même sexe alors que ; dans l’Inde ancienne,...




                        

                        


<article-nb="2018/09/13/19-4">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ La loi sur la « société de confiance », promulguée le 10 août, offre aux sociétés de vraies possibilités de soulager la lourdeur et la fréquence des procédures, souligne l’avocat Arnaud Cabanes dans une tribune au « Monde ».
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Il faut « rétablir la confiance entre les usagers et les entreprises et leurs services publics »

La loi sur la « société de confiance », promulguée le 10 août, offre aux sociétés de vraies possibilités de soulager la lourdeur et la fréquence des procédures, souligne l’avocat Arnaud Cabanes dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 15h15
    |

Arnaud Cabanes (Avocat à la cour, spécialiste en droit public, associé chez Baker McKenzie)







                        



                                


                            

Tribune. La loi pour « un Etat au service d’une société de confiance », adoptée le 31 juillet à l’Assemblée nationale, a été promulguée le 10 août. Le titre de cette loi intrigue forcément car, même si l’on oublie parfois que l’Etat de droit est au service des citoyens, venir souligner que l’Etat est au service d’une société de confiance n’est pas anodin. Qu’est-ce qu’une « société de confiance » ?
On est tenté de répondre que c’est sans doute le contraire d’une « société de défiance ». Et de fait, le gouvernement et le Parlement cherchent bien à lutter contre la défiance d’une partie des usagers envers les administrations publiques. L’objectif poursuivi consiste, une nouvelle fois, à rapprocher les usagers de leurs services publics en rétablissant un lien de confiance parfois rompu, parfois seulement distendu.
Les usagers des services publics sont aussi bien les particuliers que les entreprises. Rétablir la confiance des particuliers vise à renforcer le bon fonctionnement de nos institutions ; rétablir la confiance des entreprises vise à renforcer notre économie en gommant des obstacles bureaucratiques souvent décriés.
Servi et aidé plutôt qu’empêché
Dans les deux cas, la confiance désigne une disposition d’esprit, une assurance motivée par la certitude que l’on a d’être servi et aidé plutôt qu’empêché : elle suppose la tranquillité. Autant dire qu’elle ne se décrète pas et qu’elle ne se mesure que dans le secret des comportements.
C’est précisément pour cela que la loi du 10 août retient l’attention. Parmi de multiples dispositions, une innovation est suffisamment notable pour qu’elle donne, peut-être, le signal d’un début de changement de paradigme administratif.

Toute personne pourra désormais demander à faire l’objet d’un contrôle par l’administration dès lors que celui-ci est prévu par un acte législatif ou réglementaire. Si la personne ayant sollicité le contrôle est de bonne...




                        

                        


<article-nb="2018/09/13/19-5">
<filnamedate="20180913"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180913"><AAMMJJHH="2018091319">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Pour sortir durablement de la rue, il est nécessaire de placer les personnes au cœur de l’accompagnement affirment, dans une tribune au « Monde », les acteurs du dispositif « Convergence », Emmaüs Défi, avec Emmaüs France et la Fédération des acteurs de la solidarité Ile-de-France.
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Lutte contre la grande pauvreté : « Un accompagnement renforcé et adapté porte ses fruits »

Pour sortir durablement de la rue, il est nécessaire de placer les personnes au cœur de l’accompagnement affirment, dans une tribune au « Monde », les acteurs du dispositif « Convergence », Emmaüs Défi, avec Emmaüs France et la Fédération des acteurs de la solidarité Ile-de-France.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 15h00
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 15h48
    |

Collectif







                        



                                


                            
Tribune. Patrick vit à la rue depuis cinq ans, Rachid depuis trois ans, Marie vient de perdre son logement. Tous ont envie de travailler. Mais comment peut-on trouver la force de travailler tous les matins quand on est cassé par la rue, qu’on ne dort plus vraiment à cause de l’insécurité qui règne ?
En adaptant à l’extrême le travail à la personne, le dispositif « Premières Heures », lancé en 2009 par Emmaüs Défi, permet à des sans-abri de reprendre un travail et d’intégrer une structure d’insertion. On parle ici des premières heures de travail, après des mois ou des années passées à la rue.

Mais Patrick fait face à de grosses difficultés de santé, notamment psychiques. Marie fait une demande de logement avec l’assistante sociale du centre d’hébergement où elle vient d’avoir une place. Elle a un suivi justice et a aussi engagé une démarche de reconnaissance pour son handicap physique. Rachid, ancien comptable, n’a pas travaillé depuis dix-huit mois et a une addiction à l’alcool. Qui aujourd’hui est prêt à faire le pari que, dans trois ans, ils auront un emploi et un logement pérennes ?
Freins à l’insertion
Tout le monde peut travailler mais, pour cela, innover est indispensable. Indépendamment de l’aptitude aux postes de travail qui leur sont confiés, les personnes qui ont connu la rue présentent en moyenne six à sept freins à l’insertion et sont accompagnées par plusieurs référents sociaux suivant chacun une problématique spécifique.
En 2015, une première évaluation d’impact social de l’expérimentation lancée en 2012 fait la preuve de résultats encourageants
Pour sortir durablement de la rue, il est nécessaire de placer les personnes au cœur de l’accompagnement. C’est l’objectif de l’expérimentation « Convergence » lancée par Emmaüs Défi en 2012 avec le soutien de l’Etat, de la Ville de Paris et de fondations privées. Elle s’appuie sur des moyens renforcés mobilisant un important réseau partenarial d’acteurs territoriaux...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Qu’elles soient privées ou publiques, les dettes ne cessent de s’accumuler, faisant peser de nouveaux risques sur le système financier mondial.
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Dix ans après Lehman Brothers : la dette grandit, le risque aussi

Qu’elles soient privées ou publiques, les dettes ne cessent de s’accumuler, faisant peser de nouveaux risques sur le système financier mondial.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 14h59
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 15h02
    |

            Marianne Boyer et 
                                Maxime Mainguet








                        



   





                            


                        

                        


<article-nb="2018/09/13/19-7">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Le recours à l’article 7 permet de suspendre les droits de vote d’un Etat membre en cas de violation des droits de l’homme. Mais il doit se faire avec précaution, tant il pourrait avoir des effets inverses à ceux attendus, explique le juriste Nicolas Delmas dans une tribune au « Monde ».
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Article 7 du traité de l’Union européenne : « Voici le tour de la Hongrie ! »

Le recours à l’article 7 permet de suspendre les droits de vote d’un Etat membre en cas de violation des droits de l’homme. Mais il doit se faire avec précaution, tant il pourrait avoir des effets inverses à ceux attendus, explique le juriste Nicolas Delmas dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 14h15
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 15h15
    |

Nicolas Delmas (Juriste spécialisé en affaires européennes)







                        



                                


                            

Tribune. Et de deux ! Après la procédure initiée contre la Pologne par la Commission européenne en décembre 2017, voici le tour de la Hongrie. En effet, le Parlement européen a approuvé à plus de deux tiers – la majorité requise – le rapport de l’eurodéputée néerlandaise Judith Sargentini pour engager une procédure contre ce pays.
Qui eût cru que le mécanisme de respect des droits de l’homme par les Etats membres prévu à l’article 7 connaîtrait un tel sort ? Longtemps décrit comme une « arme nucléaire », c’est-à-dire servant davantage à faire peur qu’à être réellement utilisé, le voilà désormais brandi avec la régularité d’un métronome.

Pour rappel, cet article permet in fine de suspendre les droits de vote d’un Etat membre en cas de violation des droits de l’homme. En effet, si l’Union européenne, à l’origine économique, s’est longtemps désintéressée de la question des droits de l’homme, elle attache aujourd’hui beaucoup d’importance à cette problématique. Leur respect ainsi que le caractère démocratique d’un Etat sont d’ailleurs des conditions pour rejoindre l’Union européenne.
Décision bienvenue
Cette décision apparaît, certes, bienvenue, tant la Hongrie méprisait les règles et cumulait les violations à l’Etat de droit. Jusque-là, la Commission européenne et le Parlement européen avaient louvoyé, attitude éminemment partiale, alors que la première s’était résolue à engager une procédure contre la Pologne.
Comment expliquer ce décalage ? Rien de plus simple. Le Fidesz, le parti de Viktor Orban appartient au Parti populaire européen (PPE), pas le PiS. Or, le PPE et ses alliés sont majoritaires au Parlement européen et à la Commission européenne. La perspective d’élections européennes difficiles pour le PPE n’incitait pas forcément à un renversement. Néanmoins, ces derniers apparaissaient de plus en plus dans une position intenable, à vouloir ménager un parti se tournant de plus en plus...




                        

                        


<article-nb="2018/09/13/19-8">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Thibaud Brière, chargé des questions éthiques dans l’entreprise de BTP Hervé, explique dans une tribune au « Monde » pourquoi les entreprises n’échapperont pas au mouvement de transparence qui traverse toute la société.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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« Les entreprises ne pourront demeurer des bastions d’opacité dans un monde de transparence »

Thibaud Brière, chargé des questions éthiques dans l’entreprise de BTP Hervé, explique dans une tribune au « Monde » pourquoi les entreprises n’échapperont pas au mouvement de transparence qui traverse toute la société.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 14h00
    |

Thibaud Brière (Conseiller en management, délégué à la philosophie de l’organisation du groupe de BTP Hervé)







                        



                                


                            
Tribune. Dans le New York Times du 5 septembre, une personne se présentant comme un proche collaborateur de Donald Trump a publié de manière anonyme une tribune dans laquelle il affirme n’être pas seul, au sein de la haute administration américaine, à « résister » à nombre d’orientations du président. « Nous croyons que notre premier devoir est envers ce pays », écrit-il en parlant de ceux qui se rebiffent.

Le 26 août, l’ancien nonce apostolique à Washington, Mgr Carlo Maria Vigano, rendait public un mémorandum de onze pages racontant, avec force détails, ce qu’il avait vu, lu et entendu d’inacceptable de la part de hauts responsables de l’Eglise, dans leur manière de se conduire face à des faits avérés de pédophilie. Lui aussi brisait le devoir de réserve au nom d’un devoir supérieur : « Ma conscience m’impose de révéler ces vérités », écrivait Mgr Vigano. Il faut savoir qu’en théologie catholique la conscience est l’instance suprême.

Qu’un membre du cabinet d’un président en exercice et un ancien ambassadeur, dont le métier est le secret, prennent publiquement la parole pour témoigner de faits relevant de leur activité professionnelle revêt un caractère inédit. Trahison, sédition, irresponsabilité ?
La vraie responsabilité consiste parfois à révéler l’irresponsabilité de certaines pratiques professionnelles
Gageons que cela peut correspondre à la prise de conscience, émergente, qu’il n’est pas de comportements professionnels prétendument « responsables », dans quelque organisation que ce soit – et donc aussi dans les entreprises – qui puissent se fonder durablement sur le mensonge, a fortiori quand celui-ci vise à couvrir des pratiques criminelles (et il y en a, comme en témoigne la mise en examen du cimentier Lafarge pour complicité de crimes contre l’humanité, le 28 juin), délictueuses (évasion fiscale, blanchiment d’argent…) ou socialement répréhensibles...




                        

                        


<article-nb="2018/09/13/19-9">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Dix ans après la faillite de Lehman Brothers, le couplage des réseaux sociaux et du trading haute fréquence forme un nouveau cocktail explosif, constatent les économistes Gunther Capelle-Blancard et Thomas Renault dans une tribune au « Monde ».
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« L’instabilité financière des marchés boursiers reste un souci majeur »

Dix ans après la faillite de Lehman Brothers, le couplage des réseaux sociaux et du trading haute fréquence forme un nouveau cocktail explosif, constatent les économistes Gunther Capelle-Blancard et Thomas Renault dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 14h00
    |

Gunther Capelle-Blancard (Professeur d’économie à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne (Laboratoire d’excellence-Régulation financière [LaBex ReF...







                        



                                


                            
Tribune. La faillite de Lehman Brothers restera sans conteste le point d’orgue de la crise financière. Personne n’imaginait vraiment que ce fleuron de Wall Street puisse disparaître si soudainement. L’illustre banque d’affaires avait, certes, annoncé de lourdes pertes et faisait l’objet d’attaques spéculatives. Mais cette faillite a stupéfait les marchés – tout comme l’escroquerie de Madoff ou l’affaire Kerviel - Société générale, pour ne citer que les exemples les plus marquants. Mais l’affolement des Bourses mondiales s’est mué, sous l’effet de la crise des subprimes, en krach boursier dès l’automne 2008, puis en en récession.
Les marchés boursiers sont sans cesse soumis aux surprises, à la panique, aux rumeurs et aux manipulations
Depuis la crise, si quelques réformes ont été engagées, l’instabilité financière reste un souci majeur. Les marchés boursiers sont sans cesse soumis aux surprises, à la panique, aux rumeurs et aux manipulations. Cela a toujours été le cas, certes, mais plus encore aujourd’hui qu’il y a dix ans. Car la révolution technologique, qui a profondément impacté le monde de la finance, a eu un double effet : sur la nature même des marchés, d’abord, et sur la nature des informations qui y sont transmises ensuite.
Les marchés boursiers ont connu, ces dernières décennies, une véritable mutation. Anciennement monopole public, les Bourses sont devenues à partir des années 2000 des entreprises soumises à une vive concurrence. Et cela avec l’appui du législateur, qui y voyait une source de progrès et d’innovations. Résultat, les marchés sont désormais plus fragmentés, et beaucoup plus opaques. Parallèlement, leur activité a crû de manière considérable. Sur le marché américain, le nombre total d’ordres passés à la Bourse était en moyenne d’environ un millier par minute au début des années 1990, de cent mille début 2000, de plus d’un million depuis 2010.
Système à deux vitesses
La grande majorité de ces ordres sont...




                        

                        


<article-nb="2018/09/13/19-10">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Françoise Fressoz, éditorialiste au « Monde », fait le parallèle entre la décision du chef de l’Etat dans l’affaire Audin à celle de Jacques Chirac pour la rafle du Vél d’Hiv.
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Guerre d’Algérie : « Macron est suffisamment vierge pour ouvrir l’inventaire »

Françoise Fressoz, éditorialiste au « Monde », fait le parallèle entre la décision du chef de l’Etat dans l’affaire Audin à celle de Jacques Chirac pour la rafle du Vél d’Hiv.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 12h16
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 17h45
    |

            Françoise Fressoz








                        



                                


                            

Chronique. Qui se souvient de l’affaire Maurice Audin ? De la disparition de ce jeune mathématicien communiste arrêté le 11 juin 1957 à l’âge de 25 ans à Alger parce qu’il militait pour l’indépendance de l’Algérie ? A vrai dire, peu de monde hormis sa famille, l’armée, le parti communiste, des historiens, des militants de gauche et plus récemment le mathématicien Cédric Villani qui, devenu député macroniste, n’a pas hésité, en février dernier, à tenir une conférence de presse pour réclamer « une parole forte au niveau de l’Etat ».

L’affaire Maurice Audin n’aura jamais la portée symbolique de la rafle du Vél’ d’Hiv, ces 13 152 juifs arrêtés les 16 et 17 juillet 1942 par 9 000 fonctionnaires français pour être parqués au Vélodrome d’Hiver de Paris avant d’être déportés vers les camps d’extermination nazis. Et pourtant la décision d’Emmanuel Macron de reconnaître, au nom de la République française, que Maurice Audin est mort après avoir été torturé, les mots employés par le chef de l’Etat pour affirmer que cette mort résulte « d’un système légalement institué » lors du vote, en 1956, des pouvoirs spéciaux donnant carte blanche au gouvernement et finalement à l’armée pour rétablir l’ordre en Algérie, sa volonté d’ouvrir toutes les archives concernant les disparus de la guerre d’Algérie, son appel à témoins pour que la parole se libère sont faits pour frapper l’opinion.
Second tabou levé
Exactement comme avait frappé le discours de Jacques Chirac reconnaissant pour la première fois, en 1995, la responsabilité de la France dans la déportation et l’extermination des juifs pendant la seconde guerre mondiale. « Reconnaître les fautes du passé, ne rien occulter des heures sombres de notre Histoire, c’est défendre une idée de l’Homme, de sa liberté et de sa dignité », avait alors plaidé l’ancien patron du RPR. C’était cinquante-trois ans après les faits, Jacques Chirac, qui n’avait pas été un acteur de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Ils ont été la révélation du festival Toros y Salsa. Leur album s’annonce comme la sensation latino de l’automne. Entretien avec Erik Ibars Castillo, co-leader du groupe barcelonais Compota de Manana.
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Compota de Manana : « On joue de la timba hardcore »

Ils ont été la révélation du festival Toros y Salsa. Leur album s’annonce comme la sensation latino de l’automne. Entretien avec Erik Ibars Castillo, co-leader du groupe barcelonais Compota de Manana.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 11h58
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 14h20
    |

                            Yannick Le Maintec








                        



   


Dimanche 9 septembre à Dax, des extraterrestres venus de Barcelone ont affolé les compteurs à coup de guitares décomplexées, de cuivres de folie et de percus à tout faire péter. Ils s’appellent Compota de Manana, s’apprêtent à sortir leur premier album, et parce que leur réputation dans le milieu des musiciens s’est répandue comme une trainée de poudre, on vous parie qu’il vont faire un carton. Le jazz et la salsa a rencontré Erik Castillo, batteur, chanteur et co-fondateur de Compota de Manana.

        Voir cette publication sur Instagram           Who Are Those Guys ? @compotademanana Une publication partagée par  Le Jazz et la salsa (@salsajazzblog) le 10 Sept. 2018 à 12 :23 PDT


Quelle est la signification du terme cubain « manana » ?
A Cuba, le terme manana est utilisé par les rumberos, les personnes qui s’intéressent au folklore pour définir quelqu’un qui joue avec cœur, sensibilité, authenticité, talent.
La rumba a été (est toujours) si présente dans l’idiosyncrasie cubaine que l’expression manana a dépassé la sphère musicale pour décrire une bonne personne ou une personne talentueuse, ou simplement ce qui vient du cœur.
C’est la raison pour laquelle nous tenions avoir ce mot dans notre nom. La compote est dense, juteuse, goûteuse. Nous sommes un mélange de gens et de genres, une « compota de manana ».
On sait bien que la plupart des gens dans le monde entier ne connaît pas ce mot, qu’ils vont le confondre avec « mañana » (demain), « manzana » (pomme), ou « banana » (banane). Ça nous amuse beaucoup.
Pouvez-vous nous présenter le projet ?
On a eu l’idée de « Compota de Manana » il y a trois ans. J’ai étudié la musique à Cuba. J’ai toujours considéré Cuba comme ma deuxième maison, la première même parfois. La musique que j’ai étudié est cubaine, et pendant que j’apprenais les percussions le folklore local m’a collé à la peau.
En rentrant de Cuba, j’ai rencontré Pardo et Manu Masaedo. J’ai réalisé tout ce que nous avions en commun, notre vision et notre amour de la musique cubaine. Nos goût se rejoignaient également sur des styles aussi divers que le rap, le rock ou le jazz. Toute notre jeunesse avait été marquée par le mélange de ces genres.
On a réalisé que la musique qu’on aimait tous les trois, la timba, la musique populaire cubaine née dans les années 90, était issue du folklore cubain et du tumulte de l’époque, et d’autres genres musicaux du moment comme le jazz, le funk, le R’n’B.
A partir de là, pourquoi pas appliquer cette approche à notre timba ? Pourquoi ne pas parler de ce qui se passe maintenant, en ce moment ? Pourquoi ne pas mélanger le folklore que nous aimions tant avec les genres que nous connaissions et avec lesquelles on avait grandi ?
La réponse était évidente. On a décidé de le faire, de travailler pour ce en quoi nous croyions, sans se comparer à qui que ce soit ou à quoi que ce soit.
Voilà comment est né « Compota de Manana », avec cet album qui s’appelle La Alternatimba, une timba alternative ou encore une alternative à la timba, ou juste la musique dans laquelle on croit.

        Voir cette publication sur Instagram           Ya queda menos! Cuenta atrás para el miércoles día 5! Compota de Manana en @lanaubcn. Gracias a @aaron.vibes y @anirivas por los vídeos! 🔝🔝🔝🔝 #newmusic #cubanmusic #hiphop #livemusic #alternatimba #compótate Une publication partagée par  Compota de Manana (@compotademanana) le 1 Sept. 2018 à 1 :54 PDT 

J’ai trouvé le concert que vous avez donné à Toros y Salsa plus rock que timba, en quelque sorte de la timba… hardcore ?
C’est exactement ça. J’adore l’idée. On joue de la timba hardcore !
Ce qu’on souhaite, c’est donner un live-show que tout le monde puisse aimer, avec de l’engagement et de l’énergie.
On n’a pas fait exprès de mettre en avant certains instruments comme la guitare électrique. On n’a pas non plus voulu adapter le spectacle au lieu ou au public parce que notre objectif est d’être fidèles à nous-même pour obtenir un résultat plein d’énergie, plaisant à jouer et puis voir ce que ça donne. Au fond ç’est l’idée : s’amuser et prendre du plaisir !
On a du mal imaginer que le concert que vous avez donné dimanche à Dax était le deuxième, et que le tout premier a eu lieu mercredi dernier…
On a été super-content du résultat et de la réception du public. Mais on sait aussi qu’un long chemin nous attend. On a beaucoup répété afin que chacun puisse donner le meilleur de lui-même au public, les gens qui nous suivent, qui ont payé leur place et pris du temps pour venir nous voir.
Vous jouez ensemble depuis longtemps ?
Avec certains, Pardo par exemple (piano), Ori (timbales) ou Albert (trombone) qui est aussi en charge de la section de cuivres. Pour d’autres c’est la première fois, comme par exemple Jannier Rodriguez, ancien membre d’Havana d’Primera.
Il faut aussi dire que, même si Pardo [le co-fondateur du groupe] et moi sommes là depuis le début, tous les membres du groupe sont essentiels. Pour réussir à travailler ensemble, les qualités humaines sont aussi importantes que les qualités artistiques. Petit à petit, le groupe devient une petite famille où chacun aide les autres et apporte sa contribution.



Erik, vous avez étudié à Cuba, n’est-ce pas ?
Je suis parti à Cuba pour étudier la musique vers seize ou dix-sept ans. Pendant mon enfance, ma mère m’a permis de cultiver mes envies artistiques en touchant aux arts plastiques, au théâtre, au cirque, à la musique.
Quand j’étais jeune et que j’apprenais les percussions, ce sont les tumbadoras (congas) que je préférais. Elles me fascinaient.
Entrainé par mon oncle, grand voyageur et fan de musique cubaine, et par ma soif d’apprendre, je suis allé à Cuba pour apprendre les percussions, la musique, et plus que tout ça, apprendre de la vie.
Je me suis beaucoup intéressé à la tradition, la culture, la musique populaire, la musique paysanne, le jazz. Wow ! Il y a tellement de musique et d’art à Cuba… C’est incroyable à voir, c’est difficile à expliquer.
J’ai étudié avec José Luís Quintana, « Changuito », tous les jours pendant deux ans. Sa femme Rosa et lui m’ont grand ouvert la porte de leur maison et m’ont aidé musicalement et personnellement. Apprendre avec « Changuito » fut l’une des plus grandes expériences de ma vie.
On peut trouver l’album sur Amazon. Je croyais qu’il n’était pas sorti…
Ça, c’est une drôle d’histoire.
Ce que vous avez pu écouter sur Amazon est un pré-mix. On a dû le faire pour avoir la chance d’être sélectionné aux Latin Grammy 2018, mais on ne pouvait pas tenir les délais. On a livré une version rapidement pour être disponible sur les plateformes numériques, ce qui était un prérequis. Présenter l’album à l’Académie était notre rêve, mais on n’était pas satisfait.
Le plan, c’était mixer avec German Landaeta, un des meilleurs ingés-son dans le monde. C’est ce qu’on est en train de faire. On sera prêt dans quelques jours !



                            


                        

                        


<article-nb="2018/09/13/19-12">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Aide aux « nécessiteux » de la IIIe République, protection sociale de l’après-guerre, création du RMI en 1988… A l’occasion de l’annonce du plan antipauvreté du gouvernement, le sociologue décrypte un siècle de politiques sociales.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
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Serge Paugam : « L’intensité de la polémique sur les “mauvais pauvres” varie selon les époques »

Aide aux « nécessiteux » de la IIIe République, protection sociale de l’après-guerre, création du RMI en 1988… A l’occasion de l’annonce du plan antipauvreté du gouvernement, le sociologue décrypte un siècle de politiques sociales.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 11h55
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 17h00
    |

            Anne Chemin








                        



                                


                            
Serge Paugam est sociologue, directeur de recherche au CNRS, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, et membre du Centre Maurice Halb­wachs. Il a consacré ses premiers travaux à l’étude des formes contemporaines de la pauvreté et des ruptures sociales. Aujourd’hui, il est engagé dans un programme de recherche international sur les solidarités qu’il aborde sous l’angle de la théorie de l’attachement social. Son dernier ouvrage est Ce que les riches pensent des pauvres (Seuil, 2017), en collaboration avec Bruno Cousin, Camila Giorgetti et Jules Naudet.
Le gouvernement d’Edouard Philippe a annoncé, le 13 septembre, un plan de lutte contre la pauvreté. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, ce combat relève plus de la charité chrétienne que de l’action ­volontariste de l’Etat. Diriez-vous que la IIIe République est le premier régime ­politique français à mettre en place, au tournant du XXe siècle, une véritable politique sociale de lutte contre la misère ?
A la fin du XIXe siècle, les républicains cherchent en effet à inscrire la solidarité au cœur même de la République. A leurs yeux, le devoir de l’Etat est de venir en aide aux plus démunis mais la France, contrairement à l’Allemagne, n’a pas encore mis en place d’assurances sociales. Ils reprennent alors le principe déjà inscrit dans la Constitution de 1791, selon lequel l’assistance aux pauvres relève des « devoirs les plus sacrés de la nation ».
Pour éviter que la pauvreté ne relève uniquement des organismes charitables et des Eglises, les républicains invoquent donc le principe de la solidarité nationale : la loi de 1893 instaure la gratuité des soins pour les malades privés de ressources, celle de 1904 protège les enfants abandonnés, celle de 1905 organise l’assistance aux vieillards, aux infirmes et aux incurables sans ressources.
Ces lois sociales sont le fruit d’un compromis entre la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Dans cette chronique, l’économiste Thibault Gajdos estime que ce n’est que sous conditions que les lobbys pourront prétendre participer à la construction d’une décision publique démocratique.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
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« Encadrer plus sérieusement l’activité des lobbys »

Dans cette chronique, l’économiste Thibault Gajdos estime que ce n’est que sous conditions que les lobbys pourront prétendre participer à la construction d’une décision publique démocratique.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 11h00
    |

Thibault Gajdos (Chercheur au CNRS)







                        



                                


                            
Tendances France. En démissionnant du gouvernement, Nicolas Hulot a tenté de lancer un débat sur l’influence des lobbys dans la décision publique. La réplique ne s’est pas fait attendre : en quelques jours, un nombre impressionnant d’acteurs publics, du président du Medef au porte-parole du gouvernement, sont intervenus publiquement pour défendre les lobbys, en utilisant deux types d’arguments.

En premier lieu, il y aurait un équilibre des lobbys : d’un côté les entreprises, de l’autre les associations et les ONG. L’activité des lobbys garantirait ainsi le pluralisme démocratique. Cet argument ignore deux différences majeures entre ces acteurs. En premier lieu, les arguments des associations et des ONG sont en général publics, contrairement à ceux des entreprises. Par ailleurs, les moyens déployés par les uns et les autres sont hors de proportion.

Selon le rapport de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HAYVP), les associations et ONG ne représentent que 14 % des lobbyistes inscrits sur le registre national. Encore ce chiffre sous-estime-t-il probablement le poids des entreprises : d’une part, il ne correspond pas aux dépenses engagées, mais seulement au nombre de représentants inscrits ; d’autre part, il ne tient pas compte de l’influence qu’exercent les entreprises sur la décision publique à travers la circulation des hauts cadres entre les secteurs public et privé.
Encadrer sérieusement l’activité
Faute de chiffres fiables, il est difficile de quantifier l’influence de ces acteurs en France. Mais une étude récente menée aux Etats-Unis par Robert Brulle (université Drexel) en donne une idée (« The Climate Lobby. A Sectoral Analysis of Lobbying Spending on Climate Change in the United States, 2000 to 2016 », Climatic Change, août 2018).
le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, déclare qu’il est essentiel de « dialoguer » avec les lobbys
En analysant les...




                        

                        


<article-nb="2018/09/13/19-14">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Editorial. Lors du vote mercredi d’une procédure contre la Hongrie pour atteintes à l’Etat de droit, le revirement du Parti populaire européen a été décisif.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤                     
                                                

Le premier ministre hongrois Viktor Orban lâché par ses alliés européens

Editorial. Lors du vote mercredi d’une procédure contre la Hongrie pour atteintes à l’Etat de droit, le revirement du Parti populaire européen a été décisif.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 10h45
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 11h35
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Mieux vaut tard que jamais. En votant, mercredi 12 septembre, par 448 voix contre 197, en faveur du déclenchement d’une procédure contre la Hongrie pour atteintes à l’Etat de droit, le Parlement européen a enfin envoyé un signe fort de son engagement pour la défense des valeurs démocratiques fondatrices de l’Union européenne (UE). Dans la bataille qui divise l’Europe depuis la montée du populisme, ce vote constitue un moment historique : celui où le camp des valeurs fondatrices reprend l’offensive.

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                Sur le banc des accusés du Parlement européen, Viktor Orban dénonce un « chantage »



C’est, sans doute, un moment politique plus que juridique. En dépit de son surnom d’« option nucléaire », la procédure de l’article 7 du traité sur l’UE, déjà engagée contre la Pologne pour la même raison, le 20 décembre 2017, est longue et incertaine. Nul ne sait à quoi exactement elle aboutira ni en combien de temps. Mais le débat qui a eu lieu, le 11 septembre, au Parlement européen, la veille du vote, en présence du premier ministre hongrois, Viktor Orban, qui avait fait le déplacement, a permis de clarifier les lignes de fracture. M. Orban s’est montré clair dans ses convictions nationalistes, déterminé dans sa volonté de résister à ce qu’il a qualifié de « chantage » de la part de Bruxelles. Parmi les nombreux députés qui se sont exprimés, en dehors de ceux de son propre parti, les seuls soutiens du gouvernement hongrois sont venus de l’extrême droite.
Danger d’éclatement du PPE
La clé de ce vote se trouve évidemment dans le revirement des dirigeants du Parti populaire européen (PPE), la formation regroupant la plupart des partis de droite et de centre droit au Parlement, et dont est membre le parti de M. Orban, le Fidesz. Trop longtemps, depuis le retour au pouvoir de Viktor Orban, en 2010, le PPE a refusé d’affronter la réalité de l’évolution antidémocratique de sa politique, soucieux de préserver son rôle de premier parti au Parlement européen. La Pologne, dont le parti au pouvoir, Droit et justice (PiS), n’est pas membre du PPE, en a même pris ombrage, faisant valoir, en privé, que si Bruxelles se montrait plus sévère à son égard qu’à l’égard de la Hongrie, c’était parce que le PiS ne bénéficiait pas de la protection du PPE.

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                La droite européenne divisée sur les sanctions à l’égard de la Hongrie



Pourquoi le vent a-t-il tourné ? Les motivations du PPE sont probablement moins nobles qu’il n’y paraît. D’abord, Manfred Weber, le chef du PPE, membre de la CSU bavaroise, a déclaré sa candidature au poste de président de la Commission européenne pour succéder à Jean-Claude Juncker, qui se retire en 2019 ; M. Weber peut difficilement partir au combat le boulet Orban accroché au pied.
Ensuite, les grandes manœuvres de recomposition politique en vue des élections européennes de mai 2019 ont commencé. Sous l’impulsion d’Emmanuel Macron, les représentants de La République en marche parcourent l’Europe à la recherche d’alliés pour fonder un nouveau mouvement susceptible d’affronter la mouvance nationaliste à l’échelle européenne. Le danger d’éclatement du PPE entre partis de la droite conservatrice et partis du centre droit est réel, ces derniers menaçant de rejoindre un éventuel bloc progressiste, si le Fidesz n’était pas amené à résipiscence. Il fallait donc agir.
Ce n’est que le début et, pour l’heure, le Fidesz reste membre du PPE. Mais il y a eu un vote et le courant chrétien-démocrate, qui a joué un rôle si important dans la création de l’UE, a été placé devant ses responsabilités. Que le résultat du vote ait été si clair est une très bonne nouvelle pour l’avenir de la démocratie européenne.

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                Le Parlement européen dénonce les « risques de violation de l’Etat de droit » en Hongrie






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Pour le spécialiste de la guerre d’Algérie, la lettre d’Emmanuel Macron peut être comparée au discours de Jacques Chirac sur le Vél d’Hiv.
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Mort de Maurice Audin : « Cette déclaration laissera une trace ineffaçable », selon Benjamin Stora

Pour le spécialiste de la guerre d’Algérie, la lettre d’Emmanuel Macron peut être comparée au discours de Jacques Chirac sur le Vél d’Hiv.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 10h44
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 18h05
    |

                            Benjamin Stora (Président du Musée national de l’histoire de l’immigration)








                        



                                


                            
Tribune. Le président de la République, Emmanuel Macron, vient de déclarer que le mathématicien Maurice Audin, militant communiste en Algérie qui avait disparu en juin 1957, a été enlevé, séquestré, torturé, puis exécuté. Il a expliqué que cet acte avait été rendu possible par l’existence d’un système légalement institué : « Le système arrestation-détention, mis en place à la faveur des pouvoirs spéciaux qui avaient été confiés par voie légale aux forces armées à cette période. »

La reconnaissance de l’enlèvement et de l’assassinat de Maurice Audin par le plus haut responsable de l’Etat a été le combat, toute une vie durant, du grand historien Pierre Vidal-Naquet. Je pense à lui dans ce moment si particulier, ainsi qu’à la femme de Maurice Audin, Josette, à ses enfants ; aux animateurs du Comité Audin, comme Gérard Tronel ou François Nadiras. Et aussi aux milliers de militants, communistes, démocrates, socialistes ; aux journaux et aux revues qui n’ont cessé d’interroger les autorités politiques et de faire reconnaître cette disparition (Le Monde, L’Humanité, L’Obs, Esprit, Les Temps modernes). L’affaire Audin a été le marqueur essentiel de toute une génération entrée en politique pendant la guerre d’Algérie.
Aller vers plus de vérités
Arrivons-nous, enfin, à sortir de l’amnésie, à propos de cette guerre longtemps jamais nommée ? Dans mon livre La Gangrène et l’oubli, publié en 1991 (La Découverte), j’avais tenté de montrer comment ce conflit ne se finissait pas, dans les têtes et dans les cœurs, parce que, de part et d’autre de la Méditerranée, il n’avait pas été suffisamment nommé, montré, assumé dans et par une mémoire collective. Et en quoi la reconnaissance des crimes et pratiques commis pendant la guerre d’Algérie était une condition essentielle pour aller vers une mémoire plus apaisée.

On sait que vivre dans le déni d’une tragédie expose toujours à des retours de mémoires dangereuses,...




                        

                        


<article-nb="2018/09/13/19-16">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ La décision du 13 septembre, qui prend acte des exactions commises par l’armée pendant la guerre d’Algérie, pourrait libérer la société française d’un de ses plus graves conflit internes, estime l’historienne.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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Mort de Maurice Audin : « La reconnaissance des responsabilités de l’Etat, enfin ! », affirme Sylvie Thénault

La décision du 13 septembre, qui prend acte des exactions commises par l’armée pendant la guerre d’Algérie, pourrait libérer la société française d’un de ses plus graves conflit internes, estime l’historienne.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 10h17
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 16h21
    |

Sylvie Thénault (Historienne)







                        



                                


                            
Tribune. Enfin, une reconnaissance des responsabilités de l’Etat dans la disparition de Maurice Audin. Après soixante et un ans d’un combat âprement, inlassablement mené par Josette Audin, un combat qui force l’admiration, pour savoir ce qui est arrivé à son mari après son arrestation, en juin 1957, par des militaires français, à leur domicile, à Alger. Aussi cette reconnaissance, après si longtemps, c’est une libération – et d’abord pour Josette Audin et ses enfants.
Non pas qu’ils soient libérés de la question de savoir dans quelles circonstances leur mari et père est mort, entre les mains des militaires qui le détenaient, l’interrogeaient, le torturaient ; peut-être même a-t-il été exécuté par un commando venu l’assassiner. Si la question les taraudait, elle continuera tant que l’enquête commencée pendant la guerre elle-même n’aura pas abouti.

Que la vérité reste à établir n’empêche pas l’essentiel : Maurice Audin est mort du fait de militaires agissant dans un cadre d’exception qui, en tant que dispositif légal, implique les autorités politiques. Aussi, de l’armée à Alger, la chaîne des responsabilités remonte à Paris. La généralisation est logique, obligatoire.
Douloureux retours sur soi
« Enfin ! » aurait certainement dit Pierre Vidal-Naquet, à qui il faut rendre hommage en tant que pilier du Comité Maurice Audin qui, en France métropolitaine, a pris le relais du combat de Josette Audin dès 1957. Ici, la reconnaissance libère la société française du conflit qui l’a animée, en interne. Elle y met un terme non par un consensus impossible à construire – les positions entre partisans de l’indépendance et de l’Algérie française ont été irréductibles.

Mais avec la distance que permettent les décennies qui se sont écoulées depuis, la reconnaissance des responsabilités de l’Etat dans la disparition de Maurice Audin fait un choix au nom des valeurs qui sont celles de la nation française depuis la Révolution...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Dans sa chronique, Alain Frachon, éditorialiste au « Monde », estime que l’élection de Trump, puis les nouvelles sanctions décidées par le président américain ont mis à mal la puissance retrouvée de Téhéran.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
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« Tout semblait réussir à la République islamique d’Iran. La voilà sur la défensive »

Dans sa chronique, Alain Frachon, éditorialiste au « Monde », estime que l’élection de Trump, puis les nouvelles sanctions décidées par le président américain ont mis à mal la puissance retrouvée de Téhéran.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 09h58
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 10h12
    |

            Alain Frachon (Editorialiste)








                        



                                


                            

Chronique. « L’empire perse » est à la peine. Est-ce l’orgueil de la « victoire », une surexposition, le prix d’une ambition démesurée ? Il n’y a pas si longtemps, tout semblait réussir à la République islamique d’Iran. La voilà sur la défensive, à l’intérieur et à l’extérieur, malmenée de toutes parts, inquiète pour son avenir immédiat. Le théâtre syrien l’aurait-t-il plus affaiblie que renforcée ?
Fin 2016, avec la chute d’Alep, le régime iranien apparaissait comme l’un des grands vainqueurs des guerres de Syrie. La Russie, l’Iran et une infinie soldatesque de miliciens chiites arabes venaient à bout des oppositions armées au régime de Bachar Al-Assad. Celui-ci devenait l’obligé de la République islamique. Chef de file du monde chiite moyen-oriental, l’Iran établissait sa prépondérance sur une partie de la région. Sa présence en Syrie lui assurait une sorte de continuité territoriale entre deux de ses « dominions » – le Liban où, par l’intermédiaire de la milice chiite Hezbollah, Téhéran joue un rôle essentiel ; l’Irak, où par milices et partis chiites amis interposés, les Iraniens ont une influence déterminante.

On parlait d’un « corridor » ou d’une « autoroute » chiite, reliant ainsi Téhéran à Beyrouth, via l’Irak puis la Syrie. Au Parlement, à Téhéran, certains célébraient la puissance retrouvée de l’empire perse – présent de l’océan Indien à la Méditerranée, en passant par le Golfe. Ce n’est pas tout. Les lendemains de la signature de l’accord de Vienne de juillet 2015 sur le contrôle du programme nucléaire iranien étaient prometteurs. Les grands investisseurs européens revenaient. Il n’y aurait plus d’embargo sur le pétrole iranien. Dans le chaos moyen-oriental alentour, l’Iran se présentait comme un parangon de stabilité – un Etat, une civilisation, une histoire, au service de naturelles ambitions régionales.
Sanctions américaines
C’était sans compter sans un grand blond mal élevé, promoteur immobilier...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Pour l’historienne Raphaëlle Branche, la reconnaissance par l’Etat de sa responsabilité dans la mort de Maurice Audin prend acte de ce que la recherche a établi depuis longtemps.
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Mort de Maurice Audin : « Il ne sera plus possible de nier le caractère systématique de la torture en Algérie », affirme Raphaëlle Branche

Pour l’historienne Raphaëlle Branche, la reconnaissance par l’Etat de sa responsabilité dans la mort de Maurice Audin prend acte de ce que la recherche a établi depuis longtemps.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 09h37
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 11h29
    |

            Christine Rousseau








                        



                                


                            

Emmanuel Macron a décidé de reconnaître « au nom de la République française », jeudi 13 septembre, la responsabilité de l’Etat dans la mort de Maurice Audin, jeune mathématicien militant de l’indépendance de l’Algérie, arrêté le 11 juin 1957 à Alger, torturé par l’armée française et disparu sans laisser de traces.
Au-delà d’un cas individuel, il s’agit de la reconnaissance que la torture fut un élément indispensable du dispositif répressif mis en place en Algérie, rappelle l’historienne Raphaëlle Branche, spécialiste de l’étude des violences en situation coloniale, et plus particulièrement de la guerre d’Algérie.

En quoi cette reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français dans l’assassinat de Maurice Audin est-elle un événement ?
Pour la première fois, la République assume que, pendant la guerre d’Algérie, des militaires français, qui accomplissaient leur devoir, ont pu se rendre coupables de ce qu’il faut bien appeler des crimes de guerre. Cette reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français dans la torture, la mort puis la disparition du corps d’un homme désarmé, arrêté parce qu’il était soupçonné d’appartenir à un mouvement clandestin opposé au maintien de l’Algérie française, marque un changement radical dans la position officielle de la France.
Cette reconnaissance est d’autant plus inédite qu’elle porte sur un cas individuel…
Le cas de Maurice Audin a été, dès la guerre, porté par les militants engagés dans la dénonciation des violations du droit dont se rendaient coupables les forces de l’ordre. Grâce au comité qui s’est formé autour de son nom et au travail inlassable de Pierre Vidal-Naquet qui écrivit alors son premier grand livre contre le mensonge et la négation de la vérité [L’Affaire Audin, éditions de Minuit, 1958], Maurice Audin n’est pas qu’un cas individuel.
Bien sûr, il y a une histoire individuelle, et...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Nicolas Offenstadt a longtemps sillonné les ruines de l’ex-République démocratique allemande, Etat effacé en 1990. Il en livre l’histoire ordinaire dans « Le Pays disparu ».
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Histoire d’un livre. Rechercher la RDA à hauteur de trottoir

Nicolas Offenstadt a longtemps sillonné les ruines de l’ex-République démocratique allemande, Etat effacé en 1990. Il en livre l’histoire ordinaire dans « Le Pays disparu ».



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 10h00
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
Le Pays disparu. Sur les traces de la RDA, de Nicolas Offenstadt, Stock, « Les essais », 424 p., 22,50 €.

Il y a tant d’Atlantide. Les civilisations, les nations, les villes sont mortelles ; elles finissent toutes, un jour, par être englouties. Mais cela prend plus ou moins de temps. La République démocratique allemande (RDA), née en 1949 dans la zone d’occupation soviétique d’une ­ Allemagne divisée en deux, a eu besoin de moins d’un an pour disparaître, entre la chute du mur de Berlin (9 novembre 1989) et la réunification avec la République fédérale (3 octobre 1990), qui a marqué son effacement définitif.
Brusque passage de la présence à la trace
Ou plutôt, écrit Nicolas Offenstadt dans Le Pays disparu, sa transformation en « un pays à l’horizontale », qui « se retrouve sur les tables des vide-greniers, par terre dans les hangars ou dans les usines abandonnées ». L’historien, qui a enseigné deux ans à l’université de Francfort-sur-l’Oder, dans l’ex-RDA, arpente ce territoire depuis longtemps, bien qu’il ne l’ait jamais visité avant la réunification. Son livre explore les vestiges laissés par ce brusque passage de la présence à la trace, d’une réalité politique singulière – celle d’un communisme autoritaire, fondé, à la fois, sur des acquis sociaux et une surveillance constante du peuple – au désir de l’abandonner à l’oubli ou, parfois, plus étrangement, à des formes de nostalgie.
Celles-ci ont pris un nom dans l’Allemagne réunifiée : « ostalgie », nostalgie de l’Est (der Osten), laquelle, au tournant du siècle, est même devenue une mode. La jeunesse branchée a commencé à rouler dans les vieilles voitures brinquebalantes de la RDA, à donner des « Ostalgie Partys » où l’on dansait dans des uniformes est-allemands. « Il y a beaucoup de condescendance dans ce terme », explique Nicolas ­Offenstadt au « Monde des livres » – une...




                        

                        


<article-nb="2018/09/13/19-20">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Pascale Fautrier découvre en la sainte bénédictine (1098-1179) une femme de politique autant que de religion.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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Biographie. Hildegarde de Bingen, mystique mythique

Pascale Fautrier découvre en la sainte bénédictine (1098-1179) une femme de politique autant que de religion.



LE MONDE
 |    13.09.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
13.09.2018 à 09h57
    |

                            Zoé Courtois (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Hildegarde de Bingen. Un secret de naissance, de Pascale Fautrier, Albin Michel, 350 p., 22 € (en librairie le 19 septembre).

C’est sûr, l’histoire aurait été plus remarquable encore si Hildegarde de Bingen (1098-1179) était réellement née pauvre, dans un modeste village de Rhénanie-Palatinat, et qu’elle s’était hissée, seule, à force de travail et de visions mystiques, au rang d’abbesse de Disibodenberg, le monastère où elle a composé d’admirables pièces liturgiques, inventé une langue complexe parlée d’elle seule et écrit deux traités de médecine.
N’en déplaise aux inconditionnels de la méritocratie, on saura désormais qu’Hildegarde est née noble, au sein d’une famille riche et puissante, dans la forteresse de Böckelheim. Une correction biographique fondamentale, à laquelle Franz Staab (1942-2004), historien de l’université de Coblence-Landau (Allemagne), a travaillé jusqu’à sa mort.
Selon Pascale Fautrier, qui poursuit ses travaux, le « secret de naissance » de la bénédictine est essentiel : il permet de comprendre que sa prodigieuse carrière religieuse est avant tout due à son appartenance à la classe dominante. Plus largement, cette découverte rend possible une meilleure mesure de l’interpénétration du fait politique et du fait religieux au XIIe siècle.
Fine stratège
Oblitérer le politique dans la vie de la moniale, ce serait par exemple ne lire dans ses lettres, quand son amie intime, la moniale Richardis de Stade, quitte l’abbaye, que l’amertume d’un cœur amoureux blessé et non le sentiment de trahison d’une aristocrate qui voit se retirer, en même temps que Richardis, le soutien de la famille noble de celle-ci. Les manœuvres d’Hildegarde, au demeurant, sont plus souvent couronnées de succès.
Grâce à l’appui de sa famille à Böckelheim, la mystique obtient notamment l’autorisation de la papauté pour déménager son abbaye dans un endroit plus lucratif, à Bingen, sous...




                        

                        

