<FILE-date="2018/09/10/19">

<article-nb="2018/09/10/19-1">
<filnamedate="20180910"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180910"><AAMMJJHH="2018091019">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Un incendie a réduit en cendres un patrimoine considérable au Musée national de Rio. Malchance ou défaut de maintenance, d’autres institutions ont été par le passé la proie des flammes.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤                
                                    

Tous ces musées ravagés par les flammes


                      Un incendie a réduit en cendres un patrimoine considérable au Musée national de Rio. Malchance ou défaut de maintenance, d’autres institutions ont été par le passé la proie des flammes.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 15h01
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 15h04
    |

                            Roxana Azimi







Un incendie a réduit en cendres un patrimoine considérable au Musée national de Rio. Malchance ou défaut de maintenance, d’autres institutions ont été par le passé la proie des flammes. Au Brésil, en Indonésie, en Inde et en France le patrimoine culturel a payé un lourd tribut.
2 septembre 2018 : le Musée de Rio ne répond plus

   


C’est une catastrophe absolue : le Musée national de Rio, le plus grand d’histoire naturelle d’Amérique latine, a été ravagé par les flammes. En cause le piteux état de maintenance de cet édifice vieux de deux cents ans, plombé par des coupes budgétaires. La majeure partie de sa riche collection, qui remontait jusqu’aux temps préhistoriques, est partie en fumée.

        Lire aussi :
         

                Incendie du Musée de Rio : « Le fruit d’une négligence absolue »



16 janvier 2018 : la mer prend feu à Jakarta

   


Début 2018, les flammes détruisent 60 % du Musée de la marine à Jakarta, situé dans un entrepôt datant du XVIIe siècle. Si les visiteurs et le personnel de l’établissement a eu le temps de prendre la fuite, la collection, qui comprenait notamment des bateaux en bois et des cadeaux diplomatiques offerts par les Etats-Unis et l’Australie, a été sévèrement endommagée.
26 avril 2016 : extinction du dinosaure à New Delhi

   


Provoqué par une installation électrique défectueuse, un incendie se propage dans les six étages du Museum d’histoire naturelle à New Delhi, en Inde. La plupart des collections, installées à l’ouverture du bâtiment, en 1972, sont perdues, notamment les restes fossilisés d’un dinosaure vieux de 160 millions d’années. Un des plus grands animaux à avoir jamais marché sur Terre.
2 janvier 2003 : le château de Lunéville hanté par les flammes

   


La demeure des ducs de Lorraine semble maudite : pas moins de treize incendies l’ont frappée depuis 1719. Le dernier en date s’est produit en 2003, à la suite d’un court-circuit dans la chapelle. Les pertes sont inestimables : la bibliothèque militaire, l’apothicairerie et les anciens appartements sont détruits. Le chantier de reconstruction coûtera 100 millions d’euros.
Lire aussi : Consternation devant le château de Lunéville dévasté
22 juillet 1997 : miracle au Palais de Chaillot

   


A l’époque, Guy Cogeval, directeur du Musée des monuments français, donne l’alarme : un incendie d’origine accidentelle embrase la toiture de l’aile Est du Palais de Chaillot, qui abritait alors son établissement, ainsi que la Cinémathèque. Si l’édifice fut endommagé, les collections de moulages en plâtre et le fonds d’affiches de film furent relativement épargnés.



<article-nb="2018/09/10/19-2">
<filnamedate="20180910"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180910"><AAMMJJHH="2018091019">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ 63 pièces de la collection Al-Thani, propriété de la famille royale, sont présentées jusqu’au 8 octobre.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Exposition : le Qatar règne au château de Fontainebleau

63 pièces de la collection Al-Thani, propriété de la famille royale, sont présentées jusqu’au 8 octobre.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 13h07
    |

            Jean-Jacques Larrochelle








                        



                                


                            

C’est une véritable offensive de charme. A peine plus d’un an après l’exposition « Des grands Moghols aux Maharajahs » au Grand Palais, à Paris, la collection Al-Thani, propriété de la famille régnante au Qatar, refait parler d’elle. Alors qu’une convention avec le Centre des monuments nationaux, en cours de signature, devrait lui permettre, pendant vingt ans, de disposer d’un espace d’exposition au sein de l’hôtel de la Marine, place de la Concorde, la salle de bal du château de Fontainebleau (Seine-et-Marne) accueille 63 pièces du prestigieux ensemble pour illustrer « Rois du monde », une thématique bâtie autour de la fonction royale et de sa représentation à travers l’histoire.

Généralement, un travail de réflexion et de recherche sur les œuvres, compatibles avec une thématique choisie, précède la mise en forme concrète d’une exposition. Pour en parfaire la portée, le contenu et donc le sens, plusieurs sources, publiques ou privées, sont alors sollicitées, voire exploitées. « A Fontainebleau, la procédure n’a pas été habituelle, convient Vincent Droguet, commissaire de l’exposition. Il nous a fallu puiser dans une importante collection pour illustrer la destinée de la fonction royale à travers les âges, des antiquités sumériennes au XXe siècle. »
La sélection est surtout riche en pièces venues d’Orient. C’est sa limite. De grands vides historiques et géographiques se font sentir. Notamment les représentations picturales européennes au service de la fonction royale, sans parler des autres sociétés extra-orientales, des peuples de l’Afrique subsaharienne aux civilisations précolombiennes. La réduction de ce champ n’atténue pas pour autant la qualité de certaines œuvres présentées, telle cette petite tête de pharaon en jaspe rouge ou ce très rare statère en or de Ptolémée Ier Sôter au profil d’Alexandre le Grand, premier souverain de l’Antiquité à être représenté sur une monnaie.

« Une...



                        

                        


<article-nb="2018/09/10/19-3">
<filnamedate="20180910"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180910"><AAMMJJHH="2018091019">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Le nouveau directeur général d’Albin Michel a pris ses fonctions le 3  septembre, après dix-sept années passées chez Flammarion. Il devrait succéder à Francis Esménard au poste de PDG le 1er  janvier  2019.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Gilles Haéri, une belle mécanique au service du livre

Le nouveau directeur général d’Albin Michel a pris ses fonctions le 3  septembre, après dix-sept années passées chez Flammarion. Il devrait succéder à Francis Esménard au poste de PDG le 1er  janvier  2019.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 11h23
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 11h26
    |

            Nicole Vulser








                        



                                


                            

Pour répondre à la question : « Quels sont vos projets en arrivant cette semaine à la direction générale d’Albin Michel après dix-sept ans passés à la tête de Flammarion ? », Gilles Haéri pioche sans hésiter dans le discours d’Albert Camus, lors de sa réception du prix Nobel à Stockholm en 1957. « Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse », cite-t-il. Une résignation ? Une ambition quelque peu rabotée pour éviter à tout jamais d’être pris en défaut ?
Non, il en va certainement d’un pragmatisme inhérent à son caractère. A 46 ans, Gilles Haéri, le PDG de Flammarion arrive en deux temps, sur un tempo qui ressemble à une période d’essai : d’abord directeur général d’Albin Michel, depuis le 3 septembre, pendant quatre mois, il ne succédera officiellement à Francis Esménard, comme PDG de la maison des best-sellers que le 1er janvier 2019. Ce dernier, qui viendra de fêter ses 82 ans, restera à la tête de la société Huyghens de Participation, le holding familial.
Maintes fois évoqué, le passage de témoin de ce patriarche, petit-fils du fondateur, est officialisé, un an après l’évocation de cette hypothèse. L’impétrant vient d’être chaleureusement présenté aux équipes de la maison, qui comme Flammarion (groupe Madrigall) tient farouchement à son indépendance. Numéro sept dans le classement de Livres hebdo, le groupe Albin Michel (en comptant l’édition, le scolaire, la distribution et les librairies) a affiché 192 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2017. A lui seul, fort de 76,5 millions de revenus pour 9,3 millions de bénéfices nets, le pôle édition dégage une enviable rentabilité (plus de 12 %), selon les chiffres déposés au greffe.
Fruit d’infinies contradictions
« Albin » aligne en effet des succès en librairies grâce aux romans d’Amélie...




                        

                        


<article-nb="2018/09/10/19-4">
<filnamedate="20180910"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180910"><AAMMJJHH="2018091019">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Si Véronique de Viguerie a remporté le Visa d’or news du festival de Perpignan, le photojournalisme demeure un métier très masculin.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
édition abonné


A Visa pour l’image, les femmes dans l’objectif

Si Véronique de Viguerie a remporté le Visa d’or news du festival de Perpignan, le photojournalisme demeure un métier très masculin.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 10h42
    |

            Claire Guillot








                        



                                


                            

Sur les vingt et une expositions individuelles présentées au festival de photojournalisme Visa pour l’image, à Perpignan, cette année, cinq seulement sont signées par des femmes. Pourquoi si peu ? Le directeur, Jean-François Leroy, fait des bonds à l’idée qu’on puisse l’accuser de sexisme : « Cela correspond à la proportion des propositions qu’on reçoit. Sur les trois dernières années, 22 % étaient dues à des femmes. » Il se refuse à tout quota, jugeant « uniquement sur le boulot » et souligne qu’il a exposé depuis longtemps des figures féminines de la profession, de Catherine Leroy à Christine Spengler. Pour la première fois depuis vingt ans, c’est par ailleurs une femme, Véronique de Viguerie, qui a remporté, samedi 8 septembre, le Visa d’or news, récompense ultime du festival. « Il y a toujours eu des femmes photojournalistes, assureJean-François Leroy. Ce n’était pas des exceptions : il y en avait, mais on en parlait moins. »

De fait, comme tous les milieux touchés par la lame de fond du mouvement #metoo et des nouvelles revendications féministes, le photojournalisme fait son autocritique, en se penchant sur la faible présence de femmes dans ses rangs et sur les comportements sexistes dans ce secteur professionnel. En janvier, un éditeur photo a été remercié par le magazine américain National Geographic après une série d’accusations. En juillet, un article, paru dans la Columbia Journalism Review, aux Etats-Unis, a donné la parole à plusieurs femmes photographes mettant en cause le comportement harceleur de collègues masculins. Le directeur de Visa reconnaît que le photojournalisme est traditionnellement « un métier de machos où les mecs se prennent pour des dieux sur terre ». Il affirme avoir « déjà foutu à la porte un mec de l’équipe » et qu’il a, « bien avant #metoo », mis en garde les stagiaires et apprenties photographes « contre les gros dégueus...




                        

                        


<article-nb="2018/09/10/19-5">
<filnamedate="20180910"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180910"><AAMMJJHH="2018091019">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Dans un pays touché par la crise économique, la manifestation artistique prend des accents très politiques.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Art Basel Cities fait tanguer Buenos Aires

Dans un pays touché par la crise économique, la manifestation artistique prend des accents très politiques.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 10h27
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 13h50
    |

            Emmanuelle Jardonnet (Buenos Aires (Argentine), envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Buenos Aires et Art Basel auraient-ils choisi la pire semaine de l’année pour braquer les projecteurs sur leur partenariat ? Le 3 septembre, Mauricio Macri, le président argentin, annonçait un drastique plan d’austérité pour tenter d’enrayer la chute du peso… à quelques jours du lancement par la capitale argentine et l’institution bâloise de la toute première exposition estampillée « Art Basel Cities » (du 6 au 12 septembre). Soit un événement international, associé à une vingtaine de structures culturelles locales, et synchronisé avec le premier Gallery Week-End de la ville, afin d’encourager les collectionneurs étrangers à venir découvrir la scène locale.
Dans ce contexte de coupes budgétaires nationales, la somme payée par la ville à Art Basel pour l’opération (2 millions de dollars selon le journal argentin Clarin), a suscité des critiques. Le maire de la ville, Horacio Rodriguez Larreta, justifie la dépense par un besoin de visibilité internationale :
« Nous sommes très fiers de notre partenariat avec Art Basel. Buenos Aires est une ville de culture, et connecter nos artistes avec le monde est une des clés pour promouvoir notre richesse culturelle, qui génère du tourisme et des emplois. » 
Le ministre de la culture de Buenos Aires, Enrique Avogadro, assure lui qu’« il n’est pas envisagé de baisser le budget culture de la ville » qui, au-delà de cette immersion artistique, va accueillir pour la première fois les Jeux olympiques de la jeunesse, puis le G20 dans les semaines qui viennent.
Clin d’œil à Cortazar
Du côté de l’exposition, avec la star de l’art contemporain Maurizio Cattelan en tête d’affiche, on pouvait craindre une irruption dans le paysage urbain d’œuvres en décalage criant avec la nouvelle donne économique du pays. Point de débauche de richesse malvenue : la commissaire, l’Italienne Cecilia Alemani a, au contraire, utilisé sa « carte blanche » pour élaborer une exposition intimiste...




                        

                        


<article-nb="2018/09/10/19-6">
<filnamedate="20180910"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180910"><AAMMJJHH="2018091019">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Piers Handling va quitter la direction de la manifestation après en avoir fait depuis 1994 une grande place du cinéma mondial.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Toronto : entre Lady Gaga et Louis Garrel, la course d’un directeur de festival

Piers Handling va quitter la direction de la manifestation après en avoir fait depuis 1994 une grande place du cinéma mondial.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 10h20
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 11h00
    |

                            Thomas Sotinel (Toronto (Canada), envoyé spécial)








                        



                                


                            

C’est une pièce où les artistes et leur entourage attendent qu’on appelle les premiers sur scène. Celle du Roy Thomson Hall, la plus grande salle du Festival de Toronto, accueille, dimanche 9 septembre, Dave Chappelle, Sam Elliott, Anthony Ramos, les seconds rôles du remake de A Star Is Born, dont on attend encore le réalisateur-scénariste-compositeur-interprète, Bradley Cooper, et l’étoile, Lady Gaga. Dans la cohue des entourages, des badauds bien introduits, Piers Handling attire autant de saluts et de mots affectueux que les acteurs du film qui va être projeté pour la première fois en Amérique.
Il convient de saluer Piers ­Handling parce qu’il est le directeur du festival. Et si on le fait avec un peu d’effusions, c’est parce que c’est l’une des dernières fois qu’il présentera un film aux spectateurs du Roy Thomson Hall, le lançant peut-être, comme c’est arrivé des dizaines de fois, sur la route des Oscars. Accompagner pendant quelques heures l’homme qui dirige le Toronto International Film Festival (TIFF) depuis 1994, c’est se faire une idée de la manière dont lui et ses équipes ont fait de Toronto l’une des grandes places cinématographiques de la planète.

Dans le centre-ville presque paralysé par le festival, il arrive en milieu d’après-midi dans un grand multiplexe qui abandonne, pendant dix jours, les super-héros pour d’autres cinémas. En bas des gradins de l’une des salles, Louis Garrel attend, avec Lily-Rose Depp et Laetitia Casta, que Piers Handling présente le deuxième film réalisé par l’acteur, L’Homme fidèle. C’est la première mondiale du film. L’équipe tente de se détendre en observant les victuailles – frites, nachos, pop-corn – que les spectateurs font entrer pour pouvoir tenir pendant les soixante-quinze minutes de la projection.
Hommage aux Mississaugas
Piers Handling arrive deux minutes avant le début de la séance et commence sa présentation par rendre hommage aux premières nations du Canada,...




                        

                        


<article-nb="2018/09/10/19-7">
<filnamedate="20180910"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180910"><AAMMJJHH="2018091019">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Le pianiste israélien de 35 ans, qui joue dans le cadre du festival Piano aux Jacobins, est une découverte en France.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Ishay Shaer, un piano qui bouleverse et console

Le pianiste israélien de 35 ans, qui joue dans le cadre du festival Piano aux Jacobins, est une découverte en France.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 10h13
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 10h53
    |

                            Marie-Aude Roux (Toulouse, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

C’est presque l’histoire d’un piano lancée telle une bouteille à la mer. Il y a quelques mois, le disque Late Beethoven, d’Ishay Shaer, paru chez Orchid Classics, n’était qu’un album parmi tant d’autres empilés sur le bureau de Catherine d’Argoubet. Mais le coup de cœur est immédiat, qui décide la directrice du festival Piano aux Jacobins d’inviter le pianiste israélien dans le cloître toulousain qui célèbre, depuis 1979, les noces de l’automne et du piano.
Ce 7 septembre, les murs de brique resplendissent d’un rose flamboyant. Depuis le temps, ils ont sans doute les oreilles mélomanes. Ils ne seront pas déçus : le piano d’Ishay Shaer est une révélation de velours. L’Israélien de 35 ans n’appartient à aucune des catégories habituelles qui graduent l’échelle pianistique entre anciens maîtres et étoiles montantes. Ce n’est ni un pianiste prodige ni un artiste en devenir, mais un interprète à part entière, qui invite l’auditeur dans son monde intime avec un grand naturel.

Dès les premières notes de la Sonate n° 28 en la majeur op. 101 de Beethoven, on goûte le bonheur d’un toucher irradiant rondeur et plénitude, doté d’une impressionnante homogénéité dans tous les registres. Un piano naturellement solaire et bienfaisant, comme lové dans le giron bienheureux de la musique. Aucune rupture assénée, nulle accentuation démonstrative, seules, ou presque, des variations d’intensité et de couleurs pour indiquer le changement de cap, la bifurcation ou le sous-entendu. Ce Beethoven s’est dépouillé de toute inutile volonté de destin, la musique est portée par elle seule, jouée hors du temps.
Comme une évidence
Ishay Shaer, silhouette très mince de très jeune homme, joue sans bouger, le buste tel un fil à l’aplomb du clavier. Seul le visage, et particulièrement la bouche, quoique muette, semblent s’ouvrir subrepticement sur des joies ou des abîmes venus de l’intérieur. Ce piano qui accepte la musique comme une évidence, et ne...




                        

                        


<article-nb="2018/09/10/19-8">
<filnamedate="20180910"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180910"><AAMMJJHH="2018091019">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Le film primé du Mexicain Alfonso Cuaron, « Roma », sera diffusé sur la plate-forme américaine de streaming.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Netflix s’offre son premier Lion d’or à la Mostra de Venise

Le film primé du Mexicain Alfonso Cuaron, « Roma », sera diffusé sur la plate-forme américaine de streaming.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 10h03
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 10h17
    |

            Véronique Cauhapé (Venise (Italie), envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Et vogue le navire. Après dix jours de festival durant lesquels ont été projetés une centaine de films dont vingt et un en compétition officielle, la 75e édition de la Mostra de Venise s’est achevée samedi 8 septembre au soir. En même temps que s’est interrompu le ballet des bateaux transportant jour et nuit stars et gens du cinéma, organisateurs, journalistes et spectateurs, le Lido a retrouvé son calme de station balnéaire. Non sans avoir divulgué un nouveau palmarès, lors d’une cérémonie de clôture qui a attribué son Lion d’or à Roma, le très beau film d’Alfonso Cuaron.

Favori des critiques italiens et internationaux, mais aussi du public, ce long-métrage en noir et blanc dans lequel le réalisateur mexicain de Gravity (2013) restitue une partie de ses souvenirs d’enfance, a d’emblée creusé l’écart dans la course aux récompenses, rendant son couronnement assez prévisible.
Qu’une telle reconnaissance aille à un film distribué par Netflix représente en revanche une date. Jamais en effet la plate-forme américaine de streaming n’avait encore obtenu la plus haute récompense dans l’un des trois festivals majeurs de cinéma (Cannes, Venise et Berlin). A ce titre, rappelons que Roma avait, au printemps, été privé de Cannes, Netflix ayant décidé de boycotter le festival français, où les organisateurs imposaient aux films sélectionnés d’avoir une sortie en salle et de respecter un délai de trois ans entre la sortie publique et la diffusion sur une plate-forme de vidéo par abonnement. Une règle nouvelle, le film Okja, du cinéaste sud-coréen Bong Joon-ho ayant été sélectionné l’année précédente en compétition officielle sur la Croisette.
Une seule réalisatrice
Il est donc permis de penser que ce Lion d’or a valeur de revanche pour Netflix, dont le catalogue s’est enrichi à Venise d’un autre prix : celui du scénario, accordé au western des frères Coen, The Ballad of Buster Scruggs, un...




                        

                        


<article-nb="2018/09/10/19-9">
<filnamedate="20180910"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180910"><AAMMJJHH="2018091019">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Alors que les collections issues de la période coloniale n’ont jamais fait l’objet de recherches approfondies, des musées s’engagent à lever le voile sur leur histoire floue.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤         

Décryptage

Œuvres africaines mal acquises : l’Allemagne face à ses trous de mémoire

Alors que les collections issues de la période coloniale n’ont jamais fait l’objet de recherches approfondies, des musées s’engagent à lever le voile sur leur histoire floue.

Par                Aimie Eliot (Leipzig, envoyée spéciale)



LE MONDE
              datetime="2018-09-10T09:21:14+02:00"

        Le 10.09.2018 à 09h21






    
Dans l’installation qui ouvre l’exposition « Werkstatt Prolog », au musée Grassi de Leipzig, des objets dissimulés dans leurs boîtes de transport racontent leur histoire, de leur collecte à leur arrivée dans les musées européens.
Crédits : AIMIE ELIOT


Des caisses de transport estampillées de leur provenance s’entassent dans un hall fraîchement repeint du musée Grassi d’ethnologie, à Leipzig. De l’installation s’échappent des voix. Emportées à l’autre bout du monde, les œuvres d’art prisonnières semblent gémir pour que leur histoire parvienne aux oreilles de notre génération. Plus loin, des plaques de laiton sculptées qui ornaient le palais de l’ancien royaume du Bénin (dans le sud-ouest de l’actuel Nigeria) trônent sur des étagères. Pillés au cours d’une expédition punitive des troupes britanniques en 1897, les bronzes sommeillent à côté d’une vitrine dépouillée, symbole du vide que leur absence a laissée à Benin City.
La nouvelle exposition du musée Grassi, « Werkstatt Prolog », inaugurée le 8 juillet et ouverte au public jusqu’en 2022, aborde sans détours la face sombre des collections de l’institution datant de l’époque coloniale : des œuvres acquises lors de pillages ou dont on ne connaît presque rien, réduites au rang de bel objet sans identité par des collectionneurs peu sourcilleux.

        Lire aussi :
         

                Génocide en Namibie : l’Allemagne face à son passé colonial



Ce discours rompt avec celui qui imprégnait les salles du musée lorsque la conservatrice Nanette Snoep a pris ses fonctions, en 2015 : « L’Afrique était exposée dans la section “Orient”, soupire la spécialiste néerlandaise, ancienne responsable de collections au musée du Quai Branly, à Paris. On n’y trouvait ni carte ni contexte historique, rien sur la provenance des œuvres. Un ami togolais a beaucoup ri devant la vitrine consacrée à son pays : elle contenait trois coiffes et un mannequin vêtu d’habits de la fin du XIXe siècle. C’est comme si on avait représenté la France avec une baguette et un béret ! »
Des lacunes révélées au grand jour
Lorsque la conservatrice prend l’initiative, en 2016, d’une refonte de l’exposition permanente des collections du continent africain, « éthiquement les plus problématiques », et décide de faire inscrire sur les cartels des œuvres les noms des collectionneurs liés au système colonial, elle découvre des bases de données lacunaires, témoins de recherches inexistantes sur leur origine. Une situation symptomatique des collections allemandes de cette période, souligne Jürgen Zimmerer, historien spécialiste de la colonisation à l’université de Hambourg :
« Les travaux sur les œuvres d’art spoliées à l’époque nazie ont occulté ceux qui auraient dû être menés pour la période coloniale, entre 1884 et 1919. Or de nombreuses œuvres ont été dérobées, comme celles des bronzes du Bénin, dont Berlin possède la deuxième plus grande collection après le British Museum. Mais par manque d’intérêt pour la question, les musées ont peu investi dans l’étude de leurs objets et leur inventaire. La plupart ne savent pas exactement ce qu’ils possèdent. »

    
Le musée Grassi, à Leipzig, expose des bronzes de l’ancien royaume du Bénin acquis au cours d’une expédition punitive de l’empire britannique en 1897.
Crédits : AIMIE ELIOT


Des lacunes qui ont été révélées au grand jour en juin 2013, quand Berlin a inauguré le Forum Humboldt, qui doit accueillir en 2019 un musée des arts non européens. Dans une pétition, un groupe d’associations réclame alors plus de transparence vis-à-vis des œuvres qui y seront exposées.
« Lorsque le projet a été lancé, la question de la provenance des objets de la période coloniale n’a pas été posée, alors qu’on sait que beaucoup ont été pris de force au Congo ou au Cameroun. On nous a finalement promis que chaque œuvre serait examinée, tout en nous précisant qu’il n’y avait pas le budget pour faire ce travail de manière systématique », accuse Christian Köpp, historien et membre de l’association Berlin Postkolonial. Entendues par le ministère de la culture et les responsables du projet muséal, leurs revendications sont toutefois peu prises au sérieux.

        Lire aussi :
         

                Le long combat des militants africains pour décoloniser les rues de Berlin



Les virulentes critiques formulées par l’historienne de l’art Bénédicte Savoy, professeure à l’Université technique de Berlin, qui compare dans le Süddeutsche Zeitung du 20 juillet 2017 le futur musée à Tchernobyl, recouvrant trois cents ans de collections « d’une chape de plomb […] comme sur des déchets nucléaires, pour que rien ne s’échappe », contribueront à alimenter le débat.
« On construit un musée alors que des caisses remplies d’objets, arrivées ici entre 1914 et 1915, n’ont pas été étudiées, ce qui aurait dû être fait depuis longtemps ! », tempête la spécialiste, qui a démissionné du comité d’experts du Forum Humboldt avant d’accepter, en mars 2018, d’étudier pour la France les conditions de rapatriement d’œuvres d’art africaines mal acquises durant la période coloniale. Une demande du président Emmanuel Macron, qui s’est engagé, lors son discours à Ouagadougou en novembre 2017, à restituer d’ici à cinq ans des œuvres pillées sur le continent, répondant aux réclamations de plusieurs pays africains, dont le Bénin.
Urgence d’un devoir de mémoire
Le flou qui nimbe les collections allemandes éclaire une nouvelle facette de l’amnésie germanique vis-à-vis de son passé colonial, de plus en plus dénoncée dans le pays. Mieux informé, notamment grâce aux actions d’associations mobilisées pour faire redécouvrir cette période oubliée, le public revendique désormais l’urgence d’un devoir de mémoire : « Les gens demandent que des rues portant le nom de colonisateurs soient rebaptisées, que le gouvernement s’excuse pour le génocide des Herero et des Nama en Namibie : l’Allemagne n’a plus le choix, elle doit affronter son passé », souligne Nanette Snoep.
En mai, la ministre de la culture, Monika Grütters, a finalement annoncé la mise en place de bourses pour financer des recherches sur la provenance des œuvres d’art acquises durant la période coloniale. Puis le ministère a publié, avec l’Association des musées allemands, un guide énonçant des recommandations pour traiter des collections issues de contextes coloniaux. « Lancer un travail de recherche sur la provenance et constituer des bases de données accessibles au public, c’est la première étape vers plus de transparence », commente Bénédicte Savoy.

        Lire aussi :
         

                En Allemagne, la diaspora africaine en quête de reconnaissance



Comme à Leipzig, quelques institutions ont commencé à fouiller le passé de leurs collections. Le musée Linden, à Stuttgart, implique dans ses recherches un comité consultatif regroupant des représentants des diasporas africaines. « Lorsqu’on ne sait rien d’une œuvre, on peut tenter de l’identifier grâce à sa fonction, sa provenance, en faisant appel aux communautés qui maîtrisent le contexte culturel », souligne Ines de Castro, la conservatrice.
Le Musée d’outre-mer de Brême a quant à lui confié à un doctorant de Yaoundé, Ndozo Awono, l’inventaire de ses collections camerounaises précoloniales et coloniales. « Il y a un gros travail de classement des 1 500 objets, qui ne sont parfois pas référencés », souligne-t-il, tout en constatant de suspicieuses acquisitions. « Plusieurs pièces sont des objets rituels qui n’ont pas pu être donnés, contrairement à ce qu’on lit parfois dans les registres des collectionneurs, car ils ont une grande importance symbolique. Ils ont très probablement été pillés chez des chefs de village », estime le doctorant, qui prévoit de se rendre en 2019 au Cameroun pour tenter de retracer l’identité de ces objets confisqués.
Un premier pas vers de futures restitutions ? Dans ses recommandations, le ministère appelle les musées à ne pas faire cavalier seul. Principe de précaution ou résistance ? « Les institutions ne pourront plus clamer ne pas savoir d’où viennent les œuvres pour échapper au débat », estime Nanette Snoep.


<article-nb="2018/09/10/19-10">
<filnamedate="20180910"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180910"><AAMMJJHH="2018091019">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Avec une dizaine de pièces majeures et plus d’une soixantaine de représentations, la 47e édition du Festival d’automne consacre la chorégraphe dont les œuvres mêlent intimement corps et instruments. Entretien avec une des artistes les plus en vue du spectacle vivant.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤                     
                                                

Anne Teresa De Keersmaeker : « La musique a construit ma relation au mouvement »

Avec une dizaine de pièces majeures et plus d’une soixantaine de représentations, la 47e édition du Festival d’automne consacre la chorégraphe dont les œuvres mêlent intimement corps et instruments. Entretien avec une des artistes les plus en vue du spectacle vivant.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 08h30
    |

                            Rosita Boisseau








                        



   


Depuis la création de sa compagnie, Rosas, en 1983, Anne Teresa De Keersmaeker a aiguisé son sens du compas, des rosaces et des entrelacs au gré d’une cinquantaine de spectacles. Le grand « Portrait » que lui consacre cette année le Festival d’automne s’articule autour d’une dizaine de pièces majeures, un événement participatif, un week-end de conférences et d’ateliers, un programme dédié à P.A.R.T.S., l’école créée en 1995 par la chorégraphe.
La musique draine votre travail chorégraphique avec un penchant marqué pour la présence régulière de musiciens sur scène auprès des danseurs. Quelle importance a pour vous la musique live ?
La musique est toujours mon premier partenaire dans cette organisation du mouvement dans le temps et l’espace qu’on appelle « danse ». Je construis chacune de mes pièces dans un rapport étroit avec la partition musicale. Son observation, sa lecture, l’écoute des œuvres, la rencontre quotidienne avec des musiciens ont bâti ma relation au mouvement – je pense par exemple aux musiciens de l’ensemble Ictus, qui vivent sur le même site que Rosas à Bruxelles, à Alain Franco, pianiste avec qui j’ai conçu Zeitung et Zeitigung, ou à Jean-Guihen Queyras, Amandine Beyer… Ces gens m’ont toujours frappée par leur tournure d’esprit, leur intelligence dans le travail.
Dès que j’en ai eu les moyens, avec la production Bartok/Mikrokosmos, sur la musique de Bartok et Ligeti, j’ai voulu qu’il y ait des musiciens avec nous dans le processus de travail aussi bien que sur le plateau. J’aime comme la musique leur passe dans le corps. Je trouve cela tout simplement beau. Ensuite, leur présence change notre perception du spectacle : on regarde la musique et on écoute la danse, d’une certaine manière. Evidemment, cela pose toutes sortes de questions de mise en scène. On peut diviser l’espace en deux – un site pour eux, un site pour nous – ou alors créer un seul espace entremêlé où les corps dansants et les corps musiciens interagissent.
C’est ce qui s’est passé avec Vortex Temporum, par exemple. Chaque interprète a été « mis en couple » avec un instrumentiste. Chacun s’est calé sur l’une des parties instrumentales de la partition, mais s’est aussi emparé très concrètement des gestes physiques de « son » instrumentiste. Ainsi, les gestes des bras dominent-ils pour les danseurs associés aux instruments à archet, tandis que les cascades rythmiques du piano, les traversées du clavier par les mains du pianiste inspirent à Carlos Garbin une danse riche en sauts. Nous avons travaillé de la même manière les mouvements physiques et sonores.
J’ajouterai que la musique « spiralée », tournoyante, du Vortex Temporum de Gérard Grisey m’a poussée à construire une nouvelle qualité d’espace, totalement circulaire, qui échappe à la frontalité traditionnelle, celle que j’avais pratiquée jusqu’alors, celle de la black box du théâtre. Cela s’est encore radicalisé lorsque nous avons transposé le spectacle pour le white cube des musées d’art contemporain : plus de frontalité du tout, cette fois !
Parallèlement, le silence surgit régulièrement dans vos spectacles. En 2009, vous avez créé « The Song », pièce qui a marqué une bascule dans votre travail, avec les seuls bruits du corps comme bande-son. Que représente-t-il pour vous ?
Le silence est toujours le point de départ, celui des premières répétitions et de la création du vocabulaire en studio – tout comme l’immobilité est le point de départ du mouvement. Le silence crée un espace acoustique qui n’est pas encore « strié » par le rythme et l’organisation du temps, et qui permet de faire naître la danse. Nombre de mes pièces jouent avec ça. Le premier mouvement de Rosas danst Rosas se danse en silence. The Song, évidemment aussi, mais aussi Golden Hours (As You Like It).
Vous avez créé des spectacles en lumière naturelle comme « En Atendant » (2010), qui se déclinait en même temps que la nuit tombait, tandis qu’à l’inverse Cesena (2011) démarrait à la fin de la nuit pour voir le jour se lever. Quelle relation entretenez-vous avec la nature ?
Ma mère était institutrice, mon père fermier. J’ai vécu à la campagne, proche de la nature. Ecologie et esthétique sont des termes presque synonymes pour moi : la recherche du beau s’accompagne toujours d’une curiosité pour l’ordre naturel. J’ai des affinités avec certaines approches orientales, aussi, je pense volontiers en termes d’énergies et de transformation des états, comme dans le taoïsme. Ajoutez à cela une fascination pour la géométrie, le cercle, la spirale, les vagues gravitationnelles, et vous avez à peu près ma carte mentale !
Avec l’âge, je suis de plus en plus sensible aux bruits de la nature, aux sifflements des oiseaux, par exemple. Je sais en reconnaître certains. Tiens, ici un merle, là un rouge-gorge ! On dirait même qu’il y a de la panique dans l’air à entendre leurs sifflements ! J’ai de l’admiration pour le compositeur Olivier Messiaen, qui a conçu des partitions entières à partir de chants d’oiseaux. De façon plus quotidienne, la façon dont je vis, respire, mange, est directement reliée à la nature.
Sur vos plateaux, on trouve des figures géométriques, des rosaces, comme sur le sol du Musée Wiels, à Bruxelles, pour la performance « Work/Travail/Arbeid » ; des étoiles sont souvent dessinées, parfois en direct par les danseurs, comme dans votre spectacle « Mitten wir im Leben sind », sur la musique de Bach. Quelle source d’inspiration constitue pour vous la géométrie ?
Mon solo Fase, créé en 1983 sur la musique de Steve Reich, est entièrement basé sur un cercle. Décidez de deux points sur le sol, emparez-vous d’une corde, faites-en un compas, et tracez votre cercle comme on bâtit sa maison. C’est une forme close, mais aussi une forme démocratique : tout le monde est à la même distance du centre, la hiérarchie est abolie. Les danses traditionnelles opèrent souvent en cercle.
A partir de là, je n’ai jamais cessé de vouloir construire des directions et des proportions géométriques, que l’on retrouve d’ailleurs très souvent dans la nature. Dans Drumming et Rain, par exemple, la trajectoire en spirale que dessine la phrase de base s’inscrit dans une figure fondamentale, que nous avons divisée de manière proportionnelle selon le nombre d’or, une proportion que je tiens pour naturelle. En outre, le vocabulaire chorégraphique est lui-même conçu pour être adéquat à ces structures, en ordonnant le mouvement des membres en combinaisons de trajectoires droites ou courbes.
« Quand le corps se fragilise, quand les cellules se dégradent, il faut développer une capacité de penser une autre qualité de mouvement. Car on ne sait finalement pas de quoi un corps est capable – et c’est très beau ainsi… »
Vous dansez dans vos spectacles depuis vos débuts et continuez d’interpréter vos pièces, notamment « Fase ». Quelle attention particulière portez-vous à votre corps, à son vieillissement ?
Je l’ai souvent dit : je suis danseuse avant d’être chorégraphe. J’espère continuer à le faire le plus longtemps possible. La seule chose dont on soit sûr, c’est qu’il y a un début et une fin ! Le corps est l’endroit où le passage du temps est le plus lisible. C’est particulièrement vrai pour une danseuse. Quand il se fragilise, quand les cellules se dégradent, il faut développer une capacité de penser une autre qualité de mouvement. Car on ne sait finalement pas de quoi un corps est capable – et c’est très beau ainsi… Ma nouvelle pièce, Les Six Concertos brandebourgeois, met en scène des interprètes de différentes générations, comme Cynthia Loemij, une de mes plus anciennes compagnes de route, qui partagera le plateau avec de très jeunes danseurs qui pourraient être ses fils.
Depuis 2016, vous avez créé une compagnie parallèle consacrée aux reprises de vos spectacles. Que représente pour vous cette conservation de vos œuvres ?
Je travaille en parallèle la création et le répertoire. Nous avons créé une troupe spécifique, en effet, dédiée aux reprises ou à la réécriture de notre répertoire. Une troupe de « transmission ». Quelle est la façon la plus pertinente de conserver vivante une écriture, sinon de la transmettre ? La question du répertoire est un défi qui questionne l’écriture de la danse : il faut que celle-ci soit bien articulée, bien lisible, pour être transmissible à de jeunes interprètes, danseurs ou musiciens. Nous avons déjà remonté six spectacles dont Fase, Zeitigung, Achterland, Rosas danst Rosas, A Love Supreme, Rain…

   


J’ai la chance que certains danseurs « historiques », si j’ose dire, comme par exemple Fumiyo Ikeda, répondent présent pour effectuer ce passage. Il y faut une certaine foi dans l’écriture de la danse et dans le potentiel de ses relectures ; c’est là quelque chose qui dépasse même le chorégraphe. Personnellement, je ne m’appuie pas sur un travail de notation et de partitionnage. Tant que les gens vivent, je préfère que ce soient les interprètes qui témoignent des spectacles auxquels ils ont participé, et les fassent passer aux nouvelles générations, plutôt que de compter sur les seules traces écrite ou électronique.
Vous l’avez souvent répété : « My walking is my dancing » (que l’on peut traduire par : « Ma façon de marcher est ma façon de danser »). Que voulez-vous dire par là ?
Je considère la marche comme de la danse à l’état pur. La marche est le mouvement le plus simple, le plus accessible, le mieux partageable. Elle est toujours point de départ d’une danse possible. Elle est ce qui organise l’espace et le temps. Elle est aussi ce qui régit notre espace social. Par exemple, je peux me rapprocher ou m’éloigner de vous. Et je peux le faire très vite ou lentement. J’ai une pensée paramétrique : dans l’écriture, je fais bouger l’un des paramètres pour amplifier la beauté de tel ou tel mouvement, le rendre plus vif ou plus étrange. Par exemple, je travaille sur le paramètre « temps » en jouant avec l’extrême accélération ou l’extrême ralentissement.
C’est dans cet esprit que vous avez imaginé la performance « Slow Walk », une flashmob au ralenti qui se déroulera dans Paris le 23 septembre ?
Je choisis le ralentissement qui laissera affleurer l’élégance ordinaire de ce mouvement, élégance disponible à tout un chacun. Le ralentissement de la marche provoque par ailleurs un bouleversant contraste par rapport aux mouvements de la vie et de la ville. Nous sommes enfermés dans une sphère d’accélération, une sorte de spirale. Je crois néanmoins que la beauté peut affleurer à sa surface et que celle-ci peut en réfléchir l’éclat.
Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec le Festival d’automne à Paris.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/09/10/19-11">
<filnamedate="20180910"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180910"><AAMMJJHH="2018091019">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Le Festival d’automne à Paris (du 10 septembre au 31 décembre) consacre un grand « Portrait » à la chorégraphe belge. Retour sur les créations de cette figure majeure de la danse contemporaine.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤                     
                                                

Anne Teresa De Keersmaeker : quarante ans de savants tissages gestuels

Le Festival d’automne à Paris (du 10 septembre au 31 décembre) consacre un grand « Portrait » à la chorégraphe belge. Retour sur les créations de cette figure majeure de la danse contemporaine.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 08h30
    |

                            Rosita Boisseau








                        



   


A travers dix spectacles emblématiques, le grand « Portrait » d’Anne Teresa De Keersmaeker jette un pont entre les œuvres de ses débuts et ses plus récents spectacles. Cette ligne sensible et tendue survole près de quarante ans de création chorégraphique intransigeante, nouée au plus fin de partitions musicales signées Bach, Mozart, Beethoven, Ligeti. Elle ouvre au spectateur une déambulation magique pour mieux comprendre et percevoir les circonvolutions d’une artiste effervescente.
C’est à partir de Fase, Four Movements to the Music of Steve Reich, créé en 1982, qu’Anne Teresa De Keersmaeker a impulsé son élan ­spiralé. De cette matrice en quatre volets et autant de modules concentrés de gestes répétitifs, elle a débobiné un fil de danse savant dont la force centrifuge s’est déployée dans l’espace, comme autant de ronds dans l’eau. Elle confie aujourd’hui les clés de cette pièce fondatrice à deux castings de deux jeunes interprètes.
Tout aussi compact dans son régime paradoxalement strict mais sensuel, Rosas danst Rosas (1983), sur la musique martelante de Thierry De Mey et Peter Vermeersch, met sur orbite quatre femmes et trois positions : assise, debout, allongée. Ce programme devient l’échelle d’une montée explosive à force de ressassement obsessionnel. Coups de tête, jets de cheveux, jambes haut croisées, le minimalisme prend un coup de chaud.
Musiciens live
En 1990, Achterland, pour huit interprètes dont trois hommes – et c’est une première dans le parcours de la chorégraphe qui a véritablement taillé sa danse sur elle et des complices danseuses −, impose son besoin d’imbriquer toujours plus intimement les interprètes et les musiciens live. Sur des partitions de György Ligeti et Eugène Ysaÿe, cette pièce de danse pure sublime le travail de trame et de tissage gestuel, de variations et de décalages au sein d’un paysage rythmique conflictuel.
Versant romantique, une humeur peu explorée par cette femme retenue qui avoue en avoir peur, La Nuit transfigurée, créée en 1995 avec quatorze danseurs, réécrite pour un duo, sur la musique de Schoenberg, distingue une veine narrative et sentimentale rare chez la danseuse. Elle s’appuie ici sur le poème qui a inspiré le compositeur : une femme rejoint son amant et lui confie qu’elle attend un enfant d’un autre. Un scénario on ne peut plus délicat qui emporte le mouvement dans un lyrisme expressif.
Echappée théâtrale en 1999 avec Quartett, première collaboration de la chorégraphe avec sa sœur Jolente De Keersmaeker, comédienne et metteuse en scène dans le groupe tg STAN. Sur le texte de Heiner Müller, un couple composé par une danseuse et un comédien s’écharpe.
Trois ans plus tard, après trois spectacles dans lesquels elle se confrontait au théâtre (Just Before en 1997, I Said I en 1999 et In Real Time en 2000), Anne Teresa De Keersmaeker vérifiait le cardio de sa danse avec Rain, pièce maîtresse. Dix interprètes se jettent dans les boucles sonores de Music for 18 Musicians, de Steve Reich, pour une effusion gestuelle magique, une course pulsante débordant d’une vitalité urgente.
Flux d’intensités urgentes
Le jazz aussi met en émoi la chorégraphe. En complicité avec Salva Sanchis, elle cosigne A Love Supreme, sur l’album éponyme de John Coltrane. Créé en 2005 avec deux femmes et deux hommes, revu en 2017 pour un casting exclusivement masculin, ce jet âpre colle impeccablement aux envolées abrasives du saxophoniste qui fait dresser le poil à l’écriture d’Anne Teresa De Keersmaeker.
En 2013, Vortex Temporum, titre emprunté à la partition musicale composée en 1996 par Gérard Grisey et interprétée en direct par le groupe Ictus, fait cousiner sept interprètes et sept musiciens sur scène. En trois temps, elle fait d’abord écouter la musique, invite ensuite la danse mais en silence avant de réunir les deux. Ce spectacle affole le système de cercles, de rotations et de volutes typiques de la chorégraphe. Elle remixera la partition en l’étirant pendant neuf heures pour sa performance Arbeid.
Virage avec Zeitigung (2017), qui propose un nouveau point de vue sur Zeitung, conçue en 2008 avec le pianiste Alain Franco. Nouveaux interprètes, invitation à Louis Nam Le Van Ho de se frotter à la matière de la pièce, cette production draine des flux d’intensités urgentes sur du Bach, du Brahms, du Schoenberg et du Webern.
Enfin, Mitten wir im Leben sind/Bach6Cellosuiten (2017), pour cinq danseurs, dialogue avec les Suites pour violoncelle jouées en direct par Jean-Guihen Queyras, qui prend position dans différents endroits du plateau. Austérité, flamboyance, sur fond de dessins géométriques, une nouvelle floraison gestuelle magnétique.
Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec le Festival d’automne à Paris.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/09/10/19-12">
<filnamedate="20180910"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180910"><AAMMJJHH="2018091019">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Mort en 1984 à 34 ans, le compositeur québécois a produit une musique à l’image de sa vie, foisonnante et trouble. Le Festival d’automne à Paris lui consacre cette année un grand « Portrait ».
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤                     
                                                

Tous les spectres de Claude Vivier

Mort en 1984 à 34 ans, le compositeur québécois a produit une musique à l’image de sa vie, foisonnante et trouble. Le Festival d’automne à Paris lui consacre cette année un grand « Portrait ».



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 08h30
    |

                            Pierre Gervasoni








                        



   


Le soir du 25 janvier 1983, Claude Vivier rentre chez lui, à Paris, avec un homme qu’il a rencontré dans un bar. L’inconnu lui entaille le cou avec une paire de ciseaux avant de lui dérober quelques billets. L’histoire se répète dans la nuit du 7 au 8 mars. Cette fois, le compositeur est retrouvé mort ; un mois avant son 35e anniversaire. Sur sa table de travail, une partition dont le titre allemand interpelle, Glaubst du an die Unsterblichkeit der Seele (« Crois-tu en l’immortalité de l’âme »), et plus encore son contenu.
Un récitant y raconte, à la première personne et de manière amplifiée (poignard enfoncé dans le cœur), l’agression du 25 janvier. « Il faisait nuit et j’avais peur », confie plus loin le substitut du compositeur. Repris par les chanteurs, le mot « peur » aura été la dernière expression musicale de Claude Vivier. La partition, inachevée, s’arrête là.
Difficile alors de ne pas s’interroger sur la relation entre la vie et l’œuvre, sachant que, pour le Québécois plus que pour tout autre compositeur, l’une et l’autre « sont inextricablement liées », comme en atteste le chef d’orchestre Reinbert de Leeuw dans un instructif documentaire (Rêves d’un Marco Polo, 2006, 2DVD Opus Arte). Pourtant, Claude Vivier aura attendu sa dernière œuvre pour faire ouvertement référence à ce qui lui arrivait. Jusque-là, il s’était contenté d’allusions plus ou moins conscientes à une vie qui, riche en épisodes glauques, pourrait nourrir un roman impudique ou une thèse de psychanalyse.
Mystique toujours
Né à Montréal le 14 avril 1948, de parents inconnus, Claude ­Vivier est placé dans un orphelinat où il restera jusqu’à Noël 1950. L’enfant semble bien parti pour être adopté, mais le couple Vivier le ramène à l’institution après les fêtes. L’adoption officielle interviendra néanmoins en août 1951. Commence une vie qui, sur les photos, n’inspire que des sourires au jeune Claude.
Pourtant, abusé sexuellement à 8 ans par un oncle, il est envoyé dans un internat et ne voit plus sa famille que pendant les vacances. La scolarité chez les frères maristes le conduira au séminaire. Après quelques mois seulement de noviciat, pendant l’année scolaire 1966-1967, le jeune homme comprend qu’il n’est pas fait pour la vie monastique. Il a découvert son homosexualité et, surtout, sa nature de compositeur.
Subjugué par l’orgue et par les chants entendus, à 14 ans, pendant la messe de minuit, il voit la musique comme un élément de rêve susceptible de le protéger des atteintes de la réalité. Eneffet, dans une partition, tout est permis. Y compris l’usage d’une langue inventée. Toutefois, Ojikawa (1968), son premier essai dans ce domaine, utilise aussi des extraits du Psaume 131.
En 1970, alors qu’il vient d’obtenir ses prix d’analyse et de composition dans la classe de Gilles Tremblay (un disciple québécois d’Olivier Messiaen) au Conservatoire de Montréal où il a été admis en 1967, Claude Vivier effectue deux longues retraites dans l’abbaye cistercienne d’Oka, où il retournera tout au long de sa vie après des moments difficiles. Mystique un jour, mystique toujours. Sur ce plan, il aura bientôt à qui parler avec Karlheinz Stockhausen (1928-2007), qui l’accepte parmi ses élèves, à l’automne 1972, à Cologne, après un parcours semé d’embûches.
Composé en 1973, au plus fort de l’influence de Stockhausen, le chœur a cappella Jesus ­erbarme dich (« Jésus prends pitié ») prouve que Vivier est loin de se comporter en épigone.
Vivier adule le compositeur qui diffuse la bonne parole avant-gardiste lors des cours d’été de Darmstadt (auxquels le jeune Québécois assiste depuis 1970), en Allemagne, et il se considère lui-même comme l’Elu parmi les disciples de cette figure christique. Composé en 1973, au plus fort de l’influence de Stockhausen, le chœur a cappella Jesus ­erbarme dich (« Jésus prends pitié ») prouve que Vivier est loin de se comporter en épigone. Le même constat est valable après le voyage effectué, de septembre 1976 à janvier 1977, en Asie du Sud-Est.
Hommage à la musique balinaise, Pulau Dewata (1977) balance entre incantation et frénésie selon une aspiration, toute personnelle, que le compositeur résume ainsi : « C’est une musique d’enfant. » L’opéra Kopernikus (1978-79), sous-titré « Rituel de mort », s’inscrit dans une semblable dimension. Inspiré des Aventures d’Alice au pays des merveilles, il commence par une lettre de Lewis Carroll et réunit des personnages mythiques (Merlin, le Roi Arthur, la Reine de la nuit, Tristan et Isolde) autour d’Agni, déesse hindoue du feu, laquelle demande notamment à Mozart s’il est vrai que, dans le château de la fée Carabosse, les gens communiquent par le biais de la musique…
Qu’on ne prenne pas cependant Vivier pour un créateur anecdotique et infantile ! Son intérêt pour les échelles non tempérées et son sens inné des superpositions de timbres et d’harmonies devaient naturellement le placer dans la mouvance de la musique spectrale, courant majeur apparu en France dans les années 1970. Le séjour parisien entrepris en 1982 par le Québécois a-t-il été motivé par un tel rapprochement ?
« Un écriveux de musique »
Quoi qu’il en soit, son dernier opus achevé, Trois airs pour un opéra imaginaire (sur un texte en langue inventée), fera sensation, lors de sa création posthume, le 24 mars 1983, au Centre Pompidou, alors que l’assassin du compositeur court toujours. On ne découvrira l’identité du meurtrier, un délinquant de 20 ans, que huit mois plus tard. Relation sadomasochiste ayant mal tourné, acte crapuleux ou crime homophobe – comme le suggère Bob Gilmore, auteur en 2014 d’une remarquable biographie du compositeur (University of Rochester Press, en anglais, non traduit) ?
Le fait est que la carrière de ­Vivier s’arrête net après dix ans de tours et détours entièrement voués à la création. « Je suis un écriveux de musique », avait-il clamé par un néologisme propre à manifester sa détermination, vaille que vaille, à s’exprimer avec des mots et des notes n’appartenant qu’à lui.
Prompt à désigner des symboles (l’addition des 7 chanteurs et des 7 instrumentistes de Kopernikus aboutissant au chiffre 14, celui de sa naissance), Claude ­Vivier a-t-il songé que son œuvre, foisonnante et juvénile, était tout entière résumée par son nom ?
Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec le Festival d’automne à Paris.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/09/10/19-13">
<filnamedate="20180910"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180910"><AAMMJJHH="2018091019">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Du 10 septembre au 31 décembre, dans plus de quarante lieux à Paris et en Ile-de-France, la manifestation francilienne offre une programmation qui mise sur le décloisonnement et la quête de nouveaux horizons.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤                     
                                                

Un Festival d’automne sous le signe du lien

Du 10 septembre au 31 décembre, dans plus de quarante lieux à Paris et en Ile-de-France, la manifestation francilienne offre une programmation qui mise sur le décloisonnement et la quête de nouveaux horizons.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 08h30
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 09h57
    |

            Guillaume Fraissard








                        


Malgré son nom, le Festival d’automne à Paris se joue des frontières comme des saisons. La manifestation francilienne, point de départ de la saison culturelle dans la région, a pris ses aises dans les théâtres et lieux d’art d’Ile-de-France – 23 en banlieue, 22 dans la capitale pour cette 47e édition – et étire sa programmation pluridisciplinaire jusqu’aux premiers jours de février 2019, occupant le devant de la scène pendant près de cinq mois.
De frontières, il en sera encore beaucoup question cette année lors de cette manifestation qui met un point d’honneur à accueillir des créations venues de tous les horizons. Frontières entre fiction et réel, frontières du corps, frontières du temps et de l’Histoire, frontières intimes… Voilà ce qui pourrait rassembler les artistes d’Automne : l’envie d’explorer de nouveaux territoires ou de revisiter ceux que l’on croit connaître pour mieux disséquer notre monde.
Il en va ainsi des chorégraphies d’Anne Teresa De Keersmaeker, fil rouge de cette édition avec plus d’une dizaine de spectacles ; des pièces de Milo Rau (La Reprise. Histoire(s) du théâtre (I)), de Julien Gosselin (Joueurs, Mao II, Les Noms) ou du Polonais Krystian Lupa avec son très politique Procès adapté de Franz Kafka ; ou encore de l’inclassable Laetitia Dosch, « la bizarre de la famille », comme la comédienne l’explique dans le portrait que nous lui consacrons à l’occasion de sa pièce Hate, réjouissant duo femme-cheval.

        Lire l’entretien avec Anne Teresa De Keersmaeker :
         

          « La musique a construit ma relation au mouvement »



Passé et présent
Cette année, l’autre grand invité d’Automne est un pays. Après la Corée du Sud en 2015, c’est au tour du Japon de se donner en spectacle dans le cadre de la saison « Japonismes 2018 ». Théâtre traditionnel ou contemporain, danse ou performance, les artistes japonais seront sur toutes les planches, à l’image d’Hideto Iwaï, qui viendra au T2G de Gennevilliers présenter sa deuxième pièce en France – Wareware no moromoro (nos histoires…) –, inspirée de son passé de hikikomori, ces personnes qui volontairement vivent recluses chez elles. Autre registre mais même singularité avec le théâtre aux tonalités surréalistes de Kurô Tanino, artiste multifacette qui cite Marcel Duchamp comme source d’inspiration.
Raconter un pays, tisser des liens entre les peuples, entre passé et présent, c’est aussi ce que proposera le metteur en scène québécois Robert Lepage à partir du mois de décembre, au Théâtre du Soleil, avec sa nouvelle création, Kanata – Episode 1 – La Controverse. Un spectacle qui a failli ne pas voir le jour après la violente polémique née au Canada à propos de cette pièce dont le sujet est l’oppression subie par les Amérindiens peuplant le continent.
Après avoir décidé, fin juillet, sous la pression de minorités autochtones canadiennes qui ont fustigé l’absence de comédiens aborigènes et parlé d’« appropriation culturelle », de suspendre les représentations prévues à la Cartoucherie de Vincennes, Ariane Mnouchkine, directrice de la troupe du Théâtre du Soleil, et Robert Lepage ont finalement fait le choix de maintenir leur spectacle, refusant de « céder aux tentatives d’intimidations idéologiques ». C’est aussi cela, Automne. Un festival dont les frontières sont perméables aux éclats de l’actualité.
Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec le Festival d’automne à Paris.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/09/10/19-14">
<filnamedate="20180910"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180910"><AAMMJJHH="2018091019">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Le rachat probable d’Editis, numéro deux du secteur, par Vivendi ; l’absorption de La Martinière par Média Participations ; l’existence de France Loisirs menacée… Editeurs et auteurs se sentent malmenés.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Un automne inquiet dans l’édition

Le rachat probable d’Editis, numéro deux du secteur, par Vivendi ; l’absorption de La Martinière par Média Participations ; l’existence de France Loisirs menacée… Editeurs et auteurs se sentent malmenés.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 18h14
    |

            Nicole Vulser








                        



                                


                            

« Lors d’une réunion décisive, il nous fut donné de voir quel abîme nous séparait, racontait André Schiffrin dans L’Edition sans éditeurs (La Fabrique, 1999) en parlant du rachat de Pantheon Books par Random House. Alberto Vitale [le nouveau patron] passait en revue les livres que nous allions publier, liste dont j’étais particulièrement fier. “Qui est ce Claude Simon ?”, demanda-t-il avec mépris. (…) Quel était l’intérêt de publier des livres à si petit tirage ? N’avions-nous pas honte ? » Ce scénario désolant inquiète les éditeurs d’Editis, numéro deux du secteur (Plon, Presses de la Renaissance, 10/18, Robert Laffont, La Découverte, Bordas, Le Robert…), qui fait l’objet jusqu’au 30 septembre d’une offre exclusive de rachat qui peut être prorogée par le groupe Vivendi. Les deux parties espèrent boucler cette opération d’ici à la fin de l’année.
La façon dont Canal+ a été malmené par Vivendi agit comme un repoussoir. Vincent Bolloré, alors à la tête du conseil de surveillance de Vivendi et de Canal+, a exigé d’affadir les sketches des Guignols, au point que, faute d’audience, l’émission satirique a été supprimée. Aussi l’arrivée de ce patron et de son fils fait-elle grincer des dents. Mais craignant d’être satellisés sur une liste noire, la plupart des auteurs et des éditeurs parlent sous anonymat.
2017 n’a pas été une bonne année pour Editis
Les plus jeunes romanciers redoutent d’être remerciés parce qu’ils ne vendent pas assez. Une éditrice, embauchée du temps où Vivendi détenait déjà Editis, entre 2000 à 2008, se dit « fataliste » mais appréhende un plan social. Elle craint que le directeur général du groupe, Pierre Conte, venu du Figaro voici un an, ait du mal à défendre ses troupes face aux oukases de Vivendi. L’ancien président historique d’Editis, Alain Kouck, décédé en juillet, n’est plus là pour jouer les tampons.
Ce rachat « n’est pas rassurant...




                        

                        


<article-nb="2018/09/10/19-15">
<filnamedate="20180910"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180910"><AAMMJJHH="2018091019">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ La deuxième saison de la série de David Simon et George Pelecanos poursuit sa reconstitution de la 42e Rue, à New York, dans les années 1970.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 09/09/2018
Découvrir l’application


                        

« The Deuce » au temps du porno florissant

La deuxième saison de la série de David Simon et George Pelecanos poursuit sa reconstitution de la 42e Rue, à New York, dans les années 1970.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 06h33
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 17h00
    |

            Renaud Machart








                        



   


OCS City, lundi 10 septembre à 20 h 55, série
Cinq ans ont passé sur la « Deuce », ou « Forty-Deuce », cette 42e Rue qui, au tournant des années 1970, était l’épicentre du stupre new-yorkais – prostitution, pornographie, drogue – dans le cadre décati au possible, excitant mais dangereux, de la ville à l’époque.
Avant de passer la main, en 1978, à Ed Koch (qu’on aperçoit brièvement sur les images d’archives couturées qui constituent le générique de début), Abraham D. Beame, le maire de New York depuis 1974, aura tenté d’éviter la faillite municipale en laissant la porte ouverte aux investisseurs plus ou moins vertueux, décidés à profiter de la situation.
Son successeur devra tenter de nettoyer la ville, en particulier le quartier de Times Square, bordé au sud par la 42e Rue, afin d’y faire venir les touristes. Mais il faut composer avec la Mafia, qui contrôle beaucoup des établissements interlopes du quartier, et la police municipale, qui sait vain cet espoir assainissant.
Du trottoir à la réalisation
Entre-temps, la pornographie s’est considérablement développée. Les longs-métrages « X » ont, depuis 1971, littéralement pignon sur rue ainsi que leur cérémonie de récompenses à Los Angeles, où l’on retrouve Eileen (Maggie Gyllenhaal), passée du trottoir à la réalisation, qui tente de porter un regard nouveau sur ce genre.
Désormais, à la station de bus terminale de New York, ce ne sont plus des jeunes filles naïves que viennent lever leurs futurs macs afro-américains, mais des actrices venues à leur premier casting porno : elles cherchent un agent, pas un souteneur. L’époque change au point que les macs eux-mêmes vont tenter de faire valoir à l’écran leurs avantages anatomiques.
« Tu n’es pas du bon côté de l’Oreo » [un biscuit à la vanille et au chocolat] », dit à une jeune actrice noire un réalisateur à qui celle-ci réclame d’être autant payée qu’une collègue blanche : il faudra en effet du temps avant que la mixité raciale soit acceptée dans l’industrie (le porno gay ayant à cet égard été précurseur).
Nous n’avons pu voir que les quatre premiers épisodes de la saison 2 de The Deuce, série créée en 2017 par l’ancien journaliste David Simon, à l’origine de The Wire (« Sur écoute », 2002-2008), et l’auteur de polars George Pelecanos (qui avait également collaboré à The Wire), qu’OCS City diffuse en France à partir du 10 septembre, vingt-quatre heures après HBO aux Etats-Unis.
Une distribution convaincante
On retrouve l’extraordinaire évocation du quartier dont les trottoirs jonchés de détritus, les vitrines de sex-shops, les marquises illuminées de salles de cinéma, les dîners enfumés aux sièges de moleskine poisseuse ont l’air d’être restitués dans leur jus seventies plus vrai que nature.
Maggie Gyllenhaal, qui incarne avec la même élégance un peu lasse le personnage aristocratique de Nessa Stein dans The Honourable Woman (2014), mini-série de Hugo Blick, et Eileen Merrell, prostituée décidée à prendre sa vie en main, dans The Deuce, est absolument extraordinaire dans son jeu à l’émollience savamment contrôlée.
James Franco, qui interprète les rôles des frères jumeaux, parvient à ne pas en faire un « numéro d’acteur » et réussit cette double incarnation au point qu’on finit par oublier qu’il n’en est que le seul et même interprète. La distribution alentour est au même diapason, haute en couleur mais toujours convaincante.
« The Deuce », saison 2, série créée par David Simon et George Pelecanos. Avec Maggie Gyllenhaal, James Franco, Margarita Levieva, Emily Meade, Gary Carr, Lawrence Gilliard, Jr., Gbenga Akinnagbe, Michael Rispoli (US., 2018, 9 x 60 min.).



                            


                        

                        


<article-nb="2018/09/10/19-16">
<filnamedate="20180910"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180910"><AAMMJJHH="2018091019">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Chaque lundi, le service Culture du « Monde » propose aux lecteurs de « La Matinale » un choix de concerts, de festivals, de clips…
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 09/09/2018
Découvrir l’application


                        

Rap, jazz et philharmonie : une semaine riche en sons

Chaque lundi, le service Culture du « Monde » propose aux lecteurs de « La Matinale » un choix de concerts, de festivals, de clips…



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 06h32
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 07h13
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Septembre sera « live », ou ne sera pas. Deux festivals de jazz clôturent la saison estivale à Colmar et à Montlouis-sur-Loire, l’Orchestre de Paris fait sa rentrée à la Philarmonie et la chaleureuse salle de concert le Triton, aux Lilas, laisse carte blanche à Benjamin Moussay. Pas envie de bouger ? Le nouveau clip du rappeur Childish Gambino, Feels Like Summer, est en ligne.
TROIS CONCERTS : 
La rentrée de l’Orchestre de Paris sous le signe du sacré, à la Philharmonie de Paris, les 12 et 13 septembre 

   


Saison cruciale pour l’Orchestre de Paris qui devrait avoir rejoint dès janvier 2019 le giron juridique de la Philharmonie de Paris dans une fusion annoncée, en attendant de connaître celui qui succédera à Daniel Harding dont le départ est prévu au terme de son mandat à l’été 2019.
Mais le maestro anglais sera bien au pupitre pour le concert d’ouverture des mercredi 12 et jeudi 13 septembre avec un programme qui lui ressemble et fait le grand écart entre un motet médiéval de Josquin des Près (Christus mortuus est) et la biblique Symphonie n°5 de Bruckner, sans oublier de saluer au passage la compositrice géniale, Lili Boulanger, jeune sœur de la fameuse Nadia, disparue il y a juste cent ans au printemps de sa vie, non sans avoir laissé des œuvres remarquables comme le Psaume 29 « Ils m’ont assez opprimé ». Marie-Aude Roux
Philharmonie de Paris, Grande Salle Pierre-Boulez, Paris 19e. Mo Porte-de-Pantin. Tél. : 01-44-84-44-84. Mercredi 12 et jeudi 13 septembre, à 20 h 30. De 10 € à 50 €.
Benjamin Moussay, Michel Portal et Keyvan Cheimirani, au Triton, le 13 septembre

   


« Rencontre inédite », annonce le programme de rentrée du Triton, aux Lilas (Seine-Saint-Denis). Celle du pianiste Benjamin Moussay avec le clarinettiste et saxophoniste Michel Portal et le percussionniste Keyvan Cheimirani (par ailleurs membre du célèbre Trio Cheimirani). Jazz, musique improvisée et musiques du monde devraient s’y croiser ce jeudi 13 septembre dans la salle 1, l’une des deux salles du lieu.
Un concert organisé dans le cadre de la « carte blanche » à Benjamin Moussay, fidèle du Triton, que l’on retrouvera ici au sein du quartette du clarinettiste Louis Sclavis jeudi 20 septembre. Signalons aussi que vendredi 14 septembre, le deuxième concert de rentrée sera l’occasion pour le duo Band of Dogs (Philippe Gleizes à la batterie et Jean-Philippe Morel à la basse) d’inviter le violoniste Théo Ceccaldi. Sylvain Siclier
Le Triton, 11 bis, rue du Coq-Français, Les Lilas (Seine-Saint-Denis). Tél. : 01-49-72-83-13. Jeudi 13 septembre, à 20 h 30. De 8 € à 20 €.
UN VIDÉO-CLIP : « Feels Like Summer », par Childish Gambino

Après This Is America, en mai, voici un deuxième vidéo-clip de Childish Gambino (de son vrai nom Donald McKinley Glover) pour faire patienter celles et ceux qui espèrent que son nouvel album sera commercialisé cet automne – le chanteur a annoncé que sa tournée actuelle, ainsi que ce quatrième album pourraient être les derniers sous son pseudonyme.
Mis en scène par Glover avec Ivan Dixon et Greg Sharp à partir de dessins de Justin Richburgt, Feels Like Summer, qui évoque les inquiétudes suscitées par le réchauffement climatique, est un film d’animation qui permet de jouer à reconnaître une cinquantaine de personnalités, en majorité de la musique. Childish Gambino (voix caressante, dans le sillage de celle de Marvin Gaye), se promène dans une rue pavillonnaire et croise divers habitants un jour d’été dont Migos, Chance The Rapper, l’acteur et chanteur Will Smith, Nicky Minaj, Frank Ocean, Solange, l’ancienne première dame Michelle Obama, Beyoncé, Snoop Dogg, Dr. Dre, Jay-Z, Janelle Monaé… Jusqu’à, sur un fond noir cette fois, Michael Jackson, souriant. S. Si.
DEUX FESTIVALS :
Colmar Jazz Festival, du 10 au 15 septembre

   


Le jazz dans toutes ses composantes, depuis les origines New Orleans, jusqu’aux apports de l’électro, en passant par le musette, le blues, le bop… telle est la ligne artistique revendiquée par le Colmar Jazz Festival, dont la 23e édition est organisée du lundi 10 au samedi 15 septembre.
Elle débutera avec le quintette de swing manouche du guitariste Francky Reinhard, puis le trio de Jean-Marc Foltz (clarinette), Philippe Mouratoglou (guitare) et Ramon Lopez (batterie) et le New Ethereal Quartet du saxophoniste Michael Alizon, pour un concert décentralisé à Sélestat, le 11 septembre, une attention à la scène suisse sous la direction du pianiste Sébastien Troendlé, les chanteuses Sarah Lenka et Marion Rampal, le groupe Five For Jazz, le chanteur Hugh Coltman, l’accordéoniste Richard Galliano… S. Si.
Colmar Jazz Festival, Salle Europe et Le Grillen, à Colmar (Haut-Rhin) et Les Tanzmatten, à Sélestat (Bas-Rhin). Du lundi 10 au samedi 15 septembre. De 20 € à 35 €.
Jazz en Touraine, à Montlouis-sur-Loire, du 13 au 23 septembre

   


Pour sa 32e édition le festival Jazz en Touraine, organisé du jeudi 13 au dimanche 23 septembre, à Montlouis-sur-Loire (Indre-et-Loire) annonce neuf concerts, à L’Espace Ligéria, et dix rendez-vous en fin de matinée ou d’après-midi au Magic Mirrors, installé juste à côté.
Sont ainsi annoncés dans la grande salle The Pupini Sisters, l’excellent Amazing Keystone Big Band (le 14 septembre), Mory Kanté, le nonette du vibraphoniste Dany Doriz, Richard Galliano ou Compay Segundo. Au Magic Mirrors, le batteur Roger « Kemp » Biwandu, le trio d’André Charlier (batterie, percussions), Benoit Sourisse (orgue) et Louis Winsberg (guitare), le sextette du saxophoniste Drew Davies et l’octette du trompettiste Fabien Mary. S. Si.
Jazz en Touraine, Espace Ligéria et Magic Mirrors, à Montlouis-sur-Loire (Indre-et-Loire). Du jeudi 13 au dimanche 23 septembre. De 10 € à 35 €.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/09/10/19-17">
<filnamedate="20180910"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180910"><AAMMJJHH="2018091019">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Le groupe irlandais fait étape à Paris dans le cadre de sa tournée européenne, prévue jusqu’en novembre.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 09/09/2018
Découvrir l’application


                        

Au concert parisien de U2, les vieux démons de l’Europe côtoient les souvenirs de jeunesse

Le groupe irlandais fait étape à Paris dans le cadre de sa tournée européenne, prévue jusqu’en novembre.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 05h14
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 07h42
    |

                            Stéphane Davet








                        



   


Un an après avoir fait étape au Stade de France, lors d’une tournée où U2 revisitait l’intégralité de leur album The Joshua Tree (1987), à l’occasion du trentième anniversaire de ce « best-seller » consacré alors à leur vision d’une Amérique réelle et fantasmée, les Irlandais replongent dans leur actualité discographique et l’urgence de notre époque. En écho à Songs of Experience, second chapitre (sorti en décembre 2017) d’un diptyque d’albums aux titres inspirés par un recueil du poète anglais William Blake, Songs of Innocence and Experience, la bande à Bono a repris la route avec un Experience + Innocence Tour, passant par Paris, dans l’arène de l’AccorHotels, les 8, 9, 12 et 13 septembre.
En 2015, le groupe avait déjà mis en scène à Bercy le premier volume de ce projet, Songs of Innocence, dans le cadre d’une tournée Innocence + Experience. Après deux premiers concerts, les 11 et 12 novembre, ceux du 14 et du 15 avaient été annulés à la suite des attentats parisiens du 13 novembre. Après avoir reprogrammé ces spectacles, les 6 et 7 décembre, U2 avait invité, lors du second, le groupe Eagles of Death Metal, qui remontait ainsi sur scène moins d’un mois après s’être produit au Bataclan, le jour des attaques terroristes.
Public à 360°
L’actualité n’a pas laissé depuis beaucoup de répit au monde et à la conscience de Bono. Pour raconter la suite de leur histoire et délivrer leurs nouveaux messages, les Dublinois reprennent, à peu de choses près, le même outil scénographique qu’en 2015. Entouré à 360° par le public, le dispositif scénique se décompose en un grand plateau, prolongé d’une longue promenade, terminée par une petite scène circulaire et surplombée par une sorte de longue cage – baptisée la « Barricage » – dont la trompeuse transparence dissimule sur ses quatre faces un écran LED haute résolution.

   


Ce sont les panneaux de cette cage qui diffusent les images introductives d’un concert placé sous le signe d’une Europe en proie à de vieux démons. Des vidéos d’archives présentent ainsi les ruines de villes européennes à la fin de la seconde guerre mondiale. Par-dessus ces films, résonnent un extrait du discours final du film visionnaire de Charlie Chaplin, Le Dictateur (1940), quand le sosie d’Hitler, joué par Charlot, exhorte à la tolérance et à la paix. Avant que U2 n’attaque son show avec The Blackout, rock anxiogène tiré de son dernier opus, chantant une démocratie menacée par les ténèbres.
Cette métaphore de l’extinction des feux se prolonge dans Lights of Home, en référence cette fois à un accident de vélo dont fut victime le chanteur, passé à deux doigts du trépas. Comme dans leurs deux derniers disques, les Irlandais entremêlent ainsi dans un concert très scénarisé, histoires intimes et enjeux internationaux, contant un parcours – de l’innocence à l’expérience – qui se veut aussi celui d’une prise de conscience.
Années adolescentes
Titres de leur premier album, Boy (1980), le galvanisant I Will Follow et l’atmosphérique The Ocean – rarement joué sur scène – replongent dans la jeunesse du groupe, comme le faisait l’album Songs of Innocence, en souvenir de leurs années d’adolescence.
Tiré de ce dernier, Iris (Hold Me Close) évoque la mère de Bono, morte quand il avait 14 ans (« En me quittant, elle a fait de moi un artiste »), quand Cedarwood Road rappelle le chemin initiatique des jeunes Dublinois. A l’intérieur de la « Barricage », le chanteur semble alors déambuler dans sa rue natale par la grâce d’une projection et d’un fascinant effet de transparence. L’Irlande de l’époque est aussi celle des attentats qui inspirèrent au groupe l’une de ses premières chansons politiques, Sunday Bloody Sunday.
Bizarrement, ce titre, comme les morceaux de cette première partie de concert, préfère une tension froide et métallique à l’habituelle ampleur du son U2. La puissance lyrique de Bono semble elle aussi contrainte. Peut-être parce que le chanteur a récemment été victime, à Berlin, d’une extinction de voix en plein concert.
Paradis artificiels
A mi-temps, le groupe disparaît en coulisses, remplacé par des cases de bandes-dessinées projetées au son de Hold Me, Thrill Me, Kiss Me, Kill Me, composé en 1995 pour la bande originale du film Batman Forever. Dans la chronologie proposée par Bono, la formation au succès naissant se laisse alors enivrer par la starification. Aucun titre de leur premier triomphe international – The Joshua Tree – n’est joué ce soir, mais le quatuor revient sur la petite scène en forme de piste de cirque, pour enchaîner une suite d’hymnes électriques évoquant le vertige de l’ascension rock – Elevation, Vertigo, Even Better The Real Thing… –, sans cette fois retenir ses coups.
Autant narrateur que chanteur, Bono, en chapeau haut de forme de Monsieur Loyal (ou de Chapelier fou, d’Alice aux pays des merveilles) se souvient de leurs dérives mégalos, de leurs excès d’alcool et de paradis artificiels. A l’époque, un de leurs disques – Achtung Baby (1991) – avait mis en abîme ces problèmes et permis au groupe de magnifiquement se réinventer. Sur scène, Bono avait alors créé un double maléfique Mac Phisto, se moquant des égarements du groupe comme de la société du spectacle.
Lors d’une rarissime interprétation d’Acrobat, un des titres d’Achtung Baby (joué une seule fois sur scène avant cette tournée), le chanteur fait réapparaître Mac Phisto grâce à un trucage vidéo appliqué à son visage. Le clown maléfique apostrophe alors ceux qui, dans l’après-midi, ont participé à la marche pour le climat. Dans ses sarcasmes et son apologie des « fake news », il est facile de reconnaître une incarnation de Donald Trump.
Appel à Martin Luther King
Bono décrit ensuite le chemin d’une rédemption, sauvé par l’amour de sa femme, Ali – You’re the Best Thing About Me –, la vie de famille, la Côte d’Azur et, bien sûr, l’engagement caritatif. Pendant Summer of Love – inspiré par l’histoire d’un jardinier d’Alep ayant continué de cultiver ses fleurs par défi, avant d’être tué par un raid aérien –, la contemplation d’une Méditerranée paradisiaque, fait apparaître un paquebot de croisière, avant qu’on ne distingue un Zodiac surpeuplé de réfugiés au bord de la noyade.
S’enchaînent ensuite des images de manifestations d’extrême droite criant en Europe et aux Etats-Unis, leur haine de l’étranger, puis des films de celles organisées en solidarité aux migrants. Bono en appelle à Martin Luther King dans une héroïque version de Pride (in the Name of Love), puis aux valeurs de l’Union européenne dont le drapeau bleu aux étoiles d’or est dressé en fond de scène pendant Get out of Your Own Way, comme un rempart aux nationalismes.
Comme souvent avec U2, aucune cause ne doit être oubliée. Celle des femmes, celle des LGBT (Love is Bigger Than Anything in Its Way). Quitte à surcharger un récit déjà édifiant. Morceau de conclusion, la fragile berceuse 13 (There Is a Light) voit Bono sortir une grosse ampoule lumineuse d’une maquette de sa maison d’enfance, répondant par un ultime symbole – l’espoir et la lumière peuvent naître des endroits les plus inattendus (?) – aux menaçantes ténèbres du début de concert.
U2, à Paris, à l’AccordHotels Arena, les 9, 12 et 13 septembre.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/09/10/19-18">
<filnamedate="20180910"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180910"><AAMMJJHH="2018091019">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Mêlant fiction et archives, cette série documentaire diffusée les 11, 12 et 13 septembre sur Arte offre une histoire-monde de 1918 à 1939.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« 1918-1939 : les rêves brisés de l’entre-deux-guerres » : les utopies fracassées

Mêlant fiction et archives, cette série documentaire diffusée les 11, 12 et 13 septembre sur Arte offre une histoire-monde de 1918 à 1939.



LE MONDE
 |    09.09.2018 à 13h00
    |

                            Antoine Flandrin








                        



                                


                            

Si vous comptiez parfaire vos connaissances sur la Chambre bleu-horizon, le Cartel des gauches ou le Front populaire, inutile de regarder 1918-1939 : les rêves brisés de l’entre-deux-guerres. Cette série en huit épisodes, diffusés les 11, 12 et 13 septembre sur Arte, n’est pas un cours d’histoire. Ses réalisateurs, l’Allemand Jan Peter et le Français Frédéric Goupil, l’ont conçue comme une saga retraçant les destinées de treize personnages qui furent les témoins et acteurs des bouleversements de l’entre-deux-guerres.
« Une image d’archive donnera une vue d’ensemble, une autre sera plus subjective, une troisième offrira une vue aérienne. » Frédéric Goupil, coréalisateur de la série
Conseillés par les historiens Johann Chapoutot et Daniel Schönpflug, les auteurs ont reconstitué les itinéraires des protagonistes à partir de correspondances, de journaux intimes et de récits biographiques. Certains personnages sont célèbres, tels le Vietnamien Nguyen Ai Quoc (futur Ho Chi Minh), jeune plongeur au Ritz, qui profite, en 1919, de la conférence de paix de Paris pour protester contre le colonialisme français. D’autres personnages sont anonymes ou ont été oubliés, telle l’anarchiste Marie-Jeanne Picqueray, qui, après l’annonce en 1921 de l’exécution de Sacco et Vanzetti (finalement exécutés en 1927), dépose une bombe à l’ambassade des Etats-Unis à Paris.
Dans la lignée de leur précédente création 14, des armes et des mots, série historique sur la première guerre mondiale diffusée en 2014, les réalisateurs ont prolongé les scènes de fiction en couleur par des images d’archives en noir et blanc. Les ambiances, mais aussi les pensées et les sensations des personnages de fiction sont illustrées par des archives de films ou des photos. Ainsi voit-on d’abord à l’écran l’actrice russe Natalia Witmer, qui incarne la combattante cosaque Marina Yurlova remontant le quai embrumé de la gare d’Omsk. Alors qu’on entend le transsibérien siffler,...




                        

                        


<article-nb="2018/09/10/19-19">
<filnamedate="20180910"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180910"><AAMMJJHH="2018091019">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Historien et réalisateur, Christian Delage analyse la place et le rôle des images d’archives dans la série documentaire diffusée les 11, 12 et 13 septembre sur Arte.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« 1918-1939 : les rêves brisés de l’entre-deux-guerres » : l’avis de l’historien Christian Delage

Historien et réalisateur, Christian Delage analyse la place et le rôle des images d’archives dans la série documentaire diffusée les 11, 12 et 13 septembre sur Arte.



LE MONDE
 |    09.09.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
09.09.2018 à 18h21
    |

                            Antoine Flandrin








                        



                                


                            
L’historien Christian Delage analyse le travail singulier opéré entre les documents d’archives et la fiction dans « 1918-1939 : les rêves brisés de l’entre-deux-guerres ».
Qu’avez-vous pensé de cette série ?
Je qualifierais cette série de fiction, et non de docu-fiction, car la place de l’image d’archive y est limitée. Avec treize acteurs incarnant treize personnages historiques – connus ou anonymes –, la fiction domine. Cette série suit les avancées de la recherche historiographique de ces dernières années : a rebours d’une histoire politique longtemps dominante, elle se met au niveau de treize individus et de leurs préoccupations quotidiennes. Treize personnages qui permettent une histoire du monde, entre Paris, Munich et San Francisco.

La série intègre les préoccupations de genre de l’époque qui résonnent avec celles d’aujourd’hui, avec des discussions assez précises, parfois crues, sur la lutte des femmes, y compris dans leur droit à disposer de leurs corps. Si elle s’efforce de restituer l’ambiance de l’époque, la violence est relativement absente : la mutinerie des marins allemands est peu violente. La fiction est assez édulcorée. La couleur de la fiction est propre, elle ne transpire pas, contrairement à l’image d’archive, qui elle est toujours un peu sale, et donne une image de la réalité qui n’est jamais très confortable.
Dans quelle mesure cette série qui entremêle images de fiction et images d’archive est-elle novatrice ?
Dans cette série, images de fiction et d’archive ne sont pas entremêlées ou alors de manière discrète comme par exemple, lorsque des images d’archives de la vraie Pola Negri succèdent à des plans où l’on voit l’actrice l’incarner. La série ne se risque pas à assurer un passage de relais entre images de fiction et images d’archive et c’est tant mieux. Pour que l’image d’archive ne brise pas la force de la fiction, il faut qu’elle soit utilisée en sous-main....




                        

                        


<article-nb="2018/09/10/19-20">
<filnamedate="20180910"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180910"><AAMMJJHH="2018091019">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Dans sa chronique, l’historienne Valérie Théis rappelle à quel point la construction et l’entretien des impressionnants ouvrages d’art dont les ­hommes se servent pour maîtriser la nature ne sont ­jamais une affaire anodine.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Des hommes, des ponts et des drames

Dans sa chronique, l’historienne Valérie Théis rappelle à quel point la construction et l’entretien des impressionnants ouvrages d’art dont les ­hommes se servent pour maîtriser la nature ne sont ­jamais une affaire anodine.



LE MONDE
 |    09.09.2018 à 11h00
 • Mis à jour le
09.09.2018 à 16h59
    |

                            Valérie Theis (Historienne)








                        



                                


                            

Résonances : chaque semaine, une chercheuse ou un chercheur réagit à un fait d’actualité ou simplement à l’air du temps. 
Cet été, comme des milliers de touristes et de Génois, je suis passée sur le pont Morandi presque sans y penser. Moins de vingt-quatre heures plus tard, je regardais les images de son effondrement avec le sentiment d’avoir eu de la chance, ­contrairement aux familles qui ont perdu leurs proches dans la catastrophe. Une telle tragédie ne fait pas seulement songer à la fragilité de l’existence humaine, elle rappelle également que la construction et l’entretien des impressionnants ouvrages d’art dont les ­hommes se servent pour maîtriser la nature ne sont ­jamais une affaire anodine.
A l’heure où certains voudraient relancer la conquête spatiale, il manque toujours dans la plupart des pays l’argent nécessaire pour assurer la sécurité de ces ­infrastructures, qui semblent si ­familières qu’on oublie d’en prendre soin. Au-delà de l’Italie, ce sont ainsi des centaines de familles qui pleurent aujourd’hui leurs morts, au Laos ou en Inde, à la suite d’inondations qui n’ont rien de naturel, mais ont en commun la mauvaise conception ou utilisation des barrages et la sous-estimation des effets de la ­nature sur les ouvrages que nous construisons.
Au-delà des questions techniques qu’ils durent ­affronter, les médiévaux partageaient avec nous cette difficulté majeure consistant à trouver de l’argent, non seulement pour construire des ouvrages ambitieux, mais aussi pour les entretenir et les réparer. En effet, bien que le Moyen Age semble faire pâle figure dans le domaine de la construction des ponts comparé aux prouesses des Romains, il fut pourtant une période très importante pour le développement de leur usage, qui se répandit un peu partout à partir du XIe siècle, favorisant l’essor des échanges à courte et longue distance. Si dans certains cas l’intérêt bien compris des seigneurs les ­conduisait à...




                        

                        

