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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Les principaux acteurs de l’économie solidaire, parmi lesquels Frédéric Tiberghien, président de Finansol, et Hugues Sibille, président du Labo de l’ESS, listent dans une tribune au « Monde » les quatre mesures qu’ils attendent du gouvernement pour pouvoir pleinement bénéficier de la loi Pacte.
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Loi Pacte et finance solidaire, « un rendez-vous à ne pas manquer »

Les principaux acteurs de l’économie solidaire, parmi lesquels Frédéric Tiberghien, président de Finansol, et Hugues Sibille, président du Labo de l’ESS, listent dans une tribune au « Monde » les quatre mesures qu’ils attendent du gouvernement pour pouvoir pleinement bénéficier de la loi Pacte.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 15h54
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 16h12
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. Le projet de loi Pacte (plan d’action pour la croissance et la trans­formation des entreprises) [actuellement en discussion à l’Assemblée nationale] comporte un nombre très élevé de mesures destinées à renforcer la place de l’entreprise dans la société.
Parmi les plus emblématiques, il faut signaler la simplification des seuils sociaux, l’inscription d’une mission sociale et/ou environnementale dans l’objet social des entreprises désireuses de le faire, la représentation des salariés dans les conseils d’administration, l’extension des dispositifs d’intéressement et de participation pour les PME avec un allégement substantiel du forfait social, le développement de l’actionnariat salarié, l’harmonisation des régimes d’épargne retraite.
Conçu pour le secteur privé lucratif, ce projet de loi ne comporte guère de mesures propres à encourager l’économie sociale et solidaire (ESS). Pourtant, si le gouvernement et le Parlement s’appropriaient cette ambition, ce projet pourrait dynamiser le développement de la finance solidaire à travers quatre séries de dispositions et apporter ainsi à l’ESS des moyens supplémentaires pour changer d’échelle.

Premièrement, l’extension et l’amélioration du régime de l’épargne salariale, qui représente deux tiers de l’encours d’épargne solidaire, permettraient de maintenir la dynamique de cette collecte d’épargne solidaire observée depuis dix ans.
Des sources de financement supplémentaires
Deuxièmement, l’harmonisation des régimes d’épargne retraite fournirait l’occasion de généraliser une offre solidaire à tous ces dispositifs d’épargne, en leur étendant la formule qui a fait le succès de l’épargne salariale solidaire.

Troisièmement, la modification du régime de l’assurance-vie permettrait au président de la République d’honorer sa promesse de campagne de soutenir le développement de la finance solidaire et notamment d’obliger les assureurs à présenter,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ La préhistoire n’est-elle pas souvent plus éclairante que l’histoire elle-même ?, s’interroge dans sa chronique l’économiste Paul Jorion, qui analyse les ressorts de la politique économique et commerciale internationale du président américain.
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« La présidence hors norme de Donald Trump »

La préhistoire n’est-elle pas souvent plus éclairante que l’histoire elle-même ?, s’interroge dans sa chronique l’économiste Paul Jorion, qui analyse les ressorts de la politique économique et commerciale internationale du président américain.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 12h13
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 12h22
    |

                            Paul Jorion (Economiste et anthropologue à l'Université catholique de Lille)








                        



                                


                            

Marchés. Quels sont les ressorts de la politique économique et commerciale internationale de Donald Trump ? Il n’est pas exclu que les analystes se fourvoient quand ils explorent les sources habituelles car tout dans son cas est hautement inhabituel.
Une citation : « Le monde entier se moque de la classe politique américaine alors que nous assurons la protection de navires qui ne sont pas les nôtres, transportant du pétrole dont nous n’avons aucun besoin, destiné à des alliés qui ne nous aideront jamais en retour. Il est temps de mettre fin à nos énormes déficits en forçant le Japon à régler la note, ainsi que les autres nations en ayant les moyens. » Chacun aura reconnu là la politique étrangère de Donald Trump et ses implications économiques.
Or cette proclamation date de plus de trente ans : elle apparaît dans une page payante publiée le 1er septembre 1987 par The Boston Globe, The Washington Post et The New York Times. Le texte était intitulé : « Il n’y a rien dans la politique erronée de défense américaine auquel on ne pourrait remédier par de la force de caractère ». Trump avait acquitté personnellement les 100 000 dollars qu’avait coûtés l’annonce qui paraissait sept semaines après son retour d’un voyage tous frais payés en Union soviétique.
Le 24 juillet, quelques jours après son retour, le magazine spécialisé dans le renseignement Executive Intelligence Review écrivait : « Les Soviétiques, entend-on dire, envisagent désormais avec davantage de sympathie une candidature à la présidentielle de Donald Trump, promoteur new-yorkais ayant amassé une fortune grâce à la spéculation immobilière. »
Dès 1984
Remontons davantage encore dans le temps : dans un entretien qu’il accordait au Washington Post le 15 novembre 1984, Trump expliquait, avec une assurance surprenante pour un néophyte de 38 ans, qu’il aimerait négocier au nom des Etats-Unis...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Editorial. Si l’extrême droite a échoué à devenir le deuxième parti suédois, le pays est toutefois confronté à la montée du populisme.
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La Suède, un pays européen comme les autres

Editorial. Si l’extrême droite a échoué à devenir le deuxième parti suédois, le pays est toutefois confronté à la montée du populisme.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 11h39
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 14h26
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Faut-il se réjouir du résultat des élections organisées dimanche 9 septembre en Suède ? A première vue, sans doute. Le cataclysme annoncé par certains sondages ne s’est pas produit : la formation d’extrême droite, les mal nommés Démocrates de Suède, espérait devenir le deuxième, voire le premier parti du pays et visait jusqu’à 25 % des suffrages au terme d’une virulente campagne anti-immigration. A cette aune-là, c’est un échec. Les Démocrates de Suède (Sverigedemokraterna, SD) terminent en troisième position, avec 17,6 % des voix. Le Parti social-démocrate, pilier du système politique suédois, reste le premier parti, avec 28,4 % des voix. Les apparences sont sauves.
C’est bien connu, les apparences sont souvent trompeuses ; ce scrutin suédois ne fait pas exception. La dynamique qui se cache derrière ces chiffres est celle qui est à l’œuvre dans une grande partie des démocraties occidentales : la montée du populisme et de l’extrême droite (les SD progressent de 12,9 % à 17,6 % en quatre ans) et l’affaiblissement des partis de gouvernement traditionnels (les sociaux-démocrates, en baisse de 3 points, font le pire score de leur histoire, les Modérés de centre droit perdent 3,5 points, avec 19,8 %).

        Le point sur les résultats :
         

          Droite et gauche au coude-à-coude, l’extrême droite progresse



Des semaines de tractations laborieuses s’annoncent
En Europe, cette dynamique est plus ou moins aiguë suivant les systèmes électoraux et les spécificités de chaque pays, mais elle transcende désormais les clivages géographiques est-ouest et nord-sud, les clivages économiques entre pays riches et moins riches, ou les clivages culturels parfois évoqués comme celui supposé distinguer les pays à tradition protestante des pays à tradition catholique. La France fait aujourd’hui figure d’exception, après la victoire d’Emmanuel Macron sur Marine Le Pen en 2017 ; mais l’indispensable recomposition politique y est encore en chantier.
Dans le cas de la Suède, cette dynamique, certes amortie par la tempérance scandinave, se traduit par une majorité introuvable au Parlement. Selon des résultats encore provisoires lundi matin, le bloc de gauche dominé par le Parti social-démocrate n’a qu’un siège de plus (144 députés) que le bloc de droite (143 députés), loin de la majorité absolue de 175 sièges. Avec 62 sièges, les SD sont en position d’arbitre, mais, aucune des deux alliances ne voulant gouverner avec eux, des semaines de tractations laborieuses s’annoncent entre les deux blocs pour parvenir à une coalition viable. Le gouvernement sortant du premier ministre Stefan Löfven survivra difficilement à l’épreuve.
Qu’est-il arrivé à la Suède, phare de la social-démocratie, paradis de l’Etat-providence et symbole de la tolérance ? L’explication la plus simple porte inévitablement sur la crise des réfugiés de 2015, qui a brutalement porté à 20 % la proportion d’étrangers au sein d’une population traditionnellement ouverte et accueillante. C’est incontestablement un facteur de la montée de l’extrême droite, mais ce n’est pas le seul. La Norvège voisine, avec 15 % d’étrangers, est arrivée à freiner la progression de l’extrême droite.
L’idéalisme suédois s’est heurté au choc de la mondialisation, face auquel le Parti social-démocrate s’est essoufflé, incapable de trouver les réponses à l’insécurité et à la crise d’identité qui en découlaient chez ses électeurs. Finalement, comme le soulignait l’ancien premier ministre Carl Bildt sur Twitter lundi matin, la Suède est devenue un pays européen comme un autre.

        L’analyse politique :
         

          Un paysage politique éclaté après une percée plus faible que prévu de l’extrême droite






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Dans un entretien au « Monde », le ministre de l’écologie rejette les conservatismes et la radicalité, « les deux faces de l’impuissance ».
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François de Rugy : « Il faut sortir de la guerre de religion sur le nucléaire »

Dans un entretien au « Monde », le ministre de l’écologie rejette les conservatismes et la radicalité, « les deux faces de l’impuissance ».



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 11h16
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 14h27
    |

                            Nabil Wakim, 
Cédric Pietralunga, 
Simon Roger et 
Rémi Barroux








                        



                                


                            

Le nouveau ministre de l’écologie, François de Rugy, affirme disposer de « quatre années utiles » pour mener à bien la transition écologique et énergétique du pays.
Vous avez accepté de succéder à Nicolas Hulot, ministre populaire et reconnu pour son engagement écologique. Comment comptez-vous réussir là où lui-même dit avoir échoué ?
Je suis conscient que ce n’est pas un ministère facile. Il recouvre des champs très variés avec de gros dossiers comme les transports, l’énergie ou la mer. Il me semble important qu’il ait gardé le même périmètre pour avoir tous ces leviers d’action. Nous sommes confrontés à de nombreuses transformations difficiles à conduire, parce qu’il y a des résistances, des oppositions, des conservatismes, des lobbys. Il peut y avoir le sentiment, et c’était le cas je crois pour mon prédécesseur, d’être seul contre tous.
Le président et le premier ministre m’ont demandé d’assumer cette responsabilité, alors qu’ils savaient que je n’y étais pas candidat. C’est un ministère de mission, j’ai près de quatre années utiles devant moi. Ma conviction, c’est qu’on peut obtenir des résultats avec de la détermination, avec de la méthode. L’écologie est, pour moi, l’engagement d’une vie.
Considérez-vous que Nicolas Hulot a manqué de patience et que vous réussirez, vous, en vous donnant le temps de mener à bien ces transformations ?
Dès le début, Nicolas Hulot a envisagé que ce serait pour un temps court. Je lui avais dit à plusieurs reprises de s’inscrire dans la durée. Il a fait un autre choix. Mais il a un bilan. Il a fait adopter un plan climat dans lequel est inscrite, par exemple, la fermeture accélérée des centrales à charbon. Il a mis en œuvre avec le ministère de l’économie et des finances – la preuve que l’on peut travailler avec lui – la prime à la conversion, qui permet d’inciter les ménages, particulièrement ceux aux revenus modestes, à acquérir des véhicules...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Si François de Rugy, le successeur de Hulot, est réputé plus souple, ses convictions antinucléaires vont à l’encontre de la volonté de Macron de relancer cette filière, explique, dans sa chronique, Jean-Michel Bezat, journaliste au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
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« Sur le nucléaire, un profond désaccord subsistera au sommet de l’Etat »

Si François de Rugy, le successeur de Hulot, est réputé plus souple, ses convictions antinucléaires vont à l’encontre de la volonté de Macron de relancer cette filière, explique, dans sa chronique, Jean-Michel Bezat, journaliste au « Monde ».



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 10h44
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 18h48
    |

            Jean-Michel Bezat








                        



                                


                            

Nicolas Hulot soupirait souvent, la mine triste et le verbe las, en déambulant sous les ors de son ministère, l’hôtel de Roquelaure, à Paris. Depuis un an, il sentait bien que le compromis virait à la compromission. Le glyphosate, l’accord de libre-échange UE-Canada, la Montagne d’or en Guyane, le nucléaire, la chasse… Parfois, le ministre de la transition écologique et solidaire se lâchait devant un journaliste. « Je suis dans un putain de dilemme », notamment sur le nucléaire, confiait-il encore le 2 août à une journaliste de Libération, qui publiera ses états d’âme au lendemain de sa démission : « Soit je m’en vais, et ce sera bien pire, il y aura trois EPR de plus dans les prochaines années. Soit je reste, et il n’y aura pas le grand soir. »
Le grand soir attendra. Pour remplacer le saint Sébastien de l’écologie, Emmanuel Macron n’a pas réussi à convaincre un Vert de stricte observance de renier sa foi antinucléaire. Quel trophée – mais quel risque – s’il avait décroché Daniel Cohn-Bendit ! Et quelle cacophonie s’il avait nommé Pascal Canfin, le patron de WWF France pressenti pour le poste, qui dénonce « une énergie du passé », là où le président voit « un choix d’avenir » ! Peu de risque de dissonance avec le successeur de Hulot, François de Rugy, dont l’échine est plus souple et le propos moins apocalyptique.

Ses convictions antinucléaires, l’ex-président de l’Assemblée nationale les affirme pourtant depuis longtemps. Celui que ses détracteurs accusent d’être un défroqué de la vraie écologie s’était prononcé en 2016 pour « la disparition du nucléaire à horizon 2040 », dénonçant le candidat Macron comme un homme du passé sur ce point. A peine nommé, Rugy a admis qu’il n’est « pas simple » de dresser la liste des centrales à fermer. Et prudemment renvoyé à la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), qui doit être dévoilée fin octobre.
La troisième...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Analyse. La crise nucléaire nord-coréenne est devenue le point focal des antagonismes entre les puissances du Pacifique.
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La Corée du Nord au centre des rivalités

Analyse. La crise nucléaire nord-coréenne est devenue le point focal des antagonismes entre les puissances du Pacifique.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 10h36
    |

            Philippe Pons (Tokyo, correspondant)








                        



                                


                            

Analyse. Il y a deux semaines, Washington annulait brutalement la visite à Pyongyang du secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, et Donald Trump critiquait la Chine accusée de « compliquer les choses avec la Corée du Nord ». Aujourd’hui, ce dernier se congratule du renouvellement de l’engagement de Kim Jong-un, au cours de son entretien avec un émissaire du président sudiste Moon Jae-in mercredi 5 septembre, de parvenir à une « dénucléarisation de la péninsule », « durant le premier mandat » du président américain (qui s’achève en janvier 2021). Et celui-ci jubile : « Nous y arriverons ensemble ! », proclame-t-il à l’adresse du dirigeant nord-coréen.
Ces volte-face suscitent un certain scepticisme sur la consistance de la politique américaine vis-à-vis de la République populaire démocratique de Corée (RPDC). Spectaculaires, elles voilent surtout une évolution de la donne depuis la poignée de main historique entre Kim Jong-un et Donald Trump, le 12 juin à Singapour.
La réaction irritée de la Chine, qui a jugé « irresponsable » l’attitude de Washington à la suite de l’annulation de la visite de Mike Pompeo, et celle, mesurée, de la Corée du Sud, qui n’a pas remis en cause la visite du président Moon Jae-in en Corée du Nord du 18 au 20 septembre, témoignent de la volonté de Pékin et de Séoul d’être des acteurs à part entière dans la pièce qui se joue, limitant de fait la marge de manœuvre de Washington.

La crise nucléaire nord-coréenne est de moins en moins un bras de fer entre la RPDC, d’une part, et les Etats-Unis et leurs alliés, de l’autre. Elle est devenue le point focal des antagonismes entre les puissances du Pacifique : rivalités entre la Chine et les Etats-Unis, la Chine et le Japon, la Corée du Sud et le Japon. Ces enjeux sécuritaires et économiques – attisés par les rancœurs du passé dans le cas de la Chine, du Japon...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Dans ce premier essai traduit en français, le jeune politologue Yascha Mounk met au jour trois facteurs qui expliqueraient la montée des populismes.
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Menaces sur la démocratie libérale

Dans ce premier essai traduit en français, le jeune politologue Yascha Mounk met au jour trois facteurs qui expliqueraient la montée des populismes.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 09h56
    |

                            Astrid de Villaines








                        



                                


                            

Livre. La démocratie libérale est en danger. Voilà le cri d’alarme que pousse le politologue Yascha Mounk, 35 ans, enseignant à Harvard qui a récemment rejoint le Tony Blair Institute for Global Change.
Dans Le Peuple contre la démocratie – son troisième ouvrage, mais le premier traduit en français –, le chercheur germano-américain s’attelle à un thème récurrent en cette rentrée : le populisme. Enseignant aux Etats-Unis pendant l’élection de Donald Trump en 2016, c’est au cours de la première année de mandat du président américain qu’il écrit cet essai.
« Le libéralisme et la démocratie sont désormais entrés en conflit »
Et son constat est sans appel : « Le libéralisme – au sens de droits individuels, pour Yascha Mounk – et la démocratie, les deux éléments cruciaux de nos systèmes politiques, sont désormais entrés en conflit. » « Les préférences des peuples sont devenues de plus en plus antilibérales », ajoute-t-il, se référant notamment au Brexit et à Viktor Orban en Hongrie.
Soixante-dix ans après la fin de la seconde guerre mondiale, alors que la démocratie et le libéralisme marchaient « main dans la main » sans qu’aucune remise en question ne semble envisageable, les derniers scrutins ont ouvert les yeux des chercheurs, observateurs et citoyens – dont Yascha Mounk, qui en propose un résumé accessible et percutant.
Ponctué d’anecdotes historiques ou mythologiques qui accrochent le lecteur, le texte met au jour trois facteurs qui expliqueraient la montée des populismes : la stagnation économique, les réseaux sociaux et les migrations.
« Les citoyens n’ont jamais beaucoup aimé les politiciens, rappelle-t-il. Pourtant, ils sont toujours restés à peu près confiants dans le fait que leurs élus accompliraient leur part du travail et que la vie continuerait à devenir plus agréable. » Aussi l’un des premiers échecs des démocraties modernes est-il, selon l’auteur,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Jean-Hervé Bradol, directeur d’études à l’ONG Médecins sans frontières-Crash, explique dans une tribune au « Monde » que l’implication massive des fonctionnaires des Etats dans la gestion des migrants explique que les passeurs ne sont presque jamais arrêtés.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 09/09/2018
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« Les passeurs sont le plus souvent des fonctionnaires et non de mystérieux criminels »

Jean-Hervé Bradol, directeur d’études à l’ONG Médecins sans frontières-Crash, explique dans une tribune au « Monde » que l’implication massive des fonctionnaires des Etats dans la gestion des migrants explique que les passeurs ne sont presque jamais arrêtés.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 09h41
    |

Jean-Hervé Bradol (Directeur d'études à Médecins sans frontières (MSF) - Centre de réflexion sur l’action et les savoirs humanitaires/Crash)







                        



                                


                            

Tribune. De Daniel Cohn-Bendit à Marine Le Pen, en passant par Emmanuel Macron, nombreux sont les responsables politiques qui dénoncent une prétendue collusion entre les organismes d’aide aux migrants (des humanitaires) et les passeurs (des criminels). Les uns exercent leurs activités en pleine lumière, les autres agiraient dans l’ombre mais tous s’associeraient pour faire franchir en toute illégalité les frontières.
Passeur est donc un terme qui mérite clarification afin de dégager la réalité de l’aura mystérieuse qui l’enveloppe. Pour ouvrir une frontière à un candidat à l’exil, encore faut-il en avoir le contrôle. Dans ces zones frontalières, disputées et parfois dangereuses, les no man’s land n’existent pas et ceux qui y exercent le pouvoir le font les armes à la main. Qui détient les armes ? Les membres des forces de l’ordre, régulières (douane, gendarmerie, police, armée…) ou irrégulières (milices ou bandes armées pour les pays, comme la Libye, où l’Etat est faible).
Nous ne nions pas ici qu’il existe bien des artisans du contournement des postes frontières qui échappent au contrôle des fonctionnaires ou des miliciens. Mais comparée aux centaines de milliers de personnes qui empruntent les « autoroutes migratoires » contrôlées par les autorités, cette pratique artisanale reste marginale.
Comment savons-nous que les passeurs sont le plus souvent des fonctionnaires et non de mystérieux criminels ? Parce que les Médecins sans frontières (MSF) parcourent ces routes de l’exil depuis plus de quarante ans. Dans les quelques situations où il ne nous a pas été possible d’obtenir les autorisations préalables, ces frontières, nous ne les avons jamais franchies seuls. A chaque fois, nous avons formulé notre demande aux représentants locaux des forces de l’ordre. Dans certains cas, nous les avons soudoyés. En effet, le passage de frontières est une activité pour laquelle il existe un marché.
Des courtiers et des passeurs
Le...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Pour l’économiste, il est normal qu’une société de services ait du mal à générer de la croissance, faute d’économies d’échelle. La société algorithmique pourrait cependant nous aider à renouer avec elle.
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Article sélectionné dans La Matinale du 09/09/2018
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Daniel Cohen : « S’approprier les technologies nouvelles, mais sans les subir »

Pour l’économiste, il est normal qu’une société de services ait du mal à générer de la croissance, faute d’économies d’échelle. La société algorithmique pourrait cependant nous aider à renouer avec elle.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 06h34
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 12h36
    |

            Elise Barthet et 
Philippe Escande








                        



                                


                            

Daniel Cohen est directeur du département d’économie de l’Ecole normale supérieure et membre fondateur de l’Ecole d’économie de Paris. Il est également membre du conseil de surveillance du Monde. Daniel Cohen vient de publier Il faut dire que les temps ont changé… Chronique (fiévreuse) d’une mutation qui inquiète (Albin Michel, 230 pages, 19 euros). Il explique pourquoi la croissance s’est progressivement envolée dans nos sociétés avancées et pourquoi elle pourrait revenir dans la civilisation numérique qui s’annonce.
Dans votre livre, vous revenez sur les cinquante dernières années en analysant l’évolution des idées, des cultures, des comportements et des technologies qui nous ont fait basculer dans une nouvelle ère. Quelle place l’économie tient-elle dans cette mutation ?
Elle en est le fil conducteur. L’errance politique et sociale des cinquante dernières années tient à un facteur décisif : l’effondrement de la société industrielle, et l’immense difficulté où l’on s’est trouvé de comprendre ce qui était en train de la remplacer. La gauche, dans les années 1960, a rêvé d’une sortie du capitalisme. La droite, avec la révolution conservatrice, prônait un retour aux valeurs morales du travail et de l’effort. Toutes les deux se sont trompées. Le capitalisme n’est pas mort, et il n’est pas devenu moral…
Le titre Il faut dire que les temps ont changé est ironique. Un pacte faustien avait été signé durant la société industrielle qui consistait à faire accepter aux gens, au nom de la croissance, une déshumanisation du travail, illustrée par le taylorisme et la chaîne de production. Or, ce pacte-là, nous sommes en train de le signer à nouveau, dans la société algorithmique qui s’annonce, pour renouer avec la croissance perdue. Au travail à la chaîne et à la consommation de masse, on est en train de substituer un nouveau système tout aussi déshumanisant, celui qui nous installe derrière nos tablettes...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Faut-il donc aujourd’hui cesser de participer à l’euphorie du marché américain, parce que ce dernier émettrait son dernier « Hourra! » juste avant son retournement, s’interroge Didier Saint-Georges, membre du comité d’investissement chez Carmignac, dans sa chronique pour « Le Monde ».
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« Dans la dernière phase d’expansion, les marchés ont tendance à commettre leurs plus grands excès »

Faut-il donc aujourd’hui cesser de participer à l’euphorie du marché américain, parce que ce dernier émettrait son dernier « Hourra! » juste avant son retournement, s’interroge Didier Saint-Georges, membre du comité d’investissement chez Carmignac, dans sa chronique pour « Le Monde ».



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 07h52
    |

Didier Saint-Georges (Membre du comité d’investissement chez Carmignac)







                        



   


Depuis le début de l’année, la Bourse américaine est en hausse de 8,5 %, tandis que les Bourses européennes sont en recul de 2 % en moyenne, et que les Bourses émergentes accusent une baisse de 10 %. La surperformance du marché américain, déjà ancienne, devient insolente.
Quand on approche de la fin d’un cycle, ce qui semble être le cas, il devient toujours très délicat de conserver de fortes convictions. Car dans la dernière phase d’expansion, les marchés ont tendance à commettre leurs plus grands excès (enthousiasme général, hausse vertigineuse des marchés actions, remontée de l’inflation), qui produisent mécaniquement leur propre antidote : les banques centrales, soucieuses de calmer le jeu, resserrent leur politique monétaire.
Et l’inflation, l’épouvantail historique de tout banquier central, ayant traditionnellement plus d’inertie que la croissance, les banques centrales sont coutumières de l’erreur consistant à continuer de relever les taux d’intérêt alors que la croissance économique a commencé de ralentir.

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Ce faisant, les banques centrales très souvent contribuent au ralentissement économique et au retournement de marché. On se souvient ainsi de Jean-Claude Trichet, alors président de la Banque centrale européenne (BCE), lorsqu’il décida de relever les taux directeurs en août 2008, parce que les indicateurs d’inflation se tendaient, alors que le retournement économique avait déjà commencé. Cette erreur est restée dans les mémoires, mais à sa décharge, elle n’avait rien d’exceptionnel. Les banquiers centraux ne croient que ce qu’ils voient.
Anticiper les retournements
A l’inverse, il est essentiel pour les investisseurs d’anticiper les retournements, sous peine d’être ruinés, comme le furent beaucoup en 2000-2001 ou en 2008. Faut-il donc aujourd’hui cesser de participer à l’euphorie du marché américain, parce que ce dernier émettrait son dernier « Hourra ! », propulsé vers ses plus hauts niveaux… juste avant son retournement ?

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                Immobilier : la fin de la hausse des prix en vue



La mission de répondre à cette question, très classique, revient généralement aux économistes. Ils demeurent pour l’instant relativement optimistes sur la croissance américaine, en vertu d’une politique budgétaire très incitative, qui compense le resserrement monétaire. Mais cette explication ne peut suffire à justifier une telle surperformance du marché américain. 
La rencontre de cette croissance économique avec deux perturbateurs exogènes tout à fait hors normes est beaucoup plus décisive pour comprendre l’exception américaine.
Dégonfler la bulle monétaire
D’abord le cycle monétaire. Les banques centrales ne peuvent cette fois se contenter de relever, fût-ce prudemment, leurs taux d’intérêt. Elles doivent aussi dégonfler la bulle monétaire accumulée au fil des années par le fameux « quantitative easing ».
Mais il n’y a qu’aux Etats-Unis que l’exercice est déjà entamé. La banque de Réserve Fédérale a commencé de détruire les 4 500 milliards de dollars qu’elle avait imprimés entre 2008 et 2014. Cette destruction monétaire constitue un phénomène beaucoup plus puissant que quelques dizaines de points de base de relèvement des taux directeurs.
Mais surtout – et c’est le point essentiel –, il importe bien davantage pour le reste du monde que pour les Etats-Unis. En effet, le dollar est la principale monnaie de financement de l’économie mondiale. Si bien que les pays très dépendants de financements extérieurs en dollars, comme le sont de façon extrême l’Argentine ou la Turquie, vivent cette fermeture de la manne de dollars comme un sevrage extrêmement douloureux. Le cycle monétaire américain fragilise principalement le reste du monde.

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Le second perturbateur est le cycle politique. La mondialisation des vingt dernières années, qui a généreusement servi les marges des entreprises internationales et enrichi leurs actionnaires, rencontre aujourd’hui de puissantes forces de rappel.
Le nationalisme économique s’affirme, et avec lui la tentation du protectionnisme et la rébellion contre l’ordre établi et le libre-échange. Dans cette mutation, qui voit le commerce mondial comme un jeu à somme nulle, où à chaque gagnant doit correspondre un perdant, c’est logiquement la loi du plus fort qui s’applique. Autrement dit, aujourd’hui, celle de l’économie américaine.
Et Donald Trump ne fait pas mystère de son intention d’utiliser sa position de force pour arracher de ses « partenaires » commerciaux des conditions qui soient beaucoup plus favorables à l’économie américaine. La rébellion américaine contre le libre-échange fragilise le reste du monde.

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Ainsi, la politique monétaire et la politique commerciale américaines ont pour effet « d’aspirer » à la fois les liquidités et la croissance du reste du monde. Ajoutez une pincée de risque politique en Europe et en Amérique latine, et la divergence tout à fait singulière entre toutes les Bourses mondiales d’une part, et le marché américain d’autre part s’explique parfaitement.
Prenons conscience que c’est parce que trois cycles majeurs sont en train de rentrer en collision (cycles monétaire, économique, politique) que des choses en apparence étranges commencent à se produire sur les marchés financiers. Et ce télescopage ne fait que commencer.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Dans sa chronique, l’historienne Valérie Théis rappelle à quel point la construction et l’entretien des impressionnants ouvrages d’art dont les ­hommes se servent pour maîtriser la nature ne sont ­jamais une affaire anodine.
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Des hommes, des ponts et des drames

Dans sa chronique, l’historienne Valérie Théis rappelle à quel point la construction et l’entretien des impressionnants ouvrages d’art dont les ­hommes se servent pour maîtriser la nature ne sont ­jamais une affaire anodine.



LE MONDE
 |    09.09.2018 à 11h00
 • Mis à jour le
09.09.2018 à 16h59
    |

                            Valérie Theis (Historienne)








                        



                                


                            

Résonances : chaque semaine, une chercheuse ou un chercheur réagit à un fait d’actualité ou simplement à l’air du temps. 
Cet été, comme des milliers de touristes et de Génois, je suis passée sur le pont Morandi presque sans y penser. Moins de vingt-quatre heures plus tard, je regardais les images de son effondrement avec le sentiment d’avoir eu de la chance, ­contrairement aux familles qui ont perdu leurs proches dans la catastrophe. Une telle tragédie ne fait pas seulement songer à la fragilité de l’existence humaine, elle rappelle également que la construction et l’entretien des impressionnants ouvrages d’art dont les ­hommes se servent pour maîtriser la nature ne sont ­jamais une affaire anodine.
A l’heure où certains voudraient relancer la conquête spatiale, il manque toujours dans la plupart des pays l’argent nécessaire pour assurer la sécurité de ces ­infrastructures, qui semblent si ­familières qu’on oublie d’en prendre soin. Au-delà de l’Italie, ce sont ainsi des centaines de familles qui pleurent aujourd’hui leurs morts, au Laos ou en Inde, à la suite d’inondations qui n’ont rien de naturel, mais ont en commun la mauvaise conception ou utilisation des barrages et la sous-estimation des effets de la ­nature sur les ouvrages que nous construisons.
Au-delà des questions techniques qu’ils durent ­affronter, les médiévaux partageaient avec nous cette difficulté majeure consistant à trouver de l’argent, non seulement pour construire des ouvrages ambitieux, mais aussi pour les entretenir et les réparer. En effet, bien que le Moyen Age semble faire pâle figure dans le domaine de la construction des ponts comparé aux prouesses des Romains, il fut pourtant une période très importante pour le développement de leur usage, qui se répandit un peu partout à partir du XIe siècle, favorisant l’essor des échanges à courte et longue distance. Si dans certains cas l’intérêt bien compris des seigneurs les ­conduisait à...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ La directive impose aux plates-formes numériques de bloquer les contenus soumis à des droits d’auteur au profit des industries culturelles. Pour le chercheur Félix Tréguer, c’est une « censure préalable et privatisée ». Le Parlement européen se prononcera le 12 septembre.
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Directive sur le droit d’auteur : l’affrontement factice des deux têtes du capitalisme informationnel

La directive impose aux plates-formes numériques de bloquer les contenus soumis à des droits d’auteur au profit des industries culturelles. Pour le chercheur Félix Tréguer, c’est une « censure préalable et privatisée ». Le Parlement européen se prononcera le 12 septembre.



LE MONDE
 |    09.09.2018 à 11h00
 • Mis à jour le
09.09.2018 à 16h55
    |

Félix Tréguer (Postdoctorant à l’Institut des sciences de la communication/CNRS)







                        



                                


                            
Un quart de siècle qu’on se repasse ce même mauvais film, celui où les industries culturelles instrumentalisent la loi pour faire la guerre à leur public. En cause cette fois-ci, l’article 13 de la directive sur le droit d’auteur en cours d’examen à Bruxelles, et sur lequel le Parlement européen se prononcera le 12 septembre.
Dans sa rédaction actuelle, cette disposition impose que, dans le cadre d’accords avec les sociétés d’ayants droit (telle la Sacem), les ­plates-formes numériques (YouTube, Facebook et consorts) recourent à des outils de ­filtrage automatisés. Le but ? Repérer les ­contenus ­publiés par les internautes et bloquer ceux ­incluant des œuvres couvertes par le droit d’auteur. Une forme de censure préalable, automatisée et privatisée.
Rien de bien nouveau, donc. En effet, depuis le milieu des années 1990, les industries culturelles (musique, cinéma, édition…) n’ont eu de cesse d’exiger des législateurs et des tribunaux la « collaboration » forcée des fournisseurs ­d’accès à Internet et des hébergeurs pour lutter ­contre l’échange gratuit d’œuvres culturelles sur les réseaux.
L’ACTA rejeté en 2012
A l’époque déjà, ces débats avaient conduit à la mobilisation des associations de défense des droits dans l’environnement numérique. Comme aujourd’hui, ces dernières faisaient valoir que la logique poursuivie était dangereuse, puisqu’elle revenait à confier à des entreprises privées un rôle de surveillance et de censure des communications sur le Net.
Ces débats débouchèrent en Europe sur un compromis instable à travers une directive adoptée en juin 2000, qui semblait donner gain de cause aux militants et aux acteurs de l’économie numérique. Les « intermédiaires techniques » d’Internet, et en particulier les hébergeurs, ne seraient plus inquiétés tant qu’ils ne joueraient pas de rôle actif dans la diffusion des contenus litigieux. Il leur fallait répondre aux demandes judiciaires visant à retirer les publications illicites, mais...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ A Paris, la statue de saint Antoine de Padoue, de l’église Saint-Germain-des-Prés, est recouverte de prières écrites. Les responsables des lieux tentent d’encadrer cette pratique, qui perdure, entre piété populaire et superstition.
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Graffitis votifs sur les statues des saints

A Paris, la statue de saint Antoine de Padoue, de l’église Saint-Germain-des-Prés, est recouverte de prières écrites. Les responsables des lieux tentent d’encadrer cette pratique, qui perdure, entre piété populaire et superstition.



LE MONDE
 |    09.09.2018 à 10h00
 • Mis à jour le
09.09.2018 à 17h03
    |

                            Antoine Flandrin








                        



                                


                            

En images. A Saint-Germain-des-Prés, l’une des cinq églises les plus visitées de Paris, la statue de saint ­Antoine de Padoue est recouverte de graffitis. Gravées ou écrites au feutre, ces inscriptions en plusieurs langues sont surtout des demandes de protection. Certains s’adressent au saint : « Please keep my children safe and healthy » (« S’il vous plaît gardez mes enfants en sécurité et en bonne santé »). D’autres ­entourent d’un cœur les prénoms des êtres qui leur sont chers.
Des vœux sont formulés : « Bac et Beaux-Arts » sur la manche de la statue. Requis pour retrouver des biens perdus, matériels ou spirituels, saint Antoine est également remercié : « I thank you for helping me find what is lost. The Larson family » (« Je vous ­remercie de m’aider à retrouver ce qui est perdu »). Enfin, on trouve des tags et des messages incohérents.
Certains graffitis sont datés de 2016, de 2007, d’autres de 1992. « Dans les années 2000, c’était surtout la statue de sainte Rita, la patronne des causes désespérées, qui était ­recouverte de signatures. Elle a été nettoyée, mais très légèrement », explique Jacques ­Lacoste qui y assure des visites guidées ­depuis une quinzaine d’années.
Pour Clara Lamireau-Meyer, qui a soutenu une thèse d’ethnologie à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), en 2009, sur les écritures votives dans les lieux de culte catholiques parisiens, la persistance de cette pratique à l’église Saint-Germain-des-Prés s’explique par la forte attractivité touristique du lieu et par le fait que ces statues en plâtre, non notables d’un point de vue artistique, ne sont pas surveillées.
« Des vœux exaucés plus vite »
L’équipe d’accueil composée de laïcs, de religieux et du sacristain considère ces graffitis votifs comme une forme de piété populaire, voire de superstition. « Nous respectons cette pratique, mais nous essayons de l’encadrer, observe...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Philosophie, anthrolopologie : le continent suscite les polémiques. « En quête d’Afrique(s) », livre de débat entre les intellectuels Souleymane Bachir Diagne et Jean-Loup Amselle, en témoigne.
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Essai. L’Afrique bouscule l’universel

Philosophie, anthrolopologie : le continent suscite les polémiques. « En quête d’Afrique(s) », livre de débat entre les intellectuels Souleymane Bachir Diagne et Jean-Loup Amselle, en témoigne.



LE MONDE
 |    08.09.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
09.09.2018 à 16h47
    |

                            Séverine Kodjo-Grandvaux








                        



                                


                            
En quête d’Afrique(s). Universalisme et pensée décoloniale, de Souleymane Bachir Diagne et Jean-Loup Amselle, préface d’Anthony Mangeon, Albin Michel, « Itinéraires du savoir », 320 p., 22 €.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Souleymane Bachir Diagne et Jean-Loup Amselle ne sont pas d’accord. Engageant une discussion sur « universalisme et pensée décoloniale », le philosophe sénégalais et l’anthropologue français passent en revue les grands thèmes à propos desquels les auteurs postcoloniaux ont montré les limites de la pensée occidentale, quand elle ne remet pas en question son héritage colonial.
En quête d’Afrique(s) est construit en chapitres rédigés tour à tour par le philosophe et l’anthropologue, chacun abordant une problématique commune ­ (spécificité culturelle, race et identité, langues africaines, islam…) sans toujours commenter frontalement ce que l’autre a écrit. Il se conclut par une confrontation directe sur certaines des questions qui sont apparues ces dernières années dans la société française, comme le racisme antiblanc, le communautarisme ou le privilège blanc.
En 2008, dans L’Occident décroché (Stock), ouvrage au vitriol, Jean-Loup Amselle, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, africaniste spécialiste du Mali dont les travaux portent notamment sur le métissage, l’ethnicité, l’islam et le multiculturalisme, suspectait la philosophie de Souleymane Bachir Diagne de n’être qu’« une forme réfractée de fondamentalisme musulman » ou « une sorte d’afrocentrisme orientalisé ». Rien de moins.
Partir du pluriel
Résultat, dix ans après, le débat est vif et tourne souvent au dialogue de sourds. Souleymane Bachir Diagne, professeur à l’université Columbia, à New York, dont il dirige l’Institut d’études africaines, ne répond pas toujours aux objections de Jean-Loup Amselle, estimant que ce dernier s’adresse...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ De nombreux mythes entourent cette souveraine d’Afrique australe du XVIIe siècle. Le personnage historique que dessine la biographie de Linda M. Heywood est pourtant assez étonnant.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
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La reine Njinga rendue à l’Histoire

De nombreux mythes entourent cette souveraine d’Afrique australe du XVIIe siècle. Le personnage historique que dessine la biographie de Linda M. Heywood est pourtant assez étonnant.



LE MONDE
 |    08.09.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 09h41
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
Njinga. Histoire d’une reine guerrière (1582-1663) (Njinga of Angola. Africa’s Warrior Queen), de traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Philippe Pignarre, préface de Françoise Vergès, La Découverte, 336 p., 22 €.

Le marquis de Sade en faisait « la plus cruelle des femmes », Hegel, le symbole d’un continent qui ne serait « pas encore entré dans l’histoire ». En Afrique et en Amérique du Sud, au contraire, elle est un emblème quasi sanctifié de la rébellion aux colons européens. Njinga (1582-1663), reine du Ndongo, puis du Ndongo-Matamba, petites portions du territoire actuel de l’Angola, est un personnage d’une telle puissance qu’il est difficile de l’évoquer sans la projeter dans l’univers des mythes, ou des caricatures.

Njinga. Histoire d’une reine guerrière fait l’effet, en regard, d’un brusque retour sur terre. Du réel, enfin ; c’est-à-dire de l’histoire, précise, ample, gouvernée par rien d’autre que le désir de « retrouver toute [la] complexité » de cette femme, comme l’écrit Linda M. Heywood, professeure à l’université de Boston, qui signe ici la première biographie rigoureuse d’une reine si longtemps abandonnée aux rêveries.
Quand elle prend le pouvoir, en 1624, le Ndongo est en passe de devenir, lui aussi, une fiction. Les Portugais, alliés à l’un des peuples de la région, les Imbangala, adeptes du cannibalisme et des sacrifices humains, en particulier de nourrissons, en ont conquis l’essentiel. Mais Njinga réussit bientôt à « orchestrer le soulèvement général ». Elle va, dès lors, faire preuve d’une impressionnante virtuosité militaire et politique, et reconquérir progressivement une partie de ses territoires, tout en leur adjoignant le Matamba voisin. Chose rare dans la région : elle régnera près de quarante ans. Plus étonnant encore : elle mourra de vieillesse.
Conversion au christianisme
Son génie relève avant tout...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Alicia Garcia-Herrero, chef économiste de Natixis à Hongkong, déplore le manque d’investissements de l’UE dans la recherche.
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« L’Europe est incapable de se protéger face à la Chine »

Alicia Garcia-Herrero, chef économiste de Natixis à Hongkong, déplore le manque d’investissements de l’UE dans la recherche.



LE MONDE
 |    08.09.2018 à 12h00
    |

Frédéric Lemaître (Hongkong, envoyé spécial)







                        



                                


                            
Chef économiste de Natixis pour l’Asie-Pacifique, Alicia Garcia-Herrero est installée à Hongkong. Cette ancienne conseillère auprès du directoire de la Banque centrale européenne et économiste au Fonds monétaire international collabore aussi au centre de réflexion européen Bruegel.
La guerre commerciale avec les Etats-Unis a-t-elle un impact économique sur la Chine ?
Pour le moment non, car les premières sanctions annoncées en juillet et en août portaient surtout sur des produits chinois de haute technologie que les Etats-Unis n’importent pas de Chine. Mais il en va autrement avec le deuxième train de mesures qui pourrait entrer en vigueur incessamment sous peu. Celui-ci porte sur 200 milliards de dollars (173 milliards d’euros), soit quatre fois plus que les premières mesures et Donald Trump a même menacé de taxer toutes les importations en provenance de Chine.
Ce deuxième paquet concerne des produits à relativement faible valeur ajoutée et des secteurs pour lesquels les Etats-Unis dépendent de la Chine. Washington veut favoriser d’autres fournisseurs qu’ils contrôleraient davantage, notamment le Mexique et le Vietnam. C’est dans cette optique que les Etats-Unis viennent de signer un nouvel accord de libre-échange avec le Mexique. Dans cette stratégie de contournement de la Chine, le Mexique joue évidemment un rôle plus important que le Canada.
Quant au Vietnam, ses exportations ont, comme par hasard, bondi en juillet. Mais il reste à vérifier si ce ne sont pas des produits chinois qui ne font que transiter par le pays, car il est plus facile pour les Etats-Unis de contrôler l’origine des produits importés du Mexique que du Vietnam. Contrairement à ce que certains affirment, l’administration américaine fait donc preuve, sur ce dossier, d’une vraie stratégie.
Que peut faire la Chine ?
Montrer au reste du monde que la guerre commerciale ne constitue pas un risque pour elle car elle a d’autres...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Une pétition concernant Le Havre témoigne de la difficulté des collectivités à lutter contre les désherbants de synthèse sans provoquer la grogne d’une frange de la population, explique, dans sa chronique, Frédéric Potet, journaliste au « Monde »
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« La tolérance aux mauvaises herbes rentre dans les mœurs, sauf pour les cimetières »

Une pétition concernant Le Havre témoigne de la difficulté des collectivités à lutter contre les désherbants de synthèse sans provoquer la grogne d’une frange de la population, explique, dans sa chronique, Frédéric Potet, journaliste au « Monde »



LE MONDE
 |    08.09.2018 à 11h02
    |

            Frédéric Potet








                        



                                


                            

Mauvaises herbes, mauvaise réputation. Celles qu’il faudrait en fait appeler « adventices » sont la cible, dans l’espace public, à la ville comme à la campagne, d’un combat sans cesse renouvelé, auquel la chimie a largement contribué avec ses produits phytosanitaires. Ceci est tout particulièrement vrai dans les cimetières, lieux de recueillement au milieu desquels l’œil supporte difficilement la présence de ces intrus végétaux venant perturber la sobriété apaisante des alignements de sépultures. Le respect des défunts s’accommode mal du chiendent. Lui, en revanche, n’a que faire des tombes, et prolifère à la première occasion climatique.
Au Havre, une poussée exceptionnelle de mauvaises herbes s’est répandue ces derniers mois, conséquence d’un printemps et d’un été où les pluies abondantes ont alterné avec les fortes températures. Avec leurs dallages en béton qui renvoient la chaleur, les sept cimetières de la ville ont été littéralement envahis. Le pissenlit a essaimé, le liseron s’est déployé, le plantain démultiplié, au grand dam des jardiniers de la ville. Des visiteurs également. Une pétition en ligne a été lancée fin août par des visiteurs mécontents pour dénoncer l’impuissance des services municipaux face à cette éruption d’herbacées peu compatible avec la dignité recherchée des lieux. Plus de 1 300 personnes l’ont signée à ce jour.
Atteindre le zéro pesticide
Le sujet n’est pas une « affaire » dans la cité normande, dont Edouard Philippe fut le maire entre 2010 et mai 2017, date de sa nomination à Matignon. Mais elle témoigne de la difficulté des collectivités à lutter contre les désherbants de synthèse sans provoquer la grogne d’une frange de la population attentive à l’entretien des espaces verts. Le Havre n’a pas totalement renoncé au glyphosate et à ses dérivés, mais en a réduit l’usage : deux cimetières de la ville ne sont plus traités ; les autres le sont encore, mais à moindre dose qu’auparavant. La prolifération d’adventices,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Editorial. Après l’agression du candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro, la campagne présidentielle risque de se radicaliser dans un pays qui semble avoir perdu le contrôle de son destin.
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Brésil : le naufrage d’une nation

Editorial. Après l’agression du candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro, la campagne présidentielle risque de se radicaliser dans un pays qui semble avoir perdu le contrôle de son destin.



LE MONDE
 |    08.09.2018 à 10h56
 • Mis à jour le
09.09.2018 à 02h06
   





                        


Editorial du « Monde ». A un mois de l’élection présidentielle, la tentative d’assassinat visant, jeudi 6 septembre, le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro fait peser une nouvelle menace sur la jeune démocratie brésilienne. Immédiatement et unanimement condamnée, cette agression commise par un personnage présenté comme déséquilibré témoigne du climat extrêmement tendu qui prévaut actuellement. Depuis la destitution (impeachment) controversée de la présidente de gauche Dilma Rousseff, en 2016, le pays semble avoir perdu le contrôle de son destin.

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                Au Brésil, une campagne électorale bouleversée par l’agression du candidat d’extrême droite



Tout y contribue. Une société qui se sent abandonnée. Les balles perdues qui fauchent les enfants des quartiers populaires aux mains des gangs. Des représentants de la société civile assassinés en plein jour. Une classe politique aussi affligeante que vieillissante, minée par la corruption. Dans ce contexte délétère, l’incendie qui a ravagé le Musée national de Rio, le 2 septembre, est apparu comme le symbole de l’incurie de l’Etat. Certains parlent du suicide d’une nation. Cela en a tout l’air.

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                Incendie du Musée de Rio : « Le fruit d’une négligence absolue »



Le pays était au bord de la révolte en juin 2013. Il est aujourd’hui totalement déboussolé. Les Brésiliens se cherchent un chef capable, espèrent-ils, de redonner au pays sa splendeur perdue. Les uns le voient en Jair Bolsonaro, ce militaire de réserve au discours hargneux et provocateur. Les autres continuent à s’en remettre à l’ancien président Luiz Inacio Lula da Silva, emprisonné pour corruption. Tous deux sont en tête des sondages. Aucun d’eux, désormais, ne peut faire campagne.
Il est trop tôt pour évaluer les conséquences politiques de l’agression subie par le candidat d’extrême droite. Mais, à l’instar de la gauche, chérissant un Lula comparé à « un prisonnier politique », l’extrême droite a maintenant son martyr. Et, à en croire le fils de Jair Bolsonaro, Flavio, ce statut serait à même de propulser son père « plus fort que jamais » à la fonction suprême dès le premier tour de l’élection.
Sortir le pays d’une crise politique, morale et institutionnelle
L’hypothèse est sans doute exagérée. Mais la commotion nationale provoquée par cette attaque indigne d’une démocratie devrait porter le candidat dans les sondages. La seule force du drame occulte les débats, les échanges d’idées, les nécessaires propositions pour sortir le pays d’une crise politique, morale et institutionnelle. Un séjour prolongé à l’hôpital épargnerait à Jair Bolsonaro toute confrontation télévisée et lui permettrait de contrôler son message par le biais de ses vidéos de téléphone portable et de ses publications sur les réseaux sociaux.
La campagne présidentielle était déjà violente. On peut craindre qu’elle se radicalise davantage encore. Il y a six mois, la caravane de l’ancien président Lula a été criblée de balles. Après son incarcération, en avril, un militant venu le soutenir a été blessé par des tirs. Puis ce furent les mots incendiaires de Jair Bolsonaro appelant, lors d’un de ses meetings, à fusiller les « petralhas », autre nom donné aux militants du parti des travailleurs (PT, gauche) de Lula. L’agression au couteau contre le candidat d’extrême droite marque une étape supplémentaire dans cette escalade hors de contrôle et fait mentir l’image de ce « pays cordial » que serait le Brésil.
Il reste à espérer que cet épisode dramatique opère comme un électrochoc. Et qu’il incite l’ensemble de la société brésilienne à trouver une solution démocratique à l’ensemble de ses maux. A ce stade, hélas ! cela semble relever du vœu pieux.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ il est encore trop facile de publier des études annonçant des effets expérimentaux qui, en réalité, n’existent pas ou sont plus faibles qu’on ne l’a prétendu, explique dans sa chronique l’économiste Paul Seabright.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
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Quand les chercheurs jugent « la fiabilité réelle des études scientifiques »

il est encore trop facile de publier des études annonçant des effets expérimentaux qui, en réalité, n’existent pas ou sont plus faibles qu’on ne l’a prétendu, explique dans sa chronique l’économiste Paul Seabright.



LE MONDE
 |    08.09.2018 à 10h30
    |

                            Paul Seabright (Professeur à l'Institut d'études avancées de Toulouse)








                        



                                


                            

Recherches. Quel crédit peut-on accorder aux études scientifiques publiées dans les revues les plus prestigieuses ? Même si leurs procédures de sélection sont les meilleures, même si le filtrage qu’elles ont mis en place est très efficace, il est toujours possible que des études soutiennent des hypothèses fausses et que personne ne les remette en question avant publication.
Depuis quelque temps, la communauté scientifique s’intéresse aux tentatives de reproduire des études déjà publiées. Le Reproducibility Project : Psychology a essayé de dupliquer 97 études en psychologie et a constaté, en 2015, que seules 36 % d’entre elles pouvaient être confirmées. L’Experimental Economics Replication Project a fait de même, en 2016, pour 18 études en économie expérimentale, avec un taux de confirmation de 61 % – plus élevé, mais loin d’être écrasant.
Une équipe de chercheurs vient de publier une duplication de 21 études phares en sciences sociales expérimentales, publiées entre 2010 et 2015 dans Nature et Science, les deux revues scientifiques les plus prestigieuses (« Evaluating the replicability of social science experiments in “Nature” and “Science” between 2010 and 2015 », par Colin F. Camerer et al., « Nature Human Behaviour Letters », 27 août 2018). L’une des particularités de ce projet est que la taille des échantillons utilisés pour la duplication est environ cinq fois plus grande que celle des échantillons des études d’origine, ce qui augmente sensiblement la fiabilité de la reproductibilité.
Des progrès nécessaires
Treize d’entre elles confirment, de façon statistiquement significative, les effets constatés dans l’expérience originale, soit un taux de 62 %. Mais l’ampleur de l’effet confirmé pour ces 13 études est inférieure de moitié à l’ampleur constatée dans la première étude !
Certes, il peut y avoir des faiblesses dans la mise en œuvre des tentatives de duplication. Mais, globalement,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ « Veuve noire », « grand doigt », « balafre »… Dès son inauguration, en juin 1973, le premier gratte-ciel parisien a été vivement critiqué et n’a jamais connu de retour en grâce.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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La tour Montparnasse, la mal-aimée, va faire peau neuve

« Veuve noire », « grand doigt », « balafre »… Dès son inauguration, en juin 1973, le premier gratte-ciel parisien a été vivement critiqué et n’a jamais connu de retour en grâce.



LE MONDE
 |    08.09.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
08.09.2018 à 10h06
    |

            Frédéric Joignot








                        



                                


                            

Je suis la ténébreuse, la veuve, l’inconsolée… Dès ma naissance, en juin 1973, ma sombre silhouette a suscité la polémique – et depuis, celle-ci n’a jamais cessé. Le 12 septembre 2013, pour me réhabiliter dans le cœur des Parisiens, on a fêté mes 40 ans en son et lumière. Cela n’a pas suffi. Maintenant que j’ai 45 ans, une équipe d’architectes s’attelle à ma métamorphose pour tenter de me faire aimer. Le récit de ma vie mérite d’être entendu. Sans moi, l’histoire de l’architecture parisienne, qui manque tant de hauteur, eût été différente…
Nous sommes en 1959, le général de Gaulle veut réformer la France et son premier ministre, Michel Debré, entend « moderniser la capitale à marche forcée ». Avec ses ruelles et ses maisonnettes de guingois, le vieux quartier Maine-Montparnasse est dans le collimateur. Une nouvelle gare, un vaste centre commercial, un Palais des congrès seront construits… et une grande tour de bureaux à l’américaine. Deux architectes sont pressentis pour m’imaginer, Raymond Lopez et Michel Holley, des admirateurs de Le Corbusier.
En février 1959, ils dessinent une « tour Antigone » élancée, inspirée par le siège de l’ONU à New York. Ils la présentent en mars au ministre de la culture, André Malraux. « Messieurs, leur dit-il avec emphase, Paris peut se réjouir ! La colline de Chaillot possède le Trocadéro, la place de l’Etoile l’Arc de triomphe, la butte Montmartre le Sacré-Cœur, Montparnasse aura son beffroi ! »
En fait de beffroi, je suis le premier gratte-ciel parisien. Balayant les objections de ceux qui ­affirment que je vais altérer le paysage et briser ses perspectives, Malraux s’emporte devant le Conseil général des bâtiments de France : « Selon la décision que vous allez prendre, il y aura ou il n’y aura pas à Paris, donc en France, une architecture contemporaine ! » La messe est dite.
« Ni joyeuse ni sensuelle »
Quatorze ans plus tard, je me dresse sur...




                        

                        

