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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-1"> ¤ Le fonds activiste américain a répondu, lundi 10 septembre, aux critiques du groupe de Vincent Bolloré qui dénonçait une « gestion désastreuse » de l’opérateur italien.
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Telecom Italia : les deux actionnaires Vivendi et Elliott s’écharpent

Le fonds activiste américain a répondu, lundi 10 septembre, aux critiques du groupe de Vincent Bolloré qui dénonçait une « gestion désastreuse » de l’opérateur italien.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 18h11
    |

            Sandrine Cassini








                        



                                


                            
Quatre mois après leur union forcée, les noms d’oiseau continuent de fuser entre le fonds américain Elliott et Vivendi, qui siègent au conseil d’administration de Telecom Italia. Le groupe de Vincent Bolloré a publié le 5 septembre dernier un communiqué au vitriol dénonçant la « gestion désastreuse de Telecom Italia » par le fonds américain.
Lundi 10 septembre, Elliott est sorti du bois. « Comment Vivendi peut-il se dédouaner de ses responsabilités alors qu’il a été aussi longtemps aux affaires ? », s’interroge l’Américain, qui rappelle à Vivendi, que c’est le groupe français lui-même qui a nommé l’actuel directeur général, l’israëlo-brésilien, Amos Genish.
Enfin, le fonds rappelle qu’il n’a jamais promis un doublement du cours de Bourse, comme l’affirme Vivendi, mais une augmentation du titre, à condition que ses recommandations soient adoptées. Ce qui n’a pour le moment pas été fait par le conseil. « Nous sommes en train d’exécuter un plan conçu et approuvé par Vivendi », a affirmé, vendredi 7 septembre, son président Fulvio Conti, choisi par Elliott.
Perte de 38% en Bourse
Le 4 mai, Vivendi, premier actionnaire de Telecom Italia avec 24 % du capital, a perdu la majorité au conseil d’administration au profit d’Elliott. Le groupe français n’exclurait pas de convoquer une nouvelle assemblée générale, afin de bouter hors du groupe cet encombrant actionnaire. A ce stade, aucune décision ne semble prise.
Depuis l’arrivée d’Elliott, le titre Telecom Italia a perdu 38 % en Bourse. Plus qu’une mauvaise gestion, cette dégringolade est d’abord à mettre sur le compte de l’arrivée d’Iliad (dont Xavier Niel le fondateur est actionnaire du Monde), sur le marché italien le 29 mai. En quelques mois, la marque française a conquis 2 millions de clients, grâce à des prix cassés sur le mobile. « Jusque-là, Telecom Italia s’est montré assez résilient par rapport à Vodafone et à WindTre. Mais Iliad a détérioré le marché....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-2"> ¤ Correspondante du « Monde » dans les pays nordiques, Anne-Françoise Hivert analyse les résultats des élections de dimanche.
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Suède : l’extrême droite « toujours persona non grata, pour le moment en tout cas »

Correspondante du « Monde » dans les pays nordiques, Anne-Françoise Hivert analyse les résultats des élections de dimanche.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 17h08
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 17h54
   





                        



   


Anne-Françoise Hivert, correspondante du Monde dans les pays nordiques, a répondu aux questions des internautes sur les résultats des élections législatives suédoises, qui se sont tenues dimanche 9 septembre.
Carl : Bonjour, à quel point une alliance droite-extrême droite est-elle possible en Suède ? Les SD sont-ils vraiment persona non grata dans la politique suédoise ?
Anne-Françoise Hivert : Une alliance gouvernementale avec eux est absolument impossible. La formation d’un gouvernement de droite (composé des conservateurs, centristes, chrétiens-démocrates et libéraux) qui s’appuierait sur le soutien des Démocrates de Suède (SD, extrême droite) est également exclue.
Lundi 9 septembre au matin, SD a envoyé une proposition de négociations aux conservateurs et chrétiens-démocrates. Ils y ont opposé une fin de non-recevoir. Les autres partis ont toujours dit qu’ils ne négocieraient pas avec SD. De son côté, SD refuse d’exercer un soutien passif – sans condition et sans influence – à un gouvernement de droite. Et les centristes et libéraux ont été très clairs : ils ne feront pas partie d’un gouvernement qui, à un moment ou à un autre, pourrait se retrouver en position de dépendance à l’égard de SD. Donc, la seule solution pour le moment est un rapprochement avec la gauche. Mais c’est un scénario également très compliqué…
En résumé : SD est toujours persona non-grata. Pour le moment en tout cas. Mais les lignes ont bougé pendant la campagne, avec certains partis qui ont clairement repris la rhétorique de SD. Le parti, évidemment, s’en réjouit, estimant qu’il ne serait pas difficile de trouver un accord, sur l’immigration et le durcissement des peines notamment, avec les conservateurs et les chrétiens-démocrates.

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Yves : Quelles sont les principales propositions de l’extrême droite suédoise ? Ils poussent pour un « Suéxit » aussi ?
A.-F. H. : Oui, ils veulent que la Suède sortent de l’UE. Mais ce n’est pas une de leur priorité immédiate. Ils demandent un durcissement supplémentaire de la politique de l’asile, plus de policiers dans les rues, plus d’argent aux retraités (une baisse des taxes sur les retraites), des investissements dans le système de santé… Ce sont sur ces points qu’ils voudraient obtenir une influence en échange d’un soutien potentiel à un gouvernement de droite. Par ailleurs, ils ont un programme étoffé en faveur de l’assimilation des étrangers, l’aide au retour des immigrés (y compris qui vivent en Suède depuis longtemps)…

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Kelkun : Bonjour, l’immigration en Suède a-t-elle augmenté ces dernières années ?
A.-F. H. : Oui. Enormément. La Suède a accueilli près de 450 000 demandeurs d’asile depuis 2010. Environ 60 % ont obtenu un titre de séjour. C’est sans compter avec les personnes arrivées via le regroupement familial. Rien qu’en 2015, le pays de 10 millions d’habitants a reçu 163 000 demandeurs d’asile en une année – un des taux les plus élevés en Europe proportionnellement à la population du pays. Pour vous donner un ordre d’idée, 18,5 % de la population suédoise est aujourd’hui née à l’étranger. Le chiffre était de 11,3 % en 2000, 14,7 % en 2010.
Chat teigneux : La politique migratoire suédoise s’est-elle durcie ? La Suède pousse-t-elle également à un durcissement des contrôles aux frontières de l’UE ?
A.-F. H. : Oui, la politique migratoire du pays a radicalement changé depuis le 24 novembre 2015, quand le premier ministre Stefan Löfven et la porte-parole des Verts, Åsa Romson (en pleurs), annoncent, lors d’une conférence de presse, que les capacités d’accueil de la Suède sont saturées et que tant que le reste de l’UE ne prend pas ses responsabilités, ils ferment les frontières du pays.
Jusqu’alors, les réfugiés syriens et afghans notamment obtenaient quasi-systématiquement l’asile et un permis de séjour permanent. Ils sont remplacés par des permis de séjour temporaire. le regroupement familial est quasiment suspendu et soumis à de strictes conditions.
Le gouvernement a par ailleurs décidé de généraliser les examens médicaux pour déterminer l’âge des mineurs isolés - des examens pourtant extrêmement controversés. Résultat : en 2015, la Suède a reçu 162 877 demandeurs d’asile. En 2016, on est descendu à 28 939 et 25 666 en 2017. Au niveau européen, Stockholm ne pousse pas en faveur du renforcement des frontières, mais d’un système de partage entre les différents pays.

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De Scandinavie : Pourquoi parle-t-on tellement de la Suède aujourd’hui alors qu’i s’est passé la même chose dans les pays voisins avec le Fremskridtparti en Norvège qui gouverne toujours avec Erna Solberg et la Finlande avec le parti des Vrais Finlandais. La Suède est plus importante ?
A.-F. H. : Non. Mais en Suède, l’extrême droite n’a pas les mêmes racines que dans les pays voisins. Les Démocrates de Suède ont été créés par d’anciens nazis. Ils ont longtemps attiré des sympathisants néonazis. Ils ont encore des sympathisants qui ont des contacts avec la mouvance néonazie en Suède. Ce n’est pas le cas dans les autres pays.
Par ailleurs, les partis traditionnels avaient jusqu’à présent refusé de leur accorder la moindre influence, pratiquant la politique du cordon sanitaire. On se rend compte aujourd’hui que cette stratégie n’a pas été plus efficace que de les utiliser comme contrepoids au gouvernement (dans le cas danois) ou les intégrer au gouvernement (en Norvège).
Enfin, il y a aussi je pense une certaine curiosité pour ce qui se passe dans ce pays qui longtemps a défendu l’ouverture de ses frontières et l’accueil des réfugiés. Avant de revenir en arrière en novembre 2015.
lui : En tant que correspondante, avez-vous vu le pays et les mentalités changer ces derniers temps en Suède ? Et si oui, dans quel sens ?
A.-F. H. : C’est surtout la rhétorique qui a changé, notamment dans le débat politique. Et cela s’est passé très vite. Jusqu’en 2015, certaines choses ne se disaient pas, au risque d’être taxé de « raciste ». Par exemple, poser la question de l’impact de l’accueil des réfugiés sur le système social suédois. Y compris quand le pays recevait 10 000 demandeurs d’asile par semaine.
Le débat s’est radicalement transformé à partir de 2015, quand les partis traditionnels se sont mis à reprendre certaines formulations des SD, à parler de quotas, à lier l’arrivée des réfugiés à la criminalité… Autre chose enfin a changé ces dernières années : les Suédois osent désormais dire tout haut ce qu’ils se contentaient de penser tout bas. Et les électeurs et sympathisants SD l’assument. La Suède s’est « européisée ».

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          La Suède, un pays européen comme les autres



Jean-Luc : Est-il exact que Malmö est devenue la capitale européenne des attaques à la grenade ?
A.-F. H. : Malmö est surtout devenue un symbole pour l’extrême droite et les médias ultraconservateurs du monde entier, qui veulent en faire l’exemple de l’échec cuisant du multiculturalisme. De fait, Malmö a des problèmes, notamment en termes de ségrégation et de criminalité. Dix personnes ont été tuées dans des fusillades, depuis le début de l’année – il s’agissait de règlements de compte entre membres de divers gangs. Le sentiment d’insécurité augmente, même si les statistiques de la criminalité restent stables, voire baissent légèrement. Cela étant, Malmö est aussi une ville où il fait bon vivre. Mais elle est utilisée par des sites comme Russia Today, Sputnik, ou Breitbart et Infowars pour propager un message souvent très islamophobe.

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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-3"> ¤ En deux jours, l’ex-ministre des affaires étrangères britannique, partisan d’une rupture nette avec l’UE, critique de plus en plus la politique de la cheffe du gouvernement.
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A 200 jours du Brexit, les attaques de Boris Johnson contre Theresa May redoublent

En deux jours, l’ex-ministre des affaires étrangères britannique, partisan d’une rupture nette avec l’UE, critique de plus en plus la politique de la cheffe du gouvernement.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 15h35
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 18h38
   





                        


A deux cents jours du Brexit et tandis que la rumeur enfle quant à sa volonté de renverser Theresa May pour prendre la tête d’un Parti conservateur divisé, Boris Johnson a lancé lundi 10 septembre une nouvelle offensive contre la cheffe du gouvernement britannique.
Partisan d’une rupture nette avec l’Union européenne, l’ancien ministre des affaires étrangères a exhorté Mme May à s’engager à ne pas augmenter les impôts, afin de permettre à l’économie britannique de rebondir après sa sortie de l’UE, l’invitant à suivre l’exemple du président américain, Donald Trump.
« Le moment est venu pour ce gouvernement conservateur de montrer comment un Royaume-Uni post-Brexit se traduira par une économie heureuse et dynamique », écrit-il dans sa chronique hebdomadaire pour le Daily Telegraph. Des propos qui « ne vont guère freiner la rumeur selon laquelle il se prépare à prendre la tête du Parti conservateur », analyse le quotidien.
Dimanche, M. Johnson s’en était déjà pris à Mme May, comparant son projet pour le Brexit, le « plan de Chequers », à une « ceinture explosive » attachée au Royaume-Uni. Des propos qui ont choqué, y compris au sein du Parti conservateur, le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, Alan Duncan, estimant qu’ils constituaient « un des moments les plus navrants de la politique moderne britannique ».

        Le point sur les négociations :
         

          Brexit : plus que quatre mois pour trouver un accord



Tentative de détourner l’attention
« Ce n’est pas un langage dont la première ministre userait », a réagi lundi le porte-parole de Mme May lors d’un point presse régulier, refusant de s’étendre davantage sur cet article « pour ne pas lui donner de carburant ». Quant au plan de Chequers, « c’est le seul plan sur la table qui répondra à la volonté des Britanniques tout en évitant l’instauration d’une frontière dure en Irlande du Nord », a ajouté le porte-parole.
Les attaques virulentes de Boris Johnson contre Mme May sont interprétées par certains de ses détracteurs comme une tentative de détourner l’attention portée par la presse britannique à son divorce en raison d’infidélités présumées. Mais pour ses alliés, ces révélations, qui s’étalaient lundi en « une » de la quasi-totalité des quotidiens du pays, seraient l’œuvre de l’équipe de Theresa May afin de le discréditer à moins de trois semaines d’une conférence du Parti conservateur qui s’annonce houleuse. « Toute implication de Downing Street est catégoriquement fausse et injurieuse », a réfuté le porte-parole de Mme May.
M. Johnson avait claqué en juillet la porte du gouvernement pour marquer son désaccord avec le plan de Chequers, qui prévoit le maintien d’une relation commerciale étroite entre le Royaume-Uni et l’UE après le Brexit.

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                Le Royaume-Uni post-Brexit, avant-poste du trumpisme en Europe ?







                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-4"> ¤ Notre correspondante dans les pays nordiques, Anne-Françoise Hivert, répond à vos questions sur les élections législatives en Suède dès 15 heures.
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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-5"> ¤ Des manifestations contre les migrants ont eu lieu dimanche à Köthen.
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A Köthen, l’extrême droite allemande exploite un nouveau fait divers

Des manifestations contre les migrants ont eu lieu dimanche à Köthen.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 11h58
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 16h08
    |

            Thomas Wieder (Köthen (Allemagne) - envoyé spécial)








                        



   


L’information a commencé à circuler en fin de matinée, dimanche 9 septembre, sous la forme d’une dépêche de quelques lignes publiée par l’agence de presse allemande DPA, et rapidement reprise par les principaux médias du pays. Comme le Süddeutsche Zeitung, qui en a fait état sur son fil d’actualité à 11 h 47 : « Köthen : un homme de 22 ans est mort lors d’une altercation entre deux groupes de personnes. Deux citoyens afghans soupçonnés d’homicide ont été arrêtés dans la nuit de samedi à dimanche, ont annoncé la police et le parquet de Saxe-Anhalt. Les circonstances précises dans lesquelles les faits se sont déroulés ne sont pas connues à ce stade. Les enquêteurs étudient toutes les pistes. »
Sur les réseaux sociaux, la nouvelle se répand comme un feu de paille. En quelques minutes, le hashtag #Köthen s’impose parmi les plus utilisés sur Twitter, en Allemagne. Un autre lui est presque systématiquement accolé, #Chemnitz, du nom de cette ville de Saxe au cœur de l’actualité du pays depuis le meurtre de Daniel Hillig, 35 ans, dimanche 26 août, pour lequel deux demandeurs d’asile ont été arrêtés.
Des élus du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) ne tardent pas à réagir. L’un des premiers est André Wendt, vice-président du groupe AfD au Parlement régional de Saxe. « Le massacre continue. Mais les vieux partis et les médias n’ont rien d’autre à faire que de diffamer les citoyens en colère et de faire taire ceux qui les critiquent. #VoterAfD », écrit-il dès 12 h 23 sur Twitter.

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A l’indignation s’ajoutent bientôt des appels à la mobilisation. En début d’après-midi, plusieurs petites organisations d’ultradroite annoncent qu’elles organiseront une « marche » à Köthen, à 19 heures. A l’instar du petit parti néonazi Die Rechte, qui publie le communiqué suivant : « Chemnitz était déjà un signal clair et un avertissement adressé au régime pour dire que nous, Allemands, ne sommes plus disposés à rester les bras croisés quand nos concitoyens sont massacrés par des migrants. Colère, deuil et résistance ! Que les étincelles de Chemnitz jaillissent sur Köthen ! Le vent tourne. »
« Devenir des loups »
A Chemnitz, l’extrême droite avait mobilisé 800 personnes, le 26 août, quelques heures seulement après l’annonce du meurtre de Daniel Hillig. Le lendemain, les manifestants étaient six fois plus nombreux, et la police avait été incapable de les maîtriser. Quinze jours plus tard, le même scénario sera-t-il rejoué à Köthen ? Conscientes du risque, les autorités locales et régionales multiplient les appels au calme. C’est notamment le cas du ministre de l’intérieur du Land de Saxe-Anhalt, Holger Stahlknecht. Dans un entretien avec l’agence DPA publié en début d’après-midi, ce membre de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) de la chancelière Angela Merkel explique qu’il « comprend les préoccupations de [ses] concitoyens », mais leur demande de « garder la tête froide ».
En réalité, la mobilisation sera bien plus importante que celle du premier jour à Chemnitz : 2 500 personnes au total, selon les autorités, soit trois fois plus que lors de la première manifestation organisée à Chemnitz, et ce dans une ville près de dix fois moins peuplée (26 000 habitants contre 240 000).
Parmi les personnes présentes, plusieurs figures bien connues de l’ultradroite allemande prendront la parole, à la nuit tombée, devant la petite aire de jeu où a eu lieu le fait divers de la veille au soir. Parmi elles, David Köckert, un ancien cadre du parti néonazi NPD, s’inquiète de la « guerre raciale » qui a été déclarée au « peuple allemand », s’en prend à la « presse de caniveau, antisociale et antinationale », et enflamme l’assistance en hurlant : « Voulons-nous rester des moutons ou voulons-nous devenir des loups et tous les déchiqueter ? »

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Cette assistance, qui est-elle ? En réalité, plusieurs sous-groupes la composent. Certains, avec leurs crânes rasés, leurs tatouages, leurs tee-shirts et leurs lunettes de soleil portées malgré la nuit tombante pour éviter d’être identifiés, appartiennent de toute évidence à l’ultradroite. Quelques voitures aux couleurs de l’AfD sont garées près du lieu de rendez-vous. Plusieurs responsables locaux, présents à une réunion organisée plus tôt dans la journée dans la ville voisine de Dessau, ont fait le déplacement. Mais des centaines d’autres participants sont tout simplement venus de la rue d’à côté ou d’une petite ville voisine.
C’est le cas de Matthias. Médecin âgé de 63 ans, il a appris la tenue du rassemblement « en regardant les infos sur Internet ». Köthen est à une heure de route de chez lui, mais il n’a pas hésité. « Le type qui est mort hier est un des trente Allemands qui serait encore en vie sans la politique criminelle de cette truie de Merkel », dit-il. Cela ne le dérange-t-il pas de manifester au côté de néonazis ? « Absolument pas, répond-il. C’est important de montrer qu’il n’y a pas que des nazis dans des rassemblements comme ça. »
« La dictature de Merkel »
En l’entendant, un homme s’invite dans la conversation : « Vous avez raison, cher monsieur. Ça suffit de nous traiter de nazis. » Celui-là a 50 ans, il a défilé à Chemnitz la semaine dernière. « C’est la deuxième fois de ma vie que je manifeste. La première, c’était en 1989, pour renverser la dictature communiste. Cette fois, c’est pour en finir avec la dictature de Merkel », dit-il. Ancien « fidèle » de la CDU, il fait partie des 18 % d’électeurs de la circonscription de Köthen ayant voté AfD aux législatives de 2017 – la moyenne nationale étant de 12,6 %.
Un peu avant le début de la manifestation, la police diffusera un nouveau communiqué précisant que la victime est « décédée d’un arrêt cardiaque sans rapport direct avec les blessures subies au cours de l’altercation ». Trop tard : dans la rue, tout le monde parle d’un « meurtre », certains assurent même qu’il s’agit « encore une fois d’une attaque au couteau ».
Accompagnée de sa sœur, Martha avait « déjà peur depuis quelque temps de sortir la nuit ». Cette fois, « c’est décidé, c’est fini ; d’ailleurs, maintenant, je rentre chez moi ». Il est presque 21 heures. Quelques mètres plus loin, quelques dizaines hommes marchant d’un pas déterminé se mettent à scander : « National-socialisme ! Maintenant ! Maintenant ! Maintenant ! »

« National Sozialismus ! Jetzt ! Jetzt ! Jetzt ! » Un dimanche soir dans les rues d’une petite ville de province allemande, en 2018 #köthen pic.twitter.com/lp2SeWPWIe— Thomas Wieder (@ThomasWieder) 9 septembre 2018





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-6"> ¤ S’il n’a pas réussi à remporter son pari, qui était de faire de sa formation, les Démocrates de Suède (SD), la deuxième force politique du pays, le leader de l’extrême droite suédoise continuer de tracer sa route et de progresser.
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Législatives en Suède : Jimmie Akesson, un nationaliste policé

S’il n’a pas réussi à remporter son pari, qui était de faire de sa formation, les Démocrates de Suède (SD), la deuxième force politique du pays, le leader de l’extrême droite suédoise continuer de tracer sa route et de progresser.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 11h49
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 17h37
    |

            Anne-Françoise Hivert (Malmö (Suède), correspondante régionale)








                        



                                


                            

La soirée avait pourtant si bien commencé, avec ce sondage à la sortie des urnes qui donnait son parti devant les Conservateurs, à plus de 19 % des voix. Quand il est monté sur la petite scène de la boîte de nuit Krystal, où les Démocrates de Suède (SD) s’étaient rassemblés pour suivre la soirée électorale, dans le centre de Stockholm, Jimmie Akesson a juste eu le temps de déclarer la victoire, le poing levé, avant que sa voix le lâche. Son parti n’était plus alors qu’à 17,6 % – une déception, même s’il continue de progresser (+ 4,7 %).
La veille, il s’est offert un dernier meeting sur les quais de Riddarholmen, petite île dans le centre névralgique du pouvoir suédois, entre la mairie de Stockholm et le Parlement. Des centaines de partisans sont venus l’applaudir. Pour eux, « Jimmie », comme ils l’appellent, avait déjà gagné, imposant son agenda à ses opposants. « Il a forcé les autres partis à ouvrir les yeux », estime Peter Wallmark, président des SD à Stockholm.

Le cheveu brun gominé, la raie à droite, une petite barbe de quelques jours et des lunettes rondes, Jimmie Akesson présente bien. Il parle bien aussi. Un langage simple, mais pas trop. « Il évoque ce dont tous les Suédois discutent autour de la table de la cuisine, en allant droit au but, sans tourner autour du pot », assure Tomas Pettersson, ancien entrepreneur qui a rejoint le parti il y a trois ans.
« Raciste », « fasciste », « xénophobe »
Jimmie Akesson a façonné le rôle. « Ce n’était pas un leader charismatique, quand il a commencé, mais il a pris de l’envergure », constate le journaliste Pontus Mattsson, qui le suit depuis ses débuts. Elu en 2005 à la tête de son parti, il est le vétéran parmi les leaders politiques suédois. A force de croiser le fer avec ses opposants – la plupart lui serrent désormais la main – il a appris à les connaître, esquiver leurs attaques.
« Raciste », « fasciste », « xénophobe »....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-7"> ¤ Les surenchères nationalistes à Pristina et à Belgrade empêchent une entente sur des échanges de territoires.
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Le président serbe enterre un accord avec le Kosovo

Les surenchères nationalistes à Pristina et à Belgrade empêchent une entente sur des échanges de territoires.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 11h46
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 12h30
    |

            Jean-Baptiste Chastand (Mitrovica, Envoyé spécial)








                        



                                


                            

La tournée a dû refroidir tous ceux qui espéraient une normalisation rapide des relations entre le Kosovo et la Serbie. La visite du président serbe, Aleksandar Vucic, au Kosovo, samedi 8 et dimanche 9 septembre, avait été annoncée comme une grande séance d’explication en vue d’un possible accord historique à venir dans les prochains mois avec son homologue kosovar, Hashim Thaçi. Elle s’est transformée en une succession de provocations nationalistes, comme les Balkans en ont le triste secret.
Dimanche matin, quelques centaines de vétérans de l’Armée de libération du Kosovo (UCK) ont d’abord empêché M. Vucic de se rendre dans un village serbe enclavé au sein de l’ancienne région autonome à majorité albanaise, qui a proclamé son indépendance en 2008 mais que Belgrade ne reconnaît toujours pas. Les barricades de pneus enflammés dressées sur les voies d’accès au village de Banje, près de Mitrovica, ont forcé le président serbe à faire demi-tour pour éviter des affrontements. Des journalistes serbes ou des personnes transportées dans des voitures immatriculées en Serbie ont été aussi pris à partie.
Milosevic, « grand leader serbe »
Dans la foulée, M. Vucic a tenu un discours ponctué de déclarations nationalistes devant des milliers de Serbes du Kosovo réunis à Mitrovica. Dans cette ville du nord du pays où coexistent difficilement les deux communautés séparées par la rivière Ibar, il a promis aux 120 000 Serbes qui vivent toujours au Kosovo de les défendre jusqu’au bout. « Si qui que ce soit croit qu’il peut prendre quelque chose aux Serbes, la Serbie ne le laissera pas faire », a-t-il martelé face à un public emmené par autocars entiers des dix municipalités du Kosovo où les Serbes sont encore majoritaires, et très majoritairement nostalgiques de la domination de Belgrade sur un territoire peuplé de 1,8 million d’Albanais.
Surtout, il a qualifié l’ancien dictateur Slobodan Milosevic, principal responsable du déclenchement des guerres...




                        

                        


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La Suède, un pays européen comme les autres

Editorial. Si l’extrême droite a échoué à devenir le deuxième parti suédois, le pays est toutefois confronté à la montée du populisme.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 11h39
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 14h26
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Faut-il se réjouir du résultat des élections organisées dimanche 9 septembre en Suède ? A première vue, sans doute. Le cataclysme annoncé par certains sondages ne s’est pas produit : la formation d’extrême droite, les mal nommés Démocrates de Suède, espérait devenir le deuxième, voire le premier parti du pays et visait jusqu’à 25 % des suffrages au terme d’une virulente campagne anti-immigration. A cette aune-là, c’est un échec. Les Démocrates de Suède (Sverigedemokraterna, SD) terminent en troisième position, avec 17,6 % des voix. Le Parti social-démocrate, pilier du système politique suédois, reste le premier parti, avec 28,4 % des voix. Les apparences sont sauves.
C’est bien connu, les apparences sont souvent trompeuses ; ce scrutin suédois ne fait pas exception. La dynamique qui se cache derrière ces chiffres est celle qui est à l’œuvre dans une grande partie des démocraties occidentales : la montée du populisme et de l’extrême droite (les SD progressent de 12,9 % à 17,6 % en quatre ans) et l’affaiblissement des partis de gouvernement traditionnels (les sociaux-démocrates, en baisse de 3 points, font le pire score de leur histoire, les Modérés de centre droit perdent 3,5 points, avec 19,8 %).

        Le point sur les résultats :
         

          Droite et gauche au coude-à-coude, l’extrême droite progresse



Des semaines de tractations laborieuses s’annoncent
En Europe, cette dynamique est plus ou moins aiguë suivant les systèmes électoraux et les spécificités de chaque pays, mais elle transcende désormais les clivages géographiques est-ouest et nord-sud, les clivages économiques entre pays riches et moins riches, ou les clivages culturels parfois évoqués comme celui supposé distinguer les pays à tradition protestante des pays à tradition catholique. La France fait aujourd’hui figure d’exception, après la victoire d’Emmanuel Macron sur Marine Le Pen en 2017 ; mais l’indispensable recomposition politique y est encore en chantier.
Dans le cas de la Suède, cette dynamique, certes amortie par la tempérance scandinave, se traduit par une majorité introuvable au Parlement. Selon des résultats encore provisoires lundi matin, le bloc de gauche dominé par le Parti social-démocrate n’a qu’un siège de plus (144 députés) que le bloc de droite (143 députés), loin de la majorité absolue de 175 sièges. Avec 62 sièges, les SD sont en position d’arbitre, mais, aucune des deux alliances ne voulant gouverner avec eux, des semaines de tractations laborieuses s’annoncent entre les deux blocs pour parvenir à une coalition viable. Le gouvernement sortant du premier ministre Stefan Löfven survivra difficilement à l’épreuve.
Qu’est-il arrivé à la Suède, phare de la social-démocratie, paradis de l’Etat-providence et symbole de la tolérance ? L’explication la plus simple porte inévitablement sur la crise des réfugiés de 2015, qui a brutalement porté à 20 % la proportion d’étrangers au sein d’une population traditionnellement ouverte et accueillante. C’est incontestablement un facteur de la montée de l’extrême droite, mais ce n’est pas le seul. La Norvège voisine, avec 15 % d’étrangers, est arrivée à freiner la progression de l’extrême droite.
L’idéalisme suédois s’est heurté au choc de la mondialisation, face auquel le Parti social-démocrate s’est essoufflé, incapable de trouver les réponses à l’insécurité et à la crise d’identité qui en découlaient chez ses électeurs. Finalement, comme le soulignait l’ancien premier ministre Carl Bildt sur Twitter lundi matin, la Suède est devenue un pays européen comme un autre.

        L’analyse politique :
         

          Un paysage politique éclaté après une percée plus faible que prévu de l’extrême droite






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-9"> ¤ Le président du Parti populaire européen à Strasbourg, qui vise la présidence de la Commission européenne en 2019, exclut une alliance avec l’extrême droite.
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Manfred Weber : « La situation en Hongrie suscite déjà de vives critiques au sein du PPE »

Le président du Parti populaire européen à Strasbourg, qui vise la présidence de la Commission européenne en 2019, exclut une alliance avec l’extrême droite.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 10h47
    |

            Cécile Ducourtieux (Bruxelles, bureau européen)








                        



                                


                            

Manfred Weber, 46 ans, candidat à la succession de Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission en 2019, doit d’abord faire l’unanimité dans son propre camp, le Parti populaire européen (PPE), écartelé entre la chancelière allemande, Angela Merkel, et le premier ministre hongrois, Viktor Orban, chantre de l’illibéralisme et nouveau héros des extrêmes droites. Il est confronté à un premier test avec le vote au Parlement européen, mercredi 12 septembre, pour déclencher la procédure « article 7 » concernant le respect de l’Etat de droit en Hongrie. M. Weber exclut toute alliance avec l’extrême droite.
Emmanuel Macron affirme qu’on ne peut pas être à la fois du côté d’Angela Merkel et de Viktor Orban. N’a-t-il pas raison ?
Le PPE est le centre du paysage politique de l’Union européenne. C’est le plus grand parti européen, qui a l’honneur d’être dépositaire de l’héritage des fondateurs de l’Union, et il n’y a aucun débat sur son orientation générale. Quand il s’agit des principes fondateurs de l’Union inscrits dans les traités, aucun de ses membres ne bénéficie d’un traitement spécial.

Le PPE a toujours apporté son soutien à des résolutions portant sur la Pologne, la Hongrie ou d’autres pays. Il a toujours apporté son soutien à Viviane Reding [commissaire européenne à la justice et aux droits fondamentaux, entre 2010 et 2014] et maintenant à Frans Timmermans [premier vice-président de la Commission, chargé de l’Etat de droit].
Nous attendons le message de M. Orban, cette semaine à Strasbourg. Il doit nous fournir une réponse à propos des procédures d’infraction en cours contre la Hongrie, lancées par la Commission européenne [sur la législation hongroise en matière d’asile et la nouvelle législation « stop-Soros » visant les ONG aidant les migrants].
Le PPE est prêt à construire des ponts, parce que préserver l’unité de l’Europe est essentiel...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-10"> ¤ Alors que les collections issues de la période coloniale n’ont jamais fait l’objet de recherches approfondies, des musées s’engagent à lever le voile sur leur histoire floue.
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Décryptage

Œuvres africaines mal acquises : l’Allemagne face à ses trous de mémoire

Alors que les collections issues de la période coloniale n’ont jamais fait l’objet de recherches approfondies, des musées s’engagent à lever le voile sur leur histoire floue.

Par                Aimie Eliot (Leipzig, envoyée spéciale)



LE MONDE
              datetime="2018-09-10T09:21:14+02:00"

        Le 10.09.2018 à 09h21






    
Dans l’installation qui ouvre l’exposition « Werkstatt Prolog », au musée Grassi de Leipzig, des objets dissimulés dans leurs boîtes de transport racontent leur histoire, de leur collecte à leur arrivée dans les musées européens.
Crédits : AIMIE ELIOT


Des caisses de transport estampillées de leur provenance s’entassent dans un hall fraîchement repeint du musée Grassi d’ethnologie, à Leipzig. De l’installation s’échappent des voix. Emportées à l’autre bout du monde, les œuvres d’art prisonnières semblent gémir pour que leur histoire parvienne aux oreilles de notre génération. Plus loin, des plaques de laiton sculptées qui ornaient le palais de l’ancien royaume du Bénin (dans le sud-ouest de l’actuel Nigeria) trônent sur des étagères. Pillés au cours d’une expédition punitive des troupes britanniques en 1897, les bronzes sommeillent à côté d’une vitrine dépouillée, symbole du vide que leur absence a laissée à Benin City.
La nouvelle exposition du musée Grassi, « Werkstatt Prolog », inaugurée le 8 juillet et ouverte au public jusqu’en 2022, aborde sans détours la face sombre des collections de l’institution datant de l’époque coloniale : des œuvres acquises lors de pillages ou dont on ne connaît presque rien, réduites au rang de bel objet sans identité par des collectionneurs peu sourcilleux.

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                Génocide en Namibie : l’Allemagne face à son passé colonial



Ce discours rompt avec celui qui imprégnait les salles du musée lorsque la conservatrice Nanette Snoep a pris ses fonctions, en 2015 : « L’Afrique était exposée dans la section “Orient”, soupire la spécialiste néerlandaise, ancienne responsable de collections au musée du Quai Branly, à Paris. On n’y trouvait ni carte ni contexte historique, rien sur la provenance des œuvres. Un ami togolais a beaucoup ri devant la vitrine consacrée à son pays : elle contenait trois coiffes et un mannequin vêtu d’habits de la fin du XIXe siècle. C’est comme si on avait représenté la France avec une baguette et un béret ! »
Des lacunes révélées au grand jour
Lorsque la conservatrice prend l’initiative, en 2016, d’une refonte de l’exposition permanente des collections du continent africain, « éthiquement les plus problématiques », et décide de faire inscrire sur les cartels des œuvres les noms des collectionneurs liés au système colonial, elle découvre des bases de données lacunaires, témoins de recherches inexistantes sur leur origine. Une situation symptomatique des collections allemandes de cette période, souligne Jürgen Zimmerer, historien spécialiste de la colonisation à l’université de Hambourg :
« Les travaux sur les œuvres d’art spoliées à l’époque nazie ont occulté ceux qui auraient dû être menés pour la période coloniale, entre 1884 et 1919. Or de nombreuses œuvres ont été dérobées, comme celles des bronzes du Bénin, dont Berlin possède la deuxième plus grande collection après le British Museum. Mais par manque d’intérêt pour la question, les musées ont peu investi dans l’étude de leurs objets et leur inventaire. La plupart ne savent pas exactement ce qu’ils possèdent. »

    
Le musée Grassi, à Leipzig, expose des bronzes de l’ancien royaume du Bénin acquis au cours d’une expédition punitive de l’empire britannique en 1897.
Crédits : AIMIE ELIOT


Des lacunes qui ont été révélées au grand jour en juin 2013, quand Berlin a inauguré le Forum Humboldt, qui doit accueillir en 2019 un musée des arts non européens. Dans une pétition, un groupe d’associations réclame alors plus de transparence vis-à-vis des œuvres qui y seront exposées.
« Lorsque le projet a été lancé, la question de la provenance des objets de la période coloniale n’a pas été posée, alors qu’on sait que beaucoup ont été pris de force au Congo ou au Cameroun. On nous a finalement promis que chaque œuvre serait examinée, tout en nous précisant qu’il n’y avait pas le budget pour faire ce travail de manière systématique », accuse Christian Köpp, historien et membre de l’association Berlin Postkolonial. Entendues par le ministère de la culture et les responsables du projet muséal, leurs revendications sont toutefois peu prises au sérieux.

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Les virulentes critiques formulées par l’historienne de l’art Bénédicte Savoy, professeure à l’Université technique de Berlin, qui compare dans le Süddeutsche Zeitung du 20 juillet 2017 le futur musée à Tchernobyl, recouvrant trois cents ans de collections « d’une chape de plomb […] comme sur des déchets nucléaires, pour que rien ne s’échappe », contribueront à alimenter le débat.
« On construit un musée alors que des caisses remplies d’objets, arrivées ici entre 1914 et 1915, n’ont pas été étudiées, ce qui aurait dû être fait depuis longtemps ! », tempête la spécialiste, qui a démissionné du comité d’experts du Forum Humboldt avant d’accepter, en mars 2018, d’étudier pour la France les conditions de rapatriement d’œuvres d’art africaines mal acquises durant la période coloniale. Une demande du président Emmanuel Macron, qui s’est engagé, lors son discours à Ouagadougou en novembre 2017, à restituer d’ici à cinq ans des œuvres pillées sur le continent, répondant aux réclamations de plusieurs pays africains, dont le Bénin.
Urgence d’un devoir de mémoire
Le flou qui nimbe les collections allemandes éclaire une nouvelle facette de l’amnésie germanique vis-à-vis de son passé colonial, de plus en plus dénoncée dans le pays. Mieux informé, notamment grâce aux actions d’associations mobilisées pour faire redécouvrir cette période oubliée, le public revendique désormais l’urgence d’un devoir de mémoire : « Les gens demandent que des rues portant le nom de colonisateurs soient rebaptisées, que le gouvernement s’excuse pour le génocide des Herero et des Nama en Namibie : l’Allemagne n’a plus le choix, elle doit affronter son passé », souligne Nanette Snoep.
En mai, la ministre de la culture, Monika Grütters, a finalement annoncé la mise en place de bourses pour financer des recherches sur la provenance des œuvres d’art acquises durant la période coloniale. Puis le ministère a publié, avec l’Association des musées allemands, un guide énonçant des recommandations pour traiter des collections issues de contextes coloniaux. « Lancer un travail de recherche sur la provenance et constituer des bases de données accessibles au public, c’est la première étape vers plus de transparence », commente Bénédicte Savoy.

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Comme à Leipzig, quelques institutions ont commencé à fouiller le passé de leurs collections. Le musée Linden, à Stuttgart, implique dans ses recherches un comité consultatif regroupant des représentants des diasporas africaines. « Lorsqu’on ne sait rien d’une œuvre, on peut tenter de l’identifier grâce à sa fonction, sa provenance, en faisant appel aux communautés qui maîtrisent le contexte culturel », souligne Ines de Castro, la conservatrice.
Le Musée d’outre-mer de Brême a quant à lui confié à un doctorant de Yaoundé, Ndozo Awono, l’inventaire de ses collections camerounaises précoloniales et coloniales. « Il y a un gros travail de classement des 1 500 objets, qui ne sont parfois pas référencés », souligne-t-il, tout en constatant de suspicieuses acquisitions. « Plusieurs pièces sont des objets rituels qui n’ont pas pu être donnés, contrairement à ce qu’on lit parfois dans les registres des collectionneurs, car ils ont une grande importance symbolique. Ils ont très probablement été pillés chez des chefs de village », estime le doctorant, qui prévoit de se rendre en 2019 au Cameroun pour tenter de retracer l’identité de ces objets confisqués.
Un premier pas vers de futures restitutions ? Dans ses recommandations, le ministère appelle les musées à ne pas faire cavalier seul. Principe de précaution ou résistance ? « Les institutions ne pourront plus clamer ne pas savoir d’où viennent les œuvres pour échapper au débat », estime Nanette Snoep.


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-11"> ¤ Les Soudan Célestins Music et moi. Lors du festival des Passeurs d’humanité, les membres du groupe se sont remémoré leur passage de la frontière franco-italienne.
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« Le jour où des réfugiés soudanais ont fait danser la vallée de la Roya »

Les Soudan Célestins Music et moi. Lors du festival des Passeurs d’humanité, les membres du groupe se sont remémoré leur passage de la frontière franco-italienne.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 09h19
    |

Pablo Aiquel







                        



   


Chronique. « Je suis passé par le tunnel et j’ai mis deux ou trois heures. – Trois heures ? Moi c’était beaucoup plus ! » Ali et Bakry, deux Soudanais que Le Monde suit dans le cadre du programme Les Nouveaux Arrivants, parlent de leur passage entre Vintimille, en Italie, et Menton, en France.
Ali poursuit : « Je suis passé avec deux Bangladais et d’autres Soudanais, comme ça », mime-t-il en plaquant son dos et ses bras à des parois imaginaires pour laisser passer les trains – ou du moins leur souvenir. « J’ai dormi deux nuits devant la gare à Vintimille, puis j’ai essayé de passer en train mais j’ai été refoulé. Ensuite, je suis passé par le tunnel pour aller en France, et après le train jusqu’à Paris. »

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Bakry, quant à lui, a pris le chemin la montagne. C’est ainsi qu’il est tombé sur le campement de Cédric Herrou, le paysan de la vallée de la Roya qui s’est fait connaître par ses actes de solidarité avec les migrants. Cette même vallée où les Soudan Célestins Music, groupe de réfugiés soudanais installés à Vichy – et dont Ali et Bakry font partie –, doit jouer lors du festival des Passeurs d’humanité, organisé par l’association Les Amis de la Roya du 12 au 15 juillet à Breil-sur-Roya (Alpes-Maritimes).
La fin d’après-midi au bord du lac turquoise, en attendant l’heure du concert, est propice à l’évocation de leurs souvenirs du passage. Loin des stands des militants pro-migrants, des livres et des tables rondes, et toujours derrière la barrière de la langue qui les empêche encore de saisir détails et nuances – mais pas de comprendre qu’ils sont en terrain amical.
« Arrivé seul et sans le sou »
L’exposition de dessins de réfugiés passés par la Roya, ou encore la rencontre avec le chanteur HK (de son vrai nom Kaddour Hadadi) qui interprète J’ai marché jusqu’à vous en face de l’église, leur font dégainer les portables pour prendre des photos ou enregistrer des vidéos. « Arrivé seul et sans le sou, mais surtout arrivé en vie, comprenez pourquoi je souris », dit la chanson. Même sans en comprendre chaque mot, ils savent qu’elle raconte leur histoire.
Le soir tombe. Sur la scène, sous un chapiteau blanc, les personnalités défilent et les discours sont difficiles à traduire : les députés européens Marie-Christine Vergiat et José Bové, des avocats, des artistes, des militants… Les réfugiés de Vichy applaudissent poliment. Puis vient le concert de HK, qui montre la voie : avec une pêche d’enfer, il monte en puissance et enflamme la piste de danse.

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                « Le jour où Bakry est revenu chez Cédric Herrou »



Hassan, Ahmed, Faisal et les autres sont aux anges. Ils se prennent en photo avec HK, cependant que la pression monte car leur tour arrive. Hassan me demande de rappeler qu’ils ne sont pas des professionnels, que c’est juste une bande de potes, un jardinier, un chauffeur, un cariste… Mais eux aussi mettront le feu sur scène et seront ravis d’entendre le public en demander « une autre, une autre ! ».
La musique s’arrête. Ali fait monter Cédric Herrou sur scène et dit, en arabe : « Mes remerciements à Cédric pour tout ce qu’il fait pour les migrants. Ce monsieur, je ne le connaissais pas, mais sa réputation dépasse l’imagination. Tout le monde en parle. Aujourd’hui nous fêtons avec vous les principes de la République française : liberté, égalité, fraternité. Ici, sur la terre de Voltaire, nous saluons ces principes et vous remercions pour ce que vous faites. Cédric, tu resteras gravé dans nos cœurs. »
Pablo Aiquel est journaliste indépendant. Il travaille pour La Gazette des communes comme correspondant Auvergne et ruralités.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-12"> ¤ Les élections locales dans 26 régions du pays, dimanche, ont été éclipsées par d’importantes manifestations contre la réforme des retraites.
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-12"> ¤                     
                                                

Moscou : Sergueï Sobianine, le maire sortant, réélu au premier tour

Les élections locales dans 26 régions du pays, dimanche, ont été éclipsées par d’importantes manifestations contre la réforme des retraites.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 08h07
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10.09.2018 à 10h16
   





                        



   


Sergueï Sobianine, maire sortant de Moscou soutenu par le Kremlin, a été réélu au premier tour, dimanche 9 septembre, avec près de 70,02 % des suffrages, les résultats publiés par la commission électorale de Moscou. Le taux de participation atteint les 30,8 %.

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Lors des dernières élections municipales, en 2013, Sergueï Sobianine avait échappé de peu à un second tour contre l’opposant numéro un du Kremlin, Alexeï Navalny, qui était parvenu à obtenir plus d’un quart des votes.
Cette année, les opposants ont été interdits de candidatures, à commencer par Alexeï Navalny. Le conseiller municipal d’opposition Ilia Iachine, proche de l’opposant assassiné Boris Nemtsov, l’ancien député d’opposition Dmitri Goudkov et le militant homosexuel Anton Krassovski n’ont pas non plus été autorisés à se présenter.
La journée électorale avait été marquée par d’importantes manifestations, interdites par les autorités, contre la réforme des retraites. Ces rassemblements organisés dans 80 villes de Russie à l’appel de l’opposant Alexeï Navalny ont éclipsé les scrutins locaux et régionaux qui avaient lieu dans 26 régions.
De nombreux heurts se sont produits entre les forces de polices et les manifestants, et 1 018 personnes ont été interpellés, selon l’association indépendante OVD-Info.

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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-13"> ¤ Jean-Hervé Bradol, directeur d’études à l’ONG Médecins sans frontières-Crash, explique dans une tribune au « Monde » que l’implication massive des fonctionnaires des Etats dans la gestion des migrants explique que les passeurs ne sont presque jamais arrêtés.
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« Les passeurs sont le plus souvent des fonctionnaires et non de mystérieux criminels »

Jean-Hervé Bradol, directeur d’études à l’ONG Médecins sans frontières-Crash, explique dans une tribune au « Monde » que l’implication massive des fonctionnaires des Etats dans la gestion des migrants explique que les passeurs ne sont presque jamais arrêtés.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 06h37
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Jean-Hervé Bradol (Directeur d'études à Médecins sans frontières (MSF) - Centre de réflexion sur l’action et les savoirs humanitaires/Crash)







                        



                                


                            

Tribune. De Daniel Cohn-Bendit à Marine Le Pen, en passant par Emmanuel Macron, nombreux sont les responsables politiques qui dénoncent une prétendue collusion entre les organismes d’aide aux migrants (des humanitaires) et les passeurs (des criminels). Les uns exercent leurs activités en pleine lumière, les autres agiraient dans l’ombre mais tous s’associeraient pour faire franchir en toute illégalité les frontières.
Passeur est donc un terme qui mérite clarification afin de dégager la réalité de l’aura mystérieuse qui l’enveloppe. Pour ouvrir une frontière à un candidat à l’exil, encore faut-il en avoir le contrôle. Dans ces zones frontalières, disputées et parfois dangereuses, les no man’s land n’existent pas et ceux qui y exercent le pouvoir le font les armes à la main. Qui détient les armes ? Les membres des forces de l’ordre, régulières (douane, gendarmerie, police, armée…) ou irrégulières (milices ou bandes armées pour les pays, comme la Libye, où l’Etat est faible).
Nous ne nions pas ici qu’il existe bien des artisans du contournement des postes frontières qui échappent au contrôle des fonctionnaires ou des miliciens. Mais comparée aux centaines de milliers de personnes qui empruntent les « autoroutes migratoires » contrôlées par les autorités, cette pratique artisanale reste marginale.
Comment savons-nous que les passeurs sont le plus souvent des fonctionnaires et non de mystérieux criminels ? Parce que les Médecins sans frontières (MSF) parcourent ces routes de l’exil depuis plus de quarante ans. Dans les quelques situations où il ne nous a pas été possible d’obtenir les autorisations préalables, ces frontières, nous ne les avons jamais franchies seuls. A chaque fois, nous avons formulé notre demande aux représentants locaux des forces de l’ordre. Dans certains cas, nous les avons soudoyés. En effet, le passage de frontières est une activité pour laquelle il existe un marché.
Des courtiers et des passeurs
Le...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-14"> ¤ Ni la droite ni la gauche n’ont obtenu la majorité, dimanche, lors des législatives. Les formations politiques du royaume vont devoir repenser leurs alliances.
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En Suède, un paysage politique éclaté après une percée plus faible que prévu de l’extrême droite

Ni la droite ni la gauche n’ont obtenu la majorité, dimanche, lors des législatives. Les formations politiques du royaume vont devoir repenser leurs alliances.



LE MONDE
 |    10.09.2018 à 06h16
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10.09.2018 à 17h37
    |

            Anne-Françoise Hivert (Stockholm, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

La Suède a connu une étrange soirée électorale, dimanche 9 septembre, augurant de complexes négociations qui pourraient prendre des semaines, voire des mois, avant de déboucher sur la formation d’un gouvernement capable de faire voter ses budgets et mener sa politique. Si elles ne se sont pas traduites par la poussée nationaliste annoncée, les élections législatives entérinent une fragmentation inédite du paysage politique du royaume aux conséquences encore difficiles à analyser.
Le premier ministre sortant, Stefan Löfven, a d’ailleurs attendu la fin du dépouillement, vers 0 h 20, pour venir enfin s’exprimer devant ses partisans. Pendant la soirée, les leaders de la droite et de l’extrême droite avaient exigé sa démission immédiate. Mais le chef de file des sociaux-démocrates a refusé de céder aux pressions et annoncé qu’il restait aux manettes. En tout cas jusqu’à ce que les 50 000 bulletins des Suédois de l’étranger soient dépouillés, mercredi 12 septembre.
Pour le premier ministre, un désaveu difficile à digérer
Car les résultats pourraient encore changer : la droite et la gauche n’ont qu’un siège de différence au Parlement, avec 144 députés pour le bloc de gauche (social-démocrate, Verts et Parti de gauche) et 143 pour l’Alliance (conservateurs, centristes, libéraux et chrétiens-démocrates). Les Démocrates de Suède (Sverigedemokraterna, SD), eux, en obtiennent 62. S’ils ne parviennent pas à s’imposer comme la deuxième force politique du royaume, ils enregistrent la plus grosse progression à l’issue du scrutin, avec 17,6 % des voix (contre 12,9 % en 2014).
Jimmie Akesson, le leader des SD, a d’ailleurs reçu les chaudes félicitations du gratin nationaliste européen, Marine Le Pen raillant « encore une mauvaise soirée pour l’Union européenne en perspective », tandis que l’Italien Matteo Salvini estimait que « la Suède a dit non à l’Europe des bureaucrates et des spéculateurs, non à l’immigration illégale, non à l’extrémisme...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-15"> ¤ Les coalitions de centre gauche, sortante, et de centre droit obtiennent des résultats en baisse par rapport aux législatives de 2014.
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En Suède, droite et gauche au coude-à-coude, l’extrême droite progresse

Les coalitions de centre gauche, sortante, et de centre droit obtiennent des résultats en baisse par rapport aux législatives de 2014.



LE MONDE
 |    09.09.2018 à 22h51
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10.09.2018 à 10h53
   





                        



   


La Suède semblait résister, dimanche 9 septembre dans la soirée, à la poussée de fièvre nationaliste suscitée par la crise migratoire en Europe : l’extrême droite progresse, revendiquant une « énorme influence » sur la politique du pays scandinave, sans cependant se hisser au niveau espéré, tandis que droite et gauche étaient à égalité parfaite.
Le chef du gouvernement est traditionnellement le dirigeant du parti ayant obtenu le plus grand nombre de voix, mais le nouveau paysage politique fragmenté de la Suède rend toute conjecture particulièrement hasardeuse.
Ni le bloc « rouge-vert » sortant ni l’opposition du centre et de la droite n’ayant obtenu plus de 50 % des 349 mandats en jeu au Riksdag, le Parlement suédois, de longues tractations s’annoncent de part et d’autre dans les semaines à venir. Car les résultats pourraient encore changer : la droite et la gauche n’ont qu’un siège de différence au Parlement, avec 144 députés pour le bloc de gauche (social-démocrate, Verts et Parti de gauche) et 143 pour l’Alliance (conservateurs, centristes, libéraux et chrétiens-démocrates).

        Lire le reportage :
         

          « C’est l’avenir de notre démocratie libérale qui est en jeu »



Le Parti social-démocrate du premier ministre, Stefan Löfven, perd près de trois points par rapport aux législatives de 2014, tombant à 28,4 % des suffrages, selon des résultats portant sur 99,8 % des circonscriptions.
Critiqué tous azimuts sur son bilan migratoire et social, M. Löfven apparaît personnellement fragilisé par quatre années d’un mandat tumultueux qui a vu l’arrivée en 2015 de 160 000 demandeurs d’asile, un record en Europe rapporté au nombre d’habitants. Dans un discours, il s’est dit déterminé à rester à la tête du gouvernement et à faire barrage à la formation anti-immigration qui se voit faiseur de rois, les Démocrates de Suède. Mais il a tendu la main à l’opposition de centre droit. « Une chose est sûre, personne n’a obtenu de majorité. Il est donc naturel de lancer une collaboration entre les blocs », a déclaré Stefan Löfven.
Le scrutin se révèle également décevant pour les conservateurs d’Ulf Kristersson qui perdent 3,5 points en quatre ans, atteignant 19,8 % des voix.

   


Tractations compliquées
De son côté l’extrême droite, alors qu’elle espérait renverser la table, est loin de réaliser la percée annoncée par son président, Jimmie Åkesson, qui disait encore dimanche miser sur entre « 20 et 30 % » des voix. Les Démocrates de Suède (SD), formation nationaliste et xénophobe obtiendrait 17,6 % des votes, après 12,9 % en 2014, échouant à devenir le deuxième plus grand parti de Suède.
Mais s’ils progressent moins qu’entre 2010 et 2014, les démocrates de Suède se sont durablement imposés dans le débat politique et émergent en faiseur de rois entre les deux blocs. « Nous sommes les grands gagnants de cette élection (…). Nous allons exercer une véritable influence sur la politique suédoise », a lancé un Jimmie Åkesson triomphant à ses partisans réunis dans un restaurant de la capitale. « Je suis prêt à parler, à coopérer, à négocier avec tous les partis, mais je veux surtout inviter Ulf Kristersson à négocier », a-t-il ajouté.
L’opposition est déterminée à déloger les sociaux-démocrates, mais pour construire une majorité solide, il lui faudrait dynamiter le cordon sanitaire qui, jusqu’ici, tenait les démocrates de Suède à distance d’une influence politique directe.

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Un pas qui pourrait s’avérer risqué, tant centristes et libéraux ont dit et redit leur refus d’un « pacte avec le diable ». Et sept sympathisants conservateurs sur dix ne veulent pas entendre parler d’une main tendue à l’extrême droite.
Si pourtant la droite veut jouer l’alternance, « son gouvernement sera dépendant des Démocrates de Suède et ce ne sera pas gratuit. Les Démocrates de Suède vont présenter leurs exigences », analyse pour l’Agence France-Presse Lisa Pelling du think tank Arena Idé.

   


Une gauche affaiblie
Alors que le premier ministre social-démocrate, Stefan Löfven, présentait ces législatives comme un « référendum pour l’Etat-providence », l’extrême droite en avait fait un plébiscite contre sa politique migratoire. En septembre 2015, il justifiait l’ouverture aux réfugiés de Syrie, d’Irak ou d’Afghanistan au nom d’« une Europe qui n’édifie pas de murs ». Deux mois plus tard, il annonçait un tour de vis migratoire et le rétablissement des contrôles aux frontières.
Une volte-face insuffisante pour l’extrême droite. A l’image du parti Alternative pour l’Allemagne (AfD), les Démocrates de Suède dénoncent l’immigration comme une menace « culturelle » et réclament le renvoi de centaines de milliers de personnes.
Ancien métallo de 61 ans, le premier ministre a perdu des électeurs sur sa gauche et sur sa droite ; les uns lui reprochant d’avoir laissé grandes ouvertes les portes du pays aux demandeurs d’asile, les autres de les avoir aussitôt refermées. Et ses chances de reformer une coalition – de toute façon minoritaire – sont d’autant plus compromises que la poussée du Parti de gauche qui le soutient au Parlement n’a pas compensé le recul des écologistes – membres du gouvernement – qui frôlent le seuil des 4 % requis pour envoyer des députés sur les bancs du Riksdag, le Parlement suédois.
En l’absence d’une claire légitimité issue des urnes, « nous sommes prêts à collaborer au-delà des blocs », à l’exception de l’extrême droite, s’est avancé le patron des sociaux-démocrates au Parlement, Anders Ygeman.

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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-16"> ¤ Le délégué général de La République en marche, Christophe Castaner, a toutefois estimé dimanche que le parti présidentiel n’était « pas dans une logique d’alliance ».
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Elections européennes : le Belge Guy Verhofstadt veut s’allier avec Emmanuel Macron

Le délégué général de La République en marche, Christophe Castaner, a toutefois estimé dimanche que le parti présidentiel n’était « pas dans une logique d’alliance ».



LE MONDE
 |    09.09.2018 à 21h40
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 06h37
   





                        



   


La République en marche d’Emmanuel Macron va-t-elle s’allier avec le groupe libéral et démocrate, présidé par Guy Verhofstadt, à l’occasion des élections européennes ? C’est en tout cas le souhait de l’eurodéputé belge qui l’annonce, dimanche 9 septembre, dans un entretien à Ouest-France.
L’objectif est ensuite de former un seul groupe politique au Parlement européen après le scrutin qui se déroule en mai prochain. « Avec Emmanuel Macron, on n’a pas seulement la même analyse, mais plus ou moins les mêmes propositions. Le discours de la Sorbonne est très largement soutenu chez les partis de l’ADLE [Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe]. On est prêt à créer avec Macron cette alternative », propose M. Verhofstadt, président du groupe de l’ADLE au Parlement européen.

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A la question de savoir si un seul groupe doit réunir La République en marche (LRM) de M. Macron et l’ADLE, le Belge répond « oui, c’est évident ».
« Ce sera quelque chose de nouveau, un mouvement. Une alternative pro-européenne aux nationalistes. Notre groupe est prêt à y participer dès maintenant, sans attendre. »
M. Verhofstadt, qui souhaite « une alternative pro-européenne aux nationalistes », propose également de faire campagne ensemble :
« Chaque parti va garder ses symboles, mais on crée un mouvement plus large. L’objectif c’est de créer un groupe décisif dans le futur parlement, un outil pour arrêter la vague nationaliste. »
Vers une plate-forme « progressiste » ?
Mais la prudence était de mise, dimanche soir, du côté de La République en marche. Interrogé sur un éventuel accord, le délégué général du parti présidentiel, Christophe Castaner, a répondu à Reuters : « Pas du tout, nous ne sommes pas dans une logique d’alliance. » M. Castaner a toutefois entamé cet été une tournée européenne à la recherche d’alliés dans d’autres pays de l’Union européenne et il s’est notamment entretenu mardi à Bruxelles avec Guy Verhofstadt.

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A neuf mois du scrutin, M. Macron, pousse en faveur de la constitution d’une plate-forme « progressiste » d’ici la fin de l’année. Il a notamment appelé jeudi le principal parti politique du Parlement européen, le Parti populaire européen (PPE) à clarifier ses positions, estimant qu’il ne pouvait pas être à la fois aux côtés d’Angela Merkel et de Viktor Orban, comme c’est actuellement le cas.

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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-17"> ¤ Dans la nuit de samedi à dimanche, un Allemand de 22 ans est mort dans une bagarre. Alors que deux suspects afghans ont été arrêtés, environ 2 500 personnes ont manifesté à Köthen à l’appel de l’extrême droite.
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Allemagne : une manifestation d’extrême droite organisée à Köthen après la mort d’un jeune Allemand

Dans la nuit de samedi à dimanche, un Allemand de 22 ans est mort dans une bagarre. Alors que deux suspects afghans ont été arrêtés, environ 2 500 personnes ont manifesté à Köthen à l’appel de l’extrême droite.



LE MONDE
 |    09.09.2018 à 18h53
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09.09.2018 à 23h09
   





                        



   


L’Allemagne craint le retour des violences après la mort, dans la nuit de samedi à dimanche 9 septembre, d’un jeune Allemand dans une bagarre à Köthen et l’arrestation de deux suspects afghans.
Environ 2 500 personnes, selon la police, ont manifesté à l’appel de l’extrême droite dimanche soir dans cette ville située dans l’Etat régional de Saxe-Anhalt, dans l’ex-RDA. Dans une atmosphère tendue, les participants criaient « Résistance ! Résistance ! » pour dénoncer les demandeurs d’asile et la politique migratoire du gouvernement. « Aujourd’hui est un jour de deuil mais nous allons transformer la tristesse en colère », a lancé un orateur à la foule, avant d’ajouter : « Oeil pour oeil, dent pour dent ! ».
Plusieurs agitaient des drapeaux allemands. Certains portaient des T-shirts avec le slogan « White resistance ». Une contre-manifestation de 200 personnes de la gauche radicale s’est également tenue dans la soirée à Köthen.
Le journaliste du Monde, Thomas Wieder, était présent sur place. 

La nuit est quasiment tombée sur #Köthen. Des centaines de personnes sont encore rassemblées là où ce jeune Alleman… https://t.co/yWRlzuvr99— ThomasWieder (@Thomas Wieder)


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Selon plusieurs médias, notamment le quotidien Die Welt et la chaîne de télévision publique locale MDR, la victime, un Allemand de 22 ans, est décédé d’une hémorragie cérébrale à la suite d’une violente dispute. Elle l’opposait, lui et un deuxième homme qui l’accompagnait, d’une part, et les deux Afghans.
Ces derniers, âgés de 18 et 20 ans, ont été interpellés et sont souçonnés pour le premier de « coups et blessures volontaires graves » et pour le second de « blessures volontaires graves ayant entraîné la mort ». Et ce même si, dans le même temps, le parquet a précisé, après l’autopsie, que l’arrêt cardiaque n’avait pas été directement causé par les coups portés lors de la bagarre.

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La crainte d’un nouveau Chemnitz

   


Dimanche, de nombreux habitants sont venus déposer des gerbes de fleurs et allumer des bougies sur les lieux du drame. Les autorités locales craignent désormais que la situation s’envenime à Köthen, à l’image de Chemnitz. Il y a tout juste deux semaines un Allemand de 35 ans avait été tué de plusieurs coups de couteau dans cette ville située également dans l’ex-RDA, un meurtre que la police soupçonne plusieurs demandeurs d’asile irakiens et syrien d’avoir commis.
L’extrême droite allemande s’est alors saisie de cet homicide pour organiser plusieurs manifestations dans la ville visant à dénoncer la hausse de l’insécurité dont seraient responsables les migrants et, au-delà, la politique migratoire de la chancelière Angela Merkel jugée pas assez ferme. Cette mobilisation avait provoqué une nouvelle crise politique au sein du gouvernement allemand sur l’immigration.

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                A Chemnitz, des manifestations parallèles révèlent les deux visages de l’Allemagne



« Au-delà de l’émotion légitime, il convient de rejeter toute tentative de faire de Köthen un deuxième Chemnitz », a mis en garde le chef du gouvernement régional, Reiner Haseloff. Le ministre de l’Intérieur de Saxe-Anhalt, Holger Stahlknecht, a dans ce contexte invité la population locale à rester « pondérée ». Il a promis que l’Etat de droit mettrait tout en œuvre pour faire la lumière sur cette affaire.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-18"> ¤ Pionnier des privatisations dans les années 1980, le pays de Margaret Thatcher vient de reprendre le contrôle d’une prison et d’une ligne ferroviaire.
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Royaume-Uni, le retour des nationalisations

Pionnier des privatisations dans les années 1980, le pays de Margaret Thatcher vient de reprendre le contrôle d’une prison et d’une ligne ferroviaire.



LE MONDE
 |    09.09.2018 à 17h30
 • Mis à jour le
10.09.2018 à 10h39
    |

            Eric Albert (Londres, correspondance)








                        



                                


                            

Quand Peter Clarke, le directeur du service d’inspection des prisons britannique, a visité le pénitencier de Birmingham début août, il a trouvé dans les douches des vêtements tachés de sang entourés de nombreuses déjections de rats. Ailleurs, des traces de vomi et de sang étaient visibles. Dans une cellule, il a rencontré un homme visiblement sous le choc, assis sur les ressorts de son lit, répétant : « Ils [d’autres prisonniers] m’ont volé mon matelas. » L’incident s’était passé trois jours plus tôt et personne n’avait réagi. Pendant son inspection, neuf voitures ont été incendiées dans un parking en principe réservé au personnel.
M. Clarke a immédiatement réagi : le 16 août, il a ordonné à l’Etat de reprendre la direction de la prison, qui était dirigée depuis 2011 par l’entreprise privée G4S. Cette nationalisation a relancé la polémique sur les dangers d’avoir des prisons privées. « Cette crise est juste le dernier échec des privatisations dans le secteur de la justice », accuse Richard Burgon, député travailliste.
Une faillite retentissante
L’exemple est loin d’être un cas isolé. Sans vraiment l’assumer, le gouvernement britannique a multiplié les nationalisations ces derniers mois. En mai, la société ferroviaire de l’East Coast Main Line, qui s’occupait des trains roulant sur une ligne reliant notamment Londres à Edimbourg, a été nationalisée. Après avoir perdu de l’argent depuis 2015, Virgin et Stagecoach, les deux entreprises privées qui la dirigeaient, ont jeté l’éponge.

Cinq mois plus tôt, Carillion, parfois surnommée « l’entreprise qui gère le Royaume-Uni », a connu une faillite retentissante. Peu familière du grand public, cette société servait des centaines de cantines scolaires, assurait le nettoyage d’hôpitaux, opérait la maintenance de casernes militaires… Un sauvetage complet par l’Etat, envisagé initialement, a été écarté, mais le gouvernement a dû intervenir pour maintenir ces services.
Le...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-19"> ¤ Après une vague de partenariats public-privé dans les années 2000, les autorités britanniques ont renoncé à ce mécanisme, jugé trop cher.
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La fin programmée des ruineux partenariats public-privé

Après une vague de partenariats public-privé dans les années 2000, les autorités britanniques ont renoncé à ce mécanisme, jugé trop cher.



LE MONDE
 |    09.09.2018 à 17h30
    |

            Eric Albert (Londres, correspondance)








                        



                                


                            

Au collège Bristol Metropolitan, le remplacement d’un volet a coûté au total 8 154 livres sterling (9 050 euros). A l’école voisine, un robinet est revenu à 2 211 livres. Un troisième établissement a payé 2 024 livres pour un lavabo… Depuis quelques années, les excès des partenariats public-privé (PPP) sont exposés au Royaume-Uni. Bloquées dans des contrats signés dix ou quinze ans plus tôt, face à des entreprises privées qui n’ont aucune raison de faire preuve de souplesse, les écoles se retrouvent souvent avec des coûts de maintenance absurdes.
Le Royaume-Uni découvre aujourd’hui avec frayeur la facture des PPP. Sous l’impulsion de Tony Blair et de Gordon Brown (1997-2010), plus de 700 PPP ont été signés. L’objectif était simple : ouvrir de nouvelles écoles et de nouveaux hôpitaux sans donner l’impression que l’Etat s’endettait. Les entreprises investissaient, et se faisaient rembourser par les autorités locales sur vingt à trente ans. A cela s’ajoutait souvent un contrat de maintenance du bâtiment. « A l’époque, une collectivité locale n’avait pas le choix, c’était la seule façon d’investir », se rappelle Dexter Whitfield, de l’European Services Strategy Unit Research, spécialiste du secteur.

Le résultat immédiat a été positif. Le Royaume-Uni a bénéficié de la construction de nombreuses nouvelles infrastructures. Mais aujourd’hui, l’heure du remboursement est arrivée et la facture est salée. En 2017, les autorités britanniques ont dû verser un peu plus de 10 milliards de livres en intérêts.
199 milliards de livres
Même si aucun nouveau PPP n’est signé, les traites resteront à peu près au même niveau jusqu’au début des années 2030, puis se réduiront progressivement jusqu’aux années 2040. Au total, il faudra verser 199 milliards de livres, selon un rapport du National Audit Office, l’équivalent de la Cour des comptes.
Dans le meilleur des cas – si la construction se passe bien et que le contrat de maintenance est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-20"> ¤ L’économiste Martin Chick explique que face à un service médiocre, les gens demandent des réformes, mais sans vraie clarté sur ce que le changement de propriétaire apporterait vraiment.
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« En 1910, le Royaume-Uni comptait 121 compagnies de train »

L’économiste Martin Chick explique que face à un service médiocre, les gens demandent des réformes, mais sans vraie clarté sur ce que le changement de propriétaire apporterait vraiment.



LE MONDE
 |    09.09.2018 à 17h30
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            Eric Albert (Londres, correspondance)








                        



                                


                            

Martin Chick est professeur d’histoire économique à l’université d’Edimbourg. Il retrace l’histoire des nationalisations.
Le Royaume-Uni a été pionnier en matière de nationalisations en 1945, puis de privatisations dans les années 1980. Mais comment ont débuté ces industries d’électricité, d’eau ou de transport ?
Martin Chick.- Beaucoup ont commencé par des investissements privés. Pour l’électricité, par exemple, de nombreux entrepreneurs ont investi dans une centrale qui servait localement des usines et des habitations. Résultat, après la première guerre mondiale, il y avait 635 compagnies d’électricité à travers le pays.
En 1925, un comité a suggéré la création d’un réseau électrique national, pour relier les différents bouts du système (il sera réalisé en 1935). Le même scénario s’est produit pour les trains. En 1910, le Royaume-Uni comptait 121 compagnies de train. Il fallait rationaliser tout ça : en 1921, celles-ci ont été réduites à quatre.
Après la seconde guerre mondiale, le Royaume-Uni se lance dans une grande vague de nationalisations. Pourquoi ?
Une sorte de contrat a été passé entre les Britanniques et le gouvernement pendant le conflit, sur la façon dont la richesse serait redistribuée en récompense de l’effort de guerre. En 1942, alors que les Britanniques n’ont pas gagné une seule bataille, William Beveridge, un économiste, remet un rapport commandé par le gouvernement sur la couverture sociale après la guerre. C’est un traité d’économie aride, mais ça devient un best-seller.
En 1945, pour la première fois de l’histoire, les travaillistes remportent une majorité absolue à la Chambre des communes. Ils utilisent ce rapport comme base de leur travail. Les nationalisations sont vraiment conçues comme une façon de traiter tout le monde de façon équitable, par exemple pour apporter de l’électricité aux ménages modestes. A l’inverse, en France, les nationalisations...




                        

                        

