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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ L’acteur de « Délivrance » et de « Boogie Nights » s’est éteint en Floride, jeudi 6 septembre, à l’âge de 82 ans.
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Burt Reynolds, figure du mâle américain, est mort

L’acteur de « Délivrance » et de « Boogie Nights » s’est éteint en Floride, jeudi 6 septembre, à l’âge de 82 ans.



LE MONDE
 |    07.09.2018 à 18h51
 • Mis à jour le
07.09.2018 à 19h05
    |

                            Jean-François Rauger








                        



                                


                            

Il fut, pour certains, une sorte d’idéal masculin, une figure de la virilité souriante, l’icône d’une époque où la puissance pouvait s’accorder avec la désinvolture « cool ». Il fut, un temps, un des acteurs les mieux payés d’Hollywood, une star et un sex-symbol nourrissant les fantasmes de son époque… avant que ceux-ci ne soient frappés de désuétude. Burt Reynolds est-il passé à côté d’une carrière qui eut pu être plus riche, plus ­intense sur la durée, plus éclatante, davantage comparable à celle de celui que l’on a considéré parfois comme son rival, Clint Eastwood ? Ce dont on se souviendra longtemps, au-delà de l’attachante figure masculine, c’est de la petite poignée de grands films auxquels il a participé. Burt Reynolds est mort jeudi 6 septembre à Jupiter (Floride) d’un arrêt cardiaque.
Il naît à Lansing, dans le Michigan, le 11 février 1936. Sa famille déménage en Floride. Son père, après une carrière militaire, ­devient policier. Le jeune homme révèle des qualités d’athlète et ­entre comme boursier à l’université d’Etat de Floride. Il y devient champion de football américain et est repéré par l’équipe de Baltimore. Une blessure contractée au cours d’un match, suivie d’un ­accident de voiture, met un terme à l’espoir d’une carrière de joueur professionnel. Il pense suivre les pas de son père en entrant dans la police, mais poursuit en parallèle ses études à l’université de Palm Beach, où l’on décèle chez lui des qualités de comédien. Il y obtient un prix pour sa prestation dans la pièce Outward Bound, de Sutton Vane, qui lui permettra d’obtenir une bourse pour intégrer une troupe de théâtre new-yorkaise. Il partira avec celle-ci en tournée, cumulant les fonctions de comédien et de chauffeur.

De retour à New York, il alterne les petits boulots et le théâtre. Il est repéré pour sa prestation dans la pièce Mister Roberts, de Thomas Heggen et Joshua Logan, avec Charlton Heston. Il débute, dès lors, une carrière à...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Qu’ils soient renommés comme Alain Mabanckou ou J.M. Coetzee ou prometteurs comme David Diop ou Aymen Gharbi, neuf romanciers ont séduit notre rédaction.
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Focus

Rentrée littéraire : les coups de cœur du « Monde Afrique »

Qu’ils soient renommés comme Alain Mabanckou ou J.M. Coetzee ou prometteurs comme David Diop ou Aymen Gharbi, neuf romanciers ont séduit notre rédaction.

Par                Séverine Kodjo-Grandvaux, Gladys Marivat et Kidi Bebey



LE MONDE
              datetime="2018-09-07T18:06:22+02:00"

        Le 07.09.2018 à 18h06






    
De g. à dr. : Henri Lopes, Alain Mabanckou, In Koli Jean Bofane, J.M. Coetzee et Gauz.
Crédits : DR


Si les thèmes de l’exil, de la guerre et de la politique traversent les romans de cette rentrée littéraire, ils résonnent également de questionnements sur le devenir intime de chaque être. De Johannesburg à Casablanca en passant par Brazzaville, La Rochelle ou Bassam, les neuf titres retenus par la rédaction du Monde Afrique entraînent les lecteurs bien au-delà des frontières africaines.
Autobiographie au pays natal
Depuis Demain j’aurai vingt ans, Alain Mabanckou nous habitue à retrouver régulièrement Michel, sa mère Pauline Kengué et son père adoptif Roger Kimangou, doubles de l’écrivain congolais et de ceux qui l’ont élevé. Dans son nouveau roman, Les cigognes sont immortelles, le Prix Renaudot 2006 revient sur l’assassinat en 1977 du président congolais Marien Ngouabi. Un drame national qui aura des conséquences familiales.
Inlassable conteur qui puise dans l’humour de quoi alléger un quotidien parfois trop lourd, Alain Mabanckou narre le Congo des années 1970, un pays en prise avec un régime marxiste-léniniste qui va se muer en dictature militaire. Et comme bien souvent lorsqu’il convoque Michel, l’écrivain offre un cantique à ses parents aujourd’hui disparus.
Les cigognes sont immortelles, d’Alain Mabanckou, Seuil, 304 pages
S. K.-G.

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                Livre : Alain Mabanckou, une histoire intime du Congo



France-Côte d’Ivoire, aller-retour
En 1890, Maxime Dabilly tente l’aventure coloniale et embarque à La Rochelle, direction Bassam. Dans les années 1970, un enfant africain des Pays-Bas élevé au Petit Livre rouge, Shaoshan Illitch Davidovitch Anouman, est envoyé en Côte d’Ivoire. Chacun narre son voyage et offre un regard double qui rythme le nouveau roman de Gauz, Camarade Papa.
Celui qui s’est fait connaître avec Debout-Payé jongle avec tant de brio avec les mots et les registres de langage qu’il truffe son récit de pépites. Anouman « détonne souvent les gens » par son français réinventé et ses slogans communistes tout faits. L’on « vire-volts » entre une histoire qui nous « triste » et un récit qui nous réjouit.
Roman historique et fresque initiatique, Camarade Papa rend hommage aux peuples – Agni, Kroumen, Appoloniens… – qui ont eu à faire face à des aventuriers comme Marcel Treich-Laplène et Louis-Gustave Binger, venus conquérir leurs terres au nom de la France.
Camarade Papa, de Gauz, Le Nouvel Attila, 256 pages
S. K.-G.

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                « J’ai deux cultures en moi », confie Gauz



Une enquête au Maroc
« Sese était ce qu’on appelle un brouteur, un genre de cyber-séducteur africain » pour qui « draguer des petites ou de vieilles Blanches en mal d’amour était dans ses cordes et pouvait passer pour une activité d’intérêt public ». Alors qu’il pensait rejoindre clandestinement Deauville, ce Congolais débrouillard débarque à Casablanca… où il finit par se lier d’amitié à Ichrak. Mais la belle sera découverte sans vie dans une rue. L’enquête menée par le commissaire Moktar Daoudi débouche plus sur un roman social qu’un polar.
L’écrivain congolais (RDC) In Koli Jean Bofane décrit une société marocaine où les uns spéculent dans l’immobilier tandis que les autres vivent de rien, où les femmes luttent contre la folie et l’enfer que leur mènent les hommes, où les migrants subsahariens sont menacés par la haine et le racisme des Nord-Africains. Mais La Belle de Casa est aussi une ode à la littérature et un hommage à la romancière Kaoutar Harchi.
La Belle de Casa, d’In Koli Jean Bofane, Actes Sud, 208 pages
S. K.-G.
Somme toute
Elizabeth Costello, double littéraire du Prix Nobel sud-africain J.M. Coetzee, est l’héroïne de L’Abattoir de verre, saisissant portrait fragmenté d’une écrivaine au seuil de sa vie, qui médite sur l’ambivalence des humains et l’empreinte de toute œuvre. La romancière australienne vieillissante nous apparaît en sept chapitres (ou nouvelles) comme la femme infidèle, la vieille dame entourée de chats dans un village castillan ou encore l’intellectuelle diminuée, angoissée par la mort et l’horreur de l’abattage des animaux.
Chaque texte est placé sous l’influence d’un auteur (saint Augustin, Robert Musil, Dostoïevski…) et traversé par une question intime, celle de la dualité : qui est vraiment Elizabeth, elle qui a été toutes ces personnes ? En creux se dessine une réflexion intime de Coetzee sur son art et le pouvoir des livres : permettent-ils aux gens de changer profondément ou seulement de vivre d’autres vies que les leurs ?
L’Abattoir de verre, de J.M. Coetzee, traduit de l’anglais par Georges Lory, Seuil, 167 pages
G. M.

        Lire aussi :
         

                Une leçon d’humanité de J. M. Coetzee



Les fantômes du veld
Un an après la disparition de Karel Schoeman (1939-2017), L’Heure de l’ange vient clore un triptyque consacré aux voix, commencé avec Cette vie (2009) et Des voix parmi les ombres (2014). Le grand écrivain sud-africain y suit la sinueuse quête d’un producteur de télévision de Johannesburg épuisé, qui revient dans son village natal. Officiellement, il fait des recherches sur un berger du début du XIXe siècle qui, suite à l’apparition d’un ange, est devenu le premier poète en langue afrikaans.
Mais ce qu’il cherche en réalité dans ce veld déserté où ne survivent que quelques vieux Afrikaans se révèle au fur et à mesure que son enquête s’enlise : une confrontation avec son passé et le pays, qui lui échappent inexorablement. Porté par une véritable grâce dans la langue, le rythme, les images, L’Heure de l’ange est un roman sublime où les voix passées et présentes s’entrechoquent et révèlent ce qui demeure à vif dans l’Afrique du Sud contemporaine.
L’Heure de l’ange, de Karel Schoeman, traduit de l’afrikaans par Pierre-Marie Finkelstein, Phébus, 512 pages
G. M.
Portrait d’un homme
Depuis Tribaliques, son recueil de nouvelles paru en 1971, Henri Lopes, né en 1937 au Congo, a construit une œuvre nourrie par ses voyages et son héritage duel. Dans Il est déjà demain, l’écrivain et ancien ambassadeur du Congo-Brazzaville en France se penche sur les origines de ses parents, tous deux métis, nés de mères « indigènes » et de pères colons.
Le roman s’ouvre sur une rencontre épatante avec les descendants d’un certain Michel Voultoury, qui fut le compagnon de la grand-mère de l’auteur, Joséphine Badza. L’auteur tire ce fil et part sur les traces de ses aïeuls, de Moscou à Cuba, en passant par les rives du Congo, et on se passionne pour cette question essentielle : que doit à ses ancêtres l’être que l’on est aujourd’hui ?
Il est déjà demain, de Henri Lopes, JC Lattès, 350 pages
G. M.
Père et fils dans le blizzard
Figure de l’opposition radicale au président Paul Biya, le Camerounais Patrice Nganang est aussi un formidable romancier qui a marqué durablement les lecteurs avec Temps de chien (2001), une plongée dans la misère d’un quartier de Yaoundé à travers les yeux d’un cabot. Il revient en cette rentrée avec Empreintes de crabe, roman sensible sur la relation entre un fils et son père, Nithap, qui a quitté le Cameroun pour venir lui rendre visite aux Etats-Unis.
Le blizzard s’abat sur la région et le vieil homme, malade, prolonge son séjour. Géniale idée que cette perturbation météo qui instaure une manière de huis clos et invite à se raconter des histoires. Dans une atmosphère qui évoque autant Homère qu’un roman russe, le père s’ouvre sur la guerre et le combat politique, le fils sur l’exil et sa douleur, et tous deux nous parlent de ce que coûtent la passion et l’engagement.
Empreintes de crabe, de Patrice Nganang, JC Lattès, 400 pages
G. M.

        Lire aussi :
         

                Au Cameroun, l’écrivain Patrice Nganang relaxé et expulsé



Désillusion tunisienne
Révélation de cette rentrée, le jeune auteur Aymen Gharbi signe Magma Tunis. On y rencontre Ghaylène, un urbaniste intello tourmenté par la violente dispute qui a éclaté entre sa compagne et lui. Alors que la ville est perturbée par des pétards, une étrange invasion de chats, des montagnes de poubelles et de curieuses performances d’art contemporain, le héros souffre de son chagrin d’amour et pense au suicide.
Egocentriques, nonchalants, les personnages de Gharbi nous choquent et tant mieux ! A travers l’individualisme grotesque de la jeunesse, son énergie autodestructrice et le bouillonnement illisible de Tunis, c’est bien la rupture entre un pays et son peuple que l’écrivain tunisien sonde, l’air de rien, dans ce roman poétique et pétillant.
Magma Tunis, d’Aymen Gharbi, Asphalte Editions, 192 pages
G. M.
Noirceur de la guerre
Le tirailleur Alfa Ndiaye délire en dévidant le fil de sa vie. Il a quitté son Sénégal natal pour aller faire la « Grande Guerre » (1914-1918) en France, histoire de voir du pays. Pas sûr qu’il en ait vu beaucoup, au-delà des tranchées où son meilleur ami a perdu la vie, misérablement éventré par une baïonnette. Dès lors, Alfa va s’en prendre sans pitié aux « yeux bleus » ennemis et sortir de lui-même toute l’atroce noirceur dont la guerre l’a rendu capable. Il finit à moitié fou, sur un lit d’hôpital, où au rythme sinueux d’une complainte aigre-douce, il raconte les blessures de son âme à jamais fracassée par l’horreur.
Avec cette litanie grandiose et douloureuse, le romancier David Diop entre assurément du premier coup dans la cour des grands, au point d’avoir séduit la sélection du prix Goncourt.
Frère d’âme, de David Diop, Seuil, 176 pages
K. B.


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ A écouter cette semaine : trois symphonies dirigées par Antonio Pappano, une quinzaine d’extraits de concerts, un nouvel album de chansons originales…
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Sélection albums : Leonard Bernstein, Thomas Dutronc, Paul McCartney…

A écouter cette semaine : trois symphonies dirigées par Antonio Pappano, une quinzaine d’extraits de concerts, un nouvel album de chansons originales…



LE MONDE
 |    07.09.2018 à 18h04
   





                        


Leonard Bernstein Symphonies 1-3. Prélude, Fugue And Riffs Divers solistes, chœur et orchestre de l’Académie nationale Sainte-Cécile, Antonio Pappano (direction).

   


Persuadé que le principal problème du XXe siècle se résume à « une crise de la foi », Leonard Bernstein (1918-1990) a tenté d’y remédier, avec passion et idéalisme, dans trois symphonies au propos existentiel dont la puissance dramatique est ici parfaitement restituée par Antonio Pappano. Ecrite en 1942, la Première, estampillée Jeremiah, confie à une mezzo-soprano des extraits du Livre des lamentations après avoir traduit la Profanation par une séquence orientalisante à la rythmique irrésistible. La Troisième (1977), labellisée Kaddish, mobilise une soprano, un récitant et des chœurs pour une réflexion de grande ampleur. La Deuxième (1949), sous-titrée The Age of Anxiety, ne recourt pas à la voix, mais à un piano solo pour faire écho aux interrogations de l’homme Bernstein. Libre et intemporelle, c’est de loin la plus fascinante. Crise de la foi, peut-être, mais pas de l’inspiration. Pierre Gervasoni
2 CD Warner Classics.
Charles Gounod Mélodies Tassis Christoyannis (baryton), Jeff Cohen (piano).

   


Artisans de résurrections diverses dans le domaine de la mélodie française sous la férule tutélaire du Palazzetto Bru Zane (David, Lalo, Godard, La Tombelle et Saint-Saëns), le baryton Tassis Christoyannis et le pianiste Jeff Cohen célèbrent cette fois encore avec la même ferveur Charles Gounod (1818-1893) à l’occasion du bicentenaire de sa naissance. De mélodies connues des amateurs de récitals, en pièces plus insulaires sur des textes anglais ou italien, le duo peaufine une musique qui flirte avec l’opéra, et dont l’expressivité est la clé prosodique. La beauté vocale et l’intelligence musicale du premier, alliée au toucher fluide et délicat du second, apportent une nouvelle pépite à l’édifice discographique de Gounod : un album attachant et plein de charme, entre affects et poésie. Marie-Aude Roux
1 CD Aparté.
Paul McCartney Egypt Station

   


Tel le visage de Dorian Gray, la voix de Paul McCartney – comme celle de Mick Jagger – a jusqu’ici été miraculeusement épargnée par les ravages du temps, toujours fraîche comme au premier jour. Timbre ou projection, elle accuse de sérieux signes de faiblesse sur Egypt Station, premier album de chansons originales depuis l’énergique NEW (2013), sans qu’à 76 ans, l’ancien Beatle puisse bénéficier de cette patine crépusculaire qui faisait la grandeur d’un Johnny Cash ou d’un Leonard Cohen. McCartney n’en signe pas moins un album de jeune homme, une pop lisse aux paroles légères, tendance qu’accentue le renfort du producteur de Greg Kurstin (Lily Allen, Sia, Adele). De folk à la Blackbird (Happy With You) en boogie-rock mollasson (Who Cares), tout ici a un air de déjà entendu, mais l’autoparodie ne brille pas par ses accroches mélodiques (un comble pour cet expert en la matière), jusque dans la suite Despite Repeated Warnings, qui ne soutient pas la comparaison avec celle d’Abbey Road ou Uncle Albert/Admiral Halsey. Il faut attendre la douzième plage (Do It Now) pour que Sir Paul approche la beauté de Chaos And Creation in The Backyard (2005), son chef-d’œuvre tardif réalisé avec Nigel Godrich, qui l’avait fait sortir de sa zone de confort.  Bruno Lesprit
1 CD Capitol.
Thomas Dutronc Live Is Love

   


Révélé à un large public en 2007 avec l’album Comme un manouche sans guitare, le guitariste et chanteur Thomas Dutronc propose avec son quatrième disque de le retrouver avec une quinzaine d’extraits de concerts en compagnie de son groupe Les Esprits manouches. Live Is Love constitue ainsi à la fois un recueil des chansons les plus connues de Thomas Dutronc (Comme un manouche sans guitare, J’me fous de tout, J’suis pas d’ici, J’aime plus Paris...) et l’occasion de découvrir des inédits, joués lors de tournées, dont Love, de John Lennon, ou Que reste-t-il de nos amours ?, de Léo Chauliac (musique) et Charles Trenet (texte). Si le swing gitan évoqué dans la composition du même nom est de la partie, Thomas Dutronc et ses camarades vont aussi vers le Brésil (Mademoiselle, Nasdaq) ou la country (J’me fous de tout) avec un égal bonheur. Superbe version d’Aragon, en un moment de grâce et de profondeur émotionnelle. Sylvain Siclier
1 CD Blue Note/Universal Music.
Jain Souldier

   


La pétulante fraîcheur de Jain, sa capacité à synthétiser malicieusement une mosaïque de styles glanés sous différentes latitudes (Afrique, Moyen-Orient...), tout en croquant avec gourmandise dans le hip-hop, le folk, l’electro ou le reggae, avaient fait triompher Zanaka, son premier album. Le succès commercial est encore au rendez-vous avec Souldier, second opus annoncé par une ritournelle accrocheuse, Alright, illustré d’un excellent clip. A nouveau peaufiné par le compositeur et réalisateur Maxime Nouchy (alias Yodelice, le dernier complice de Johnny Hallyday) et incarné avec l’aide d’un styliste (après la petite robe noire au col Claudine, une combinaison de « travail » bleue aux épaulettes rouges), l’univers autarcique de la jeune Paloise anglophone (forçant sur l’accent jamaïcain) semble s’éloigner du monde réel pour entrer dans celui du dessin animé. Avec ce que cela suppose d’entrain bondissant, mais aussi de saturation de sourires, de bons sentiments, de couleurs enfantines et de musiques de manège. On aimerait trouver une pointe d’insolence, de mystère, mais même les fêlures semblent cautérisées à la barbe à papa. Stéphane Davet
1 CD Columbia/Spookland/Sony.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Depuis 2006, « Building Design » décerne un prix du furoncle urbain pour les réalisations les plus « déficientes sur le plan esthétique ».
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤                     
                                                

« Monstruosité absolue », « triste métaphore »… La laideur architecturale britannique récompensée

Depuis 2006, « Building Design » décerne un prix du furoncle urbain pour les réalisations les plus « déficientes sur le plan esthétique ».



LE MONDE
 |    07.09.2018 à 17h52
 • Mis à jour le
07.09.2018 à 18h24
    |

            Pierre Bouvier








                        



   


A chaque discipline ses récompenses, ses prix, ses trophées. Une Palme d’or par ici, un Grammy par là. L’architecture n’échappe pas à la règle. Elle a le prix Pritzker d’architecture. Considéré comme l’équivalent d’un « Nobel », il est décerné chaque année depuis 1979 par un jury indépendant. Mais, comme d’autres, cette discipline n’hésite pas à distribuer des bonnets d’âne.
Outre-Manche, le magazine Building Design décerne une « Carbuncle Cup » (« carbuncle » peut se traduire par « furoncle »), réponse humoristique au Stirling Prize, prestigieux prix d’architecture attribué depuis 1996 par le Royal Institute of British Architects. Ce prix du « furoncle architectural » récompense depuis 2006 le plus « laid des bâtiments achevés au Royaume-Uni au cours des douze derniers mois ». La liste complète des lauréats est consultable ici.
Après le Lincoln Plaza de Londres en 2016, et le Nova Victoria, toujours à Londres, l’an dernier, le prix 2018 a échu mercredi 5 septembre au Redrock de Stockport, une localité au sud de Manchester. La rédaction de Building Design qualifie le bâtiment d’« espace de loisirs criard et sans âme […] ridiculisant le centre-ville qu’il était censé sauver », allant même jusqu’à en faire une « triste métaphore » du déclin urbain britannique.

   


« J’ai vu des prisons plus belles »
Dessiné par l’agence BDP, ce projet a coûté 45 millions de livres (50 millions d’euros). Le jury n’épargne aucun des efforts de l’agence BDP : Ike Ijeh, l’un des critiques de Building Design, évoque sa « forme maladroite », sa « masse disjointe » et sa « décoration superficielle ».
Tant qu’à crucifier une « œuvre », Building Design rapporte les commentaires, plus cruels encore, de ses lecteurs. Lapidaire, l’un d’eux écrit : « La monstruosité absolue. J’ai vu des prisons plus belles. » Un autre livre une réflexion sans appel : « C’est ce pourquoi la “Coupe du furoncle” a été inventée. Rien ne va dans ce qui devrait être important au point qu’on en vient à se demander à quoi pensaient les concepteurs qui ont travaillé sur cette abomination. »
Le Redrock était pourtant en concurrence avec d’autres « œuvres » passablement « déficientes sur le plan esthétique » comme le Lewisham Gateway, la Haydn Tower et le 20 Ambleside Avenue à Londres. Liverpool et Plymouth étaient représentées, respectivement avec le Shankly Hotel et Beckley Point.
« Qui se soucie de l’apparence extérieure ? »
Le New York Times rend compte de ce prix 2018, que d’aucuns trouvent cependant un tantinet trop sévère. Ainsi, une certaine Polly Hartley, de Stockport, le regarde avec les yeux de l’amour, qui comme chacun sait est aveugle : « J’ai vu des bâtiments plus laids en Grande-Bretagne. Qui se soucie de l’apparence extérieure ? C’est très joli à l’intérieur et il y a des installations incroyables », assure-t-elle.
L’Evening Standard donne pour sa part la parole à l’architecte du concurrent « malheureux » du Redrock de Stockport : Chris Moore, le créateur du 20 Ambleside Avenue, parvenu en finale de l’édition 2018, se dit pour sa part « très fier de sa réalisation ».

   


Le Royaume-Uni n’a pas l’apanage des horreurs architecturales. La France a aussi sa part d’endroits « moches », avec ses zones commerciales, ses ronds-points et ses grands ensembles des années 1970, comme l’écrivait Télérama en 2010 dans une enquête intitulée « Comment la France est devenue moche », ou encore Le Point, en 2013, qui à l’occasion des Journées européennes du patrimoine, présentait un florilège de « furoncles urbains », comme la caisse d’épargne de Bordeaux, la cité de la Grande-Borne dans l’Essonne ou la cité des Nuages à Nanterre.

   





                            


                        

                        


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<filnamedate="20180907"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180907"><AAMMJJHH="2018090720">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ L’autoédition représentait 17 % du dépôt légal des titres imprimés, selon la Bibliothèque nationale, contre 10 % en 2010.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤                     
                                                

Un livre autoédité dans la première sélection du Prix Renaudot

L’autoédition représentait 17 % du dépôt légal des titres imprimés, selon la Bibliothèque nationale, contre 10 % en 2010.



LE MONDE
 |    07.09.2018 à 16h48
 • Mis à jour le
07.09.2018 à 18h10
    |

            Nicole Vulser








                        



   


Un mouton noir ou une surprise inévitable dans la galaxie littéraire ? La publication de la première sélection des 17 romans et 7 essais en compétition pour le Prix Renaudot qui sera décerné le 7 novembre, est marquée cette année par la présence d’un roman auto-édité. Récit sur la vie des Juifs français qui ont émigré en Israël, Bande de Français, de Marco Koskas a été publié le 27 avril à compte d’auteur sur la plate-forme d’auto-édition d’Amazon. Cet ouvrage est vendu à un petit prix (9,97 euros).
Sur la quatrième de couverture figure le nom d’un faux éditeur, « Galligrassud », contraction de Gallimard, Grasset et Actes Sud, un mot-valise constitué des éditeurs qui gagnent les prix littéraires et a désormais remplacé l’historique « Galligrasseuil ». Ce « fake » a d’ailleurs été mentionné par le communiqué du jury en lieu et place du nom du géant américain de la distribution. L’auteur de cette histoire d’alyah – l’immigration d’un Juif en Israël – a déjà publié au fil du temps une quinzaine d’ouvrages, parus de façon très éclectique chez de nombreux éditeurs : aussi bien Fayard, JC Lattès, Grasset, Calmann-Lévy, Julliard, Robert Laffont que La Table ronde… Pour son dernier opus, il n’a pas trouvé d’éditeur.

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L’un des jurés du prix Renaudot, Patrick Besson explique dans Le Point du 6 septembre 2018 : « Cela fait des décennies que des livres sont auto-publiés ou publiés à compte d’auteur. Prenez Proust. Du côté de chez Swann a été publié chez Grasset en 1913 à compte d’auteur. Quel agriculteur donnerait son champ à labourer contre un pourcentage de 10 % ? C’est normal que certains auteurs ne soient pas satisfaits des conditions économiques et se rebellent contre les éditeurs. Moi ce qui m’intéresse, c’est le texte, je me fiche du reste. »
Déjà en 2010, Marc-Edourad Nabe…
C’est la deuxième fois qu’un livre auto-édité figure dans la présélection du Prix Renaudot : Marc-Edouard Nabe avait précédé Marco Koskas, en 2010, avec L’homme qui arrêta d’écrire. Dans la foulée d’un mouvement né aux Etats-Unis, l’auto-édition connaît un bond spectaculaire dans l’Hexagone : l’an dernier elle représentait 17 % du dépôt légal des titres imprimés selon la Bibliothèque nationale contre 10 % en 2010. En général, les auteurs qui optent pour ce moyen ont essuyé un refus de leur manuscrit chez les éditeurs traditionnels.
L’auteur ne touche aucun à-valoir mais il est bien mieux rémunéré sur les ventes : jusqu’à 70 % du prix de vente chez Amazon contre 8 à 12 % lorsqu’il est pris en main par un éditeur classique. L’écrivain qui télécharge son texte sur une plate-forme (comme Les Editions du net, KDP chez Amazon, Librinova ou Books on Demand) reste propriétaire des droits. Il doit toutefois tout financer lui-même (maquette, promotion, impression, distribution…). Le lecteur de son côté peut acquérir l’ouvrage en format e-book (à un prix souvent modique) ou parfois aussi en format papier – le livre étant alors imprimé à la demande.
Désormais, les éditeurs traditionnels doivent compter sur cette nouvelle concurrence. Ils scrutent donc les nouveaux talents qui émergent par ce biais, pour leur proposer, une fois qu’ils se sont fait un nom sur Internet, d’intégrer leur écurie.

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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ L’avocate fiscaliste Manon Laporte s’élève contre les conséquences négatives des réformes en cours pour les revenus des auteurs et artistes.
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« Les auteurs ont besoin d’une réelle avancée qui leur redonne une juste valeur, financière et morale »

L’avocate fiscaliste Manon Laporte s’élève contre les conséquences négatives des réformes en cours pour les revenus des auteurs et artistes.



LE MONDE
 |    07.09.2018 à 16h16
    |

Manon Laporte (Avocate fiscaliste)







                        



                                


                            

Tribune. Tous les auteurs se souviennent du discours d’Emmanuel Macron à la Foire du Livre de Francfort, le 10 octobre 2017, et de sa promesse de peser sur le débat européen quant à la question du droit d’auteur et des droits des auteurs, objets de la directive européenne en cours de discussion au Parlement de Strasbourg.
Or, une réforme du régime social des auteurs, initiée sous François Hollande, entrera en vigueur, en France, le 1er janvier 2019. Permettra-t-elle de récompenser les efforts des écrivains, artistes, compositeurs, photographes, pour « porter par [leurs] imaginaires » l’« Europe de la culture » évoquée par le successeur du président Hollande ?

Les auteurs, comme tous les Français, ont subi la hausse de la CSG au 1er janvier 2018. Une compensation est prévue sous forme d’une déduction, financée par le ministère de la Culture, des cotisations perçues par l’Association pour la gestion de la sécurité sociale des auteurs et la Maison des auteurs (Agessa-MDA) égale à 0,95 % des revenus. Mais celle-ci n’est pas encore mise en pratique.
Une nouvelle perte de revenus
De plus, à partir du 1er janvier 2019, la réforme du régime des retraites et, dans leur cas, le prélèvement automatique des cotisations retraite à hauteur de 6,90 % au moment du versement de leurs droits (précompte), leur fera subir une nouvelle perte de revenus alors qu’ils en étaient pour la plupart exonérés du fait de leur appartenance à un régime spécial. Il y a même un risque de « double peine » en 2019 avec le rattrapage des cotisations de 2018 et le prélèvement des cotisations sur les précomptes 2019, voire de « triple peine » pour les auteurs déjà retraités qui cotiseront sans jamais bénéficier de cette retraite – mesure d’ailleurs contraire au droit constitutionnel.
Si l’idée d’un système social plus égalitaire, défendue par le gouvernement, est bonne, il convient de l’adapter au statut particulier qu’est celui d’auteur
A...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Dans son album « Hunter », l’Anglaise affirme son identité queer dans des titres entre explosivité et douceur.
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Pop-rock : Anna Calvi, enchanteuse chasseresse

Dans son album « Hunter », l’Anglaise affirme son identité queer dans des titres entre explosivité et douceur.



LE MONDE
 |    07.09.2018 à 16h16
    |

                            Stéphane Davet








                        



                                


                            

Quelques chansons – I’ll Be Your Man,Suzanne & I… – de ses deux premiers albums, Anna Calvi (2011) et One Breath (2013), dévoilaient son identité queer sans agiter de drapeau. « Les gens concernés par ces messages les entendaient, les autres non », constate aujourd’hui Anna Calvi. Tout le monde comprendra, cette fois, à l’écoute de son éloquent troisième opus, Hunter, où veut en venir la chanteuse-guitariste anglaise, habitée désormais par une flamme militante. « J’en avais assez de voir les femmes décrites comme des proies », précise la native de Twickenham, aussi frêle que sa voix est puissante. De « chassée », la femme, héroïne de son album, devient « chasseuse » (hunter en anglais), « dévorant sans honte ce qu’elle désire avec son corps et avec son esprit ».

Alternant – souvent magnifiquement – explosivité orageuse (Indies or Paradise), groove farouche (As a Man) et douceur majestueuse (Swimming Pool), cette femme « désirante » en profite pour armer ses chansons de multiples questionnements sur la notion de genre et les diktats d’une société patriarcale, enfermant féminin et masculin dans des catégories dans lesquelles elle ne s’est jamais reconnue. Don’t Beat the Girl Out of My Boy (« N’étouffe pas la fille qui est en mon garçon ») proclame ainsi un de ses titres.

La direction plus politique de ce troisième album s’est dessinée progressivement. « Après One Breath, je me suis séparée de la copine avec qui je vivais depuis huit ans, se souvient Anna Calvi. Cette rupture douloureuse m’avait laissée exsangue artistiquement. » Sa rencontre avec une Française la réconforte et lui ouvre de nouvelles portes. « Elle m’a permis de me libérer de ce qui me restait de honte inconsciente par rapport aux stéréotypes sociétaux. »

Partie s’installer un an à Strasbourg...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Dans cette BD réalisée par un jeune auteur et un ancien champion de France de la mémoire, un monarque écervelé s’initie aux subtilités de l’esprit et à d’efficaces techniques d’apprentissage. Savoureux et utile.
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Une mémoire de roi 


Mathieu Burniat et Sébastien Martinez
Le roi de Léthésie est un écervelé incapable de se rappeler le nom de ses conseillers. Quand il est invité à un bal, ceux-ci lui présentent un professeur de mémorisation, l'antique et loufoque Simonide. Commence alors une savoureux voyage au royaume de la mémoire, qui permettra d'initier le monarque comme le lecteur aux subtilités de l'esprit et à d'efficaces techniques d'apprentissage. On y apprend notamment l'importance de solliciter son imagination pour assimiler du vocabulaire en anglais, la géographie des pays d'Europe centrale ou encore des suites numériques... Enrichie d'exercices, cette bande dessinée est signée par un jeune auteur de BD, Mathieu Burniat, et par le champion de France de la mémoire 2015, Sébastien Martinez. Nous en présentons en exclusivité trois extraits, tout à la fois plaisants à lire et instructifs.
Une mémoire de roi (Premier parallèle, 2018,  160 pages, 20 euros) 

 
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La visite


La leçon


Les nuages



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ La première ressuscite les faunes par une ­peinture fluide et sobre, ­légèrement vibrante et les œuvres des seconds traitent de sujets aussi angoissants les uns que les autres.
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Sélection galeries : Brigitte Aubignac chez Pierre-Alain Challier et Kudo/Plny chez Christophe Gaillard

La première ressuscite les faunes par une ­peinture fluide et sobre, ­légèrement vibrante et les œuvres des seconds traitent de sujets aussi angoissants les uns que les autres.



LE MONDE
 |    07.09.2018 à 15h28
    |

                            Philippe Dagen








                        


Brigitte Aubignac Galerie Pierre-Alain Challier

   


Les faunes sont de retour. ­Reconnaissables à leurs ­sabots et leurs oreilles pointues, ils font du patin sur les trottoirs, vont à la piscine, s’ennuient sur un canapé : ce sont les faunes citadins, qui ressemblent de très près aux jeunes gens d’aujourd’hui. Leurs cousins champêtres tentent de survivre en dépit des clôtures électriques, des déchetteries, des travaux d’aménagement du territoire. Ils jouent de la flûte juchés sur des canalisations. Ils ne poursuivent plus les ­nymphes, sans doute parce qu’elles ont disparu avant eux. Il reste bien une faunesse, mais elle rêve ­d’Hollywood et se prend pour Lolita. Brigitte Aubignac, dont les expositions sont trop ­rares, ressuscite ces créatures mythologiques par une ­peinture fluide et sobre, ­légèrement vibrante, sans ­effets faciles. Ce n’est pas pour rendre hommage à l’art ancien, quoiqu’elle le ­connaisse par cœur, mais pour inventer des allégories du monde d’aujourd’hui, ­fables de la disparition de la nature et de la solitude des métropoles. A ces toiles ­récentes, l’exposition en joint quelques-unes des années précédentes, notamment deux diptyques dont le ­maquillage – c’est-à-dire le mensonge – est le sujet. La peinture d’Aubignac est donc parfaitement contemporaine.
« Faunes ». Galerie Pierre-Alain Challier, 8, rue Debelleyme, Paris 3e. Tél. : 01-49-96-63-00. Du mardi au samedi de 11 heures à 19 heures. Jusqu’au 22 septembre.
Tetsumi Kudo/Lubos Plny Galerie Christophe Gaillard

   


Rapprochement inattendu et judicieux. Dans les années 1960 et 1970, Tetsumi Kudo (1935-1990) fabriquait avec des circuits électroniques, des fleurs en plastique, des coquilles d’escargot ou des fac-similés d’organes humains pour cours de médecine des assemblages aux couleurs charmantes et aux motifs macabres. Lubos Plny, qui est né en 1961, compose sur le papier des planches d’anatomies fantastiques, minutieusement dessinées, méthodiquement annotées et absolument impossibles. La rencontre des deux artistes est donc justifiée, leurs œuvres étant de sujets et de tonalités aussi angoissants les uns que les autres, affirmés avec des moyens plastiques singuliers, que tous deux ont inventés et perfectionnés solitairement. Les dessins récents de Plny, qui a participé à la dernière Biennale de Venise, imposent au regard les obsessions morbides de l’artiste, dissections que l’on ne regarde pas sans malaise. Lequel ne se dissipe pas face aux reliquaires de Kudo, dont le monde de l’art n’a vraiment pris la mesure qu’après sa mort. L’exposition en révèle une dizaine, dont plusieurs sont parmi les chefs-d’œuvre de leur auteur.
« De humani corporis fabrica ». Galerie Christophe Gaillard, 5, rue Chapon, Paris 3e. Tél. : 01-42-78-49-16. Du mardi au samedi de 10 h 30 à 12 h 20 et de 14 heures à 19 heures, samedi de 12 heures à 19 heures. Jusqu’au 13 octobre.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ A Paris, la maison de vente aux enchères présente quelques chefs-d’œuvre acquis par l’homme d’affaires.
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Christie’s expose des tableaux de la collection Barney A. Ebsworth

A Paris, la maison de vente aux enchères présente quelques chefs-d’œuvre acquis par l’homme d’affaires.



LE MONDE
 |    07.09.2018 à 14h53
    |

            Harry Bellet








                        



   


Il y a des coïncidences amusantes : François Pinault possède, entre autres, une compagnie de croisière et la maison de vente aux enchères Christie’s. Barney A. Ebsworth (1934-2018) possédait aussi une compagnie de croisière et les tableaux qu’elle lui a permis d’acquérir seront vendus chez Christie’s. L’ensemble est estimé à environ 300 millions de dollars : cela tombe bien, c’est approximativement le prix d’un yacht de luxe.
Comme les employés de Christie’s connaissent leur métier, ils profitent de la Biennale de Paris (ex-Biennale des antiquaires, qui se tient du 8 au 16 septembre au Grand Palais) et des amateurs d’art fortunés qu’elle draine, pour exposer dans ses locaux de l’avenue Matignon une sélection des choix de Barney A. Ebsworth. Des œuvres à dire vrai assez peu banales, à l’image de ces deux jeunes femmes devisant autour d’une table de restaurant. C’est Chop Suey, peint par Edward Hopper en 1929. Date du krach de Wall Street ou pas, on en attend 70 millions de dollars.
Le reste de la collection est dans une gamme de prix moins élevés (quoique, 60 millions de dollars, même pour un des derniers Woman, de De Kooning, encore disponible, cela ne relève pas des achats spontanés), mais révèle un bel œil, sans gros moyens à l’origine – Barney A. Ebsworth a commencé à collectionner en 1957, après une visite au Louvre, endroit dangereux comme chacun sait – et un goût prononcé, mais pas anormal pour un natif de Saint-Louis (Missouri), pour l’art moderne américain.
Autodidacte et pragmatique
Autodidacte en la matière, mais pragmatique, il fit comme bon nombre d’amateurs fortunés de son pays : il prit rendez-vous avec le conservateur du musée local, pour s’informer. Charles Buckley, directeur du musée de Saint-Louis, tenta de l’orienter tout d’abord vers les impressionnistes – ils devaient manquer à ses collections et le professionnel qu’il était espérait bien une future donation – mais Ebsworth les trouvait au-dessus de ses moyens. L’école de Paris de l’entre-deux-guerres ? Trop cher aussi. Leurs homologues américains, par contre, n’étaient pas encore à la mode.
Charles Sheeler, Stuart Davis, Charles Demuth, Joseph Stella formèrent ainsi le noyau d’une collection très bien choisie, auxquels il adjoignit le Hopper, mais aussi Georgia O’Keeffe, qui devint une amie (il possédait d’elle notamment un dessin, portrait du peintre afro-américain Beauford Delaney qui est une petite merveille) et, plus tard, la nouvelle génération, le De Kooning, un Pollock, un Kline, un Joan Mitchell. Une sélection de ses choix fait donc une courte halte à Paris, visible – gratuitement – jusqu’au 9 septembre. Elle ira ensuite à Hongkong, San Francisco et Los Angeles, avant que la collection ne soit dispersée à New York, au mois de novembre.
« An American Place: The Barney A. Ebsworth Collection », Christie’s, 9, avenue Matignon, Paris 8e. Jusqu’au 9 septembre. www.christies.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Le rappeur a pris bien des chemins de traverse avant de revenir à ses premières amours. Pour son album « Disizilla », qui sort le 14 septembre, Disiz La Peste s’est inspiré des mangas et des films de genre japonais.
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Disiz La Peste revient au rap


                      Le rappeur a pris bien des chemins de traverse avant de revenir à ses premières amours. Pour son album « Disizilla », qui sort le 14 septembre, Disiz La Peste s’est inspiré des mangas et des films de genre japonais.



LE MONDE
 |    07.09.2018 à 14h16
    |

                            Stéphanie Binet








                              

                        

Rares sont les artistes rap en France à pouvoir se vanter d’avoir publié douze albums, écrit deux romans et joué le rôle shakespearien d’Othello. A 40 ans, Disiz La Peste a déjà une carrière multiforme derrière lui. Découvert par le grand public sur la bande originale du film Taxi 2 en 2000, il est cette année-là l’auteur du tube de l’été : J’pète les plombs, dont le clip est une parodie du drame de Joel Schumacher, Chute Libre. Depuis, le rappeur, qui sort le 14 septembre un remarquable douzième opus, Disizilla, n’a cessé de se réinventer : « La forme change, certes, mais le fond est le même. » Inspiré par le manga japonais Akira, de Katsuhiro Otomo, qui raconte la survie d’adolescents dans un Tokyo post-nucléaire, ce nouveau disque propose un questionnement sur la monstruosité autant qu’un récit des propres mutations de son auteur. Disiz La Peste y explore à nouveau les thématiques de l’enfance et de l’inadaptation sociale.
« Avec la réussite, j’avais fui les trucs pas cool. Aujourd’hui, à 40 ans, c’est comme si tout ce passé ressurgissait d’un coup. »
Père de cinq enfants, marié avec son amour de jeunesse, Serigne M’Baye Gueye, de son vrai nom, est le fruit d’un amour tumultueux entre un étudiant sénégalais et une bibliothécaire picarde. Elevé par sa mère dans une cité HLM d’Evry, dans l’Essonne, il grandit entre les histoires de son quartier et les vacances scolaires auprès de ses tantes maternelles un peu partout en France. Avec le rap, il trouve à l’adolescence un exutoire à ses problèmes identitaires, sa « complexité française », écrit-il dans son album Transe-Lucide, en 2014. Mais les blessures d’enfance ne passent pas. « Avec la réussite, j’avais fui les trucs pas cool, explique-t-il dans les bureaux de sa maison de disque. Aujourd’hui, à 40 ans, c’est comme si tout ce passé ressurgissait d’un coup. »

Déjà, son précédent album, Pacifique,...




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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Le marchand d’art gagne sa vie en profitant des erreurs des experts des salles des ventes et s’est donné pour mission d’assainir le marché. Il expose à la Biennale des antiquaires au Grand Palais, du 8 au 16 septembre.
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Charles Hooreman, le « croisé » des antiquaires en quête de lumière


                      Le marchand d’art gagne sa vie en profitant des erreurs des experts des salles des ventes et s’est donné pour mission d’assainir le marché. Il expose à la Biennale des antiquaires au Grand Palais, du 8 au 16 septembre.



LE MONDE
 |    07.09.2018 à 14h15
    |

                            Roxana Azimi








   


A 41 ans, Charles Hooreman sera le benjamin de la Biennale des antiquaires, qui se tient du 8 au 16 septembre au Grand Palais, à Paris. Et l’un des exposants les moins argentés : ce spécialiste du siège du XVIIIe siècle n’a pas pignon sur rue et ne compte à son actif que trois clients privés, quand ses vénérables confrères commercent avec François Pinault, la famille Bolloré ou les David-Weill. Il ne risque pourtant pas de passer inaperçu. Car Charles Hooreman est l’homme par lequel le scandale est arrivé. En 2012, il révélait que le château de Versailles avait acheté, à prix d’or et les yeux fermés, de faux meubles anciens. Une affaire qui a embarrassé le petit monde des conservateurs et qui s’est propagée jusqu’au ministère de la culture. Et fait tomber quelques cadors de la place peu habitués aux écoutes téléphoniques, aux descentes de police et aux cachots de la République. Ceux-là ne participeront pas à la foire parisienne, qui se veut au-dessus de tout soupçon.
« Ce n’est pas la promo de mes rêves. Mais il est bon que j’y participe pour me faire connaître. » Charles Hooreman
Mathias Ary Jan, le président du Syndicat national des antiquaires, se défend de toute malice. « Ce n’est pas un pied de nez, assure-t-il. Je ne cherche pas la polémique, mais à promouvoir de jeunes marchands. » Charles Hooreman, célèbre inconnu, incarnera néanmoins l’esprit d’un salon qui a renforcé son « vetting », cette commission d’experts indépendants qui retire de l’exposition les objets jugés douteux.
L’intéressé, faussement perché et dupe de rien, n’ignore pas que la Biennale, en perte de vitesse, a d’abord besoin de se refaire alors que les plus grands marchands lui préfèrent désormais la foire de Maastricht. « Ce n’est pas la promo de mes rêves, reconnaît-il. Mais il est bon que j’y participe pour me faire connaître. » Depuis 2003, Charles Hooreman gagne sa vie en profitant des erreurs des experts des salles des ventes : meubles mal attribués, estampilles oubliées, détails négligés… Ce qui lui permet d’acheter à bas prix des lots qu’il revend anonymement, aux enchères toujours, moyennant culbute. Mais il veut changer d’échelle. Depuis un an et demi, il a mis de côté quelques objets importants, comme ce fauteuil Louis XV dont il caresse le dossier et vante les qualités à la façon de Depardieu dans un film de Bernard Blier : « Vous avez vu la bête ? Ces fleurs ajourées sculptées comme de la dentelle, le côté fou de ses volutes… C’est violonné comme le corps d’une femme… »

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Exalté, le lanceur d’alerte ? « Je suis gravement fada », sourit-il. A l’hôtel Drouot, on le surnomme le « croisé ». Pas seulement parce qu’il s’est donné pour mission d’assainir le marché en tirant à boulets rouges sur les faux sièges du XVIIIe siècle. Son sobriquet, il le doit aussi à sa piété ostentatoire. Son œil frise devant les rondeurs rococo autant que devant les courbes des jolies femmes que ce catholique pratiquant « se défend de regarder une seconde fois ». Ce père de bientôt six enfants, qui cite le Décalogue avec des trémolos dans la voix, a chez lui un crucifix au mur et récite le bénédicité avant chaque repas, n’en finit pas de remercier la Providence et Dieu, « notre papa qui veille sur nous ».

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On passerait pour un illuminé pour moins que ça. C’est d’ailleurs dans cette catégorie que Charles Hooreman fut d’abord classé par la conservatrice en chef de Versailles. A partir de 2012, dans ses courriels convulsifs, le jeune marchand affirmait que deux pliants signés Foliot, fraîchement acquis par l’établissement public, étaient parfaitement faux. Tout comme d’autres sièges, attribués à Delanois et à Jacob. Des mois durant, Versailles fit la sourde oreille à ce jeune ampoulé, suspecté de vouloir régler des comptes avec son ancien professeur de la Sorbonne, Bill Pallot, marchand réputé qui avait analysé les splendeurs. Avant d’admettre que les conservateurs avaient bel et bien pris des sièges de style produits faubourg Saint-Antoine pour un trésor national.
Un redresseur de torts
Les deux hommes qui se croisent ainsi dans l’escalier de la renommée ne sont pas faits du même bois. Epicurien malicieux et charmeur, Bill Pallot est l’auteur de l’ouvrage de référence sur les sièges du XVIIIe siècle. Dandy aux cheveux longs et costumes trois-pièces, il dîne à la table des puissants, distrait les têtes couronnées et chasse avec les grands patrons. Hooreman, lui, n’a pas de réseau. A défaut d’entregent, néanmoins, le disciple a un œil. L’enquête de police finit par conforter ses affirmations : en 2016, Bill Pallot est mis en examen, incarcéré quatre mois et relâché dans l’attente d’un procès renvoyé aux calendes grecques.

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L’élève Hooreman a-t-il voulu tuer le père ? « Je n’ai jamais voulu prendre la place de Bill, se défend-il. Je n’ai pas bossé le quart du tiers de ce qu’il a bossé. J’étais et je reste très admiratif de Bill. C’était mon héros, il était sur un piédestal. » Et de grimper sur un tabouret rose fuchsia pour signifier à quel point il le portait en haute estime. « Je l’aime profondément, mais, quand on fait des bêtises, il faut réparer. » Contacté, Bill Pallot n’a pas souhaité s’exprimer, mais bénéficie apparemment de la bienveillance du milieu.
Pour certains antiquaires présents à la Biennale, le voisinage d’un redresseur de torts passe d’ailleurs difficilement, même si personne ne l’admettra à visage découvert. « Je le vois d’un bon œil, sourit toutefois l’antiquaire Benjamin Steinitz. C’est positif qu’il ait aidé à faire sortir les choses. » Doit-on pour autant lui donner le bon Dieu sans confession ? « Tout homme peut devenir un escroc, mais, moi, tout le monde m’attend au tournant, réplique Charles Hooreman. Je ne peux pas faire la moindre entourloupe. » Et puis ce serait pécher…
Biennale des antiquaires, Grand Palais, Paris. Du 8 au16 septembre, www.labiennaleparis.com



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Dans son dernier roman « Tuer Jupiter », l’enseignant et écrivain François Médéline imagine le meurtre du président de la République dans un complot international. L’éloge funèbre est prononcé par Gérard Collomb.
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L’homme qui a tué Macron


                      Dans son dernier roman « Tuer Jupiter », l’enseignant et écrivain François Médéline imagine le meurtre du président de la République dans un complot international. L’éloge funèbre est prononcé par Gérard Collomb.



LE MONDE
 |    07.09.2018 à 14h15
    |

                            Pierre Sorgue








   


L’écrivain François Médéline peut être sûr d’une chose, il ne sera pas nommé consul. Il l’a bien cherché : au lieu de l’ode à « Emmanuel M. », Un personnage de roman, que Philippe Besson avait plus ou moins bien (mais beaucoup) léché l’année dernière, lui imagine une oraison funèbre dans Tuer Jupiter (éd. La Manufacture de livres, 220 p., 16,90 euros). Il descend Manu, en quelque sorte, plus exactement l’empoisonne avec du chocolat et un complot international. Gérard Collomb, fidèle compagnon (« Gégé la quenelle […] Gégé le tricard vengé par le destin »), se charge de l’éloge lors de la conduite au Panthéon…
« Pendant dix ans, j’ai été la “plume” de parlementaires socialistes, dont l’un voyait François Hollande chaque mardi. J’assurais aussi les revues de presse, j’alimentais les comptes Twitter et Facebook… »
On aurait pu craindre un coup d’éditeur, en quête du buzz produit par quelques provocations pseudo-punk. Mais son roman noir est d’un autre calibre. D’abord, on sourit souvent devant ses formules qui « taillent » allègrement Larcher, Trump ou Poutine, mais aussi les ego boursouflés de la télévision. A l’évidence, François Médéline connaît bien les microcosmes. « Pendant dix ans, j’ai été la “plume” de parlementaires socialistes, dont l’un voyait François Hollande chaque mardi. J’assurais aussi les revues de presse, j’alimentais les comptes Twitter et Facebook… », explique le quadragénaire, qui s’abrite derrière un pseudonyme parce que ses « livres doivent se suffirent à eux-mêmes » et qu’il souhaite préserver ses deux garçons de 10 et 8 ans. Il s’est replié dans une belle maison de la Drôme depuis qu’il a quitté, en 2017, ce « monde de voraces ».
La déroute électorale du PS n’y fut pour rien : « J’avais l’impression de passer à côté de ma vie, de devenir cynique. Je me suis donné deux ou trois ans pour me consacrer à l’écriture. » Après un précédent livre, La Politique du tumulte, salué par la critique, il a été sollicité par des producteurs (dont Olivier Marchal) pour l’adaptation cinématographique d’un roman américain, ce qui l’a aidé à sauter le pas. C’est juste avant de quitter son poste que l’idée lui est venue : « Je vais tuer Macron. Je la trouvais tellement raccord avec cette époque où Trump joue à la guerre sur Twitter, où Mélenchon devient un prophète populiste 2.0… » Il a commencé au bureau, a fini pendant une traversée de l’Atlantique en compagnie de son cousin skippeur. Avec la crainte que l’actualité ne rende son récit obsolète avant même d’être publié : « Travailler sur l’hypercontemporain n’est pas si facile. Le matériau est périssable, on se pose des questions morales vis-à-vis de ceux que l’on met en scène. »
« La littérature a un pouvoir de vérité que la politique n’a pas. »
Pourtant, cet homme à l’allure sage n’a pas reculé devant la transgression : il décrit par le menu l’embaumement du président par une jeune thanatopractrice, militante de La République en marche, qui lui adresse les récriminations de son père mélenchoniste. C’est la scène la plus sentimentale : « En tout cas, la plus délicate à écrire. Celle où je m’adresse à lui : voilà ce que pensent les baisés de la mondialisation… » Ultime bravade, le titre du chapitre est « Babylone, Babylone », celui que Macron avait choisi quand il se piquait de devenir écrivain. « La littérature a un pouvoir de vérité que la politique n’a pas », ironise François Médéline.
Quand Brigitte sermonne Emmanuel dans leur cuisine ou au Taj Mahal, on les dirait sortis d’une sitcom chère aux ménagères de l’ancien monde : « Mais mon roman n’est pas que satire ou thriller politique, je voudrais qu’il interroge cette société où médias et réseaux sociaux étalent le plus intime, où tous les émetteurs se valent, dans une communication pseudo-horizontale qui ne favorise pas l’intelligence. » Conçu comme un « algorithme littéraire », son récit à rebours, morcelé, empile les anathèmes viraux, les manchettes de journaux, les commentaires télé, jusqu’à la logorrhée pointilleuse du procureur Molins voulant faire croire que tout est sous contrôle… Le complot – délires de Docteur Folamour américain, russe ou islamiste – devient accessoire au regard du bruit autour.
François Médéline, formé à Sciences Po Lyon, où il fut doctorant et enseigna la sociologie, a placé en exergue l’aphorisme de Marshall McLuhan, « the medium is the message ». Il aurait pu tout aussi bien y glisser Baudrillard et « l’obscénité de ce qui est tout entier soluble dans la communication » (Les Stratégies fatales). Par la forme, le style, l’irrévérence et la crudité parfois, il paye tribut à son « maître », James Ellroy, qui embrasait l’assassinat de Kennedy dans American Tabloid. « Mais j’ai fait bien plus court, sourit le Français. Je n’allais pas écrire 800 pages. Macron, ce n’est quand même pas JFK… »



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ En mars 1978, Israël lance une vaste offensive au Liban sud. Au même moment, l’Organisation de libération de la Palestine organise, à Beyrouth, une exposition d’artistes contemporains qui soutiennent la cause… Le Musée Sursock redonne vie à ce moment historique.
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Beyrouth 1978, la révolution au bout du pinceau


                      En mars 1978, Israël lance une vaste offensive au Liban sud. Au même moment, l’Organisation de libération de la Palestine organise, à Beyrouth, une exposition d’artistes contemporains qui soutiennent la cause… Le Musée Sursock redonne vie à ce moment historique.



LE MONDE
 |    07.09.2018 à 14h14
    |

            Benjamin Barthe (Beyrouth, correspondant)








                              

                        

Il faut imaginer Yasser Arafat déambuler entre une toile de l’ex-maoïste parisien Gérard Fromanger, un triptyque du surréaliste chilien Roberto Matta et deux lithographies du maître catalan Joan Miro. Dans le public qui entoure le raïs palestinien, on croise des fedayins (combattants) en treillis, des étudiantes en jupe, des intellectuels tiers-mondistes et des bureaucrates en veste bon marché. Derrière le brouhaha du vernissage, on devine des coups de klaxon et des rafales d’arme automatique, la rumeur ordinaire d’une ville en guerre.
183 œuvres, issues de 30 pays
C’était le 21 mars 1978, à Beyrouth, capitale du Liban, de l’OLP et des passions révolutionnaires arabes. Une exposition d’art internationale en solidarité avec la Palestine était inaugurée dans le hall d’une université : 183 œuvres, issues de 30 pays différents, mêlant les genres – peintures, sculptures, gravures, dessins – et les styles – de l’expressionnisme arabe au modernisme japonais, en passant par le social-réalisme soviétique et l’art figuratif militant d’Europe de l’Ouest –, étaient présentées… Jamais un éventail de créations aussi large et diversifié n’avait été présenté jusque-là au Proche-Orient. C’est le croisement improbable du pinceau et de la kalachnikov, le mariage d’une internationale d’artistes et d’une organisation de réfugiés, l’alliance des sans-frontières et des sans-terre. Les deux semaines d’exposition forment une parenthèse enchantée dans le chaos des combats qui dévastent le Liban depuis trois ans. Avec ce coup de génie, la direction palestinienne s’invente une diplomatie culturelle et offre à son peuple, privé d’horizon, un imaginaire visuel haut en couleur.
Et puis, comme un mirage, tout s’évanouit. La collection de Beyrouth endure le lot commun des musées hors sol. Des œuvres se perdent, d’autres sont détruites, notamment dans des bombardements israéliens, et d’autres encore sont détournées. Trop engagée, trop datée, snobée par l’histoire...




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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Jusqu’au 21 octobre, le festival « Art, villes & paysage » investit les hortillonnages d’Amiens, avant que les Hauts-de-France n’inaugurent des « jardins de la paix » commémoratifs.
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Dans la Somme : de l’art et des jardins

Jusqu’au 21 octobre, le festival « Art, villes & paysage » investit les hortillonnages d’Amiens, avant que les Hauts-de-France n’inaugurent des « jardins de la paix » commémoratifs.



LE MONDE
 |    07.09.2018 à 13h27
 • Mis à jour le
07.09.2018 à 14h14
    |

            Lucien Jedwab








                        



                                


                            

La circulation dans les hortillonnages d’Amiens à bord de barques à moteur électrique silencieuses fait de la découverte des œuvres et installations du festival « Art, villes & paysage » un moment magique. Les visiteurs sont ainsi invités à emprunter les étangs et les rieux, ces canaux qui jalonnent le site, autrefois essentiellement consacré au maraîchage, afin d’accomplir, d’île en île, un parcours hors du temps. Si l’eau est partout présente, une végétation à l’apparence ensauvagée occupe une partie des surfaces émergées. Plans d’eau, rives dégagées, sous-bois ou clairières sont de parfaits écrins pour les créations des jeunes artistes et paysagistes retenus par le jury. Ceux-ci ont ainsi pu s’approprier ces différents espaces en tirant partie de cet environnement unique. Résultat : des propositions non seulement esthétiques, conceptuelles ou ludiques, mais aussi culturales et potagères, rappelant l’histoire du lieu.

Si celui-ci a été pendant des siècles aménagé et entretenu afin de produire fruits, légumes et fleurs, vendus en barque au marché sur l’eau, à Amiens, les hortillons – les maraîchers – ne sont plus que six aujourd’hui. L’implantation du festival, à l’initiative du directeur de la maison de la culture d’Amiens, Gilbert Fillinger, et grâce aux moyens déployés par les différents acteurs locaux, a permis d’empêcher, grâce à l’entretien des berges et des surfaces végétales et arborées, une dégradation naturelle inexorable. Les installations paysagères, ainsi qu’une partie des œuvres, acquises, et donc pérennes, sont librement accessibles aux différents utilisateurs des hortillonnages – maraîchers, propriétaires de parcelle, pêcheurs, chasseurs ou promeneurs (une partie du circuit est pédestre, en passant par le chemin de halage). Une cohabitation qui, au départ, était loin d’être évidente...

Pour cette neuvième édition, Gilbert Fillinger, qui a raccroché ses crampons de directeur de la maison de la culture d’Amiens,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Le ministère de la culture veut valoriser un secteur qu’il qualifie de « champion français ». Mais les obstacles juridiques, pratiques et commerciaux ne sont pas minces.
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Les zones d’ombre de l’application du Pass culture aux jeux vidéo

Le ministère de la culture veut valoriser un secteur qu’il qualifie de « champion français ». Mais les obstacles juridiques, pratiques et commerciaux ne sont pas minces.



LE MONDE
 |    07.09.2018 à 13h07
 • Mis à jour le
07.09.2018 à 16h26
    |

            William Audureau et 
Damien Leloup








                        



   


Qu’il est loin, le temps où le jeu vidéo faisait figure de média infréquentable pour le monde de la culture. Au côté de la musique, du cinéma, des arts du spectacle ou du livre, il fera partie du Pass culture qu’étudie actuellement le ministère de Françoise Nyssen, et dont le fonctionnement a été révélé par Le Monde mercredi 5 septembre.
Du côté du Syndicat national du jeu vidéo (SNJV), on se félicite que le jeu vidéo n’ait pas été oublié. « On est très favorable à ce passe, c’est intéressant et c’est une très bonne chose que l’on reconnaisse le jeu vidéo comme un objet culturel », applaudit Lévan Sardjevéladzé, son président. « C’est un secteur que l’on voulait valoriser, parce que c’est un champion français », explique-t-on dans l’entourage de la ministre.

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Chaque année, environ 800 000 jeunes de 18 ans se verront remettre l’équivalent de 500 euros à dépenser dans différents domaines culturels. Le dispositif sera testé cet automne auprès de 10 000 jeunes, avant d’être étendu à l’intégralité de la classe d’âge dans le courant de 2019.
La tentation de favoriser les jeux français
Les modalités de son application au jeu vidéo restent toutefois encore floues. Quant aux jeux concernés, d’abord. Au début du mois de septembre, le ministère de la culture communiquait sur des productions financées par le fonds d’aide au jeu vidéo (FAJV), un mécanisme de soutien du Centre national du cinéma et de l’image animée à la production française.
Contacté par Le Monde, le SNJV reconnaissait sa surprise, d’autres pistes ayant été évoquées, comme un choix défini par l’Académie des professionnels du jeu vidéo, un projet de Césars vidéoludiques actuellement l’étude. Or, en l’état, cette aide à la culture fondée sur un critère d’éligibilité nationale pourrait être interprétée comme une mesure protectionniste contraire au traité de Rome.
L’article 92 du traité déclare incompatibles avec le marché commun, dans la mesure où elles affectent les échanges entre Etats membres, les aides accordées par les Etats ou au moyen des ressources d’Etat sous quelque forme que ce soit, qui faussent ou menacent de fausser la concurrence, en favorisant certaines entreprises ou certaines productions. Cette notion d’aide requiert donc l’analyse de trois éléments fondamentaux : l’utilisation de ressources d’Etat ; la distorsion de la concurrence ; et l’affectation des échanges.
Du côté du ministère, on reconnaît qu’il existe un « sujet », sur lequel planchent actuellement des juristes. Une des solutions évoquées Rue de Valois pourrait être de se conformer à tous les critères d’attribution du FAJV — comme la création de franchises nouvelles —, en faisant sauter celui de la nationalité. Dans ce cas, n’importe quel jeu pourrait être éligible, pourvu qu’il ne s’agisse pas d’une suite.
De son côté, Julien Villedieu, directeur délégué du syndicat, assure qu’« il n’y a pas d’intention de favoriser les jeux français, la seule contrainte est de s’inscrire et de se référencer sur la plate-forme de test ».
Priorité aux indépendants, mais…
Autre question encore en suspens : la couleur du catalogue. Sera-t-il plutôt orienté vers les blockbusters ou vesr les petites productions indépendantes ? La question est plus complexe qu’il n’y paraît. Rue de Valois, on reconnaît que l’idée de Françoise Nyssen est plutôt de valoriser la « créativité exceptionnelle des indépendants ». Une ligne qui satisfait Lévan Sardjevéladzé, pour qui « le format du passe le rend très compatible avec les jeux indés, qui sont souvent des petits producteurs en besoin de visibilité ».

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Mais le ministère de la culture sait aussi qu’il aura besoin de têtes d’affiche, qui pourraient non seulement attirer de jeunes joueurs, mais même assurer le succès de ce passe culturel. De la même façon que pour le cinéma, où l’attractivité est du côté de Netflix et la production française du côté de Canal+, des arbitrages seront à rendre, tout en veillant à ne pas éclipser les pratiques culturelles moins prisées des jeunes.
« L’enjeu sera double, d’abord de ne pas cannibaliser les autres secteurs, comme les arts vivants, parce qu’on sait que les jeux vidéo sont très populaires, ensuite d’avoir aussi bien des références très commerciales que des jeux découvertes », confirme Julien Villedieu. Pour cela, il faudra composer avec les contraintes très différentes des majors de l’industrie, qui n’ont pas d’intérêt à confier leurs blockbusters, dont la production coûte aujourd’hui plusieurs dizaines de millions d’euros, à un passe qui pourrait les amener, selon la formule retenue, à le mettre à disposition à prix cassé. Le plafond de dépenses alloué à chaque domaine culturel devrait, en tout cas, limiter les risques de phagocytage.
Composer avec les géants de la tech
Enfin, la manière dont ce passe s’intégrera dans l’écosystème commercial du jeu vidéo reste très floue. Contrairement à un théâtre ou à un cinéma, le monde de la manette ne fonctionne pas par tickets d’entrée, mais souvent par l’achat de jeu ou d’abonnement sur des plates-formes dématérialisées appartenant à des géants comme Apple, Google, Sony ou encore Valve.
Dans l’entourage de Françoise Nyssen, on confirme pourtant que les jeux dématérialisés sont également visés par ce passe. Pour l’instant, l’Etat finance intégralement la phase d’expérimentation. La donne pourrait changer lorsque ce sera aux acteurs de l’industrie eux-mêmes d’être invités à contribuer.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ L’architecte italien a révélé au « Monde » les plans de la structure imaginée pour remplacer celle qui s’est effondrée en août, qu’il a réalisés gratuitement.
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Pour Gênes, Renzo Piano présente un pont qui « doit durer cinq cents ans »

L’architecte italien a révélé au « Monde » les plans de la structure imaginée pour remplacer celle qui s’est effondrée en août, qu’il a réalisés gratuitement.



LE MONDE
 |    07.09.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
07.09.2018 à 16h39
    |

            Isabelle Regnier (Gênes (Italie), envoyée spéciale)








                        



                                


                            

« Je n’ai jamais travaillé dans une telle urgence. Heureusement, les désastres de cette ampleur ne sont pas fréquents… » En cette belle journée de septembre, Renzo Piano nous reçoit dans son agence de Punta Nave, à Gênes, sublime bâtisse de verre construite à flanc de colline, surplombant la Méditerranée. A l’étage inférieur, une pièce est consacrée aux plans et aux maquettes du nouveau pont dessiné par l’architecte pour remplacer celui de Riccardo Morandi, qui s’est effondré le 14 août, causant la mort de quarante-trois personnes. Sur un fond bleu océan, de fines lignes blanches révèlent un ruban épuré posé sur une série de piliers qui se prolongent vers le ciel en de longs mats fuselés. Quarante-trois au total, un pour chaque victime. La nuit, ils diffuseront autour d’eux, en un halo « un peu fantomatique », la lumière captée dans la journée par les panneaux solaires qui bordent le tablier.
Pour Renzo Piano, l’édifice « doit rappeler son histoire, terrible – métaboliser le deuil de la ville »
Le pont sera en acier. Les piliers seront espacés de 50 mètres, sauf à deux endroits où le terrain impose une distance de 100 mètres. Ils seront beaucoup plus resserrés que les grands V en béton armé du pont Morandi. Conçu pour être solide et facile d’entretien, l’édifice « doit durer cinq cents ans ! », déclare, bravache, l’architecte. « Mais il doit aussi chanter ! Il doit rappeler son histoire, terrible – métaboliser le deuil de la ville. C’est comme la poésie de la mer qui enregistre les sons, les voix, les parfums, la lumière, et les restitue pour ceux qui ont des yeux pour voir et des oreilles pour écouter. »

Alors qu’une exposition de son travail débute, le 15 septembre, à la Royal Academy of Arts, à Londres, que ses collaborateurs font avancer les nombreux projets développés par son agence à travers le monde, celui qui a propulsé Paris dans la modernité avec le Centre Pompidou (conçu avec Richard...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Editorial. La révolte contre cette règle introduite dans la langue française au XVIe siècle, n’est pas nouvelle. Voltaire, déjà, la jugeait « ravageuse ».
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L’accord du participe passé réfractaire au changement

Editorial. La révolte contre cette règle introduite dans la langue française au XVIe siècle, n’est pas nouvelle. Voltaire, déjà, la jugeait « ravageuse ».



LE MONDE
 |    07.09.2018 à 11h42
 • Mis à jour le
07.09.2018 à 12h16
   





                        


Editorial du « Monde ». Les Gaulois, c’est bien connu, sont réfractaires au changement. S’il arrive au président Emmanuel Macron de le déplorer, le conseil de la langue française et de la politique linguistique de la Fédération Wallonie-Bruxelles, lui, se fait visiblement fort de passer outre à la légende. Dans une série de recommandations, publiées outre-Quiévrain et sous prétexte de simplification, cette institution vient de remettre en question l’une des règles grammaticales les plus subtiles de notre langue : celle de l’accord du participe passé.
Cette modification unilatérale consiste à supprimer l’accord lorsque le participe passé est conjugué avec l’auxiliaire « avoir » (exemple : la pomme que j’ai mangée devient la pomme que j’ai mangé). Deux anciens professeurs de français belges, Jérôme Piron et Arnaud Hoedt, qui moquent avec talent les incongruités de l’orthographe française dans un spectacle présenté en France et en Belgique, La Convivialité, ont enfoncé le clou dans une tribune très argumentée, publiée par Libération, le 3 septembre : pour eux, l’esprit critique ne doit pas « s’arrêter au seuil de l’orthographe ».
La révolte n’est pas nouvelle
Le défi est de taille et pose d’importantes questions. La révolte contre l’accord du participe passé, introduit dans la langue française au XVIe siècle, n’est pas nouvelle. Voltaire, déjà, s’emportait contre cette règle : « Clément Marot a ramené deux choses d’Italie, la vérole et l’accord du participe passé, écrivit-il. Je pense que c’est le deuxième qui a fait le plus de ravages ! » Plus d’un pédagogue s’y est attaqué, faisant valoir que les professeurs consacrent à son enseignement pas moins de quatre-vingts heures dans une scolarité moyenne, tant il est complexe. Bescherelle lui-même concède que « la règle de l’accord du participe passé est l’une des plus artificielles de la langue française ». Elle a pourtant survécu aux Lumières et à Jules Ferry. 

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Le moment est-il venu de s’en débarrasser ? De toute évidence, avancent les abolitionnistes, quatre-vingts heures d’enseignement ne suffisent pas à faire entrer dans la tête des Français ces sacro-saintes règles, qui continuent d’être allègrement malmenées – et pas seulement dans l’orthographe-texto : le Gaulois peut aussi être réfractaire à l’obstination. Il arrive même au président de la République, qui se pique d’être un homme de lettres, de tomber dans le panneau d’un accord erroné. Introduire l’invariabilité du participe passé permettrait donc d’utiliser plus utilement ces fameuses quatre-vingts heures et de supprimer ce que certains identifient comme un instrument de discrimination sociale.
Les antiabolitionnistes, eux, mettent en avant les effets bénéfiques des complexités de la langue française sur notre cerveau. « C’est avec la langue que l’on pense, plaide dans nos colonnes Romain Vignest, président de l’association des professeurs de lettres. Renoncer à maîtriser la langue, ou la simplifier pour qu’elle soit plus facile à employer, c’est renoncer à penser. »

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                Romain Vignest : « Renoncer à maîtriser la langue, c’est renoncer à penser »



L’expérience montre qu’en matière d’orthographe le Gaulois est surtout réfractaire au verticalisme top-down : ainsi, la réforme du « nénufar », introduit en 1990 au côté du « nénuphar », et de « l’ognon » au côté de « l’oignon », n’est jamais entrée dans les usages. Laissons donc l’usager être le véritable juge de paix. Le Monde continuera d’accorder les participes passés. Et nous continuerons de lire avec plaisir les lettres que nos lecteurs belges nous auront écrites. Ou écrit.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Le 13 septembre, aux Etats-Unis, sortira en salles « Museo ». Ce film à grand spectacle est produit par YouTube, qui, à la suite de Netflix et Amazon, bouscule l’économie du septième art, explique Philippe Escande, éditorialiste économique au « Monde ».
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Les géants du Net en passe de réussir le casse du siècle sur le cinéma mondial

Le 13 septembre, aux Etats-Unis, sortira en salles « Museo ». Ce film à grand spectacle est produit par YouTube, qui, à la suite de Netflix et Amazon, bouscule l’économie du septième art, explique Philippe Escande, éditorialiste économique au « Monde ».



LE MONDE
 |    07.09.2018 à 11h32
    |

            Philippe Escande








                        



                                


                            

Réveillon de Noël 1985. Dans tout le Mexique, on chante, on mange, on danse et on laisse la porte ouverte pour les amis ou les passants. Celle du Musée d’anthropologie de Mexico devait également être mal fermée ce soir-là, puisque deux jeunes gars sans histoire s’y sont introduits et ont volé près de 140 objets mayas et aztèques en or et jade d’une valeur inestimable. On ne les retrouvera que quatre ans plus tard.
C’est ce casse spectaculaire que raconte le film Museo du réalisateur mexicain Alonso Ruizpalacios. Il sortira en salle le 13 septembre à New York, puis dans d’autres villes aux Etats-Unis. Ce film raconte, en arrière-plan, une deuxième histoire, celle d’un autre casse du siècle, celui opéré par les géants de l’Internet sur le cinéma mondial. Car Museo a la particularité d’être l’une des premières productions à grand spectacle de YouTube, la filiale de Google.
A Cannes, on a décidé de bannir Netflix
Et nous n’en sommes qu’à la bande-annonce. Le Festival international du film de Toronto, qui se tient jusqu’au 16 septembre, accueillera une nouvelle production de YouTube, Viper Club, un film avec Susan Sarandon. Autre signe des temps, c’est un film très attendu, Outlaw King, le roi hors la loi de David Mackenzie produit par Netflix, qui devait ouvrir la session, ce vendredi 7 septembre.
Netflix inonde désormais tous les festivals mondiaux de ses productions, devançant à peine une autre star du Net, Amazon. Tous, sauf un. Dans un petit coin de la Côte d’Azur, un village résiste encore à l’invasion des geeks américains. A Cannes, on a décidé de bannir Netflix.
On comprend aisément le souci du festival de ne pas faire la promotion d’une œuvre réservée aux seuls abonnés de la plateforme américaine et d’imposer le passage en salle en France comme préalable à sa sélection. Le seul problème est que Netflix et Amazon sont devenus aujourd’hui les plus gros producteurs mondiaux de films et que leur...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Confirmée, la ministre de la culture a désormais une deuxième chance, dit dans sa chronique Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde ».
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« Tout le monde ou presque veut que Françoise Nyssen s’en aille, et elle est toujours là »

Confirmée, la ministre de la culture a désormais une deuxième chance, dit dans sa chronique Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde ».



LE MONDE
 |    07.09.2018 à 10h33
 • Mis à jour le
07.09.2018 à 19h55
    |

            Michel Guerrin








                        



                                


                            

Chronique. Un nombre impressionnant de personnalités de la culture ont posé leur nom sous un manifeste publié dans Le Monde du 4 septembre. Pour parler de création ? De politique culturelle ? De Françoise Nyssen, si décriée et dont on annonçait le départ ? Non. Pour tirer la sonnette d’alarme sur l’avenir de la planète. C’était juste après la démission de Nicolas Hulot. Comme si ces personnalités, si impliquées dans le théâtre, le cinéma ou l’art, voulaient aller à l’essentiel. Comme si elles avaient tiré un trait de désillusion sur la capacité de la ministre à faire bouger les choses.
Tout le monde ou presque veut que M. Hulot reste et il s’en va parce qu’il se dit impuissant. Tout le monde ou presque veut que Françoise Nyssen s’en aille parce qu’elle semble n’avoir prise sur rien, et elle est toujours là, après le mini-remaniement du gouvernement.
C’est le signe d’une pugnacité, à mettre au crédit de la ministre. Elle a désormais une deuxième chance, et peut-être va-t-elle redresser la barre. L’avenir le dira. Mais elle part de loin. Aucun autre ministre issu de la société civile n’a à ce point écorné son image en un peu plus d’un an. C’est ce qui arrive quand on accepte de devenir ministre sans moyens supplémentaires et sans appui présidentiel – comme Nicolas Hulot en somme. En prime, quand on est dans la lumière, on prend des coups. C’est ainsi que la patronne respectée d’une maison d’édition exemplaire (Actes Sud) est désormais moquée, et l’entreprise qu’elle a quittée éclaboussée.
Une obsession légitime
Avant l’été, elle n’était pas au mieux. Son problème est que les coups les plus rudes sont venus après. Ils sont partis en juin quand Le Canard enchaîné a révélé qu’elle avait agrandi les locaux arlésiens d’Actes Sud sans respecter les codes de l’urbanisme. Le journal en a remis une couche en affirmant qu’elle avait agrandi de 150 m² les locaux parisiens de la maison d’édition, provoquant le 23 août,...




                        

                        

