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<article-nb="2018/09/06/21-1">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Il n’y a jamais eu autant de femmes candidates que pour ce scrutin décisif. Elles ne miment plus les comportements des hommes et affichent leur féminité comme un argument électoral. Un phénomène lié à #metoo et à l’arrivée au pouvoir de Trump ?
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Revendiquer des qualités dites féminines se retourne souvent contre les femmes candidates ou élues. Pour la spécialiste de sciences politiques Delphine Dulong, le vrai progrès résiderait dans « l’indifférence au genre ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤                     
                                                   
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« L’affirmation d’une identité sexuée se révèle pleine de pièges pour les femmes en politique »

Revendiquer des qualités dites féminines se retourne souvent contre les femmes candidates ou élues. Pour la spécialiste de sciences politiques Delphine Dulong, le vrai progrès résiderait dans « l’indifférence au genre ».



LE MONDE
 |    06.09.2018 à 17h26
 • Mis à jour le
06.09.2018 à 17h33
    |

                            Julie Clarini








                        



                                


                            
Delphine Dulong est maîtresse de conférences en sciences politiques à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne. Ses travaux portent sur l’articulation ­entre les institutions politiques et les formes de la domination sociale et masculine.
Aux Etats-Unis, une nouvelle génération de femmes se présente aux élections de mi-mandat, qui auront lieu le 6 novembre. Dans les clips de campagne pour les investitures, elles insistent beaucoup sur le fait qu’elles sont des femmes, certaines en évoquant des agressions sexuelles dont elles ont été victimes, d’autres, comme la candidate au poste de gouverneur du Maryland, en déroulant son programme en même temps qu’elle allaite. Est-ce nouveau ?
Que les femmes essaient de se légitimer en revendiquant leur identité sexuée, ce n’est pas tout à fait nouveau. Il faut se rappeler que ce n’est pas comme citoyennes que les femmes ont accédé historiquement à la représentation politique, mais en tant que mères et épouses. Michelle Bachelet, l’ancienne ­présidente du Chili, se faisait appeler « la mère de tous les Chiliens », et, encore aujourd’hui, Angela Merkel est surnommée « Mutti », alors qu’elle n’a pas d’enfants.
Ce qui est nouveau, en revanche, c’est de ­revendiquer son appartenance au genre féminin sans préciser son état civil. Les tout premiers travaux sur les femmes politiques françaises montrent bien que pour paraître légitimes aux yeux de leurs pairs, jusque dans les années 1970, les élues devaient mimer les comportements masculins.
Ce n’est pas étonnant : les institutions politiques ont été faites par et pour des hommes, à une époque où la question de l’égalité entre les sexes ne se ­posait guère. Le fait que des femmes puissent dire « votez pour moi parce que je suis une femme », c’est donc un changement.
Mais la vraie question est de savoir s’il va dans le sens du progrès. Ce n’est pas évident. Dans le cas américain, la mise en avant des agressions sexuelles est une levée de...




                        

                        


<article-nb="2018/09/06/21-3">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Mercedes Bresso, vice-présidente du groupe socialiste au Parlement européen, dénonce dans une tribune au « Monde » les propos tenus par Christophe Castaner le 4 septembre contre ce qu’il tient pour une « anomalie démocratique ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤                     
                                                   
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Non, le « Spitzenkandidat » n’est pas « une anomalie démocratique »

Mercedes Bresso, vice-présidente du groupe socialiste au Parlement européen, dénonce dans une tribune au « Monde » les propos tenus par Christophe Castaner le 4 septembre contre ce qu’il tient pour une « anomalie démocratique ».



LE MONDE
 |    06.09.2018 à 16h48
 • Mis à jour le
06.09.2018 à 17h19
    |

Mercedes Bresso (Députée européenne, vice-présidente du groupe de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates)







                        



                                


                            

Tribune. L’intérêt supérieur de la nation est bien trop souvent incompatible avec les intérêts des citoyens européens. Les intérêts des partis politiques aussi. C’est ce que je constate avec regret depuis trop d’années à Bruxelles. Et la tendance s’aggrave comme le montrent les crises migratoire et écologique.

Pour moi, fédéraliste européenne italienne et socialiste depuis maintenant plus de cinquante ans, j’ai vécu l’élection d’Emmanuel Macron avec espoir. Son discours fort et prometteur sur l’Union, le déploiement de drapeaux européens lors de ses meetings, ses déplacements en Europe et ses entretiens polyglottes étaient à mes yeux autant de signes du retour de la France dans la position de leadership au sein de l’Union européenne, ce dont nous avons tant besoin aujourd’hui.
Stupeur
Bien que les engagements pris notamment avec Angela Merkel à Meseberg, les listes transnationales ou un véritable budget pour la zone euro agrémenté d’un contrôle démocratique de notre avenir économique commun peinent à trouver une concrétisation, je tiens à saluer un discours volontaire sur l’Europe, qui va à rebours des mouvements d’extrême droite qui veulent nous ramener à de terribles situations de repli dangereuses pour les citoyens de l’Europe. Il suffit de voir la situation dans mon pays, en Italie, pour comprendre que si nous nous laissons aller à penser que ces partis sont inoffensifs, les conséquences seront gravissimes.

Le discours de la Sorbonne d’Emmanuel Macron a été remarquable, car il reprenait en grande partie ce que nous socialistes et sociaux-démocrates au Parlement européen défendions depuis toujours : des institutions européennes plus démocratiques, un parlement qui puisse clairement exprimer la voix des citoyens européens, sans être compromis uniquement par des intérêts nationaux naturellement divergents, et un cap pour une Union de la protection des personnes et de la souveraineté partagée.

Quelle...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Le cas individuel de Nicolas Hulot camoufle et dessert la mobilisation d’innombrables acteurs de terrain au service de la cause écologiste, estime, dans une tribune au « Monde », Farid Baddache, promoteur du développement durable dans le monde économique.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
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Démission de Nicolas Hulot : « C’est de l’intérieur qu’on fait bouger les lignes du gouvernement »

Le cas individuel de Nicolas Hulot camoufle et dessert la mobilisation d’innombrables acteurs de terrain au service de la cause écologiste, estime, dans une tribune au « Monde », Farid Baddache, promoteur du développement durable dans le monde économique.



LE MONDE
 |    06.09.2018 à 14h00
    |

Farid Baddache (Directeur général à Paris du réseau mondial d’entreprises et d’expertise dédié au développement durable Business for Social Respons...







                        



                                


                            

Tribune. Le fracas qui a entouré la démission de M. Hulot est choquant. Des milliers d’acteurs de terrain essayent de faire avancer la cause environnementale et les droits humains chaque jour. Des millions de gens sont pleinement conscients du péril environnemental et de la fracture sociale grandissante. Des milliards de gens savent qu’ils sont autant acteurs que victimes du destin collectif dans lequel leur vie et celle de leurs enfants s’inscrivent.
Quand la France réussit à conclure des accords de Paris sur le climat, cela s’inscrit dans un contexte plus large de prise de conscience de multiples parties
Savoir si la rentrée de M. Macron sera difficile parce que M. Hulot démissionne n’est pas le problème. Savoir si M. Hulot a géré sa sortie gouvernementale dignement, ce n’est pas le problème. En revanche, que des milliers d’acteurs du quotidien puissent se décourager après avoir entendu les propos tenus à la radio par M. Hulot, cela pose problème. Faire preuve de fatalisme en mettant en avant que le gouvernement aurait d’autres priorités et qu’en restant à un poste à responsabilités on perdrait son temps, c’est confondre échec personnel et intérêt collectif.
Faire avancer concrètement des sujets environnementaux et les droits humains, cela a toujours été une victoire collective. Quand Rosa Parks décide de ne pas se lever dans un bus après son travail pour laisser sa place à un Blanc, cela s’inscrit dans un contexte plus large de revendications de droits spécifiques portés par la population noire. Son acte de bravoure est relayé par la communauté locale. Quand la France réussit à conclure des accords de Paris sur le climat, cela s’inscrit dans un contexte plus large de prise de conscience de multiples parties.
Un rôle d’aiguillon
Au quotidien, des milliers de gens se battent pour faire avancer l’écologie et les droits humains, dans la société, la diplomatie, les entreprises et les écoles. Ces milliers de gens passent...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’économiste estime que pour améliorer la situation économique de la France, mieux vaut se concentrer sur le déficit budgétaire et les effets destructeurs de la fiscalité et des réglementations.
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Pascal Salin : « Il ne faut pas se focaliser sur la balance commerciale »

Dans une tribune au « Monde », l’économiste estime que pour améliorer la situation économique de la France, mieux vaut se concentrer sur le déficit budgétaire et les effets destructeurs de la fiscalité et des réglementations.



LE MONDE
 |    06.09.2018 à 14h00
    |

                            Pascal Salin (Professeur honoraire à l'Université Paris-Dauphine)








                        



                                


                            
Tribune. Le solde de la balance commerciale française continue à être largement négatif, comme l’indiquent les chiffres du premier semestre 2018. Il est généralement admis qu’un déficit commercial est regrettable, alors qu’un excédent serait souhaitable. Tout d’abord, un excédent commercial suggère que les produits français sont appréciés à l’extérieur par rapport aux produits étrangers et, bien sûr, qu’un déficit représente la situation inverse.
on est souvent plus ou moins implicitement inspiré par l’idée keynésienne selon laquelle on améliore la situation économique d’un pays en augmentant la demande globale
Par ailleurs, on est souvent plus ou moins implicitement inspiré par l’idée keynésienne selon laquelle on améliore la situation économique d’un pays en augmentant la demande globale, par exemple en dégageant un excédent commercial. Mais d’autres critères doivent en réalité être utilisés pour porter un jugement sur la situation économique de la France. Il est utile pour cela de faire une comparaison avec la situation d’un individu.
Prenons le cas d’une personne qui dispose chaque année d’un certain montant de ressources réelles du fait de ses efforts productifs : il vend ses services de travail ou les produits qu’il a fabriqués et, en échange, il achète d’autres produits qui lui permettent d’accroître ses satisfactions. L’échange est nécessairement producteur de valeur subjective puisque ce qu’un individu achète a, pour lui, une valeur supérieure à la valeur de ce qu’il cède (sinon, en être rationnel, il ne ferait pas cet échange).
Préjugés
Ce qui est vrai pour un individu est vrai pour un ensemble d’individus, par exemple ceux qui constituent un pays. Ce qui est acheté par un ensemble d’individus a plus de valeur pour eux que ce qu’ils cèdent et c’est pourquoi, contrairement aux préjugés habituels, on devrait admettre logiquement que ce qui accroît le bien-être des habitants d’un pays ce n’est pas leurs exportations (c’est-à-dire...




                        

                        


<article-nb="2018/09/06/21-6">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ A neuf mois des élections européennes, l’opposition entre les dirigeants français et hongrois n’est pas du goût d’Angela Merkel.
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L’Europe face au clivage Macron-Orban

A neuf mois des élections européennes, l’opposition entre les dirigeants français et hongrois n’est pas du goût d’Angela Merkel.



LE MONDE
 |    06.09.2018 à 11h44
 • Mis à jour le
06.09.2018 à 17h45
    |

                            Jakub Iwaniuk (Varsovie, correspondance), 
Anne-Françoise Hivert (Malmö (Suède), correspondante régionale), 
Blaise Gauquelin (Vienne, correspondant), 
Jérôme Gautheret (Rome, correspondant), 
Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, bureau européen), 
Isabelle Piquer (Madrid, correspondance), 
Thomas Wieder (Berlin, correspondant) et 
Jean-Baptiste Chastand








                        



                                


                            

La guerre est donc déclarée. Enjeu : rien de moins que l’avenir de l’Europe. Les deux camps : Orban versus Macron. Le premier ministre hongrois ultraconservateur, héros des souverainistes et des antimigrants du Vieux Continent, face au président français libéral, chantre de l’approfondissement de l’Union européenne et « progressiste » autoproclamé.
Les hostilités ont été engagées lorsque Viktor Orban, venu rendre visite au ministre de l’intérieur d’extrême droite italien, Matteo Salvini, mardi 28 août, a fait d’Emmanuel Macron « le chef du parti des promigrants » en Europe et son adversaire majeur en vue des élections européennes de mai 2019. « S’ils ont voulu voir en ma personne leur opposant principal, ils ont raison », leur a répondu, dès le lendemain, le président français.
Les deux hommes veulent faire croire que tout les oppose en vue du scrutin européen. Le premier entend réduire l’Europe à une organisation intergouvernementale, qui se contenterait d’assurer la liberté de circulation, de fermer ses portes à toute immigration et de verser des fonds structurels. Le second veut au contraire créer de nouvelles agences communautaires, y compris la gestion de l’asile, créer un budget de la zone euro et cesser de payer pour les pays qui attentent à l’Etat de droit, comme la Hongrie de Viktor Orban. Pour atteindre leurs objectifs, les deux hommes ont besoin d’obtenir le maximum d’eurodéputés. Cliver leur permet de se distinguer pour mieux compter leurs alliés.

Côté Orban, Matteo Salvini fait figure de principal soutien. Le ministre de l’intérieur italien, chef de la Ligue (extrême droite), a promis à ses côtés « un tournant historique pour l’Europe ». Autre allié naturel, le Polonais Jaroslaw Kaczynski, chef de file du parti Droit et justice (PiS) au pouvoir. Celui-ci a tenu un discours remarqué lundi 3 septembre pour dénoncer « l’européanisme » quand il signifie « une obéissance aveugle à...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Editorial. Le 4 septembre, le groupe de Seattle a franchi le seuil des 1 000 milliards de dollars de capitalisation boursière. Amazon est en train d’acquérir une position dominante qui doit alerter les gouvernements.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤                     
                                                

Bourse : Amazon, le roi de la jungle

Editorial. Le 4 septembre, le groupe de Seattle a franchi le seuil des 1 000 milliards de dollars de capitalisation boursière. Amazon est en train d’acquérir une position dominante qui doit alerter les gouvernements.



LE MONDE
 |    06.09.2018 à 10h43
 • Mis à jour le
06.09.2018 à 11h07
   





                        


Editorial du « Monde ». Pendant des décennies, le classement des plus grosses capitalisations boursières a été monopolisé par les compagnies pétrolières. Désormais, la ressource la plus valorisée par les investisseurs n’est plus le pétrole, mais les masses de données que les géants du high-tech ont appris à faire fructifier pour leur plus grand profit. En franchissant, le 4 septembre, le seuil des 1 000 milliards de dollars (860 milliards d’euros) de capitalisation, Amazon illustre ce nouvel ordre mondial du business. Cette montée en puissance a de quoi susciter l’admiration, mais aussi l’inquiétude, à propos d’une hégémonie qui paraît sans limite, là où la satisfaction du client a tendance à prendre le pas sur celle du salarié.
La petite librairie en ligne, lancée il y a vingt-trois ans par Jeff Bezos, un jeune diplômé en informatique de Princeton, s’est transformée en véritable empire capable de menacer l’existence des mastodontes de la distribution mondiale, après avoir disloqué le petit commerce. Introduit à Wall Street à 18 dollars en mai 1997, le titre vaut aujourd’hui plus de 2 000 dollars.

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                Amazon rejoint Apple au firmament de la Bourse



Exubérance irrationnelle des marchés, diront certains. Même si la valorisation d’Amazon semble excessive, elle n’en illustre pas moins la puissance qu’a acquise le groupe en provoquant de profondes ruptures dans les secteurs toujours plus nombreux où il intervient. L’efficacité et la qualité de ses services, sa capacité à proposer les prix les plus bas et à se déployer rapidement sur de nouveaux marchés en ont fait un acteur incontournable pour plus de 400 millions de consommateurs. Loin de se contenter d’être un distributeur en ligne, Jeff Bezos a su diversifier ses sources de revenus en se lançant dans la production audiovisuelle, mais surtout dans l’informatique dématérialisée, qui représente aujourd’hui l’essentiel de ses profits.
Avantage concurrentiel
Mais si Amazon vaut si cher aujourd’hui, c’est parce qu’au fil du temps le groupe a su développer ce que les Anglo-Saxons appellent un wide moat, un avantage concurrentiel si puissant qu’il lui permet de distancer durablement ses compétiteurs en imposant ses propres standards.
Cette technique du rouleau compresseur a déjà produit des résultats spectaculaires : Amazon détient près de 50 % du commerce électronique aux Etats-Unis, contre à peine 4 % pour Walmart, le premier distributeur mondial. Désormais, les acteurs traditionnels ne boxent plus dans la même catégorie : la capitalisation de notre « géant » national, Carrefour, ne pèse que 1,2 % de celle d’Amazon.

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                Jeff Bezos, boss sans limites



Le groupe de Seattle est en train d’acquérir une position dominante, qui doit alerter les gouvernements. Jusqu’à présent, ils ont fait preuve de bienveillance en multipliant les subventions pour favoriser le développement du groupe et les emplois qui vont avec ou en fermant les yeux sur sa capacité à faire de l’optimisation fiscale.
Le vent est enfin en train de tourner. Aux Etats-Unis, Amazon est désormais la cible de Donald Trump, qui accuse le groupe de tuer le petit commerce et d’étrangler ses sous-traitants. En Europe, la société est dans le collimateur de l’Union européenne, qui réclame qu’elle paye des impôts à la hauteur de ses revenus. Ce réveil est nécessaire mais bien tardif, alors qu’on réalise dans le même temps que le passage de la distribution traditionnelle à sa version électronique n’a pas réellement contribué à améliorer le sort des salariés. Les bataillons de caissières et de responsables de rayon chez Walmart n’ont rien à envier aux manutentionnaires des entrepôts d’Amazon.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/09/06/21-8">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Dans cette chronique, l’économiste Jean Pisani-Ferry s’intéresse à cet étrange paradoxe qui veut que le prélèvement à la source, mesure coûteuse pour l’Etat, soit regardée comme neutre, alors que le crédit impôt pour la compétitivité et l’emploi, mesure neutre, apparaisse comme coûteuse.
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Réformes fiscales : « Les illusions comptables peuvent avoir des effets réels »

Dans cette chronique, l’économiste Jean Pisani-Ferry s’intéresse à cet étrange paradoxe qui veut que le prélèvement à la source, mesure coûteuse pour l’Etat, soit regardée comme neutre, alors que le crédit impôt pour la compétitivité et l’emploi, mesure neutre, apparaisse comme coûteuse.



LE MONDE
 |    06.09.2018 à 10h30
 • Mis à jour le
06.09.2018 à 15h23
    |

Jean Pisani-Ferry (Professeur d’économie à Sciences Po, à la Hertie School de Berlin et à l’Institut universitaire européen de Florence)







                        



                                


                            
Tendances France. L’année 2019 sera marquée par deux opérations fiscales d’ampleur : le prélèvement à la source (PAS) et la transformation du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) en allégement de cotisations employeurs. La première représentera un abandon de créance de l’Etat au profit des ménages d’environ 70 milliards d’euros ; pourtant, elle n’aura aucun impact sur les comptes publics utilisés pour la surveillance budgétaire européenne.
La seconde n’affectera ni la richesse nette de l’Etat ni celle des entreprises ; pourtant, elle dégradera les comptes publics de près d’un point de PIB. En matière comptable, la mesure coûteuse sera donc regardée comme neutre, et la mesure neutre comme coûteuse. Comment expliquer ce paradoxe ?
Commençons par le PAS. Aujourd’hui les ménages s’acquittent de leur impôt sur leur revenu avec un décalage d’un an. Ils ont donc terminé 2017 avec une dette fiscale, qu’ils ont remboursée en 2018 au fil des prélèvements. La réforme annulera cette dette au titre de 2018 : en 2019, ils payeront l’impôt sur les revenus de 2019.
Un cadeau de l’Etat
Certes, le prélèvement global sera sensiblement équivalent. Mais ils auront été délestés d’un fardeau qui aurait pesé au moment de leur retraite (via un impôt plus élevé au titre de leur dernière année d’activité) et qui serait en partie retombé sur leurs héritiers.
Les jeunes qui entrent sur le marché du travail ne bénéficieront plus de cette première année au cours de laquelle ils ont l’impression de ne pas être imposés
Si l’Etat peut faire ce cadeau, c’est qu’il lui importe peu que les ménages payent leurs impôts au titre de l’année n – 1 ou de l’année n : le flux annuel de recettes futures sera quasiment le même. Pour les ménages aujourd’hui imposables, en revanche, l’effet sera réel, même s’il est décalé dans le temps.
Bien entendu, la raison d’être du prélèvement à la source est ailleurs. L’utilité d’une assiette contemporaine...




                        

                        


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<filnamedate="20180906"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180906"><AAMMJJHH="2018090621">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Pour Alain Frachon, éditorialiste au « Monde », les disparitions en août du sénateur républicain américain, de l’ancien secrétaire général de l’ONU et du journaliste israélien signent chacune la fin d’une époque.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
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« John McCain, Kofi Annan, Uri Avnery : trois morts, un nouveau monde »

Pour Alain Frachon, éditorialiste au « Monde », les disparitions en août du sénateur républicain américain, de l’ancien secrétaire général de l’ONU et du journaliste israélien signent chacune la fin d’une époque.



LE MONDE
 |    06.09.2018 à 10h27
 • Mis à jour le
06.09.2018 à 11h30
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            Alain Frachon








                        



                                


                            

Chronique. Pour trouver le New York Times à Chicago, j’ai dû aller chez Trump. Un comble quand on sait que le président abomine l’excellent quotidien new-yorkais. En cette fin d’été, la grande ville du Midwest aligne plus fièrement que jamais ses blocs d’architecture futuriste en bordure de l’immense Michigan : l’eau du lac est d’une température civilisée – plus de 20 °C –, les plages accueillantes et la courtoisie bonhomme des gens du Midwest toujours aussi plaisante. Mais pas moyen d’acheter son quotidien de référence.
La presse écrite papier ne se vend plus en ville ou presque. Ni kiosque ambulant ni boîtes à journaux sur le trottoir. « C’est fini tout ça », vous dit-on avec la gentillesse réservée aux fétichistes attardés. Il a fallu se résigner à sonder la galerie commerciale sise aux pieds de la tour Trump locale – très belle, soyons franc jeu – pour trouver un minimarket vendant encore des journaux.
Ces morts serviront de marqueur aux historiens. Elles éclairent les temps qui viennent. Pour le meilleur ou pour le pire
La situation n’était guère meilleure à New York. Dans Manhattan, hormis quelques quartiers, les news stands ambulants – presse écrite, bretzels et saucisses chaudes – se font rares. Il reste bien le réseau des boîtes bleues métalliques disséminées en bordure de chaussée. Mais, là, surprise ou signe des temps, on ne trouve plus, pour ses 25 cents, qu’un seul journal : le China Daily, organe d’Etat chinois, en anglais. En somme, le PCC assure les derniers jours de la distribution de la presse écrite au cœur du capitalisme mondial. Merci camarades. Mais c’est tout de même la fin d’une histoire, pour les journaux.
Les derniers jours d’août les occupaient à enterrer trois personnalités. Chacune de ces morts signait aussi la fin d’une époque. Elles serviront de marqueur aux historiens. Elles éclairent les temps qui viennent. Pour le meilleur...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ La nature et ses charmes sont décryptés dans cet ouvrage collectif qui rompt avec les théories profondes habituelles à cette matière.
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La physique de l’élégance

La nature et ses charmes sont décryptés dans cet ouvrage collectif qui rompt avec les théories profondes habituelles à cette matière.



LE MONDE
 |    06.09.2018 à 10h00
 • Mis à jour le
06.09.2018 à 14h21
    |

            David Larousserie








                        



                                


                            

Le livre. Si l’on a coutume de dire que les mathématiques sont belles, il est plus rare d’entendre que la physique est élégante. Après les 300 pages de textes et d’images de Du merveilleux caché dans le quotidien. La physique de l’élégance, c’est pourtant le constat qui s’impose, telle une évidence.
La démonstration est faite par cet ouvrage ­collectif, sans équation complexe, ni théorie profonde ou raisonnement osé, sièges habituels cependant de l’élégance pour les spécialistes. Ici, la beauté vient de la nature elle-même et de tous ses secrets, révélés par la physique, sans que cela brise ses charmes.
Ainsi, plus d’une trentaine de phénomènes ou d’objets du quotidien sont décrits et expliqués apportant leur lot de surprises et de ­connaissances. Le secret de la nacre ? Le même que la recette du mille-feuille, alternant couches dures et molles, empêchant les fissures de se propager. Le secret de la toile d’araignée ? Une composition différente pour les fils radiaux (solides) et en spirale (élastiques). Et ainsi de suite, d’émerveillement en émerveillement pour les bulles, les œufs, les ponts, le sable, le verre, les plantes…
Petites expériences à faire chez soi
Il est beaucoup question de mécanique du ­solide ou des fluides, de tensions, de forces, d’équilibre, de changements d’échelle… Mais tout est expliqué « à la main », stimulant ­l’intuition et le sens physique plutôt que l’adresse technique. En cela, les auteurs sont des héritiers de Pierre-Gilles de Gennes, prix Nobel de physique en 1991 et chantre de la matière molle ou des objets fragiles, dont beaucoup sont décrits dans le livre.
’est en fait ce qui distingue ce dernier d’autres d’un genre proche. Il ne s’intéresse pas à tous les objets ou phénomènes du quotidien comme les classiques « bleu du ciel », « four à micro-ondes »… pour se concentrer sur d’autres plus inattendus comme les cheveux, les pommes de pin, la salade.
Les lecteurs avisés...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos du « Travail des morts. Une histoire culturelle des dépouilles mortelles », de Thomas Laqueur.
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Figures libres. Ce que les morts font aux vivants

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos du « Travail des morts. Une histoire culturelle des dépouilles mortelles », de Thomas Laqueur.



LE MONDE
 |    06.09.2018 à 07h30
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06.09.2018 à 14h00
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                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Le Travail des morts. Une histoire culturelle des dépouilles mortelles (The Work of the Dead. A Cultural History of Mortal Remains), de Thomas Laqueur, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Hélène Borraz, Gallimard, « NRF Essais », 918 p., 35 €.

Attention, grand livre ! Par la taille et le poids : presque un millier de pages, bien tassées, un kilo de papier. Par le sujet, ensuite : les pratiques concernant le corps des défunts, leur évolution dans les sociétés occidentales de l’âge classique à nos jours, les mutations induites par leurs changements. Grand livre, surtout, par l’érudition immense, le goût du détail insolite et parlant, l’ampleur du souffle et du panorama, le sens de la narration qui donne l’impression rare de découvrir les archives en même temps que l’auteur.
On ne s’étonne pas que Thomas Laqueur ait déjà reçu plusieurs prix pour cette somme, Le Travail des morts, parue aux Etats-Unis en 2015. Professeur à l’université de Californie (Berkeley), cet historien est connu des lecteurs français pour ses travaux sur la sexualité, centrés sur la masturbation (Le Sexe en solitaire, Gallimard, 2005), et sur le genre et ses représentations (La Fabrique du sexe, Gallimard, 1992).
Personne n’écouta jamais Diogène
D’entrée de jeu, Laqueur rappelle comment Diogène préconisait à ses disciples de jeter son cadavre à la rue et de laisser les chiens faire le ménage. Une fois que la vie s’est éteinte, le philosophe cynique, refusant toutes les simagrées sociales, ne veut pas qu’on s’embarrasse d’un respect sans objet pour cette viande qui va se putréfier… Toutefois, il est bien le seul à soutenir pareil point de vue. Et personne ne l’écouta jamais, souligne l’historien. En effet, quelle que soit l’époque et quelles que soient les croyances, les corps des humains morts sont toujours considérés très différemment de cadavres quelconques.
Cette immense enquête montre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Dans « Résonance », le philosophe théorise une nouvelle relation au monde comme remède à l’agitation perpétuelle et à la perte de sens du moderne.
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Philosophie. Hartmut Rosa décélère

Dans « Résonance », le philosophe théorise une nouvelle relation au monde comme remède à l’agitation perpétuelle et à la perte de sens du moderne.



LE MONDE
 |    06.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
06.09.2018 à 14h05
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Résonance. Une sociologie de la relation au monde (Resonanz. Eine Soziologie der Weltbeziehung), d’Hartmut Rosa, traduit de l’allemand par Sacha Zilberfarb et Sarah Raquillet, La Découverte, 536 p., 28 €.

Pratiquer une sociologie de notre modernité sans sombrer dans le pessimisme ou le désespoir : l’ample programme que semble s’être fixé le philosophe et sociologue allemand Hartmut Rosa l’engage, dans Résonance, sur la voie d’un nouvel âge de la théorie critique. On désigne ainsi cette école de pensée principalement allemande, née dans les années 1920 et inspirée à la fois par Marx et Max Weber, qui tente d’accorder les concepts métaphysiques aux données des sciences sociales.
Les affres du XXe siècle ont empli les écrits des principaux représentants de cette école – l’école de Francfort –, Theodor W. Adorno (1903-1969) et Max Horkheimer (1895-1973) notamment, d’une tonalité crépusculaire. Leurs successeurs, contemporains du redressement d’après-guerre, Jürgen Habermas puis Axel Honneth, ont rompu avec les pressentiments apocalyptiques de leurs aînés, sans pour autant accepter béatement l’ordre des choses. L’ouvrage de Rosa s’inscrit, à son tour, dans le tournant optimiste de ce courant.
Maux et remèdes
Face à un monde où les relations interpersonnelles se pétrifient en marchandises et en objets (la « réification »), où l’environnement n’est plus un espace auquel le sujet s’assimile mais une ressource à exploiter, peut-on se contenter de décrire le réel ? La philosophie ne doit-elle pas trouver des notions qui nous arrachent à une aliénation grandissante, à une logique purement économique ? Hartmut Rosa le pense, et il s’efforce de reformuler les diagnostics des maux et des remèdes de la modernité en recourant à des notions originales, afin d’en réduire les pathologies.
Pour lui, notre ère est caractérisée par la radicalisation du phénomène de la « stabilisation...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Dans un livre-hommage, Caroline Eliacheff réussit à faire exister au quotidien la pédopsychiatre et psychanalyste, morte il y a trente ans et injustement oubliée.
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Pour Françoise Dolto, entre enthousiasme et amertume

Dans un livre-hommage, Caroline Eliacheff réussit à faire exister au quotidien la pédopsychiatre et psychanalyste, morte il y a trente ans et injustement oubliée.



LE MONDE
 |    06.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
06.09.2018 à 08h53
    |

                            Elisabeth Roudinesco (Historienne et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Françoise Dolto. Une journée particulière, de Caroline Eliacheff, Flammarion, 250 p., 18,90 €.

Pour célébrer le trentième anniversaire de la mort de Françoise Dolto (née Marette, 1908-1988), ­Caroline Eliacheff, pédopsychiatre et psychanalyste, a choisi de lui rendre hommage dans un récit en onze chapitres, dont chacun correspond à une heure choisie dans une journée : de 8 heures à 22 h 30. Cela lui permet, à coups de flash-back, d’immerger le lecteur dans la vie de la grande psychanalyste, admirée autant pour son génie clinique que pour sa manière unique d’aborder la parole des enfants. Chrétienne iconoclaste, libertaire, excessive dans ses interprétations, Dolto dérangeait tous les conformismes sans jamais prôner l’indignation.
Un moment de la vie et de l’œuvre d’une figure majeure
Cette « journée particulière » située au premier semestre de l’année 1979 est donc une « journée fictive », à ceci près que tout ce qui est raconté est exact et dûment archivé. Chacun pourra, au fil des pages, retrouver un moment de la vie et de l’œuvre de cette figure majeure du freudisme français : la mort de sa sœur Jacqueline (1920), qui fut le révélateur de la folie de sa mère ; l’analyse bénéfique avec René Laforgue (1934-1937) ; les études de médecine ; le mariage avec Boris Dolto (1942), inventeur d’une méthode de massothérapie ; la complicité avec Jacques Lacan ; le séminaire qu’elle mena à l’hôpital Trousseau (1940-1978) ; la fondation du centre médico-psycho-pédagogique Etienne-Marcel (1962), de l’Ecole de la Neuville (1973), de la Maison verte (1979)… Sans oublier les chroniques sur France Inter, avec Jacques Pradel (1976-1978), qui la rendirent célèbre, et les attaques grotesques de ses ennemis l’accusant de dissoudre l’ordre familial.
Mais il s’agit aussi d’un bilan, où se mêlent enthousiasme et amertume : « Trente ans après sa mort, à ma grande surprise, le nom de Françoise...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ « Nous fabriquons des jeunes honteux de ce qu’ils sont », déplore la pédopsychiatre Catherine Jousselme.
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Parcoursup : « En France, la sélection par l’échec est une coutume »

« Nous fabriquons des jeunes honteux de ce qu’ils sont », déplore la pédopsychiatre Catherine Jousselme.



LE MONDE
 |    06.09.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
06.09.2018 à 12h31
    |

            Soazig Le Nevé








                        


Eduquer pour faire croître et non pour « casser » les vocations. Tel devrait être le centre de nos préoccupations, selon Catherine Jousselme, pédopsychiatre et chef du pôle enseignement-recherche de la Fondation Vallée, institution de soins en pédopsychiatrie située à Gentilly (Val-de-Marne). Au sein d’une société « méprisante par son élitisme », elle s’inquiète de voir monter le stress chez des jeunes dont les passions et compétences n’ont été ni repérées ni cultivées par le système scolaire.
Pour une pédopsychiatre, la procédure Parcoursup, c’est quoi ?
Catherine Jousselme : Parcoursup et admission post-bac (APB), qui l’a précédé, ne diffèrent pas radicalement : des étudiants de plus en plus nombreux à répartir le moins injustement possible, pour que chacun puisse obtenir la formation qu’il souhaite. L’idée est de trouver le moins mauvais des systèmes de sélection. APB utilisait dans certaines filières le tirage au sort : pour moi, c’est choquant et pas du tout égalitaire ! Tirer au sort des choix de vie donne l’impression aux jeunes qu’on joue aux dés, pire à la roulette russe, leur avenir.
Parcoursup s’articule à la réforme du bac 2021, qui n’est pas encore en place. Donc les générations actuelles sont entre deux et c’est très compliqué. Et puis en France, la sélection par l’échec est une coutume. « Tu ne pourras pas aller en S », « tu finiras en bac pro »… Nous fabriquons une classe de jeunes honteux de ce qu’ils sont, et de « ne pas avoir le niveau ». Certaines séries sont toujours vues comme des dépotoirs. Comment considérerait-on l’élève Victor Hugo aujourd’hui, alors que la filière littéraire est encore dévalorisée ? Finalement, le sujet de la sélection n’est pas tant APB ou Parcoursup, il se situe bien en amont.
Qu’a changé Parcoursup dans la vie des lycéens ?
Parcoursup – comme APB – demande aux élèves de se projeter après le bac alors qu’ils ne l’ont pas encore. Faire ses choix d’orientation en janvier, c’est délirant ! Et avoir des réponses positives ou négatives avant même les épreuves écrites du bac, ça met une pression difficile à gérer pour beaucoup. Le critère principal de cette sélection reste les bulletins scolaires de première et ceux du premier trimestre de terminale : comment garder l’envie d’apprendre dans ces conditions ?
La gestion de l’attente est de plus en plus anxiogène. Avec l’application Parcoursup, le stress de la vérification est quotidien. Ça peut vraiment devenir maltraitant ! Parmi les candidats encore en attente cet été, les plus sages auront éteint leur portable et confié à des proches la mission de faire le point. Les plus fragiles seront restés collés à leur téléphone avec une tachycardie matinale et la sensation d’être « pas comme les bons qui savent déjà où ils vont ».
Et si l’attente est compliquée pour tous, elle l’est souvent plus pour les jeunes qui sont en province : « J’habite à Briançon. Vais-je finalement aller à Lille ou à Marseille pour faire ce que je veux ?… Quand la réponse ne tombe que le 5 septembre, si vous n’avez pas les moyens pour louer illico une chambre à n’importe quel prix, vous ne pouvez pas vous permettre d’attendre : vous lâchez vos rêves et vous choisissez « petit », en amont, le plus « faisable ». A moins que les cités universitaires retardent leurs délais d’inscription…
Le stress doit-il faire partie intégrante de l’orientation ?
Le moins possible au contraire ! On sait aujourd’hui qu’un stress important prolongé est extrêmement néfaste pour le corps humain, facteur aggravant, voire déclenchant, de certains états inflammatoires, d’épisodes dépressifs… C’est aberrant d’associer obligatoirement stress et orientation ! Certes, dans la vie il faut apprendre à se battre. Mais c’est grâce à la passion, à la motivation et aux liens avec les autres qu’on arrive à donner le meilleur de soi-même. Pas grâce au stress ! Si on écrase l’autre pour avancer, c’est la haine qui monte, pas l’humanité, qui pour moi doit rester la valeur centrale de notre société.
A quel moment les enfants découvrent-ils la notion de sélection ?
Très tôt malheureusement… Dès la petite section de maternelle, quand l’enseignant lit une histoire, les enfants qui ont l’habitude des livres depuis toujours naviguent facilement dans l’organisation temporelle (début, cheminement, fin). Mais ceux pour qui c’est nouveau sont perdus. Alors il y a ceux qui s’agitent et sont vite punis, ceux qui s’inhibent, mais ne gênent personne, ceux qui gardent l’envie de s’accrocher. D’emblée, les enfants qui apprécient la lecture se distinguent de ceux qui restent « à côté » de l’histoire. Ce sont ces derniers qu’il faut aller chercher, au risque de les perdre et de cliver la classe, en oubliant la richesse qu’ils peuvent apporter au groupe à leur façon, avec leurs outils propres. C’est pour cela qu’il est si important d’avoir des classes à petits effectifs, avec des enseignants formés.
Les bulletins scolaires, à leur manière, creusent aussi les écarts. Dans mes consultations, j’en vois de toute sorte : avec des notes, des couleurs, des « notions acquises », « en cours d’acquisition », etc. La façon de rendre compte des résultats des élèves diffère selon les établissements, cela pose question dans un pays où la scolarité est censée être la même pour tout le monde. L’enfant qui est déjà dans les notes comprend tout de suite la sélection par les résultats scolaires. Comment permettre à chacun de développer au mieux toutes ses capacités si les élèves eux-mêmes construisent leurs valeurs identitaires à partir de leurs notes, de la nature de leur série (la sacro-sainte « S sinon rien »…) ou de l’estampillage de leur lycée (avec cette idée qu’un 16/20 ici ne vaut pas un 16 là…) ? Quelle société méprisante dans son élitisme…
Que pourrait-être une sélection juste ?
Un système qui repère les capacités des jeunes plus qu’il ne les sélectionne. Ça me fait penser à la classification internationale des handicaps : on est passé de « Ce patient est inadapté à… » à « Ce patient est en capacité de… ». Il faut s’appuyer sur le positif plutôt que de sélectionner par le négatif. Faire pousser, faire grandir, faire germer, c’est éduquer au sens propre du terme. Il faut que les enseignants et le système scolaire n’aient de cesse de penser à cela. Qu’on arrête de vouloir faire entrer les élèves dans des boîtes à chaussures prédéterminées, qui ne correspondent pas à leur pointure.
Repérer très tôt les passions, les talents et les cultiver permettrait d’aller vers des choix en positif. Actuellement il n’est pas facile pour des parents de positiver ces talents parfois originaux (les métiers d’art et d’artisanat par exemple) quand ce qui leur est donné à voir ce sont les minces possibilités locales d’orientation. Ils doivent se battre pour que s’impose une orientation valorisante pour leurs enfants. Pour trouver la bonne piste il leur faut assez d’estime d’eux-mêmes et de ressources – y compris parfois financières…
S’il me paraît contreproductif de vivre dans le monde des Bisounours, en alimentant des rêves, sans tenir compte de la réalité des capacités de chacun, il me paraît très grave de laminer la créativité de certains, parce qu’on n’a pas cherché à l’analyser et à la comprendre. Pour avancer ensemble dans une solidarité qui seule fait le ciment des sociétés solides, il faut éviter la stigmatisation, l’humiliation, les choix par défaut et par facilité. Un être humain, a fortiori quand il est jeune, c’est une promesse de multiples bourgeons et l’arbre de la vie doit toujours rester vert.

        Lire aussi :
         

                Parcoursup : une attente « interminable »




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                Du tirage au sort… au mérite, l’année où Parcoursup a remplacé APB






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Le ministre de l’intérieur et leader de la Ligue italien, Matteo Salvini, s’appuie sur le soutien de l’opinion publique pour prendre des décision arbitraires, analyse l’universitaire Sofia Ventura, dans une tribune au « Monde ».
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Italie : « Matteo Salvini pense pouvoir faire tout et n’importe quoi au nom du peuple »

Le ministre de l’intérieur et leader de la Ligue italien, Matteo Salvini, s’appuie sur le soutien de l’opinion publique pour prendre des décision arbitraires, analyse l’universitaire Sofia Ventura, dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    06.09.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
06.09.2018 à 09h55
    |

Sofia Ventura (professeure associée de sciences politiques à l’université de Bologne)







                        



                                


                            
Tribune. En Italie, l’agenda politique est dicté par le ministre de l’intérieur et leader de la Ligue, Matteo Salvini. Ses alliés au gouvernement, le Mouvement 5 étoiles (M5S) et son chef Luigi Di Maio (qui est vice-président du conseil, comme Salvini, et ministre du travail et du développement économique), y participent avant tout en semant la confusion sur la politique économique. Mais sur les sujets chauds du moment, en particulier sur celui de l’immigration, qui est l’obsession de Salvini, ils suivent la Ligue. Et ils le font parce que les sondages disent qu’environ deux tiers des Italiens sont d’accord avec la politique migratoire du ministre de l’intérieur.

Depuis qu’elle est dirigée par Salvini (décembre 2013), la Ligue est un parti populiste d’extrême droite. Salvini prône un durcissement de l’ordre public, mais, surtout, il envoie un message xénophobe qui criminalise les migrants et en donne une image négative. Il oppose systématiquement les Italiens aux migrants : si le pays ne vient pas en aide aux Italiens les plus pauvres, c’est parce qu’il dépense son argent pour subvenir aux besoins des migrants ; les Italiens pauvres n’ont pas de logements tandis que les migrants, eux, sont hébergés dans des hôtels cinq étoiles. Du reste, Salvini ne s’intéresse qu’aux crimes commis par des migrants contre des Italiens.
Puissante machine de communication
Voilà le pain quotidien du débat politique actuel. Et derrière tout cela se trouve une puissante machine de communication. Salvini est partout : il tweete, il diffuse des vidéos en direct sur Facebook depuis la plage, il se fait photographier à la montagne, il participe à des fêtes et organise des meetings. Il passe des heures et des heures à faire des selfies avec des fans. Bref, c’est une « célébrité » parfaite. La presse people s’intéresse à lui avec un appétit sans précédent et le présente comme un bon père de famille et comme un petit ami transi d’amour (pour une célèbre présentatrice...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Les manifestations à Chemnitz témoignent de l’union de groupes d’extrême droite jusque-là séparés, estiment les universitaires Cynthia Miller-Idriss et Daniel Köhler, dans une tribune au « Monde ».
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En Allemagne, « un niveau de coopération inédit entre les groupes d’extrême droite »

Les manifestations à Chemnitz témoignent de l’union de groupes d’extrême droite jusque-là séparés, estiment les universitaires Cynthia Miller-Idriss et Daniel Köhler, dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    06.09.2018 à 06h45
 • Mis à jour le
06.09.2018 à 14h40
    |

Cynthia Miller-Idriss (Professeure d’éducation et de sociologie à l’Université américaine de Washington) et Daniel Köhler (Directeur l’Institut all...







                        



                                


                            
Tribune. Des enregistrements vidéo montrant des groupuscules d’extrême droite allemands pourchassant, harcelant et attaquant des minorités ethniques, des journalistes et des contre-manifestants face à une police dépassée se sont répandus sur les réseaux sociaux la semaine dernière.
Dans une vidéo, un policier prévient un réfugié libanais parmi les contre-manifestants : « Si la foule attaque, nous ne pourrons pas garantir votre sécurité. » Dans la ville est-allemande de Chemnitz, dimanche 26 août, des manifestations ont rapidement éclaté après qu’un Allemand a été poignardé à mort lors d’une bagarre et que deux demandeurs d’asile, un Syrien et un Irakien, ont été arrêtés pour le crime.

Du jour au lendemain – en grande partie grâce au recrutement via les réseaux sociaux –, la foule, à l’origine spontanée, défilant contre les « migrants criminels » a rassemblé 6 000 manifestants. En sous-nombre, la police locale a dû lutter pour tenir ses positions ; des pans entiers de la ville ont néanmoins échappé à tout contrôle policier pendant deux jours, jusqu’à ce que l’on envoie des renforts.
Nouvelles stratégies
Les événements survenus à Chemnitz ont horrifié la plupart des Allemands et des citoyens du monde entier ; ils auront aussi révélé le nouveau visage d’une partie de l’extrême droite. Il est désormais et plus que jamais évident que les tactiques et les stratégies des mouvements violents d’extrême droite ont changé.
Avant Chemnitz, il existait en Allemagne deux types de manifestations d’extrême droite, sans lien entre elles. Pendant des décennies, on a assisté, périodiquement, à des défilés organisés par un petit noyau dur de militants néonazis, consacrés en général à la commémoration de dirigeants nazis comme Rudolf Hesse, et auxquels prenaient part des extrémistes marginaux, presque toujours mis en minorité par les contre-manifestants antifascistes.
La violence que l’on observait en ces occasions se...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le sociologue Jean-Claude Barbier met en garde contre la politique de lutte contre la pauvreté menée depuis 2011 par le Royaume-Uni, un véritable fiasco selon lui.
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Article sélectionné dans La Matinale du 05/09/2018
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« L’emploi et le travail ne sont pas en mesure de résoudre les problèmes de pauvreté »

Dans une tribune au « Monde », le sociologue Jean-Claude Barbier met en garde contre la politique de lutte contre la pauvreté menée depuis 2011 par le Royaume-Uni, un véritable fiasco selon lui.



LE MONDE
 |    06.09.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
06.09.2018 à 10h00
    |

                            Jean-Claude Barbier (Sociologue)








                        



                                


                            

Tribune. Depuis l’introduction des systèmes de protection sociale modernes, au XIXe siècle, aucun gouvernement en Europe n’a vraiment essayé d’éradiquer la pauvreté, malgré les promesses de tel ou tel ministre. C’est la raison pour laquelle tous les systèmes cherchent d’abord à dépenser le moins possible, à simplifier les dispositifs pour faire des économies.
En outre, ils tablent, depuis le début des années 1990, sur le fait que l’emploi (le travail) peut régler la question de la pauvreté. C’est ce qu’on appelle dans le jargon « activer les pauvres ». Le gouvernement français, qui a annoncé, en amont de la présentation de son plan d’action contre « les inégalités de destin », envisager un « versement unique » et vouloir « donner la priorité au travail », devrait analyser le fiasco de la réforme dans un pays orfèvre en la matière, le Royaume-Uni.
Dès 2011, Iain Duncan Smith – ministre du travail et des pensions de David Cameron entre mai 2010 et mars 2016 –, avait présenté un projet de fusion en une seule allocation, dite « universal credit », de six prestations existantes (chômage, supplément familial, handicap, allocation logement…) et de divers crédits d’impôts. L’objectif affiché était d’inciter au travail et ainsi d’améliorer la situation des familles pauvres, en particulier des enfants.
Difficultés logistiques
L’esprit britannique traditionnel imprégnait cette réforme : chaque pauvre devait se prendre en main en gérant son budget mensuel, fonctionner de façon autonome sans accompagnement administratif grâce à l’utilisation de logiciels, et augmenter son temps de recherche d’emploi jusqu’à un équivalent de 35 heures par semaine sans passer par les rendez-vous hyperexigeants du service de l’emploi. Une modernisation radicale de la loi sur les pauvres du XIXe siècle.
Une fois la réforme accomplie, plus d’un ménage britannique...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Le professeur Johan Martinsson explique, dans une tribune au « Monde », que le décalage entre l’opinion publique et les responsables politiques suédois sur la question des réfugiés a largement contribué au succès du parti nationaliste.
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« Pourquoi les Démocrates de Suède, un parti anti-immigration et nationaliste, progressent »

Le professeur Johan Martinsson explique, dans une tribune au « Monde », que le décalage entre l’opinion publique et les responsables politiques suédois sur la question des réfugiés a largement contribué au succès du parti nationaliste.



LE MONDE
 |    06.09.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
06.09.2018 à 09h51
    |

Johan Martinsson (Professeur de sciences politiques à l’université de Göteborg, Suède)







                        



                                


                            

Tribune. Les élections législatives du 9 septembre en Suède devraient faire date à plusieurs titres. Les sociaux-démocrates pourraient réaliser leur plus mauvais score depuis que le pays est une démocratie. La plupart des sondages les créditent de 22 % à 26 % des suffrages, alors qu’ils en obtenaient habituellement autour de 45 % il y a quelques décennies. Avec la montée des Démocrates de Suède (SD), le parti nationaliste et anti-immigration qui pourrait dépasser la barre des 20 %, aucun des blocs traditionnels de la politique suédoise ne peut espérer détenir une majorité de sièges au Parlement dans un avenir proche.
Les Démocrates de Suède avaient recueilli à peine plus de 1 % des voix en 2002 et n’ont fait leur entrée au Parlement qu’en 2010. Comment se fait-il qu’une formation appartenant à la même famille idéologique que le Rassemblement national en France et que beaucoup classent encore à l’extrême droite et qualifient de parti populiste, voire raciste, progresse d’élection en élection en Suède ?

Il faut dire que, lorsque le parti a été fondé en 1988, beaucoup de ses membres entretenaient des liens étroits avec les milieux racistes et suprémacistes blancs suédois. Son premier dirigeant avait milité auparavant dans un parti ouvertement néonazi. Une bonne partie de la population suédoise serait-elle devenue raciste ou antidémocratique ? Non. Les Démocrates de Suède ont beaucoup changé depuis dix ans sous l’impulsion de leur actuelle direction et se sont efforcés de se défaire de leur image de parti raciste et de rompre avec leur passé sulfureux.
Un parti anti-immigration, nationaliste et europhobe
A la faveur de plusieurs scissions, les éléments les plus radicaux ont quitté les SD pour fonder leur propre organisation. Dans le programme actuel du parti ne subsiste plus aucune trace de racisme. On pourrait définir aujourd’hui les SD comme un parti anti-immigration, nationaliste et europhobe. On décèle aussi chez...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ L’historien Stéphane François analyse la radicalisation des mouvements extrémistes, comme ceux de Chemnitz, en Allemagne.
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Article sélectionné dans La Matinale du 05/09/2018
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« En Europe, une partie de l’extrême droite revient à l’action violente »

L’historien Stéphane François analyse la radicalisation des mouvements extrémistes, comme ceux de Chemnitz, en Allemagne.



LE MONDE
 |    06.09.2018 à 05h15
 • Mis à jour le
06.09.2018 à 19h47
    |

                            Stéphane François (historien)








                        



                                


                            

En Italie et en Autriche, elle est au gouvernement ; en France, elle est représentée à l’Assemblée nationale ; en Suède, elle est aux portes du pouvoir ; en Allemagne, elle est dans les rues et elle chasse les migrants. Nous pourrions multiplier les exemples…
L’extrême droite a le vent en poupe en Europe. De quoi se nourrit-elle ? Pourquoi est-elle aussi dynamique ?
Le dynamisme des extrêmes droites populistes européennes n’a pas échappé à l’œil avisé de Steve Bannon, ancien proche conseiller du président américain Donald Trump. Il a fait, ces derniers mois, la tournée des groupuscules européens afin de les unifier. Une tentative qui se conclura par un échec, les formations étant trop éclatées et différentes. Surtout, plusieurs d’entre elles sont des répulsifs pour les autres : c’est le cas, par exemple, du Rassemblement national de Marine Le Pen, encore jugé trop antisémite par les populistes hollandais.

Le rejet de l’autre
Les formations radicales ne sont pas en reste : les animateurs de l’Alt-right américaine les observent et traduisent les productions théoriques de ses intellectuels. Il y a en effet un jeu de références réciproques : les intellectuels européens, comme les essayistes Alain de Benoist et Guillaume Faye, sont lus et discutés aux Etats-Unis et, en retour, les principaux intellectuels américains sont traduits en Europe. Ainsi, le théoricien païen, postnazi et suprémaciste blanc Greg Johnson a été traduit en français en 2016.
Cependant, M. Bannon ne prend pas en compte le fait que les extrêmes droites européennes, du fait des histoires nationales différentes, sont diverses et propres à chaque pays : elles ont des origines et des manifestations différentes. Certaines sont religieuses, d’autres sont issues du fascisme ; d’autres encore jouent la voie électorale tandis qu’une dernière catégorie est violente et révolutionnaire.
Malgré tout, il est possible d’énumérer des thématiques communes....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Analyse. Habiter, ce n’est pas seulement mettre un toit sur sa tête. C’est nouer une relation avec un lieu. Encore faut-il que le lieu en question ait été conçu pour être habitable, rappelle Isabelle Regnier, journaliste au « Monde ».
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L’architecture revient aux fondamentaux

Analyse. Habiter, ce n’est pas seulement mettre un toit sur sa tête. C’est nouer une relation avec un lieu. Encore faut-il que le lieu en question ait été conçu pour être habitable, rappelle Isabelle Regnier, journaliste au « Monde ».



LE MONDE
 |    06.09.2018 à 05h00
 • Mis à jour le
06.09.2018 à 09h39
    |

            Isabelle Regnier








                        



                                


                            

Analyse. La construction de logements a plus de points communs qu’on imagine avec la production de pots de yaourt. Comprimer les coûts et maximiser la rentabilité, tels sont les objectifs que lui assignent les conglomérats qui bétonnent la planète. La France ne fait pas exception.
Le cadre juridique qui assurait la tenue architecturale du secteur voit son rayon régulièrement diminuer depuis 1985 et l’adoption de la loi relative à la maîtrise d’ouvrage publique, et le périmètre de la commande publique ne cesse de rétrécir. En affranchissant les bailleurs sociaux des principales mesures qui régissaient leurs rapports avec les architectes, la loi Elan, votée en juin, enfonce encore le clou. Le logement y est appréhendé comme un bien de consommation standard, sans référence ni à l’architecture ni au cadre de vie. Comme s’il n’avait pas vocation à être habité.

Habiter, ce n’est pas seulement mettre un toit sur sa tête. C’est nouer une relation avec un lieu, y construire une sphère intime à partir de laquelle se projeter, se constituer en citoyen. Encore faut-il que le lieu en question ait été conçu pour être habitable. « Habiter, bâtir et penser », pour reprendre le titre d’une conférence de Martin Heidegger, ne vont pas l’un sans l’autre.
Cette idée est au fondement de l’architecture. La médiatisation d’édifices spectaculaires faisant rayonner mondialement le pouvoir de leur commanditaire a pu l’occulter un temps, dans le débat public comme chez les architectes. Elle revient aujourd’hui en force, comme en réaction à un trop-plein de béton.
A la Biennale de Venise, par exemple, elle résonne un peu partout, et le Lion d’or attribué au pavillon suisse en amplifie la portée. En invitant les visiteurs à circuler dans un appartement témoin dont ils ont anamorphosé les proportions, en les engageant à transiter d’une pièce pour géant à une autre calibrée pour des poupées, les architectes lauréats – Alessandro Bosshard,...




                        

                        

