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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Le sixième prix littéraire « Le Monde » a été attribué mercredi à l’écrivain pour son roman « A son image », qui retrace l’histoire d’une photoreporter corse.
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« Le Monde » remet son prix littéraire à Jérôme Ferrari pour « A son image »

Le sixième prix littéraire « Le Monde » a été attribué mercredi à l’écrivain pour son roman « A son image », qui retrace l’histoire d’une photoreporter corse.



LE MONDE
 |    05.09.2018 à 19h33
    |

            Raphaëlle Leyris et 
Jean Birnbaum








                        



   


Nous avons hésité à faire figurer A son image parmi les romans en lice pour le prix littéraire Le Monde. Non que nous ayons eu des doutes sur la beauté sombre et la force de ce roman retraçant l’histoire d’une photoreporter corse. Mais parce que, six ans après le Goncourt du Sermon sur la chute de Rome (Actes Sud), nous nous interrogions sur le sens qu’il y aurait à attribuer une récompense à celui qui avait déjà reçu le plus convoité des prix. Des questions balayées par l’enthousiasme du jury, présidé par Jérôme Fenoglio, directeur du Monde, et composé de journalistes travaillant au « Monde des livres » (Jean Birnbaum, Florent Georgesco, Raphaëlle Leyris, Florence Noiville et Macha Séry) et aux quatre « coins » du Monde : François Bougon (Economie), Denis Cosnard (Economie), Emmanuel Davidenkoff (Développement éditorial), Clara Georges (« L’Epoque ») et Raphaëlle Rérolle (« Grands reporters »). En dépit des grandes qualités des autres textes sélectionnés, c’est donc A son image qui succède à L’Art de perdre, d’Alice Zeniter (Flammarion).

        Lire la critique d’« A son image » :
         

          Dans l’œil de Jérôme Ferrari



Quel rapport entreteniez-vous avec les prix littéraires avant le Goncourt, et ce dernier a-t-il modifié votre regard sur eux ?
Comme lecteur, je n’ai jamais choisi un livre en fonction des prix, et il ne m’a jamais semblé que ceux-ci étaient un critère de qualité littéraire infaillible. Et pourtant je me rappelle très bien à quel point, en 2012, la semaine avant l’attribution du Goncourt, j’avais du mal à penser à autre chose.
Aujourd’hui, j’entretiens un rapport moins détaché que je ne le pensais, moi qui étais convaincu d’en avoir fini avec les prix. Celui du Monde me fait très plaisir. Sans doute parce que j’ai une relation particulière avec votre journal depuis 2012. [Plus de deux mois avant de recevoir le prix Goncourt, Jérôme Ferrari avait fait la « une » du « Monde des livres » et du Monde pour Le Sermon sur la chute de Rome.]
Avez-vous un lien plus lointain, familial par exemple, avec « Le Monde » ?
Cela fait des années que je suis abonné au Monde. Dans ma famille, il n’y avait pas de quotidien à la maison, mais j’ai tout de même un lien familial avec le journal, grâce à un cousin qui travaillait à l’imprimerie du Monde, et qui a donné à mon père la plaque d’impression de cette fameuse « une » du Monde d’août 2012 !
Votre œuvre semble revenir constamment à la première phrase d’« Un dieu un animal » (Actes Sud, 2009) : « Bien sûr, les choses tournent mal. » L’expression est récurrente dans « A son image »…
Je m’en suis aperçu à la relecture ! J’ai fait un travail d’enquête en Serbie avant d’écrire, et ce qui revenait constamment dans les discussions avec les gens était leur consternation face à la rapidité avec laquelle, oui, les choses tournaient mal. Le fait qu’ils pensaient moins vite que l’événement. L’expression s’est imposée. Mais peut-être que cela m’a frappé parce que cela rencontrait, chez moi, un certain tropisme.
Plus le roman avance, plus on a l’impression que la photo est ce qui montre ce qui n’aurait pas dû être montré. Et l’on se demande si, au fond, la conclusion à en tirer ne serait pas celle d’une « supériorité » morale de la littérature…
C’est un problème qui est abordé, en effet, mais ça n’est pas du tout ce que je pense. Le piège de l’obscénité est là, dans n’importe quel type de représentation. Cette question m’intéresse, y compris d’un point de vue philosophique, depuis longtemps.
Personnellement, je pense que les photos qui montrent ce qu’on devrait cacher doivent le montrer – même si j’ai conscience que l’impact du photo-reportage de guerre est inférieur à ce qu’il a pu être, parce que l’on est noyé sous les images. Attester d’un événement reste une chose très importante. Je ne pense pas que la littérature, face à l’obscénité, puisse se placer en position de supériorité par rapport à la photographie. Il faut voir au cas par cas. Quand j’écrivais Où j’ai laissé mon âme [Actes Sud, 2010], cette question me travaillait particulièrement – et avec elle cette idée qu’on peut être obscène avec les meilleures intentions du monde.

   


Est-ce que ces interrogations sur l’obscénité et la complaisance ont un lien avec la relative sobriété de votre écriture dans « A son image » ?
Non, ça, c’est vraiment une chose entre moi et moi, à cause de laquelle j’ai recommencé le roman vingt fois. J’ai toujours eu peur du moment où l’on maîtrise une forme si bien que l’on finit, sans s’en rendre compte, par reproduire un « algorithme » inconscient d’écriture… Au risque de s’autoparodier. C’est une chose que je craignais, et c’est de cela que procède ce changement. Je voulais un peu échapper à moi-même.
La thématique religieuse est très forte ici, comme elle l’était dans « Le Sermon sur la chute de Rome », entre autres. Vous dites n’être pas croyant, mais est-ce que, de livre en livre, vous n’approfondissez pas ce que le philosophe, théologien et prêtre Michel de Certeau (1925-1986) appelait une « écriture croyante » ?
Cette expression est très belle ! Je veux bien me l’approprier. Il est sûr que je ne suis pas croyant, et tout aussi sûr qu’il y a là-dedans beaucoup de choses qui me touchent, sans quoi je ne me lancerais pas dans un exercice simplement intellectuel ou esthétique. Pour écrire un personnage de prêtre, comme il y en a un dans A son image, il faut que je me sente au moins la capacité de me faire une représentation intime de ce que peut être cette expérience. Je ne sais pas si j’aurais ressenti cette proximité si je n’avais pas connu les messes d’enterrement corses – c’est une série de gestes, de prières et de devoirs qui sont accomplis dans une solennité encore augmentée quand la messe est chantée en polyphonie. Peut-être que j’y suis d’abord venu par émotion esthétique.

Prix littéraire « Le Monde »: la sélection 2018
Les dix titres en lice
Arcadie, d’Emmanuelle Bayamack-Tam, P.O.L
Le Guetteur, de Christophe Boltanski, Stock
A son image, de Jérôme Ferrari, Actes Sud
Camarade Papa, de Gauz, Le Nouvel Attila
Idiotie, de Pierre Guyotat, Grasset
Un monde à portée de main, de Maylis de Kerangal, Verticales
Ma dévotion, de Julia Kerninon, Rouergue
Toutes les femmes sauf une, de Maria Pourchet, Fayard
L’Hiver du mécontentement, de Thomas B. Reverdy, Flammarion
Par les écrans du monde, de Fanny Taillandier, Seuil



        Lire aussi :
         

                Tout sur le prix littéraire « Le Monde »






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Avec « L’Abattoir de verre », le Prix Nobel sud-africain propose sept nouvelles autour de l’existence humaine et animale. Un instant de grâce, écrit Camille Laurens.
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Une leçon d’humanité de J. M. Coetzee

Avec « L’Abattoir de verre », le Prix Nobel sud-africain propose sept nouvelles autour de l’existence humaine et animale. Un instant de grâce, écrit Camille Laurens.



LE MONDE
 |    05.09.2018 à 16h00
    |

                            Camille Laurens (écrivaine)








                        



                                


                            
L’Abattoir de verre (Moral Tales), de J. M. Coetzee, traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Georges Lory, Seuil, 176 p., 18 €.

Le discours de réception du prix Nobel que prononça J. M. Coetzee en 2003 s’intitulait : « Lui et son homme ». L’écrivain y mettait en scène son goût des identités plurielles. Chaque fois qu’il est apparu lui-même dans la part de son œuvre qui relève de l’« autobiographie fictive » (ou de l’autofiction, si l’on osait le mot), il l’a fait de façon ambiguë, notamment dans L’Eté de la vie (Seuil, 2010) où, s’imaginant mort, il se démultipliait sous son vrai nom à travers les commentaires des autres.
L’Abattoir de verre va plus loin encore puisque non seulement le livre est composé de sept textes – ou nouvelles ? – écrits entre 2003 et 2017, mais Coetzee y retrouve aussi son double fictif féminin, la célèbre écrivaine australienne ­Elizabeth Costello, héroïne d’un roman éponyme (Seuil, 2004). Ces sept éclats de miroir reflètent et diffractent le portrait d’une femme à différents âges de sa vie, surtout dans sa vieillesse, avec ses désirs « conçus par un cerveau automnal, qui regarde vers l’arrière ». Le prisme ainsi composé permet à Coetzee, né en 1940, d’interroger l’unité du moi et le sens de l’existence à l’approche de sa fin. « Peut-être s’agit-il d’une histoire qui s’arrête sans savoir où aller », dit Elizabeth à ses enfants qui, aimants mais pragmatiques, veulent la persuader de renoncer à sa vie lointaine et solitaire pour entrer dans une proche maison de retraite. Libre et fantasque, elle refuse d’être réduite à une identité figée.
Obscure clarté de la finitude
Ainsi quand, femme mariée, elle a une aventure, elle se sent « elle-même », dans l’infidélité comme dans la fidélité. « Est-ce cela, la perfection : avoir un mari et un amant en même temps ? » Coetzee ne donne guère de réponses aux questions moqueuses,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Le spécialiste de l’œuvre de Jules Michelet est mort le 3 août à l’âge de 93 ans.
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La mort de l’historien Paul Viallaneix

Le spécialiste de l’œuvre de Jules Michelet est mort le 3 août à l’âge de 93 ans.



LE MONDE
 |    03.09.2018 à 14h18
    |

                            Philippe-Jean Catinchi








                        


Historien de la littérature tenu pour le meilleur spécialiste de l’œuvre de Jules Michelet, Paul Viallaneix est mort à Tulle, le 3 août à l’âge de 93 ans.
Ses attaches corréziennes sont essentielles. Instituteurs, ses parents sont originaires du département : son père, Baptiste Viallaneix, est fils de paysan, sa mère, Yvonne, d’artisans. Né à Gumont le 4 juillet 1925, le petit Paul grandit à Pérols-sur-Vézère, dont il fréquente l’école communale, où ses parents exercent, puis à Chanac-les-Mines, près de Tulle. Entré au lycée Edmond-Perrier de Tulle dès la 6e, il en sort bac en poche en 1942 pour gagner à l’automne Paris et le lycée Louis-le-Grand, où il suit les cours de Jean Guéhénno avant de quitter la khâgne et d’entrer en résistance sur ses terres de Corrèze, membre des corps francs de Tulle.
A la Libération, il reprend ses études et intègre l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm (1946). Reçu troisième à l’agrégation de lettres classiques (1949), puis pensionnaire de la Fondation Thiers, réservée aux étudiants les plus prometteurs, il obtient un poste d’assistant en Sorbonne (1950-1952). Déjà fasciné par l’œuvre et l’aura de Michelet, il lui consacre son mémoire de maîtrise sous la direction de Maurice Levaillant (1883-1961) : « L’idée de peuple dans la pensée de Jules Michelet ».
Fidèle à ses hautes terres du Massif central
Un sujet qu’il reprend et approfondit pour sa thèse, désormais sous la conduite d’un autre historien du romantisme, René Jasinski (1898-1985). Sans attendre la soutenance (1959) et la publication de son ouvrage La Voie royale (Delagrave), Paul Viallaneix intègre la faculté des lettres de Clermont-Ferrand comme assistant (1952). Il y fera toute sa carrière, profitant à plein de l’exceptionnel bouillon de culture pluridisciplinaire qui saisit alors le lieu. C’est là qu’il côtoie Michel Foucault et Michel Serres, Roger Quilliot, Robert Mandrou et Jean-Jacques Becker. Il y laisse un vif souvenir à ses étudiants, lui qui refuse la Sorbonne pour rester fidèle à ses hautes terres du Massif central.
Tout en donnant plus de vingt ans durant des cours d’agrégation à l’Ecole normale, traitant pareillement des auteurs du XVIe siècle, qu’il affectionne, de Marguerite de Navarre aux poètes de la Pléiade, et du XIXe, il crée à Clermont, avec le concours d’historiens comme de dix-neuviémistes, le Centre de recherches révolutionnaires et romantiques – dont il prend la direction en 1967 –, centre qui organise dès 1975 des colloques mémorables, avec Jean Ehrard notamment.
Reconnu au niveau international, où il exerça aussi son magistère, Viallaneix fut membre du Churchill College de Cambridge et du St Antony’s College d’Oxford. Il faut dire que ses publications nombreuses, au style sobre et original sans affectation ni effet, avaient un impact clair. Ainsi examina-t-il Pascal, Vigny, Lamartine ou Quinet, Supervielle aussi, et surtout Albert Camus, dont la pensée droite et intraitable comme l’honnêteté profonde le séduisit dès la Libération, à l’heure de Combat. Deux ans seulement après l’exhumation du premier roman, inédit, de celui-ci, La Mort heureuse, Viallaneix édita des textes de jeunesse du Prix Nobel 1957 (Le Premier Camus, Gallimard, 1973).
La grande affaire de sa vie
Il fit une place à part pour Jean Calvin aussi, ce qui ne surprend pas : le jeune homme qui n’avait pas été baptisé dans l’enfance s’est converti au protestantisme, comme son épouse Nelly, philosophe et spécialiste de Kierkegaard. Il dirigea du reste, de 1985 à 1992, l’hebdomadaire Réforme, où ses éditoriaux dévoilent l’acuité de son regard et la liberté de son esprit, et a souvent parlé au culte à Madranges, sur le plateau de Millevaches.
Mais la grande affaire de sa vie reste Michelet, dont il a édité à partir de 1971 les Œuvres complètes (Flammarion), les Ecrits de jeunesse, fruit de sa thèse complémentaire (1959), le Journal de 1828 à 1860 (Gallimard, 1959 et 1962), les Cours au Collège de France aussi, avec Irène Tieder et Oscar A.Haac (Gallimard, 1995) avant d’en proposer une biographie, Michelet, les travaux et les jours (Gallimard, 1998). Avec une rigueur et une clarté qui n’altèrent pas un enthousiasme contagieux.

        Lire aussi :
         

                Le pouvoir, à vous de voir. Michelet, si loin, si proche



Lors de la parution du cours de Lucien Fevbre au Collège de France dans l’hiver 1942, auquel le jeune khâgneux avait assisté (Michelet et la Renaissance, Flammarion, 1992), Jean-Pierre Rioux saluait dans Le Monde Paul Viallaneix comme l’« infatigable éditeur et savant marguillier » du père de La Sorcière. On ne saurait mieux dire.

Paul Viallaneix en six dates
4 juillet 1925 Naissance à Gumont (Corrèze)
1959 La Voie royale (Delagrave, rééd. Flammarion, 1971)
1971 Début de l’édition des Œuvres complètes de Michelet (Flammarion)
1995 Edition du Cours au Collège de France de Michelet (Gallimard)
1998 Michelet, les travaux et les jours (1798-1874) (Gallimard)
3 août 2018 Mort à Tulle (Corrèze)





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ Jacques Mandelbaum, critique cinématographique au « Monde », dresse la liste des livres qui l’inspirent dans son travail.
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« Mes incontournables » : 7 livres pour comprendre le cinéma, par Jacques Mandelbaum

Jacques Mandelbaum, critique cinématographique au « Monde », dresse la liste des livres qui l’inspirent dans son travail.



LE MONDE
 |    03.09.2018 à 07h00
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

« MES INCONTOURNABLES », PAR JACQUES MANDELBAUM

André Bazin, la figure tutélaire
L’invention (française) de la cinéphilie s’est ancrée, non seulement dans la passion des images, mais encore dans la manière de l’exprimer et de la raisonner, dans l’analyse, la dispute, l’amour fiévreux des mots et des idées. Cette pensée du cinéma a ses classiques, parmi lesquels André Bazin (1918-1958) représente la figure tutélaire, discutée bien sûr à quelques endroits de sa réflexion, mais restant à mes yeux indépassable. Recueil de ses principaux articles parus dans les années 1940 et 1950, Qu’est-ce que le cinéma ?, ouvrage percutant et intuitif (1975), invente l’alphabet d’un nouveau langage (« ontologie de l’image photographique », « robe sans couture de la réalité », « montage interdit ») qui ouvre pour des générations de cinéphiles ce divertissement d’ilotes à la conquête de son intelligence.

« Qu’est-ce que le cinéma ? », d’André Bazin, Cerf, « 7e art », 372 p., 19 €.
François Truffaut, le passionné
Grand cinéaste, François Truffaut (1932-1984) fut aussi grand critique, cultivant ici des qualités qu’on retrouverait là. Quelque chose d’à la fois cristallin et opaque, un formidable appétit de vie doublé d’une noirceur profonde. Les Films de ma vie (1975) et Le Plaisir des yeux (1987), deux livres radieux, dispensateurs d’ivresse, sont du genre qu’on met dans sa poche pour la vie puisqu’ils montrent aussi bien que les films regardent nos vies. Tout y est. La sûreté du goût, la férocité injuste envers les vieilles badernes, la vision intime et engagée d’un art, la passion d’aimer, la noblesse de l’admiration, le sens inouï de la formule. Au programme : Chaplin, Hitchcock, Bresson, Moreau ou Adjani. Pour la route, cette magnifique introduction à son double cinématographique : « Jean-Pierre Léaud est un acteur anti-documentaire, même quand il dit bonjour, nous basculons dans...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Pour son premier roman, « Asymétrie », l’écrivaine américaine s’est inspirée de son aventure avec Philip Roth, il y a près de vingt ans. En hommage à celui qui a encouragé sa vocation littéraire.
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Lisa Halliday : « Juste une histoire d’amour »

Pour son premier roman, « Asymétrie », l’écrivaine américaine s’est inspirée de son aventure avec Philip Roth, il y a près de vingt ans. En hommage à celui qui a encouragé sa vocation littéraire.



LE MONDE
 |    02.09.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
02.09.2018 à 16h58
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            

Bien sûr que c’est lui, Ezra Blazer. Bien sûr que le « grantécrivain » américain décrit par Lisa Halliday dans son premier roman – cet homme au répertoire de blagues juives intarissable, ce séducteur impénitent appelant toujours en numéro masqué, cet inconditionnel de Bach et des Red Sox avec un dos en capilotade… – n’est autre que Philip Roth himself. « Toute la première partie du livre est inspirée par la relation amoureuse que nous avons eue il y a dix-huit ans », confirme Lisa Halliday, de passage à Paris, en juin, pour la sortie de son livre. Mais alors, pourquoi l’avoir fait naître à Pittsburgh et non à Newark ? Pourquoi l’avoir rebaptisé Blazer ? « Oh… parce qu’il faut toujours une dose de fiction pour rendre la réalité plus réelle. Si l’on y regarde de près, mon personnage est un amalgame. De vérité et d’imagination. Mais il en va toujours ainsi dans l’écriture, n’est-ce pas ? Autobiographie et invention intriquées. Philip savait ça mieux que personne. »
Rencontre du père de Portnoy
« Philip… » Elle a dit ça d’une voix douce, tout en tortillant une mèche de cheveux autour de son index. Blonde, frêle, timide presque. On comprend qu’un incurable womanizer comme Roth n’ait pas résisté. Elle a grandi dans la petite ville de Medfield (Massachusetts). Son père était mécanicien et sa mère couturière. Ils ont divorcé quand elle avait 5 ans. « Ma mère s’est remariée et a monté une société d’extermination de nuisibles qu’elle dirige toujours », explique Halliday qui, bonne élève et grande lectrice, fut « la première de [sa] famille immédiate à fréquenter l’université ». Tout juste sortie d’Harvard, elle entre chez Wylie, l’agent littéraire des stars de la plume. C’est là qu’elle commence à écrire. « Le matin, le soir, le week-end… Il était rare que j’arrive au bout d’un texte qui me satisfasse. Sauf “Stump Louie”, une nouvelle sur un joueur de piano timide qu’a publiée...




                        

                        


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<filnamedate="20180905"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180905"><AAMMJJHH="2018090522">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Dans son livre « L’Angle mort », le médiologue questionne notre rapport à la mort, aux défunts et au divin.
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L’invitation de Régis Debray à réinventer les communions humaines

Dans son livre « L’Angle mort », le médiologue questionne notre rapport à la mort, aux défunts et au divin.



LE MONDE
 |    01.09.2018 à 09h00
    |

Nicolas Truong







                        



                                


                            
Le terrorisme djihadiste ensanglante notre quotidien mais questionne notre rapport à la mort, aux défunts et au divin. Car par-delà l’effroi, et sa morbide récurrence (près de 5 000 attentats-suicides commis dans le monde entre 1990 et 2015), l’énigme demeure : « Qu’est-ce qui peut pousser au XXIe siècle un homme ou une femme à se faire exploser en tuant autour d’eux un maximum de civils auxquels ils ne peuvent rien reprocher de particulier ? », se demande l’écrivain Régis Debray, qui a voulu comprendre – contre ceux qui estiment qu’expliquer, c’est déjà excuser.
Bien sûr, l’exclusion et la ségrégation, sans oublier la « fascination médiatique » ou « le ressac néocolonial » sont des facteurs aggravants. Mais, ce serait se tromper de focale que de pointer ses seules explications sociales. Et surtout faire du spirituel un « angle mort », alors qu’il préside souvent à la décision finale, comme en témoigne le testament de Mohammed Atta, l’un des kamikazes du 11 septembre 2001, qui détaille longuement le rituel de ses funérailles. En dépit de l’aversion et de l’abjection qu’ils nous inspirent, ces terroristes ne sont pas des nihilistes, explique Debray. Ils ne sont pas attirés par le « nihil » (le « rien », en latin), comme les anarchistes russes dépeints par Dostoïevski et Tourgueniev.
« La dialectique Coca-Cola/ayatollah »
Selon Debray, l’équation s’est même renversée : « Où nous mettons du vide, ils mettent du plein. A eux l’Etre, à nous le Néant. » Car l’individualisme occidental a déshabillé Paul sans habiller Jacques, et le laisse tout nu face au marché sacralisé et au règne du privé. Alors, loin des analyses de Freud, il faudrait commencer par ne pas faire de la religion une simple illusion. Car le mythe est parfois plus fort que la raison : « Que serions-nous sans le secours de ce qui n’existe pas ? », disait Valéry. Il conviendrait également de faire le deuil d’un progrès qui viendrait...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ « London’s Burning », chantaient The Clash. Pour « L’Hiver du mécontentement », Thomas B. Reverdy a beaucoup écouté le son de la fin des années 1970 afin de recréer l’avant-Thatcher.
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Histoire d’un livre. Thomas B. Reverdy remet le feu à Londres

« London’s Burning », chantaient The Clash. Pour « L’Hiver du mécontentement », Thomas B. Reverdy a beaucoup écouté le son de la fin des années 1970 afin de recréer l’avant-Thatcher.



LE MONDE
 |    01.09.2018 à 09h00
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
L’Hiver du mécontentement, de Thomas B. Reverdy, Flammarion, 220 p., 18 €.


Il y a eu New York (L’Envers du monde, Seuil, 2010). Le Japon (Les Evaporés, Flammarion, 2013). Detroit (Il était une ville, Flammarion, 2015)… Après avoir exploré ces lieux dans ses trois précédents romans, Thomas B. Reverdy avait un peu peur qu’on finisse par le « prendre pour le Guide bleu ». La nécessité d’emmener ses romans ailleurs, l’écrivain parisien, féru de littérature étrangère, ne la remettait pas en question. Mais, pour le roman auquel il a commencé à penser au début de 2016, il s’est dit que ce voyage pourrait avoir lieu « dans le temps » plutôt que dans l’espace.
L’Hiver du mécontentement se déroule à la fin des années 1970. L’auteur s’est intéressé à cette période après avoir lu Gentleman, roman du Suédois Klas Ostergren (Flammarion, 2009), écrit et situé en 1979, découvert grâce aux élèves du lycée français de Stockholm qu’il était allé rencontrer pour leur présenter Il était une ville. « J’ai trouvé géniale cette chronique d’une année, ce roman à tiroirs comme on n’en fait pas en France. » Mis sur la piste de 1979, l’écrivain né en 1974 « commence à tirer les fils », à faire le compte des événements alors survenus dans le monde.
Entre la fin de l’été 1978 et le printemps 1979
Parmi eux : l’accession au pouvoir de Margaret Thatcher (1925-2013). Or, Thomas B. Reverdy découvre bientôt que les Discours de celle-ci viennent d’être réunis et publiés (Les Belles Lettres, 2016). « Cette femme, associée pour ma génération à la chanson de ­Renaud [Miss Maggie, 1985] et à Bobby Sands [militant de l’Armée républicaine irlandaise, mort en prison d’une grève de la faim en 1981], se retrouvait réhabilitée, propulsée en référence que l’on pouvait citer… » Voilà...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ De 1980 à 1996, la revue de prépublication japonaise a doublé son tirage et lancé plus de deux cents séries, dont plusieurs ont bercé les Français dans les années 1980 et 1990.
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Manga : l’âge d’or de « Weekly Shonen Jump », en sept chiffres (et autant de couvertures)

De 1980 à 1996, la revue de prépublication japonaise a doublé son tirage et lancé plus de deux cents séries, dont plusieurs ont bercé les Français dans les années 1980 et 1990.



LE MONDE
 |    30.08.2018 à 15h50
 • Mis à jour le
30.08.2018 à 17h10
    |

            William Audureau








                        


Il a lancé Dragon Ball, Naruto, One Piece, ou plus récemment, My Hero Academia et The Promised Neverland. L’hebdomadaire japonais Weekly Shonen Jump a fêté ses 50 ans cet été. A cette occasion, Pixels a analysé les 848 couvertures publiées lors de son âge d’or, de 1980 à 1996, quand la revue est passée de trois millions à six millions de lecteurs par semaine.
220
Le nombre de séries différentes à la « une » durant ces seize années. Revue de prépublication, Shonen Jump suit un modèle très industrialisé : presque chaque nouvelle bande dessinée est mise en avant à son lancement avant d’être interrompue, si elle ne prouve pas sa popularité dans les classements envoyés par les lecteurs. Cent vingt-quatre d’entre elles n’auront ainsi jamais le droit à une seconde couverture.

   


42
Le nombre de « unes » consacrées à Dragon Ball. Les aventures de Goku, l’enfant-singe d’origine extraterrestre, est de loin la franchise qui a le plus tiré les ventes de l’hebdomadaire. L’épopée de Captain Tsubasa (Olive & Tom dans sa première traduction) et sa suite, Captain Tsubasa : World Youth, arrivent derrière avec trente-trois apparitions.

   


30
Le total de franchises de Weekly Shonen Jump exportées en France, que ce soit sous forme de mangas ou de dessins animés dérivés, depuis le space opera Cobra. On y trouve également des classiques comme Bastard !!, Video Girl Ai, DNA², JoJo’s Bizarre Adventures, Kenshin le Vagabond, Slam Dunk ou encore Yu-Gi Oh.

   


27
C’est, en années, le temps qu’il aura fallu pour que Stop !! Hibari-kun, comédie romantique de Hishashi Eguchi, soit traduite en français. Lancée en 1981, elle sortira en librairie à l’automne. D’autres comme Racailles blues, une des plus populaires de l’époque, ont attendu les années 2000 pour une version française. Quant à Ring ni kakero, manga de boxe culte de l’auteur de Saint Seiya, publié entre 1977 et 1981, il a dû patienter jusqu’à 2006 pour une simple édition sous-titrée du dessin animé qui en a été tiré.

   


12
Douze adaptations de franchises de Weekly Shonen Jump en dessin animé ont directement alimenté la programmation de l’emblématique Club Dorothée, l’émission jeunesse phare de TF1, de 1987 à 1997. C’est une petite proportion des cent seize animés diffusés au moins une fois, mais il s’agissait souvent des plus populaires : Cat’s Eyes, Cobra, Dr. Slump, Dragon Ball, Fly, Ken le Survivant, Les Chevaliers du Zodiaque, Muscle Man, Nicky Larson, Olive & Tom, Un collège fou, fou, fou et Wingman. En revanche, Ranma 1/2, Sailor Moon ou encore Les Samouraïs de l’éternel venaient de magazines japonais concurrents.

   


9,33
C’est le pourcentage de couvertures signées par Akira Toriyama, l’illustrateur le plus prolixe et le plus mis en avant. La plupart sont consacrées à ses deux séries phares, Dr. Slump et Dragon Ball, mais il réalise également des « unes » sur l’écurie de formule 1 McLaren, dont Shonen Jump est partenaire au Japon. Derrière lui, Yôichi Takahashi, spécialiste des séries sportives (Captain Tsubasa, Chibi, 100M Jumping, Ace !) et Masami Kurumada, roi des bandes dessinées de bagarre (Ring ni kakero, Otokojinka, Saint Seiya) arrivent second et troisième avec 6,13 % et 5,01 % des couvertures.

   


1
Une seule série a été diffusée de manière ininterrompue durant tout l’âge d’or de Shonen Jump. Il s’agit du manga comique Kochikame, sorte de Gendarme de Saint-Tropez japonais, iconique de la revue. Née en 1976, cette série s’est prolongée pendant quarante ans et sur près de deux mille chapitres, en faisant, selon le Guinness des records, la plus longue bande dessinée du monde. Elle demeure inédite en France — sa longueur ayant dissuadé plus d’un éditeur.

   



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                De « Dragon Ball » à « One Piece » : « Weekly Shonen Jump » est devenu la machine à hits du manga






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ La chronique d’Alexandre Jollien, à propos d’« Ecce homo », de Friedrich Nietzsche, lu par Dag Jeanneret.
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A l’oreille. Nietzsche et l’assentiment

La chronique d’Alexandre Jollien, à propos d’« Ecce homo », de Friedrich Nietzsche, lu par Dag Jeanneret.



LE MONDE
 |    30.08.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
30.08.2018 à 10h25
   





                        



                                


                            
Ecce homo, de Friedrich Nietzsche, traducteur de l’allemand non précisé, lu par Dag Jeanneret, Thélème, 1 CD, 21 €.

A peine débarqués à Venise, nous fonçons, tourmentés par un fol espoir : apercevoir de près ou de loin l’appartement où Friedrich Nietzsche (1844-1900) a résidé dans les années 1880. Bredouille, mon fils expédie un selfie devant la première façade que nous rencontrons, histoire d’attester de notre présence en ces lieux magiques. Inlassablement, nous traquons la moindre trace du voyageur et son ombre, sans succès. Il semble qu’aucun Vénitien n’ait jamais entendu parler du prophète de l’éternel retour du même.
A deux doigts de déclarer forfait, on avise un spécialiste sur le Net, on déniche vite fait la demeure. A toute hâte, on y court, prêts à nous écrier : « Ecce Federici Nietzsche domus »… Surprise, c’est exactement la maison devant laquelle nous avions pris la pose à notre arrivée. En irait-il ainsi du bonheur, de la quête de soi, du dire oui ? Moins on cherche, plus on se laisse trouver…
Devenir soi-même, quitter la dictature du « on » sans s’étourdir dans le « moi je », exige un redoutable exercice d’équilibriste. Sur ce chemin, il est assurément des guides qui nous empêchent d’avoir « le cul de plomb », l’expression est de Nietzsche. Surtout, ne nous attardons pas en route, dans le mensonge, l’épuisante comédie sociale, dans une parodie de soi.
Hygiène du quotidien
Dans Ecce homo, qu’on écoutera avec joie dans sa version audio que publient les éditions Thélème, le philosophe aux épaisses moustaches donne à entendre, lu par le comédien Dag Jeanneret, une voix qui décape, des paroles incandescentes qui convient à l’acquiescement, à l’amor fati. « Livre-médicament », vigoureux vaccin contre la peur de vivre, la honte du corps, cette ode à la grande santé revigore.
Nous conduirait-il à revisiter ce que nous considérons...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ L’historien des idées François Dosse signe plus de 1 300 pages d’une « Saga des intellectuels français. 1944-1989 ». Au prix de choix peu clairs et d’erreurs factuelles.
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Histoire. Hasardeuse « Saga » de François Dosse

L’historien des idées François Dosse signe plus de 1 300 pages d’une « Saga des intellectuels français. 1944-1989 ». Au prix de choix peu clairs et d’erreurs factuelles.



LE MONDE
 |    30.08.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
30.08.2018 à 09h32
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
La Saga des intellectuels français. 1944-1989, de François Dosse, Gallimard, « La suite des temps », 2 tomes, 640 p. et 720 p., 29 € chaque (en librairie le 6 septembre).
Il est difficile, au début, de ne pas admirer le tour de force. Quarante-cinq ans d’histoire intellectuelle (de 1944 à 1989), des centaines de personnages, autant de livres, de tribunes, de controverses : la matière que l’historien des idées François Dosse brasse dans cette Saga des intellectuels français est d’une richesse débordante. L’auteur évite d’ailleurs, le plus souvent, les simplifications idéologiques, et ouvre un peu plus encore la focale, non sans courage.
Mais le but d’un tel livre ne saurait être d’épater ou de qualifier moralement son auteur. Il ne peut s’agir que d’éclairer le lecteur, et l’on aimerait pouvoir affirmer que François Dosse y parvient. Ce serait malheureusement intenable.
Ne serait-ce que parce que l’exactitude, condition minimale d’un tel projet, fait défaut par moments, et de manière si spectaculaire que cela jette un doute sur le reste. Ainsi est-il écrit que l’écrivain Henry de Montherlant a participé au voyage d’intellectuels collaborationnistes en Allemagne, en 1941, ce qui est une contrevérité, et qu’il a écrit une « ode au maréchal Pétain » dans Le Solstice de juin (1941), ce qui en est une autre ; s’il est vrai que son attitude sous l’Occupation a été ambiguë, personne ne l’a jamais accusé de ces vilenies imaginaires.
Une erreur de quatre siècles
De même, François Dosse croit pouvoir écrire que le concile de ­Vatican II (1962-1965) a abandonné le « dogme » qui aurait défini les juifs comme « déicides », c’est-à-dire collectivement coupables de la mort du Christ, alors que cette accusation, toute prégnante qu’elle ait été parmi les chrétiens, n’a jamais fait l’objet d’un dogme, et qu’elle était déjà balayée dans le Catéchisme du concile de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Compter sur soi », de Ralph Waldo Emerson.
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Figures libres. Vive le développement impersonnel !

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Compter sur soi », de Ralph Waldo Emerson.



LE MONDE
 |    30.08.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
30.08.2018 à 10h03
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Compter sur soi (Self-Reliance), de Ralph Waldo Emerson, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Stéphane Thomas, Allia, 80 p., 7 €.

Etre admis à 14 ans à l’université Harvard n’est pas courant, surtout en 1817. Et ce n’est qu’un début, dans la vie de Ralph Waldo Emerson (1803-1882), qui s’applique à ne rien faire comme tout le monde. Devenu pasteur unitarien, il démissionne avec fracas. Citadin, il s’installe à la campagne. D’une famille riche, il aide Henry David Thoreau à vivre dans les bois. Formé en Europe à la littérature et à la philosophie, il proclame l’indépendance intellectuelle et spirituelle des Américains…
Ce n’est pas par hasard qu’il admire l’indépendance de Montaigne, rêve d’écrire comme lui et rédige finalement, au fil de nombreux essais, une des œuvres les plus originales des temps modernes. Le philosophe Stanley Cavell – professeur à Harvard, disparu en juin 2018 à 92 ans – fut le premier à mettre en lumière la profondeur, les singularités et les perspectives d’avenir de la pensée d’Emerson.

Agis toujours par toi-même, non par les autres, telle semble bien être sa maxime centrale. Refuser les conformismes, bannir les idées toutes faites, se défier des règles établies – voilà les conséquences immédiates de cette règle. Pour vivre en humain digne de ce nom, il convient donc de n’écouter que soi, son intuition, sa nature profonde. Toujours et partout : en religion, en morale, en amour comme en philosophie. Et à l’instant, sans souci de se contredire, sans obligation d’être uniforme et constant. Ce principe crucial, Emerson le formule avec la plus grande netteté dans un court essai de 1841, intitulé en anglais Self-Reliance, dont une nouvelle traduction française vient de paraître sous le titre Compter sur soi.
Trompeur premier abord
En lisant ce texte, la première chose qui saute aux yeux, c’est l’étendue des contresens qu’il peut susciter. Ils...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Deux belles études d’archives donnent à lire les récits de soi d’une « fille-mère » et d’un orphelin « déviant » en lutte pour infléchir les rigueurs de l’ordre social.
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Histoire. Deux vies exhumées des « dossiers administratifs »

Deux belles études d’archives donnent à lire les récits de soi d’une « fille-mère » et d’un orphelin « déviant » en lutte pour infléchir les rigueurs de l’ordre social.



LE MONDE
 |    30.08.2018 à 07h45
    |

                            Jean-Louis Jeannelle (Spécialiste des études littéraires et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Une fille en correction, de Jean-François Laé, préface de Philippe Artières, CNRS Editions, 260 p., 22 €.
Un enfant à l’asile, d’Anatole Le Bras, préface de Philippe Artières, CNRS Editions, 294 p., 22 €.

En 2000, l’historien Philippe Artières avait intitulé une anthologie d’autobiographies rédigées en prison Le Livre des vies coupables (Albin Michel). La formule résume l’usage que différentes institutions (judiciaire, médicale, asilaire…) ont longtemps fait des récits de soi, conçus à la fois comme aveux, traces d’un désordre et voie possible vers une réinsertion. Le même Philippe Artières préface deux magnifiques essais, où se marque une légère inflexion dans l’étude des archives du pouvoir telle que Michel Foucault l’avait inaugurée dans les années 1970.
Certes, les deux existences dont Jean-François Laé et Anatole Le Bras reconstituent le parcours sont « coupables » aux yeux de l’institution, mais il n’est pas de dossier sans lettres de demande ou de protestation. « Le dossier dit “administratif” est le produit d’une double capture, à la fois des injonctions professionnelles et des formes d’expression venant d’en bas », souligne Jean-François Laé. Bref, les archives regorgent de matières sensibles et d’affects intimes qui font des personnes concernées moins, comme chez Foucault, des êtres condamnés que des êtres « faibles », négociant continuellement avec les rigueurs de l’ordre social pour se construire une existence.
Maillage serré de surveillance et de sanctions
Mais pourquoi s’arrêter, comme le fait Jean-François Laé dans Une fille en correction, sur le cas de ­Micheline Bonnin parmi les innombrables dossiers que le Service de protection de l’enfance d’Avignon destinait aux ordures ? C’est que, entre cette mère célibataire de 20 ans et l’assistante sociale chargée de son dossier, Mlle Odile...




                        

                        


<article-nb="2018/09/05/22-13">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Signée Florent Piton, une synthèse bienvenue sur la tragédie de 1994 paraît, à l’heure où des voix révisionnistes se font entendre.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
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Génocide des Tutsi au Rwanda : retour à la rigueur historienne

Signée Florent Piton, une synthèse bienvenue sur la tragédie de 1994 paraît, à l’heure où des voix révisionnistes se font entendre.



LE MONDE
 |    30.08.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
05.09.2018 à 14h25
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            
Le Génocide des Tutsi au Rwanda, de Florent Piton, La Découverte, « Grands repères », 276 p., 18 €.

C’était hier. D’avril à juillet 1994, entre 800 000 et 1 million de Tutsi ont été exterminés par leurs voisins hutu au Rwanda. En vingt-cinq ans, études et témoignages se sont additionnés. Des procès se sont tenus. Des historiens sont allés sur place, ont consulté des archives et des rapports d’enquête. De ces travaux et de ceux qu’il a lui-même menés, Florent Piton, chercheur à l’université Paris-Diderot et au Centre d’études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques (CESSMA), offre une synthèse impeccable dans Le Génocide des Tutsi au Rwanda.

La rigueur historienne démonte ici les jugements à l’emporte-pièce. Ce serait persister dans l’erreur, rappelle notamment Florent Piton, de considérer l’ultime génocide du XXe siècle comme résultant d’un antagonisme ethnique séculaire. S’il faut chercher des causes à cette tuerie de masse, que caractérise, outre son extrême intensité, une multitude de transgressions (tuer dans les églises, tuer au sein de sa propre famille, laisser des enfants tuer…), elles seraient plutôt à trouver, montre-t-il, du côté d’une racialisation, à l’ère coloniale, des rapports sociaux, et de son instrumentalisation politique à partir de l’indépendance du pays, en 1959.
Le déclencheur des massacres
Des querelles mémorielles se sont cristallisées sur l’identité des commanditaires de l’attentat ayant servi de déclencheur aux massacres. Qui, quel clan a abattu, le 6 avril 1994, l’avion à bord duquel voyageait le président Juvénal Habyarimana ? Les Tutsi, à travers le Front patriotique rwandais (FPR), comme l’ont affirmé les Hutu ? Pour l’heure, « aucune conclusion définitive ne saurait être formulée », résume Florent Piton. Mais les éléments les plus solides, écrit-il, figurent dans l’expertise déposée par les juges...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Aiden et Thad, dans leur trou des Appalaches, rêvent de bonheur. Dans le nouveau roman de l’écrivain américain, « Le Poids du monde », ça ne risque pas de dépasser ce stade…
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Roman noir. Avec David Joy, une autre vie est impossible

Aiden et Thad, dans leur trou des Appalaches, rêvent de bonheur. Dans le nouveau roman de l’écrivain américain, « Le Poids du monde », ça ne risque pas de dépasser ce stade…



LE MONDE
 |    30.08.2018 à 07h30
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            
Le Poids du monde (The Weight of This World), de David Joy, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Fabrice Pointeau, Sonatine, 320 p., 21 €.

La tragédie débute lorsqu’on ne peut ni avancer ni reculer. Que tout cela finira mal, le lecteur le devine dès les premières pages du Poids du monde. Aiden, 25 ans, et son ami d’enfance, Thad, sortis d’une visite à l’hôpital militaire, envisagent l’avenir avant de reprendre la route. Chez eux, dans le comté de Jackson (Caroline du Nord), il n’y a plus de boulot pour les ouvriers du bâtiment depuis l’explosion de la bulle immobilière. A destination, ils renoueront avec une existence plombée, entre menus larcins et défonce sporadique. Pas loin, ici même, à Asheville, les immeubles sortent de terre. Pourquoi ne pas s’y installer ? propose Aiden. Thad refuse de quitter Little Canada, là où ils sont nés. Il s’entête contre toute logique. « Parce qu’y aura jamais que deux endroits qui auront un sens pour moi, et je ne peux pas retourner dans l’un d’eux », finit-il par lâcher. C’est-à-dire en Afghanistan, où il a servi quatre ans et dont il est revenu handicapé, le dos et l’esprit en vrac.
Le chant d’une mésange
Les Etats-Unis ont gravé l’espoir d’une réinvention individuelle sur la stèle de leurs Pères fondateurs. A l’évidence, le credo est trompeur. Y compris pour de jeunes adultes. Car Aiden ne veut pas se séparer de Thad, son frère d’adoption, son unique famille depuis ses 12 ans, depuis qu’il a fugué du foyer où il avait été placé et que Thad l’a recueilli dans son mobile-home déglingué. Ces deux-là ont poussé tout seuls, ensemble. Les voilà encore soudés, après avoir assisté au suicide accidentel de leur dealer et découvert chez lui une cargaison d’armes et de drogues. De quoi constituer un pécule et – qui sait ? – se réinventer ailleurs.
Vers la fin du livre, Thad se réveille, le lendemain d’une nuit d’atrocités, au chant d’une mésange :...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Une jeune fille et sa grand-mère un peu sorcière racontent la Roumanie de 1990. Fascinant « Bûcher », de György Dragoman.
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Le roman du lendemain de la mort de Caucescu

Une jeune fille et sa grand-mère un peu sorcière racontent la Roumanie de 1990. Fascinant « Bûcher », de György Dragoman.



LE MONDE
 |    30.08.2018 à 07h30
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Le Bûcher (Maglya), de György Dragoman, traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly, Gallimard, « Du monde entier », 528 p., 24 €.

L’an I d’une liberté incertaine, un pays environné de fantômes : voilà un cadre bien sinistre pour passer de fille à femme. Mais en cette fin de XXe siècle, alors que le visage mortuaire de Nicolae Ceausescu après son exécution s’affiche sur tous les téléviseurs, Emma, 13 ans, l’héroïne du Bûcher, n’en connaît pas d’autre.
Avec ce deuxième volet d’un triptyque consacré à la dictature roumaine, commencé avec Le Roi blanc (Gallimard, 2009), le romancier hongrois György Dragoman, né en 1973, apporte une pierre majeure à la réflexion, toujours lancinante à l’Est, sur la sortie d’un régime ayant marqué au plus profond l’intimité de ses victimes. La force et la singularité de ce livre ne tiennent pas seulement à son symbolisme moderne et convaincant. Elles découlent aussi du choix stylistique risqué mais parfaitement maîtrisé du monologue. En effet, ce monde neuf et pourtant saturé de spectres est ici vu à travers les yeux, les désirs et les aspirations d’une orpheline à la fois douée et solitaire, véritable miroir déformant d’un quotidien où le rêve et l’insolite ont place à parts égales.
Rituels mystérieux
Après la mort de ses deux parents, dans ce qu’on présume être un accident de Trabant, Emma aboutit chez une grand-mère qu’elle n’a jamais vue dans une petite ville qui rappelle fort celle où l’auteur a vécu ses quinze premières années, Tirgu Mures, en Transylvanie. Cette vieille femme énergique, qui s’adonne à des rituels mystérieux, vient de perdre son mari auquel s’attache – à tort ? – l’opprobre d’avoir mouchardé pour la police politique. Quoiqu’il soit mort, l’ombre imprécise de l’aïeul continue à habiter la demeure et le jardin remplis de lieux interdits et chargés (comme la remise où, pendant la guerre, la grand-mère a caché sous des...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Pierrot et Colombine dans la brutale Montréal des années 1930. C’est « Les Enfants de cœur », premier roman traduit de l’écrivaine canadienne.
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Heather O’Neill, fabuliste pour adultes

Pierrot et Colombine dans la brutale Montréal des années 1930. C’est « Les Enfants de cœur », premier roman traduit de l’écrivaine canadienne.



LE MONDE
 |    30.08.2018 à 07h30
    |

                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Les Enfants de cœur (The Lonely Hearts Hotel), de Heather O’Neill, traduit de l’anglais (Canada) par Dominique Fortier, Seuil, 476 p., 21,50 €.

Pierrot et Rose s’aiment depuis l’enfance. Elevés à la baguette dans un orphelinat du nord de Montréal, où ils sont nés en 1914, ils ont surmonté ensemble la dureté de leur quotidien en improvisant des spectacles devant les autres pensionnaires, et ont noué un lien indestructible. Leur talent, ils l’ont fait éclore en se produisant dans les salons de la bonne société québécoise. Lui, rêveur un peu simplet, en jouant du piano ; elle, rebelle aux joues roses, l’accompagnant d’irrésistibles pantomimes. Ensemble, ces avatars des Pierrot et Colombine de la commedia dell’arte, transposés dans un XXe siècle en tous points hostile, s’imaginent un avenir grandiose.
Que peut-il rester de cette union, l’âge adulte venu ? Et que subsistera-t-il du rêve de réenchanter la vie, à grand renfort de musique et de danse ? Dans Les ­Enfants de cœur, son premier roman traduit en français, la Canadienne Heather O’Neill (née en 1973) suit pas à pas le cheminement de ces jeunes gens abandonnés par leurs mères avant d’être à leur tour séparés l’un de l’autre. Evoquant immanquablement Oliver Twist, de Dickens (1839), pour sa peinture du traitement indigne réservé aux orphelins, cette histoire emprunte aussi au conte pour enfant, avec ses phrases courtes, à la simplicité faussement naïve, qui s’allongent à mesure que grandissent Rose et Pierrot.
Montréal, ville de débauche
Mais si de conte il s’agit, il tient surtout de la fable pour adultes, faite de cauchemar plus que de merveilleux. Prenant pour cadre le Montréal de la Grande Dépression, l’histoire plonge, de manière réaliste, dans les bas-fonds de la métropole, où le crime, la drogue et le sexe forment un monde à part, aussi repoussant que fascinant. Une ville de débauche où « les putains aux...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Romans, récits, histoire, hommage, enfance, science-fiction, mangas… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 31 août 2018.
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La rentrée littéraire en bref

Romans, récits, histoire, hommage, enfance, science-fiction, mangas… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 31 août 2018.



LE MONDE
 |    30.08.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
31.08.2018 à 09h12
    |

                            Stéphanie Dupays (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
Pauline Croquet, 
                                François Angelier (Collaborateur du « Monde des livres »), 
Frédéric Potet, 
                                Florent Georgesco, 
                            André Loez (Historien et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Macha Séry, 
                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Elena Balzamo (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Marine Desquand, 
                            Zoé Courtois et 
Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            Roman. Une féministe médiévale
Et j’abattrai l’arrogance des tyrans, de Marie-Fleur Albecker, Aux forges de Vulcain, 200 p., 18 €.
Dans le royaume d’Angleterre, en 1381, des paysans s’insurgent contre l’augmentation des impôts prévue par le roi et, traversant le pays, marchent sur Londres. Joanna, l’une des seules femmes du mouvement, participe activement à cette rébellion. Elle tente d’imposer la cause qui lui tient à cœur : la liberté des femmes. Et j’abattrai l’arrogance des tyrans est le premier roman de Marie-Fleur Albecker, professeure d’histoire-géographie en banlieue parisienne. Le titre est volontairement ambivalent : les tyrans sont les riches, les puissants, mais surtout les hommes, en un temps où la femme n’est bonne qu’à procréer et s’occuper du foyer. Sur un ton décalé, contemporain, l’auteure, tout en faisant découvrir des aspects méconnus du Moyen Age, réussit à transposer les problématiques d’aujourd’hui dans le royaume de Richard II. Plongée dans une époque très peu révolue. Ma. De.
Roman. Berthe Morisot dans l’œil de Paul Valéry
La Tristesse des femmes en mousseline, de Jean-Daniel Baltassat, Calmann-Lévy, 334 p., 19,50 €.
Dans L’Almanach des vertiges (Robert Laffont, 2009), Jean-Daniel Baltassat réinventait la rencontre entre Mozart et Casanova. Dans La Tristesse des femmes en mousseline, il rejoue le soir d’un des « mardis de Mallarmé » où l’écrivain Paul Valéry rencontra Berthe Morisot, peintre impressionniste (1841-1895). Connu pour l’hermétisme de sa poésie, Mallarmé avait pourtant osé la questionner sur le secret du « poème » de sa peinture. Elle avait quitté les lieux. Des années plus tard, en 1945, lors d’une exposition des œuvres de Morisot, une jeune femme se met à hurler. Elle appelle à la mise à mort de la beauté : une indécence dans l’enfer des temps modernes. Mais chez la peintre, tout était-il vraiment, selon...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ A Liberty House vit une belle bande d’inadaptés hédonistes. Jusqu’à quand ? « Arcadie », délicieux roman qui célèbre les noces de l’écriture et de la vie.
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Le paradis perdu d’Emmanuelle Bayamack-Tam

A Liberty House vit une belle bande d’inadaptés hédonistes. Jusqu’à quand ? « Arcadie », délicieux roman qui célèbre les noces de l’écriture et de la vie.



LE MONDE
 |    30.08.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
30.08.2018 à 14h53
    |

                            Zoé Courtois








                        



                                


                            
Arcadie, d’Emmanuelle Bayamack-Tam, P.O.L, 440 p., 19 €.


Bien des cuisses fermes et nues de pensionnaires ont glissé sur les rampes de ses escaliers, au milieu des ris et des quolibets. Dans les tréfonds de la vallée des merveilles, à la frontière transalpine, s’allonge une immense bâtisse : un internat pour jeunes filles reconverti en « maison du jouir », du nom de la dernière demeure de Paul Gauguin (1848-1903). Là-bas, sur les rivages tahitiens, le peintre avait réinventé l’Arcadie des Anciens. Une terre de lait et de miel, fertile et frémissante, propice aux bacchanales et à la création, où les bergers chantent l’amour et sont heureux. Nul ne s’étonnera donc que, dans Arcadie, le nouveau roman d’Emmanuelle Bayamack-Tam, la « maison du jouir » soit tenue par un mentor charismatique, quoique bedonnant, du nom d’Arcady.
« L’amour triomphe de tout »
Le phalanstère de Liberty House a choisi de vivre selon une seule règle : « Omnia vincit amor », « L’amour triomphe de tout ». Ses sociétaires, au dernier degré de l’inadaptation sociale, y vivent en réfugiés, à l’écart du monde, sans technologie ou presque, l’antispécisme chevillé au corps. Ils font tout en communauté, y compris l’amour. Farah y habite depuis ses 6 ans avec sa famille. Sa mère est électrosensible. Son père, illettré et hyperémotif. Sa grand-mère, une lesbienne naturiste qui collectionne les amantes les plus exquises. Or voilà, ­Farah est folle d’Arcady, à qui elle souhaite offrir sa virginité. Pourtant, surprise : à la puberté, elle ne rejoint pas « le gang des go ». Elle n’a pas le corps d’une fille, mais de plus en plus celui d’un garçon.
Arcadie n’est cependant pas le roman d’une fillette qui devient un homme. Pas seulement. On ne peut que saluer la remarquable finesse avec laquelle l’auteure traite le queer (à ­l’identité non hétéro­normée) non comme...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Claro est dans les affres de la transmission avec « Toutes les femmes sauf une », de Maria Pourchet.
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Le feuilleton. Le déclenchement

Claro est dans les affres de la transmission avec « Toutes les femmes sauf une », de Maria Pourchet.



LE MONDE
 |    30.08.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
30.08.2018 à 14h57
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Toutes les femmes sauf une, de Maria Pourchet, Pauvert, 138 p., 15 € (en librairie le 5 septembre).


Comme une lettre à la poste : cette expression, si usitée soit-elle, est loin d’être de rigueur dès lors qu’il s’agit d’évoquer un accouchement, et sans doute ne l’est-elle guère plus pour désigner tout ce qu’on aimerait dire à sa génitrice. Quelque chose, en effet, ne passe pas, ou plutôt a du mal à passer. C’est pourtant la vie, ici, qui est transmise, autorisant la vision pas si abstraite que ça d’une longue chaîne de femmes se perpétuant de génération en génération, comme à l’écart des hommes, entre fèces et urine, et merci saint Augustin ! La vie, certes, mais pas que. Qui dit transmission dit également valeurs, peurs, interdits. Et si donner naissance, c’est reprendre le rôle de mère (le flambeau ? se brûler à son tour ?), c’est l’occasion parfois de régler ses comptes avec celle qui, Folcoche ou Médée, n’est pas pour rien dans votre présence au monde, à commencer par votre présence dans cette salle d’accouchement où vous vous dites enfin : « Dans une mare de sang, de pisse et d’eau, je viens d’apprendre la vérité : je suis un animal. » Dixit Maria Pourchet qui, avec Toutes les femmes sauf une, semble continuer le travail d’Annie Ernaux – on pense à Une femme ou à La Honte (Gallimard, 1988 et 1997) – mais par d’autres moyens, tout aussi incisifs, et ici le mot incisif peut, oui, blesser.
Est-ce une lettre à la mère ? Peut-être. Mais, avant toutes choses, le livre se présente comme une lettre à la fille, Adèle, celle qui vient de naître. On est dans une maternité – mot qui, faut-il le rappeler, désigne à la fois une usine à gaz amniotique et un état brutal et nouveau. C’est un lieu de violence et d’apprentissage forcé – Julie Bonnie l’avait très bien cerné dans Chambre 2 (Belfond, 2013) – où le temps se contracte en même temps que le col...




                        

                        


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<filnamedate="20180905"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180905"><AAMMJJHH="2018090522">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ « Un tournant de la vie », le nouveau roman de l’écrivaine, n’a pas la puissance lucide des précédents.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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Christine Angot sans vérité

« Un tournant de la vie », le nouveau roman de l’écrivaine, n’a pas la puissance lucide des précédents.



LE MONDE
 |    30.08.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
30.08.2018 à 09h12
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
Un tournant dans la vie, de Christine Angot, Flammarion, 192 p., 18 €.

Voilà six mois que la narratrice n’arrive pas à écrire. Elle s’en plaint à son compagnon, Alex : « Ça glisse. Ça reste pas. C’est rien. Il n’y a pas de vrai. » Le vrai est la grande affaire de Christine Angot, qui le traque, de livre en livre, depuis Vu du ciel (Gallimard, 1990). Le vrai, pas au sens de la conformité des faits avec l’(auto) biographique – même si cela a pu valoir scandales et procès à l’auteure de L’Inceste (Stock, 1999) –, mais au sens d’une justesse, d’une grande précision dans la manière de les présenter, qui rend possible la rencontre avec le lecteur.
Le combat pied à pied avec les mots
Cette justesse, seule la littérature, le combat pied à pied avec les mots, avec la forme, permet de l’atteindre. De cette lutte, Christine Angot est ressortie largement vainqueure, ces dernières années, avec deux grands livres, Une semaine de vacances (Flammarion, 2012, qui revenait sur l’inceste imposé par son père) et Un amour impossible (Flammarion, prix Décembre 2015, retour sur l’histoire entre ses parents et sur son enfance). Ces romans admirables, sidérants de lucidité, ont été applaudis par une partie de la critique (dont « Le Monde des livres ») et par un large public, sans assourdir pour autant les ricanements obscènes qui accompagnent toujours, depuis vingt ans, la réputation d’Angot. Entre-temps, sa présence hebdomadaire à l’émission « On n’est pas couché », sur France 2, a augmenté le nombre de railleurs n’ayant jamais ouvert ses livres.
Refuser de se joindre à ce chœur de contempteurs pavloviens ne doit pas empêcher de dire ce qui manque à son nouveau roman, Un tournant de la vie, en empruntant ses mots à la narratrice : « Il n’y a pas de vrai. » Et peu importe de savoir si le livre puise bien dans la vie de l’auteure, ou si les personnages sont...




                        

                        

