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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Le sixième prix littéraire « Le Monde » a été attribué mercredi à l’écrivain pour son roman « A son image », qui retrace l’histoire d’une photoreporter corse.
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« Le Monde » remet son prix littéraire à Jérôme Ferrari pour « A son image »

Le sixième prix littéraire « Le Monde » a été attribué mercredi à l’écrivain pour son roman « A son image », qui retrace l’histoire d’une photoreporter corse.



LE MONDE
 |    05.09.2018 à 19h33
    |

            Raphaëlle Leyris et 
Jean Birnbaum








                        



   


Nous avons hésité à faire figurer A son image parmi les romans en lice pour le prix littéraire Le Monde. Non que nous ayons eu des doutes sur la beauté sombre et la force de ce roman retraçant l’histoire d’une photoreporter corse. Mais parce que, six ans après le Goncourt du Sermon sur la chute de Rome (Actes Sud), nous nous interrogions sur le sens qu’il y aurait à attribuer une récompense à celui qui avait déjà reçu le plus convoité des prix. Des questions balayées par l’enthousiasme du jury, présidé par Jérôme Fenoglio, directeur du Monde, et composé de journalistes travaillant au « Monde des livres » (Jean Birnbaum, Florent Georgesco, Raphaëlle Leyris, Florence Noiville et Macha Séry) et aux quatre « coins » du Monde : François Bougon (Economie), Denis Cosnard (Economie), Emmanuel Davidenkoff (Développement éditorial), Clara Georges (« L’Epoque ») et Raphaëlle Rérolle (« Grands reporters »). En dépit des grandes qualités des autres textes sélectionnés, c’est donc A son image qui succède à L’Art de perdre, d’Alice Zeniter (Flammarion).

        Lire la critique d’« A son image » :
         

          Dans l’œil de Jérôme Ferrari



Quel rapport entreteniez-vous avec les prix littéraires avant le Goncourt, et ce dernier a-t-il modifié votre regard sur eux ?
Comme lecteur, je n’ai jamais choisi un livre en fonction des prix, et il ne m’a jamais semblé que ceux-ci étaient un critère de qualité littéraire infaillible. Et pourtant je me rappelle très bien à quel point, en 2012, la semaine avant l’attribution du Goncourt, j’avais du mal à penser à autre chose.
Aujourd’hui, j’entretiens un rapport moins détaché que je ne le pensais, moi qui étais convaincu d’en avoir fini avec les prix. Celui du Monde me fait très plaisir. Sans doute parce que j’ai une relation particulière avec votre journal depuis 2012. [Plus de deux mois avant de recevoir le prix Goncourt, Jérôme Ferrari avait fait la « une » du « Monde des livres » et du Monde pour Le Sermon sur la chute de Rome.]
Avez-vous un lien plus lointain, familial par exemple, avec « Le Monde » ?
Cela fait des années que je suis abonné au Monde. Dans ma famille, il n’y avait pas de quotidien à la maison, mais j’ai tout de même un lien familial avec le journal, grâce à un cousin qui travaillait à l’imprimerie du Monde, et qui a donné à mon père la plaque d’impression de cette fameuse « une » du Monde d’août 2012 !
Votre œuvre semble revenir constamment à la première phrase d’« Un dieu un animal » (Actes Sud, 2009) : « Bien sûr, les choses tournent mal. » L’expression est récurrente dans « A son image »…
Je m’en suis aperçu à la relecture ! J’ai fait un travail d’enquête en Serbie avant d’écrire, et ce qui revenait constamment dans les discussions avec les gens était leur consternation face à la rapidité avec laquelle, oui, les choses tournaient mal. Le fait qu’ils pensaient moins vite que l’événement. L’expression s’est imposée. Mais peut-être que cela m’a frappé parce que cela rencontrait, chez moi, un certain tropisme.
Plus le roman avance, plus on a l’impression que la photo est ce qui montre ce qui n’aurait pas dû être montré. Et l’on se demande si, au fond, la conclusion à en tirer ne serait pas celle d’une « supériorité » morale de la littérature…
C’est un problème qui est abordé, en effet, mais ça n’est pas du tout ce que je pense. Le piège de l’obscénité est là, dans n’importe quel type de représentation. Cette question m’intéresse, y compris d’un point de vue philosophique, depuis longtemps.
Personnellement, je pense que les photos qui montrent ce qu’on devrait cacher doivent le montrer – même si j’ai conscience que l’impact du photo-reportage de guerre est inférieur à ce qu’il a pu être, parce que l’on est noyé sous les images. Attester d’un événement reste une chose très importante. Je ne pense pas que la littérature, face à l’obscénité, puisse se placer en position de supériorité par rapport à la photographie. Il faut voir au cas par cas. Quand j’écrivais Où j’ai laissé mon âme [Actes Sud, 2010], cette question me travaillait particulièrement – et avec elle cette idée qu’on peut être obscène avec les meilleures intentions du monde.

   


Est-ce que ces interrogations sur l’obscénité et la complaisance ont un lien avec la relative sobriété de votre écriture dans « A son image » ?
Non, ça, c’est vraiment une chose entre moi et moi, à cause de laquelle j’ai recommencé le roman vingt fois. J’ai toujours eu peur du moment où l’on maîtrise une forme si bien que l’on finit, sans s’en rendre compte, par reproduire un « algorithme » inconscient d’écriture… Au risque de s’autoparodier. C’est une chose que je craignais, et c’est de cela que procède ce changement. Je voulais un peu échapper à moi-même.
La thématique religieuse est très forte ici, comme elle l’était dans « Le Sermon sur la chute de Rome », entre autres. Vous dites n’être pas croyant, mais est-ce que, de livre en livre, vous n’approfondissez pas ce que le philosophe, théologien et prêtre Michel de Certeau (1925-1986) appelait une « écriture croyante » ?
Cette expression est très belle ! Je veux bien me l’approprier. Il est sûr que je ne suis pas croyant, et tout aussi sûr qu’il y a là-dedans beaucoup de choses qui me touchent, sans quoi je ne me lancerais pas dans un exercice simplement intellectuel ou esthétique. Pour écrire un personnage de prêtre, comme il y en a un dans A son image, il faut que je me sente au moins la capacité de me faire une représentation intime de ce que peut être cette expérience. Je ne sais pas si j’aurais ressenti cette proximité si je n’avais pas connu les messes d’enterrement corses – c’est une série de gestes, de prières et de devoirs qui sont accomplis dans une solennité encore augmentée quand la messe est chantée en polyphonie. Peut-être que j’y suis d’abord venu par émotion esthétique.

Prix littéraire « Le Monde »: la sélection 2018
Les dix titres en lice
Arcadie, d’Emmanuelle Bayamack-Tam, P.O.L
Le Guetteur, de Christophe Boltanski, Stock
A son image, de Jérôme Ferrari, Actes Sud
Camarade Papa, de Gauz, Le Nouvel Attila
Idiotie, de Pierre Guyotat, Grasset
Un monde à portée de main, de Maylis de Kerangal, Verticales
Ma dévotion, de Julia Kerninon, Rouergue
Toutes les femmes sauf une, de Maria Pourchet, Fayard
L’Hiver du mécontentement, de Thomas B. Reverdy, Flammarion
Par les écrans du monde, de Fanny Taillandier, Seuil



        Lire aussi :
         

                Tout sur le prix littéraire « Le Monde »






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Dans ce podcast plutôt iconoclaste, des anonymes content le plus souvent leur rapport à la sexualité.
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« Brise-Glace », ou l’ambition d’aborder les sujets qui dérangent

Dans ce podcast plutôt iconoclaste, des anonymes content le plus souvent leur rapport à la sexualité.



LE MONDE
 |    05.09.2018 à 16h30
 • Mis à jour le
05.09.2018 à 16h32
    |

                            Martine Delahaye








                        


Podcast - A la demande

   


C’est en regardant la série d’animation pour adultes BoJack Horseman, sur Netflix, que Louisa, 30 ans, a mis le doigt sur ce qu’elle sentait bouillonner en elle depuis longtemps sans rien y comprendre. Un personnage de la série y expliquait ne jamais ressentir d’attraction sexuelle pour quiconque et être, en un mot, « asexuel ». Une révélation pour Louisa. « C’est comme si je l’avais toujours su mais qu’on ne m’avait jamais dit que ça existait. » Elle consulte alors le Web, s’aperçoit que le phénomène s’avère finalement assez répandu et, vivant très bien son non-désir sexuel, décide de faire son « coming out ». Ce qu’elle ressent comme « une nécessité » pour faire voler en éclats les idées reçues sur la sexualité.
Ce récit, réel, au cours duquel Louisa partage sa découverte du concept d’asexualité, fait partie des sept histoires de vie que compte à ce jour « Brise-Glace », le podcast qu’a lancé au printemps le journal suisse Le Temps. A raison de deux récits d’une trentaine de minutes par mois, dont un qui a généralement trait à la sexualité.
« Ce n’était pas mon plaisir qui importait »
Il en va ainsi du témoignage de Charles, qui, il y a quelques mois, s’est donné un an pour expérimenter des relations sexuelles tarifées avec des hommes à Genève. Essentiellement en tant qu’escort, ce qui comprend des massages tantriques, des initiations BDSM ou du sexe conventionnel. Un questionnement taraude cependant Charles : « Que se passera-t-il si, face à quelqu’un qui ne me plaît pas, je me retrouve incapable de complètement “performer”, j’entends par là ne pas pouvoir, tout simplement… bander ? Qu’est-ce que je fais, alors que le client vient de me payer pour une heure ? » 
Sa pratique du « travail du sexe » étant récente, il n’a pas encore eu à faire face à cette éventualité. « Mais j’ai réglé ça d’une certaine manière, ajoute-t-il, en me rendant compte que ce n’était pas mon plaisir qui importait : la seule chose qui compte, c’est leur plaisir, et je suis prêt à tout faire pour ça. » 
L’on suit avec tout autant d’intérêt l’incursion que propose ce podcast dans la vie d’Hubert, un sportif en exosquelette qui tente d’apprivoiser son corps brisé, ou dans celle de Gabriela, accompagnatrice de suicide assisté.
« Brise glace », podcast animé par Célia Héron et Virginie Nussbaum. Disponible sur iTunes, SoundCloud et YouTube.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Avec « L’Abattoir de verre », le Prix Nobel sud-africain propose sept nouvelles autour de l’existence humaine et animale. Un instant de grâce, écrit Camille Laurens.
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Une leçon d’humanité de J. M. Coetzee

Avec « L’Abattoir de verre », le Prix Nobel sud-africain propose sept nouvelles autour de l’existence humaine et animale. Un instant de grâce, écrit Camille Laurens.



LE MONDE
 |    05.09.2018 à 16h00
    |

                            Camille Laurens (écrivaine)








                        



                                


                            
L’Abattoir de verre (Moral Tales), de J. M. Coetzee, traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Georges Lory, Seuil, 176 p., 18 €.

Le discours de réception du prix Nobel que prononça J. M. Coetzee en 2003 s’intitulait : « Lui et son homme ». L’écrivain y mettait en scène son goût des identités plurielles. Chaque fois qu’il est apparu lui-même dans la part de son œuvre qui relève de l’« autobiographie fictive » (ou de l’autofiction, si l’on osait le mot), il l’a fait de façon ambiguë, notamment dans L’Eté de la vie (Seuil, 2010) où, s’imaginant mort, il se démultipliait sous son vrai nom à travers les commentaires des autres.
L’Abattoir de verre va plus loin encore puisque non seulement le livre est composé de sept textes – ou nouvelles ? – écrits entre 2003 et 2017, mais Coetzee y retrouve aussi son double fictif féminin, la célèbre écrivaine australienne ­Elizabeth Costello, héroïne d’un roman éponyme (Seuil, 2004). Ces sept éclats de miroir reflètent et diffractent le portrait d’une femme à différents âges de sa vie, surtout dans sa vieillesse, avec ses désirs « conçus par un cerveau automnal, qui regarde vers l’arrière ». Le prisme ainsi composé permet à Coetzee, né en 1940, d’interroger l’unité du moi et le sens de l’existence à l’approche de sa fin. « Peut-être s’agit-il d’une histoire qui s’arrête sans savoir où aller », dit Elizabeth à ses enfants qui, aimants mais pragmatiques, veulent la persuader de renoncer à sa vie lointaine et solitaire pour entrer dans une proche maison de retraite. Libre et fantasque, elle refuse d’être réduite à une identité figée.
Obscure clarté de la finitude
Ainsi quand, femme mariée, elle a une aventure, elle se sent « elle-même », dans l’infidélité comme dans la fidélité. « Est-ce cela, la perfection : avoir un mari et un amant en même temps ? » Coetzee ne donne guère de réponses aux questions moqueuses,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Le producteur de musique s’élève, dans une tribune au « Monde », contre l’article 13 de la directive européenne sur le droit d’auteur qui menace l’émergence des futurs jeunes artistes.
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Pascal Nègre : « Ne sacrifions pas la prochaine génération de musiciens »

Le producteur de musique s’élève, dans une tribune au « Monde », contre l’article 13 de la directive européenne sur le droit d’auteur qui menace l’émergence des futurs jeunes artistes.



LE MONDE
 |    05.09.2018 à 16h00
    |

Pascal Nègre (Président de la société #NP spécialisée dans le management d’artistes et président du Label 6&7, ancien président d’Universal Music F...







                        



                                


                            
Tribune. J’ai quelques sérieuses inquiétudes quant aux discussions en cours au Parlement européen autour de la directive sur le droit d’auteur et plus particulièrement de son article 13 [le vote décisif est programmé au Parlement européen le 12 septembre]. Cet article, dans sa rédaction actuelle, impose à toute plate-forme de détecter et de bloquer systématiquement toute mise en ligne par un utilisateur d’un contenu potentiellement protégé par le droit d’auteur (pas uniquement de la musique), sauf lorsqu’un accord de licence a auparavant été conclu avec l’ayant droit ou ses représentants.
Trente-cinq années d’expérience dans l’industrie musicale me portent à croire que cette directive s’avérerait négative pour les artistes, pour l’industrie et, à terme, pour le bien public
Cette disposition qui est très large pourrait en fait avoir un impact négatif sur la création puisqu’elle aboutirait à une certaine forme de censure aveugle, automatique et systématique. Trente-cinq années d’expérience dans l’industrie musicale me portent à croire que cette directive s’avérerait négative pour les artistes, pour l’industrie et, à terme, pour le bien public. La musique a une valeur culturelle unique. Elle nous rapproche, nous rappelle des souvenirs communs et constitue un lien social plus que tout autre type d’art.
Elle a également une valeur monétaire. Je soutiens entièrement les ayants droit et les créateurs qui défendent la protection du droit d’auteur et une rémunération juste. Il est essentiel que les plates-formes se comportent de manière responsable et maintiennent leurs accords avec les labels, éditeurs et sociétés de gestion collective. Cela est indéniable. Mais l’article 13 de la directive européenne sur le droit d’auteur ne prend pas le bon chemin.
Piratage en déclin
Si Internet, et plus précisément le piratage, menaçait, il y a quelque temps, l’industrie musicale d’une mort imminente, les choses ont bien évolué depuis : le...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Le chemin spirituel et militant vers l’Afrique du musicien, sa carrière hors norme en font un héros rare du monde du jazz.
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Randy Weston, pianiste et compositeur, est mort

Le chemin spirituel et militant vers l’Afrique du musicien, sa carrière hors norme en font un héros rare du monde du jazz.



LE MONDE
 |    05.09.2018 à 15h44
 • Mis à jour le
05.09.2018 à 17h10
    |

                            Francis Marmande








                        



                                


                            

Né à Brooklyn (New York), le 6 avril 1926, Randolph E. dit « Randy » Weston est mort chez lui, dans son quartier natal, au matin du 1er septembre. Exactement comme on devrait mourir. « Un Africain qui meurt, aimait-on bien radoter, c’est une bibliothèque qui brûle » : de Randy Weston, rien de plus vrai. Vous pouvez y ajouter une médiathèque, une histoire universelle, une saisissante percée de la connaissance. A quel âge atteint-il ses deux mètres de haut ? Quand s’arrêtent de pousser ses élégantes mains d’albatros rieur ? Mystère.
Extraordinaire pianiste à la gauche pour concerto spécialisé, compositeur atypique pour quelqu’un dont le premier album (1954) – en duo avec le contrebassiste Sam Gill – est dévolu, sans excès d’académisme, à Cole Porter, c’est surtout son chemin spirituel et militant vers l’Afrique, sa carrière hors norme, qui en font un héros rare du monde du « jazz ». Du monde tout court.
Fondamentaux de la « fierté noire »
Son père, Jamaïcain né à Panama, lui donne toutes sortes de professeures de piano. Classiques d’abord, comme il se doit ; plus conformes à leur culture afro-américaine ensuite. Il apprend la danse. On le place dans la meilleure « High School » de la zone. Fidèle à Marcus Garvey, Frank Edward Weston l’initie par les disques et les livres. Il lui transmet les fondamentaux de la « fierté noire », et lui fait lire les histoires des grandes civilisations africaines qu’il s’en va découvrir à la bibliothèque.
Du « jazz », il en entend aussi dans le restaurant familial que fréquentent les musiciens. Comme ils vivent dans un monde noir, ils n’usent jamais de ce mot. Sa mère a l’accent du Sud (elle est née en Virginie), son père, un accent des Caraïbes : « Ils cuisinaient de façon un peu différente, mais l’Afrique restait la racine ». Pour Mathieu Perez, dans la revue Jazz Hot –  qui l’avait déjà interviewé en 1957 –, il ajoute, à l’automne 2015 (n° 673, en...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Selon le cabinet ComScore, les recettes des entrées en salle ont crû de 14,5 % au cours de l’été, et ce en dépit de l’âpre concurrence de Netflix et d’Amazon.
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Aux Etats-Unis, la fréquentation des cinémas relancée

Selon le cabinet ComScore, les recettes des entrées en salle ont crû de 14,5 % au cours de l’été, et ce en dépit de l’âpre concurrence de Netflix et d’Amazon.



LE MONDE
 |    05.09.2018 à 11h22
    |

            Nicole Vulser








                        



                                


                            

Malgré la concurrence féroce de Netflix et d’Amazon, qui incite à regarder des films chez soi bien calé dans un fauteuil, la fréquentation des salles obscures aux Etats-Unis a connu un rebond au cours de l’été, entre le 4 mai et le 10 septembre (en partie à cause du lundi férié 3 septembre, le Labor Day), une période qui fait office de test pour l’industrie cinématographique outre-Atlantique. Selon le cabinet ComScore, les recettes des entrées en salle ont crû de 14,5 %, avec un prix moyen du ticket de 9,38 dollars (8,10 euros).

De son côté, Box Office Mojo estime ces recettes à 3,89 milliards de dollars, après une année 2017 très difficile (– 15,1 %). Deux grosses productions ont massivement attiré les spectateurs. Fruit des studios d’animation Pixar, Les Indestructibles 2, le film d’animation de Disney sorti le 15 juin, qui signe le retour des aventures de Bob, Hélène, Violette, Flèche et Jack-Jack, a fait exploser les compteurs, avec des recettes estimées à plus de 602 millions de dollars au 3 septembre, rien qu’aux Etats-Unis. De son côté, Avengers : Infinity War, la dernière saga des super-héros Marvel, a suscité un très large engouement, engrangeant 678,7 millions de dollars aux Etats-Unis depuis sa sortie, le 27 avril.
Effet de la carte d’abonnement illimitée
« Le rebond de cet été prouve à quel point l’industrie cinématographique est cyclique. Le public n’a pas moins utilisé de streaming [la lecture sans téléchargement] que l’été dernier, mais si les films sont forts, l’audience suit », affirme au Monde Phil Contrino, le porte-parole de la National Association of Theatre Owners (l’Association nationale des propriétaires de cinéma). Au cours de l’été, trois majors ont tiré leur épingle du jeu en salle : Disney, mais aussi Universal Pictures et Paramount.

L’effet de la carte d’abonnement illimitée au cinéma – le MoviePass à 10 dollars par...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Les achats en ligne seront limités, au contraire des cours de pratiques artistiques et des sorties culturelles.
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Pass culture pour les jeunes : les achats seront plafonnés selon les catégories

Les achats en ligne seront limités, au contraire des cours de pratiques artistiques et des sorties culturelles.



LE MONDE
 |    05.09.2018 à 09h40
 • Mis à jour le
05.09.2018 à 16h52
    |

            Sandrine Blanchard








                        



   


Françoise Nyssen est arrivée tout sourire, mardi 4 septembre, pour présider, rue de Valois à Paris, le troisième comité d’orientation du Pass culture. La ministre, que la rumeur donnait depuis plusieurs semaines partante dans le remaniement, était visiblement heureuse d’avoir déjoué les pronostics : « Les choses reprennent et je suis très contente que ma première réunion, sous ce nouveau gouvernement, soit consacrée au Pass culture. C’est très symbolique, car il s’agit d’un service aux jeunes et d’un outil d’accès par excellence à la culture », a-t-elle déclaré sur un ton assuré et enjoué.

        Lire le compte-rendu :
         

          Françoise Nyssen annonce les modalités du Pass culture



Au côté, notamment, d’Eric Garandeau, coresponsable de l’association de préfiguration chargée de l’ingénierie financière et juridique de cette nouvelle application mobile géolocalisée, Françoise Nyssen a détaillé le calendrier de son expérimentation et précisé les conditions de son utilisation. Réunissant les offres culturelles de proximité et crédité de 500 euros pour les jeunes âgés de 18 ans, ce Pass culture, voulu par Emmanuel Macron, sera testé, cet automne, en conditions réelles. Une campagne de communication sera lancée courant septembre auprès des lycées, des universités, des missions locales, des agences Pôle emploi, etc., dans les cinq départements pilotes (Seine-Saint-Denis, Bas-Rhin, Hérault, Finistère, Guyane) pour recruter dix mille jeunes volontaires. Parallèlement, des « référents territoriaux » seront chargés de mobiliser les acteurs culturels pour qu’ils s’inscrivent et proposent des offres sur le Pass.

        Lire aussi :
         

                Le « Pass culture » lancé dans quatre départements en septembre



« Un choix politique »
« L’objectif de cette politique publique est d’ouvrir le champ des possibles des jeunes et d’encourager la pratique artistique », a insisté la ministre. « Il faut éviter que le Pass ne serve qu’à financer des activités qu’ils connaissent déjà et qui sont à but essentiellement lucratif », a-t-elle précisé, en faisant référence aux géants du Web.

        Lire l’entretien avec Françoise Nyssen :
         

          « Le Pass culture ne sera pas un “gadget” »



Pour y parvenir, le Pass sera « éditorialisé ». Son algorithme « encouragera la découverte », promet-elle, en favorisant « les offres culturelles publiques, portées par des organismes reconnus par l’Etat ou soutenues par les collectivités locales » – opérateurs du ministère, labels, monuments historiques, cinémas art et essai, etc. Pour Eric Garandeau, « il n’y a pas lieu d’exclure les offres numériques, dès lors qu’elles respectent le droit fiscal et d’auteur ». Mais, a indiqué Françoise Nyssen, « les dépenses seront plafonnées par catégories ».
Eric Garandeau : « Il n’y a pas lieu d’exclure les offres numériques, dès lors qu’elles respectent le droit fiscal et d’auteur »
Ainsi, lors de la phase d’expérimentation, « les achats d’offres culturelles en ligne (abonnement à Deezer, Netflix, Canalplay…) seront limités à 200 euros, les biens culturels (livres ou CD) seront limités à 100 euros, en revanche, les cours de pratiques artistiques et les sorties culturelles ne seront pas plafonnées. Les jeunes pourront, s’ils le souhaitent, dépenser leurs 500 euros en billets de théâtre ou leçons de piano ou de danse, par exemple », a précisé la ministre. « Il s’agit d’un choix politique déterminant en faveur de l’ouverture et de la diversité culturelle », insiste-t-elle. Les réunions, organisées depuis décembre 2017 avec des lycéens référents, ont fait apparaître que les futurs utilisateurs rêvent bien davantage d’assister à un concert de rap, de s’abonner à Netflix ou Deezer, ou de partir en voyage plutôt que de se rendre dans un musée ou d’assister à un spectacle d’opéra.
Risque de piratage
En outre, pour éviter Amazon, les livres achetés ne pourront pas être livrés à domicile mais devront être retirés dans une librairie. Pour maintenir le caractère « culturel » du Pass, les parcs d’attractions du type Disneyland en seront exclus, tout comme « les titres à risque tels que les tabloïds » pour les abonnements à la presse. Quant aux jeux vidéo, seuls ceux éligibles au fonds d’aide (FAJV) du Centre national du cinéma (CNC) seront proposés.

        Lire le focus :
         

          500 euros pour favoriser l’accès des jeunes à la culture



Le comité d’orientation – où siègent notamment le metteur en scène Thomas Jolly, le directeur délégué du Festival d’Avignon Paul Rondin, le président de la Grande Halle de La Villette, Didier Fusillier, l’initiateur d’Eloquentia, Stéphane de Freitas, le directeur de l’Association des maires ruraux de France, Cédric Szabo – a semblé plutôt conquis par le projet, mais a pointé la problématique de la mobilité, notamment pour les non citadins, ainsi que le risque de piratage (comment éviter la revente à prix cassé sur le darknet du crédit de 500 euros ?). Quant à la question du financement – assuré à 80 % par le secteur privé –, elle sera abordée lors du prochain comité, avant Noël.
Pour l’heure, la vingtaine de personnes qui composent l’association de préfiguration en charge du Pass culture se concentre sur le lancement de la phase d’expérimentation dont on connaîtra les résultats au printemps 2019. Le Pass s’annonce comme un projet de longue haleine que Françoise Nyssen compte bien mener à son terme pour en faire un marqueur de son passage rue de Valois.

        Lire l’analyse  :
         

          « Comment faire adhérer les jeunes au Pass culture de 500 euros s’il fait l’impasse sur ce qu’ils aiment ? »






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Le nouveau film de Kiyoshi Kurosawa frappe par son épure.
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« Invasion » : les martiens attaquent une société qui court à sa perte

Le nouveau film de Kiyoshi Kurosawa frappe par son épure.



LE MONDE
 |    05.09.2018 à 07h22
 • Mis à jour le
05.09.2018 à 18h29
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
L’œuvre du Japonais Kiyoshi Kurosawa, né en 1955, maître d’un fantastique cérébral sondant les gouffres d’une quotidienneté atone, traverse en ce moment une phase d’effervescence passionnante, qui consiste non seulement en un regain d’activité (cinq films en trois ans), mais aussi en des expériences narratives et plastiques toujours plus surprenantes. Invasion, son dernier long-métrage en date, présenté à la ­Berlinale 2018, s’inscrit dans une séquence de création assez complexe. Réalisé dans la foulée d’Avant que nous disparaissions (sorti en France en mars), ce nouveau film apparaît comme son remake, mais sur une tonalité complètement différente.

        Lire la critique d’« Avant que nous disparaissions » :
         

          Face aux aliens, l’humanité perd ses derniers moyens



Les deux œuvres sont, en effet, issues d’un même matériau : la pièce de théâtre Sanpo suru shinryakusha, du dramaturge Tomohiro Maekawa, relecture caustique des films de science-fiction des années 1950 carburant à la menace extraterrestre. Sur la base de la première adaptation, la chaîne japonaise Wowow a ensuite commandé à Kurosawa une version télévisée, sous la forme d’une minisérie en cinq épisodes de trente minutes, dont Invasion est le remontage en cent quarante  minutes à destination du grand écran.

        Lire la rencontre :
         

          Kiyoshi Kurosawa, le cinéaste de la destruction et de la renaissance



Invasion reprend donc, à peu de chose près, le même argument qu’Avant que nous disparaissions (qu’il n’est pas besoin d’avoir vu pour autant). Des émissaires extraterrestres ayant pris possession de corps humains s’infiltrent incognito dans la population pour lui voler des concepts et préparer ainsi l’invasion à venir. Une légère application du doigt sur le front d’un interlocuteur suffit à lui retirer, pour se les accaparer, de grandes notions fondamentales, telles que celles de « famille », de « fierté », de « vie » ou de « travail ». Mais alors qu’Avant que nous disparaissions relatait le périple des émissaires sous un jour ouvertement fantaisiste et rocambolesque, Invasion s’attache à la perspective des humains. Resserrant son champ d’action autour d’un couple ordinaire, il emprunte une voie plus sombre et plus inquiétante.

        Lire la critique (parue lors du Festival de Cannes 2017) :
         

          « Avant que nous disparaissions », les aliens ramènent l’humanité à l’état de brouillon



Etsuko (l’actrice et mannequin Kaho), ouvrière textile, voit son quotidien lentement dérailler en raison de la nervosité de son mari Tetsuo (Shota Sometani) et de l’égarement d’une collègue, qui ne reconnaît plus ses proches. Tout remonte à l’arrivée d’un nouveau chirurgien dans l’hôpital où Tetsuo travaille comme infirmier, le docteur Shiro Makabe (Masahiro Higashide). Ce dernier, un extraterrestre infiltré, a jeté son dévolu sur le pauvre aide-soignant pour en faire son « guide », un subordonné chargé de lui fournir de nouvelles victimes à lobotomiser. Pour cela, le faux médecin l’invite à puiser parmi ses inimitiés – telle collègue arrogante, tel ancien professeur malveillant –, aiguillonnant son ressentiment pour mieux se l’attacher. Etsuko se rend compte de la manipulation et fait tout son possible pour soustraire son mari à l’emprise de Makabe, quand bien même l’invasion finale serait imminente.
Tension et étrangeté
Invasion frappe d’abord par son épure, doublée d’une maîtrise impressionnante. Dès les premières scènes dans l’appartement du couple, Kurosawa semble revenir aux fondamentaux de son cinéma : l’inquiétante familiarité de l’univers domestique, la désaffection qui menace le foyer, les espaces habités par une angoisse sourde, une caméra suspendue qui se faufile entre pièces et couloirs à pas feutrés… Le cinéaste parvient à distiller tension et étrangeté, puis à susciter un sentiment eschatologique, sans recourir aux effets spéciaux, sinon pour faire trembler un miroir ou donner à des rideaux secoués par un courant d’air une apparence spectrale. L’essentiel se joue ici entre une poignée d’acteurs et un sens aigu de la mise en espace, les personnages arpentant des lieux ordinaires et strictement anonymes, devenus oppressants à l’aune d’une menace diffuse. Et quoi de plus naturel, puisque la grande question de Kurosawa sur l’être humain est de savoir ce qui le limite et le caractérise en même temps.
L’autre histoire d’« Invasion » est celle d’un couple amené à lutter contre sa propre désunion et les démons qui le rongent
Bénéficiant de la souplesse et de la sinuosité de l’écriture sérielle, le film captive par sa capacité à ­entremêler la scène collective et la scène intime, se situant toujours sur deux niveaux. La conquête extraterrestre, habilement suggérée, consiste surtout à figurer une perte de sens générale, à l’échelle de toute une société qui, dépossédée de ses concepts (ou de ses valeurs), s’effondre dans l’apathie et l’insensibilité. A ce titre, les scènes les plus marquantes sont celles où l’on voit les émissaires marcher dans des lieux publics (hôpital, usine) et tous les humains s’écrouler autour d’eux, comme une traînée de poudre.
Face à cela, l’autre histoire d’Invasion est celle d’un couple amené à lutter contre sa propre désunion et les démons qui le rongent (fas­cination, emprise, frustration ­sociale, faiblesse de caractère, addiction), cherchant à se reconstruire dans la tourmente. L’étrangeté inaugurale apparue dans le quotidien d’Etsuko peut ainsi se voir comme le retour d’un refoulé collectif, celui d’une société qui court à sa perte, destin catastrophique auquel le jeune couple n’avait, jusqu’alors, pas vraiment conscience d’appartenir.

Film japonais de Kiyoshi Kurosawa. Avec Kaho, Shota Sometani, Masahiro Higashide (2 h 20). Sur le Web : www.club-vo.fr/films/invasion



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ La jeune réalisatrice Meryem Benm’Barek, primée à Cannes et à Angoulême, impressionne par sa maturité de scénariste.
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« Sofia » : un délit de grossesse au Maroc

La jeune réalisatrice Meryem Benm’Barek, primée à Cannes et à Angoulême, impressionne par sa maturité de scénariste.



LE MONDE
 |    05.09.2018 à 07h21
 • Mis à jour le
05.09.2018 à 09h42
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Sofia appartient à cette catégorie de films qui défient les bonnes manières de la critique : sa force réside dans son ressort dramatique ; or, celui-ci ne se détend qu’aux trois quarts de la projection, propulsant les personnages dans une direction inattendue, ouvrant des perspectives que le cinéma explore rarement. En dévoiler le mécanisme serait d’autant plus nocif qu’il ne s’agit pas ici d’un « twist » ludique, mais d’une invitation plus qu’énergique à regarder une situation, à la fois très marocaine et tout à fait universelle, en changeant radicalement de point de vue. Bref, tout en recom­mandant le spectacle de Sofia, il faudra parfois rester un peu vague pour en parler.
Rien de plus net pourtant que la situation de départ. Un déjeuner familial réunit deux sœurs et leurs familles. Leila (Lubna Azabal) vit dans l’opulence. Elle a épousé un homme d’affaires français (qu’on ne verra jamais), sa fille, Lena (Sarah Perles), a fait des études de médecine. Zineb (Nadia Nazi) reçoit dans son intérieur un peu étriqué. Son époux, Faouzi (Faouzi Bensaïdi), s’apprête à sortir de la gêne en concluant une affaire grâce à l’entregent de sa belle-sœur. Leur fille, Sofia (Maha Alemi), à peine ­sortie de l’adolescence, s’affaire à la cuisine, avec une mine de déterrée.
En à peine une demi-heure, Lena aura diagnostiqué la grossesse de sa cousine, dont cette dernière n’avait pas conscience, et l’aura aidée à accoucher dans un hôpital de Casablanca, alors qu’au Maroc les relations sexuelles hors mariage sont passibles de prison.
Primé à Cannes et à Angoulême
Ces séquences ont pour elles la concision, même si toute la vitesse du monde ne peut faire passer les lacunes du découpage, les libertés prises avec la vraisemblance – plus gênantes dans un récit aussi réaliste que celui-ci que dans une fable. Meryem Benm’Barek n’a qu’une poignée de courts-métrages à son actif et, pour l’instant, sa puissance d’évocation (des situations, des idées) de scénariste dépasse encore son savoir-faire de réalisatrice. Les deux prix que son film a reçus, à Cannes (où il était présenté dans la section Un certain regard) et à Angoulême, ont salué le scénario de Sofia.

        Lire le compte-rendu :
         

          A Cannes, Un certain regard distingue un cinéma engagé et pointu



Peu importe, car dès ces premières séquences le choc entre le sort de Sofia et les institutions et coutumes marocaines se double d’un dialogue acerbe, d’abord déroutant puis fascinant, entre les deux cousines. L’incompréhension qui se creuse entre les deux jeunes filles se manifeste d’abord par la différence de langue : l’une est francophone, l’autre arabophone. Elle devient un gouffre lorsque l’on commence à discerner les stratégies respectives de Lena et Sofia.
Dès les premières séquences le choc entre le sort de Sofia et les institutions et coutumes marocaines se double d’un dialogue acerbe
La première tient à faire prévaloir les droits des femmes, à punir le garçon dont sa cousine est ­enceinte, qu’elle tient pour un violeur. Pourtant Omar (Hamza Khafif) n’a rien d’un ogre. Lorsque la famille de Sofia au grand complet rend une espèce de ­visite d’Etat à celle du jeune homme, on comprend qu’il s’agit moins d’obtenir réparation que de négocier une issue avantageuse pour tout le monde.
A ce moment, la victime semble encore maintenue à la périphérie des transactions : la fraction huppée du clan tente d’arranger les choses à force de dirhams, les parents de Sofia se préoccupent du qu’en-dira-t-on… Mais, peu à peu, Meryem Benm’Barek dévoile la personne qui se cache derrière le visage buté de Maha Alemi, ­l’actrice débutante qui tient le rôle-titre. La fille désœuvrée des séquences d’ouverture se mue en un être complexe, qui inspire bien d’autres sentiments que la compassion. Pour tenter de la cerner, il faut plonger dans les replis de cette situation infiniment plus ambiguë que le cas social qu’on a cru deviner.
Comme beaucoup de cinéastes de pays émergents/en voie de développement (rayer la mention inutile), Meryem Benm’Barek explore la frontière entre classes. Elle le fait avec mépris pour les conventions de ce qui est devenu presque un genre dans le cinéma d’auteur contemporain, avec une lucidité qui interdit les fausses pudeurs politiques et fait oublier les imperfections de cet impressionnant début.

Film français et marocain de Meryem Benm’Barek. Avec Maha Alemi, Sarah Perles, Lubna Azabal (1 h 20). Sur le Web : distribution.memento-films.com/film/infos/90



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ La réalisatrice Margarethe von Trotta brosse un portrait sans vraie perspective du cinéaste suédois, né il y a cent ans.
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« A la recherche d’Ingmar Bergman » : bazar raisonné

La réalisatrice Margarethe von Trotta brosse un portrait sans vraie perspective du cinéaste suédois, né il y a cent ans.



LE MONDE
 |    05.09.2018 à 07h16
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
S’il est une chose qu’il serait souhaitable d’épargner à Ingmar Bergman, c’est bien un centenaire (l’homme est né le 14 juillet 1918 à Uppsala, en Suède). Figure canonique du cinéma d’auteur, monument d’un art auquel il a légué le continent de l’exploration intérieure, Bergman, déjà statufié de son vivant, aspirerait sans doute à se passer, mort, du prurit ­commémoratif. Ce documentaire qui lui est aujourd’hui consacré n’en est pas moins la première pierre ­posée pour une démonstration de force qui culminera au mois de septembre avec l’intégrale de son œuvre projetée à la Cinémathèque française.
S’il faut, en vérité, se réjouir de ces initiatives qui saluent à juste raison un génie du cinéma, force est d’admettre qu’un document comme celui qu’on nous propose aujourd’hui, sans être dénué d’intérêt, tombe précisément dans les travers de l’hommage de circonstance. A la recherche d’Ingmar Bergman ne trouve en effet rien que l’amateur éclairé ne sache déjà. C’est sans doute que son auteure, l’actrice et réalisatrice allemande Margarethe von Trotta, qui l’a connu, ne s’est résolue à rien d’autre que de faire le tour de la montagne, tâche immense, sans doute, mais dénuée de ­perspective et condamnée à ­ressasser les vérités premières.
« Il ne m’a jamais manqué »
Point de vue personnel, témoignages de proches, de collaborateurs ou de critiques, extraits de films, extraits d’entretiens avec l’auteur, archives d’époque, tout y est en termes de méthode exploratoire, mais rien n’est vraiment interrogé ni creusé, les filets ne nous ramènent qu’un condensé de l’histoire officielle, où l’anecdotique voisine avec l’analyse cinéphilique. Les chefs-d’œuvre tant classiques que modernes (du Septième Sceau à Fanny et Alexandre), le génie de la direction d’acteurs, le rapport névrotique aux femmes et à la famille, la personnalité difficile.
Dans ce bazar raisonné, certains témoignages claquent néanmoins, tels celui de Daniel Bergman, fils du metteur en scène et de la pianiste Käbi Laretei. Agé de 55 ans, fils de deux grands artistes dévorés par leur art, et particulièrement d’un père insoucieux de sa descendance, Daniel, qui garde un souvenir amer de son enfance, a malencontreusement choisi de faire le même métier que son père, qui l’autorise à dire de lui : « Depuis sa mort, il ne m’a jamais manqué. » Ce personnage, poignant, pourrait faire l’objet d’un film à part entière. On aurait aimé que celui dans lequel il figure suggère avec une égale force de conviction pourquoi Ingmar Bergman manque à tant de gens.

Documentaire de Margarethe von Trotta (1 h 40). Sur le Web : www.epicentrefilms.com/A-la-recherche-de-Ingmar-Bergman--Searching-For-Ingmar-Bergman--Margarethe-von-Trotta



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Créée et animée par des réalisateurs, la plate-forme de films du patrimoine veut fidéliser un public de plus en plus sollicité.
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LaCinetek, un site pour visionner les chefs-d’œuvre du XXe siècle

Créée et animée par des réalisateurs, la plate-forme de films du patrimoine veut fidéliser un public de plus en plus sollicité.



LE MONDE
 |    05.09.2018 à 07h16
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

Envie d’une « ciné cure » ? Aux sorties hebdomadaires de films en salle, il faut aujourd’hui ajouter les sélections proposées sur les plates-formes de vidéo à la demande – comme le site britannique Mubi (un nouveau film d’auteur par jour) ou la coopérative française Tënk (un choix de documentaires chaque semaine). A son tour, à partir du 10 septembre, LaCinetek, créée en 2015 par les réalisateurs Pascale Ferran, Laurent Cantet et Cédric Klapisch et par le président de la plate-forme UniversCiné, Alain Rocca, lance son offre de dix films du « patrimoine » – le plus récent étant Mulholland Drive (2001), de David Lynch – chaque mois.

Les cinéastes signent la partie éditoriale et UniversCiné assure la prestation technique. Pour 2,99 euros par mois (ou 30 euros par an), LaCinetek offre de visionner dix œuvres choisies selon une thématique. Septembre sera le temps des premiers films, Accattone (1961), de Pier Paolo Pasolini, La Nuit des morts-vivants (1968), de George A. Romero, ou Wanda (1970), de Barbara Loden. Octobre sera consacré aux histoires d’amour, des Fiancées en folie (1925), de Buster Keaton, à La Femme d’à côté (1981), de François Truffaut. Novembre sera branché sur l’adolescence, avec notamment Passe ton bac d’abord (1978), de Maurice Pialat.
Un outil de transmission
Cette formule vise à rendre plus lisible l’offre de LaCinetek, ainsi que d’en abaisser le prix – le visionnage à l’unité coûte 2,99 euros. « Au départ, nous avons créé cette cinémathèque car cela nous rendait dingues de constater que des chefs-d’œuvre du cinéma n’étaient pas accessibles, explique Pascale Ferran. LaCinetek est avant tout un outil de transmission. Notre structure est associative, à mi-chemin entre le commercial et l’intérêt général, avec le soutien du Centre national du cinéma et du programme Media de l’Union européenne. »

L’autre singularité...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Le documentaire de Kevin Macdonald, présenté hors compétition au Festival de Cannes, s’appesantit sur la part sombre de la chanteuse Whitney Houston.
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« Whitney » : une diva en proie à ses démons

Le documentaire de Kevin Macdonald, présenté hors compétition au Festival de Cannes, s’appesantit sur la part sombre de la chanteuse Whitney Houston.



LE MONDE
 |    05.09.2018 à 07h14
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
Whitney Houston était en quelque sorte prédestinée à devenir star de la pop : cousine des chanteuses Dee Dee et de Dionne Warwick, fille de Cissy Houston qui fit carrière dans la soul, dotée d’une voix hors du commun qui poussera ses parents à mettre tout en œuvre pour qu’elle plane en haut du Top 50. Le documentaire de Kevin Macdonald, présenté hors compétition au Festival de Cannes en mai, revient sur cette trajectoire, celle d’une diva qui, tout en connaissant un succès planétaire, doit chaque jour négocier avec ses démons : un traumatisme d’enfance, une addiction à la cocaïne, un couple qui bat de l’aile, un père qui s’improvise agent et finit par lui vider ses comptes.
Destins brisés
On n’apprendra pas grand-chose avec Whitney si ce n’est que la gloire, dans les plus hautes sphères du star system, a un prix, confirmant l’idée que l’histoire de la musique pop est jalonnée de ces destins brisés. Kevin Macdonald coule cette vie hautement mélodramatique, certainement digne d’être racontée, dans un documentaire à l’américaine des plus formatés qui mêle un travail d’archives à des entretiens sur fond noir avec la famille et les proches collaborateurs de la chanteuse.
Un détail ne manquera pas de gêner : celui d’entendre en off le réalisateur arracher aux nombreux interviewés des confidences dispensables – « Aimait-elle le sexe ? », « Etait-elle addicte à la drogue ? » – étayées par des archives où la chanteuse se montre sous son plus mauvais jour. S’il aurait été difficilement envisageable de parler de Whitney Houston sans évoquer sa part sombre, on est en droit de se demander si Whitney relève de l’hommage ou de l’étalage sulfureux de sales petits secrets digne d’un tabloïd sans scrupule.

Documentaire américain et anglais de Kevin Macdonald (2 heures). Sur le Web : www.lecinemaquejaime.com/category/tous-nos-films/documentaire/whitney-462.html, www.whitney.film et www.facebook.com/WhitneyTheFilm



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Chaque mercredi dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
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Un Kurosawa, un couple maudit, un destin de femme : une semaine au cinéma

Chaque mercredi dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



LE MONDE
 |    05.09.2018 à 06h48
 • Mis à jour le
05.09.2018 à 07h29
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Cette semaine de rentrée est placée sous le signe de la qualité plus que de la quantité dans les salles obscures. Le maître du fantastique japonais Kiyoshi Kurosawa livre son cinquième film en trois ans, Invasion. Jean-Bernard Marlin filme dans Shéhérazade la brutalité de l’amour entre deux paumés, tandis que Sofia examine les conséquences inattendues d’une naissance hors mariage au sein d’une famille marocaine.
« Shéhérazade » : duo sur le bitume marseillais

On se souvient du personnage du roi de Perse dans Les Mille et Une Nuits, qui, trompé un jour, décide d’épouser et d’exécuter une vierge quotidiennement pour éviter à l’avenir cette situation fâcheuse. Cette manière originale de couper court au débat #metoo rencontre en Shéhérazade une redoutable adversaire, qui suspend la sentence du roi en l’assujettissant au récit feuilletonné nuit après nuit à son intention. Jean-Bernard Marlin a donc bien fait d’intituler son premier long-métrage du nom de la conteuse désarmante, car son film, avec des moyens et dans un décor très différents, raconte un peu la même histoire.
Situé dans le milieu de la délinquance juvénile à Marseille, Shéhérazade appartient à ce type de films qu’on nomme un peu pompeusement « fiction documentée », ce qui veut tout simplement dire qu’il tire dans le meilleur des cas de son substrat documentaire une authenticité plus vive et une puissance d’incarnation décuplée.
Dylan Robert et Kenza Fortas ont connu, dans la vraie vie, la prison pour l’un, le foyer pour l’autre. Dans le film, ils incarnent Zachary, 17 ans, et Shéhérazade, un peu moins. Le premier sort de prison, accomplissant la figure inaugurale d’un polar de la rechute, plus souvent que de la rédemption (il faudra voir le film pour savoir ce qu’il en advient ici). Zonant ainsi, en compagnie du seul ami qu’il lui reste, abruti de la troupe avec lequel il ne manquera pas de se prendre la tête, il tombe sur un groupe de mineures prostituées qui font le pied de grue sur le bitume marseillais. Sous ces atours se présente la jeune Shéhérazade, dure à cuire et œil de velours, port de reine sur déhanché de pute, qui le vole au coin du bois avant de lui donner son cœur en même temps que son corps. Un ménage s’établit ainsi, dont le sordide le dispute à la beauté. Thomas Sotinel
« Shéhérazade », film français de Jean-Bernard Marlin. Avec Dylan Robert, Kenza Fortas, Idir Azougli, Lisa Amedjout (1 h 49).
« Invasion » : menace extraterrestre en forme d’épure

L’œuvre du Japonais Kiyoshi Kurosawa, né en 1955, maître d’un fantastique cérébral sondant les gouffres d’une quotidienneté atone, traverse en ce moment une phase d’effervescence passionnante, qui consiste non seulement en un regain d’activité (cinq films en trois ans), mais aussi en des expériences narratives et plastiques toujours plus surprenantes. Invasion, son dernier long-métrage en date, présenté à la Berlinale 2018, s’inscrit dans une séquence de création assez complexe. Réalisé dans la foulée d’Avant que nous disparaissions (sorti en France en mars), ce nouveau film apparaît comme son remake, mais sur une tonalité complètement différente.
Les deux œuvres sont, en effet, issues d’un même matériau : la pièce de théâtre Sanpo suru shinryakusha, du dramaturge Tomohiro Maekawa, relecture caustique des films de science-fiction des années 1950, carburant à la menace extraterrestre. Des émissaires extraterrestres ayant pris possession de corps humains s’infiltrent incognito dans la population pour lui voler des concepts et préparer ainsi l’invasion à venir.
Invasion frappe d’abord par son épure, doublée d’une maîtrise impressionnante. Dès les premières scènes dans l’appartement du couple, Kurosawa semble revenir aux fondamentaux de son cinéma : l’inquiétante familiarité de l’univers domestique, la désaffection qui menace le foyer, les espaces habités par une angoisse sourde, une caméra suspendue qui se faufile entre pièces et couloirs à pas feutrés… La conquête extraterrestre, habilement suggérée, consiste surtout à figurer une perte de sens générale, à l’échelle de toute une société qui, dépossédée de ses concepts (ou de ses valeurs), s’effondre dans l’apathie et l’insensibilité. Mathieu Macheret
« Invasion », film japonais de Kiyoshi Kurosawa. Avec Kaho, Shota Sometani, Masahiro Higashide (2 h 20).
« Sofia » : naissance hors mariage au Maroc

Sofia appartient à cette catégorie de films qui défient les bonnes manières de la critique : sa force réside dans son ressort dramatique ; or, celui-ci ne se détend qu’aux trois quarts de la projection, propulsant les personnages dans une direction inattendue, ouvrant des perspectives que le cinéma explore rarement.
Un déjeuner familial réunit deux sœurs et leurs familles. Leila (Lubna Azabal) vit dans l’opulence. Elle a épousé un homme d’affaires français (qu’on ne verra jamais), sa fille, Lena (Sarah Perles), a fait des études de médecine. Zineb (Nadia Nazi) reçoit dans son intérieur un peu étriqué. Son époux, Faouzi (Faouzi Bensaïdi), s’apprête à sortir de la gêne en concluant une affaire grâce à l’entregent de sa belle-sœur. Leur fille, Sofia (Maha Alemi), à peine sortie de l’adolescence, s’affaire à la cuisine, avec une mine de déterrée.
En à peine une demi-heure, Lena aura diagnostiqué la grossesse de sa cousine, dont cette dernière n’avait pas conscience, et l’aura aidée à accoucher dans un hôpital de Casablanca, alors qu’au Maroc les relations sexuelles hors mariage sont passibles de prison. La première tient à faire prévaloir les droits des femmes, à punir le garçon dont sa cousine est enceinte, qu’elle tient pour un violeur. Pourtant Omar (Hamza Khafif) n’a rien d’un ogre. Lorsque la famille de Sofia au grand complet rend une espèce de visite d’Etat à celle du jeune homme, on comprend qu’il s’agit moins d’obtenir réparation que de négocier une issue avantageuse pour tout le monde. T. S.
« Sofia », film marocain et français de Meryem Benm’Barek, avec Maha Alemi, Sarah Perles, Lubna Azabal (1 h 20).

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 5 septembre)
Shéhérazade, film français de Jean-Bernard Marlin (à ne pas manquer)Invasion, film japonais de Kiyoshi Kurosawa (à ne pas manquer)Sofia, film français et marocain de Meryem Benm’barek (à voir)A la recherche d’Ingmar Bergman, documentaire allemand et français de Margarethe von Trotta (pourquoi pas)Un nouveau jour sur terre, documentaire anglais et chinois de Richard Dale, Lixin Fan et Peter Webber (pourquoi pas)Free Speech. Parler sans peur, documentaire allemand et anglais de Tarquin Ramsay (on peut éviter)Photo de famille, film français de Cécilia Rouaud (on peut éviter)Whitney, documentaire anglais et américain de Kevin Macdonald (on peut éviter)
A l’affiche également :
En douce, film français de Jean Jonasson





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Canal+ adapte le premier tome de la célèbre bande dessinée de Riad Sattouf en série animée. Sensible et drôle, une réussite.
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L’Esther de Riad Sattouf fait sa rentrée du Canal +

Canal+ adapte le premier tome de la célèbre bande dessinée de Riad Sattouf en série animée. Sensible et drôle, une réussite.



LE MONDE
 |    05.09.2018 à 06h47
 • Mis à jour le
05.09.2018 à 15h31
    |

            Mustapha Kessous








                        



   


Canal +, mercredi 5 septembre, à 20 h 55
C’est l’histoire d’une jeune fille de 9 ans qui parle très très vite. Un peu trop même. Elle habite à Paris, dans le 17e arrondissement. Son père est prof de sport et sa mère travaille dans les assurances ou dans une banque, elle ne sait pas trop. Elle n’est pas très riche et rêve d’avoir un téléphone portable.
Comme beaucoup de minots de son âge, elle adore Raiponce (le dessin animé de Disney), la chanteuse Tal et sa copine Eugénie, qui ne peut s’empêcher de placer le mot « wesh » dans toutes ses phrases. Elle trouve son frère – comme tous les garçons d’ailleurs – très « con », et quand on l’écoute, on se demande bien à quoi ils servent. C’est le cas de son camarade Maxime, un blondinet qui la traite de « connasse », qui crache sur toutes les filles (qui sont pourtant amoureuses de lui) et qui porte la même doudoune que Maître Gims.
Esther est en CM1 dans une école privée – parce qu’« il y a moins de voyous » que dans le public selon son père (« Alors, il a complètement tort, mais je ne lui dirai jamais », dit-elle). Elle trouve sa maîtresse « moche », probablement parce qu’elle a de la moustache. Comme tous les enfants du monde, cette jeune fille aux cheveux longs joue avec ses copines au « papa et à la maman » mais « personne ne joue le papa » et elle se demande bien pourquoi. Dans la cour de récréation, Esther prétend être la plus « populaire » des élèves et peut, contrairement à la maison, dire tous les gros mots qu’elle veut.
Plongée drôlissime dans la tête d’une jeune fille
Esther est surtout une fille espiègle et perspicace qui veut comprendre le monde qui l’entoure. Depuis le lundi 3 septembre, Canal+ diffuse chaque soir en clair (du lundi au jeudi à 20 h 55), un épisode de deux minutes des Cahiers d’Esther. Histoires de mes dix ans. Ce dessin animé aux traits délicats raconte les véritables aventures d’Esther A., qui parle de ses passions et de son quotidien de pré-adolescente sans filtre, avec un humour tendre et corrosif.

        Lire aussi :
         

                Riad Sattouf, une Syrie de rêve



La série est tirée du premier tome – deux autres ont été publiés – de la bande dessinée du même nom du talentueux Riad Sattouf, publié en 2016 (Allary Editions). Cette adaptation est une réussite car elle est restée fidèle à la BD, selon la volonté de l’auteur. « Même l’habillage du générique, c’est le dessin de couverture de l’album qui est animé, explique Riad Sattouf. Mon rôle était d’empêcher les gens de rajouter des choses à mes dessins ou à des histoires. Je voulais qu’on reste fidèle à mes cadrages, à mes expressions, à la façon de bouger de mes bonhommes, à mes couleurs… La série animée est le respect total du premier album. »
Le résultat est une plongée sensible et drôlissime dans la tête d’une jeune fille et dans une cour de récréation. Esther n’a aucun tabou et évoque sans gène des questions qui secoue la société comme le mariage pour tous ou l’homosexualité, sans porter aucun jugement de valeur et sans la moindre hypocrisie. « Les albums sont lus par des enfants, mais souvent, ce ne sont pas des histoires pour enfants. L’important est de montrer les choses telles qu’Esther me les a racontées, souligne Riad Sattouf. Ce côté pas moralisateur est très important pour moi : je montre les faits dans leur crudité. »
Riad Sattouf, dont c’est la première expérience en animation, continue d’explorer les affres de la jeunesse après le succès de son film Les Beaux Gosses (2009) ou le récit dessiné de sa propre enfance dans l’Arabe du futur, dont le quatrième tome vient de paraître (Allary Éditions, 288 p., 25,90 euros).
« Les Cahiers d’Esther. Histoires de mes dix ans », de Riad Sattouf et Mathias Varin (France, 2018, 50 × 2 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Le Musée de Lodève (Hérault) a réuni près de deux cents œuvres sur ces êtres hybrides et débauchés.
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Exposition : les métamorphoses du faune

Le Musée de Lodève (Hérault) a réuni près de deux cents œuvres sur ces êtres hybrides et débauchés.



LE MONDE
 |    05.09.2018 à 06h46
 • Mis à jour le
05.09.2018 à 08h37
    |

                            Philippe Dagen (Lodève (Hérault)








                        



                                


                            

Le faune est un être hybride. On dirait qu’il est un caprin puisqu’il a des membres inférieurs velus et des sabots de bouc, mais son torse et ses membres supérieurs sont humains. Sa tête est équivoque, un peu visage, un peu mufle, avec une pilosité abondante, de longues oreilles pointues et des cornes, de taille variable, généralement assez petites. Il lui arrive d’avoir une queue, mais elle n’est pas toujours visible. Ce qui l’est systématiquement, c’est son phallus, en érection le plus souvent, long, droit ou courbe, plus ou moins pointu selon les représentations.
Car le faune est abondamment représenté dans les arts depuis son apparition dans la Grèce antique jusqu’à aujourd’hui. Sur cette constatation se fonde une exposition qui est la meilleure surprise de l’été, tant par son abondance en œuvres rares que par l’intérêt et l’actualité des questions qu’elle soulève. « Faune, fais-moi peur ! Images du faune de l’Antiquité à Picasso », au Musée de Lodève, est plus qu’un savant inventaire ­iconographique à large spectre temporel, en près de deux cents œuvres. L’itinéraire va de la céramique à figures rouges de 500 av. J.-C. aux ultimes gravures de ­Picasso en passant par les peintures italiennes, hollandaises et françaises des XVIe et XVIIe siècles, par le dessin et la gravure des mêmes époques et par la fin du XIXe européen, peintures et sculptures sous le signe du symbolisme et du néoclassicisme.

La poésie, d’Ovide à Mallarmé, la musique et la danse, de Debussy et ­Nijinski, sont également là – et donc aussi la photographie des gestes et costumes pour le ­Prélude à l’après-midi d’un faune, lors de sa création en 1912. Ce qui suffirait à faire de cet ensemble le modèle de ce que doit être une exposition d’histoire culturelle : une conversation constamment ­relancée entre des œuvres de dates, de lieux, de matières et de ­styles très différents.
Cette conception, dégagée des vieilles...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ « Vox Lux », de Brady Corbet, chronique sur vingt ans la vie d’une artiste.
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Mostra de Venise : Natalie Portman, une pop star dans le tourbillon du monde

« Vox Lux », de Brady Corbet, chronique sur vingt ans la vie d’une artiste.



LE MONDE
 |    05.09.2018 à 06h46
 • Mis à jour le
05.09.2018 à 17h07
    |

            Véronique Cauhapé (Venise (Italie), envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Black Swan (2010), de Darren Aronofsky, était dans presque dans tous les esprits lors de la projection à Venise de Vox Lux, le deuxième long-métrage de l’acteur américain Brady Corbet, sélectionné cette année pour la course au Lion d’or, à la Mostra. D’abord parce que Natalie Portman y tient le rôle d’une pop star, Celeste, que la scène absorbe et essore jusqu’à l’épuisement. Mais aussi parce qu’il est question dans ce film, comme dans Black Swan, de la difficulté d’être une artiste, soumise au regard des autres, à la critique et à la pression de son entourage professionnel.

Pour autant, la comparaison s’arrête là. Car le sujet du film de Brady Corbet réside dans le traitement d’une époque, la nôtre, soumise à une violence nouvelle. Chronique sur vingt ans de la vie d’une star, Vox Lux mêle attaques à mains armées, costumes et show à paillettes dans un désordre dont les télescopages créent le chaos en même temps qu’un sentiment d’obscénité. Fragile, gothique, rock’n’roll, capricieuse et autoritaire, la chanteuse Celeste, portée par une Natalie Portman quasi méconnaissable derrière ses maquillages outranciers, incarne à elle seule cette folie.
e siècle a été défini par la banalité du mal et le XXIe siècle sera défini par l’apparat du mal »
Face à elle, son manager, Jude Law, fait ce qu’il peut pour contrôler les débordements de la chanteuse, reflets d’un monde déréglé dont a voulu rendre compte Brady Corbet. « Le XXe siècle a été défini par la banalité du mal et le XXIe siècle sera défini par l’apparat du mal », a proféré le réalisateur lors de la conférence de presse qui a suivi la projection de son film.
Vox Lux s’ouvre en 1999 sur une scène de massacre dans une classe de lycée, aux Etats-Unis, où se trouve Celeste. Gravement blessée, il n’est pas dit qu’elle pourra remarcher. Cependant, remarquée...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Le musée conservait des pièces de collection d’une valeur inestimable, parties en fumée en une nuit.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Sans être hostile à la proposition des Belges Arnaud Hoedt et Jérôme Pitron concernant la simplification de la règle sur l’accord du participe passé avec l’auxiliaire avoir, Fanny Capel, enseignante et présidente de Sauver les lettres, pense que celle-ci est hors sujet.
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« Nous n’avons pas le temps nécessaire pour enseigner la grammaire »

Sans être hostile à la proposition des Belges Arnaud Hoedt et Jérôme Pitron concernant la simplification de la règle sur l’accord du participe passé avec l’auxiliaire avoir, Fanny Capel, enseignante et présidente de Sauver les lettres, pense que celle-ci est hors sujet.



LE MONDE
 |    04.09.2018 à 17h29
 • Mis à jour le
05.09.2018 à 06h45
    |

            Luc Cédelle








                        



                                


                            

Fanny Capel, professeur de lettres au lycée Paul-Eluard de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et présidente de l’association Sauver les lettres, constate que les élèves, entre le cours préparatoire et la seconde, ont perdu de nombreuses heures d’enseignement du français et qu’en outre, la grammaire est quasiment inexistante dans la formation des enseignants.
Avez-vous été surprise par cette proposition, venue de Belgique, de réforme de la règle de l’accord du participe passé ?
Fanny Capel : Je ne suis ni vraiment surprise, ni très concernée. Pour moi, en fait, c’est hors sujet. Une fois de plus, c’est l’arbre qui cache la forêt, car si l’on veut parler grammaire, alors il faut aborder la question de fond, c’est-à-dire celle des conditions actuelles de son enseignement.
Mais je ne peux pas dire que je serais contre une telle réforme, car c’est une règle qui pose problème non seulement aux élèves mais aux enseignants eux-mêmes. Déjà, une simplification serait la bienvenue, car les exceptions liées aux verbes pronominaux - « ils se sont lavé les mains » ; « les rois qui se sont succédé », etc. - occupent des dizaines de pages dans les traités de grammaire et, honnêtement, personne n’enseigne cela, sauf peut-être dans les filières universitaires en littérature, et encore.

Concernant l’accord du participe passé employé avec l’auxiliaire avoir, qui varie selon que le complément d’objet direct est placé avant ou après le verbe - « j’ai cueilli les fleurs » ; « les fleurs que j’ai cueillies » -, j’estime que la règle de base fonctionne, qu’elle a sa logique et qu’elle peut être enseignée. Ou plutôt qu’elle pourrait l’être si les conditions en étaient réunies.
Mais ce n’est, hélas, pas le cas et, sur le terrain, on en est même très loin. Si les élèves, au collège et au lycée, comprenaient vraiment ce qu’est un participe passé et cessaient de l’écrire avec une terminaison en « er » (« le professeur...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ La règle, sur laquelle peinent des générations d’élèves, est remise en cause. Et, comme toujours dès lors que l’on touche à la langue, cela dérange.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
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Faut-il brûler l’accord du participe passé ?

La règle, sur laquelle peinent des générations d’élèves, est remise en cause. Et, comme toujours dès lors que l’on touche à la langue, cela dérange.



LE MONDE
 |    04.09.2018 à 16h25
 • Mis à jour le
04.09.2018 à 17h53
   





                        



                                


                            
Faut-il renvoyer aux oubliettes la fameuse règle de l’accord du participe passé avec le verbe avoir, sur laquelle peinent des générations d’élèves ? Anciens professeurs de français, les Belges Arnaud Hoedt et Jérôme Pitron, se réclamant du soutien des instances linguistiques de la fédération Wallonie-Bruxelles, ont lancé un appel en ce sens (www.participepasse.info).
Ils proposent l’invariabilité du participe avec avoir. Comme toujours dès lors que l’on touche à la langue française, la controverse s’enflamme entre adversaires et défenseurs de la grammaire traditionnelle.
Eliane Viennot : « Pour l’abandon d’une règle incompréhensible et dévastatrice ». Pour la linguiste, historienne française, professeuse émérite de littérature française de la Renaissance à l’université Jean-Monnet-Saint-Etienne, la règle du participe passé avec le verbe avoir est incompréhensible, elle ne sert qu’à distinguer celles et ceux qui la maîtrisent et le temps perdu à l’enseigner est phénoménal, pour un gain à peu près nul.
« Nous n’avons pas le temps nécessaire pour enseigner la grammaire ». Sans être hostile à la proposition des Belges Arnaud Hoedt et Jérôme Pitron concernant la simplification de la règle sur l’accord du participe passé avec l’auxiliaire avoir, Fanny Capel, présidente de Sauver les lettres, pense que celle-ci est hors sujet, car il faudrait déjà que les élèves comprennent vraiment ce qu’est un participe passé.
A lire sur le sujet :
La Belgique va-t-elle simplifier l’accord du participe passé ? En Wallonie, deux professeurs de français proposent, dans une tribune publiée par « Libération », de...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ La règle du participe passé avec le verbe avoir ne sert qu’à distinguer celles et ceux qui la maîtrisent, estime la linguiste Eliane Viennot, dans une tribune au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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Participe passé : « Pour l’abandon d’une règle incompréhensible et dévastatrice »

La règle du participe passé avec le verbe avoir ne sert qu’à distinguer celles et ceux qui la maîtrisent, estime la linguiste Eliane Viennot, dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    04.09.2018 à 16h11
 • Mis à jour le
05.09.2018 à 08h02
    |

Éliane Viennot (Linguiste, historienne française, professeuse émérite de littérature française de la Renaissance à l’université Jean-Monnet-Saint-E...







                        



                                


                            

Tribune. Partisane active de l’abandon de la règle qui veut que « le masculin l’emporte sur le féminin », inventée au XVIIe siècle, et que nombre de lettrés ont continué d’ignorer jusqu’à la fin du XIXe siècle, j’évoque immanquablement dans mes conférences et dans mes livres la règle d’accord des participes passés employés avec le verbe « avoir ». Car si les deux sujets sont différents, en ce que cette règle-là traite égalitairement les deux genres, ils ont plusieurs traits en commun.
Le premier est leur introduction récente dans la langue française. Celle de l’accord avec l’objet situé avant l’auxiliaire « avoir » est un peu plus ancienne que l’autre : elle a été théorisée par Clément Marot au XVIe siècle, à son retour d’Italie où il l’avait entendue fonctionner. En italien, en effet, ces accords s’entendent.
Une preuve de chic
En français, ils ne s’entendent plus depuis belle lurette, sauf dans les verbes du 3e groupe – et encore, pas tous (je l’ai pris/prise, il l’a teint/teinte, mais : on ne l’a pas vu/vue). D’où la fantaisie qui prévaut sous la plume des poètes et poétesses de la Renaissance, qui parfois accordent le participe avec son objet (où qu’il soit), parfois avec son sujet, parfois pas.
Ceux que l’idée a emballé (adieu « emballés » !) n’étaient alors qu’une infime minorité, perdus dans l’infime minorité des lettrés de l’époque. Ils n’ont pas cherché à convaincre leur milieu – Marot lui-même n’a écrit qu’un poème sur le sujet ! –, et ils n’imaginaient pas qu’un jour cette preuve de chic serait enseignée à 275 millions de francophones !
Le second point commun est le rôle joué dans ces affaires par l’Académie française (créée par Richelieu en 1635), qui n’a cessé de travailler à renforcer le poids des hommes de lettres. Théorisant que « le genre masculin, étant le plus noble, doit prédominer toutes les fois que le masculin et le féminin se trouvent ensemble »...




                        

                        

