<FILE-date="2018/09/04/18">

<article-nb="2018/09/04/18-1">
<filnamedate="20180904"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180904"><AAMMJJHH="2018090418">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Jean-Bernard Marlin a déniché les deux acteurs principaux de son film, Dylan Robert et Kenza Fortas, dans les rues de Marseille.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Un casting sauvage qui a duré six mois pour « Shéhérazade »

Jean-Bernard Marlin a déniché les deux acteurs principaux de son film, Dylan Robert et Kenza Fortas, dans les rues de Marseille.



LE MONDE
 |    04.09.2018 à 07h47
    |

                            Thomas Sotinel (Angoulême, envoyé spécial)








                        



                                


                            

Dans le jardin de l’hôtel d’Angoulême où se pressent les festivaliers, Jean-Bernard Marlin affiche la mine inquiète d’un homme obligé de courir, un flacon de nitroglycérine à la main. Assis en face du réalisateur de Shéhérazade, Kenza Fortas et Dylan Robert, les deux acteurs principaux, se prêtent avec un peu de lassitude et beaucoup d’imprévisibilité au jeu des interviews à la chaîne. Avant le Festival du film francophone d’Angoulême, fin août, où Shéhérazade remportera le Grand Prix, ils se sont livrés à l’exercice à Cannes.

Le réalisateur, qui signe son premier long-métrage de fiction, a peiné pour trouver ces deux-là. Il a fait procéder à un casting « sauvage », en distribuant des flyers dans les rues de Marseille. Un processus qui a occupé six mois à temps plein et consommé une bonne partie du modeste budget de la production. Une fois qu’il a eu trouvé les deux rôles principaux, il ne leur a donné que quelques fiches, leur cachant le scénario intégral « pour qu’ils soient surpris par ce qui arrive ».
Dylan Robert savait très bien ce qui allait arriver à Zach, son personnage d’adolescent délaissé, qui devient proxénète presque par hasard, vengeur par nécessité : « J’ai piqué le scénario et je l’ai lu en cachette. » Avec ses longs cheveux noirs, ses lunettes de soleil qu’il n’enlève pas pour l’entretien, malgré l’insistance du metteur en scène, Dylan Robert ne ressemble pas à l’angelot exterminateur de Shéhérazade, mais à un jeune homme prêt à profiter de toutes les occasions que peut offrir la vie. Comme sa collègue, il commence à trouver le jeu des questions « un peu lassant ». Il raconte de nouveau comment, à sa sortie de prison, alors qu’il s’apprêtait à reprendre sa formation de carreleur, son éducatrice lui a appris qu’un metteur en scène cherchait un garçon « pour un film sur la jeunesse marseillaise ».
Jeunesse mouvementée
La jeunesse marseillaise...




                        

                        


<article-nb="2018/09/04/18-2">
<filnamedate="20180904"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180904"><AAMMJJHH="2018090418">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Le cinéaste Jean-Bernard Marlin conte la liaison passionnelle entre deux adolescents dans le milieu de la prostitution.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 03/09/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


« Shéhérazade » : l’amour en péril à Marseille

Le cinéaste Jean-Bernard Marlin conte la liaison passionnelle entre deux adolescents dans le milieu de la prostitution.



LE MONDE
 |    04.09.2018 à 06h34
 • Mis à jour le
04.09.2018 à 07h51
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
On se souvient du personnage du roi de Perse, dans Les Mille et Une Nuits, qui, trompé un jour, décide d’épouser et d’exécuter une vierge quotidiennement pour éviter à l’avenir cette situation fâcheuse. Cette manière originale de couper court au débat #metoo rencontre en Shéhérazade une redoutable adversaire qui suspend la sentence du roi en l’assujettissant au récit feuilletonné nuit après nuit à son intention. Jean-Bernard Marlin a donc bien fait d’intituler son premier long-métrage du nom de la conteuse désarmante, car son film, avec des moyens et dans un décor très différents, raconte un peu la même histoire.

Situé dans le milieu de la délinquance juvénile à Marseille, Shéhérazade appartient à ce type de film qu’on nomme un peu pompeusement « fiction documentée », ce qui veut tout simplement dire qu’il tire dans le meilleur des cas de son substrat documentaire une authenticité plus vive et une puissance d’incarnation décuplée. De Toni (1935), de Jean Renoir, à La BM du Seigneur (2010), de Jean-Charles Hue, en passant par La Vie de Jésus (1997), de Bruno Dumont, le ­cinéma français, après le néo­réalisme italien, en livre quelques remarquables exemples.
Dylan Robert et Kenza Fortas ont connu, dans la vraie vie, la prison pour l’un, le foyer pour l’autre
Jean-­Bernard Marlin, 38 ans, prend brillamment la suite. Marseillais d’origine, il a mené voici quelques années un travail documentaire auprès des mineurs ­délinquants de la ville, s’est immergé pour les besoins de ce film plusieurs mois dans le milieu de la prostitution du quartier de la Rotonde, s’est inspiré par surcroît d’un fait ­divers survenu en 2013, a recruté enfin ses acteurs dans les quartiers et les foyers, aussi bien que dans les prétoires. Du réel, et du plus lourd, en un mot, que le réalisateur a eu non seulement le ­mérite de vouloir approcher, mais aussi, car il n’y suffit...




                        

                        


<article-nb="2018/09/04/18-3">
<filnamedate="20180904"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180904"><AAMMJJHH="2018090418">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ A la fois ludique, cinématographique et imprévisible, le simulateur d’infiltration de Hideo Kojima a révolutionné la manière de raconter les jeux.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤                     
                                                

« Metal Gear Solid », jeu vidéo charnière de l’époque PlayStation, fête ses vingt ans

A la fois ludique, cinématographique et imprévisible, le simulateur d’infiltration de Hideo Kojima a révolutionné la manière de raconter les jeux.



LE MONDE
 |    03.09.2018 à 13h50
 • Mis à jour le
03.09.2018 à 16h11
    |

            William Audureau








                        



   


A l’heure où des millions d’enfants prenaient la route de l’école cartable au dos, lui avançait caché dans un carton. En guise de surveillants, des soldats passaient dans les rangées, un point d’exclamation au-dessus de leur tête à chacun de ses faux pas. Pas paniqué pour un sou, il les assommait alors, et dans un souci évident de discipline, apprendra dans une réédition à ranger les impétueux assommés dans des casiers. C’était le 3 septembre 1998, et ce jour-là sortait au Japon Metal Gear Solid, un des jeux vidéo les plus mémorables et audacieux de l’histoire.
Son succès a été commercial, d’abord : 6 millions d’unités écoulées, soit la dixième meilleure vente de la PlayStation, seulement dépassé par les mastodontes issus de séries comme Gran Turismo, Final Fantasy ou encore Tomb Raider. Et les débuts d’une saga qui s’est poursuivie jusqu’à Metal Gear Solid V, en 2015, et dépassé les 50 millions de ventes courant 2018. Sa réception critique fut hors norme. Aux Etats-Unis, IGN le qualifie de « jeu drôle, intelligent et charnière ». En France, le magazine Joypad évoque « l’une de ces légendes qui n’arrivent qu’une fois par génération de machine ». Dont acte : il est régulièrement cité dans les tops des meilleurs jeux vidéo de tous les temps.

Jeu vidéo d’action d’auteur
A son origine, Hideo Kojima, l’un des auteurs les plus mégalomanes, les plus inventifs et les plus imprévisibles du milieu. Il fut l’un des premiers au Japon à présenter l’introduction de ses jeux sous forme de générique cinématographique, avec son nom en bonne place. Sa société de développement porte son patronyme, Kojima Productions. Et à la manière d’Alfred Hitchcock, il multipliera durant tous les futurs épisodes de la série des apparitions cachées sous forme de personnages à son effigie.

   


Sur le papier, pourtant, rien ne prévenait de l’inventivité ébouriffante du titre. Le scénario doit raconter le combat d’un mercenaire, Solid Snake, contre une armée secrète ayant mis la main sur une arme de destruction massive d’un nouveau genre, un robot de combat équipé d’ogives nucléaires. Le thème, entre hommage au cinéma de la guerre froide, film d’action catastrophe et sous-texte subtilement pacifiste, débouche surtout sur une aventure à la créativité folle.
Malgré ses airs de héros de film d’action hollywoodien des années 1980, Solid Snake, c’est Pac-Man. Un champion de la ruse et de l’évitement qui, s’il se fait apercevoir par les gardes ou les caméras de surveillance, se retrouve poursuivi par les membres de la milice comme le personnage en forme de camembert l’était par des fantômes entêtés. La comparaison entre les deux jeux est de Hideo Kojima en personne.

        Lire aussi :
         

                Kojima, ou « Metal Gear Solid » à la vie, à la mort



Culture hollywoodienne solide
La première audace du concepteur consistera à adjoindre à ce schéma rudimentaire une surcouche cinématographique particulièrement généreuse : modélisation d’acteurs, doublage anglophone théâtral, longues cinématiques spectaculaires… Metal Gear Solid devient autant un jeu que l’on regarde qu’un film que l’on joue. Hideo Kojima est cinéphile, et ne s’en cache pas. Quelques années plus tard, il livrera la liste des quinze longs-métrages qui ont inspiré sa série. Parmi ceux-ci, La Grande Evasion, Piège de cristal, Full Metal Jacket, Heat ou encore Predator. 
A une époque où, tiré par Resident Evil et Tomb Raider, le jeu vidéo sort lentement de son âge cartoon, Metal Gear Solid fait l’effet d’un incroyable saut, comme si l’art de la manette s’était découvert une nouvelle prétention. Lui-même en abuse parfois : ses cinématiques sont parfois abracadabrantesques, ses personnages hauts en couleur surjoués, ses dialogues presque verbeux. Mais il ne peut laisser indifférent.
Surtout, Hideo Kojima ose ce qui n’avait jamais vraiment été osé : donner de l’épaisseur à des boss, humanisés et bavards. Ce ne sont plus seulement des punching-balls de pixels, mais des alter ego complexes et fascinants. « Ses personnages sont construits au cours du jeu et donnent lieu à des combats mémorables. Chacun est un peu un super-héros, ils ont tous leurs motivations », salue Audrey Leprince, cofondatrice du studio français The Game Bakers, dont le jeu phare, Furi, ne cache pas l’influence de « MGS ».

Du cinéma d’action, et notamment jamesbondien, Hideo Kojima retire par ailleurs la jubilation des gadgets en tous genres. Sa série se fait alors connaître pour ses interactions à la fois réalistes, audacieuses et surprenantes. Quand Mario mange des champignons pour grandir ou Leon Kennedy des plantes vertes pour se régénérer, Solid Snake sort s’il le souhaite un paquet de cigarettes, dont le seul effet est d’entamer sa jauge de santé.
Ce n’est que plus tard dans l’aventure que le joueur se rendra compte que dans un contexte très particulier, leur fumée mortelle peut aussi permettre de repérer des détecteurs infrarouges et de mieux les éviter. « Je voulais un jeu tellement beau qu’il rende le joueur fier de ses actions », déclarait Hideo Kojima à sa sortie.
Débrancher la manette pour avancer
Enfin, Metal Gear Solid n’est pas seulement un jeu vidéo cinématographique, c’est aussi un jeu vidéo qui se rit du jeu vidéo, explorant ses possibilités, se jouant de ses conventions, brisant les carcans. A l’image de son système de sauvegarde, qui ne passe plus par un menu dédié, mais par un talkie-walkie permettant à Solid Snake de communiquer (et philosopher) avec des personnages de soutien, qui enregistrent la partie pour lui. L’œuvre joue en permanence sur la perméabilité entre ce qui est dans le monde du jeu et à l’extérieur de celui-ci. Certains moments sont restés cultes.
Dans l’un d’eux, Psycho Mantis, légendaire boss télépathe, lit la carte de sauvegarde du joueur et anticipe ses mouvements. Pour se défaire de son emprise mentale, la seule solution sera de débrancher la manette pour la rebrancher sur le second port. A un autre moment, le code permettant de résoudre une énigme sera caché depuis le départ, en évidence, sur… la jaquette du jeu.

Cette capacité à jouer des attentes et s’affranchir des codes s’imposera comme la marque de fabrique de Hideo Kojima, auteur capable de faire mourir son héros au bout de quelques heures de jeu, de plonger le joueur face aux fantômes tourmentés de tous les ennemis virtuels apparemment sans âme qu’il a tués, ou même, dans un autre jeu, Boktai, de l’obliger à sortir au soleil – le vrai – pour recharger une arme permettant de chasser des vampires.
Carton mémorable
L’influence de Metal Gear Solid fut considérable. C’est tout d’abord l’inventeur du jeu d’infiltration moderne, de l’oublié WinBack sur Nintendo 64 au très acrobatique Splinter Cell sur Xbox et consoles 128-bits, contribuant à populariser une alternative aux classiques jeux d’action uniquement basé sur le dézingage d’ennemis. Il a également affranchi le jeu vidéo de certaines constructions stéréotypées, en assumant par exemple qu’une aventure puisse quasiment exclusivement se composer de cinématiques et d’affrontements avec des boss – l’atypique No More Heroes comme le spectaculaire Furi, sorti en 2016, en sont de ce point de vue les héritiers naturels.

Pour de nombreux fans, la série Metal Gear Solid est morte avec le départ forcé de son créateur de Konami, son éditeur de toujours, officialisé en 2015. Sa prochaine production, Death Stranding, éditée désormais par Sony, concentre depuis toutes leurs attentes. Quant à Solid Snake, il sera de retour en fin d’année en tant qu’invité de prestige dans le jeu de combat Super Smash Bros. Ultimate, sur Switch. Il y affrontera les héros des univers de Nintendo, ainsi que son modèle Pac-Man. L’un de ses coups spéciaux consistera, comme il y a vingt ans, à se cacher sous un carton.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/09/04/18-4">
<filnamedate="20180904"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180904"><AAMMJJHH="2018090418">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Du centenaire de Bergman à Miro au Grand Palais, d’Ostermeier à la Comédie-Française à Christine and The Queens, quelques temps forts, essentiellement parisiens, à noter sur l’agenda, dès septembre.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Rentrée culturelle : ce qu’il faut voir cet automne

Du centenaire de Bergman à Miro au Grand Palais, d’Ostermeier à la Comédie-Française à Christine and The Queens, quelques temps forts, essentiellement parisiens, à noter sur l’agenda, dès septembre.



LE MONDE
 |    03.09.2018 à 08h27
 • Mis à jour le
03.09.2018 à 11h26
    |

                            Service culture








                        



                                


                            CINÉMA
« Les Frères Sisters »
Jacques Audiard fait partie des auteurs attendus, catégorie de plus en plus rare, qui s’attachent à ne pas être nécessairement là où les attend. Ainsi des Frères Sisters qu’on attendait à Cannes et qui est à Venise, qui se passe au Far West plutôt qu’en France, qu’on voudrait viril et qui n’est que tendre. Joaquin Phoenix et John C. Reilly y campent deux frères tueurs à gages sur la piste picaresque de leur proie. Le 19 septembre. J. M.
Centenaire Ingmar Bergman
Figure canonique du cinéma d’auteur à l’européenne, explorateur fiévreux des profondeurs intérieures, le Suédois Ingmar Bergman aurait eu 100 ans, le 14 juillet 2018. L’auteur de Monika, de Fanny et Alexandre et de tant d’autres chefs-d’œuvre aura en France un anniversaire à sa mesure. Sortie de documentaires inédits ainsi que d’un grand nombre de ses films en salles, intégrale à la Cinémathèque française (à partir du 19 septembre), rencontres et débats, autant d’initiatives qui devraient rappeler à quel point la sépulcrale « Statue du commandeur » de l’art et essai était pétrie de vie. J. M.
« I Feel Good »
Retour de Kervern et Delépine, les deux anars de Groland, qui poursuivent leur glorieuse mission destructrice au cinéma. La méthode est désormais connue, qui consiste à embarquer une ou plusieurs vedettes de gros calibre dans une histoire explosivement séditieuse. Ici, et pour la première fois, Jean Dujardin en chômeur mythomane adepte de l’idéologie ultra-libérale, qui entreprend de vendre des opérations de chirurgie esthétique low cost aux miséreux d’Emmaüs. Le 26 septembre. J. M.

« Un peuple et son roi »
De la réunion des états généraux à la mort de Louis XVI, qu’est-ce qui s’est accompli, qu’est-ce qui s’est défait ? Le cinéaste Pierre Schoeller a l’ambition de poser ces...




                        

                        


<article-nb="2018/09/04/18-5">
<filnamedate="20180904"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180904"><AAMMJJHH="2018090418">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Jacques Mandelbaum, critique cinématographique au « Monde », dresse la liste des livres qui l’inspirent dans son travail.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Mes incontournables » : 7 livres pour comprendre le cinéma, par Jacques Mandelbaum

Jacques Mandelbaum, critique cinématographique au « Monde », dresse la liste des livres qui l’inspirent dans son travail.



LE MONDE
 |    03.09.2018 à 07h00
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

« MES INCONTOURNABLES », PAR JACQUES MANDELBAUM

André Bazin, la figure tutélaire
L’invention (française) de la cinéphilie s’est ancrée, non seulement dans la passion des images, mais encore dans la manière de l’exprimer et de la raisonner, dans l’analyse, la dispute, l’amour fiévreux des mots et des idées. Cette pensée du cinéma a ses classiques, parmi lesquels André Bazin (1918-1958) représente la figure tutélaire, discutée bien sûr à quelques endroits de sa réflexion, mais restant à mes yeux indépassable. Recueil de ses principaux articles parus dans les années 1940 et 1950, Qu’est-ce que le cinéma ?, ouvrage percutant et intuitif (1975), invente l’alphabet d’un nouveau langage (« ontologie de l’image photographique », « robe sans couture de la réalité », « montage interdit ») qui ouvre pour des générations de cinéphiles ce divertissement d’ilotes à la conquête de son intelligence.

« Qu’est-ce que le cinéma ? », d’André Bazin, Cerf, « 7e art », 372 p., 19 €.
François Truffaut, le passionné
Grand cinéaste, François Truffaut (1932-1984) fut aussi grand critique, cultivant ici des qualités qu’on retrouverait là. Quelque chose d’à la fois cristallin et opaque, un formidable appétit de vie doublé d’une noirceur profonde. Les Films de ma vie (1975) et Le Plaisir des yeux (1987), deux livres radieux, dispensateurs d’ivresse, sont du genre qu’on met dans sa poche pour la vie puisqu’ils montrent aussi bien que les films regardent nos vies. Tout y est. La sûreté du goût, la férocité injuste envers les vieilles badernes, la vision intime et engagée d’un art, la passion d’aimer, la noblesse de l’admiration, le sens inouï de la formule. Au programme : Chaplin, Hitchcock, Bresson, Moreau ou Adjani. Pour la route, cette magnifique introduction à son double cinématographique : « Jean-Pierre Léaud est un acteur anti-documentaire, même quand il dit bonjour, nous basculons dans...




                        

                        


<article-nb="2018/09/04/18-6">
<filnamedate="20180904"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180904"><AAMMJJHH="2018090418">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Roberto Minervini a suivi une communauté noire de La Nouvelle-Orléans.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 02/09/2018
Découvrir l’application


                        

« What You Gonna Do When the World’s on Fire ? », premier film engagé de la Mostra

Roberto Minervini a suivi une communauté noire de La Nouvelle-Orléans.



LE MONDE
 |    03.09.2018 à 00h30
 • Mis à jour le
04.09.2018 à 08h01
    |

            Véronique Cauhapé (Venise (Italie), envoyée spéciale)








                        



   


A son mi-parcours, la Mostra de Venise a connu sa projection la plus émouvante, dimanche 2 septembre, avec What You Gonna Do When the World’s on Fire ?, qui a été honoré par une salle debout. Les très longs applaudissements ont tiré les larmes au réalisateur Roberto Minervini, aux acteurs de son film (qui ne sont pas des comédiens) et au public lui-même. Cette manifestation lacrymale ne relevait pas seulement de l’accueil chaleureux réservé au film. Elle saluait avant tout le propos de What You Gonna Do When the World’s on Fire ? ainsi que les hommes, les femmes et les enfants qui y figurent.
Dans ce cinquième film documentaire, en noir et blanc, consacré au Sud américain (l’avant-dernier, The Other Side, suivait un couple de toxicomanes en Louisiane et des paramilitaires au Texas), le réalisateur est allé à la rencontre d’Afro-Américains de La Nouvelle-Orléans, dont l’histoire porte l’empreinte de siècles de racisme. Roberto Minervini a filmé en 2017, année tragiquement marquée par la mort de plusieurs Noirs non armés, abattus par des policiers.
Comme à son habitude, le réalisateur, formé à la photographie et au reportage, a passé beaucoup de temps auprès de cette communauté, dont il a recueilli les confidences durant de longs mois, gagnant ainsi leur confiance et une proximité sans laquelle son documentaire n’aurait pas cette intensité profonde, ce respect gagné de part et d’autre, palpable dans le film. Il a ensuite laissé sa caméra agir, en longs plans séquences, afin qu’elle enregistre le quotidien, la colère, l’engagement, les réflexions de ces hommes et de ces femmes que la peur ne quitte pas mais que le courage soutient.

   


Une œuvre qui abolit les frontières
Roberto Minervini, qui fait partie de la nouvelle vague de talents du cinéma transalpin, a le don de l’écoute, au même titre que celui du cadrage. Suivant les préparatifs du Mardi gras indien comme s’il s’agissait d’une fiction, les Black Panthers en action à la manière d’un reporter, et les individus, comme le grand documentariste qu’il est, le réalisateur crée une œuvre d’une nature singulière qui abolit les frontières entre les différentes catégories cinématographiques.
Depuis le début de la Mostra, What You Gonna Do When the World’s on Fire ? – dont le propos entre en résonance avec la politique de Donald Trump et la politique d’accueil des migrants en Europe – a été le premier film engagé et politique présenté jusqu’alors dans la sélection officielle. Celle-ci, depuis sa soirée d’ouverture mercredi 29 août, s’est en effet surtout distinguée par de grands films de genre, assumés comme un hommage au cinéma par les réalisateurs.
Le western (The Ballad of Buster Scruggs, de Joel et Ethan Cohen, Les Frères Sisters, de Jacques Audiard), le film dans l’espace (First Man, de Damien Chazelle), le film historique en costumes (The Favourite, de Yorgos Lanthimos), le film d’horreur (Luca Guadagnino offrant sa version de Suspiria quarante ans après celle de Dario Argento)… ont ainsi été magistralement célébrés. Tous ces films ont suscité de grands enthousiasmes, tant de la part du public que de la critique. What You Gonna Do When the World’s on Fire ?, avec le réel dans ses bagages, a été le premier à bouleverser.

        Lire le compte-rendu :
         

          « The Ballad of Buster Scruggs », western des frères Coen, présenté à la Mostra de Venise




        Lire aussi le reportage :
         

          A Venise, Damien Chazelle met la Mostra sur orbite




Film américain et italien en noir et blanc de Roberto Minervini. Avec Judy Hill, Michael Nelson, Ronaldo King (2 h 03). Sur le Web : www.shellac-altern.org/films/503 et www.labiennale.org/en/cinema/2018/lineup/venezia-75-competition/what-you-gonna-do-when-worlds-fire



                            


                        

                        


<article-nb="2018/09/04/18-7">
<filnamedate="20180904"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180904"><AAMMJJHH="2018090418">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Le réalisateur des « Frères Sisters » s’est également étonné que, sur vingt et un films en compétition pour le Lion d’Or, un seul ait été réalisé par une femme.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 02/09/2018
Découvrir l’application


                        

A la Mostra, le cinéaste Jacques Audiard dénonce l’absence de femmes à la tête des festivals

Le réalisateur des « Frères Sisters » s’est également étonné que, sur vingt et un films en compétition pour le Lion d’Or, un seul ait été réalisé par une femme.



LE MONDE
 |    02.09.2018 à 19h16
 • Mis à jour le
03.09.2018 à 10h25
   





                        



   


Le cinéaste français Jacques Audiard a dénoncé, dimanche 2 septembre, l’absence de femmes à la tête des festivals de cinéma. « Ça fait vingt-cinq ans que mes films sont dans les festivals, je n’ai pas vu de femmes à la tête des festivals, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Venise pour la présentation de son film Les Frères Sisters, en compétition à la Mostra. J’ai envoyé des courriers à mes confrères de la sélection et j’ai senti qu’il n’y avait pas un écho formidable. »
Le réalisateur s’est dit en outre « surpris » de la sous-représentation féminine parmi les cinéastes en lice pour le Lion d’or de Venise. Sur vingt et un films, un seul est réalisé cette année par une femme, The Nightingale, de Jennifer Kent.

        Lire le compte-rendu :
         

          « The Ballad of Buster Scruggs », western des frères Coen, présenté à la Mostra de Venise



Le directeur artistique de la Mostra, Alberto Barbera, avait déclaré, avant cette 75e édition, qu’il préférerait « changer de métier plutôt que d’être obligé de sélectionner un film parce qu’il a été réalisé par une femme et non parce qu’il est réussi ».
« L’opacité en genre et en nombre »
« Ne nous posons pas la question du sexe des films, posons-nous la question de savoir si les festivals ont un sexe, si les dirigeants des festivals ont un sexe. Ça, c’est une question simple et la réponse est oui, a déclaré Jacques Audiard. Je pense qu’il y a un problème là, et un autre problème, c’est que depuis vingt-cinq ans, j’ai souvent vu les mêmes têtes, les mêmes hommes à des postes différents, mais toujours là. »

        Lire le reportage :
         

          A Venise, Damien Chazelle met la Mostra sur orbite



Le réalisateur, récompensé en 2015 par la Palme d’or à Cannes pour Dheepan, a appelé à dissiper « l’opacité en genre et en nombre » et à changer les choses dans « les comités de sélection » et chez « les sélectionneurs » des festivals. « L’égalité, ça se compte, la justice, ça s’applique, c’est très simple. Après on commencera à être un peu sérieux et on évitera ces aberrations comme ce vingt contre un », a-t-il conclu.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/09/04/18-8">
<filnamedate="20180904"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180904"><AAMMJJHH="2018090418">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ L’actrice et humoriste joue dans « Doubles vies », d’Olivier Assayas, présenté en sélection officielle.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 01/09/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


Mostra de Venise : les premières de Nora Hamzawi

L’actrice et humoriste joue dans « Doubles vies », d’Olivier Assayas, présenté en sélection officielle.



LE MONDE
 |    01.09.2018 à 09h39
 • Mis à jour le
03.09.2018 à 20h48
    |

            Véronique Cauhapé (Venise, Italie, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

La crainte, même légère, qui l’agitait jeudi 30 août — veille de la présentation à la Mostra de Venise, en sélection officielle, du film d’Olivier Assayas, Doubles vies —, était de ne pas parvenir à fouler le tapis rouge du Palais du cinéma en talons hauts sans avoir l’air ridicule.
Nora Hamzawi est une inquiète, qui doute un peu de tout et surtout d’elle-même. Elle aime aussi en rire. Dès lors, en dehors de ces petits soucis, elle s’employait à goûter, avec une concentration un peu éberluée, au plaisir de se retrouver à Venise : « Je n’arrive pas tout à fait à réaliser, tout est une première pour moi : être à la Mostra, tenir un vrai rôle et, qui plus est, dans le film d’un cinéaste tel qu’Assayas, avec Juliette Binoche, Guillaume Canet et Vincent Macaigne. Je profite à fond mais n’en reviens pas. »
Dans Doubles vies, elle tient le rôle d’une attachée parlementaire en couple avec un écrivain (Vincent Macaigne) qui ne sait pas très bien où il en est dans son travail, dans sa vie sentimentale et, plus généralement, dans cette société où l’on prédit la mort du livre. Des angoisses auxquelles sa compagne répond avec les moyens du bord, à savoir ceux que son caractère agité et bien trempé lui dicte spontanément.
« Authenticité commune »
Dans ce registre de femme qui ne s’en laisse pas trop conter, Nora Hamzawi est impressionnante. Capable de contenir suffisamment l’autorité pour laisser croire à la tendresse qu’elle dissimule. Habile jusque dans sa diction, rapide et rythmée. Comique et troublante, comme par inadvertance. Selon ses dires, elle n’y est pas pour grand-chose. Pas plus qu’Olivier Assayas qui, dit-elle, ne lui a donné ni indication sur son personnage ni directive de jeu.
« Olivier [Assayas] est venu me voir sur scène. Il m’a dit : “J’aime bien comment tu parles.” » Nora Hamzawi
Au risque de contredire Nora Hamzawi, il faut saluer le talent dont ces deux-là ont fait preuve pour parvenir à une telle...




                        

                        


<article-nb="2018/09/04/18-9">
<filnamedate="20180904"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180904"><AAMMJJHH="2018090418">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Le film se découpe en six récits sur l’Ouest américain. Un joyeux ballet où l’humour noir règne en maître, sans esquiver l’émotion.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 31/08/2018
Découvrir l’application


                        

« The Ballad of Buster Scruggs », western des frères Coen, présenté à la Mostra de Venise

Le film se découpe en six récits sur l’Ouest américain. Un joyeux ballet où l’humour noir règne en maître, sans esquiver l’émotion.



LE MONDE
 |    31.08.2018 à 21h19
 • Mis à jour le
01.09.2018 à 09h55
    |

            Véronique Cauhapé (Venise (Italie), envoyée spéciale)








                        



   


L’Amérique a créé le western ; l’Italie, le western spaghetti ; Ethan Coen et Joel Coen, leur propre anthologie du genre. Elle se nomme The Ballad of Buster Scruggs, se découpe en six chapitres à travers lesquels sont repris avec une ironie folle, les épisodes, les paysages, les chansons, et les personnages culte dont le cinéma s’est fait la gloire durant plusieurs décennies. Cette longue histoire du western a imprégné la rétine des frères Coen, et les a conduits à ce film, qui a été présenté en compétition officielle, vendredi 31 août, à la Mostra de Venise. Ainsi peuvent-ils dire aujourd’hui que ce long-métrage, ils l’ont au fond commencé, il y a vingt-cinq ans, l’élaborant au fil de brefs récits.

        Lire le compte-rendu :
         

          Comment les frères Coen mènent leurs acteurs



Six récits au total sur l’Ouest américain, différents dans le ton et par les personnages qu’ils mettent en scène (un cow-boy solitaire qui chante, un cul-de-jatte itinérant qui raconte des histoires, un chercheur d’or…), mais unis par une même créativité, qu’elle s’applique aux dialogues ou aux effets visuels et techniques.
The Ballad of Buster Scruggs, c’est un peu Butch Cassidy qui rencontrerait Laurel et Hardy ; John Ford qui croiserait les Marx Brothers ; et Lucky Luke, les frères Coen. En mieux encore. Puisque tout ce joyeux ballet, où l’humour noir règne en maître, n’esquive pas l’émotion.
Film à sketchs revendiqué
Annoncé et conçu au départ comme une minisérie de six heures pour Netflix, The Ballad of Buster Scruggs est donc devenue un film à sketchs de deux heures, comme n’hésitent pas à le qualifier leurs auteurs, en hommage aux longs-métrages italiens des années 1960 auxquels participaient plusieurs réalisateurs. Ce changement de format a été la surprise de la journée à Venise.

        Lire l’analyse :
         

          Netflix en majesté sur le Lido



C’est pourtant bel et bien cette version de deux heures que le public pourra découvrir sur la plate-forme de streaming d’ici à la fin de l’année, aux Etats-Unis et probablement dans la plupart des pays, mais aussi en salles. En France, tout dépendra de sa sortie dans les cinémas – ou pas –, puisque si tel était le cas, le film devrait attendre trois ans avant d’être disponible sur Netflix, conformément à l’actuelle chronologie des médias.

        Lire le reportage :
         

          Alfonso Cuaron, à la Mostra de Venise et sur Netflix



Quant aux six heures de la série qui ont été produites, rien n’a été annoncé sur leur devenir. Pour leur part, Ethan Coen et Joel Coen ont estimé important que Netflix ait accepté la sortie en salles de leur film, afin que le public « puisse le découvrir sur grand écran ». Ajoutant qu’il était important aussi « de bénéficier de sociétés qui financent et fassent des films en dehors des circuits conventionnels ». « Elles contribuent à garder vivant nos créations. Plus il y en a, mieux c’est », a conclu Joel Coen.
« The Ballad of Buster Scruggs », film américain d’Ethan et Joel Coen. Avec Tim Blake Nelson, James Franco, Liam Neeson, Zoe Kazan (2 h 12). En 2018 sur Netflix aux Etats-Unis.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/09/04/18-10">
<filnamedate="20180904"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180904"><AAMMJJHH="2018090418">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Son film « Roma », diffusé sur la plateforme, y sera disponible en avant-première. Ce choix, qui lui avait valu d’être écarté de Cannes, est revendiqué par le cinéaste.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤                     
                                                

Alfonso Cuaron, à la Mostra de Venise et sur Netflix

Son film « Roma », diffusé sur la plateforme, y sera disponible en avant-première. Ce choix, qui lui avait valu d’être écarté de Cannes, est revendiqué par le cinéaste.



LE MONDE
 |    31.08.2018 à 10h01
 • Mis à jour le
03.09.2018 à 17h41
    |

            Véronique Cauhapé (Venise (Italie), envoyée spéciale)








                        



   


Le Mexicain Alfonso Cuaron est venu cette année à Venise avec le film le plus personnel qu’il ait réalisé, loin de l’aventure américaine qu’a été Gravity (2013). Présenté jeudi 30 août à la Mostra dans la sélection officielle du festival, Roma restitue les souvenirs d’enfance du cinéaste, durant l’année 1971 (celle de la répression des étudiants et du divorce de ses parents), dans le quartier Borghèse de Roma, au Mexique. Portrait de famille en noir et blanc autant qu’évocation sans nostalgie, mais sensible, du temps qui passe, des défaillances et des arrangements de la mémoire, Roma est un film magnifique.
Digne d’un Ettore Scola, Alfonso Cuaron redonne vie à ceux qu’il a tant aimés, mère, père, domestiques, nourrice (Cléo, personnage central), frères et sœurs qui, passés au filtre de la mémoire, gagnent une profondeur dont le cinéaste, enfant, n’avait pas eu conscience. « Quand on aime quelqu’un à cet âge-là, on ne met pas en cause la définition qu’il donne de lui-même à travers ses gestes. L’élaboration du film a créé un autre point de vue sur ces personnes, notamment sur Cléo, qui s’est progressivement complexifiée », a souligné Alfonso Cuaron, lors de la conférence qui a suivi la projection du film.

   


Les mères de sa mémoire
Dans Roma, les hommes sont absents. Les femmes font tourner la maison, se relèvent de tout et portent les enfants comme on porte un monde susceptible de disparaître d’un instant à l’autre. Cette vision qu’Alfonso Cuaron avait déjà mise en perspective dans ses précédents films ne relève pas seulement d’une perception enfantine. Soumise à l’introspection, elle se corrige, cette fois, dans la tentative à laquelle s’essaie le cinéaste : redonner leur statut de femme aux mères de sa mémoire.
Roma est le premier des trois films Netflix qui, avec The Ballad of Buster Scruggs, des frères Cohen et Un 22 juillet, de Paul Greengrass, concourra pour le Lion d’or. Même s’il est destiné à être projeté dans des salles de plusieurs pays, il sera avant tout disponible sur la plate-forme de streaming. Ce choix, qui a valu au film d’être écarté de la sélection cannoise, mais ni de Venise ni de Toronto (du 6 au 16 septembre) est revendiqué par Alfonso Cuaron.

   


Il s’en est expliqué, avec fermeté, lors de la conférence. « Bien sûr que les conditions idéales pour un film demeurent le grand écran, a-t-il souligné. Mais je remercie Netflix pour ce cadeau qu’elle nous a fait. Parce qu’il ne faut pas être naïf. Dans un contexte de distribution complexe pour les films exigeants, combien de chances et de possibilités un film comme celui-ci, mexicain, en noir et blanc, a-t-il pour se faire connaître et durer ? Or, il est nécessaire de penser au film à long terme, pour qu’il ait un impact et ne se perde pas. Il s’agit de faire le meilleur film possible et faire en sorte qu’il atteigne le public. » A ceux qui doutaient encore, le cinéaste a enfin eu recours à une question : « Qui, aujourd’hui, dans cette assemblée peut dire qu’il a dernièrement vu un Ozu, un Antonioni ou un Bresson sur grand écran ? » Et la séance fut levée.

Sur le Web : www.labiennale.org/en/cinema/2018/lineup/venezia-75-competition/roma et www.netflix.com/fr/title/80240715



                            


                        

                        


<article-nb="2018/09/04/18-11">
<filnamedate="20180904"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180904"><AAMMJJHH="2018090418">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ L’acteur « conteste absolument toute agression, tout viol », a réagi son avocat, Me Hervé Temime qui a regretté « le caractère public de la procédure ».
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 30/08/2018
Découvrir l’application


                        

Gérard Depardieu accusé de viols et agressions sexuelles

L’acteur « conteste absolument toute agression, tout viol », a réagi son avocat, Me Hervé Temime qui a regretté « le caractère public de la procédure ».



LE MONDE
 |    30.08.2018 à 18h29
 • Mis à jour le
31.08.2018 à 10h31
   





                        



   


L’acteur Gérard Depardieu est visé par une enquête préliminaire pour « viols et agressions sexuelles », après la plainte d’une jeune femme. Des accusations que le comédien de 69 ans a vigoureusement contestées, par le biais de son avocat, dès leur révélation dans plusieurs médias, jeudi 30 août.
Une plainte a été déposée, lundi 27 août, à la gendarmerie de Lambesc (Bouches-du-Rhône). Le parquet d’Aix-en-Provence n’étant pas compétent géographiquement – les faits se seraient déroulés à Paris –, il s’est dessaisi au ­profit de celui de Paris, lequel a décidé d’ouvrir une enquête préliminaire. Les investigations ont été confiées à la troisième division de la police judiciaire.
L’affaire remonterait au début du mois d’août. Les faits se seraient produits à deux reprises : les 7 et 13 août, la plaignante aurait eu rendez-vous avec l’acteur dans son hôtel particulier du 6e arrondissement de la capitale. Selon Le Parisien, il s’agirait d’une « jeune comédienne et danseuse d’une vingtaine d’années ». Elle aurait été « abusée en marge d’une répétition informelle pour une pièce ». Une source proche du dossier ­citée par l’AFP indique que « la jeune femme était chez sa mère lorsqu’elle s’est sentie mal ». C’est cette dernière qui l’aurait ­incité à déposer plainte.
Démenti de l’acteur
De son côté, l’acteur dément les accusations portées contre lui. Son avocat, Me Hervé Témime, assure : « Gérard Depardieu conteste toute agression, tout viol. » « Il n’a rien à se reprocher et j’attends des médias qu’ils respectent les droits et la dignité de chacun », a-t-il ajouté, regrettant au passage la publicité donnée à cette plainte dont il a, dit-il, été informé par des journalistes « dès le 28 août ».
« J’appelle à la plus grande ­prudence et à la plus grande réserve », insiste-t-il, affirmant être « convaincu que cette plainte ne prospérera pas sur le plan judiciaire ». Selon le magazine Le Film français, Gérard Depardieu, qui dispose de la nationalité russe ­depuis 2013, était en tournage en France, en ce mois d’août, pour le film Fahim de Pierre-François Martin-Laval, retraçant l’histoire d’un jeune champion d’échecs.
L’acteur, monument du cinéma français, devrait incarner à partir de lundi 3 septembre, sur Arte, une série-documentaire sur le Japon, intitulée Gérard de par le monde, dans laquelle il part à la rencontre de geishas à Kyoto et visite des temples à Fukui.
Moins d’un an après les premières révélations de l’affaire Harvey Weinstein, en octobre 2017, du nom de ce producteur américain visé par de nombreuses accusations de violences sexuelles, plusieurs figures du cinéma français ont été visés par des plaintes. En avril, le parquet de Paris a ouvert une enquête pour viol visant l’acteur et metteur en scène Philippe Caubère après le dépôt d’une plainte, le 27 mars, par une ancienne militante Femen qui l’accuse de l’avoir violée en 2010. M. Caubère a alors dénoncé des accusations « surréalistes » et porté plainte à son tour pour diffamation. La police parisienne enquête également, depuis mai, sur une autre plainte pour viol déposée par une actrice et visant le ­réalisateur Luc Besson, qui nie ces accusations.
Dérapages
Ces affaires, portées sur les réseaux sociaux par le mouvement #metoo et, en France, #balancetonporc, se sont étendues bien au-delà du monde du cinéma. Dès le mois d’octobre 2017, dans la foulée du scandale Weinstein, l’intellectuel musulman Tariq Ramadan avait été accusé en France de viols par trois femmes. Il a été mis en examen et est incarcéré depuis le 2 février.
Révélé en 1974 dans Les Valseuses de Bertrand Blier, Gérard Depardieu a interprété de multiples personnages, dont la plupart des grands héros de la littérature nationale, de Cyrano de Bergerac au Jean Valjean des Misérables.
Père de quatre enfants, dont l’acteur Guillaume Depardieu décédé en 2008, il a acquis une immense notoriété internationale au fil de sa carrière, en dépit de ses sorties et de dérapages qui ont parfois défrayé la chronique. Devenu vigneron et entrepreneur dans la gastronomie, également chanteur, il s’est vu accorder la citoyenneté russe en 2013 par le président Vladimir Poutine.

        Lire aussi :
         

                La démesure Depardieu






                            


                        

                        


<article-nb="2018/09/04/18-12">
<filnamedate="20180904"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180904"><AAMMJJHH="2018090418">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Le réalisateur de « La La Land » a ouvert le festival avec « First Man », sur la vie de l’astronaute Neil Armstrong.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 29/08/2018
Découvrir l’application


                        

A Venise, Damien Chazelle met la Mostra sur orbite

Le réalisateur de « La La Land » a ouvert le festival avec « First Man », sur la vie de l’astronaute Neil Armstrong.



LE MONDE
 |    30.08.2018 à 06h23
 • Mis à jour le
30.08.2018 à 09h39
    |

            Véronique Cauhapé (Venise (Italie), envoyée spéciale)








                        



   


Bis repetita. Deux ans après avoir ouvert la Mostra avec La La Land (six fois oscarisé quelques mois plus tard), le cinéaste Damien Chazelle a récidivé. First Man, son nouveau film, a été présenté, mercredi 29 août, lors de la soirée inaugurale de la 75e édition du Festival international du cinéma de Venise. A ses côtés, pour son arrivée sur le tapis rouge du Palais du cinéma, Ryan Gosling, Claire Foy et Jason Clarke ont déclenché un déchaînement de cris à faire exploser les tympans.
En 2016, Damien Chazelle était venu dans la cité des Doges avec une comédie musicale qui, derrière la légèreté inhérente au genre, n’en menait pas moins une réflexion sur les illusions du monde hollywoodien. En 2018, il revient avec une aventure spatiale qui prend à contre-pied le grand spectacle en s’attachant au portrait d’un astronaute, Neil Armstrong. Et ce, sur une période très restreinte : de 1961 (quelques mois avant son entrée à la NASA), au 20 juillet 1969, date à laquelle il deviendra le premier homme à poser le pied sur la lune.
Le directeur de la Mostra, Alberto Barbera, n’a en tout cas pas caché sa fierté d’accueillir Damien Chazelle qu’il considère comme un des « plus importants réalisateurs américains d’aujourd’hui », pour un film qu’il juge de surcroît « surprenant par rapport aux autres films épiques de l’époque ».
Parti pris sismique et syncopé
Un autre hommage a animé cette cérémonie d’ouverture ­durant laquelle ont été présentés les jurys des différentes caté­gories (sélection officielle présidée par Guillermo del Toro ; Orizzonti ; Réalité virtuelle…) : celui rendu à la comédienne britannique Vanessa Redgrave, à qui a été remis un Lion d’or pour l’ensemble de sa carrière. Resplendissante et malicieuse, cette dernière, après des remerciements et un hommage rendu à la ­Mostra en italien, a reçu une longue ovation du public. Lequel, après une bonne heure d’introduction et de discours sans surprises sur le cinéma en particulier et l’art en général, a pu voir s’éteindre les étoiles projetées sur les murs et le plafond de la grande salle du Palais, pour se retrouver, sans préambule, plaqué au fond des fauteuils.

   


Le départ fut immédiat. Les premiers plans de First Man transportent le spectateur dans un siège de parc d’attractions à thème où le corps et les sens sont mis à rude épreuve. Images convulsives, floues, imprécises, abstraites, comme déchiquetées, bande-son tonitruante qui vrombit dans le ventre… tout semble déréglé et au bord du chaos. Tout l’est en effet, à bord du vaisseau spatial dans lequel Neil Armstrong (Ryan Gosling) effectue une des premières missions ­habitées du programme Gemini 8 qui tente de réaliser la jonction en orbite entre deux engins.
Cette scène est la première de ce type. Il y en a d’autres dans First Man, légèrement différentes selon les problèmes rencontrés mais toujours éprouvantes, et toujours filmées à l’identique, selon le même parti pris sismique et syncopé. Au point que leur répétition produit un effet laborieux dans lequel le film se fait parfois absorber.
Désir de vérité
Passons, puisqu’elles sont aussi ce qui ponctue, jusqu’à pro­gressivement l’envahir, le quotidien du héros du film, une vie douce, pudique, joyeuse auprès de ses enfants et de sa femme, Janet (Claire Foy, plus largement connue depuis son rôle dans la série The Crown). Cette alternance entre l’intime (aux allures très classiques) et le spectaculaire (que le cinéaste s’attache à pulvériser) permet à Damien Chazelle de maintenir son cap : demeurer proche de son per­sonnage qu’il n’érige pas en surhomme. Au contraire, First Man raconte une aventure humaine, à travers les difficultés, les déboires, les échecs parfois meurtriers, les découragements.

   


Damien Chazelle s’est inspiré de la biographie du même nom de James R. Hansen publiée en 2005 (éd. Simon & Schuster), et a fait appel au scénariste Josh Singer (Pentagon Papers, Spotlight, Le Cinquième Pouvoir, série A la Maison Blanche). De quoi servir ce désir de vérité – cet aspect « reportage », a-t-il même précisé – qu’il sophistique et tempère en même temps par une haute technicité de la réalisation.
Le dosage entre les plages de vie ordinaire et les séquences « fantastiques » n’est pas sans rappeler la patte d’un Steven Spielberg
Quant au dosage entre les plages de vie ordinaire et les séquences « fantastiques » que tisse le film avec maîtrise, il n’est pas sans rappeler la patte d’un Steven Spielberg, par ailleurs producteur exécutif du film. Une référence qui, pour Damien Chazelle, relève plus d’un partage de point de vue et de sensibilité artistique que d’une influence.
Car Chazelle sait faire. Il sait utiliser les genres pour se les approprier, et les amener vers des thèmes qui lui tiennent visiblement à cœur, que l’on retrouve d’un film à l’autre. Parvenir à ses fins, concrétiser ses rêves, devenir quelqu’un, et peut-être même un héros, ne se fait pas sans y laisser des plumes. Comme Neil Armstrong, les personnages principaux de La La Land et de Whiplash, son premier film, en faisaient l’expérience.

Sur le Web : www.labiennale.org/en/cinema/2018/lineup/venezia-75-competition/first-man, fr.universalpictures.com/micro/first-man et www.facebook.com/FirstMan.lefilm



                            


                        

                        


<article-nb="2018/09/04/18-13">
<filnamedate="20180904"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180904"><AAMMJJHH="2018090418">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ La Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, à Paris, organise un cycle de films réalisés ou produits par des femmes.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Les pionnières retrouvées du cinéma muet

La Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, à Paris, organise un cycle de films réalisés ou produits par des femmes.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 09h14
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

Qui connaît les réalisatrices Alice Guy, Lois Weber, Marie Epstein, Germaine Dulac, l’actrice et productrice Alla Nazimova, la scénariste Renée Deliot, au-delà d’un cercle de cinéphiles ? C’est pour rendre hommage à ces femmes un peu tombées dans l’oubli que la fondation Jérôme Seydoux-Pathé organise à son siège parisien, du 29 août au 25 septembre, un cycle de films intitulé « Les Pionnières du cinéma muet » – qui vient heureusement compléter une exposition consacrée aux « muses » qui ont inspiré les affichistes entre 1930 et 1945 (jusqu’au 13 octobre).
De récents travaux de recherches ont permis de revisiter l’histoire du cinéma. Nombre de femmes ont joué un rôle majeur dans les premières années, entre 1895 et l’arrivée du parlant vers 1930. Certaines d’entre elles ont démarré comme comédiennes, incarnant femmes fatales, femmes-enfants ou épouses dévouées, « assujetties à une perception masculine » lit-on dans le tonique dossier de présentation de ce cycle sur les pionnières. Il était temps de montrer une autre facette.
Les studios d’Alice Guy
L’une des grandes oubliées de l’histoire est sans conteste la réalisatrice Alice Guy (1873-1968). Contemporaine de George Méliès (1861-1938), assistante de Léon Gaumont, elle tourna ses premiers courts-métrages en 1902 et en réalisa plus de 200 pour Gaumont. Partie aux Etats-Unis en 1907 avec son mari, Herbert Blaché, elle y fonda les studios Solax, l’une des grandes maisons de production avant l’émergence des premières stars d’Hollywood dans les années 1910 (Douglas Fairbanks, Mary Pickford, Charlie Chaplin…). Rentrée en France en 1922, elle ne retravailla plus dans le cinéma.

Chargée de la programmation de la fondation, Elvira Shahmiri explique le long travail mené par l’équipe : « Pour repérer les œuvres, nous nous sommes appuyés sur des bases de données, comme celle, très riche, de l’université Columbia, aux Etats-Unis, intitulée Women Film Pioneers Project. Le récent coffret...




                        

                        


<article-nb="2018/09/04/18-14">
<filnamedate="20180904"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180904"><AAMMJJHH="2018090418">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Ce portrait d’un jeune prostitué en quête de tendresse est interprété avec intensité par Félix Maritaud.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤                     
                                                

« Sauvage » : les émois de Léo, d’un corps à l’autre

Ce portrait d’un jeune prostitué en quête de tendresse est interprété avec intensité par Félix Maritaud.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h40
 • Mis à jour le
29.08.2018 à 07h48
    |

            Véronique Cauhapé








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
La scène d’ouverture de Sauvage agit brutalement. Surprenante et crue, dans son propos comme dans la façon dont elle est mise en scène, elle concentre en quelques minutes ce que le film va s’appliquer à prolonger en l’intensifiant, séquence après séquence. A l’image des étapes par lesquelles est passé le réalisateur, Camille Vidal-Naquet, durant le long travail de terrain qu’il a effectué pour réaliser ce premier long-métrage, descente vertigineuse dans le milieu de la prostitution masculine.

        Lire l’entretien avec Camille Vidal-Naquet :
         

          « Le film est très atténué par rapport à la réalité »



Un travail qui, une fois le contact pris avec des garçons du bois de Boulogne, près de Paris, par l’intermédiaire d’une association, allait l’accaparer durant trois ans, au lieu des quelques nuits prévues. Pas moyen de faire moins, de passer vite sur ces rencontres au gré desquelles s’élaborait le scénario. Sauvage témoigne de cette immersion, dans la restitution hyperréaliste des situations et des faits, caméra à l’épaule, plans rapprochés sur les corps malades et maltraités : des partis pris qui assurent la volonté du réalisateur de transmettre, voire de partager, les effets et les sentiments qui l’ont lui-même agité.
Le passeur de l’histoire s’appelle Léo, 22 ans, gueule de poulbot buté, aux traits cabossés par une vie de chien errant à ingérer du crack et de l’alcool, à bouffer n’importe quoi, à dormir sur les trottoirs ou dans le bois périphérique de la ville où, la journée, il enchaîne les passes. Les clients sont plus ou moins réglos, plus ou moins détraqués. Un homme en fauteuil roulant qui ne parvient plus à l’érection, un couple d’homos qui prennent leur pied à l’humilier, à le contraindre à des pratiques sordides, un « veuf » qui tente de se consoler de la disparition de sa femme dans les bras d’hommes dont il espère de l’affection… se succèdent dans le déroulé indéfini des jours et des nuits de Léo. Lequel encaisse les coups et les violences sans rien laisser paraître de l’impact qu’ils ont sur lui.
Le vide d’un manque d’amour
En cela, il est « sauvage » – ce caractère qui donne son titre au film –, garçon non « élevé », grandi on ne sait où, pas de passé, pas de projet, confronté à la survie par le corps, sans engagement de la pensée et des sentiments. Du moins en apparence. C’est là que Léo trouve sa nuance, décroche notre empathie. Dans cette part inconnue qui laisse paraître, en creux, le vide d’un manque d’amour dont la manifestation surgit par élans à des moments inattendus et rares. Lors d’une visite médicale par exemple, où il pose sa tête sur l’épaule d’une doctoresse. Lors d’une passe où il offre autant au client qu’à lui-même un instant de tendresse.
Dans cette quête, le jeune homme aux allures de sale gosse n’échappe pas à cet obscur objet du désir amoureux que devient pour lui un autre prostitué, Ahd (Eric Bernard), que le tapin pousse le plus clair de son temps dans le lit des hommes mais que l’hétérosexualité fait préférer celui des femmes. Et le conduit à se dérober aux avances du jeune Léo. « Trouve-toi un vieux », lui conseille Ahd.
Le gosse s’en fout. Il continue d’aimer sans retour et de se vendre jusqu’à ce que le corps parvienne au bout de ce qu’il peut supporter. Jusqu’à ce que cette détérioration physique, à l’œuvre durant tout le film, trouve son expression finale dans un plan christique : Léo, en Sébastien martyr, criblé de plaies ensanglantées, soutenu par les bras d’un homme. Un vieux qui prendra soin de lui, lui ouvrira la voie d’une réinsertion possible : la belle énigme du film.
L’incandescence de Félix Maritaud
Présenté à Cannes (Semaine de la critique), Sauvage avait dirigé toute l’attention sur Félix Maritaud, interprète omnipotent du personnage de Léo, à qui il prête son intensité toute personnelle, acquise au long d’une jeune existence qui en rassemble mille (errances, petits boulots, excès circonscrits et rencontres providentielles). Découvert dans 120 battements par minute, de Robin Campillo, le jeune acteur apporte à Sauvage une incandescence qui met l’image à vif et retient le film au bord de l’abîme, sans l’y plonger. A l’inverse de J’embrasse pas, d’André Téchiné (1991), Sauvage ne s’expose à aucune notion de fatalité. Le versant lumineux de Léo – qui, lui, embrasse – servant de bouclier à cet écueil.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          Léo, prostitué en mal d’amour



Pendant le tournage, cette capacité à brûler – « Il est une flamme au milieu des ruines », dit de lui Camille Vidal-Naquet –, cette aptitude au don de soi ont mené Félix Maritaud vers « quelques sorties de rails » qui ont eu pour effet de déstabiliser le réalisateur. « J’ai aimé ce quelque chose que possède Félix et qui ne s’apprivoise pas », confie cependant ce dernier, cette « mise en danger », selon ses propres termes, à laquelle l’acteur l’a soumis. Autant que nous.

        Lire le portrait :
         

          Les corps- à-corps de Félix Maritaud




Film français de Camille Vidal-Naquet. Avec Félix Maritaud, Eric Bernard, Nicolas Dibla (1 h 39). Sur le Web : distrib.pyramidefilms.com/pyramide-distribution-catalogue/sauvage.html

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 29 août)
Burning, film coréen de Lee Chang-dong (à ne pas manquer)De chaque instant, documentaire français de Nicolas Philibert (à ne pas manquer)Sauvage, film français de Camille Vidal-Naquet (à ne pas manquer)Bonhomme, film français de Marion Vernoux (à voir)Guy, film français de et avec Alex Lutz (à voir)Il ou elle, film américain et qatari d’Anahita Ghazvinizadeh (à voir)Sollers Point, film américain et français de Matthew Porterfield (à voir)22 Miles, film américain de Peter Berg (pourquoi pas)Reine d’un été, film allemand de Joya Thome (pourquoi pas)Miracle à Santa Anna (2008), film américain et italien de Spike Lee (inédit)
A l’affiche également :
Braqueurs d’élite, film allemand et français de Steven QualeBreaking In, film américain de James McTeigueKin : le commencement, film américain de Jonathan et Josh Baker





                            


                        

                        


<article-nb="2018/09/04/18-15">
<filnamedate="20180904"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180904"><AAMMJJHH="2018090418">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Le réalisateur de « Sauvage » a passé trois ans comme bénévole dans l’association Aux captifs, la libération.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Camille Vidal-Naquet : « Le film est très atténué par rapport à la réalité »

Le réalisateur de « Sauvage » a passé trois ans comme bénévole dans l’association Aux captifs, la libération.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h38
 • Mis à jour le
29.08.2018 à 07h41
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

Quatre jours de vacances depuis le Festival de Cannes. Le réalisateur de Sauvage, Camille Vidal-Naquet, 45 ans, enchaîne les projections depuis que son film a été ­dévoilé à la Semaine de la critique – Félix Maritaud, l’acteur principal, a obtenu le Prix Fondation Louis-Roederer de la révélation. Camille Vidal-Naquet raconte la fabrication de son premier long-métrage, après trois années passées sur le terrain de la prostitution masculine.

Comment avez-vous imaginé le personnage de Léo, le jeune prostitué incarné par Félix Maritaud ?
Ce personnage était déjà là dans mes précédents courts-métrages : c’est un jeune homme qui est déconnecté de tout ce qui est matériel – il n’a ni appartement ni téléphone – et qui cherche l’amour absolu. Léo est prêt à mourir par amour, c’est la ligne dramatique du film. J’ai pensé à quelqu’un qui fait des rencontres et vit dans la rue. De là est venue l’idée de la prostitution masculine. Je me suis documenté en lisant des thèses, j’ai eu de longues discussions avec un acteur de films X, Aiden Shaw, qui a grandi à Londres, où il s’est prostitué très jeune. Il avait joué son propre rôle dans mon court-métrage Backstage (2001).

Ensuite, j’ai rencontré l’association Aux captifs, la libération, qui accompagne des personnes ­vivant dans la rue – prostitués, migrants, etc. Et j’y suis resté pendant trois ans. J’étais bénévole, on partait à trois le jeudi soir au bois de Boulogne, à bord de ­notre camionnette où était affichée une carte du monde. J’ai ­découvert plein de choses, je me sentais tout petit devant le courage de certains garçons. L’un d’eux avait fui le Turkménistan, qui est une sorte de dictature.
Qu’avez-vous appris sur la prostitution masculine ?
J’ai surtout appris des choses sur mon pays. Comment fait-on l’amour quand on a plus de 70 ans ? Ou lorsqu’on est handicapé ? Les jeunes prostitués peuvent répondre à ces questions,...




                        

                        


<article-nb="2018/09/04/18-16">
<filnamedate="20180904"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180904"><AAMMJJHH="2018090418">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Après le Louvre, l’école, et la Maison de la radio, le documentariste a filmé pendant des mois la formation d’élèves infirmières et infirmiers.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤                     
                                                

« De chaque instant » : Nicolas Philibert à l’école de la douleur

Après le Louvre, l’école, et la Maison de la radio, le documentariste a filmé pendant des mois la formation d’élèves infirmières et infirmiers.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h36
 • Mis à jour le
29.08.2018 à 16h36
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
De chaque instant commence comme un rituel. Sous la direction d’un homme, des jeunes filles apprennent à se laver les mains selon une procédure très précise, comme si ces ablutions annonçaient une cérémonie. Le noir se fait, un carton apparaît à l’écran : « Que saisir sinon qui s’échappe ? » Le vers du poète Yves Bonnefoy renforce encore la sensation d’avancer dans la découverte d’une liturgie inconnue.
Pourtant, De chaque instant, onzième long-métrage de Nicolas Philibert, ne se préoccupe pas de l’au-delà. La veille permanente qu’évoque le titre est celle que doivent apprendre les élèves infirmières et infirmiers dans le centre de formation de la Croix-Saint-Simon, à Montreuil, où le cinéaste a filmé pendant des mois. Il faut voir dans la solennité qui empreint bien des séquences, dans la division en trois temps du film scandée par les vers de Bonnefoy (« Que voir sinon qui s’obscurcit » puis « Que désirer sinon qui meurt ») comme une célébration du métier qu’apprennent les jeunes gens que l’on voit à l’écran, un appel à les prendre au sérieux, à leur donner dans notre monde l’importance qu’ils y méritent.
Ce titre peut aussi s’interpréter comme un conseil – amical mais ferme – au spectateur. Nicolas Philibert a réalisé un film presque sans personnages : de séquence en séquence, on a parfois le temps de deviner (ou plutôt d’imaginer) une personnalité, mais il ne s’agit pas de dessiner des portraits, ni même de suivre la trajectoire de telle ou tel de ces élèves, simplement de mettre en scène le processus collectif qui fera de ces jeunes des infirmières, des infirmiers.
Ascèse gestuelle
Il est donc divisé en trois actes. Le premier est tout entier consacré à l’apprentissage des gestes et des règles. A ce moment de leurs études, au début de la première année, les élèves suivent des cours, lors desquels on leur révèle les outils, mécaniques, chimiques ou éthiques, de leur métier. Ils s’exercent aussi, sur des volontaires en parfaite santé, sur des mannequins, avec des prothèses, à assimiler puis à perfectionner les gestes qu’ils répéteront des milliers de fois : piqûres, massages, pansements… Le contraste entre les enjeux essentiels de ces mouvements et les outils rudimentaires qui servent à leur apprentissage pourrait avoir quelque chose de burlesque, le réalisateur en fait une espèce d’ascèse gestuelle.
La partie centrale est occupée par les premiers contacts entre les élèves et les patients. C’est la plus intense, mais aussi la plus brève – elle dure moitié moins de temps que les deux autres. C’est peut-être là la seule faiblesse de ce beau film : le déséquilibre entre la réalité de l’hôpital et l’environnement préservé du centre de formation. On retient un moment volé dans le jardin d’un établissement psychiatrique, le désarroi masqué à grand-peine des élèves face à la mort qui approche.
Les paroles des élèves font comme un pont entre les idéaux et les théories de l’école et la réalité du milieu
On en retrouvera certains dans les bureaux des encadrants où ils rendent compte de leur stage. Ce dernier volet est moins gracieux que le premier, moins intense que le second. C’est lui qui donne tout son sens à De chaque instant. Qu’il s’agisse d’un élève de première année qui dit sa satisfaction d’avoir accompagné un malade en fin de vie ou d’une autre en fin d’études qui explique comment son origine l’a conduite à assumer les tâches d’interprétariat, en plus des soins, dans l’établissement où elle faisait son stage, ces paroles font comme un pont entre les idéaux et les théories de l’école et la réalité du milieu.
Après le musée de La Ville Louvre, l’école d’Etre et avoir, la ménagerie de Nénette ou La Maison de la radio, le centre de formation de la Croix-Saint-Simon prend sa place dans l’atlas de Nicolas Philibert, qui recense ces lieux qui sont à la fois des éléments essentiels de notre société et des refuges qui lui permettent (ou devraient lui permettre) de réfléchir sur elle-même, de se donner les règles et les structures qui l’empêcheraient de basculer tout à fait dans la déraison.

Documentaire français de Nicolas Philibert (1 h 45). Sur le Web : www.filmsdulosange.fr/fr/film/246/de-chaque-instant
Huit longs-métrages de Nicolas Philibert ressortiront en salle mercredi 5 septembre : La Ville Louvre (1990) ; Le Pays des sourds (1993) ; Un animal, des animaux (1995) ; La Moindre des choses (1997) ; Etre et avoir (2002) ; Retour en Normandie (2007) ; Nénette (2010) ; La Maison de la radio (2013).



                            


                        

                        


<article-nb="2018/09/04/18-17">
<filnamedate="20180904"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180904"><AAMMJJHH="2018090418">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ L’humoriste passe devant et derrière la caméra pour ce faux documentaire sur les années Top 50. A voir.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤                     
                                                

« Guy » : Alex Lutz connaît la chanson

L’humoriste passe devant et derrière la caméra pour ce faux documentaire sur les années Top 50. A voir.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h35
 • Mis à jour le
29.08.2018 à 08h56
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Logiquement, la ligue des ­acteurs septuagénaires ­devrait mettre un contrat sur la tête d’Alex Lutz, 40 ans, qui vient leur ôter le pain de la bouche avec une impudente réussite. D’autant qu’il est peu probable que le réalisateur et coscénariste de Guy ait procédé à des auditions pour le rôle-titre de son premier long-métrage, Guy Jamet, 74 ans, chanteur de variétés. Il s’est ­réservé la meilleure part du film.

        Lire l’entretien avec Alex Lutz (dans « M ») :
         

          « Guy, c’est moi dans trente ans »



On trouvera comme circonstance atténuante à ce formidable égoïsme la cohérence d’un geste unique, qui va de l’écriture au jeu d’acteur, en passant par la mise en scène. Il s’agit de restituer le portrait d’un baby-boomeur vu par un enfant de la génération X, en procédant par l’accumulation de détails aussi insignifiants que justes, jusqu’à provoquer le vertige qui vient à la contemplation de certaines toiles hyperréalistes.
Alex Lutz a choisi la voie du faux documentaire. Il ne faut pour autant pas s’attendre à une version Maritie et Gilbert Carpentier du film This Is Spinal Tap, consacré à un groupe de hard-rock imaginaire. Dès les premières séquences, le metteur en scène bouscule les conventions du documentaire parodique, le « mockumentary », en introduisant un élément de fiction. Gautier, le réalisateur de ce portrait filmé d’une vieille idole toujours en activité, explique en voix off qu’il entreprend ce travail pour rencontrer l’homme dont sa mère lui a révélé, avant de mourir, qu’il était son père. Et si l’on veut avancer encore plus dans ce ­palais des glaces, Gautier (qui n’apparaîtra que très tard à l’écran) est joué par Tom Dingler, fils de Cookie, interprète de Femme libérée, numéro un des ventes en 1984.
Stupéfiante précision musicale
Pour revenir à Guy Jamet, c’est encore un bel homme, qui se flatte de n’avoir pas perdu ses cheveux mais dont l’élocution un peu ­empâtée trahit un récent ­accident vasculaire. Il vit dans un cabanon de luxe en Provence avec sa femme Sophie Ravel (Pascale ­Arbillot), actrice de télévision ­férue d’astrologie canine, et ses chevaux (Guy Jamet est d’une ­génération qui dit « ma femme et mes chevaux »). Il vient de réenregistrer ses tubes sur des arrangements vaguement country et sillonne la France avec un orchestre de jeunes gens qui semblent parfois s’ennuyer à jouer sa musique. Là encore, dans la reconstitution minutieuse des styles musicaux, Alex Lutz et ses collaborateurs, les auteurs-compositeurs Vincent Blanchard et Romain Greffe, font preuve d’une précision stupéfiante.
Alex Lutz peut compter sur un entourage hors pair : Nicole Calfan, Elodie Bouchez et Dany
On ne sait ce qu’il faut le plus admirer : la justesse des pastiches, la sobriété avec laquelle Lutz recourt aux documents d’époque – scopitone, extraits d’émissions de variétés – ou, sur un registre plus ambitieux, sa tentative de saisir, avant qu’elle ne disparaisse, une certaine manière d’être un homme. Se ­refusant presque trop systématiquement aux paroxysmes (la relation entre le fils caché et le père se gonfle de non-dits jusqu’à la fin du film), Alex Lutz procède par ­expressions un peu désuètes, par gestes d’un autre temps. Il peut compter aussi sur un entourage hors pair : Nicole Calfan est parfaite en ancienne combattante des guerres du Top 50, attachée de presse d’une fidélité indéfectible. Elodie Bouchez et Dany se partagent le rôle d’Anne-Marie, reine des nuits dans les années 1980 ­devenue entrepreneuse de fitness.
Il faut assortir ces louanges d’un avertissement : le risque de l’hyperréalisme est d’être touché par la contagion des maux dont souffre l’objet représenté. Et si l’on s’est ennuyé d’innombrables ­samedis soirs devant les émissions de variétés du service ­public, si l’on redoute de voir la ­télévision allumée le dimanche après-midi lors d’une visite familiale (Michel Drucker tient ici son propre rôle), il faudra surmonter ces phobies pour profiter de l’intelligence diabolique de Guy.

        Lire aussi la critique du spectacle :
         

          Alex Lutz observe ces drôles d’animaux que sont les humains




Film français de et avec Alex Lutz. Avec Tom Dingler, Pascale Arbillot, Elodie Bouchez, Dany, Nicole Calfan (1 h 41). Sur le Web : fr-fr.facebook.com/ApolloDistrib et materiel.apollo-films.com



                            


                        

                        


<article-nb="2018/09/04/18-18">
<filnamedate="20180904"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180904"><AAMMJJHH="2018090418">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Le réalisateur Matthew Porterfield explore le quartier afro-américain d’une ville aux multiples plaies sociales.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤                     
                                                

« Sollers Point » : un visage sombre de Baltimore

Le réalisateur Matthew Porterfield explore le quartier afro-américain d’une ville aux multiples plaies sociales.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h33
 • Mis à jour le
29.08.2018 à 07h58
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
A première vue, tout porte à croire que Sollers Point, quatrième long-métrage de l’Américain Matthew Porterfield, né en en 1977 et affilié à la scène indépendante, ne brillera pas par son originalité. On se retrouve en effet face à un énième « portrait à fleur de peau », celui d’un jeune proscrit, aspirant à « un nouveau départ », mais vite « rattrapé par son passé ». Un sillon inlassablement tracé par le cinéma indépendant, qui a souvent trouvé dans les personnages de marginaux et de déshérités autant de contre-modèles prêts à l’emploi. Pourtant, le film se révèle tout autre : Porterfield parvient à transcender un sujet rebattu en l’ouvrant à une géographie complexe, à la fois urbaine et affective, qui contourne les lieux communs et les passages obligés.
Sollers Point est un quartier afro-américain de Baltimore, qui fut depuis le début du XXe siècle un important foyer ouvrier de sidérurgie
Sollers Point est un quartier afro-américain de Baltimore, qui fut depuis le début du XXe siècle un important foyer ouvrier de sidérurgie, avant que la désindustrialisation des années 1970-1980 ne vienne ravager l’emploi et semer l’éventail de plaies sociales qui s’ensuivent. C’est là que vit Keith (McCaul Lombardi), un peu plus de 20 ans, dans la maison de son père, Carol (Jim Belushi), l’un des rares foyers blancs du voisinage. Keith sort de prison et tourne en rond, bracelet électronique autour de la cheville, en attendant de pouvoir enfin mettre le nez dehors.
Quand ce jour arrive, un gang de blancs suprémacistes, auprès duquel il avait trouvé protection durant son incarcération, vient le cueillir à sa porte. Keith les rejette et fait la tournée de ses relations d’antan : sa sœur, ses grands-parents, ses ex-petites amies, ses voisins, un ami d’enfance devenu rappeur à succès… Il enchaîne les petits boulots, tente de suivre une formation de technicien climatiseur, mais retrouve toujours le gang sur sa route, prêt à en découdre. Peu à peu, il renoue avec certains de ses vieux démons : l’alcool, les boîtes de strip-tease et cette rage qu’on sent bouillir en lui, rejaillissant parfois en bouffées autodestructrices.
Registre descriptif
A la pente tragique attendue, le film privilégie une approche « horizontale » bien plus surprenante. En effet, Porterfield vise moins à retracer un processus social qu’à révéler le paysage qui entoure son protagoniste (tensions raciales, chômage, ravages de la drogue, jeunesse en déshérence…) et à parcourir ainsi le réseau des relations qui le définissent ou l’emprisonnent. Le cinéaste adopte un registre essentiellement descriptif, laissant affleurer le passif de son personnage par bribes, par allusions, par conversations, comme celles, superbes, avec sa grand-mère aimante ou un chef de gang halluciné. Si le film commence dans la maison familiale, perçue comme un univers clos et étroit, c’est pour s’élancer ensuite par cercles concentriques vers l’extérieur, dans l’exploration d’un quartier dont chaque strate contient une trace de l’existence passée de Keith, retracée en pointillé.
La géographie urbaine s’inscrit à l’écran comme une singulière « archéologie de la violence »
Le véritable objet de la mise en scène est donc la topographie de ce quartier, et plus largement celle de Baltimore, ville dont Matthew Porterfield est originaire et sur laquelle il conclut ici une trilogie, commencée avec Putty Hill (2010) et I Used to Be Darker (2013). En emboîtant les allées et venues de son protagoniste, il dresse un inventaire poétique d’espaces, d’installations urbaines – avenues, ponts, habitations, carrefours, arrêts de bus –, avec un travail du cadre d’inspiration photographique (signé du chef opérateur Shabier Kirchner).
Le corps à la fois robuste et dynamique de McCaul Lombardi, l’interprète de Keith – nouveau visage aperçu dans American Honey (2016), d’Andrea Arnold –, circule dans ces espaces qui semblent se refermer sur lui par le vide et l’inertie. La géographie urbaine s’inscrit alors à l’écran comme une singulière « archéologie de la violence » qui contient aussi, à chaque coin de rue, autant d’échappatoires pour prendre la tangente.



Film américain et français de Matthew Porterfield. Avec McCaul Lombardi, James Belushi, Zazie Beetz, Imani Hakim (1 h 41). Sur le Web : jhrfilms.com/sollers-point-baltimore



                            


                        

                        


<article-nb="2018/09/04/18-19">
<filnamedate="20180904"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180904"><AAMMJJHH="2018090418">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ L’acteur interprète un tueur d’élite dans le film d’action au rythme frénétique de Peter Berg.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤                     
                                                

« 22 Miles » : Mark Wahlberg, agent secret à l’ère Trump

L’acteur interprète un tueur d’élite dans le film d’action au rythme frénétique de Peter Berg.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h31
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Les couples doivent faire des efforts pour ne pas s’enfoncer dans la routine. Peter Berg, réalisateur, et Mark Wahlberg, acteur, cherchent le dépaysement. En cinq ans de vie commune, ils sont allés en Afghanistan (Du sang et des larmes), dans le golfe du Mexique (Deepwater), le Massachusetts (Traque à Boston). Le monde tel qu’il est ne suffisant pas, les voici en Indocarr, contrée qui se distingue d’ores et déjà dans l’histoire du film d’espionnage – puisque c’est de cela qu’il s’agit – comme la détentrice du toponyme le plus ridicule.
Il n’est pas besoin d’avoir vécu très longtemps pour savoir qu’on ne voyage jamais qu’avec ses problèmes. En Indocarr comme ailleurs, Berg et Wahlberg trimballent leur goût pour la violence et la destruction, pour les tôles tordues et les chairs déchirées par des projectiles à haute vélocité. De ce point de vue, 22 Miles ne les aidera pas à sortir de l’ornière. Pourtant, ce film compact, frénétique, qui passe d’une séquence à l’autre de la concision chirurgicale à l’incohérence, révèle une texture intrigante, faite de reflets fugaces du temps présent et des signes visibles des circonstances de sa production.
La capitale de l’Indocarr est « interprétée » par Bogota, cité latino-américaine
On rencontre James Silva (Wahlberg) dans le jardin d’une villa, quelque part dans une banlieue américaine. A l’intérieur, ses collègues procèdent à la neutralisation d’un groupe russophone. Tous sont téléguidés depuis un local suréquipé par un coordinateur machiavélique (John Malkovich, coiffé d’une brosse rouquine). On comprend que ces gens-là agissent pour le compte de la plus grande démocratie du monde (dont quelques plans empruntés aux chaînes d’info en continu rappellent par qui elle est aujourd’hui dirigée) : ils sont en mesure de pénétrer dans toutes les intimités, électroniquement et physiquement, ils ont l’autorisation de tuer, et en usent largement.
Après qu’un montage nous a éclairés sur l’itinéraire de Silva, gamin surdoué et hyperactif, repéré par le gouvernement qui, plutôt que de lui prescrire de la Ritaline, en a fait un tueur d’élite, on retrouve le groupe, qui compte aussi dans ses rangs une mère (Lauren Cohan) désespérée de devoir sacrifier l’anniversaire de sa fille à une séance de torture dans les locaux de l’ambassade des Etats-Unis en Indocarr. L’Indocarr est un pays fascinant. D’abord à cause de son nom, qui lui a été probablement donné à la demande des financiers chinois de la production, soucieux de ne pas s’aliéner un allié, en l’occurrence l’Indonésie (on apprend que nous sommes en Asie du Sud-Est). Ensuite, parce que sa capitale est « interprétée » par Bogota, cité latino-américaine.
Absurdité intermittente
L’Indocarr est dirigé par des gens corrompus, que dénonce un transfuge, Li Noor (Iwo Ukais, star de la série des films d’action The Raid). Poursuivi par les autorités de son pays, détenteur d’un code qui permettra de retrouver des matériaux fissiles en balade, Li Noor doit être exfiltré par Silva et son équipe jusqu’à une piste d’atterrissage, distante de 22 miles de l’ambassade. Ce qui permet de parcourir – et de ravager – différents voisinages de cette ville hybride.
Pendant le trajet, les personnages ne parlent qu’en hurlant et en s’insultant. Mark Wahlberg parvient très bien à faire croire à l’hyperactivité de son personnage (un peu moins à son QI), Lauren Cohan donne à tous les conjoints traversant une rupture difficile une leçon en matière d’extériorisation des émotions (bien sûr, elle a l’avantage de disposer d’armes de gros calibre) ; seul Iwo Ukais ne se départ jamais d’un calme olympien. On ne voit d’ailleurs pas pourquoi un garçon capable de tuer deux hommes armés alors qu’il est menotté à une table d’opération s’énerverait.
On peut attribuer l’absurdité intermittente du scénario à la désinvolture des auteurs, qui semblent espérer que, assourdi par le fracas des armes et des véhicules qui se carambolent, le spectateur passera sur des lacunes grosses comme le Ritz. Reste que l’amertume de la conclusion de 22 Miles, l’esthétique résolument sinistre du film et la volonté délibérée – par le biais d’images d’actualité, d’expressions empruntées au langage contemporain de la politique (collusion, compromission…) de l’inscrire dans le cours du temps en font un spectacle épuisant et inquiétant.

Film américain de Peter Berg. Avec Mark Wahlberg, Lauren Cohan, Iwo Ukais, John Malkovich (1 h 34). Sur le Web : www.metrofilms.com/films/mile-22



                            


                        

                        


<article-nb="2018/09/04/18-20">
<filnamedate="20180904"><AAMM="201809"><AAMMJJ="20180904"><AAMMJJHH="2018090418">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ Dans le film de Marion Vernoux, Ana Girardot et Nicolas Duvauchelle incarnent gracieusement un jeune couple dont la vie bascule après un accident de voiture.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤                     
                                                

« Bonhomme » : le handicap montré sans pathos

Dans le film de Marion Vernoux, Ana Girardot et Nicolas Duvauchelle incarnent gracieusement un jeune couple dont la vie bascule après un accident de voiture.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h30
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Piotr et Marilyn, couple énergique et plein de charme, habitent la banlieue lilloise. Ils s’aiment, et chacun travaille comme vendeur dans des magasins d’usine en zone périurbaine. Tandis qu’ils se rendent à une fête, leur vie va être bouleversée par un accident de voiture : Marilyn en sort indemne, Piotr se cogne violemment la tête contre le pare-brise et tombe quelques jours dans le coma.
A son réveil, c’est tout le quotidien qu’il faut réinventer : Piotr est très diminué par son traumatisme crânien, a perdu quelques facultés cognitives et sa libido devient incontrôlable. Tant bien que mal, Marilyn s’occupe de lui tout en tentant de joindre les deux bouts.
Comédie teintée de réalisme social
Si Bonhomme observe le quotidien d’un jeune couple bouleversé par un drame qu’il doit surmonter, le scénario amorce insensiblement une série de virages qui emmène le récit très loin de ce qu’on pouvait prévoir. Sans crier gare, le film révèle ses atours de comédie enlevée et teintée de réalisme social, tout en laissant de côté ce que ce registre peut avoir de sinistre et d’infiniment convenu. A la grisaille de la peinture naturaliste, Marion Vernoux préfère l’emballement burlesque.
Tout s’exécute dans la joie et dans une malice constante que l’on doit pour beaucoup à son couple d’acteurs fringants qui se démènent gracieusement pour donner corps à cette relation : Ana Girardot n’en fait pas trop dans le registre de la femme battante, Nicolas Duvauchelle n’est jamais grotesque lorsqu’il s’agit de jouer un homme intellectuellement diminué et comme retombé en enfance. La cinéaste a, semble-t-il, voulu éliminer toute trace de pathos du logiciel de son film ainsi que toute fausse précaution par rapport à son sujet (le handicap et sa gestion au quotidien). Deux partis pris qui font tout le charme de Bonhomme.

Film français de Marion Vernoux. Avec Ana Girardot, Nicolas Duvauchelle, Béatrice Dalle (1 h 43). Sur le Web : www.ugcdistribution.fr/film/bonhomme



                            


                        

                        

