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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ L’actrice et humoriste joue dans « Doubles vies », d’Olivier Assayas, présenté en sélection officielle.
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Mostra de Venise : les premières de Nora Hamzawi

L’actrice et humoriste joue dans « Doubles vies », d’Olivier Assayas, présenté en sélection officielle.



LE MONDE
 |    01.09.2018 à 09h39
 • Mis à jour le
02.09.2018 à 06h23
    |

            Véronique Cauhapé (Venise, Italie, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

La crainte, même légère, qui l’agitait jeudi 30 août – veille de la présentation à la Mostra de Venise, en sélection officielle, du film d’Olivier Assayas, Doubles vies –, était de ne pas parvenir à fouler le tapis rouge du Palais du cinéma en talons hauts sans avoir l’air ridicule.
Nora Hamzawi est une inquiète, qui doute un peu de tout et surtout d’elle-même. Elle aime aussi en rire. Dès lors, en dehors de ces petits soucis, elle s’employait à goûter, avec une concentration un peu éberluée, au plaisir de se retrouver à Venise : « Je n’arrive pas tout à fait à réaliser, tout est une première pour moi : être à la Mostra, tenir un vrai rôle et, qui plus est, dans le film d’un cinéaste tel qu’Assayas, avec Juliette Binoche, Guillaume Canet et Vincent Macaigne. Je profite à fond mais n’en reviens pas. »
Dans Doubles vies, elle tient le rôle d’une attachée parlementaire en couple avec un écrivain (Vincent Macaigne) qui ne sait pas très bien où il en est dans son travail, dans sa vie sentimentale et, plus généralement, dans cette société où l’on prédit la mort du livre. Des angoisses auxquelles sa compagne répond avec les moyens du bord, à savoir ceux que son caractère agité et bien trempé lui dicte spontanément.
« Authenticité commune »
Dans ce registre de femme qui ne s’en laisse pas trop conter, Nora Hamzawi est impressionnante. Capable de contenir suffisamment l’autorité pour laisser croire à la tendresse qu’elle dissimule. Habile jusque dans sa diction, rapide et rythmée. Comique et troublante, comme par inadvertance. Selon ses dires, elle n’y est pas pour grand-chose. Pas plus qu’Olivier Assayas qui, dit-elle, ne lui a donné ni indication sur son personnage ni directive de jeu.
Nora Hamzawi, actrice : « Olivier [Assayas] est venu me voir sur scène. Il m’a dit : “J’aime bien comment tu parles.” »
Au risque de contredire Nora Hamzawi, il faut saluer le talent dont ces deux-là ont fait preuve pour parvenir...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Le film se découpe en six récits sur l’Ouest américain. Un joyeux ballet où l’humour noir règne en maître, sans esquiver l’émotion.
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Article sélectionné dans La Matinale du 31/08/2018
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« The Ballad of Buster Scruggs », western des frères Coen, présenté à la Mostra de Venise

Le film se découpe en six récits sur l’Ouest américain. Un joyeux ballet où l’humour noir règne en maître, sans esquiver l’émotion.



LE MONDE
 |    31.08.2018 à 21h19
 • Mis à jour le
01.09.2018 à 09h55
    |

            Véronique Cauhapé (Venise (Italie), envoyée spéciale)








                        



   


L’Amérique a créé le western ; l’Italie, le western spaghetti ; Ethan Coen et Joel Coen, leur propre anthologie du genre. Elle se nomme The Ballad of Buster Scruggs, se découpe en six chapitres à travers lesquels sont repris avec une ironie folle, les épisodes, les paysages, les chansons, et les personnages culte dont le cinéma s’est fait la gloire durant plusieurs décennies. Cette longue histoire du western a imprégné la rétine des frères Coen, et les a conduits à ce film, qui a été présenté en compétition officielle, vendredi 31 août, à la Mostra de Venise. Ainsi peuvent-ils dire aujourd’hui que ce long-métrage, ils l’ont au fond commencé, il y a vingt-cinq ans, l’élaborant au fil de brefs récits.

        Lire le compte-rendu :
         

          Comment les frères Coen mènent leurs acteurs



Six récits au total sur l’Ouest américain, différents dans le ton et par les personnages qu’ils mettent en scène (un cow-boy solitaire qui chante, un cul-de-jatte itinérant qui raconte des histoires, un chercheur d’or…), mais unis par une même créativité, qu’elle s’applique aux dialogues ou aux effets visuels et techniques.
The Ballad of Buster Scruggs, c’est un peu Butch Cassidy qui rencontrerait Laurel et Hardy ; John Ford qui croiserait les Marx Brothers ; et Lucky Luke, les frères Coen. En mieux encore. Puisque tout ce joyeux ballet, où l’humour noir règne en maître, n’esquive pas l’émotion.
Film à sketchs revendiqué
Annoncé et conçu au départ comme une minisérie de six heures pour Netflix, The Ballad of Buster Scruggs est donc devenue un film à sketchs de deux heures, comme n’hésitent pas à le qualifier leurs auteurs, en hommage aux longs-métrages italiens des années 1960 auxquels participaient plusieurs réalisateurs. Ce changement de format a été la surprise de la journée à Venise.

        Lire l’analyse :
         

          Netflix en majesté sur le Lido



C’est pourtant bel et bien cette version de deux heures que le public pourra découvrir sur la plate-forme de streaming d’ici à la fin de l’année, aux Etats-Unis et probablement dans la plupart des pays, mais aussi en salles. En France, tout dépendra de sa sortie dans les cinémas – ou pas –, puisque si tel était le cas, le film devrait attendre trois ans avant d’être disponible sur Netflix, conformément à l’actuelle chronologie des médias.

        Lire le reportage :
         

          Alfonso Cuaron, à la Mostra de Venise et sur Netflix



Quant aux six heures de la série qui ont été produites, rien n’a été annoncé sur leur devenir. Pour leur part, Ethan Coen et Joel Coen ont estimé important que Netflix ait accepté la sortie en salles de leur film, afin que le public « puisse le découvrir sur grand écran ». Ajoutant qu’il était important aussi « de bénéficier de sociétés qui financent et fassent des films en dehors des circuits conventionnels ». « Elles contribuent à garder vivant nos créations. Plus il y en a, mieux c’est », a conclu Joel Coen.
« The Ballad of Buster Scruggs », film américain d’Ethan et Joel Coen. Avec Tim Blake Nelson, James Franco, Liam Neeson, Zoe Kazan (2 h 12). En 2018 sur Netflix aux Etats-Unis.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Son film « Roma », produit par Netflix, sera disponible en avant-première sur la plate-forme. Ce choix, qui lui avait valu d’être écarté de Cannes, est revendiqué par le cinéaste.
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Alfonso Cuaron, à la Mostra de Venise et sur Netflix

Son film « Roma », produit par Netflix, sera disponible en avant-première sur la plate-forme. Ce choix, qui lui avait valu d’être écarté de Cannes, est revendiqué par le cinéaste.



LE MONDE
 |    31.08.2018 à 10h01
 • Mis à jour le
31.08.2018 à 15h15
    |

            Véronique Cauhapé (Venise (Italie), envoyée spéciale)








                        



   


Le Mexicain Alfonso Cuaron est venu cette année à Venise avec le film le plus personnel qu’il ait réalisé, loin de l’aventure américaine qu’a été Gravity (2013). Présenté jeudi 30 août à la Mostra dans la sélection officielle du festival, Roma restitue les souvenirs d’enfance du cinéaste, durant l’année 1971 (celle de la répression des étudiants et du divorce de ses parents), dans le quartier Borghèse de Roma, au Mexique. Portrait de famille en noir et blanc autant qu’évocation sans nostalgie, mais sensible, du temps qui passe, des défaillances et des arrangements de la mémoire, Roma est un film magnifique.
Digne d’un Ettore Scola, Alfonso Cuaron redonne vie à ceux qu’il a tant aimés, mère, père, domestiques, nourrice (Cléo, personnage central), frères et sœurs qui, passés au filtre de la mémoire, gagnent une profondeur dont le cinéaste, enfant, n’avait pas eu conscience. « Quand on aime quelqu’un à cet âge-là, on ne met pas en cause la définition qu’il donne de lui-même à travers ses gestes. L’élaboration du film a créé un autre point de vue sur ces personnes, notamment sur Cléo, qui s’est progressivement complexifiée », a souligné Alfonso Cuaron, lors de la conférence qui a suivi la projection du film.

   


Les mères de sa mémoire
Dans Roma, les hommes sont absents. Les femmes font tourner la maison, se relèvent de tout et portent les enfants comme on porte un monde susceptible de disparaître d’un instant à l’autre. Cette vision qu’Alfonso Cuaron avait déjà mise en perspective dans ses précédents films ne relève pas seulement d’une perception enfantine. Soumise à l’introspection, elle se corrige, cette fois, dans la tentative à laquelle s’essaie le cinéaste : redonner leur statut de femme aux mères de sa mémoire.
Roma est le premier des trois films Netflix qui, avec The Ballad of Buster Scruggs, des frères Cohen et Un 22 juillet, de Paul Greengrass, concourra pour le Lion d’or. Même s’il est destiné à être projeté dans des salles de plusieurs pays, il sera avant tout disponible sur la plate-forme de streaming. Ce choix, qui a valu au film d’être écarté de la sélection cannoise, mais ni de Venise ni de Toronto (du 6 au 16 septembre) est revendiqué par Alfonso Cuaron.

   


Il s’en est expliqué, avec fermeté, lors de la conférence. « Bien sûr que les conditions idéales pour un film demeurent le grand écran, a-t-il souligné. Mais je remercie Netflix pour ce cadeau qu’elle nous a fait. Parce qu’il ne faut pas être naïf. Dans un contexte de distribution complexe pour les films exigeants, combien de chances et de possibilités un film comme celui-ci, mexicain, en noir et blanc, a-t-il pour se faire connaître et durer ? Or, il est nécessaire de penser au film à long terme, pour qu’il ait un impact et ne se perde pas. Il s’agit de faire le meilleur film possible et faire en sorte qu’il atteigne le public. » A ceux qui doutaient encore, le cinéaste a enfin eu recours à une question : « Qui, aujourd’hui, dans cette assemblée peut dire qu’il a dernièrement vu un Ozu, un Antonioni ou un Bresson sur grand écran ? » Et la séance fut levée.

Sur le Web : www.labiennale.org/en/cinema/2018/lineup/venezia-75-competition/roma et www.netflix.com/fr/title/80240715



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ L’acteur « conteste absolument toute agression, tout viol », a réagi son avocat, Me Hervé Temime qui a regretté « le caractère public de la procédure ».
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Article sélectionné dans La Matinale du 30/08/2018
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Gérard Depardieu accusé de viols et agressions sexuelles

L’acteur « conteste absolument toute agression, tout viol », a réagi son avocat, Me Hervé Temime qui a regretté « le caractère public de la procédure ».



LE MONDE
 |    30.08.2018 à 18h29
 • Mis à jour le
31.08.2018 à 10h31
   





                        



   


L’acteur Gérard Depardieu est visé par une enquête préliminaire pour « viols et agressions sexuelles », après la plainte d’une jeune femme. Des accusations que le comédien de 69 ans a vigoureusement contestées, par le biais de son avocat, dès leur révélation dans plusieurs médias, jeudi 30 août.
Une plainte a été déposée, lundi 27 août, à la gendarmerie de Lambesc (Bouches-du-Rhône). Le parquet d’Aix-en-Provence n’étant pas compétent géographiquement – les faits se seraient déroulés à Paris –, il s’est dessaisi au ­profit de celui de Paris, lequel a décidé d’ouvrir une enquête préliminaire. Les investigations ont été confiées à la troisième division de la police judiciaire.
L’affaire remonterait au début du mois d’août. Les faits se seraient produits à deux reprises : les 7 et 13 août, la plaignante aurait eu rendez-vous avec l’acteur dans son hôtel particulier du 6e arrondissement de la capitale. Selon Le Parisien, il s’agirait d’une « jeune comédienne et danseuse d’une vingtaine d’années ». Elle aurait été « abusée en marge d’une répétition informelle pour une pièce ». Une source proche du dossier ­citée par l’AFP indique que « la jeune femme était chez sa mère lorsqu’elle s’est sentie mal ». C’est cette dernière qui l’aurait ­incité à déposer plainte.
Démenti de l’acteur
De son côté, l’acteur dément les accusations portées contre lui. Son avocat, Me Hervé Témime, assure : « Gérard Depardieu conteste toute agression, tout viol. » « Il n’a rien à se reprocher et j’attends des médias qu’ils respectent les droits et la dignité de chacun », a-t-il ajouté, regrettant au passage la publicité donnée à cette plainte dont il a, dit-il, été informé par des journalistes « dès le 28 août ».
« J’appelle à la plus grande ­prudence et à la plus grande réserve », insiste-t-il, affirmant être « convaincu que cette plainte ne prospérera pas sur le plan judiciaire ». Selon le magazine Le Film français, Gérard Depardieu, qui dispose de la nationalité russe ­depuis 2013, était en tournage en France, en ce mois d’août, pour le film Fahim de Pierre-François Martin-Laval, retraçant l’histoire d’un jeune champion d’échecs.
L’acteur, monument du cinéma français, devrait incarner à partir de lundi 3 septembre, sur Arte, une série-documentaire sur le Japon, intitulée Gérard de par le monde, dans laquelle il part à la rencontre de geishas à Kyoto et visite des temples à Fukui.
Moins d’un an après les premières révélations de l’affaire Harvey Weinstein, en octobre 2017, du nom de ce producteur américain visé par de nombreuses accusations de violences sexuelles, plusieurs figures du cinéma français ont été visés par des plaintes. En avril, le parquet de Paris a ouvert une enquête pour viol visant l’acteur et metteur en scène Philippe Caubère après le dépôt d’une plainte, le 27 mars, par une ancienne militante Femen qui l’accuse de l’avoir violée en 2010. M. Caubère a alors dénoncé des accusations « surréalistes » et porté plainte à son tour pour diffamation. La police parisienne enquête également, depuis mai, sur une autre plainte pour viol déposée par une actrice et visant le ­réalisateur Luc Besson, qui nie ces accusations.
Dérapages
Ces affaires, portées sur les réseaux sociaux par le mouvement #metoo et, en France, #balancetonporc, se sont étendues bien au-delà du monde du cinéma. Dès le mois d’octobre 2017, dans la foulée du scandale Weinstein, l’intellectuel musulman Tariq Ramadan avait été accusé en France de viols par trois femmes. Il a été mis en examen et est incarcéré depuis le 2 février.
Révélé en 1974 dans Les Valseuses de Bertrand Blier, Gérard Depardieu a interprété de multiples personnages, dont la plupart des grands héros de la littérature nationale, de Cyrano de Bergerac au Jean Valjean des Misérables.
Père de quatre enfants, dont l’acteur Guillaume Depardieu décédé en 2008, il a acquis une immense notoriété internationale au fil de sa carrière, en dépit de ses sorties et de dérapages qui ont parfois défrayé la chronique. Devenu vigneron et entrepreneur dans la gastronomie, également chanteur, il s’est vu accorder la citoyenneté russe en 2013 par le président Vladimir Poutine.

        Lire aussi :
         

                La démesure Depardieu






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Le réalisateur de « La La Land » a ouvert le festival avec « First Man », sur la vie de l’astronaute Neil Armstrong.
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Article sélectionné dans La Matinale du 29/08/2018
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A Venise, Damien Chazelle met la Mostra sur orbite

Le réalisateur de « La La Land » a ouvert le festival avec « First Man », sur la vie de l’astronaute Neil Armstrong.



LE MONDE
 |    30.08.2018 à 06h23
 • Mis à jour le
30.08.2018 à 09h39
    |

            Véronique Cauhapé (Venise (Italie), envoyée spéciale)








                        



   


Bis repetita. Deux ans après avoir ouvert la Mostra avec La La Land (six fois oscarisé quelques mois plus tard), le cinéaste Damien Chazelle a récidivé. First Man, son nouveau film, a été présenté, mercredi 29 août, lors de la soirée inaugurale de la 75e édition du Festival international du cinéma de Venise. A ses côtés, pour son arrivée sur le tapis rouge du Palais du cinéma, Ryan Gosling, Claire Foy et Jason Clarke ont déclenché un déchaînement de cris à faire exploser les tympans.
En 2016, Damien Chazelle était venu dans la cité des Doges avec une comédie musicale qui, derrière la légèreté inhérente au genre, n’en menait pas moins une réflexion sur les illusions du monde hollywoodien. En 2018, il revient avec une aventure spatiale qui prend à contre-pied le grand spectacle en s’attachant au portrait d’un astronaute, Neil Armstrong. Et ce, sur une période très restreinte : de 1961 (quelques mois avant son entrée à la NASA), au 20 juillet 1969, date à laquelle il deviendra le premier homme à poser le pied sur la lune.
Le directeur de la Mostra, Alberto Barbera, n’a en tout cas pas caché sa fierté d’accueillir Damien Chazelle qu’il considère comme un des « plus importants réalisateurs américains d’aujourd’hui », pour un film qu’il juge de surcroît « surprenant par rapport aux autres films épiques de l’époque ».
Parti pris sismique et syncopé
Un autre hommage a animé cette cérémonie d’ouverture ­durant laquelle ont été présentés les jurys des différentes caté­gories (sélection officielle présidée par Guillermo del Toro ; Orizzonti ; Réalité virtuelle…) : celui rendu à la comédienne britannique Vanessa Redgrave, à qui a été remis un Lion d’or pour l’ensemble de sa carrière. Resplendissante et malicieuse, cette dernière, après des remerciements et un hommage rendu à la ­Mostra en italien, a reçu une longue ovation du public. Lequel, après une bonne heure d’introduction et de discours sans surprises sur le cinéma en particulier et l’art en général, a pu voir s’éteindre les étoiles projetées sur les murs et le plafond de la grande salle du Palais, pour se retrouver, sans préambule, plaqué au fond des fauteuils.

   


Le départ fut immédiat. Les premiers plans de First Man transportent le spectateur dans un siège de parc d’attractions à thème où le corps et les sens sont mis à rude épreuve. Images convulsives, floues, imprécises, abstraites, comme déchiquetées, bande-son tonitruante qui vrombit dans le ventre… tout semble déréglé et au bord du chaos. Tout l’est en effet, à bord du vaisseau spatial dans lequel Neil Armstrong (Ryan Gosling) effectue une des premières missions ­habitées du programme Gemini 8 qui tente de réaliser la jonction en orbite entre deux engins.
Cette scène est la première de ce type. Il y en a d’autres dans First Man, légèrement différentes selon les problèmes rencontrés mais toujours éprouvantes, et toujours filmées à l’identique, selon le même parti pris sismique et syncopé. Au point que leur répétition produit un effet laborieux dans lequel le film se fait parfois absorber.
Désir de vérité
Passons, puisqu’elles sont aussi ce qui ponctue, jusqu’à pro­gressivement l’envahir, le quotidien du héros du film, une vie douce, pudique, joyeuse auprès de ses enfants et de sa femme, Janet (Claire Foy, plus largement connue depuis son rôle dans la série The Crown). Cette alternance entre l’intime (aux allures très classiques) et le spectaculaire (que le cinéaste s’attache à pulvériser) permet à Damien Chazelle de maintenir son cap : demeurer proche de son per­sonnage qu’il n’érige pas en surhomme. Au contraire, First Man raconte une aventure humaine, à travers les difficultés, les déboires, les échecs parfois meurtriers, les découragements.

   


Damien Chazelle s’est inspiré de la biographie du même nom de James R. Hansen publiée en 2005 (éd. Simon & Schuster), et a fait appel au scénariste Josh Singer (Pentagon Papers, Spotlight, Le Cinquième Pouvoir, série A la Maison Blanche). De quoi servir ce désir de vérité – cet aspect « reportage », a-t-il même précisé – qu’il sophistique et tempère en même temps par une haute technicité de la réalisation.
Le dosage entre les plages de vie ordinaire et les séquences « fantastiques » n’est pas sans rappeler la patte d’un Steven Spielberg
Quant au dosage entre les plages de vie ordinaire et les séquences « fantastiques » que tisse le film avec maîtrise, il n’est pas sans rappeler la patte d’un Steven Spielberg, par ailleurs producteur exécutif du film. Une référence qui, pour Damien Chazelle, relève plus d’un partage de point de vue et de sensibilité artistique que d’une influence.
Car Chazelle sait faire. Il sait utiliser les genres pour se les approprier, et les amener vers des thèmes qui lui tiennent visiblement à cœur, que l’on retrouve d’un film à l’autre. Parvenir à ses fins, concrétiser ses rêves, devenir quelqu’un, et peut-être même un héros, ne se fait pas sans y laisser des plumes. Comme Neil Armstrong, les personnages principaux de La La Land et de Whiplash, son premier film, en faisaient l’expérience.

Sur le Web : www.labiennale.org/en/cinema/2018/lineup/venezia-75-competition/first-man, fr.universalpictures.com/micro/first-man et www.facebook.com/FirstMan.lefilm



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ La Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, à Paris, organise un cycle de films réalisés ou produits par des femmes.
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Les pionnières retrouvées du cinéma muet

La Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, à Paris, organise un cycle de films réalisés ou produits par des femmes.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 09h14
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

Qui connaît les réalisatrices Alice Guy, Lois Weber, Marie Epstein, Germaine Dulac, l’actrice et productrice Alla Nazimova, la scénariste Renée Deliot, au-delà d’un cercle de cinéphiles ? C’est pour rendre hommage à ces femmes un peu tombées dans l’oubli que la fondation Jérôme Seydoux-Pathé organise à son siège parisien, du 29 août au 25 septembre, un cycle de films intitulé « Les Pionnières du cinéma muet » – qui vient heureusement compléter une exposition consacrée aux « muses » qui ont inspiré les affichistes entre 1930 et 1945 (jusqu’au 13 octobre).
De récents travaux de recherches ont permis de revisiter l’histoire du cinéma. Nombre de femmes ont joué un rôle majeur dans les premières années, entre 1895 et l’arrivée du parlant vers 1930. Certaines d’entre elles ont démarré comme comédiennes, incarnant femmes fatales, femmes-enfants ou épouses dévouées, « assujetties à une perception masculine » lit-on dans le tonique dossier de présentation de ce cycle sur les pionnières. Il était temps de montrer une autre facette.
Les studios d’Alice Guy
L’une des grandes oubliées de l’histoire est sans conteste la réalisatrice Alice Guy (1873-1968). Contemporaine de George Méliès (1861-1938), assistante de Léon Gaumont, elle tourna ses premiers courts-métrages en 1902 et en réalisa plus de 200 pour Gaumont. Partie aux Etats-Unis en 1907 avec son mari, Herbert Blaché, elle y fonda les studios Solax, l’une des grandes maisons de production avant l’émergence des premières stars d’Hollywood dans les années 1910 (Douglas Fairbanks, Mary Pickford, Charlie Chaplin…). Rentrée en France en 1922, elle ne retravailla plus dans le cinéma.

Chargée de la programmation de la fondation, Elvira Shahmiri explique le long travail mené par l’équipe : « Pour repérer les œuvres, nous nous sommes appuyés sur des bases de données, comme celle, très riche, de l’université Columbia, aux Etats-Unis, intitulée Women Film Pioneers Project. Le récent coffret...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Ce portrait d’un jeune prostitué en quête de tendresse est interprété avec intensité par Félix Maritaud.
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« Sauvage » : les émois de Léo, d’un corps à l’autre

Ce portrait d’un jeune prostitué en quête de tendresse est interprété avec intensité par Félix Maritaud.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h40
 • Mis à jour le
29.08.2018 à 07h48
    |

            Véronique Cauhapé








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
La scène d’ouverture de Sauvage agit brutalement. Surprenante et crue, dans son propos comme dans la façon dont elle est mise en scène, elle concentre en quelques minutes ce que le film va s’appliquer à prolonger en l’intensifiant, séquence après séquence. A l’image des étapes par lesquelles est passé le réalisateur, Camille Vidal-Naquet, durant le long travail de terrain qu’il a effectué pour réaliser ce premier long-métrage, descente vertigineuse dans le milieu de la prostitution masculine.

        Lire l’entretien avec Camille Vidal-Naquet :
         

          « Le film est très atténué par rapport à la réalité »



Un travail qui, une fois le contact pris avec des garçons du bois de Boulogne, près de Paris, par l’intermédiaire d’une association, allait l’accaparer durant trois ans, au lieu des quelques nuits prévues. Pas moyen de faire moins, de passer vite sur ces rencontres au gré desquelles s’élaborait le scénario. Sauvage témoigne de cette immersion, dans la restitution hyperréaliste des situations et des faits, caméra à l’épaule, plans rapprochés sur les corps malades et maltraités : des partis pris qui assurent la volonté du réalisateur de transmettre, voire de partager, les effets et les sentiments qui l’ont lui-même agité.
Le passeur de l’histoire s’appelle Léo, 22 ans, gueule de poulbot buté, aux traits cabossés par une vie de chien errant à ingérer du crack et de l’alcool, à bouffer n’importe quoi, à dormir sur les trottoirs ou dans le bois périphérique de la ville où, la journée, il enchaîne les passes. Les clients sont plus ou moins réglos, plus ou moins détraqués. Un homme en fauteuil roulant qui ne parvient plus à l’érection, un couple d’homos qui prennent leur pied à l’humilier, à le contraindre à des pratiques sordides, un « veuf » qui tente de se consoler de la disparition de sa femme dans les bras d’hommes dont il espère de l’affection… se succèdent dans le déroulé indéfini des jours et des nuits de Léo. Lequel encaisse les coups et les violences sans rien laisser paraître de l’impact qu’ils ont sur lui.
Le vide d’un manque d’amour
En cela, il est « sauvage » – ce caractère qui donne son titre au film –, garçon non « élevé », grandi on ne sait où, pas de passé, pas de projet, confronté à la survie par le corps, sans engagement de la pensée et des sentiments. Du moins en apparence. C’est là que Léo trouve sa nuance, décroche notre empathie. Dans cette part inconnue qui laisse paraître, en creux, le vide d’un manque d’amour dont la manifestation surgit par élans à des moments inattendus et rares. Lors d’une visite médicale par exemple, où il pose sa tête sur l’épaule d’une doctoresse. Lors d’une passe où il offre autant au client qu’à lui-même un instant de tendresse.
Dans cette quête, le jeune homme aux allures de sale gosse n’échappe pas à cet obscur objet du désir amoureux que devient pour lui un autre prostitué, Ahd (Eric Bernard), que le tapin pousse le plus clair de son temps dans le lit des hommes mais que l’hétérosexualité fait préférer celui des femmes. Et le conduit à se dérober aux avances du jeune Léo. « Trouve-toi un vieux », lui conseille Ahd.
Le gosse s’en fout. Il continue d’aimer sans retour et de se vendre jusqu’à ce que le corps parvienne au bout de ce qu’il peut supporter. Jusqu’à ce que cette détérioration physique, à l’œuvre durant tout le film, trouve son expression finale dans un plan christique : Léo, en Sébastien martyr, criblé de plaies ensanglantées, soutenu par les bras d’un homme. Un vieux qui prendra soin de lui, lui ouvrira la voie d’une réinsertion possible : la belle énigme du film.
L’incandescence de Félix Maritaud
Présenté à Cannes (Semaine de la critique), Sauvage avait dirigé toute l’attention sur Félix Maritaud, interprète omnipotent du personnage de Léo, à qui il prête son intensité toute personnelle, acquise au long d’une jeune existence qui en rassemble mille (errances, petits boulots, excès circonscrits et rencontres providentielles). Découvert dans 120 battements par minute, de Robin Campillo, le jeune acteur apporte à Sauvage une incandescence qui met l’image à vif et retient le film au bord de l’abîme, sans l’y plonger. A l’inverse de J’embrasse pas, d’André Téchiné (1991), Sauvage ne s’expose à aucune notion de fatalité. Le versant lumineux de Léo – qui, lui, embrasse – servant de bouclier à cet écueil.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          Léo, prostitué en mal d’amour



Pendant le tournage, cette capacité à brûler – « Il est une flamme au milieu des ruines », dit de lui Camille Vidal-Naquet –, cette aptitude au don de soi ont mené Félix Maritaud vers « quelques sorties de rails » qui ont eu pour effet de déstabiliser le réalisateur. « J’ai aimé ce quelque chose que possède Félix et qui ne s’apprivoise pas », confie cependant ce dernier, cette « mise en danger », selon ses propres termes, à laquelle l’acteur l’a soumis. Autant que nous.

        Lire le portrait :
         

          Les corps- à-corps de Félix Maritaud




Film français de Camille Vidal-Naquet. Avec Félix Maritaud, Eric Bernard, Nicolas Dibla (1 h 39). Sur le Web : distrib.pyramidefilms.com/pyramide-distribution-catalogue/sauvage.html

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 29 août)
Burning, film coréen de Lee Chang-dong (à ne pas manquer)De chaque instant, documentaire français de Nicolas Philibert (à ne pas manquer)Sauvage, film français de Camille Vidal-Naquet (à ne pas manquer)Bonhomme, film français de Marion Vernoux (à voir)Guy, film français de et avec Alex Lutz (à voir)Il ou elle, film américain et qatari d’Anahita Ghazvinizadeh (à voir)Sollers Point, film américain et français de Matthew Porterfield (à voir)22 Miles, film américain de Peter Berg (pourquoi pas)Reine d’un été, film allemand de Joya Thome (pourquoi pas)Miracle à Santa Anna (2008), film américain et italien de Spike Lee (inédit)
A l’affiche également :
Braqueurs d’élite, film allemand et français de Steven QualeBreaking In, film américain de James McTeigueKin : le commencement, film américain de Jonathan et Josh Baker





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Le réalisateur de « Sauvage » a passé trois ans comme bénévole dans l’association Aux captifs, la libération.
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Camille Vidal-Naquet : « Le film est très atténué par rapport à la réalité »

Le réalisateur de « Sauvage » a passé trois ans comme bénévole dans l’association Aux captifs, la libération.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h38
 • Mis à jour le
29.08.2018 à 07h41
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

Quatre jours de vacances depuis le Festival de Cannes. Le réalisateur de Sauvage, Camille Vidal-Naquet, 45 ans, enchaîne les projections depuis que son film a été ­dévoilé à la Semaine de la critique – Félix Maritaud, l’acteur principal, a obtenu le Prix Fondation Louis-Roederer de la révélation. Camille Vidal-Naquet raconte la fabrication de son premier long-métrage, après trois années passées sur le terrain de la prostitution masculine.

Comment avez-vous imaginé le personnage de Léo, le jeune prostitué incarné par Félix Maritaud ?
Ce personnage était déjà là dans mes précédents courts-métrages : c’est un jeune homme qui est déconnecté de tout ce qui est matériel – il n’a ni appartement ni téléphone – et qui cherche l’amour absolu. Léo est prêt à mourir par amour, c’est la ligne dramatique du film. J’ai pensé à quelqu’un qui fait des rencontres et vit dans la rue. De là est venue l’idée de la prostitution masculine. Je me suis documenté en lisant des thèses, j’ai eu de longues discussions avec un acteur de films X, Aiden Shaw, qui a grandi à Londres, où il s’est prostitué très jeune. Il avait joué son propre rôle dans mon court-métrage Backstage (2001).

Ensuite, j’ai rencontré l’association Aux captifs, la libération, qui accompagne des personnes ­vivant dans la rue – prostitués, migrants, etc. Et j’y suis resté pendant trois ans. J’étais bénévole, on partait à trois le jeudi soir au bois de Boulogne, à bord de ­notre camionnette où était affichée une carte du monde. J’ai ­découvert plein de choses, je me sentais tout petit devant le courage de certains garçons. L’un d’eux avait fui le Turkménistan, qui est une sorte de dictature.
Qu’avez-vous appris sur la prostitution masculine ?
J’ai surtout appris des choses sur mon pays. Comment fait-on l’amour quand on a plus de 70 ans ? Ou lorsqu’on est handicapé ? Les jeunes prostitués peuvent répondre à ces questions,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Après le Louvre, l’école, et la Maison de la radio, le documentariste a filmé pendant des mois la formation d’élèves infirmières et infirmiers.
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« De chaque instant » : Nicolas Philibert à l’école de la douleur

Après le Louvre, l’école, et la Maison de la radio, le documentariste a filmé pendant des mois la formation d’élèves infirmières et infirmiers.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h36
 • Mis à jour le
29.08.2018 à 16h36
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
De chaque instant commence comme un rituel. Sous la direction d’un homme, des jeunes filles apprennent à se laver les mains selon une procédure très précise, comme si ces ablutions annonçaient une cérémonie. Le noir se fait, un carton apparaît à l’écran : « Que saisir sinon qui s’échappe ? » Le vers du poète Yves Bonnefoy renforce encore la sensation d’avancer dans la découverte d’une liturgie inconnue.
Pourtant, De chaque instant, onzième long-métrage de Nicolas Philibert, ne se préoccupe pas de l’au-delà. La veille permanente qu’évoque le titre est celle que doivent apprendre les élèves infirmières et infirmiers dans le centre de formation de la Croix-Saint-Simon, à Montreuil, où le cinéaste a filmé pendant des mois. Il faut voir dans la solennité qui empreint bien des séquences, dans la division en trois temps du film scandée par les vers de Bonnefoy (« Que voir sinon qui s’obscurcit » puis « Que désirer sinon qui meurt ») comme une célébration du métier qu’apprennent les jeunes gens que l’on voit à l’écran, un appel à les prendre au sérieux, à leur donner dans notre monde l’importance qu’ils y méritent.
Ce titre peut aussi s’interpréter comme un conseil – amical mais ferme – au spectateur. Nicolas Philibert a réalisé un film presque sans personnages : de séquence en séquence, on a parfois le temps de deviner (ou plutôt d’imaginer) une personnalité, mais il ne s’agit pas de dessiner des portraits, ni même de suivre la trajectoire de telle ou tel de ces élèves, simplement de mettre en scène le processus collectif qui fera de ces jeunes des infirmières, des infirmiers.
Ascèse gestuelle
Il est donc divisé en trois actes. Le premier est tout entier consacré à l’apprentissage des gestes et des règles. A ce moment de leurs études, au début de la première année, les élèves suivent des cours, lors desquels on leur révèle les outils, mécaniques, chimiques ou éthiques, de leur métier. Ils s’exercent aussi, sur des volontaires en parfaite santé, sur des mannequins, avec des prothèses, à assimiler puis à perfectionner les gestes qu’ils répéteront des milliers de fois : piqûres, massages, pansements… Le contraste entre les enjeux essentiels de ces mouvements et les outils rudimentaires qui servent à leur apprentissage pourrait avoir quelque chose de burlesque, le réalisateur en fait une espèce d’ascèse gestuelle.
La partie centrale est occupée par les premiers contacts entre les élèves et les patients. C’est la plus intense, mais aussi la plus brève – elle dure moitié moins de temps que les deux autres. C’est peut-être là la seule faiblesse de ce beau film : le déséquilibre entre la réalité de l’hôpital et l’environnement préservé du centre de formation. On retient un moment volé dans le jardin d’un établissement psychiatrique, le désarroi masqué à grand-peine des élèves face à la mort qui approche.
Les paroles des élèves font comme un pont entre les idéaux et les théories de l’école et la réalité du milieu
On en retrouvera certains dans les bureaux des encadrants où ils rendent compte de leur stage. Ce dernier volet est moins gracieux que le premier, moins intense que le second. C’est lui qui donne tout son sens à De chaque instant. Qu’il s’agisse d’un élève de première année qui dit sa satisfaction d’avoir accompagné un malade en fin de vie ou d’une autre en fin d’études qui explique comment son origine l’a conduite à assumer les tâches d’interprétariat, en plus des soins, dans l’établissement où elle faisait son stage, ces paroles font comme un pont entre les idéaux et les théories de l’école et la réalité du milieu.
Après le musée de La Ville Louvre, l’école d’Etre et avoir, la ménagerie de Nénette ou La Maison de la radio, le centre de formation de la Croix-Saint-Simon prend sa place dans l’atlas de Nicolas Philibert, qui recense ces lieux qui sont à la fois des éléments essentiels de notre société et des refuges qui lui permettent (ou devraient lui permettre) de réfléchir sur elle-même, de se donner les règles et les structures qui l’empêcheraient de basculer tout à fait dans la déraison.

Documentaire français de Nicolas Philibert (1 h 45). Sur le Web : www.filmsdulosange.fr/fr/film/246/de-chaque-instant
Huit longs-métrages de Nicolas Philibert ressortiront en salle mercredi 5 septembre : La Ville Louvre (1990) ; Le Pays des sourds (1993) ; Un animal, des animaux (1995) ; La Moindre des choses (1997) ; Etre et avoir (2002) ; Retour en Normandie (2007) ; Nénette (2010) ; La Maison de la radio (2013).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ L’humoriste passe devant et derrière la caméra pour ce faux documentaire sur les années Top 50. A voir.
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« Guy » : Alex Lutz connaît la chanson

L’humoriste passe devant et derrière la caméra pour ce faux documentaire sur les années Top 50. A voir.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h35
 • Mis à jour le
29.08.2018 à 08h56
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Logiquement, la ligue des ­acteurs septuagénaires ­devrait mettre un contrat sur la tête d’Alex Lutz, 40 ans, qui vient leur ôter le pain de la bouche avec une impudente réussite. D’autant qu’il est peu probable que le réalisateur et coscénariste de Guy ait procédé à des auditions pour le rôle-titre de son premier long-métrage, Guy Jamet, 74 ans, chanteur de variétés. Il s’est ­réservé la meilleure part du film.

        Lire l’entretien avec Alex Lutz (dans « M ») :
         

          « Guy, c’est moi dans trente ans »



On trouvera comme circonstance atténuante à ce formidable égoïsme la cohérence d’un geste unique, qui va de l’écriture au jeu d’acteur, en passant par la mise en scène. Il s’agit de restituer le portrait d’un baby-boomeur vu par un enfant de la génération X, en procédant par l’accumulation de détails aussi insignifiants que justes, jusqu’à provoquer le vertige qui vient à la contemplation de certaines toiles hyperréalistes.
Alex Lutz a choisi la voie du faux documentaire. Il ne faut pour autant pas s’attendre à une version Maritie et Gilbert Carpentier du film This Is Spinal Tap, consacré à un groupe de hard-rock imaginaire. Dès les premières séquences, le metteur en scène bouscule les conventions du documentaire parodique, le « mockumentary », en introduisant un élément de fiction. Gautier, le réalisateur de ce portrait filmé d’une vieille idole toujours en activité, explique en voix off qu’il entreprend ce travail pour rencontrer l’homme dont sa mère lui a révélé, avant de mourir, qu’il était son père. Et si l’on veut avancer encore plus dans ce ­palais des glaces, Gautier (qui n’apparaîtra que très tard à l’écran) est joué par Tom Dingler, fils de Cookie, interprète de Femme libérée, numéro un des ventes en 1984.
Stupéfiante précision musicale
Pour revenir à Guy Jamet, c’est encore un bel homme, qui se flatte de n’avoir pas perdu ses cheveux mais dont l’élocution un peu ­empâtée trahit un récent ­accident vasculaire. Il vit dans un cabanon de luxe en Provence avec sa femme Sophie Ravel (Pascale ­Arbillot), actrice de télévision ­férue d’astrologie canine, et ses chevaux (Guy Jamet est d’une ­génération qui dit « ma femme et mes chevaux »). Il vient de réenregistrer ses tubes sur des arrangements vaguement country et sillonne la France avec un orchestre de jeunes gens qui semblent parfois s’ennuyer à jouer sa musique. Là encore, dans la reconstitution minutieuse des styles musicaux, Alex Lutz et ses collaborateurs, les auteurs-compositeurs Vincent Blanchard et Romain Greffe, font preuve d’une précision stupéfiante.
Alex Lutz peut compter sur un entourage hors pair : Nicole Calfan, Elodie Bouchez et Dany
On ne sait ce qu’il faut le plus admirer : la justesse des pastiches, la sobriété avec laquelle Lutz recourt aux documents d’époque – scopitone, extraits d’émissions de variétés – ou, sur un registre plus ambitieux, sa tentative de saisir, avant qu’elle ne disparaisse, une certaine manière d’être un homme. Se ­refusant presque trop systématiquement aux paroxysmes (la relation entre le fils caché et le père se gonfle de non-dits jusqu’à la fin du film), Alex Lutz procède par ­expressions un peu désuètes, par gestes d’un autre temps. Il peut compter aussi sur un entourage hors pair : Nicole Calfan est parfaite en ancienne combattante des guerres du Top 50, attachée de presse d’une fidélité indéfectible. Elodie Bouchez et Dany se partagent le rôle d’Anne-Marie, reine des nuits dans les années 1980 ­devenue entrepreneuse de fitness.
Il faut assortir ces louanges d’un avertissement : le risque de l’hyperréalisme est d’être touché par la contagion des maux dont souffre l’objet représenté. Et si l’on s’est ennuyé d’innombrables ­samedis soirs devant les émissions de variétés du service ­public, si l’on redoute de voir la ­télévision allumée le dimanche après-midi lors d’une visite familiale (Michel Drucker tient ici son propre rôle), il faudra surmonter ces phobies pour profiter de l’intelligence diabolique de Guy.

        Lire aussi la critique du spectacle :
         

          Alex Lutz observe ces drôles d’animaux que sont les humains




Film français de et avec Alex Lutz. Avec Tom Dingler, Pascale Arbillot, Elodie Bouchez, Dany, Nicole Calfan (1 h 41). Sur le Web : fr-fr.facebook.com/ApolloDistrib et materiel.apollo-films.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Le réalisateur Matthew Porterfield explore le quartier afro-américain d’une ville aux multiples plaies sociales.
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« Sollers Point » : un visage sombre de Baltimore

Le réalisateur Matthew Porterfield explore le quartier afro-américain d’une ville aux multiples plaies sociales.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h33
 • Mis à jour le
29.08.2018 à 07h58
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
A première vue, tout porte à croire que Sollers Point, quatrième long-métrage de l’Américain Matthew Porterfield, né en en 1977 et affilié à la scène indépendante, ne brillera pas par son originalité. On se retrouve en effet face à un énième « portrait à fleur de peau », celui d’un jeune proscrit, aspirant à « un nouveau départ », mais vite « rattrapé par son passé ». Un sillon inlassablement tracé par le cinéma indépendant, qui a souvent trouvé dans les personnages de marginaux et de déshérités autant de contre-modèles prêts à l’emploi. Pourtant, le film se révèle tout autre : Porterfield parvient à transcender un sujet rebattu en l’ouvrant à une géographie complexe, à la fois urbaine et affective, qui contourne les lieux communs et les passages obligés.
Sollers Point est un quartier afro-américain de Baltimore, qui fut depuis le début du XXe siècle un important foyer ouvrier de sidérurgie
Sollers Point est un quartier afro-américain de Baltimore, qui fut depuis le début du XXe siècle un important foyer ouvrier de sidérurgie, avant que la désindustrialisation des années 1970-1980 ne vienne ravager l’emploi et semer l’éventail de plaies sociales qui s’ensuivent. C’est là que vit Keith (McCaul Lombardi), un peu plus de 20 ans, dans la maison de son père, Carol (Jim Belushi), l’un des rares foyers blancs du voisinage. Keith sort de prison et tourne en rond, bracelet électronique autour de la cheville, en attendant de pouvoir enfin mettre le nez dehors.
Quand ce jour arrive, un gang de blancs suprémacistes, auprès duquel il avait trouvé protection durant son incarcération, vient le cueillir à sa porte. Keith les rejette et fait la tournée de ses relations d’antan : sa sœur, ses grands-parents, ses ex-petites amies, ses voisins, un ami d’enfance devenu rappeur à succès… Il enchaîne les petits boulots, tente de suivre une formation de technicien climatiseur, mais retrouve toujours le gang sur sa route, prêt à en découdre. Peu à peu, il renoue avec certains de ses vieux démons : l’alcool, les boîtes de strip-tease et cette rage qu’on sent bouillir en lui, rejaillissant parfois en bouffées autodestructrices.
Registre descriptif
A la pente tragique attendue, le film privilégie une approche « horizontale » bien plus surprenante. En effet, Porterfield vise moins à retracer un processus social qu’à révéler le paysage qui entoure son protagoniste (tensions raciales, chômage, ravages de la drogue, jeunesse en déshérence…) et à parcourir ainsi le réseau des relations qui le définissent ou l’emprisonnent. Le cinéaste adopte un registre essentiellement descriptif, laissant affleurer le passif de son personnage par bribes, par allusions, par conversations, comme celles, superbes, avec sa grand-mère aimante ou un chef de gang halluciné. Si le film commence dans la maison familiale, perçue comme un univers clos et étroit, c’est pour s’élancer ensuite par cercles concentriques vers l’extérieur, dans l’exploration d’un quartier dont chaque strate contient une trace de l’existence passée de Keith, retracée en pointillé.
La géographie urbaine s’inscrit à l’écran comme une singulière « archéologie de la violence »
Le véritable objet de la mise en scène est donc la topographie de ce quartier, et plus largement celle de Baltimore, ville dont Matthew Porterfield est originaire et sur laquelle il conclut ici une trilogie, commencée avec Putty Hill (2010) et I Used to Be Darker (2013). En emboîtant les allées et venues de son protagoniste, il dresse un inventaire poétique d’espaces, d’installations urbaines – avenues, ponts, habitations, carrefours, arrêts de bus –, avec un travail du cadre d’inspiration photographique (signé du chef opérateur Shabier Kirchner).
Le corps à la fois robuste et dynamique de McCaul Lombardi, l’interprète de Keith – nouveau visage aperçu dans American Honey (2016), d’Andrea Arnold –, circule dans ces espaces qui semblent se refermer sur lui par le vide et l’inertie. La géographie urbaine s’inscrit alors à l’écran comme une singulière « archéologie de la violence » qui contient aussi, à chaque coin de rue, autant d’échappatoires pour prendre la tangente.



Film américain et français de Matthew Porterfield. Avec McCaul Lombardi, James Belushi, Zazie Beetz, Imani Hakim (1 h 41). Sur le Web : jhrfilms.com/sollers-point-baltimore



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ L’acteur interprète un tueur d’élite dans le film d’action au rythme frénétique de Peter Berg.
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« 22 Miles » : Mark Wahlberg, agent secret à l’ère Trump

L’acteur interprète un tueur d’élite dans le film d’action au rythme frénétique de Peter Berg.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h31
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Les couples doivent faire des efforts pour ne pas s’enfoncer dans la routine. Peter Berg, réalisateur, et Mark Wahlberg, acteur, cherchent le dépaysement. En cinq ans de vie commune, ils sont allés en Afghanistan (Du sang et des larmes), dans le golfe du Mexique (Deepwater), le Massachusetts (Traque à Boston). Le monde tel qu’il est ne suffisant pas, les voici en Indocarr, contrée qui se distingue d’ores et déjà dans l’histoire du film d’espionnage – puisque c’est de cela qu’il s’agit – comme la détentrice du toponyme le plus ridicule.
Il n’est pas besoin d’avoir vécu très longtemps pour savoir qu’on ne voyage jamais qu’avec ses problèmes. En Indocarr comme ailleurs, Berg et Wahlberg trimballent leur goût pour la violence et la destruction, pour les tôles tordues et les chairs déchirées par des projectiles à haute vélocité. De ce point de vue, 22 Miles ne les aidera pas à sortir de l’ornière. Pourtant, ce film compact, frénétique, qui passe d’une séquence à l’autre de la concision chirurgicale à l’incohérence, révèle une texture intrigante, faite de reflets fugaces du temps présent et des signes visibles des circonstances de sa production.
La capitale de l’Indocarr est « interprétée » par Bogota, cité latino-américaine
On rencontre James Silva (Wahlberg) dans le jardin d’une villa, quelque part dans une banlieue américaine. A l’intérieur, ses collègues procèdent à la neutralisation d’un groupe russophone. Tous sont téléguidés depuis un local suréquipé par un coordinateur machiavélique (John Malkovich, coiffé d’une brosse rouquine). On comprend que ces gens-là agissent pour le compte de la plus grande démocratie du monde (dont quelques plans empruntés aux chaînes d’info en continu rappellent par qui elle est aujourd’hui dirigée) : ils sont en mesure de pénétrer dans toutes les intimités, électroniquement et physiquement, ils ont l’autorisation de tuer, et en usent largement.
Après qu’un montage nous a éclairés sur l’itinéraire de Silva, gamin surdoué et hyperactif, repéré par le gouvernement qui, plutôt que de lui prescrire de la Ritaline, en a fait un tueur d’élite, on retrouve le groupe, qui compte aussi dans ses rangs une mère (Lauren Cohan) désespérée de devoir sacrifier l’anniversaire de sa fille à une séance de torture dans les locaux de l’ambassade des Etats-Unis en Indocarr. L’Indocarr est un pays fascinant. D’abord à cause de son nom, qui lui a été probablement donné à la demande des financiers chinois de la production, soucieux de ne pas s’aliéner un allié, en l’occurrence l’Indonésie (on apprend que nous sommes en Asie du Sud-Est). Ensuite, parce que sa capitale est « interprétée » par Bogota, cité latino-américaine.
Absurdité intermittente
L’Indocarr est dirigé par des gens corrompus, que dénonce un transfuge, Li Noor (Iwo Ukais, star de la série des films d’action The Raid). Poursuivi par les autorités de son pays, détenteur d’un code qui permettra de retrouver des matériaux fissiles en balade, Li Noor doit être exfiltré par Silva et son équipe jusqu’à une piste d’atterrissage, distante de 22 miles de l’ambassade. Ce qui permet de parcourir – et de ravager – différents voisinages de cette ville hybride.
Pendant le trajet, les personnages ne parlent qu’en hurlant et en s’insultant. Mark Wahlberg parvient très bien à faire croire à l’hyperactivité de son personnage (un peu moins à son QI), Lauren Cohan donne à tous les conjoints traversant une rupture difficile une leçon en matière d’extériorisation des émotions (bien sûr, elle a l’avantage de disposer d’armes de gros calibre) ; seul Iwo Ukais ne se départ jamais d’un calme olympien. On ne voit d’ailleurs pas pourquoi un garçon capable de tuer deux hommes armés alors qu’il est menotté à une table d’opération s’énerverait.
On peut attribuer l’absurdité intermittente du scénario à la désinvolture des auteurs, qui semblent espérer que, assourdi par le fracas des armes et des véhicules qui se carambolent, le spectateur passera sur des lacunes grosses comme le Ritz. Reste que l’amertume de la conclusion de 22 Miles, l’esthétique résolument sinistre du film et la volonté délibérée – par le biais d’images d’actualité, d’expressions empruntées au langage contemporain de la politique (collusion, compromission…) de l’inscrire dans le cours du temps en font un spectacle épuisant et inquiétant.

Film américain de Peter Berg. Avec Mark Wahlberg, Lauren Cohan, Iwo Ukais, John Malkovich (1 h 34). Sur le Web : www.metrofilms.com/films/mile-22



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Dans le film de Marion Vernoux, Ana Girardot et Nicolas Duvauchelle incarnent gracieusement un jeune couple dont la vie bascule après un accident de voiture.
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« Bonhomme » : le handicap montré sans pathos

Dans le film de Marion Vernoux, Ana Girardot et Nicolas Duvauchelle incarnent gracieusement un jeune couple dont la vie bascule après un accident de voiture.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h30
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Piotr et Marilyn, couple énergique et plein de charme, habitent la banlieue lilloise. Ils s’aiment, et chacun travaille comme vendeur dans des magasins d’usine en zone périurbaine. Tandis qu’ils se rendent à une fête, leur vie va être bouleversée par un accident de voiture : Marilyn en sort indemne, Piotr se cogne violemment la tête contre le pare-brise et tombe quelques jours dans le coma.
A son réveil, c’est tout le quotidien qu’il faut réinventer : Piotr est très diminué par son traumatisme crânien, a perdu quelques facultés cognitives et sa libido devient incontrôlable. Tant bien que mal, Marilyn s’occupe de lui tout en tentant de joindre les deux bouts.
Comédie teintée de réalisme social
Si Bonhomme observe le quotidien d’un jeune couple bouleversé par un drame qu’il doit surmonter, le scénario amorce insensiblement une série de virages qui emmène le récit très loin de ce qu’on pouvait prévoir. Sans crier gare, le film révèle ses atours de comédie enlevée et teintée de réalisme social, tout en laissant de côté ce que ce registre peut avoir de sinistre et d’infiniment convenu. A la grisaille de la peinture naturaliste, Marion Vernoux préfère l’emballement burlesque.
Tout s’exécute dans la joie et dans une malice constante que l’on doit pour beaucoup à son couple d’acteurs fringants qui se démènent gracieusement pour donner corps à cette relation : Ana Girardot n’en fait pas trop dans le registre de la femme battante, Nicolas Duvauchelle n’est jamais grotesque lorsqu’il s’agit de jouer un homme intellectuellement diminué et comme retombé en enfance. La cinéaste a, semble-t-il, voulu éliminer toute trace de pathos du logiciel de son film ainsi que toute fausse précaution par rapport à son sujet (le handicap et sa gestion au quotidien). Deux partis pris qui font tout le charme de Bonhomme.

Film français de Marion Vernoux. Avec Ana Girardot, Nicolas Duvauchelle, Béatrice Dalle (1 h 43). Sur le Web : www.ugcdistribution.fr/film/bonhomme



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Le film d’Anahita Ghazvinizadeh est la photographie subtile d’une famille américaine confrontée à la transition sexuelle d’un de ses enfants.
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« Il ou elle » : transgenre, pas de quoi en faire un drame

Le film d’Anahita Ghazvinizadeh est la photographie subtile d’une famille américaine confrontée à la transition sexuelle d’un de ses enfants.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h29
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Sur ce sujet à fort potentiel dramaturgique qu’est la transidentité, surtout à l’âge délicat de l’adolescence, la réalisatrice iranienne Anahita Ghazvinizadeh a choisi la voie périlleuse du (presque) non-récit. Son premier long-métrage, Il ou elle, se situe le temps d’un week-end dans une maison familiale en banlieue de Chicago. Il y a J., un adolescent né garçon qui se demande s’il veut devenir fille. Il a pris un traitement réversible qui bloque la puberté, ce qui lui donne un peu de temps pour faire son choix. Ses parents s’absentent et sa grande sœur Lauren (Nicole Coffineau) vient s’occuper de lui avec son compagnon Araz (Koohyar Hosseini), d’origine iranienne. Lauren est artiste et cherche sa place, tandis que son ami est d’une certaine manière en transit. Tous les trois sont en suspension et c’est ce moment de fragilité que la réalisatrice choisit de capter, banalisant, au bon sens du terme, l’enjeu de la transition sexuelle. Celle-ci est un moment de construction.
L’air de rien, Il ou elle est politiquement subversif. D’ailleurs, on ne dit pas « il » ou « elle » pour désigner J. (he ou she en anglais) mais they, un neutre pluriel utilisé dans les pays anglo-saxons. Cinématographiquement, Il ou elle est un film délicat comme le poème que se récite intérieurement J. Dans la vraie vie, le jeune acteur qui joue J., Rhys Fehrenbacher, suit le chemin inverse de son personnage : il est né fille et se projette comme garçon. Il a accepté le rôle comme un défi.
Apparences changeantes
On ne peut s’empêcher de confronter Il ou elle à un autre premier long-métrage sur le même sujet, Girl, du Flamand Lukas Dhont (qui sortira en salle le 10 octobre). Multiprimé lors de la 71e édition du Festival de Cannes – Caméra d’or, prix d’interprétation de la section Un certain regard pour le comédien Victor Polster, Queer Palm, prix Fipresci des critiques internationaux – Girl est bâti sur un scénario de choc. Un adolescent en pleine transition, Lara, 15 ans, visage d’ange et silhouette longiligne de ballerine, doit réussir le concours d’entrée dans un corps de ballet. Girl carbure au suspense quand Il ou elle se révèle chimiquement comme une photographie. Une photo de famille où chacun essaie d’avancer dans sa vie à un instant précis.

        Lire la critique :
         

          Avec « Girl », oubliez le garçon




        Lire le compte-rendu :
         

          « Girl », de Lukas Dhont, récompensé par la Queer Palm à Cannes



La réalisatrice iranienne a mis du temps à assembler les pièces de ce puzzle. Née à Téhéran en 1989, elle a étudié les beaux-arts en Iran ainsi qu’à l’université d’art de Chicago. Elle a suivi des ateliers de cinéma animés par Abbas Kiarostami, lesquels vont marquer, explique-t-elle, son cinéma. Elle a réalisé une trilogie de « courts » qui explorent l’univers de l’enfance, parmi lesquels Needle (2013) – premier prix de la Cinéfondation à Cannes en 2013 – où il est question d’une jeune fille qui veut se faire percer les oreilles. En filmant J. et ses apparences changeantes, au gré de ses humeurs, Anahita Ghazvinizadeh montre l’espace-temps de l’enfance comme un moment d’incertitude autorisé.

        Lire l’analyse :
         

          Les films « queer » se sont imposés sur la Croisette




Film américain et qatari d’Anahita Ghazvinizadeh. Avec Rhys Fehrenbacher, Koohyar Hosseini et Nicole Coffineau (1 h 20). Sur le Web : www.optimale-distribution.fr/movie/they, www.luxboxfilms.com/they et www.festival-cannes.com/fr/films/they



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Le premier long-métrage de Joya Thome mêle aventures enfantines et apprentissage du cinéma.
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« Reine d’un été » : jouer et s’ennuyer dans le Brandebourg

Le premier long-métrage de Joya Thome mêle aventures enfantines et apprentissage du cinéma.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h27
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Au moment où il faut remettre les enfants sur le chemin de l’école, on peut éventuellement leur proposer cette excursion dans le Brandebourg, sur les pas de Léa, une petite fille qui tarde à entrer dans l’adolescence pendant que ses camarades passent ce cap. Rebutée par les nouveaux hobbies de ses amies – reluquer les garçons, se préoccuper de sa mise –, Léa décide de tout faire pour se joindre à une bande de gars qui tente désespérément de trouver un peu d’aventure dans la campagne est-allemande.
Ennui palpable
Pour ce premier long-métrage, Joya Thome (fille de Rudolf Thome, lui-même cinéaste de renom) tente de mêler les figures classiques de la fiction enfantine et un apprentissage du cinéma. Les enfants essaient d’empêcher la maire du village d’expulser un sympathique marginal de sa ferme, ils s’imaginent que le chef des pompiers est un criminel. Les stratagèmes qu’ils mettent au point se retournent généralement contre eux, et le suspense retombe vite, ménageant de longues plages contemplatives.
La réalisatrice s’attache à extraire un peu de beauté de ces paysages ordinaires, à laisser filer le temps afin que l’ennui de ses personnages devienne palpable pour les jeunes spectateurs. Cette leçon aurait sans doute mieux porté si les personnages avaient été plus qu’esquissés, si les rebondissements du scénario n’avaient été aussi convenus. Heureusement, la brièveté du film compense en partie ces lacunes.

Film allemand de Joya Thome. Avec Lisa Moell, Denny Moritz Sonnenschein, Salim Fazzani (1 h 07). Sur le Web : www.lesfilmsdupreau.com/prog.php?code=rde



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Chaque mercredi dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
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Article sélectionné dans La Matinale du 28/08/2018
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Des jeunes gens incandescents, une vieille étoile qui s’éteint : notre sélection cinéma

Chaque mercredi dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 06h26
 • Mis à jour le
30.08.2018 à 10h35
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Il y a comme un parfum d’automne dans ce soudain afflux de films présentés à Cannes (Burning, Guy et Sauvage) auxquels viennent se joindre le nouveau long-métrage de l’un des meilleurs documentaristes français, Nicolas Philibert, et un surprenant film indépendant américain. Les affaires reprennent, encore faut-il que les spectateurs reprennent le chemin des salles, qui sont restées bien vides cet été. Il y a au moins cinq bonnes raisons de le faire cette semaine.
« Burning » : trio incandescent dans une Corée de cendres

Lee Chang-dong, qui est resté huit ans sans tourner, depuis Poetry, signe avec Burning son film le plus abstrait, le plus étrange, le plus surprenant. Le plus beau aussi. Pour autant, il n’a rien lâché de cette acuité de regard qui fait de chacun de ses films une protestation cruelle contre les formes sourdes de barbarie qui caractérisent la société libérale avancée.
L’affaire se joue ici sur les braises d’un triolisme désynchronisé, entre une fille et deux garçons. La fille se nomme Haemi. Déliée, maniérée, fiévreuse. On la trouve au début du film en pom-pom girl aguichant les passants à l’entrée d’une galerie commerciale. C’est là qu’elle rencontre Jongsu, aussi jeune qu’elle, grand garçon de peu de mots à l’air perdu, cachant sous ses silences une sensibilité à fleur de peau.
Elle part pour plusieurs semaines en voyage en Afrique. A son retour, tandis qu’il l’attend à l’aéroport, une nouvelle donne se profile brutalement. Accompagnée d’un jeune homme désinvolte qui porte beau et qu’elle vient de rencontrer dans l’avion, Haemi choisit de repartir avec ce dernier, en Porsche Carrera, plutôt que dans l’utilitaire rouillé et délabré de Jongsu, qui s’incline sans broncher.
La beauté déchirante du film tient ici au sentiment soudain de la contiguïté entre ce qui unit et sépare les êtres. Le même constat nourrit la colère contre l’iniquité sociale, le règne des apparences, la société du simulacre. Autant de motifs qui font aussi de Burning un brûlot social, le film le plus inspirant de la rentrée. Jacques Mandelbaum
« Burning », film coréen de Lee Chang-dong. Avec Yoo Ah-in, Steven Yeun, Jeon Jong-seo (2 h 28).
La Cinémathèque française consacre une rétrospective à Lee Chang-dong, jusqu’au 2 septembre. Le réalisateur donnera une leçon de cinéma, toujours à la Cinémathèque, samedi 1er septembre après la projection de « Poetry » à 14 h 30.
« De chaque instant » : à l’école de la douleur

Même s’il ressemble parfois à l’étude d’une religion – les ablutions filmées lors de la première séquence, les gestes refaits sans fin comme pour un rituel –, le onzième long-métrage de Nicolas Philibert ne se préoccupe pas de l’au-delà. La veille permanente qu’évoque le titre est celle que doivent apprendre les élèves infirmières et infirmiers dans un centre de formation de l’hôpital de la Croix Saint-Simon, où le cinéaste a filmé pendant des mois.
Il faut voir dans la solennité qui empreint bien des séquences, dans la division en trois temps du film scandée par les vers de Bonnefoy (« que voir sinon qui s’obscurcit » puis « que désirer sinon qui meurt ») comme une célébration du métier qu’apprennent les jeunes gens que l’on voit à l’écran, un appel à les prendre au sérieux, à leur donner dans notre monde l’importance qu’ils y méritent.
Ce titre peut aussi s’interpréter comme un conseil – amical mais ferme – au spectateur. Philibert a réalisé un film presque sans personnages : de séquence en séquence, on a parfois le temps de deviner (ou plutôt d’imaginer) une personnalité, mais il ne s’agit pas de dessiner des portraits, ni même de suivre la trajectoire de telle ou tel de ces élèves, simplement de mettre en scène le processus collectif qui fera d’eux des infirmières, des infirmiers.
Après le musée de La Ville Louvre, l’école d’Etre et avoir, la ménagerie de Nénette ou La Maison de la radio, le centre de formation de la Croix Saint-Simon prend sa place dans l’atlas de Nicolas Philibert, qui recense ces lieux qui sont à la fois des éléments essentiels de notre société et des refuges qui lui permettent (ou devraient lui permettre) de réfléchir sur elle-même, de se donner les règles et les structures qui l’empêcheraient de basculer tout à fait dans la déraison. Thomas Sotinel
« De chaque instant », documentaire français de Nicolas Philibert (1 h 45).
Huit longs-métrages de Nicolas Philibert ressortiront en salle le 5 septembre : « La Ville Louvre » (1990), « Le Pays des sourds » (1993), « Un animal, des animaux » (1995), « La Moindre des choses » (1997), « Etre et avoir » (2002), « Retour en Normandie » (2007), « Nénette » (2010), « La Maison de la radio » (2013).
« Sauvage » : Léo, à corps perdu

Ce premier long-métrage de Camille Vidal-Naquet, descente vertigineuse dans le milieu de la prostitution masculine, résulte d’un travail de plusieurs mois, auprès des garçons du bois de Boulogne. Pas moyen de faire moins, de passer vite sur ces rencontres au gré desquelles s’élaborait le scénario. Sauvage témoigne de cette immersion, dans la restitution hyperréaliste des situations et des faits, caméra à l’épaule, plans rapprochés sur les corps malades et maltraités : des partis pris qui assurent la volonté du réalisateur de transmettre, voire de partager, les effets et les sentiments qui l’ont lui-même agité.
Le passeur de l’histoire s’appelle Léo, 22 ans, gueule cabossée par une vie de chien errant ingérant du crack et de l’alcool, bouffant n’importe quoi, dormant sur les trottoirs ou dans le bois périphérique de la ville où, la journée, il enchaîne les passes.
Présenté à Cannes (Semaine de la critique), Sauvage avait dirigé toute l’attention sur Félix Maritaud. Le jeune acteur apporte à Sauvage une incandescence qui met l’image à vif et retient le film au bord de l’abîme, sans l’y plonger. A l’inverse de J’embrasse pas, d’André Téchiné (1991), Sauvage ne s’expose à aucune notion de fatalité. Le versant lumineux de Léo – qui, lui, embrasse – servant de bouclier à cet écueil. Véronique Cauhapé
« Sauvage », film français de Camille Vidal-Naquet. Avec Félix Maritaud, Eric Bernard, Nicolas Diblas (1 h 39).
« Guy » : le crépuscule d’une étoile

Logiquement, la ligue des acteurs septuagénaires devrait mettre un contrat sur la tête d’Alex Lutz, 40 ans, qui vient leur ôter le pain de la bouche avec une impudente réussite. D’autant qu’il est peu probable que le réalisateur et coscénariste de Guy ait procédé à des auditions pour le rôle-titre de son premier long-métrage, Guy Jamet, 74 ans, un chanteur de variétés françaises. On trouvera toutefois comme circonstance atténuante à ce formidable égoïsme la cohérence d’un geste unique, qui va de l’écriture au jeu d’acteur, en passant par la mise en scène.
Guy Jamet est encore bel homme ; il se flatte de n’avoir pas perdu ses cheveux mais son l’élocution un peu empâtée trahit un récent accident vasculaire. Il vit dans un cabanon de luxe en Provence avec sa femme, Sophie Ravel (Pascale Arbillot), actrice de télévision férue d’astrologie canine, et ses chevaux. Il vient de réenregistrer les tubes inégalement répartis sur un demi-siècle de carrière sur des arrangements vaguement country et sillonne la France avec un orchestre de jeunes gens qui semblent parfois s’ennuyer à jouer sa musique.
On ne sait ce qu’il faut le plus admirer : la justesse des pastiches, la sobriété avec laquelle Lutz recourt aux documents d’époque – scopitone, extraits d’émissions de variétés – ou, sur un registre plus ambitieux, sa tentative de saisir, avant qu’elle ne disparaisse, une certaine manière d’être un homme. T. S.
« Guy », film français de et avec Alex Lutz. Avec Tom Dingler, Pascale Arbillot, Elodie Bouchez, Dany, Nicole Calfan (1 h 41). Découvrez nos codes promo Amazon sur les DVD & Blu-Ray.
« Sollers Point » : Baltimore, l’archéologie de la violence

Tout d’abord, on a peur de se retrouver face à un énième « portrait à fleur de peau », celui d’un jeune proscrit, aspirant à « un nouveau départ », mais vite « rattrapé par son passé », comme le cinéma indépendant américain en a tant produit. Pourtant, le film se révèle tout autre : Matthew Porterfield parvient à transcender un sujet rebattu en l’ouvrant à une géographie complexe, à la fois urbaine et affective, qui contourne les lieux communs et les passages obligés.
Sollers Point ne désigne pas autre chose qu’un lieu. Un quartier afro-américain de Baltimore, ravagé par la désindustrialisation, où revient un jeune homme à sa sortie de prison. A la pente tragique attendue, le film privilégie une approche « horizontale » plus surprenante. Le véritable objet de la mise en scène est donc la topographie de ce quartier et, plus largement, celle de Baltimore, ville dont Matthew Porterfield est originaire et sur laquelle il conclut ici une trilogie, commencée avec Putty Hill (2010) et I Used to Be Darker (2013).
En emboîtant les allées et venues de son protagoniste, il dresse un inventaire poétique d’espaces, d’installations urbaines – avenues, ponts, habitations, carrefours, arrêts de bus. La géographie urbaine s’inscrit alors à l’écran comme une singulière « archéologie de la violence » qui contient aussi, à chaque coin de rue, autant d’échappatoires pour prendre la tangente. Mathieu Macheret
« Sollers Point », film américain et français de Matthew Porterfield. Avec McCaul Lombardi, Jim Belushi, Zazie Beetz (1 h 41).

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 29 août)
Burning, film coréen de Lee Chang-dong (à ne pas manquer)De chaque instant, documentaire français de Nicolas Philibert (à ne pas manquer)Sauvage, film français de Camille Vidal-Naquet (à ne pas manquer)Bonhomme, film français de Marion Vernoux (à voir)Guy, film français de et avec Alex Lutz (à voir)Il ou elle, film américain et qatari d’Anahita Ghazvinizadeh (à voir)Sollers Point, film américain et français de Matthew Porterfield (à voir)22 Miles, film américain de Peter Berg (pourquoi pas)Reine d’un été, film allemand de Joya Thome (pourquoi pas)Miracle à Santa Anna (2008), film américain et italien de Spike Lee (inédit)
A l’affiche également :
Braqueurs d’élite, film allemand et français de Steven QualeBreaking In, film américain de James McTeigueKin : le commencement, film américain de Jonathan et Josh Baker





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Le réalisateur sud-coréen explique la genèse de « Burning » et son choix d’un lieu de tournage proche de la frontière.
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Lee Chang-dong : « La partition de la Corée est tapie au fond de notre vie »

Le réalisateur sud-coréen explique la genèse de « Burning » et son choix d’un lieu de tournage proche de la frontière.



LE MONDE
 |    28.08.2018 à 07h46
 • Mis à jour le
28.08.2018 à 16h56
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

Lee Chang-dong, 64 ans, a laissé passer huit années entre Poetry, présenté à Cannes en 2010, et Burning. Le réalisateur n’a jamais été prolifique : Burning n’est que son sixième long-métrage depuis Green Fish, en 1997. Les cinq ans séparant ­Oasis (2002) et Secret Sunshine (2007) avaient en partie été occupés par deux ans comme ministre de la culture de Corée du Sud.

Reste-t-on un cinéaste lors de périodes où l’on s’arrête aussi longtemps de faire des films ?
C’est comme les écrivains : même quand ils ne font rien, ils continuent d’écrire. J’ai passé beaucoup de temps à penser au film que je ferai, c’est comme ça que c’est passé si vite.
Qu’est-ce qui fait qu’un film existera ?
J’ai du mal à me convaincre moi-même. C’est de l’ordre des sensations physiques, ce ne sont pas des arguments.
Dans le cas de « Burning », quel rôle la nouvelle de Murakami dont est inspiré le scénario a-t-elle joué dans le projet ?
La chaîne japonaise NHK m’a contacté pour me demander si je voulais adapter une nouvelle de Murakami, n’importe laquelle. J’ai refusé tout en trouvant que c’était une bonne idée. J’ai recommandé un jeune réalisateur, et je devais être producteur. Le projet n’a pas abouti, mais un jour ma scénariste, Oh Jung-mi, m’a parlé de cette nouvelle, parce qu’elle rejoignait le thème de la colère du monde contemporain autour duquel nous tournions.
On y voit aussi un tableau de la Corée aujourd’hui. Etait-ce pour vous le moment de mettre ­en scène les changements intervenus depuis votre dernier film ?
J’ai voulu montrer ce qui a changé pour les jeunes. En Corée comme ailleurs, leur vie est de plus en plus difficile. Il y a la question de la précarité, ils ont aussi perdu de leur dynamisme par rapport aux générations précédentes. Ils savent que quelque chose ne va pas dans ce...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Lee Chang-dong signe son film le plus abstrait, le plus beau, le plus surprenant, entre thriller et brûlot social.
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Article sélectionné dans La Matinale du 27/08/2018
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« Burning » : trio brûlant dans une Corée de cendres

Lee Chang-dong signe son film le plus abstrait, le plus beau, le plus surprenant, entre thriller et brûlot social.



LE MONDE
 |    28.08.2018 à 06h04
 • Mis à jour le
29.08.2018 à 07h46
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Enfin Burning ! Sixième long-métrage du Coréen Lee Chang-dong et Palme d’or du dernier Festival de Cannes. Du moins la palme qu’un certain nombre de festivaliers avaient intensément espérée et vainement augurée. A-t-elle moins de valeur que la vraie (Une affaire de famille, du Japonais Hirokazu Kore-eda) ? Rien n’est prouvé. Un jury et un palmarès plus propice à l’engagement social qu’à la sorcellerie esthétique auront simplement privilégié un certain type d’œuvres contre d’autres.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          « Burning », la brûlure de l’imaginaire



L’ironie du sort veut que Lee Chang-dong, grand nom du cinéma coréen, soit l’auteur d’une œuvre qui n’a jamais reculé devant la critique politique et sociale. Il signe simplement avec Burning son film le plus abstrait, le plus étrange, le plus surprenant. Le plus beau aussi. Pour autant, il n’a rien lâché de cette acuité de regard qui fait de chacun de ses films une protestation cruelle contre les formes sourdes de barbarie qui caractérisent la société libérale avancée. Exaltation du narcissisme. Extension du domaine de l’indifférence. Effondrement des croyances et de la morale.

        Lire l’entretien avec Lee Chang-dong :
         

          « La partition de la Corée est tapie au fond de notre vie »



A bien y regarder, chaque film de Lee Chang-dong produit un corps qui se met en travers du système, au risque de la mort. L’affaire se joue ici sur les braises d’un triolisme désynchronisé, entre une fille et deux garçons. La fille se nomme Haemi. Déliée, maniérée, fiévreuse. La candeur de la jeunesse alliée aux ravages du sex-appeal. On la trouve au début du film en pom-pom girl aguichant les passants à l’entrée d’une galerie commerciale. C’est là qu’elle rencontre Jongsu, aussi jeune qu’elle, grand garçon de peu de mots à l’air perdu, cachant sous ses silences une sensibilité à fleur de peau. C’est elle qui l’a reconnu. Ils allaient à l’école ensemble et il la trouvait « moche ».
Mélancolie stuporeuse
Elle prend des cours de mime, veut devenir actrice. Il est fils de paysan, livreur, aspirant-écrivain. Ils se revoient, se désirent, se possèdent. Leur étreinte est de courte durée. Elle part pour plusieurs semaines en voyage en Afrique, lui laisse les clés de son appartement et le soin de nourrir un chat qui ne se montrera jamais. Dans son attente, il dort dans ses draps – lesquels, comme dit la chanson, s’en souviennent. A son retour, tandis qu’il l’attend à l’aéroport, une nouvelle donne se profile brutalement. Accompagnée d’un jeune homme désinvolte qui porte beau et qu’elle vient de rencontrer dans l’avion, Haemi choisit de repartir avec ce dernier, en Porsche Carrera, plutôt que dans l’utilitaire rouillé et délabré de Jongsu, qui s’incline sans broncher.
S’ouvre une période indécise, au cours de laquelle les trois jeunes gens se fréquentent, sans que Jongsu, subissant avec stoïcisme l’insupportable suffisance de Ben, puisse déterminer avec certitude les motivations de la jeune fille ni son implication dans la relation qu’elle mène avec ce dernier. A l’étape suivante, Haemi ne se contente plus d’être un mystère, elle devient une absence. Disparue, corps et biens. Jongsu, plongé dans une sorte de mélancolie stuporeuse coupée à la froide rage intérieure, se met à suivre Ben comme son ombre pour tenter de savoir où se trouve la jeune fille.

   


Arrêtons ici la description de ce récit aussi envoûtant qu’il est déroutant. Tous ceux qui n’exigent pas d’une œuvre d’art des réponses à tout prix devraient se laisser séduire par son indécidabilité. Le chat de Haemi existe-t-il ? Haemi elle-même a-t-elle vraiment disparu ? Ben, le Gatsby coréen, fait-il brûler des serres par pur désœuvrement ou bluffe-t-il pour impressionner Jongsu et le tourner en dérision ? Le désir de meurtre qui monte en ce dernier s’accomplit-il ou est-il la première pierre du roman qu’il se promet d’écrire ?
Un ton de fin du jour
Il est peut-être moins important de trancher que de se laisser saisir par l’atmosphère – climatique et morale, c’est tout un – qui prévaut dans le film. Un ton de fin du jour, une exténuation des passions, une lumière déclinante, un étouffement existentiel baignent Burning. Du tableau émanent d’inconcevables beautés, comme cette scène dans le jardin de Jongsu, enveloppée par la plainte de Miles Davis, où la jeune fille dénudée danse pour les deux garçons silencieux, leurs silhouettes se découpant dans le crépuscule qui tombe sur les contreforts séparant à l’horizon les deux Corées.
Ce déchirement de la beauté tient ici au sentiment soudain de la contiguïté entre ce qui unit et sépare les êtres. Le même constat nourrit, à bas bruit mais continûment, la colère contre l’iniquité sociale, le règne des apparences, la société du simulacre. La chirurgie esthétique de Haemi, chrysalide devenue papillon, sa passion du mime et de l’illusion, son artificieuse évanescence, l’arrogance et la désinvolture de classe de Ben, la révolte et la violence du père de Jongsu, jugé et condamné pour avoir frappé un fonctionnaire. Autant de motifs qui font aussi de Burning un brûlot social.
Achevons le propos en établissant une courte cartographie esthétique qui renseignera le lecteur sur les coordonnées du film. Deux écrivains d’abord, Haruki Murakami pour l’ambiguïté du réel, William Faulkner pour la rage existentielle et sociale. Le film est adapté d’une nouvelle de l’écrivain japonais intitulée Les Granges brûlées (1983), elle-même inspirée de Barn Burning (L’Incendiaire, 1939) de son confrère américain. On y ajoutera deux films. L’Avventura (1960), de Michelangelo Antonioni, pour la brutale et mystérieuse disparition de la femme et de l’amante non moins que pour le vertige narratif et moral qui s’ensuit. Ascenseur pour l’échafaud (1958), de Louis Malle, pour le thème musical de Miles Davis, et pour l’errance crépusculaire qu’il accompagne dans un thriller tombé en panne. Nous voilà ainsi à peu près parés pour le plus film le plus inspirant de la rentrée.

Film coréen de Lee Chang-dong. Avec Yoo Ah-in, Steven Yeun, Jeon Jong-seo (2 h 28). Sur le Web : diaphana.fr/film/burning
La Cinémathèque française consacre une rétrospective à Lee Chang-dong, jusqu’au 2 septembre. Le film Burning est projeté en avant-première mardi 28 août à 20 heures en présence du réalisateur qui donnera une leçon de cinéma, toujours à la Cinémathèque, samedi 1er septembre, après la projection de Poetry à 14 h 30.

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 29 août)
Burning, film coréen de Lee Chang-dong (à ne pas manquer)De chaque instant, documentaire français de Nicolas Philibert (à ne pas manquer)Sauvage, film français de Camille Vidal-Naquet (à ne pas manquer)Bonhomme, film français de Marion Vernoux (à voir)Guy, film français de et avec Alex Lutz (à voir)Il ou elle, film américain et qatari d’Anahita Ghazvinizadeh (à voir)Sollers Point, film américain et français de Matthew Porterfield (à voir)22 Miles, film américain de Peter Berg (pourquoi pas)Reine d’un été, film allemand de Joya Thome (pourquoi pas)Miracle à Santa Anna (2008), film américain et italien de Spike Lee (inédit)
A l’affiche également :
Braqueurs d’élite, film allemand et français de Steven QualeBreaking In, film américain de James McTeigueKin : le commencement, film américain de Jonathan et Josh Baker





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Au Festival du film francophone d’Angoulême, le réalisateur d’« Un sac de billes » et de « La Drôlesse » et le jeune directeur de casting de ces films devenu directeur de la manifestation ont présenté les films de Doillon consacrés à l’enfance.
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Dominique Besnehard et Jacques Doillon retombent en enfance

Au Festival du film francophone d’Angoulême, le réalisateur d’« Un sac de billes » et de « La Drôlesse » et le jeune directeur de casting de ces films devenu directeur de la manifestation ont présenté les films de Doillon consacrés à l’enfance.



LE MONDE
 |    25.08.2018 à 17h53
 • Mis à jour le
27.08.2018 à 09h27
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

Dans le programme du Festival d’Angoulême, il y a toujours une trace d’autoportrait, celui de son cofondateur, Dominique Besnehard. Cette année, elle a pris la forme d’une rétrospective que le Festival du film francophone a consacrée à Jacques Doillon, en sa présence. C’est aux côtés du réalisateur de La Fille prodigue et de Rodin que le futur agent et producteur a fait ses premiers pas, en tant que stagiaire, sur un plateau de cinéma, celui d’Un sac de billes, en 1975, première adaptation du roman de Joseph Joffo qui suit la fuite de deux enfants juifs à travers la France occupée.
« Dominique a trouvé l’aîné des deux frères, j’ai trouvé le cadet », se souvient Doillon. Quelques décennies plus tard, les deux hommes ont décidé de programmer à Angoulême les films de Doillon dans lesquels jouent des enfants ou des adolescents : Un sac de billes, La Drôlesse, La Vie de famille, Le Petit Criminel, Ponette et Raja. Les deux premiers ont bénéficié des talents naissants de directeur de casting de Dominique Besnehard.

Ecouter le cinéaste, désormais septuagénaire, et le directeur de festival se remémorer ces deux tournages ramène à une façon de faire du cinéma aujourd’hui disparue. François Truffaut avait imposé Jacques Doillon à Claude Berri, producteur d’Un sac de billes, et le jeune metteur en scène, qui n’avait à son actif que L’An 01 et Les Doigts dans la tête, avait imposé « un, la liberté d’adaptation, ce qui [lui] a valu quelques conflits avec Joffo ; deux, le choix des deux enfants ». Il avait aussi engagé comme stagiaire ce jeune élève du conservatoire de la rue Blanche tombé en admiration devant Les Doigts dans la tête.
Force vitale
Dominique Besnehard ayant dépassé, pendant le tournage d’Un sac de billes, le domaine de compétence habituellement dévolu aux stagiaires, il a été...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ Le Festival du film francophone propose, aux côtés d’avant-premières fédératrices, un programme audacieux.
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Article sélectionné dans La Matinale du 25/08/2018
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A Angoulême, la comédie a la fibre sociale

Le Festival du film francophone propose, aux côtés d’avant-premières fédératrices, un programme audacieux.



LE MONDE
 |    25.08.2018 à 17h47
 • Mis à jour le
27.08.2018 à 11h34
    |

                            Thomas Sotinel (Angoulême)








                        



   


Pour le dixième anniversaire et la onzième édition du Festival du film francophone d’Angoulême, du 21 au 26 août, ses aînés, les festivals de Venise et de Toronto, lui ont rendu l’hommage de leur jalousie. Organisées respectivement une et deux semaines plus tard, les manifestations italienne et canadienne ont exigé des sociétés de vente internationales, des distributeurs et des producteurs français qu’ils choisissent de dévoiler leurs films sur les bords de la Charente, sur ceux de la lagune de Venise ou du lac Ontario. C’est ainsi que Mademoiselle de Joncquières, marivaudage cruel d’Emmanuel Mouret avec Cécile de France, ne sera pas projeté à Angoulême, comme initialement prévu, puisqu’il a été retenu dans la section « Platform » à Toronto.

        Lire aussi :
         

                Dominique Besnehard et Jacques Doillon retombent en enfance



Le choix n’opère pas toujours en défaveur du festival fondé, en 2008, par Dominique Besnehard et Marie-France Brière : plutôt que de répondre à la sollicitation d’une section parallèle vénitienne, l’équipe de Tout ce qu’il me reste de la révolution, premier long-métrage de Judith Davis, est venue accompagner son film, présenté en compétition.
Du rire pour atténuer les larmes
Celle-ci, qui rassemble dix films francophones, dont cinq français, forme la face audacieuse de ce festival-Janus. Le visage fédérateur est celui que présente un solide menu de quatorze avant-premières, de Voyez comme on danse, de Michel Blanc, avec Jean-Paul Rouve (qui présentait, en tant que réalisateur, Lola et ses frères), à I Feel Good, de Benoît Delépine et Gustave Kervern, avec Jean Dujardin et Yolande Moreau. C’est le public, qui, à presque toutes les séances, remplit les salles jusqu’au dernier fauteuil et se charge de faire la jonction, passant sans heurt (mais pas toujours avec le même enthousiasme) du boulevard contemporain aux premiers films d’auteur.
En se faisant festivalier boulimique (il n’y en a pas d’autre à Angoulême), il était impossible de ne pas remarquer une coïncidence si insistante qu’elle pouvait être qualifiée de tendance. Au fil des avant-premières, on a vu dans trois comédies trois actrices, Yolande Moreau dans I Feel Good, Noémie Lvovsky dans Les Invisibles, de Louis-Julien Petit, et Agnès Jaoui dans Les Bonnes Intentions, de Gilles Legrand, prendre des rôles de femmes qui traversaient une crise personnelle en empruntant la voie du bénévolat. Ces figures occupent des places très différentes de film en film, et les cinéastes ne les utilisent pas sur le même registre. Reste que les trois longs-métrages avaient en commun de recourir au comique pour atténuer la douleur lancinante et incurable de la question « Que faire » ?

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                Dominique Besnehard : « On ne rend pas magnifique qui n’a pas de talent »



On passera rapidement sur la réponse qu’apportent Delépine et Kervern. I Feel Good sort en salle dès le 26 septembre, et l’on découvrira l’affrontement (symboliquement) fratricide entre un garçon (Jean Dujardin) qui importe brutalement ses rêves de réussite entrepreneuriale dans une communauté Emmaüs animée par sa sœur (Yolande Moreau). Il suffit d’avoir vu un seul des films réalisés par le duo (Le Grand Soir, avec Poelvoorde et Dupontel, apocalypse dans la grande distribution, par exemple) pour savoir de quel côté leur cœur penche. L’innovation pour Kervern et Delépine réside ici dans l’exploration semi-documentaire de la communauté, dont les membres sont filmés avec attention, sans jamais empiéter sur le domaine des comédiens professionnels, la fiction.
Ancrage dans la réalité
Louis-Julien Petit a, lui, tenté d’effacer cette frontière. Il a demandé à des femmes sans domicile de jouer dans Les Invisibles, inspiré du travail documentaire de la photographe et réalisatrice Claire Lajeunie. La fiction n’a rien de documentaire – l’équipe d’un centre d’accueil de jour (Audrey Lamy, Corinne Masiero, Noémie Lvovsky, Déborah Lukumuena) passe dans la clandestinité après la destruction d’un campement de femmes SDF –, mais les corps et les visages des utilisatrices du centre rappellent sans relâche à la réalité sur laquelle repose cette comédie. Ce sont elles qui font oublier les facilités du récit, qui convainquent de la justesse du propos. Les Invisibles sortira en salle le 9 janvier 2019.
C’est peut-être cet ancrage qui manque aux Bonnes Intentions, de Gilles Legrand, portrait d’Isabelle (Agnès Jaoui), professeure d’alphabétisation, défenseuse de la veuve, de l’orphelin et du réfugié, mais épouse insatisfaite et insatisfaisante, mère absente. Elle est trop longtemps tournée en ridicule pour que l’on croie à la justesse de ses intentions, même si, in extremis, scénariste (la dramaturge Léonore Confino) et réalisateur œuvrent frénétiquement à sa rédemption (sortie le 21 novembre).
On retrouve cette obsession de l’échec politique et social dans Tout ce qu’il me reste de la révolution. Mais Angèle (Judith Davis, qui s’est confié le rôle principal), l’héroïne de cette comédie romantique post-marxiste, n’a vécu que par procuration les échecs de ses aînés. Angèle traverse la vie et la ville avec la mine d’une jeune femme en colère. Elle a ses raisons : architecte, elle n’arrive pas à être rémunérée pour son travail ; fille d’un couple militant défait par l’histoire, elle a pris le parti de Papa (Simon Bakhouche), qui vit dans le ressassement des grandes heures de la révolution qui a failli venir, contre maman (Mireille Perrier), qui a déserté pour la campagne.
Le film est une promenade gaie et sensuelle dans un paysage dévasté, à l’image de cette entrée de ville (la porte de Montreuil, à Paris), à laquelle Angèle rêve de redonner un aspect compatible avec la vie en société. Au fil des séquences, on croise un cadre en burn-out, un instituteur amoureux, une sculptrice au bord de la compromission… Ces incidents, ces rencontres pourraient n’être qu’une collection de choses vues, Judith Davis les assemble en une mosaïque d’une étonnante profondeur de champ. A l’applaudimètre angoumois, Tout ce qu’il me reste de la révolution a fait jeu égal avec les comédies les plus attendues.




                            


                        

                        

