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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Des personnalités de tous horizons racontent une chanson qui a marqué leur vie. Parcourez en musique l’intégralité de la série d’été parue dans « Le Monde » du 16 juillet au 19 août.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Pour son premier roman, « Asymétrie », l’écrivaine américaine s’est inspirée de son aventure avec Philip Roth, il y a près de vingt ans. En hommage à celui qui a encouragé sa vocation littéraire.
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Lisa Halliday : « Juste une histoire d’amour »

Pour son premier roman, « Asymétrie », l’écrivaine américaine s’est inspirée de son aventure avec Philip Roth, il y a près de vingt ans. En hommage à celui qui a encouragé sa vocation littéraire.



LE MONDE
 |    02.09.2018 à 09h00
    |

                            Florence Noiville








                        


                                                        
Bien sûr que c’est lui, Ezra Blazer. Bien sûr que le « grantécrivain » américain décrit par Lisa Halliday dans son premier roman – cet homme au répertoire de blagues juives intarissable, ce séducteur impénitent appelant toujours en numéro masqué, cet inconditionnel de Bach et des Red Sox avec un dos en capilotade… – n’est autre que Philip Roth himself. « Toute la première partie du livre est inspirée par la relation amoureuse que nous avons eue il y a dix-huit ans », confirme Lisa Halliday, de passage à Paris, en juin, pour la sortie de son livre. Mais alors, pourquoi l’avoir fait naître à Pittsburgh et non à Newark ? Pourquoi l’avoir rebaptisé Blazer ? « Oh… parce qu’il faut toujours une dose de fiction pour rendre la réalité plus réelle. Si l’on y regarde de près, mon personnage est un amalgame. De vérité et d’imagination. Mais il en va toujours ainsi dans l’écriture, n’est-ce pas ? Autobiographie et invention intriquées. Philip savait ça mieux que personne. »
Rencontre du père de Portnoy
« Philip… » Elle a dit ça d’une voix douce, tout en tortillant une mèche de cheveux autour de son index. Blonde, frêle, timide presque. On comprend qu’un incurable womanizer comme Roth n’ait pas résisté. Elle a grandi dans la petite ville de Medfield (Massachusetts). Son père était mécanicien et sa mère couturière. Ils ont divorcé quand elle avait 5 ans. « Ma mère s’est remariée et a monté une société d’extermination de nuisibles qu’elle dirige toujours », explique Halliday qui, bonne élève et grande lectrice, fut « la première de [sa] famille immédiate à fréquenter l’université ». Tout juste sortie d’Harvard, elle entre chez Wylie, l’agent littéraire des stars de la plume. C’est là qu’elle commence à écrire. « Le matin, le soir, le week-end… Il était rare que j’arrive au bout d’un texte qui me satisfasse. Sauf “Stump Louie”, une nouvelle sur un joueur de piano timide qu’a publiée la Paris...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ « Le Monde » interroge une personnalité sur un moment décisif de son existence. Cette semaine, le comédien Jacques Weber, inoubliable Cyrano, évoque ses rencontres avec sa femme, « une chance inouïe », et Pierre Brasseur, « essentielle ».
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Article sélectionné dans La Matinale du 01/09/2018
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Jacques Weber : « Je suis marqué au fer rouge par l’éducation nationale »

« Le Monde » interroge une personnalité sur un moment décisif de son existence. Cette semaine, le comédien Jacques Weber, inoubliable Cyrano, évoque ses rencontres avec sa femme, « une chance inouïe », et Pierre Brasseur, « essentielle ».



LE MONDE
 |    02.09.2018 à 06h25
 • Mis à jour le
02.09.2018 à 15h32
    |

            Sandrine Blanchard








                        



                                


                            JE NE SERAIS PAS ARRIVÉ LÀ SI…
Comédien et metteur en scène, Jacques Weber interprétera, à partir du 14 septembre, Orgon dans Le Tartuffe de Molière, mis en scène par Peter Stein au Théâtre de la Porte Saint-Martin, à Paris. En cette rentrée, il signe également la mise en scène de La Musica Deuxième, une pièce de Marguerite Duras, qui réunira Grégory Gadebois et Stéphane Caillard au Théâtre du Petit Saint-Martin à partir du 25 septembre.
Je ne serais pas arrivé là si…
Si je ne devais pas tant à mes parents, aussi bien dans le silence assez méprisant de mon père que dans la suraffection de ma mère. C’étaient des gens extrêmement cultivés, qui avaient un sens de la famille très important. Mon grand frère, philosophe de nature puis de profession, a aussi considérablement compté. Il m’a sans doute complexé, inhibé, mais en même temps fasciné.
Votre père était un scientifique…
C’était un homme extrêmement puissant intellectuellement, grand physicien, puis chimiste. Je me souviendrai toute ma vie des discussions qu’il avait avec mon frère, sur, par exemple, la mécanique quantique. J’étais abasourdi. Même si je ne comprenais pas tout, cela ravigotait mon esprit. Quant à ma mère, elle était une ménagère au sens génial du terme, la mère de famille comme la voit Marguerite Duras dans La Vie matérielle : celle qui crée, qui tient la famille, qui en est la reine.
Comment le théâtre arrive-t-il dans votre vie ?
En classe de sixième, j’étais fou amoureux d’une vieille professeure de français, Mme Pierre, et de sa manière de parler des fables de La Fontaine. Puis j’ai eu mon premier coup de foudre au théâtre : j’avais une dizaine d’années, ma grand-mère m’a emmené à une représentation de L’Avare à la Comédie-Française. J’ai été électrocuté, bouleversé par l’arrivée en majesté, à la fin du spectacle, du deus ex machina. Quand je suis rentré chez...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Le rappeur de Détroit a publié dans la nuit du 31 août un dixième album, « Kamikaze », aussi bon et méchant que ses premiers classiques.
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Eminem de retour aux affaires

Le rappeur de Détroit a publié dans la nuit du 31 août un dixième album, « Kamikaze », aussi bon et méchant que ses premiers classiques.



LE MONDE
 |    01.09.2018 à 18h36
 • Mis à jour le
02.09.2018 à 06h24
    |

                            Stéphanie Binet








                        



   


Enfin, revoilà Eminem, au mieux de sa forme, en tout cas comme on l’aime : corrosif, abrasif, technique, drôle et méchant.
Dans la nuit du 31 août, le rappeur de Detroit (Michigan) a publié son dixième album, Kamikaze, sur les plateformes d’écoute en ligne sans prévenir, pratique courante pour la majorité des artistes de hip-hop américain. Son précédent album, Revival, publié plus traditionnellement le 15 décembre 2017, avait été une énorme déception : des featurings prestigieux sur le papier (Beyonce, Alicia Keys, Ed Sheeran…) à ses côtés mais sans grand intérêt, des productions pop-rock délavées et des samples grossiers.

        Lire aussi :
         

                Eminem revient avec un pop-rock délavé



Pour ces treize nouveaux morceaux, Eminem a corrigé sa copie et n’a pas fait appel aux réalisateurs du précédent – pas de Rick Rubin ou d’Alex Da Kid –, mais il a sollicité des producteurs comme Mike Will Made-it, compositeur du Humble de Kendrick Lamar, Illadaproducer (Chief Kief, Fat Joe) ou bien encore deux jeunes beat-makers qui ont travaillé sur le dernier album de Drake, Scorpion.
Une ode à l’art de rimer
Même ses invités ne sont plus du même acabit. A part son fidèle ami, Royce Da 5’9”, qui avait travaillé avec lui sur le film 8 mile (2002) de Curtis Hanson, Eminem a fait appel à la jeune génération et à des artistes moins connus : le remarquable Lucas Joyner, sur le décapant Lucky You, et la chanteuse canadienne Jessie Reyez, sur le diptyque Nice Guy/Good Guy. Pour donner le ton de son disque, le rappeur détourne la pochette du classique des Beastie Boys, groupe punk-rap new-yorkais, Licensed to Ill.

   


Sur les trois premiers morceaux, The Ringer, Greatest et Lucky You, ses raps d’une technicité et d’une intensité rares sont non seulement une ode à l’art de rimer, mais aussi une réponse cinglante à tous ceux qui ont pu critiquer son Revival (critiques musicaux, fans ou concurrents…).
Sur The Ringer, il explique ne pas comprendre ces critiques en pleine gloire du mumble rap, un genre dont les représentants Lil Yatchy, Lil Pump ou Lil Xan marmonnent souvent des textes incompréhensibles. Ces derniers se font d’ailleurs tailler en pièce dans ce morceau où à l’inverse, il encense Kendrick Lamar, J.Cole et Big Sean. Seuls ces rappeurs ont grâce à ses yeux, les autres « MCs » sont irrécupérables.
Jargon homophobe
Et il y va de sa petite remarque au vitriol sur le groupe sud-africain Die Antwoord, sur le Californien Tyler The Creator, ou il ne peut encore s’empêcher d’utiliser un jargon homophobe. Tout le monde quasiment y passe, sauf Kendrick Lamar, dont il pique avec déférence une ou deux punchlines.
Quand dans un interlude, la voix de son manager, Paul Rosenberg, lui fait remarquer que ce n’est pas forcément une bonne idée d’écrire un album entier pour répondre aux critiques du précédent, Eminem revient sur un autre sujet qui le hante depuis des années : les femmes de sa vie. Sa mère et son ex, Kim, étant passées de mode, alors ce sont les nouvelles petites amies qui prennent : « Mais pourquoi vous ne pouvez pas être normales ? », demande-t-il sur un sample de Little Dragon, Seconds, avant de souhaiter plus loin dans la chanson Nice Guy que « son cœur soit percuté par un semi-remorque. » Pas de doute Eminem est de retour.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ L’animateur de télévision, chargé d’une mission sur le patrimoine, déplore les assouplissements de la loi ÉLAN en matière d’architecture.
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Patrimoine : Stéphane Bern refuse d’être un « cache-misère » et menace de démissionner

L’animateur de télévision, chargé d’une mission sur le patrimoine, déplore les assouplissements de la loi ÉLAN en matière d’architecture.



LE MONDE
 |    01.09.2018 à 11h11
 • Mis à jour le
01.09.2018 à 14h58
   





                        



   


L’animateur de télévision Stéphane Bern a menacé de quitter à la fin de l’année la mission sur le patrimoine que lui a confiée Emmanuel Macron s’il estimait n’être qu’un « cache-misère » ou un « pantin ».
Dans un entretien publié samedi 1er septembre par les journaux du groupe Ebra (Le Progrès, Le Bien public, Les DNA...), Stéphane Bern évoque « du bon et du moins bon » dans sa mission destinée à aider le patrimoine local en péril. Il se dit « satisfait d’avoir réveillé l’intérêt des Français pour cette cause » et de l’organisation du loto du patrimoine du 14 septembre et du lancement d’un jeu à gratter, qui devraient permettre de récolter 15 à 20 millions d’euros.

        La chronique :
         

          Patrimoine : « Stéphane Bern galope tel le chevalier inconscient face à une armada de problèmes »



« Si tout cela n’est qu’un effet d’annonce, je partirai »
Mais il insiste surtout sur ses frustrations. « J’entends qu’on est prêt à mobiliser 450 millions d’euros pour rénover le Grand Palais à Paris. Et pendant ce temps, on me laisse me décarcasser pour trouver 20 millions d’euros pour le patrimoine vernaculaire des petits villages. » Il attend la fin de l’année pour faire le bilan de l’opération et assure :
« Si tout cela n’est qu’un effet d’annonce, je partirai. Je ne veux pas être un cache-misère. »
L’animateur a également refusé d’« être associé » à une politique « en défaveur du patrimoine », faisant référence en particulier à la loi sur l’évolution du logement, de l’aménagement et du numérique (ÉLAN) qui, selon lui, permettra « de détruire des quartiers entiers, protégés, sous prétexte qu’ils sont vétustes et dégradés » et qui assouplit les règles de rénovation en rendant les avis des Bâtiments de France non contraignants.

        Lire un entretien publié en février 2018 :
         

          Stéphane Bern : « J’ai le rôle de poil à gratter »



L’Elysée assure que « ses propos ont été mal compris »
Quelques jours après la démission fracassante du ministre de la transition énergétique, Nicolas Hulot, lui aussi ancien animateur de télévision, l’Elysée minimise les déclarations de Stéphane Bern, selon BFM-TV : « Ses propos ont été mal compris, Il voulait alerter et sensibiliser sur le patrimoine. Il fait sur ce sujet un formidable travail et a été soutenu par un véritable engagement du président de la République. »
La veille, la ministre de la culture avait aussi assuré de son engagement pour la préservation du patrimoine : « Le ministère pilote six mille opérations de restauration chaque année, pour préserver notre patrimoine riche de quarante-quatre mille monuments historiques, ce n’est pas exactement ce qu’on peut appeler de la misère », a déclaré Françoise Nyssen, évoquant une augmentation de 5 %  du budget consacré à ce sujet, soit « 326 millions d’euros chaque année ».

        Le portrait :
         

          Stéphane Bern, un M. Patrimoine « républicain »... et « monarchiste »






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ L’actrice et humoriste joue dans « Doubles vies », d’Olivier Assayas, présenté en sélection officielle.
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Mostra de Venise : les premières de Nora Hamzawi

L’actrice et humoriste joue dans « Doubles vies », d’Olivier Assayas, présenté en sélection officielle.



LE MONDE
 |    01.09.2018 à 09h39
 • Mis à jour le
02.09.2018 à 06h23
    |

            Véronique Cauhapé (Venise, Italie, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

La crainte, même légère, qui l’agitait jeudi 30 août – veille de la présentation à la Mostra de Venise, en sélection officielle, du film d’Olivier Assayas, Doubles vies –, était de ne pas parvenir à fouler le tapis rouge du Palais du cinéma en talons hauts sans avoir l’air ridicule.
Nora Hamzawi est une inquiète, qui doute un peu de tout et surtout d’elle-même. Elle aime aussi en rire. Dès lors, en dehors de ces petits soucis, elle s’employait à goûter, avec une concentration un peu éberluée, au plaisir de se retrouver à Venise : « Je n’arrive pas tout à fait à réaliser, tout est une première pour moi : être à la Mostra, tenir un vrai rôle et, qui plus est, dans le film d’un cinéaste tel qu’Assayas, avec Juliette Binoche, Guillaume Canet et Vincent Macaigne. Je profite à fond mais n’en reviens pas. »
Dans Doubles vies, elle tient le rôle d’une attachée parlementaire en couple avec un écrivain (Vincent Macaigne) qui ne sait pas très bien où il en est dans son travail, dans sa vie sentimentale et, plus généralement, dans cette société où l’on prédit la mort du livre. Des angoisses auxquelles sa compagne répond avec les moyens du bord, à savoir ceux que son caractère agité et bien trempé lui dicte spontanément.
« Authenticité commune »
Dans ce registre de femme qui ne s’en laisse pas trop conter, Nora Hamzawi est impressionnante. Capable de contenir suffisamment l’autorité pour laisser croire à la tendresse qu’elle dissimule. Habile jusque dans sa diction, rapide et rythmée. Comique et troublante, comme par inadvertance. Selon ses dires, elle n’y est pas pour grand-chose. Pas plus qu’Olivier Assayas qui, dit-elle, ne lui a donné ni indication sur son personnage ni directive de jeu.
Nora Hamzawi, actrice : « Olivier [Assayas] est venu me voir sur scène. Il m’a dit : “J’aime bien comment tu parles.” »
Au risque de contredire Nora Hamzawi, il faut saluer le talent dont ces deux-là ont fait preuve pour parvenir...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Dans son livre « L’Angle mort », le médiologue questionne notre rapport à la mort, aux défunts et au divin.
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L’invitation de Régis Debray à réinventer les communions humaines

Dans son livre « L’Angle mort », le médiologue questionne notre rapport à la mort, aux défunts et au divin.



LE MONDE
 |    01.09.2018 à 09h00
    |

Nicolas Truong







                        



                                


                            
Le terrorisme djihadiste ensanglante notre quotidien mais questionne notre rapport à la mort, aux défunts et au divin. Car par-delà l’effroi, et sa morbide récurrence (près de 5 000 attentats-suicides commis dans le monde entre 1990 et 2015), l’énigme demeure : « Qu’est-ce qui peut pousser au XXIe siècle un homme ou une femme à se faire exploser en tuant autour d’eux un maximum de civils auxquels ils ne peuvent rien reprocher de particulier ? », se demande l’écrivain Régis Debray, qui a voulu comprendre – contre ceux qui estiment qu’expliquer, c’est déjà excuser.
Bien sûr, l’exclusion et la ségrégation, sans oublier la « fascination médiatique » ou « le ressac néocolonial » sont des facteurs aggravants. Mais, ce serait se tromper de focale que de pointer ses seules explications sociales. Et surtout faire du spirituel un « angle mort », alors qu’il préside souvent à la décision finale, comme en témoigne le testament de Mohammed Atta, l’un des kamikazes du 11 septembre 2001, qui détaille longuement le rituel de ses funérailles. En dépit de l’aversion et de l’abjection qu’ils nous inspirent, ces terroristes ne sont pas des nihilistes, explique Debray. Ils ne sont pas attirés par le « nihil » (le « rien », en latin), comme les anarchistes russes dépeints par Dostoïevski et Tourgueniev.
« La dialectique Coca-Cola/ayatollah »
Selon Debray, l’équation s’est même renversée : « Où nous mettons du vide, ils mettent du plein. A eux l’Etre, à nous le Néant. » Car l’individualisme occidental a déshabillé Paul sans habiller Jacques, et le laisse tout nu face au marché sacralisé et au règne du privé. Alors, loin des analyses de Freud, il faudrait commencer par ne pas faire de la religion une simple illusion. Car le mythe est parfois plus fort que la raison : « Que serions-nous sans le secours de ce qui n’existe pas ? », disait Valéry. Il conviendrait également de faire le deuil d’un progrès qui viendrait...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ « London’s Burning », chantaient The Clash. Pour « L’Hiver du mécontentement », Thomas B. Reverdy a beaucoup écouté le son de la fin des années 1970 afin de recréer l’avant-Thatcher.
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Histoire d’un livre. Thomas B. Reverdy remet le feu à Londres

« London’s Burning », chantaient The Clash. Pour « L’Hiver du mécontentement », Thomas B. Reverdy a beaucoup écouté le son de la fin des années 1970 afin de recréer l’avant-Thatcher.



LE MONDE
 |    01.09.2018 à 09h00
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
L’Hiver du mécontentement, de Thomas B. Reverdy, Flammarion, 220 p., 18 €.


Il y a eu New York (L’Envers du monde, Seuil, 2010). Le Japon (Les Evaporés, Flammarion, 2013). Detroit (Il était une ville, Flammarion, 2015)… Après avoir exploré ces lieux dans ses trois précédents romans, Thomas B. Reverdy avait un peu peur qu’on finisse par le « prendre pour le Guide bleu ». La nécessité d’emmener ses romans ailleurs, l’écrivain parisien, féru de littérature étrangère, ne la remettait pas en question. Mais, pour le roman auquel il a commencé à penser au début de 2016, il s’est dit que ce voyage pourrait avoir lieu « dans le temps » plutôt que dans l’espace.
L’Hiver du mécontentement se déroule à la fin des années 1970. L’auteur s’est intéressé à cette période après avoir lu Gentleman, roman du Suédois Klas Ostergren (Flammarion, 2009), écrit et situé en 1979, découvert grâce aux élèves du lycée français de Stockholm qu’il était allé rencontrer pour leur présenter Il était une ville. « J’ai trouvé géniale cette chronique d’une année, ce roman à tiroirs comme on n’en fait pas en France. » Mis sur la piste de 1979, l’écrivain né en 1974 « commence à tirer les fils », à faire le compte des événements alors survenus dans le monde.
Entre la fin de l’été 1978 et le printemps 1979
Parmi eux : l’accession au pouvoir de Margaret Thatcher (1925-2013). Or, Thomas B. Reverdy découvre bientôt que les Discours de celle-ci viennent d’être réunis et publiés (Les Belles Lettres, 2016). « Cette femme, associée pour ma génération à la chanson de ­Renaud [Miss Maggie, 1985] et à Bobby Sands [militant de l’Armée républicaine irlandaise, mort en prison d’une grève de la faim en 1981], se retrouvait réhabilitée, propulsée en référence que l’on pouvait citer… » Voilà...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ La Fondation Martell, à Cognac, accueille une installation du couple d’artistes, « L’Ombre de la vapeur ».
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Adrien M & Claire B font danser les pixels

La Fondation Martell, à Cognac, accueille une installation du couple d’artistes, « L’Ombre de la vapeur ».



LE MONDE
 |    01.09.2018 à 08h51
    |

                            Rosita Boisseau (Cognac (Charente)








                        



                                


                            

On y resterait la journée entière. On s’y allongerait les yeux grands ouverts, paré à avaler d’un trait les myriades d’étoiles, les traînées de confettis blancs, les volutes de bâtonnets qui tourbillonnent dans l’espace. On en sortirait délicieusement abruti par ce ruissellement lumineux auprès duquel La Guerre des étoiles n’a qu’à bien se tenir.
Cette séance d’émerveillement, hypnose qui ne dit pas son nom, porte un titre énigmatique : ­L’Ombre de la vapeur. Ses auteurs, le couple d’artistes numériques Claire Bardainne et Adrien Mondot, repérés pour leur formidable création visuelle dans le spectacle Pixel (2014), de Mourad Merzouki, ont occupé avec grâce les neuf cents mètres carrés du rez-de-chaussée de la nouvelle Fondation d’entreprise Martell à Cognac.
La fabrication de cette installation, qui est aussi une expérience interactive, a exigé six mois de travail
Numéro deux du cognac, Martell a conservé ses stocks dans le bâtiment historique construit en 1929 qui abrite aujourd’hui la fondation. Tour large et massive, brute de béton, dans l’esprit du Bauhaus, cette sublime sentinelle ­planant au-dessus de Cognac empile trois parallélépipèdes et ­culmine à vingt-quatre mètres de haut. Fermée en 2005, elle est en rénovation depuis 2016. Son premier lieu d’exposition consacré aux installations immersives a été inauguré en juin avec L’Ombre de la vapeur. « A la manière d’un écrivain, j’ai l’histoire en tête et ses ­chapitres vont s’écrire au fur et à mesure des artistes avec lesquels j’ai envie de travailler, explique ­Nathalie Viot, directrice de la fondation. Adrien M & Claire B pro­posent un voyage intime et onirique entre terre et ciel. Leur œuvre est l’exemple parfait de ce que je souhaite donner au public, de la joie, du mouvement, de la quiétude, de l’esprit, du rêve… »
La fabrication de cette installation, qui est aussi une expérience interactive, a exigé six mois de travail. En octobre 2017,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Directeur du festival à Perpignan, Jean-François Leroy fait le bilan de trente ans d’évolutions de la profession.
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Visa pour l’image : « Une paupérisation du photojournalisme »

Directeur du festival à Perpignan, Jean-François Leroy fait le bilan de trente ans d’évolutions de la profession.



LE MONDE
 |    01.09.2018 à 08h27
    |

            Claire Guillot








                        



   


Visa pour l’image tient sa 30e édition cette année, du 1er au 16 septembre. Directeur général du festival, qu’il a cofondé en 1989, Jean-François Leroy revient sur trente ans d’évolutions du photojournalisme.

        Lire la critique de l’exposition de George Steinmetz :
         

          La malbouffe vue du ciel




        Voir aussi le portfolio :
         

          Visa pour l’image en sept instantanés



Quel a été le principal ­changement dans le métier ?
La révolution numérique. Les bons restent bons, les mauvais restent mauvais, mais il y a plus de photographes moyens, car le numérique a rendu ce métier accessible à tous. Cette année le festival a reçu plus de 4 500 sujets, car c’est devenu très facile à envoyer. Le problème, c’est que l’instantanéité liée au numérique a réduit le temps de réflexion. Elle a aussi fait gagner les gros tuyaux contre les petits, c’est-à-dire les grosses agences comme l’AFP, AP, Reuters, qui ont les images en quelques heures, contre les agences indépendantes. Et pour les photographes, ça devient difficile de percer : tu peux avoir le plus grand talent, personne ne va trouver les photos sur ton site. Il y a aujourd’hui plus de 500 bases d’images !
Et sur le plan économique ?
Il y a eu une paupérisation du métier. La précarité est devenue normale, la rémunération versée par la presse a plongé. Soixante balles pour un quart de page, ça ne rembourse pas le ticket de métro et le matériel. Il y a trente ans, les trois plus importantes agences couvraient 50 % des frais des photographes et leur versaient 50 % des ventes. Aujourd’hui, les agences ne versent que 40 % des produits et ne paient pas de frais. Le numérique a aussi augmenté les coûts de production. Un appareil argentique durait des années, aujourd’hui une caméra à 4 500 euros est obsolète en deux ans. Les logiciels ont des mises à jour tous les six mois qui obligent à changer d’appareil.
Les photographes ont désormais d’autres débouchés que la presse : expositions, livres…
Livres et expos ne font pas vivre. Ils font de l’institutionnel, du corporate. Et les récompenses sont devenues très importantes : à Visa, 150 000 euros sont distribués sous forme de prix.
Sur le plan esthétique, quels changements avez-vous noté ?
Moi, je me fous de la forme, c’est le fond le plus important. Mais il y a davantage de choses conceptuelles. On a vu apparaître de nouvelles écritures, comme celle de Guillaume Herbaut. Ou Samuel Bollendorff : je ne suis pas sûr qu’il y a trente ans, son sujet sur la contamination de la planète, où la pollution est représentée par une maison envahie par les herbes, aurait été publié dans la presse. Sur le fond, les photographes font plus de sujets sociaux. Et de sujets personnels – comme Nancy Borowitz avec ses deux parents morts successivement d’un cancer. Mais pour les jeunes c’est devenu la ­facilité de faire son gardien ­d’immeuble.
Comment se porte le festival ?
Financièrement, cette année a été compliquée. Le magazine Elle a annulé son partenariat après quinze ans, Getty est parti. J’ai réussi à les remplacer, par le groupe Yves Rocher et par Adobe. J’ai 1,35 million de budget, sans compter la valorisation. Avec ça, je paie tout. Je rappelle que le festival est gratuit, je n’ai pas de billetterie.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ A Perpignan, l’Américain George Steinmetz expose ses photographies spectaculaires de l’agriculture mondialisée.
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Visa pour l’image : la malbouffe vue du ciel

A Perpignan, l’Américain George Steinmetz expose ses photographies spectaculaires de l’agriculture mondialisée.



LE MONDE
 |    01.09.2018 à 06h19
 • Mis à jour le
01.09.2018 à 08h29
    |

            Claire Guillot








                        



                                


                            

De loin, on croirait voir une ruche, avec ses alvéoles régulières qui remplissent toute l’image de leur élégante géométrie. Mais de près, on s’aperçoit que ces petites cellules sont des cages, d’où émerge la tête d’un veau : cette photo étourdissante prise depuis un deltaplane dans une ferme du Wisconsin est exposée par l’Américain George Steinmetz au festival Visa pour l’image de Perpignan. Dans cette exploitation, 3 300 génisses conçues par insémination artificielle, séparées de leur mère dès l’âge d’une semaine, produiront du lait à plein régime sans jamais voir un brin d’herbe. « En France, les gens protestent contre l’arrivée d’une ferme de 1 000 vaches, ça me fait rigoler, explique George Steinmetz au téléphone. Aux Etats-Unis, les fermes rentables comptent plus de 10 000 têtes. »
Equipé d’un drone ou d’un deltaplane, il a parcouru le monde, du Brésil à la Chine en passant par les Etats-Unis
Pendant des années, ce photographe spécialiste des vues aériennes s’est consacré aux beautés de la planète, déserts et montagnes. Mais sa série Big Food, commencée en 2013, ressemble plutôt à une version cauchemardesque de La Terre vue du ciel, de Yann Arthus-Bertrand. Equipé d’un drone ou d’un deltaplane, il a parcouru le monde, du Brésil à la Chine en passant par les Etats-Unis, pour en ramener des images aussi spectaculaires que glaçantes de l’agriculture industrielle : usines à vaches ou à cochons, serres de plastique à perte de vue, abattoirs gigantesques où défilent les carcasses, laitues cultivées dans des entrepôts, montagnes de blé ­convoyées par bateau, poulets entassés sous la lumière artificielle… Le genre de nourriture qui donne le tournis et la nausée. Dans cette production alimentaire toujours plus rationalisée et mondialisée, qui s’adapte à la croissance de la population (10 milliards d’humains prévus en 2050), les animaux sont une simple matière première, la nature une ressource...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Chaque samedi, « La Matinale du Monde » vous propose un choix d’émissions à découvrir en différé.
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Starbucks et naturisme dans la jungle : nos choix de replays

Chaque samedi, « La Matinale du Monde » vous propose un choix d’émissions à découvrir en différé.



LE MONDE
 |    01.09.2018 à 06h17
 • Mis à jour le
01.09.2018 à 07h40
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Autour d’un produit simple comme le café, Starbucks a créé un empire international. Infiltré derrière le comptoir, ce documentaire nous dévoile les coulisses d’une machine redoutable. Plus légère est la nouvelle série documentaire française Retour à l’instinct primaire, qui place une paire de volontaires nus et seuls dans la jungle de Colombie. Egalement dans notre sélection : un podcast sur l’auteur de la série acclamée The Wire, et un documentaire sur Henry Padovani, rockeur corse et dénicheur de talents.
Starbucks sans filtre

   


Transformer un breuvage des plus banals en potion magique vendue à prix d’or, c’est le tour de force accompli par Howard Schultz. Arrivé en 1981 comme directeur marketing chez Starbucks, il rachète cinq ans plus tard l’entreprise qui vend du café pour bâtir un empire aux 28 000 enseignes déployées dans soixante-quinze pays, enregistrant un bénéfice dépassant les 2 milliards d’euros en 2017. Le documentaire s’attaque à la « com’ bien huilée » de cette multinationale pas si différente des autres déconstruisant pièce par pièce les rouages de la machine Starbucks.
Alors que la quasi-totalité des salariés refusent de s’exprimer, une taupe intégrée dans une boutique parisienne expérimente les rudes conditions de travail – un tiers du temps consacré au ménage, horaires instables, stress et grosse fatigue physique – d’un job où les employés sont chronométrés. Une incessante course à la rentabilité pour ceux que la firme ose appeler ses « partenaires », payés au salaire minimum. Cette schizophrénie entrepreneuriale trouve aussi son expression dans le désintérêt de l’entreprise pour le tri sélectif : les quatre milliards de gobelets produits chaque année sont non recyclables. Marion Delpech
« Starbucks sans filtre », de Luc Hermann et Gilles Bovon (France, 2018, 90 min). Disponible sur Arte.tv jusqu’au 26 octobre et sur YouTube.
A poil et seuls au monde

Diffusée depuis des années aux Etats-Unis sur Discovery Channel, la série Naked and Afraid en est déjà à sa neuvième saison. En adaptant le concept de ce programme à son marché, la France devient le premier pays dans le monde à proposer une nouvelle version.
Intitulée « Retour à l’instinct primaire », la série comporte douze épisodes diffusés sur RMC Découvertes ; le premier mercredi 29 août. Un gars et une fille qui ne se connaissent pas acceptent, après avoir passé examens médicaux et tests psychologiques, de vivre trois semaines ensemble, sans eau potable ni nourriture, dans un environnement naturel hostile.
Sauront-ils survivre dans des conditions extrêmes, sachant, détail intéressant, qu’ils vivront nus tout au long de leur séjour en enfer ? Et que la petite équipe de tournage qui les accompagne a pour règle stricte de n’intervenir qu’en cas d’extrême urgence ?
Décence (ou pudibonderie) venue des Etats-Unis oblige, les fesses, les seins et le sexe des candidats sont floutés par la caméra. Ayant visionné le premier épisode, on oscille entre éclats de rire, angoisse et sentiment de solidarité avec les candidats. Marie­ – téléopératrice à Vichy (Allier) dans le civil et sportive de haut niveau – et Olivier – maçon belge au grand cœur et au sens pratique développé – sont largués au cœur d’une jungle du nord de la Colombie infestée de dangereuses bestioles plus ou moins grosses. On suggère de regarder ce programme confortablement installé en sirotant une piña colada… Alain Constant
« Retour à l’instinct primaire », série documentaire. Episode 1 (France, 2018, 52 min). Disponible sur Rmcdecouverte.bfmtv.com jusqu’au 5 septembre. 
Rock corsé

Au bon endroit au bon moment. En décembre 1976, un Corse de 24 ans, fils de pieds-noirs débarqués à Bastia en 1963, guitariste, beau gosse et bafouillant à peine quelques mots d’anglais, arrive à Londres pour y assouvir sa passion musicale.
Le punk ne va pas tarder à exploser, la scène rock est en fusion, l’énergie palpable dans les rues et les clubs. Henry Padovani va se fondre avec un naturel déconcertant dans la jungle londonienne, devenir un personnage réputé de la nuit, assister à des centaines de concerts.
Dès janvier 1977, il fonde un groupe en compagnie de son nouvel ami, rencontré dans un squat de Green Street : le batteur américain Stewart Copeland. Ce dernier fait venir Gordon Matthew Thomas Sumner, bassiste de jazz-rock débarqué de Newcastle et surnommé Sting. The Police est né. Padovani fera partie du trio pas encore mythique durant près d’un an, avant d’être éjecté par Sting, qui fera venir le beaucoup plus expérimenté Andy Summers à la guitare. Mais la carrière musicale du Corse ne fait que débuter.
Au fil du temps, Padovani a joué dans plusieurs groupes. Puis, sur les conseils de Miles Copeland, manageur de Police, il est aussi devenu un exceptionnel dénicheur de talents sous le label IRS. C’est à Padovani que l’on doit l’éclosion des Bangles, de REM, des Fine Young Cannibals, des Fleshtones ou des Lords of the New Church. Tout au long du documentaire, on découvre un personnage sortant de l’ordinaire. A. Ct.
« Rock’n’roll… of Corse ! », de Lionel Guedj et Stéphane Bébert (France 2010, 90 min). Disponible sur Arte.tv jusqu’au 4 octobre.
La plus grande des séries

Journaliste pendant douze ans au Baltimore Sun, où il a suivi, dans les années 1990, l’unité de police des homicides de la ville du Maryland, David Simon a puisé dans ces expériences de terrain la matière d’une œuvre puissante mondialement reconnue.
Ces enquêtes ont d’abord donné lieu, en 1991, à un livre, Baltimore (éditions Sonatine), dont Simon s’est servi ensuite pour écrire sa série devenue culte, The Wire (Sur écoute) qui a pour sujet la criminalité de cette ville et le quotidien de flics qui cherchent à démanteler un vaste réseau de trafic de drogue.
Pour David Simon, la fiction, ce n’est pas un divertissement : elle prend appui sur le réel, s’imprègne de faits. L’émission La Compagnie des auteurs de France Culture lui a consacré quatre éditions poignantes. Comment qualifier sa série, qui a captivé Stephen King et Barack Obama ? Epopée ? Roman ? Critique d’une Amérique en crise ? Pour répondre à ces questions, on écoutera notamment l’intervention du philosophe Mathieu Potte-Bonneville, pour qui cette série pose des questions éminemment actuelles : comment approcher le réel à l’heure du storytelling ? Amaury da Cunha
La Compagnie des auteurs, présentée par Matthieu Garrigou-Lagrange (France, 2018, 4 x 59 min). Podcasts disponibles sur Franceculture.fr.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Les rois du disco ont choisi cette ville de Maine-et-Loire pour la seule date française de sa tournée 2018, dans le cadre du Festival estival, entièrement gratuit.
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Trélazé, plus beau Village People de France


                      Les rois du disco ont choisi cette ville de Maine-et-Loire pour la seule date française de sa tournée 2018, dans le cadre du Festival estival, entièrement gratuit.



LE MONDE
 |    01.09.2018 à 06h16
 • Mis à jour le
01.09.2018 à 07h10
    |

            Frédéric Potet








                              

                        

Au Festival estival de Trélazé (Maine-et-Loire), un éclectisme imbattable triomphe chaque année. Organisée par la municipalité de cette petite ville de 14 000 habitants, la manifestation ne craint aucun grand écart sur le plan artistique.
L’affiche de sa 23e édition, qui s’est achevée samedi 1er septembre, aura fait cohabiter des vedettes aussi éloignées que Roch Voisine et Kid Creole and the Coconuts, Gloria Gaynor et Bernard Lavilliers, Michel Leeb et les sœurs Labèque, IAM et Village People.
« Boys band » du disco
Village People, oui. Le mariage pittoresque du disco et du carnaval. Le groupe symbole (et parodique) du mouvement gay des années 1970 et 1980. Le boys band aux 100 millions d’albums vendus et aux hits inusables (YMCA, In the Navy, Macho Man…). A Trélazé, Village People a donné l’unique concert français de sa tournée 2018. Impossible de passer à côté.

N’adoptons pas inutilement la posture du « c’était mieux avant » ; il aurait fallu assister à une prestation en live du groupe au temps de sa splendeur pour pouvoir comparer.
Le fait est qu’il ne reste plus grand-chose du combo des origines. Un seul membre historique est encore de la partie : le leader vocal Victor Willis, 67 ans, qui incarne le policier et l’officier de marine. Les autres sont soit décédés, comme Glenn Hughes, le motard en cuir des débuts, soit partis mener une carrière solo, soit fâchés avec Victor Willis, qui vient d’en finir avec un long feuilleton judiciaire afin de récupérer les droits d’auteur d’une vingtaine de morceaux écrits par lui.
L’Indien est percussionniste et assistant photo. L’ouvrier du bâtiment a posé comme modèle de mode. La voix de vieux fauve de Victor Willis vient, heureusement, sauver les apparences.
Comme à l’époque où deux Village People rivaux tournaient en même temps, des remplaçants ont été recrutés, davantage pour leurs capacités à occuper la scène affublés d’un déguisement...




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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ La vie et l’héritage de la chanteuse, morte le 16 août à 76 ans, ont été célébrés, des heures durant, par ses proches, ses fans et pléthore de stars de la musique.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ 
<article-nb="2018/09/02/16-15">
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Le film se découpe en six récits sur l’Ouest américain. Un joyeux ballet où l’humour noir règne en maître, sans esquiver l’émotion.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤                     


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« The Ballad of Buster Scruggs », western des frères Coen, présenté à la Mostra de Venise

Le film se découpe en six récits sur l’Ouest américain. Un joyeux ballet où l’humour noir règne en maître, sans esquiver l’émotion.



LE MONDE
 |    31.08.2018 à 21h19
 • Mis à jour le
01.09.2018 à 09h55
    |

            Véronique Cauhapé (Venise (Italie), envoyée spéciale)








                        



   


L’Amérique a créé le western ; l’Italie, le western spaghetti ; Ethan Coen et Joel Coen, leur propre anthologie du genre. Elle se nomme The Ballad of Buster Scruggs, se découpe en six chapitres à travers lesquels sont repris avec une ironie folle, les épisodes, les paysages, les chansons, et les personnages culte dont le cinéma s’est fait la gloire durant plusieurs décennies. Cette longue histoire du western a imprégné la rétine des frères Coen, et les a conduits à ce film, qui a été présenté en compétition officielle, vendredi 31 août, à la Mostra de Venise. Ainsi peuvent-ils dire aujourd’hui que ce long-métrage, ils l’ont au fond commencé, il y a vingt-cinq ans, l’élaborant au fil de brefs récits.

        Lire le compte-rendu :
         

          Comment les frères Coen mènent leurs acteurs



Six récits au total sur l’Ouest américain, différents dans le ton et par les personnages qu’ils mettent en scène (un cow-boy solitaire qui chante, un cul-de-jatte itinérant qui raconte des histoires, un chercheur d’or…), mais unis par une même créativité, qu’elle s’applique aux dialogues ou aux effets visuels et techniques.
The Ballad of Buster Scruggs, c’est un peu Butch Cassidy qui rencontrerait Laurel et Hardy ; John Ford qui croiserait les Marx Brothers ; et Lucky Luke, les frères Coen. En mieux encore. Puisque tout ce joyeux ballet, où l’humour noir règne en maître, n’esquive pas l’émotion.
Film à sketchs revendiqué
Annoncé et conçu au départ comme une minisérie de six heures pour Netflix, The Ballad of Buster Scruggs est donc devenue un film à sketchs de deux heures, comme n’hésitent pas à le qualifier leurs auteurs, en hommage aux longs-métrages italiens des années 1960 auxquels participaient plusieurs réalisateurs. Ce changement de format a été la surprise de la journée à Venise.

        Lire l’analyse :
         

          Netflix en majesté sur le Lido



C’est pourtant bel et bien cette version de deux heures que le public pourra découvrir sur la plate-forme de streaming d’ici à la fin de l’année, aux Etats-Unis et probablement dans la plupart des pays, mais aussi en salles. En France, tout dépendra de sa sortie dans les cinémas – ou pas –, puisque si tel était le cas, le film devrait attendre trois ans avant d’être disponible sur Netflix, conformément à l’actuelle chronologie des médias.

        Lire le reportage :
         

          Alfonso Cuaron, à la Mostra de Venise et sur Netflix



Quant aux six heures de la série qui ont été produites, rien n’a été annoncé sur leur devenir. Pour leur part, Ethan Coen et Joel Coen ont estimé important que Netflix ait accepté la sortie en salles de leur film, afin que le public « puisse le découvrir sur grand écran ». Ajoutant qu’il était important aussi « de bénéficier de sociétés qui financent et fassent des films en dehors des circuits conventionnels ». « Elles contribuent à garder vivant nos créations. Plus il y en a, mieux c’est », a conclu Joel Coen.
« The Ballad of Buster Scruggs », film américain d’Ethan et Joel Coen. Avec Tim Blake Nelson, James Franco, Liam Neeson, Zoe Kazan (2 h 12). En 2018 sur Netflix aux Etats-Unis.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Initialement réservées à la famille et aux proches, les funérailles accueillent finalement mille admirateurs. La « Reine de la soul » est morte à 76 ans, le 16 août.
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Funérailles grandioses pour Aretha Franklin à Detroit

Initialement réservées à la famille et aux proches, les funérailles accueillent finalement mille admirateurs. La « Reine de la soul » est morte à 76 ans, le 16 août.



LE MONDE
 |    31.08.2018 à 19h48
 • Mis à jour le
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Stars de la musique, fans et responsables politiques ont rendu hommage vendredi 31 août à la légendaire chanteuse américaine Aretha Franklin, se joignant à sa famille pour des funérailles grandioses dans sa ville de Detroit. La cérémonie au Greater Grace Temple a été l’occasion de célébrer, six heures durant, la vie et l’héritage de la « Reine de la Soul », morte à 76 ans, le 16 août, des suites d’un cancer du pancréas.
L’ancien président Bill Clinton a prononcé un éloge funèbre, et des lettres de ses successeurs George W. Bush et Barack Obama ont été lues, dans lesquelles ils ont salué sa contribution pour son pays et son importance culturelle. Le chanteur Smokey Robinson a parlé avec émotion de sa copine d’enfance, qui va lui manquer pour le restant de ses jours. Il a offert quelques instants d’un chant a cappella, dans une église décorée d’imposants bouquets de lavande et de roses blanches et roses. « Tu me manques, ma pote, tu me manques, mon amie, je sais que mon amour pour toi ne s’éteindra jamais », a-t-il entonné. « Je vais t’aimer pour toujours », a-t-il terminé, soufflant un baiser vers le cercueil doré.
L’office a été ponctué d’hommages musicaux, comme celui de la jeune Ariana Grande, qui a interprété le tube de 1968 Natural Woman, accompagnée d’une chorale gospel. Stevie Wonder et Jennifer Hudson, qui doit incarner la diva sur grand écran, étaient également attendus.
Funérailles ouvertes à un millier de fans
« Je suis tellement fier de toi, je sais que tu me regarderas par les fenêtres du paradis et je promets de porter l’héritage de notre famille avec fierté », a déclaré son petit-fils Jordan, en fondant en larmes. « Vive la Reine. »
Réservées initialement à la famille et aux proches, les funérailles ont finalement étaient ouvertes à un millier de fans, qui ont formé une longue file d’attente dès jeudi. De nombreux fans s’étaient rassemblés vendredi sous un soleil de plomb, portant des T-shirts à l’effigie d’Aretha Franklin ou des tenues extravagantes et colorées. « C’est mon idole, je l’aime, j’aime sa musique », dit Ugochi Queen, 46 ans, venue de l’Indiana. « C’est la reine de notre ville, renchérit Pat Bills, une infirmière. Je suis tellement reconnaissante qu’ils aient ouvert [l’événement] au public pour que nous puissions en faire partie. »
De nombreuses Cadillac roses — allusion au tube d’Aretha Franklin Freeway of Love, une chanson sur Detroit dans laquelle elle parlait de cette voiture —, garées devant l’église, devaient suivre le corbillard jusqu’au cimetière où la diva sera enterrée auprès de son père et de ses frères et sœurs.
L’événement était placé sous haute sécurité, plusieurs rues fermées à la circulation. Un hélicoptère survolait la zone et des policiers à cheval faisaient des rondes. Un écran géant retransmettant les funérailles a été installé dans une station-service proche.
Reine incontestée
Plus de quarante artistes étaient montés jeudi soir sur scène à Detroit pour interpréter les plus grands morceaux de la légendaire chanteuse américaine. The Four Tops, Dee Dee Bridgewater ou encore Angie Stone ont fait vibrer les fans aux sons de Freeway of Love et des incontournables Say a Little Prayer et Respect, interprété en chœur par tous les artistes.
Une chorale de gospel, rappelant les débuts musicaux de la Reine de la soul dans la paroisse de son pasteur de père, a également célébré son immense carrière de six décennies, qui a fait d’elle l’une des artistes les plus respectées des Etats-Unis. Ce concert concluait trois jours pendant lesquels des milliers de fans ont défilé devant son cercueil.
Aretha Franklin était l’une des plus grandes voix américaines et une figure emblématique de la communauté noire, qui a marqué des générations entières d’artistes. Née dans le Sud ségrégationniste, à Memphis, dans le Tennessee, elle fut aussi intimement liée au mouvement des droits civiques.

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Entretien

Cheikh Hamidou Kane : « L’Afrique n’existe plus, elle a été dépossédée de son espace »

L’auteur sénégalais de « L’Aventure ambiguë », 90 ans, revient sur l’histoire contemporaine du continent, marquée par des questionnements et des tourments identitaires.

Propos recueillis par                                            Coumba Kane




LE MONDE
              datetime="2018-08-31T17:15:32+02:00"

        Le 31.08.2018 à 17h15






    
Cheikh Hamidou Kane, écrivain sénégalais né à Matam en 1928. Son livre « L’Aventure ambiguë» est un des grands classiques de la littérature africaine.
Crédits : Antoine Tempé


C’est l’un des paradoxes de Cheikh Hamidou Kane. En cinquante-sept ans de carrière, l’écrivain sénégalais n’a publié que deux romans – L’Aventure ambiguë, en 1961, et Les Gardiens du temple, en 1995 –, devenus des classiques, traduits dans une dizaine de langues et inscrits au programme de nombreuses écoles et universités. Ils relatent le malaise des élites africaines désorientées par la colonisation française. Né en 1928 à Matam, sur les bords du fleuve Sénégal, Cheikh Hamidou Kane a traversé l’histoire contemporaine du continent, marquée par des questionnements et des tourments identitaires.
Dans L’Aventure ambiguë, Samba Diallo, fils de notables peuls élevé dans la plus pure tradition coranique du pays des Diallobé – une nation fictive qui ressemble à s’y méprendre au Fouta Toro, région du nord du Sénégal –, est envoyé à « l’école des Blancs » pour y apprendre « comment on peut vaincre sans avoir raison ». Il sortira ébranlé de cette expérience intérieure d’une grande violence.
La puissance de ce roman philosophique, en partie autobiographique, grand prix littéraire d’Afrique noire en 1962, reste d’actualité. L’Aventure ambiguë est l’ouvrage de référence pour qui continue de s’interroger sur les identités africaines et afrodescendantes percutées par la « rencontre » avec l’Occident. Peut-on lier les cultures africaines au legs colonial et en sortir indemne ? Comment tirer le meilleur de ce choc identitaire ?
Témoin et un acteur privilégié de la marche des anciennes colonies françaises vers l’indépendance, Cheikh Hamidou Kane a été ministre sous Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf, puis haut fonctionnaire de l’Unicef dans différentes capitales africaines. Retiré de la vie publique depuis plusieurs décennies, l’écrivain consacre désormais ses journées à la prière, à l’écriture et à « l’éducation morale » de ses petits-enfants.
C’est dans sa villa dakaroise qu’il a reçu Le Monde Afrique. A 90 ans, il a la démarche hésitante, mais son regard sur le monde reste pétillant. Il s’est confié sur son enfance marquée par le racisme, sa fascination pour la culture française, ses rêves panafricanistes et avoue avoir adoré le dernier opus des studios Marvel, Black Panther.



Vous venez de fêter vos 90 ans. Comment vous portez-vous ?
Cheikh Hamidou Kane J’ai les handicaps de mon âge. Mon acuité auditive et visuelle s’est affaiblie. Pour le reste, Dieu merci, je vais bien.
Vous êtes né pendant la colonisation au Sénégal. Comment, enfant, ressentiez-vous la présence du colon français ?
Les colons ont tenté de nous faire admettre que nous étions des êtres inférieurs
Lorsque j’étais enfant, j’ai connu l’humiliation que peuvent ressentir tous ceux qui voulaient accéder au même niveau de connaissance que les Blancs alors même qu’ils avaient en face d’eux des gens qui les méprisaient. Les colons ont tenté de nous faire admettre que nous étions des êtres inférieurs, incapables de faire autant sinon mieux qu’eux. Ils ne s’opposaient pas au fait que des « indigènes » aillent dans leurs écoles, mais ils nourrissaient pour nous des ambitions limitées. Nous étions programmés pour devenir des auxiliaires, pas au-delà ! On pouvait ainsi devenir infirmier, mais pas docteur en médecine.
Vous avez refusé d’obtempérer. Vous vouliez devenir philosophe…
C’était mon choix depuis l’école primaire. Dans l’esprit des enseignants blancs, c’était inconcevable. J’ai dû, tout au long de ma scolarité, me battre. En 1942, j’ai voulu entrer au lycée Faidherbe de Saint-Louis, qui était en principe réservé aux fils de colons. Seuls quelques Africains fortunés pouvaient y envoyer leurs enfants. Ma famille n’était pas nantie. J’ai donc fini à l’Ecole des fils de chefs, qu’on appelait aussi l’école des otages, où étaient envoyés les fils de notables. On nous y apprenait à devenir de parfaits chefs de canton.
Vous êtes l’un des premiers fils de notables religieux à avoir été envoyé à l’école française. Pourquoi votre famille a-t-elle fait ce choix ?
C’est grâce à l’action de l’un de mes ancêtres, Alpha Ciré Diallo, un homme exceptionnel. Alors que le débat entre les pro- et anti-école française faisait rage dans son village, il fut l’un des premiers à avoir compris qu’il n’y avait pas de risque à scolariser ses enfants. A condition, disait-il, de les éduquer soigneusement d’abord dans l’islam et les valeurs peules que sont le sens de l’honneur, la pratique religieuse et la solidarité familiale : « Rewdé Allah, djokude endaam » en peul. Cette double éducation faisait, selon lui, office de protection et d’armure. Ses propres enfants ont fini dans l’armée coloniale, d’autres sont devenus interprètes. Il avait confiance en son héritage culturel. Je suis le produit du combat de cet ancêtre visionnaire.

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A l’école, vous vous faites remarquer…
Nous étions sept « fils de chefs » dans ma promotion. A la fin du cycle d’études, nous devions passer par la ferme agricole et devenir chefs de canton. J’ai refusé d’y aller. Je rêvais toujours du lycée Faidherbe. Furieux, le directeur de l’école a convoqué l’un de mes oncles qui était greffier. Il lui a expliqué sans ménagement et avec un ton méprisant que mes ambitions étaient prétentieuses. Que l’on ne m’avait pas formé pour ça ! Mais j’ai tenu bon. Mon père m’a inscrit au lycée Van Vollenhoven, à Dakar. Mes condisciples africains m’ont désigné pour être leur représentant au conseil de discipline du lycée, composé en majorité de Blancs.
Comment vous êtes-vous retrouvé à la Sorbonne ?
Je rêvais d’être professeur de philosophie, la Sorbonne était donc un objectif. Mais je n’avais pas les moyens d’aller en France. J’ai donc écrit au gouverneur du Sénégal, qui pour la première fois était un Noir antillais, pour obtenir une bourse. Et il me l’a octroyée ! J’ai intégré une classe préparatoire au lycée Louis-le-Grand, puis j’ai étudié la philosophie et le droit à la Sorbonne.
Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans cette prestigieuse université ?
J’ai eu confirmation des qualités fondamentales de la civilisation occidentale, occultées jusque-là à mes yeux par la face sombre du colonialisme. Je subodorais ces qualités, mais le comportement brutal des colons au Sénégal m’en faisait douter. Mes condisciples et mes professeurs français étaient d’une grande ouverture d’esprit. Ma foi musulmane s’est aussi nourrie des débats philosophiques de l’époque – l’existentialisme de Jean-Paul Sartre et la pensée chrétienne de Paul Ricœur.
Paris était aussi au cœur des luttes indépendantistes et des mouvements littéraires comme la négritude. Où vous situiez-vous ?
J’adhérais aux mots d’ordre de Ki-Zerbo : indépendance de l’Afrique, Etats-Unis d’Afrique et socialisme africain
J’ai dû, comme tout étudiant africain à l’époque, militer, prendre position. Les leaders plus populaires étaient les marxistes du Parti africain de l’indépendance, de Majhemout Diop, et les nationalistes regroupés autour de Cheikh Anta Diop. Je n’étais pas partisan du marxisme, incompatible avec ma foi religieuse. J’étais plus sensible aux idées de Cheikh Anta Diop, que je connaissais personnellement, mais son parti était alors peu structuré. C’est finalement Joseph Ki-Zerbo qui m’a séduit. Ce Voltaïque [de Haute-Volta, ancienne appellation du Burkina Faso], catholique, professeur agrégé d’histoire, était très actif dans le mouvement des jeunesses chrétiennes de France. Il a créé le Mouvement de libération nationale. J’adhérais entièrement aux mots d’ordre, qui étaient indépendance de l’Afrique, Etats-Unis d’Afrique et socialisme africain.

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La négritude d’Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et Léon-Gontran Damas représentait aussi un courant d’idée puissant, mais vous vous en teniez à distance. Pourquoi ?
J’adhérais à la révolte qu’exprimait ce mouvement. Le Cahier d’un retour au pays natal de Césaire, que j’ai lu à 16 ans, m’a profondément marqué. Cependant j’étais moins convaincu par la position de Senghor, moins radicale dans la dénonciation du mépris de l’homme blanc pour les Noirs.
Dans L’Aventure ambiguë, les habitants du pays des Diallobé craignent que leurs enfants perdent leur identité en allant à l’école des Blancs. Ils se demandent si « ce qu’ils apprendront vaut ce qu’ils oublieront ». Avez-vous aujourd’hui une réponse à cette question fondamentale ?
Je la donne dans mon second roman, Les Gardiens du temple, paru en 1995 mais rédigé dès 1963. Le personnage principal, qui est en quelque sorte Samba Diallo ressuscité, a reçu une solide éducation religieuse musulmane et est enraciné dans les valeurs des Diallobé. Après de brillantes études à l’école française, il devient ingénieur agronome. Il a appris les techniques modernes indispensables pour construire le nouveau pays indépendant. Il a donc réussi à allier sa culture religieuse traditionnelle à ce qu’il a appris au contact de la civilisation occidentale.
Pourtant, l’aventure de Samba Diallo, tiraillé entre sa terre natale et l’Occident, finit mal. Comment interpréter, au plan symbolique, la mort du héros de votre roman ?
Je pressentais que certains pouvaient vouloir imposer leur façon de pratiquer la religion, au besoin par la force
Certains lecteurs ont cru à tort que je voulais, par cette mort, montrer l’impossible conciliation entre nos cultures africaines et la civilisation occidentale, que l’issue ne pouvait être que tragique. Il n’en est rien. J’ai fait mourir Samba Diallo des mains du Fou pour montrer à quel point l’itinéraire des Africains à la rencontre de l’Occident était risqué. Ce parcours peut être contrarié par des extrémismes religieux et culturels. Je pressentais, déjà à l’époque, que certains pouvaient vouloir imposer leur façon de croire et de pratiquer la religion, au besoin par la force. C’est ce que représente le Fou dans L’Aventure ambiguë.
Vous avez vous-même vécu cette aventure pour le moins ambiguë entre l’Afrique et la France. Qu’en avez-vous retiré ?
J’ai survécu à ce périple. J’ai appris que, contrairement à ce que voulait faire croire le colon raciste, les cultures africaines et européennes ont beaucoup de choses en commun. Ma génération et celle de Senghor ont prouvé qu’on pouvait accéder au niveau le plus élevé du savoir des Blancs. Après mes études, je suis revenu sur le continent avec l’espoir d’un monde partagé et équitable. C’est ce qu’exprime le personnage du Chevalier à la dalmatique dans le roman : « Nous les Noirs, nous les Arabes, nous les Asiatiques, c’est un monde qui est possible. Nous devons l’édifier. Il ne faut pas que ce soit un monde imaginé, dirigé par le seul Occident. »
Près de soixante ans après les indépendances, le monde de partage n’a toujours pas surgi…
L’Afrique doit redevenir elle-même en se basant sur les structures antérieures à la colonisation
Il faut poursuivre le travail entamé. Rome n’a pas été construite en un jour ! L’Afrique, comme disait Ki-Zerbo, a été victime d’une dépossession de son espace – ses empires ont été dépecés en une cinquantaine de territoires, au profit des colonisateurs. L’Afrique n’existe plus. Elle a perdu son initiative politique et son identité endogène. A l’école, ce sont les langues du colon qui sont enseignées. La législation, l’organisation sociale et familiale sont calquées sur celles de l’Occident. Il faut donc que l’Afrique redevienne elle-même en se basant sur les structures antérieures à la colonisation.

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Par exemple, la charte du Mandé, élaborée en 1236 dans l’empire du Mali, peut redéfinir notre organisation et nos institutions. Elle régit les relations familiales, prône les valeurs de respect, de solidarité et permet la diversité. Il existait une vraie citoyenneté ouest-africaine dans l’empire du Mali. Les habitants pouvaient circuler d’un endroit à un autre en changeant de patronyme. Un Mandingue qui s’appelle Diarra, une fois chez les Wolofs, prenait le nom de Ndiaye ou Diatta. Cela permettait une coexistence harmonieuse entre les communautés. Nous pouvons reprendre ce modèle, pas besoin de chercher ailleurs.
Le passé glorieux que vous décrivez a disparu. N’est-il pas utopique de vouloir y revenir ?
Je ne préconise pas un retour au passé, mais un recours au passé. Nous devons nous inspirer de l’héritage de nos ancêtres. La réappropriation de notre identité endogène passe par cette démarche.
C’est aussi de la responsabilité des dirigeants africains…
Quel poids peut avoir le continent dans l’économie mondiale s’il est divisé ?
Les jeunes doivent au plus vite s’emparer de ce sujet. Ils doivent se battre pour créer au sud du Sahara un espace géopolitique et économique autonome. Et l’imposer aux dirigeants actuels qui ne comprennent pas que leurs pouvoirs ne sont, comme le disait Senghor quand il luttait contre la balkanisation, « que des joujoux et des sucettes ». Quel poids peut avoir le continent dans l’économie mondiale s’il est divisé, morcelé ? L’Afrique est le continent le plus riche en ressources naturelles dont a besoin l’ensemble de la planète. Comment voulez-vous que nous les défendions et que nous les échangions à leur juste prix si nous le faisons en ordre dispersé ? S’il y avait une autorité commune pour gérer par exemple les ressources pétrolières, l’Afrique aurait plus de poids sur la scène internationale.
Vous avez été plusieurs fois ministre. Pourquoi votre génération n’a pas réussi à créer cette unité africaine ?
Le colonisateur a bien manœuvré. Par exemple, Félix Houphouët-Boigny, fervent opposant au travail forcé avant l’indépendance, représentait une menace pour la France. Il s’était allié aux communistes français au Parlement, où il siégeait comme représentant de la Côte d’Ivoire. Il a commencé à mener un combat qui aurait pu aboutir à une guerre aussi meurtrière qu’en Algérie ou au Vietnam. Les Français l’ont alors retourné en lui promettant la présidence d’une Côte d’Ivoire autonome. Il a reçu les premiers honneurs à Paris en acceptant un strapontin de ministre d’Etat. Puis, en octroyant l’indépendance séparément aux treize territoires membres de l’AOF [Afrique occidentale française] et de l’AEF [Afrique équatoriale française], le colonisateur a fait disparaître des ensembles qui auraient pu servir de base à l’édification des Etats-Unis d’Afrique. Les Africains se sont laissés prendre au piège.
Que vous inspire le climat politique délétère au Sénégal, marqué par une forte contestation du régime du président Macky Sall ?
Malgré les tensions actuelles, il faut savoir reconnaître les mérites de « l’exception sénégalaise ». La coexistence entre l’islam, le christianisme et les autres confessions est harmonieuse. Et c’est grâce à un islam imprégné de valeurs traditionnelles. Le Sénégal jouit d’une culture démocratique ancienne. Depuis Blaise Diagne [premier député élu à la Chambre des députés français en 1914], nous votons. Depuis plus d’un siècle, les Sénégalais savent ce qu’est un parti politique, une élection, le choix des leaders politiques.
Vous écrivez toujours ?
Je travaille à un projet qui me tient à cœur depuis un moment. Je veux retracer l’épopée de l’empire du Mali fondé par Soundjata Keïta. Elle a donné naissance à la charte du Mandé. J’aimerais rappeler cette page d’histoire à la jeunesse africaine et au monde. J’ai réuni autour du projet des artistes comme Youssou Ndour, des intellectuels, des écrivains, des griots traditionnels ressortissants de l’espace de l’ancien empire du Mali. Je veux faire un film d’animation avec des effets spéciaux pour illustrer l’univers mystique de l’empereur Soundjata Keïta. Selon la tradition, il avait des pouvoirs magiques comme le don d’ubiquité. Il pouvait être à plusieurs endroits en même temps. J’ai vu quelques films, dont récemment Black Panther, qui m’ont fait penser que cela était faisable.

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Vous avez aimé Black Panther ?
J’ai adoré l’idée d’un royaume africain puissant avec ses propres paradigmes. La voix de Baaba Maal [chanteur sénégalais] est parfaitement utilisée. Maintenant que je vais mieux, j’espère pouvoir aller au bout de mon projet.


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ A 46 ans, l’excentrique Canadien n’a rien abandonné de sa quête de liberté. Le troisième opus de ses « Solo Piano » sort le 7 septembre, un mois avant « Shut up And Play The Piano », documentaire consacré à son parcours.
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Chilly Gonzales, pianiste baroque pop


                      A 46 ans, l’excentrique Canadien n’a rien abandonné de sa quête de liberté. Le troisième opus de ses « Solo Piano » sort le 7 septembre, un mois avant « Shut up And Play The Piano », documentaire consacré à son parcours.



LE MONDE
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                            Clémentine Goldszal








                              

                        

L’histoire de son succès est aussi atypique que lui. Depuis la fin des années 1990, le Canadien Chilly Gonzales a produit des tubes (notamment 1 2 3 4 pour son amie, la chanteuse canadienne Feist), collaboré avec des stars (les Daft Punk, Drake, mais aussi Jane Birkin ou Philippe Katerine), sorti des albums de rap, décortiqué les mécanismes de la pop dans des master class vues des centaines de milliers de fois sur YouTube, et joué avec des orchestres symphoniques dans les plus belles salles du monde. Il a même gagné un Grammy Award, en 2014, collectivement remis aux vingt et un contributeurs de l’album Random Access Memory, de Daft Punk. Mais c’est Solo Piano (2004), une œuvre instrumentale, qui l’a fait connaître du grand public, lui valant d’être comparé à Erik Satie.
« Afin d’atteindre le détachement nécessaire pour monter sur scène, il me fallait un nom fantasque, presque trop ridicule, comme celui d’un rappeur. »
En amont de la sortie de Solo Piano III (le deuxième volume datait de 2012), Gonzales donne rendez-vous aux Studios Ferber, où il travaille depuis des années avec le producteur Renaud Letang. L’autoproclamé « génie de la musique » reçoit en tenue de ville, le menton hérissé d’une barbe de quelques jours, la mise vaguement négligée, ses sempiternelles pantoufles aux pieds. Il tient à conduire l’entretien en français, pour préserver, dit-il, les « petits bémols » qu’il chérit dans cette langue qu’il maîtrise pourtant moins bien que son anglais maternel.
« Pour la promotion d’un de mes projets, j’avais fait s’allonger les journalistes sur un divan, comme chez le psychanalyste, se souvient-il. Je voulais changer le cadre. J’ai longtemps voulu tout inventer, mais c’est épuisant. Les interviews, finalement, ça n’est peut-être pas le moment d’essayer de faire le truc Gonzo… » 

Envie de liberté
Le « truc Gonzo », c’est la folie...




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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Un journal proche du premier ministre souverainiste Viktor Orban s’en prend à une exposition consacrée à la peintre mexicaine. En cause, l’évocation de sa liaison avec le révolutionnaire bolchévique.
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Article sélectionné dans La Matinale du 31/08/2018
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En Hongrie, Frida Kahlo, Trotski et l’apologie du communisme


                      Un journal proche du premier ministre souverainiste Viktor Orban s’en prend à une exposition consacrée à la peintre mexicaine. En cause, l’évocation de sa liaison avec le révolutionnaire bolchévique.



LE MONDE
 |    31.08.2018 à 14h57
 • Mis à jour le
01.09.2018 à 08h20
    |

            Blaise Gauquelin (Budapest, envoyé spécial)







Adriana Lantos pensait avoir offert au public une exposition des plus consensuelles. Mais depuis le 7 juillet et l’inauguration de la rétrospective Frida Kahlo, dont elle est la curatrice, on accuse la Galerie nationale hongroise de faire l’apologie du communisme. Un reproche infamant, dans cette ancienne république satellite de l’Union soviétique ayant beaucoup souffert du joug stalinien.
Tout commence avec un papier dans Magyar Idök, un journal favorable au premier ministre souverainiste Viktor Orban. Au détour d’un article intitulé « Voilà comment on promeut le communisme avec de l’argent public », l’exposition de la peintre mexicaine est listée aux côtés d’autres événements culturels subventionnés, jugés complaisants envers l’ancien régime.
« Nous présentons un film d’archives où l’on voit Frida Kahlo en présence de Trotski. Cette rencontre a joué un rôle important dans la vie de l’artiste. » Adriana Lantos, commissaire de l’exposition
« Vous n’allez pas le croire, mais Trotski vient de réapparaître à Budapest, cette fois dans le lit de Frida Kahlo », écrit ironiquement le journal, en référence à la romance entretenue entre l’artiste et l’un des leaders de la révolution bolchevique, durant l’exil tardif de ce dernier au Mexique.
A la fin de l’exposition – financée par le gouvernement hongrois avec la coopération du Museo Dolores Olmedo de Mexico – est évoquée sans détour « la forte influence sur Frida qu’eut cet orateur extraordinairement intelligent ». Il s’agit là de « faits historiques », se défend Adriana Lantos : « Nous présentons aussi, c’est vrai, un film d’archives où l’on voit Frida Kahlo en présence de Trotski. Nous avons fait le choix de le diffuser, parce que cette rencontre a joué un rôle important dans la vie de l’artiste. Il faut replacer les choses dans leur contexte. »
Pourchassé par Staline, Trotski avait obtenu la protection du Mexique grâce au peintre Diego Rivera, le mari de Frida Kahlo. Entre janvier 1937 et avril 1939, il avait même vécu avec sa femme dans la maison du couple, à la Caza Azul. C’est à ce moment-là que le révolutionnaire et la féministe ont eu une liaison.

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Depuis l’article du Magyar Idök, pas un jour sans qu’Adriana Lantos n’ait à répondre sur sa volonté de glamouriser un régime criminel avec l’évocation de cette romance. Elle qui pensait qu’on allait l’interroger sur les liens entre Frida Kahlo et le photographe Nickolas Muray, d’origine hongroise ! Ou sur les raisons obscures poussant la Mexicaine à s’inventer des racines dans les terres lointaines de Transylvanie qui la fascinaient…
Pression sur les élites culturelles
Cette polémique autour de l’exposition est la dernière tentative de pression effectuée sur les élites culturelles du secteur public en Hongrie, héritières de l’ouverture en 1989 et orientées vers l’Occident. Considérées comme étant beaucoup trop libérales, elles seraient un frein à la volonté du premier ministre, qui entend contrôler l’ensemble des sphères d’influence à Budapest.

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Le 28 juillet, Viktor Orban, décrié pour avoir porté atteinte à l’état de droit dans son pays, membre de l’Union européenne depuis 2004, a estimé qu’il était temps de construire une « nouvelle ère culturelle ». Depuis, ses relais d’opinion dans la société civile se chargent d’expliquer à quoi pourrait ressembler ce changement radical.
Cité par l’agence de presse Reuters, Tamas Fricz, un politologue acquis à la cause de l’exécutif, a par exemple jugé qu’il est désormais nécessaire de mieux refléter les aspirations esthétiques de la majorité en place, le gouvernement « ayant le droit de privilégier les idées, les artistes et les travaux conservateurs ».
Pas de quoi décourager pour autant le public qui vient en masse découvrir Frida Kahlo, exposée pour la première fois dans ce pays d’Europe centrale. En un mois, 50 000 personnes avaient déjà poussé les portes monumentales de la Galerie nationale hongroise, perchée sur les verdoyantes collines de Buda.


