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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ La fortune personnelle du fondateur d’Amazon, qui atteint désormais 155 milliards de dollars (134 milliards d’euros), repose en grande partie sur l’effort continu des travailleurs sous-payés de ses entrepôts.
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Jeff Bezos, boss sans limites

La fortune personnelle du fondateur d’Amazon, qui atteint désormais 155 milliards de dollars (134 milliards d’euros), repose en grande partie sur l’effort continu des travailleurs sous-payés de ses entrepôts.



LE MONDE
 |    02.09.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
02.09.2018 à 10h37
    |

            Frédéric Joignot








                        



                                


                            

« Hectomilliardaire », le mot n’a jamais été utilisé avant lui, Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon. Sa fortune personnelle atteint désormais 155 milliards de dollars (134 milliards d’euros). D’après une étude Bloomberg, l’homme est 2,6 millions de fois plus riche qu’une famille américaine moyenne. Ce pactole formidable confirme un secret mal gardé, dévoilé notamment par Thomas Piketty dans Le Capital au XXIe siècle (Seuil, 2013) : les revenus du capital sont supérieurs à ceux du travail, leur progression est plus rapide que les salaires et la croissance, aggravant considérablement les inégalités.
Jeff Bezos ne s’est pas « fait tout seul », comme certaines légendes le racontent. Sa société et ses livraisons rapides reposent sur l’effort continu des travailleurs sous-payés de ses entrepôts. Leur salaire de départ est de 5 dollars inférieur au salaire minimum américain. La moitié des employés de l’entreprise gagne moins de 23 300 euros par an – une somme que Bezos gagne en neuf secondes. En mai 2014, l’homme s’est vu décerner le titre de « Pire patron au monde », à l’issue d’un sondage mené par la Confédération syndicale internationale. D’après ses rapports, les « trimards » des entrepôts marchent plus de 24 km par jour, ont droit à six minutes de pause quotidienne pour aller aux toilettes, portent des terminaux qui surveillent leurs moindres mouvements, subissent des représailles ou sont licenciés dès qu’ils protestent ou se syndicalisent.
Quant aux cadres, ils sont pressurisés, comme l’a révélé une enquête du New York Times du 15 août 2015 : ils travaillent quatre-vingts heures par semaine, s’envoient des mails jusqu’à minuit, tiennent des conférences téléphoniques le dimanche de Pâques, sont évalués au quotidien par le logiciel Collaborative Anytime Feedback, subissent constamment l’hostilité critique des chefs, font des burn-out… Un responsable du service marketing déclare : « Presque toutes les personnes avec...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ En mai, sur le court de Roland-Garros, la combinaison moulante de l’Américaine Serena Williams a suscité nombre de commentaires. Aussi, les dirigeants de la Fédération française de tennis ont décidé la mise en place d’un code vestimentaire pour « dégager une cohérence ». Et préserver les codes bourgeois ?
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Roland-Garros rhabille ses joueuses

En mai, sur le court de Roland-Garros, la combinaison moulante de l’Américaine Serena Williams a suscité nombre de commentaires. Aussi, les dirigeants de la Fédération française de tennis ont décidé la mise en place d’un code vestimentaire pour « dégager une cohérence ». Et préserver les codes bourgeois ?



LE MONDE
 |    02.09.2018 à 09h00
    |

                            Marion Dupont








                        



                                


                            

Ce mois de mai, la noire silhouette de Serena Williams s’est de nouveau ­détachée sur l’ocre de Roland-Garros : l’Américaine a fait couler beaucoup d’encre en apparaissant vêtue d’une surprenante combinaison moulante sombre à ­ceinture rouge. La championne avait alors justifié sa ­tenue par des raisons médicales (la garantie d’une meilleure circulation sanguine), tout en la comparant au passage à un costume de super-héros :« Je me sens un peu comme une princesse guerrière ­dedans. J’ai toujours voulu être une super-héroïne. » Un costume étendard, donc, pour une légende sportive qui se veut aussi la championne des ­femmes et des Noirs.
La tenue revient aujourd’hui sur le devant la scène, à la faveur des propos de Bernard Giudicelli, président de la Fédération française de tennis (FFT), bientôt rejoint par Guy Forget, directeur des Internationaux de France. Les deux dirigeants ont ­annoncé, cette semaine, la mise en place d’un code vestimentaire à Roland-Garros, n’hésitant pas à prendre la tenue de Serena Williams comme ­contre-exemple.
Les remarques n’ont pas manqué de pleuvoir contre ce qui a été perçu, à juste titre, comme une tentative de contrôler et de réglementer le corps des sportives, dont Alizé Cornet a également fait les frais, mardi 28 août, lors de l’US Open, en recevant un avertissement pour avoir remis son tee-shirt à l’endroit sur le court. Pourtant, dans le cas de Serena Williams, un autre discours se dessine en creux.
Influence médiatique
Bernard Giudicelli parle ainsi de Roland-Garros comme d’un « écrin », et de sa volonté de « faire passer une émotion avec quelque chose qui est beau dans un endroit qui est beau ». Quant à Guy Forget, il argumente sur la création d’un code vestimentaire en soulignant la nécessité de mettre en place un « style Roland-Garros », avec un code couleur ­appuyé sur la rénovation du stade, et qui « dégagera une cohérence » à l’événement. Comprendre :...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ A l’occasion de la sortie de son livre «  L’Angle mort », l’écrivain Régis Debray débat avec le sociologue Edgar Morin de la façon dont l’Occident occulte la mort.
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Régis Debray et Edgar Morin : « On n’arrive pas encore à regarder la mort en face »

A l’occasion de la sortie de son livre «  L’Angle mort », l’écrivain Régis Debray débat avec le sociologue Edgar Morin de la façon dont l’Occident occulte la mort.



LE MONDE
 |    02.09.2018 à 06h24
    |

Nicolas Truong







                        



                                


                            

L’un est sociologue et a mené un travail pionnier d’anthropologie de la mort (L’Homme et la mort, 1951). L’autre est médiologue et publie ces jours-ci L’Angle mort (Cerf, 80 pages, 9 euros), une réflexion sur la façon dont le terrorisme djihadiste interroge notre rapport à la finitude et au sacré. Réunis par Le Monde, Edgar Morin et Régis Debray dialoguent sur l’histoire et l’actualité d’un oubli.

La mort est-elle devenue un « angle mort » en Occident ?
Edgar Morin : Le XXe siècle a cherché à effacer la mort. Aux Etats-Unis, puis ici, avant la mise en bière, on met le mort dans une chambre agréable, il est fardé, bien habillé pour une nouvelle vie. On essaie d’effacer ce que la mort signifie de décomposition et de destruction.
A la sortie de mon livre, L’Homme et la mort, en 1951, la mort était taboue. On n’offrait pas un livre sur ce sujet. Malgré les meilleures critiques que j’ai eues de ma vie, le livre ne se vendait pas (il avait été tiré à 4 000 exemplaires, et l’éditeur a dû en mettre 1 500 au pilon). Or, des années après, quand je suis passé au Seuil, le livre a été réédité, s’est rapidement épuisé, est même passé en poche et continue sa vie.
La mort a commencé à devenir un objet de librairie, notamment avec la parution des livres de Louis-Vincent Thomas et celui de l’historien Philippe Ariès, Essais sur l’histoire de la mort en Occident (1975). L’occultation de la mort a progressivement diminué.
On n’arrive pas encore à regarder la mort en face, mais on commence à vouloir la traiter. Alors que les religions donnent aux croyants cérémonies et promesses d’au-delà, nous autres, sans Dieu sauveur, éprouvons le manque de cérémonies et de rituels de communion.
J’ai suggéré un cérémonial laïque dans La Voie [Fayard, 2011], à l’exemple des funérailles de Castoriadis [1922-1997] : un temple protestant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ « Réseaux. Communication, technologie, société » garde les morts vivants dans son numéro de l’été. De son côté, la revue semestrielle d’anthropologie et de sciences humaines « Terrain » questionne le monde des fantômes.
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Dans les revues

« Réseaux. Communication, technologie, société » garde les morts vivants dans son numéro de l’été. De son côté, la revue semestrielle d’anthropologie et de sciences humaines « Terrain » questionne le monde des fantômes.



LE MONDE
 |    01.09.2018 à 13h00
    |

                            Julie Clarini








                        



                                


                            
Réseaux sociaux
Mémoires post mortem

Les nouvelles technologies ont-elles certains pouvoirs pour garder les morts vivants ? C’est en substance la question posée par la revue ­Réseaux, dans son numéro d’été. Un article de Gérôme Truc sur le ­mémorial numérique des victimes de l’attentat terroriste de 2004, en gare d’Atocha, à Madrid, côtoie une enquête sur les pratiques du deuil sur les réseaux sociaux – garder ou ne pas garder les comptes des ­défunts, en faire un lieu d’annonce, y maintenir vivante la mémoire, ­telles sont les possibilités offertes et dont les pratiques sont analysées ici, sous l’heureux titre de ­« Produire le mort ». L’exploration du statut ­juridique de ces comptes (peut-on en transmettre les voies d’accès aux proches ou doit-on les rendre inaccessibles au nom de la vie privée ?) prolonge la réflexion. On se penchera particulièrement sur l’article de Nelly Quemener et Jamil Dakhlia concernant les nécrologies dans la presse française, ­papier et numérique, et la « sélection discriminante des vies » qui s’y opère. Sans surprise, l’annonce des décès concerne à 85 % des hommes. La célébrité post mortem « construit un monde de héros, véritables symboles de réussite et de progrès social, économique ou politique », remarquent les auteurs, dans lequel entrent peu les femmes à cause d’une position « moins élevée sur l’échelle de gratification, notamment du fait de l’illégitimité culturelle de leur domaine d’activité ».
« Réseaux. Communication, technologie, société », juillet-août 2018, n° 210, La Découverte, 228 p., 25 €.
Anthropologie
Nos chers fantômes

Que vous y croyez ou pas, un fantôme a toujours le don de se poser là et de séparer un avant et un après, entre lesquels, comme le décrit Gregory Delaplace, « rien ne va plus ». Tel est le point de départ du passionnant...




                        

                        


<article-nb="2018/09/02/16-5">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Dieter Rucht, professeur honoraire de sociologie à l’Université libre de Berlin, spécialiste des mouvements sociaux en Allemagne et en Europe, analyse la naissance de Aufstehen, un nouveau parti de la gauche allemande, qui sera lancé le 4 septembre.
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Trois questions à Dieter Rucht, sociologue

Dieter Rucht, professeur honoraire de sociologie à l’Université libre de Berlin, spécialiste des mouvements sociaux en Allemagne et en Europe, analyse la naissance de Aufstehen, un nouveau parti de la gauche allemande, qui sera lancé le 4 septembre.



LE MONDE
 |    01.09.2018 à 13h00
    |

            Thomas Wieder (Berlin, correspondant)








                        


Comment expliquez-vous l’apparition du mouvement Aufstehen sur la scène politique allemande ? De quoi est-il le symptôme ?
La principale raison, c’est le constat que le parti de gauche Die Linke [créé en 2007] n’a pas profité, autant que certains l’auraient espéré, de la crise du Parti social-démocrate (SPD). Ces dernières années, le SPD a perdu plusieurs millions d’électeurs mais Die Linke n’en a pas gagné autant en retour. Il y a donc une question stratégique pour la gauche allemande : comment ­espérer redevenir un jour majoritaire ?
A cela s’ajoute un débat interne sur la ligne de Die Linke. Il n’est pas nouveau. Dans ce parti, Sahra Wagenknecht a longtemps défendu une ligne marxiste « orthodoxe », n’hésitant pas à se faire l’avocate de l’héritage de la période communiste, au risque de se faire critiquer par ses camarades. Les contours idéologiques de son futur mouvement [Aufstehen] puisent dans cette histoire. Par rapport à la majorité de Die Linke, elle incarne une ligne intransigeante : défense assez nette des positions du gouvernement russe, critique radicale de l’Union européenne [UE], fermeté sur l’immigration, en porte-à-faux avec l’ouverture des frontières prônée par la majorité de ses camarades.
Voyez-vous des analogies entre Aufstehen et d’autres mouvements apparus ces dernières années, comme La France insoumise, Podemos, en Espagne, ou le Mouvement 5 étoiles, en Italie ? Et selon vous, Aufstehen a-t-il un avenir ?
Tous se présentent comme une réponse à la crise des partis traditionnels. Mais il y a aussi de vraies différences. Selon moi, le mouvement dont Aufstehen se rapproche le plus est La France insoumise. Il y a des contacts personnels entre Mme Wagenknecht et M. Lafontaine, d’un côté, et Jean-Luc Mélenchon et ses amis, de l’autre. Politiquement, leurs positions sont assez proches, que ce soit sur la Russie ou l’UE. Avec Podemos, je vois moins de parallèles : au départ, ce parti est issu d’un mouvement social et citoyen, les Indignados, alors que Aufstehen est fondé par des responsables d’un parti qui existe. Quant au Mouvement 5 étoiles (M5S), c’est très différent : la façon dont il s’est constitué, autour de multiples groupes locaux fédérés par Beppe Grillo, le rend très particulier, sans parler de son positionnement. Malgré leurs singularités, La France insoumise et Podemos s’inscrivent dans l’histoire de la gauche européenne, comme Aufstehen. Ce n’est pas vraiment le cas du M5S.
Pour revenir à Aufstehen, je crois peu aux chances de ce mouvement, malgré l’intérêt médiatique suscité par sa création. D’abord, parce que je ne vois pas actuellement d’espace à gauche pour une nouvelle structure. Ensuite, parce que l’initiative vient de professionnels de la politique qui n’ont guère d’ancrage dans le mouvement social. En cela, la création d’un mouvement « par en haut » contredit l’idée même du projet, celui d’une nouvelle forme d’action démocratique issue de la base des citoyens. En cela, j’observe surtout une campagne assez efficace sur le plan de la communication, mais sans contenu précis pour l’instant.
Enfin, pour que le succès soit au rendez-vous, il faudrait que le projet nourrisse, dans les partis de gauche, un certain intérêt. Or, ce n’est le cas ni au SPD ni chez les Verts, ni même au sein de Die Linke puisque, même dans son parti et malgré son charisme, Mme Wagenknecht est davantage clivante que rassembleuse.
En raison de son discours sur l’immigration, certains de ses détracteurs accusent Mme Wagenknecht de chasser sur les terres du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD). Ce rapprochement a-t-il un sens ?
Oskar Lafontaine ne s’en cache pas : l’un des objectifs du mouvement est de récupérer les anciens électeurs de Die Linke qui votent désormais AfD. De ce point de vue, il peut y avoir des points communs dans une certaine rhétorique populiste, une certaine vision du peuple contre les élites, une critique de l’Europe, etc. Mais sur l’immigration, je pense au contraire que cela n’a rien à voir. Certes, Mme Wagenknecht souhaite la limiter, mais elle ne prône ni une immigration zéro ni des expulsions massives des étrangers, contrairement à l’AfD. Par ailleurs, son discours n’est pas fondé sur une vision identitaire et culturelle. Enfin, il n’y a pas chez elle de critique de l’islam, point central du programme de l’AfD.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Les dégâts environnementaux infligés par l’homme sont irréversibles, alertent Gerald Markowitz et David Rosner, deux historiens des sciences américains, dans une tribune au « Monde ».
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Contaminations : « Les zones mortes, prélude d’une planète sans vie »

Les dégâts environnementaux infligés par l’homme sont irréversibles, alertent Gerald Markowitz et David Rosner, deux historiens des sciences américains, dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    01.09.2018 à 10h58
 • Mis à jour le
01.09.2018 à 14h58
    |

Gerald Markowitz (historien des sciences) et David Rosner (historien des sciences)







                        



                                


                            

[Dans le cadre de notre opération « Contaminations », nous avons sollicité deux historiens des sciences, Gerald Markowitz (John Jay College of Criminal Justice) et David Rosner (université Columbia à New York) qui ont consacré toute leur carrière à l’étude des pollutions industrielles, notamment le plomb et les polychlorobiphényles. En janvier, les deux Américains ont mis en ligne des milliers de documents internes de firmes (« Toxic Docs ») qui dévoilent les stratégies des industriels pour dissimuler ces crimes environnementaux. Ils lancent une mise en garde sur les conséquences tragiques de notre usage de la planète.]
La planète est un endroit remarquablement résilient. Au fil des siècles, l’homme en a détruit les forêts naturelles, brûlé les sols et pollué les eaux pour finalement constater que, dans l’ensemble, la planète s’en remettait. Longtemps, les villes se débarrassaient de leurs déchets dans les rivières, tandis que les premières usines construites le long de leurs rives disposaient de ces cours d’eau comme de leurs propres égouts ; autrefois sans vie, ces rivières peuvent retrouver une vie foisonnante pour peu qu’on leur en laisse le temps.
Ceux d’entre nous qui ont atteint un certain âge et ont grandi à New York se souviennent sans doute des bancs de poissons morts qui venaient s’échouer sur les rives de notre fleuve Hudson, zone morte il y a peu encore, et aujourd’hui si belle. Les forêts, rasées pour laisser place à des champs, reviendront vite une fois l’homme parti. Il suffit de se promener dans les bois verdoyants de la Nouvelle-Angleterre et d’imaginer, comme le poète Robert Frost, être les premiers à s’émerveiller de leur beauté pour tomber aussitôt sur des ruines des murets de pierre qui clôturaient autrefois les pâturages.
Une nouvelle réalité ébranle les fondements de notre droit de polluer à volonté en croyant que la nature finira par triompher
C’est alors seulement que nous en prenons conscience : ces...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Dans sa chronique, Stéphane Foucart, journaliste au « Monde », relève que l’été a été marqué par une succession de catastrophes liées au dérèglement climatique mais aussi par l’extinction de toute volonté politique de lutter contre ce phénomène.
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Article sélectionné dans La Matinale du 01/09/2018
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« La démission fracassante de Nicolas Hulot est venue cristalliser le grand hiatus de cet été meurtrier »

Dans sa chronique, Stéphane Foucart, journaliste au « Monde », relève que l’été a été marqué par une succession de catastrophes liées au dérèglement climatique mais aussi par l’extinction de toute volonté politique de lutter contre ce phénomène.



LE MONDE
 |    01.09.2018 à 10h24
 • Mis à jour le
02.09.2018 à 06h59
    |

            Stéphane Foucart








                        



                                


                            

Chronique. Les « pierres de la faim » sont le nom parfois donné, dans le monde germanique, aux rochers qui apparaissent sur les berges des fleuves en cas d’étiage sévère. Le retrait des eaux offre alors aux regards ces avertissements, gravés dans la roche, rappelant que, pendant de nombreux siècles, la sécheresse fut sœur de la famine.
L’agence Associated Press rapporte que le long de l’Elbe une dizaine de telles « pierres de la faim » sont réapparues ces dernières semaines, tant le niveau du fleuve est bas. L’une d’elles, datée de l’an 1616, indique, en allemand : « Pleurez si vous me voyez. »
S’il faut pleurer, ce n’est pas tant pour déplorer la sécheresse qui frappe l’Allemagne et une grande partie de l’Europe, mais plutôt devant cette réalité : l’été 2018 restera comme un moment de profond paradoxe, entre la manifestation, dans toute leur ampleur et leur brutalité, des catastrophes liées au dérèglement climatique et l’extinction de facto de toute réelle volonté politique de lutter contre lui. En France, la démission fracassante de Nicolas Hulot, fin août, est venue en quelque sorte cristalliser le grand hiatus de cet été meurtrier.

Anomalie de la température estivale
Ce fut un long train de catastrophes. Début juillet, des précipitations historiques s’abattent sur le Japon, générant des inondations et des coulées de boues inédites, conduisant Tokyo à anticiper l’évacuation de deux millions de personnes. Bilan : près de 230 morts.
A peine une semaine plus tard, la Grèce affronte les incendies les plus meurtriers et les plus destructeurs de son histoire récente. A peu près au même moment, la Norvège et la Suède font face à une canicule et à une sécheresse inédites et comptent plusieurs dizaines de feux de forêt, dont plusieurs au-delà du cercle polaire. Le 20 juillet, il faisait 33 °C à l’extrême nord de la Scandinavie ; deux semaines auparavant, le mercure affichait 51,3 °C à Ouargla, dans le...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ La série de reportages que publie « Le Monde » dans sa série « Contaminations » montre les conséquences à long terme de l’inaction dénoncée par Nicolas Hulot.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                     
                                                

Editorial. Les irréversibles contaminations de la planète

La série de reportages que publie « Le Monde » dans sa série « Contaminations » montre les conséquences à long terme de l’inaction dénoncée par Nicolas Hulot.



LE MONDE
 |    01.09.2018 à 10h01
 • Mis à jour le
02.09.2018 à 05h54
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Revenir sur des lieux oubliés, remettre en lumière des catastrophes qui ont quitté l’actualité, adapter notre pratique du journalisme aux défis de la crise environnementale, c’est-à-dire décrypter la complexité, donner à voir l’invisible, couvrir le long terme autant que l’événement : Le Monde s’est associé au photojournaliste Samuel Bollendorff pour publier, du 1er au 8 septembre, une série de sept reportages en territoires contaminés. Ce sont des villes, des régions entières parfois, souillées par des pollutions irréversibles à l’échelle humaine du temps. Ces sept lieux ont été choisis – aux Etats-Unis, en Russie, au Japon, au Canada, en Italie, au Brésil ou encore au milieu de l’océan Pacifique – pour leur caractère exemplaire et la diversité des situations qu’ils illustrent. Leur point commun est d’être devenus impropres au développement harmonieux de la vie en général, et de celle des humains en particulier.
Au-delà de leur cas particulier, ils illustrent surtout une perturbante réalité : silencieusement, loin des regards, une partie du monde devient progressivement de moins en moins propice à la présence de la vie. Partout sur Terre, la majorité des substrats – les sols, l’air, l’eau – portent désormais la marque indélébile des résidus de l’activité humaine, sous forme de substances chimiques de synthèse, d’hydrocarbures, de métaux lourds, de pesticides… Les chiffres dépassent parfois l’imagination : en Chine, par exemple, les autorités ont révélé en avril 2014 que 16 % des sols du pays dépassaient les normes, déjà singulièrement laxistes, en matière de pesticides et de métaux lourds. Même dans les zones reculées de l’Arctique ou de la forêt amazonienne, présumées vierges, on trouve des traces de plastique, de phtalates, de divers composés toxiques et persistants. Bien souvent, ces substances se fixent dans la chaîne alimentaire et remontent, d’une manière ou d’une autre, jusqu’à nos assiettes.
Les mêmes erreurs sont commises
Car ces territoires souillés à jamais sont les nôtres. Nous partageons les histoires qu’ils racontent. Dans la petite ville d’Anniston, en Alabama, Monsanto a fabriqué pendant près d’un demi-siècle des substances hautement toxiques – les polychlorobiphényles (PCB) – et a pollué irrémédiablement la ville et ses habitants. Mais, avec le temps, on se rend compte que cette catastrophe n’est pas seulement locale : aujourd’hui, la majorité des humains portent en eux des traces ténues de ces substances. Leur présence est généralisée ; elles ne disparaîtront pas. Inlassablement, les mêmes erreurs sont commises, portées par la croyance que tout ce qui a été fait peut être défait, que la nature finira par éponger nos excès, et que toutes les ressources naturelles sont renouvelables, à l’infini.
Il y a près d’un an, en novembre 2017, 15 000 scientifiques avaient lancé dans nos colonnes un cri d’alarme sur l’état de la planète, prévenant qu’il serait bientôt trop tard pour agir, pour tenter de garder une Terre vivable sur le long terme. Ils appelaient l’humanité à changer radicalement de mode de développement. Quel chef d’Etat s’est emparé de leur message ? Un an est passé, rien n’a changé. La démission de Nicolas Hulot de son poste de ministre de la transition écologique, mardi 28 août, est à resituer dans ce contexte. « La planète est en train de devenir une étuve, nos ressources naturelles s’épuisent, la biodiversité fond comme neige au soleil, a-t-il dit. Et on s’évertue à ranimer un modèle économique qui est la cause de tous ces désordres. »

   


La série de reportages que nous publions montre les conséquences à long terme de l’inaction dénoncée par M. Hulot, de l’incapacité des Etats à prendre leurs responsabilités, à jouer pleinement leur rôle face aux forces économiques, comme garants de l’intérêt général et du long terme. Ces catastrophes ne sont pas seulement industrielles, elles signalent aussi de profondes défaillances dans l’action des gouvernements, qui préfèrent ensuite recouvrir pudiquement ces désastres du voile de l’oubli. Retourner sur les lieux, raconter les conséquences de ces tragédies, est une manière de les rappeler à leurs devoirs.

        Lire aussi :
         

                A Anniston, les fantômes de Monsanto






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Dans cette chronique, le professeur d’économie Loïc Charles revient sur le récurrent et stérile débat qui oppose depuis le XVIIIe siècle les naturalistes et la plupart des économistes à Adams Smith et à ses héritiers.
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L’éternelle « réflexion sur les rapports entre le “commerce” et la nature »

Dans cette chronique, le professeur d’économie Loïc Charles revient sur le récurrent et stérile débat qui oppose depuis le XVIIIe siècle les naturalistes et la plupart des économistes à Adams Smith et à ses héritiers.



LE MONDE
 |    01.09.2018 à 10h00
    |

Loïc Charles (Professeur d’économie à l’université Paris-VIII)







                        



                                


                            
Recherches. La démission de Nicolas Hulot souligne encore plus, s’il en était besoin, la place de l’impact environnemental des activités économiques dans le débat public. Réchauffement climatique, pollution et recyclage sont autant d’enjeux liés directement à des concepts économiques fondamentaux comme la croissance économique et la valeur. Ces questions font régulièrement l’actualité, mais elles ne sont presque jamais envisagées au regard de leur profondeur historique.
diriger ou rediriger le développement des activités économiques dans une direction compatible avec le maintien de la biomasse et de la biodiversité
Pourtant, comme l’a montré l’historien Fredrik Albritton Jonsson dès 2010, l’adoption d’une telle perspective permet de clarifier le cadre conceptuel de ces débats récurrents (« Rival Ecologies of Global Commerce : Adam Smith and the Natural Historians », The American Historical Review, décembre 2010).
Le siècle des Lumières voit naître une réflexion sur les rapports entre le « commerce » – c’est-à-dire les activités économiques dans le sens de l’époque – et la nature. La mise en exploitation intensive des espaces coloniaux, la circulation globale des savoirs, des plantes et des marchandises mettaient en danger le fragile équilibre écologique qui existait jusqu’alors. Selon F. A. Jonsson, les hommes des Lumières ont élaboré deux types de discours économique pour répondre aux anxiétés nées de ces risques liés à la modernité.
Les naturalistes et la plupart des économistes proposent d’intervenir pour diriger ou rediriger le développement des activités économiques dans une direction compatible avec le maintien de la biomasse et de la biodiversité. A l’inverse, Adam Smith, dans son ouvrage Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), affirme que les marchés accompliront cette tâche de la manière la plus efficace.
Planification environnementale
En Nouvelle-Angleterre,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Dans son livre « L’Angle mort », le médiologue questionne notre rapport à la mort, aux défunts et au divin.
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L’invitation de Régis Debray à réinventer les communions humaines

Dans son livre « L’Angle mort », le médiologue questionne notre rapport à la mort, aux défunts et au divin.



LE MONDE
 |    01.09.2018 à 09h00
    |

Nicolas Truong







                        



                                


                            
Le terrorisme djihadiste ensanglante notre quotidien mais questionne notre rapport à la mort, aux défunts et au divin. Car par-delà l’effroi, et sa morbide récurrence (près de 5 000 attentats-suicides commis dans le monde entre 1990 et 2015), l’énigme demeure : « Qu’est-ce qui peut pousser au XXIe siècle un homme ou une femme à se faire exploser en tuant autour d’eux un maximum de civils auxquels ils ne peuvent rien reprocher de particulier ? », se demande l’écrivain Régis Debray, qui a voulu comprendre – contre ceux qui estiment qu’expliquer, c’est déjà excuser.
Bien sûr, l’exclusion et la ségrégation, sans oublier la « fascination médiatique » ou « le ressac néocolonial » sont des facteurs aggravants. Mais, ce serait se tromper de focale que de pointer ses seules explications sociales. Et surtout faire du spirituel un « angle mort », alors qu’il préside souvent à la décision finale, comme en témoigne le testament de Mohammed Atta, l’un des kamikazes du 11 septembre 2001, qui détaille longuement le rituel de ses funérailles. En dépit de l’aversion et de l’abjection qu’ils nous inspirent, ces terroristes ne sont pas des nihilistes, explique Debray. Ils ne sont pas attirés par le « nihil » (le « rien », en latin), comme les anarchistes russes dépeints par Dostoïevski et Tourgueniev.
« La dialectique Coca-Cola/ayatollah »
Selon Debray, l’équation s’est même renversée : « Où nous mettons du vide, ils mettent du plein. A eux l’Etre, à nous le Néant. » Car l’individualisme occidental a déshabillé Paul sans habiller Jacques, et le laisse tout nu face au marché sacralisé et au règne du privé. Alors, loin des analyses de Freud, il faudrait commencer par ne pas faire de la religion une simple illusion. Car le mythe est parfois plus fort que la raison : « Que serions-nous sans le secours de ce qui n’existe pas ? », disait Valéry. Il conviendrait également de faire le deuil d’un progrès qui viendrait...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ L’historien australien a fondé le programme sur le génocide cambodgien en 1994. Depuis, grâce à une dotation exceptionnelle de l’Etat américain, il exhume les archives de ce pays afin que les massacres de masse perpétrés par les Khmers rouges, entre 1975 et 1979, soient reconnus comme génocide auprès de la justice internationale.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
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Ben Kiernan, le Cambodge dans la peau

L’historien australien a fondé le programme sur le génocide cambodgien en 1994. Depuis, grâce à une dotation exceptionnelle de l’Etat américain, il exhume les archives de ce pays afin que les massacres de masse perpétrés par les Khmers rouges, entre 1975 et 1979, soient reconnus comme génocide auprès de la justice internationale.



LE MONDE
 |    01.09.2018 à 09h00
    |

                            Antoine Flandrin








                        



                                


                            

Les Khmers rouges n’ont pas fini de le hanter. Après leur avoir consacré quarante ans de recherches et une dizaine d’ouvrages, l’historien australien Ben Kiernan continue de porter le fer dans la plaie, inlassablement. « Pour moi, une question reste en suspens : quel regard les dirigeants khmers rouges portaient-ils sur la terre et l’environnement du Cambodge, et comment ont-ils transformé les Cambodgiens en travailleurs forcés pour modifier l’environnement et se concentrer sur une économie agricole ? »Cette interrogation fera l’objet d’un important chapitre dans son prochain ouvrage consacré à l’histoire environnementale du Cambodge de l’ère glaciaire à nos jours.
Il travaille également sur les violences au Cambodge au XIXe siècle. Fin 2017, il s’est rendu aux archives coloniales françaises d’Aix-en-Provence. Plongé dans les cartons contenant des textes rares du XIXe siècle en langue cambodgienne, ce khmérophone a fini par trouver la pépite : un écrit sur une feuille de riz, datant de 1884, annonçant une rébellion contre les Français qui avaient imposé leur protectorat en 1863.
Les débuts d’un combat
C’est une véritable obsession que nourrit l’historien pour les archives de ce pays. Il les traque depuis que la plupart d’entre elles ont été détruites par les Khmers rouges. Né en 1953 à Melbourne, Ben Kiernan commence à s’intéresser à ces derniers lorsqu’il se rend pour la première fois au Cambodge du haut de ses 20 ans. Peu avant leur prise du pouvoir en 1975, il quitte le pays. Comme de nombreux observateurs occidentaux, il mettra du temps à mesurer à quel point ce régime était criminel. Ce n’est qu’après avoir interrogé, avec sa femme d’origine khmère, des centaines de réfugiés en Thaïlande, en Europe et au Cambodge qu’il dénoncera, en 1978, les « purges massives » et l’« ultranationalisme » du leader khmer rouge, Pol Pot (1925-1998).
Il apprendra ensuite qu’entre 1975 et 1979, les Khmers rouges...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Alors qu’Emmanuel Macron a comparé les Danois, « peuple luthérien » ouvert aux réformes, aux Français, qualifiés de « Gaulois réfractaires au changement », le médiologue lui répond.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
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Régis Debray : « M. Macron devrait savoir que les Gaulois sont indisciplinés et qu’ils ruent encore dans les brancards »

Alors qu’Emmanuel Macron a comparé les Danois, « peuple luthérien » ouvert aux réformes, aux Français, qualifiés de « Gaulois réfractaires au changement », le médiologue lui répond.



LE MONDE
 |    01.09.2018 à 07h30
    |

Nicolas Truong







                        



                                


                            

A l’occasion d’un dialogue avec Edgar Morin sur la façon dont le terrorisme djihadiste interroge notre rapport à la finitude et au sacré, Régis Debray est revenu sur les récents propos d’Emmanuel Macron au Danemark.
Dans Le Nouveau Pouvoir (Cerf, 2017), vous expliquez que notre vieux pays « catho-laïque » est saisi par un « moment néoprotestant ». Les déclarations explicites d’Emmanuel Macron confirment-elles vos intuitions ?
Régis Debray : Je crains que oui. Ces déclarations confirment le fond de l’air du moment. Les réformes en œuvre vont dans le sens de la Réforme, chacun doit se débrouiller tout seul pour faire son salut, sans corps intermédiaires, en ramant dans son coin. Les partis sont donc de trop, les syndicats aussi, comme hier les clergés. L’idéal, c’est l’individu tout nu, seul avec sa foi dans la flexisécurité et les vertus du marché, comme risque à courir.
Les Français sont-ils des « Gaulois réfractaires au changement » ou bien des Astérix résistants (encore et toujours) à l’Empire ?
Notre jeune président, et c’est heureux, a de l’humour, qui est la politesse du désespoir. Mais il aurait tort de désespérer. Tout est fait par son gouvernement pour pousser Astérix dans le droit chemin, qui est censé le mener jusqu’en Californie en passant par l’Europe du Nord anglophone et luthérienne. Cela dit, Astérix est indiscipliné et il rue dans les brancards. L’idée que Rome doit faire la loi dans son village, à la SNCF ou à La Poste, et l’OTAN dans sa défense, il a du mal à s’y résigner. Ce n’est pas dans son caractère. Il renâcle.
« Vous verrez la France transformée par son peuple. Les gens changent d’état d’esprit, ils sont beaucoup plus ouverts au risque », a dit Emmanuel Macron à la reine du Danemark. Peut-on changer de peuple ou changer un peuple ?
La psychologie des peuples a mauvaise réputation, mais elle existe. Il faut relire Montesquieu...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ L’économiste Bertrand Martinot, dans une tribune au « Monde », met en garde contre le procès fait au niveau élevé des allocations versées aux cadres en recherche d’emploi.
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Plafonnement des allocations chômage des cadres : « Il vaut mieux utiliser le levier du délai de carence »

L’économiste Bertrand Martinot, dans une tribune au « Monde », met en garde contre le procès fait au niveau élevé des allocations versées aux cadres en recherche d’emploi.



LE MONDE
 |    01.09.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
01.09.2018 à 11h52
    |

Bertrand Martinot (Ancien délégué général à l’emploi et à la formation professionnelle (2008-2012), collaborateur à l’Institut Montaigne)







                        



                                


                            
Tribune. L’assurance-chômage, on le sait, est un sujet techniquement et politiquement redoutable. Ce dossier comporte un invariant : tout bon débat politique sur ce thème commence par la question de l’indemnisation des salariés à haut salaire. Cette rentrée ne fait pas exception à cette règle, avec les propositions portées récemment par certains députés La République en marche (LRM) de diminuer le plafond des allocations.
Plus précisément, le débat se focalise sur le niveau maximal des allocations-chômage pour les salariés à hauts revenus antérieurs, soit 6 200 euros net mensuels. Un tel montant interpelle naturellement s’agissant d’une dépense sociale et c’est, de loin, le plafond le plus élevé de toute l’Union européenne. Dès lors, les propositions visant à abaisser ce plafond semblent pleines de bon sens : faire des économies, diminuer une allocation pour les « riches » (on se rappelle que pour François Hollande, en 2011, la richesse commençait avec un revenu de 4 000 euros par mois ), diminuer les effets d’aubaine (éviter que des chômeurs richement dotés, facilement employables, « prennent des vacances » sur le dos de l’assurance-chômage). Il reste qu’elles soulèvent quelques redoutables questions de principe.
Baisser les allocations en laissant inchangé le niveau de cotisation serait assez inique, surtout s’agissant de salariés déjà largement contributeurs net au système
Premièrement, le niveau très élevé du plafonnement des allocations pour les cadres n’est que la contrepartie du niveau de plafonnement des cotisations elles-mêmes : en France, un employeur paye les plus lourdes cotisations d’assurance-chômage d’Europe (4 % du salaire brut), dans la limite du plafond de salaire le plus élevé d’Europe (12 860 euros par mois, contre 6 000 en Allemagne, 4 300 aux Pays-Bas, 3 600 en Espagne…). Quant au cadre français, il finance dorénavant l’assurance-chômage par la CSG, donc sans aucun plafond.
Par conséquent, une discussion...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ En prônant la « mise au travail » des chômeurs et des exclus, le gouvernement dit suivre la voie des réformes menées ailleurs en Europe. Mais elles n’y ont pas fait leurs preuves, souligne le sociologue Jean-Claude Barbier dans une tribune au « Monde ».
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Chômage, aide sociale : «  Il faut donner toute l’attention à l’accompagnement et à la lutte contre les freins à l’emploi »

En prônant la « mise au travail » des chômeurs et des exclus, le gouvernement dit suivre la voie des réformes menées ailleurs en Europe. Mais elles n’y ont pas fait leurs preuves, souligne le sociologue Jean-Claude Barbier dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    01.09.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
01.09.2018 à 11h53
    |

Jean-Claude Barbier (CNRS, professeur émérite de sociologie à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne)







                        



                                


                            
[Minima sociaux, assurance-chômage, insertion des jeunes… le choix des coupes budgétaires et de la « mise au travail » est contesté par quatre experts.]
Tribune. Les buts des politiques de lutte contre le chômage et l’exclusion sociale sont a priori identiques dans la plupart des pays européens, et font d’ailleurs l’unanimité chez les économistes classiques : il faut plutôt fournir du travail aux chômeurs et aux personnes pauvres que de leur donner des subsides. Ce principe de l’« activation » réunit aussi la classe politique, à droite, à gauche et le « nouveau monde », pour rompre avec ce qu’on appelle en France l’« assistanat ». C’est aussi le mot d’ordre du premier ministre le 26 août lorsqu’il répète, dans Le Journal du dimanche : « Nous faisons le choix du travail. »
Pourtant, dans tous les pays de l’Union européenne, les gouvernements maintiennent en réalité leur assistance – certes réduite, mais encore significative – aux chômeurs et aux exclus, sans laquelle l’accès à un minimum de revenus serait impossible, pour des proportions significatives de la population. Sans cette assistance, la situation serait catastrophique compte tenu des taux de pauvreté déjà importants en Europe (près de 20 % en Allemagne, 22 % au Royaume Uni, 18, 2 % en France, 17,6 % au Danemark, selon le taux standardisé d’Eurostat en 2017).
Si les pays recourent aux mêmes techniques économico-administratives, leurs systèmes sont en fait très différents, par leur générosité, par leur histoire et par la légitimité politique dont ils jouissent dans le public. Les politiques danoise et suédoise sont plus efficaces et plus généreuses depuis plus de vingt ans. Les politiques britanniques sont les plus chiches et exigeantes vis-à-vis des chômeurs et des indigents, et ce depuis le XIXe siècle. Les politiques allemandes sont censées avoir trouvé le carré magique depuis la réforme Schröder de 2004 – c’est du...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Les dispositifs qui s’adressent aux jeunes doivent privilégier l’accès de tous les jeunes au droit commun, estime le haut fonctionnaire et documentariste Quentin Jagorel, dans une tribune au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
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« Il faut favoriser la mobilité des jeunes comme moyen d’échapper aux déterminants territoriaux »

Les dispositifs qui s’adressent aux jeunes doivent privilégier l’accès de tous les jeunes au droit commun, estime le haut fonctionnaire et documentariste Quentin Jagorel, dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    01.09.2018 à 06h45
    |

Quentin Jagorel (Haut fonctionnaire, responsable du pôle politique de la ville et des territoires au sein du think tank Démocratie vivante)







                        



                                


                            
[Minima sociaux, assurance-chômage, insertion des jeunes… le choix des coupes budgétaires et de la « mise au travail » est contesté par quatre experts.]
Tribune. La jeunesse est souvent affichée comme une priorité politique et constitue une cible privilégiée des réformes sociales lancées ou proposées, comme l’apprentissage, la garantie jeunes, les plans de formation ou le service civique.
Le plus souvent pourtant, la question des jeunes est posée en termes généraux, sans tentative de la croiser avec les déterminants territoriaux qui façonnent la diversité d’une catégorie trop souvent présentée comme un bloc. Car le territoire est une expérience concrète que vit chaque jeune dans son parcours personnel : il est tout à la fois un catalyseur et un révélateur des inégalités sociales, tant en matière de parcours scolaire et universitaire que d’accès à l’emploi et au logement.
Tension entre centre et périphérie
Aujourd’hui en France, les activités, les savoirs et les richesses se concentrent dans quelques grandes métropoles, elles-mêmes situées dans les régions les plus dynamiques. La question territoriale s’intéresse de plus en plus à la tension entre centre et périphérie. Or, les deux tiers des jeunes vivent aujourd’hui dans un espace qui peut être qualifié de périphérique : banlieue, espace péri-urbain, villes petites ou moyennes, ruralité.
« La mobilité quotidienne des jeunes est la condition de leur insertion et de leur autonomie. »
La mobilité quotidienne des jeunes est la condition de leur insertion et de leur autonomie. Et leur mobilité résidentielle, à des fins professionnelles ou académiques, leur permet de construire un parcours de vie individuel. Or, ils ne sont pas égaux face à la mobilité : certains sont parfaitement mobiles (notamment dans les centres), d’autres sont contraints par l’insuffisance des moyens de locomotion dans leur territoire, d’autres cumulent freins matériels et psychologiques...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Les militants associatifs Louis Boillot et Quentin Sauzay considèrent, dans une tribune au « Monde », que le vote des jeunes en faveur des partis extrémistes est moins motivé par le rejet de l’immigration ou de la mondialisation que par la baisse des revenus et des opportunités.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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« Les jeunes européens expriment un attachement à la redistribution de la richesse »

Les militants associatifs Louis Boillot et Quentin Sauzay considèrent, dans une tribune au « Monde », que le vote des jeunes en faveur des partis extrémistes est moins motivé par le rejet de l’immigration ou de la mondialisation que par la baisse des revenus et des opportunités.



LE MONDE
 |    01.09.2018 à 05h30
    |

Louis Boillot (Economiste) et Quentin Sauzay (Avocat)







                        



                                


                            

[Minima sociaux, assurance-chômage, insertion des jeunes… Le choix des coupes budgétaires et de la « mise au travail » est contesté par les experts.]
Tribune. Une grande majorité des enquêtes électorales menées en Europe de l’Ouest depuis 2015 dressent le constat suivant : les jeunes de 18 à 30 ans votent – lorsqu’ils votent – pour des forces politiques radicales, critiques du projet européen et du libre-échange.
Il existe aujourd’hui une littérature importante sur l’attrait des populations vulnérables pour les thèses protectionnistes. En revanche, les analyses du comportement électoral des jeunes se limitent à une approche sociologique ou décrivent un « effet âge » les portant à voter très à gauche… ou très à droite. La jeunesse resterait ce corps social indéfini, aux aspirations contradictoires et sans identité politique forte. Elle se donnerait, par romantisme, au premier tribun venu.
Le traitement médiatique du vote des jeunes ne permet pas non plus de se rendre compte des tendances lourdes à l’œuvre. Au Royaume-Uni, beaucoup a été écrit sur la jeunesse « ouverte et connectée » qui a voté contre le Brexit (2016) et pour le Labour (2015). En France, c’est le désamour de la jeunesse pour les partis traditionnels qui a fait l’objet d’un traitement important (seulement 9 % des jeunes inscrits ont voté pour les candidats LR et PS), tandis que l’élection d’un président jeune a infusé l’idée d’un soutien juvénile fort. En Italie, près de 40 % des 18-24 ans ont choisi le Mouvement 5 étoiles (M5S), une audience comparable à la mobilisation des jeunes pour Podemos en Espagne en 2015 et 2016.
Si l’on s’intéresse aux motivations de ces jeunes, une préoccupation semble cependant s’exprimer majoritairement : l’attachement à la redistribution de la richesse. Il s’agit, par exemple, de la question des revenus décents pour les jeunes (Espagne, Italie) ou de l’accès à l’enseignement supérieur et à la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ David Weill, dirigeant de l’équipementier automobile Faurecia, passe en revue, dans une tribune au « Monde », les usages possibles du temps libéré de la conduite automobile.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
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« Les véhicules autonomes vont modifier la valeur que nous attribuons au temps »

David Weill, dirigeant de l’équipementier automobile Faurecia, passe en revue, dans une tribune au « Monde », les usages possibles du temps libéré de la conduite automobile.



LE MONDE
 |    31.08.2018 à 15h00
    |

David Weill (Vice-président Stratégie de Faurecia Interiors)







                        



                                


                            
Tribune. L’avènement du véhicule autonome pourrait s’avérer aussi révolutionnaire que le passage du cheval à l’automobile. Les voyages à cheval s’étiraient au rythme d’itinéraires balisés, ponctués de haltes nocturnes dans des auberges et peuplés de forgerons et de palefreniers. En l’espace de quelques décennies, le transport motorisé a transformé la capacité des individus à se déplacer et favorisé l’émergence de nombreuses industries liées à la voiture – avec la mort concomitante des artisans de l’ancien monde. Nos paysages ruraux comme urbains furent transformés, nos déplacements libérés.
Libérés de l’obligation de conduire en permanence durant leurs déplacements, les usagers pourront reporter leur attention sur d’autres activités
La révolution engendrée par le véhicule autonome offre des promesses comparables : expériences de mobilité radicalement différente, temps libéré, accès à des horizons plus lointains. Ce véhicule présente en outre l’avantage de concerner plusieurs cercles de non-conducteurs – jeunes, personnes âgées ou à mobilité réduite.
Au-delà de l’industrie automobile, de nombreux fournisseurs de technologies et de services s’intéressent à la façon d’exploiter le potentiel offert en termes de nouveaux modes de vie et de consommation. Les véhicules autonomes vont en effet modifier la valeur que nous attribuons au temps. Libérés de l’obligation de conduire en permanence durant leurs déplacements, les usagers pourront reporter leur attention sur d’autres activités : travail, détente, communication, divertissement…

Ce temps libéré brouillera les frontières entre foyer, travail et loisirs. En profitera-t-on pour travailler plus, en préparant des documents sur des tables rabattables ou en passant des appels sur des écrans connectés ? Ou ce temps gagné sera-t-il mis à profit pour surfer sur Internet, faire des achats en ligne et se détendre dans un environnement plus personnalisé ? Ou les trois en même temps ?
Tirer...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Dans un monde où un objet connecté peut écouter et obéir aux ordres donnés, ce mode d’interaction pourrait contaminer nos interactions humaines, observent les consultants Paul Grunelius et Lucie Marchais dans une tribune au « Monde ».
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« Notre rapport aux machines domestiques est un des enjeux majeurs des années à venir »

Dans un monde où un objet connecté peut écouter et obéir aux ordres donnés, ce mode d’interaction pourrait contaminer nos interactions humaines, observent les consultants Paul Grunelius et Lucie Marchais dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    31.08.2018 à 14h00
    |

Paul Grunelius et Lucie Marchais (Consultants au cabinet de conseil Artefact)







                        



                                


                            
Tribune. Las Vegas, janvier 2018. Le Consumer Electronics Show (CES), grand-messe mondiale de l’innovation, est plongé dans son brouhaha habituel. Pourtant, nombre de voix au ton nasillard et à l’énonciation parfois heurtée se distinguent nettement. Emanant de voitures, réfrigérateurs ou même de toilettes, elles sont toutes l’incarnation d’un des phénomènes technologiques qui a le plus polarisé l’attention ces deux dernières années : la « voice technology ».
Preuve de l’engouement pour cette nouvelle façon d’interagir, un Américain sur cinq possède déjà une enceinte connectée
La voix s’intègre partout : dans les enceintes connectées bien sûr (Google Home ou Amazon Echo par exemple), mais aussi dans les smartphones et, de plus en plus, dans les objets de notre quotidien.
La maturité récente de cette technologie s’explique par les avancées majeures réalisées dans deux champs complémentaires : la reconnaissance vocale (capacité d’un ordinateur à identifier des mots et à les traduire en texte) et le traitement du langage naturel (compréhension du sens des mots et des phrases). Ce qui nous amène aujourd’hui à des taux d’erreur de reconnaissance vocale de seulement 5 %.
Son utilité ? Libérer les utilisateurs des écrans et leur permettre de naviguer au moyen de la simple parole. Preuve de l’engouement pour cette nouvelle façon d’interagir, un Américain sur cinq possède déjà une enceinte connectée et, plus impressionnant encore, la moitié des recherches en ligne devraient être faites par la voix en 2020.
Impact direct
Si l’impact économique et marketing de cette innovation est connu et bien documenté, celui, plus intime, sur la manière dont elle pourrait modifier en profondeur notre façon de nous exprimer et d’interagir avec autrui reste largement à explorer.
 Marshall McLuhan (1911-1980), pionnier canadien de l’étude des médias
 Marshall...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ L’anthropologue Michel Naepels dit son admiration et sa tristesse après la mort du poète, décédé le 23 août, à l’âge de 81 ans.
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Franck Venaille, hommage à un poète meurtri

L’anthropologue Michel Naepels dit son admiration et sa tristesse après la mort du poète, décédé le 23 août, à l’âge de 81 ans.



LE MONDE
 |    31.08.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
31.08.2018 à 13h59
    |

                            Michel Naepels (Anthropologue)








                        



                                


                            

Comment dire sa tristesse et son admiration ? Franck Venaille est mort. Eric Loret a rappelé son cheminement biographique et poétique : « Franck Venaille, Prix Goncourt de la poésie 2017, est mort » (Lemonde.fr du 24 août). Un motif fondateur de son œuvre, sur la possibilité d’un retour à la vie après la guerre, me touche particulièrement parce qu’il résonne avec les recherches que je mène sur les suites subjectives et sociales de la violence : « Etait-il possible à un homme revenu de guerre / couvert de blessures de guerre d’apprendre, / de nouveau, à actionner sa pensée non dans l’espoir de je ne sais / quelle victoire militaire / mais pour la vie réelle ? » (Chaos, Mercure de France, 2007, p. 54-55). Et Venaille n’a pas cessé de ne pas se remettre de la guerre, de sa défaite, comme aussi de son enfance.

Le point de départ de son écriture, c’est l’intimité de la douleur, de la souffrance. Lentement, car c’est une histoire sans fin, « lentement la blessure s’infecte et cela sent le désespoir » (La Descente de l’Escaut, Obsidiane, 1995, p. 31). Et l’angoisse, omniprésente. Venaille écrit du point de vue de l’homme meurtri, « dans la fêlure du monde où les plaies suintent » (id., p. 108).
Il inscrit son œuvre dans « un univers de guerre civile » (id., p. 58), depuis « le camp des réfractaires au bonheur » (id., p. 60). Si la souffrance est « identique pour un comte de Flandre ou un berger niais » (id., p. 13), le point de vue de Venaille est celui des gueux, des fuyards, des déshérités, des modestes, de celles et ceux qui connaissent la honte et l’humiliation. La souffrance est aussi animale, et singulièrement à partir d’un destin partagé avec les chevaux : piaffer, hennir, ruer, en attendant l’abattoir.
« La guerre au plus près »
« Soudain c’est la guerre » (La Bataille des éperons d’or, Mercure de France, 2014, p. 10). La guerre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Manipulations génétiques, transhumanisme, nanotechnologies, généralisation d’Internet…  L’innovateur doit réfléchir aux impacts des avancées technologiques sur nos modes de vie avant  de commercialiser ses produits, recommande  Xavier Pavie, philosophe et professeur à l’Essec.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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« Il est urgent  que la philosophie questionne l’innovation »

Manipulations génétiques, transhumanisme, nanotechnologies, généralisation d’Internet…  L’innovateur doit réfléchir aux impacts des avancées technologiques sur nos modes de vie avant  de commercialiser ses produits, recommande  Xavier Pavie, philosophe et professeur à l’Essec.



LE MONDE
 |    31.08.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
31.08.2018 à 13h43
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            
Professeur à l’Essec Business School, Xavier Pavie est également chercheur associé à l’Institut de recherches philosophiques (IRePH) de l’université ­Paris-Nanterre. C’est sous cette double casquette qu’il publie L’Innovation à l’épreuve de la philosophie (PUF, 400 p., 22 euros), dans lequel il préconise le recours aux exercices spirituels issus de la philosophie antique pour promouvoir une innovation « responsable ».
Pourquoi estimez-vous urgent de soumettre l’innovation à l’épreuve de la philosophie ?
Parce que les innovations récentes auront des conséquences peut-être irréversibles, il est urgent de les questionner, et il n’y a pas de discipline plus pertinente que la philosophie pour cela. Les bonnes voies de la philosophie – les voies vers la sagesse, la maîtrise des passions, la mesure et la ­tempérance – peuvent nous conduire vers un avenir humainement durable en termes d’innovation.
De quelles innovations parlez-vous ?
Aussi bien des manipulations génétiques que des promesses du transhumanisme, des nanotechnologies ou de la généralisation d’Internet. Ces avancées nous ont donné des pouvoirs nouveaux depuis un demi-siècle, car l’humanité s’est libérée de deux contraintes majeures.
La première, technique et scientifique, a été levée par la convergence de ce que l’on appelle les NBIC [pour « nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives »], qui nous donne désormais la capacité d’augmenter la condition humaine. La seconde contrainte, d’ordre moral, était jusqu’alors maintenue par les institutions, notamment religieuses : il était condamnable de chercher à modifier l’humain et la nature. Or, même si les voix des Eglises n’ont pas disparu, elles ne sont plus audibles sur ce sujet auprès des scientifiques.
Par ailleurs, l’innovation se joue désormais, pour l’essentiel, dans un monde libéral : elle est avant tout considérée comme une perspective de...




                        

                        

