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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ David Weill, dirigeant de l’équipementier automobile Faurecia, passe en revue, dans une tribune au « Monde », les usages possibles du temps libéré de la conduite automobile.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤                     
                                                   
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« Les véhicules autonomes vont modifier la valeur que nous attribuons au temps »

David Weill, dirigeant de l’équipementier automobile Faurecia, passe en revue, dans une tribune au « Monde », les usages possibles du temps libéré de la conduite automobile.



LE MONDE
 |    31.08.2018 à 15h00
    |

David Weill (Vice-président Stratégie de Faurecia Interiors)







                        



                                


                            
Tribune. L’avènement du véhicule autonome pourrait s’avérer aussi révolutionnaire que le passage du cheval à l’automobile. Les voyages à cheval s’étiraient au rythme d’itinéraires balisés, ponctués de haltes nocturnes dans des auberges et peuplés de forgerons et de palefreniers. En l’espace de quelques décennies, le transport motorisé a transformé la capacité des individus à se déplacer et favorisé l’émergence de nombreuses industries liées à la voiture – avec la mort concomitante des artisans de l’ancien monde. Nos paysages ruraux comme urbains furent transformés, nos déplacements libérés.
Libérés de l’obligation de conduire en permanence durant leurs déplacements, les usagers pourront reporter leur attention sur d’autres activités
La révolution engendrée par le véhicule autonome offre des promesses comparables : expériences de mobilité radicalement différente, temps libéré, accès à des horizons plus lointains. Ce véhicule présente en outre l’avantage de concerner plusieurs cercles de non-conducteurs – jeunes, personnes âgées ou à mobilité réduite.
Au-delà de l’industrie automobile, de nombreux fournisseurs de technologies et de services s’intéressent à la façon d’exploiter le potentiel offert en termes de nouveaux modes de vie et de consommation. Les véhicules autonomes vont en effet modifier la valeur que nous attribuons au temps. Libérés de l’obligation de conduire en permanence durant leurs déplacements, les usagers pourront reporter leur attention sur d’autres activités : travail, détente, communication, divertissement…

Ce temps libéré brouillera les frontières entre foyer, travail et loisirs. En profitera-t-on pour travailler plus, en préparant des documents sur des tables rabattables ou en passant des appels sur des écrans connectés ? Ou ce temps gagné sera-t-il mis à profit pour surfer sur Internet, faire des achats en ligne et se détendre dans un environnement plus personnalisé ? Ou les trois en même temps ?
Tirer...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Dans un monde où un objet connecté peut écouter et obéir aux ordres donnés, ce mode d’interaction pourrait contaminer nos interactions humaines, observent les consultants Paul Grunelius et Lucie Marchais dans une tribune au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤                     
                                                   
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« Notre rapport aux machines domestiques est un des enjeux majeurs des années à venir »

Dans un monde où un objet connecté peut écouter et obéir aux ordres donnés, ce mode d’interaction pourrait contaminer nos interactions humaines, observent les consultants Paul Grunelius et Lucie Marchais dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    31.08.2018 à 14h00
    |

Paul Grunelius et Lucie Marchais (Consultants au cabinet de conseil Artefact)







                        



                                


                            
Tribune. Las Vegas, janvier 2018. Le Consumer Electronics Show (CES), grand-messe mondiale de l’innovation, est plongé dans son brouhaha habituel. Pourtant, nombre de voix au ton nasillard et à l’énonciation parfois heurtée se distinguent nettement. Emanant de voitures, réfrigérateurs ou même de toilettes, elles sont toutes l’incarnation d’un des phénomènes technologiques qui a le plus polarisé l’attention ces deux dernières années : la « voice technology ».
Preuve de l’engouement pour cette nouvelle façon d’interagir, un Américain sur cinq possède déjà une enceinte connectée
La voix s’intègre partout : dans les enceintes connectées bien sûr (Google Home ou Amazon Echo par exemple), mais aussi dans les smartphones et, de plus en plus, dans les objets de notre quotidien.
La maturité récente de cette technologie s’explique par les avancées majeures réalisées dans deux champs complémentaires : la reconnaissance vocale (capacité d’un ordinateur à identifier des mots et à les traduire en texte) et le traitement du langage naturel (compréhension du sens des mots et des phrases). Ce qui nous amène aujourd’hui à des taux d’erreur de reconnaissance vocale de seulement 5 %.
Son utilité ? Libérer les utilisateurs des écrans et leur permettre de naviguer au moyen de la simple parole. Preuve de l’engouement pour cette nouvelle façon d’interagir, un Américain sur cinq possède déjà une enceinte connectée et, plus impressionnant encore, la moitié des recherches en ligne devraient être faites par la voix en 2020.
Impact direct
Si l’impact économique et marketing de cette innovation est connu et bien documenté, celui, plus intime, sur la manière dont elle pourrait modifier en profondeur notre façon de nous exprimer et d’interagir avec autrui reste largement à explorer.
 Marshall McLuhan (1911-1980), pionnier canadien de l’étude des médias
 Marshall...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ L’anthropologue Michel Naepels dit son admiration et sa tristesse après la mort du poète, décédé le 23 août, à l’âge de 81 ans.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤                     
                                                   
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Franck Venaille, hommage à un poète meurtri

L’anthropologue Michel Naepels dit son admiration et sa tristesse après la mort du poète, décédé le 23 août, à l’âge de 81 ans.



LE MONDE
 |    31.08.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
31.08.2018 à 13h59
    |

                            Michel Naepels (Anthropologue)








                        



                                


                            

Comment dire sa tristesse et son admiration ? Franck Venaille est mort. Eric Loret a rappelé son cheminement biographique et poétique : « Franck Venaille, Prix Goncourt de la poésie 2017, est mort » (Lemonde.fr du 24 août). Un motif fondateur de son œuvre, sur la possibilité d’un retour à la vie après la guerre, me touche particulièrement parce qu’il résonne avec les recherches que je mène sur les suites subjectives et sociales de la violence : « Etait-il possible à un homme revenu de guerre / couvert de blessures de guerre d’apprendre, / de nouveau, à actionner sa pensée non dans l’espoir de je ne sais / quelle victoire militaire / mais pour la vie réelle ? » (Chaos, Mercure de France, 2007, p. 54-55). Et Venaille n’a pas cessé de ne pas se remettre de la guerre, de sa défaite, comme aussi de son enfance.

Le point de départ de son écriture, c’est l’intimité de la douleur, de la souffrance. Lentement, car c’est une histoire sans fin, « lentement la blessure s’infecte et cela sent le désespoir » (La Descente de l’Escaut, Obsidiane, 1995, p. 31). Et l’angoisse, omniprésente. Venaille écrit du point de vue de l’homme meurtri, « dans la fêlure du monde où les plaies suintent » (id., p. 108).
Il inscrit son œuvre dans « un univers de guerre civile » (id., p. 58), depuis « le camp des réfractaires au bonheur » (id., p. 60). Si la souffrance est « identique pour un comte de Flandre ou un berger niais » (id., p. 13), le point de vue de Venaille est celui des gueux, des fuyards, des déshérités, des modestes, de celles et ceux qui connaissent la honte et l’humiliation. La souffrance est aussi animale, et singulièrement à partir d’un destin partagé avec les chevaux : piaffer, hennir, ruer, en attendant l’abattoir.
« La guerre au plus près »
« Soudain c’est la guerre » (La Bataille des éperons d’or, Mercure de France, 2014, p. 10). La guerre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Manipulations génétiques, transhumanisme, nanotechnologies, généralisation d’Internet…  L’innovateur doit réfléchir aux impacts des avancées technologiques sur nos modes de vie avant  de commercialiser ses produits, recommande  Xavier Pavie, philosophe et professeur à l’Essec.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
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« Il est urgent  que la philosophie questionne l’innovation »

Manipulations génétiques, transhumanisme, nanotechnologies, généralisation d’Internet…  L’innovateur doit réfléchir aux impacts des avancées technologiques sur nos modes de vie avant  de commercialiser ses produits, recommande  Xavier Pavie, philosophe et professeur à l’Essec.



LE MONDE
 |    31.08.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
31.08.2018 à 13h43
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            
Professeur à l’Essec Business School, Xavier Pavie est également chercheur associé à l’Institut de recherches philosophiques (IRePH) de l’université ­Paris-Nanterre. C’est sous cette double casquette qu’il publie L’Innovation à l’épreuve de la philosophie (PUF, 400 p., 22 euros), dans lequel il préconise le recours aux exercices spirituels issus de la philosophie antique pour promouvoir une innovation « responsable ».
Pourquoi estimez-vous urgent de soumettre l’innovation à l’épreuve de la philosophie ?
Parce que les innovations récentes auront des conséquences peut-être irréversibles, il est urgent de les questionner, et il n’y a pas de discipline plus pertinente que la philosophie pour cela. Les bonnes voies de la philosophie – les voies vers la sagesse, la maîtrise des passions, la mesure et la ­tempérance – peuvent nous conduire vers un avenir humainement durable en termes d’innovation.
De quelles innovations parlez-vous ?
Aussi bien des manipulations génétiques que des promesses du transhumanisme, des nanotechnologies ou de la généralisation d’Internet. Ces avancées nous ont donné des pouvoirs nouveaux depuis un demi-siècle, car l’humanité s’est libérée de deux contraintes majeures.
La première, technique et scientifique, a été levée par la convergence de ce que l’on appelle les NBIC [pour « nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives »], qui nous donne désormais la capacité d’augmenter la condition humaine. La seconde contrainte, d’ordre moral, était jusqu’alors maintenue par les institutions, notamment religieuses : il était condamnable de chercher à modifier l’humain et la nature. Or, même si les voix des Eglises n’ont pas disparu, elles ne sont plus audibles sur ce sujet auprès des scientifiques.
Par ailleurs, l’innovation se joue désormais, pour l’essentiel, dans un monde libéral : elle est avant tout considérée comme une perspective de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Editorial. En se revendiquant l’« opposant principal » aux nationalistes, Emmanuel Macron veut reproduire, en vue des européennes de 2019, le positionnement qui lui a réussi à la présidentielle. Une stratégie à double tranchant.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤                     
                                                

Macron face à l’axe Salvini-Orban

Editorial. En se revendiquant l’« opposant principal » aux nationalistes, Emmanuel Macron veut reproduire, en vue des européennes de 2019, le positionnement qui lui a réussi à la présidentielle. Une stratégie à double tranchant.



LE MONDE
 |    31.08.2018 à 12h58
 • Mis à jour le
31.08.2018 à 13h26
   





                        


Editorial du « Monde ». C’est l’un des paradoxes de cette délicate rentrée politique : Viktor Orban et Matteo Salvini, les porte-drapeaux du nationalisme en Europe, ont rendu un fier service, mercredi 29 août, à un président Macron dont la position sur la scène européenne s’est considérablement fragilisée depuis un an.
Réunis à Milan, le premier ministre hongrois et le vice-président du conseil italien, chef du parti d’extrême droite la Ligue, ont désigné Emmanuel Macron comme leur ennemi numéro un : « Il y a actuellement deux camps en Europe, a dit M. Salvini. Macron est à la tête des forces soutenant l’immigration. De l’autre côté, il y a nous, qui voulons arrêter l’immigration illégale. Nous travaillerons ensemble pour créer une future alliance afin de mettre au premier plan le droit au travail, à la santé et à la sécurité – tout ce que les élites européennes dirigées par Macron nous refusent. »

        Lire aussi :
         

                Migrants : Viktor Orban et Matteo Salvini prennent Emmanuel Macron pour cible



Le cadeau était inespéré. Depuis le Danemark, où il se trouvait en visite officielle, Emmanuel Macron a aussitôt saisi la perche ainsi tendue : confirmant l’émergence du clivage entre « nationalistes et progressistes », le chef de l’Etat s’est engagé à ne « céder en rien aux nationalistes et à ceux qui prônent un discours de haine ». « Donc, a-t-il ajouté, s’ils ont voulu voir en ma personne leur opposant principal, ils ont raison. »
De la haute voltige
C’est exactement le cadre idéologique dans lequel M. Macron veut aborder la campagne pour les élections européennes du 26 mai. Lundi, devant les ambassadeurs de France réunis à Paris, il avait déjà épinglé les incohérences européennes des gouvernements hongrois et polonais. Mercredi, son ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a enfoncé le clou en brocardant « l’approche utilitariste » qu’ont les gouvernements « populistes » de l’UE, et en prônant une position franco-allemande commune face à ces « marchands d’illusions ».

        Lire aussi :
         

                Le Drian : la France « pas prête à payer » pour une Europe des populistes



La démarche de M. Macron est claire : il veut reproduire au niveau européen, en 2019, les lignes de fracture politiques qui lui ont permis de battre Marine Le Pen et de remporter les élections françaises de 2017. Dans un contexte où, comme il le reconnaît lui-même, les difficultés de la chancelière allemande, Angela Merkel, ont brisé la dynamique qui l’avait propulsé sur le devant de la scène européenne en 2017, une offensive coordonnée des nationalistes, de plus en plus nombreux au pouvoir dans les pays de l’UE, permettrait au président français de mobiliser les « progressistes » européens autour de lui.
Cette stratégie est à double tranchant. D’une part, elle contredit les appels à l’unité européenne sur la scène géostratégique mondiale. D’autre part, elle met en porte-à-faux Mme Merkel, dont le parti, la CDU, est le chef de file du PPE (Parti populaire européen), formation qui regroupe au Parlement européen de nombreux partis de droite, dont celui de M. Orban. M. Macron aimerait, précisément, faire voler en éclats cette alliance de plus en plus inconfortable pour les tenants d’une droite modérée. Y parvenir tout en préservant le précieux partenariat franco-allemand va tenir de la haute voltige.
La grande bataille européenne de 2019 ne fait que commencer. On voit déjà sur quelle base confuse elle s’engage. Ainsi, « L’Europe qui protège », dont les leaders européens de la droite nationaliste se sont emparés, était le slogan d’Emmanuel Macron lors de sa campagne de 2017. Chacun y met aujourd’hui des contenus diamétralement opposés.

        Lire aussi :
         

                La marche contrariée de Macron sur l’Europe






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Introduire la notion d’appropriation culturelle dans le monde de l’art, c’est oublier qu’une œuvre digne de ce nom se doit d’être indomptable, estime, dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
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« Tout ce que Roth a prophétisé dans “La Tache” est, vingt ans plus tard, sous nos yeux »

Introduire la notion d’appropriation culturelle dans le monde de l’art, c’est oublier qu’une œuvre digne de ce nom se doit d’être indomptable, estime, dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde ».



LE MONDE
 |    31.08.2018 à 12h45
 • Mis à jour le
31.08.2018 à 13h42
    |

            Michel Guerrin








                        



                                


                            
Chronique. Après sa mort, le 22 mai, l’écrivain américain Philip Roth est revenu en force dans les librairies. Prenons La Tache, publié en 2000 (traduit en 2002 chez Gallimard). Ce roman est immense pour ce qu’il est, mais aussi pour ce qu’il dénonce et annonce. A savoir « la tyrannie des convenances », le puritanisme, la « racialisation » de la culture, autant de dangers qui envahissent l’université américaine et visent à masquer une ignorance crasse. Tout ce que Roth prophétise est, vingt ans plus tard, sous nos yeux. Tout ce qui mine la démocratie, écrit-il, se cache derrière mille masques : « Les droits des femmes, la fierté du peuple noir, l’allégeance ethnique, la sensibilité éthique des juifs… »
La Tache est l’histoire d’un professeur de littérature d’une université de la Côte est, qui, après cinq semaines de cours, voyant que deux étudiants sur quatorze ne sont jamais là, lance à sa classe : « Ils existent vraiment, ou bien ce sont des zombies ? » Son problème est qu’ils existent, qu’ils sont noirs, qu’il y a une fille. Les accusations de racisme et de misogynie pleuvent, sa descente aux enfers commence.
D’autant qu’il n’arrange pas son matricule. Il fait étudier deux pièces d’Euripide que des étudiantes jugent « dégradantes pour les femmes », refuse de réécrire ses cours dans une « optique féministe », trouve stupide que « pour le mois de l’histoire des Noirs » les étudiants ne liront « qu’une biographie de Noir écrite par un Noir », règle ses comptes avec un féminisme radical pour qui Beauvoir n’est que « la pute de Sartre ». La suite est logique. Notre professeur démissionne. Avant de se requinquer, tout en aggravant son cas, en se livrant à 71 ans à de torrides séances au lit avec une femme de 34 ans qui le mène par le bout du sexe.
Une nouvelle forme de censure
Il exagère, Roth ? Non. Les campus américains pullulent...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Le chercheur en communication Charles Cuvelliez pointe la crédulité des humains face aux affirmations de l’intelligence artificielle dans une tribune au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
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« Voici venu le temps des manipulations robotiques »

Le chercheur en communication Charles Cuvelliez pointe la crédulité des humains face aux affirmations de l’intelligence artificielle dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    31.08.2018 à 11h27
    |

                            Charles Cuvelliez (Professeur à l’Ecole polytechnique de l'université libre de Bruxelles/ULB)








                        



                                


                            

Tribune. La propension à agir comme tout le monde est un trait de comportement analysé depuis les années 1950 et nommé « syndrome de conformité » dans les expériences du psychologue Solomon Asch (1907-1996). En présence d’une majorité favorable à une opinion, même dont il sait qu’elle est de toute évidence fausse, le cobaye d’Asch a tendance à la suivre.
Un groupe de chercheurs a eu la bonne idée de répéter cette expérience avec des robots humanoïdes conçus pour interagir avec des humains (« Children conform, adults resist : A robot group induced peer pressure on normative social conformity », Anna-Lisa Vollmer, Robin Read, Dries Trippas et Tony Belpaeme, Science Robotics, n° 3/21, août 2018). Car demain, nos interactions n’auront plus uniquement lieu avec nos semblables, mais aussi avec des robots, des enceintes connectées ou des chatbots.

Il sera facile de programmer ces robots pour émettre des opinions semblables en vue de nous influencer. Après les manipulations sur Internet, voici venu le temps des manipulations robotiques. On n’en sortira donc jamais ?
Des gadgets
Les résultats de l’expérience ont de quoi faire peur : si les adultes ne sont pas influençables par les robots, les enfants, en revanche, le sont ! L’expérience a d’abord consisté à présenter à cinquante Britanniques âgés de 18 à 69 ans, en présence des petits robots Nao, une barre d’une longueur donnée comparée à trois barres de longueurs différentes et à demander laquelle des trois a une longueur égale à la première.
Les trois robots Nao avaient été programmés pour donner une réponse fausse. Les cinquante adultes ne furent jamais influencés par cette réponse. Cependant, comme dans l’expérience d’Asch, si ces trois robots sont trois complices en chair en os, les adultes sont bel et bien influencés. La différence est logique : les cinquante adultes ne voient pas ces robots comme une source d’autorité.

La même...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Dans un entretien au « Monde », le ministre de l’éducation expose les nouveautés de la rentrée comme l’instauration de nouvelles évaluations et « une autre façon de penser l’éducation prioritaire ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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Jean-Michel Blanquer : « L’ensemble des mesures prises sont des mesures sociales »

Dans un entretien au « Monde », le ministre de l’éducation expose les nouveautés de la rentrée comme l’instauration de nouvelles évaluations et « une autre façon de penser l’éducation prioritaire ».



LE MONDE
 |    31.08.2018 à 10h35
 • Mis à jour le
31.08.2018 à 13h33
    |

            Violaine Morin, 
Nathalie Brafman et 
                                Mattea Battaglia








                        



                                


                            

Le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, revient, dans un entretien accordé au Monde, sur les nouveautés de la rentrée, notamment l’instauration de nouvelles évaluations en CE1 et en 2de, défendant les mesures prises depuis son arrivée au gouvernement, notamment les classes de CP dédoublées.
De l’affaire Benalla à la démission de Nicolas Hulot, les crises se multiplient pour le gouvernement, sans parler de la situation économique moins bonne que prévue en cette rentrée. Au bout d’un an, le macronisme a-t-il mangé son pain blanc ?
Non, c’est même un peu le contraire. L’équation politique qui est celle d’Emmanuel Macron est de savoir prendre à bras-le-corps les problèmes pour mener des réformes qui s’inscrivent dans la durée. Ce sont des graines semées, qui vont germer ensuite. Le pain blanc ne peut se manger avant la moisson. Le tonnerre, les sauterelles durant les semailles… cela fait partie de la vie d’un agriculteur. Si vous me permettez de poursuivre la métaphore agricole, le gouvernement a tracé son sillon et avance avec patience, quoi qu’en disent les commentateurs politiques qui ont tendance à scénariser la situation.
Comme Hulot, avez-vous déjà eu l’impression de vous mentir à vous-même depuis que vous êtes ministre ?
Pas du tout. On doit toujours, évidemment, tracer une ligne reliant son idéal et le réel. Face à des enjeux de long terme, complexes, cela peut sembler frustrant de ne pas aller plus vite, plus droit, mais il ne sert à rien de s’impatienter : la direction donnée est la bonne. Nicolas Hulot est un homme que je respecte beaucoup ; les décisions qu’il a prises relèvent de sa conscience, et il a demandé que l’on n’instrumentalise pas son départ.
La politique d’Emmanuel Macron est jugée de plus en plus à droite par une majorité de Français. Le dédoublement d’une partie des classes de CP – et de certains CE1 en cette rentrée...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Dans sa chronique mensuelle, le professeur en sciences de gestion Armand Hatchuel revient sur un rapport de l’agence de notation Fitch qui alerte sur l’existence d’une lacune dans l’évaluation financière des entreprises.
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« De nombreuses entreprises ont accumulé une masse de dettes “invisibles” »

Dans sa chronique mensuelle, le professeur en sciences de gestion Armand Hatchuel revient sur un rapport de l’agence de notation Fitch qui alerte sur l’existence d’une lacune dans l’évaluation financière des entreprises.



LE MONDE
 |    31.08.2018 à 10h11
    |

Armand Hatchuel (Professeur à Mines ParisTech/université PSL)







                        



                                


                            
Entreprises. L’agence de notation Fitch a récemment alerté sur l’existence d’une lacune dans l’évaluation financière des entreprises (« What Investors Want to Know : Supply Chain Finance », 27 juillet). Cette lacune s’aggraverait avec l’usage croissant du reverse factoring (« affacturage inversé ») : cette technique financière de paiement des fournisseurs engendrerait des dettes masquées par les règles comptables en usage.
Contrairement aux particuliers, les entreprises payent leurs fournisseurs bien après avoir été livrées
Le rapport de Fitch n’a pas tardé à être contesté. Mais les controverses en matière de comptabilité ne sont jamais anodines : elles traduisent des différences de conception de l’entreprise et du rôle des comptes. Contrairement aux particuliers, les entreprises payent leurs fournisseurs bien après avoir été livrées. La loi fixe un délai maximum, mais celui-ci peut être long. Les fournisseurs ont alors recours à un « affactureur », souvent filiale d’une banque, qui procède à un paiement plus rapide des factures et prélève une rémunération qui dépend du risque de ces dernières.
Dans l’affacturage « inversé », c’est l’entreprise qui s’adresse à une banque et lui présente les factures des fournisseurs à financer. Ces derniers obtiennent ainsi un règlement rapide et à meilleur prix, si le donneur d’ordre est une grande entreprise qui suscite la confiance.
Une masse de dettes « invisibles »
Celle-ci y trouve aussi d’importants avantages. Elle peut rembourser la banque avec des délais plus longs que le délai légal et améliorer ainsi sa trésorerie. Et comme la comptabilisation de ces créances ne fait pas l’objet de normes précises, elles peuvent apparaître au bilan non comme des dettes financières, mais comme des dettes commerciales (other payables), qui ne pénalisent pas les analyses destinées aux investisseurs…
Selon Fitch, beaucoup d’entreprises auraient ainsi accumulé une masse de dettes...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ L’impact environnemental, social et sociétal du tourisme est au cœur des Entretiens de Vixouze, consacrés au tourisme du futur, dans le Cantal, les 6 et 7 septembre.
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L’urgence de concilier voyage et développement durable

L’impact environnemental, social et sociétal du tourisme est au cœur des Entretiens de Vixouze, consacrés au tourisme du futur, dans le Cantal, les 6 et 7 septembre.



LE MONDE
 |    31.08.2018 à 10h00
 • Mis à jour le
31.08.2018 à 10h19
    |

            Annie Kahn








                        



   


Les messages incitant le voyageur à un comportement vertueux, écologiquement parlant, pullulent désormais dans les établissements touristiques. Dans les salles de bains d’hôtels, des affichettes alertent le voyageur. « Pour ne pas gaspiller l’eau, seules les serviettes déposées dans la douche seront remplacées », avertit l’hôtelier. Tel autre organisateur se vante de « mettre tout en œuvre pour réduire l’impact du client voyageur sur la planète ».
Mais que vaut cet affichage par rapport à l’impact global du tourisme sur l’environnement ? Pas grand-chose. L’opérateur continuera de proposer des vols multipliant par deux le nombre de kilomètres parcourus, et donc les émanations de dioxyde de carbone, pour arriver à destination, parce que, paradoxalement, c’est ainsi qu’il comprime souvent le prix du trajet, et donc du voyage.

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                Des transports plus écolos, un défi pour le tourisme



Si « 60 % des consommateurs se considèrent comme engagés dans leur mode de vie et de consommation (…), les offres proposées par les géants du tourisme en ligne ne traduisent que rarement leur quête de sens », estime Laurent Bougras, directeur de la centrale de réservation FairBooking dans Les Grandes Tendances du tourisme d’aujourd’hui et de demain, du Cahier-tendances publié par le Welcome City Lab, plate-forme d’innovation consacrée au tourisme urbain, la Direction générale des entreprises (DGE), Paris & Co et la Mairie de Paris. Les initiatives relevant du « tourisme équitable et responsable » n’ont pas fait tache d’huile. Pour l’instant du moins.
8 % des émissions de gaz à effet de serre
Or, les dégâts provoqués par le tourisme jouent non seulement contre la planète, mais aussi contre ce secteur économique même. Il est donc vital de réconcilier les deux. Raison pour laquelle les Entretiens internationaux du tourisme du futur, qui auront lieu du 5 au 7 septembre, au château de Vixouze (Cantal), et dont Le Monde est partenaire, vont porter prioritairement sur les stratégies à définir et les moyens à mobiliser pour un tourisme plus écologique à horizon 2030-2050.
Il y a urgence. L’empreinte carbone du tourisme a augmenté de 15 % entre 2009 et 2013, pour atteindre 4,5 milliards de tonnes de CO2 émises, soit 8 % des émissions globales de gaz à effet de serre, selon une étude réalisée par des chercheurs de l’université de Sydney (Australie), publiée le 23 mai dans la revue Nature Climate Change. Et les populations des pays les plus visités commencent à se rebeller contre l’afflux de touristes perturbateurs.

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                Le tourisme fait s’envoler le réchauffement planétaire



Parallèlement, ce secteur pèse 10 % du PIB mondial et de l’emploi, avec 292 millions de collaborateurs en 2017, selon le Conseil mondial du voyage et du tourisme. Il est donc essentiel à l’économie, et tant les responsables politiques que les entrepreneurs du secteur souhaitent le promouvoir encore davantage. Les voyages internationaux ont dégagé un chiffre d’affaires global de 1 137 milliards d’euros en 2017, selon l’Organisation mondiale du tourisme. Et la France reste le pays le plus visité au monde, avec une arrivée de 87 millions de touristes étrangers dans l’Hexagone en 2017, selon la DGE. A ce chiffre, il faudrait ajouter les 120 millions d’« excursionnistes », c’est-à-dire de personnes qui passent une journée dans le pays, souligne Christian Mantei, directeur général d’Atout France.
« Tourismophobie »
Mais, les nuisances engendrées se retournent contre l’activité elle-même. A terme, le réchauffement climatique ne pourrait-il pas porter un coup fatal aux stations de montagne, tant l’hiver, quand les canons à neige sont un pis-aller fort peu écologique, que l’été, quand le réchauffement provoque chute de séracs et de pierres ? Que deviendront les pays réputés pour leur ensoleillement quand les températures atteindront des niveaux difficiles à supporter ?
Aux atteintes dues au dérèglement climatique s’ajoutent les détériorations de sites et monuments, les déséquilibres sociaux et sociétaux. Les habitants des régions visitées supportent de plus en plus mal ces afflux de touristes pollueurs, bruyants, qui font monter les prix des loyers au point que les résidents à l’année n’arrivent plus à se loger dans la région qui les emploie.
Ce phénomène a désormais un nom : la « tourismophobie ». Un mal qui sévit sur tous les continents : à Venise, à Barcelone, en Grèce, mais aussi sur le site du Machu Picchu (Pérou) ou dans les îles thaïlandaises, rappelle le cabinet de conseil McKinsey dans une étude consacrée à la gestion de la surpopulation dans les destinations touristiques. La tourismophobie a pour l’instant épargné la France, observe M. Mantei. Mais, « d’ici à cinq ans, nous devrons la gérer », ajoute-t-il.
Certains acteurs du secteur ont compris qu’il est nécessaire, voire opportun, d’intégrer les impératifs de développement durable dans leur stratégie. Des hôteliers utilisent les caractéristiques pro-environnementales de leur établissement comme argument de vente.

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                Les restaurants peinent à prendre la vague écolo



Au Mob Hôtel de Saint-Ouen, en banlieue parisienne, le toit est ainsi devenu un jardin potager entretenu par des habitants du quartier. D’autres n’hésitent plus à mettre des dortoirs dans leur offre d’hébergement, ce qui a pour avantage de réduire l’empreinte au sol par lit proposé, tout en mettant sur le marché une offre à bas prix, longtemps l’apanage des auberges de jeunesse. Quelques restaurateurs surfent sur la vague bio, voire locavore. Mais ils restent très minoritaires.
Il ne reste plus qu’à espérer du retour de bâton citoyen une incitation à un développement durable du tourisme dont les acteurs œuvrent à faire mieux connaître la planète Terre de ses habitants, où qu’ils soient.
Ce dossier a été réalisé dans le cadre d’un partenariat avec Les Entretiens internationaux du tourisme du futur



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ L’extinction de ce temps du mode indicatif est discutée par les linguistes depuis plus d’un siècle, constate la chercheuse Emmanuelle Labeau.
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« A quoi le passé simple doit-il sa survie ? »

L’extinction de ce temps du mode indicatif est discutée par les linguistes depuis plus d’un siècle, constate la chercheuse Emmanuelle Labeau.



LE MONDE
 |    31.08.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
31.08.2018 à 16h37
    |

Emmanuelle Labeau (enseignante-chercheuse à l’université Aston de Birmingham, Royaume-Uni)







                        



                                


                            

Une rémission pour le passé simple ? Ces derniers mois, des littérateurs, comme Alain Borer, des politiques, tel le ministre de l’éducation ­nationale, Jean-Michel Blanquer, sont accourus à son chevet, inquiets de sa potentielle disparition, notamment dans l’enseignement. En réalité, l’extinction du passé simple est discutée par les linguistes depuis plus d’un siècle. Si bien que la bonne question est plutôt : comment expliquer sa survie ?
Pour comprendre sa position actuelle, il faut décrire sa fortune dans l’histoire du français par la lunette déformante de l’écrit. Si la littérature épique, destinée à la performance orale, privilégie le présent pour transmettre la vivacité du ­récit (une technique parfois rapprochée de celle des commentateurs sportifs), le passé simple, en ancien français, remplit de multiples fonctions.
Il peut indiquer un parfait (le résultat présent d’une action passée), rôle ce jour dévolu au passé composé : « Et si je ne bu puis huis matin / Ne mangeay c’une soupe en vin » [« et ainsi je n’ai pas bu depuis aujourd’hui matin et n’ai mangé… »] (Miracles de Notre-Dame par personnages, XIVe siècle). Le passé simple peut ­exprimer un antérieur comme le plus-que-parfait : Reconnut les chevaliers de pris / Et la maisnie que ses peres norri [« Il reconnut les chevaliers de valeur et la maisonnée que ses pères avaient nourris »] (Ami et Amile, XIIIe siècle). Il traduit aussi un passé non délimité, domaine actuel de l’imparfait : « Riche om fut, de grant nobilitet » [« il était un homme riche… »] (La Vie de saint Alexis, XIe siècle). Il exprime enfin une situation présentée comme achevée, sa valeur actuelle.
e siècle au début du XVIe siècle
L’avènement d’autres genres littéraires, comme les chroniques, requiert une temporalité plus rigoureuse propice au passé simple, qui connaît son...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ La polysémie du mot, depuis l’abominable furoncle ­jusqu’au fameux interrupteur en passant par la petite pièce d’accrochage vestimentaire, en fait un objet moins sage qu’il n’y paraît à première vue.
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Appuyer sur un bouton : un geste pas si banal que ça

La polysémie du mot, depuis l’abominable furoncle ­jusqu’au fameux interrupteur en passant par la petite pièce d’accrochage vestimentaire, en fait un objet moins sage qu’il n’y paraît à première vue.



LE MONDE
 |    31.08.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
31.08.2018 à 10h06
    |

            Antoine Reverchon








                        



                                


                            

Il est un geste que nous répétons des dizaines de fois quotidiennement sans y penser – du matin (mettre fin à la stridence du réveil) au soir (éteindre la lampe de chevet), et toute la journée (la souris de l’ordinateur, l’écran du smartphone, la télécommande du téléviseur…) : appuyer sur un bouton.
Dans un petit livre à la fois hilarant et profond, la philosophe et sociologue Anne Salmon envisage toutes les facettes de cet acte d’une affligeante banalité. Dans Imaginaire scientifique et modernité ­ordinaire. Une histoire d’électricité (ISTE éditions, 132 p., 30 euros), elle commence par explorer l’immensité polysémique du « bouton », depuis l’abominable furoncle ­jusqu’au fameux interrupteur en passant par la petite pièce d’accrochage vestimentaire.
Cet éventail de significations vaut d’ailleurs au bouton querelles d’étymologistes et histoires à rebondissements. On apprend ainsi que le bon roi Henri IV interdit à sa cour, sous peine de lourdes amendes, d’arborer des boutons d’or et d’argent, car il préférait les voir contribuer à la circulation monétaire…
Ampoule ou bombe A
Mais le bouton contemporain, si l’on ose dire, se distingue par sa capacité à mettre en marche, par le geste le plus simple, des mécanismes d’une incroyable complexité : ampoule ou bombe atomique – et cela grâce à l’électricité. Et l’objet véritable du livre ­apparaît alors : en décortiquant les discours (scientifiques, philosophiques, religieux, journalistiques, anecdotiques) qui entourent chaque étape de l’entrée de l’électricité dans la vie des hommes, de la bouteille de Leyde (1745) à la fission atomique, en passant par la galvanisation des cadavres (Galvani, avant des ­générations de potaches, réanime à distance la cuisse d’une grenouille en 1781), l’auteure montre que le progrès technique n’est en rien le résultat de la progression continue d’un savoir rationnel.

Il a bien plus à voir avec le triomphe de programmes de pensée ­sachant manier...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Au-delà d’un certain seuil, l’augmentation de l’internationalisation des échanges est préjudiciable à l’économie mondiale, estime l’économiste Pierre-André Buigues dans une tribune au « Monde ».
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« Ne sommes-nous pas arrivés à un seuil au-delà duquel les coûts engendrés par plus de mondialisation deviennent trop élevés »

Au-delà d’un certain seuil, l’augmentation de l’internationalisation des échanges est préjudiciable à l’économie mondiale, estime l’économiste Pierre-André Buigues dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    30.08.2018 à 15h34
    |

                            Pierre-André Buigues (Professeur d’économie à Toulouse Business School (Université de Toulouse) et ancien conseiller économique de la Commission Européenne)








                        



                                


                            

Tribune. Les économistes considèrent que le commerce international est favorable à la croissance, car la mondialisation permet de localiser la production là où les coûts de production sont les plus faibles et de baisser les prix au bénéfice des consommateurs des pays où produire ces biens serait plus coûteux. La mondialisation permet aussi à des centaines de millions de travailleurs de pays pauvres de sortir du sous-développement, en Chine en particulier.
C’est pourquoi la majorité des économistes sont favorables à la signature de nouveaux accords de libre-échange, comme en témoigne la récente note du Conseil d’analyse économique (Avis de tempête sur le commerce international : quelle stratégie pour l’Europe ?, par Sébastien Jean, Philippe Martin et André Sapir, CAE, 2 juillet 2018). En effet, l’augmentation de la mondialisation des échanges ne peut que renforcer les effets bénéfiques de cette « mondialisation heureuse ».
Cependant, à l’opposé, les sondages montrent qu’en Europe, les populations sont majoritairement contre la mondialisation, responsable, selon elles, d’une stagnation des salaires et d’une augmentation du chômage et des inégalités. Certes, les économistes reconnaissent que gagnants et perdants sont géographiquement inégalement répartis – les gagnants sont, essentiellement, les travailleurs localisés dans les pays à bas coût ; les perdants sont les ouvriers peu qualifiés des pays développés. Mais, disent-ils, il y a un gain net : les perdants perdent moins que les gagnants ne gagnent, et cela même dans les pays riches, car les consommateurs y bénéficient de prix plus bas.
L’Europe la grande perdante
Les entreprises multinationales sont au cœur de la mondialisation et en sont les plus fermes soutiens. Leur stratégie d’internationalisation vise à rechercher les lieux de production les plus compétitifs avant leurs concurrents.
Pourtant, comme le montrent de nombreux travaux académiques, au-delà...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Donald Trump justifie sa « guerre commerciale » par des statistiques qui ne représentent plus la réalité des échanges économiques à l’heure de la mondialisation, observe l’économiste Stéphane Madaule, dans une tribune au « Monde ».
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« La balance courante est le seul indicateur pertinent pour nous renseigner sur la compétitivité de l’appareil productif d’un pays »

Donald Trump justifie sa « guerre commerciale » par des statistiques qui ne représentent plus la réalité des échanges économiques à l’heure de la mondialisation, observe l’économiste Stéphane Madaule, dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    30.08.2018 à 14h42
    |

Stéphane Madaule (Economiste)







                        



                                


                            

Tribune. Les statistiques des douanes parues le 7 août laissent apparaître pour la France un déficit du commerce extérieur record de 33,5 milliards d’euros sur les six premiers mois de 2018. L’Allemagne a enregistré sur la même période, malgré la hausse du pétrole, un excédent de 121,5 milliards d’euros. Ces chiffres sont-ils pour autant révélateurs d’un affaiblissement drastique de l’économie française ? Peut-on pour autant faire une corrélation étroite entre la performance ou la compétitivité d’une économie et les résultats de sa balance commerciale ?
Au début des années 1980, lorsque l’économie de chaque pays était peu internationalisée, le solde de la balance commerciale de marchandises avait encore un sens. En effet, on comparait les exportations de biens en volume et en valeur aux importations pour savoir si un pays était compétitif ou non. On jugeait ainsi, par l’évolution de cet indicateur, de la performance de l’outil de production d’un pays au regard de ses exportations et de ses importations de biens.
Bien entendu, ce solde n’avait déjà qu’une signification partielle sur les performances d’une économie à l’international. Il ne prenait pas en compte les échanges de capitaux et les services, soit la balance courante qui, dans certains cas, permettait à des pays de rééquilibrer leur solde financier externe. Car l’important en dernier ressort pour une économie, c’est que les flux en devises qui rentrent dans le pays soient à peu près équivalents aux flux qui en sortent, de manière à ne pas vivre au-dessus de ses moyens en se mettant à emprunter et donc s’endetter pour boucler ses fins de mois.
Le solde commercial déficitaire de la Grande-Bretagne
Le solde de la balance courante est bien plus éclairant que celui de la balance commerciale. A titre d’exemple, un pays comme la Grande-Bretagne a toujours eu tendance à connaître un solde commercial déficitaire, mais il est plus que compensé par des entrées nettes de capitaux,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Après la Révolution et l’abolition des privilèges, la sélection au mérite devait bâtir une nouvelle hiérarchie sociale. Pourtant, la société française d’aujourd’hui peine à offrir à chacun, quelles que soient ses origines sociales ou culturelles, les mêmes chances de réussite. Et l’école est en première ligne.
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Selon la sociologue, les résultats scolaires sont appréciés sans tenir compte de l’apport familial, des établissements d’origine et de la façon dont les élèves ont été préparés.
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Agnès van Zanten : « Le mérite, c’est le terreau d’une idéologie très libérale, centrée sur l’individu »

Selon la sociologue, les résultats scolaires sont appréciés sans tenir compte de l’apport familial, des établissements d’origine et de la façon dont les élèves ont été préparés.



LE MONDE
 |    30.08.2018 à 13h00
    |

            Violaine Morin








                        



                                


                            

Agnès van Zanten est sociologue, directrice de recherche à l’Observatoire sociologique du changement (CNRS, Sciences Po). Elle est l’auteure de nombreux ouvrages, dont Choisir son école (PUF, 2009),et d’articles de recherche consacrés à l’élitisme scolaire, dont « La fabrication familiale et scolaire des élites et les voies de mobilité ascendante en France » (L’Année sociologique, 2016).
Depuis la Révolution, la hiérarchie sociale en France est censée être basée sur le mérite individuel et non plus sur la naissance. Cet attachement au mérite structure-t-il notre système éducatif et de quelle manière ?
Tous les systèmes d’enseignement actuels récompensent le mérite. Mais, en France, pour un ensemble de raisons historiques, la définition du mérite est très exigeante, les élèves étant encouragés à viser l’excellence et évalués à l’aune de cet objectif très ambitieux. Cet idéal d’excellence se combine avec un idéal d’égalité.
Pour beaucoup d’enseignants, « l’égalité » c’est de pouvoir offrir la possibilité à chaque élève d’accéder à l’excellence. Mais quid de tous les élèves qui ne seront jamais excellents ? Tout se passe alors comme si les bons élèves avaient une plus grande valeur que les moyens et les mauvais. Tous les systèmes ne récompensent pas l’excellence à un si haut degré.
Dans mes enquêtes en milieu scolaire défavorisé, j’ai constaté que, même s’il y a beaucoup d’élèves en situation d’échec, une partie des enseignants se satisfait de réussir à dégager une petite fraction de très bons élèves. On se félicite que tel élève soit allé ensuite dans un lycée coté, comme si la réussite d’un petit nombre pouvait racheter l’échec de tous les autres. Cela pourrait être complémentaire, on pourrait aussi parallèlement éprouver de grandes satisfactions à avoir amené un grand nombre d’élèves à un niveau convenable.
Mais il y a souvent une admiration sans borne de la part des enseignants...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ En tirant le bilan du mercato d’été, l’économiste Bastien Drut, dans une tribune au « Monde », éclaire les arcanes du « business model » du football qui repose de plus en plus sur l’arme stratégique du transfert des joueurs.
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Les « records » sonnants et trébuchants de l’économie du football

En tirant le bilan du mercato d’été, l’économiste Bastien Drut, dans une tribune au « Monde », éclaire les arcanes du « business model » du football qui repose de plus en plus sur l’arme stratégique du transfert des joueurs.



LE MONDE
 |    30.08.2018 à 12h15
 • Mis à jour le
30.08.2018 à 15h00
    |

Bastien Drut (Stratégiste senior chez CPR Asset ­Management)







                        



                                


                            

Tribune. Le mercato d’été des échanges de joueurs entre clubs de football se termine vendredi 31 août, et de nouveaux records ont été battus. Recruté pour 117 millions d’euros par la Juventus, Cristiano Ronaldo est devenu le premier joueur trentenaire transféré pour plus de 100 millions d’euros : jusqu’à maintenant, les transferts à plus de 100 millions concernaient des joueurs de moins de 25 ans, car ces derniers conservent une valeur marchande pendant plusieurs saisons après leur arrivée.
Le record du gardien le plus cher de l’histoire a lui aussi été battu deux fois cet été, avec le transfert de Kepa Arrizabalaga à Chelsea et celui du gardien de la Seleção, Alisson Becker, à Liverpool pour respectivement 80 et 75 millions d’euros. Quant à Vinicius Junior, arrivé cet été au Real Madrid alors que le club madrilène l’avait recruté il y un an, à l’âge de 17 ans, pour 45 millions d’euros, il est devenu, avec ce montant, l’adolescent le plus cher de l’histoire du ballon rond.

Pourtant, le total des indemnités de transfert versé par les clubs cet été a légèrement baissé par rapport à l’été 2017. Il reste toutefois bien au-delà de celui de l’été 2016, et le montant total a progressé à un rythme de 15 % par an en moyenne depuis 2010. L’une des raisons de la légère baisse cette année est liée au raccourcissement de la période active du mercato, car la Coupe du monde a retardé la recomposition des effectifs des grands clubs européens.
La Ligue 1 a vendu ses pépites à l’étranger
De même, s’il est vrai que le record du transfert de Neymar au Paris-Saint-Germain (222 millions d’euros en 2017) n’a pas été battu cet été, ce serait une erreur de ne se concentrer que sur les « méga-transferts ». Car le nombre de transferts intermédiaires a explosé. Pour la première fois, plus de 60 transferts de 20 millions d’euros ou plus ont été réalisés en Europe, alors qu’il y en avait à peine une dizaine il y a cinq ans. En réalité, la hausse...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Dans sa chronique, Alain Frachon, éditorialiste au « Monde », estime que derrière la guerre commerciale entre Pékin et Washington s’en déroule une autre encore plus significative pour l’avenir.
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Article sélectionné dans La Matinale du 30/08/2018
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« L’émergence de la Chine en superpuissance scientifique commence à tourmenter les Américains »

Dans sa chronique, Alain Frachon, éditorialiste au « Monde », estime que derrière la guerre commerciale entre Pékin et Washington s’en déroule une autre encore plus significative pour l’avenir.



LE MONDE
 |    30.08.2018 à 11h59
 • Mis à jour le
31.08.2018 à 07h02
    |

            Alain Frachon








                        



                                


                            

Chronique. La toile de fond peut masquer l’essentiel. La « guerre » commerciale que les Etats-Unis livrent à la Chine en recouvre une autre, plus importante : la bataille du futur pour la prééminence scientifique et technologique. L’enjeu – la première place dans les domaines de la création et de l’innovation – est une affaire stratégique. Elle départagera les deux plus grandes économies du monde. Celle qui l’emportera pourra prétendre à la prépondérance ou, si l’on veut, au rang d’hyperpuissance.
Les premiers coups, qui ont occupé tout l’été, ont porté sur les taxes douanières. Aux 34, puis 50 milliards de dollars de droits de douane décrétés par Donald Trump, au nom de la « sécurité nationale », sur toute une gamme d’exportations chinoises aux Etats-Unis, Pékin a répondu en augmentant la mise : 60 milliards de droits sur une large palette de produits américains. Réponse du berger à la bergère, Washington menace maintenant de passer à la vitesse supérieure – 200 milliards de dollars de droits – et la Chine jure qu’elle surenchérira à son tour.
Pour spectaculaire qu’il soit, ce pugilat tarifaire, prélude à une négociation qui vient de s’ouvrir à Washington, n’a eu jusqu’à présent que peu d’impact économique. Il semble avoir plus ébranlé la confiance des Chinois que des Américains.
L’argumentaire de Trump est connu. Tenue pour responsable du déficit des échanges commerciaux entre les deux pays, la Chine est accusée de pratiques déloyales. Elle ne joue pas franc jeu. Les exportateurs chinois bénéficient des facilités qu’un secteur bancaire contrôlé par la puissance publique leur octroie sur ordre. Ils ne payent pas de loyer. Pour les entreprises étrangères, l’accès au marché chinois est limité – qu’il s’agisse de vendre biens et services ou d’acquérir une société locale – quand il n’est pas conditionné à l’obligation de transférer leur technologie sur place. La Chine pratiquerait allègrement espionnage industriel et détournement,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Editorial. La poussée du parti AfD déstabilise les institutions démocratiques allemandes en appelant à faire triompher la force sur le droit. Une nouvelle manifestation est prévue à Chemnitz ce soir.
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Allemagne : les menaces de l’extrême droite

Editorial. La poussée du parti AfD déstabilise les institutions démocratiques allemandes en appelant à faire triompher la force sur le droit. Une nouvelle manifestation est prévue à Chemnitz ce soir.



LE MONDE
 |    30.08.2018 à 11h55
 • Mis à jour le
30.08.2018 à 16h33
   





                        


Editorial du « Monde ». C’était il y a un an. Candidate à un quatrième mandat de chancelière, Angela Merkel s’était lancée dans une campagne minimale, confortée par des sondages lui prédisant une victoire confortable aux élections législatives du 24 septembre 2017. « Pour une Allemagne où il fait bon vivre », pouvait-on lire sur ses affiches. Aucune réforme ambitieuse au programme. Juste la promesse d’un avenir tranquille dans un pays prospère, à l’abri des tumultes du monde.
Un an plus tard, Mme Merkel est toujours au pouvoir, mais son slogan de campagne bute sur une réalité de plus en plus inquiétante, dont Chemnitz (Saxe) est aujourd’hui le symbole. Proche de la frontière tchèque, cette ville de 240 000 habitants fait la « une » de l’actualité depuis le meurtre, dimanche 26 août, d’un Allemand de 35 ans. Un crime dont sont soupçonnés deux réfugiés d’une vingtaine d’années, un Syrien et un Irakien, et à la suite duquel l’extrême droite a organisé d’importantes manifestations jalonnées de saluts hitlériens et d’agressions à l’encontre de personnes d’origine étrangère. Des manifestations dont l’ampleur a été largement sous-estimée par les autorités et que la police n’a pas su encadrer, au risque de donner le sentiment d’être dépassée par les événements.

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                Angela Merkel face aux violences d’extrême droite



Dans cette région de l’ex-Allemagne de l’Est, de telles démonstrations de force de la part de groupuscules d’extrême droite ne sont pas nouvelles. Plus préoccupant encore est le fait que ceux-ci aient été rejoints et soutenus par le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD). Un parti qui, aux élections législatives de 2017, a remporté une centaine de sièges au Bundestag. Un parti alors arrivé en tête dans la Saxe. Un parti, enfin, dont l’un des députés, Markus Frohnmaier, bien loin de condamner les débordements de Chemnitz, les a, au contraire, légitimés. « Quand l’Etat ne peut plus protéger les citoyens, les gens vont dans la rue et se protègent eux-mêmes. C’est aussi simple que cela. Aujourd’hui, c’est un devoir citoyen que d’aller dans la rue pour faire barrage à cette immigration qui répand la mort à coups de couteau. »
Agir vite
L’AfD, aujourd’hui, semble loin du pouvoir. Dans les sondages, elle n’en est pas moins créditée de plus de 20 % des voix dans trois Länder de l’ex-Allemagne de l’Est où auront lieu des élections régionales d’ici tout juste un an. Or, face à la poussée de ce parti présent au Parlement mais qui n’hésite pas à déstabiliser les institutions démocratiques en appelant à descendre dans la rue et à faire triompher la force sur le droit, aucune figure ne semble aujourd’hui en mesure de s’imposer. Au pouvoir depuis treize ans, Mme Merkel n’est pas parvenue à enrayer sa poussée, au contraire. De leur côté, les sociaux-démocrates sont inaudibles, anémiés, à court d’idées et de leaders pour assurer une relève et incarner une alternative.

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« Nous avons vu des chasses collectives, nous avons vu de la haine dans la rue, et cela n’a rien à voir avec un Etat de droit », a commenté Mme Merkel, mardi, depuis Berlin. Le diagnostic est juste, mais la chancelière ne peut se contenter de mots. Désormais son gouvernement doit agir, et vite, s’il veut montrer qu’il a vraiment la main. Pour la chancelière, l’enjeu n’est plus de promettre une Allemagne où « il fait bon vivre » mais, plus fondamentalement, d’assurer à tous ses habitants – quelles que soient leur nationalité, leur religion ou leur couleur de peau – qu’ils se trouvent dans un pays où ils n’ont pas peur de vivre.

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                A Chemnitz, « Marx, c’est du passé. Les nations sont de retour »






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Aussi bien du côté des recettes fiscales que des dépenses publiques, le compte n’y est pas, explique dans sa chronique la journaliste du « Monde » Audrey Tonnelier.
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Budget : « Le message brouillé du gouvernement envers les chefs d’entreprise »

Aussi bien du côté des recettes fiscales que des dépenses publiques, le compte n’y est pas, explique dans sa chronique la journaliste du « Monde » Audrey Tonnelier.



LE MONDE
 |    30.08.2018 à 11h47
 • Mis à jour le
30.08.2018 à 11h50
    |

            Audrey Tonnelier








                        



                                


                            

Tendances France. Réunis mardi 28 et mercredi 29 août à Jouy-en-Josas (Yvelines) pour la 20e université d’été du Medef, les patrons, qui ont toujours un œil sur la conjoncture autant que sur leur propre activité, ont dû apprécier. Interrogé lundi devant l’Association des journalistes économiques et financiers (AJEF) sur la révision des objectifs de finances publiques, sur fond de croissance économique moins forte que prévu, le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, a eu cette phrase improbable : « Cela fait partie des charmes de la vie économique : elle vous surprend toujours. »
La veille, dans un long entretien accordé au Journal du dimanche, le premier ministre, Edouard Philippe, avait reconnu que le déficit public allait subir un « rebond » en 2019, alors même que Bercy avait amélioré ses hypothèses mi-juillet, au moment du débat d’orientation des finances publiques devant l’Assemblée nationale.
Lundi, le locataire de Bercy a abondé en ce sens, estimant qu’« il n’y aura pas 2,3 % de déficit en 2018 [comme annoncé en juillet] ». Celui-ci devrait être supérieur à 2,6 % cette année et proche de 3 % en 2019. En cause, d’abord, le ralentissement de la croissance du PIB : une hausse de 1,7 % cette année « semble raisonnable », a annoncé M. Le Maire, alors que début août son homologue des comptes publics, Gérald Darmanin, assurait encore qu’elle ne serait « pas inférieure » à 1,8 %.
Le compte n’y est pas
Conséquence : les recettes fiscales qui en découleront devraient être moins abondantes que prévu. Enfin, la reprise dès cette année de 3,5 milliards d’euros de dettes de SNCF Réseau devrait peser à hauteur de 0,1 point de PIB sur le déficit 2018, a détaillé M. Le Maire.

Côté freinage des dépenses publiques, le compte n’y est pas non plus. Le gouvernement conserve son objectif de supprimer 120 000 postes de fonctionnaires...




                        

                        

