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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ La Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, à Paris, organise un cycle de films réalisés ou produits par des femmes.
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Les pionnières retrouvées du cinéma muet

La Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, à Paris, organise un cycle de films réalisés ou produits par des femmes.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 09h14
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

Qui connaît les réalisatrices Alice Guy, Lois Weber, Marie Epstein, Germaine Dulac, l’actrice et productrice Alla Nazimova, la scénariste Renée Deliot, au-delà d’un cercle de cinéphiles ? C’est pour rendre hommage à ces femmes un peu tombées dans l’oubli que la fondation Jérôme Seydoux-Pathé organise à son siège parisien, du 29 août au 25 septembre, un cycle de films intitulé « Les Pionnières du cinéma muet » – qui vient heureusement compléter une exposition consacrée aux « muses » qui ont inspiré les affichistes entre 1930 et 1945 (jusqu’au 13 octobre).
De récents travaux de recherches ont permis de revisiter l’histoire du cinéma. Nombre de femmes ont joué un rôle majeur dans les premières années, entre 1895 et l’arrivée du parlant vers 1930. Certaines d’entre elles ont démarré comme comédiennes, incarnant femmes fatales, femmes-enfants ou épouses dévouées, « assujetties à une perception masculine » lit-on dans le tonique dossier de présentation de ce cycle sur les pionnières. Il était temps de montrer une autre facette.
Les studios d’Alice Guy
L’une des grandes oubliées de l’histoire est sans conteste la réalisatrice Alice Guy (1873-1968). Contemporaine de George Méliès (1861-1938), assistante de Léon Gaumont, elle tourna ses premiers courts-métrages en 1902 et en réalisa plus de 200 pour Gaumont. Partie aux Etats-Unis en 1907 avec son mari, Herbert Blaché, elle y fonda les studios Solax, l’une des grandes maisons de production avant l’émergence des premières stars d’Hollywood dans les années 1910 (Douglas Fairbanks, Mary Pickford, Charlie Chaplin…). Rentrée en France en 1922, elle ne retravailla plus dans le cinéma.

Chargée de la programmation de la fondation, Elvira Shahmiri explique le long travail mené par l’équipe : « Pour repérer les œuvres, nous nous sommes appuyés sur des bases de données, comme celle, très riche, de l’université Columbia, aux Etats-Unis, intitulée Women Film Pioneers Project. Le récent coffret...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Ce portrait d’un jeune prostitué en quête de tendresse est interprété avec intensité par Félix Maritaud.
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« Sauvage » : les émois de Léo, d’un corps à l’autre

Ce portrait d’un jeune prostitué en quête de tendresse est interprété avec intensité par Félix Maritaud.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h40
 • Mis à jour le
29.08.2018 à 07h48
    |

            Véronique Cauhapé








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
La scène d’ouverture de Sauvage agit brutalement. Surprenante et crue, dans son propos comme dans la façon dont elle est mise en scène, elle concentre en quelques minutes ce que le film va s’appliquer à prolonger en l’intensifiant, séquence après séquence. A l’image des étapes par lesquelles est passé le réalisateur, Camille Vidal-Naquet, durant le long travail de terrain qu’il a effectué pour réaliser ce premier long-métrage, descente vertigineuse dans le milieu de la prostitution masculine.

        Lire l’entretien avec Camille Vidal-Naquet :
         

          « Le film est très atténué par rapport à la réalité »



Un travail qui, une fois le contact pris avec des garçons du bois de Boulogne, près de Paris, par l’intermédiaire d’une association, allait l’accaparer durant trois ans, au lieu des quelques nuits prévues. Pas moyen de faire moins, de passer vite sur ces rencontres au gré desquelles s’élaborait le scénario. Sauvage témoigne de cette immersion, dans la restitution hyperréaliste des situations et des faits, caméra à l’épaule, plans rapprochés sur les corps malades et maltraités : des partis pris qui assurent la volonté du réalisateur de transmettre, voire de partager, les effets et les sentiments qui l’ont lui-même agité.
Le passeur de l’histoire s’appelle Léo, 22 ans, gueule de poulbot buté, aux traits cabossés par une vie de chien errant à ingérer du crack et de l’alcool, à bouffer n’importe quoi, à dormir sur les trottoirs ou dans le bois périphérique de la ville où, la journée, il enchaîne les passes. Les clients sont plus ou moins réglos, plus ou moins détraqués. Un homme en fauteuil roulant qui ne parvient plus à l’érection, un couple d’homos qui prennent leur pied à l’humilier, à le contraindre à des pratiques sordides, un « veuf » qui tente de se consoler de la disparition de sa femme dans les bras d’hommes dont il espère de l’affection… se succèdent dans le déroulé indéfini des jours et des nuits de Léo. Lequel encaisse les coups et les violences sans rien laisser paraître de l’impact qu’ils ont sur lui.
Le vide d’un manque d’amour
En cela, il est « sauvage » – ce caractère qui donne son titre au film –, garçon non « élevé », grandi on ne sait où, pas de passé, pas de projet, confronté à la survie par le corps, sans engagement de la pensée et des sentiments. Du moins en apparence. C’est là que Léo trouve sa nuance, décroche notre empathie. Dans cette part inconnue qui laisse paraître, en creux, le vide d’un manque d’amour dont la manifestation surgit par élans à des moments inattendus et rares. Lors d’une visite médicale par exemple, où il pose sa tête sur l’épaule d’une doctoresse. Lors d’une passe où il offre autant au client qu’à lui-même un instant de tendresse.
Dans cette quête, le jeune homme aux allures de sale gosse n’échappe pas à cet obscur objet du désir amoureux que devient pour lui un autre prostitué, Ahd (Eric Bernard), que le tapin pousse le plus clair de son temps dans le lit des hommes mais que l’hétérosexualité fait préférer celui des femmes. Et le conduit à se dérober aux avances du jeune Léo. « Trouve-toi un vieux », lui conseille Ahd.
Le gosse s’en fout. Il continue d’aimer sans retour et de se vendre jusqu’à ce que le corps parvienne au bout de ce qu’il peut supporter. Jusqu’à ce que cette détérioration physique, à l’œuvre durant tout le film, trouve son expression finale dans un plan christique : Léo, en Sébastien martyr, criblé de plaies ensanglantées, soutenu par les bras d’un homme. Un vieux qui prendra soin de lui, lui ouvrira la voie d’une réinsertion possible : la belle énigme du film.
L’incandescence de Félix Maritaud
Présenté à Cannes (Semaine de la critique), Sauvage avait dirigé toute l’attention sur Félix Maritaud, interprète omnipotent du personnage de Léo, à qui il prête son intensité toute personnelle, acquise au long d’une jeune existence qui en rassemble mille (errances, petits boulots, excès circonscrits et rencontres providentielles). Découvert dans 120 battements par minute, de Robin Campillo, le jeune acteur apporte à Sauvage une incandescence qui met l’image à vif et retient le film au bord de l’abîme, sans l’y plonger. A l’inverse de J’embrasse pas, d’André Téchiné (1991), Sauvage ne s’expose à aucune notion de fatalité. Le versant lumineux de Léo – qui, lui, embrasse – servant de bouclier à cet écueil.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          Léo, prostitué en mal d’amour



Pendant le tournage, cette capacité à brûler – « Il est une flamme au milieu des ruines », dit de lui Camille Vidal-Naquet –, cette aptitude au don de soi ont mené Félix Maritaud vers « quelques sorties de rails » qui ont eu pour effet de déstabiliser le réalisateur. « J’ai aimé ce quelque chose que possède Félix et qui ne s’apprivoise pas », confie cependant ce dernier, cette « mise en danger », selon ses propres termes, à laquelle l’acteur l’a soumis. Autant que nous.

        Lire le portrait :
         

          Les corps- à-corps de Félix Maritaud




Film français de Camille Vidal-Naquet. Avec Félix Maritaud, Eric Bernard, Nicolas Dibla (1 h 39). Sur le Web : distrib.pyramidefilms.com/pyramide-distribution-catalogue/sauvage.html

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 29 août)
Burning, film coréen de Lee Chang-dong (à ne pas manquer)De chaque instant, documentaire français de Nicolas Philibert (à ne pas manquer)Sauvage, film français de Camille Vidal-Naquet (à ne pas manquer)Bonhomme, film français de Marion Vernoux (à voir)Guy, film français de et avec Alex Lutz (à voir)Il ou elle, film américain et qatari d’Anahita Ghazvinizadeh (à voir)Sollers Point, film américain et français de Matthew Porterfield (à voir)22 Miles, film américain de Peter Berg (pourquoi pas)Reine d’un été, film allemand de Joya Thome (pourquoi pas)Miracle à Santa Anna (2008), film américain et italien de Spike Lee (inédit)
A l’affiche également :
Braqueurs d’élite, film allemand et français de Steven QualeBreaking In, film américain de James McTeigueKin : le commencement, film américain de Jonathan et Josh Baker





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Le réalisateur de « Sauvage » a passé trois ans comme bénévole dans l’association Aux captifs, la libération.
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Camille Vidal-Naquet : « Le film est très atténué par rapport à la réalité »

Le réalisateur de « Sauvage » a passé trois ans comme bénévole dans l’association Aux captifs, la libération.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h38
 • Mis à jour le
29.08.2018 à 07h41
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

Quatre jours de vacances depuis le Festival de Cannes. Le réalisateur de Sauvage, Camille Vidal-Naquet, 45 ans, enchaîne les projections depuis que son film a été ­dévoilé à la Semaine de la critique – Félix Maritaud, l’acteur principal, a obtenu le Prix Fondation Louis-Roederer de la révélation. Camille Vidal-Naquet raconte la fabrication de son premier long-métrage, après trois années passées sur le terrain de la prostitution masculine.

Comment avez-vous imaginé le personnage de Léo, le jeune prostitué incarné par Félix Maritaud ?
Ce personnage était déjà là dans mes précédents courts-métrages : c’est un jeune homme qui est déconnecté de tout ce qui est matériel – il n’a ni appartement ni téléphone – et qui cherche l’amour absolu. Léo est prêt à mourir par amour, c’est la ligne dramatique du film. J’ai pensé à quelqu’un qui fait des rencontres et vit dans la rue. De là est venue l’idée de la prostitution masculine. Je me suis documenté en lisant des thèses, j’ai eu de longues discussions avec un acteur de films X, Aiden Shaw, qui a grandi à Londres, où il s’est prostitué très jeune. Il avait joué son propre rôle dans mon court-métrage Backstage (2001).

Ensuite, j’ai rencontré l’association Aux captifs, la libération, qui accompagne des personnes ­vivant dans la rue – prostitués, migrants, etc. Et j’y suis resté pendant trois ans. J’étais bénévole, on partait à trois le jeudi soir au bois de Boulogne, à bord de ­notre camionnette où était affichée une carte du monde. J’ai ­découvert plein de choses, je me sentais tout petit devant le courage de certains garçons. L’un d’eux avait fui le Turkménistan, qui est une sorte de dictature.
Qu’avez-vous appris sur la prostitution masculine ?
J’ai surtout appris des choses sur mon pays. Comment fait-on l’amour quand on a plus de 70 ans ? Ou lorsqu’on est handicapé ? Les jeunes prostitués peuvent répondre à ces questions,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Après le Louvre, l’école, et la Maison de la radio, le documentariste a filmé pendant des mois la formation d’élèves infirmières et infirmiers.
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« De chaque instant » : Nicolas Philibert à l’école de la douleur

Après le Louvre, l’école, et la Maison de la radio, le documentariste a filmé pendant des mois la formation d’élèves infirmières et infirmiers.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h36
 • Mis à jour le
29.08.2018 à 16h36
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
De chaque instant commence comme un rituel. Sous la direction d’un homme, des jeunes filles apprennent à se laver les mains selon une procédure très précise, comme si ces ablutions annonçaient une cérémonie. Le noir se fait, un carton apparaît à l’écran : « Que saisir sinon qui s’échappe ? » Le vers du poète Yves Bonnefoy renforce encore la sensation d’avancer dans la découverte d’une liturgie inconnue.
Pourtant, De chaque instant, onzième long-métrage de Nicolas Philibert, ne se préoccupe pas de l’au-delà. La veille permanente qu’évoque le titre est celle que doivent apprendre les élèves infirmières et infirmiers dans le centre de formation de la Croix-Saint-Simon, à Montreuil, où le cinéaste a filmé pendant des mois. Il faut voir dans la solennité qui empreint bien des séquences, dans la division en trois temps du film scandée par les vers de Bonnefoy (« Que voir sinon qui s’obscurcit » puis « Que désirer sinon qui meurt ») comme une célébration du métier qu’apprennent les jeunes gens que l’on voit à l’écran, un appel à les prendre au sérieux, à leur donner dans notre monde l’importance qu’ils y méritent.
Ce titre peut aussi s’interpréter comme un conseil – amical mais ferme – au spectateur. Nicolas Philibert a réalisé un film presque sans personnages : de séquence en séquence, on a parfois le temps de deviner (ou plutôt d’imaginer) une personnalité, mais il ne s’agit pas de dessiner des portraits, ni même de suivre la trajectoire de telle ou tel de ces élèves, simplement de mettre en scène le processus collectif qui fera de ces jeunes des infirmières, des infirmiers.
Ascèse gestuelle
Il est donc divisé en trois actes. Le premier est tout entier consacré à l’apprentissage des gestes et des règles. A ce moment de leurs études, au début de la première année, les élèves suivent des cours, lors desquels on leur révèle les outils, mécaniques, chimiques ou éthiques, de leur métier. Ils s’exercent aussi, sur des volontaires en parfaite santé, sur des mannequins, avec des prothèses, à assimiler puis à perfectionner les gestes qu’ils répéteront des milliers de fois : piqûres, massages, pansements… Le contraste entre les enjeux essentiels de ces mouvements et les outils rudimentaires qui servent à leur apprentissage pourrait avoir quelque chose de burlesque, le réalisateur en fait une espèce d’ascèse gestuelle.
La partie centrale est occupée par les premiers contacts entre les élèves et les patients. C’est la plus intense, mais aussi la plus brève – elle dure moitié moins de temps que les deux autres. C’est peut-être là la seule faiblesse de ce beau film : le déséquilibre entre la réalité de l’hôpital et l’environnement préservé du centre de formation. On retient un moment volé dans le jardin d’un établissement psychiatrique, le désarroi masqué à grand-peine des élèves face à la mort qui approche.
Les paroles des élèves font comme un pont entre les idéaux et les théories de l’école et la réalité du milieu
On en retrouvera certains dans les bureaux des encadrants où ils rendent compte de leur stage. Ce dernier volet est moins gracieux que le premier, moins intense que le second. C’est lui qui donne tout son sens à De chaque instant. Qu’il s’agisse d’un élève de première année qui dit sa satisfaction d’avoir accompagné un malade en fin de vie ou d’une autre en fin d’études qui explique comment son origine l’a conduite à assumer les tâches d’interprétariat, en plus des soins, dans l’établissement où elle faisait son stage, ces paroles font comme un pont entre les idéaux et les théories de l’école et la réalité du milieu.
Après le musée de La Ville Louvre, l’école d’Etre et avoir, la ménagerie de Nénette ou La Maison de la radio, le centre de formation de la Croix-Saint-Simon prend sa place dans l’atlas de Nicolas Philibert, qui recense ces lieux qui sont à la fois des éléments essentiels de notre société et des refuges qui lui permettent (ou devraient lui permettre) de réfléchir sur elle-même, de se donner les règles et les structures qui l’empêcheraient de basculer tout à fait dans la déraison.

Documentaire français de Nicolas Philibert (1 h 45). Sur le Web : www.filmsdulosange.fr/fr/film/246/de-chaque-instant
Huit longs-métrages de Nicolas Philibert ressortiront en salle mercredi 5 septembre : La Ville Louvre (1990) ; Le Pays des sourds (1993) ; Un animal, des animaux (1995) ; La Moindre des choses (1997) ; Etre et avoir (2002) ; Retour en Normandie (2007) ; Nénette (2010) ; La Maison de la radio (2013).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ L’humoriste passe devant et derrière la caméra pour ce faux documentaire sur les années Top 50. A voir.
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« Guy » : Alex Lutz connaît la chanson

L’humoriste passe devant et derrière la caméra pour ce faux documentaire sur les années Top 50. A voir.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h35
 • Mis à jour le
29.08.2018 à 08h56
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Logiquement, la ligue des ­acteurs septuagénaires ­devrait mettre un contrat sur la tête d’Alex Lutz, 40 ans, qui vient leur ôter le pain de la bouche avec une impudente réussite. D’autant qu’il est peu probable que le réalisateur et coscénariste de Guy ait procédé à des auditions pour le rôle-titre de son premier long-métrage, Guy Jamet, 74 ans, chanteur de variétés. Il s’est ­réservé la meilleure part du film.

        Lire l’entretien avec Alex Lutz (dans « M ») :
         

          « Guy, c’est moi dans trente ans »



On trouvera comme circonstance atténuante à ce formidable égoïsme la cohérence d’un geste unique, qui va de l’écriture au jeu d’acteur, en passant par la mise en scène. Il s’agit de restituer le portrait d’un baby-boomeur vu par un enfant de la génération X, en procédant par l’accumulation de détails aussi insignifiants que justes, jusqu’à provoquer le vertige qui vient à la contemplation de certaines toiles hyperréalistes.
Alex Lutz a choisi la voie du faux documentaire. Il ne faut pour autant pas s’attendre à une version Maritie et Gilbert Carpentier du film This Is Spinal Tap, consacré à un groupe de hard-rock imaginaire. Dès les premières séquences, le metteur en scène bouscule les conventions du documentaire parodique, le « mockumentary », en introduisant un élément de fiction. Gautier, le réalisateur de ce portrait filmé d’une vieille idole toujours en activité, explique en voix off qu’il entreprend ce travail pour rencontrer l’homme dont sa mère lui a révélé, avant de mourir, qu’il était son père. Et si l’on veut avancer encore plus dans ce ­palais des glaces, Gautier (qui n’apparaîtra que très tard à l’écran) est joué par Tom Dingler, fils de Cookie, interprète de Femme libérée, numéro un des ventes en 1984.
Stupéfiante précision musicale
Pour revenir à Guy Jamet, c’est encore un bel homme, qui se flatte de n’avoir pas perdu ses cheveux mais dont l’élocution un peu ­empâtée trahit un récent ­accident vasculaire. Il vit dans un cabanon de luxe en Provence avec sa femme Sophie Ravel (Pascale ­Arbillot), actrice de télévision ­férue d’astrologie canine, et ses chevaux (Guy Jamet est d’une ­génération qui dit « ma femme et mes chevaux »). Il vient de réenregistrer ses tubes sur des arrangements vaguement country et sillonne la France avec un orchestre de jeunes gens qui semblent parfois s’ennuyer à jouer sa musique. Là encore, dans la reconstitution minutieuse des styles musicaux, Alex Lutz et ses collaborateurs, les auteurs-compositeurs Vincent Blanchard et Romain Greffe, font preuve d’une précision stupéfiante.
Alex Lutz peut compter sur un entourage hors pair : Nicole Calfan, Elodie Bouchez et Dany
On ne sait ce qu’il faut le plus admirer : la justesse des pastiches, la sobriété avec laquelle Lutz recourt aux documents d’époque – scopitone, extraits d’émissions de variétés – ou, sur un registre plus ambitieux, sa tentative de saisir, avant qu’elle ne disparaisse, une certaine manière d’être un homme. Se ­refusant presque trop systématiquement aux paroxysmes (la relation entre le fils caché et le père se gonfle de non-dits jusqu’à la fin du film), Alex Lutz procède par ­expressions un peu désuètes, par gestes d’un autre temps. Il peut compter aussi sur un entourage hors pair : Nicole Calfan est parfaite en ancienne combattante des guerres du Top 50, attachée de presse d’une fidélité indéfectible. Elodie Bouchez et Dany se partagent le rôle d’Anne-Marie, reine des nuits dans les années 1980 ­devenue entrepreneuse de fitness.
Il faut assortir ces louanges d’un avertissement : le risque de l’hyperréalisme est d’être touché par la contagion des maux dont souffre l’objet représenté. Et si l’on s’est ennuyé d’innombrables ­samedis soirs devant les émissions de variétés du service ­public, si l’on redoute de voir la ­télévision allumée le dimanche après-midi lors d’une visite familiale (Michel Drucker tient ici son propre rôle), il faudra surmonter ces phobies pour profiter de l’intelligence diabolique de Guy.

        Lire aussi la critique du spectacle :
         

          Alex Lutz observe ces drôles d’animaux que sont les humains




Film français de et avec Alex Lutz. Avec Tom Dingler, Pascale Arbillot, Elodie Bouchez, Dany, Nicole Calfan (1 h 41). Sur le Web : fr-fr.facebook.com/ApolloDistrib et materiel.apollo-films.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Le réalisateur Matthew Porterfield explore le quartier afro-américain d’une ville aux multiples plaies sociales.
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« Sollers Point » : un visage sombre de Baltimore

Le réalisateur Matthew Porterfield explore le quartier afro-américain d’une ville aux multiples plaies sociales.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h33
 • Mis à jour le
29.08.2018 à 07h58
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
A première vue, tout porte à croire que Sollers Point, quatrième long-métrage de l’Américain Matthew Porterfield, né en en 1977 et affilié à la scène indépendante, ne brillera pas par son originalité. On se retrouve en effet face à un énième « portrait à fleur de peau », celui d’un jeune proscrit, aspirant à « un nouveau départ », mais vite « rattrapé par son passé ». Un sillon inlassablement tracé par le cinéma indépendant, qui a souvent trouvé dans les personnages de marginaux et de déshérités autant de contre-modèles prêts à l’emploi. Pourtant, le film se révèle tout autre : Porterfield parvient à transcender un sujet rebattu en l’ouvrant à une géographie complexe, à la fois urbaine et affective, qui contourne les lieux communs et les passages obligés.
Sollers Point est un quartier afro-américain de Baltimore, qui fut depuis le début du XXe siècle un important foyer ouvrier de sidérurgie
Sollers Point est un quartier afro-américain de Baltimore, qui fut depuis le début du XXe siècle un important foyer ouvrier de sidérurgie, avant que la désindustrialisation des années 1970-1980 ne vienne ravager l’emploi et semer l’éventail de plaies sociales qui s’ensuivent. C’est là que vit Keith (McCaul Lombardi), un peu plus de 20 ans, dans la maison de son père, Carol (Jim Belushi), l’un des rares foyers blancs du voisinage. Keith sort de prison et tourne en rond, bracelet électronique autour de la cheville, en attendant de pouvoir enfin mettre le nez dehors.
Quand ce jour arrive, un gang de blancs suprémacistes, auprès duquel il avait trouvé protection durant son incarcération, vient le cueillir à sa porte. Keith les rejette et fait la tournée de ses relations d’antan : sa sœur, ses grands-parents, ses ex-petites amies, ses voisins, un ami d’enfance devenu rappeur à succès… Il enchaîne les petits boulots, tente de suivre une formation de technicien climatiseur, mais retrouve toujours le gang sur sa route, prêt à en découdre. Peu à peu, il renoue avec certains de ses vieux démons : l’alcool, les boîtes de strip-tease et cette rage qu’on sent bouillir en lui, rejaillissant parfois en bouffées autodestructrices.
Registre descriptif
A la pente tragique attendue, le film privilégie une approche « horizontale » bien plus surprenante. En effet, Porterfield vise moins à retracer un processus social qu’à révéler le paysage qui entoure son protagoniste (tensions raciales, chômage, ravages de la drogue, jeunesse en déshérence…) et à parcourir ainsi le réseau des relations qui le définissent ou l’emprisonnent. Le cinéaste adopte un registre essentiellement descriptif, laissant affleurer le passif de son personnage par bribes, par allusions, par conversations, comme celles, superbes, avec sa grand-mère aimante ou un chef de gang halluciné. Si le film commence dans la maison familiale, perçue comme un univers clos et étroit, c’est pour s’élancer ensuite par cercles concentriques vers l’extérieur, dans l’exploration d’un quartier dont chaque strate contient une trace de l’existence passée de Keith, retracée en pointillé.
La géographie urbaine s’inscrit à l’écran comme une singulière « archéologie de la violence »
Le véritable objet de la mise en scène est donc la topographie de ce quartier, et plus largement celle de Baltimore, ville dont Matthew Porterfield est originaire et sur laquelle il conclut ici une trilogie, commencée avec Putty Hill (2010) et I Used to Be Darker (2013). En emboîtant les allées et venues de son protagoniste, il dresse un inventaire poétique d’espaces, d’installations urbaines – avenues, ponts, habitations, carrefours, arrêts de bus –, avec un travail du cadre d’inspiration photographique (signé du chef opérateur Shabier Kirchner).
Le corps à la fois robuste et dynamique de McCaul Lombardi, l’interprète de Keith – nouveau visage aperçu dans American Honey (2016), d’Andrea Arnold –, circule dans ces espaces qui semblent se refermer sur lui par le vide et l’inertie. La géographie urbaine s’inscrit alors à l’écran comme une singulière « archéologie de la violence » qui contient aussi, à chaque coin de rue, autant d’échappatoires pour prendre la tangente.



Film américain et français de Matthew Porterfield. Avec McCaul Lombardi, James Belushi, Zazie Beetz, Imani Hakim (1 h 41). Sur le Web : jhrfilms.com/sollers-point-baltimore



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ L’acteur interprète un tueur d’élite dans le film d’action au rythme frénétique de Peter Berg.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤                     
                                                

« 22 Miles » : Mark Wahlberg, agent secret à l’ère Trump

L’acteur interprète un tueur d’élite dans le film d’action au rythme frénétique de Peter Berg.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h31
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Les couples doivent faire des efforts pour ne pas s’enfoncer dans la routine. Peter Berg, réalisateur, et Mark Wahlberg, acteur, cherchent le dépaysement. En cinq ans de vie commune, ils sont allés en Afghanistan (Du sang et des larmes), dans le golfe du Mexique (Deepwater), le Massachusetts (Traque à Boston). Le monde tel qu’il est ne suffisant pas, les voici en Indocarr, contrée qui se distingue d’ores et déjà dans l’histoire du film d’espionnage – puisque c’est de cela qu’il s’agit – comme la détentrice du toponyme le plus ridicule.
Il n’est pas besoin d’avoir vécu très longtemps pour savoir qu’on ne voyage jamais qu’avec ses problèmes. En Indocarr comme ailleurs, Berg et Wahlberg trimballent leur goût pour la violence et la destruction, pour les tôles tordues et les chairs déchirées par des projectiles à haute vélocité. De ce point de vue, 22 Miles ne les aidera pas à sortir de l’ornière. Pourtant, ce film compact, frénétique, qui passe d’une séquence à l’autre de la concision chirurgicale à l’incohérence, révèle une texture intrigante, faite de reflets fugaces du temps présent et des signes visibles des circonstances de sa production.
La capitale de l’Indocarr est « interprétée » par Bogota, cité latino-américaine
On rencontre James Silva (Wahlberg) dans le jardin d’une villa, quelque part dans une banlieue américaine. A l’intérieur, ses collègues procèdent à la neutralisation d’un groupe russophone. Tous sont téléguidés depuis un local suréquipé par un coordinateur machiavélique (John Malkovich, coiffé d’une brosse rouquine). On comprend que ces gens-là agissent pour le compte de la plus grande démocratie du monde (dont quelques plans empruntés aux chaînes d’info en continu rappellent par qui elle est aujourd’hui dirigée) : ils sont en mesure de pénétrer dans toutes les intimités, électroniquement et physiquement, ils ont l’autorisation de tuer, et en usent largement.
Après qu’un montage nous a éclairés sur l’itinéraire de Silva, gamin surdoué et hyperactif, repéré par le gouvernement qui, plutôt que de lui prescrire de la Ritaline, en a fait un tueur d’élite, on retrouve le groupe, qui compte aussi dans ses rangs une mère (Lauren Cohan) désespérée de devoir sacrifier l’anniversaire de sa fille à une séance de torture dans les locaux de l’ambassade des Etats-Unis en Indocarr. L’Indocarr est un pays fascinant. D’abord à cause de son nom, qui lui a été probablement donné à la demande des financiers chinois de la production, soucieux de ne pas s’aliéner un allié, en l’occurrence l’Indonésie (on apprend que nous sommes en Asie du Sud-Est). Ensuite, parce que sa capitale est « interprétée » par Bogota, cité latino-américaine.
Absurdité intermittente
L’Indocarr est dirigé par des gens corrompus, que dénonce un transfuge, Li Noor (Iwo Ukais, star de la série des films d’action The Raid). Poursuivi par les autorités de son pays, détenteur d’un code qui permettra de retrouver des matériaux fissiles en balade, Li Noor doit être exfiltré par Silva et son équipe jusqu’à une piste d’atterrissage, distante de 22 miles de l’ambassade. Ce qui permet de parcourir – et de ravager – différents voisinages de cette ville hybride.
Pendant le trajet, les personnages ne parlent qu’en hurlant et en s’insultant. Mark Wahlberg parvient très bien à faire croire à l’hyperactivité de son personnage (un peu moins à son QI), Lauren Cohan donne à tous les conjoints traversant une rupture difficile une leçon en matière d’extériorisation des émotions (bien sûr, elle a l’avantage de disposer d’armes de gros calibre) ; seul Iwo Ukais ne se départ jamais d’un calme olympien. On ne voit d’ailleurs pas pourquoi un garçon capable de tuer deux hommes armés alors qu’il est menotté à une table d’opération s’énerverait.
On peut attribuer l’absurdité intermittente du scénario à la désinvolture des auteurs, qui semblent espérer que, assourdi par le fracas des armes et des véhicules qui se carambolent, le spectateur passera sur des lacunes grosses comme le Ritz. Reste que l’amertume de la conclusion de 22 Miles, l’esthétique résolument sinistre du film et la volonté délibérée – par le biais d’images d’actualité, d’expressions empruntées au langage contemporain de la politique (collusion, compromission…) de l’inscrire dans le cours du temps en font un spectacle épuisant et inquiétant.

Film américain de Peter Berg. Avec Mark Wahlberg, Lauren Cohan, Iwo Ukais, John Malkovich (1 h 34). Sur le Web : www.metrofilms.com/films/mile-22



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Dans le film de Marion Vernoux, Ana Girardot et Nicolas Duvauchelle incarnent gracieusement un jeune couple dont la vie bascule après un accident de voiture.
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« Bonhomme » : le handicap montré sans pathos

Dans le film de Marion Vernoux, Ana Girardot et Nicolas Duvauchelle incarnent gracieusement un jeune couple dont la vie bascule après un accident de voiture.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h30
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Piotr et Marilyn, couple énergique et plein de charme, habitent la banlieue lilloise. Ils s’aiment, et chacun travaille comme vendeur dans des magasins d’usine en zone périurbaine. Tandis qu’ils se rendent à une fête, leur vie va être bouleversée par un accident de voiture : Marilyn en sort indemne, Piotr se cogne violemment la tête contre le pare-brise et tombe quelques jours dans le coma.
A son réveil, c’est tout le quotidien qu’il faut réinventer : Piotr est très diminué par son traumatisme crânien, a perdu quelques facultés cognitives et sa libido devient incontrôlable. Tant bien que mal, Marilyn s’occupe de lui tout en tentant de joindre les deux bouts.
Comédie teintée de réalisme social
Si Bonhomme observe le quotidien d’un jeune couple bouleversé par un drame qu’il doit surmonter, le scénario amorce insensiblement une série de virages qui emmène le récit très loin de ce qu’on pouvait prévoir. Sans crier gare, le film révèle ses atours de comédie enlevée et teintée de réalisme social, tout en laissant de côté ce que ce registre peut avoir de sinistre et d’infiniment convenu. A la grisaille de la peinture naturaliste, Marion Vernoux préfère l’emballement burlesque.
Tout s’exécute dans la joie et dans une malice constante que l’on doit pour beaucoup à son couple d’acteurs fringants qui se démènent gracieusement pour donner corps à cette relation : Ana Girardot n’en fait pas trop dans le registre de la femme battante, Nicolas Duvauchelle n’est jamais grotesque lorsqu’il s’agit de jouer un homme intellectuellement diminué et comme retombé en enfance. La cinéaste a, semble-t-il, voulu éliminer toute trace de pathos du logiciel de son film ainsi que toute fausse précaution par rapport à son sujet (le handicap et sa gestion au quotidien). Deux partis pris qui font tout le charme de Bonhomme.

Film français de Marion Vernoux. Avec Ana Girardot, Nicolas Duvauchelle, Béatrice Dalle (1 h 43). Sur le Web : www.ugcdistribution.fr/film/bonhomme



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Le film d’Anahita Ghazvinizadeh est la photographie subtile d’une famille américaine confrontée à la transition sexuelle d’un de ses enfants.
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« Il ou elle » : transgenre, pas de quoi en faire un drame

Le film d’Anahita Ghazvinizadeh est la photographie subtile d’une famille américaine confrontée à la transition sexuelle d’un de ses enfants.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h29
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Sur ce sujet à fort potentiel dramaturgique qu’est la transidentité, surtout à l’âge délicat de l’adolescence, la réalisatrice iranienne Anahita Ghazvinizadeh a choisi la voie périlleuse du (presque) non-récit. Son premier long-métrage, Il ou elle, se situe le temps d’un week-end dans une maison familiale en banlieue de Chicago. Il y a J., un adolescent né garçon qui se demande s’il veut devenir fille. Il a pris un traitement réversible qui bloque la puberté, ce qui lui donne un peu de temps pour faire son choix. Ses parents s’absentent et sa grande sœur Lauren (Nicole Coffineau) vient s’occuper de lui avec son compagnon Araz (Koohyar Hosseini), d’origine iranienne. Lauren est artiste et cherche sa place, tandis que son ami est d’une certaine manière en transit. Tous les trois sont en suspension et c’est ce moment de fragilité que la réalisatrice choisit de capter, banalisant, au bon sens du terme, l’enjeu de la transition sexuelle. Celle-ci est un moment de construction.
L’air de rien, Il ou elle est politiquement subversif. D’ailleurs, on ne dit pas « il » ou « elle » pour désigner J. (he ou she en anglais) mais they, un neutre pluriel utilisé dans les pays anglo-saxons. Cinématographiquement, Il ou elle est un film délicat comme le poème que se récite intérieurement J. Dans la vraie vie, le jeune acteur qui joue J., Rhys Fehrenbacher, suit le chemin inverse de son personnage : il est né fille et se projette comme garçon. Il a accepté le rôle comme un défi.
Apparences changeantes
On ne peut s’empêcher de confronter Il ou elle à un autre premier long-métrage sur le même sujet, Girl, du Flamand Lukas Dhont (qui sortira en salle le 10 octobre). Multiprimé lors de la 71e édition du Festival de Cannes – Caméra d’or, prix d’interprétation de la section Un certain regard pour le comédien Victor Polster, Queer Palm, prix Fipresci des critiques internationaux – Girl est bâti sur un scénario de choc. Un adolescent en pleine transition, Lara, 15 ans, visage d’ange et silhouette longiligne de ballerine, doit réussir le concours d’entrée dans un corps de ballet. Girl carbure au suspense quand Il ou elle se révèle chimiquement comme une photographie. Une photo de famille où chacun essaie d’avancer dans sa vie à un instant précis.

        Lire la critique :
         

          Avec « Girl », oubliez le garçon




        Lire le compte-rendu :
         

          « Girl », de Lukas Dhont, récompensé par la Queer Palm à Cannes



La réalisatrice iranienne a mis du temps à assembler les pièces de ce puzzle. Née à Téhéran en 1989, elle a étudié les beaux-arts en Iran ainsi qu’à l’université d’art de Chicago. Elle a suivi des ateliers de cinéma animés par Abbas Kiarostami, lesquels vont marquer, explique-t-elle, son cinéma. Elle a réalisé une trilogie de « courts » qui explorent l’univers de l’enfance, parmi lesquels Needle (2013) – premier prix de la Cinéfondation à Cannes en 2013 – où il est question d’une jeune fille qui veut se faire percer les oreilles. En filmant J. et ses apparences changeantes, au gré de ses humeurs, Anahita Ghazvinizadeh montre l’espace-temps de l’enfance comme un moment d’incertitude autorisé.

        Lire l’analyse :
         

          Les films « queer » se sont imposés sur la Croisette




Film américain et qatari d’Anahita Ghazvinizadeh. Avec Rhys Fehrenbacher, Koohyar Hosseini et Nicole Coffineau (1 h 20). Sur le Web : www.optimale-distribution.fr/movie/they, www.luxboxfilms.com/they et www.festival-cannes.com/fr/films/they



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Le premier long-métrage de Joya Thome mêle aventures enfantines et apprentissage du cinéma.
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« Reine d’un été » : jouer et s’ennuyer dans le Brandebourg

Le premier long-métrage de Joya Thome mêle aventures enfantines et apprentissage du cinéma.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h27
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Au moment où il faut remettre les enfants sur le chemin de l’école, on peut éventuellement leur proposer cette excursion dans le Brandebourg, sur les pas de Léa, une petite fille qui tarde à entrer dans l’adolescence pendant que ses camarades passent ce cap. Rebutée par les nouveaux hobbies de ses amies – reluquer les garçons, se préoccuper de sa mise –, Léa décide de tout faire pour se joindre à une bande de gars qui tente désespérément de trouver un peu d’aventure dans la campagne est-allemande.
Ennui palpable
Pour ce premier long-métrage, Joya Thome (fille de Rudolf Thome, lui-même cinéaste de renom) tente de mêler les figures classiques de la fiction enfantine et un apprentissage du cinéma. Les enfants essaient d’empêcher la maire du village d’expulser un sympathique marginal de sa ferme, ils s’imaginent que le chef des pompiers est un criminel. Les stratagèmes qu’ils mettent au point se retournent généralement contre eux, et le suspense retombe vite, ménageant de longues plages contemplatives.
La réalisatrice s’attache à extraire un peu de beauté de ces paysages ordinaires, à laisser filer le temps afin que l’ennui de ses personnages devienne palpable pour les jeunes spectateurs. Cette leçon aurait sans doute mieux porté si les personnages avaient été plus qu’esquissés, si les rebondissements du scénario n’avaient été aussi convenus. Heureusement, la brièveté du film compense en partie ces lacunes.

Film allemand de Joya Thome. Avec Lisa Moell, Denny Moritz Sonnenschein, Salim Fazzani (1 h 07). Sur le Web : www.lesfilmsdupreau.com/prog.php?code=rde



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Chaque mercredi dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 28/08/2018
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Des jeunes gens incandescents, une vieille étoile qui s’éteint : notre sélection cinéma

Chaque mercredi dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 06h26
 • Mis à jour le
29.08.2018 à 09h43
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Il y a comme un parfum d’automne dans ce soudain afflux de films présentés à Cannes (Burning, Guy et Sauvage) auxquels viennent se joindre le nouveau long-métrage de l’un des meilleurs documentaristes français, Nicolas Philibert, et un surprenant film indépendant américain. Les affaires reprennent, encore faut-il que les spectateurs reprennent le chemin des salles, qui sont restées bien vides cet été. Il y a au moins cinq bonnes raisons de le faire cette semaine.
« Burning » : trio incandescent dans une Corée de cendres

Lee Chang-dong, qui est resté huit ans sans tourner, depuis Poetry, signe avec Burning son film le plus abstrait, le plus étrange, le plus surprenant. Le plus beau aussi. Pour autant, il n’a rien lâché de cette acuité de regard qui fait de chacun de ses films une protestation cruelle contre les formes sourdes de barbarie qui caractérisent la société libérale avancée.
L’affaire se joue ici sur les braises d’un triolisme désynchronisé, entre une fille et deux garçons. La fille se nomme Haemi. Déliée, maniérée, fiévreuse. On la trouve au début du film en pom-pom girl aguichant les passants à l’entrée d’une galerie commerciale. C’est là qu’elle rencontre Jongsu, aussi jeune qu’elle, grand garçon de peu de mots à l’air perdu, cachant sous ses silences une sensibilité à fleur de peau.
Elle part pour plusieurs semaines en voyage en Afrique. A son retour, tandis qu’il l’attend à l’aéroport, une nouvelle donne se profile brutalement. Accompagnée d’un jeune homme désinvolte qui porte beau et qu’elle vient de rencontrer dans l’avion, Haemi choisit de repartir avec ce dernier, en Porsche Carrera, plutôt que dans l’utilitaire rouillé et délabré de Jongsu, qui s’incline sans broncher.
La beauté déchirante du film tient ici au sentiment soudain de la contiguïté entre ce qui unit et sépare les êtres. Le même constat nourrit la colère contre l’iniquité sociale, le règne des apparences, la société du simulacre. Autant de motifs qui font aussi de Burning un brûlot social, le film le plus inspirant de la rentrée. Jacques Mandelbaum
« Burning », film coréen de Lee Chang-dong. Avec Yoo Ah-in, Steven Yeun, Jeon Jong-seo (2 h 28).
La Cinémathèque française consacre une rétrospective à Lee Chang-dong, jusqu’au 2 septembre. Le réalisateur donnera une leçon de cinéma, toujours à la Cinémathèque, samedi 1er septembre après la projection de « Poetry » à 14 h 30.
« De chaque instant » : à l’école de la douleur

Même s’il ressemble parfois à l’étude d’une religion – les ablutions filmées lors de la première séquence, les gestes refaits sans fin comme pour un rituel –, le onzième long-métrage de Nicolas Philibert ne se préoccupe pas de l’au-delà. La veille permanente qu’évoque le titre est celle que doivent apprendre les élèves infirmières et infirmiers dans un centre de formation de l’hôpital de la Croix Saint-Simon, où le cinéaste a filmé pendant des mois.
Il faut voir dans la solennité qui empreint bien des séquences, dans la division en trois temps du film scandée par les vers de Bonnefoy (« que voir sinon qui s’obscurcit » puis « que désirer sinon qui meurt ») comme une célébration du métier qu’apprennent les jeunes gens que l’on voit à l’écran, un appel à les prendre au sérieux, à leur donner dans notre monde l’importance qu’ils y méritent.
Ce titre peut aussi s’interpréter comme un conseil – amical mais ferme – au spectateur. Philibert a réalisé un film presque sans personnages : de séquence en séquence, on a parfois le temps de deviner (ou plutôt d’imaginer) une personnalité, mais il ne s’agit pas de dessiner des portraits, ni même de suivre la trajectoire de telle ou tel de ces élèves, simplement de mettre en scène le processus collectif qui fera d’eux des infirmières, des infirmiers.
Après le musée de La Ville Louvre, l’école d’Etre et avoir, la ménagerie de Nénette ou La Maison de la radio, le centre de formation de la Croix Saint-Simon prend sa place dans l’atlas de Nicolas Philibert, qui recense ces lieux qui sont à la fois des éléments essentiels de notre société et des refuges qui lui permettent (ou devraient lui permettre) de réfléchir sur elle-même, de se donner les règles et les structures qui l’empêcheraient de basculer tout à fait dans la déraison. Thomas Sotinel
« De chaque instant », documentaire français de Nicolas Philibert (1 h 45).
Huit longs-métrages de Nicolas Philibert ressortiront en salle le 5 septembre : « La Ville Louvre » (1990), « Le Pays des sourds » (1993), « Un animal, des animaux » (1995), « La Moindre des choses » (1997), « Etre et avoir » (2002), « Retour en Normandie » (2007), « Nénette » (2010), « La Maison de la radio » (2013).
« Sauvage » : Léo, à corps perdu

Ce premier long-métrage de Camille Vidal-Naquet, descente vertigineuse dans le milieu de la prostitution masculine, résulte d’un travail de plusieurs mois, auprès des garçons du bois de Boulogne. Pas moyen de faire moins, de passer vite sur ces rencontres au gré desquelles s’élaborait le scénario. Sauvage témoigne de cette immersion, dans la restitution hyperréaliste des situations et des faits, caméra à l’épaule, plans rapprochés sur les corps malades et maltraités : des partis pris qui assurent la volonté du réalisateur de transmettre, voire de partager, les effets et les sentiments qui l’ont lui-même agité.
Le passeur de l’histoire s’appelle Léo, 22 ans, gueule cabossée par une vie de chien errant ingérant du crack et de l’alcool, bouffant n’importe quoi, dormant sur les trottoirs ou dans le bois périphérique de la ville où, la journée, il enchaîne les passes.
Présenté à Cannes (Semaine de la critique), Sauvage avait dirigé toute l’attention sur Félix Maritaud. Le jeune acteur apporte à Sauvage une incandescence qui met l’image à vif et retient le film au bord de l’abîme, sans l’y plonger. A l’inverse de J’embrasse pas, d’André Téchiné (1991), Sauvage ne s’expose à aucune notion de fatalité. Le versant lumineux de Léo – qui, lui, embrasse – servant de bouclier à cet écueil. Véronique Cauhapé
« Sauvage », film français de Camille Vidal-Naquet. Avec Félix Maritaud, Eric Bernard, Nicolas Diblas (1 h 39).
« Guy » : le crépuscule d’une étoile

Logiquement, la ligue des acteurs septuagénaires devrait mettre un contrat sur la tête d’Alex Lutz, 40 ans, qui vient leur ôter le pain de la bouche avec une impudente réussite. D’autant qu’il est peu probable que le réalisateur et coscénariste de Guy ait procédé à des auditions pour le rôle-titre de son premier long-métrage, Guy Jamet, 74 ans, un chanteur de variétés françaises. On trouvera toutefois comme circonstance atténuante à ce formidable égoïsme la cohérence d’un geste unique, qui va de l’écriture au jeu d’acteur, en passant par la mise en scène.
Guy Jamet est encore bel homme ; il se flatte de n’avoir pas perdu ses cheveux mais son l’élocution un peu empâtée trahit un récent accident vasculaire. Il vit dans un cabanon de luxe en Provence avec sa femme, Sophie Ravel (Pascale Arbillot), actrice de télévision férue d’astrologie canine, et ses chevaux. Il vient de réenregistrer les tubes inégalement répartis sur un demi-siècle de carrière sur des arrangements vaguement country et sillonne la France avec un orchestre de jeunes gens qui semblent parfois s’ennuyer à jouer sa musique.
On ne sait ce qu’il faut le plus admirer : la justesse des pastiches, la sobriété avec laquelle Lutz recourt aux documents d’époque – scopitone, extraits d’émissions de variétés – ou, sur un registre plus ambitieux, sa tentative de saisir, avant qu’elle ne disparaisse, une certaine manière d’être un homme. T. S.
« Guy », film français de et avec Alex Lutz. Avec Tom Dingler, Pascale Arbillot, Elodie Bouchez, Dany, Nicole Calfan (1 h 41).
« Sollers Point » : Baltimore, l’archéologie de la violence

Tout d’abord, on a peur de se retrouver face à un énième « portrait à fleur de peau », celui d’un jeune proscrit, aspirant à « un nouveau départ », mais vite « rattrapé par son passé », comme le cinéma indépendant américain en a tant produit. Pourtant, le film se révèle tout autre : Matthew Porterfield parvient à transcender un sujet rebattu en l’ouvrant à une géographie complexe, à la fois urbaine et affective, qui contourne les lieux communs et les passages obligés.
Sollers Point ne désigne pas autre chose qu’un lieu. Un quartier afro-américain de Baltimore, ravagé par la désindustrialisation, où revient un jeune homme à sa sortie de prison. A la pente tragique attendue, le film privilégie une approche « horizontale » plus surprenante. Le véritable objet de la mise en scène est donc la topographie de ce quartier et, plus largement, celle de Baltimore, ville dont Matthew Porterfield est originaire et sur laquelle il conclut ici une trilogie, commencée avec Putty Hill (2010) et I Used to Be Darker (2013).
En emboîtant les allées et venues de son protagoniste, il dresse un inventaire poétique d’espaces, d’installations urbaines – avenues, ponts, habitations, carrefours, arrêts de bus. La géographie urbaine s’inscrit alors à l’écran comme une singulière « archéologie de la violence » qui contient aussi, à chaque coin de rue, autant d’échappatoires pour prendre la tangente. Mathieu Macheret
« Sollers Point », film américain et français de Matthew Porterfield. Avec McCaul Lombardi, Jim Belushi, Zazie Beetz (1 h 41).

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 29 août)
Burning, film coréen de Lee Chang-dong (à ne pas manquer)De chaque instant, documentaire français de Nicolas Philibert (à ne pas manquer)Sauvage, film français de Camille Vidal-Naquet (à ne pas manquer)Bonhomme, film français de Marion Vernoux (à voir)Guy, film français de et avec Alex Lutz (à voir)Il ou elle, film américain et qatari d’Anahita Ghazvinizadeh (à voir)Sollers Point, film américain et français de Matthew Porterfield (à voir)22 Miles, film américain de Peter Berg (pourquoi pas)Reine d’un été, film allemand de Joya Thome (pourquoi pas)Miracle à Santa Anna (2008), film américain et italien de Spike Lee (inédit)
A l’affiche également :
Braqueurs d’élite, film allemand et français de Steven QualeBreaking In, film américain de James McTeigueKin : le commencement, film américain de Jonathan et Josh Baker





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Le réalisateur sud-coréen explique la genèse de « Burning » et son choix d’un lieu de tournage proche de la frontière.
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Lee Chang-dong : « La partition de la Corée est tapie au fond de notre vie »

Le réalisateur sud-coréen explique la genèse de « Burning » et son choix d’un lieu de tournage proche de la frontière.



LE MONDE
 |    28.08.2018 à 07h46
 • Mis à jour le
28.08.2018 à 16h56
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

Lee Chang-dong, 64 ans, a laissé passer huit années entre Poetry, présenté à Cannes en 2010, et Burning. Le réalisateur n’a jamais été prolifique : Burning n’est que son sixième long-métrage depuis Green Fish, en 1997. Les cinq ans séparant ­Oasis (2002) et Secret Sunshine (2007) avaient en partie été occupés par deux ans comme ministre de la culture de Corée du Sud.

Reste-t-on un cinéaste lors de périodes où l’on s’arrête aussi longtemps de faire des films ?
C’est comme les écrivains : même quand ils ne font rien, ils continuent d’écrire. J’ai passé beaucoup de temps à penser au film que je ferai, c’est comme ça que c’est passé si vite.
Qu’est-ce qui fait qu’un film existera ?
J’ai du mal à me convaincre moi-même. C’est de l’ordre des sensations physiques, ce ne sont pas des arguments.
Dans le cas de « Burning », quel rôle la nouvelle de Murakami dont est inspiré le scénario a-t-elle joué dans le projet ?
La chaîne japonaise NHK m’a contacté pour me demander si je voulais adapter une nouvelle de Murakami, n’importe laquelle. J’ai refusé tout en trouvant que c’était une bonne idée. J’ai recommandé un jeune réalisateur, et je devais être producteur. Le projet n’a pas abouti, mais un jour ma scénariste, Oh Jung-mi, m’a parlé de cette nouvelle, parce qu’elle rejoignait le thème de la colère du monde contemporain autour duquel nous tournions.
On y voit aussi un tableau de la Corée aujourd’hui. Etait-ce pour vous le moment de mettre ­en scène les changements intervenus depuis votre dernier film ?
J’ai voulu montrer ce qui a changé pour les jeunes. En Corée comme ailleurs, leur vie est de plus en plus difficile. Il y a la question de la précarité, ils ont aussi perdu de leur dynamisme par rapport aux générations précédentes. Ils savent que quelque chose ne va pas dans ce...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Lee Chang-dong signe son film le plus abstrait, le plus beau, le plus surprenant, entre thriller et brûlot social.
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Article sélectionné dans La Matinale du 27/08/2018
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« Burning » : trio brûlant dans une Corée de cendres

Lee Chang-dong signe son film le plus abstrait, le plus beau, le plus surprenant, entre thriller et brûlot social.



LE MONDE
 |    28.08.2018 à 06h04
 • Mis à jour le
29.08.2018 à 07h46
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Enfin Burning ! Sixième long-métrage du Coréen Lee Chang-dong et Palme d’or du dernier Festival de Cannes. Du moins la palme qu’un certain nombre de festivaliers avaient intensément espérée et vainement augurée. A-t-elle moins de valeur que la vraie (Une affaire de famille, du Japonais Hirokazu Kore-eda) ? Rien n’est prouvé. Un jury et un palmarès plus propice à l’engagement social qu’à la sorcellerie esthétique auront simplement privilégié un certain type d’œuvres contre d’autres.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          « Burning », la brûlure de l’imaginaire



L’ironie du sort veut que Lee Chang-dong, grand nom du cinéma coréen, soit l’auteur d’une œuvre qui n’a jamais reculé devant la critique politique et sociale. Il signe simplement avec Burning son film le plus abstrait, le plus étrange, le plus surprenant. Le plus beau aussi. Pour autant, il n’a rien lâché de cette acuité de regard qui fait de chacun de ses films une protestation cruelle contre les formes sourdes de barbarie qui caractérisent la société libérale avancée. Exaltation du narcissisme. Extension du domaine de l’indifférence. Effondrement des croyances et de la morale.

        Lire l’entretien avec Lee Chang-dong :
         

          « La partition de la Corée est tapie au fond de notre vie »



A bien y regarder, chaque film de Lee Chang-dong produit un corps qui se met en travers du système, au risque de la mort. L’affaire se joue ici sur les braises d’un triolisme désynchronisé, entre une fille et deux garçons. La fille se nomme Haemi. Déliée, maniérée, fiévreuse. La candeur de la jeunesse alliée aux ravages du sex-appeal. On la trouve au début du film en pom-pom girl aguichant les passants à l’entrée d’une galerie commerciale. C’est là qu’elle rencontre Jongsu, aussi jeune qu’elle, grand garçon de peu de mots à l’air perdu, cachant sous ses silences une sensibilité à fleur de peau. C’est elle qui l’a reconnu. Ils allaient à l’école ensemble et il la trouvait « moche ».
Mélancolie stuporeuse
Elle prend des cours de mime, veut devenir actrice. Il est fils de paysan, livreur, aspirant-écrivain. Ils se revoient, se désirent, se possèdent. Leur étreinte est de courte durée. Elle part pour plusieurs semaines en voyage en Afrique, lui laisse les clés de son appartement et le soin de nourrir un chat qui ne se montrera jamais. Dans son attente, il dort dans ses draps – lesquels, comme dit la chanson, s’en souviennent. A son retour, tandis qu’il l’attend à l’aéroport, une nouvelle donne se profile brutalement. Accompagnée d’un jeune homme désinvolte qui porte beau et qu’elle vient de rencontrer dans l’avion, Haemi choisit de repartir avec ce dernier, en Porsche Carrera, plutôt que dans l’utilitaire rouillé et délabré de Jongsu, qui s’incline sans broncher.
S’ouvre une période indécise, au cours de laquelle les trois jeunes gens se fréquentent, sans que Jongsu, subissant avec stoïcisme l’insupportable suffisance de Ben, puisse déterminer avec certitude les motivations de la jeune fille ni son implication dans la relation qu’elle mène avec ce dernier. A l’étape suivante, Haemi ne se contente plus d’être un mystère, elle devient une absence. Disparue, corps et biens. Jongsu, plongé dans une sorte de mélancolie stuporeuse coupée à la froide rage intérieure, se met à suivre Ben comme son ombre pour tenter de savoir où se trouve la jeune fille.

   


Arrêtons ici la description de ce récit aussi envoûtant qu’il est déroutant. Tous ceux qui n’exigent pas d’une œuvre d’art des réponses à tout prix devraient se laisser séduire par son indécidabilité. Le chat de Haemi existe-t-il ? Haemi elle-même a-t-elle vraiment disparu ? Ben, le Gatsby coréen, fait-il brûler des serres par pur désœuvrement ou bluffe-t-il pour impressionner Jongsu et le tourner en dérision ? Le désir de meurtre qui monte en ce dernier s’accomplit-il ou est-il la première pierre du roman qu’il se promet d’écrire ?
Un ton de fin du jour
Il est peut-être moins important de trancher que de se laisser saisir par l’atmosphère – climatique et morale, c’est tout un – qui prévaut dans le film. Un ton de fin du jour, une exténuation des passions, une lumière déclinante, un étouffement existentiel baignent Burning. Du tableau émanent d’inconcevables beautés, comme cette scène dans le jardin de Jongsu, enveloppée par la plainte de Miles Davis, où la jeune fille dénudée danse pour les deux garçons silencieux, leurs silhouettes se découpant dans le crépuscule qui tombe sur les contreforts séparant à l’horizon les deux Corées.
Ce déchirement de la beauté tient ici au sentiment soudain de la contiguïté entre ce qui unit et sépare les êtres. Le même constat nourrit, à bas bruit mais continûment, la colère contre l’iniquité sociale, le règne des apparences, la société du simulacre. La chirurgie esthétique de Haemi, chrysalide devenue papillon, sa passion du mime et de l’illusion, son artificieuse évanescence, l’arrogance et la désinvolture de classe de Ben, la révolte et la violence du père de Jongsu, jugé et condamné pour avoir frappé un fonctionnaire. Autant de motifs qui font aussi de Burning un brûlot social.
Achevons le propos en établissant une courte cartographie esthétique qui renseignera le lecteur sur les coordonnées du film. Deux écrivains d’abord, Haruki Murakami pour l’ambiguïté du réel, William Faulkner pour la rage existentielle et sociale. Le film est adapté d’une nouvelle de l’écrivain japonais intitulée Les Granges brûlées (1983), elle-même inspirée de Barn Burning (L’Incendiaire, 1939) de son confrère américain. On y ajoutera deux films. L’Avventura (1960), de Michelangelo Antonioni, pour la brutale et mystérieuse disparition de la femme et de l’amante non moins que pour le vertige narratif et moral qui s’ensuit. Ascenseur pour l’échafaud (1958), de Louis Malle, pour le thème musical de Miles Davis, et pour l’errance crépusculaire qu’il accompagne dans un thriller tombé en panne. Nous voilà ainsi à peu près parés pour le plus film le plus inspirant de la rentrée.

Film coréen de Lee Chang-dong. Avec Yoo Ah-in, Steven Yeun, Jeon Jong-seo (2 h 28). Sur le Web : diaphana.fr/film/burning
La Cinémathèque française consacre une rétrospective à Lee Chang-dong, jusqu’au 2 septembre. Le film Burning est projeté en avant-première mardi 28 août à 20 heures en présence du réalisateur qui donnera une leçon de cinéma, toujours à la Cinémathèque, samedi 1er septembre, après la projection de Poetry à 14 h 30.

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 29 août)
Burning, film coréen de Lee Chang-dong (à ne pas manquer)De chaque instant, documentaire français de Nicolas Philibert (à ne pas manquer)Sauvage, film français de Camille Vidal-Naquet (à ne pas manquer)Bonhomme, film français de Marion Vernoux (à voir)Guy, film français de et avec Alex Lutz (à voir)Il ou elle, film américain et qatari d’Anahita Ghazvinizadeh (à voir)Sollers Point, film américain et français de Matthew Porterfield (à voir)22 Miles, film américain de Peter Berg (pourquoi pas)Reine d’un été, film allemand de Joya Thome (pourquoi pas)Miracle à Santa Anna (2008), film américain et italien de Spike Lee (inédit)
A l’affiche également :
Braqueurs d’élite, film allemand et français de Steven QualeBreaking In, film américain de James McTeigueKin : le commencement, film américain de Jonathan et Josh Baker





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Au Festival du film francophone d’Angoulême, le réalisateur d’« Un sac de billes » et de « La Drôlesse » et le jeune directeur de casting de ces films devenu directeur de la manifestation ont présenté les films de Doillon consacrés à l’enfance.
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Dominique Besnehard et Jacques Doillon retombent en enfance

Au Festival du film francophone d’Angoulême, le réalisateur d’« Un sac de billes » et de « La Drôlesse » et le jeune directeur de casting de ces films devenu directeur de la manifestation ont présenté les films de Doillon consacrés à l’enfance.



LE MONDE
 |    25.08.2018 à 17h53
 • Mis à jour le
27.08.2018 à 09h27
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

Dans le programme du Festival d’Angoulême, il y a toujours une trace d’autoportrait, celui de son cofondateur, Dominique Besnehard. Cette année, elle a pris la forme d’une rétrospective que le Festival du film francophone a consacrée à Jacques Doillon, en sa présence. C’est aux côtés du réalisateur de La Fille prodigue et de Rodin que le futur agent et producteur a fait ses premiers pas, en tant que stagiaire, sur un plateau de cinéma, celui d’Un sac de billes, en 1975, première adaptation du roman de Joseph Joffo qui suit la fuite de deux enfants juifs à travers la France occupée.
« Dominique a trouvé l’aîné des deux frères, j’ai trouvé le cadet », se souvient Doillon. Quelques décennies plus tard, les deux hommes ont décidé de programmer à Angoulême les films de Doillon dans lesquels jouent des enfants ou des adolescents : Un sac de billes, La Drôlesse, La Vie de famille, Le Petit Criminel, Ponette et Raja. Les deux premiers ont bénéficié des talents naissants de directeur de casting de Dominique Besnehard.

Ecouter le cinéaste, désormais septuagénaire, et le directeur de festival se remémorer ces deux tournages ramène à une façon de faire du cinéma aujourd’hui disparue. François Truffaut avait imposé Jacques Doillon à Claude Berri, producteur d’Un sac de billes, et le jeune metteur en scène, qui n’avait à son actif que L’An 01 et Les Doigts dans la tête, avait imposé « un, la liberté d’adaptation, ce qui [lui] a valu quelques conflits avec Joffo ; deux, le choix des deux enfants ». Il avait aussi engagé comme stagiaire ce jeune élève du conservatoire de la rue Blanche tombé en admiration devant Les Doigts dans la tête.
Force vitale
Dominique Besnehard ayant dépassé, pendant le tournage d’Un sac de billes, le domaine de compétence habituellement dévolu aux stagiaires, il a été...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Le Festival du film francophone propose, aux côtés d’avant-premières fédératrices, un programme audacieux.
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Article sélectionné dans La Matinale du 25/08/2018
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A Angoulême, la comédie a la fibre sociale

Le Festival du film francophone propose, aux côtés d’avant-premières fédératrices, un programme audacieux.



LE MONDE
 |    25.08.2018 à 17h47
 • Mis à jour le
27.08.2018 à 11h34
    |

                            Thomas Sotinel (Angoulême)








                        



   


Pour le dixième anniversaire et la onzième édition du Festival du film francophone d’Angoulême, du 21 au 26 août, ses aînés, les festivals de Venise et de Toronto, lui ont rendu l’hommage de leur jalousie. Organisées respectivement une et deux semaines plus tard, les manifestations italienne et canadienne ont exigé des sociétés de vente internationales, des distributeurs et des producteurs français qu’ils choisissent de dévoiler leurs films sur les bords de la Charente, sur ceux de la lagune de Venise ou du lac Ontario. C’est ainsi que Mademoiselle de Joncquières, marivaudage cruel d’Emmanuel Mouret avec Cécile de France, ne sera pas projeté à Angoulême, comme initialement prévu, puisqu’il a été retenu dans la section « Platform » à Toronto.

        Lire aussi :
         

                Dominique Besnehard et Jacques Doillon retombent en enfance



Le choix n’opère pas toujours en défaveur du festival fondé, en 2008, par Dominique Besnehard et Marie-France Brière : plutôt que de répondre à la sollicitation d’une section parallèle vénitienne, l’équipe de Tout ce qu’il me reste de la révolution, premier long-métrage de Judith Davis, est venue accompagner son film, présenté en compétition.
Du rire pour atténuer les larmes
Celle-ci, qui rassemble dix films francophones, dont cinq français, forme la face audacieuse de ce festival-Janus. Le visage fédérateur est celui que présente un solide menu de quatorze avant-premières, de Voyez comme on danse, de Michel Blanc, avec Jean-Paul Rouve (qui présentait, en tant que réalisateur, Lola et ses frères), à I Feel Good, de Benoît Delépine et Gustave Kervern, avec Jean Dujardin et Yolande Moreau. C’est le public, qui, à presque toutes les séances, remplit les salles jusqu’au dernier fauteuil et se charge de faire la jonction, passant sans heurt (mais pas toujours avec le même enthousiasme) du boulevard contemporain aux premiers films d’auteur.
En se faisant festivalier boulimique (il n’y en a pas d’autre à Angoulême), il était impossible de ne pas remarquer une coïncidence si insistante qu’elle pouvait être qualifiée de tendance. Au fil des avant-premières, on a vu dans trois comédies trois actrices, Yolande Moreau dans I Feel Good, Noémie Lvovsky dans Les Invisibles, de Louis-Julien Petit, et Agnès Jaoui dans Les Bonnes Intentions, de Gilles Legrand, prendre des rôles de femmes qui traversaient une crise personnelle en empruntant la voie du bénévolat. Ces figures occupent des places très différentes de film en film, et les cinéastes ne les utilisent pas sur le même registre. Reste que les trois longs-métrages avaient en commun de recourir au comique pour atténuer la douleur lancinante et incurable de la question « Que faire » ?

        Lire aussi :
         

                Dominique Besnehard : « On ne rend pas magnifique qui n’a pas de talent »



On passera rapidement sur la réponse qu’apportent Delépine et Kervern. I Feel Good sort en salle dès le 26 septembre, et l’on découvrira l’affrontement (symboliquement) fratricide entre un garçon (Jean Dujardin) qui importe brutalement ses rêves de réussite entrepreneuriale dans une communauté Emmaüs animée par sa sœur (Yolande Moreau). Il suffit d’avoir vu un seul des films réalisés par le duo (Le Grand Soir, avec Poelvoorde et Dupontel, apocalypse dans la grande distribution, par exemple) pour savoir de quel côté leur cœur penche. L’innovation pour Kervern et Delépine réside ici dans l’exploration semi-documentaire de la communauté, dont les membres sont filmés avec attention, sans jamais empiéter sur le domaine des comédiens professionnels, la fiction.
Ancrage dans la réalité
Louis-Julien Petit a, lui, tenté d’effacer cette frontière. Il a demandé à des femmes sans domicile de jouer dans Les Invisibles, inspiré du travail documentaire de la photographe et réalisatrice Claire Lajeunie. La fiction n’a rien de documentaire – l’équipe d’un centre d’accueil de jour (Audrey Lamy, Corinne Masiero, Noémie Lvovsky, Déborah Lukumuena) passe dans la clandestinité après la destruction d’un campement de femmes SDF –, mais les corps et les visages des utilisatrices du centre rappellent sans relâche à la réalité sur laquelle repose cette comédie. Ce sont elles qui font oublier les facilités du récit, qui convainquent de la justesse du propos. Les Invisibles sortira en salle le 9 janvier 2019.
C’est peut-être cet ancrage qui manque aux Bonnes Intentions, de Gilles Legrand, portrait d’Isabelle (Agnès Jaoui), professeure d’alphabétisation, défenseuse de la veuve, de l’orphelin et du réfugié, mais épouse insatisfaite et insatisfaisante, mère absente. Elle est trop longtemps tournée en ridicule pour que l’on croie à la justesse de ses intentions, même si, in extremis, scénariste (la dramaturge Léonore Confino) et réalisateur œuvrent frénétiquement à sa rédemption (sortie le 21 novembre).
On retrouve cette obsession de l’échec politique et social dans Tout ce qu’il me reste de la révolution. Mais Angèle (Judith Davis, qui s’est confié le rôle principal), l’héroïne de cette comédie romantique post-marxiste, n’a vécu que par procuration les échecs de ses aînés. Angèle traverse la vie et la ville avec la mine d’une jeune femme en colère. Elle a ses raisons : architecte, elle n’arrive pas à être rémunérée pour son travail ; fille d’un couple militant défait par l’histoire, elle a pris le parti de Papa (Simon Bakhouche), qui vit dans le ressassement des grandes heures de la révolution qui a failli venir, contre maman (Mireille Perrier), qui a déserté pour la campagne.
Le film est une promenade gaie et sensuelle dans un paysage dévasté, à l’image de cette entrée de ville (la porte de Montreuil, à Paris), à laquelle Angèle rêve de redonner un aspect compatible avec la vie en société. Au fil des séquences, on croise un cadre en burn-out, un instituteur amoureux, une sculptrice au bord de la compromission… Ces incidents, ces rencontres pourraient n’être qu’une collection de choses vues, Judith Davis les assemble en une mosaïque d’une étonnante profondeur de champ. A l’applaudimètre angoumois, Tout ce qu’il me reste de la révolution a fait jeu égal avec les comédies les plus attendues.




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Les tutoriels artistiques (6/6). Sur Internet, marques et professionnels comme le cinéaste Michel Gondry donnent leurs conseils pour les téléphones portables.
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Les tutoriels artistiques (6/6). Sur Internet, marques et professionnels comme le cinéaste Michel Gondry donnent leurs conseils pour les téléphones portables.

LE MONDE
                 |                 24.08.2018 à 17h00
 • Mis à jour le
24.08.2018 à 17h27
                 |

            Olivier Zilbertin

















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C’est un message publicitaire que l’on a beaucoup vu cet été sur les petits écrans. Insérés entre les matches de la Coupe du monde de football en Russie, des spots d’une quarantaine de secondes invitaient les téléspectateurs à « filmer le foot, pour le sublimer ». « Avec un iPhone X », précisait logiquement la réclame signée Apple.
Filmer avec un téléphone : on sait que l’idée n’est plus aussi saugrenue depuis que nos mobiles sont dotés de solides compétences en matière de vidéo. Les marques communiquent d’ailleurs plus volontiers aujourd’hui sur les qualités des optiques que sur celles des communications… Il faut dire que les smartphones ont un avantage indéniable sur les caméras : ils sont toujours à portée de main, prêts à saisir le moindre événement, d’une simple pression sur un bouton. « Avant, on n’avait pas de proximité avec les outils, rappelle Gérard Krawczyk, le réalisateur entre autres de Taxis 2 et de Fanfan la Tulipe. Il fallait louer une caméra, avoir des accointances dans un labo pour développer, une table de montage, etc. Aujourd’hui tout le monde a cette caméra et peut essayer de faire du cinéma. Mais finalement, c’est comme en littérature : tout le monde a un stylo et un cahier mais tout le monde n’est pas Victor Hugo. » 
Clips des rappeurs Lomepal, Chilla et Reef
Enregistrer une courte séquence prise sur le vif est une chose, faire du cinéma en est une autre. « Ce qui compte plus que tout : le travail et la créativité », insiste le site Lesothers.com, dans son article « Le guide ultime pour réaliser des vidéos de qualité à l’iPhone », tandis que sur le Canal des métiers, une série de tutoriels expliquent quelques règles de base pour réussir simplement son film perso. Vérifier par exemple que l’on dispose de suffisamment d’espace de stockage sur son téléphone, ou effectuer quelques réglages de la mise au point automatique avant la prise de vue. Et surtout :...


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Olivier Zilbertin
    













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Article sélectionné dans La Matinale du 26/08/2018
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Alex Lutz : « Guy, c’est moi dans trente ans »


                      Dans « Guy », il incarne un vieux crooneur incapable de décrocher. Un double qui lui permet de conjurer le temps qui passe.



LE MONDE
 |    24.08.2018 à 15h08
 • Mis à jour le
29.08.2018 à 10h26
    |

                            Pascale Nivelle








                              

                        

Avis à ceux qui iront voir Guy, le deuxième film réalisé par Alex Lutz : le risque de sortir avec une scie en tête est élevé. Les paroles (« Dadoudidoudida, Dadoudidoudida, notre chanson d’autrefois ») s’envolent, mais la musique est un authentique tube en plomb, fabriqué sur mesure pour le héros, un vieux crooneur qui mourra en chantant son disque d’or des seventies. Guy Jamet a la mâchoire qui tombe et une hanche en plastique. Accroché à son Scopitone et à ses derniers cheveux blancs, il continue de faire chavirer ses fans dans les maisons de retraite, passe chez Drucker et réenregistre son tube pour la millième fois avec Julien Clerc (dans son propre rôle) au piano.
Guy, « c’est le portrait d’Alex, à la fois tout ce qu’il aime et tout ce qu’il déteste » Le producteur Oury Milshtein
Derrière le cliché à haut danger pathétique de Guy, il y a Alex Lutz, 40 ans, interprète de son propre film, et méconnaissable après cinq heures de maquillage. Egalement scénariste et chanteur, il s’est projeté dans le temps. « Guy, c’est moi dans trente ans, un mec qui ne renoncera jamais. » Humoriste, Lutz connaît la route, les salles des fêtes et les hôtels avec de la moquette sur les murs. Quand son one-man-show atterrit à La Teste-de-Buch (Gironde), ses affiches recouvrent celles de Patrick Juvet ou de Michèle Torr, passés par là peu avant. Ces « vieux lions qui ne lâchent rien » ont inspiré son personnage, au point qu’il s’est identifié à lui dans une « mise en abyme » casse-gueule mais très réussie.

Certains jours, sur le tournage de Guy, le producteur Oury Milshtein a éprouvé un sentiment de vertige. La transformation était telle qu’il avait oublié Lutz et croyait s’adresser à Guy Jamet : « C’est le portrait d’Alex, à la fois tout ce qu’il aime et tout ce qu’il déteste. » Un artiste shooté à la célébrité : « Guy est conscient que notre métier est truffé de pièges...




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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Le cinéaste, opposé à l’annexion de la Crimée par Moscou, est détenu en Russie, où il a cessé de s’alimenter depuis plus de cent jours.
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Russie : Pompeo exige de « libérer immédiatement » le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov

Le cinéaste, opposé à l’annexion de la Crimée par Moscou, est détenu en Russie, où il a cessé de s’alimenter depuis plus de cent jours.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 23h03
 • Mis à jour le
24.08.2018 à 07h42
   





                        


Le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, a exhorté jeudi 23 août son homologue russe, Sergueï Lavrov, à « libérer immédiatement » le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov, en grève de la faim depuis plus de cent jours.
Oleg Sentsov, opposé à l’annexion de la Crimée par Moscou, est détenu en Russie, où il a cessé de s’alimenter le 14 mai. Washington estime qu’il s’agit d’un « prisonnier politique ». « Le secrétaire d’Etat a fait part de notre inquiétude au sujet de la santé de Sentsov et a exhorté la Russie à le libérer immédiatement ainsi que tous les prisonniers politiques ukrainiens », a déclaré la porte-parole de la diplomatie américaine, Heather Nauert.

        Lire aussi la tribune :
         

          « Il faut agir vite pour ne pas laisser Oleg Sentsov mourir »



Oleg Sentsov, 42 ans, n’est maintenu en vie que par les compléments alimentaires injectés par l’administration pénitentiaire russe. Il exige la libération de « tous les prisonniers politiques » ukrainiens emprisonnés en Russie.
En dépit des nombreux appels d’écrivains, d’acteurs ou de cinéastes occidentaux, Moscou a refusé jusqu’ici de céder, arguant des accusations de « terrorisme » lui ayant valu sa condamnation et assurant que le réalisateur devait demander une grâce pour obtenir sa remise en liberté, ce qu’il n’entend pas faire.
Oleg Sentsov a été condamné en 2015 à vingt ans de détention pour « terrorisme » et « trafic d’armes » à l’issue d’un procès qualifié de « stalinien » par Amnesty International et dénoncé par Kiev, l’Union européenne et les Etats-Unis. Les appels en faveur de sa libération se sont multipliés à l’occasion de son 100e jour de grève de la faim, mardi.

        Lire la tribune :
         

          « Oleg Sentsov peut mourir à chaque minute qui passe »






                            


                        

                        


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Du monstre diabolique à l’animal domestique, qu’est-il arrivé au dragon ?

Figure mythologique emblématique de la fantasy, le dragon d’aujourd’hui en dit long sur notre contexte social, nos craintes et notre rapport à la nature.





LE MONDE
 |    23.08.2018 à 15h22
 • Mis à jour le
24.08.2018 à 14h54
    |

                            Elisa Thévenet





Krokmou, Saphira, Spyro, Mushu, Viserion… depuis vingt ans, le dragon envahit les rayons des librairies, le grand écran et les consoles de jeux. De Game of Thrones à Dragons, il est devenu un élément essentiel de la fantasy. Cracheurs de feu, gardiens d’une source ou d’un trésor, aux écailles d’argent, de cuivre ou d’émeraude, ailés ou marins, au souffle fétide ou à deux têtes, le bestiaire des œuvres s’enrichit chaque année de nouveaux spécimens. Archétype incontournable, le dragon se glisse depuis des millénaires dans les récits occidentaux – avec une trajectoire très différente de celle de ses homologues asiatiques.
Témoin d’un contexte social et politique, le dragon du XXIe siècle puise ses origines dans l’œuvre de J. R. R. Tolkien. Le 30 août, Harper Collins publie une réédition enrichie du mythe fondateur de l’œuvre de l’auteur du Seigneur des Anneaux, La Chute de Gondolin. Ce conte posthume esquisse les éléments clés de l’imaginaire de l’écrivain : un seigneur des ténèbres assoiffé de destruction, des elfes gardiens de l’équilibre du monde, un héros ordinaire et surtout… des dragons !
Philologue médiéviste et spécialiste des langues nordiques, Tolkien a puisé dans le poème épique Beowulf et les épopées finlandaises pour façonner son univers. « Les dragons de Tolkien sont directement inspirés du Moyen Age et du folklore nordique, mais il les a affranchis de leur dimension bestiale pour en faire des créatures évoluées, intelligentes, capables de manipuler les hommes », explique Anne Besson, professeure de littérature générale et comparée à l’université d’Artois.
« Aujourd’hui, quand on pense à un dragon, il est difficile de faire abstraction de l’image proposée par Tolkien », renchérit Justine Breton, docteure en littérature médiévale et spécialiste du médiévisme et de la fantasy. Gardien de trésors arrogant à la voix caverneuse, à l’instar de l’incarnation cinématographique de Smaug dans Le Hobbit de Peter Jackson (2012), les dragons de la Terre du milieu sont les héritiers de l’imagerie chrétienne médiévale.
« Hic sunt dracones » (« ici sont des dragons »)
Si les premières représentations de dragons remontent à plus de six mille ans, la figure occidentale du monstre reptilien cracheur de feu s’est imposée avec la diffusion du christianisme. Dans l’Antiquité, les dragons, mentionnés dans les écrits d’Aristote et de Pline l’Ancien, étaient considérés comme des êtres supérieurs, qui précédaient l’origine du monde.
Au Moyen Age, le dragon quitte le territoire des cosmogonies pour investir les récits hagiographiques : l’archange saint Michel combat celui de l’Apocalypse et saint Georges terrasse celui de Lydda. « Le dragon se transforme en figure démoniaque, véritable incarnation du diable », analyse Mme Breton.

   


Symbole de la nature violente et des pulsions indomptées de l’homme, le dragon devient la cause de toutes les catastrophes naturelles : inondations, tremblements de terre, éruptions volcaniques, il est même accusé de répandre la peste par son souffle putride. Loin d’être considéré comme un mythe, il figure dans de nombreux bestiaires. Les naturalistes y étudient son anatomie, en s’appuyant sur des « témoignages oculaires » et des expéditions organisées dans des grottes et des lacs de montagne pour découvrir des ossements. Ce n’est qu’à partir du siècle des Lumières que la réalité du dragon est sérieusement remise en question. Pendant quelque temps, la créature se fait discrète.
Le dragon, symbole d’un monde en mutations
« C’est au XXe siècle, avec l’explosion de la fantasy, que le dragon commence son renouveau », s’enthousiasme Justine Breton. Derrière le potentiel narratif de la créature sommeille un symbolisme très actuel.
« Depuis l’Antiquité, chaque fois que l’homme ressent le besoin d’inscrire le dragon dans son histoire, c’est qu’il traverse une période de changement radical. Avec le nouveau millénaire, l’éclatement des frontières, nos anciennes peurs se sont réactivées », explique Daisy de Palmas Jauze, « dragonologue » et auteure de Les Dragons de la fantasy : legs du passé et renouveau (Panthéon, 2014).
Une analyse que complète Georges Bertin, socio-anthropologue : « Les grands récits fondateurs, ceux de l’Eglise et du marxisme, se sont effondrés, donc on a recours à l’archaïque. Dans un monde qui paraît chaotique, on fait appel à la figure du chaos. » Un chaos que l’on tente toutefois d’apprivoiser. Depuis la fin des années 1990, l’homme cherche à composer avec le dragon, à l’image d’Eragon dans l’œuvre de Christopher Paolini, ou d’Harold dans le premier tome de la saga de Cressida Cowell, Comment dresser votre dragon, adaptée par Dreamworks.

   


La figure du dragonnier s’est imposée comme un élément essentiel de la culture pop depuis La Ballade de Pern, d’Anne McCaffrey. Si le dragon a longtemps été comparé au serpent ou au lion, la créature du XXIe siècle s’apparente plus à un cheval ailé. « Le dragon permet de voyager librement, sans contrainte, à une rapidité folle, des caractéristiques que l’on recherche dans le monde d’aujourd’hui », commente Daisy de Palmas Jauze.
Au fil des pages, l’homme et l’animal s’apprivoisent et tissent des liens d’amitié. « Cette nouvelle relation avec le dragon, qui représente la nature préservée et indomptée, est liée à notre prise de conscience de la nécessité de préserver la planète et la diversité. Les littératures de l’imaginaire permettent d’en donner des figurations divertissantes. On s’émerveille plutôt que de se faire sermonner, mais on fait passer des messages », observe Anne Besson.
« Aujourd’hui, nous n’avons plus vraiment peur de la nature, nous avons compris que le plus gros danger sur cette planète, c’est nous », résume l’Américaine Marie Brennan, auteure de la saga Une histoire naturelle des dragons (L’Atalante, 2016). Un thème central à la « dragon fantasy », sous-genre théorisé par Daisy de Palmas Jauze : le dragon, représentant d’un peuple ancien, peut réapparaître à tout moment si l’homme met la planète en danger.

   


Et aujourd’hui, la technologie aidant, l’apparition ne se cantonne plus aux enluminures, le réalisme des dragons de la série Game of Thrones contribue à conférer au dragon une tangibilité nouvelle. « La technologie aurait dû le tuer, mais au contraire, elle lui a donné de nouveaux véhicules pour s’incarner. L’ordinateur lui a offert une plausibilité », rebondit Daisy de Palmas Jauze. De quoi ravir les passionnés : « Les dragons sont des créatures fabuleuses, elles existent dans toutes les cultures du monde ; je pense que quelque part, il y a des millénaires, il y a dû y avoir quelque chose. Toutes les légendes s’appuient sur une minuscule graine de faits ! », avançait, fin mai, l’écrivaine américaine de fantasy Robin Hobb, énigmatique, lors d’un entretien au Monde.

        Lire aussi :
         

                Robin Hobb : « Désormais, vous pouvez lire un bouquin de fantasy dans le bus »



Figure féminine qui n’a rien du hasard
Marie Brennan, Cressida Cowell, Sophie Audouin-Mamikonian… Depuis quelques années, une nouvelle génération d’auteures dans la lignée des œuvres progressistes et néopaïennes d’Anne McCaffrey s’est emparée de la créature mythique en l’affranchissant de sa représentation médiévale. Un clin d’œil amusant quand on sait que le dragon est une figure féminine. En effet, si Daenerys est la mère des dragons dans l’œuvre de George R. R. Martin (A Game of Thrones, etc.), cela n’a rien d’un hasard. Historiquement, le dragon renvoie à des figures féminines.

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Tiamat, le dragon à l’origine du monde dans la mythologie sumérienne, est une femelle, tout comme la plupart des créatures ailées des légendes françaises, comme la Vouivre du Jura et la Tarasque des eaux du Rhône. « Dans une époque d’affirmation du féminin dans l’espace social, la résurgence du dragon n’a rien d’étonnant », assure Georges Bertin. Dans Game of Thrones, la figure féminine de Daenerys submerge celle du dragon et crée un équilibre. C’est l’alliance entre les deux qui permet à l’héritière des Targaryen de s’affranchir de la tutelle des hommes.
Si le dragon s’est drastiquement humanisé au cours des dernières décennies, ce n’est pas sans danger, selon le professeur de philosophie Richard Mèmeteau : « Pour intégrer le dragon, on lui a fait perdre sa dimension bestiale ou on l’a réduit à sa force physique. C’est très américain comme idée, sauf que le dragon perd sa dimension de symbole. »
Les dragons de Khaleesi sont-ils autre chose qu’une arme surpuissante ? Jorge Luis Borges écrivait en 1957 dans son Livre des êtres imaginaires : « Le temps a considérablement émoussé le prestige des dragons. » Un regret que partage Richard Mèmeteau : « Est-ce qu’il reste encore un dragon dangereux, menaçant, qui peut avertir les hommes de leurs excès ? C’est bien de domestiquer nos peurs, mais peut-être qu’on est allé trop loin, à une époque où on devrait justement craindre ce que l’on engendre technologiquement. »




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Kevin Spacey visé par une nouvelle accusation d’agression sexuelle

Les faits remontent au mois d’octobre 2016. Une première plainte pour des faits bien plus anciens, datant de 1992, avait déjà été déposée à Los Angeles en avril 2018.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 11h06
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 12h07
   





                        



   


Le bureau du procureur de Los Angeles a annoncé, mercredi 22 août, qu’il examinait une seconde plainte pour agression sexuelle visant l’acteur américain Kevin Spacey.
« Une plainte pour agression sexuelle a été déposée [mardi] par le bureau du shérif du comté de Los Angeles impliquant Kevin Spacey. Elle est actuellement étudiée », a expliqué dans un communiqué le porte-parole de cette cellule spéciale, créé en novembre dernier par la procureure Jackie Lacey pour examiner les accusations d’abus sexuels contre les grands noms de Hollywood.
Si le procureur de Los Angeles n’a pas souhaité communiquer sur la nature exacte des accusations, ni l’identité de la victime, le bureau du shérif du comté a précisé que l’enquête a commencé en mai et concerne des faits datant du mois d’octobre 2016.
C’est la seconde plainte concernant des faits d’agressions sexuelles impliquant Kevin Spacey qu’examine le bureau du procureur de Los Angeles. La première plainte, déposée en avril, concerne des faits bien plus anciens, remontant à 1992. Elle est toujours « en cours d’examen ». L’acteur fait également l’objet de six enquêtes à Londres.

        Lire aussi :
         

                Kevin Spacey, un fantôme à Hollywood



Plus de trente accusations
Plus de trente hommes affirment avoir subi des avances sexuelles non consenties de la part de l’acteur qui a reçu l’Oscar du meilleur acteur pour le film American Beauty en 2000.
Parmi eux, l’acteur Anthony Rapp, quatorze ans au moment des faits, accuse Spacey d’avoir tenté de l’agresser sexuellement lors d’une soirée en 1986. Kevin Spacey, 26 ans à l’époque, se serait jeté sur lui au cours d’une soirée arrosée dans son appartement de New York. Kevin Spacey avait réagi en expliquant qu’il n’avait pas de souvenirs de cet incident.
Depuis les accusations d’Anthony Rapp, en octobre 2017, la carrière de Kevin Spacey plonge. En novembre, Netflix, la société de vidéos à la demande, a cessé ses relations avec la star de la série House of Cards, dont il était le principal acteur. La sixième et dernière saison, prévue pour le 2 novembre, se fera sans lui.
De nombreuses scènes du dernier film de Ridley Scott, All the Money in the World, sorti en décembre dernier, ont été retournées pour remplacer les apparitions de Kevin Spacey par l’acteur Christopher Plummer.
Ce week-end encore, un film avec l’acteur de 59 ans en haut de l’affiche, Billionaire Boys Club, a fait un flop monumental au box-office nord-américain, en n’empochant que quelques centaines de dollars de recettes.

        Lire aussi :
         

                Vingt accusations de « comportement déplacé » recueillies par un théâtre londonien contre Kevin Spacey






                            


                        

                        

