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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Dans « La Chance de leur vie », l’écrivaine installe une famille française en Caroline du Nord, entre  2015 et 2016. Tout peut arriver. Ou rien. Un grand antiroman américain.
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Agnès Desarthe réinvente l’Amérique

Dans « La Chance de leur vie », l’écrivaine installe une famille française en Caroline du Nord, entre  2015 et 2016. Tout peut arriver. Ou rien. Un grand antiroman américain.



LE MONDE
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            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
La Chance de leur vie, d’Agnès Desarthe, L’Olivier, 302 p., 19 €.

Elles baissent le col d’une chemise. Le remontent. Pétrissent un bloc de glaise. Se joignent en prière. Se posent sur un corps pour l’apaiser. En caressent un autre pour l’exciter. C’est à un fascinant ballet de mains que l’on assiste tout au long de La Chance de leur vie. On regarde les doigts des personnages s’agiter, trahissant les pensées et les pulsions les plus secrètes de leurs propriétaires – opaques ycompris pour eux-mêmes. Et, pendant ce temps-là, tandis que les yeux du lecteur sont rivés sur les gestes des héros, Agnès Desarthe accomplit son tour de magie. Tranquillement, elle déploie un roman d’une grande simplicité apparente et d’une profondeur immense. Il y est question de la France, des Etats-Unis, du 13-Novembre, du couple, du lien entre parents et enfants, de la soif de spiritualité, des âges de la vie… De bien d’autres choses encore. L’auteure y évoque avec le même naturel le rangement d’un lave-vaisselle et la lecture de William Faulkner. Le même naturel, mais aussi le même léger décalage, teinté d’une ironie délicate, qui introduit en tout une forme d’étrangeté.
Le pays de la deuxième chance
Cette dernière, si elle est un élément constant du travail d’Agnès Desarthe, se pose ici comme une donnée de départ. L’auteure fait en effet de ses personnages des « corps étrangers », pour reprendre le titre d’un livre de Cynthia Ozick qu’elle a traduit (L’Olivier, 2012), dont les protagonistes traversaient l’Atlantique des Etats-Unis vers la France. Dans La Chance de leur vie, le mouvement est inverse, et l’auteure joue de notre familiarité avec le roman américain – singulièrement sa branche universitaire, le campus novel. Les Vickery s’envolent pour la Caroline du Nord afin que le père, Hector, philosophe et poète, enseigne une année à la fac – « C’est le renouveau après Derrida, mais...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ La romancière évoque la genèse de « La Chance de leur vie », son nouveau livre, le mystère des premières phrases – et Donald Trump.
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Agnès Desarthe : « Je ne sais pas pourquoi, dès qu’on ouvre un livre américain, ça a l’air vrai »

La romancière évoque la genèse de « La Chance de leur vie », son nouveau livre, le mystère des premières phrases – et Donald Trump.



LE MONDE
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29.08.2018 à 17h01
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            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
Avec La Chance de leur vie (L’Olivier, 302 p., 19 €), Agnès Desarthe ancre pour la première fois un roman dans l’actualité récente, et examine les effets de celle-ci sur ses personnages. Elle explique ce qui l’a amenée à se colleter à ce sujet, à envoyer ses personnages aux Etats-Unis, et dit ce que son livre doit à son travail de traductrice.

Dans « Le Remplaçant » (L’Olivier, 2009), vous expliquiez écrire toujours « l’histoire d’à côté », jamais celle que vous aviez prévue : « Mon arme au canon recourbé atteint rarement sa cible et tire admirablement dans les coins. » Quelle était la cible initiale de « La Chance de leur vie » ?
J’avais beaucoup de cibles… Une première piste était l’envie d’écrire sur les femmes. A une période, je regardais les femmes autour de moi, en me disant que ce sont des êtres fantastiques, et qu’il faudrait en parler mieux, longuement. Surtout de leur âge : ça m’intéressait beaucoup de savoir ce qui changeait, ce qui restait.
Une autre cible m’a été donnée, par inadvertance, par un immense traducteur – du français vers l’anglais –, Franck Wynne. Lors d’une conférence, il expliquait pourquoi la littérature française s’exporte si peu en Grande-Bretagne et en Amérique, un mystère qui me blesse et me tourmente. Il donnait les raisons habituelles (sur le côté nombriliste, trop intello, pas assez narratif de la littérature française)… Mais à un moment, il a lancé : « Si vous voulez être certain de ne jamais être traduit aux Etats-Unis, il faut y situer votre roman. » Je dois avouer que ça a été une stimulation infinie pour moi. Depuis le temps que je suis traductrice, une partie de mon imaginaire est colonisée par l’anglais et par des représentations américaines. Je ne sais pas pourquoi, dès qu’on ouvre un livre américain, ça a l’air vrai, ça ne demande aucune adaptation.

Enfin, il y avait la question de l’état de la France. De la crise d’identité assez forte qu’elle...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Pixels a testé la Famicom Mini Shônen Jump, réédition d’une console japonaise 8-bits de Nintendo et de vingt jeux d’époque, dédiés à des dessins animés de l’ère « Club Dorothée ».
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« Olive & Tom », « Dragon Ball »… Réédition de jeux vidéo adaptés des mangas des années 1980

Pixels a testé la Famicom Mini Shônen Jump, réédition d’une console japonaise 8-bits de Nintendo et de vingt jeux d’époque, dédiés à des dessins animés de l’ère « Club Dorothée ».





LE MONDE
 |    28.08.2018 à 14h01
 • Mis à jour le
28.08.2018 à 14h32
    |

            William Audureau






   


« Marty, prépare la DeLorean, nous repartons dans le passé ! (Et prends aussi ton passeport, on va au Japon). » Mi-juillet, Nintendo a commercialisé au pays de Tezuka la Nintendo Classic Mini Family Computer Shûkan Shonen Jump, ou Famicom Mini Jump pour les intimes, une machine au design des années 1980, intégrant vingt adaptations d’époque de dessins animés en jeux vidéo 8-bits.
Côté japonais, cette sortie commémore les 50 ans du Weekly Shonen Jump, magazine de prépublication culte au Japon, qui est à l’origine de la plupart des licences plus tard diffusées sur la Cinq et dans le Club Dorothée. Olive & Tom, Les Chevaliers du Zodiaque, Dragon Ball, Ken le survivant ou encore Muscle Man… Des franchises parmi les plus iconiques de la célèbre émission de jeunesse de l’époque sont ici jouables, déclinées en onze jeux différents, la plupart inédits en France.

        Rétrospective :
         

          « Weekly Shonen Jump », la machine à hits du manga



A ces onze-là s’ajoutent des titres plus confidentiels, comme le premier épisode de la série Dragon Quest (qui a inspiré le manga et dessin animé Fly) ; ainsi que les jeux inspirés de Talulu le magicien et Racaille Blues (deux mangas traduits à partir de 2002). Les autres productions sont encore plus obscures, car totalement inédites chez nous, comme les aventures du lycée privé de Sakigake !! Otokojuku, l’épopée militaire chinoise de Tenchi wo Kurau ou les histoires entre archéologie, surnaturel et horreur de Ankoku Shinwa.
Bip-bip, pixels saturés et univers fantaisistes
Dès la console allumée, la machine à voyager dans le temps et l’espace nous ramène à cette décennie de bip-bip entraînants, de pixels haut en couleur et d’univers fantaisistes. Evidemment, on y cherchera, en vain, les génériques français d’époque de Bernard Minet, mais les amateurs de version originale reconnaîtront avec plaisir les thèmes principaux de Captain Tsubasa (nom original d’Olive & Tom), « Moete Hero » ; de Dragon Ball, « Mashafushigi Adventure » ; et surtout l’inénarrable « Pegasus no Fantasy » de Saint Seiya (Les Chevaliers du Zodiaque), qui chaque fois qu’on l’écoute, donne envie d’envahir le temple du Taureau. En version chiptune – de la musique 8-bits, cela va de soi.

Les nostalgiques français de la NES retrouveront même en VO deux jeux qu’ils sont susceptibles d’avoir connu : Dragon Ball : le secret du dragon et Les Chevaliers du Zodiaque : la légende d’or. Ces deux titres ont, à l’époque, été commercialisés dans l’Hexagone, et même, fait rare, entièrement traduits dans la langue de Goscinny. Bandai était alors à la fois le distributeur officiel français de la NES et l’ayant droit de ces licences en jeux vidéo, et faisait tout pour les favoriser commercialement.
Mais le temps aux plus belles choses se plaît à faire un affront, et il a su faner nos skills en recherche de boules de dragon. On a ainsi vu un émérite collègue, d’ordinaire prompt à défendre les productions élitistes, se casser les dents contre le premier boss de Dragon Ball après avoir prétendu l’avoir fini dans une autre vie. La vieillesse est un naufrage, surtout manette en main.
Références nazies, gore et Monopoly
Mais l’intérêt de cette Famicom Mini Jump réside surtout dans la découverte des jeux inédits. Il y en a de plusieurs sortes. Certains auraient mérité de sortir chez nous, comme le premier Kinnikuman (Muscle Man en VF), sympathique petit jeu de catch avec jauges de vie, personnages loufoques et coups de pied planés des familles – accessoirement seul titre jouable à deux en même temps de cette compilation.

Il aurait pu voir le jour en France si le dessin animé n’avait pas été déprogrammé – la faute à la présence d’un personnage fictif de catcheur nazi pas franchement apprécié du CSA. Sa suite Kinnikuman : Kinniku-sei Ōi Sōdatsusen n’a pas eu plus de chance, pas plus que Hokuto no Ken (titre original de Ken le Survivant). Mais il y a moins lieu de les pleurer : il s’agit de banals jeux de castagne absurdement difficiles et répétitifs, dont l’unique originalité consiste, dans le second, à faire imploser les ennemis en lambeaux sanguinolents. Pouce rouge de Bandai.
Le plus étonnant, ce sont encore les concepts inattendus qui sont appliqués à certaines licences. Du combat dans « DBZ » ? Du football en temps réel dans Olive & Tom ? Que nenni. Dragon Ball : Daimaō Fukkatsu et Dragon Ball Z : Kyôshū ! Saiyan, consacrés aux arcs Piccolo et Vegeta, sont des jeux d’aventure au tour par tour avec des déplacements en case par case, façon Monopoly, et un système de combats par cartes guère excitant ni intuitif.
Quant à Captain Tsubasa et Captain Tsubasa II : Super Strike, ils mettent en scène des matchs de football très fidèles dans l’esprit à ceux du dessin animé, mais au tour par tour, façon jeu de rôle. Atypique et plus prenant qu’on le croirait, mais trop dissuasif pour les enfants français des années 1980, semblait-il, aux yeux des décideurs.

Un angle mort de l’histoire du jeu vidéo
D’une manière générale, là où la plupart des licences de mangas sont de nos jours traduites en jeux de combat – comme Dragon Ball Fighter Z, Jump Force ou encore Naruto to Boruto : Shinobi Striker –, à l’époque, le genre n’est pas encore développé. On ne compte que trois titres où le joueur avance à coups de poing, et aucun basé sur des face-à-face martiaux : Street Fighter II, le jeu qui lancera la mode en 1991, n’est tout simplement pas encore passé par là.

Le genre alors surreprésenté est celui du jeu de rôle, registre qui semble alors obséder les développeurs japonais. Importé en 1981 avec Wizardry et Ultima, deux productions anglo-saxonnes à l’influence majeure sur l’archipel, le genre décolle véritablement en 1986, grâce à l’arrivée des disquettes sur Famicom. Celles-ci permettent de stocker et d’afficher des idéogrammes complexes et d’enregistrer une partie en cours. Un boulevard s’ouvre pour les jeux narratifs et les aventures de longue haleine.
Dans le même temps, Weekly Shonen Jump, magazine-phare avec son tirage de plus de trois millions d’exemplaires, mandate son dessinateur star Akira Toriyama et son chroniqueur jeu vidéo, Yuji Horii, pour créer un jeu de rôle « typé manga ». Ce sera Dragon Quest, jeu phénomène qui lance la mode et le savoir-faire japonais.
Outre le tout premier Final Fantasy, il inspire de nombreuses adaptations de dessins animés en jeu vidéo, comme plusieurs Ken le Survivant, Olive & Tom et Chevaliers du Zodiaque présents dans cette compilation. En tout, onze des vingt jeux de la Famicom Mini Jump sont des jeux de rôle. Un genre bavard et complexe, quasi hermétique si on ne maîtrise pas la langue, et longtemps jugé inexportable. Il faudra attendre 1997 et le succès international de Final Fantasy VII pour que le très grand public français découvre le savoir-faire nippon en la matière.

Un rêve d’autrefois
Avec son packaging au format d’un authentique Weekly Shonen Jump des années 1980, la Famicom Mini Jump est donc un magnifique cadeau, mais pour collectionneur, archéologue du jeu vidéo, ou étudiant en deuxième année de japonais.

   


Pris pour eux-mêmes, à l’exception de Kinnikuman : Muscle Tag Match et des adaptations d’Olive & Tom avec quelques notions rudimentaires de japonais, la plupart des titres sont difficiles à jouer, la faute à la barrière de la langue autant qu’à des mécaniques de jeu vieillies, certains concepts contre-intuitifs et une difficulté aride.
De passage devant le téléviseur, un confrère, né après 1993, nous a fait cette remarque très juste : « Les joueurs de l’époque sont des héros. Ils ont accepté de jouer à ça, pour qu’on ait les bons jeux que l’on a aujourd’hui. » Factuellement, c’est exact : la Famicom Mini Jump est une console de héros. Autant que les joueurs en soient un peu aussi.
La machine, miniature, ultralégère et dorée, rappelle, par ailleurs, en de nombreux points la NES Mini, dont elle est la cousine, mais avec un design inédit en France. De ce point de vue, elle le charme de cet exotisme mâtiné d’élitisme des pages import des magazines de jeux vidéo d’antan, à la différence qu’il n’est pas exagérément compliqué de se la procurer ou de la brancher. Elle se trouve aisément en ligne ou dans les boutiques d’import, tourne parfaitement sur une télévision française et fonctionne avec n’importe quel bloc d’alimentation de smartphone. Et ça, c’était inespéré à l’époque.




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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ Brigitte Salino, critique de théâtre au « Monde », dresse la liste des livres qui l’inspirent dans son travail.
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« Mes incontournables » : 7 livres pour comprendre le théâtre, par Brigitte Salino

Brigitte Salino, critique de théâtre au « Monde », dresse la liste des livres qui l’inspirent dans son travail.



LE MONDE
 |    27.08.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
27.08.2018 à 09h59
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            Brigitte Salino








                        



                                


                            

« MES INCONTOURNABLES », PAR BRIGITTE SALINO

Le décor selon Richard Peduzzi
Enfant, Richard Peduzzi allait visiter sa mère en prison et rêvait dans les décombres du port du Havre, après la seconde guerre mondiale. Les murs et l’horizon l’ont nourri autant que la peinture, le jazz ou l’architecture. Sa rencontre avec Patrice Chéreau (1944-2013) a scellé son amour du théâtre. Ensemble, le metteur en scène et le décorateur ont bouleversé la perception des visages et des corps dans l’espace : « Nous peignions à deux le même tableau », écrit Richard Peduzzi dans Là-bas, c’est dehors (2014), livre remarquablement illustré, qui n’est pas un traité sur la scénographie : c’est un voyage qui permet d’apprendre et de rêver à l’envol de visions entre les murs et l’horizon du théâtre, et de la vie.

« Là-bas, c’est dehors, suivi de L’Odeur du théâtre », de Richard Peduzzi, Actes Sud, « Papiers », 296 p., 43 €.
Shakespeare, l’Auteur
Pourquoi Jules César (1599) plutôt que Richard III, Macbeth ou Le Roi Lear ? Parce que la pièce est moins souvent jouée, et qu’elle met au jour l’exercice du pouvoir d’une manière implacable et mélancolique : l’assassinat politique et la démocratie, la difficulté de durer, les masques des raisons objectives et les vertiges de la trahison… Portée par une rhétorique complexe sous son apparente simplicité, cette tragédie qui annonce Hamlet, à travers le personnage d’Antoine, tremble des « frissons nouveaux » d’une époque à venir, à quelque siècle que l’on soit. ­Surtout dans la traduction d’Yves Bonnefoy : n’en déplaise à ses détracteurs, qui lui reprochent de privilégier la poésie au détriment de la vérité littérale, cette traduction place Jules César sous la lumière du Caravage.

« Jules César », de Shakespeare, traduit de l’anglais par Yves Bonnefoy, Folio, « Théâtre », 240 p., 6,60 €.

Sophocle...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Ce sont 567 nouveautés qui sortiront entre fin août et début novembre en librairie. Panorama de ce phénomène littéraire et commercial très français.
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La rentrée littéraire 2018 : les chiffres des lettres

Ce sont 567 nouveautés qui sortiront entre fin août et début novembre en librairie. Panorama de ce phénomène littéraire et commercial très français.



LE MONDE
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28.08.2018 à 06h03
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            Eugénie Dumas et 
Marianne Boyer








                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ L’écrivain, remarqué en  2014 avec « Debout-Payé », vit aujourd’hui entre France et Côte d’Ivoire. De cet entre-deux est né « Camarade Papa », son deuxième roman.
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« J’ai deux cultures en moi », confie Gauz

L’écrivain, remarqué en  2014 avec « Debout-Payé », vit aujourd’hui entre France et Côte d’Ivoire. De cet entre-deux est né « Camarade Papa », son deuxième roman.



LE MONDE
 |    26.08.2018 à 09h00
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27.08.2018 à 08h39
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                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Vingt minutes à peine que nous sommes attablés dans un café, et une connaissance l’interpelle depuis la rue. « Tu vas bien, t’écris toujours ? – Oui, j’ai encore un bouquin qui sort à la rentrée. – Ah oui, sur quoi ? – Colonisation, décolonisation et autres luttes marxistes. » Ainsi parlait Armand Patrick Gbaka-Brédé, dit Gauz, un matin d’août, à ­Paris. Au téléphone, il avait déjà expliqué ne jamais vouvoyer quiconque par refus de cette « concession à la bourgeoisie ». Très remarqué (50 000 exemplaires vendus) lors de la rentrée littéraire 2014 pour Debout-Payé, Gauz revient avec Camarade Papa, un livre qui annonce la couleur dès la couverture : le rouge.

A la parution de son premier roman, cette dimension politique avait été moins commentée que sa dimension autobiographique. Car, comme le narrateur, Ossiri, Gauz avait été un « debout-payé », expression populaire dans la capitale ivoirienne qui désigne un vigile en France. L’auteur raconte : « Tout le monde a parlé de ça, c’est dingue ! Bien sûr, on met toujours une part de notre histoire, de celle de nos parents, quand on écrit. Mais le roman, c’est de la fabrication pure, une vie à part entière. »
Un master de biochimie en poche
Celle de Gauz, né à Abidjan en 1971 d’un père enseignant, ex-député socialiste, et d’une mère infirmière et communiste, partie clandestinement au Rwanda en 1994 soigner les blessés du génocide, peut se résumer comme suit pour l’âge adulte. Le 14 août 1999, il arrive en France. A 28 ans, un master de biochimie en poche, et des années de photo, de cinéma et de journalisme à travers la Côte d’Ivoire derrière lui, Gauz ressent le besoin de se « balader ailleurs ».
Il reçoit une bourse pour faire un autre master en biochimie à Paris-VII, mais pas de visa étudiant. Le patron de Radio Nostalgie à Abidjan, où il pige, l’aide à décrocher un visa affaires. Celui-ci expire un an plus tard. Gauz travaille alors...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ « La Matinale du Monde » publie ce dimanche le dernier strip « Leumonde.fr », la série créée par Antoine Marchalot.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 25/08/2018
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Leumonde.fr, par Antoine Marchalot (épisode 116)

« La Matinale du Monde » publie ce dimanche le dernier strip « Leumonde.fr », la série créée par Antoine Marchalot.



LE MONDE
 |    26.08.2018 à 06h46
 • Mis à jour le
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Avec « Un monde à portée de main », autour d’une peintre en décor et trompe-l’œil, la romancière signe son grand retour après « Réparer les vivants ». Mise en relief des traits constants de son œuvre.
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Maylis de Kerangal, textures et motifs

Avec « Un monde à portée de main », autour d’une peintre en décor et trompe-l’œil, la romancière signe son grand retour après « Réparer les vivants ». Mise en relief des traits constants de son œuvre.



LE MONDE
 |    25.08.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
27.08.2018 à 08h42
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            

C’est la promesse de tous les romans : nous mettre « un monde à portée de main ». Le livre de Maylis de Kerangal portant ce titre n’évoque pas directement la littérature, mais les analogies entre le travail de son héroïne, Paula Karst, peintre en décor ayant appris à reproduire sur une surface textures et motifs, et celui de l’auteure sautent en permanence aux yeux au fil de cet hypnotisant roman sur la fiction et les manières de « braquer le réel ».
Il est né d’une envie qu’avait depuis longtemps l’écrivaine, révélée au grand public par Corniche Kennedy et Naissance d’un pont, puis Réparer les vivants (Verticales, 2008, 2010, 2014), de se pencher sur l’art pariétal et, plus précisément, sur les répliques produites pour permettre de voir les œuvres réalisées par l’homme préhistorique tout en préservant les lieux originels – le dernier chapitre nous entraîne à Lascaux, où Paula doit réaliser un fac-similé. « En avançant, j’ai réalisé que, pour avoir accès à notre histoire, on doit passer par des artefacts, réalisés par des artistes de l’illusion… Cela m’a évidemment fait penser au roman », explique-t-elle quand on la rencontre mi-août à Paris, la parole toujours dense et précise, scandée par le mouvement de ses mains. Art poétique à peine masqué, Un monde à portée de main est une belle occasion de faire avec Maylis de Kerangal, en quatre mots, un petit tour de son monde.
Réparation
Si Maylis de Kerangal a publié deux courts textes depuis (A ce stade de la nuit, Guérin, 2014 ; rééd. Verticales, 2015, et Un chemin de tables, Seuil, 2016), Un monde à portée de main marque son grand retour après Réparer les vivants. Ce livre sur une transplantation cardiaque, adapté au théâtre et au cinéma, a connu un tel succès que son titre s’est vite mué en cliché journalistico-littéraire. Mais cet ouvrage magnifique constituait une bifurcation dans le chemin d’écriture...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Michelle Perrot redonne vie à Nohant au XIXe siècle, où l’écrivaine vécut entourée des siens et d’artistes, de Chopin à Flaubert… Une fête !
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Histoire littéraire. Quand George Sand faisait communauté

Michelle Perrot redonne vie à Nohant au XIXe siècle, où l’écrivaine vécut entourée des siens et d’artistes, de Chopin à Flaubert… Une fête !



LE MONDE
 |    25.08.2018 à 09h00
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                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
George Sand à Nohant, de Michelle Perrot, Seuil, « La librairie du XXIe siècle », 464 p., 24 €.

Comment se construit une maison ? Croire qu’il suffit de murs, portes et fenêtres, c’est rester très bas de plafond. Car ce sont aussi quantité d’histoires et de mots, intriqués aux éléments physiques, qui font exister n’importe quel foyer. Récits de sa construction, de ses modifications, de son entretien, évidemment. Mais aussi paroles sans nombre des gens qui y vécurent amours et deuils, drames et rires, inventions et déceptions. Toute maison retient ainsi, tapies dans ses plis, une kyrielle de vies, le plus souvent rendues muettes par l’oubli. Pas toujours, heureusement.
Avec la grande demeure – à ­Nohant, dans le Berry (Indre) – qui abrita les mille vies de l’effervescente George Sand (1804-1876) et des siens, un riche matériau s’offre aux explorations, récits et réflexions de Michelle Perrot. Voilà en effet un lieu d’exception, habité plusieurs décennies de suite, de manière provocante, utopique, déraisonnable et inventive, par une tribu bigarrée. Elle voit coexister génies et paysans, enfants et adultes, hôtes de passage et animaux familiers. L’atmosphère est à la fois bohème et studieuse.
Archives et nostalgie
La maison s’édifie sur des violences – mort du petit frère, mort du père, coups du premier mari… – et sur des éclats de rire, des amants de passage, des amours durables. S’y trament également des constellations de livres, notes de musique, pièces de théâtre, croquis, tableaux… Pareil univers ne pouvait manquer d’attirer une grande historienne, familière de George Sand, de son temps, de ses idées, exercée à scruter histoire de la vie privée, histoire des femmes et Histoire de chambres (Seuil, prix Femina essai 2009). Avec George Sand à Nohant, Michelle Perrot entraîne heureusement le lecteur dans cette propriété bruissante d’archives et de nostalgie.
On...




                        

                        


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Franck Venaille, Prix Goncourt de la poésie 2017, est mort

Le poète, écrivain et homme de radio, décédé le 23 août, à l’âge de 81 ans, laisse une œuvre aussi puissante que méconnue du grand public.



LE MONDE
 |    24.08.2018 à 17h43
 • Mis à jour le
24.08.2018 à 17h52
    |

                            Eric Loret (collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Il disait de cet air ironique et doux qui le caractérisait : « J’ai l’impression que je suis un hérisson de jardin. » Animal discret, souterrain, qui se fait écraser après s’être mis en boule car ses défenses sont dérisoires : « Je trouve que les poètes ne font pas assez attention aux (…) blessures qu’ils s’infligent à eux-mêmes. » Franck Venaille est mort jeudi 23 août, à l’âge de 81 ans, laissant derrière lui une œuvre aussi puissante que méconnue du grand public.
L’incipit de La Bataille des éperons d’or (2014), son avant-dernier recueil paru au Mercure de France, pourrait en indiquer partiellement le programme : « Ma vie nul ne la prend mais c’est moi qui la donne. Chaque jour je parcours des distances infinies qui me font traverser les anciennes frontières. Mon but ? Aller voir comment fonctionne le monde. J’en reviens à chaque fois brisé. L’état de guerre n’en finit pas. »
Fondateur de « Chorus » et « Monsieur Bloom »
On lui avait rendu visite il y a un peu plus d’un an, au sud de Paris, pour l’interroger sur Requiem de guerre et le Goncourt de la poésie qu’il venait de recevoir. Malgré la maladie de Parkinson qui l’empêchait de marcher, et qu’il évoquait sobrement dans ses textes, il avait tenu à grimper un étroit escalier en colimaçon pour nous emmener dans son bureau. Non pas pour exhiber le lieu fétiche de la création ni ses ouvrages, mais simplement pour nous faire voir ses collections de Chorus et Monsieur Bloom, les deux revues qu’il avait fondées, respectivement en 1968 et 1978. « Il faut bien mettre son égo quelque part », aimait à plaisanter ce grand discret.
Monsieur Bloom date de l’époque où Venaille s’était mis à travailler comme producteur pour France Culture, d’abord chez Claude Royet-Journoud dans Poésie ininterrompue puis aux célèbres Nuits magnétiques, dont il produisit une centaine d’émissions, entre autres...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ D’un château l’autre (6/6). En 1909, T.E. Lawrence, qui n’est pas encore « d’Arabie », entreprend à travers le Moyen-Orient un voyage de près de 1 800 km à la découverte des châteaux forts bâtis par les croisés.
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ D’un château l’autre (5/6). Les articles de cette série sont extraits de « Crac » de Jean Rolin (P.O.L, janvier 2019). En 1909, T.E. Lawrence, qui n’est pas encore « d’Arabie », entreprend à travers le Moyen-Orient un voyage de près de 1 800 km à la découverte des châteaux forts bâtis par les Croisés.
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Figure mythologique emblématique de la fantasy, le dragon d’aujourd’hui en dit long sur notre contexte social, nos craintes et notre rapport à la nature.
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Du monstre diabolique à l’animal domestique, qu’est-il arrivé au dragon ?

Figure mythologique emblématique de la fantasy, le dragon d’aujourd’hui en dit long sur notre contexte social, nos craintes et notre rapport à la nature.





LE MONDE
 |    23.08.2018 à 15h22
 • Mis à jour le
24.08.2018 à 14h54
    |

                            Elisa Thévenet





Krokmou, Saphira, Spyro, Mushu, Viserion… depuis vingt ans, le dragon envahit les rayons des librairies, le grand écran et les consoles de jeux. De Game of Thrones à Dragons, il est devenu un élément essentiel de la fantasy. Cracheurs de feu, gardiens d’une source ou d’un trésor, aux écailles d’argent, de cuivre ou d’émeraude, ailés ou marins, au souffle fétide ou à deux têtes, le bestiaire des œuvres s’enrichit chaque année de nouveaux spécimens. Archétype incontournable, le dragon se glisse depuis des millénaires dans les récits occidentaux – avec une trajectoire très différente de celle de ses homologues asiatiques.
Témoin d’un contexte social et politique, le dragon du XXIe siècle puise ses origines dans l’œuvre de J. R. R. Tolkien. Le 30 août, Harper Collins publie une réédition enrichie du mythe fondateur de l’œuvre de l’auteur du Seigneur des Anneaux, La Chute de Gondolin. Ce conte posthume esquisse les éléments clés de l’imaginaire de l’écrivain : un seigneur des ténèbres assoiffé de destruction, des elfes gardiens de l’équilibre du monde, un héros ordinaire et surtout… des dragons !
Philologue médiéviste et spécialiste des langues nordiques, Tolkien a puisé dans le poème épique Beowulf et les épopées finlandaises pour façonner son univers. « Les dragons de Tolkien sont directement inspirés du Moyen Age et du folklore nordique, mais il les a affranchis de leur dimension bestiale pour en faire des créatures évoluées, intelligentes, capables de manipuler les hommes », explique Anne Besson, professeure de littérature générale et comparée à l’université d’Artois.
« Aujourd’hui, quand on pense à un dragon, il est difficile de faire abstraction de l’image proposée par Tolkien », renchérit Justine Breton, docteure en littérature médiévale et spécialiste du médiévisme et de la fantasy. Gardien de trésors arrogant à la voix caverneuse, à l’instar de l’incarnation cinématographique de Smaug dans Le Hobbit de Peter Jackson (2012), les dragons de la Terre du milieu sont les héritiers de l’imagerie chrétienne médiévale.
« Hic sunt dracones » (« ici sont des dragons »)
Si les premières représentations de dragons remontent à plus de six mille ans, la figure occidentale du monstre reptilien cracheur de feu s’est imposée avec la diffusion du christianisme. Dans l’Antiquité, les dragons, mentionnés dans les écrits d’Aristote et de Pline l’Ancien, étaient considérés comme des êtres supérieurs, qui précédaient l’origine du monde.
Au Moyen Age, le dragon quitte le territoire des cosmogonies pour investir les récits hagiographiques : l’archange saint Michel combat celui de l’Apocalypse et saint Georges terrasse celui de Lydda. « Le dragon se transforme en figure démoniaque, véritable incarnation du diable », analyse Mme Breton.

   


Symbole de la nature violente et des pulsions indomptées de l’homme, le dragon devient la cause de toutes les catastrophes naturelles : inondations, tremblements de terre, éruptions volcaniques, il est même accusé de répandre la peste par son souffle putride. Loin d’être considéré comme un mythe, il figure dans de nombreux bestiaires. Les naturalistes y étudient son anatomie, en s’appuyant sur des « témoignages oculaires » et des expéditions organisées dans des grottes et des lacs de montagne pour découvrir des ossements. Ce n’est qu’à partir du siècle des Lumières que la réalité du dragon est sérieusement remise en question. Pendant quelque temps, la créature se fait discrète.
Le dragon, symbole d’un monde en mutations
« C’est au XXe siècle, avec l’explosion de la fantasy, que le dragon commence son renouveau », s’enthousiasme Justine Breton. Derrière le potentiel narratif de la créature sommeille un symbolisme très actuel.
« Depuis l’Antiquité, chaque fois que l’homme ressent le besoin d’inscrire le dragon dans son histoire, c’est qu’il traverse une période de changement radical. Avec le nouveau millénaire, l’éclatement des frontières, nos anciennes peurs se sont réactivées », explique Daisy de Palmas Jauze, « dragonologue » et auteure de Les Dragons de la fantasy : legs du passé et renouveau (Panthéon, 2014).
Une analyse que complète Georges Bertin, socio-anthropologue : « Les grands récits fondateurs, ceux de l’Eglise et du marxisme, se sont effondrés, donc on a recours à l’archaïque. Dans un monde qui paraît chaotique, on fait appel à la figure du chaos. » Un chaos que l’on tente toutefois d’apprivoiser. Depuis la fin des années 1990, l’homme cherche à composer avec le dragon, à l’image d’Eragon dans l’œuvre de Christopher Paolini, ou d’Harold dans le premier tome de la saga de Cressida Cowell, Comment dresser votre dragon, adaptée par Dreamworks.

   


La figure du dragonnier s’est imposée comme un élément essentiel de la culture pop depuis La Ballade de Pern, d’Anne McCaffrey. Si le dragon a longtemps été comparé au serpent ou au lion, la créature du XXIe siècle s’apparente plus à un cheval ailé. « Le dragon permet de voyager librement, sans contrainte, à une rapidité folle, des caractéristiques que l’on recherche dans le monde d’aujourd’hui », commente Daisy de Palmas Jauze.
Au fil des pages, l’homme et l’animal s’apprivoisent et tissent des liens d’amitié. « Cette nouvelle relation avec le dragon, qui représente la nature préservée et indomptée, est liée à notre prise de conscience de la nécessité de préserver la planète et la diversité. Les littératures de l’imaginaire permettent d’en donner des figurations divertissantes. On s’émerveille plutôt que de se faire sermonner, mais on fait passer des messages », observe Anne Besson.
« Aujourd’hui, nous n’avons plus vraiment peur de la nature, nous avons compris que le plus gros danger sur cette planète, c’est nous », résume l’Américaine Marie Brennan, auteure de la saga Une histoire naturelle des dragons (L’Atalante, 2016). Un thème central à la « dragon fantasy », sous-genre théorisé par Daisy de Palmas Jauze : le dragon, représentant d’un peuple ancien, peut réapparaître à tout moment si l’homme met la planète en danger.

   


Et aujourd’hui, la technologie aidant, l’apparition ne se cantonne plus aux enluminures, le réalisme des dragons de la série Game of Thrones contribue à conférer au dragon une tangibilité nouvelle. « La technologie aurait dû le tuer, mais au contraire, elle lui a donné de nouveaux véhicules pour s’incarner. L’ordinateur lui a offert une plausibilité », rebondit Daisy de Palmas Jauze. De quoi ravir les passionnés : « Les dragons sont des créatures fabuleuses, elles existent dans toutes les cultures du monde ; je pense que quelque part, il y a des millénaires, il y a dû y avoir quelque chose. Toutes les légendes s’appuient sur une minuscule graine de faits ! », avançait, fin mai, l’écrivaine américaine de fantasy Robin Hobb, énigmatique, lors d’un entretien au Monde.

        Lire aussi :
         

                Robin Hobb : « Désormais, vous pouvez lire un bouquin de fantasy dans le bus »



Figure féminine qui n’a rien du hasard
Marie Brennan, Cressida Cowell, Sophie Audouin-Mamikonian… Depuis quelques années, une nouvelle génération d’auteures dans la lignée des œuvres progressistes et néopaïennes d’Anne McCaffrey s’est emparée de la créature mythique en l’affranchissant de sa représentation médiévale. Un clin d’œil amusant quand on sait que le dragon est une figure féminine. En effet, si Daenerys est la mère des dragons dans l’œuvre de George R. R. Martin (A Game of Thrones, etc.), cela n’a rien d’un hasard. Historiquement, le dragon renvoie à des figures féminines.

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Tiamat, le dragon à l’origine du monde dans la mythologie sumérienne, est une femelle, tout comme la plupart des créatures ailées des légendes françaises, comme la Vouivre du Jura et la Tarasque des eaux du Rhône. « Dans une époque d’affirmation du féminin dans l’espace social, la résurgence du dragon n’a rien d’étonnant », assure Georges Bertin. Dans Game of Thrones, la figure féminine de Daenerys submerge celle du dragon et crée un équilibre. C’est l’alliance entre les deux qui permet à l’héritière des Targaryen de s’affranchir de la tutelle des hommes.
Si le dragon s’est drastiquement humanisé au cours des dernières décennies, ce n’est pas sans danger, selon le professeur de philosophie Richard Mèmeteau : « Pour intégrer le dragon, on lui a fait perdre sa dimension bestiale ou on l’a réduit à sa force physique. C’est très américain comme idée, sauf que le dragon perd sa dimension de symbole. »
Les dragons de Khaleesi sont-ils autre chose qu’une arme surpuissante ? Jorge Luis Borges écrivait en 1957 dans son Livre des êtres imaginaires : « Le temps a considérablement émoussé le prestige des dragons. » Un regret que partage Richard Mèmeteau : « Est-ce qu’il reste encore un dragon dangereux, menaçant, qui peut avertir les hommes de leurs excès ? C’est bien de domestiquer nos peurs, mais peut-être qu’on est allé trop loin, à une époque où on devrait justement craindre ce que l’on engendre technologiquement. »




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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ « Une journée dans une vie, une vie dans une journée », sous la direction d’Adeline Herrou, livre dix-sept portraits du quotidien de moines et d’ascètes du monde entier, entre quête de sagesse et démesure.
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Ethnologie. Renonçants mais non moins humains

« Une journée dans une vie, une vie dans une journée », sous la direction d’Adeline Herrou, livre dix-sept portraits du quotidien de moines et d’ascètes du monde entier, entre quête de sagesse et démesure.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h45
    |

                            Anne Both (Anthropologue et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Une journée dans une vie, une vie dans une journée. Des ascètes et des moines aujourd’hui, sous la direction d’Adeline Herrou, PUF, 440 p., 26 €.

Non, la vie d’ascète ou de moine n’est pas, contrairement aux apparences, toujours synonyme d’un quotidien où la quiétude se confondrait avec la modération. C’est, en tout cas, l’un des principaux enseignements que l’on peut tirer du livre dirigé par Adeline Herrou. Une journée dans une vie, une vie dans une journée rassemble dix-sept contributions d’ethnologues relatant l’ordinaire – du lever au coucher – de ces hommes et femmes ayant renoncé au monde laïque.
Car l’effet de comparaison provoqué par la lecture successive de ces portraits révèle, à chaque fois, une existence marquée, peu ou prou, par la démesure. Quand le moine taoïste chinois doit porter « un habit impeccable et une tenue soignée », l’ascète de la communauté jaïn, en Inde, n’est vêtu que d’espace, autrement dit est totalement nu ; le baul (chanteur mystique) du Bengale, lui, se targue de ne pas s’être lavé depuis douze ans. Quant à la sœur Armelle, carmélite française, rompue au strict contrôle de la parole et de la gestuelle qu’implique le vœu de silence, elle ne se fait pas prier pour devenir une oratrice passionnée lors des deux courtes récréations quotidiennes, où parler n’est plus proscrit.
L’idéal de pureté n’exclut pas, non plus, quelques taquineries ou faiblesses, comme le prouve l’abbé Zeyya Theiddi, moine bouddhiste birman, volontiers « moqueur », « rigolard », ou Rafqa, religieuse maronite au Liban, qui dénigre ouvertement une carmélite (« une fausse sœur ») tout en étant « insensible aux remarques blessantes de certains prêtres ».
Une pointeuse au monastère
Ce n’est pas le moindre des mérites de cet ouvrage : l’ambiance dans les monastères, inaccessible au commun des fidèles, y occupe une place prépondérante....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ En sociologie comme en histoire ou en philosophie, les essais à paraître cet automne témoignent des inquiétudes et (parfois) des potentialités de notre époque.
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La rentrée des idées : doutes contemporains

En sociologie comme en histoire ou en philosophie, les essais à paraître cet automne témoignent des inquiétudes et (parfois) des potentialités de notre époque.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 10h10
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            

A quoi pensent les essayistes quand ils ne commémorent rien ? Après un début d’année marqué par les plus de 150 titres consacrés au 50e anniversaire de Mai 68, les essais de cette rentrée donnent le sentiment de partir de nouveau en tous sens, de fouiller plus librement, et avec une ardeur accrue, nos obsessions et nos angoisses – celles-ci surtout, qui se révèlent omniprésentes.
En regard, les derniers livres de la dernière commémoration encore en chantier (comment y échapper tout à fait ?), celle de 14-18, semblent contaminés par l’optimisme qui suit les fins de conflits. C’est le sujet du Temps des comètes, de l’historien allemand Daniel Schönpflug (Vuibert), mais il traverse aussi Les Vainqueurs, de Michel Goya (Tallandier), fût-il assombri par les risques que la paix elle-même fera courir au monde – étudiés dans le livre collectif dirigé par Serge Berstein, Ils ont fait la paix. Le traité de Versailles vu de France et d’ailleurs (Les Arènes).
Angoisses sociales
L’énoncé de titres d’essais sur la société contemporaine suffit à mesurer le contraste, sans même parler de la méditation sur la mort qu’est La Vallée du néant, de Jean-Claude Carrière (Odile Jacob) : Le Mal qui vient. Essai hâtif sur la fin des temps, de Pierre-Henri Castel (Cerf), Une autre fin du monde est possible, de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle (Seuil, octobre), Hors des décombres du monde. Ecologie, science-fiction et éthique du futur, de Yannick Rumpala (Champ Vallon), Le Temps des apocalypses, d’Alexandre Adler (Grasset)…
Les terrains de cette angoisse sont d’ailleurs multiples. Marc Weitzmann, dans Un temps pour haïr (Grasset, octobre), parcourt les lignes de fracture d’une France confrontée à la « psychopathologie du djihad ». Christophe Guilluy, celles qui aboutissent selon lui à une marginalisation des classes populaires (No Society....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Comment pense un savant ? Un physicien des Lumières et ses cartes à jouer », de Jean-François Bert.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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Figures libres. 35 000 cartes pour penser, ou échouer

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Comment pense un savant ? Un physicien des Lumières et ses cartes à jouer », de Jean-François Bert.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 10h07
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Comment pense un savant ? Un physicien des Lumières et ses cartes à jouer, de Jean-François Bert, Anamosa, 222 p., 20 €.

Il n’a vraiment pas atteint la gloire, bien qu’il en ait rêvé. Georges-Louis Le Sage (1724-1803) passe aujourd’hui pour une figure de second plan. Célibataire taciturne, il n’a vécu qu’à Genève, enseigna mathématique et physique, ne publia presque rien, se montrant incapable, malgré des décennies de travail acharné, d’achever un livre ou d’avoir des enfants.
Pas étonnant, dès lors, que son nom soit seulement connu de rares historiens. Les uns sont spécialistes de la société genevoise, où sa silhouette paraît plus ou moins étrange. Les autres scrutent les idées scientifiques du XVIIIe siècle et savent que notre homme fut l’auteur, en 1750, d’un Essai sur les forces mortes. Le Sage est habituellement considéré comme un disciple marginal de Newton. Il rédigea par exemple l’article « Gravité » de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, et spécula sur les causes de la gravitation, en supposant notamment, pour l’expliquer, l’existence de « corpuscules ultra­mondains ».
Lire également : « Diderot, trois cents ans et toutes ses dents »
Pourquoi donc exhumer pareil personnage ? Ce savant de l’ombre, sous ses airs de vieux raté, fut un acteur essentiel d’une mutation historique profonde, qui affecta les manières d’écrire, d’agencer les idées et d’élaborer la recherche. Il a en effet expérimenté mille usages et impasses des fiches, explorant en aventurier solitaire les changements qu’elles introduisent dans les pratiques scientifiques. C’est ce que met en lumière Jean-François Bert, de l’université de Lausanne. Son essai, intéressant et curieux, est issu d’une immersion personnelle dans les archives de Le Sage, constituées de… 35 000 cartes à jouer ! Ces bouts de carton servaient au savant à tout noter.
Nouvelle...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ L’une danse bien, l’autre pas. Et les deux héroïnes du lumineux roman de la Britannique d’apprendre à vivre sans trop faire de faux pas.
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« Swing Time », de Zadie Smith, un mouvement de balancier

L’une danse bien, l’autre pas. Et les deux héroïnes du lumineux roman de la Britannique d’apprendre à vivre sans trop faire de faux pas.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 09h18
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            
Swing Time, de Zadie Smith, traduit de l’anglais par Emmanuelle et Philippe Aronson, Gallimard, « Du monde entier », 472 p., 23,50 €.

Entrez dans la danse (jetez-vous-y corps et âme, sans penser à rien d’autre). Voyez comme on danse (observez, transposez, imitez). C’est ce que font et refont inlassablement les deux petites héroïnes de Swing Time, le nouveau roman de Zadie Smith. A Londres dans les années 1980, Tracey – une « Shirley Temple basanée » – et la narratrice – la même, en plus cérébrale – se sont rencontrées au cours de ballet de Mme Isabel. Coup de foudre immédiat. Ces deux âmes sœurs, « seules au monde et inséparables », se rêvent en danseuses célèbres et visionnent en boucle, sur leur magnétoscope, les classiques américains des années 1930. S’entraînant à bondir comme Fred Astaire, à faire virevolter les froufrous de leur robe comme Ginger Rogers, à être élastique comme Jeni LeGon, à avoir les jambes en guimauve comme Bojangles. « Flottez, flottez, flottez, disait Isabel. Oui, très joli Tracey. »

Mais autant Tracey est douée, autant la narratrice est gauche. « Mes pieds à moi étaient carrés et plats, ils paraissaient peiner à chaque mouvement », reconnaît celle qui nourrit pour son amie un puissant sentiment d’admiration et d’envie. « Tracey incarnait la perfection, j’étais sous son charme »…
Voici donc pour le départ de l’intrigue : un rêve de gamines, banal à souhait. Mais que transcende vite le savoir-faire de Zadie Smith. Dès les premières pages, tout est en place. Le nord-ouest de Londres, qui est moins une géographie qu’un « état d’esprit ». Les différences de classes incarnées par les fillettes au sein de ce même quartier populaire. La fusion et la rivalité, les mirages de la célébrité, le charisme de l’une, l’effacement de l’autre et l’éternelle question sur ce qu’il convient de valoriser...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ La chronique de Franck Thilliez, à propos des « Spectres de la terre brisée », de S. Craig Zahler.
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Le coin du crime. S. Craig Zahler sans foi ni loi

La chronique de Franck Thilliez, à propos des « Spectres de la terre brisée », de S. Craig Zahler.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h30
   





                        



                                


                            
Les Spectres de la terre brisée (Wraiths of the Broken Land), de S. Craig Zahler, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Janique Jouin-de Laurens, Gallmeister, 400 p., 23,60 €.

Ce qui devait être un simple sauvetage saupoudré de justice va tourner au cauchemar. Dans le dédale des collines et des yuccas, des hommes chevauchent pour une mission à haut risque : arracher les deux sœurs Plugford, sauvagement kidnappées, à un bordel clandestin caché dans les montagnes mexicaines, au début du siècle dernier, où l’humanité se soumet aux instincts bestiaux des plus fortunés.
Catacumbas est tenu par un borgne capable de déguster des crevettes charnues tout en contraignant les traîtres à avaler des scorpions vivants. ­Forcément, ça pique, comme le casting goûteux des sept cavaliers – le père et ses deux fils à l’esprit vengeur, l’esclave noir affranchi, l’Indien à l’œil infaillible, le Gringo dandy ruiné et le flingueur psychopathe, celui dont même le Diable a peur, aux faux airs de Javier Bardem dans le film des frères Coen, No Country for Old Men (2007).
Cette chevauchée nous fraye un chemin à travers l’enfer. Son auteur, l’Américain S. Craig Zahler, également réalisateur de films, batteur et parolier dans un groupe de heavy metal, attaque Les Spectres de la terre brisée avec l’âpreté d’un riff sursaturé. A la beauté des paysages et des vives couleurs du ciel se heurte la froideur des ténèbres présentes en chacun de nous.
Inclassable et tarantinesque
Une fois les addictives premières pages digérées, le narrateur omniscient nous entraîne dans un voyage qui allie intelligence narrative et puissance descriptive. Chaque scène dégage la force d’un tableau sonore, où la respiration lourde des mustangs se mêle au rouge carmin d’une lame pénétrant la chair. Le portrait en deux pages de Gris, l’un des « méchants », marque pour un bout de temps. Tout comme les dialogues, d’une efficacité...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Dans « L’Ecart », l’Orcadienne raconte son éveil à elle-même, après l’alcoolisme, grâce à l’observation patiente des animaux et des vagues de l’archipel écossais.
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Amy Liptrot ne fait plus qu’une avec les Orcades

Dans « L’Ecart », l’Orcadienne raconte son éveil à elle-même, après l’alcoolisme, grâce à l’observation patiente des animaux et des vagues de l’archipel écossais.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 09h26
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            
L’Ecart (The Outrun), d’Amy Liptrot, traduit de l’anglais par Karine Reignier-Guerre, Globe, 336 p., 22 € (en librairie le 29 août).

Parlons d’abord d’un plaisir modeste mais réel : rencontrer – comme on le dit pour une personne – un mot neuf ou une acception inconnue. Au gré d’une lecture, on ramasse ces trouvailles en chemin, tels les cailloux ou les coquillages qu’Amy Liptrot étudie avec minutie, pendant de longs mois d’hiver, sur l’île écossaise de Papay (70 habitants à l’année). Née dans ces « bad­lands », l’écrivaine a su dès le plus jeune âge que « l’écart », titre qu’elle donne à son premier livre, désigne une bande côtière à moitié défrichée. L’herbe n’y est jamais haute en raison des vents et des embruns. Sitôt quittés le pré d’agnelage mitoyen à la ferme, les moutons y côtoient les vaches des Highlands, les nichées d’oiseaux, ainsi que les lutins et les farfadets qu’évoquent les contes insulaires.
La jeune trentenaire a grandi à quelques encablures de Papay, sur Mainland, l’île principale des Orcades. Cet archipel subarctique fut l’un des berceaux du néolithique. Les Pictes l’ont occupé. Puis les ­Vikings. Il figure aujourd’hui à la proue en matière d’énergies renouvelables ­ (éolienne et hydrolienne). Quoique éclatés en une soixantaine d’îles dont une dizaine est habitée, les Orcades forment un monde singulier : idiotismes, légendes, paysage façonné de douces collines et de falaises propices aux naufrages. La terre est pauvre mais riche en vestiges de l’âge de fer ou du bronze, à l’exemple des tumuli et des cairns inscrits au Patrimoine de l’Unesco.
Drôle d’oiseau
A ses 18 ans, la volatile Amy Liptrot, fille de fermiers, a migré vers le Sud, avide de découvrir Londres et de poursuivre ses études. Elle s’est follement amusée. Frasques et gueule de bois. Elle a beaucoup déménagé. Elle a exercé divers emplois qu’elle a été incapable de garder. Verre après verre, elle a aussi...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ « Voyou », premier roman de l’Israélien, raconte un fils en quête de son père dans la Pologne en crise de 1988. Poignant.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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Transmission impossible pour Itamar Orlev

« Voyou », premier roman de l’Israélien, raconte un fils en quête de son père dans la Pologne en crise de 1988. Poignant.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 09h29
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Voyou (Bandit), d’Itamar Orlev, traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz, Seuil, 462 p., 22,50 €.

L’effritement de la figure du père en Occident imprime sa trace dans la littérature contemporaine ; Voyou, le premier et prometteur roman d’Itamar Orlev, auteur israélien vivant à Berlin, l’illustre à nouveau. Son père, Uri Orlev, est lui-même un poète, traducteur et écrivain célèbre, surtout connu en France pour ses ouvrages destinés à la jeunesse. Originaire de Pologne, ce dernier fait partie des rescapés du ghetto de Varsovie et de Bergen-Belsen. Avec Voyou, Itamar Orlev se confronte moins avec son propre passé familial qu’il ne décrit une transmission impossible entre deux générations, l’une marquée par la guerre et la destruction, l’autre, sinon par une longue paix, du moins par un conflit plus contenu. Le détour par la littérature serait-il l’unique ressource pour ce dialogue insoutenable ?
A la veille de l’effondrement du communisme
L’histoire met en scène Tadek, un jeune écrivain de Jérusalem plus ou moins raté issu d’un couple polonais judéo-chrétien. Après que sa femme l’a quitté, il part dans la quête « réparatrice » d’un père, resté en Europe et qu’il n’a plus vu depuis vingt ans. La mère, lassée par la brutalité et les infidélités de ce mari hédoniste et alcoolique, a rompu et émigré avec ses enfants en Israël à la fin des années 1960. Le cadre de ces retrouvailles est la Pologne de 1988, à la veille de l’effondrement du communisme. Le régime agonise bien que les Polonais conservent encore certains réflexes de la dictature : couvre-feu, culture de pénurie, corruption, le tout cerné de cités grises formées de quadrilatères de béton. Tadek redécouvre en Stefan, immobilisé au fond d’une maison de retraite, un être à la fois héroïque et détestable, ancien partisan non communiste évadé du camp de Maïdanek, qui va décevoir sa demande infantile de reconnaissance et d’amour. L’empathie...




                        

                        

