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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Dans « La Chance de leur vie », l’écrivaine installe une famille française en Caroline du Nord, entre  2015 et 2016. Tout peut arriver. Ou rien. Un grand antiroman américain.
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Agnès Desarthe réinvente l’Amérique

Dans « La Chance de leur vie », l’écrivaine installe une famille française en Caroline du Nord, entre  2015 et 2016. Tout peut arriver. Ou rien. Un grand antiroman américain.



LE MONDE
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            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
La Chance de leur vie, d’Agnès Desarthe, L’Olivier, 302 p., 19 €.

Elles baissent le col d’une chemise. Le remontent. Pétrissent un bloc de glaise. Se joignent en prière. Se posent sur un corps pour l’apaiser. En caressent un autre pour l’exciter. C’est à un fascinant ballet de mains que l’on assiste tout au long de La Chance de leur vie. On regarde les doigts des personnages s’agiter, trahissant les pensées et les pulsions les plus secrètes de leurs propriétaires – opaques ycompris pour eux-mêmes. Et, pendant ce temps-là, tandis que les yeux du lecteur sont rivés sur les gestes des héros, Agnès Desarthe accomplit son tour de magie. Tranquillement, elle déploie un roman d’une grande simplicité apparente et d’une profondeur immense. Il y est question de la France, des Etats-Unis, du 13-Novembre, du couple, du lien entre parents et enfants, de la soif de spiritualité, des âges de la vie… De bien d’autres choses encore. L’auteure y évoque avec le même naturel le rangement d’un lave-vaisselle et la lecture de William Faulkner. Le même naturel, mais aussi le même léger décalage, teinté d’une ironie délicate, qui introduit en tout une forme d’étrangeté.
Le pays de la deuxième chance
Cette dernière, si elle est un élément constant du travail d’Agnès Desarthe, se pose ici comme une donnée de départ. L’auteure fait en effet de ses personnages des « corps étrangers », pour reprendre le titre d’un livre de Cynthia Ozick qu’elle a traduit (L’Olivier, 2012), dont les protagonistes traversaient l’Atlantique des Etats-Unis vers la France. Dans La Chance de leur vie, le mouvement est inverse, et l’auteure joue de notre familiarité avec le roman américain – singulièrement sa branche universitaire, le campus novel. Les Vickery s’envolent pour la Caroline du Nord afin que le père, Hector, philosophe et poète, enseigne une année à la fac – « C’est le renouveau après Derrida, mais...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ La romancière évoque la genèse de « La Chance de leur vie », son nouveau livre, le mystère des premières phrases – et Donald Trump.
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Agnès Desarthe : « Je ne sais pas pourquoi, dès qu’on ouvre un livre américain, ça a l’air vrai »

La romancière évoque la genèse de « La Chance de leur vie », son nouveau livre, le mystère des premières phrases – et Donald Trump.



LE MONDE
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            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
Avec La Chance de leur vie (L’Olivier, 302 p., 19 €), Agnès Desarthe ancre pour la première fois un roman dans l’actualité récente, et examine les effets de celle-ci sur ses personnages. Elle explique ce qui l’a amenée à se colleter à ce sujet, à envoyer ses personnages aux Etats-Unis, et dit ce que son livre doit à son travail de traductrice.

Dans « Le Remplaçant » (L’Olivier, 2009), vous expliquiez écrire toujours « l’histoire d’à côté », jamais celle que vous aviez prévue : « Mon arme au canon recourbé atteint rarement sa cible et tire admirablement dans les coins. » Quelle était la cible initiale de « La Chance de leur vie » ?
J’avais beaucoup de cibles… Une première piste était l’envie d’écrire sur les femmes. A une période, je regardais les femmes autour de moi, en me disant que ce sont des êtres fantastiques, et qu’il faudrait en parler mieux, longuement. Surtout de leur âge : ça m’intéressait beaucoup de savoir ce qui changeait, ce qui restait.
Une autre cible m’a été donnée, par inadvertance, par un immense traducteur – du français vers l’anglais –, Franck Wynne. Lors d’une conférence, il expliquait pourquoi la littérature française s’exporte si peu en Grande-Bretagne et en Amérique, un mystère qui me blesse et me tourmente. Il donnait les raisons habituelles (sur le côté nombriliste, trop intello, pas assez narratif de la littérature française)… Mais à un moment, il a lancé : « Si vous voulez être certain de ne jamais être traduit aux Etats-Unis, il faut y situer votre roman. » Je dois avouer que ça a été une stimulation infinie pour moi. Depuis le temps que je suis traductrice, une partie de mon imaginaire est colonisée par l’anglais et par des représentations américaines. Je ne sais pas pourquoi, dès qu’on ouvre un livre américain, ça a l’air vrai, ça ne demande aucune adaptation.

Enfin, il y avait la question de l’état de la France. De la crise d’identité assez forte qu’elle...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Une « visite de constatation », organisée en amont avec l’ancienne maison d’édition de la ministre de la culture, doit permettre de faire l’état des lieux de travaux d’agrandissement à Paris.
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Affaire Nyssen : la police mène des constatations dans les locaux d’Actes Sud

Une « visite de constatation », organisée en amont avec l’ancienne maison d’édition de la ministre de la culture, doit permettre de faire l’état des lieux de travaux d’agrandissement à Paris.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 12h17
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29.08.2018 à 14h40
   





                        


La police menait mercredi 29 août au matin une opération « de constatation » dans les bureaux parisiens d’Actes Sud, dans le cadre de l’enquête préliminaire sur les travaux controversés menés par la maison d’édition alors dirigée par l’actuelle ministre de la culture, Françoise Nyssen.
« Une équipe de la brigade de répression de la délinquance contre la personne est en train de visiter nos bureaux parisiens. Il s’agit d’une visite de constatation de l’état des lieux » et non d’une perquisition, a déclaré à l’AFP Estelle Lemaître, directrice de la communication de la maison d’édition. « Cette opération ne s’est pas faite à l’improviste, mais à la suite d’une prise de rendez-vous », a-t-elle précisé.
Elle s’inscrit dans le cadre de l’enquête préliminaire ouverte par le parquet de Paris le 23 août pour déterminer si les travaux d’agrandissement des bureaux parisiens d’Actes Sud en 1997 et à partir de 2012 respectaient le code de l’urbanisme.

        Lire aussi :
         

                La ministre Françoise Nyssen accusée d’avoir fait agrandir les bureaux de son ancienne maison d’édition Actes Sud



Agrandissements des locaux de 150 m²
L’enquête fait suite à une information du Canard enchaîné révélant que Françoise Nyssen, qui a dirigé Actes Sud avant de devenir ministre en 2017, avait augmenté de 150 m2 la surface des locaux de la maison d’édition à Paris « sans autorisation de travaux ni déclaration au fisc ». Or une autorisation est nécessaire à partir de l’ajout de 20 m2.
Ces travaux, réalisés dans un bâtiment du XVIIIe siècle inscrit à l’inventaire des Monuments historiques, auraient également dû faire l’objet d’une demande auprès des Bâtiments de France et de l’architecte en chef des Monuments historiques. « Ce petit “oubli” a pu permettre à la société de la ministre de réduire d’un tiers l’impôt immobilier [la cotisation foncière des entreprises] qu’elle acquitte chaque année pour son siège parisien », estime Le Canard enchaîné. Concernant cette nouvelle affaire, la ministre, déjà critiquée sur son bilan, a affirmé qu’elle se tenait à la disposition du parquet.
Dans une interview au Journal du dimanche, le premier ministre, Edouard Philippe, a assuré que la justice suivrait son cours s’il y a lieu : « Rien ne sera bloqué. » Tandis que Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement, a rappelé que « le président de la République s’[était] engagé sur l’exemplarité (…) et sur notamment les exigences de transparence ».
En juin, le Canard enchaîné avait déjà dénoncé l’agrandissement du siège d’Actes Sud à Arles, réalisé en 2011 sans les autorisations nécessaires, cette situation ayant été régularisée avant l’entrée de Françoise Nyssen au gouvernement. La ministre avait alors regretté une « négligence ».

        Lire aussi :
         

                Actes Sud : le parquet de Paris ouvre une enquête sur les travaux immobiliers autorisés par Françoise Nyssen






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ La Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, à Paris, organise un cycle de films réalisés ou produits par des femmes.
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Les pionnières retrouvées du cinéma muet

La Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, à Paris, organise un cycle de films réalisés ou produits par des femmes.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 09h14
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

Qui connaît les réalisatrices Alice Guy, Lois Weber, Marie Epstein, Germaine Dulac, l’actrice et productrice Alla Nazimova, la scénariste Renée Deliot, au-delà d’un cercle de cinéphiles ? C’est pour rendre hommage à ces femmes un peu tombées dans l’oubli que la fondation Jérôme Seydoux-Pathé organise à son siège parisien, du 29 août au 25 septembre, un cycle de films intitulé « Les Pionnières du cinéma muet » – qui vient heureusement compléter une exposition consacrée aux « muses » qui ont inspiré les affichistes entre 1930 et 1945 (jusqu’au 13 octobre).
De récents travaux de recherches ont permis de revisiter l’histoire du cinéma. Nombre de femmes ont joué un rôle majeur dans les premières années, entre 1895 et l’arrivée du parlant vers 1930. Certaines d’entre elles ont démarré comme comédiennes, incarnant femmes fatales, femmes-enfants ou épouses dévouées, « assujetties à une perception masculine » lit-on dans le tonique dossier de présentation de ce cycle sur les pionnières. Il était temps de montrer une autre facette.
Les studios d’Alice Guy
L’une des grandes oubliées de l’histoire est sans conteste la réalisatrice Alice Guy (1873-1968). Contemporaine de George Méliès (1861-1938), assistante de Léon Gaumont, elle tourna ses premiers courts-métrages en 1902 et en réalisa plus de 200 pour Gaumont. Partie aux Etats-Unis en 1907 avec son mari, Herbert Blaché, elle y fonda les studios Solax, l’une des grandes maisons de production avant l’émergence des premières stars d’Hollywood dans les années 1910 (Douglas Fairbanks, Mary Pickford, Charlie Chaplin…). Rentrée en France en 1922, elle ne retravailla plus dans le cinéma.

Chargée de la programmation de la fondation, Elvira Shahmiri explique le long travail mené par l’équipe : « Pour repérer les œuvres, nous nous sommes appuyés sur des bases de données, comme celle, très riche, de l’université Columbia, aux Etats-Unis, intitulée Women Film Pioneers Project. Le récent coffret...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ L’architecte français a inventé un monolithe feuilleté de vingt-sept étages pour abriter l’Office européen des brevets.
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Jean Nouvel dessine un temple de verre et d’acier à La Haye

L’architecte français a inventé un monolithe feuilleté de vingt-sept étages pour abriter l’Office européen des brevets.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 08h44
    |

            Isabelle Regnier (Rijswijk (Pays-Bas)








                        



                                


                            

A Rijswijk, petite commune mitoyenne de La Haye, aux Pays-Bas, le nouveau site de l’Office européen des brevets (OEB) est encore en chantier. Depuis la tour de béton voisine, vestige amianté des années 1970 promis à la destruction où travaillent aujourd’hui la plupart des employés de la branche néerlandaise de l’institution, on peut admirer sa silhouette aux reflets dorés. Un fin monolithe feuilleté par une double façade de verre, que ses grandes proportions – 156 mètres de long, 100 de hauteur, et seulement 15 de profondeur – imposent en majesté dans le plat paysage alentour.
Avec 7 000 salariés et 2,3 milliards d’euros de budget annuel, l’OEB a délivré près de 170 000 brevets en 2017
Le bâtiment est achevé mais des finitions restent à faire avant le déménagement, prévu pour l’automne. Et ce n’est qu’en 2020 qu’il endossera l’enveloppe rêvée pour lui par son architecte, le Français Jean Nouvel (qui a travaillé en collaboration avec le Néerlandais Diederik Dam). Un vaste miroir d’eau installé à sa base doit encore en parfaire l’élégance et une forêt de drapeaux, plantée devant l’entrée, lui offrir un blason. Trente-huit drapeaux pour les trente-huit pays membres de cette organisation dont l’activité se développe, depuis sa création, en 1973, au rythme exponentiel du capitalisme mondialisé. Avec 7 000 salariés, répartis entre cinq antennes européennes, et 2,3 milliards d’euros de budget annuel, l’OEB a délivré près de 170 000 brevets en 2017.
C’est donc entouré de panneaux de chantier que l’immeuble a été inauguré le 27 juin par le roi Willem-Alexander. Les journalistes ont suivi les architectes jusqu’à la terrasse panoramique installée sur le toit en passant par quelques-uns des vingt-sept étages de bureaux qui les séparent. Vingt-sept plateaux quadrillés à l’identique où se décline, de la moquette au mobilier, un nuancier de gris morne comme un tableau Excel. Sur cette partie du programme qu’il qualifie élégamment de « janséniste »,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Ce portrait d’un jeune prostitué en quête de tendresse est interprété avec intensité par Félix Maritaud.
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« Sauvage » : les émois de Léo, d’un corps à l’autre

Ce portrait d’un jeune prostitué en quête de tendresse est interprété avec intensité par Félix Maritaud.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h40
 • Mis à jour le
29.08.2018 à 07h48
    |

            Véronique Cauhapé








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
La scène d’ouverture de Sauvage agit brutalement. Surprenante et crue, dans son propos comme dans la façon dont elle est mise en scène, elle concentre en quelques minutes ce que le film va s’appliquer à prolonger en l’intensifiant, séquence après séquence. A l’image des étapes par lesquelles est passé le réalisateur, Camille Vidal-Naquet, durant le long travail de terrain qu’il a effectué pour réaliser ce premier long-métrage, descente vertigineuse dans le milieu de la prostitution masculine.

        Lire l’entretien avec Camille Vidal-Naquet :
         

          « Le film est très atténué par rapport à la réalité »



Un travail qui, une fois le contact pris avec des garçons du bois de Boulogne, près de Paris, par l’intermédiaire d’une association, allait l’accaparer durant trois ans, au lieu des quelques nuits prévues. Pas moyen de faire moins, de passer vite sur ces rencontres au gré desquelles s’élaborait le scénario. Sauvage témoigne de cette immersion, dans la restitution hyperréaliste des situations et des faits, caméra à l’épaule, plans rapprochés sur les corps malades et maltraités : des partis pris qui assurent la volonté du réalisateur de transmettre, voire de partager, les effets et les sentiments qui l’ont lui-même agité.
Le passeur de l’histoire s’appelle Léo, 22 ans, gueule de poulbot buté, aux traits cabossés par une vie de chien errant à ingérer du crack et de l’alcool, à bouffer n’importe quoi, à dormir sur les trottoirs ou dans le bois périphérique de la ville où, la journée, il enchaîne les passes. Les clients sont plus ou moins réglos, plus ou moins détraqués. Un homme en fauteuil roulant qui ne parvient plus à l’érection, un couple d’homos qui prennent leur pied à l’humilier, à le contraindre à des pratiques sordides, un « veuf » qui tente de se consoler de la disparition de sa femme dans les bras d’hommes dont il espère de l’affection… se succèdent dans le déroulé indéfini des jours et des nuits de Léo. Lequel encaisse les coups et les violences sans rien laisser paraître de l’impact qu’ils ont sur lui.
Le vide d’un manque d’amour
En cela, il est « sauvage » – ce caractère qui donne son titre au film –, garçon non « élevé », grandi on ne sait où, pas de passé, pas de projet, confronté à la survie par le corps, sans engagement de la pensée et des sentiments. Du moins en apparence. C’est là que Léo trouve sa nuance, décroche notre empathie. Dans cette part inconnue qui laisse paraître, en creux, le vide d’un manque d’amour dont la manifestation surgit par élans à des moments inattendus et rares. Lors d’une visite médicale par exemple, où il pose sa tête sur l’épaule d’une doctoresse. Lors d’une passe où il offre autant au client qu’à lui-même un instant de tendresse.
Dans cette quête, le jeune homme aux allures de sale gosse n’échappe pas à cet obscur objet du désir amoureux que devient pour lui un autre prostitué, Ahd (Eric Bernard), que le tapin pousse le plus clair de son temps dans le lit des hommes mais que l’hétérosexualité fait préférer celui des femmes. Et le conduit à se dérober aux avances du jeune Léo. « Trouve-toi un vieux », lui conseille Ahd.
Le gosse s’en fout. Il continue d’aimer sans retour et de se vendre jusqu’à ce que le corps parvienne au bout de ce qu’il peut supporter. Jusqu’à ce que cette détérioration physique, à l’œuvre durant tout le film, trouve son expression finale dans un plan christique : Léo, en Sébastien martyr, criblé de plaies ensanglantées, soutenu par les bras d’un homme. Un vieux qui prendra soin de lui, lui ouvrira la voie d’une réinsertion possible : la belle énigme du film.
L’incandescence de Félix Maritaud
Présenté à Cannes (Semaine de la critique), Sauvage avait dirigé toute l’attention sur Félix Maritaud, interprète omnipotent du personnage de Léo, à qui il prête son intensité toute personnelle, acquise au long d’une jeune existence qui en rassemble mille (errances, petits boulots, excès circonscrits et rencontres providentielles). Découvert dans 120 battements par minute, de Robin Campillo, le jeune acteur apporte à Sauvage une incandescence qui met l’image à vif et retient le film au bord de l’abîme, sans l’y plonger. A l’inverse de J’embrasse pas, d’André Téchiné (1991), Sauvage ne s’expose à aucune notion de fatalité. Le versant lumineux de Léo – qui, lui, embrasse – servant de bouclier à cet écueil.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          Léo, prostitué en mal d’amour



Pendant le tournage, cette capacité à brûler – « Il est une flamme au milieu des ruines », dit de lui Camille Vidal-Naquet –, cette aptitude au don de soi ont mené Félix Maritaud vers « quelques sorties de rails » qui ont eu pour effet de déstabiliser le réalisateur. « J’ai aimé ce quelque chose que possède Félix et qui ne s’apprivoise pas », confie cependant ce dernier, cette « mise en danger », selon ses propres termes, à laquelle l’acteur l’a soumis. Autant que nous.

        Lire le portrait :
         

          Les corps- à-corps de Félix Maritaud




Film français de Camille Vidal-Naquet. Avec Félix Maritaud, Eric Bernard, Nicolas Dibla (1 h 39). Sur le Web : distrib.pyramidefilms.com/pyramide-distribution-catalogue/sauvage.html

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 29 août)
Burning, film coréen de Lee Chang-dong (à ne pas manquer)De chaque instant, documentaire français de Nicolas Philibert (à ne pas manquer)Sauvage, film français de Camille Vidal-Naquet (à ne pas manquer)Bonhomme, film français de Marion Vernoux (à voir)Guy, film français de et avec Alex Lutz (à voir)Il ou elle, film américain et qatari d’Anahita Ghazvinizadeh (à voir)Sollers Point, film américain et français de Matthew Porterfield (à voir)22 Miles, film américain de Peter Berg (pourquoi pas)Reine d’un été, film allemand de Joya Thome (pourquoi pas)Miracle à Santa Anna (2008), film américain et italien de Spike Lee (inédit)
A l’affiche également :
Braqueurs d’élite, film allemand et français de Steven QualeBreaking In, film américain de James McTeigueKin : le commencement, film américain de Jonathan et Josh Baker





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Le réalisateur de « Sauvage » a passé trois ans comme bénévole dans l’association Aux captifs, la libération.
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Camille Vidal-Naquet : « Le film est très atténué par rapport à la réalité »

Le réalisateur de « Sauvage » a passé trois ans comme bénévole dans l’association Aux captifs, la libération.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h38
 • Mis à jour le
29.08.2018 à 07h41
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

Quatre jours de vacances depuis le Festival de Cannes. Le réalisateur de Sauvage, Camille Vidal-Naquet, 45 ans, enchaîne les projections depuis que son film a été ­dévoilé à la Semaine de la critique – Félix Maritaud, l’acteur principal, a obtenu le Prix Fondation Louis-Roederer de la révélation. Camille Vidal-Naquet raconte la fabrication de son premier long-métrage, après trois années passées sur le terrain de la prostitution masculine.

Comment avez-vous imaginé le personnage de Léo, le jeune prostitué incarné par Félix Maritaud ?
Ce personnage était déjà là dans mes précédents courts-métrages : c’est un jeune homme qui est déconnecté de tout ce qui est matériel – il n’a ni appartement ni téléphone – et qui cherche l’amour absolu. Léo est prêt à mourir par amour, c’est la ligne dramatique du film. J’ai pensé à quelqu’un qui fait des rencontres et vit dans la rue. De là est venue l’idée de la prostitution masculine. Je me suis documenté en lisant des thèses, j’ai eu de longues discussions avec un acteur de films X, Aiden Shaw, qui a grandi à Londres, où il s’est prostitué très jeune. Il avait joué son propre rôle dans mon court-métrage Backstage (2001).

Ensuite, j’ai rencontré l’association Aux captifs, la libération, qui accompagne des personnes ­vivant dans la rue – prostitués, migrants, etc. Et j’y suis resté pendant trois ans. J’étais bénévole, on partait à trois le jeudi soir au bois de Boulogne, à bord de ­notre camionnette où était affichée une carte du monde. J’ai ­découvert plein de choses, je me sentais tout petit devant le courage de certains garçons. L’un d’eux avait fui le Turkménistan, qui est une sorte de dictature.
Qu’avez-vous appris sur la prostitution masculine ?
J’ai surtout appris des choses sur mon pays. Comment fait-on l’amour quand on a plus de 70 ans ? Ou lorsqu’on est handicapé ? Les jeunes prostitués peuvent répondre à ces questions,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Après le Louvre, l’école, et la Maison de la radio, le documentariste a filmé pendant des mois la formation d’élèves infirmières et infirmiers.
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« De chaque instant » : Nicolas Philibert à l’école de la douleur

Après le Louvre, l’école, et la Maison de la radio, le documentariste a filmé pendant des mois la formation d’élèves infirmières et infirmiers.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h36
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    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
De chaque instant commence comme un rituel. Sous la direction d’un homme, des jeunes filles apprennent à se laver les mains selon une procédure très précise, comme si ces ablutions annonçaient une cérémonie. Le noir se fait, un carton apparaît à l’écran : « Que saisir sinon qui s’échappe ? » Le vers du poète Yves Bonnefoy renforce encore la sensation d’avancer dans la découverte d’une liturgie inconnue.
Pourtant, De chaque instant, onzième long-métrage de Nicolas Philibert, ne se préoccupe pas de l’au-delà. La veille permanente qu’évoque le titre est celle que doivent apprendre les élèves infirmières et infirmiers dans le centre de formation de la Croix-Saint-Simon, à Montreuil, où le cinéaste a filmé pendant des mois. Il faut voir dans la solennité qui empreint bien des séquences, dans la division en trois temps du film scandée par les vers de Bonnefoy (« Que voir sinon qui s’obscurcit » puis « Que désirer sinon qui meurt ») comme une célébration du métier qu’apprennent les jeunes gens que l’on voit à l’écran, un appel à les prendre au sérieux, à leur donner dans notre monde l’importance qu’ils y méritent.
Ce titre peut aussi s’interpréter comme un conseil – amical mais ferme – au spectateur. Nicolas Philibert a réalisé un film presque sans personnages : de séquence en séquence, on a parfois le temps de deviner (ou plutôt d’imaginer) une personnalité, mais il ne s’agit pas de dessiner des portraits, ni même de suivre la trajectoire de telle ou tel de ces élèves, simplement de mettre en scène le processus collectif qui fera de ces jeunes des infirmières, des infirmiers.
Ascèse gestuelle
Il est donc divisé en trois actes. Le premier est tout entier consacré à l’apprentissage des gestes et des règles. A ce moment de leurs études, au début de la première année, les élèves suivent des cours, lors desquels on leur révèle les outils, mécaniques, chimiques ou éthiques, de leur métier. Ils s’exercent aussi, sur des volontaires en parfaite santé, sur des mannequins, avec des prothèses, à assimiler puis à perfectionner les gestes qu’ils répéteront des milliers de fois : piqûres, massages, pansements… Le contraste entre les enjeux essentiels de ces mouvements et les outils rudimentaires qui servent à leur apprentissage pourrait avoir quelque chose de burlesque, le réalisateur en fait une espèce d’ascèse gestuelle.
La partie centrale est occupée par les premiers contacts entre les élèves et les patients. C’est la plus intense, mais aussi la plus brève – elle dure moitié moins de temps que les deux autres. C’est peut-être là la seule faiblesse de ce beau film : le déséquilibre entre la réalité de l’hôpital et l’environnement préservé du centre de formation. On retient un moment volé dans le jardin d’un établissement psychiatrique, le désarroi masqué à grand-peine des élèves face à la mort qui approche.
Les paroles des élèves font comme un pont entre les idéaux et les théories de l’école et la réalité du milieu
On en retrouvera certains dans les bureaux des encadrants où ils rendent compte de leur stage. Ce dernier volet est moins gracieux que le premier, moins intense que le second. C’est lui qui donne tout son sens à De chaque instant. Qu’il s’agisse d’un élève de première année qui dit sa satisfaction d’avoir accompagné un malade en fin de vie ou d’une autre en fin d’études qui explique comment son origine l’a conduite à assumer les tâches d’interprétariat, en plus des soins, dans l’établissement où elle faisait son stage, ces paroles font comme un pont entre les idéaux et les théories de l’école et la réalité du milieu.
Après le musée de La Ville Louvre, l’école d’Etre et avoir, la ménagerie de Nénette ou La Maison de la radio, le centre de formation de la Croix-Saint-Simon prend sa place dans l’atlas de Nicolas Philibert, qui recense ces lieux qui sont à la fois des éléments essentiels de notre société et des refuges qui lui permettent (ou devraient lui permettre) de réfléchir sur elle-même, de se donner les règles et les structures qui l’empêcheraient de basculer tout à fait dans la déraison.

Documentaire français de Nicolas Philibert (1 h 45). Sur le Web : www.filmsdulosange.fr/fr/film/246/de-chaque-instant
Huit longs-métrages de Nicolas Philibert ressortiront en salle mercredi 5 septembre : La Ville Louvre (1990) ; Le Pays des sourds (1993) ; Un animal, des animaux (1995) ; La Moindre des choses (1997) ; Etre et avoir (2002) ; Retour en Normandie (2007) ; Nénette (2010) ; La Maison de la radio (2013).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ L’humoriste passe devant et derrière la caméra pour ce faux documentaire sur les années Top 50. A voir.
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« Guy » : Alex Lutz connaît la chanson

L’humoriste passe devant et derrière la caméra pour ce faux documentaire sur les années Top 50. A voir.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h35
 • Mis à jour le
29.08.2018 à 08h56
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Logiquement, la ligue des ­acteurs septuagénaires ­devrait mettre un contrat sur la tête d’Alex Lutz, 40 ans, qui vient leur ôter le pain de la bouche avec une impudente réussite. D’autant qu’il est peu probable que le réalisateur et coscénariste de Guy ait procédé à des auditions pour le rôle-titre de son premier long-métrage, Guy Jamet, 74 ans, chanteur de variétés. Il s’est ­réservé la meilleure part du film.

        Lire l’entretien avec Alex Lutz (dans « M ») :
         

          « Guy, c’est moi dans trente ans »



On trouvera comme circonstance atténuante à ce formidable égoïsme la cohérence d’un geste unique, qui va de l’écriture au jeu d’acteur, en passant par la mise en scène. Il s’agit de restituer le portrait d’un baby-boomeur vu par un enfant de la génération X, en procédant par l’accumulation de détails aussi insignifiants que justes, jusqu’à provoquer le vertige qui vient à la contemplation de certaines toiles hyperréalistes.
Alex Lutz a choisi la voie du faux documentaire. Il ne faut pour autant pas s’attendre à une version Maritie et Gilbert Carpentier du film This Is Spinal Tap, consacré à un groupe de hard-rock imaginaire. Dès les premières séquences, le metteur en scène bouscule les conventions du documentaire parodique, le « mockumentary », en introduisant un élément de fiction. Gautier, le réalisateur de ce portrait filmé d’une vieille idole toujours en activité, explique en voix off qu’il entreprend ce travail pour rencontrer l’homme dont sa mère lui a révélé, avant de mourir, qu’il était son père. Et si l’on veut avancer encore plus dans ce ­palais des glaces, Gautier (qui n’apparaîtra que très tard à l’écran) est joué par Tom Dingler, fils de Cookie, interprète de Femme libérée, numéro un des ventes en 1984.
Stupéfiante précision musicale
Pour revenir à Guy Jamet, c’est encore un bel homme, qui se flatte de n’avoir pas perdu ses cheveux mais dont l’élocution un peu ­empâtée trahit un récent ­accident vasculaire. Il vit dans un cabanon de luxe en Provence avec sa femme Sophie Ravel (Pascale ­Arbillot), actrice de télévision ­férue d’astrologie canine, et ses chevaux (Guy Jamet est d’une ­génération qui dit « ma femme et mes chevaux »). Il vient de réenregistrer ses tubes sur des arrangements vaguement country et sillonne la France avec un orchestre de jeunes gens qui semblent parfois s’ennuyer à jouer sa musique. Là encore, dans la reconstitution minutieuse des styles musicaux, Alex Lutz et ses collaborateurs, les auteurs-compositeurs Vincent Blanchard et Romain Greffe, font preuve d’une précision stupéfiante.
Alex Lutz peut compter sur un entourage hors pair : Nicole Calfan, Elodie Bouchez et Dany
On ne sait ce qu’il faut le plus admirer : la justesse des pastiches, la sobriété avec laquelle Lutz recourt aux documents d’époque – scopitone, extraits d’émissions de variétés – ou, sur un registre plus ambitieux, sa tentative de saisir, avant qu’elle ne disparaisse, une certaine manière d’être un homme. Se ­refusant presque trop systématiquement aux paroxysmes (la relation entre le fils caché et le père se gonfle de non-dits jusqu’à la fin du film), Alex Lutz procède par ­expressions un peu désuètes, par gestes d’un autre temps. Il peut compter aussi sur un entourage hors pair : Nicole Calfan est parfaite en ancienne combattante des guerres du Top 50, attachée de presse d’une fidélité indéfectible. Elodie Bouchez et Dany se partagent le rôle d’Anne-Marie, reine des nuits dans les années 1980 ­devenue entrepreneuse de fitness.
Il faut assortir ces louanges d’un avertissement : le risque de l’hyperréalisme est d’être touché par la contagion des maux dont souffre l’objet représenté. Et si l’on s’est ennuyé d’innombrables ­samedis soirs devant les émissions de variétés du service ­public, si l’on redoute de voir la ­télévision allumée le dimanche après-midi lors d’une visite familiale (Michel Drucker tient ici son propre rôle), il faudra surmonter ces phobies pour profiter de l’intelligence diabolique de Guy.

        Lire aussi la critique du spectacle :
         

          Alex Lutz observe ces drôles d’animaux que sont les humains




Film français de et avec Alex Lutz. Avec Tom Dingler, Pascale Arbillot, Elodie Bouchez, Dany, Nicole Calfan (1 h 41). Sur le Web : fr-fr.facebook.com/ApolloDistrib et materiel.apollo-films.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Le réalisateur Matthew Porterfield explore le quartier afro-américain d’une ville aux multiples plaies sociales.
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« Sollers Point » : un visage sombre de Baltimore

Le réalisateur Matthew Porterfield explore le quartier afro-américain d’une ville aux multiples plaies sociales.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h33
 • Mis à jour le
29.08.2018 à 07h58
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
A première vue, tout porte à croire que Sollers Point, quatrième long-métrage de l’Américain Matthew Porterfield, né en en 1977 et affilié à la scène indépendante, ne brillera pas par son originalité. On se retrouve en effet face à un énième « portrait à fleur de peau », celui d’un jeune proscrit, aspirant à « un nouveau départ », mais vite « rattrapé par son passé ». Un sillon inlassablement tracé par le cinéma indépendant, qui a souvent trouvé dans les personnages de marginaux et de déshérités autant de contre-modèles prêts à l’emploi. Pourtant, le film se révèle tout autre : Porterfield parvient à transcender un sujet rebattu en l’ouvrant à une géographie complexe, à la fois urbaine et affective, qui contourne les lieux communs et les passages obligés.
Sollers Point est un quartier afro-américain de Baltimore, qui fut depuis le début du XXe siècle un important foyer ouvrier de sidérurgie
Sollers Point est un quartier afro-américain de Baltimore, qui fut depuis le début du XXe siècle un important foyer ouvrier de sidérurgie, avant que la désindustrialisation des années 1970-1980 ne vienne ravager l’emploi et semer l’éventail de plaies sociales qui s’ensuivent. C’est là que vit Keith (McCaul Lombardi), un peu plus de 20 ans, dans la maison de son père, Carol (Jim Belushi), l’un des rares foyers blancs du voisinage. Keith sort de prison et tourne en rond, bracelet électronique autour de la cheville, en attendant de pouvoir enfin mettre le nez dehors.
Quand ce jour arrive, un gang de blancs suprémacistes, auprès duquel il avait trouvé protection durant son incarcération, vient le cueillir à sa porte. Keith les rejette et fait la tournée de ses relations d’antan : sa sœur, ses grands-parents, ses ex-petites amies, ses voisins, un ami d’enfance devenu rappeur à succès… Il enchaîne les petits boulots, tente de suivre une formation de technicien climatiseur, mais retrouve toujours le gang sur sa route, prêt à en découdre. Peu à peu, il renoue avec certains de ses vieux démons : l’alcool, les boîtes de strip-tease et cette rage qu’on sent bouillir en lui, rejaillissant parfois en bouffées autodestructrices.
Registre descriptif
A la pente tragique attendue, le film privilégie une approche « horizontale » bien plus surprenante. En effet, Porterfield vise moins à retracer un processus social qu’à révéler le paysage qui entoure son protagoniste (tensions raciales, chômage, ravages de la drogue, jeunesse en déshérence…) et à parcourir ainsi le réseau des relations qui le définissent ou l’emprisonnent. Le cinéaste adopte un registre essentiellement descriptif, laissant affleurer le passif de son personnage par bribes, par allusions, par conversations, comme celles, superbes, avec sa grand-mère aimante ou un chef de gang halluciné. Si le film commence dans la maison familiale, perçue comme un univers clos et étroit, c’est pour s’élancer ensuite par cercles concentriques vers l’extérieur, dans l’exploration d’un quartier dont chaque strate contient une trace de l’existence passée de Keith, retracée en pointillé.
La géographie urbaine s’inscrit à l’écran comme une singulière « archéologie de la violence »
Le véritable objet de la mise en scène est donc la topographie de ce quartier, et plus largement celle de Baltimore, ville dont Matthew Porterfield est originaire et sur laquelle il conclut ici une trilogie, commencée avec Putty Hill (2010) et I Used to Be Darker (2013). En emboîtant les allées et venues de son protagoniste, il dresse un inventaire poétique d’espaces, d’installations urbaines – avenues, ponts, habitations, carrefours, arrêts de bus –, avec un travail du cadre d’inspiration photographique (signé du chef opérateur Shabier Kirchner).
Le corps à la fois robuste et dynamique de McCaul Lombardi, l’interprète de Keith – nouveau visage aperçu dans American Honey (2016), d’Andrea Arnold –, circule dans ces espaces qui semblent se refermer sur lui par le vide et l’inertie. La géographie urbaine s’inscrit alors à l’écran comme une singulière « archéologie de la violence » qui contient aussi, à chaque coin de rue, autant d’échappatoires pour prendre la tangente.



Film américain et français de Matthew Porterfield. Avec McCaul Lombardi, James Belushi, Zazie Beetz, Imani Hakim (1 h 41). Sur le Web : jhrfilms.com/sollers-point-baltimore



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ L’acteur interprète un tueur d’élite dans le film d’action au rythme frénétique de Peter Berg.
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« 22 Miles » : Mark Wahlberg, agent secret à l’ère Trump

L’acteur interprète un tueur d’élite dans le film d’action au rythme frénétique de Peter Berg.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h31
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Les couples doivent faire des efforts pour ne pas s’enfoncer dans la routine. Peter Berg, réalisateur, et Mark Wahlberg, acteur, cherchent le dépaysement. En cinq ans de vie commune, ils sont allés en Afghanistan (Du sang et des larmes), dans le golfe du Mexique (Deepwater), le Massachusetts (Traque à Boston). Le monde tel qu’il est ne suffisant pas, les voici en Indocarr, contrée qui se distingue d’ores et déjà dans l’histoire du film d’espionnage – puisque c’est de cela qu’il s’agit – comme la détentrice du toponyme le plus ridicule.
Il n’est pas besoin d’avoir vécu très longtemps pour savoir qu’on ne voyage jamais qu’avec ses problèmes. En Indocarr comme ailleurs, Berg et Wahlberg trimballent leur goût pour la violence et la destruction, pour les tôles tordues et les chairs déchirées par des projectiles à haute vélocité. De ce point de vue, 22 Miles ne les aidera pas à sortir de l’ornière. Pourtant, ce film compact, frénétique, qui passe d’une séquence à l’autre de la concision chirurgicale à l’incohérence, révèle une texture intrigante, faite de reflets fugaces du temps présent et des signes visibles des circonstances de sa production.
La capitale de l’Indocarr est « interprétée » par Bogota, cité latino-américaine
On rencontre James Silva (Wahlberg) dans le jardin d’une villa, quelque part dans une banlieue américaine. A l’intérieur, ses collègues procèdent à la neutralisation d’un groupe russophone. Tous sont téléguidés depuis un local suréquipé par un coordinateur machiavélique (John Malkovich, coiffé d’une brosse rouquine). On comprend que ces gens-là agissent pour le compte de la plus grande démocratie du monde (dont quelques plans empruntés aux chaînes d’info en continu rappellent par qui elle est aujourd’hui dirigée) : ils sont en mesure de pénétrer dans toutes les intimités, électroniquement et physiquement, ils ont l’autorisation de tuer, et en usent largement.
Après qu’un montage nous a éclairés sur l’itinéraire de Silva, gamin surdoué et hyperactif, repéré par le gouvernement qui, plutôt que de lui prescrire de la Ritaline, en a fait un tueur d’élite, on retrouve le groupe, qui compte aussi dans ses rangs une mère (Lauren Cohan) désespérée de devoir sacrifier l’anniversaire de sa fille à une séance de torture dans les locaux de l’ambassade des Etats-Unis en Indocarr. L’Indocarr est un pays fascinant. D’abord à cause de son nom, qui lui a été probablement donné à la demande des financiers chinois de la production, soucieux de ne pas s’aliéner un allié, en l’occurrence l’Indonésie (on apprend que nous sommes en Asie du Sud-Est). Ensuite, parce que sa capitale est « interprétée » par Bogota, cité latino-américaine.
Absurdité intermittente
L’Indocarr est dirigé par des gens corrompus, que dénonce un transfuge, Li Noor (Iwo Ukais, star de la série des films d’action The Raid). Poursuivi par les autorités de son pays, détenteur d’un code qui permettra de retrouver des matériaux fissiles en balade, Li Noor doit être exfiltré par Silva et son équipe jusqu’à une piste d’atterrissage, distante de 22 miles de l’ambassade. Ce qui permet de parcourir – et de ravager – différents voisinages de cette ville hybride.
Pendant le trajet, les personnages ne parlent qu’en hurlant et en s’insultant. Mark Wahlberg parvient très bien à faire croire à l’hyperactivité de son personnage (un peu moins à son QI), Lauren Cohan donne à tous les conjoints traversant une rupture difficile une leçon en matière d’extériorisation des émotions (bien sûr, elle a l’avantage de disposer d’armes de gros calibre) ; seul Iwo Ukais ne se départ jamais d’un calme olympien. On ne voit d’ailleurs pas pourquoi un garçon capable de tuer deux hommes armés alors qu’il est menotté à une table d’opération s’énerverait.
On peut attribuer l’absurdité intermittente du scénario à la désinvolture des auteurs, qui semblent espérer que, assourdi par le fracas des armes et des véhicules qui se carambolent, le spectateur passera sur des lacunes grosses comme le Ritz. Reste que l’amertume de la conclusion de 22 Miles, l’esthétique résolument sinistre du film et la volonté délibérée – par le biais d’images d’actualité, d’expressions empruntées au langage contemporain de la politique (collusion, compromission…) de l’inscrire dans le cours du temps en font un spectacle épuisant et inquiétant.

Film américain de Peter Berg. Avec Mark Wahlberg, Lauren Cohan, Iwo Ukais, John Malkovich (1 h 34). Sur le Web : www.metrofilms.com/films/mile-22



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Dans le film de Marion Vernoux, Ana Girardot et Nicolas Duvauchelle incarnent gracieusement un jeune couple dont la vie bascule après un accident de voiture.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤                     
                                                

« Bonhomme » : le handicap montré sans pathos

Dans le film de Marion Vernoux, Ana Girardot et Nicolas Duvauchelle incarnent gracieusement un jeune couple dont la vie bascule après un accident de voiture.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h30
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Piotr et Marilyn, couple énergique et plein de charme, habitent la banlieue lilloise. Ils s’aiment, et chacun travaille comme vendeur dans des magasins d’usine en zone périurbaine. Tandis qu’ils se rendent à une fête, leur vie va être bouleversée par un accident de voiture : Marilyn en sort indemne, Piotr se cogne violemment la tête contre le pare-brise et tombe quelques jours dans le coma.
A son réveil, c’est tout le quotidien qu’il faut réinventer : Piotr est très diminué par son traumatisme crânien, a perdu quelques facultés cognitives et sa libido devient incontrôlable. Tant bien que mal, Marilyn s’occupe de lui tout en tentant de joindre les deux bouts.
Comédie teintée de réalisme social
Si Bonhomme observe le quotidien d’un jeune couple bouleversé par un drame qu’il doit surmonter, le scénario amorce insensiblement une série de virages qui emmène le récit très loin de ce qu’on pouvait prévoir. Sans crier gare, le film révèle ses atours de comédie enlevée et teintée de réalisme social, tout en laissant de côté ce que ce registre peut avoir de sinistre et d’infiniment convenu. A la grisaille de la peinture naturaliste, Marion Vernoux préfère l’emballement burlesque.
Tout s’exécute dans la joie et dans une malice constante que l’on doit pour beaucoup à son couple d’acteurs fringants qui se démènent gracieusement pour donner corps à cette relation : Ana Girardot n’en fait pas trop dans le registre de la femme battante, Nicolas Duvauchelle n’est jamais grotesque lorsqu’il s’agit de jouer un homme intellectuellement diminué et comme retombé en enfance. La cinéaste a, semble-t-il, voulu éliminer toute trace de pathos du logiciel de son film ainsi que toute fausse précaution par rapport à son sujet (le handicap et sa gestion au quotidien). Deux partis pris qui font tout le charme de Bonhomme.

Film français de Marion Vernoux. Avec Ana Girardot, Nicolas Duvauchelle, Béatrice Dalle (1 h 43). Sur le Web : www.ugcdistribution.fr/film/bonhomme



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Le film d’Anahita Ghazvinizadeh est la photographie subtile d’une famille américaine confrontée à la transition sexuelle d’un de ses enfants.
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« Il ou elle » : transgenre, pas de quoi en faire un drame

Le film d’Anahita Ghazvinizadeh est la photographie subtile d’une famille américaine confrontée à la transition sexuelle d’un de ses enfants.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h29
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Sur ce sujet à fort potentiel dramaturgique qu’est la transidentité, surtout à l’âge délicat de l’adolescence, la réalisatrice iranienne Anahita Ghazvinizadeh a choisi la voie périlleuse du (presque) non-récit. Son premier long-métrage, Il ou elle, se situe le temps d’un week-end dans une maison familiale en banlieue de Chicago. Il y a J., un adolescent né garçon qui se demande s’il veut devenir fille. Il a pris un traitement réversible qui bloque la puberté, ce qui lui donne un peu de temps pour faire son choix. Ses parents s’absentent et sa grande sœur Lauren (Nicole Coffineau) vient s’occuper de lui avec son compagnon Araz (Koohyar Hosseini), d’origine iranienne. Lauren est artiste et cherche sa place, tandis que son ami est d’une certaine manière en transit. Tous les trois sont en suspension et c’est ce moment de fragilité que la réalisatrice choisit de capter, banalisant, au bon sens du terme, l’enjeu de la transition sexuelle. Celle-ci est un moment de construction.
L’air de rien, Il ou elle est politiquement subversif. D’ailleurs, on ne dit pas « il » ou « elle » pour désigner J. (he ou she en anglais) mais they, un neutre pluriel utilisé dans les pays anglo-saxons. Cinématographiquement, Il ou elle est un film délicat comme le poème que se récite intérieurement J. Dans la vraie vie, le jeune acteur qui joue J., Rhys Fehrenbacher, suit le chemin inverse de son personnage : il est né fille et se projette comme garçon. Il a accepté le rôle comme un défi.
Apparences changeantes
On ne peut s’empêcher de confronter Il ou elle à un autre premier long-métrage sur le même sujet, Girl, du Flamand Lukas Dhont (qui sortira en salle le 10 octobre). Multiprimé lors de la 71e édition du Festival de Cannes – Caméra d’or, prix d’interprétation de la section Un certain regard pour le comédien Victor Polster, Queer Palm, prix Fipresci des critiques internationaux – Girl est bâti sur un scénario de choc. Un adolescent en pleine transition, Lara, 15 ans, visage d’ange et silhouette longiligne de ballerine, doit réussir le concours d’entrée dans un corps de ballet. Girl carbure au suspense quand Il ou elle se révèle chimiquement comme une photographie. Une photo de famille où chacun essaie d’avancer dans sa vie à un instant précis.

        Lire la critique :
         

          Avec « Girl », oubliez le garçon




        Lire le compte-rendu :
         

          « Girl », de Lukas Dhont, récompensé par la Queer Palm à Cannes



La réalisatrice iranienne a mis du temps à assembler les pièces de ce puzzle. Née à Téhéran en 1989, elle a étudié les beaux-arts en Iran ainsi qu’à l’université d’art de Chicago. Elle a suivi des ateliers de cinéma animés par Abbas Kiarostami, lesquels vont marquer, explique-t-elle, son cinéma. Elle a réalisé une trilogie de « courts » qui explorent l’univers de l’enfance, parmi lesquels Needle (2013) – premier prix de la Cinéfondation à Cannes en 2013 – où il est question d’une jeune fille qui veut se faire percer les oreilles. En filmant J. et ses apparences changeantes, au gré de ses humeurs, Anahita Ghazvinizadeh montre l’espace-temps de l’enfance comme un moment d’incertitude autorisé.

        Lire l’analyse :
         

          Les films « queer » se sont imposés sur la Croisette




Film américain et qatari d’Anahita Ghazvinizadeh. Avec Rhys Fehrenbacher, Koohyar Hosseini et Nicole Coffineau (1 h 20). Sur le Web : www.optimale-distribution.fr/movie/they, www.luxboxfilms.com/they et www.festival-cannes.com/fr/films/they



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Le premier long-métrage de Joya Thome mêle aventures enfantines et apprentissage du cinéma.
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« Reine d’un été » : jouer et s’ennuyer dans le Brandebourg

Le premier long-métrage de Joya Thome mêle aventures enfantines et apprentissage du cinéma.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 07h27
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Au moment où il faut remettre les enfants sur le chemin de l’école, on peut éventuellement leur proposer cette excursion dans le Brandebourg, sur les pas de Léa, une petite fille qui tarde à entrer dans l’adolescence pendant que ses camarades passent ce cap. Rebutée par les nouveaux hobbies de ses amies – reluquer les garçons, se préoccuper de sa mise –, Léa décide de tout faire pour se joindre à une bande de gars qui tente désespérément de trouver un peu d’aventure dans la campagne est-allemande.
Ennui palpable
Pour ce premier long-métrage, Joya Thome (fille de Rudolf Thome, lui-même cinéaste de renom) tente de mêler les figures classiques de la fiction enfantine et un apprentissage du cinéma. Les enfants essaient d’empêcher la maire du village d’expulser un sympathique marginal de sa ferme, ils s’imaginent que le chef des pompiers est un criminel. Les stratagèmes qu’ils mettent au point se retournent généralement contre eux, et le suspense retombe vite, ménageant de longues plages contemplatives.
La réalisatrice s’attache à extraire un peu de beauté de ces paysages ordinaires, à laisser filer le temps afin que l’ennui de ses personnages devienne palpable pour les jeunes spectateurs. Cette leçon aurait sans doute mieux porté si les personnages avaient été plus qu’esquissés, si les rebondissements du scénario n’avaient été aussi convenus. Heureusement, la brièveté du film compense en partie ces lacunes.

Film allemand de Joya Thome. Avec Lisa Moell, Denny Moritz Sonnenschein, Salim Fazzani (1 h 07). Sur le Web : www.lesfilmsdupreau.com/prog.php?code=rde



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ A Moulins, le Centre national du costume de scène présente des costumes créés dans des spectacles du monde entier.
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Exposition : les contes de fées sur leur trente et un

A Moulins, le Centre national du costume de scène présente des costumes créés dans des spectacles du monde entier.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 06h27
 • Mis à jour le
29.08.2018 à 08h17
    |

            Brigitte Salino (Moulins (Allier), envoyée spéciale)








                        



                                


                            

« Il n’y a pas que les petites filles qui rêvent d’être des princesses », dit Martine Kahane. « Contes de fées », l’exposition de rêve(s) dont elle est la commissaire, et qui est présentée au Centre national du costume de scène de Moulins, lui donne raison. En cette fin août, on y croise certes des petites filles et des petits garçons, souvent accompagnés de leurs grands-parents, mais aussi de nombreux adultes dont les yeux brillent de plaisir, et par moments aussi de nostalgie, en découvrant les merveilles présentées dans des salles que l’on parcourt comme les pièces d’une maison où reposeraient les souvenirs de Blanche-Neige, de Casse-Noisette, de la Belle et la Bête, de Cendrillon, et bien d’autres encore.
Ces costumes sont d’autant plus troublants que tout en eux appelle le corps vivant
Car ils sont nombreux à cueillir notre regard, derrière des vitres ou des tulles, flottant dans l’air ou posés sur le sol : pas loin de 150 costumes, d’autant plus troublants que tout en eux – alors qu’ils sont privés de bras, de jambes, et le plus souvent de têtes, sauf celles d’animaux – appelle le corps vivant. Prodige d’une soie, d’une laine ou de pierreries : vous voyez un petit gilet tricoté comme seule peut le faire une mère sans argent, et c’est Gretel qui aussitôt est là, devant vous. Vous croisez, stupéfait par la finesse de sa taille, un tutu d’or et de tulle, et une étoile danse : Claude Bessy dans La Belle au bois dormant revisitée par Serge Lifar. Et juste en face, une fée Carabosse, sortie d’une autre Belle au bois dormant, chorégraphiée cette fois par Noureev, vous ferait presque frémir : la texture de sa robe semble filée dans une toile d’araignée.
Revisiter la tradition
Comme tout est bien organisé, dans cette exposition, des bancs permettent de s’asseoir face aux vitrines, et l’on se sent alors comme dans une salle de spectacle face à la scène, à la différence que les spectacles sont ici ceux que l’on s’invente....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Chaque mercredi dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
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Des jeunes gens incandescents, une vieille étoile qui s’éteint : notre sélection cinéma

Chaque mercredi dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 06h26
 • Mis à jour le
29.08.2018 à 09h43
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Il y a comme un parfum d’automne dans ce soudain afflux de films présentés à Cannes (Burning, Guy et Sauvage) auxquels viennent se joindre le nouveau long-métrage de l’un des meilleurs documentaristes français, Nicolas Philibert, et un surprenant film indépendant américain. Les affaires reprennent, encore faut-il que les spectateurs reprennent le chemin des salles, qui sont restées bien vides cet été. Il y a au moins cinq bonnes raisons de le faire cette semaine.
« Burning » : trio incandescent dans une Corée de cendres

Lee Chang-dong, qui est resté huit ans sans tourner, depuis Poetry, signe avec Burning son film le plus abstrait, le plus étrange, le plus surprenant. Le plus beau aussi. Pour autant, il n’a rien lâché de cette acuité de regard qui fait de chacun de ses films une protestation cruelle contre les formes sourdes de barbarie qui caractérisent la société libérale avancée.
L’affaire se joue ici sur les braises d’un triolisme désynchronisé, entre une fille et deux garçons. La fille se nomme Haemi. Déliée, maniérée, fiévreuse. On la trouve au début du film en pom-pom girl aguichant les passants à l’entrée d’une galerie commerciale. C’est là qu’elle rencontre Jongsu, aussi jeune qu’elle, grand garçon de peu de mots à l’air perdu, cachant sous ses silences une sensibilité à fleur de peau.
Elle part pour plusieurs semaines en voyage en Afrique. A son retour, tandis qu’il l’attend à l’aéroport, une nouvelle donne se profile brutalement. Accompagnée d’un jeune homme désinvolte qui porte beau et qu’elle vient de rencontrer dans l’avion, Haemi choisit de repartir avec ce dernier, en Porsche Carrera, plutôt que dans l’utilitaire rouillé et délabré de Jongsu, qui s’incline sans broncher.
La beauté déchirante du film tient ici au sentiment soudain de la contiguïté entre ce qui unit et sépare les êtres. Le même constat nourrit la colère contre l’iniquité sociale, le règne des apparences, la société du simulacre. Autant de motifs qui font aussi de Burning un brûlot social, le film le plus inspirant de la rentrée. Jacques Mandelbaum
« Burning », film coréen de Lee Chang-dong. Avec Yoo Ah-in, Steven Yeun, Jeon Jong-seo (2 h 28).
La Cinémathèque française consacre une rétrospective à Lee Chang-dong, jusqu’au 2 septembre. Le réalisateur donnera une leçon de cinéma, toujours à la Cinémathèque, samedi 1er septembre après la projection de « Poetry » à 14 h 30.
« De chaque instant » : à l’école de la douleur

Même s’il ressemble parfois à l’étude d’une religion – les ablutions filmées lors de la première séquence, les gestes refaits sans fin comme pour un rituel –, le onzième long-métrage de Nicolas Philibert ne se préoccupe pas de l’au-delà. La veille permanente qu’évoque le titre est celle que doivent apprendre les élèves infirmières et infirmiers dans un centre de formation de l’hôpital de la Croix Saint-Simon, où le cinéaste a filmé pendant des mois.
Il faut voir dans la solennité qui empreint bien des séquences, dans la division en trois temps du film scandée par les vers de Bonnefoy (« que voir sinon qui s’obscurcit » puis « que désirer sinon qui meurt ») comme une célébration du métier qu’apprennent les jeunes gens que l’on voit à l’écran, un appel à les prendre au sérieux, à leur donner dans notre monde l’importance qu’ils y méritent.
Ce titre peut aussi s’interpréter comme un conseil – amical mais ferme – au spectateur. Philibert a réalisé un film presque sans personnages : de séquence en séquence, on a parfois le temps de deviner (ou plutôt d’imaginer) une personnalité, mais il ne s’agit pas de dessiner des portraits, ni même de suivre la trajectoire de telle ou tel de ces élèves, simplement de mettre en scène le processus collectif qui fera d’eux des infirmières, des infirmiers.
Après le musée de La Ville Louvre, l’école d’Etre et avoir, la ménagerie de Nénette ou La Maison de la radio, le centre de formation de la Croix Saint-Simon prend sa place dans l’atlas de Nicolas Philibert, qui recense ces lieux qui sont à la fois des éléments essentiels de notre société et des refuges qui lui permettent (ou devraient lui permettre) de réfléchir sur elle-même, de se donner les règles et les structures qui l’empêcheraient de basculer tout à fait dans la déraison. Thomas Sotinel
« De chaque instant », documentaire français de Nicolas Philibert (1 h 45).
Huit longs-métrages de Nicolas Philibert ressortiront en salle le 5 septembre : « La Ville Louvre » (1990), « Le Pays des sourds » (1993), « Un animal, des animaux » (1995), « La Moindre des choses » (1997), « Etre et avoir » (2002), « Retour en Normandie » (2007), « Nénette » (2010), « La Maison de la radio » (2013).
« Sauvage » : Léo, à corps perdu

Ce premier long-métrage de Camille Vidal-Naquet, descente vertigineuse dans le milieu de la prostitution masculine, résulte d’un travail de plusieurs mois, auprès des garçons du bois de Boulogne. Pas moyen de faire moins, de passer vite sur ces rencontres au gré desquelles s’élaborait le scénario. Sauvage témoigne de cette immersion, dans la restitution hyperréaliste des situations et des faits, caméra à l’épaule, plans rapprochés sur les corps malades et maltraités : des partis pris qui assurent la volonté du réalisateur de transmettre, voire de partager, les effets et les sentiments qui l’ont lui-même agité.
Le passeur de l’histoire s’appelle Léo, 22 ans, gueule cabossée par une vie de chien errant ingérant du crack et de l’alcool, bouffant n’importe quoi, dormant sur les trottoirs ou dans le bois périphérique de la ville où, la journée, il enchaîne les passes.
Présenté à Cannes (Semaine de la critique), Sauvage avait dirigé toute l’attention sur Félix Maritaud. Le jeune acteur apporte à Sauvage une incandescence qui met l’image à vif et retient le film au bord de l’abîme, sans l’y plonger. A l’inverse de J’embrasse pas, d’André Téchiné (1991), Sauvage ne s’expose à aucune notion de fatalité. Le versant lumineux de Léo – qui, lui, embrasse – servant de bouclier à cet écueil. Véronique Cauhapé
« Sauvage », film français de Camille Vidal-Naquet. Avec Félix Maritaud, Eric Bernard, Nicolas Diblas (1 h 39).
« Guy » : le crépuscule d’une étoile

Logiquement, la ligue des acteurs septuagénaires devrait mettre un contrat sur la tête d’Alex Lutz, 40 ans, qui vient leur ôter le pain de la bouche avec une impudente réussite. D’autant qu’il est peu probable que le réalisateur et coscénariste de Guy ait procédé à des auditions pour le rôle-titre de son premier long-métrage, Guy Jamet, 74 ans, un chanteur de variétés françaises. On trouvera toutefois comme circonstance atténuante à ce formidable égoïsme la cohérence d’un geste unique, qui va de l’écriture au jeu d’acteur, en passant par la mise en scène.
Guy Jamet est encore bel homme ; il se flatte de n’avoir pas perdu ses cheveux mais son l’élocution un peu empâtée trahit un récent accident vasculaire. Il vit dans un cabanon de luxe en Provence avec sa femme, Sophie Ravel (Pascale Arbillot), actrice de télévision férue d’astrologie canine, et ses chevaux. Il vient de réenregistrer les tubes inégalement répartis sur un demi-siècle de carrière sur des arrangements vaguement country et sillonne la France avec un orchestre de jeunes gens qui semblent parfois s’ennuyer à jouer sa musique.
On ne sait ce qu’il faut le plus admirer : la justesse des pastiches, la sobriété avec laquelle Lutz recourt aux documents d’époque – scopitone, extraits d’émissions de variétés – ou, sur un registre plus ambitieux, sa tentative de saisir, avant qu’elle ne disparaisse, une certaine manière d’être un homme. T. S.
« Guy », film français de et avec Alex Lutz. Avec Tom Dingler, Pascale Arbillot, Elodie Bouchez, Dany, Nicole Calfan (1 h 41).
« Sollers Point » : Baltimore, l’archéologie de la violence

Tout d’abord, on a peur de se retrouver face à un énième « portrait à fleur de peau », celui d’un jeune proscrit, aspirant à « un nouveau départ », mais vite « rattrapé par son passé », comme le cinéma indépendant américain en a tant produit. Pourtant, le film se révèle tout autre : Matthew Porterfield parvient à transcender un sujet rebattu en l’ouvrant à une géographie complexe, à la fois urbaine et affective, qui contourne les lieux communs et les passages obligés.
Sollers Point ne désigne pas autre chose qu’un lieu. Un quartier afro-américain de Baltimore, ravagé par la désindustrialisation, où revient un jeune homme à sa sortie de prison. A la pente tragique attendue, le film privilégie une approche « horizontale » plus surprenante. Le véritable objet de la mise en scène est donc la topographie de ce quartier et, plus largement, celle de Baltimore, ville dont Matthew Porterfield est originaire et sur laquelle il conclut ici une trilogie, commencée avec Putty Hill (2010) et I Used to Be Darker (2013).
En emboîtant les allées et venues de son protagoniste, il dresse un inventaire poétique d’espaces, d’installations urbaines – avenues, ponts, habitations, carrefours, arrêts de bus. La géographie urbaine s’inscrit alors à l’écran comme une singulière « archéologie de la violence » qui contient aussi, à chaque coin de rue, autant d’échappatoires pour prendre la tangente. Mathieu Macheret
« Sollers Point », film américain et français de Matthew Porterfield. Avec McCaul Lombardi, Jim Belushi, Zazie Beetz (1 h 41).

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 29 août)
Burning, film coréen de Lee Chang-dong (à ne pas manquer)De chaque instant, documentaire français de Nicolas Philibert (à ne pas manquer)Sauvage, film français de Camille Vidal-Naquet (à ne pas manquer)Bonhomme, film français de Marion Vernoux (à voir)Guy, film français de et avec Alex Lutz (à voir)Il ou elle, film américain et qatari d’Anahita Ghazvinizadeh (à voir)Sollers Point, film américain et français de Matthew Porterfield (à voir)22 Miles, film américain de Peter Berg (pourquoi pas)Reine d’un été, film allemand de Joya Thome (pourquoi pas)Miracle à Santa Anna (2008), film américain et italien de Spike Lee (inédit)
A l’affiche également :
Braqueurs d’élite, film allemand et français de Steven QualeBreaking In, film américain de James McTeigueKin : le commencement, film américain de Jonathan et Josh Baker





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ L’ancienne « princesse de la pop » s’est produite, mardi, à Paris, sept ans après son précédent passage.
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Britney Spears s’offre un flash-back en play-back

L’ancienne « princesse de la pop » s’est produite, mardi, à Paris, sept ans après son précédent passage.



LE MONDE
 |    29.08.2018 à 06h17
 • Mis à jour le
29.08.2018 à 11h23
    |

            Bruno Lesprit








                        



   


« Non mais heureusement qu’elle chante en play-back, parce qu’elle a vraiment une voix horrible ! » Même les fans, à commencer par cette jeune femme qui a assisté pour la première fois à un concert de Britney Spears quand elle avait 14 ans, ne se font pas la moindre illusion sur la réalité de la performance vocale de la chanteuse américaine, après le premier de ses deux concerts à l’AccorHotels Arena (ex-Palais omnisports de Paris-Bercy), mardi 28 août.
Il est vrai que son timbre – un cri perçant – était ­extrêmement désagréable quand il a résonné lors de ses rares adresses au public, les seules fois où l’on avait la cer­titude d’entendre sa voix en direct. Notamment pour saluer « Paaariiis ! » Ce soir-là, elle savait au moins où elle chantait, cela n’a pas toujours été le cas.
Le sujet du play-back a fait l’objet d’une polémique depuis les débuts de Piece of Me, un show que Britney Spears a présenté pendant quatre saisons, depuis la fin 2013, en résidence à Las Vegas (Nevada), et décliné dans une version appauvrie pour les besoins d’une tournée internationale. La voix lead est doublée, triplée, quadruplée – sans évoquer les effets pour la booster – alors que seule la star est équipée d’un micro. Aucun souffle n’est audible alors qu’elle passe son temps à gigoter. L’accusée a fini par admettre qu’il s’agissait d’un « mélange de [sa] voix et de play-back ».

Britney Spears exerce un pouvoir de fascination intact parce qu’elle a réchappé à tout
Dans ce métier, ce subterfuge garantit d’ordinaire la honte, qui peut ruiner une carrière. Impossible que pareille mésaventure advienne à l’ex-« princesse de la pop », descendante du « roi » Michael Jackson et de la « reine » ­Madonna, qui eurent, eux aussi, recours au play-back sous les ­contraintes chorégraphiques. C’est que Britney Spears exerce un pouvoir de fascination intact parce qu’elle a réchappé à tout : les émissions du Mickey Mouse Club qui l’ont fait connaître, les paparazzis, l’hôpital psychiatrique et la cure de désintoxication, la mise sous tutelle, les moqueries sur les réseaux sociaux.

        Lire l’enquête :
         

          Les divas sont mortes, vive les divas !



Plus borderline qu’elle dans le star-system américain de la chanson, il faut remonter à Michael Jackson et, auparavant, à Elvis. Comme Presley, elle vient du Sud baptiste, est taraudée entre concupiscence et conservatisme moral. Comme lui, elle a choisi de se protéger de la célébrité en optant à un âge précoce pour le confort de Las Vegas, traditionnellement un circuit pour les préretraités.
Son entrée en scène en body noir et bottes de dominatrice sur Work Bitch (un manifeste) produit son effet. Gradins debout et hurlements de jeunes adultes pour accueillir l’ancienne impératrice de la teen pop – en l’absence d’adolescents, probablement plus nombreux aux concerts des Rolling Stones. L’attente fut longue puisque son dernier passage en France remontait à octobre 2011. Il faut dire aussi qu’un faire-valoir officiait en première partie : il a fallu endurer la dance latino de Pitbull (ambianceur de Miami), envoyée par un informaticien et illustrée par six gogo girls dont les interventions se réduisent à secouer sans relâche leur postérieur.

Six passages au vestiaire
Après un tel assaut de vulgarité, Britney ne pouvait qu’irradier. Elle, au moins, paie quatre musiciens (guitare, basse, batterie, claviers), même si elle les relègue dans l’obscurité, et pas moins de douze danseuses et danseurs. Les chorégraphies ne brillent malheureusement pas par leur singularité, à peine dignes d’une cérémonie d’ouverture de Coupe du monde. Débarrassée du chant, la maîtresse de cérémonie tente de transformer l’enceinte en night-club, en répétant rapidement les mêmes gestes de pom-pom girl, comme une poupée mécanique. Le premier de ses six passages au vestiaire fait monter la température pendant que ses danseurs s’affublent de longues capes noires et que volent sur l’écran des oiseaux de malheur hitchcockiens. Elle réapparaît dans une improbable tenue arachnéenne pour un medley… Baby One More Time/Oops ! I Did It Again, deux tubes si bien ficelés qu’ils défient le temps.

Ce qui sauve son show est, en effet, le répertoire, le meilleur dans sa catégorie, une dance-pop mâtinée de R’n’B, généralement ­concoctée par des cadors de ces deux genres, qui peuvent s’associer à cinq par chanson. A 36 ans, elle néglige déjà son dernier album, Glory (2016), pour s’adonner au flash-back, de Gimme More en I’m a Slave 4 U, de Circus (avec redingote de dresseuse de fauves) en Toxic. Livrée dans un décor de jungle aux plantes carnivores, cette œuvre associant cordes ­bollywoodiennes et guitare surf reste un des plus addictifs singles de la décennie 2000.

Britney Spears, AccorHotels Arena, Paris 12e, mercredi 29 août, de 67,50 € à 95 €. www.britneyspears.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ A Thiré, en Vendée, chez William Christie, jardins et musique baroque font bon ménage.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le chanteur irlandais, qui commence une tournée continentale, estime qu’il est urgent de défendre l’Union européenne.
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Article sélectionné dans La Matinale du 28/08/2018
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Bono : « L’Europe ne doit pas seulement avoir une tête, mais aussi un cœur qui bat »

Dans une tribune au « Monde », le chanteur irlandais, qui commence une tournée continentale, estime qu’il est urgent de défendre l’Union européenne.



LE MONDE
 |    28.08.2018 à 19h24
 • Mis à jour le
29.08.2018 à 08h41
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Bono (Chanteur)







                        



                                


                            
Tribune. Un groupe de rock est au meilleur de son art lorsqu’il transgresse les limites de ce que l’on considère être le bon goût, lorsqu’il choque et qu’il crée la surprise. C’est dans cet élan que U2 entame sa tournée européenne cette semaine à Berlin, avant de retrouver Paris, début septembre. Nous avons décidé de réveiller les consciences et de réaffirmer une idée ambitieuse à laquelle nous croyons : notre Europe. Pendant le concert, nous déploierons un grand drapeau bleu vif, celui de l’Union européenne (UE).
Je me mets à la place du public qui vient assister à un concert de rock : voir un drapeau européen s’agiter devant ses yeux doit sembler perturbant ou même ennuyeux, au mieux s’apparenter à une référence un peu kitsch au concours de l’Eurovision.
L’Europe est un théâtre où se jouent de puissantes émotions
Pour certains d’entre nous, c’est devenu un acte de revendication. Pendant longtemps, l’Europe nous a profondément ennuyés. Aujourd’hui, elle cristallise des tensions et des débats passionnés.
L’Europe est un théâtre où se jouent de puissantes émotions, une arène où s’affrontent des forces opposées souhaitant forger une certaine vision de notre avenir. Je dis « notre » avenir, car nous ne pouvons pas le nier : nous sommes tous sur le même bateau, naviguant sur des mers agitées, dans des conditions climatiques houleuses, et tout cela du fait de la montée du populisme et des extrêmes à travers le continent.
Il n’a jamais existé de meilleur endroit où naître
Par les temps qui courent, il est devenu difficile de susciter un désir d’Europe chez les Européens eux-mêmes. Pourtant, il n’a jamais existé de meilleur endroit où naître que dans l’Europe de ces cinquante dernières années.
Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour accéder à une meilleure répartition des richesses et des fruits de notre prospérité. Cela étant, les Européens jouissent d’un meilleur accès à l’éducation, d’une meilleure protection...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Le photographe britannique Thurstan Redding a saisi l’esprit communautaire et la convivialité de Castle Village, maison de retraite pour privilégiés située au nord-ouest de Londres. C’est là qu’il voudrait voir ses parents finir leurs jours.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ 