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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Le photographe britannique Thurstan Redding a saisi l’esprit communautaire et la convivialité de Castle Village, maison de retraite pour privilégiés située au nord-ouest de Londres. C’est là qu’il voudrait voir ses parents finir leurs jours.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Pixels a testé la Famicom Mini Shônen Jump, réédition d’une console japonaise 8-bits de Nintendo et de vingt jeux d’époque, dédiés à des dessins animés de l’ère « Club Dorothée ».
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« Olive & Tom », « Dragon Ball »… Réédition de jeux vidéo adaptés des mangas des années 1980

Pixels a testé la Famicom Mini Shônen Jump, réédition d’une console japonaise 8-bits de Nintendo et de vingt jeux d’époque, dédiés à des dessins animés de l’ère « Club Dorothée ».





LE MONDE
 |    28.08.2018 à 14h01
 • Mis à jour le
28.08.2018 à 14h32
    |

            William Audureau






   


« Marty, prépare la DeLorean, nous repartons dans le passé ! (Et prends aussi ton passeport, on va au Japon). » Mi-juillet, Nintendo a commercialisé au pays de Tezuka la Nintendo Classic Mini Family Computer Shûkan Shonen Jump, ou Famicom Mini Jump pour les intimes, une machine au design des années 1980, intégrant vingt adaptations d’époque de dessins animés en jeux vidéo 8-bits.
Côté japonais, cette sortie commémore les 50 ans du Weekly Shonen Jump, magazine de prépublication culte au Japon, qui est à l’origine de la plupart des licences plus tard diffusées sur la Cinq et dans le Club Dorothée. Olive & Tom, Les Chevaliers du Zodiaque, Dragon Ball, Ken le survivant ou encore Muscle Man… Des franchises parmi les plus iconiques de la célèbre émission de jeunesse de l’époque sont ici jouables, déclinées en onze jeux différents, la plupart inédits en France.

        Rétrospective :
         

          « Weekly Shonen Jump », la machine à hits du manga



A ces onze-là s’ajoutent des titres plus confidentiels, comme le premier épisode de la série Dragon Quest (qui a inspiré le manga et dessin animé Fly) ; ainsi que les jeux inspirés de Talulu le magicien et Racaille Blues (deux mangas traduits à partir de 2002). Les autres productions sont encore plus obscures, car totalement inédites chez nous, comme les aventures du lycée privé de Sakigake !! Otokojuku, l’épopée militaire chinoise de Tenchi wo Kurau ou les histoires entre archéologie, surnaturel et horreur de Ankoku Shinwa.
Bip-bip, pixels saturés et univers fantaisistes
Dès la console allumée, la machine à voyager dans le temps et l’espace nous ramène à cette décennie de bip-bip entraînants, de pixels haut en couleur et d’univers fantaisistes. Evidemment, on y cherchera, en vain, les génériques français d’époque de Bernard Minet, mais les amateurs de version originale reconnaîtront avec plaisir les thèmes principaux de Captain Tsubasa (nom original d’Olive & Tom), « Moete Hero » ; de Dragon Ball, « Mashafushigi Adventure » ; et surtout l’inénarrable « Pegasus no Fantasy » de Saint Seiya (Les Chevaliers du Zodiaque), qui chaque fois qu’on l’écoute, donne envie d’envahir le temple du Taureau. En version chiptune – de la musique 8-bits, cela va de soi.

Les nostalgiques français de la NES retrouveront même en VO deux jeux qu’ils sont susceptibles d’avoir connu : Dragon Ball : le secret du dragon et Les Chevaliers du Zodiaque : la légende d’or. Ces deux titres ont, à l’époque, été commercialisés dans l’Hexagone, et même, fait rare, entièrement traduits dans la langue de Goscinny. Bandai était alors à la fois le distributeur officiel français de la NES et l’ayant droit de ces licences en jeux vidéo, et faisait tout pour les favoriser commercialement.
Mais le temps aux plus belles choses se plaît à faire un affront, et il a su faner nos skills en recherche de boules de dragon. On a ainsi vu un émérite collègue, d’ordinaire prompt à défendre les productions élitistes, se casser les dents contre le premier boss de Dragon Ball après avoir prétendu l’avoir fini dans une autre vie. La vieillesse est un naufrage, surtout manette en main.
Références nazies, gore et Monopoly
Mais l’intérêt de cette Famicom Mini Jump réside surtout dans la découverte des jeux inédits. Il y en a de plusieurs sortes. Certains auraient mérité de sortir chez nous, comme le premier Kinnikuman (Muscle Man en VF), sympathique petit jeu de catch avec jauges de vie, personnages loufoques et coups de pied planés des familles – accessoirement seul titre jouable à deux en même temps de cette compilation.

Il aurait pu voir le jour en France si le dessin animé n’avait pas été déprogrammé – la faute à la présence d’un personnage fictif de catcheur nazi pas franchement apprécié du CSA. Sa suite Kinnikuman : Kinniku-sei Ōi Sōdatsusen n’a pas eu plus de chance, pas plus que Hokuto no Ken (titre original de Ken le Survivant). Mais il y a moins lieu de les pleurer : il s’agit de banals jeux de castagne absurdement difficiles et répétitifs, dont l’unique originalité consiste, dans le second, à faire imploser les ennemis en lambeaux sanguinolents. Pouce rouge de Bandai.
Le plus étonnant, ce sont encore les concepts inattendus qui sont appliqués à certaines licences. Du combat dans « DBZ » ? Du football en temps réel dans Olive & Tom ? Que nenni. Dragon Ball : Daimaō Fukkatsu et Dragon Ball Z : Kyôshū ! Saiyan, consacrés aux arcs Piccolo et Vegeta, sont des jeux d’aventure au tour par tour avec des déplacements en case par case, façon Monopoly, et un système de combats par cartes guère excitant ni intuitif.
Quant à Captain Tsubasa et Captain Tsubasa II : Super Strike, ils mettent en scène des matchs de football très fidèles dans l’esprit à ceux du dessin animé, mais au tour par tour, façon jeu de rôle. Atypique et plus prenant qu’on le croirait, mais trop dissuasif pour les enfants français des années 1980, semblait-il, aux yeux des décideurs.

Un angle mort de l’histoire du jeu vidéo
D’une manière générale, là où la plupart des licences de mangas sont de nos jours traduites en jeux de combat – comme Dragon Ball Fighter Z, Jump Force ou encore Naruto to Boruto : Shinobi Striker –, à l’époque, le genre n’est pas encore développé. On ne compte que trois titres où le joueur avance à coups de poing, et aucun basé sur des face-à-face martiaux : Street Fighter II, le jeu qui lancera la mode en 1991, n’est tout simplement pas encore passé par là.

Le genre alors surreprésenté est celui du jeu de rôle, registre qui semble alors obséder les développeurs japonais. Importé en 1981 avec Wizardry et Ultima, deux productions anglo-saxonnes à l’influence majeure sur l’archipel, le genre décolle véritablement en 1986, grâce à l’arrivée des disquettes sur Famicom. Celles-ci permettent de stocker et d’afficher des idéogrammes complexes et d’enregistrer une partie en cours. Un boulevard s’ouvre pour les jeux narratifs et les aventures de longue haleine.
Dans le même temps, Weekly Shonen Jump, magazine-phare avec son tirage de plus de trois millions d’exemplaires, mandate son dessinateur star Akira Toriyama et son chroniqueur jeu vidéo, Yuji Horii, pour créer un jeu de rôle « typé manga ». Ce sera Dragon Quest, jeu phénomène qui lance la mode et le savoir-faire japonais.
Outre le tout premier Final Fantasy, il inspire de nombreuses adaptations de dessins animés en jeu vidéo, comme plusieurs Ken le Survivant, Olive & Tom et Chevaliers du Zodiaque présents dans cette compilation. En tout, onze des vingt jeux de la Famicom Mini Jump sont des jeux de rôle. Un genre bavard et complexe, quasi hermétique si on ne maîtrise pas la langue, et longtemps jugé inexportable. Il faudra attendre 1997 et le succès international de Final Fantasy VII pour que le très grand public français découvre le savoir-faire nippon en la matière.

Un rêve d’autrefois
Avec son packaging au format d’un authentique Weekly Shonen Jump des années 1980, la Famicom Mini Jump est donc un magnifique cadeau, mais pour collectionneur, archéologue du jeu vidéo, ou étudiant en deuxième année de japonais.

   


Pris pour eux-mêmes, à l’exception de Kinnikuman : Muscle Tag Match et des adaptations d’Olive & Tom avec quelques notions rudimentaires de japonais, la plupart des titres sont difficiles à jouer, la faute à la barrière de la langue autant qu’à des mécaniques de jeu vieillies, certains concepts contre-intuitifs et une difficulté aride.
De passage devant le téléviseur, un confrère, né après 1993, nous a fait cette remarque très juste : « Les joueurs de l’époque sont des héros. Ils ont accepté de jouer à ça, pour qu’on ait les bons jeux que l’on a aujourd’hui. » Factuellement, c’est exact : la Famicom Mini Jump est une console de héros. Autant que les joueurs en soient un peu aussi.
La machine, miniature, ultralégère et dorée, rappelle, par ailleurs, en de nombreux points la NES Mini, dont elle est la cousine, mais avec un design inédit en France. De ce point de vue, elle le charme de cet exotisme mâtiné d’élitisme des pages import des magazines de jeux vidéo d’antan, à la différence qu’il n’est pas exagérément compliqué de se la procurer ou de la brancher. Elle se trouve aisément en ligne ou dans les boutiques d’import, tourne parfaitement sur une télévision française et fonctionne avec n’importe quel bloc d’alimentation de smartphone. Et ça, c’était inespéré à l’époque.




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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Aux Invalides, le Musée de l’Ordre de la Libération retrace l’épopée du couple d’archéologues à Begram, en Afghanistan.
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Exposition : Ria et Joseph Hackin, découvreurs de l’Alexandrie du Caucase

Aux Invalides, le Musée de l’Ordre de la Libération retrace l’épopée du couple d’archéologues à Begram, en Afghanistan.



LE MONDE
 |    28.08.2018 à 12h27
    |

            Florence Evin








                        



   


Aux Invalides, à Paris, une exposition passionnante du Musée de l’Ordre de la Libération met en scène les travaux de Joseph Hackin et Marie, dite Ria, sa femme, découvreurs, en Afghanistan, de Begram, l’Alexandrie du Caucase, située à cent kilomètres au nord-est de Kaboul – l’une des dizaines de villes fondées par Alexandre Le Grand en route vers l’Inde, au IVe siècle avant notre ère.
Fils de cocher, Joseph Hackin (1886-1941) est l’une des grandes figures de l’archéologie orientale. Il met au jour les trésors enfouis aux pieds des sommets vertigineux de l’Hindoukouch. Luxembourgeois naturalisé français, diplômé de sciences politiques à 20 ans, Hackin se passionne pour l’Asie, devient le secrétaire d’Emile Guimet, dans le musée éponyme de l’industriel lyonnais, et étudie la philologie, le sanscrit et le tibétain à l’Ecole pratique des hautes études. Nommé conservateur-adjoint à Guimet, il rejoint l’Afghanistan à l’appel d’Alfred Foucher, directeur de la toute nouvelle Délégation archéologique française en Afghanistan (DAFA), créée en 1922 à la demande du roi Amanullah, et auquel il succède.

   


Lors de campagnes de fouilles successives (1924-1940), il explore le site bouddhiste de Bamiyan, ses monastères et grottes creusés par centaines dans la falaise sur un kilomètre de long, avec l’aide de l’architecte Jean Carl et de Ria. Les dessins et aquarelles d’Alexandre Iacovleff, qui est à leurs côtés, demeurent les rares preuves des décors disparus, comme les relevés des grands bouddhas détruits à l’explosif en 2001 par les talibans. Sur les peintures murales se lit le subtil mélange des codes et palettes des arts indien, sassanide et romain d’Orient, dans une exhubérance sensuelle.
Un énigmatique trésor
Ouvrant l’exposition, la carte de l’Afghanistan dessine le chaos de montagnes irriguées de voies d’eau, au carrefour entre la Chine, l’Inde, l’Iran et l’Asie centrale ; une contrée que les grandes puissances n’ont cessé de convoiter pour ses richesses minières – lapis lazuli, or, émeraude, terres rares, cuivre… (Le Monde, Grand format, Mes Aynak, 11 mai 2017). Les lettres, manuscrits et carnets de fouilles, de la petite écriture régulière de Joseph Hackin, complètent les films et photos pris par Ria et projetés dans l’exposition. Equipée d’un appareil Rolleiflex et d’une caméra, elle s’intéresse à la vie locale, aux populations dont elle est proche, relevant les légendes et contes dont elle fait un recueil.

        Voir le grand format :
         

          Vus d’un drone, les trésors de Mes Aynak, en Afghanistan




   


C’est à Ria qu’est confiée la gestion du chantier de fouilles de Begram (1937-1939) dont elle exhume un énigmatique trésor. « Deux pièces étaient remplies de plusieurs centaines d’objets en verrerie provenant d’Alexandrie ou de Syrie, dont une représentation du phare d’Alexandrie –le meilleur document existant –, et un poisson en verre (Ier-IIe siècles), raconte Philippe Marquis, actuel directeur de la DAFA. Mais aussi, par milliers, des petits portraits de divinités ou donateurs, d’une facture délicate en argile polychrome, d’influence indienne, recouvertes de feuilles d’or pour les bouddhas. Et des milliers de petites pièces d’ivoire, des placages de meubles finement ciselés, une production indienne du Ier siècle dont on n’a aucune trace en Inde aujourd’hui ». Des objets prêtés la plupart par le Musée national des arts asiatiques Guimet (MNAAG).
En 1940, Ria et Joseph Hackin répondent à l’appel du général de Gaulle et rejoignent la France libre. Chargé d’une mission diplomatique en Inde, en Asie et au Moyen Orient, Joseph embarque en février 1941 avec Ria à Liverpool. Ce sera leur dernière mission, le steamer Jonathan Holt est torpillé par les Allemands au large des îles Féroé.
« De l’Asie à la France libre. Joseph et Marie Hackin, archéologues et compagnons de la Libération ». Musée de l’Ordre de la Libération, Hôtel des Invalides, place Vauban, Paris 7e. Tous les jours de 10 heures à 18 heures. Entrée de 10 € à 12 €. Jusqu’au 16 septembre. www.ordredelaliberation.fr



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Pour sa 20e édition, le festival itinérant de la Drôme a proposé un programme féminin.
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Parfum de jazz : Marion Rampal et Archie Shepp, l’art de finir en beauté

Pour sa 20e édition, le festival itinérant de la Drôme a proposé un programme féminin.



LE MONDE
 |    28.08.2018 à 12h03
    |

                            Francis Marmande (Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme)








                        



   


Pour sa 20e édition, du 12 au 25 août, le festival itinérant Parfum de jazz s’est donné, première en France et probablement en Europe, un programme délibérément féminin : Ladies in Jazz. Dans quinze communes des Baronnies, du Tricastin et de la Drôme provençale (Buis-les-Baronnies, Pierrelatte, Saint-Paul-Trois-Châteaux…), des concerts gratuits sur les places de villages, des soirées de prestige aux prix très étudiés, une équipe de bénévoles particulièrement engagés, et Alain Brunet pour président, soit une personnalité peu commune.
Né en 1947, trompettiste reconnu, Alain Brunet a été ce qu’on appelle « un grand serviteur de l’Etat » : inspecteur de l’enseignement, sous-préfet, chef de cabinet de Jack Lang lorsqu’il était ministre de la culture et de l’éducation nationale, il a fait valoir ses droits à la retraite en mars 2012. Sans jamais ou presque (l’époque Lang) lâcher la trompette que son père lui avait remise.
Sur scène ou sur disques, il a côtoyé de grands musiciens – Manuel Villarroel, Daniel Humair, Henri Texier, René Urtreger, Didier Lockwood, Olivier Hutman, Michel Legrand –, et prépare un nouveau CD avec le groupe Akpé Motion. Créateur du département jazz du conservatoire de Romans, il dirige, jusqu’en 1984, le grand orchestre de la Drôme avec, au piano, Michel Petrucciani.
Premier rôle pour les femmes
Cette 20e édition de Parfum de jazz lui doit beaucoup de souffle. Tous les festivals, signe des temps, font valoir la présence des musiciennes et chanteuses dans leurs programmes. Parfum de jazz leur donne le premier rôle. Entre Billie For Ever, film de Frank Cassenti, et les propos de Jean-Paul Boutellier, inventeur de Jazz à Vienne, collectionneur très écouté.
Sur scène, Julie Saury (batteuse), Céline Bonacina (baryton sax), Sylvia Howard, Michele Hendricks, Lisa Simone, Camille Bertault (voix), Airelle Besson (trompette), Géraldine Laurent (ténor sax). Plus Rhoda Scott et son Lady Quartet avec Sophie Alour et Lisa Cat-Berro (sax).
Final impressionnant, le samedi 25 août, avec repli (le mistral, toutes joues gonflées) dans la salle polyvalente de Saint-Paul-Trois-Châteaux, parfaitement équipée (acoustique, lumières). Chanteuse clef des représentations de l’album Attica Blues, Marion Rampal invite à son tour le compositeur et conducteur de l’œuvre : M. Archie Shepp.
Marion Rampal, à la forte présence en scène, offre la preuve d’un vrai style poétique
Marion Rampal, à la forte présence en scène, offre dans ses premières chansons la preuve d’un vrai style : poétique, thématique et porté par ses rencontres musicales (Afrique, New York, La Nouvelle-Orléans). Son album Main Blue (2016, L’Autre Distribution) en témoigne.
Aux claviers – mélodica compris, lors de l’évocation de la musique cajun, Pierre-François Blanchard ; et à la batterie, la formidable Anne Paceo, devenue musicienne par pur amour du jazz, et douée d’une technique de big band. Swing et force de frappe inclus. Sourire de la joie de jouer, chignon très classe et lunettes toute rondes, elle est l’une des musiciennes les plus demandées. On peut comprendre.
Archie Shepp en « sideman »
Après cette très convaincante première partie, entrée de l’impeccable autant que modeste Darryl Hall (contrebasse), et du prince de la soirée, Archie Shepp. Lequel glisse malicieusement : « J’adore être sideman, c’est beaucoup plus reposant que leader, j’avais oublié ces sensations… » Marion Rampal reprend les compositions de son sideman de luxe à Saint-Paul : pour sa mère, sa grand-mère (Mama Rose), Revolution, et cet hymne féministe sidérant, Blasé, enregistré par Jeanne Lee en 1969.
Dramaturge, poète, musicien, mais cela on le sait, Shepp joue avec une économie de gestes et de moyens parfaitement contrôlée. Ses présentations de « chansons », avec rappel historique minimaliste et usage parfait des silences, devraient inspirer les jeunes musiciens souvent patauds dans l’exercice.
Au sommet de son art, auquel il adapte génialement son âge, Shepp se laisse désormais inviter par les musiciennes qu’il a mises en piste. Excellent signe d’avenir. La première partie assurée par Marion Rampal en trio est un carnet de notes aux accents baladeurs et canailles. Avec Shepp (et Darryl Hall qui, avec sa carrière, remercie les jeunes musiciennes et s’excuse de quelques approximations…), la deuxième est d’une force impressionnante : la puissance du blues, la présence de cette plainte non plaintive, de la voix et des contrechants bouleversants de Shepp. Ravivées par le succès d’Attica Blues et les mises à jour de Marion Rampal, ses compositions sonnent avec une actualité poignante.

Sur le Web : www.parfumdejazz.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Dans un entretien au « Monde », la présidente d’Arte France, Véronique Cayla, juge nécessaire de ne plus se focaliser sur l’antenne.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
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« Arte n’est plus dans le carcan du menu obligatoire »

Dans un entretien au « Monde », la présidente d’Arte France, Véronique Cayla, juge nécessaire de ne plus se focaliser sur l’antenne.



LE MONDE
 |    28.08.2018 à 11h46
    |

            François Bougon








                        



                                


                            

La chaîne Arte a un pied en France, l’autre en Allemagne. Une position particulière qui l’a très vite mise sur les rails de l’innovation (webdocumentaires, radio, podcasts…). Ses audiences modestes, tout comme son budget (279,50 millions d’euros en 2018), l’ont poussée à chercher des publics sur d’autres supports que l’antenne. A l’heure de la réforme de l’audiovisuel public, elle apparaît comme une pionnière. Sa présidente, Véronique Cayla, qui achèvera son deuxième mandat de cinq ans en avril 2021, expose ses ambitions européennes et ses projets pour la jeunesse.
Pourquoi Arte s’est-elle intéressée si tôt au numérique ?
« Pour compenser nos petites audiences, nous disséminons nos programmes sur tous les supports de diffusion possibles »   
Nous avons été les premiers à nous intéresser à la télévision de rattrapage, car les documentaires, qui constituent plus de 50 % de notre programmation, sont de nature à être vus et revus. Puis, nous avons développé successivement la webproduction, une radio, des podcasts, la réalité virtuelle, des jeux vidéo… Nous nous intéressons à tout ce qui est en marge de la télévision classique. Pour compenser nos petites audiences, nous avons mené une politique d’« hyperdistribution » : nous disséminons nos programmes sur tous les supports de diffusion possibles. Nous n’adhérons pas au slogan du rajeunissement de l’antenne. Il faut plutôt aller chercher les jeunes sur les supports qu’ils fréquentent. C’est pourquoi nous avons développé la délinéarisation : Arte Europe – disponible en six langues (allemand, français, espagnol, anglais, polonais et italien) – est uniquement sur Internet. C’est la télévision de demain. Bref, nous sommes un média « déchaîné » qui n’est plus dans le carcan d’un menu obligatoire.
Que devient alors l’antenne ?
Près de 80 % de notre audience nous découvrent encore par ce biais. Ce rapport va s’inverser, mais l’antenne sera toujours nécessaire...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Le réalisateur sud-coréen explique la genèse de « Burning » et son choix d’un lieu de tournage proche de la frontière.
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Lee Chang-dong : « La partition de la Corée est tapie au fond de notre vie »

Le réalisateur sud-coréen explique la genèse de « Burning » et son choix d’un lieu de tournage proche de la frontière.



LE MONDE
 |    28.08.2018 à 07h46
 • Mis à jour le
28.08.2018 à 16h56
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

Lee Chang-dong, 64 ans, a laissé passer huit années entre Poetry, présenté à Cannes en 2010, et Burning. Le réalisateur n’a jamais été prolifique : Burning n’est que son sixième long-métrage depuis Green Fish, en 1997. Les cinq ans séparant ­Oasis (2002) et Secret Sunshine (2007) avaient en partie été occupés par deux ans comme ministre de la culture de Corée du Sud.

Reste-t-on un cinéaste lors de périodes où l’on s’arrête aussi longtemps de faire des films ?
C’est comme les écrivains : même quand ils ne font rien, ils continuent d’écrire. J’ai passé beaucoup de temps à penser au film que je ferai, c’est comme ça que c’est passé si vite.
Qu’est-ce qui fait qu’un film existera ?
J’ai du mal à me convaincre moi-même. C’est de l’ordre des sensations physiques, ce ne sont pas des arguments.
Dans le cas de « Burning », quel rôle la nouvelle de Murakami dont est inspiré le scénario a-t-elle joué dans le projet ?
La chaîne japonaise NHK m’a contacté pour me demander si je voulais adapter une nouvelle de Murakami, n’importe laquelle. J’ai refusé tout en trouvant que c’était une bonne idée. J’ai recommandé un jeune réalisateur, et je devais être producteur. Le projet n’a pas abouti, mais un jour ma scénariste, Oh Jung-mi, m’a parlé de cette nouvelle, parce qu’elle rejoignait le thème de la colère du monde contemporain autour duquel nous tournions.
On y voit aussi un tableau de la Corée aujourd’hui. Etait-ce pour vous le moment de mettre ­en scène les changements intervenus depuis votre dernier film ?
J’ai voulu montrer ce qui a changé pour les jeunes. En Corée comme ailleurs, leur vie est de plus en plus difficile. Il y a la question de la précarité, ils ont aussi perdu de leur dynamisme par rapport aux générations précédentes. Ils savent que quelque chose ne va pas dans ce...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Lee Chang-dong signe son film le plus abstrait, le plus beau, le plus surprenant, entre thriller et brûlot social.
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« Burning » : trio brûlant dans une Corée de cendres

Lee Chang-dong signe son film le plus abstrait, le plus beau, le plus surprenant, entre thriller et brûlot social.



LE MONDE
 |    28.08.2018 à 06h04
 • Mis à jour le
28.08.2018 à 16h55
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Enfin Burning ! Sixième long-métrage du Coréen Lee Chang-dong et Palme d’or du dernier Festival de Cannes. Du moins la palme qu’un certain nombre de festivaliers avaient intensément espérée et vainement augurée. A-t-elle moins de valeur que la vraie (Une affaire de famille, du Japonais Hirokazu Kore-eda) ? Rien n’est prouvé. Un jury et un palmarès plus propice à l’engagement social qu’à la sorcellerie esthétique auront simplement privilégié un certain type d’œuvres contre d’autres.

L’ironie du sort veut que Lee Chang-dong, grand nom du cinéma coréen, soit l’auteur d’une œuvre qui n’a jamais reculé devant la critique politique et sociale. Il signe simplement avec Burning son film le plus abstrait, le plus étrange, le plus surprenant. Le plus beau aussi. Pour autant, il n’a rien lâché de cette acuité de regard qui fait de chacun de ses films une protestation cruelle contre les formes sourdes de barbarie qui caractérisent la société libérale avancée. Exaltation du narcissisme. Extension du domaine de l’indifférence. Effondrement des croyances et de la morale.

A bien y regarder, chaque film de Lee Chang-dong produit un corps qui se met en travers du système, au risque de la mort. L’affaire se joue ici sur les braises d’un triolisme désynchronisé, entre une fille et deux garçons. La fille se nomme Haemi. Déliée, maniérée, fiévreuse. La candeur de la jeunesse alliée aux ravages du sex-appeal. On la trouve au début du film en pom-pom girl aguichant les passants à l’entrée d’une galerie commerciale. C’est là qu’elle rencontre Jongsu, aussi jeune qu’elle, grand garçon de peu de mots à l’air perdu, cachant sous ses silences une sensibilité à fleur de peau. C’est elle qui l’a reconnu. Ils allaient à l’école ensemble et il la trouvait « moche ».
Mélancolie stuporeuse
Elle prend des cours de mime, veut devenir actrice. Il est fils de paysan, livreur, aspirant-écrivain....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Une enquête diffusée mardi soir sur Arte dévoile les pratiques de la célèbre firme de Seattle, une entreprise qui, sous le vernis du « cool » est une multinationale comme les autres.
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Starbucks, un peu fort de café

Une enquête diffusée mardi soir sur Arte dévoile les pratiques de la célèbre firme de Seattle, une entreprise qui, sous le vernis du « cool » est une multinationale comme les autres.



LE MONDE
 |    28.08.2018 à 06h03
 • Mis à jour le
28.08.2018 à 09h22
    |

                            Marion Delpech








                        



   


Arte, mardi 28 à 20 h 50 – documentaire
Transformer un breuvage des plus banals en potion magique vendue à prix d’or, c’est le tour de force accompli par Howard Schultz. Arrivé en 1981 comme directeur marketing chez Starbucks, il rachète cinq ans plus tard l’entreprise pour bâtir un empire aux 28 000 enseignes déployées dans 75 pays, enregistrant un bénéfice total de 19 milliards d’euros en 2017.
Toute puissante, la fameuse sirène verte et blanche règne dans les quartiers les plus prisés des métropoles, de Seattle (Etat de Washington), son berceau d’origine, à la côte Est des Etats-Unis en passant par l’Europe et aujourd’hui la Chine, où un nouveau Starbucks ouvre toutes les quinze heures.
« Comme Apple, Starbucks, qui cible les classes moyennes, a réussi, grâce à une forme de génie marketing, à faire croire à des millions de consommateurs que la possession de son produit – la fameuse “expérience” Starbucks – représente un gage de cool », raconte Luc Hermann.
L’enquête, très fouillée, qu’il consacre à la marque avec Gilles Bovon, s’attaque à la « com’ bien huilée » de cette multinationale pas si différente des autres. Car sa « rhétorique humaniste et progressiste » multiplie les soutiens symboliques (communauté LGBT, anciens combattants, handicapés et réfugiés), bien loin d’une réalité dont le goût amer est soigneusement dissimulé à la clientèle. Un client roi, en apparence, mais aussi victime d’une recette marketing – prénoms lancés à la cantonade, langage réservé à un cercle d’initiés – qui fait la notoriété de l’enseigne.
Voracité
Tout est passé au crible, du logo à l’importance du client comme principal messager. Car se balader avec un gobelet Starbucks, c’est avant tout s’acheter une certaine reconnaissance sociale, même s’il s’agit d’un produit de fast-food servi comme du haut de gamme.
Un génie marketing palpable dans la conception même de ses boutiques ; dans les années 1980, le sociologue Ray Oldenburg théorise la notion de troisième lieu, un espace de détente entre le domicile et le lieu de travail. Starbucks sera le premier à introduire de larges et moelleux fauteuils dans ses salons, car « ce qui compte, ce n’est pas le café mais d’avoir un moment à soi, un lieu où on s’accorde une pause », renchérit Scott Bedbury, gourou de la publicité passé par Starbucks.
Le self-made-man Howard Schultz, PDG de Starbucks jusqu’en 2016 et président honoraire depuis juin, attribue cette réussite à la personnalisation client et aux 89 000 combinaisons possibles en boutique. Car pour rentabiliser des emplacements hors de prix, Starbucks doit attirer une large clientèle, et ce sur des plages horaires plus larges que celles habituellement dévolues à la consommation de café.
La voracité de la firme s’illustre ainsi par la créativité débordante dont elle fait preuve. L’association britannique Action on sugar met en garde contre des boissons pouvant contenir jusqu’à 99 grammes de sucre, une dose quatre fois supérieure à celle qui est recommandée par jour pour un adulte selon l’Organisation mondiale de la santé. Des nouveaux produits, à l’instar du frappuccino, saturés de sucre, riches en graisse, en crème, en lait, en sirop et nappage, sont destinés à séduire une cible encore plus large, notamment les nombreux Américains adeptes de sodas.

   


« Déqualifier le travail »
Après Jeu d’influences, documentaire de 2014 qui décryptait l’univers de la communication politique, les deux réalisateurs déconstruisent pièce par pièce les rouages de la machine Starbucks. Alors que la quasi-totalité des salariés refusent de s’exprimer, une taupe intégrée en boutique parisienne expérimente les rudes conditions de travail – un tiers du temps consacré au ménage, horaires instables, stress et grosse fatigue physique – d’un job où les employés sont chronométrés. Une incessante course à la rentabilité pour ceux que la firme ose appeler ses « partenaires », payés au salaire minimum.
Rentabilité toujours, même dans le format de ce gobelet XXL « que l’on peut emporter partout » et qui « donne au consommateur l’impression d’être gagnant, alors que les coûts fixes restent les mêmes, qu’il y ait une ou deux doses de café », indique Louie Salvoni, directeur d’Espresso Service, un marchand de machines à café établi à Londres. « Les baristas sont des presseurs de boutons, ajoute-t-il. Starbucks a déqualifié le travail. »
Malgré les préoccupations sociales et environnementales de ses détracteurs, la firme garde l’œil rivé sur le cours de la Bourse. Alors qu’elle se targue de distribuer un café à 99 % éthique, la réalité est tout autre, comme le laisse deviner leur label éthique, directement contrôlé par la marque. Même constat chez un producteur de café mexicain ayant cessé toute activité avec la multinationale.
Cette schizophrénie entrepreneuriale trouve aussi son expression dans le désintérêt de l’entreprise pour le tri sélectif – les 4 milliards de gobelets produits chaque année sont non recyclables –, sa politique immobilière prédatrice, et son appétit pour l’optimisation fiscale, qui lui a valu une lourde amende par la Commission européenne en 2015.
« Starbucks sans filtre », de Luc Hermann et Gilles Bovon (France, 2018, 95 min)



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Chaque mardi, « La Matinale du Monde » vous propose un choix de séries à (re)découvrir sur petit écran.
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« Babylon Berlin », les Flowers et trois feuilletons : notre rentrée en séries

Chaque mardi, « La Matinale du Monde » vous propose un choix de séries à (re)découvrir sur petit écran.



LE MONDE
 |    28.08.2018 à 06h03
 • Mis à jour le
28.08.2018 à 07h13
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Rentrée sur les chapeaux de roue avec une enquête policière qui nous entraîne dans le monde flamboyant des cabarets de l’Allemagne de la fin des Années folles, une flopée de feuilletons sur les chaînes françaises et des retrouvailles avec les Flowers, cette famille dysfonctionnelle de la campagne anglaise.
« Babylon Berlin » : violence et volupté des Années folles

Berlin, printemps 1929. Ce que l’on a appelé les « années dorées » de la République de Weimar touchent à leur fin. Night-clubs et grands cafés près de l’Alexanderplatz vibrionnent à toute heure, alors que s’alignent, sur les trottoirs, des vétérans handicapés de la première guerre mondiale et des miséreux sans emploi, en quête d’une aumône. Politiciens véreux, grands industriels, gangsters et militaires nostalgiques de l’empire tirent la fragile démocratie à hue et à dia, tandis que communistes et ultranationalistes s’arment et rêvent de faire voler en éclats ce ventre mou qu’est, pour eux, la république.
C’est ce que va peu à peu découvrir l’inspecteur Gereon Rath, qui s’installe à la préfecture de police de Berlin peu avant les manifestations du 1er mai 1929. Sa mission, secrète : retrouver des films, tournés à l’insu de leurs protagonistes, prouvant la compromission de sommités de la république avec le monde de la prostitution. Des bobines de pellicule valant trésor d’Etat, dont la recherche va embarquer l’inspecteur dans le monde flamboyant des cabarets comme dans le milieu interlope des comploteurs politiques et mafieux berlinois.
Série noire politico-historique, forte d’un budget de près de 40 millions d’euros pour ses deux premières saisons, Babylon Berlin a visiblement été conçue pour un public de dimension internationale – elle a d’ailleurs été achetée par près d’une centaine de pays, et est d’ores et déjà multiprimée.
Adaptée du premier livre de la série littéraire de Volker Kutscher, Le Poisson mouillé, Babylon Berlin fait un clin d’œil aux films de Fritz Lang. Sa plus grande réussite tient au sentiment de fébrilité, d’imperceptible menace planant sur la ville, que transmet subtilement la réalisation de cette série. Deux autres saisons sont déjà prévues. Martine Delahaye
« Babylon Berlin », saison 1, série écrite et réalisée par Tom Tykwer, Achim von Borries et Hendrik Handloegten. Avec Volker Bruch, Liv Lisa Fries (Allemagne, 2017, 8 × 45 min). Sur Canal+, le lundi à 21 heures depuis le 27 août (2 ép./soirée). Disponible en intégralité sur Canal+ à la demande.
« Un si grand soleil », « Noces rouges » et « The Good Doctor » : bataille de feuilletons pour la rentrée

Hier, lundi 27 août, jour de rentrée télévisuelle, TF1 poursuivait la diffusion de son feuilleton de début de soirée, Demain nous appartient, à 19 h 20. Pour sa part, France 2 lançait le tout premier épisode de son propre feuilleton quotidien, Un si grand soleil, à 20 h 40, sachant que l’horaire de celui de France 3, Plus belle la vie, vient d’être avancé, passant cette année de 20 h 30 à 20 h 20… Eviter une concurrence entre les deux chaînes du service public en ne diffusant pas les deux feuilletons en même temps paraît plus que raisonnable, mais les téléspectateurs auront-ils envie d’enchaîner les deux sans souffler ?

Autre type de feuilleton : débute ce jour, 28 août, ce que France 3 dénomme son « polar de l’été », Noces rouges. Une mini-série certes très ensoleillée, située en Provence, aux abords de Cassis, et qui reprend les codes du feuilleton d’été de manière efficace : sans innover (et avec quelques invraisemblances inhérentes à ce genre de saga), mais à rythme soutenu. La mort suspecte d’une jeune fille le jour de son mariage (suicide ou meurtre ?), un secret de famille dont les effets s’enchaînent comme une vis sans fin, une romance contrariée…
« Noces rouges », série créée par Jeanne Le Guillou et Bruno Dega. Avec Alexia Barlier, Cristiana Reali, Lannick Gautry (France, 2018, 6 x 52 minutes). Sur France 3 à partir du mardi 28 août à 21 heures, deux épisodes par soirée.

Beaucoup lui préféreront sans doute la série américaine que TF1 propose ce même mardi, The Good Doctor (adaptée d’une série sud-coréenne), laquelle, sans valoir le fol engouement qu’elle a connu aux Etats-Unis, s’avère divertissante et même intéressante, à défaut d’égaler d’autres séries médicales.
Créée par David Shore (Doctor House), elle met en scène l’arrivée d’un tout jeune chirurgien prodige (Freddie Highmore, personnage principal de Bates Motel) : atteint du syndrome d’Asperger, il va se retrouver en butte à la plupart de ses collègues et devoir faire d’énormes efforts pour s’intégrer, des flash-back sur son enfance permettant de mieux l’appréhender. La diffusion de la deuxième saison est prévue pour le 24 septembre outre-Atlantique. M. De.
« The Good Doctor », série créée par David Shore. Avec Freddie Highmore (Etats-Unis., 2017, 20 x 42 min.). Sur TF1, à partir du mardi 28 août à 21 heures, deux épisodes par soirée.
« Flowers » : dans l’univers d’une famille tourmentée

Il y a un an, on avait parlé, à propos de Flowers (2016), d’une minisérie. Car, du temps de sa première diffusion, au Royaume-Uni, sur Channel 4, en 2016, puis de sa présentation au public français, sur Canal+, l’année suivante, il n’était pas question d’une deuxième saison.
C’est donc avec surprise et enchantement qu’on a accueilli, le 20 août, six nouveaux épisodes – avec la crainte, cependant, que le développement de cette création au ton singulier, excentrique et surnaturel, ne gâche ce qui, en six premiers épisodes, avait été si parfaitement dit et montré. Il n’en est heureusement rien. On retrouve les personnages de cette famille assez dysfonctionnelle, les Flowers, installés dans la campagne anglaise, « au milieu de nulle part », et le ton onirique, souvent déjanté mais hautement poétique qu’insuffle Will Sharpe (qui joue de surcroît l’un des personnages) à l’univers de la maladie mentale, qui est le sujet-clé de Flowers. Renaud Machart
« Flowers », série créée par Will Sharpe. Avec Olivia Colman, Julian Barratt, Will Sharpe, Colin Hurley, Daniel Rigby, Sophia Di Martino, Leila Hoffman, Harriet Walter (Royaume-Uni, 2018, 6 × 30 min). Canal+ à la demande.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Le modèle de l’« individu générique » serait de plus en plus remplacé par celui de l’individu unique qui s’attache à être lui-même dans tous les aspects de sa vie, aussi bien privée que professionnelle.
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Des individus tous singuliers

Le modèle de l’« individu générique » serait de plus en plus remplacé par celui de l’individu unique qui s’attache à être lui-même dans tous les aspects de sa vie, aussi bien privée que professionnelle.



LE MONDE
 |    27.08.2018 à 19h30
 • Mis à jour le
28.08.2018 à 15h14
    |

                            Baptiste Coulmont (Contributeur Sciences) et sociologue, maître de conférences à l’université Paris-VIII)








                        



                                


                            
Carte blanche. Dans une scène de La Vie de Brian (Monty Python, 1979), Brian – qui, on le rappelle, est né dans l’étable voisine de celle du Christ – est pris par ­erreur pour le Messie. Une foule le suit. Cherchant à se débarrasser de ces fidèles, il implore leur libre arbitre : « Ne me suivez pas, pensez par vous-mêmes ! Vous êtes tous des individus ! Vous êtes tous différents ! » Et la foule de répondre en chœur : « Oui ! Nous sommes tous des individus, nous sommes tous différents ! » Seul un fidèle ose dire : « Pas moi », mais il est vertement réprimandé par la foule. Tout le monde ne peut pas être individu-individu. C’est trop tôt : dans la Judée des Monty Python, l’individu moderne n’est pas encore né.
Sans l’humour britannique, dont ils manquent cruellement, une partie des sociologues décrivent un phénomène similaire. Ils opposent des sociétés dans lesquelles l’individu est secondaire à des sociétés dans lesquelles l’individu a pris de la valeur, et peut s’affirmer.
Cette affirmation est vue comme le résultat d’un processus de très longue durée. Processus qui implique le droit (la reconnaissance des droits subjectifs), mais aussi des pratiques aussi diverses que la signature individuelle ou la confession qui oblige à l’introspection, et des ­dispositifs pratiques comme l’isoloir, qui détache physiquement le citoyen de ses groupes d’appartenance au moment de choisir pour qui voter.
Processus qui implique aussi des institutions qui travaillent à créer des individus autonomes en les détachant d’affiliations vues comme traditionnelles. Le modèle : l’école, qui visait à produire des citoyens, égaux. Cet « individu générique », plutôt conformiste, a intériorisé les normes qui sont associées au personnage social qu’il doit être (travailleur, citoyenne, élève…).
Injonction à être soi
Mais, aujourd’hui, il semble bien que ce ­modèle soit entré en crise. Les institutions sont confrontées,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Interprète historique de « Salomé » et d’« Elektra », de Richard Strauss, la chanteuse suisse s’est éteinte le 26 août à l’âge de 97 ans.
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La soprano Inge Borkh est morte

Interprète historique de « Salomé » et d’« Elektra », de Richard Strauss, la chanteuse suisse s’est éteinte le 26 août à l’âge de 97 ans.



LE MONDE
 |    27.08.2018 à 17h11
 • Mis à jour le
28.08.2018 à 08h56
    |

                            Pierre Gervasoni








                        



                                


                            

Inge Borkh, soprano suisse d’origine allemande, est morte le 26 août à Stuttgart à l’âge de 97 ans. Elle a marqué de son empreinte les rôles titres des opéras Salomé et Elektra, de Richard Strauss, mais son investissement de tragédienne s’est aussi exprimé dans un large éventail esthétique, du XVIIIe siècle à la création contemporaine.
Fille d’un diplomate allemand et d’une chanteuse autrichienne, Inge Borkh naît à Mannheim (Allemagne) sous le nom d’Ingeborg Simon, le 26 mai 1921. A l’année 1917, retenue pour sa naissance dans quelques notices biographiques, elle opposera toujours un vigoureux démenti afin, notamment, de souligner la précocité de ses prestations sur les planches. Inge Simon est, en effet, engagée comme actrice, à 16 ans, à Linz, en Autriche, après avoir séjourné en 1935 à Genève et s’être fixée, avec sa famille, à Vienne où son éducation artistique connaît un développement multipolaire : cours de théâtre avec Margit von Tolnai, de danse avec Grete Wiesenthal, de piano avec Gertrude Wiesenthal et de chant avec sa propre mère.
C’est toutefois l’art dramatique qui lui vaut ses premiers engagements professionnels, pour la saison 1938-39, au théâtre municipal de Bâle. Motivée par les origines juives de la mère de famille, l’installation des Simon en Suisse – peu après l’Anschluss – permet à la jeune Inge de poursuivre sa carrière dans de bonnes conditions en passant, en 1940, du théâtre à l’opéra. Forte d’une formation de quelques mois à Milan sous la férule de Vittorio Muratti, elle fait ses débuts à l’Opéra de Lucerne dans Le Baron tzigane, une opérette de Johann Strauss fils, avant d’incarner Agathe dans le Freischütz, de Weber.
Une renommée internationale
De 1940 à 1945, toujours en Suisse, elle enchaîne des rôles aussi différents que ceux de Pamina dans La Flûte enchantée, de Mozart, d’Eurydice dans Orphée et Eurydice, de Gluck, de Marta dans Tiefland,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Une exposition du Mobilier national aux Gobelins évoque cent ans de création de chefs-d’œuvre en laine tissée, sous le regard du philosophe Yves Michaud.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤                     
                                                

Quelle place pour la tapisserie dans les arts plastiques ?

Une exposition du Mobilier national aux Gobelins évoque cent ans de création de chefs-d’œuvre en laine tissée, sous le regard du philosophe Yves Michaud.



LE MONDE
 |    27.08.2018 à 16h11
    |

            Florence Evin








                        



   


La tapisserie a-t-elle toujours sa place dans les arts plastiques ? Le philosophe et critique d’art Yves Michaud en est convaincu. Invité par le Mobilier national, aux Gobelins, à poser son regard sur l’histoire des manufactures dans le cadre de l’exposition Au fil du siècle, chefs-d’œuvre de la tapisserie 1918-2018, l’ancien directeur de l’Ecole des beaux-arts le dit sans ambages : « Ce qui m’intéresse, c’est le retour d’intérêt pour les arts mineurs. A l’heure du multimédia, pourquoi ne pas faire de la tapisserie ? Tant qu’il y a eu de grandes expositions internationales, servant une politique de prestige, les manufactures ont fonctionné. Aujourd’hui avec les vidéos et les installations lumineuses, comment réussir le tournant de la tapisserie vers l’art contemporain, avec les contraintes techniques et économiques ?, interroge-t-il. Sa réponse claque :  « Il faut prendre des risques ». Et se démarquer de la tentation du choix officiel visant les artistes consacrés, pour se tourner vers des projets originaux. 
La lecture d’un siècle de production de tapisseries et de tapis, en 80 pièces, sorties des réserves du Mobilier national aux Gobelins, est sur ce point parlante. Durant l’âge d’or de la tapisserie, les XVIIe et XVIIIe siècles, les rois convoyaient, d’un château à l’autre, leurs galeries de laine tissée, de multiples tentures, de cinq à dix tapisseries, roulées dans des chariots ; une production lente et coûteuse (une année de travail par pièce) réalisée sur des métiers de haute et basse lisse par des artisans d’élite, que s’arrachaient les cours européennes. Ces commandes à la gloire du souverain évoquaient les grands mythes de l’Antiquité.
« Une lecture du siècle »
Après la Révolution française, il en est tout autre. C’est de l’actualité nationale dont il sera question, des guerres, des colonies, des avancées techniques, puis du Front populaire en 1936 avec l’arrivée des congés payés et du corps en liberté, dans un esprit « pompier », comme le démontre l’exposition. Si le résultat est très kitch, le savoir faire ancestral des lissiers impressionne par la perfection du rendu, le dégradé des couleurs, la minutie du tissage pour être au plus près du modèle, ou « carton », fourni par l’artiste.

   


« La tapisserie comme mémoire, résume Christiane Naffah-Bayle, commissaire générale de l’exposition. C’est une lecture du siècle, dans l’atmosphère des évènements dramatiques ou positifs, au travers des commandes des régions et villes de France. Ces pièces mal aimées, rarement empruntées – par l’administration –, peu exposées, ne correspondent pas au goût contemporain. Après 1950, la tapisserie, membrane sensible qui prend toutes les pulsations du siècle, c’est fini ». Le renouveau est signé Lurçat, qui casse les codes, supprime le cadre, impose ses couleurs à la nuance près, dans ses allégories à l’homme nouveau et à la Nature. Une section de l’exposition, réservée aux commandes nazies de Goering, donne la mesure de la résistance des ouvriers qui ne finiront jamais les pièces restées sur le métier.
Vibration de la souffrance
A l’étage de la Galerie des Gobelins, la page est tournée, c’est d’un tout autre monde dont il s’agit. Les stars de l’art moderne sont là, leurs œuvres tissées en plus petit format : Matisse, Picasso, Dufy, Léger, Derain, Masson, Le Corbusier, Sonia Delaunay. Pas vraiment convaincant. Le tissage perd en dynamique sur l’œuvre peinte. A l’inverse , il n’en est rien avec les maîtres de « l’abstraction géométrique ou cinétique, plus facilement transposables et avec plus de réussite », comme le souligne Yves Michaud. Hartung et ses courbes noires griffant d’un seul geste la laine blanche, Zao Wou-Ki et ses calligraphies mouvantes sur un tapis couleur pêche, Schöffer et ses fils de plastique filtrant la lumière.

   


En point d’orgue, l’ombre d’une femme sans tête, aux courbes généreuses, criblée de flèches noires, la Sainte Sébastienne, de Louise Bourgeois, dans laquelle le tissage des Gobelins (1995-1997) rend la vibration de la souffrance. Même effet dans la vigueur des couleurs, comme juste posées au pinceau, d’Alain Séchas, pour Une carte du Japon, tissée en 2012-2018, aux Gobelins.
« Depuis la période post-moderne, qui commence dans les années 1980-1990, souligne Yves Michaud, la hiérarchie des arts s’est affaiblie avant d’être battue en brèche. Les avant-gardes se sont éteintes. Les compartiments étanches des pratiques se sont défaits (…) Ce qui ouvre de nouveaux champs d’exploration aux artistes ». Le Mobilier national est face à ces défis. 
« Au fil du siècle, chefs-d’œuvre de la tapisserie 1918-2018 », jusqu’au 23 septembre, Galerie des Gobelins, 42, avenue des Gobelins, Paris 13e. Tous les jours sauf le lundi, de 11 heures à 18 heures. De 6 € à 8 €. Accès gratuit le dimanche 2 septembre. mobiliernational.culture.gouv.fr



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Le plus célèbre magazine de manga fête ses 50 ans au Japon. Avec une méthode bien à lui pour rester au sommet.
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De « Dragon Ball » à « One Piece » : « Weekly Shonen Jump » est devenu la machine à hits du manga

Le plus célèbre magazine de manga fête ses 50 ans au Japon. Avec une méthode bien à lui pour rester au sommet.





LE MONDE
 |    27.08.2018 à 15h28
 • Mis à jour le
27.08.2018 à 20h24
    |

            Pauline Croquet






   


Il est le magazine de manga numéro un au Japon. Il a donné naissance aux plus grands succès de la bande dessinée nippone, comme Dragon Ball, One Piece ou encore My Hero Academia. Dans sa période la plus faste, il a été tiré à plus de 6 millions d’exemplaires, attendu chaque lundi religieusement par ses jeunes lecteurs. Cet été, ils ont pu célébrer son cinquantième anniversaire. Son nom est le Weekly Shonen Jump.
Sur l’Archipel, une grande partie des mangas sont d’abord dévoilés sous la forme de feuilletons dans des centaines de magazines de prépublication, avant d’être reliés en un volume, le tankobon.
Le Shonen Jump, souvent abrégé en « Jump », naît une décennie après ses principaux concurrents, en juillet 1968, au cœur d’une bataille que se livrent les grandes maisons d’éditions pour conquérir le lectorat des jeunes garçons (shonen en japonais). Avec pour slogan « la nouvelle voie du manga » et un pirate pour logo, il semble clamer sa liberté et narguer les rivaux.
Dénicher des novices
Même dans la force de l’âge, la parution conserve ses allures de jeunesse. Une couverture aux couleurs criardes à l’effigie de ses héros, des pages imprimées de basse qualité, l’épaisseur d’un gros bottin et un prix modeste (270 yens soit l’équivalent de 2,10 euros) accessible aux écoliers et aux collégiens, son cœur de cible.
A Jimbocho, le quartier des libraires de Tokyo, la petite rédaction du Jump composée aujourd’hui d’une trentaine de personnes continue d’appliquer la recette particulière qui lui réussit depuis des décennies. « C’est l’exemple d’une équipe éditoriale qui connaît son sujet, a un savoir-faire, et s’appuie en plus sur ses lecteurs. C’est une machine de guerre », résume Pierre Valls, directeur de la maison d’édition française Kazé, qui appartient en partie à Shueisha, la maison d’édition-mère du périodique.

   


Tandis que la concurrence incarnée par Shonen Magazine (éditions Kodansha) et Shonen Sunday (éditions Shogakukan) a signé les principaux talents de l’époque, Shonen Jump organise des concours pour dénicher des novices et les faire grandir, tout en veillant bien à leur faire signer un contrat d’exclusivité.
Mélange de séries au long cours et d’histoires vite conclues, le magazine s’affranchit aussi des contenus éducatifs que les autres insèrent pour rassurer les parents. Shonen Jump se veut 100 % manga et divertissant, privilégiant ainsi les récits d’action, de sport et de comédie où bagarres et gags grivois sont monnaie courante.
Une ligne éditoriale qui lui réussit dès les premiers numéros avec une comédie très dénudée, Harenchi Gakuen (L’Ecole impudique en français) de Go Nagai, qui s’illustra plus tard avec Goldorak. « Rien de tel pour attraper les élèves des classes primaires à secondaires que cette mise en scène brindezingue de l’infamie, de la débauche, de la barbarie et de l’effronterie en milieu scolaire détraqué », décrit la journaliste Karyn Nishimura-Poupée dans son ouvrage Histoire du manga (édition Tallandier, 2016).
Deux ans après sa création, le magazine passe le million d’exemplaires vendus. En 1971, il se place en tête des magazines shonen et devient la locomotive de l’éminente maison d’édition Shueisha.
Lecteurs et juges
Mais le périodique va réellement innover en plaçant le lecteur-consommateur au cœur de son système. Dans chaque numéro, un bulletin permet au lecteur de renvoyer un classement contre lequel il recevra un petit cadeau de remerciement. Le vote du public décide de la poursuite ou de la mise à mort des séries mais influerait aussi sur l’ordre et le mode d’organisation drastique des séries à l’intérieur du magazine.
« C’est une légende », conteste Hiroyuki Nakano, le rédacteur en chef actuel du Weekly Shonen Jump, avant de nuancer au Monde : « Effectivement, les séries à succès ont tendance à être placées en tête de magazine, mais c’est en fait uniquement pour séparer nettement les séries en fonction de leur genre. Les directeurs assistants de rédaction font très attention, chaque semaine, en créant le magazine, à ce que deux types identiques ne se suivent pas. »
Les sondages entretiennent aussi l’émulation des jeunes mangakas de l’écurie qui ont un trimestre pour faire leurs preuves. « J’étais vraiment intimidé par les autres mangakas, par leur puissance. Je me rappelle avoir pensé qu’il fallait que je leur vole des votes des fans pour pouvoir rester dans le business », confie, dans une interview publiée dans les catalogues de l’exposition anniversaire du magazine, Yoshihiro Togashi, qui dessine Hunter x Hunter depuis mars 1998. Les votes peuvent aussi orienter le style d’une série. Akira Toriyama, le père de Dragon Ball, en sait quelque chose :
« A l’origine, je voulais que ce soit un récit de voyage d’aventure pour trouver les boules de cristal. Cependant, mon éditeur n’arrêtait pas de me dire que les résultats des sondages étaient mauvais, donc j’ai dû essayer de mettre les personnages dans un tournoi d’arts martiaux. »
Rien, dans la conception des bandes dessinées du Jump, n’est laissé au hasard. Le processus créateur se cristallise dans la relation étroite que noue chaque mangaka novice avec son éditeur, le tantôsha, aussi garant de la réussite éditoriale que du plan marketing. Les auteurs sont façonnés pour le bon plaisir du lecteur. Les navettes entre la rédaction et les ateliers sont quasi quotidiennes. Des livraisons hebdomadaires obligent les mangakas à tenir un rythme soutenu d’une vingtaine de planches à livrer par semaine. Une charge de travail incomparable avec celle des auteurs occidentaux, et qui prive les dessinateurs de repos parfois pendant plusieurs années.
En véritable machine commerciale, Weekly Shonen Jump joue également « sur la surprise, l’attente, les retournements, les rebondissements pour attraper et fidéliser le lecteur », explique dans son livre Histoire du manga Karyn Nishimura-Poupée.
Incubateur du manga positif

   


Le magazine s’est orienté très vite sur des récits positifs célébrant une sainte trinité de valeurs : « amitié, effort, victoire ». Par opposition à ses rivaux, Jump se veut grand public et populaire en proposant « des mangas superficiels en apparence mais à même de décomplexer des enfants souvent anxieux pressurés par le milieu scolaire », détaille la journaliste.
Ce style de manga faisant l’apologie du courage, de la persévérance et de l’héroïsme porte un nom : le shonen nekketsu (« zèle, ardeur » en japonais), véritable marque de fabrique du Jump. « On peut presque dire que c’est dans ce magazine que cette forme de manga a été incubée et développée », estime Pierre Valls.
L’épine dorsale de ces intrigues : le parcours initiatique d’un adolescent avec une faiblesse ou un handicap mais beaucoup de détermination. A l’image du célèbre Naruto, dont le premier épisode paraît dans Jump en 1999 : il met en scène un orphelin qui cherche à devenir le plus grand ninja et le chef de son village, Konoha, pour gagner le respect de tous. Ces valeurs sont toutefois capables d’attirer un public plus large que sa cible, comme les jeunes filles ou les adultes, qu’il n’est pas rare de voir dévorer le magazine dans le métro de Tokyo.

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« La Shueisha [la maison d’édition de Shonen Jump] a le savoir-faire pour lancer des blockbusters. Ces séries accrochent les jeunes gens de 8-9 ans et les accompagnent jusqu’au début de l’âge adulte. Ce sont des séries évolutives, avec des prémices bon enfant, naïves et progressant vers du plus sombre, de la romance. La force de cet éditeur japonais est qu’il prend des valeurs simples, universelles », résumait au Monde, en décembre 2017, Ahmed Agne, fondateur de Ki-oon, qui édite My Hero Academia en France.
Les équipes du magazine n’hésitent pas non plus à s’écarter de leur grille habituelle pour prendre certains risques éditoriaux calculés et propulser quelques séries ovni dans leur sommaire, tel le thriller haletant Death Note, ou plus récemment le surprenant The Promised Neverland.
Tsukasa Hojo, créateur de City Hunter (connu des Français sous le nom de Nicky Larson) et Cat’s Eye, déplore toutefois l’homogénéisation des séries. Il confie dans une interview publiée dans les catalogues de l’exposition anniversaire du magazine :
« L’ancien Jump était un grand magasin où vous pouviez trouver toutes sortes de choses au même endroit. Maintenant, c’est un regroupement d’œuvres du même style. (…) Je pense qu’autrefois le Jump essayait d’attirer toutes sortes de lecteurs ; il s’agissait de voir comment faire grandir le lectorat. Aujourd’hui il est surtout question de se consacrer aux lecteurs que nous avons déjà. »
L’âge d’or des années 1980
Cette ligne éditoriale, qui profite également d’un marché croissant du jeu vidéo et des séries animées télévisées, porte Weekly shonen Jump à son apogée entre 1980 et 1996. Des dates qui coïncident avec l’explosion du succès d’Akira Toriyama, arrivé un an plus tôt dans ses pages. Avec d’abord l’extravagante série Dr Slump, qui raconte les aventures d’une mignonne petite androïde, mais aussi, dans la foulée, son œuvre culte, Dragon Ball, le mangaka va tirer les ventes du magazine vers des sommets.
En 1995, le magazine bat le record absolu avec 6,5 millions d’exemplaires face à une vingtaine de magazines shonen ; son tout premier tirage était de 105 000. Attendues aussi chaque semaine par les lecteurs, la série iconique Hokuto no Ken (Ken le survivant) puis, plus tard, celle de basket Slam Dunk, dans laquelle l’artiste Takehiko Inoue raconte les rivalités sportives et amoureuses entre lycéens un brin voyous.

   


L’âge d’or du Jump prend fin en 1996 avec l’arrêt successif de ces séries-phares, mais aussi un contexte économique général plutôt en berne. L’année suivant, le magazine perd 3 millions de lecteurs. Les autres périodiques ne se portent guère mieux. Mais Jump arrive tout de même à limiter la chute des ventes avec le démarrage de One Piece, série qui, à ce jour, a battu des records de vente dans le monde, dépassant les 400 millions d’albums écoulés. Aujourd’hui, Jump se distribue chaque semaine à 2,8 millions d’exemplaires, ce qui reste très haut par rapport aux autres hebdomadaires de manga selon les constatations de Franceinfo.
Le recul des ventes s’explique aussi par les changements d’usages des Japonais, qui désormais passent le temps dans les transports sur leur smartphone au détriment de la lecture. Si le Shonen Jump a mis un peu de temps à épouser ces nouvelles habitudes – elle a ouvert sa rédaction numérique (Shonen Jump +) en 2014 –, elle consacre désormais un tiers de ses effectifs au numérique. Il faut dire qu’au Japon les recettes du manga numérique ne cessent d’augmenter et ont dépassé en 2017 celles des BD imprimées.

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En tête d’affiche parmi la vingtaine de séries qu’il propose en 2018, l’indéboulonnable One Piece, My Hero Academia ou encore Black Clover. D’anciennes séries comme Gintama, qui s’apprête à livrer son dernier chapitre, ou Hunter x Hunter, y côtoient les nouveaux venus comme Dr Stone ou The Promised Neverland. Des cinq titres les plus vendus en France en 2017, quatre sont nés dans Weekly Shonen Jump. « Il y a toujours une grande compétition entre les éditeurs français pour emporter les droits des séries-phares de Shonen Jump », assure Pierre Valls, de la maison d’édition Kazé. Preuve, s’il en faut, que le pirate continue de braver les flots.




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Mort de Neil Simon, dramaturge et légende du théâtre américain

Au cours de sa carrière, il a remporté un prix Pulitzer, en 1991 pour « Lost Yonkers », un Golden Globe et trois Tony, le Molière américain du théâtre.



LE MONDE
 |    27.08.2018 à 14h47
 • Mis à jour le
28.08.2018 à 16h28
   





                        



   


Le dramaturge et producteur américain Neil Simon est mort dimanche 26 août à 91 ans, a fait savoir Bill Evans, un de ses amis proches. Natif de New York, Neil Simon est mort dans un hôpital de la ville de complications liées à une pneumonie, a précisé M. Evans, qui fut son agent artistique jusqu’en 2006.
Légende du théâtre américain, Neil Simon a écrit des succès tant aux yeux de critiques que du public comme Drôle de couple (1965), Pieds nus dans le parc (1963), Lost in Yonkers (1990) ou encore The Sunshine Boys (1974). Il était connu pour être un roi de la comédie, saupoudrant allègrement ses pièces et scénarios de traits humoristiques percutants.
Un Pulitzer, un Golden Globe et trois Tony
Plusieurs de ses œuvres théâtrales ont été adaptées pour le cinéma ou la télévision, à l’instar d’Adieu, je reste (1977), qui valut à Richard Dreyfuss de remporter l’Oscar du meilleur acteur, ou de Drôle de couple (1968), avec Walter Matthau et Jack Lemmon. Au cours de sa carrière, Neil Simon a remporté un prix Pulitzer — en 1991, pour Lost Yonkers —, un Golden Globe et trois Tony, le Molière américain du théâtre.
« C’était un écrivain et un artiste qui ne pouvait s’empêcher d’aller dans son for intérieur pour puiser de nouvelles choses. Comme tout artiste créatif, il avait cette compulsion à explorer davantage », a raconté M. Evans. « Il écrivait chaque jour. » Des années 1970 à 1990, Neil Simon a fourni des pièces pour Broadway avec la régularité d’un métronome, et ses succès, ou ses triomphes, en ont fait un auteur incontournable de la scène comique.
Importé en France
Son talent d’observateur facétieux et désabusé de son temps lui a valu d’être importé en France, soit par des auteurs doués comme Jean Poiret, qui avouait que sa paresse naturelle le poussait à adapter de bonnes « machines à rire » déjà écrites, soit par des comédiens, comme Michel Blanc, à la recherche d’un répertoire dans lequel ils pouvaient se tailler des costumes de jeu sur mesure.
Des bourgeois tiraillés entre leurs psychiatres, leurs maîtresses et leurs ambitions. Des conflits transgénérationnels traités sur le mode doux-amer, des femmes plaquées par leurs maris et flanquées de bonnes copines qui leur font des coups tordus… Un cadre social, des bons mots, des traits d’esprit et des choses bien vues : il y avait, dans Rumeurs, Drôle de couple ou Je veux faire du cinéma, de quoi séduire le public français, d’une manière habile. Pourtant, ces pièces créées à Paris dans les années 1990 ne rencontrèrent pas un succès comparable à celui de Neil Simon à New York : traverser l’Atlantique reste toujours une aventure.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ La matriarche de la célèbre famille circassienne avait 107 ans.
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Mort de Rosa Bouglione, « la reine incontestée du cirque »

La matriarche de la célèbre famille circassienne avait 107 ans.



LE MONDE
 |    27.08.2018 à 13h37
 • Mis à jour le
27.08.2018 à 15h16
   





                        



   


Rosa Bouglione, matriarche de la célèbre famille du cirque qui continue à perpétuer la tradition au Cirque d’Hiver, à Paris, est morte dimanche 26 août à 107 ans, a annoncé lundi sa famille.
« Jusqu’à ce 26 août, elle est restée la reine incontestée du cirque. Pendant presque un siècle, Mme Rosa a reçu les plus grandes stars et accueilli, dans ce temple du cirque, les plus grands artistes internationaux », dit le communiqué de la famille.
« Madame Rosa » naquit dans une roulotte le 21 décembre 1910, à Ixelles, en Belgique, sous le nom de Rosalie Van Been. Dès l’âge de 14 ans, elle avait fait du cirque son métier, avec un numéro de danse serpentine… dans une cage aux lions, sous l’œil attentif de son dompteur de père. En 1928, elle a le coup de foudre pour Joseph Bouglione, descendant de Gitans italiens montreurs d’ours et l’épouse… dans une cage aux fauves. Après leur mariage, ils font l’acquisition du célèbre cirque de la capitale, en 1934.
Comédies musicales et meetings politiques
Après la seconde guerre mondiale, ils sauront se servir de la toute jeune télévision pour faire parler de leurs spectacles, au travers de l’émission « La Piste aux étoiles », de Gilles Margaritis. Toutes les célébrités de l’époque viendront les applaudir au Cirque d’Hiver, de Marlene Dietrich à Maria Callas et Joséphine Baker en passant par Vincent Auriol et Georges Pompidou. Après cet âge d’or, dans les années 1980-1990, le Cirque d’Hiver abritera surtout des comédies musicales et même des meetings politiques.
Rosa et Joseph Bouglione vécurent en tournée sur les routes de France jusqu’en 1981, avant de se sédentariser en s’installant dans un appartement aux allures de roulotte, tout proche du Cirque d’Hiver.
La doyenne du cirque avait émis le souhait d’être enterrée là où sa troupe avait coutume de s’arrêter tous les ans. « Comme tous les membres de la dynastie », Rosa Bouglione sera inhumée mercredi au cimetière de Lizy-sur-Ourcq (Seine-et-Marne). Cette tradition est entrée dans la légende depuis la mort de son ancêtre par alliance Marie-Louis Baglioni (le nom sera francisé pour devenir Bouglione).
« Cinq générations, rassemblant quelque cinquante-cinq petits, arrière et arrière-arrière-petits-enfants vont dire adieu à leur emblématique aïeule qui leur a légué l’amour du cirque », écrit la famille dans son communiqué.

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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Sur son nouvel album, The Time is Now, Ramón Valle invite Roy Hargrove et casse son image à coups de Fender et de vocoder. Le pianiste cubain répond aux questions du Jazz et la salsa.
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Ramón Valle : « Il n’est pas nécessaire de jouer du free jazz pour être libre dans le jazz »

Sur son nouvel album, The Time is Now, Ramón Valle invite Roy Hargrove et casse son image à coups de Fender et de vocoder. Le pianiste cubain répond aux questions du Jazz et la salsa.



LE MONDE
 |    27.08.2018 à 11h32
 • Mis à jour le
27.08.2018 à 21h44
    |

                            Yannick Le Maintec








                        



   


Vous avez publié trois albums très différents en trois ans : Take Off, une rétrospective enregistrée en public de votre carrière, The Art of Two, duo flûte-piano d’inspiration classique et The Time is Now, votre nouvel opus. Que représentent ces trois albums à vos yeux ?
Chacun de ces albums possède sa propre personnalité. Take Off se penche sur mon trio acoustique. J’explore les idées que j’ai développé dans mes perspectives de musicien de jazz. J’y joue également des titres plus anciens avec une nouvelle approche, plus adulte.
The Art of Two est un hommage à ma famille, la famille Valle. C’est une conversation entre deux cousins. Orlando [le flûtiste Orlando « Maraca » Valle] et moi avons ressenti le besoin de remercier notre famille, nos grands-parents, ma mère et mon père, ainsi que les parents d’Orlando qui ont toujours été là pour nous.
The Time Is Now est un album plein de surprises. Est-ce l’album pop de Ramón Valle ?
Vous savez, en tant que musicien vous devez rester connecté à ce qu’il se passe autour de vous. J’ai demandé à mes enfants, ma fille Dayla et mon fils Fabio : « Vous écoutez quoi, comme musique ? » Ils m’ont répondu : Bruno Mars, Ariana Grande, Beyonce et m’ont donné leurs albums à écouter [rires]. Je suis retourné à mon studio et j’ai commencé à écrire en m’inspirant de ces ambiances. Voilà comment The Time is Now est né !
Malgré son inspiration, The Time is Now sonne comme dans les années 70 et 80...
Tout-à-fait. L’esprit est le même. C’est l’explication du titre d’ouverture, Timeless Generation. Quand j’ai écouté cette musique, j’ai réalisé que, fondamentalement, c’était une musique qui existait déjà. Les harmonies, la section rythmique sont les mêmes que dans les années 70. Pour les jeunes c’est une musique nouvelle, mais pour nous c’est la même musique interprétée par de nouveaux musiciens !



Vous avez introduit plusieurs nouveautés dans cet album. A côté du piano, vous jouez du Fender Rhodes.
Jouer du Rhodes n’est pas naturel pour moi parce que mon corps tout entier est attiré par le piano, mais je l’ai déjà fait par le passé. Je jouais piano et claviers chez Silvio Rodríguez et Santiago Feliú.
C’est bien un vocoder que vous avez utilisé ?
C’est ça. J’ai eu beaucoup de mal à trouver le bon modèle. Pour moi, utiliser le Vocoder n’était pas un gadget. J’y avais réfléchi. Je l’ai utilisé comme un instrument de musique.
Donc sur l’album, vous jouez piano, Fender et vocoder...
Exact. Je suis le seul musicien du groupe qui travaille trois fois plus que les autres... pour le même salaire ! Je ne suis vraiment pas un bon businessman. [rires]
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Vous avez invité Roy Hargrove sur votre album. Comment l’avez-vous connu ?
Roy, c’est mon frère !!! je l’ai rencontré il y a longtemps au North Sea Jazz Festival, en l’an 2000 ou quelque chose comme ça.
Il m’avait vu répéter. Il s’est écrié : « Wow ! » et a demandé à me parler. Horacio « El Negro » Hernandez nous a présenté. Plus tard, on a joué ensemble la musique de Ernesto Lecuona sur mon album Danza Negra.
A chaque fois qu’il parle de moi, il dit : « C’est Ramón, le Maestro ! ». A chaque fois qu’on se rencontre, il me fait « Maestro ! ». Je le prends comme un compliment parce que je pense la même chose de lui. C’est lui, le Maestro !
Roy Hargrove joue un rôle important dans The Time is Now, n’est-ce pas ?
J’ai voulu utiliser sa trompette, son son. J’ai perdu mes parents en très peu de temps l’an dernier. Ils sont partis en deux mois. J’ai composé deux morceaux, un pour mon père qui jouait de la trompette et un autre pour ma mère.
Pour tout vous dire, à ce moment-là, il n’y avait que Roy qui pouvait le faire et ça, je le savais car nous sommes très connectés musicalement. Avoir sa trompette sur le morceau de ma mère était symbolique. Je l’avais rêvé très précisément et il l’a parfaitement exécuté.
Ernesto Simpsons [l’ancien batteur de Ramón] a disparu ? Vous jouez désormais avec un jeune batteur hollandais, Jamie Peet.
Ernesto est tellement pris... Il donne des concerts à droite à gauche. On a beaucoup parlé avec Jamie. Il fallait laisser le piano chanter, parce que c’est lui le leader. Jamie est un bon musicien qui joue un peu de la basse et du piano. Il sait être à l’écoute de ce qu’il se passe autour de lui. La batterie peut être dominante face aux autres instruments mais Jaimie leur laisse l’espace nécessaire.
On a pu voir le résultat au concert que vous avez donné au North Sea Jazz Festival. Jamie apporte une énergie nouvelle au trio. L’ensemble comprenant Jamie à la batterie et Omar Rodriguez Calvo à la contrebasse fonctionne très bien.

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Ce concert m’a rappelé une conversation que nous avions eu ensemble à Paris au Sunset. Vous me racontiez combien la liberté était importante pour vous en tant que musicien. Au North Sea, vous avez commencé à jouer Levitando, votre signature, et immédiatement après le thème principal, vous êtes parti ailleurs. Est-ce que c’est ça pour vous, la liberté ?
C’est intéressant que vous parliez de ça parce qu’il y a parfois une incompréhension autour de la notion de liberté dans le jazz. Vous n’avez pas besoin de jouer du free jazz pour vous sentir libre. C’est un état d’esprit. [Ramón marque une pause]
Je suis content que vous l’ayez remarqué. Vous avez vu ? Je me suis envolé. Pendant cette liberté, je suis allé dans ma galerie personnelle qui comprend Stravinsky, Bach, Peruchín et tellement d’autres...
Le public était complètement connecté...
C’est vraiment gratifiant parce que quand vous êtes sur scène, vous ouvrez votre cœur. Vous ne jouez pas la comédie.
Il faut que je vous dise. Je souffrais terriblement de la chaleur -Il faisait si chaud !- Je n’arrivais même plus à ouvrir mes yeux à cause du sel sur mes paupières. Plus tard quand j’ai vu la vidéo du concert j’ai été surpris de voir que j’avais pris du plaisir !
Ce qui s’est passé là-bas était rare parce qu’au North Sea vous avez tellement de concerts que beaucoup de gens zappent de concert en concert. Le public est resté et a profité de l’instant présent.
Alors ça veut dire qu’il faut continuer ! [Il éclate de rire]
Ramón Valle Trio : The Time is Now (2018, In+Out Records). Site web de l’artiste
Entretien publié en anglais sur le site London Jazz News



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Trois ans après son lancement, l’offre commune d’informations entre Radio France et France Télévisions est présentée comme un exemple à suivre pour l’audiovisuel public.
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A Franceinfo, une rentrée placée sous le signe du « média global »

Trois ans après son lancement, l’offre commune d’informations entre Radio France et France Télévisions est présentée comme un exemple à suivre pour l’audiovisuel public.



LE MONDE
 |    27.08.2018 à 10h43
    |

            François Bougon








                        



                                


                            

Laboratoire à ses débuts, il y a trois ans, Franceinfo apparaît désormais comme un modèle pour l’audiovisuel public. A l’heure des synergies, l’alliance entre Radio France, France Télévisions, France Médias Monde et l’Institut national de l’audiovisuel (INA), qui a créé un média global d’informations en continu – présent sur la radio, la télévision (canal 27 de la TNT) et le numérique avec un site unique et une application mobile – a ouvert la voie.
Les débuts n’ont pas été faciles. Encore aujourd’hui, des critiques subsistent. Dans un tract publié en juin, le Syndicat national des journalistes de Radio France raillait une « télévision qui coûte un pognon de dingue », évoquant les travaux prévus pour aménager un nouvel espace télé dans la rédaction. « Une dépense qui va s’ajouter aux 4,7 millions d’euros de charges annuelles que représente déjà la participation de Radio France à la chaîne Franceinfo. »

En cette rentrée, le patron de Franceinfo radio, Vincent Giret, est droit face à son micro : « Plus personne dans la rédaction ne ­conteste cette stratégie. Certains redoutaient que cela fragilise la radio. Au contraire, elle a profité de l’effet média global et du rapprochement avec France Télévisions. »
Franceinfo était une radio seule ; elle s’est intégrée dans un « écosystème » regroupant également France Bleu et France 24 – dont les programmes sont diffusés la nuit sur le canal 27. Au centre de ce dispositif, l’« Agence », une unité de Franceinfo créée en janvier 2016 et composée de 17 personnes chargées d’un travail de veille et de vérification de l’information. Elle produit des dépêches qui « vont jusqu’au prompteur du présentateur du canal 27 », note M. Giret.

L’une des grandes satisfactions est d’avoir imposé cette marque sur le numérique : « Il faut se rappeler que le site de Franceinfo était en vingtième place, celui de France Télévisions, qui s’appelait Francetvinfo.fr,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ A Avignon, la Collection Lambert expose dessins, peintures et lithographies du peintre et sculpteur américain.
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Exposition : Ellsworth Kelly, géomètre de la couleur

A Avignon, la Collection Lambert expose dessins, peintures et lithographies du peintre et sculpteur américain.



LE MONDE
 |    27.08.2018 à 10h24
    |

                            Philippe Dagen (Avignon)








                        



                                


                            

Ce n’est pas une rétrospective Ellsworth Kelly (1923-2015), laquelle n’a pas encore eu lieu depuis sa mort, mais la réunion d’œuvres de l’artiste conservées dans des collections françaises. La plupart sont publiques, mais pas toutes. L’une d’elles est de constitution très récente : l’ensemble des 54 estampes donné à l’Institut national d’histoire de l’art (INHA) par Jack Shear, dernier compagnon de l’artiste, don qui doit beaucoup à l’actuel directeur de l’INHA, Eric de Chassey, historien de l’abstraction aux Etats-Unis et commissaire de l’exposition.

Celle-ci, avec ses huit peintures, ses six dessins et, donc, ses 54 lithographies, surprend pour plusieurs raisons. La première tient au lieu. Les salles de la Collection Lambert sont de dimensions et de plans très variables et plusieurs des toiles de Kelly d’un format tel qu’il aurait été impossible de les accrocher sur d’autres murs que ceux qu’elles occupent. Obéir à un ordre chronologique était donc impossible, et des œuvres séparées d’une ou deux décennies se trouvent à proximité les unes des autres.
Etant donné que la plupart expérimentent les possibilités de la couleur pure sur des surfaces définies par une géométrie absolument ou partiellement régulière, cette question de date est de peu d’importance. Les juxtapositions ainsi obtenues démontrent la ­cohérence du travail.
Jusqu’à la fin de sa vie, par variations et modifications imperceptibles ou plus amples, Kelly formule des hypothèses. Que se passe-t-il quand l’expansion du rouge est bloquée par le jaune et le bleu ? Que perçoit l’œil quand les quatre côtés du monochrome ne sont pas droits, mais légèrement concaves ? Autre expérimentation sensible : qu’advient-il quand une composition change de format, quand elle est transférée de la toile au papier et cesse de s’imposer par sa monumentalité ? L’œuvre de Kelly étant construite au rythme de ces interrogations visuelles, le principe d’un accrochage par rebondissements est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Au Domaine national de Saint-Cloud, le festival a réuni 90 000 spectateurs du 24 au 26 août, moins qu’en 2017.
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Liam Gallagher célèbre Oasis à Rock en Seine

Au Domaine national de Saint-Cloud, le festival a réuni 90 000 spectateurs du 24 au 26 août, moins qu’en 2017.



LE MONDE
 |    27.08.2018 à 10h09
 • Mis à jour le
27.08.2018 à 10h37
    |

            Sylvain Siclier








                        



                                


                            

« Mon petit doigt m’a dit que c’est là qu’Oasis a tout foutu en l’air. A ce festival, hein ? Je savais bien que les coulisses me disaient quelque chose. » Même celles et ceux qui n’étaient pas, le 28 août 2009, au Domaine national de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), devant la Grande Scène de Rock en Seine – festival détenu depuis 2017 par l’homme d’affaires Matthieu Pigasse (actionnaire du Monde à titre personnel) au travers de sa structure Les Nouvelles Editions indépendantes et par l’entreprise américaine de spectacles sportifs et culturels AEG –, savent de quoi parle le chanteur Liam Gallagher, ce samedi 25 août.
Après une altercation dans les coulisses avec son frère Noel, quelques minutes avant d’entrer en scène, le concert d’Oasis avait été annulé. Quelques heures plus tard, c’était l’annonce officielle de la fin du groupe des deux frères. Alors, aujourd’hui, pour le public de Rock en Seine, dont des déçus d’il y a neuf ans, les mots de Liam Gallagher et surtout son concert, constitué en majorité de chansons des deux premiers albums d’Oasis – Definitely Maybe, 1994 et (What’s the Story) Morning Glory ?, 1995 – et d’une poignée de celles de son récent album sous son nom (As You Were, octobre 2017) auront eu valeur de rattrapage.

Même si dans la tournée actuelle de Liam Gallagher les chansons d’Oasis dominent partout et que le répertoire joué à Rock en Seine n’a pas été spécialement conçu pour ce concert. Même si Noel Gallagher était venu au festival en 2012 avec son groupe High Flying Birds, avec certes quelques chansons d’Oasis mais moins nombreuses. Celui qui continue d’incarner le plus le groupe britannique qui a dominé la scène rock dans les années 1990, c’est bien lui, Liam Gallagher. Avec son air renfrogné, sa parka, ses bras dans le dos ou ballants le long du corps, sa voix traînante, rauque.
Au-delà de ce qu’il pouvait représenter par rapport à l’histoire de Rock en Seine,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Brigitte Salino, critique de théâtre au « Monde », dresse la liste des livres qui l’inspirent dans son travail.
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« Mes incontournables » : 7 livres pour comprendre le théâtre, par Brigitte Salino

Brigitte Salino, critique de théâtre au « Monde », dresse la liste des livres qui l’inspirent dans son travail.



LE MONDE
 |    27.08.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
27.08.2018 à 09h59
    |

            Brigitte Salino








                        



                                


                            

« MES INCONTOURNABLES », PAR BRIGITTE SALINO

Le décor selon Richard Peduzzi
Enfant, Richard Peduzzi allait visiter sa mère en prison et rêvait dans les décombres du port du Havre, après la seconde guerre mondiale. Les murs et l’horizon l’ont nourri autant que la peinture, le jazz ou l’architecture. Sa rencontre avec Patrice Chéreau (1944-2013) a scellé son amour du théâtre. Ensemble, le metteur en scène et le décorateur ont bouleversé la perception des visages et des corps dans l’espace : « Nous peignions à deux le même tableau », écrit Richard Peduzzi dans Là-bas, c’est dehors (2014), livre remarquablement illustré, qui n’est pas un traité sur la scénographie : c’est un voyage qui permet d’apprendre et de rêver à l’envol de visions entre les murs et l’horizon du théâtre, et de la vie.

« Là-bas, c’est dehors, suivi de L’Odeur du théâtre », de Richard Peduzzi, Actes Sud, « Papiers », 296 p., 43 €.
Shakespeare, l’Auteur
Pourquoi Jules César (1599) plutôt que Richard III, Macbeth ou Le Roi Lear ? Parce que la pièce est moins souvent jouée, et qu’elle met au jour l’exercice du pouvoir d’une manière implacable et mélancolique : l’assassinat politique et la démocratie, la difficulté de durer, les masques des raisons objectives et les vertiges de la trahison… Portée par une rhétorique complexe sous son apparente simplicité, cette tragédie qui annonce Hamlet, à travers le personnage d’Antoine, tremble des « frissons nouveaux » d’une époque à venir, à quelque siècle que l’on soit. ­Surtout dans la traduction d’Yves Bonnefoy : n’en déplaise à ses détracteurs, qui lui reprochent de privilégier la poésie au détriment de la vérité littérale, cette traduction place Jules César sous la lumière du Caravage.

« Jules César », de Shakespeare, traduit de l’anglais par Yves Bonnefoy, Folio, « Théâtre », 240 p., 6,60 €.

Sophocle...



                        

                        

