<FILE-date="2018/08/28/18">

<article-nb="2018/08/28/18-1">
<filnamedate="20180828"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180828"><AAMMJJHH="2018082818">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Il y a cinquante ans commençait l’expansion internationale d’une mesure fiscale conçue en France : la taxe à la valeur ajoutée, rappelle Antoine Pavamani dans une tribune au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Les vertus de « la TVA, une invention française qu’ont imitée la quasi-totalité des autres nations »

Il y a cinquante ans commençait l’expansion internationale d’une mesure fiscale conçue en France : la taxe à la valeur ajoutée, rappelle Antoine Pavamani dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    28.08.2018 à 14h51
    |

Antoine Pavamani (Entrepreneur dans le secteur du numérique)







                        



                                


                            

Le cinquantième anniversaire de Mai 68 a été une manifestation discrète, à l’image de ses héros fatigués et de son bilan contrasté. Le vingtième anniversaire de la victoire française à la Coupe du monde de football 1998 a été célébré de la plus belle des manières par les hommes de Didier Deschamps. Il nous reste à célébrer le centenaire de l’armistice de la première guerre mondiale, en novembre.
Il est pourtant une commémoration oubliée cette année. Le 1er janvier 1968, l’Allemagne est le premier pays des six membres fondateurs de la Communauté européenne, après la France, à introduire dans sa législation fiscale la taxe à la valeur ajoutée (TVA), qui n’a cessé depuis de se propager de manière quasi universelle, dans 153 pays aujourd’hui, de l’Afghanistan au Vietnam. Les Etats-Unis y résistent encore, mais l’Inde et l’Arabie saoudite figurent parmi les derniers grands pays à l’avoir adoptée.
Imaginée en 1952, expérimentée en 1954 avant d’y être généralisée en 1966, adoptée par la Commission européenne en avril 1967 comme principal outil de son financement pour être étendue à tous ses membres à partir de 1968, la TVA a pourtant mauvaise presse dans son propre berceau. Principale ressource publique en France (206,4 milliards d’euros en 2018, soit près de trois fois plus que les recettes de l’impôt sur le revenu), la TVA est un outil fiscal dénigré, sinon haï, dans le débat public français.
Une taxe discrète
Son inventeur, Maurice Lauré, disparu en 2001 et qui appartient à ces grands commis de l’Etat qui alliaient sens de l’intérêt général et passion de l’innovation, n’a pas donné son nom à la moindre rue. Il mériterait pourtant d’être célébré tout autant que son invention.
Les vertus originelles de la TVA sont pourtant colossales. D’abord, elle ne ponctionne chaque opérateur que sur la richesse qu’il ajoute à un bien ou à un service et non sur l’intégralité de sa valeur. C’est une taxe qui encourage donc...




                        

                        


<article-nb="2018/08/28/18-2">
<filnamedate="20180828"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180828"><AAMMJJHH="2018082818">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Valérie Guillard, chercheuse en management, a enquêté sur notre réticence à participer à l’économie du recyclage, constatant que le risque de pénurie est resté gravé dans les mémoires.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Pourquoi les gens sont-ils si nombreux à vivre avec un bric-à-brac au-dessus de leur tête ? »

Valérie Guillard, chercheuse en management, a enquêté sur notre réticence à participer à l’économie du recyclage, constatant que le risque de pénurie est resté gravé dans les mémoires.



LE MONDE
 |    28.08.2018 à 14h25
    |

Valérie Guillard (Professeur des universités, chercheuse à Dauphine Recherches en Management)







                        



                                


                            

Tribune. La rentrée scolaire est une période de tri dans nombre de familles. Les cartables, les trousses, les classeurs : on garde, ou bien on jette ? Quant aux vêtements trop petits, aux vieux jouets, aux vieux livres, on les élimine le plus souvent sans pitié. Quand on y arrive… Car de nombreuses personnes ont tendance à tout garder, bourrant caves, placards et greniers. En moyenne, chaque Français possède aujourd’hui pas moins de 100 objets qu’il n’utilise pas, conservés pieusement sans jamais servir…
Pourtant, l’économie circulaire est à la mode. Les sites de vente en ligne d’objets de seconde main rencontrent un vrai succès. Des applications mettent en relation localement ceux qui ont des besoins et ceux qui cherchent à se débarrasser de leurs surplus. Des associations comme Emmaüs prospèrent sur ce créneau. Mais des richesses potentielles considérables continuent, malgré ce mouvement de fond, à sédimenter dans des millions de « mines domestiques », bien cachées à l’abri des regards.
Comment mettre en circulation davantage de ces ressources ? Comment inciter les « écureuils » à accepter de se séparer d’une partie de leurs stocks ? C’est aujourd’hui un enjeu économique et écologique majeur, qui nécessite une compréhension fine des ressorts psychologiques menant tant d’esprits sensés à l’accumulation.

Pourquoi les gens sont-ils si nombreux à vivre avec un bric-à-brac au-dessus de leur tête ou sous leurs pieds ? Quelle logique y a-t-il à conserver quinze ans ce nécessaire à raclette reçu en cadeau ou ce vélo presque neuf, ce mini-mixeur, ce canapé, ces trois matelas récupérés lors d’un déménagement ? Pourquoi ? C’est la question que nous avons posée à tous ceux qui ont accepté de nous ouvrir leurs placards, dans le cadre de notre recherche (« Anti-Consumption Consciousness in Pursuit of Sustainability », Journal of Public Policy and Marketing, 2018, à paraître).
On garde, au cas où…
Stocker, ce...




                        

                        


<article-nb="2018/08/28/18-3">
<filnamedate="20180828"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180828"><AAMMJJHH="2018082818">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Loin des dogmes bruxellois et de la politique budgétaire française, la réussite du Portugal repose sur la relance de l’investissement et sur les baisses d’impôt, explique l’économiste Sébastien Laye dans une tribune au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Les raisons du « miracle portugais actuel »

Loin des dogmes bruxellois et de la politique budgétaire française, la réussite du Portugal repose sur la relance de l’investissement et sur les baisses d’impôt, explique l’économiste Sébastien Laye dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    28.08.2018 à 13h54
    |

Sébastien Laye (Entrepreneur et chercheur associé à l’Institut Thomas More, groupe de réflexion basé à Bruxelles et Paris)







                        



                                


                            

Tribune. Il nous faut faire fi de toute forme de vénération servile en matière de politique économique, afin de mieux cerner les linéaments de la réussite de chaque pays. « Prenons le cas de Singapour. On dirait un miracle économique. Mais le miracle est moins celui de l’inspiration que celui de la transpiration. » Ces mots de l’économiste Paul Krugman en 1996 doivent nous conduire à relativiser les différents modèles économiques : le modèle japonais, le modèle anglo-saxon, le modèle scandinave.
Or il est un pays en Europe qui, non content d’être sorti des abysses de la crise financière, présente désormais un état insolent : il s’agit du Portugal. A bien des égards, analyser les tenants du succès économique portugais actuel fourbit des armes intellectuelles qui font cruellement défaut à l’actuelle majorité pour enfin vaincre le chômage et sortir d’une croissance poussive.

Les faits en premier lieu : alors qu’en 2013 le chômage culminait à près de 17,5 %, il est désormais de 7,9 %, alors qu’en France le chômage paraît stagner aux alentours de 9 %. On peine à se rappeler une époque ou le différentiel entre les deux pays était à l’avantage du Portugal… S’agissant des finances publiques, le déficit est de 2 % du PIB en moyenne contre un peu moins de 3 % en France, même si le stock de dette publique de Lisbonne, hérité de la crise et des gabegies antérieures, culmine encore à 122 % du PIB.
Remise à plat des finances publiques
Après des taux de croissance négatifs entre 2011 et 2013, le Portugal a enregistré une croissance de 1,6 % en 2016 et de 2,7 % en 2017 : à l’inverse de la France, ce rythme ne faiblit pas, puisque au premier semestre 2018, l’acquis de croissance était de 0,9 % (0,4 % en France) avec ainsi la certitude d’avoir une croissance finale encore bien supérieure à 2 % en 2018 ; et ce alors même que l’économie portugaise n’a pas besoin du même niveau de croissance que la France pour créer des emplois.
Sans...




                        

                        


<article-nb="2018/08/28/18-4">
<filnamedate="20180828"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180828"><AAMMJJHH="2018082818">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Allégorie d’un système politique italien en plein dysfonctionnement, l’effondrement du pont Morandi, il y a deux semaines, révèle des enjeux bien plus importants pour la planète, explique, dans sa chronique l’historien Jean-Baptiste Fressoz.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Gênes, ou « la réalité d’un monde de béton »

Allégorie d’un système politique italien en plein dysfonctionnement, l’effondrement du pont Morandi, il y a deux semaines, révèle des enjeux bien plus importants pour la planète, explique, dans sa chronique l’historien Jean-Baptiste Fressoz.



LE MONDE
 |    28.08.2018 à 13h16
 • Mis à jour le
28.08.2018 à 13h36
    |

Jean-Baptiste Fressoz (Chercheur au CNRS et au centre Alexandre-Koyré de l’EHESS)







                        



                                


                            

Transformations. Après l’écroulement du pont Morandi, à Gênes, mardi 14 août, le débat public italien a rapidement porté sur les responsabilités politiques des uns et des autres, sur la crise économique, sur le déclin national et, bien sûr, sur les responsabilités de l’Union européenne. L’effondrement, comme toute catastrophe, est devenu une allégorie pour un système politique italien en plein dysfonctionnement. Mais elle révèle des enjeux bien plus importants pour l’Italie et même pour la planète en général.
Le viaduc qui s’est effondré était en béton. Or le béton est, en masse, le matériau le plus abondant fabriqué par l’humanité, loin devant l’acier. Le chercheur Vaclav Smil a calculé, dans son livre Making of The Modern World (Wiley, 2013), que 60 milliards de tonnes de ciment ont été produites depuis 1945 dans le monde, ciment qui aura permis de couler au moins 500 milliards de tonnes de béton (mélange de sable, de gravier et de ciment). Le processus que les économistes appellent couramment « développement » ou « modernisation » pourrait s’appeler « bétonisation ».

L’histoire économique se lit dans les courbes de la production de ciment. Aux Etats-Unis, elle est passée de 3 millions de tonnes par an en 1900 à 30 millions en 1928 ; elle chute brutalement pendant la Grande Dépression et explose après la seconde guerre mondiale, pour atteindre environ 80 millions de tonnes par an aujourd’hui. La construction de réseaux routiers et autoroutiers joue un rôle prééminent dans cette histoire.
Bétonisation de la Chine
Le plus spectaculaire reste la bétonisation de la Chine. En masse, il s’agit probablement du phénomène le plus important de l’histoire humaine : la Chine produit actuellement environ 2 milliards de tonnes de ciment par an, soit vingt fois plus que les Etats-Unis à leur pic de production. Autrement dit, en à peine trois ans, la Chine a coulé plus de béton que les Etats-Unis pendant tout le XXe siècle !
Mais...




                        

                        


<article-nb="2018/08/28/18-5">
<filnamedate="20180828"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180828"><AAMMJJHH="2018082818">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Face au scandale, l’Elysée a accumulé les erreurs et fait preuve d’un certain amateurisme dans sa gestion de la crise. Conséquence, l’image du chef de l’Etat se retrouve écornée et les oppositions ragaillardies, relève, dans sa chronique, Gérard Courtois, éditorialiste au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« L’affaire Benalla a pourri l’été du président Macron »

Face au scandale, l’Elysée a accumulé les erreurs et fait preuve d’un certain amateurisme dans sa gestion de la crise. Conséquence, l’image du chef de l’Etat se retrouve écornée et les oppositions ragaillardies, relève, dans sa chronique, Gérard Courtois, éditorialiste au « Monde ».



LE MONDE
 |    28.08.2018 à 11h25
 • Mis à jour le
28.08.2018 à 11h27
   





                        



                                


                            

Chronique. « C’est l’histoire d’un mec qui avait des gros bras, et ça lui est monté à la tête »… On imagine aisément le sketch que Coluche aurait pu tirer de l’affaire Benalla. Un conseiller du prince si infatué de la confiance présidentielle qu’il se croit autorisé à jouer les Rambo lors de la manifestation parisienne le 1er mai, l’Elysée qui s’embrouille dans des explications vaseuses lorsque, deux mois plus tard, le fautif est démasqué par la presse (Le Monde, en l’occurrence), un ministre de l’intérieur brusquement plongé dans une remarquable amnésie, des opposants de tous bords remontés d’un coup sur leurs grands chevaux pour dénoncer une « affaire d’Etat » et, pour finir, un président bravache qui se pose en « seul responsable » et met au défi ses détracteurs de venir le « chercher » : le feuilleton qui a agité le Landerneau politique au mois de juillet ne manquait pas de sel.
Affaire de corneculs, ont pensé les blasés. Sauf que, si le ridicule ne tue pas, il peut faire de sérieux dégâts. Et c’est le cas. Non seulement parce que la présidence jusque-là impérieuse d’Emmanuel Macron est soudain apparue piteuse. Mais, plus encore, parce que ses vertus revendiquées – nouveauté, exemplarité, efficacité, autorité – ont été mises à mal.
Exemplarité bafouée
Ce fut l’un des ressorts puissants de la campagne du candidat Macron au printemps 2017 : le nouveau monde dont il se voulait le chantre allait effacer un vieux monde politique vermoulu et discrédité. Or, l’affaire Benalla renvoie à des travers aussi anciens que la Ve République. L’actuel président n’est pas le premier, en effet, à se méfier des services (police et/ou gendarmerie) officiellement chargés de la protection du chef de l’Etat et à leur préférer des dispositifs parallèles, opaques et volontiers irresponsables.

Deuxième credo du macronisme conquérant, l’exemplarité symboliquement mise en exergue par la...




                        

                        


<article-nb="2018/08/28/18-6">
<filnamedate="20180828"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180828"><AAMMJJHH="2018082818">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Verbatim. Le ministre, invité de France Inter, a pris tout le monde de court en annonçant sa démission du gouvernement. Voici les principaux ­extraits de son interview.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

Démission de Nicolas Hulot : ce que l’ex-ministre a dit en direct

Verbatim. Le ministre, invité de France Inter, a pris tout le monde de court en annonçant sa démission du gouvernement. Voici les principaux ­extraits de son interview.



LE MONDE
 |    28.08.2018 à 10h49
 • Mis à jour le
28.08.2018 à 12h55
   





                        



« Je ne comprends pas que nous assistions à la gestation d’une tragédie bien annoncée dans une forme d’indifférence. La planète est en train de devenir une étuve, nos ressources naturelles s’épuisent, la biodiversité fond comme neige au soleil. Et on s’évertue à réanimer un modèle économique qui est la cause de tous ces désordres. Je ne comprends pas, comment, après la conférence de Paris, après un diagnostic imparable, ce sujet est toujours relégué dans les dernières priorités. Contrairement à ce que l’on dit, la France fait beaucoup plus que beaucoup de pays. Mais, la pression du court terme sur le premier ministre est si forte qu’elle préempte les enjeux de moyen et long termes. Je demeure dans ce gouvernement tout seul à la manœuvre.

        Démission de Nicolas Hulot en direct :
         

          « C’est une décision entre moi et moi »



Le premier ministre, le président, ont été pendant ces quatorze mois à mon égard d’une affection, d’une loyauté et d’une fidélité absolues. Mais au quotidien, qui ai-je pour me défendre ? Ai-je une société structurée qui descend dans la rue pour défendre la biodiversité ? Ai-je une formation politique ? Est-ce que les grandes formations politiques et l’opposition sont capables de se hisser au-dessus de la mêlée pour s’entendre sur l’essentiel ? Alors nous faisons des petits pas.
Avons-nous commencé à réduire nos émissions de gaz à effet de serre ? Non. Avons-nous commencé à réduire l’utilisation des pesticides ? Non. Ou à enrayer l’érosion de la biodiversité ? Non.

        Lire aussi :
         

                La démission de Nicolas Hulot : « Je ne veux plus me mentir »



« Peut-être n’ai-je pas su convaincre »
Je vais prendre la décision la plus difficile de ma vie. Je ne veux plus me mentir. Je ne veux pas donner l’illusion que ma présence au gouvernement signifie qu’on est à la hauteur sur ces enjeux. Et donc, je prends la décision de quitter le gouvernement. Aujourd’hui.
C’est la décision la plus douloureuse. Que personne n’en tire profit ! Car la responsabilité est collégiale, collective, sociétale. J’espère que cette décision qui me bouleverse, qui est mûrie depuis de longs mois, ne profitera pas à des joutes ou à des récupérations politiciennes. J’ai une immense amitié pour ce gouvernement auquel je m’excuse de faire une mauvaise manière, mais sur un enjeu aussi important, je me surprends tous les jours à me résigner, à m’accommoder des petits pas alors que la situation mérite qu’on change d’échelle.
C’était un véritable dilemme en sachant que si je m’en vais, je crains que ce soit pire, soit je reste, mais en donnant le sentiment par ma seule présence que nous sommes en situation d’être à la hauteur de l’enjeu. C’est une décision d’honnêteté et de responsabilité. Je souhaite que personne ne fustige ce gouvernement, car c’est l’ensemble de la société et moi qui portons nos contradictions.
Peut-être n’ai-je pas su convaincre. Peut-être n’ai-je pas les codes. Mais, si je repars pour un an, cela ne changera pas l’issue. J’ai pris cette décision hier soir. Elle a mûri cet été. J’espérais qu’à la rentrée, fort des discussions que j’ai eues avec le premier ministre, avec le président, il y aurait un affichage clair.

        Lire aussi :
         

                Démission de Nicolas Hulot : une icône de l’écologie impuissante à imposer un nouveau modèle



« Accumulation de déceptions »
Cela va paraître anecdotique, mais c’est un élément qui a achevé de me convaincre que cela ne fonctionne pas comme ça devrait. On avait une réunion hier à l’Elysée sur la chasse, et j’ai découvert la présence d’un lobbyiste qui n’était pas invité. C’est symptomatique de la présence des lobbyistes dans les cercles du pouvoir. C’est un problème de démocratie. Qui a le pouvoir ? Qui gouverne ? J’ai dit à Thierry Coste qu’il n’avait rien à faire là. Mais ma décision ne vient pas simplement d’une divergence sur la réforme de la chasse. C’est une accumulation de déceptions. C’est surtout que je n’y crois plus.
Je n’ai pas forcément de solution. Je n’y suis pas parvenu. J’ai obtenu certaines avancées. Mais je n’ai pas réussi, par exemple, à créer une complicité de vision avec le ministre de l’agriculture alors que nous avons une opportunité exceptionnelle de transformer le modèle agricole. Je n’ai pas prévenu Emmanuel Macron et Edouard Philippe de ma décision. Je sais que ce n’est pas forcément très protocolaire. Je sais que si je les avais prévenus avant, peut-être ils m’en auraient, une fois encore, dissuadé. J’ai une profonde admiration pour eux, mais sur les sujets que je porte, on n’a pas la même grille de lecture.
J’espère que mon départ provoquera une profonde introspection de notre société sur la réalité du monde. Sur le fait que l’Europe ne gagnera que si l’Afrique gagne. Où est passée la taxe sur les transactions financières, qui était le minimum pour tenter d’aider l’Afrique ? Le nucléaire, cette folie inutile économiquement et techniquement, dans lequel on s’entête… C’est autant de sujets sur lesquels je n’ai pas réussi à convaincre. J’en prends ma part de responsabilité. »

        Lire aussi :
         

                Thierry Coste, le lobbyiste des chasseurs auprès de Macron






                            


                        

                        


<article-nb="2018/08/28/18-7">
<filnamedate="20180828"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180828"><AAMMJJHH="2018082818">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Editorial. Le chef de l’Etat a appelé à « revisiter les tabous ». Mais, pour concrétiser cette vision, il lui faut commencer par trouver des partenaires.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤                     
                                                

La priorité européenne d’Emmanuel Macron

Editorial. Le chef de l’Etat a appelé à « revisiter les tabous ». Mais, pour concrétiser cette vision, il lui faut commencer par trouver des partenaires.



LE MONDE
 |    28.08.2018 à 10h21
 • Mis à jour le
28.08.2018 à 12h32
   





                        



   


Editorial. Dans les derniers mots de son discours d’une heure et demie prononcé le 27 août devant les ambassadeurs français, Emmanuel Macron a cité Soljenitsyne qui, il y a quarante ans, dans une conférence à Harvard, évoquait le « déclin du courage » et la fragilité de l’Occident.
Cette gravité de ton contrastait avec le volontarisme enthousiaste d’août 2017, pour ce même rendez-vous annuel de la diplomatie française, où le président à peine élu, incarnant l’espoir d’un grand retour de la France sur la scène internationale, semblait destiné à devenir figure de référence naturelle d’un monde euro-atlantique déboussolé par l’imprévisibilité de Donald Trump, l’affaiblissement d’Angela Merkel et celui de Theresa May, engluée dans le Brexit. Ce qui était son atout est devenu son handicap. Emmanuel Macron semble toujours plus seul pour porter le « renforcement de l’ordre mondial » qu’il appelle de ses vœux et sa priorité européenne avec une « refondation de l’Union ».

        Lire aussi :
         

                La marche contrariée de Macron sur l’Europe



La crise du multilatéralisme, le choix de Donald Trump de se détourner du système des relations internationales construit après 1945 et la montée des nationalismes créent des défis inédits. Ebranlée par les doutes des peuples sur le projet communautaire, menacée par la montée des tensions au Moyen-Orient comme au Sahel, l’Europe est au cœur de cette crise, même si elle en incarne aussi la possible solution. C’est le pari d’Emmanuel Macron.
Les « forces progressistes et celles du repli »
« Ce combat européen ne fait que commencer, il sera long et difficile et il sera au cœur de l’action de la France tout au long de mon mandat », a martelé le président devant les ambassadeurs. Ce combat est celui qui, en Europe, peut-être encore plus qu’ailleurs dans le monde, oppose les « forces progressistes et celles du repli ».
A neuf mois des élections européennes, Emmanuel Macron espère cristalliser les suffrages de tous ceux qui, en France, refusent la vision d’un Viktor Orban ou d’un Matteo Salvini. Il les épingle dans son discours, même s’il reconnaît que de tels mouvements sont nés de l’affadissement du rêve européen et de la sous-estimation « de l’identité profonde des peuples et de leur imaginaire collectif ». Le chef de l’Etat espère recomposer les alliances politiques à l’échelle européenne, comme il l’avait fait dans le champ politique national.
Il faut reconnaître à M. Macron une véritable vision de l’Europe qu’il a longuement réaffirmée lundi, notamment dans la dernière partie de son discours, où le ton s’est fait vibrant et plus personnel, rompant avec ce que cet exercice du discours annuel aux ambassadeurs peut avoir de convenu dans la longue énumération des grands dossiers et des prochains rendez-vous de la diplomatie tricolore.

        Lire aussi :
         

                Les orientations diplomatiques d’Emmanuel Macron : « sécurité » en Europe et « crise humanitaire » en Syrie



Son projet, déjà évoqué il y a un an lors de son discours à la Sorbonne, est une « vision humaniste de la mondialisation », portée par une Europe capable d’assumer pleinement sa souveraineté et son autonomie stratégique, qui doit compter toujours plus sur elle-même pour sa sécurité. La force d’Emmanuel Macron est le refus du renoncement. Il appelle ainsi à « revisiter les tabous européens », y compris par une révision des traités. Il veut affirmer la France comme « puissance médiatrice » – ce qui ne signifie pas pour autant moyenne. Au-delà des effets de tribune, le véritable défi est celui de concrétiser cette vision ambitieuse. Pour cela, il faut commencer par trouver des partenaires et, surtout, parvenir à les convaincre.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/08/28/18-8">
<filnamedate="20180828"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180828"><AAMMJJHH="2018082818">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Les orientations exposées par le premier ministre, dimanche 26 août, prouvent que le président veut maintenir le cap qu’il s’est fixé, explique Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne, dans une tribune au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Budget 2019 : « Des choix courageux, mais il faut maintenant réformer la fonction publique »

Les orientations exposées par le premier ministre, dimanche 26 août, prouvent que le président veut maintenir le cap qu’il s’est fixé, explique Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne, dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    28.08.2018 à 09h43
 • Mis à jour le
28.08.2018 à 10h47
    |

Laurent Bigorgne (Directeur de l’Institut Montaigne, un think tank libéral)







                        



                                


                            
Tribune. Le projet de loi de finances 2019 concentre tous les regards politiques en cette fin d’été. Sur le plan économique, il s’inscrit en effet dans un contexte domestique plus morose que celui des 2,3 % de croissance de l’année 2017, puisqu’elle devrait atteindre seulement 1,7 % en 2018 et 2019, un peu moins que les 2 % espérés.
Notons néanmoins que c’est 60 % de plus que le maigre point enregistré lors de la dernière année du quinquennat Hollande… Sur le plan politique, si aucun projet de budget n’est facile à porter, celui-ci prend place dans un contexte sensiblement plus difficile pour l’exécutif qu’en 2017. L’affaire Benalla semble avoir laissé des traces dans l’opinion et les oppositions aimeraient exister avant le scrutin européen du printemps prochain.

En réalité, ces difficultés sont assez théoriques. En effet, on n’a pas découvert le ralentissement de la croissance à la fin de ce mois d’août. Il couvait depuis les chiffres médiocres du premier trimestre et la montée des difficultés sur la scène internationale. L’exercice très centralisé du pouvoir par le président de la République laissait craindre, même aux observateurs les moins avisés, une trop forte exposition de sa personne et de sa démarche politique aux premières difficultés. Tout cela était connu.
Philosophie du « en même temps »
Emmanuel Macron ne craint pas l’adversité, il nous a montré qu’il est crâne dans la difficulté et qu’il ne dévie pas de son chemin. Pour autant qu’on puisse en saisir les premiers contours, le projet de loi de finances (PLF) répondra donc à la philosophie qu’il a gravée au fronton de son quinquennat : « en même temps ». Un budget du pouvoir d’achat – poursuite de la baisse de la taxe d’habitation – et en même temps de la compétitivité – barémisation du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE). Un budget en faveur de la « valeur travail » – suppression des cotisations salariales sur les heures supplémentaires...




                        

                        


<article-nb="2018/08/28/18-9">
<filnamedate="20180828"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180828"><AAMMJJHH="2018082818">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Les choix annoncés par Edouard Philippe dimanche 26 août concernant le budget devraient limiter le caractère redistributif du système français et pénaliser les personnes touchées par la précarité, estime l’économiste Mathieu Plane, dans une tribune au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Budget 2019 : « Les mesures du gouvernement risquent d’accroître les inégalités »

Les choix annoncés par Edouard Philippe dimanche 26 août concernant le budget devraient limiter le caractère redistributif du système français et pénaliser les personnes touchées par la précarité, estime l’économiste Mathieu Plane, dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    28.08.2018 à 09h17
 • Mis à jour le
28.08.2018 à 13h44
    |

Mathieu Plane (Economiste à l'OFCE, centre de recherche en économie de Sciences Po)







                        



                                


                            
Tribune. Face au ralentissement de l’activité prévu cette année et l’année prochaine, le gouvernement a revu sa copie budgétaire. Car, moins de croissance, c’est moins de revenus générés par les entreprises, moins d’emplois créés et de salaires distribués, mécaniquement moins de rentrées fiscales et sociales.
La croissance vigoureuse, qui était encore prévue par le gouvernement en avril 2018 – 2 % pour 2018 et 1,9 % en 2019 –, permettait à la fois de prendre des engagements forts sur les baisses de fiscalité tout en réduisant le déficit sans réaliser d’efforts drastiques sur les dépenses publiques. Mais la donne a changé en quelques mois et la croissance prévue par le gouvernement pourrait tourner autour de 1,7 % pour 2018 et 2019.

Cette moindre croissance conduirait à revoir à la hausse le déficit public de 0,3 point de PIB en 2019. Il était initialement évalué à 2,4 % du PIB cette année-là dans le cadre du programme de stabilité. A cela s’ajoute la reprise par l’Etat de la dette de SNCF Réseau, qui représente 0,1 point de PIB.
Ainsi, si rien n’est fait et si des mauvaises nouvelles venaient encore à surgir, le déficit public se rapprocherait à nouveau des 3 % en 2019, avec le risque pour la France de voir la Commission européenne réenclencher une procédure pour déficit excessif à son encontre – la sortie de cette situation avait été proposée par Bruxelles en mai alors que la procédure durait depuis 2009. Les annonces faites par le premier ministre mais aussi par le ministre des finances montrent bien que le gouvernement veut éviter cette situation, acceptant potentiellement une légère dérive du déficit public par rapport à ce qui était prévu en avril 2018 mais avec suffisamment de marges pour éviter le franchissement du seuil des 3 %.
Mesures fiscales coûteuses
Or, le président Macron et son gouvernement se sont engagés sur de nombreuses mesures fiscales dès le début du quinquennat dont les montants sont très...




                        

                        


<article-nb="2018/08/28/18-10">
<filnamedate="20180828"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180828"><AAMMJJHH="2018082818">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ La sociologue Eva Illouz et le psychologue Edgar Cabanas expliquent, dans « Happycratie », comment l’industrie du bonheur façonne les individus.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤                
                                       
édition abonné


« L’injonction au bonheur est une trouvaille formidable pour le pouvoir »


                      La sociologue Eva Illouz et le psychologue Edgar Cabanas expliquent, dans « Happycratie », comment l’industrie du bonheur façonne les individus.



LE MONDE
 |    28.08.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
28.08.2018 à 15h56
    |

                            Nicolas Santolaria








                              

                        

Comment, en contrôlant les pensées négatives, l’industrie du bonheur façonne les individus afin d’en tirer le meilleur parti. C’est ce qu’expliquent, dans « Happycratie », paru le 23 août, le psychologue Edgar Cabanas et la sociologue Eva Illouz, qui nous a accordé un entretien.
Comment définiriez-vous l’Happycratie ?
Eva Illouz : Kratia, en grec, c’est le pouvoir. L’aristocratie, la démocratie, la méritocratie, la bureaucratie… Autant de mots qui déclinent les modalités du pouvoir. Happycratie, c’est le pouvoir par l’injonction au bonheur. Nous montrons dans le livre que l’on gouverne aujourd’hui par la promesse du bonheur et par la norme des sentiments positifs. Promettre quelque chose à quelqu’un, c’est s’assurer de sa loyauté. La promesse du bonheur, c’est une promesse faite à condition de travailler et de transformer le moi. Travailler sur soi, c’est une façon d’être gouverné. Nous n’ajoutons rien à Foucault sur ce plan-là.
Vouloir que les gens soient heureux semble en soi quelque chose de positif : qu’est-ce qui vous dérange dans cette aspiration sociétale ?
Vous avez raison, le bonheur – ou la eudaimonia comme les Grecs l’appelait – a été au centre de la philosophie et de la sagesse grecque, et plus tard l’objet même du projet philosophique de Spinoza, qui marque le tournant vers la modernité. Mais si on fait une comparaison rapide avec l’eudaimonia aristotélienne, nous comprenons les différences avec le projet moderne du bonheur.
« Les individus désormais n’ont à s’en prendre qu’à eux-mêmes pour améliorer non pas leurs conditions de vie mais leur sentiment vis-à-vis de leurs conditions de vie. »
Chez Aristote, on ne peut séparer la vertu du bien-être, le bien-être découle du fait que nous faisons la chose bonne. Chez Spinoza, le bonheur est inséparable de la raison et de la connaissance de la vérité. La quête contemporaine du bonheur n’a...




<article-nb="2018/08/28/18-11">
<filnamedate="20180828"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180828"><AAMMJJHH="2018082818">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Commissaire européen à la sécurité, Sir Julian King annonce, dans une tribune au « Monde », la publication prochaine d’une proposition législative européenne imposant aux plates-formes une série de normes pour entraver la propagande de l’organisation  Etat islamique sur Internet.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Union européenne : « S’attaquer à la diffusion des contenus à caractère terroriste en ligne constitue une priorité absolue »

Commissaire européen à la sécurité, Sir Julian King annonce, dans une tribune au « Monde », la publication prochaine d’une proposition législative européenne imposant aux plates-formes une série de normes pour entraver la propagande de l’organisation  Etat islamique sur Internet.



LE MONDE
 |    28.08.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
28.08.2018 à 09h59
    |

Sir Julian King (Commissaire européen à la sécurité)







                        



                                


                            
Tribune. La menace que le terrorisme représente pour l’Europe est incontestable — le souvenir de ce dont j’ai été témoin lorsque je me suis rendu sur les lieux de l’attentat de Nice, il y a deux ans, est intact. Malheureusement, ce tragique événement est loin d’être isolé. Ces dernières années, l’Europe a été la cible de nombreux attentats terroristes – et la France fait partie des Etats membres qui ont payé un très lourd tribut avec un total de 245 victimes décédées entre 2015 et 2018 (Paris mais aussi, Marseille, Trèbes, etc.).
Dans presque tous les cas, les auteurs de ces attentats avaient utilisé Internet pour diffuser leur message de haine, fournir des informations sur la manière de commettre des atrocités et se vanter de leurs résultats mortels.
Les Etats membres restent en première ligne s’agissant de la lutte contre le terrorisme, mais l’Union européenne (UE) aussi a un rôle à jouer pour soutenir et compléter l’action au niveau national, en particulier quand il s’agit de s’attaquer aux contenus terroristes en ligne, un problème qui, par nature, transcende les frontières.
Le lien entre Internet et le terrorisme est manifeste, l’organisation Etat islamique (EI) ayant fait d’Internet un outil de propagande majeur. Malgré son récent recul sur le terrain, ses activités de propagande en ligne ne semblent guère faiblir – près de 700 nouveaux messages officiels de l’EI ont été produits durant le seul mois de janvier.
Priorité absolue
Selon Europol, plus de 150 plates-formes en ligne – établies pour la plupart hors de l’UE – sont exploitées afin d’héberger des contenus à caractère terroriste et d’en faciliter la diffusion. Parmi elles se trouvent des entreprises de toute taille allant de simples services d’hébergement et de partage de fichiers aux médias sociaux traditionnels.
Autre point important : les contenus terroristes se propagent avec une extrême rapidité sur la Toile : trois quarts des liens vers la propagande...




                        

                        


<article-nb="2018/08/28/18-12">
<filnamedate="20180828"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180828"><AAMMJJHH="2018082818">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Analyse. Le soutien affiché par Donald Trump au charbon n’empêchera pas son déclin aux Etats-Unis. Mais dans le reste du monde, cette industrie prospère, constate le journaliste du « Monde » Nabil Wakim.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 27/08/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


Les paradoxes du charbon

Analyse. Le soutien affiché par Donald Trump au charbon n’empêchera pas son déclin aux Etats-Unis. Mais dans le reste du monde, cette industrie prospère, constate le journaliste du « Monde » Nabil Wakim.



LE MONDE
 |    28.08.2018 à 05h00
 • Mis à jour le
28.08.2018 à 11h45
    |

                            Nabil Wakim








                        



                                


                            

Analyse. Il est souvent difficile de traduire avec exactitude les propos de Donald Trump. Dans son discours de soutien à l’industrie du charbon, mardi 21 août, en Virginie-Occidentale, le président américain a expliqué pourquoi cette énergie fossile lui semblait essentielle pour l’indépendance des Etats-Unis.
« Nous aimons le magnifique charbon. Vous savez, c’est un truc indestructible. En temps de guerre, en temps de conflit, on peut faire exploser des éoliennes, elles tomberont rapidement. Vous pouvez faire exploser des oléoducs. Vous pouvez faire beaucoup de choses à ces panneaux solaires. Mais vous savez ce que vous ne pouvez pas abîmer ? Le charbon. » 
Cette défense inédite du « King Coal » a valu bien des railleries au président américain. En annonçant un improbable plan de relance du charbon, il a une nouvelle fois montré sa volonté de fouler aux pieds l’accord de Paris sur le climat – avec le soutien d’une grande partie des élus républicains, de plus en plus climatosceptiques.
Ces annonces comportent une forte dimension politique : en se plaçant du côté des mineurs et de la sauvegarde de leurs emplois, Donald Trump a fait basculer une partie des Etats charbonniers lors de l’élection présidentielle de 2016. Aujourd’hui, il espère retrouver ce soutien, alors que les élections de mi-mandat approchent, en novembre, et qu’elles pourraient conduire les républicains à perdre le contrôle de la Chambre des représentants.
La consommation repart à la hausse
La dimension économique de ce pari suscite, elle, plus de doutes. L’administration Trump accuse les réglementations de l’ère Obama d’avoir mis à genoux l’industrie charbonnière. Rien n’est plus faux : le Clean Power Act a été bloqué dès 2015 par une procédure en justice et il n’a jamais été appliqué.
C’est plutôt la concurrence du gaz de schiste qui a nui aux ambitions charbonnières américaines. En quelques années, les Etats-Unis sont devenus le...




                        

                        


<article-nb="2018/08/28/18-13">
<filnamedate="20180828"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180828"><AAMMJJHH="2018082818">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Le modèle de l’« individu générique » serait de plus en plus remplacé par celui de l’individu unique qui s’attache à être lui-même dans tous les aspects de sa vie, aussi bien privée que professionnelle.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Des individus tous singuliers

Le modèle de l’« individu générique » serait de plus en plus remplacé par celui de l’individu unique qui s’attache à être lui-même dans tous les aspects de sa vie, aussi bien privée que professionnelle.



LE MONDE
 |    27.08.2018 à 19h30
 • Mis à jour le
28.08.2018 à 15h14
    |

                            Baptiste Coulmont (Contributeur Sciences) et sociologue, maître de conférences à l’université Paris-VIII)








                        



                                


                            
Carte blanche. Dans une scène de La Vie de Brian (Monty Python, 1979), Brian – qui, on le rappelle, est né dans l’étable voisine de celle du Christ – est pris par ­erreur pour le Messie. Une foule le suit. Cherchant à se débarrasser de ces fidèles, il implore leur libre arbitre : « Ne me suivez pas, pensez par vous-mêmes ! Vous êtes tous des individus ! Vous êtes tous différents ! » Et la foule de répondre en chœur : « Oui ! Nous sommes tous des individus, nous sommes tous différents ! » Seul un fidèle ose dire : « Pas moi », mais il est vertement réprimandé par la foule. Tout le monde ne peut pas être individu-individu. C’est trop tôt : dans la Judée des Monty Python, l’individu moderne n’est pas encore né.
Sans l’humour britannique, dont ils manquent cruellement, une partie des sociologues décrivent un phénomène similaire. Ils opposent des sociétés dans lesquelles l’individu est secondaire à des sociétés dans lesquelles l’individu a pris de la valeur, et peut s’affirmer.
Cette affirmation est vue comme le résultat d’un processus de très longue durée. Processus qui implique le droit (la reconnaissance des droits subjectifs), mais aussi des pratiques aussi diverses que la signature individuelle ou la confession qui oblige à l’introspection, et des ­dispositifs pratiques comme l’isoloir, qui détache physiquement le citoyen de ses groupes d’appartenance au moment de choisir pour qui voter.
Processus qui implique aussi des institutions qui travaillent à créer des individus autonomes en les détachant d’affiliations vues comme traditionnelles. Le modèle : l’école, qui visait à produire des citoyens, égaux. Cet « individu générique », plutôt conformiste, a intériorisé les normes qui sont associées au personnage social qu’il doit être (travailleur, citoyenne, élève…).
Injonction à être soi
Mais, aujourd’hui, il semble bien que ce ­modèle soit entré en crise. Les institutions sont confrontées,...




                        

                        


<article-nb="2018/08/28/18-14">
<filnamedate="20180828"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180828"><AAMMJJHH="2018082818">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ En 1996, la cote américaine comptait 8 025 sociétés, il n’y en a plus que 4 100 aujourd’hui. Wall Street finance de moins en moins l’économie des Etats-Unis constate, dans sa chronique, l’économiste Patrick Artus.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Wall Street va-t-elle disparaître ? »

En 1996, la cote américaine comptait 8 025 sociétés, il n’y en a plus que 4 100 aujourd’hui. Wall Street finance de moins en moins l’économie des Etats-Unis constate, dans sa chronique, l’économiste Patrick Artus.



LE MONDE
 |    27.08.2018 à 14h25
    |

                            Patrick Artus (Chef économiste de la banque Natixis, membre du du Cercle des économistes)








                        



                                


                            

Marchés. Les analystes de Goldman Sachs ont annoncé le 6 août que le montant des rachats d’actions par les entreprises américaines devrait atteindre 1 000 milliards de dollars cette année, alors que, en dehors des périodes de récession, il oscille depuis vingt ans entre 400 et 500 milliards de dollars par an.
Par ailleurs, Elon Musk a annoncé le 7 août, un peu précipitamment, que Tesla allait quitter le marché coté et racheter toutes ses actions, ce qui correspondrait à un montant de 55 milliards de dollars au cours actuel de Tesla, avant de changer d’avis, le 24 août.
Un rachat d’actions est une opération par laquelle une entreprise rachète (contre cash) ses propres actions à ses actionnaires, ce qu’elle peut faire à condition de déposer un programme de rachat auprès des autorités de supervision des marchés financiers. Depuis la fin des années 1990, ces rachats font disparaître chaque année à peu près 3 % du nombre d’actions cotées aux Etats-Unis, en moyenne.

Mais en 2018, ce chiffre devrait atteindre 4,5 %. Du fait de la baisse de la taxation des résultats des entreprises et du rapatriement des profits détenus à l’étranger, une plus grande part des profits servira en effet à financer ces rachats.
Emissions d’obligations
Pourquoi les entreprises américaines rachètent-elles ainsi massivement leurs actions ? La théorie financière affirme que ce choix est le signe d’une faible rentabilité des investissements d’une entreprise. Cette dernière est alors incitée à utiliser ses profits pour racheter ses actions plutôt que d’investir. L’argent ainsi rendu aux actionnaires permettrait à ceux-ci d’investir dans d’autres entreprises plus rentables, ce qui serait donc économiquement vertueux.

Mais cette thèse n’est pas correcte dans le cas des Etats-Unis. Les investissements des entreprises y sont très élevés, et sont entièrement financés par leurs bénéfices ; les rachats d’actions, eux, sont financés...




                        

                        


<article-nb="2018/08/28/18-15">
<filnamedate="20180828"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180828"><AAMMJJHH="2018082818">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Sur son nouvel album, The Time is Now, Ramón Valle invite Roy Hargrove et casse son image à coups de Fender et de vocoder. Le pianiste cubain répond aux questions du Jazz et la salsa.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤                     
                                                

Ramón Valle : « Il n’est pas nécessaire de jouer du free jazz pour être libre dans le jazz »

Sur son nouvel album, The Time is Now, Ramón Valle invite Roy Hargrove et casse son image à coups de Fender et de vocoder. Le pianiste cubain répond aux questions du Jazz et la salsa.



LE MONDE
 |    27.08.2018 à 11h32
 • Mis à jour le
27.08.2018 à 21h44
    |

                            Yannick Le Maintec








                        



   


Vous avez publié trois albums très différents en trois ans : Take Off, une rétrospective enregistrée en public de votre carrière, The Art of Two, duo flûte-piano d’inspiration classique et The Time is Now, votre nouvel opus. Que représentent ces trois albums à vos yeux ?
Chacun de ces albums possède sa propre personnalité. Take Off se penche sur mon trio acoustique. J’explore les idées que j’ai développé dans mes perspectives de musicien de jazz. J’y joue également des titres plus anciens avec une nouvelle approche, plus adulte.
The Art of Two est un hommage à ma famille, la famille Valle. C’est une conversation entre deux cousins. Orlando [le flûtiste Orlando « Maraca » Valle] et moi avons ressenti le besoin de remercier notre famille, nos grands-parents, ma mère et mon père, ainsi que les parents d’Orlando qui ont toujours été là pour nous.
The Time Is Now est un album plein de surprises. Est-ce l’album pop de Ramón Valle ?
Vous savez, en tant que musicien vous devez rester connecté à ce qu’il se passe autour de vous. J’ai demandé à mes enfants, ma fille Dayla et mon fils Fabio : « Vous écoutez quoi, comme musique ? » Ils m’ont répondu : Bruno Mars, Ariana Grande, Beyonce et m’ont donné leurs albums à écouter [rires]. Je suis retourné à mon studio et j’ai commencé à écrire en m’inspirant de ces ambiances. Voilà comment The Time is Now est né !
Malgré son inspiration, The Time is Now sonne comme dans les années 70 et 80...
Tout-à-fait. L’esprit est le même. C’est l’explication du titre d’ouverture, Timeless Generation. Quand j’ai écouté cette musique, j’ai réalisé que, fondamentalement, c’était une musique qui existait déjà. Les harmonies, la section rythmique sont les mêmes que dans les années 70. Pour les jeunes c’est une musique nouvelle, mais pour nous c’est la même musique interprétée par de nouveaux musiciens !



Vous avez introduit plusieurs nouveautés dans cet album. A côté du piano, vous jouez du Fender Rhodes.
Jouer du Rhodes n’est pas naturel pour moi parce que mon corps tout entier est attiré par le piano, mais je l’ai déjà fait par le passé. Je jouais piano et claviers chez Silvio Rodríguez et Santiago Feliú.
C’est bien un vocoder que vous avez utilisé ?
C’est ça. J’ai eu beaucoup de mal à trouver le bon modèle. Pour moi, utiliser le Vocoder n’était pas un gadget. J’y avais réfléchi. Je l’ai utilisé comme un instrument de musique.
Donc sur l’album, vous jouez piano, Fender et vocoder...
Exact. Je suis le seul musicien du groupe qui travaille trois fois plus que les autres... pour le même salaire ! Je ne suis vraiment pas un bon businessman. [rires]
Lire aussi : Free Jazz Man
Vous avez invité Roy Hargrove sur votre album. Comment l’avez-vous connu ?
Roy, c’est mon frère !!! je l’ai rencontré il y a longtemps au North Sea Jazz Festival, en l’an 2000 ou quelque chose comme ça.
Il m’avait vu répéter. Il s’est écrié : « Wow ! » et a demandé à me parler. Horacio « El Negro » Hernandez nous a présenté. Plus tard, on a joué ensemble la musique de Ernesto Lecuona sur mon album Danza Negra.
A chaque fois qu’il parle de moi, il dit : « C’est Ramón, le Maestro ! ». A chaque fois qu’on se rencontre, il me fait « Maestro ! ». Je le prends comme un compliment parce que je pense la même chose de lui. C’est lui, le Maestro !
Roy Hargrove joue un rôle important dans The Time is Now, n’est-ce pas ?
J’ai voulu utiliser sa trompette, son son. J’ai perdu mes parents en très peu de temps l’an dernier. Ils sont partis en deux mois. J’ai composé deux morceaux, un pour mon père qui jouait de la trompette et un autre pour ma mère.
Pour tout vous dire, à ce moment-là, il n’y avait que Roy qui pouvait le faire et ça, je le savais car nous sommes très connectés musicalement. Avoir sa trompette sur le morceau de ma mère était symbolique. Je l’avais rêvé très précisément et il l’a parfaitement exécuté.
Ernesto Simpsons [l’ancien batteur de Ramón] a disparu ? Vous jouez désormais avec un jeune batteur hollandais, Jamie Peet.
Ernesto est tellement pris... Il donne des concerts à droite à gauche. On a beaucoup parlé avec Jamie. Il fallait laisser le piano chanter, parce que c’est lui le leader. Jamie est un bon musicien qui joue un peu de la basse et du piano. Il sait être à l’écoute de ce qu’il se passe autour de lui. La batterie peut être dominante face aux autres instruments mais Jaimie leur laisse l’espace nécessaire.
On a pu voir le résultat au concert que vous avez donné au North Sea Jazz Festival. Jamie apporte une énergie nouvelle au trio. L’ensemble comprenant Jamie à la batterie et Omar Rodriguez Calvo à la contrebasse fonctionne très bien.

        Lire aussi :
         

                North Sea Jazz : de la fièvre de la salsa à la fièvre du samedi soir



Ce concert m’a rappelé une conversation que nous avions eu ensemble à Paris au Sunset. Vous me racontiez combien la liberté était importante pour vous en tant que musicien. Au North Sea, vous avez commencé à jouer Levitando, votre signature, et immédiatement après le thème principal, vous êtes parti ailleurs. Est-ce que c’est ça pour vous, la liberté ?
C’est intéressant que vous parliez de ça parce qu’il y a parfois une incompréhension autour de la notion de liberté dans le jazz. Vous n’avez pas besoin de jouer du free jazz pour vous sentir libre. C’est un état d’esprit. [Ramón marque une pause]
Je suis content que vous l’ayez remarqué. Vous avez vu ? Je me suis envolé. Pendant cette liberté, je suis allé dans ma galerie personnelle qui comprend Stravinsky, Bach, Peruchín et tellement d’autres...
Le public était complètement connecté...
C’est vraiment gratifiant parce que quand vous êtes sur scène, vous ouvrez votre cœur. Vous ne jouez pas la comédie.
Il faut que je vous dise. Je souffrais terriblement de la chaleur -Il faisait si chaud !- Je n’arrivais même plus à ouvrir mes yeux à cause du sel sur mes paupières. Plus tard quand j’ai vu la vidéo du concert j’ai été surpris de voir que j’avais pris du plaisir !
Ce qui s’est passé là-bas était rare parce qu’au North Sea vous avez tellement de concerts que beaucoup de gens zappent de concert en concert. Le public est resté et a profité de l’instant présent.
Alors ça veut dire qu’il faut continuer ! [Il éclate de rire]
Ramón Valle Trio : The Time is Now (2018, In+Out Records). Site web de l’artiste
Entretien publié en anglais sur le site London Jazz News



                            


                        

                        


<article-nb="2018/08/28/18-16">
<filnamedate="20180828"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180828"><AAMMJJHH="2018082818">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Editorial. En visite en République d’Irlande, le souverain pontife a demandé le pardon des fidèles pour les violences sexuelles impliquant l’Eglise.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤                     
                                                

Pédophilie dans l’Eglise catholique : le pape François fait trop peu, trop tard

Editorial. En visite en République d’Irlande, le souverain pontife a demandé le pardon des fidèles pour les violences sexuelles impliquant l’Eglise.



LE MONDE
 |    27.08.2018 à 11h28
 • Mis à jour le
27.08.2018 à 17h20
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Le flot des révélations sur les violences sexuelles au sein de l’Eglise catholique semble ne jamais devoir se tarir. Tout l’été, juges, enquêteurs et procureurs de Pennsylvanie, du Chili ou d’Australie ont alimenté la sinistre chronique de plus de trois décennies d’agressions. En République d’Irlande, cette tragédie a encore dominé la visite du pape François, qui a demandé avec insistance, dimanche 26 août, le pardon des fidèles.
Cette contrition pontificale ne suffira cependant pas à rétablir l’image dévastée de l’Eglise et de son clergé. Dimanche, au lendemain de la rencontre du pape avec des victimes de prêtres irlandais, un ancien nonce apostolique aux Etats-Unis, Mgr Carlo Maria Vigano, accusait François, dans une lettre rendue publique, d’avoir lui-même longtemps couvert les abus commis par l’ex-cardinal Theodore McCarrick, archevêque de Washington, qu’il a fini par démettre du Sacré Collège en juillet. L’ancien nonce, proche de Benoît XVI et connu pour son opposition à François, n’est pas neutre, et le pape s’est ouvertement refusé à commenter ses accusations, demandant aux journalistes de les lire attentivement et de formuler leur propre jugement. Mais le sommet de l’Eglise est aujourd’hui si fragilisé par l’étendue de ces scandales que cette lettre a suffi à empoisonner la dernière journée de la visite du pape en Irlande.

        Lire aussi :
         

                Pédophilie dans l’Eglise : un prélat accuse le pape d’avoir couvert un cardinal américain



Trop peu, trop tard. A force d’avoir procrastiné et faute d’avoir mesuré en temps utile l’ampleur de la déflagration de ces scandales au sein de la communauté catholique, c’est aujourd’hui le chef de l’Eglise, le pape François, qui en paie le prix. Elu en 2013, il était apparu comme l’une des dernières figures susceptibles d’avoir un discours moral de portée universelle sur les grands sujets d’actualité. Ses propos dénonçant l’inhumanité du traitement des migrants, la puissance de l’argent et les ravages du réchauffement climatique ont fait naître cet espoir.
Le dossier chilien
Mais les affaires de violences sexuelles qui n’ont cessé d’éclater au sein de l’Eglise ont fini par le rendre inaudible sur les autres sujets. Depuis le mois de janvier et sa désastreuse visite au Chili, on ne guette quasiment plus, de sa part, que des commentaires sur le dernier scandale mis au jour. Sur le dossier chilien, il s’est d’ailleurs lui-même mis en position d’accusé, en prenant parti pour un évêque controversé sans même avoir entendu les victimes.
Le Vatican affirme avoir pris des mesures, depuis le début des années 2000 et les révélations sur les scandales du diocèse de Boston et les mauvais traitements infligés aux enfants dans les institutions irlandaises, pour briser l’omerta et prévenir de nouveaux abus. Ce n’est pas faux – mais c’est insuffisant.

        Lire aussi :
         

                Le pape François recommande la psychiatrie pour les enfants aux « orientations homosexuelles »



Ainsi, aucun mécanisme permettant de juger la responsabilité d’évêques ayant protégé des prêtres dont les abus étaient portés à leur connaissance n’a été mis en place. En outre, l’opacité demeure totale sur la « gestion de carrière », par le Vatican, de figures telles que celle du cardinal déchu Theodore McCarrick, dont apparemment beaucoup de monde connaissait la pratique de mettre des séminaristes dans son lit. Enfin, les mesures prises pour prévenir les abus du clergé sont limitées à quelques pays occidentaux ; rien ne semble prévu dans les diocèses d’Afrique ou d’Asie. Tant que cette réforme ne sera pas vraiment engagée, dans un effort résolu de transparence, le pape François sera privé de son magistère moral.




                            


                        

                        


<article-nb="2018/08/28/18-17">
<filnamedate="20180828"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180828"><AAMMJJHH="2018082818">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Dans sa chronique, Jean-Michel Bezat, journaliste au « Monde », s’interroge sur les réactions opposées que suscitent les salaires du sport et ceux du CAC40.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 27/08/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


« Drôles de Français, qui encensent le footballeur et conspuent le patron »

Dans sa chronique, Jean-Michel Bezat, journaliste au « Monde », s’interroge sur les réactions opposées que suscitent les salaires du sport et ceux du CAC40.



LE MONDE
 |    27.08.2018 à 11h25
 • Mis à jour le
28.08.2018 à 07h01
    |

            Jean-Michel Bezat








                        



                                


                            

Chronique. La fête du Mondial russe à peine finie, les affaires ont repris leurs droits : l’exubérance financière des grands clubs européens n’a pas faibli sur le mercato du football. L’Espagnol Kepa Arrizabalaga vient de rejoindre les Blues de Chelsea pour 80 millions d’euros, un record chez les gardiens de but. Loin, bien sûr, du faramineux transfert de Neymar au Paris-Saint-Germain (PSG) en 2016 (220 millions d’euros), puis de Kylian Mbappé dans le club parisien en 2017 (180 millions).
Le montant des transferts 2018 dans le monde n’est pas encore connu, mais il est passé de 3,5 milliards d’euros en 2014 à 5,5 milliards en 2017. Et tout indique que cette course folle se poursuivra avec l’intérêt croissant de la Chine – et de son président Xi Jinping – pour le beautiful game.
Mais un autre « transfert » a attiré l’attention cet été, accompagné – cette fois – d’une volée de critiques indignées. Transfuge d’Air Canada, Benjamin Smith prendra en septembre la direction générale d’Air France-KLM, nanti d’une rémunération annuelle qui pourra atteindre 4,2 millions d’euros, quatre fois celle qui avait été octroyée à son prédécesseur démissionnaire, Jean-Marc Janaillac.

Un tel amalgame entre les superstars du ballon rond et les PDG de multinationale est peu pertinent, diront les économistes. C’est entendu, il n’y a pas de marché global des grands patrons comme il existe une Bourse des joueurs où s’échangent ces actifs incorporels qui font la richesse en trompe-l’œil des clubs européens.
Les premiers sont le plus souvent liés à un pays et à une culture qui les rendent incapables de jouer dans n’importe quelle équipe ; les seconds vont souvent aux plus offrants et s’adaptent à leur nouveau club, qui ne sont pas des entreprises comme les autres.
Bulle spéculative
Ils ont au moins en commun un rapport à l’argent assez proche : tous se comparent. Ronaldo voulait gagner autant que Messi, Ibrahimovic se...




                        

                        


<article-nb="2018/08/28/18-18">
<filnamedate="20180828"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180828"><AAMMJJHH="2018082818">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Brigitte Salino, critique de théâtre au « Monde », dresse la liste des livres qui l’inspirent dans son travail.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Mes incontournables » : 7 livres pour comprendre le théâtre, par Brigitte Salino

Brigitte Salino, critique de théâtre au « Monde », dresse la liste des livres qui l’inspirent dans son travail.



LE MONDE
 |    27.08.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
27.08.2018 à 09h59
    |

            Brigitte Salino








                        



                                


                            

« MES INCONTOURNABLES », PAR BRIGITTE SALINO

Le décor selon Richard Peduzzi
Enfant, Richard Peduzzi allait visiter sa mère en prison et rêvait dans les décombres du port du Havre, après la seconde guerre mondiale. Les murs et l’horizon l’ont nourri autant que la peinture, le jazz ou l’architecture. Sa rencontre avec Patrice Chéreau (1944-2013) a scellé son amour du théâtre. Ensemble, le metteur en scène et le décorateur ont bouleversé la perception des visages et des corps dans l’espace : « Nous peignions à deux le même tableau », écrit Richard Peduzzi dans Là-bas, c’est dehors (2014), livre remarquablement illustré, qui n’est pas un traité sur la scénographie : c’est un voyage qui permet d’apprendre et de rêver à l’envol de visions entre les murs et l’horizon du théâtre, et de la vie.

« Là-bas, c’est dehors, suivi de L’Odeur du théâtre », de Richard Peduzzi, Actes Sud, « Papiers », 296 p., 43 €.
Shakespeare, l’Auteur
Pourquoi Jules César (1599) plutôt que Richard III, Macbeth ou Le Roi Lear ? Parce que la pièce est moins souvent jouée, et qu’elle met au jour l’exercice du pouvoir d’une manière implacable et mélancolique : l’assassinat politique et la démocratie, la difficulté de durer, les masques des raisons objectives et les vertiges de la trahison… Portée par une rhétorique complexe sous son apparente simplicité, cette tragédie qui annonce Hamlet, à travers le personnage d’Antoine, tremble des « frissons nouveaux » d’une époque à venir, à quelque siècle que l’on soit. ­Surtout dans la traduction d’Yves Bonnefoy : n’en déplaise à ses détracteurs, qui lui reprochent de privilégier la poésie au détriment de la vérité littérale, cette traduction place Jules César sous la lumière du Caravage.

« Jules César », de Shakespeare, traduit de l’anglais par Yves Bonnefoy, Folio, « Théâtre », 240 p., 6,60 €.

Sophocle...



                        

                        


<article-nb="2018/08/28/18-19">
<filnamedate="20180828"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180828"><AAMMJJHH="2018082818">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ En matière de respect de la laïcité ou d’enseignement des sujets réputés « sensibles », l’école rencontre des obstacles que l’on ne cache plus et parvient aussi à des réussites qui méritent d’être connues. Trois ouvrages publiés en cette veille de rentrée scolaire reviennent sur cette thématique.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Face aux « questions vives », l’école ne démissionne pas

En matière de respect de la laïcité ou d’enseignement des sujets réputés « sensibles », l’école rencontre des obstacles que l’on ne cache plus et parvient aussi à des réussites qui méritent d’être connues. Trois ouvrages publiés en cette veille de rentrée scolaire reviennent sur cette thématique.



LE MONDE
 |    27.08.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
27.08.2018 à 09h48
    |

                            Mattea Battaglia, 
Luc Cédelle et 
Violaine Morin








                        



                                


                            

Livres. Rendre compte de la manière dont l’école traite ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui les « questions vives » – la place de la religion, mais aussi l’évolution, l’histoire de l’esclavage ou de la colonisation, etc. – est souvent problématique. Comment distinguer ce qui relève du préjugé sur les « quartiers difficiles » ou de la réalité ?
Trois ouvrages publiés en cette veille de rentrée scolaire s’efforcent de répondre. Deux sont le fait d’enseignants ; l’un d’un journaliste. Leur point commun est d’offrir une plongée véritable – au contraire des « plongeons express » que leur réservent, trop souvent, les médias – dans ces territoires de l’éducation prioritaire. Le parallèle s’arrête là.

Un « livre d’espoir » : c’est ce que veut être l’ouvrage collectif dirigé par l’historien Benoît Falaize. Son titre, Territoires vivants de la République, fait écho à cet autre livre collectif, Les Territoires perdus de la République (Mille et une nuits), qui, en 2002, avait brossé un tableau très alarmant – que beaucoup jugeaient alarmiste – de la situation dans certains établissements.
Quinze années plus tard, ce récit-là, construit par une trentaine d’enseignants cosignataires, est délibérément autre : de Cherbourg à Epinal, de Marseille à Epinay, leurs témoignages ont été écrits depuis « les » banlieues – un pluriel revendiqué – précisément pour dépasser le discours décliniste sur « la part sombre, la sombre banlieue, l’école qui sombre ».
Faire vivre une école qui entend, encaisse et répond
L’objectif : rendre justice à leurs réussites comme à celles de leurs élèves. Montrer, aussi, que les résistances qu’ils rencontrent comme les succès qu’ils remportent ne sont pas l’exclusivité des banlieues. Qu’il s’agisse d’un cours sur la Shoah ou d’une visite au musée, qu’il soit question d’égalité, de théories du complot, d’homosexualité, les élèves des banlieues, écrivent-ils,...




                        

                        


<article-nb="2018/08/28/18-20">
<filnamedate="20180828"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180828"><AAMMJJHH="2018082818">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Dans une tribune au « Monde », André Giordan, professeur en sciences de l’éducation à l’université de Genève, estime que l’école, plutôt que de bannir le portable, doit apprendre aux élèves à s’en servir.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 26/08/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


« Il est temps d’utiliser le smartphone en classe »

Dans une tribune au « Monde », André Giordan, professeur en sciences de l’éducation à l’université de Genève, estime que l’école, plutôt que de bannir le portable, doit apprendre aux élèves à s’en servir.



LE MONDE
 |    27.08.2018 à 05h30
 • Mis à jour le
27.08.2018 à 09h36
    |

André Giordan (Professeur en sciences de l’éducation, Université de Genève)







                        



                                


                            

Tribune. L’usage du téléphone portable pose un réel problème de société. Pour nombre de jeunes, il est devenu une véritable addiction. Les parents sont souvent démunis pour réguler son usage. Des professeurs le sont également devant des élèves dont l’esprit est centré sur les réseaux sociaux aux dépens du savoir enseigné. Toutefois, sont-ce autant de « bonnes » raisons pour bannir le portable de l’institution scolaire ? N’est-ce pas plutôt une facilité pour nos politiques, dont le réflexe, comme dans d’autres domaines, est souvent d’interdire plutôt que de repérer les dysfonctionnements et d’y remédier ?

Et si l’on mettait plutôt le smartphone au programme ? Au lieu de le proscrire, l’objectif de l’institution scolaire devrait être de conduire les élèves à un usage serein et pertinent de cet objet emblématique de la société présente et à venir.
C’est ce qu’ont déjà compris nombre de responsables d’établissements scolaires et d’enseignants. Ils prennent comme point de départ la passion de leurs élèves pour leur smartphone pour en faire un vecteur d’éducation, dans différents domaines : en matière de technologie, de santé, de citoyenneté… Ce faisant, ils introduisent un autre rapport au portable et… aux savoirs eux-mêmes. Tout est d’abord une affaire d’usages : n’oublions pas que l’eau est le plus grand poison connu si l’on dépasse certaines limites !
Problématiques de l’époque
Pour prévenir les « conduites excessives », des ateliers sont organisés, où l’on travaille la notion de limite en relation avec la santé, l’activité physique et le sommeil. Les élèves y apprennent à ne pas se polariser uniquement sur cet objet et sur les réseaux sociaux. Le téléphone portable est souvent un exutoire, mais il est relativisé lorsque le désir d’apprendre est présent. Travailler sur le fonctionnement des réseaux sociaux est une formidable porte d’entrée pour comprendre notre époque. Des ateliers peuvent permettre de réfléchir...




                        

                        

