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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Passionné de science-fiction, illustrateur d’une centaine de livres du genre, il a mis en image les planètes extrasolaires qui échappent aux télescopes.
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Manchu, le peintre d’exoplanètes que personne n’a jamais vues

Passionné de science-fiction, illustrateur d’une centaine de livres du genre, il a mis en image les planètes extrasolaires qui échappent aux télescopes.



LE MONDE
 |    26.08.2018 à 19h00
    |

            Pierre Barthélémy








                        



                                


                            

Lorsque l’illustrateur Manchu vient vous chercher en gare de Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire), c’est dans une grande Ford blanche de 1973 sur laquelle tout le monde se retourne. On croirait que le Scotty de Star Trek nous a téléportés dans une vieille série américaine, Mannix ou Les rues de San Francisco… « Quand j’ai retrouvé mes dessins de môme, confie Manchu en actionnant le levier de la boîte automatique, mes voitures, c’étaient déjà des américaines. J’ai une culture plus américaine que française… » Encore n’a-t-il pas pris son coupé Chrysler Imperial 1973 ou sa Ford Fairlane bicolore de 1958 – pneus à flancs blancs, aussi voyante que son propriétaire est humble et discret – dont le manuel d’atelier trône dans son salon.
Et quel salon ! Plutôt l’annexe d’un musée de la science-fiction. Entre autres : le haut de la combinaison spatiale de Kane, le malheureux personnage d’Alien interprété par John Hurt ; le casque de Bowman dans 2001 : l’Odyssée de l’espace ; l’arme du Rick Deckard de Blade Runner, immortalisé par Harrison Ford ; une peluche d’Alf, le comique extraterrestre velu de la sitcom du même nom ; des figurines des personnages d’On a marché sur la Lune de Hergé ; des maquettes de fusées et de vaisseaux spatiaux en tout genre. Et une invraisemblable collection de représentations de Darth Maul, le maléfique personnage de Star Wars, épisode I : La menace fantôme. « Seul méchant vraiment méchant de la saga », selon le maître des lieux, le redoutable seigneur Sith au ­visage rouge et noir prend toutes sortes de formes, y compris celle de nain de jardin… Bienvenue dans la quatrième dimension, au douzième et dernier étage d’un immeuble de Tours, antre d’un adolescent sexagénaire qui vient de donner corps, dans le livre Exoplanètes (Belin, 160 p. 26 euros) signé par le journaliste David Fossé, à ces planètes extrasolaires que les astronomes découvrent...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ La très exhaustive exposition « Les Sénons, archéologie et histoire d’un peuple gaulois », qui se déploie à Troyes et à Sens, fait revivre l’une des nations les plus puissantes de Gaule, aujourd’hui largement méconnue.
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Les Sénons doublement ressuscités

La très exhaustive exposition « Les Sénons, archéologie et histoire d’un peuple gaulois », qui se déploie à Troyes et à Sens, fait revivre l’une des nations les plus puissantes de Gaule, aujourd’hui largement méconnue.



LE MONDE
 |    26.08.2018 à 18h00
    |

                            Francis Gouge (Créteil, correspondant)








                        



                                


                            

En juillet de l’an 390 av. J.-C., les Sénons, dont le territoire s’étendait de Melun à Auxerre et de Troyes à Etampes, avec Sens pour capitale, surgissaient brusquement dans l’Histoire en participant au pillage de Rome et à la conquête de l’Italie du Nord, où certains s’étaient établis. Ils avaient pour chef le fameux Brennus, probablement sénon, célèbre pour son « Malheur aux vaincus ! ».
Ceux que César considérait comme « un des peuples gaulois les plus puissants et qui jouit, parmi les autres, d’une grande autorité » se rallièrent en – 52 à Vercingétorix, en dépêchant 12 000 guerriers à Alésia. Vaincus, les hommes furent massacrés, les femmes et les enfants réduits en esclavage. L’assimilation des élites et l’acculturation des jeunes qui s’ensuivirent provoquèrent la dilution de la société des Sénons dans le monde gallo-romain. Ils ne sortirent de l’oubli qu’au XIXe siècle. Mais c’est surtout à partir des années 1960, puis lors des fouilles préventives sur les chantiers de l’autoroute A5 et du TGV Paris-Marseille, qu’ils resurgissent.
Idées reçues battues en brèche
Pour la première fois, les musées de Sens et de Troyes se sont associés afin de leur consacrer une exposition qui se veut exhaustive. Elle nous plonge dans leur vie quotidienne du IVe au Ier siècle avant notre ère. Une trentaine de thèmes sont abordés. A Sens, la vie des guerriers, la place de la femme, les rituels funéraires, la splendeur des tombes… A Troyes, l’habitat, l’agriculture, l’artisanat… Pour l’occasion, les deux musées présentent leurs plus belles pièces, enrichies de prêts d’une cinquantaine de partenaires de l’antique territoire sénon (Nemours, Pithiviers, Auxerre, Tonnerre…). L’Institut national de recherches archéologiques préventives et d’autres organismes ont aussi confié des objets qui n’avaient encore jamais été exposés. Aux pièces archéologiques diverses (on y voit même une prothèse dentaire en fer) s’ajoutent...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Dernière journée du festival au domaine national de Saint-Cloud, envoûtée par la voix précieuse du chanteur britannique de 25 ans.
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Ady Suleiman, précieuse voix soul à Rock en Seine

Dernière journée du festival au domaine national de Saint-Cloud, envoûtée par la voix précieuse du chanteur britannique de 25 ans.



LE MONDE
 |    26.08.2018 à 16h51
    |

            Sylvain Siclier








                        



Régulièrement, au milieu d’une programmation majoritairement rock, pop, électro et hip-hop, le festival Rock en Seine, détenu depuis 2017 par l’homme d’affaires Matthieu Pigasse [actionnaire du Monde à titre personnel] au travers de sa structure Les Nouvelles Editions indépendantes et par l’entreprise américaine de spectacles sportifs et culturels AEG, propose un voyage vers la soul music. Dans sa manière la plus classique des années 1960, comme en 2016 avec Gregory Porter et en 2017 avec Lee Fields, ou dans une approche plus contemporaine, en croisements avec d’autres styles.
C’est le cas, ce dimanche 26 août, avec le chanteur britannique Ady Suleiman, 25 ans, dont un premier album, Memories, a été publié en mars. Au creuset soul, Ady Suleiman ajoute des éléments stylistiques du reggae, par touches pas trop appuyées, témoignage de son attachement à Bob Marley. « Je ne suis pas habitué à des scènes comme celle-là », indique Ady Suleiman en arrivant sur la grande scène du festival. Avec lui une formation réduite, composée d’un guitariste acoustique, ce qui donne une couleur originale à la référence soul, un bassiste et un batteur. Le tout dans un son clair.
Vocalement, la voix de caresse d’Ady Suleiman, peut rappeler celles de Nat King Cole, Marvin Gaye ou Bill Withers, des monuments d’expressivité émotionnelle. Physiquement, il donne corps et âme à ses interprétations. La plupart de ses chansons sont sur un tempo lent ou moyen. Ainsi So Lost, dans laquelle il évoque un mal dont il souffre depuis quelques années, des crises d’anxiété et d’angoisse. Sans en faire un récit autobiographique, mais en ouvrant plus largement à toutes celles et ceux qui doivent vivre avec. Ou bien Need Somebody To Love, belle ballade amoureuse, à laquelle il donne en version de concert ampleur et densité et qu’il emmène vers une partie vocale improvisée. En une petite quarantaine de minutes, la voix précieuse d’Ady Suleiman aura fait de ce début de la dernière journée du festival un subtil moment d’envoûtement et de ravissement.

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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Le premier ministre, Edouard Philippe, assure que « rien ne sera bloqué » dans l’enquête sur des travaux supposés illégaux menés lorsque Françoise Nyssen dirigeait les éditions Actes Sud.
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Affaire Nyssen : la ministre de la culture n’a « pas songé à démissionner »

Le premier ministre, Edouard Philippe, assure que « rien ne sera bloqué » dans l’enquête sur des travaux supposés illégaux menés lorsque Françoise Nyssen dirigeait les éditions Actes Sud.



LE MONDE
 |    26.08.2018 à 11h02
   





                        


Visée par une enquête sur des travaux supposés illégaux effectués lorsqu’elle dirigeait les éditions Actes Sud, la ministre de la culture, Françoise Nyssen, assure au Journal du dimanche, dimanche 26 août, qu’elle n’a « pas songé à démissionner ». Elle souligne « le soutien immédiat » du président de la République, du premier ministre et du gouvernement. « L’enquête ne vise pas Françoise Nyssen ministre de la culture, elle vise une société, Actes Sud », insiste-t-elle.
Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour déterminer si les travaux d’agrandissement des bureaux parisiens d’Actes Sud en 1997 et à partir de 2012 respectaient le code de l’urbanisme.
« Rien ne sera bloqué »
« Rien ne sera bloqué » dans le cadre de l’enquête, assure de son côté le premier ministre, Edouard Philippe, dans une interview au même JDD. « Vouloir l’exemplarité, c’est garantir que la justice puisse être saisie s’il y a lieu. »
M. Philippe dit avoir téléphoné jeudi à Françoise Nyssen, après l’ouverture de l’enquête. « Je lui ai redit mon soutien et les règles s’agissant de l’appartenance au gouvernement. »

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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Ce sont 567 nouveautés qui sortiront entre fin août et début novembre en librairies. Panorama de ce phénomène littéraire et commercial très français.
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La rentrée littéraire 2018 : les chiffres des lettres

Ce sont 567 nouveautés qui sortiront entre fin août et début novembre en librairies. Panorama de ce phénomène littéraire et commercial très français.



LE MONDE
 |    26.08.2018 à 09h02
    |

            Eugénie Dumas et 
Marianne Boyer








                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ L’écrivain, remarqué en  2014 avec « Debout-Payé », vit aujourd’hui entre France et Côte d’Ivoire. De cet entre-deux est né « Camarade Papa », son deuxième roman.
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« J’ai deux cultures en moi », confie Gauz

L’écrivain, remarqué en  2014 avec « Debout-Payé », vit aujourd’hui entre France et Côte d’Ivoire. De cet entre-deux est né « Camarade Papa », son deuxième roman.



LE MONDE
 |    26.08.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
26.08.2018 à 16h30
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Vingt minutes à peine que nous sommes attablés dans un café, et une connaissance l’interpelle depuis la rue. « Tu vas bien, t’écris toujours ? – Oui, j’ai encore un bouquin qui sort à la rentrée. – Ah oui, sur quoi ? – Colonisation, décolonisation et autres luttes marxistes. » Ainsi parlait Armand Patrick Gbaka-Brédé, dit Gauz, un matin d’août, à ­Paris. Au téléphone, il avait déjà expliqué ne jamais vouvoyer quiconque par refus de cette « concession à la bourgeoisie ». Très remarqué (50 000 exemplaires vendus) lors de la rentrée littéraire 2014 pour Debout-Payé, Gauz revient avec Camarade Papa, un livre qui annonce la couleur dès la couverture : le rouge.

A la parution de son premier roman, cette dimension politique avait été moins commentée que sa dimension autobiographique. Car, comme le narrateur, Ossiri, Gauz avait été un « debout-payé », expression populaire dans la capitale ivoirienne qui désigne un vigile en France. L’auteur raconte : « Tout le monde a parlé de ça, c’est dingue ! Bien sûr, on met toujours une part de notre histoire, de celle de nos parents, quand on écrit. Mais le roman, c’est de la fabrication pure, une vie à part entière. »
Un master de biochimie en poche
Celle de Gauz, né à Abidjan en 1971 d’un père enseignant, ex-député socialiste, et d’une mère infirmière et communiste, partie clandestinement au Rwanda en 1994 soigner les blessés du génocide, peut se résumer comme suit pour l’âge adulte. Le 14 août 1999, il arrive en France. A 28 ans, un master de biochimie en poche, et des années de photo, de cinéma et de journalisme à travers la Côte d’Ivoire derrière lui, Gauz ressent le besoin de se « balader ailleurs ».
Il reçoit une bourse pour faire un autre master en biochimie à Paris-VII, mais pas de visa étudiant. Le patron de Radio Nostalgie à Abidjan, où il pige, l’aide à décrocher un visa affaires. Celui-ci expire un an plus tard. Gauz travaille alors...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Les deux groupes étaient en ouverture de la deuxième journée du festival qui se tient au domaine national de Saint-Cloud jusqu’à dimanche.
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A Rock en Seine, The Psychotic Monks enthousiasme et Onyx Collective déçoit

Les deux groupes étaient en ouverture de la deuxième journée du festival qui se tient au domaine national de Saint-Cloud jusqu’à dimanche.



LE MONDE
 |    25.08.2018 à 18h36
    |

            Sylvain Siclier








                        



   


En ouverture de la deuxième journée, samedi 25 août, de Rock en Seine, détenu par Matthieu Pigasse [actionnaire du Monde à titre personnel] au travers de sa structure Les Nouvelles Editions indépendantes et par l’entreprise américaine de spectacles sportifs et culturels AEG, deux groupes avaient attiré l’attention sur le programme, susceptibles de mener le festival vers des ailleurs musicaux. The Psychotic Monks, d’abord, de retour à Rock en Seine, où le quartette parisien avait été programmé en 2016 sur la scène des Découvertes Ile-de-France. Récent Prix Chorus, en avril, le groupe est cette fois scène de l’Industrie.
Formé en 2015, The Psychotic Monks, déploie un jeu à quatre (Martin Bejuy et Arthur Dussaux, guitares, Paul Dussaux, claviers, basse et Clément Caillierez, batterie) où l’attention à l’autre, la réactivité sont primordiales. De la déflagration sonore, par l’entrelacs des deux guitares, avec effets de saturation, Larsen, à une presque suspension instrumentale, dans des passages dont l’atmosphère douce fait contraste. On est saisi par l’intensité qui émane dès les premières minutes du concert, qui débute par It’s Gone. Suivent des mouvements qui s’enchaînent, sans qu’il soit toujours possible de discerner ce qui relève du prévu, du travaillé durant de longues heures et de l’improvisé.

Si des influences, des références sont à discerner elles pourraient venir de la période expérimentale de Pink Floyd, dans sa part la plus étrange, des Allemands de Faust, dans les années 1970, mais aussi des Stooges avec Iggy Pop en 1969 produits par John Cale (les sombres évolutions de We Will Fall). Sans que pour autant le groupe semble coincé dans une faille temporelle du passé. Il y a là un travail sur la forme, sur la matière sonore, que l’on entend aussi dans les voix, mots en anglais, qui viennent plus comme un instrument supplémentaire que comme des phrases mélodiques.
Chansons mollassonnes
Juste après, c’est à la scène du Bosquet, un peu à l’écart des principales allées de la partie basse du domaine national de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), où est organisé le festival jusqu’au dimanche 26 août qu’il fallait se rendre. Sur la promesse, annoncée par des articles dithyrambiques dans le New York Times et des magazines musicaux américains de découvrir le dessus du panier du jazz expérimental new-yorkais d’aujourd’hui, Onyx Collective, fondé en 2014. Ce que quelques vidéos sur Internet et des morceaux écoutés pouvaient laisser supposer. Las, Onyx Collective, qui peut compter jusqu’à une douzaine de musiciens et dont le propos entendu tend effectivement vers une forme de jazz assez chercheur, s’est révélé, pour cette première venue à Paris, loin de ce propos.

Ils sont quatre, dont les deux fondateurs, le saxophoniste Isaiah Barr et le batteur Austin Williamson. Leur répertoire, lors de ce concert décevant, des chansons mollassonnes, un peu soul, un peu pop, un peu reggae, de temps à autre un vague phrasé ternaire du batteur, quelques interventions au saxophone, juste pour souligner des lignes mélodiques. Que le groupe soit dans l’envie d’aller vers d’autres territoires, pourquoi pas, mais que cela soit dans une manière aussi banale est dommage.
Festival Rock en Seine, au domaine national de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine). Jusqu’au dimanche 26 août. 59 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Au festival du film francophone d’Angoulême le réalisateur d’« Un sac de billes » et de « La Drôlesse » et le jeune directeur de casting de ces films devenu directeur de la manifestation ont présenté les films de Doillon consacrés à l’enfance.
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Dominique Besnehard et Jacques Doillon retombent en enfance

Au festival du film francophone d’Angoulême le réalisateur d’« Un sac de billes » et de « La Drôlesse » et le jeune directeur de casting de ces films devenu directeur de la manifestation ont présenté les films de Doillon consacrés à l’enfance.



LE MONDE
 |    25.08.2018 à 17h53
 • Mis à jour le
25.08.2018 à 18h45
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

Dans le programme du festival d’Angoulême, il y a toujours une trace d’autoportrait, celui de son cofondateur, Dominique Besnehard. Cette année, elle a pris la forme d’une rétrospective que le Festival du film francophone a consacrée à Jacques Doillon, en sa présence. C’est aux côtés du réalisateur de La Fille prodigue et de Rodin que le futur agent et producteur a fait ses premiers pas, en tant que stagiaire, sur un plateau de cinéma, celui d’Un sac de billes, en 1975, première adaptation du roman de Joseph Joffo qui suit la fuite de deux enfants juifs à travers la France occupée.
« Dominique a trouvé l’aîné des deux frères, j’ai trouvé le cadet », se souvient Doillon. Quelques décennies plus tard, les deux hommes ont décidé de programmer à Angoulême les films de Doillon dans lesquels jouent des enfants ou des adolescents : Un sac de billes, La Drôlesse, La Vie de famille, Le Petit Criminel, Ponette et Raja. Les deux premiers ont bénéficié des talents naissants de directeur de casting de Dominique Besnehard.

Ecouter le cinéaste, désormais septuagénaire, et le directeur de festival se remémorer ces deux tournages ramène à une façon de faire du cinéma aujourd’hui disparue. François Truffaut avait imposé Jacques Doillon à Claude Berri, producteur d’Un sac de billes, et le jeune metteur en scène, qui n’avait à son actif que L’An 01 et Les Doigts dans la tête, avait imposé « un, la liberté d’adaptation, ce qui [lui] a valu quelques conflits avec Joffo ; deux, le choix des deux enfants ». Il avait aussi engagé comme stagiaire ce jeune élève du conservatoire de la rue Blanche tombé en admiration devant Les Doigts dans la tête.
Force vitale
Dominique Besnehard ayant dépassé, pendant le tournage d’Un sac de billes, le domaine de compétence habituellement dévolu aux stagiaires, il a été...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ La onzième édition du festival du film francophone, dirigé par Dominique Besnehard, est marquée par la récurrence du thème de l’engagement social ou politique, traité sur le mode comique.
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A Angoulême, comédies sociales à la française

La onzième édition du festival du film francophone, dirigé par Dominique Besnehard, est marquée par la récurrence du thème de l’engagement social ou politique, traité sur le mode comique.



LE MONDE
 |    25.08.2018 à 17h47
 • Mis à jour le
26.08.2018 à 06h48
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                            Thomas Sotinel








                        



   


Pour le dixième anniversaire et la onzième édition du Festival du film francophone d’Angoulême, du 21 au 26 août, ses aînés, les festivals de Venise et de Toronto, lui ont rendu l’hommage de leur jalousie. Organisées respectivement une et deux semaines plus tard, les manifestations italienne et canadienne ont exigé des sociétés de vente internationales, des distributeurs et des producteurs français qu’ils choisissent de dévoiler leurs films sur les bords de la Charente, sur ceux de la lagune de Venise ou du lac Ontario. C’est ainsi que Mademoiselle de Joncquières, marivaudage cruel d’Emmanuel Mouret avec Cécile de France, ne sera pas projeté à Angoulême, comme initialement prévu, puisqu’il a été retenu dans la section « Platform » à Toronto.

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Le choix n’opère pas toujours en défaveur du festival fondé, en 2008, par Dominique Besnehard et Marie-France Brière : plutôt que de répondre à la sollicitation d’une section parallèle vénitienne, l’équipe de Tout ce qu’il me reste de la révolution, premier long-métrage de Judith Davis, est venue accompagner son film, présenté en compétition.
Du rire pour atténuer les larmes
Celle-ci, qui rassemble dix films francophones, dont cinq français, forme la face audacieuse de ce festival-Janus. Le visage fédérateur est celui que présente un solide menu de quatorze avant-premières, de Voyez comme on danse, de Michel Blanc, avec Jean-Paul Rouve (qui présentait, en tant que réalisateur, Lola et ses frères), à I Feel Good, de Benoît Delépine et Gustave Kervern, avec Jean Dujardin et Yolande Moreau. C’est le public, qui, à presque toutes les séances, remplit les salles jusqu’au dernier fauteuil et se charge de faire la jonction, passant sans heurt (mais pas toujours avec le même enthousiasme) du boulevard contemporain aux premiers films d’auteur.
En se faisant festivalier boulimique (il n’y en a pas d’autre à Angoulême), il était impossible de ne pas remarquer une coïncidence si insistante qu’elle pouvait être qualifiée de tendance. Au fil des avant-premières, on a vu dans trois comédies trois actrices, Yolande Moreau dans I Feel Good, Noémie Lvovsky dans Les Invisibles, de Louis-Julien Petit, et Agnès Jaoui dans Les Bonnes Intentions, de Gilles Legrand, prendre des rôles de femmes qui traversaient une crise personnelle en empruntant la voie du bénévolat. Ces figures occupent des places très différentes de film en film, et les cinéastes ne les utilisent pas sur le même registre. Reste que les trois longs-métrages avaient en commun de recourir au comique pour atténuer la douleur lancinante et incurable de la question « Que faire » ?

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On passera rapidement sur la réponse qu’apportent Delépine et Kervern. I Feel Good sort en salle dès le 26 septembre, et l’on découvrira l’affrontement (symboliquement) fratricide entre un garçon (Jean Dujardin) qui importe brutalement ses rêves de réussite entrepreneuriale dans une communauté Emmaüs animée par sa sœur (Yolande Moreau). Il suffit d’avoir vu un seul des films réalisés par le duo (Le Grand Soir, avec Poelvoorde et Dupontel, apocalypse dans la grande distribution, par exemple) pour savoir de quel côté leur cœur penche. L’innovation pour Kervern et Delépine réside ici dans l’exploration semi-documentaire de la communauté, dont les membres sont filmés avec attention, sans jamais empiéter sur le domaine des comédiens professionnels, la fiction.
Ancrage dans la réalité
Louis-Julien Petit a, lui, tenté d’effacer cette frontière. Il a demandé à des femmes sans domicile de jouer dans Les Invisibles, inspiré du travail documentaire de la photographe et réalisatrice Claire Lajeunie. La fiction n’a rien de documentaire – l’équipe d’un centre d’accueil de jour (Audrey Lamy, Corinne Masiero, Noémie Lvovsky, Déborah Lukumuena) passe dans la clandestinité après la destruction d’un campement de femmes SDF –, mais les corps et les visages des utilisatrices du centre rappellent sans relâche à la réalité sur laquelle repose cette comédie. Ce sont elles qui font oublier les facilités du récit, qui convainquent de la justesse du propos. Les Invisibles sortira en salle le 9 janvier 2019.
C’est peut-être cet ancrage qui manque aux Bonnes Intentions, de Gilles Legrand, portrait d’Isabelle (Agnès Jaoui), professeure d’alphabétisation, défenseuse de la veuve, de l’orphelin et du réfugié, mais épouse insatisfaite et insatisfaisante, mère absente. Elle est trop longtemps tournée en ridicule pour que l’on croie à la justesse de ses intentions, même si, in extremis, scénariste (la dramaturge Léonore Confino) et réalisateur œuvrent frénétiquement à sa rédemption (sortie le 21 novembre).
On retrouve cette obsession de l’échec politique et social dans Tout ce qu’il me reste de la révolution. Mais Angèle (Judith Davis, qui s’est confié le rôle principal), l’héroïne de cette comédie romantique post-marxiste, n’a vécu que par procuration les échecs de ses aînés. Angèle traverse la vie et la ville avec la mine d’une jeune femme en colère. Elle a ses raisons : architecte, elle n’arrive pas à être rémunérée pour son travail ; fille d’un couple militant défait par l’histoire, elle a pris le parti de Papa (Simon Bakhouche), qui vit dans le ressassement des grandes heures de la révolution qui a failli venir, contre maman (Mireille Perrier), qui a déserté pour la campagne.
Le film est une promenade gaie et sensuelle dans un paysage dévasté, à l’image de cette entrée de ville (la porte de Montreuil, à Paris), à laquelle Angèle rêve de redonner un aspect compatible avec la vie en société. Au fil des séquences, on croise un cadre en burn-out, un instituteur amoureux, une sculptrice au bord de la compromission… Ces incidents, ces rencontres pourraient n’être qu’une collection de choses vues, Judith Davis les assemble en une mosaïque d’une étonnante profondeur de champ. A l’applaudimètre angoumois, Tout ce qu’il me reste de la révolution a fait jeu égal avec les comédies les plus attendues.




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Malgré une première journée aux accents rap, les amateurs de rock avaient de quoi écouter au domaine national de Saint-Cloud.
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Au festival Rock en Seine, groupe à guitares, pop chercheuse et rap punk

Malgré une première journée aux accents rap, les amateurs de rock avaient de quoi écouter au domaine national de Saint-Cloud.



LE MONDE
 |    25.08.2018 à 17h42
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            Sylvain Siclier








                        



   


Sans préjuger du bilan final de la fréquentation, la première journée, vendredi 24 août, du festival Rock en Seine, détenu par Matthieu Pigasse [actionnaire du Monde à titre personnel] au travers de sa structure Les Nouvelles Editions indépendantes et par l’entreprise américaine AEG, aura été clairement en deçà des capacités d’accueil de son site. Signes évidents, la fluidité des déplacements d’une scène à l’autre dans les larges allées du domaine national de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), où a lieu, jusqu’au dimanche 26 août, le festival, et le peu d’attente aux espaces de restauration ou aux toilettes.
En programmant en vedettes de ce vendredi soir sur la Grande Scène des formations plutôt étiquetées rap – Mike Shinoda, Die Antwoord ou PNL –, les organisateurs entendaient montrer une attention au genre plus marquée cette année. Les amateurs se sont peu déplacés et le public rock et pop – tendances fondatrices du festival depuis sa création, en 2003 – ne s’y est peut-être pas retrouvé. Il y avait pourtant de quoi écouter en la matière, mais il n’y avait pas de têtes d’affiche fédératrices.

Après une ouverture avec les Argentins d’Attaque 77, dans l’évidence du rock punk, c’est vers la nouvelle petite scène Firestone qu’il fallait se rendre. West TheBarton, groupe australien, y a célébré la forme du rock à guitares… avec quatre guitaristes et une base rythmique basse et batterie emmenée par le chanteur Ray Dalfsen, dit « Reverend Ray ». Sans développer l’interaction entre les quatre guitares, mais en pariant sur l’efficacité de superpositions d’une même attaque rythmique ou d’une phrase mélodique.
Soubresauts, brisures et croisements stylistiques
Juste après, c’est Dirty Projectors, formation new-yorkaise, actuellement composée de trois filles et trois garçons, à la Cascade, l’autre grande scène du festival. Un univers de chansons pop, tout en soubresauts, brisures, croisements stylistiques, mêlant dans un même thème rock, citations reggae ou funk, avec de sophistiqués décalages vocaux et instrumentaux. On ne sait pas trop d’où ça part ni où cela veut arriver, mais le propos est assez réjouissant. A Firestone, peu après, voici The Orielles, trio de jeunes pousses britannique, encore bien appliqué, mais qui trouve un rien d’originalité entre le jeu complet, technique, du guitariste Henry Carlyle Wade et la manière pop de la chanteuse et bassiste Esme Dee Hand-Halford.

Et puis, à la nuit tombée, le spectacle toujours impressionnant de Die Antwoord, formé en 2008 au Cap (Afrique du Sud), pouvait convaincre l’amateur de rock. En 2014, ils avaient déjà emporté ici la frénésie rythmique de leur musique et le flot rap des voix conjuguées de Ninja, grondeur, rageur et de Yo-Landi Vi$$er, enfantine, aiguë. En 2018, la déferlante Die Antwoord est toujours de premier ordre.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Avec « Un monde à portée de main », autour d’une peintre en décor et trompe-l’œil, la romancière signe son grand retour après « Réparer les vivants ». Mise en relief des traits constants de son œuvre.
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Maylis de Kerangal, textures et motifs

Avec « Un monde à portée de main », autour d’une peintre en décor et trompe-l’œil, la romancière signe son grand retour après « Réparer les vivants ». Mise en relief des traits constants de son œuvre.



LE MONDE
 |    25.08.2018 à 13h00
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            

C’est la promesse de tous les romans : nous mettre « un monde à portée de main ». Le livre de Maylis de Kerangal portant ce titre n’évoque pas directement la littérature, mais les analogies entre le travail de son héroïne, Paula Karst, peintre en décor ayant appris à reproduire sur une surface textures et motifs, et celui de l’auteure sautent en permanence aux yeux au fil de cet hypnotisant roman sur la fiction et les manières de « braquer le réel ».
Il est né d’une envie qu’avait depuis longtemps l’écrivaine, révélée au grand public par Corniche Kennedy et Naissance d’un pont, puis Réparer les vivants (Verticales, 2008, 2010, 2014), de se pencher sur l’art pariétal et, plus précisément, sur les répliques produites pour permettre de voir les œuvres réalisées par l’homme préhistorique tout en préservant les lieux originels – le dernier chapitre nous entraîne à Lascaux, où Paula doit réaliser un fac-similé. « En avançant, j’ai réalisé que, pour avoir accès à notre histoire, on doit passer par des artefacts, réalisés par des artistes de l’illusion… Cela m’a évidemment fait penser au roman », explique-t-elle quand on la rencontre mi-août à Paris, la parole toujours dense et précise, scandée par le mouvement de ses mains. Art poétique à peine masqué, Un monde à portée de main est une belle occasion de faire avec Maylis de Kerangal, en quatre mots, un petit tour de son monde.
Réparation
Si Maylis de Kerangal a publié deux courts textes depuis (A ce stade de la nuit, Guérin, 2014 ; rééd. Verticales, 2015, et Un chemin de tables, Seuil, 2016), Un monde à portée de main marque son grand retour après Réparer les vivants. Ce livre sur une transplantation cardiaque, adapté au théâtre et au cinéma, a connu un tel succès que son titre s’est vite mué en cliché journalistico-littéraire. Mais cet ouvrage magnifique constituait une bifurcation dans le chemin d’écriture...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Notre chroniqueur a encore frappé : après les vestiaires d’Isabelle Adjani et de Charlotte Gainsbourg, Marc Beaugé scrute celui de l’ex-chanteur d’Oasis, désormais en solo. On pourra le voir, et l’entendre, au festival Rock en Seine le samedi 25 août.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ La concurrence entre les deux géants du spectacle, AEG et Live Nation, a donné lieu, vendredi 24 août, à une surenchère rap et à une dispersion du public.
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Marathon rap entre La Défense Arena et Rock en Seine

La concurrence entre les deux géants du spectacle, AEG et Live Nation, a donné lieu, vendredi 24 août, à une surenchère rap et à une dispersion du public.



LE MONDE
 |    25.08.2018 à 10h17
 • Mis à jour le
26.08.2018 à 15h17
    |

                            Stéphanie Binet








                        



                                


                            
Il y avait le désormais célèbre clash de rappeurs, il y a dorénavant celui des festivals. Vendredi 24 août, un peu de moins de 15 000 spectateurs assistaient à la première journée de Rock en Seine, au domaine national de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), qui avait programmé en tête d’affiche le groupe de rap français PNL. A huit kilomètres de là, ils n’étaient que quelques milliers de plus à combler le vide de la gigantesque salle prévue pour 40 000 personnes de La Défense Arena. Le producteur Live Nation y organisait la première édition de son Paris Summer Jam, avec quatre groupes de hip-hop, dont deux, l’Américain Kendrick Lamar et les Français IAM, avaient respectivement déjà rempli deux AccorHotels Arena, à Paris, en février et mars. PNL avait réalisé la même performance en novembre 2017.
La raison de cette surenchère « rapologique » de cette fin d’été : la concurrence entre deux géants américains du spectacle, Live Nation et AEG, qui ont fait monter les enchères pour un troisième concert de Kendrick Lamar à Paris. Le tout récent lauréat du prix Pulitzer de la musique était d’abord programmé à Rock en Seine, le 24 août, avec un cachet de 1 million de dollars, mais Live Nation, qui organise ses concerts hexagonaux, a remporté la mise avec une meilleure proposition financière. Et voilà le promoteur obligé de monter un festival autour de cette date avec le groupe de Pharrell Williams, N.E.R.D., et les Marseillais d’IAM pour justifier son choix. Rock en Seine a, lui, misé sur le rap français et ses leaders, PNL, qui donnaient leur seul concert de l’année 2018 avant la sortie d’un probable nouvel album.
Vendredi 24 août, en milieu d’après-midi, tout avait pourtant bien commencé au domaine de Saint-Cloud. L’étoile montante du rap français, Josman, réussissait à réchauffer les fans de hip-hop, refroidis par la baisse des températures, avec ses titres comme L’Occasion ou Violet & Vert. A peine le temps de humer l’ambiance très « été indien »...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Michelle Perrot redonne vie à Nohant au XIXe siècle, où l’écrivaine vécut entourée des siens et d’artistes, de Chopin à Flaubert… Une fête !
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Histoire littéraire. Quand George Sand faisait communauté

Michelle Perrot redonne vie à Nohant au XIXe siècle, où l’écrivaine vécut entourée des siens et d’artistes, de Chopin à Flaubert… Une fête !



LE MONDE
 |    25.08.2018 à 09h00
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
George Sand à Nohant, de Michelle Perrot, Seuil, « La librairie du XXIe siècle », 464 p., 24 €.

Comment se construit une maison ? Croire qu’il suffit de murs, portes et fenêtres, c’est rester très bas de plafond. Car ce sont aussi quantité d’histoires et de mots, intriqués aux éléments physiques, qui font exister n’importe quel foyer. Récits de sa construction, de ses modifications, de son entretien, évidemment. Mais aussi paroles sans nombre des gens qui y vécurent amours et deuils, drames et rires, inventions et déceptions. Toute maison retient ainsi, tapies dans ses plis, une kyrielle de vies, le plus souvent rendues muettes par l’oubli. Pas toujours, heureusement.
Avec la grande demeure – à ­Nohant, dans le Berry (Indre) – qui abrita les mille vies de l’effervescente George Sand (1804-1876) et des siens, un riche matériau s’offre aux explorations, récits et réflexions de Michelle Perrot. Voilà en effet un lieu d’exception, habité plusieurs décennies de suite, de manière provocante, utopique, déraisonnable et inventive, par une tribu bigarrée. Elle voit coexister génies et paysans, enfants et adultes, hôtes de passage et animaux familiers. L’atmosphère est à la fois bohème et studieuse.
Archives et nostalgie
La maison s’édifie sur des violences – mort du petit frère, mort du père, coups du premier mari… – et sur des éclats de rire, des amants de passage, des amours durables. S’y trament également des constellations de livres, notes de musique, pièces de théâtre, croquis, tableaux… Pareil univers ne pouvait manquer d’attirer une grande historienne, familière de George Sand, de son temps, de ses idées, exercée à scruter histoire de la vie privée, histoire des femmes et Histoire de chambres (Seuil, prix Femina essai 2009). Avec George Sand à Nohant, Michelle Perrot entraîne heureusement le lecteur dans cette propriété bruissante d’archives et de nostalgie.
On...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Les organisateurs redoutent des débordements après des menaces émanant « des chasseurs et des éleveurs ».
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La mairie de Calais annule un festival végan en raison de menaces

Les organisateurs redoutent des débordements après des menaces émanant « des chasseurs et des éleveurs ».



LE MONDE
 |    25.08.2018 à 08h16
 • Mis à jour le
25.08.2018 à 10h13
   





                        


Un festival végan, initialement prévu le 8 septembre, a été annulé, vendredi 25 août, par la mairie de Calais en raison de menaces proférées par « des chasseurs et des éleveurs » et de risque de débordements.
Sur leur page Facebook, les organisateurs déclarent que la maire de Calais, Natacha Bouchart, « a pris cette décision, car des chasseurs et des éleveurs se sont associés pour proférer des menaces très claires à propos de ce qui pouvait se passer si l’événement était maintenu. »

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Crainte de perturbations de l’ordre public
Selon la mairie, « cette décision est consécutive à des informations annonçant une série d’opérations visant à semer le trouble et à perturber l’ordre public, en marge de l’organisation de ce festival ». « La multiplication de ces informations parvenues ces derniers jours en mairie a fait peser des incertitudes sur les conditions dans lesquelles le festival pourrait se tenir », ajoute-t-elle dans son communiqué.
« Afin de garantir la sécurité publique et de ne pas exposer les visiteurs, partenaires et organisateurs du salon à un risque de débordement, le choix a été fait d’annuler cet événement », explique la mairie, précisant que cette décision n’est pas liée à la nature ni au thème du festival.

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Tensions entre bouchers et végans
Cette décision intervient dans un contexte plus global de tensions avec la filière viande. Les végans ont suscité des crispations auprès des bouchers après une série d’attaques de boucheries en France ces derniers mois. Le président de la Confédération française de la boucherie, boucherie-charcuterie, traiteurs (CFBCT), Jean-François Guihard, avait été reçu, le 2 juillet, au ministère de l’intérieur, réclamant « la vigilance, l’arrêt de l’impunité pour que les artisans puissent faire leur métier ». Il s’inquiétait « des conséquences de la surmédiatisation du mode de vie végan », selon une lettre adressée à Beauvau peu avant, et déplorait les « intimidations », dont ont fait l’objet des boucheries-charcuteries.
De leur côté, les militants végans rejettent la violence, dont ils sont accusés. Pour Claire Schweitzer, porte-parole des associations Liberté égalité animale 49 et L214, la violence est d’abord du côté des éleveurs « quand ils cassent du matériel ou déversent du fumier devant la préfecture, comme elle l’affirmait au Monde en juillet. Nous, ce n’est pas le genre d’actions qu’on mène. Nos méthodes sont systématiquement non violentes. » 
Le véganisme est un mode de vie consistant à ne consommer aucun produit issu des animaux ou de leur exploitation. L’adoption de ce mode de vie découle généralement d’une idéologie qui propose une redéfinition normative de ce que devraient être les relations des humains aux animaux.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Chaque samedi, « La Matinale du Monde » vous propose un choix d’émissions et de podcasts à savourer en différé.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤                     
                                                

Une gigantesque prise d’otages, une icône et un film dérangeant : notre sélection de replays

Chaque samedi, « La Matinale du Monde » vous propose un choix d’émissions et de podcasts à savourer en différé.



LE MONDE
 |    25.08.2018 à 06h31
   





                        



   


LES CHOIX DE LA MATINALE
Cette semaine, on peut voir (ou revoir) un documentaire consacré à la plus grande prise d’otages du XXe siècle, revivre le remarquable parcours de Mireille Darc, découvrir un cruel portrait de la société occidentale et écouter un podcast sur la relation qu’entretiennent les écrivains avec le sport.
Mireille Darc, à la vie à la mort 

C’est le portrait aussi stimulant qu’émouvant d’une femme française. L’histoire d’une gamine brune, timide et solitaire élevée dans un milieu plus que modeste à Toulon et qui, très tôt, décide de mener une autre existence. De vivre plus près de la lumière, des planches de théâtre, puis des plateaux de tournage. Quitter la torpeur varoise et les pesanteurs familiales pour Paris et ses opportunités était plus qu’un choix : une nécessité pour éviter de sombrer. Icône capable de se moquer d’elle-même, comédienne, actrice, modèle, photographe, documentariste, bonne copine à l’aise au milieu de machos coriaces ou femme libre jouant de son corps au cœur des années pop. Et même femme au foyer, à une époque où Darc et Delon forment un couple de feu : « J’ai envie de dépendre de lui des pieds à la tête ! », lance-t-elle, comme pour provoquer.
La richesse des archives rassemblées, les extraits de films passés à la postérité et la diversité des témoignages (de son assistante et confidente Véronique de Villèle à Michel Sardou, en passant par Michel Audiard, Alain et Anthony Delon, et le photographe Francis Giacobetti, pour ne citer qu’eux), toutes et tous évoquent la grande blonde avec une admiration non feinte. Après avoir visionné ce documentaire, on comprend mieux pourquoi. Alain Constant 
« Mireille Darc, la femme libre », de Stéphane Benhamou et Sylvain Bergère (France, 2018, 115 min) à revoir sur France 3 Replay.
« The Square » : un triste héros des temps modernes
Quadragénaire de belle prestance, élégant, d’extraction bourgeoise, écologiquement correct, soucieux du bien commun au point de ­toucher à une forme de masochisme ostentatoire, plus discrètement veule dans tous les compartiments de la vie, le spécimen en question se nomme Christian. Il est divorcé avec deux enfants, exerce la profession de conservateur d’un prestigieux musée d’art moderne.
Le film du Suédois Ruben ­Ostlund, à l’humour mordant, dresse le portrait cruel d’une certaine société occidentale. Au programme : l’Homo suedus contemporain, ­incarnation sophistiquée des ­valeurs occidentales, passé au ­crible d’un ­humour ­polaire, ­mordant, sardonique, confinant parfois au déplaisant. On ­retrouve dans The Square (« Le carré ») ce type d’homme que ­Ruben Ostlund, drôle d’oiseau misanthrope paré du plumage de la critique sociétale, aime spécialement martyriser, parmi les autres personnages qu’il n’épargne pas davantage. ­Jacques Mandelbaum 
The Square, de Ruben Ostlund (Suède/Fr., 2017, 145 min) à revoir sur myCanal.
La Mecque, le prédicateur et le GIGN



Postés dans les minarets de la Grande Mosquée de La Mecque, des tireurs embusqués font régner la terreur. A l’aube du 20 novembre 1979, plusieurs centaines de combattants lourdement armés prennent possession du lieu le plus sacré de l’islam, transformant le gigantesque sanctuaire en piège pour des milliers de pèlerins. Les assaillants sont menés par le Saoudien Juhayman Al-Otaibi, prédicateur issu d’une tribu de Bédouins marginalisée, qui a exposé dans un ouvrage les principes de la création d’un véritable Etat islamique en Arabie saoudite. On apprendra plus tard qu’ils exigent l’abdication de la famille royale, l’expulsion de tous les étrangers impies et le retour du pays à un islam pur.
Ce qui fut de fait la plus grande prise d’otages du XXe siècle est donc méticuleusement décortiqué, avec des images d’archives inédites, par Dirk van den Berg, qui a réussi à faire parler face caméra des témoins de premier plan : le fils du général saoudien ayant dirigé l’assaut, l’ex-attaché militaire américain à Djedda, mais aussi d’anciens compagnons de combat de Juhayman et des chercheurs et journalistes réputés. Alain Constant
« Le Siège de La Mecque », de Dirk van den Berg (France, 2015, 55 min) à revoir sur Arte + 7.
L’écriture, un sport comme les autres



L’écrivaine Nathalie Azoulai se demande, dans sa série « L’écriture est un sport comme les autres », diffusée sur France Culture, si la pratique d’un sport peut aider les écrivains à trouver l’inspiration. L’idée, originale, s’inspire de son expérience personnelle. « Je me suis dit que d’autres écrivains pouvaient partager la même expérience et, à partir de là, j’ai construit ma série en me souciant de la variété des pratiques sportives et des profils littéraires », explique l’auteure de Titus n’aimait pas Bérénice, Prix Médicis 2015 – dans un entretien à Télérama.
Dans ce nouvel épisode, Lola Lafon parle de son rapport à la danse, « une affaire de violence, de travail, de souffrance » et à l’écriture : « Je commence par écrire, puis c’est la récompense, ou l’échappatoire. » A retrouver aussi, Sigolène Vinson et le surf ou encore Jean-Christophe Rufin et l’alpinisme, entre autres. Marion Delpech
« L’écriture est un sport comme les autres », de Nathalie Azoulai à réécouter sur France Culture.



                            


                        

                        


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Rock en Seine vs. Paris Summer Jam : un choc des titans décevant

Les deux festivals, organisés par des promoteurs ambitionnant de conquérir le marché français, n’ont pas fait le plein vendredi soir.



LE MONDE
 |    25.08.2018 à 03h11
 • Mis à jour le
25.08.2018 à 11h57
   





                        



   


Un choc des titans décevant. Organisés simultanément à Paris, l’historique festival Rock en Seine, détenu à moitié par le promoteur AEG, et Paris Summer Jam, dernier-né chez Live Nation, étaient loin de faire le plein dans la soirée du vendredi 24 août.
Aucun chiffre sur l’affluence n’a été communiqué par les promoteurs. Mais au parc de Saint-Cloud, où peuvent circuler habituellement jusqu’à 40 000 personnes, on était beaucoup plus proches des 20 000 festivaliers, conformément aux prévisions des organisateurs de Rock en Seine, qui avaient fait le pari de placer le groupe de rap PNL en tête d’affiche française.
A une dizaine de kilomètres de là, à l’U Arena de Nanterre, même constat : il n’y avait pas foule. Le Paris Summer Jam, où se produisait, pourtant, la star américaine Kendrick Lamar, a peiné à remplir à moitié la plus grande salle fermée d’Europe (40 000 places), là où les Rolling Stones ont fait le plein trois soirs d’affilée en 2017.
Court-circuitées
Ni AEG ni Live Nation, qui ambitionnent de conquérir le marché français des festivals, ne pourront se satisfaire de ces faibles affluences. Les deux soirées auraient pu espérer attirer plus de monde si elles avaient été organisées à des dates séparées. En l’état, elles se sont court-circuitées.
Il reste à Rock en Seine deux journées, samedi et dimanche, pour faire le plein de public. Et il sera, désormais, intéressant de voir si Live Nation reconduira l’expérience Paris Summer Jam en 2019.

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Eric Fassin : « L’appropriation culturelle, c’est lorsqu’un emprunt entre les cultures s’inscrit dans un contexte de domination »

Dans un entretien au « Monde », le sociologue Eric Fassin revient sur ce concept né dans les années 1990, au cœur de nombre de polémiques récentes.



LE MONDE
 |    24.08.2018 à 18h52
 • Mis à jour le
24.08.2018 à 22h52
    |

            Laura Motet








                        



   


Des internautes se sont empoignés sur ces deux mots tout l’été : « appropriation culturelle ». Le concept, né bien avant Twitter, connaît un regain de popularité. Dernièrement, il a été utilisé pour décrire aussi bien le look berbère de Madonna lors des MTV Video Music Awards, la dernière recette de riz jamaïcain du très médiatique chef anglais Jamie Oliver, ou l’absence de comédien autochtone dans la dernière pièce du dramaturge québécois Robert Lepage, Kanata, portant justement sur « l’histoire du Canada à travers le prisme des rapports entre Blancs et Autochtones ».
Qu’ont en commun ces trois exemples ? Retour sur la définition et sur l’histoire de l’« appropriation culturelle » avec Eric Fassin, sociologue au laboratoire d’études de genre et de sexualité de l’université Paris-VIII et coauteur de l’ouvrage De la question sociale à la question raciale ? (La Découverte).
D’où vient le concept d’« appropriation culturelle » ?
Eric Fassin : L’expression apparaît d’abord en anglais, à la fin du XXe siècle, dans le domaine artistique, pour parler de « colonialisme culturel ». Au début des années 1990, la critique bell hooks, figure importante du Black feminism, développe par exemple ce concept, qu’elle résume d’une métaphore : « manger l’Autre. » C’est une approche intersectionnelle, qui articule les dimensions raciale et sexuelle interprétées dans le cadre d’une exploitation capitaliste.
Un regard « exotisant »
Cette notion est aussi au cœur de la controverse autour de Paris Is Burning, un film documentaire de 1990 sur la culture des bals travestis à New York. Une autre critique noire, Coco Fusco, reprochait à la réalisatrice Jennie Livingston, une lesbienne blanche, son regard « exotisant » sur ces minorités sexuelles et raciales. Pour elle, il s’agissait d’une forme d’appropriation symbolique mais aussi matérielle, puisque les sujets du film se sont sentis floués, dépossédés de leur image.

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Comment définir ce concept ?
E. F. : Ce qui définit l’appropriation culturelle, comme le montre cet exemple, ce n’est pas seulement la circulation. Après tout, l’emprunt est la règle de l’art, qui ne connaît pas de frontières. Il s’agit de récupération quand la circulation s’inscrit dans un contexte de domination auquel on s’aveugle. L’enjeu n’est certes pas nouveau : l’appropriation culturelle, au sens le plus littéral, remplit nos musées occidentaux d’objets « empruntés », et souvent pillés, en Grèce, en Afrique et ailleurs. La dimension symbolique est aujourd’hui très importante : on relit le primitivisme artistique d’un Picasso à la lumière de ce concept.
Ce concept a-t-il été intégré dans le corpus intellectuel de certaines sphères militantes ?
E. F. : Ces références théoriques ne doivent pas le faire oublier : si l’appropriation culturelle est souvent au cœur de polémiques, c’est que l’outil conceptuel est inséparablement une arme militante. Ces batailles peuvent donc se livrer sur les réseaux sociaux : l’enjeu a beau être symbolique, il n’est pas réservé aux figures intellectuelles. Beaucoup se transforment en critiques culturels en reprenant à leur compte l’expression « appropriation culturelle ».
En quoi les polémiques nées ces derniers jours relèvent-elles de l’appropriation culturelle ?
E. F. : Ce n’est pas la première fois que Madonna est au cœur d’une telle polémique. En 1990, avec sa chanson Vogue, elle était déjà taxée de récupération : le voguing, musique et danse, participe en effet d’une subculture noire et hispanique de femmes trans et de gays. Non seulement l’artiste en retirait les bénéfices, mais les paroles prétendaient s’abstraire de tout contexte (« peu importe que tu sois blanc ou noir, fille ou garçon »). Aujourd’hui, son look de « reine berbère » est d’autant plus mal passé qu’elle est accusée d’avoir « récupéré » l’hommage à la « reine » noire Aretha Franklin pour parler… de Madonna : il s’agit bien d’appropriation.
La controverse autour de la pièce Kanata, de Robert Lepage, n’est pas la première non plus — et ces répétitions éclairent l’intensité des réactions : son spectacle sur les chants d’esclaves avait également été accusé d’appropriation culturelle, car il faisait la part belle aux interprètes blancs. Aujourd’hui, c’est le même enjeu : alors qu’il propose une « relecture de l’histoire du Canada à travers le prisme des rapports entre Blancs et Autochtones », la distribution oublie les « autochtones » — même quand ils se rappellent au bon souvenir du metteur en scène. C’est encore un choix revendiqué : la culture artistique transcenderait les cultures « ethniques ».

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                Robert Lepage annule « Kanata »



Par comparaison, l’affaire du « riz jamaïcain » commercialisé par Jamie Oliver, chef britannique médiatique, peut paraître mineure ; elle rappelle toutefois comment l’ethnicité peut être utilisée pour « épicer » la consommation. Bien sûr, la nourriture aussi voyage. Reste qu’aujourd’hui cette mondialisation marchande du symbolique devient un enjeu.
Pourquoi ce concept fait-il autant polémique ?
E. F. : En France, on dénonce volontiers le communautarisme… des « autres » : le terme est curieusement réservé aux minorités, comme si le repli sur soi ne pouvait pas concerner la majorité ! C’est nier l’importance des rapports de domination qui sont à l’origine de ce clivage : on parle de culture, en oubliant qu’il s’agit aussi de pouvoir. Et c’est particulièrement vrai, justement, dans le domaine culturel.
Songeons aux polémiques sur l’incarnation des minorités au théâtre : faut-il être arabe ou noir pour jouer les Noirs et les Arabes, comme l’exigeait déjà Bernard-Marie Koltès, en opposition à Patrice Chéreau ? Un artiste blanc peut-il donner en spectacle les corps noirs victimes de racisme, comme dans l’affaire « Exhibit B » ? La réponse même est un enjeu de pouvoir.
On parle de culture, en oubliant qu’il s’agit aussi de pouvoir
En tout cas, l’esthétique n’est pas extérieure à la politique. La création artistique doit revendiquer sa liberté ; mais elle ne saurait s’autoriser d’une exception culturelle transcendant les rapports de pouvoir pour s’aveugler à la sous-représentation des femmes et des minorités raciales. L’illusion redouble quand l’artiste, fort de ses bonnes intentions, veut parler pour (en faveur de) au risque de parler pour (à la place de).
Le monde universitaire n’est pas épargné par ces dilemmes : comment parler des questions minoritaires, quand on occupe (comme moi) une position « majoritaire », sans parler à la place des minorités ? Avec Marta Segarra, nous avons essayé d’y faire face dans un numéro de la revue Sociétés & Représentations sur la (non-)représentation des Roms : comment ne pas redoubler l’exclusion qu’on dénonce ? Dans notre dossier, la juriste rom Anina Ciuciu l’affirme avec force : être parlé, représenté par d’autres ne suffit pas ; il est temps, proclame cette militante, de « nous représenter ». Ce n’est d’ailleurs pas si difficile à comprendre : que dirait-on si les seules représentations de la société française nous venaient d’Hollywood ?

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Excursion dans l’au-delà au Festival Berlioz

La manifestation iséroise a connu, jeudi 23 août, une journée placée sous le signe des visions.



LE MONDE
 |    24.08.2018 à 18h23
    |

                            Pierre Gervasoni (La Côte-Saint-André (Isère)








                        



                                


                            

Qui dit Berlioz dit fantastique. Qu’on évoque son œuvre la plus célèbre – la Symphonie fantastique, qui s’achève lors d’« une nuit de sabbat » – ou tant d’autres partitions inspirées par l’amour de l’au-delà, au propre comme au figuré (à l’instar des Nuits d’été où une âme défunte chante sur des vers de Théophile Gautier), le surnaturel est toujours de la partie. Souvent sur fond de religion, comme le laisse entendre avec humour l’exclamation « Sacré Berlioz ! » qui donne le ton de l’édition 2018 du festival consacré au compositeur à La Côte-Saint-André (Isère), où il est né en 1803.
Si la manifestation, qui se déroule jusqu’au 2 septembre, privilégie les grandes fresques berlioziennes en la matière (L’Enfance du Christ, le 25 août, la Messe solennelle, le 28), elle invite aussi à considérer la thématique d’un point de vue plus large, qu’il s’agisse du genre musical (pas forcément religieux) ou des compositeurs (Berlioz et ses contemporains). Il en allait ainsi, le 23 août, avec deux rendez-vous placés sous l’égide de la vision ou de l’hallucination.
D’abord lumineux comme un ­vitrail, le piano de Philippe Bianconi verse dans la sombre frénésie d’un carillon ensorcelé
Donné par le pianiste Philippe Bianconi dans l’église Saint-André, le premier concert ouvrait sur le fantastique allemand par le biais de deux cycles de Robert Schumann à l’origine commune : la production littéraire d’E.T.A. Hoffmann. Les Fantasiestücke font écho à la situation personnelle du jeune compositeur, ballotté entre le doute et l’espoir quant à la possibilité de s’unir à sa bien-aimée. Huit pièces de « fantaisie » (au sens germanique d’« imagination »), autant de scènes où se joue un avenir incertain mais toujours exalté.
D’abord lumineux comme un ­vitrail, le piano de Philippe Bianconi verse dans la sombre frénésie d’un carillon ensorcelé. La troisième étape du périple (Warum ? – « Pourquoi ? ») situe...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Le poète et romancier, qui a laissé sa trace sur les jeunes romanciers de son pays, est mort à Moscou le 17 août.
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Disparition de l’écrivain russe Vladimir Charov

Le poète et romancier, qui a laissé sa trace sur les jeunes romanciers de son pays, est mort à Moscou le 17 août.



LE MONDE
 |    24.08.2018 à 18h05
    |

                            Philippe-Jean Catinchi








                        



                                


                            

Poète rare et romancier d’« une rigoureuse extravagance », selon son traducteur Paul Lequesne, l’écrivain et essayiste russe Vladimir Charov est mort à Moscou le 17 août, à l’âge de 66 ans. S’il naît à Moscou le 7 avril 1952 sous le nom de Vladimir Alexandrovitch Charov, son père s’appelle en réalité Chera Izrailevitch Nurenberg mais, journaliste et écrivain juif membre du Bund (union générale des travailleurs juifs), donc menacé par le pouvoir stalinien, il a troqué ce patronyme pour un autre plus slave. Alexandre Charov, donc.
Malgré le contexte, Nurenberg devenu Charov reste attaché à l’idéal révolutionnaire et s’engage dans la grande guerre patriotique en 1941. L’enfant grandit dans l’appartement que son père a aménagé dans une cité d’écrivains et d’artistes d’un quartier nord de Moscou à la fin des années 1950 et où il reçoit nombre de penseurs de retour des camps, point de chute transitoire pour des destins brisés. Son œuvre, composée de contes pour enfants comme pour adultes, fables allégoriques qui inspirèrent des cinéastes, en a fait un recours intellectuel avant que son adresse n’en fasse un havre salutaire.
Par son ton irréel, ses audaces ironiques, la prose d’Alexandre Charov dit autant qu’on peut le faire sous un régime de censure aiguë. Les hôtes restent ainsi des semaines, voire plus… C’est à cette « université parentale » que Vladimir se forme, assistant, discrètement en retrait, à d’interminables conversations nocturnes entre victimes du pouvoir totalitaire qui échangent sur l’art et la littérature, la politique, l’histoire et la spiritualité. Avec son père, dans la pure tradition talmudique, l’enfant converse selon des règles strictes : la journée occupée à préparer les arguments développés en soirée pour convaincre l’autre, jeu de questions et de réponses sans fin. Du reste, dans un de ses romans, encore non traduit, « La résurrection de Lazare » (2002), Vladimir Charov met en scène un homme qui hante le cimetière...




                        

                        

