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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Dans un entretien au « Monde », le sociologue Eric Fassin revient sur ce concept né dans les années 1990, au cœur de beaucoup polémiques récentes.
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Eric Fassin : « L’appropriation culturelle, c’est lorsqu’un emprunt entre les cultures s’inscrit dans un contexte de domination »

Dans un entretien au « Monde », le sociologue Eric Fassin revient sur ce concept né dans les années 1990, au cœur de beaucoup polémiques récentes.



LE MONDE
 |    24.08.2018 à 18h52
 • Mis à jour le
24.08.2018 à 18h58
    |

            Laura Motet








                        



   


Des internautes se sont empoignés sur ces deux mots tout l’été : « appropriation culturelle ». Le concept, né bien avant Twitter, connaît un regain de popularité. Dernièrement, il a été utilisé pour décrire aussi bien le look berbère de Madonna lors des MTV Video Music Awards, la dernière recette de riz jamaïcain du très médiatique chef anglais Jamie Oliver, ou l’absence de comédien autochtone dans la dernière pièce du dramaturge québécois Robert Lepage, Kanata, portant justement sur « l’histoire du Canada à travers le prisme des rapports entre Blancs et Autochtones ».
Qu’ont en commun ces trois exemples ? Retour sur la définition et sur l’histoire de l’« appropriation culturelle » avec Eric Fassin, sociologue au laboratoire d’études de genre et de sexualité de l’université Paris-VIII et coauteur de l’ouvrage De la question sociale à la question raciale ? (La Découverte).
D’où vient le concept d’« appropriation culturelle » ?
Eric Fassin : L’expression apparaît d’abord en anglais, à la fin du XXe siècle, dans le domaine artistique, pour parler de « colonialisme culturel ». Au début des années 1990, la critique bell hooks, figure importante du Black feminism, développe par exemple ce concept, qu’elle résume d’une métaphore : « manger l’Autre. » C’est une approche intersectionnelle, qui articule les dimensions raciale et sexuelle interprétées dans le cadre d’une exploitation capitaliste.
Un regard « exotisant »
Cette notion est aussi au cœur de la controverse autour de Paris Is Burning, un film documentaire de 1990 sur la culture des bals travestis à New York. Une autre critique noire, Coco Fusco, reprochait à la réalisatrice Jenny Livingstone, une lesbienne blanche, son regard « exotisant » sur ces minorités sexuelles et raciales. Pour elle, il s’agissait d’une forme d’appropriation symbolique mais aussi matérielle, puisque les sujets du film se sont sentis floués, dépossédés de leur image.

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Comment définir ce concept ?
E. F. : Ce qui définit l’appropriation culturelle, comme le montre cet exemple, ce n’est pas seulement la circulation. Après tout, l’emprunt est la règle de l’art, qui ne connaît pas de frontières. Il s’agit de récupération quand la circulation s’inscrit dans un contexte de domination auquel on s’aveugle. L’enjeu n’est certes pas nouveau : l’appropriation culturelle, au sens le plus littéral, remplit nos musées occidentaux d’objets « empruntés », et souvent pillés, en Grèce, en Afrique et ailleurs. La dimension symbolique est aujourd’hui très importante : on relit le primitivisme artistique d’un Picasso à la lumière de ce concept.
Ce concept a-t-il été intégré dans le corpus intellectuel de certaines sphères militantes ?
E. F. : Ces références théoriques ne doivent pas le faire oublier : si l’appropriation culturelle est souvent au cœur de polémiques, c’est que l’outil conceptuel est inséparablement une arme militante. Ces batailles peuvent donc se livrer sur les réseaux sociaux : l’enjeu a beau être symbolique, il n’est pas réservé aux figures intellectuelles. Beaucoup se transforment en critiques culturels en reprenant à leur compte l’expression « appropriation culturelle ».
En quoi les polémiques nées ces derniers jours relèvent-elles de l’appropriation culturelle ?
E. F. : Ce n’est pas la première fois que Madonna est au cœur d’une telle polémique. En 1990, avec sa chanson Vogue, elle était déjà taxée de récupération : le voguing, musique et danse, participe en effet d’une subculture noire et hispanique de femmes trans et de gays. Non seulement l’artiste en retirait les bénéfices, mais les paroles prétendaient s’abstraire de tout contexte (« peu importe que tu sois blanc ou noir, fille ou garçon »). Aujourd’hui, son look de « reine berbère » est d’autant plus mal passé qu’elle est accusée d’avoir « récupéré » l’hommage à la « reine » noire Aretha Franklin pour parler… de Madonna : il s’agit bien d’appropriation.
La controverse autour de la pièce Kanata, de Robert Lepage, n’est pas la première non plus — et ces répétitions éclairent l’intensité des réactions : son spectacle sur les chants d’esclaves avait également été accusé d’appropriation culturelle, car il faisait la part belle aux interprètes blancs. Aujourd’hui, c’est le même enjeu : alors qu’il propose une « relecture de l’histoire du Canada à travers le prisme des rapports entre Blancs et Autochtones », la distribution oublie les « autochtones » — même quand ils se rappellent au bon souvenir du metteur en scène. C’est encore un choix revendiqué : la culture artistique transcenderait les cultures « ethniques ».

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Par comparaison, l’affaire du « riz jamaïcain » commercialisé par Jamie Oliver, chef britannique médiatique, peut paraître mineure ; elle rappelle toutefois comment l’ethnicité peut être utilisée pour « épicer » la consommation. Bien sûr, la nourriture aussi voyage. Reste qu’aujourd’hui cette mondialisation marchande du symbolique devient un enjeu.
Pourquoi ce concept fait-il autant polémique ?
E. F. : En France, on dénonce volontiers le communautarisme… des « autres » : le terme est curieusement réservé aux minorités, comme si le repli sur soi ne pouvait pas concerner la majorité ! C’est nier l’importance des rapports de domination qui sont à l’origine de ce clivage : on parle de culture, en oubliant qu’il s’agit aussi de pouvoir. Et c’est particulièrement vrai, justement, dans le domaine culturel.
Songeons aux polémiques sur l’incarnation des minorités au théâtre : faut-il être arabe ou noir pour jouer les Noirs et les Arabes, comme l’exigeait déjà Bernard-Marie Koltès, en opposition à Patrice Chéreau ? Un artiste blanc peut-il donner en spectacle les corps noirs victimes de racisme, comme dans l’affaire « Exhibit B » ? La réponse même est un enjeu de pouvoir.
On parle de culture, en oubliant qu’il s’agit aussi de pouvoir
En tout cas, l’esthétique n’est pas extérieure à la politique. La création artistique doit revendiquer sa liberté ; mais elle ne saurait s’autoriser d’une exception culturelle transcendant les rapports de pouvoir pour s’aveugler à la sous-représentation des femmes et des minorités raciales. L’illusion redouble quand l’artiste, fort de ses bonnes intentions, veut parler pour (en faveur de) au risque de parler pour (à la place de).
Le monde universitaire n’est pas épargné par ces dilemmes : comment parler des questions minoritaires, quand on occupe (comme moi) une position « majoritaire », sans parler à la place des minorités ? Avec Marta Segarra, nous avons essayé d’y faire face dans un numéro de la revue Sociétés & Représentations sur la (non-)représentation des Roms : comment ne pas redoubler l’exclusion qu’on dénonce ? Dans notre dossier, la juriste rom Anina Ciuciu l’affirme avec force : être parlé, représenté par d’autres ne suffit pas ; il est temps, proclame cette militante, de « nous représenter ». Ce n’est d’ailleurs pas si difficile à comprendre : que dirait-on si les seules représentations de la société française nous venaient d’Hollywood ?

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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Une fracture idéologique entre modernistes et islamistes se réveille dans le pays sur un projet qui permettrait d’instaurer l’égalité successorale entre les hommes et les femmes.
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En Tunisie, l’ardente querelle de l’héritage

Une fracture idéologique entre modernistes et islamistes se réveille dans le pays sur un projet qui permettrait d’instaurer l’égalité successorale entre les hommes et les femmes.



LE MONDE
 |    24.08.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
24.08.2018 à 13h54
    |

            Frédéric Bobin (Tunis, correspondant)








                        



                                


                            

C’est une grande première dans le monde arabe. » Khadija Cherif exulte. Figure du combat féministe en Tunisie depuis les années 1980, la sociologue aux yeux noisette n’en est pas à sa première manif ni à ses premiers vivats mais, là, ce lundi 13 août, elle jubile sur le pavé de l’avenue Bourguiba au cœur de Tunis. Autour d’elle, la foule a brandi des pancartes « Mon frère et moi, kif-kif » ou « Stop the war on women » (« Arrêtez la guerre contre les femmes »). Ce 13 août, c’est la Journée des femmes en Tunisie. L’événement a été institué en mémoire de la promulgation, le 13 août 1956, du fameux code du statut personnel – texte pionnier pour les droits des femmes – sous les auspices de Habib Bourguiba, le « père de la nation » qui venait alors d’arracher l’indépendance de son pays à la France.
Avancée sociétale
Mais ce lundi-là n’est pas un 13 août comme les autres. Quelques heures plus tôt, le chef de l’Etat Béji Caïd Essebsi, disciple de Bourguiba, a officialisé son soutien à l’égalité entre les hommes et les femmes dans l’héritage. L’affaire est cruciale sept ans après le « printemps démocratique » de 2011. Elle ouvre un nouveau chantier de la réforme en Tunisie : après la percée politique, l’avancée sociétale. Et elle confirme le statut de ce petit pays d’Afrique du Nord, à la fois héritier de l’épopée de Carthage et du foyer islamique de Kairouan, à l’avant-garde des évolutions de la rive méridionale de la Méditerranée. « Une grande première », assurément.
En vertu du droit successoral actuel, la femme ne reçoit d’un héritage que la moitié de la part de l’homme du même degré de parenté. Cette inégalité, inspirée du verset 11 de la sourate 4 (« Les femmes ») du Coran, est le grand impensé du code du statut personnel de Bourguiba. Ce dernier ne manquait pourtant pas d’audace à l’époque. Atteinte à la tradition, il avait notamment aboli la polygamie, institué le divorce judiciaire – se substituant à la répudiation –...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Le siècle des Lumières fut marqué par une profonde transformation des pratiques alimentaires.
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L’âge d’or de la nouvelle cuisine

Le siècle des Lumières fut marqué par une profonde transformation des pratiques alimentaires.



LE MONDE
 |    24.08.2018 à 13h00
    |

                            Antoine Lilti (Historien)








                        



                                


                            
La mort de Joël Robuchon le 6 août, six mois après celle de Paul Bocuse, autre figure emblématique de la gastronomie française, marque la fin d’une époque. Celle-ci s’ouvrit dans les années 1970 avec la « nouvelle cuisine ». Révolution culinaire, mais aussi opération de marketing, elle inaugurait un âge d’or qui vit l’apparition d’une nouvelle génération de chefs, comme Michel Guérard, Pierre Troisgros ou Bernard ­Loiseau. Admirés pour leur talent, mondialement ­célèbres, ils devinrent aussi des entrepreneurs avisés.
Triomphe en trompe-l’œil
Leur héritage semble aujourd’hui florissant : le succès d’émissions comme « Top chef » fait même de certains cuisiniers de véritables vedettes. Mais ce triomphe est peut-être en trompe-l’œil. La célébrité médiatique affecte leur prestige, tandis que la gastronomie française semble en perte de vitesse. Les meilleurs restaurants du monde, disent les critiques, se trouvent désormais à New York, Copenhague ou Lima. A Paris, Thierry Marx ouvre ces jours-ci un fast-food de luxe.
Sur la nouvelle cuisine, tout a été dit. Et pourtant. Sait-on que l’expression, inventée par les critiques gastronomiques Henri Gault et Christian Millau en 1973, avait déjà été utilisée au XVIIIe siècle ? En 1742 paraissait un livre de recettes dont le titre sonnait comme un manifeste : La Nouvelle Cuisine. Ce n’est pas un hasard, car le siècle des Lumières fut marqué par une profonde transformation des pratiques alimentaires. La gastronomie française avait déjà acquis une solide réputation dans toute ­l’Europe, fondée sur les fastes de Versailles. Avec la ­Régence, elle connut un nouvel essor. « Un cuisinier est un mortel divin », écrivait Voltaire, qui se plaignit, en ­revanche, des innovations culinaires du milieu du siècle : « J’avoue que mon estomac s’accommode mal de la ­nouvelle cuisine. » Les débats étaient déjà vifs, mêlant questions de goût et recommandations médicales à des considérations morales,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Editorial. Depuis trois ans, 2,3 millions de Vénézuéliens ont fui leur pays. Et ce n’est pas le plan économique surréaliste présenté, le 20 août, par le président Maduro, qui remettra le pays sur les rails.
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L’interminable descente aux enfers du Venezuela

Editorial. Depuis trois ans, 2,3 millions de Vénézuéliens ont fui leur pays. Et ce n’est pas le plan économique surréaliste présenté, le 20 août, par le président Maduro, qui remettra le pays sur les rails.



LE MONDE
 |    24.08.2018 à 12h59
   





                        


Editorial du « Monde ». Qualifier la situation au Venezuela de catastrophique est un triste euphémisme. Ses habitants fuient le pays par dizaines de milliers, provoquant un exode sans précédent sur les routes d’Amérique latine. Ce ne sont plus, désormais, les diplômés ni les membres de la bourgeoisie vénézuélienne qui s’en vont, ce sont, surtout, les gens des classes modestes. Ils partent à pied, un baluchon sur le dos ou une valise à roulettes à la main. Ils traversent la Colombie, qui abrite déjà près de 1 million de leurs compatriotes et n’en veut plus. Ils font des milliers de kilomètres pour traverser encore l’Equateur, atteindre le Pérou, le Chili, le Brésil, où, espèrent-ils, ils pourront trouver de quoi vivre et permettre à leur famille restée au Venezuela de survivre.
Beaucoup d’entre eux ont cru à la « révolution bolivarienne » du chavisme et à l’avenir radieux vanté par Nicolas Maduro. Aujourd’hui, ils sont désespérés et se heurtent à des gouvernements voisins de moins en moins accueillants.

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                Le désarroi des migrants vénézuéliens à la frontière colombo-équatorienne



S’il faut un symbole de l’interminable échec du régime de Nicolas Maduro, ces 2,3 millions de Vénézuéliens qui ont fui leur pays depuis trois ans, selon l’ONU (sur une population de 32 millions), en sont incontestablement un. Un autre est le plan économique surréaliste présenté, le 20 août, par le président Maduro pour tenter de maîtriser l’hyperinflation, qui dépasse désormais 80 000 % en taux annuel, battant tous les records latino-américains : une dévaluation de 95 % du bolivar, la monnaie nationale, remplacé par une hypothétique monnaie, le « bolivar souverain ». Le salaire minimum est multiplié par 35, pour tenter de compenser les hausses de prix, comme celle du carburant, qui ne bénéficiera plus de subventions.
Personne ne croit que ce plan, comme l’affirme Nicolas Maduro, remettra le pays sur le chemin de la prospérité. Le Venezuela s’est effondré, comme la production de pétrole, qui est tombée à son plus bas niveau depuis la fin des années 1940. Eviscérée par Hugo Chavez puis par son successeur, la compagnie nationale du pétrole, PDVSA, qui fut l’un des fleurons de l’Amérique latine, n’est plus que l’ombre d’elle-même.
Partir ou protester
Deux solutions se présentent aux Vénézuéliens : protester, encore, ou partir. Mais protester, au Venezuela, est dangereux : 160 manifestants ont été tués l’an dernier, des centaines sont en prison. Décapitée, l’opposition est dispersée.
Combien de temps Nicolas Maduro peut-il encore se maintenir au pouvoir dans ces conditions ? Il a compté jusqu’ici sur le soutien de l’armée et l’aide précieuse des services de sécurité cubains. Si l’appui de Cuba semble toujours solide, celui de l’armée n’est pas éternellement garanti. Ses rangs ne sont pas hermétiques au mécontentement. Des arrestations ont été opérées parmi les officiers. Le 4 août, le monde entier a pu voir la débandade des soldats de la garde nationale alignés lorsqu’une attaque au drone a visé le président Maduro en pleine parade militaire, dans le centre de Caracas.
La responsabilité de cet attentat reste floue, mais il est probable que ce ne sera pas le dernier. Les diatribes de M. Maduro contre Washington, qu’il accuse de tous les maux du pays, ont fait long feu. Tant que le président Maduro bloquera tout changement démocratique, comme il le fait depuis la victoire de l’opposition aux élections législatives de 2015, et tant qu’il poursuivra sa désastreuse politique économique, le risque de coup d’Etat persistera. Et l’exode continuera.

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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Dans un pays en pleine mutation, les architectes chinois Wang Shu et Lu Wenyu entendent renouer avec les techniques artisanales de construction. Leur travail est présenté à Bordeaux jusqu’au 28 octobre.
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« L’architecture chinoise peut évoluer grâce à l’enseignement des savoir-faire traditionnels »


                      Dans un pays en pleine mutation, les architectes chinois Wang Shu et Lu Wenyu entendent renouer avec les techniques artisanales de construction. Leur travail est présenté à Bordeaux jusqu’au 28 octobre.



LE MONDE
 |    24.08.2018 à 10h30
 • Mis à jour le
24.08.2018 à 10h54
    |

                            Anne-Lise Carlo







Wang Shu et Lu Wenyu, architectes installés à Hangzhou, développent au sein de leur agence Amateur Architecture Studio une approche différente de l’architecture majoritaire en Chine.

   


Quel regard portez-vous sur l’architecture en Chine aujourd’hui ?
Wang Shu : Nous vivons à Hangzhou, une ville qui, dans un développement fulgurant, a perdu 90 % de son habitat traditionnel. Ces trente dernières années, la Chine, pays à l’histoire millénaire, a détruit les neuf dixièmes de son patrimoine bâti. La plupart des travaux que j’ai réalisés dans les années 1990 ont déjà été démolis du fait de cette croissance effrénée.
Cela vous rend-il nostalgiques ?
W. S. : Non, mais dans cette destruction massive, on perd des savoir-faire précieux dont seuls les artisans possèdent la mémoire. Nous avons beaucoup à apprendre de cette architecture amatrice et anonyme. De notre côté, nous cherchons à améliorer ces techniques traditionnelles pour les réinterpréter. En 2008, nous avons construit, dans cet esprit, le Musée d’histoire de Ningbo à partir des ruines de trente villages de la région, démolis pour faire table rase, comme souvent en Chine.
Lu Wenyu : Avec ces débris, les artisans ont érigé les façades du bâtiment en assemblant librement pierres et briques selon la technique traditionnelle de recyclage du wa pan. Certaines pierres dataient de 1 500 ans. Cette nouvelle architecture est venue encapsuler l’histoire.
Est-ce dans ce même but que vous enseignez l’architecture ?

   


W. S. : En effet. Les écoles d’architecture chinoises ignorent ces savoir-faire, qui ne se transmettent pas. Grâce à un enseignement différent, nous pouvons faire évoluer les futurs architectes chinois. Nous enseignons d’ailleurs dans des bâtiments que nous avons construits entre 2004 et 2007. Le campus de Xiangshan, qui accueille l’Académie des beaux-arts de Chine, se compose de vingt-deux édifices, que nous avons pensés et dessinés comme des montagnes.
Votre pensée à contre-courant est-elle entendue en Chine ?
L. W. : Depuis le prix Pritzker décerné à Wang, en 2012, nous sommes plus sollicités. Mais nous restons en marge du système architectural chinois, construit de manière hiérarchique et monopolisé par de très grandes agences, dotées de quelque mille collaborateurs qui travaillent sur des mégaprojets. Nous avons choisi de rester à l’extérieur de ce système et de ne pas faire grossir notre agence [dix personnes]. Nous sommes au cœur même des studios indépendants et je me réjouis de voir de plus en plus d’architectes nous rejoindre. Nous n’étions que trois ou quatre à nos débuts, en 1997 ; il existe désormais une centaine de structures indépendantes.
Comment votre duo fonctionne-t-il ?

   


W. S. : D’abord, nous réfléchissons ensemble à l’idée globale vers laquelle nous voulons aller. Puis je dessine, à la main, des esquisses. Je fais de la calligraphie tous les jours et je suis très imprégné par la peinture traditionnelle chinoise sur rouleau, comme celle de Wang Ximeng, qui date du XIIe siècle. Ces peintures de paysages très construits sont, pour moi, des dessins d’architecte.

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L. W. : Je transforme ensuite les dessins de Wang en plans plus détaillés, plus proches de notre idée de conception. Le dessin informatique vient en toute fin, pour donner plus de corps au projet.
Vous avez surtout construit en Asie. Mais avez-vous des projets en Europe ?
W. S. : Je suis très intéressé par la pensée européenne, que ce soit les ouvrages de Claude Lévi-Strauss ou l’architecture de Le Corbusier. En ce moment, je collabore au projet Manufacture-sur-Seine, lauréat du concours Réinventer la Seine, aux côtés du promoteur Quartus et des architectes Joly & Loiret et Lipsky+Rollet. Il prévoit la construction à Ivry d’un quartier de ville en terre crue, un éco-matériau que l’on a oublié.

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                Biennale de Venise : la campagne, terre d’expériences des architectes chinois



Les expositions « Wang Shu, Lu Wenyu – Amateur Architecture Studio » et « Terre d’ici – Ivry-sur-Seine/ Biganos » jusqu’au 28 octobre au centre Arc en Rêve, à Bordeaux. www.arcenreve.com



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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Une tribune avait dénoncé l’absence d’autochtones dans la distribution de cette pièce du dramaturge québécois, qui présente une relecture de l’histoire du Canada à travers les rapports entre les Blancs et les autochtones.
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Robert Lepage annule « Kanata »

Une tribune avait dénoncé l’absence d’autochtones dans la distribution de cette pièce du dramaturge québécois, qui présente une relecture de l’histoire du Canada à travers les rapports entre les Blancs et les autochtones.



LE MONDE
 |    24.08.2018 à 09h00
    |

                            Agnès Chapsal (Montréal, correspondance)








                        



                                


                            

Kanata, le dernier spectacle de l’auteur-acteur-metteur en scène québécois Robert Lepage, coproduit avec la fondatrice du Théâtre du Soleil, Ariane Mnouchkine, proposait « une nouvelle lecture de l’histoire du Canada à travers le prisme des rapports entre Blancs et autochtones ». La pièce devait être présentée à la Cartoucherie du bois de Vincennes, en décembre, avant de venir au Québec en 2020. Mais dans une tribune ­publiée mi-juillet dans le quotidien Le Devoir, des artistes et des universitaires autochtones se sont dits « saturés d’entendre les autres raconter [leur] histoire » après avoir égrené les profils de ceux qui l’ont déjà fait : des aventuriers jusqu’aux réalisateurs de westerns, en passant par les penseurs des Lumières et les anthropologues. « Mme Mnouchkine a exploré nos territoires, elle n’a plus besoin de nos services. Exit ! Elle aime nos histoires, mais n’aime pas nos voix », poursuivaient-ils.
« Intimidation inimaginable »
Les auteurs de la tribune déploraient l’absence d’acteurs autochtones dans la pièce, de collaboration, et regrettaient aussi que les promesses du gouvernement canadien d’inclure les autochtones ne soient pas respectées. Après une rencontre avec Robert Lepage, Ariane Mnouchkine et un groupe d’artistes autochtones, la controverse semblait terminée. « Tant M. Lepage que Mme Mnouchkine ont fait preuve d’une grande écoute », avait alors assuré la réalisatrice abénaquise Kim O’Bomsawin.
Malgré cela, le Conseil des arts du Canada a décidé de ne pas financer la production – ce qui a été fatal au projet. Ariane Mnouchkine et le Théâtre du Soleil ont dénoncé « une intimidation inimaginable dans un pays démocratique, exercée en grande partie sur les réseaux ». Ils ont affirmé qu’ils prendraient le temps « pour réfléchir à la façon de répondre, avec les armes non violentes de l’art théâtral ». Par ailleurs, Mme Mnouchkine...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Baisse des dotations de l’Etat, suppression de la taxe d’habitation, réduction drastique du nombre d’emplois aidés… De plus en plus de maires de petites communes démissionnent, pointe le chercheur Luc Rouban dans une tribune au « Monde ».
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« La révolte des maires de France »

Baisse des dotations de l’Etat, suppression de la taxe d’habitation, réduction drastique du nombre d’emplois aidés… De plus en plus de maires de petites communes démissionnent, pointe le chercheur Luc Rouban dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    24.08.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
24.08.2018 à 10h03
    |

Luc Rouban (Directeur de recherche CNRS au Cevipof)







                        



                                


                            

Tribune. Le fait que les démissions de maires de petites communes se soient récemment multipliées, comme le montre l’enquête de l’AFP du 1er août, en dit long sur l’état de la décentralisation. Certes, le phénomène n’est pas nouveau, car on avait enregistré dès 2015 une vague de démissions, un an seulement après les municipales de 2014.
Ces élections avaient d’ailleurs été marquées non seulement par le fait que bon nombre de maires, notamment dans les petites communes rurales, avaient décidé de ne pas se représenter, mais aussi par une abstention record de 36,4 %, contre 33,5 % en 2008. Le local, surtout celui des ­petites communes, est clairement en crise.
Ces démissions s’expliquent par une accumulation de ­contraintes nouvelles : la baisse des dotations de l’Etat, la ­suppression de la taxe d’habitation, la réduction drastique du nombre d’emplois aidés, qui permettaient aux associations de fonctionner, ont rendu la mission des maires de banlieues comme celle des maires de communes rurales particulièrement difficile.
Le maire reste en effet le dernier maillon de la démocratie représentative, il incarne la politique au quotidien dans une relation étroite et souvent personnalisée avec ses administrés. Si les services d’urgence hospitalière ­ferment, si les travaux de voirie sont annulés ou retardés, si la délinquance ne régresse pas, il en est le seul responsable avec son équipe d’adjoints.
Fatigue, usure, sentiment de dépossession
Les maires démissionnaires font d’ailleurs tous état de leur fatigue, de leur usure, du sentiment de dépossession qui est le leur face aux restrictions budgétaires et au mécontentement des citoyens. Du reste, le baromètre de la confiance ­politique du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) du mois de janvier montre que le niveau de ­confiance que les enquêtés placent dans leur maire a singulièrement baissé, passant de 64 % à 55 % en un an. Le dernier bastion...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Dans une tribune au « Monde », un groupe de scientifiques spécialistes de l’écologie estime qu’il y a désormais urgence à lutter contre l’érosion de la biodiversité, salue les engagements pris par le gouvernement et l’incite à les concrétiser.
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Biodiversité : « Le gouvernement doit agir avec détermination »

Dans une tribune au « Monde », un groupe de scientifiques spécialistes de l’écologie estime qu’il y a désormais urgence à lutter contre l’érosion de la biodiversité, salue les engagements pris par le gouvernement et l’incite à les concrétiser.



LE MONDE
 |    24.08.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
24.08.2018 à 09h51
    |

                            Collectif








                        



                                


                            
Tribune. Chacun le comprend : nos sociétés ne peuvent rester passives devant l’ampleur de l’érosion actuelle de la biodiversité, son caractère multiforme et planétaire. Toute action individuelle en ce domaine, sans nul doute nécessaire, sera insuffisante. Une vision d’ensemble et une détermination politique sont seules à même d’aider à enrayer ce phénomène et à en atténuer les conséquences pour nos sociétés.
Devant la gravité des enjeux, nous attendions, en tant que scientifiques, un engagement fort de l’Etat. Au début de l’été, le 4 juillet, s’est réuni un conseil interministériel consacré à la biodiversité, suivi de la présentation, le lendemain, par Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, d’un plan décliné en plus de 90 projets.

Ces deux événements sans précédent répondent à notre attente : la préservation de la biodiversité y est clairement affichée comme une priorité nationale. Mais il ne faut pas se leurrer, les obstacles seront nombreux pour traduire ces engagements dans les faits. A tous les niveaux, aussi bien national que local, et dans tous les secteurs économiques, les associations de protection de la nature et les décideurs devront travailler ensemble pour faire de la biodiversité l’affaire de tous.
Des enjeux vitaux
Rappelons brièvement l’importance des enjeux : la biodiversité nous rend d’innombrables services. Les productions agricoles dépendent étroitement de la diversité microbienne des sols, de la résistance des variétés cultivées aux ravageurs et aux aléas météorologiques, de la bonne santé des populations de pollinisateurs. Les pêcheries reposent sur une intégrité des écosystèmes aquatiques. L’approvisionnement en eau de qualité dépend largement de la biodiversité, de la capacité des sols cultivés et de leurs abords à limiter la pollution jusqu’au fonctionnement des écosystèmes microbiens que constituent nos stations d’épuration.

A cela s’ajoutent de nombreuses...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’économiste Liêm Hoang-Ngoc, chargé du chiffrage du programme économique de Jean-Luc Mélenchon lors de la campagne présidentielle, reproche au leader de LFI d’avoir joué, sur l’Europe, « la comédie du plan B ».
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Article sélectionné dans La Matinale du 23/08/2018
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La France insoumise et le « retour de la vieille politique »

Dans une tribune au « Monde », l’économiste Liêm Hoang-Ngoc, chargé du chiffrage du programme économique de Jean-Luc Mélenchon lors de la campagne présidentielle, reproche au leader de LFI d’avoir joué, sur l’Europe, « la comédie du plan B ».



LE MONDE
 |    24.08.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
24.08.2018 à 14h28
    |

Liêm Hoang-Ngoc (Ancien député (2009-2014) au Parlement européen)







                        



                                


                            
Tribune. Un spectre hante La France insoumise (LFI) : le spectre du débat démocratique, pour lequel elle n’est pas préparée. Les plébéiens demandent à leur tribun de clarifier ses discours : faut-il renoncer à « fédérer le peuple » et à appliquer la stratégie « plan A/plan B » pour changer l’Europe ?
La maxime « fédérer le peuple » est l’antithèse du traditionnel « rassembler la gauche ». Elle repose sur l’idée que les partis de l’ancienne gauche se sont discrédités en participant à des majorités ayant appliqué des politiques conformes aux textes ordolibéraux européens [l’ordolibéralisme fixe pour mission à l’Etat de créer les conditions d’une concurrence « libre et non faussée »].

C’est la raison pour laquelle LFI s’adressait, avec un succès naissant, au peuple français, et non aux partis de ladite « gauche ». Elle lui proposait d’abord de désobéir à ces textes pour appliquer le programme « l’Avenir en commun » dans le cadre de l’euro, en engageant un bras de fer pour obtenir une modification des textes incriminés. C’était le « plan A ». En cas de refus des autres Etats, un « plan B », impliquant une sortie de l’euro, voire de l’Union européenne, serait déclenché.
D’un point de vue rhétorique, l’épouvantail du plan B permettait de s’adapter à tous les auditoires. Pour rassurer les proeuropéens, le plan B était présenté comme la menace crédible obligeant les partenaires européens à accepter le plan A, afin d’éviter l’éclatement de la zone euro. Assimilant la souveraineté populaire à celle des Etats (l’existence d’un peuple européen étant jugée, pour l’heure, hypothétique), le plan A écartait toutefois la perspective d’une Assemblée constituante européenne, jadis défendue par le tribun.
Voilà également pourquoi une démocratisation des institutions, transitant par le renforcement du pouvoir du Parlement européen, au détriment de celui des Etats au Conseil – et donc de l’Allemagne –, n’était pas envisagée.
Un...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Le cinéaste, opposé à l’annexion de la Crimée par Moscou, est détenu en Russie, où il a cessé de s’alimenter depuis plus de cent jours.
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Russie : Pompeo exige de « libérer immédiatement » le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov

Le cinéaste, opposé à l’annexion de la Crimée par Moscou, est détenu en Russie, où il a cessé de s’alimenter depuis plus de cent jours.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 23h03
 • Mis à jour le
24.08.2018 à 07h42
   





                        


Le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, a exhorté jeudi 23 août son homologue russe, Sergueï Lavrov, à « libérer immédiatement » le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov, en grève de la faim depuis plus de cent jours.
Oleg Sentsov, opposé à l’annexion de la Crimée par Moscou, est détenu en Russie, où il a cessé de s’alimenter le 14 mai. Washington estime qu’il s’agit d’un « prisonnier politique ». « Le secrétaire d’Etat a fait part de notre inquiétude au sujet de la santé de Sentsov et a exhorté la Russie à le libérer immédiatement ainsi que tous les prisonniers politiques ukrainiens », a déclaré la porte-parole de la diplomatie américaine, Heather Nauert.

        Lire aussi la tribune :
         

          « Il faut agir vite pour ne pas laisser Oleg Sentsov mourir »



Oleg Sentsov, 42 ans, n’est maintenu en vie que par les compléments alimentaires injectés par l’administration pénitentiaire russe. Il exige la libération de « tous les prisonniers politiques » ukrainiens emprisonnés en Russie.
En dépit des nombreux appels d’écrivains, d’acteurs ou de cinéastes occidentaux, Moscou a refusé jusqu’ici de céder, arguant des accusations de « terrorisme » lui ayant valu sa condamnation et assurant que le réalisateur devait demander une grâce pour obtenir sa remise en liberté, ce qu’il n’entend pas faire.
Oleg Sentsov a été condamné en 2015 à vingt ans de détention pour « terrorisme » et « trafic d’armes » à l’issue d’un procès qualifié de « stalinien » par Amnesty International et dénoncé par Kiev, l’Union européenne et les Etats-Unis. Les appels en faveur de sa libération se sont multipliés à l’occasion de son 100e jour de grève de la faim, mardi.

        Lire la tribune :
         

          « Oleg Sentsov peut mourir à chaque minute qui passe »






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Surmonter les épreuves (6/6). Les élèves déscolarisés sont d’abord en souffrance face au système scolaire traditionnel, constate l’enseignante Nathalie Broux.
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Pour l’animateur, cette « censure » confirme le complot de « la gauche », du « deep state » (« Etat profond »), des « démocrates », des « médias traditionnels » pour faire taire des voix comme la sienne et fragiliser le président Donald Trump, qu’il soutient aveuglément.
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Le roi des complotistes, Alex Jones, banni des réseaux sociaux

Pour l’animateur, cette « censure » confirme le complot de « la gauche », du « deep state » (« Etat profond »), des « démocrates », des « médias traditionnels » pour faire taire des voix comme la sienne et fragiliser le président Donald Trump, qu’il soutient aveuglément.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
24.08.2018 à 09h28
    |

            Stéphanie Le Bars (Washington, correspondance)








                        



                                


                            

Sa gouaille, empreinte de colère, est intacte, ses logorrhées toujours ponctuées d’un feint étonnement. Mais son audience, depuis quelques semaines, a été amputée. Et, dans ses émissions de télé, le logo de son site d’extrême droite, Infowars, est barré d’un bandeau rouge : « Banned ». Au cours de l’été, Alex Jones, conspirationniste vedette de la Toile américaine, a été interdit de présence sur la plupart des réseaux sociaux.
Au nom de la guerre engagée contre les « fausses informations » et les appels à la haine, Twitter l’a suspendu ­durant quelques jours ; Facebook a supprimé plusieurs de ses podcasts, et cet habitué du buzz sur Internet n’a pu utiliser son compte pendant trente jours ; YouTube l’a empêché de publier des contenus en direct et même la ­plate-forme de streaming Spotify a effacé ­certaines de ses émissions les plus haineuses.
Pour Alex Jones, cette « censure » confirme ce qu’il dénonce à longueur d’antenne. Le complot de « la gauche », du « deep state » (« Etat profond »), des « démocrates », des « médias traditionnels » pour faire taire des voix comme la sienne et fragiliser le président Donald Trump, qu’il soutient aveuglément. Car Alex Jones n’est pas seulement un adepte de la théorie du complot dont l’audience aurait explosé sous l’effet de la curiosité, de frustrations sociales diverses et d’une omniprésence sur les réseaux sociaux.
Intronisé « complotiste en chef » de l’Amérique post-11-Septembre, M. Jones a fait ses premières armes au lendemain de l’attaque des tours ­jumelles
Outre sa capacité à tenir l’antenne durant de longs monologues, ce quadragénaire replet, né au Texas, se targue d’une forme de connexion avec le président des Etats-Unis, qu’il a interviewé durant la campagne électorale. M. Trump l’avait alors qualifié de « gars bien » « à la réputation incroyable » ; et s’il ne l’a pas cité, le président n’a pas hésité à dénoncer les mesures...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Née de l’insatisfaction, de la frustration, voire de la colère, l’arrivée de Donald Trump au pouvoir a exacerbé des sensibilités conspirationnistes parmi les défenseurs de la « véritable Amérique  ». Une tendance ancienne au sein de la droite américaine, analyse le philosophe Philippe Raynaud.
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Article sélectionné dans La Matinale du 23/08/2018
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La manie complotiste

Née de l’insatisfaction, de la frustration, voire de la colère, l’arrivée de Donald Trump au pouvoir a exacerbé des sensibilités conspirationnistes parmi les défenseurs de la « véritable Amérique  ». Une tendance ancienne au sein de la droite américaine, analyse le philosophe Philippe Raynaud.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
24.08.2018 à 09h22
    |

                            Julie Clarini








                        



                                


                            

Entretien. Vice-président du Conseil supérieur des programmes, Philippe Raynaud est professeur à l’université Panthéon-Assas, spécialiste de philosophie politique. Il a écrit de nombreux ouvrages, dont Emmanuel Macron : une révolution bien tempérée (Desclée de Brouwer, 200 p., 16,90 €). Il a aussi préfacé la traduction en français de l’ouvrage culte de l’historien Richard Hofstadter, Le Style paranoïaque (François Bourin Editeur, 2012).
Sur son site Infowars ou dans son émission de radio, Alex Jones diffuse des déclarations aussi farfelues que haineuses. Au point que Facebook, Apple, Google, puis Twitter ont décidé de l’interdire. Or Donald Trump avait, avant son investiture, été reçu par l’animateur conspirationniste. Le complotisme sort-il des marges sous sa présidence ?
Est-il si étonnant qu’Alex Jones ait rencontré Trump ? Trump a eu une stratégie de conquête du pouvoir qui a consisté à contourner systématiquement la machine républicaine. Pour cela, il a envoyé des signaux aux marges et a rencontré les gens qui ne sont pas très admis dans la vie politique américaine, Alex Jones comme les suprémacistes blancs. Pour avoir un équivalent en France, il faudrait imaginer une rencontre entre François Fillon et Thierry Meyssan [auteur d’un best-seller conspirationniste sur le 11-Septembre]. Ce n’est pas rien. C’est un fait nouveau et significatif, mais je ne crois pas qu’on puisse en conclure que M. Jones ­influence la politique du président Trump.
Par ailleurs, comme conspirationniste, même s’il est particulièrement extrémiste et extravagant, Alex Jones appartient à une tendance ancienne et durable au sein de la droite américaine. Le conservatisme américain a ­développé, de manière récurrente, ce que ­Richard Hofstadter a décrit, dès les années 1960, comme un « style paranoïaque » [The Paranoid Style in American Politics, publié sous forme d’article en 1964].

Quel...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Ce livre, publié en 1965 et toujours d’actualité, remonte aux sources de l’histoire américaine.
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« Le Style paranoïaque », un livre emblématique de Richard Hofstadter

Ce livre, publié en 1965 et toujours d’actualité, remonte aux sources de l’histoire américaine.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
24.08.2018 à 09h26
    |

                            Julie Clarini








                        


Ouvrage phare des études sur la politique américaine, le livre de l’historien Richard Hofstadter (1916-1970) a depuis longtemps dépassé le cercle de diffusion du monde académique. On dit qu’il aurait été lu par des romanciers tels que Don DeLillo, ­Thomas Pynchon ou Philip Roth.
Dans un pays obsédé par le complot, Le Style paranoïaque dans la vie politique américaine (trad. François Bourin Editeur, 2012) est un titre qui séduit. L’analyse, d’abord parue, sous forme d’article, en 1964, dans le ­magazine Harper’s (un des textes les plus importants en cent soixante ans d’existence, affirment aujourd’hui les responsables du mensuel) porte sur la propension, chez certains groupes issus du conservatisme américain, à développer et à propager un imaginaire du complot (bien que cet imaginaire ne soit, d’après l’auteur, ni spécifique à la droite ni aux Etats-Unis).
« Croisade sans limite »
Ne s’arrêtant pas au maccarthysme, Hofstadter, professeur à Columbia, remonte aux sources de l’histoire américaine, passant en revue la peur des Illuminati, les campagnes antipapistes, antimaçonniques, etc. En pionnier, il montre la permanence, avec des intensités variables au cours du temps, d’un mode d’expression politique qui emprunte à la colère, à la rancœur et à l’irrationnel. Non pour dire que les adeptes de ce style sont tous des déséquilibrés, mais pour au contraire en cerner les usages les plus ­répandus et la cohérence apparente.
L’adepte du style paranoïaque, explique-t-il, a toujours le sentiment de se trouver à un tournant majeur (« Le temps presse »), car les forces qui ourdissent la conspiration sont démoniaques. Elles ne peuvent être vaincues que par une « croisade sans ­limite » – et non par les voies traditionnelles de la politique. Dans cette description de la véhémence en politique, on retrouve bien des traits actuels. Depuis quelques années d’ailleurs, devant le spectacle de la politique américaine, les analystes font à nouveau appel au travail d’Hofstadter.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Editorial. Que ce soit sur la question du budget 2019 ou celle des migrants, les contradictions se multiplient au sein de l’insolite coalition entre le Mouvement 5 étoiles et la Ligue de Matteo Salvini.
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Les incohérences de Rome

Editorial. Que ce soit sur la question du budget 2019 ou celle des migrants, les contradictions se multiplient au sein de l’insolite coalition entre le Mouvement 5 étoiles et la Ligue de Matteo Salvini.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 11h48
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 19h00
   





                        


Editorial du « Monde ». L’heure de vérité approche pour l’insolite coalition qui essaie de gouverner l’Italie depuis trois mois. Dans les dossiers brûlants qui se disputent le haut de la pile sur le bureau du président du conseil, Giuseppe Conte, force est de constater que l’épreuve se présente assez mal. Incohérences et contradictions se multiplient à Rome de façon inquiétante.
Inévitablement, la préparation du budget annoncé comme révolutionnaire révèle les plus grosses tensions. La coalition entre le Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) et la Ligue, le parti d’extrême droite de Matteo Salvini, ne peut masquer l’évidence : la plupart des promesses de campagne sont impossibles à financer, sauf à faire exploser des comptes publics déjà très mal en point. L’affrontement avec Bruxelles, où la Commission doit examiner en octobre le budget italien pour approbation, paraît inévitable. Les responsables de la Ligue au gouvernement ne font aucun mystère de leur peu d’égards pour la règle qui veut que le déficit public ne dépasse pas 3 % du PIB des Etats membres.

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                Les inquiétudes montent autour du budget italien



M. Salvini, vice-président du conseil et ministre de l’intérieur, a même utilisé la tragédie du pont de Gênes pour accuser ces contraintes budgétaires européennes d’avoir empêché l’Italie d’investir dans la sécurité de ses infrastructures. Il prône, lui, un programme de grands travaux « comme celui du président Trump » – un sujet de discorde avec ses partenaires du M5S, hostiles à plusieurs de ces chantiers. On voit mal comment les experts de la Commission pourraient valider un budget qui tenterait de concilier ces grands travaux, la création d’un revenu citoyen, la mise à plat des retraites et l’introduction d’un impôt sur le revenu à taux unique. Le tout avec une dette publique qui atteint déjà 130,7 % du PIB.
Menace mise à exécution
Un autre dossier sur lequel butent les partenaires européens de l’Italie est celui des migrants. Matteo Salvini a mis sa menace à exécution : les ports italiens sont désormais fermés aux navires transportant des réfugiés. Cela lui a permis d’arracher à l’Europe une victoire symbolique, celle que réclamait désespérément l’Italie depuis le début de la crise migratoire. Sous la pression de l’urgence, une poignée de pays, dont la France, se sont enfin résolus à se répartir quelques centaines de ces migrants recueillis en Méditerranée. Ce n’est cependant qu’un pis-aller artisanal et, même si M. Salvini n’en est pas à une contradiction près, laissant soudain accoster un bateau ou acceptant de prendre vingt passagers, le bras de fer continue.

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                Italie : les 177 migrants à bord du « Diciotti » arrivent, sans pouvoir débarquer



La réalité politique qui émerge de plus en plus clairement sur fond d’incohérences est celle du poids croissant pris par M. Salvini et son parti, la Ligue, par rapport à ses « alliés » du M5S, dont le programme est le plus difficilement réalisable. Dans cette alliance de la carpe et du lapin, le M5S est handicapé par la faiblesse de son personnel politique, alors que la Ligue bénéficie de troupes expérimentées, qui ont fait leurs preuves au niveau local dans les municipalités du Nord. Au sommet, le chef de file des 5 étoiles, Luigi Di Maio, ministre du développement économique, est inaudible face à un Matteo Salvini omniprésent.
Pour l’Europe, cela ressemble à une catastrophe annoncée. Un signe ne trompe pas : depuis deux mois, l’exode des investisseurs étrangers du marché des obligations d’Etat italiennes s’accélère. Ce mouvement, qui coïncide avec la formation du gouvernement de coalition à Rome, devrait à lui seul inquiéter toutes les capitales européennes.

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                Effondrement du pont à Gênes : l’UE renvoie l’Italie à ses responsabilités






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ « Une journée dans une vie, une vie dans une journée », sous la direction d’Adeline Herrou, livre dix-sept portraits du quotidien de moines et d’ascètes du monde entier, entre quête de sagesse et démesure.
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Ethnologie. Renonçants mais non moins humains

« Une journée dans une vie, une vie dans une journée », sous la direction d’Adeline Herrou, livre dix-sept portraits du quotidien de moines et d’ascètes du monde entier, entre quête de sagesse et démesure.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h45
    |

                            Anne Both (Anthropologue et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Une journée dans une vie, une vie dans une journée. Des ascètes et des moines aujourd’hui, sous la direction d’Adeline Herrou, PUF, 440 p., 26 €.

Non, la vie d’ascète ou de moine n’est pas, contrairement aux apparences, toujours synonyme d’un quotidien où la quiétude se confondrait avec la modération. C’est, en tout cas, l’un des principaux enseignements que l’on peut tirer du livre dirigé par Adeline Herrou. Une journée dans une vie, une vie dans une journée rassemble dix-sept contributions d’ethnologues relatant l’ordinaire – du lever au coucher – de ces hommes et femmes ayant renoncé au monde laïque.
Car l’effet de comparaison provoqué par la lecture successive de ces portraits révèle, à chaque fois, une existence marquée, peu ou prou, par la démesure. Quand le moine taoïste chinois doit porter « un habit impeccable et une tenue soignée », l’ascète de la communauté jaïn, en Inde, n’est vêtu que d’espace, autrement dit est totalement nu ; le baul (chanteur mystique) du Bengale, lui, se targue de ne pas s’être lavé depuis douze ans. Quant à la sœur Armelle, carmélite française, rompue au strict contrôle de la parole et de la gestuelle qu’implique le vœu de silence, elle ne se fait pas prier pour devenir une oratrice passionnée lors des deux courtes récréations quotidiennes, où parler n’est plus proscrit.
L’idéal de pureté n’exclut pas, non plus, quelques taquineries ou faiblesses, comme le prouve l’abbé Zeyya Theiddi, moine bouddhiste birman, volontiers « moqueur », « rigolard », ou Rafqa, religieuse maronite au Liban, qui dénigre ouvertement une carmélite (« une fausse sœur ») tout en étant « insensible aux remarques blessantes de certains prêtres ».
Une pointeuse au monastère
Ce n’est pas le moindre des mérites de cet ouvrage : l’ambiance dans les monastères, inaccessible au commun des fidèles, y occupe une place prépondérante....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ En sociologie comme en histoire ou en philosophie, les essais à paraître cet automne témoignent des inquiétudes et (parfois) des potentialités de notre époque.
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La rentrée des idées : doutes contemporains

En sociologie comme en histoire ou en philosophie, les essais à paraître cet automne témoignent des inquiétudes et (parfois) des potentialités de notre époque.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 10h10
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            

A quoi pensent les essayistes quand ils ne commémorent rien ? Après un début d’année marqué par les plus de 150 titres consacrés au 50e anniversaire de Mai 68, les essais de cette rentrée donnent le sentiment de partir de nouveau en tous sens, de fouiller plus librement, et avec une ardeur accrue, nos obsessions et nos angoisses – celles-ci surtout, qui se révèlent omniprésentes.
En regard, les derniers livres de la dernière commémoration encore en chantier (comment y échapper tout à fait ?), celle de 14-18, semblent contaminés par l’optimisme qui suit les fins de conflits. C’est le sujet du Temps des comètes, de l’historien allemand Daniel Schönpflug (Vuibert), mais il traverse aussi Les Vainqueurs, de Michel Goya (Tallandier), fût-il assombri par les risques que la paix elle-même fera courir au monde – étudiés dans le livre collectif dirigé par Serge Berstein, Ils ont fait la paix. Le traité de Versailles vu de France et d’ailleurs (Les Arènes).
Angoisses sociales
L’énoncé de titres d’essais sur la société contemporaine suffit à mesurer le contraste, sans même parler de la méditation sur la mort qu’est La Vallée du néant, de Jean-Claude Carrière (Odile Jacob) : Le Mal qui vient. Essai hâtif sur la fin des temps, de Pierre-Henri Castel (Cerf), Une autre fin du monde est possible, de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle (Seuil, octobre), Hors des décombres du monde. Ecologie, science-fiction et éthique du futur, de Yannick Rumpala (Champ Vallon), Le Temps des apocalypses, d’Alexandre Adler (Grasset)…
Les terrains de cette angoisse sont d’ailleurs multiples. Marc Weitzmann, dans Un temps pour haïr (Grasset, octobre), parcourt les lignes de fracture d’une France confrontée à la « psychopathologie du djihad ». Christophe Guilluy, celles qui aboutissent selon lui à une marginalisation des classes populaires (No Society....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Comment pense un savant ? Un physicien des Lumières et ses cartes à jouer », de Jean-François Bert.
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Figures libres. 35 000 cartes pour penser, ou échouer

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Comment pense un savant ? Un physicien des Lumières et ses cartes à jouer », de Jean-François Bert.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 10h07
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Comment pense un savant ? Un physicien des Lumières et ses cartes à jouer, de Jean-François Bert, Anamosa, 222 p., 20 €.

Il n’a vraiment pas atteint la gloire, bien qu’il en ait rêvé. Georges-Louis Le Sage (1724-1803) passe aujourd’hui pour une figure de second plan. Célibataire taciturne, il n’a vécu qu’à Genève, enseigna mathématique et physique, ne publia presque rien, se montrant incapable, malgré des décennies de travail acharné, d’achever un livre ou d’avoir des enfants.
Pas étonnant, dès lors, que son nom soit seulement connu de rares historiens. Les uns sont spécialistes de la société genevoise, où sa silhouette paraît plus ou moins étrange. Les autres scrutent les idées scientifiques du XVIIIe siècle et savent que notre homme fut l’auteur, en 1750, d’un Essai sur les forces mortes. Le Sage est habituellement considéré comme un disciple marginal de Newton. Il rédigea par exemple l’article « Gravité » de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, et spécula sur les causes de la gravitation, en supposant notamment, pour l’expliquer, l’existence de « corpuscules ultra­mondains ».
Lire également : « Diderot, trois cents ans et toutes ses dents »
Pourquoi donc exhumer pareil personnage ? Ce savant de l’ombre, sous ses airs de vieux raté, fut un acteur essentiel d’une mutation historique profonde, qui affecta les manières d’écrire, d’agencer les idées et d’élaborer la recherche. Il a en effet expérimenté mille usages et impasses des fiches, explorant en aventurier solitaire les changements qu’elles introduisent dans les pratiques scientifiques. C’est ce que met en lumière Jean-François Bert, de l’université de Lausanne. Son essai, intéressant et curieux, est issu d’une immersion personnelle dans les archives de Le Sage, constituées de… 35 000 cartes à jouer ! Ces bouts de carton servaient au savant à tout noter.
Nouvelle...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ L’île n’est plus reconnue que par dix-sept pays, depuis que le Salvador a établi, le 21 août, des relations diplomatiques avec Pékin. Dans une tribune au « Monde », le sinologue analyse ce nouveau « lâchage ».
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Jean-Yves Heurtebise : « La perte des alliés diplomatiques de Taïwan nous concerne »

L’île n’est plus reconnue que par dix-sept pays, depuis que le Salvador a établi, le 21 août, des relations diplomatiques avec Pékin. Dans une tribune au « Monde », le sinologue analyse ce nouveau « lâchage ».



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 08h22
    |

Jean-Yves Heurtebise (Maître de conférences, Université Catholique FuJen (Taiwan), chercheur associé, CEFC (Hong-Kong))







                        



                                


                            
Tribune. On sait que Taïwan, ou République de Chine (RDC), est considérée par la Chine populaire (RPC) comme une partie intégrante de son territoire. Selon Wang Yingfan, représentant de Pékin aux Nations unies (ONU) dans les années 2000, « Taïwan est une partie inséparable du territoire chinois depuis l’Antiquité. »
Plus récemment, le porte-parole chinois du Taïwan Affairs Office (Bureau des affaires de Taïwan), Ma Xiaoguang, affirmait : « Taïwan est une partie indivisible des territoires chinois, et n’a jamais été et ne sera jamais un pays. »
En avril, le président chinois Xi Jinping invoquait le jugement de l’Histoire : « Toute action visant à séparer le pays est vouée à l’échec. Et ces actions séparatistes seront sanctionnées par la condamnation du peuple et la punition de l’Histoire. »
Un peuplement autochtone
Pour autant, ni l’Histoire ni les faits ne semblent véritablement corroborer ce discours. Tout d’abord, originellement, la population de Formose n’est pas Han mais austronésienne, avec un peuplement autochtone datant de plusieurs milliers d’années. Ensuite, la gouvernance politique effective de l’île de Formose fut d’abord européenne (espagnole et hollandaise entre 1624 et 1662).
Ce n’est qu’en 1683 que l’archipel (Formose et les Pescadores) fut intégré à l’empire Qing, la dynastie mandchoue, et rattaché au Fujian avant d’être, en 1885, considéré comme une province à part entière. Cette domination Qing prend fin en 1895 avec la colonisation japonaise qui durera jusqu’en 1945. Enfin, avec l’arrivée de Tchang Kaï-chek, le gouvernement de l’archipel est séparé du continent et, depuis la démocratisation des années 1990, Taïwan en est radicalement distincte sur le plan politique.
en privant Taïwan de ses alliés officiels, la Chine populaire cherche à minimiser le plus possible les voix discordantes en cas de confrontation militaire directe, tout en influençant le jeu démocratique...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Pierre Micheletti, vice-président d’Action contre la faim, estime que le périple du bateau humanitaire illustre le déni, par l’UE, du droit international des réfugiés qu’elle a elle-même établi.
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Article sélectionné dans La Matinale du 22/08/2018
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« L’“Aquarius” est le symbole du naufrage de l’Europe politique »

Dans une tribune au « Monde », Pierre Micheletti, vice-président d’Action contre la faim, estime que le périple du bateau humanitaire illustre le déni, par l’UE, du droit international des réfugiés qu’elle a elle-même établi.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 06h23
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 08h13
    |

Pierre Micheletti (vice-président d’Action contre la faim)







                        



                                


                            
Tribune. L’Aquarius, le bateau affrété par l’ONG SOS Méditerranée a occupé une partie de l’actualité tout au long de l’été qui s’achève. Sans chercher à vouloir jouer la mouche du coche, le navire et son équipage nous ont rappelé avec constance que les flux de migrants ne connaissent pas de trêve estivale : au contraire, c’est la « haute saison » pour les différents passeurs ; ils profitent d’une mer provoquant momentanément moins d’épouvante pour convaincre les candidats au périlleux voyage de tenter une traversée, présentée comme moins risquée.

Pour autant, si l’impressionnante couverture médiatique de ce périple a de salutaires vertus contre l’oubli ou l’indifférence, elle ne devrait pas nous conduire, précisément, à accorder une attention exclusive aux atermoiements qui ont présidé à définir les lieux de relâche du bateau, empli de ses indésirables passagers. Cela reviendrait à réduire au rang de bravades entre dirigeants politiques européens ce qui reste une situation inacceptable sur le fond.
Car, bien involontairement, l’Aquarius est devenu une double figure symbolique : celle d’une dérive dans l’application ou plutôt la non-application du droit international et celle du naufrage de l’Europe politique.
Une ambition protectrice
La dérive vis-à-vis des textes du droit international, en particulier le déni de celui de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés – complétée par le protocole de 1967 –, est patente.
Comme si ce texte n’était pas assez explicite ! Selon son article premier, « (…) le terme “réfugié” s’appliquera à toute personne (…) qui, craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut...




                        

                        

