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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ D’un château l’autre (5/6). Les articles de cette série sont extraits de « Crac » de Jean Rolin (P.O.L, janvier 2019). En 1909, T.E. Lawrence, qui n’est pas encore « d’Arabie », entreprend à travers le Moyen-Orient un voyage de près de 1 800 km à la découverte des châteaux forts bâtis par les Croisés.
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Figure mythologique emblématique de la fantasy, le dragon d’aujourd’hui en dit long sur notre contexte social, nos craintes et notre rapport à la nature.
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Du monstre diabolique à l’animal domestique, qu’est-il arrivé au dragon ?

Figure mythologique emblématique de la fantasy, le dragon d’aujourd’hui en dit long sur notre contexte social, nos craintes et notre rapport à la nature.





LE MONDE
 |    23.08.2018 à 15h22
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 16h38
    |

                            Elisa Thévenet





Krokmou, Saphira, Spyro, Mushu, Viserion… depuis vingt ans, le dragon envahit les rayons des librairies, le grand écran et les consoles de jeux. De Game of Thrones à Dragons, il est devenu un élément essentiel de la fantasy. Cracheurs de feu, gardiens d’une source ou d’un trésor, aux écailles d’argent, de cuivre ou d’émeraude, ailés ou marins, au souffle fétide ou à deux têtes, le bestiaire des œuvres s’enrichit chaque année de nouveaux spécimens. Archétype incontournable, le dragon se glisse depuis des millénaires dans les récits occidentaux – avec une trajectoire très différente de celle de ses homologues asiatiques.
Témoin d’un contexte social et politique, le dragon du XXIe siècle puise ses origines dans l’œuvre de J. R. R. Tolkien. Le 30 août, Harper Collins publie une réédition enrichie du mythe fondateur de l’œuvre de l’auteur du Seigneur des Anneaux, La Chute de Gondolin. Ce conte posthume esquisse les éléments clés de l’imaginaire de l’écrivain : un seigneur des ténèbres assoiffé de destruction, des elfes gardiens de l’équilibre du monde, un héros ordinaire et surtout… des dragons !
Philologue médiéviste et spécialiste des langues nordiques, Tolkien a puisé dans le poème épique Beowulf et les épopées finlandaises pour façonner son univers. « Les dragons de Tolkien sont directement inspirés du Moyen Age et du folklore nordique, mais il les a affranchis de leur dimension bestiale pour en faire des créatures évoluées, intelligentes, capables de manipuler les hommes », explique Anne Besson, professeure de littérature générale et comparée à l’université d’Artois.
« Aujourd’hui, quand on pense à un dragon, il est difficile de faire abstraction de l’image proposée par Tolkien », renchérit Justine Breton, docteure en littérature médiévale et spécialiste du médiévisme et de la fantasy. Gardien de trésors arrogant à la voix caverneuse, à l’instar de l’incarnation cinématographique de Smaug dans Le Hobbit de Peter Jackson (2012), les dragons de la Terre du milieu sont les héritiers de l’imagerie chrétienne médiévale.
« Hic sunt dracones » (« ici sont des dragons »)
Si les premières représentations de dragons remontent à plus de six mille ans, la figure occidentale du monstre reptilien cracheur de feu s’est imposée avec la diffusion du christianisme. Dans l’Antiquité, les dragons, mentionnés dans les écrits d’Aristote et de Pline l’Ancien, étaient considérés comme des êtres supérieurs, qui précédaient l’origine du monde.
Au Moyen Age, le dragon quitte le territoire des cosmogonies pour investir les récits hagiographiques : l’archange saint Michel combat celui de l’Apocalypse et saint Georges terrasse celui de Lydda. « Le dragon se transforme en figure démoniaque, véritable incarnation du diable », analyse Mme Breton.

   


Symbole de la nature violente et des pulsions indomptées de l’homme, le dragon devient la cause de toutes les catastrophes naturelles : inondations, tremblements de terre, éruptions volcaniques, il est même accusé de répandre la peste par son souffle putride. Loin d’être considéré comme un mythe, il figure dans de nombreux bestiaires. Les naturalistes y étudient son anatomie, en s’appuyant sur des « témoignages oculaires » et des expéditions organisées dans des grottes et des lacs de montagne pour découvrir des ossements. Ce n’est qu’à partir du siècle des Lumières que la réalité du dragon est sérieusement remise en question. Pendant quelque temps, la créature se fait discrète.
Le dragon, symbole d’un monde en mutations
« C’est au XXe siècle, avec l’explosion de la fantasy, que le dragon commence son renouveau », s’enthousiasme Justine Breton. Derrière le potentiel narratif de la créature sommeille un symbolisme très actuel.
« Depuis l’Antiquité, chaque fois que l’homme ressent le besoin d’inscrire le dragon dans son histoire, c’est qu’il traverse une période de changement radical. Avec le nouveau millénaire, l’éclatement des frontières, nos anciennes peurs se sont réactivées », explique Daisy de Palmas Jauze, « dragonologue » et auteure de Les Dragons de la fantasy : legs du passé et renouveau (Panthéon, 2014).
Une analyse que complète Georges Bertin, socio-anthropologue : « Les grands récits fondateurs, ceux de l’Eglise et du marxisme, se sont effondrés, donc on a recours à l’archaïque. Dans un monde qui paraît chaotique, on fait appel à la figure du chaos. » Un chaos que l’on tente toutefois d’apprivoiser. Depuis la fin des années 1990, l’homme cherche à composer avec le dragon, à l’image d’Eragon dans l’œuvre de Christopher Paolini, ou d’Harold dans le premier tome de la saga de Cressida Cowell, Comment dresser votre dragon, adaptée par Dreamworks.

   


La figure du dragonnier s’est imposée comme un élément essentiel de la culture pop depuis La Ballade de Pern, d’Anne McCaffrey. Si le dragon a longtemps été comparé au serpent ou au lion, la créature du XXIe siècle s’apparente plus à un cheval ailé. « Le dragon permet de voyager librement, sans contrainte, à une rapidité folle, des caractéristiques que l’on recherche dans le monde d’aujourd’hui », commente Daisy de Palmas Jauze.
Au fil des pages, l’homme et l’animal s’apprivoisent et tissent des liens d’amitié. « Cette nouvelle relation avec le dragon, qui représente la nature préservée et indomptée, est liée à notre prise de conscience de la nécessité de préserver la planète et la diversité. Les littératures de l’imaginaire permettent d’en donner des figurations divertissantes. On s’émerveille plutôt que de se faire sermonner, mais on fait passer des messages », observe Anne Besson.
« Aujourd’hui, nous n’avons plus vraiment peur de la nature, nous avons compris que le plus gros danger sur cette planète, c’est nous », résume l’Américaine Marie Brennan, auteure de la saga Une histoire naturelle des dragons (L’Atalante, 2016). Un thème central à la « dragon fantasy », sous-genre théorisé par Daisy de Palmas Jauze : le dragon, représentant d’un peuple ancien, peut réapparaître à tout moment si l’homme met la planète en danger.

   


Et aujourd’hui, la technologie aidant, l’apparition ne se cantonne plus aux enluminures, le réalisme des dragons de la série Game of Thrones contribue à conférer au dragon une tangibilité nouvelle. « La technologie aurait dû le tuer, mais au contraire, elle lui a donné de nouveaux véhicules pour s’incarner. L’ordinateur lui a offert une plausibilité », rebondit Daisy de Palmas Jauze. De quoi ravir les passionnés : « Les dragons sont des créatures fabuleuses, elles existent dans toutes les cultures du monde ; je pense que quelque part, il y a des millénaires, il y a dû y avoir quelque chose. Toutes les légendes s’appuient sur une minuscule graine de faits ! », avançait, fin mai, l’écrivaine américaine de fantasy Robin Hobb, énigmatique, lors d’un entretien au Monde.

        Lire aussi :
         

                Robin Hobb : « Désormais, vous pouvez lire un bouquin de fantasy dans le bus »



Figure féminine qui n’a rien du hasard
Marie Brennan, Cressida Cowell, Sophie Audouin-Mamikonian… Depuis quelques années, une nouvelle génération d’auteures dans la lignée des œuvres progressistes et néopaïennes d’Anne McCaffrey s’est emparée de la créature mythique en l’affranchissant de sa représentation médiévale. Un clin d’œil amusant quand on sait que le dragon est une figure féminine. En effet, si Daenerys est la mère des dragons dans l’œuvre de George R. R. Martin (A Game of Thrones, etc.), cela n’a rien d’un hasard. Historiquement, le dragon renvoie à des figures féminines.

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Tamiat, le dragon à l’origine du monde dans la mythologie sumérienne, est une femelle, tout comme la plupart des créatures ailées des légendes françaises, comme la Vouivre du Jura et la Tarasque des eaux du Rhône. « Dans une époque d’affirmation du féminin dans l’espace social, la résurgence du dragon n’a rien d’étonnant », assure Georges Bertin. Dans Game of Thrones, la figure féminine de Daenerys submerge celle du dragon et crée un équilibre. C’est l’alliance entre les deux qui permet à l’héritière des Targaryen de s’affranchir de la tutelle des hommes.
Si le dragon s’est drastiquement humanisé au cours des dernières décennies, ce n’est pas sans danger, selon le professeur de philosophie Richard Mèmeteau : « Pour intégrer le dragon, on lui a fait perdre sa dimension bestiale ou on l’a réduit à sa force physique. C’est très américain comme idée, sauf que le dragon perd sa dimension de symbole. »
Les dragons de Khaleesi sont-ils autre chose qu’une arme surpuissante ? Jorge Luis Borges écrivait en 1957 dans son Livre des êtres imaginaires : « Le temps a considérablement émoussé le prestige des dragons. » Un regret que partage Richard Mèmeteau : « Est-ce qu’il reste encore un dragon dangereux, menaçant, qui peut avertir les hommes de leurs excès ? C’est bien de domestiquer nos peurs, mais peut-être qu’on est allé trop loin, à une époque où on devrait justement craindre ce que l’on engendre technologiquement. »




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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ « Une journée dans une vie, une vie dans une journée », sous la direction d’Adeline Herrou, livre dix-sept portraits du quotidien de moines et d’ascètes du monde entier, entre quête de sagesse et démesure.
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Ethnologie. Renonçants mais non moins humains

« Une journée dans une vie, une vie dans une journée », sous la direction d’Adeline Herrou, livre dix-sept portraits du quotidien de moines et d’ascètes du monde entier, entre quête de sagesse et démesure.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h45
    |

                            Anne Both (Anthropologue et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Une journée dans une vie, une vie dans une journée. Des ascètes et des moines aujourd’hui, sous la direction d’Adeline Herrou, PUF, 440 p., 26 €.

Non, la vie d’ascète ou de moine n’est pas, contrairement aux apparences, toujours synonyme d’un quotidien où la quiétude se confondrait avec la modération. C’est, en tout cas, l’un des principaux enseignements que l’on peut tirer du livre dirigé par Adeline Herrou. Une journée dans une vie, une vie dans une journée rassemble dix-sept contributions d’ethnologues relatant l’ordinaire – du lever au coucher – de ces hommes et femmes ayant renoncé au monde laïque.
Car l’effet de comparaison provoqué par la lecture successive de ces portraits révèle, à chaque fois, une existence marquée, peu ou prou, par la démesure. Quand le moine taoïste chinois doit porter « un habit impeccable et une tenue soignée », l’ascète de la communauté jaïn, en Inde, n’est vêtu que d’espace, autrement dit est totalement nu ; le baul (chanteur mystique) du Bengale, lui, se targue de ne pas s’être lavé depuis douze ans. Quant à la sœur Armelle, carmélite française, rompue au strict contrôle de la parole et de la gestuelle qu’implique le vœu de silence, elle ne se fait pas prier pour devenir une oratrice passionnée lors des deux courtes récréations quotidiennes, où parler n’est plus proscrit.
L’idéal de pureté n’exclut pas, non plus, quelques taquineries ou faiblesses, comme le prouve l’abbé Zeyya Theiddi, moine bouddhiste birman, volontiers « moqueur », « rigolard », ou Rafqa, religieuse maronite au Liban, qui dénigre ouvertement une carmélite (« une fausse sœur ») tout en étant « insensible aux remarques blessantes de certains prêtres ».
Une pointeuse au monastère
Ce n’est pas le moindre des mérites de cet ouvrage : l’ambiance dans les monastères, inaccessible au commun des fidèles, y occupe une place prépondérante....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ En sociologie comme en histoire ou en philosophie, les essais à paraître cet automne témoignent des inquiétudes et (parfois) des potentialités de notre époque.
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La rentrée des idées : doutes contemporains

En sociologie comme en histoire ou en philosophie, les essais à paraître cet automne témoignent des inquiétudes et (parfois) des potentialités de notre époque.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 10h10
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            

A quoi pensent les essayistes quand ils ne commémorent rien ? Après un début d’année marqué par les plus de 150 titres consacrés au 50e anniversaire de Mai 68, les essais de cette rentrée donnent le sentiment de partir de nouveau en tous sens, de fouiller plus librement, et avec une ardeur accrue, nos obsessions et nos angoisses – celles-ci surtout, qui se révèlent omniprésentes.
En regard, les derniers livres de la dernière commémoration encore en chantier (comment y échapper tout à fait ?), celle de 14-18, semblent contaminés par l’optimisme qui suit les fins de conflits. C’est le sujet du Temps des comètes, de l’historien allemand Daniel Schönpflug (Vuibert), mais il traverse aussi Les Vainqueurs, de Michel Goya (Tallandier), fût-il assombri par les risques que la paix elle-même fera courir au monde – étudiés dans le livre collectif dirigé par Serge Berstein, Ils ont fait la paix. Le traité de Versailles vu de France et d’ailleurs (Les Arènes).
Angoisses sociales
L’énoncé de titres d’essais sur la société contemporaine suffit à mesurer le contraste, sans même parler de la méditation sur la mort qu’est La Vallée du néant, de Jean-Claude Carrière (Odile Jacob) : Le Mal qui vient. Essai hâtif sur la fin des temps, de Pierre-Henri Castel (Cerf), Une autre fin du monde est possible, de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle (Seuil, octobre), Hors des décombres du monde. Ecologie, science-fiction et éthique du futur, de Yannick Rumpala (Champ Vallon), Le Temps des apocalypses, d’Alexandre Adler (Grasset)…
Les terrains de cette angoisse sont d’ailleurs multiples. Marc Weitzmann, dans Un temps pour haïr (Grasset, octobre), parcourt les lignes de fracture d’une France confrontée à la « psychopathologie du djihad ». Christophe Guilluy, celles qui aboutissent selon lui à une marginalisation des classes populaires (No Society....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Comment pense un savant ? Un physicien des Lumières et ses cartes à jouer », de Jean-François Bert.
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Figures libres. 35 000 cartes pour penser, ou échouer

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Comment pense un savant ? Un physicien des Lumières et ses cartes à jouer », de Jean-François Bert.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 10h07
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Comment pense un savant ? Un physicien des Lumières et ses cartes à jouer, de Jean-François Bert, Anamosa, 222 p., 20 €.

Il n’a vraiment pas atteint la gloire, bien qu’il en ait rêvé. Georges-Louis Le Sage (1724-1803) passe aujourd’hui pour une figure de second plan. Célibataire taciturne, il n’a vécu qu’à Genève, enseigna mathématique et physique, ne publia presque rien, se montrant incapable, malgré des décennies de travail acharné, d’achever un livre ou d’avoir des enfants.
Pas étonnant, dès lors, que son nom soit seulement connu de rares historiens. Les uns sont spécialistes de la société genevoise, où sa silhouette paraît plus ou moins étrange. Les autres scrutent les idées scientifiques du XVIIIe siècle et savent que notre homme fut l’auteur, en 1750, d’un Essai sur les forces mortes. Le Sage est habituellement considéré comme un disciple marginal de Newton. Il rédigea par exemple l’article « Gravité » de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, et spécula sur les causes de la gravitation, en supposant notamment, pour l’expliquer, l’existence de « corpuscules ultra­mondains ».
Lire également : « Diderot, trois cents ans et toutes ses dents »
Pourquoi donc exhumer pareil personnage ? Ce savant de l’ombre, sous ses airs de vieux raté, fut un acteur essentiel d’une mutation historique profonde, qui affecta les manières d’écrire, d’agencer les idées et d’élaborer la recherche. Il a en effet expérimenté mille usages et impasses des fiches, explorant en aventurier solitaire les changements qu’elles introduisent dans les pratiques scientifiques. C’est ce que met en lumière Jean-François Bert, de l’université de Lausanne. Son essai, intéressant et curieux, est issu d’une immersion personnelle dans les archives de Le Sage, constituées de… 35 000 cartes à jouer ! Ces bouts de carton servaient au savant à tout noter.
Nouvelle...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ L’une danse bien, l’autre pas. Et les deux héroïnes du lumineux roman de la Britannique d’apprendre à vivre sans trop faire de faux pas.
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« Swing Time », de Zadie Smith, un mouvement de balancier

L’une danse bien, l’autre pas. Et les deux héroïnes du lumineux roman de la Britannique d’apprendre à vivre sans trop faire de faux pas.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 09h18
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            
Swing Time, de Zadie Smith, traduit de l’anglais par Emmanuelle et Philippe Aronson, Gallimard, « Du monde entier », 472 p., 23,50 €.

Entrez dans la danse (jetez-vous-y corps et âme, sans penser à rien d’autre). Voyez comme on danse (observez, transposez, imitez). C’est ce que font et refont inlassablement les deux petites héroïnes de Swing Time, le nouveau roman de Zadie Smith. A Londres dans les années 1980, Tracey – une « Shirley Temple basanée » – et la narratrice – la même, en plus cérébrale – se sont rencontrées au cours de ballet de Mme Isabel. Coup de foudre immédiat. Ces deux âmes sœurs, « seules au monde et inséparables », se rêvent en danseuses célèbres et visionnent en boucle, sur leur magnétoscope, les classiques américains des années 1930. S’entraînant à bondir comme Fred Astaire, à faire virevolter les froufrous de leur robe comme Ginger Rogers, à être élastique comme Jeni LeGon, à avoir les jambes en guimauve comme Bojangles. « Flottez, flottez, flottez, disait Isabel. Oui, très joli Tracey. »

Mais autant Tracey est douée, autant la narratrice est gauche. « Mes pieds à moi étaient carrés et plats, ils paraissaient peiner à chaque mouvement », reconnaît celle qui nourrit pour son amie un puissant sentiment d’admiration et d’envie. « Tracey incarnait la perfection, j’étais sous son charme »…
Voici donc pour le départ de l’intrigue : un rêve de gamines, banal à souhait. Mais que transcende vite le savoir-faire de Zadie Smith. Dès les premières pages, tout est en place. Le nord-ouest de Londres, qui est moins une géographie qu’un « état d’esprit ». Les différences de classes incarnées par les fillettes au sein de ce même quartier populaire. La fusion et la rivalité, les mirages de la célébrité, le charisme de l’une, l’effacement de l’autre et l’éternelle question sur ce qu’il convient de valoriser...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ La chronique de Franck Thilliez, à propos des « Spectres de la terre brisée », de S. Craig Zahler.
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Le coin du crime. S. Craig Zahler sans foi ni loi

La chronique de Franck Thilliez, à propos des « Spectres de la terre brisée », de S. Craig Zahler.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h30
   





                        



                                


                            
Les Spectres de la terre brisée (Wraiths of the Broken Land), de S. Craig Zahler, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Janique Jouin-de Laurens, Gallmeister, 400 p., 23,60 €.

Ce qui devait être un simple sauvetage saupoudré de justice va tourner au cauchemar. Dans le dédale des collines et des yuccas, des hommes chevauchent pour une mission à haut risque : arracher les deux sœurs Plugford, sauvagement kidnappées, à un bordel clandestin caché dans les montagnes mexicaines, au début du siècle dernier, où l’humanité se soumet aux instincts bestiaux des plus fortunés.
Catacumbas est tenu par un borgne capable de déguster des crevettes charnues tout en contraignant les traîtres à avaler des scorpions vivants. ­Forcément, ça pique, comme le casting goûteux des sept cavaliers – le père et ses deux fils à l’esprit vengeur, l’esclave noir affranchi, l’Indien à l’œil infaillible, le Gringo dandy ruiné et le flingueur psychopathe, celui dont même le Diable a peur, aux faux airs de Javier Bardem dans le film des frères Coen, No Country for Old Men (2007).
Cette chevauchée nous fraye un chemin à travers l’enfer. Son auteur, l’Américain S. Craig Zahler, également réalisateur de films, batteur et parolier dans un groupe de heavy metal, attaque Les Spectres de la terre brisée avec l’âpreté d’un riff sursaturé. A la beauté des paysages et des vives couleurs du ciel se heurte la froideur des ténèbres présentes en chacun de nous.
Inclassable et tarantinesque
Une fois les addictives premières pages digérées, le narrateur omniscient nous entraîne dans un voyage qui allie intelligence narrative et puissance descriptive. Chaque scène dégage la force d’un tableau sonore, où la respiration lourde des mustangs se mêle au rouge carmin d’une lame pénétrant la chair. Le portrait en deux pages de Gris, l’un des « méchants », marque pour un bout de temps. Tout comme les dialogues, d’une efficacité...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Dans « L’Ecart », l’Orcadienne raconte son éveil à elle-même, après l’alcoolisme, grâce à l’observation patiente des animaux et des vagues de l’archipel écossais.
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Amy Liptrot ne fait plus qu’une avec les Orcades

Dans « L’Ecart », l’Orcadienne raconte son éveil à elle-même, après l’alcoolisme, grâce à l’observation patiente des animaux et des vagues de l’archipel écossais.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h30
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                            Macha Séry








                        



                                


                            
L’Ecart (The Outrun), d’Amy Liptrot, traduit de l’anglais par Karine Reignier-Guerre, Globe, 336 p., 22 € (en librairie le 29 août).

Parlons d’abord d’un plaisir modeste mais réel : rencontrer – comme on le dit pour une personne – un mot neuf ou une acception inconnue. Au gré d’une lecture, on ramasse ces trouvailles en chemin, tels les cailloux ou les coquillages qu’Amy Liptrot étudie avec minutie, pendant de longs mois d’hiver, sur l’île écossaise de Papay (70 habitants à l’année). Née dans ces « bad­lands », l’écrivaine a su dès le plus jeune âge que « l’écart », titre qu’elle donne à son premier livre, désigne une bande côtière à moitié défrichée. L’herbe n’y est jamais haute en raison des vents et des embruns. Sitôt quittés le pré d’agnelage mitoyen à la ferme, les moutons y côtoient les vaches des Highlands, les nichées d’oiseaux, ainsi que les lutins et les farfadets qu’évoquent les contes insulaires.
La jeune trentenaire a grandi à quelques encablures de Papay, sur Mainland, l’île principale des Orcades. Cet archipel subarctique fut l’un des berceaux du néolithique. Les Pictes l’ont occupé. Puis les ­Vikings. Il figure aujourd’hui à la proue en matière d’énergies renouvelables ­ (éolienne et hydrolienne). Quoique éclatés en une soixantaine d’îles dont une dizaine est habitée, les Orcades forment un monde singulier : idiotismes, légendes, paysage façonné de douces collines et de falaises propices aux naufrages. La terre est pauvre mais riche en vestiges de l’âge de fer ou du bronze, à l’exemple des tumuli et des cairns inscrits au Patrimoine de l’Unesco.
Drôle d’oiseau
A ses 18 ans, la volatile Amy Liptrot, fille de fermiers, a migré vers le Sud, avide de découvrir Londres et de poursuivre ses études. Elle s’est follement amusée. Frasques et gueule de bois. Elle a beaucoup déménagé. Elle a exercé divers emplois qu’elle a été incapable de garder. Verre après verre, elle a aussi...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ « Voyou », premier roman de l’Israélien, raconte un fils en quête de son père dans la Pologne en crise de 1988. Poignant.
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Transmission impossible pour Itamar Orlev

« Voyou », premier roman de l’Israélien, raconte un fils en quête de son père dans la Pologne en crise de 1988. Poignant.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 09h29
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Voyou (Bandit), d’Itamar Orlev, traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz, Seuil, 462 p., 22,50 €.

L’effritement de la figure du père en Occident imprime sa trace dans la littérature contemporaine ; Voyou, le premier et prometteur roman d’Itamar Orlev, auteur israélien vivant à Berlin, l’illustre à nouveau. Son père, Uri Orlev, est lui-même un poète, traducteur et écrivain célèbre, surtout connu en France pour ses ouvrages destinés à la jeunesse. Originaire de Pologne, ce dernier fait partie des rescapés du ghetto de Varsovie et de Bergen-Belsen. Avec Voyou, Itamar Orlev se confronte moins avec son propre passé familial qu’il ne décrit une transmission impossible entre deux générations, l’une marquée par la guerre et la destruction, l’autre, sinon par une longue paix, du moins par un conflit plus contenu. Le détour par la littérature serait-il l’unique ressource pour ce dialogue insoutenable ?
A la veille de l’effondrement du communisme
L’histoire met en scène Tadek, un jeune écrivain de Jérusalem plus ou moins raté issu d’un couple polonais judéo-chrétien. Après que sa femme l’a quitté, il part dans la quête « réparatrice » d’un père, resté en Europe et qu’il n’a plus vu depuis vingt ans. La mère, lassée par la brutalité et les infidélités de ce mari hédoniste et alcoolique, a rompu et émigré avec ses enfants en Israël à la fin des années 1960. Le cadre de ces retrouvailles est la Pologne de 1988, à la veille de l’effondrement du communisme. Le régime agonise bien que les Polonais conservent encore certains réflexes de la dictature : couvre-feu, culture de pénurie, corruption, le tout cerné de cités grises formées de quadrilatères de béton. Tadek redécouvre en Stefan, immobilisé au fond d’une maison de retraite, un être à la fois héroïque et détestable, ancien partisan non communiste évadé du camp de Maïdanek, qui va décevoir sa demande infantile de reconnaissance et d’amour. L’empathie...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Barbara Cassin, Alexandre Jollien, Catherine Malabou et Franck Thilliez tiendront à tour de rôle, chaque semaine de la saison 2018-2019, une chronique littéraire. Présentations.
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Nouvelles plumes au « Monde des livres »

Barbara Cassin, Alexandre Jollien, Catherine Malabou et Franck Thilliez tiendront à tour de rôle, chaque semaine de la saison 2018-2019, une chronique littéraire. Présentations.



LE MONDE
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23.08.2018 à 09h24
   





                        



                                


                            

BARBARA CASSIN, philologue, philosophe, présidente, depuis 2010, du ­Collège international de philosophie, tiendra dans nos colonnes une chronique consacrée aux premiers romans. Un contre-emploi ? Le signe, plutôt, de la grande ouverture d’esprit de celle qui a été élue à l’Académie française en mai, et disait à cette occasion au Monde : « J’ai parfois eu l’impression pénible de devoir tenir sous le boisseau mon côté, disons, littéraire. A vrai dire, en tant que chercheuse au CNRS, j’ai souvent eu peur de trop “écrire”. (…) J’aimerais pouvoir refuser la sclérose des genres, qui suppose que la philosophie n’est pas de la littérature et que le roman n’est pas de la pensée. » Celle qui avait créé, dans les années 1970, une revue de poésie murale, est notamment l’auteure d’Aristote et le logos. Contes de la phénoménologie ordinaire (PUF, 1997) ou d’Eloge de la traduction. Compliquer l’universel (Fayard, 2016) ; elle a aussi fait paraître un recueil de nouvelles : Avec le plus petit et le plus inapparent des corps (Fayard, 2007).

Il va prêter une oreille attentive aux livres audio, désormais part entière et légitime de l’actualité éditoriale, dont il est un fervent adepte. Le philosophe ALEXANDRE JOLLIEN est né, en Suisse, infirme moteur cérébral. Un handicap qui détermine, dit-il, son goût pour les choses de l’esprit, et qui l’a très tôt engagé à prendre le chemin d’une sagesse concrète : « Quand j’ai commencé à lire Platon, à entendre parler de Socrate, disait-il au “Monde des livres” en 2010, je n’avais aucun intérêt véritable pour la culture. Et puis la rencontre avec Socrate a donné un nouveau but à ma vie. J’ai décidé de me construire, de bazarder la fragilité. » Parmi les nombreux ouvrages qu’il a publiés, citons Eloge de la faiblesse (Cerf, 1999 ; lu par Bernard Campan et Michel Raimbault, Audiolib, 2012), La Construction...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Dans « Le Guetteur », l’écrivain enquête sur Françoise, sa mère, qui aida le FLN pendant la guerre d’Algérie, puis s’alita pour les décennies qui suivirent.
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Christophe Boltanski remet sa mère debout

Dans « Le Guetteur », l’écrivain enquête sur Françoise, sa mère, qui aida le FLN pendant la guerre d’Algérie, puis s’alita pour les décennies qui suivirent.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h00
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                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
Le Guetteur, de Christophe Boltanski, Stock, 288 p., 19 €.

Il faudrait un mathématicien pour trouver le secret du Guetteur, le ­nouveau récit du journaliste et écrivain Christophe Boltanski, enchâssement labyrinthique de points de vue, de documents, de témoignages, de fictions et de souvenirs autour d’un facteur inconnu : sa mère, Françoise. Le rédacteur en chef de la revue XXI, Prix Femina en 2015 pour La Cache (Stock), semble se faire une spécialité de l’enquête familiale au long cours. Mais pour passer du clan paternel à la solitude maternelle, du trop-plein d’une maison en constante éruption à cette femme « clouée au sol », il a dû inventer une méthode nouvelle.
Laquelle, donc, relève d’une équation à une inconnue au moins – en fait, à des énigmes en cascade, à un système exponentiel d’énigmes dont l’enjeu, pour ­notre mathématicien, serait de définir la règle que l’écrivain, lui, effleure et recherche à tâtons, théorème caché, inaccessible, où apparaîtrait à nu l’objet le plus incertain qui soit : la vérité d’une vie.
Mouvement irrépressible
Il va un peu de soi qu’une telle quête demeure inachevée. Mais c’est précisément ce qui donne au ­livre son magnétisme, son mouvement souvent irrépressible, malgré quelques ralentissements. Après la mort de la vieille femme, son fils fouille l’appartement où, des années plus tôt, elle s’était enfermée avec son chien, sans plus sortir ou presque – « Des décennies entre deux draps (…), à explorer les moindres variétés de la station horizontale, sauf, peut-être, la reptation. » Dans un maelström de papiers, de journaux, de vieilles lettres d’amour, il met la main sur trois courts manuscrits, trois polars inachevés.
L’un d’eux, qui s’intitule « La Nuit du guetteur », va devenir le multiplicateur de toutes les pistes qui constitueront le récit. Une histoire de voyeur dans un appartement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Avec « La Robe blanche », Nathalie Léger se saisit du destin de l’artiste italienne tuée sur la route de Milan à Jérusalem en 2008. Mémorial pour les femmes violentées.
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Le mémorial de mots de Nathalie Léger pour Pippa Bacca

Avec « La Robe blanche », Nathalie Léger se saisit du destin de l’artiste italienne tuée sur la route de Milan à Jérusalem en 2008. Mémorial pour les femmes violentées.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 09h32
    |

                            Avril Ventura (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Robe blanche, de Nathalie Léger, P.O.L, 140 p., 16 €.

Il y a toujours une image à l’origine d’un texte de Nathalie Léger. Celle, glacée, sans cesse démultipliée, de la comtesse de Castiglione dans L’Exposition (P.O.L, 2008) ; celle d’une silhouette se détachant de l’obscurité au cours du film Wanda, de Barbara Loden, dans Supplément à la vie de Barbara Loden (P.O.L, 2012). C’est à nouveau le cas avec La Robe blanche, qui annonce dès l’ouverture du récit : « Tout tient peut-être à cette grande tapisserie accrochée dans la salle à manger et surplombant nos repas, L’Assassinat de la dame (…). » Réalisée d’après l’un des panneaux peints par Botticelli pour la commande d’un cadeau nuptial, elle représente une femme poursuivie le long d’un rivage par « un cavalier en armes accompagné de chiens hurlants ». Au fond, la fuite ; devant, le meurtre.
Des noces, une femme sacrifiée, deux éléments que l’auteure aura justement retrouvés dans le fait divers qui est au centre de son quatrième livre : le 8 mars 2008, une artiste italienne de 33 ans surnommée Pippa Bacca partait de Milan vêtue d’une robe de mariée pour rejoindre Jérusalem en auto-stop, en passant par les Balkans, la Bulgarie, la Turquie, la Syrie, la Jordanie et le Liban – espérant que la traîne de sa robe efface les horreurs de la guerre. A son retour, la robe, salie par le voyage, devait faire l’objet d’une exposition. Mais le 31 mars, Pippa est violée et tuée à quelques kilomètres d’Istanbul.
Endosser le chagrin et la douleur d’autrui
Ce qui a intéressé Nathalie Léger est moins l’intention de l’artiste, « la grandeur de son projet ou sa candeur, sa grâce ou sa bêtise », que le fait qu’elle ait cherché, par son voyage, à réparer quelque chose de démesuré et qu’elle n’y soit pas parvenue. Car tel est le cœur du texte : la possibilité ou pas d’endosser, comme on...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Fanny Taillandier écrivait déjà « Par les écrans du monde », son roman sur les attentats de 2001, quand les terroristes ont frappé Paris le 13 novembre 2015.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
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Histoire d’un livre. Revenir à New York, ce 11 septembre

Fanny Taillandier écrivait déjà « Par les écrans du monde », son roman sur les attentats de 2001, quand les terroristes ont frappé Paris le 13 novembre 2015.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h00
    |

                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Par les écrans du monde, de Fanny Taillandier, Seuil, « Fiction & Cie », 256 p., 18,50 €.

Premier événement à être « immédiatement converti en discussion sur Internet », le 11-Septembre est aussi celui qui suscite la « masse d’informations la plus délirante ». Fanny Taillandier en a fait l’expérience ces dix dernières années en se documentant régulièrement sur le sujet. « La page Wikipédia consacrée à ces attentats change par exemple chaque jour, a-t-elle pu constater, c’est sans fin. On y trouve bien sûr beaucoup de théories complotistes, mais leur existence dit quelque chose de l’événement lui-même : il est tellement insupportable qu’on ne peut pas s’en tenir à une seule version. »
Au moment de l’effondrement des tours new-yorkaises, l’écrivaine, née en 1986, n’était encore qu’une adolescente. « Je n’avais jamais vu les Twin Towers, explique-t-elle. La perfection cinématographique de ces images m’a d’autant plus frappée que je n’avais pas de véritables références géographiques, c’était assez abstrait pour moi. J’ai été subjuguée par ces images, sans les comprendre. » Par les écrans du monde, son troisième livre, peut ainsi se lire comme la volonté de faire parler des « images qui en elles-mêmes ne racontent rien, qui ont besoin d’un récit pour être comprises, un événement qui appelle la fiction ».
« Le Bataclan m’a fait percevoir des choses par l’affect »
Cette fascination pour la dimension spectaculaire du 11-Septembre, Fanny Taillandier a d’abord voulu en explorer les ressorts. « Au début, se souvient-elle, je pensais écrire pour analyser ce qui nous arrive lorsque nous voyons une image comme celle-là. » Le chœur tragique, qui scande le récit de l’événement dans son texte, en est la trace. « Je l’ai gardé pour rappeler la dimension collective du drame : nous en sommes tous à la fois spectateurs et acteurs. »...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Claro salue l’indispensable Pierre Guyotat, qui signe « Idiotie ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Le feuilleton. Rumination

Claro salue l’indispensable Pierre Guyotat, qui signe « Idiotie ».



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h00
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Idiotie, de Pierre Guyotat, Grasset, 254 p., 19 € (en librairie le 29 août).

Depuis plus d’un demi-siècle, dans l’affairement d’une fièvre étudiée, du fond d’une langue en méticuleux devenir, propre aussi bien à cadencer les convulsions humaines qu’à dénouer les ferveurs intimes, une langue à la fois brute et baroque, fluide et rompue, rêche et itérative, ne ménageant ni sa peine ­orpheline ni nos vaines tiédeurs, en plein désert pourrait-on dire, bien que chantant sans relâche les affres du collectif, hors toute compromission charnelle mais extrayant du corps un fluide formateur, saturant ses cosmologies d’une animalité politique, tissant tantôt d’hypnotiques iliades, tantôt de stoïques annales, Pierre Guyotat, plus qu’aucun autre écrivain contemporain, travaille à une immense fresque dans laquelle chaque détail – chaque détail pensé, senti, articulé, scandé – s’interroge sur cette violence qui, peut-être, nous veut encore humains.
Son engagement inconditionnel, la ­rigueur rythmique de son écriture, mais aussi l’intense générosité de sa démarche quasi confessionnelle font de lui une figure qu’on dira singulière, bien sûr, mais également, parce qu’elle nous accompagne inlassablement de loin telle une ombre portée, une présence fraternelle. Sans elle, sans cette présence vivante dont l’exigence est, pour certains d’entre nous, indispensable, et sans doute constitutive de notre formation, la littérature serait assurément moins ­intranquille.
A qui, novice encore, voudrait entrer en contact avec cette œuvre qui ne cesse de se déployer, on serait tenté de proposer, comme possible entrée, la lecture dérangeante de Tombeau pour cinq cent mille soldats (Gallimard), livre par lequel Guyotat trancha vif, en 1967, dans un paysage littéraire encore grevé d’humanisme, chorégraphiant une mécanique de la violence directement inspirée – transportée, pourrait-on dire – de la guerre d’Algérie,...




                        

                        


<article-nb="2018/08/23/18-15">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Les brèves critiques de romans venant de paraître, parues dans « Le Monde des livres » du 24 août 2018.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
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La rentrée littéraire en bref

Les brèves critiques de romans venant de paraître, parues dans « Le Monde des livres » du 24 août 2018.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h00
    |

                            Zoé Courtois, 
                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Marine Desquand, 
                            Eric Loret (Collaborateur du « Monde des livres ») et 
                            Jean-Louis Jeannelle (Spécialiste des études littéraires et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            Roman. Spleen et fantaisie
Reviens, de Samuel Benchetrit, Grasset, 252 p., 19 €.
Seul dans son trois-pièces, un écrivain couche sur le papier de vaines bonnes résolutions pour soigner ses bleus à l’âme. C’est qu’il peine à s’intéresser au sujet de son prochain roman, dont Pline l’Ancien est le ­héros, mais, surtout, son fils est parti depuis quelques mois, sans donner d’explication, faire un tour du monde. Plus encore, il apprend que les derniers exemplaires de son précédent livre auraient été « pilonnés » par sa maison d’édition ! C’en est trop. Une quête fantaisiste l’emmènera sur les traces de la seule copie restante, frotter son spleen à une ­armée de Raymonde dans une maison de retraite – et y réintroduire le canard colvert. On rencontrera chemin faisant des personnages tendres et cocasses dans des situations savoureuses, peuplant une solitude de plus en plus habitée. La plume de Samuel Benchetrit, réalisateur et écrivain, réenchante avec brio l’itinéraire d’un dépressif. Z. C.
Roman. Le parking
Balles perdues (Gun Love), de Jennifer Clement, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Patricia Reznikov, Flammarion, 304 p., 20 €.
Sans que cela paraisse affecter son développement affectif et intellectuel, la jeune Pearl vit avec sa mère dans une voiture garée sur un parking, en Floride, depuis des années. Ne pensant jamais au lendemain, elles bricolent des solutions pour résoudre les problèmes que l’exiguïté du lieu ne manque pas de créer. « La nuit, explique la jeune fille, je posais un oreiller sur le frein à main pour que les deux sièges se transforment en lit. Dans l’espace sombre des pédales de frein et d’accélérateur, je rangeais ma paire de tennis et mes sandales. » Evoqué comme un paradis perdu, ce huis clos fusionnel a pris fin depuis peu lorsque s’ouvre le nouveau roman de Jennifer Clement. L’adolescente a découvert que ce parking est la plaque tournante...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Chaque jeudi, dans « La Matinale », la rédaction du « Monde des livres » vous fait partager ses coups de cœur, à retrouver en librairie.
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Cinq romans et un essai pour bien aborder la rentrée littéraire

Chaque jeudi, dans « La Matinale », la rédaction du « Monde des livres » vous fait partager ses coups de cœur, à retrouver en librairie.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 06h20
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 07h12
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Une méditation sur la photographie et la mort, une plongée dans l’histoire du monde, la tragédie du 11-Septembre, des tribulations en Côte d’Ivoire, la jeunesse d’une mère pendant la guerre d’Algérie et George Sand sont au programme de notre sélection hebdomadaire.
ROMAN. « A son image », de Jérôme Ferrari
Cela commence à se voir. Jérôme Ferrari est obsédé par les images, leur force de vérité, leur puissance d’aveuglement. Dans A son image, plus que jamais, il médite l’alliance intime entre la photographie et la mort.
Les premières pages racontent l’accident fatal qui propulse une jeune photographe, Antonia, au fond d’un ravin corse. Elle avait rêvé de croiser la grande Histoire et décidé un jour de rejoindre la Yougoslavie en pleine guerre civile. Les photos qu’elle en a rapportées ne seront jamais publiées. Non qu’elles aient été censurées, mais simplement parce que la jeune femme connaissait désormais les hommes et s’interdisait de flatter l’ignoble jubilation qui est la leur quand ils contemplent la mort donnée.
Pour Ferrari aussi, il faut se retenir de tout montrer. Aux nationalistes corses, dont la joie éclate quand un homme est humilié, comme aux miliciens serbes, qui rient en jetant à terre un livre d’Imre Kertesz, Ferrari oppose le sens de la composition, l’art du montage, la puissance de l’ellipse. De la misère humaine, il dévoile assez pour nous troubler, mais trop peu pour nous délecter. Jean Birnbaum

   


« A son image », de Jérôme Ferrari, Actes Sud, 222 p., 19 €.
ROMAN. « Un monde à portée de main », de Maylis de Kerangal
Un monde à portée de main raconte une descente. Une plongée dans la matière, dans le temps et dans l’histoire du monde. Ainsi verra-t-on Paula Karst passer du Paradis (la rue de, à Paris), chez ses parents, où, après le bac, elle se cherche une vocation, aux grottes de Dordogne, où l’amènera, sur le chantier d’un fac-similé de Lascaux, le métier de peintre en décor qui lui a été enseigné entre-temps dans une école bruxelloise.
A mesure que Paula Karst apprend l’art du trompe-l’œil, c’est une compréhension en profondeur du monde qui s’opère en elle. La compréhension que les êtres comme les lieux sont constitués d’un feuilletage d’époques et d’expériences ; la compréhension exaltante que « tout est vivant ».
Vivante, la phrase de Maylis de Kerangal l’est intensément, qui embrasse la technique et le poétique, le sensible et l’intellectuel, qui incorpore le parler d’une fille d’aujourd’hui à une langue superbe mais jamais grandiloquente. Il y a là une puissance d’autant plus renversante que Maylis de Kerangal fait en sorte qu’on ne la voit pas venir. Raphaëlle Leyris

   


« Un monde à portée de main », de Maylis de Kerangal, Verticales, 286 p., 20 €.
ROMAN. « Par les écrans du monde », de Fanny Taillandier
Alors que leur père les a appelés pour annoncer sa décision de mettre fin à ses jours, Lucy et William doivent faire face aux conséquences de l’attaque perpétrée par Mohammed Atta et ses complices. Le terroriste égyptien vient de prendre les commandes d’un Boeing 767 et de le diriger sur l’une des tours du World Trade Center. Le 11 septembre 2001, le monde entier découvre les images de l’attentat le plus spectaculaire jamais commis.
Par les écrans du monde est un roman où les drames intimes et collectifs ne cessent de se répondre, où les doutes des uns laissent entendre les certitudes des autres, où la désespérance et la quête de sens demeurent ce que les hommes ont le plus en commun. Fanny Taillandier réussit à produire un récit neuf et d’une belle tenue stylistique sur l’événement le plus commenté du XXIe siècle. Florence Bouchy

   


« Par les écrans du monde », de Fanny Taillandier, Seuil, « Fiction & Cie », 256 p., 18,50 €.
ROMAN. « Camarade papa », de Gauz
Roman miroir, œuvre trait d’union, Camarade Papa articule une confrontation entre deux regards. D’un côté, la fiction de l’aventure coloniale, justifiée par les discours de Jules Ferry. De l’autre, le choc de la rencontre avec l’Europe et l’invention de légendes comme contre-feu au monde qui vient. Gauz superpose ainsi deux romans d’apprentissage et d’aventures, l’un au XXe siècle, l’autre au XIXe.
Le premier suit un enfant d’origine africaine, couvé par une prostituée et biberonné au marxisme-léninisme, que son père envoie retrouver sa grand-mère et ses racines dans l’est de la Côte d’Ivoire. Le second accompagne Dabilly, jeune homme orphelin, qui quitte la Creuse pour les comptoirs français de Grand-Bassam, puis l’intérieur des terres.
Ce qui lie les deux protagonistes, on ne le saura qu’à la fin. Mais, à travers le récit passionnant, émouvant, poétique et souvent loufoque de leurs tribulations, l’écrivain fait apparaître la ligne brouillée qui rattache les hommes d’aujourd’hui au passé de la colonisation. Et interroge notre capacité à regarder les deux versants de l’histoire, sur la crête écumante de ses vagues. Gladys Marivat

   


« Camarade Papa », de Gauz, Le Nouvel Attila, 256 p., 19 €.
ESSAI. « Georges Sand à Nohant », de Michelle Perrot
Avec la grande demeure – à Nohant, dans l’Indre – qui abrita les mille vies de l’effervescente George Sand (1804-1876) et des siens, un riche matériau s’offre aux explorations, récits et réflexions de Michelle Perrot. Voilà en effet un lieu d’exception, habité plusieurs décennies de suite, de manière provocante, utopique, déraisonnable et inventive, par une tribu bigarrée. 
L’historienne entraîne le lecteur dans cette propriété bruissante d’archives et de nostalgie. Elle scrute les gens, les lieux, les temps qui forment ce foyer sans omettre les chiens peuplant Nohant, notamment Pistolet, que George Sand prétendait « sublime d’intelligence ». En faisant revivre cette maison d’artiste, Michelle Perrot ressuscite un espace entrecroisant réalités et illusions. Son livre – à la fois aérien, grave, savant, vivant – se lit comme une fête, un peu mélancolique, dans la demeure du temps. Roger-Pol Droit

   


« George Sand à Nohant », de Michelle Perrot, Seuil, « La librairie du XXIe siècle », 464 p., 24 €.
ROMAN. « Le Guetteur », de Christophe Boltanski
Il faudrait un mathématicien pour trouver le secret du Guetteur, le nouveau récit du journaliste et écrivain Christophe Boltanski, enchâssement labyrinthique de points de vue, de documents, de témoignages, de fictions et de souvenirs autour d’un facteur inconnu : sa mère, Françoise. Dans son appartement, après sa mort, il a trouvé le manuscrit inachevé d’un polar, « La Nuit du guetteur », une histoire de voyeur dans un appartement vide, où son fils a l’impression de voir affleurer le secret de cette femme longtemps cloîtrée.
Il se lance dans une enquête tous azimuts sur sa vie et, quand toute trace se perd, invente, devient, par l’imagination, guetteur à son tour – d’une jeunesse lointaine où tout s’est noué, pendant la guerre d’Algérie. Françoise a fait partie d’un groupe français de soutien au FLN, bientôt démantelé. Ses camarades ont été arrêtés, pas elle. Que s’est-il passé ? Seule la fiction peut le dire. Elle ne le dira pas, ou en en taisant la moitié. Mais entre-temps, Christophe Boltanski aura approché au plus près ce qui ne s’approche jamais suffisamment, ce qui échappe toujours : la vérité d’une vie. Florent Georgesco

   


« Le Guetteur », de Christophe Boltanski, Stock, 288 p., 19 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ L’écrivaine britannique signe « Swing Time », grand roman d’apprentissage centré sur deux jeunes danseuses métisses. Elle parle de ce nouveau livre, de son rapport à la danse, à l’écriture et à la vie.
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Zadie Smith : « J’aime écrire, mais je préfère vivre »

L’écrivaine britannique signe « Swing Time », grand roman d’apprentissage centré sur deux jeunes danseuses métisses. Elle parle de ce nouveau livre, de son rapport à la danse, à l’écriture et à la vie.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 06h20
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                            Florence Noiville (à Londres)








                        



                                


                            

Zadie Smith reçoit chez elle, à Londres. Un « chez elle » qu’elle abandonne lorsqu’elle est à New York où elle vit et enseigne (à l’université de New York) la majeure partie du temps, mais qu’elle retrouve avec une joie palpable en ces premiers jours lumineux du mois de juillet. Conserver cette attache avec sa ville natale est important. Particulièrement avec ce Nord-Ouest londonien auquel elle a, en 2012, consacré un roman (NW, en référence au code postal ; en français, Ceux du Nord-Ouest, Gallimard, 2014) et où se trouve sa petite maison, à mi-distance de Kilburn et de Queen’s Park.
« On va monter, les enfants sont partis faire un tour avec leur père », propose-t-elle en faisant allusion à Nick Laird, le romancier et poète irlandais qui partage sa vie depuis leurs années à Cambridge. Elle écrivait déjà à l’époque et, encore étudiante, fut tout de suite repérée pour son premier roman, White Teeth (Sourires de loup, Gallimard, 2001), qui fit d’elle, en 2000, la nouvelle star de la littérature anglophone. Une littérature à son image, jeune, cultivée, pleine de sève, polyphonique et métissée. Dix-huit ans plus tard paraît son cinquième roman traduit, Swing Time, sorti en 2016 en version originale (traduit de l’anglais par Emmanuelle et Philippe Aronson, Gallimard, 472 p., 23,50 €).
Smith porte une longue robe verte. Mais pas l’habituel turban dont elle a presque fait sa marque de fabrique et qui lui donne l’allure altière d’une Néfertiti. « Au début, je le mettais pour gagner du temps le matin et puis c’est devenu un symbole, un salut aux ancêtres africains. Après tout, il y a sans doute plus de femmes dans le monde qui ont la tête couverte que l’inverse. Et j’aime bien être des leurs. »

Dans son bureau rouge, plusieurs bibliothèques. Près du divan, un livre du Norvégien Karl Ove Knausgaard et un portrait de sa mère, d’origine jamaïcaine, à qui est dédié Swing Time.
Plus...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Avec « A son image », l’histoire d’une photoreporter corse, le Prix Goncourt 2012 porte un regard tendre et sardonique sur la faiblesse humaine. Somptueux.
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Dans l’œil de Jérôme Ferrari

Avec « A son image », l’histoire d’une photoreporter corse, le Prix Goncourt 2012 porte un regard tendre et sardonique sur la faiblesse humaine. Somptueux.



LE MONDE
 |    22.08.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 10h16
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            Jean Birnbaum








                        



                                


                            
A son image, de Jérôme Ferrari, Actes Sud, 222 p., 19 €.

Cela commence à se voir. ­Jérôme Ferrari est obsédé par les images, leur force de vérité, leur puissance d’aveuglement. De livre en livre, son écriture se fait toujours plus regardante. En 2012, Le ­Sermon sur la chute de Rome (Actes Sud), roman qui lui a valu le prix Goncourt, s’ouvrait par la description d’une photo de famille sur laquelle se posait un regard fidèle. Trois ans plus tard, Ferrari publiait, avec Olivier Rohe, un essai intitulé A fendre le cœur le plus dur (Inculte/Dernière marge), où se trouvait commenté le reportage photographique effectué en 1911 et 1912, sur le front qui ­opposait les Italiens aux Turcs, par le romancier Gaston Chérau. On retrouve d’ailleurs Chérau, promenant ses rêveries orientalistes au milieu des cadavres, dans le tout nouveau roman de Jérôme Ferrari, A son image.
Plus que jamais, même quand il évoque des clichés de noces, l’auteur y médite l’alliance intime entre la photographie et la mort. Les premières pages racontent l’accident fatal qui propulse une jeune photographe, Antonia, au fond d’un ravin corse. C’est le personnage principal du livre, et Ferrari nous contraint d’emblée à poser, sur cette femme d’images, un œil endeuillé. Ici, néanmoins, nul pathos larmoyant. Plutôt un esprit sardonique et une rébellion métaphysique, qui placent ce texte somptueux sous la double influence de Voltaire et de Bernanos.
Plume cruelle
Antonia, qui est la compagne d’un militant nationaliste corse, fait ses débuts dans la presse locale, au milieu des ­années 1980. Et c’est une fois de plus l’occasion, pour Ferrari, d’exercer son humour ravageur. Très vite, les patrons de la jeune reporter lui enseignent la règle numéro un de leur métier : utiliser un objectif grand-angle quand on photographie fêtes patronales, inaugurations de campings et autres concours de pétanque, de sorte...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Cette série, mettant en scène un jeu de massacre entre collégiens au début des années 2000, marque un tournant dans le genre « survival ».
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Manga iconique des récits de survie, « Battle Royale » est réédité en France

Cette série, mettant en scène un jeu de massacre entre collégiens au début des années 2000, marque un tournant dans le genre « survival ».



LE MONDE
 |    22.08.2018 à 15h00
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23.08.2018 à 07h59
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            Pauline Croquet








                        



   


Piégés sur une île, quarante-deux collégiens, dont la classe a été tirée au sort, sont obligés de s’entre-tuer jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un. Dès sa sortie en France, en 2003, le manga Battle Royale ne laisse pas le public indifférent. D’entrée de jeu dramatique et violent, le premier tome s’écoule à 80 000 exemplaires dans l’Hexagone, ce qui le place parmi les best-sellers du moment et ouvre la voix à de nombreuses bandes dessinées de survival game, des récits de jeux de survie. Les éditions Soleil/Delcourt ont décidé de rééditer ce succès en tome double, à compter de mercredi 22 août.
Un succès qui s’explique en partie par la dimension politique du récit. Derrière cette compétition annuelle macabre se cache un programme pour asservir la jeunesse et étouffer la rébellion, orchestrée par une dictature socialiste d’Asie suggérant un Japon totalitaire dans un futur alternatif.
Avant de prendre vie dans un manga de quinze tomes publiés dans l’Archipel à partir de 2000, Battle Royale est un roman de Koushun Takami, paru un an plus tôt. Le romancier prend part activement au scénario de l’adaptation en bande dessinée de sa dystopie, perçue aussi comme une métaphore sur le contrôle social.
Mythe culturel de l’école japonaise
Si le concept des histoires de last man standing existait, le titre même de l’œuvre empruntant au vocabulaire du catch, l’auteur innove en l’exploitant dans un milieu scolaire japonais, et en proposant un véritable exutoire face à la pression pour la réussite sociale. « Le fait d’amener une classe à s’entre-tuer crée quelque part un mythe culturel de l’école japonaise », avance Iker Bilbao, directeur éditorial aux éditions Soleil. « Cela renvoie aux valeurs de cohésion et d’esprit d’équipe qui s’opposent à certains comportements individualistes, mais aussi à la notion très présente de bouc émissaire. »
« Doit-on marcher seul pour espérer s’en sortir ou faire équipe… ? »
Car la question centrale de la série n’est pas tant le « pourquoi » de ce programme, mais plutôt : « Doit-on marcher seul pour espérer s’en sortir ou faire équipe pour détruire cette mascarade ? » C’est ce questionnement qui va orchestrer toutes les actions et les relations des élèves sur l’île d’Oki, pendant les trois jours de massacre. Pour le héros, Shuya Nanahara, orphelin révolté au grand cœur, pas de doute, l’union fait la force face à ce programme inique et darwiniste.

   


« L’écriture y est beaucoup plus forte que pour d’autres mangas du genre »
On ne compte plus le nombre d’œuvres sœurs que Battle Royale a pu inspirer, notamment dans le manga où les survival games d’écoliers sont nombreux. Mais aussi dans la littérature adolescente, à l’image de la trilogie américaine Hunger Games. Toutefois, plus de quinze ans après, Battle Royale tient honorablement le haut du pavé. Ce que Iker Bilbao explique par la qualité de la narration : « L’écriture y est beaucoup plus forte que pour d’autres mangas du genre, qui se reposent énormément sur le dessin. Les personnages, même s’ils sont parfois manichéens, sont attachants, et la dramaturgie reste solide jusqu’à la fin. »
De même, les règles du jeu ne s’émoussent pas, ne se floutent pas en arrière-plan de l’intrigue, offrant un ciment solide aux quinze volumes. Une garantie de suspense, et une bouée pour les lecteurs qui doivent déjà suivre le parcours d’une quarantaine de personnages.

        Lire aussi :
         

                « Battle Royale », « Green Worldz », « Doubt »… Sélection de mangas « survival » incontournables



L’esthétique des mangas « furyo » des années 1990
De Battle Royale, on retient également un manga pour adultes au succès grand public – il était au début distribué dans les supermarchés français – en dépit de sa violence crue. Dessin réaliste, gros plans sur les corps meurtris, mais aussi des scènes de sexe ajoutées par rapport au roman… le trait non censuré du dessinateur Masayuki Taguchi offre une étoffe et un caractère animal supplémentaires à la tragédie de Koushun Takami.
De même, la noirceur et la physionomie des personnages les font ressembler davantage à des gangsters qu’à de candides collégiens, rappelant l’esthétique des mangas furyo des années 1990, le terme désignant de jeunes voyous japonais.

   


La bande dessinée était initialement publiée par Akita Shoten, une grande maison d’édition japonaise réputée pour ses choix irrévérencieux et sa liberté graphique. Une liberté qu’a totalement embrassée le cinéaste Kinji Fukasaku dans son adaptation réalisée dans la foulée des premiers tomes.
C’est le long-métrage de cet habitué du cinéma réaliste et sans fard de yakuzas qui finira de faire de Battle Royale une œuvre internationale et iconique. Et placera l’acteur Takeshi Kitano au rang des professeurs les plus pervers du septième art.

Battle Royale, ultimate édition, de Koushun Takami et Masayuki Taguchi, traduction d’Arnaud Delage, tome I le 22 août, éditions Soleil/Delcourt, 416 pages, 15 euros.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Directeur adjoint du Seuil, il n’a pas succédé à Olivier Bétourné à la tête de la maison. Un premier accroc dans l’ascension fulgurante de l’auteur et éditeur de 32 ans, qui publie son deuxième roman, « Capitaine ».
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Article sélectionné dans La Matinale du 21/08/2018
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Adrien Bosc, la religion du livre


                      Directeur adjoint du Seuil, il n’a pas succédé à Olivier Bétourné à la tête de la maison. Un premier accroc dans l’ascension fulgurante de l’auteur et éditeur de 32 ans, qui publie son deuxième roman, « Capitaine ».



LE MONDE
 |    22.08.2018 à 06h34
 • Mis à jour le
22.08.2018 à 12h06
    |

                            Zineb Dryef








                              

                        

Ce fut le plus beau jour de sa vie. Le 30 octobre 2014, Adrien Bosc recevait le Grand Prix du roman de l’Académie française pour son premier roman, Constellation, récit du destin des passagers de l’avion du même nom qui s’est abîmé dans les Açores le 28 octobre 1949. Un mois plus tard, quai de Conti, il a attendu, sans empressement, son meilleur ami, arrivé en retard et sans costume à la séance publique annuelle de l’institution au cours de laquelle ses lauréats sont distingués.
Sous la coupole, entouré par sa famille et par ses amis, il s’est senti parfaitement heureux. Le discours traditionnel sur la vertu prononcé par Valéry Giscard d’Estaing était bien un peu solennel, un peu pompier mais tout de même, « c’était un moment de félicité », se souvient son ami et éditeur Benoît Heimermann. Adrien Bosc avait 28 ans.
« Il est jeune, très jeune, non ? »
« Vous savez quel âge a Adrien ? » La première fois qu’on nous a posé cette question, on a cru qu’il s’agissait de nous impressionner. La deuxième fois, on a compris qu’autour de lui beaucoup ignoraient sincèrement son âge. « J’ai tout à fait oublié l’âge qu’il avait, remarque l’avocat Olivier Diaz, l’un des actionnaires de ses revues. L’absence de perception de son âge démontre une maturité évidente. » On a également entendu : « un garçon sans âge », « un vieux dans un corps de jeune » et ce grand soupir, « il est jeune, il est très jeune, non ? ».
Il l’était déjà à 23 ans, quand il est devenu père d’un petit garçon. Puis à 24 ans, quand il a lancé deux revues, Feuilleton et Desports. Et à 25 ans, quand il a fondé les Editions du Sous-Sol. Enfin, il en avait à peine 30 quand il a été promu directeur adjoint des Editions du Seuil, il y a deux ans. Un garçon précoce en somme. Ou « Bel-Ami monté à Paris les souliers pleins de sa terre avignonnaise », selon la formule un peu perfide de l’un de ses...



