<FILE-date="2018/08/23/18">

<article-nb="2018/08/23/18-1">
<filnamedate="20180823"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180823"><AAMMJJHH="2018082318">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Les artistes prennent le train (5/6). Le graffeur s’est fait un nom dans le métro parisien par sa démarche radicale et obsessionnelle.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ 
<article-nb="2018/08/23/18-2">
<filnamedate="20180823"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180823"><AAMMJJHH="2018082318">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ D’un château l’autre (5/6). Les articles de cette série sont extraits de « Crac » de Jean Rolin (P.O.L, janvier 2019). En 1909, T.E. Lawrence, qui n’est pas encore « d’Arabie », entreprend à travers le Moyen-Orient un voyage de près de 1 800 km à la découverte des châteaux forts bâtis par les Croisés.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ 
<article-nb="2018/08/23/18-3">
<filnamedate="20180823"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180823"><AAMMJJHH="2018082318">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Crimes à pleins tubes (5/6). De nombreuses figures de la musique ont été assassinées en pleine gloire. Chaque meurtre raconte à la fois l’artiste et son époque. En 1996, le rappeur, qui campe depuis plusieurs années un personnage de mauvais garçon, est atteint par quatre coups de feu alors qu’il se rendait en discothèque.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ 
<article-nb="2018/08/23/18-4">
<filnamedate="20180823"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180823"><AAMMJJHH="2018082318">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Les tutoriels artistiques (5/6). Dans une forêt du Queensland, John Plant montre sur YouTube comment se construire une cabane à partir d’éléments naturels.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤     


                Façonner un habitat


Les tutoriels artistiques (5/6). Dans une forêt du Queensland, John Plant montre sur YouTube comment se construire une cabane à partir d’éléments naturels.

LE MONDE
                 |                 23.08.2018 à 17h00
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 17h13
                 |

            Jean-Jacques Larrochelle

















Derniers articles publiés


            Les rames de la RATP, armes favorites de l’art d’Azyle


            Karl Lagerfeld, l’instinct de survie


            Sur les traces de « Lawrence d’Arabie », avec Jean Rolin : Une robuste colonie de serpents



Tous les articles






les articles les plus partagés


            La chanson d’amour de Vincent Dedienne : « L’Amitié », de Françoise Hardy


            Mariez-les ! A Cannes, une épouse, trois maris et quatre témoins


            La chanson d’amour d’Agnès B. : « L’Affiche rouge », de Léo Ferré






les plus partagés












                            



                        
Il est à lui seul comme un raccourci de la préhistoire. En ne tirant profit que des éléments de la nature qui l’entoure (plantes, eau, bois, pierres et terres), l’Australien John Plant, maître d’œuvre de Primitive Technology, parvient à l’aide de ses seules mains, accessoirement de ses pieds (nus), à bâtir un monde habitable. Il conçoit aussi une somme d’objets ou de solutions techniques : constructions aux formes multiples, poteries, arc, fronde, paniers, tongs en osier, soufflet de four ou haches… sans oublier le feu dont il réapprend la technique de friction par rotation. Le tout en présentant de manière très pédagogique l’élaboration de ses nombreuses (re) découvertes.

Même si son exemple est souvent cité dans ce milieu, le trentenaire n’est pas un adepte du survivalisme. « Je vis dans une maison moderne et mange de la nourriture moderne. Je voulais juste savoir comment les gens construisaient et fabriquaient des choses dans les temps anciens, explique-t-il sur son site. C’est un bon passe-temps qui vous maintient en forme et ne coûte rien en dehors du temps et des efforts. » Ce passe-temps a trouvé grâce aux yeux des plus de 8,6 millions d’abonné(e) s à sa chaîne YouTube, Primitive Technology. Le site de l’Australien – souvent imité, jamais égalé – totalisait au mois de mai plus de 560 millions de vues depuis sa création le 1er mai 2015. Son avant-dernière livraison, postée le 17 juillet, où il explique comment faire un ciment à base de cendre végétale, d’eau et d’argile, a retenu, déjà, plus de 3,8 millions de curieux.
Récits d’aventure
John Plant habite dans le nord du Queensland. C’est dans ce territoire soumis à un climat tropical qu’il a acheté une parcelle de terre. La forêt y est dense, les petits cours d’eau vivaces et les moustiques nombreux, qu’il repousse en entretenant un feu permanent durant ses démonstrations. Aucun commentaire parlé n’accompagne ses vidéos. Le chant des insectes ou les cris d’oiseaux,...


L’accès à la totalité de l’article est protégé Déjà abonné ? Identifiez-vous



         
Façonner un habitat
Il vous reste 63% de l'article à lire





         Achetez cet article 2 €


              Abonnez-vous à partir de 1 €
      
              Découvrez l’édition abonnés
   


require(["jquery","lmd/core/auth"], function($, auth){
   if (auth.isUserEducation()) {

      $(".js_educ").attr("href","/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&type_item=ART_RESTREINT_ARCHIVE&objet_id=5345483&clef=ARTRESTR_HA2E");
      $(".js_educ").html("Débitez votre pack d'archives");
      $(".js_educ_abo").hide();

      }
});



// Premium article view count pixel
if (lmd.context.element.restreint) {
    var img = document.createElement('img');
    img.src = lmd.conf.subscription.buttonViewCountUrl
        + 'EREC-266-['
        + lmd.context.element.url_friendly.replace(/-/g, '_')
        + (lmd.context.element.cms_id !== null ? '_' + lmd.context.element.cms_id : '')
        + ']';
    img.width = 1;
    img.height = 1;
    document.body.appendChild(img);
}






document.getElementById('teaser_article').style.display = 'block';

require(["lmd/module/achat_acte/verif_achat_item"], function (verif_achat_item) {
    if (typeof lmd.context.item != 'undefined'
        && typeof lmd.context.item.id != 'undefined'
        && typeof lmd.context.item.link != 'undefined'
    ) {
        verif_achat_item.verifAchatItem(lmd.context.item);
    }
});




L’accès à la totalité de l’article est protégé Déjà abonné ? Identifiez-vous



         
Façonner un habitat
Il vous reste 63% de l'article à lire





         Achetez cet article 2 €


              Abonnez-vous à partir de 1 €
      
              Découvrez l’édition abonnés
   


require(["jquery","lmd/core/auth"], function($, auth){
   if (auth.isUserEducation()) {

      $(".js_educ").attr("href","/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&type_item=ART_RESTREINT_ARCHIVE&objet_id=5345483&clef=ARTRESTR_HA2E");
      $(".js_educ").html("Débitez votre pack d'archives");
      $(".js_educ_abo").hide();

      }
});



// Premium article view count pixel
if (lmd.context.element.restreint) {
    var img = document.createElement('img');
    img.src = lmd.conf.subscription.buttonViewCountUrl
        + 'EREC-266-['
        + lmd.context.element.url_friendly.replace(/-/g, '_')
        + (lmd.context.element.cms_id !== null ? '_' + lmd.context.element.cms_id : '')
        + ']';
    img.width = 1;
    img.height = 1;
    document.body.appendChild(img);
}






                    

Jean-Jacques Larrochelle
    













<article-nb="2018/08/23/18-5">
<filnamedate="20180823"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180823"><AAMMJJHH="2018082318">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Figure mythologique emblématique de la fantasy, le dragon d’aujourd’hui en dit long sur notre contexte social, nos craintes et notre rapport à la nature.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤                

Du monstre diabolique à l’animal domestique, qu’est-il arrivé au dragon ?

Figure mythologique emblématique de la fantasy, le dragon d’aujourd’hui en dit long sur notre contexte social, nos craintes et notre rapport à la nature.





LE MONDE
 |    23.08.2018 à 15h22
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 16h38
    |

                            Elisa Thévenet





Krokmou, Saphira, Spyro, Mushu, Viserion… depuis vingt ans, le dragon envahit les rayons des librairies, le grand écran et les consoles de jeux. De Game of Thrones à Dragons, il est devenu un élément essentiel de la fantasy. Cracheurs de feu, gardiens d’une source ou d’un trésor, aux écailles d’argent, de cuivre ou d’émeraude, ailés ou marins, au souffle fétide ou à deux têtes, le bestiaire des œuvres s’enrichit chaque année de nouveaux spécimens. Archétype incontournable, le dragon se glisse depuis des millénaires dans les récits occidentaux – avec une trajectoire très différente de celle de ses homologues asiatiques.
Témoin d’un contexte social et politique, le dragon du XXIe siècle puise ses origines dans l’œuvre de J. R. R. Tolkien. Le 30 août, Harper Collins publie une réédition enrichie du mythe fondateur de l’œuvre de l’auteur du Seigneur des Anneaux, La Chute de Gondolin. Ce conte posthume esquisse les éléments clés de l’imaginaire de l’écrivain : un seigneur des ténèbres assoiffé de destruction, des elfes gardiens de l’équilibre du monde, un héros ordinaire et surtout… des dragons !
Philologue médiéviste et spécialiste des langues nordiques, Tolkien a puisé dans le poème épique Beowulf et les épopées finlandaises pour façonner son univers. « Les dragons de Tolkien sont directement inspirés du Moyen Age et du folklore nordique, mais il les a affranchis de leur dimension bestiale pour en faire des créatures évoluées, intelligentes, capables de manipuler les hommes », explique Anne Besson, professeure de littérature générale et comparée à l’université d’Artois.
« Aujourd’hui, quand on pense à un dragon, il est difficile de faire abstraction de l’image proposée par Tolkien », renchérit Justine Breton, docteure en littérature médiévale et spécialiste du médiévisme et de la fantasy. Gardien de trésors arrogant à la voix caverneuse, à l’instar de l’incarnation cinématographique de Smaug dans Le Hobbit de Peter Jackson (2012), les dragons de la Terre du milieu sont les héritiers de l’imagerie chrétienne médiévale.
« Hic sunt dracones » (« ici sont des dragons »)
Si les premières représentations de dragons remontent à plus de six mille ans, la figure occidentale du monstre reptilien cracheur de feu s’est imposée avec la diffusion du christianisme. Dans l’Antiquité, les dragons, mentionnés dans les écrits d’Aristote et de Pline l’Ancien, étaient considérés comme des êtres supérieurs, qui précédaient l’origine du monde.
Au Moyen Age, le dragon quitte le territoire des cosmogonies pour investir les récits hagiographiques : l’archange saint Michel combat celui de l’Apocalypse et saint Georges terrasse celui de Lydda. « Le dragon se transforme en figure démoniaque, véritable incarnation du diable », analyse Mme Breton.

   


Symbole de la nature violente et des pulsions indomptées de l’homme, le dragon devient la cause de toutes les catastrophes naturelles : inondations, tremblements de terre, éruptions volcaniques, il est même accusé de répandre la peste par son souffle putride. Loin d’être considéré comme un mythe, il figure dans de nombreux bestiaires. Les naturalistes y étudient son anatomie, en s’appuyant sur des « témoignages oculaires » et des expéditions organisées dans des grottes et des lacs de montagne pour découvrir des ossements. Ce n’est qu’à partir du siècle des Lumières que la réalité du dragon est sérieusement remise en question. Pendant quelque temps, la créature se fait discrète.
Le dragon, symbole d’un monde en mutations
« C’est au XXe siècle, avec l’explosion de la fantasy, que le dragon commence son renouveau », s’enthousiasme Justine Breton. Derrière le potentiel narratif de la créature sommeille un symbolisme très actuel.
« Depuis l’Antiquité, chaque fois que l’homme ressent le besoin d’inscrire le dragon dans son histoire, c’est qu’il traverse une période de changement radical. Avec le nouveau millénaire, l’éclatement des frontières, nos anciennes peurs se sont réactivées », explique Daisy de Palmas Jauze, « dragonologue » et auteure de Les Dragons de la fantasy : legs du passé et renouveau (Panthéon, 2014).
Une analyse que complète Georges Bertin, socio-anthropologue : « Les grands récits fondateurs, ceux de l’Eglise et du marxisme, se sont effondrés, donc on a recours à l’archaïque. Dans un monde qui paraît chaotique, on fait appel à la figure du chaos. » Un chaos que l’on tente toutefois d’apprivoiser. Depuis la fin des années 1990, l’homme cherche à composer avec le dragon, à l’image d’Eragon dans l’œuvre de Christopher Paolini, ou d’Harold dans le premier tome de la saga de Cressida Cowell, Comment dresser votre dragon, adaptée par Dreamworks.

   


La figure du dragonnier s’est imposée comme un élément essentiel de la culture pop depuis La Ballade de Pern, d’Anne McCaffrey. Si le dragon a longtemps été comparé au serpent ou au lion, la créature du XXIe siècle s’apparente plus à un cheval ailé. « Le dragon permet de voyager librement, sans contrainte, à une rapidité folle, des caractéristiques que l’on recherche dans le monde d’aujourd’hui », commente Daisy de Palmas Jauze.
Au fil des pages, l’homme et l’animal s’apprivoisent et tissent des liens d’amitié. « Cette nouvelle relation avec le dragon, qui représente la nature préservée et indomptée, est liée à notre prise de conscience de la nécessité de préserver la planète et la diversité. Les littératures de l’imaginaire permettent d’en donner des figurations divertissantes. On s’émerveille plutôt que de se faire sermonner, mais on fait passer des messages », observe Anne Besson.
« Aujourd’hui, nous n’avons plus vraiment peur de la nature, nous avons compris que le plus gros danger sur cette planète, c’est nous », résume l’Américaine Marie Brennan, auteure de la saga Une histoire naturelle des dragons (L’Atalante, 2016). Un thème central à la « dragon fantasy », sous-genre théorisé par Daisy de Palmas Jauze : le dragon, représentant d’un peuple ancien, peut réapparaître à tout moment si l’homme met la planète en danger.

   


Et aujourd’hui, la technologie aidant, l’apparition ne se cantonne plus aux enluminures, le réalisme des dragons de la série Game of Thrones contribue à conférer au dragon une tangibilité nouvelle. « La technologie aurait dû le tuer, mais au contraire, elle lui a donné de nouveaux véhicules pour s’incarner. L’ordinateur lui a offert une plausibilité », rebondit Daisy de Palmas Jauze. De quoi ravir les passionnés : « Les dragons sont des créatures fabuleuses, elles existent dans toutes les cultures du monde ; je pense que quelque part, il y a des millénaires, il y a dû y avoir quelque chose. Toutes les légendes s’appuient sur une minuscule graine de faits ! », avançait, fin mai, l’écrivaine américaine de fantasy Robin Hobb, énigmatique, lors d’un entretien au Monde.

        Lire aussi :
         

                Robin Hobb : « Désormais, vous pouvez lire un bouquin de fantasy dans le bus »



Figure féminine qui n’a rien du hasard
Marie Brennan, Cressida Cowell, Sophie Audouin-Mamikonian… Depuis quelques années, une nouvelle génération d’auteures dans la lignée des œuvres progressistes et néopaïennes d’Anne McCaffrey s’est emparée de la créature mythique en l’affranchissant de sa représentation médiévale. Un clin d’œil amusant quand on sait que le dragon est une figure féminine. En effet, si Daenerys est la mère des dragons dans l’œuvre de George R. R. Martin (A Game of Thrones, etc.), cela n’a rien d’un hasard. Historiquement, le dragon renvoie à des figures féminines.

via GIPHY

Tamiat, le dragon à l’origine du monde dans la mythologie sumérienne, est une femelle, tout comme la plupart des créatures ailées des légendes françaises, comme la Vouivre du Jura et la Tarasque des eaux du Rhône. « Dans une époque d’affirmation du féminin dans l’espace social, la résurgence du dragon n’a rien d’étonnant », assure Georges Bertin. Dans Game of Thrones, la figure féminine de Daenerys submerge celle du dragon et crée un équilibre. C’est l’alliance entre les deux qui permet à l’héritière des Targaryen de s’affranchir de la tutelle des hommes.
Si le dragon s’est drastiquement humanisé au cours des dernières décennies, ce n’est pas sans danger, selon le professeur de philosophie Richard Mèmeteau : « Pour intégrer le dragon, on lui a fait perdre sa dimension bestiale ou on l’a réduit à sa force physique. C’est très américain comme idée, sauf que le dragon perd sa dimension de symbole. »
Les dragons de Khaleesi sont-ils autre chose qu’une arme surpuissante ? Jorge Luis Borges écrivait en 1957 dans son Livre des êtres imaginaires : « Le temps a considérablement émoussé le prestige des dragons. » Un regret que partage Richard Mèmeteau : « Est-ce qu’il reste encore un dragon dangereux, menaçant, qui peut avertir les hommes de leurs excès ? C’est bien de domestiquer nos peurs, mais peut-être qu’on est allé trop loin, à une époque où on devrait justement craindre ce que l’on engendre technologiquement. »




                     require(["lmd/core/ux/longform"], function (advertLongform) {
                        advertLongform.moveAdvert('.js-parallaxe_slot', '#articleBody');
                     });


                      






<article-nb="2018/08/23/18-6">
<filnamedate="20180823"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180823"><AAMMJJHH="2018082318">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Selon « Le Canard enchaîné », la maison d’édition naguère dirigée par la ministre de la culture n’a pas demandé d’autorisation pour agrandir ses locaux.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

Actes Sud : le parquet de Paris ouvre une enquête sur les travaux immobiliers autorisés par Françoise Nyssen

Selon « Le Canard enchaîné », la maison d’édition naguère dirigée par la ministre de la culture n’a pas demandé d’autorisation pour agrandir ses locaux.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 13h23
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 17h44
   





                        


Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire, jeudi 23 août, après les révélations du Canard enchaîné, mercredi, selon lesquelles l’ancienne patronne d’Actes Sud et désormais ministre de la culture, Françoise Nyssen, avait en 1997 augmenté de 150 m2 la surface des bureaux parisiens de la maison d’édition « sans autorisation de travaux ni déclaration au fisc ». Ces investigations, qui doivent déterminer si ces travaux respectent le code de l’urbanisme, ont été confiées à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP) de la police judiciaire parisienne.
Plus tôt dans la journée, Françoise Nyssen a déclaré qu’« aucune entreprise n’est au-dessus des lois. […] La mise en conformité par Actes Sud est une évidence ». Dans un communiqué diffusé jeudi, les éditions Actes Sud disent également avoir « mandaté le cabinet de Maître Franck Benalloul, avocat au barreau de Marseille, afin qu’il entreprenne toutes les démarches qui s’avéreraient nécessaires pour une mise en conformité au code de l’urbanisme de [leurs] bureaux parisiens », au cœur du Quartier latin.
Par ailleurs, l’association de défense du patrimoine Sites & Monuments accuse Mme Nyssen de s’être « affranchie des règles du droit du patrimoine et de l’urbanisme », et a fait savoir qu’elle avait « décidé de déposer une plainte » auprès du procureur de la République contre la ministre.
« Petit “oubli” »
Selon Le Canard enchaîné du 22 août, la ministre de la culture, Françoise Nyssen, a fait agrandir de 150 mètres carrés les locaux parisiens d’Actes Sud, qu’elle dirigeait avant de devenir ministre, sans en informer la direction de l’urbanisme de la Mairie de Paris ni le fisc. Or une autorisation est nécessaire à partir de l’ajout de 20 mètres carrés.
Ces travaux, réalisés dans un bâtiment du XVIIIe siècle inscrit à l’inventaire des Monuments historiques, auraient également dû faire l’objet d’une demande auprès des Bâtiments de France et de l’architecte en chef des Monuments historiques.
« Ce petit “oubli” a pu permettre à la société de la ministre de réduire d’un tiers l’impôt immobilier [la cotisation foncière des entreprises] qu’elle acquitte chaque année pour son siège parisien », estime Le Canard enchaîné.
Interrogé mercredi, Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement, a rappelé que « le président de la République s’[était] engagé sur l’exemplarité […] et sur notamment les exigences de transparence ». En juin, l’hebdomadaire avait déjà dénoncé l’agrandissement du siège d’Actes Sud à Arles, réalisé en 2011 sans les autorisations nécessaires, cette situation ayant été régularisée avant l’entrée de Françoise Nyssen au gouvernement. La ministre avait alors regretté une « négligence ».

        Lire aussi :
         

                A Arles, les ennuis immobiliers de Jean-Paul Capitani






                            


                        

                        


<article-nb="2018/08/23/18-7">
<filnamedate="20180823"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180823"><AAMMJJHH="2018082318">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Une exposition est consacrée aux réalisations et projets de l’architecte suisse à la Biennale de Venise. Entretien.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
édition abonné


L’art des maquettes de Peter Zumthor

Une exposition est consacrée aux réalisations et projets de l’architecte suisse à la Biennale de Venise. Entretien.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 08h16
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 10h12
    |

                            Frédéric Edelmann et 
Isabelle Regnier








                        



                                


                            

A la Biennale de Venise, où l’on célèbre en grande pompe le génie des architectes, la maquette n’a pas bonne presse. A ces objets de travail souvent austères, qui contribuent à la tonalité ­académique de tant d’expositions d’architecture, on tend à préférer des installations ludiques, des projections vidéo, des assemblages de polystyrène bleu extrudé… N’importe quel dispositif, pourvu qu’il fasse « art ».
Ce sont pourtant bien des maquettes, celles de Peter Zumthor, 75 ans, qui offrent cette année la plus belle émotion : sur la mezzanine du pavillon central des Giardini, elles forment un archipel d’îlots poétiques et sensuels, des petits mondes à échelles variables où les bâtiments révèlent la majesté du paysage alentour. Les constructions les plus célèbres de l’architecte suisse allemand – les thermes de Vals, le Los Angeles County Museum of Art, le Musée de la mine de zinc d’Allmannajuvet, en Norvège… – voisinent avec des projets jamais réalisés qui sont autant d’invitations à la rêverie.

La splendeur des objets tient autant au choix des matériaux – cire, sable, laine de verre, béton, bois, charbon, plâtre, polystyrène, pâte à modeler, carton… – qu’au soin quasi mystique mis par leur auteur à les sculpter, les assembler, les mettre en tension, exaltant à la manière d’un Joseph Beuys, leurs vibrations dans une symphonie silencieuse. Exposées en 2012 à la Kunsthaus de Bregenz (Autriche), musée dont Zumthor est lui-même l’architecte et qui conserve une partie de sa collection, ces pièces ne voyagent pratiquement jamais. Parce qu’elles sont extrêmement fragiles. Et plus encore parce que leur concepteur, qui a fait du temps le secret des alchimies à combustion lente à partir desquelles il conçoit ses atmosphères, l’investit à 100 % dans sa création.
De tous les lauréats du prix Pritzker (il a reçu le sien en 2009), il est sans doute le moins enclin à s’épancher dans les médias, le plus hostile à toute forme de communication institutionnelle....




                        

                        


<article-nb="2018/08/23/18-8">
<filnamedate="20180823"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180823"><AAMMJJHH="2018082318">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ L’acteur Jimmy Bennett, qui affirme avoir subi sur une agression sexuelle commise par l’actrice, a dit pourquoi il n’avait pas parlé jusqu’ici.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤                     
                                                

« Le traumatisme a refait surface », explique l’accusateur d’Asia Argento

L’acteur Jimmy Bennett, qui affirme avoir subi sur une agression sexuelle commise par l’actrice, a dit pourquoi il n’avait pas parlé jusqu’ici.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 08h10
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 09h31
   





                        


L’acteur Jimmy Bennett, qui a accusé Asia Argento de l’avoir agressé sexuellement en 2013, est sorti de son silence jeudi 23 août, trois jours après la révélation de cette affaire par le New York Times. « Je n’ai rien dit ces derniers jours ou dernières heures car j’avais honte et peur d’être pris dans le débat public », a-t-il écrit déclaré sur son compte Instagram.
Il explique également ne pas avoir parlé à l’époque des faits car il pensait qu’« une telle situation, pour un homme, dans notre société, serait stigmatisée ».
« Je n’ai pas parlé publiquement de cette histoire au début, car j’ai choisi de le faire en privé avec la personne qui m’a fait du tort. J’étais mineur à l’époque. (…) Je ne pensais pas que les gens comprendraient ce qui s’est passé du point de vue d’un adolescent. »
Mais « le traumatisme a refait surface » après que l’actrice italienne – qu’il ne nomme à aucun moment dans sa déclaration – s’est présentée elle-même comme victime de Harvey Weinstein, a-t-il souligné.

        Lire aussi :
         

                « Hypocrisie », tentative de « discréditer » #metoo : réactions aux accusations contre Asia Argento



Démenti d’Asia Argento
Ces premières déclarations publiques de Jimmy Bennett interviennent après un démenti d’Asia Argento, qui a nié mardi « avoir jamais eu de relation sexuelle avec Bennett ». Dans un communiqué, l’actrice a dit lui avoir donné de l’argent par amitié, et pour l’aider face à des difficultés financières.
Les accusations de l’acteur, de vingt ans plus jeune qu’Asia Argento, ont été révélées dimanche par le New York Times à partir de documents envoyés au quotidien par une source anonyme. Selon ces documents, l’actrice aurait agressé sexuellement M. Bennett lorsqu’il avait 17 ans, dans une chambre d’hôtel de Californie. Elle aurait ensuite essayé d’étouffer l’affaire en lui versant 380 000 dollars.
Les accusations à son encontre ont jeté un pavé dans la mare du mouvement #metoo, dont elle était jusqu’ici une des figures de proue. Elle fut l’une des premières, en octobre dernier, à accuser Harvey Weinstein de l’avoir violée, en 1997.
Depuis, près de cent femmes ont accusé l’ex-puissant producteur de cinéma d’agressions sexuelles, entraînant un vaste mouvement de dénonciation des abus sexuels commis par des hommes de pouvoir de tous les milieux.

        Lire aussi :
         

                L’actrice allemande Emma Loman porte plainte pour viol contre Harvey Weinstein






                            


                        

                        


<article-nb="2018/08/23/18-9">
<filnamedate="20180823"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180823"><AAMMJJHH="2018082318">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ « Une journée dans une vie, une vie dans une journée », sous la direction d’Adeline Herrou, livre dix-sept portraits du quotidien de moines et d’ascètes du monde entier, entre quête de sagesse et démesure.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Ethnologie. Renonçants mais non moins humains

« Une journée dans une vie, une vie dans une journée », sous la direction d’Adeline Herrou, livre dix-sept portraits du quotidien de moines et d’ascètes du monde entier, entre quête de sagesse et démesure.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h45
    |

                            Anne Both (Anthropologue et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Une journée dans une vie, une vie dans une journée. Des ascètes et des moines aujourd’hui, sous la direction d’Adeline Herrou, PUF, 440 p., 26 €.

Non, la vie d’ascète ou de moine n’est pas, contrairement aux apparences, toujours synonyme d’un quotidien où la quiétude se confondrait avec la modération. C’est, en tout cas, l’un des principaux enseignements que l’on peut tirer du livre dirigé par Adeline Herrou. Une journée dans une vie, une vie dans une journée rassemble dix-sept contributions d’ethnologues relatant l’ordinaire – du lever au coucher – de ces hommes et femmes ayant renoncé au monde laïque.
Car l’effet de comparaison provoqué par la lecture successive de ces portraits révèle, à chaque fois, une existence marquée, peu ou prou, par la démesure. Quand le moine taoïste chinois doit porter « un habit impeccable et une tenue soignée », l’ascète de la communauté jaïn, en Inde, n’est vêtu que d’espace, autrement dit est totalement nu ; le baul (chanteur mystique) du Bengale, lui, se targue de ne pas s’être lavé depuis douze ans. Quant à la sœur Armelle, carmélite française, rompue au strict contrôle de la parole et de la gestuelle qu’implique le vœu de silence, elle ne se fait pas prier pour devenir une oratrice passionnée lors des deux courtes récréations quotidiennes, où parler n’est plus proscrit.
L’idéal de pureté n’exclut pas, non plus, quelques taquineries ou faiblesses, comme le prouve l’abbé Zeyya Theiddi, moine bouddhiste birman, volontiers « moqueur », « rigolard », ou Rafqa, religieuse maronite au Liban, qui dénigre ouvertement une carmélite (« une fausse sœur ») tout en étant « insensible aux remarques blessantes de certains prêtres ».
Une pointeuse au monastère
Ce n’est pas le moindre des mérites de cet ouvrage : l’ambiance dans les monastères, inaccessible au commun des fidèles, y occupe une place prépondérante....




                        

                        


<article-nb="2018/08/23/18-10">
<filnamedate="20180823"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180823"><AAMMJJHH="2018082318">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ En sociologie comme en histoire ou en philosophie, les essais à paraître cet automne témoignent des inquiétudes et (parfois) des potentialités de notre époque.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤                     
                                                   
édition abonné


La rentrée des idées : doutes contemporains

En sociologie comme en histoire ou en philosophie, les essais à paraître cet automne témoignent des inquiétudes et (parfois) des potentialités de notre époque.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 10h10
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            

A quoi pensent les essayistes quand ils ne commémorent rien ? Après un début d’année marqué par les plus de 150 titres consacrés au 50e anniversaire de Mai 68, les essais de cette rentrée donnent le sentiment de partir de nouveau en tous sens, de fouiller plus librement, et avec une ardeur accrue, nos obsessions et nos angoisses – celles-ci surtout, qui se révèlent omniprésentes.
En regard, les derniers livres de la dernière commémoration encore en chantier (comment y échapper tout à fait ?), celle de 14-18, semblent contaminés par l’optimisme qui suit les fins de conflits. C’est le sujet du Temps des comètes, de l’historien allemand Daniel Schönpflug (Vuibert), mais il traverse aussi Les Vainqueurs, de Michel Goya (Tallandier), fût-il assombri par les risques que la paix elle-même fera courir au monde – étudiés dans le livre collectif dirigé par Serge Berstein, Ils ont fait la paix. Le traité de Versailles vu de France et d’ailleurs (Les Arènes).
Angoisses sociales
L’énoncé de titres d’essais sur la société contemporaine suffit à mesurer le contraste, sans même parler de la méditation sur la mort qu’est La Vallée du néant, de Jean-Claude Carrière (Odile Jacob) : Le Mal qui vient. Essai hâtif sur la fin des temps, de Pierre-Henri Castel (Cerf), Une autre fin du monde est possible, de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle (Seuil, octobre), Hors des décombres du monde. Ecologie, science-fiction et éthique du futur, de Yannick Rumpala (Champ Vallon), Le Temps des apocalypses, d’Alexandre Adler (Grasset)…
Les terrains de cette angoisse sont d’ailleurs multiples. Marc Weitzmann, dans Un temps pour haïr (Grasset, octobre), parcourt les lignes de fracture d’une France confrontée à la « psychopathologie du djihad ». Christophe Guilluy, celles qui aboutissent selon lui à une marginalisation des classes populaires (No Society....




                        

                        


<article-nb="2018/08/23/18-11">
<filnamedate="20180823"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180823"><AAMMJJHH="2018082318">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Comment pense un savant ? Un physicien des Lumières et ses cartes à jouer », de Jean-François Bert.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Figures libres. 35 000 cartes pour penser, ou échouer

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Comment pense un savant ? Un physicien des Lumières et ses cartes à jouer », de Jean-François Bert.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 10h07
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Comment pense un savant ? Un physicien des Lumières et ses cartes à jouer, de Jean-François Bert, Anamosa, 222 p., 20 €.

Il n’a vraiment pas atteint la gloire, bien qu’il en ait rêvé. Georges-Louis Le Sage (1724-1803) passe aujourd’hui pour une figure de second plan. Célibataire taciturne, il n’a vécu qu’à Genève, enseigna mathématique et physique, ne publia presque rien, se montrant incapable, malgré des décennies de travail acharné, d’achever un livre ou d’avoir des enfants.
Pas étonnant, dès lors, que son nom soit seulement connu de rares historiens. Les uns sont spécialistes de la société genevoise, où sa silhouette paraît plus ou moins étrange. Les autres scrutent les idées scientifiques du XVIIIe siècle et savent que notre homme fut l’auteur, en 1750, d’un Essai sur les forces mortes. Le Sage est habituellement considéré comme un disciple marginal de Newton. Il rédigea par exemple l’article « Gravité » de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, et spécula sur les causes de la gravitation, en supposant notamment, pour l’expliquer, l’existence de « corpuscules ultra­mondains ».
Lire également : « Diderot, trois cents ans et toutes ses dents »
Pourquoi donc exhumer pareil personnage ? Ce savant de l’ombre, sous ses airs de vieux raté, fut un acteur essentiel d’une mutation historique profonde, qui affecta les manières d’écrire, d’agencer les idées et d’élaborer la recherche. Il a en effet expérimenté mille usages et impasses des fiches, explorant en aventurier solitaire les changements qu’elles introduisent dans les pratiques scientifiques. C’est ce que met en lumière Jean-François Bert, de l’université de Lausanne. Son essai, intéressant et curieux, est issu d’une immersion personnelle dans les archives de Le Sage, constituées de… 35 000 cartes à jouer ! Ces bouts de carton servaient au savant à tout noter.
Nouvelle...



                        

                        


<article-nb="2018/08/23/18-12">
<filnamedate="20180823"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180823"><AAMMJJHH="2018082318">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ L’une danse bien, l’autre pas. Et les deux héroïnes du lumineux roman de la Britannique d’apprendre à vivre sans trop faire de faux pas.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Swing Time », de Zadie Smith, un mouvement de balancier

L’une danse bien, l’autre pas. Et les deux héroïnes du lumineux roman de la Britannique d’apprendre à vivre sans trop faire de faux pas.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 09h18
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            
Swing Time, de Zadie Smith, traduit de l’anglais par Emmanuelle et Philippe Aronson, Gallimard, « Du monde entier », 472 p., 23,50 €.

Entrez dans la danse (jetez-vous-y corps et âme, sans penser à rien d’autre). Voyez comme on danse (observez, transposez, imitez). C’est ce que font et refont inlassablement les deux petites héroïnes de Swing Time, le nouveau roman de Zadie Smith. A Londres dans les années 1980, Tracey – une « Shirley Temple basanée » – et la narratrice – la même, en plus cérébrale – se sont rencontrées au cours de ballet de Mme Isabel. Coup de foudre immédiat. Ces deux âmes sœurs, « seules au monde et inséparables », se rêvent en danseuses célèbres et visionnent en boucle, sur leur magnétoscope, les classiques américains des années 1930. S’entraînant à bondir comme Fred Astaire, à faire virevolter les froufrous de leur robe comme Ginger Rogers, à être élastique comme Jeni LeGon, à avoir les jambes en guimauve comme Bojangles. « Flottez, flottez, flottez, disait Isabel. Oui, très joli Tracey. »

Mais autant Tracey est douée, autant la narratrice est gauche. « Mes pieds à moi étaient carrés et plats, ils paraissaient peiner à chaque mouvement », reconnaît celle qui nourrit pour son amie un puissant sentiment d’admiration et d’envie. « Tracey incarnait la perfection, j’étais sous son charme »…
Voici donc pour le départ de l’intrigue : un rêve de gamines, banal à souhait. Mais que transcende vite le savoir-faire de Zadie Smith. Dès les premières pages, tout est en place. Le nord-ouest de Londres, qui est moins une géographie qu’un « état d’esprit ». Les différences de classes incarnées par les fillettes au sein de ce même quartier populaire. La fusion et la rivalité, les mirages de la célébrité, le charisme de l’une, l’effacement de l’autre et l’éternelle question sur ce qu’il convient de valoriser...




                        

                        


<article-nb="2018/08/23/18-13">
<filnamedate="20180823"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180823"><AAMMJJHH="2018082318">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ La chronique de Franck Thilliez, à propos des « Spectres de la terre brisée », de S. Craig Zahler.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Le coin du crime. S. Craig Zahler sans foi ni loi

La chronique de Franck Thilliez, à propos des « Spectres de la terre brisée », de S. Craig Zahler.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h30
   





                        



                                


                            
Les Spectres de la terre brisée (Wraiths of the Broken Land), de S. Craig Zahler, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Janique Jouin-de Laurens, Gallmeister, 400 p., 23,60 €.

Ce qui devait être un simple sauvetage saupoudré de justice va tourner au cauchemar. Dans le dédale des collines et des yuccas, des hommes chevauchent pour une mission à haut risque : arracher les deux sœurs Plugford, sauvagement kidnappées, à un bordel clandestin caché dans les montagnes mexicaines, au début du siècle dernier, où l’humanité se soumet aux instincts bestiaux des plus fortunés.
Catacumbas est tenu par un borgne capable de déguster des crevettes charnues tout en contraignant les traîtres à avaler des scorpions vivants. ­Forcément, ça pique, comme le casting goûteux des sept cavaliers – le père et ses deux fils à l’esprit vengeur, l’esclave noir affranchi, l’Indien à l’œil infaillible, le Gringo dandy ruiné et le flingueur psychopathe, celui dont même le Diable a peur, aux faux airs de Javier Bardem dans le film des frères Coen, No Country for Old Men (2007).
Cette chevauchée nous fraye un chemin à travers l’enfer. Son auteur, l’Américain S. Craig Zahler, également réalisateur de films, batteur et parolier dans un groupe de heavy metal, attaque Les Spectres de la terre brisée avec l’âpreté d’un riff sursaturé. A la beauté des paysages et des vives couleurs du ciel se heurte la froideur des ténèbres présentes en chacun de nous.
Inclassable et tarantinesque
Une fois les addictives premières pages digérées, le narrateur omniscient nous entraîne dans un voyage qui allie intelligence narrative et puissance descriptive. Chaque scène dégage la force d’un tableau sonore, où la respiration lourde des mustangs se mêle au rouge carmin d’une lame pénétrant la chair. Le portrait en deux pages de Gris, l’un des « méchants », marque pour un bout de temps. Tout comme les dialogues, d’une efficacité...




                        

                        


<article-nb="2018/08/23/18-14">
<filnamedate="20180823"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180823"><AAMMJJHH="2018082318">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Dans « L’Ecart », l’Orcadienne raconte son éveil à elle-même, après l’alcoolisme, grâce à l’observation patiente des animaux et des vagues de l’archipel écossais.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Amy Liptrot ne fait plus qu’une avec les Orcades

Dans « L’Ecart », l’Orcadienne raconte son éveil à elle-même, après l’alcoolisme, grâce à l’observation patiente des animaux et des vagues de l’archipel écossais.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 09h26
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            
L’Ecart (The Outrun), d’Amy Liptrot, traduit de l’anglais par Karine Reignier-Guerre, Globe, 336 p., 22 € (en librairie le 29 août).

Parlons d’abord d’un plaisir modeste mais réel : rencontrer – comme on le dit pour une personne – un mot neuf ou une acception inconnue. Au gré d’une lecture, on ramasse ces trouvailles en chemin, tels les cailloux ou les coquillages qu’Amy Liptrot étudie avec minutie, pendant de longs mois d’hiver, sur l’île écossaise de Papay (70 habitants à l’année). Née dans ces « bad­lands », l’écrivaine a su dès le plus jeune âge que « l’écart », titre qu’elle donne à son premier livre, désigne une bande côtière à moitié défrichée. L’herbe n’y est jamais haute en raison des vents et des embruns. Sitôt quittés le pré d’agnelage mitoyen à la ferme, les moutons y côtoient les vaches des Highlands, les nichées d’oiseaux, ainsi que les lutins et les farfadets qu’évoquent les contes insulaires.
La jeune trentenaire a grandi à quelques encablures de Papay, sur Mainland, l’île principale des Orcades. Cet archipel subarctique fut l’un des berceaux du néolithique. Les Pictes l’ont occupé. Puis les ­Vikings. Il figure aujourd’hui à la proue en matière d’énergies renouvelables ­ (éolienne et hydrolienne). Quoique éclatés en une soixantaine d’îles dont une dizaine est habitée, les Orcades forment un monde singulier : idiotismes, légendes, paysage façonné de douces collines et de falaises propices aux naufrages. La terre est pauvre mais riche en vestiges de l’âge de fer ou du bronze, à l’exemple des tumuli et des cairns inscrits au Patrimoine de l’Unesco.
Drôle d’oiseau
A ses 18 ans, la volatile Amy Liptrot, fille de fermiers, a migré vers le Sud, avide de découvrir Londres et de poursuivre ses études. Elle s’est follement amusée. Frasques et gueule de bois. Elle a beaucoup déménagé. Elle a exercé divers emplois qu’elle a été incapable de garder. Verre après verre, elle a aussi...




                        

                        


<article-nb="2018/08/23/18-15">
<filnamedate="20180823"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180823"><AAMMJJHH="2018082318">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ « Voyou », premier roman de l’Israélien, raconte un fils en quête de son père dans la Pologne en crise de 1988. Poignant.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Transmission impossible pour Itamar Orlev

« Voyou », premier roman de l’Israélien, raconte un fils en quête de son père dans la Pologne en crise de 1988. Poignant.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 09h29
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Voyou (Bandit), d’Itamar Orlev, traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz, Seuil, 462 p., 22,50 €.

L’effritement de la figure du père en Occident imprime sa trace dans la littérature contemporaine ; Voyou, le premier et prometteur roman d’Itamar Orlev, auteur israélien vivant à Berlin, l’illustre à nouveau. Son père, Uri Orlev, est lui-même un poète, traducteur et écrivain célèbre, surtout connu en France pour ses ouvrages destinés à la jeunesse. Originaire de Pologne, ce dernier fait partie des rescapés du ghetto de Varsovie et de Bergen-Belsen. Avec Voyou, Itamar Orlev se confronte moins avec son propre passé familial qu’il ne décrit une transmission impossible entre deux générations, l’une marquée par la guerre et la destruction, l’autre, sinon par une longue paix, du moins par un conflit plus contenu. Le détour par la littérature serait-il l’unique ressource pour ce dialogue insoutenable ?
A la veille de l’effondrement du communisme
L’histoire met en scène Tadek, un jeune écrivain de Jérusalem plus ou moins raté issu d’un couple polonais judéo-chrétien. Après que sa femme l’a quitté, il part dans la quête « réparatrice » d’un père, resté en Europe et qu’il n’a plus vu depuis vingt ans. La mère, lassée par la brutalité et les infidélités de ce mari hédoniste et alcoolique, a rompu et émigré avec ses enfants en Israël à la fin des années 1960. Le cadre de ces retrouvailles est la Pologne de 1988, à la veille de l’effondrement du communisme. Le régime agonise bien que les Polonais conservent encore certains réflexes de la dictature : couvre-feu, culture de pénurie, corruption, le tout cerné de cités grises formées de quadrilatères de béton. Tadek redécouvre en Stefan, immobilisé au fond d’une maison de retraite, un être à la fois héroïque et détestable, ancien partisan non communiste évadé du camp de Maïdanek, qui va décevoir sa demande infantile de reconnaissance et d’amour. L’empathie...




                        

                        


<article-nb="2018/08/23/18-16">
<filnamedate="20180823"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180823"><AAMMJJHH="2018082318">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Barbara Cassin, Alexandre Jollien, Catherine Malabou et Franck Thilliez tiendront à tour de rôle, chaque semaine de la saison 2018-2019, une chronique littéraire. Présentations.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Nouvelles plumes au « Monde des livres »

Barbara Cassin, Alexandre Jollien, Catherine Malabou et Franck Thilliez tiendront à tour de rôle, chaque semaine de la saison 2018-2019, une chronique littéraire. Présentations.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 09h24
   





                        



                                


                            

BARBARA CASSIN, philologue, philosophe, présidente, depuis 2010, du ­Collège international de philosophie, tiendra dans nos colonnes une chronique consacrée aux premiers romans. Un contre-emploi ? Le signe, plutôt, de la grande ouverture d’esprit de celle qui a été élue à l’Académie française en mai, et disait à cette occasion au Monde : « J’ai parfois eu l’impression pénible de devoir tenir sous le boisseau mon côté, disons, littéraire. A vrai dire, en tant que chercheuse au CNRS, j’ai souvent eu peur de trop “écrire”. (…) J’aimerais pouvoir refuser la sclérose des genres, qui suppose que la philosophie n’est pas de la littérature et que le roman n’est pas de la pensée. » Celle qui avait créé, dans les années 1970, une revue de poésie murale, est notamment l’auteure d’Aristote et le logos. Contes de la phénoménologie ordinaire (PUF, 1997) ou d’Eloge de la traduction. Compliquer l’universel (Fayard, 2016) ; elle a aussi fait paraître un recueil de nouvelles : Avec le plus petit et le plus inapparent des corps (Fayard, 2007).

Il va prêter une oreille attentive aux livres audio, désormais part entière et légitime de l’actualité éditoriale, dont il est un fervent adepte. Le philosophe ALEXANDRE JOLLIEN est né, en Suisse, infirme moteur cérébral. Un handicap qui détermine, dit-il, son goût pour les choses de l’esprit, et qui l’a très tôt engagé à prendre le chemin d’une sagesse concrète : « Quand j’ai commencé à lire Platon, à entendre parler de Socrate, disait-il au “Monde des livres” en 2010, je n’avais aucun intérêt véritable pour la culture. Et puis la rencontre avec Socrate a donné un nouveau but à ma vie. J’ai décidé de me construire, de bazarder la fragilité. » Parmi les nombreux ouvrages qu’il a publiés, citons Eloge de la faiblesse (Cerf, 1999 ; lu par Bernard Campan et Michel Raimbault, Audiolib, 2012), La Construction...




                        

                        


<article-nb="2018/08/23/18-17">
<filnamedate="20180823"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180823"><AAMMJJHH="2018082318">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Dans « Le Guetteur », l’écrivain enquête sur Françoise, sa mère, qui aida le FLN pendant la guerre d’Algérie, puis s’alita pour les décennies qui suivirent.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Christophe Boltanski remet sa mère debout

Dans « Le Guetteur », l’écrivain enquête sur Françoise, sa mère, qui aida le FLN pendant la guerre d’Algérie, puis s’alita pour les décennies qui suivirent.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 09h15
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
Le Guetteur, de Christophe Boltanski, Stock, 288 p., 19 €.

Il faudrait un mathématicien pour trouver le secret du Guetteur, le ­nouveau récit du journaliste et écrivain Christophe Boltanski, enchâssement labyrinthique de points de vue, de documents, de témoignages, de fictions et de souvenirs autour d’un facteur inconnu : sa mère, Françoise. Le rédacteur en chef de la revue XXI, Prix Femina en 2015 pour La Cache (Stock), semble se faire une spécialité de l’enquête familiale au long cours. Mais pour passer du clan paternel à la solitude maternelle, du trop-plein d’une maison en constante éruption à cette femme « clouée au sol », il a dû inventer une méthode nouvelle.
Laquelle, donc, relève d’une équation à une inconnue au moins – en fait, à des énigmes en cascade, à un système exponentiel d’énigmes dont l’enjeu, pour ­notre mathématicien, serait de définir la règle que l’écrivain, lui, effleure et recherche à tâtons, théorème caché, inaccessible, où apparaîtrait à nu l’objet le plus incertain qui soit : la vérité d’une vie.
Mouvement irrépressible
Il va un peu de soi qu’une telle quête demeure inachevée. Mais c’est précisément ce qui donne au ­livre son magnétisme, son mouvement souvent irrépressible, malgré quelques ralentissements. Après la mort de la vieille femme, son fils fouille l’appartement où, des années plus tôt, elle s’était enfermée avec son chien, sans plus sortir ou presque – « Des décennies entre deux draps (…), à explorer les moindres variétés de la station horizontale, sauf, peut-être, la reptation. » Dans un maelström de papiers, de journaux, de vieilles lettres d’amour, il met la main sur trois courts manuscrits, trois polars inachevés.
L’un d’eux, qui s’intitule « La Nuit du guetteur », va devenir le multiplicateur de toutes les pistes qui constitueront le récit. Une histoire de voyeur dans un appartement...




                        

                        


<article-nb="2018/08/23/18-18">
<filnamedate="20180823"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180823"><AAMMJJHH="2018082318">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Avec « La Robe blanche », Nathalie Léger se saisit du destin de l’artiste italienne tuée sur la route de Milan à Jérusalem en 2008. Mémorial pour les femmes violentées.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Le mémorial de mots de Nathalie Léger pour Pippa Bacca

Avec « La Robe blanche », Nathalie Léger se saisit du destin de l’artiste italienne tuée sur la route de Milan à Jérusalem en 2008. Mémorial pour les femmes violentées.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
23.08.2018 à 09h32
    |

                            Avril Ventura (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Robe blanche, de Nathalie Léger, P.O.L, 140 p., 16 €.

Il y a toujours une image à l’origine d’un texte de Nathalie Léger. Celle, glacée, sans cesse démultipliée, de la comtesse de Castiglione dans L’Exposition (P.O.L, 2008) ; celle d’une silhouette se détachant de l’obscurité au cours du film Wanda, de Barbara Loden, dans Supplément à la vie de Barbara Loden (P.O.L, 2012). C’est à nouveau le cas avec La Robe blanche, qui annonce dès l’ouverture du récit : « Tout tient peut-être à cette grande tapisserie accrochée dans la salle à manger et surplombant nos repas, L’Assassinat de la dame (…). » Réalisée d’après l’un des panneaux peints par Botticelli pour la commande d’un cadeau nuptial, elle représente une femme poursuivie le long d’un rivage par « un cavalier en armes accompagné de chiens hurlants ». Au fond, la fuite ; devant, le meurtre.
Des noces, une femme sacrifiée, deux éléments que l’auteure aura justement retrouvés dans le fait divers qui est au centre de son quatrième livre : le 8 mars 2008, une artiste italienne de 33 ans surnommée Pippa Bacca partait de Milan vêtue d’une robe de mariée pour rejoindre Jérusalem en auto-stop, en passant par les Balkans, la Bulgarie, la Turquie, la Syrie, la Jordanie et le Liban – espérant que la traîne de sa robe efface les horreurs de la guerre. A son retour, la robe, salie par le voyage, devait faire l’objet d’une exposition. Mais le 31 mars, Pippa est violée et tuée à quelques kilomètres d’Istanbul.
Endosser le chagrin et la douleur d’autrui
Ce qui a intéressé Nathalie Léger est moins l’intention de l’artiste, « la grandeur de son projet ou sa candeur, sa grâce ou sa bêtise », que le fait qu’elle ait cherché, par son voyage, à réparer quelque chose de démesuré et qu’elle n’y soit pas parvenue. Car tel est le cœur du texte : la possibilité ou pas d’endosser, comme on...




                        

                        


<article-nb="2018/08/23/18-19">
<filnamedate="20180823"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180823"><AAMMJJHH="2018082318">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Fanny Taillandier écrivait déjà « Par les écrans du monde », son roman sur les attentats de 2001, quand les terroristes ont frappé Paris le 13 novembre 2015.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Histoire d’un livre. Revenir à New York, ce 11 septembre

Fanny Taillandier écrivait déjà « Par les écrans du monde », son roman sur les attentats de 2001, quand les terroristes ont frappé Paris le 13 novembre 2015.



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h00
    |

                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Par les écrans du monde, de Fanny Taillandier, Seuil, « Fiction & Cie », 256 p., 18,50 €.

Premier événement à être « immédiatement converti en discussion sur Internet », le 11-Septembre est aussi celui qui suscite la « masse d’informations la plus délirante ». Fanny Taillandier en a fait l’expérience ces dix dernières années en se documentant régulièrement sur le sujet. « La page Wikipédia consacrée à ces attentats change par exemple chaque jour, a-t-elle pu constater, c’est sans fin. On y trouve bien sûr beaucoup de théories complotistes, mais leur existence dit quelque chose de l’événement lui-même : il est tellement insupportable qu’on ne peut pas s’en tenir à une seule version. »
Au moment de l’effondrement des tours new-yorkaises, l’écrivaine, née en 1986, n’était encore qu’une adolescente. « Je n’avais jamais vu les Twin Towers, explique-t-elle. La perfection cinématographique de ces images m’a d’autant plus frappée que je n’avais pas de véritables références géographiques, c’était assez abstrait pour moi. J’ai été subjuguée par ces images, sans les comprendre. » Par les écrans du monde, son troisième livre, peut ainsi se lire comme la volonté de faire parler des « images qui en elles-mêmes ne racontent rien, qui ont besoin d’un récit pour être comprises, un événement qui appelle la fiction ».
« Le Bataclan m’a fait percevoir des choses par l’affect »
Cette fascination pour la dimension spectaculaire du 11-Septembre, Fanny Taillandier a d’abord voulu en explorer les ressorts. « Au début, se souvient-elle, je pensais écrire pour analyser ce qui nous arrive lorsque nous voyons une image comme celle-là. » Le chœur tragique, qui scande le récit de l’événement dans son texte, en est la trace. « Je l’ai gardé pour rappeler la dimension collective du drame : nous en sommes tous à la fois spectateurs et acteurs. »...




                        

                        


<article-nb="2018/08/23/18-20">
<filnamedate="20180823"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180823"><AAMMJJHH="2018082318">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Claro salue l’indispensable Pierre Guyotat, qui signe « Idiotie ».
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Le feuilleton. Rumination

Claro salue l’indispensable Pierre Guyotat, qui signe « Idiotie ».



LE MONDE
 |    23.08.2018 à 07h00
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Idiotie, de Pierre Guyotat, Grasset, 254 p., 19 € (en librairie le 29 août).

Depuis plus d’un demi-siècle, dans l’affairement d’une fièvre étudiée, du fond d’une langue en méticuleux devenir, propre aussi bien à cadencer les convulsions humaines qu’à dénouer les ferveurs intimes, une langue à la fois brute et baroque, fluide et rompue, rêche et itérative, ne ménageant ni sa peine ­orpheline ni nos vaines tiédeurs, en plein désert pourrait-on dire, bien que chantant sans relâche les affres du collectif, hors toute compromission charnelle mais extrayant du corps un fluide formateur, saturant ses cosmologies d’une animalité politique, tissant tantôt d’hypnotiques iliades, tantôt de stoïques annales, Pierre Guyotat, plus qu’aucun autre écrivain contemporain, travaille à une immense fresque dans laquelle chaque détail – chaque détail pensé, senti, articulé, scandé – s’interroge sur cette violence qui, peut-être, nous veut encore humains.
Son engagement inconditionnel, la ­rigueur rythmique de son écriture, mais aussi l’intense générosité de sa démarche quasi confessionnelle font de lui une figure qu’on dira singulière, bien sûr, mais également, parce qu’elle nous accompagne inlassablement de loin telle une ombre portée, une présence fraternelle. Sans elle, sans cette présence vivante dont l’exigence est, pour certains d’entre nous, indispensable, et sans doute constitutive de notre formation, la littérature serait assurément moins ­intranquille.
A qui, novice encore, voudrait entrer en contact avec cette œuvre qui ne cesse de se déployer, on serait tenté de proposer, comme possible entrée, la lecture dérangeante de Tombeau pour cinq cent mille soldats (Gallimard), livre par lequel Guyotat trancha vif, en 1967, dans un paysage littéraire encore grevé d’humanisme, chorégraphiant une mécanique de la violence directement inspirée – transportée, pourrait-on dire – de la guerre d’Algérie,...




                        

                        

