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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ La mannequin et actrice a engagé une action en justice lundi pour des faits remontant à 2006, durant le Festival de Cannes.
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L’actrice allemande Emma Loman porte plainte pour viol contre Harvey Weinstein

La mannequin et actrice a engagé une action en justice lundi pour des faits remontant à 2006, durant le Festival de Cannes.



LE MONDE
 |    22.08.2018 à 10h18
 • Mis à jour le
22.08.2018 à 12h01
   





                        



   


L’actrice allemande Emma Loman a engagé une action en justice contre Harvey Weinstein, accusant le producteur déchu de l’avoir violée en 2006, pendant le Festival de Cannes.
Selon la plainte déposée lundi 20 août à Los Angeles, Harvey Weinstein, qui a rencontré Emma Loman en 2004 à la Mostra de Venise, l’invite deux ans plus tard au Festival de Cannes pour discuter de sa carrière. D’abord méfiante, l’actrice finit par accepter : M. Weinstein, qui règne alors sur Hollywood, se montre insistant, un assistant l’appelant jusqu’à 30 fois par jour, selon le document judiciaire.
Si lors des premières réunions de travail à Cannes, le producteur se montre très professionnel, indique le texte, ce comportement change lorsqu’il invite Emma Loman dans la suite de son hôtel, en principe pour discuter de rôles pour elle dans ses films. « Weinstein a mis rapidement de côté son attitude professionnelle. Au lieu de ça, il a maîtrisé Loman et l’a violée (…), dit la plainte. Effrayée par l’idée que personne ne la croirait et d’une possible vengeance de la part d’une puissante figure, Loman a gardé le silence. » 

        Lire aussi :
         

                Aux origines de #MeToo



Mis en cause par une centaine de femmes
La mannequin devenue actrice ne s’est sentie en mesure de poursuivre le producteur qu’après les révélations en cascade à son encontre à la fin 2017, détaille le texte.
Mis en cause par une centaine de femmes pour des abus sexuels, Harvey Weinstein a été formellement inculpé de viol, d’acte sexuel forcé et de fellation forcée sur trois femmes. Il plaide non coupable et assure que toutes ces relations sexuelles ont été consenties.
Emma Loman poursuit M. Weinstein notamment pour agression, violation des lois contre le trafic d’être humain et atteinte à l’intégrité physique. Contacté par l’AFP, l’agent de Weinstein n’avait pas donné suite dans l’immédiat.


Notre sélection d’articles sur l’affaire Weinstein
Retrouvez les contenus de référence du Monde sur l’affaire Harvey Weinstein :
Aux origines de l’onde de choc mondiale : comment des révélations du New York Times puis du New Yorker ont entraîné la fin d’un des derniers moguls du cinéma. Lire notre récit sur la chute d’Harvey Weinstein Au fil des semaines, la liste des victimes du producteur s’est allongée pour devenir vertigineuseLe scandale a produit une déflagration inédite dans le septième art : l’industrie du cinéma s’est retrouvée confrontée à ses pratiquesL’affaire a aussi entraîné une vaste libération de la parole des femmes : « Nous sommes si nombreuses que c’en est impressionnant », écrit la sociologue Irène Théry dans une tribune.Cette vague a touché tous les secteurs aux Etats-Unis, eu des répercussions en France et en Europe, mais n’a pas été universelle, à l’image de l’Inde.Des voix dissonnantes, s’inquiétant d’une dérive puritaine, se sont aussi fait entendre : « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle », écrivent 100 femmes, dont Catherine Deneuve, dans une tribune.Plusieurs mois après ses débuts, « le mouvement #MeToo est toujours là, tout à la fois libérateur, dérangeant, encombrant. Critiqué, aussi », analyse Le Monde





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ A Arles, les Rencontres de la photographie mettent en regard deux « monstres sacrés » du XXe siècle, jusqu’au 23 septembre.
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édition abonné


Jeu de piste entre Picasso et Godard

A Arles, les Rencontres de la photographie mettent en regard deux « monstres sacrés » du XXe siècle, jusqu’au 23 septembre.



LE MONDE
 |    22.08.2018 à 09h21
 • Mis à jour le
22.08.2018 à 09h28
    |

                            Mathieu Macheret (Arles (Bouches-du-Rhône)








                        



                                


                            

C’est à un choc des ­titans que nous ­convie, dans le cadre des Rencontres d’Arles, le Centre des monuments nationaux, avec l’exposition « Godard – Picasso, Collage(s) », orchestrée par le commissaire cinéphile Dominique Païni dans les merveilleux espaces de l’abbaye ­Saint-Pierre de Montmajour (Xe-XVIIIe siècles). S’inscrivant dans un questionnement sur l’expo­sition du cinéma parmi les arts plastiques, la visite met en regard deux « monstres sacrés » du XXe siècle, qui occupent dans l’histoire de leurs disciplines respectives – le cinéma et la peinture – des positions similaires : celles de grands réformateurs ayant propulsé leurs arts au faîte de la modernité et exposé leurs rouages, jusqu’à ce point de rupture qui fonde une esthétique nouvelle.
Difficile pourtant d’imaginer a priori un quelconque point commun concret entre Jean-Luc Godard, le jeune chien fou de la Nouvelle Vague, génie du montage et du choc abrasif des images, et Pablo Picasso, figure de proue de l’art moderne, immense inventeur de lignes brisées et de jaillissements colorés. A tel point qu’on se demande s’il n’y a pas une forme d’opportunisme à réunir ainsi deux têtes d’affiche dont les œuvres ne furent contemporaines que pendant quinze ans, entre 1957 (date à laquelle Godard tourne ses premiers courts-métrages) et 1973 (date de la mort de Picasso), et dont aucune rencontre n’est avérée.
Dès les premiers courts-métrages du cinéaste, des reproductions du maître sont placardées sur les murs
Sur ce point, l’exposition répond par un passionnant jeu de piste entre œuvres et documents, explorant ce qu’il peut y avoir, d’abord, de Picasso en Godard, puis du cinématographe en Picasso. Elle fait ainsi sienne, en quelque sorte, l’invitation godardienne (empruntée à l’anthropologue Marcel Detienne dans Film socialisme) de « comparer l’incomparable », afin d’ouvrir un espace de résonances, de circulations souterraines, d’interférences...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Ce film sans paroles d’Ala Eddine Slim suit « l’évaporation » d’un homme en forêt, après une traversée en mer interrompue.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤                     
                                                

« The Last of Us » : « Dead Man » au temps des migrants

Ce film sans paroles d’Ala Eddine Slim suit « l’évaporation » d’un homme en forêt, après une traversée en mer interrompue.



LE MONDE
 |    22.08.2018 à 07h28
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Comme un objet scintillant sur la plage, loin de tout genre cinématographique, The Last of Us éveille notre curiosité tant le réalisateur, le Tunisien Ala Eddine Slim, déploie un désir de transmettre des sensations. Cette fiction sans paroles commence avec la traversée du désert nord-africain par deux silhouettes, qui deviennent deux hommes, dont on présume qu’ils veulent embarquer. Mais le véhicule qui les emmène est braqué et le héros, que le réalisateur prénomme N (Jawhar Soudani), se retrouve seul. Il fait du stop jusqu’à Tunis où les habitants sont figurés par l’ombre de leurs pas sur le bitume.
La traversée en solitaire dans une barque ne relèvera pas ici de la performance. Elle sera la transition vers un autre voyage, entre vie et disparition, dans une terra incognita où N échoue. Une forêt sauvage, sans autre humain qu’un homme chenu, M (Fathi Akkari), dont la couche de fourrures sur les épaules permet d’imaginer le nombre de bêtes mangées, et le temps passé à survivre en milieu hostile.
« Trop de beauté »
Dérivation poétique, philosophique, à combustion lente, ce premier long-métrage a obtenu le « Lion du futur » à la Mostra de Venise, en 2016. C’est assez fort de faire passer tant de réflexions, uniquement par l’image à laquelle Ala Eddine Slim prête une attention infinie. On pourrait presque lui reprocher le « trop de beauté », mais il faut sans doute y voir, chez ce jeune cinéaste, l’envie de tout montrer.
L’Europe comme lieu d’espérance et destination attendue n’est même pas dans le champ. Comme si le monde occidental était parti en fumée, ou comme si le film avait emprunté définitivement le chemin de la rêverie. Sans le dire, Ala Eddine Slim s’attache aux terrains inconnus où les corps disparaissent, quelque part entre le point A et le point B.
Dans la forêt, le héros devient un mutant, peut-être un homme mort en devenir
Dans la forêt, le héros devient un mutant, peut-être un homme mort en devenir, comme le Dead Man (1995), de Jim Jarmusch . La silhouette de N s’épaissit à son tour sous le poids des peaux d’animaux. La nuit, il a pour compagnon la lune, qui le suit à chacun de ses pas, et fait entrer avec une naïveté assumée l’usage de la magie au cinéma.
N n’a pas choisi de vivre ici, à l’inverse de l’auteur de Walden ou la Vie dans les bois (1854), récit autobiographique de l’Américain Henry David Thoreau dans sa cabane, et ouvrage fondateur de la pensée écologique. Mais il fait corps avec la nature et ses bruits nocturnes dont certains signalent un danger imminent : les loups. Le cinéaste ne s’appesantit pas sur la métaphore de l’homme qui est un loup pour l’homme. Mais on comprend où il veut en venir. Où est-il encore possible d’habiter ?

        Lire le récit :
         

          En Tunisie, on va encore en prison pour possession d’un joint ou homosexualité






Film tunisien (avec le Qatar et les Emirats arabes unis) d’Ala Eddine Slim. Avec Jawhar Soudani, Fathi Akkari, Jihed Fourti (1 h 34). Sur le Web : www.potemkine.fr/Potemkine-film/The-last-of-us-the-last-of-us/pa61m4f330.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ La voix du pasteur vibre dans ce documentaire de 1970, inédit en France.
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« King : de Montgomery à Memphis » : le groove de Martin Luther King

La voix du pasteur vibre dans ce documentaire de 1970, inédit en France.



LE MONDE
 |    22.08.2018 à 07h27
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Résonnant fortement avec le propos de BlacKkKlansman, de Spike Lee, la sortie de King : de Montgomery à Memphis lui offre une sorte de pendant documentaire. Réalisé en 1970, deux ans après l’assassinat de Martin Luther King, distribué à l’époque dans 500 salles de cinéma aux Etats-Unis, ce film est un long montage d’archives (trois heures) consacré à cette immense figure américaine, produit et supervisé par Ely Landau, producteur à la ­télévision et au cinéma.
Quoique réalisé avec le soutien et la participation de très grands noms du cinéma et plus lar­gement de la scène américains (Sidney Lumet, Joseph Mankiewicz, Harry Belafonte, Paul Newman, Burt Lancaster, Marlon Brando…), King demeure essentiellement une reconstitution du parcours de Martin Luther King entre 1955 et 1968. Dépourvu de commentaire comme de tout élément de contextualisation en raison de sa proximité avec le sujet, entrecoupé de brèves vignettes où des acteurs célèbres récitent de courts textes poétiques ou ­romanesques, ce documentaire d’époque se révèle aujourd’hui d’un abord escarpé.
Une vision au ras du bitume, terrifiante, d’une Amérique engluée dans le racisme et la ségrégation
Mais ce que l’on perd d’un côté, on le gagne de l’autre. La pure ­valeur de témoignage de ces images fait ici son office et offre une vision au ras du bitume, passablement terrifiante, d’une Amérique engluée dans le racisme et la ségrégation. L’itinéraire du pasteur baptiste Martin Luther King – une des principales figures de la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis, prônant dans la lignée de Thoreau et de Gandhi la déso­béissance civile et la non-violence – y est à tous égards édifiant. De la campagne des bus à Montgomery (Alabama) en 1955 au soutien à la grève ouvrière de Memphis (Tennessee) en 1968, en passant par Birmingham (1963), Selma (1965) ou Chicago (1966), partout le même tableau. D’immenses marches pacifiques chargées par la police, des foules blanches haineuses, des injures et des coups indéfiniment portés, parfois à mort, contre des hommes et des femmes luttant dans la plus grande dignité pour la reconnaissance de leurs droits.
Un charmeur de foule
Tableau impitoyable de la violence atavique et de l’obscénité de ce grand pays qui met à mort ses plus beaux enfants, pourtant éclairé par la personnalité rayonnante de King, sa tenue, son visage, ses idées, ses discours. Ce héros des temps modernes, tenant d’un pacifisme et d’un humanisme sans concession, appelant à la fraternité entre tous les hommes, stoïque sous les coups, les humiliations et les perfidies, rassemble autour de lui des cen­taines de milliers de fidèles par l’intelligence de sa stratégie politique et par l’aura qui est la sienne.
Aussi bien le film nous aide-t-il à comprendre l’amour et le respect qui l’entouraient. King est un charmeur de foule, un rhétoriqueur brillant, qui sait parler à la tête et au cœur d’un auditoire nourri par la ferveur des prêches et des chants bibliques, soutenu par sa chère amie Mahalia Jackson, l’impératrice du gospel. Il y a, en un mot, un groove du Doc King, obtenu par la scansion de son phrasé, le balancement de ses périodes, la sérénité lumineuse et déterminée de son expression. Ses figures de style de prédilection sont – pardon pour les gros mots – l’anaphore, l’expolition, la concaténation.
L’intérêt du film est de faire sentir la lassitude et l’angoisse qui étreignent King face à la violence que son ­action suscite
D’où la réputation, justifiée, de sa harangue du 28 août 1963, tenue devant le Lincoln Memorial de Washington, ici dégonflée comme un vieux pneu en l’absence de son locuteur : « Quand bien même nous devons affronter les difficultés d’aujourd’hui et de demain, je fais un rêve. C’est un rêve profondément enraciné dans le rêve américain. Je fais ce rêve qu’un jour cette nation se lèvera et vivra le véritable sens de son credo, tenant cette vérité comme évidente que tous les hommes ont été créés égaux. Je fais ce rêve qu’un jour, sur les collines rousses de Géorgie, les fils des anciens esclaves et ceux des anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité. » Et la suite n’est pas moins inspirée, qui lui vaudra, avec l’action qu’elle accompagne, le prix Nobel de la paix en 1964.
Cet homme qui en appelle à la justice et qui pourrait soulever la Terre à la seule force de ses mots se met évidemment en danger. L’intérêt du film est aussi de faire sentir, à mesure que le temps passe et que les menaces et les agressions à son encontre se multiplient, la lassitude et l’angoisse qui étreignent King face à la violence que son action suscite. Cet homme de conviction et de combat, qui a radicalisé son engagement politique sur la fin de sa vie, pressent ainsi, et la formule, l’hypothèse de sa mort brutale. Lorsqu’elle advient, le film touche à sa plus poignante beauté, dans l’étreinte silencieuse des funérailles publiques de King bercée en off par la voix sublime de Nina Simone psalmodiant Why ?, complainte écrite en quelques heures après la mort du prophète assassiné.

Documentaire conçu et produit par Ely Landau, avec la participation de Sidney Lumet et Joseph L. Mankiewicz (3 h 02). Sur le Web : www.splendor-films.com/items/item/557



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Avec précision psychologique et minutie graphique, Naoko Yamada évoque le handicap et le harcèlement scolaire.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤                     
                                                

« Silent Voice » : la malédiction commune du jeune despote et de sa victime

Avec précision psychologique et minutie graphique, Naoko Yamada évoque le handicap et le harcèlement scolaire.



LE MONDE
 |    22.08.2018 à 07h25
 • Mis à jour le
22.08.2018 à 07h26
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
L’animation japonaise a ceci de particulier que, brassant un large public, elle est capable d’aborder toutes sortes de sujets, des plus farfelus jusqu’aux plus sensibles. Silent Voice, adapté du manga éponyme de Yoshitoki Oima, qui conjugue les questions du handicap et du harcèlement scolaire, est le troisième long-métrage de Naoko Yamada, jeune animatrice née en 1984 et faisant figure de pionnière dans une industrie encore très largement masculine. Armé de thématiques aussi intimidantes, le projet semblait cerné par les écueils du film à thèse ou de l’édification morale. Or, Naoko Yamada livre ici une œuvre d’une finesse et d’une sensibilité insoupçonnées, sachant donner une forme en propre, toujours surprenante, à un sujet qui semblait pourtant saturé de discours tout faits.
Le film brille d’abord par sa précision psychologique, prenant ses aises sur plus de deux heures pour mieux décortiquer l’intériorité heurtée de ses personnages. Divisé en deux temps, le récit tourne autour d’un collégien turbulent et farceur nommé Ichida. Celui-ci voit un beau jour débarquer dans sa classe Nishimiya, une nouvelle élève atteinte de surdité. Ichida ne tarde pas à se moquer d’elle, à la taquiner, d’abord bénignement, puis avec de plus en plus de privautés, jusqu’à arracher et briser ses appareils auditifs. C’est bientôt toute la classe qui suit son mauvais exemple et dénigre la nouvelle recrue. Mais le film ne s’arrête pas là et retrouve les mêmes personnages cinq ans plus tard, pour suivre les répercussions de cette violence dans la vie de chacun. Notamment celle d’Ichida, dont la réputation déplorable a fait de lui un paria, à tel point qu’il commettra une tentative de suicide. Ses retrouvailles inattendues avec Nishimiya lui permettront peut-être de corriger le tir.
Mélodrame collectif
L’intelligence du film consiste, par la suite, à déjouer tout manichéisme, en considérant la violence comme une malédiction commune entre le jeune despote et sa victime, ayant des conséquences déplorables autant sur l’un que sur l’autre, ainsi que sur leurs proches, par capillarité. Malédiction qui donne au film la forme d’un émouvant mélodrame collectif, où le malheur se répand comme une onde de choc, sans pour autant que l’on se recroqueville sur lui – l’humour occupe une place importante. Grâce à un montage savamment éparpillé, progressant par élans prospectifs, Naoko Yamada joue avec le temps, ouvre autant de perspectives et d’échappatoires, pour ne jamais verrouiller les situations et montrer que les logiques perverses peuvent toujours être endiguées.
La beauté de l’ensemble est aussi due à ses partis pris plastiques. A commencer par le dessin minutieux des décors, le rendu travaillé des luminosités ou encore la gestuelle des personnages, parfois bouleversante de précision – notamment dans une scène prenante où Ichida et Nishimiya en viennent aux mains, dans une salle de classe vide. Le plus étonnant reste la façon dont le film explore, jusque dans les moindres détails, la subjectivité de ses protagonistes : les décadrages morcelant leurs points de vue, les ralentis qui figent le temps, les effets de flou qui créent des bulles d’intimité, ou encore, par exemple, cette idée graphique de figurer l’isolement d’Ichida parmi les autres élèves du lycée en barrant tous leurs visages d’une croix bleue.
Le film dépasse son propre sujet pour dresser, plus largement, le portrait d’une jeune génération de Japonais
Silent Voice vaut enfin pour sa capacité à dépasser son propre sujet pour dresser, plus largement, le portrait d’une jeune génération de Japonais (le film s’ouvre sur My Generation, des Who) ayant en partage une certaine violence larvée, car minée par un profond mal-être l’empêchant de communiquer ses émotions. Ainsi Silent Voice oppose-t-il à sa pente mélodramatique et morbide la perspective d’une amitié qui reste toujours à construire, comme le gage d’une coexistence difficile, mais possible. Riche de nombreux personnages secondaires, le film représente une jeunesse composite, hésitante et incertaine, dont le défi majeur est d’accepter sa propre diversité, contre les réflexes grégaires et le conformisme qui la menacent. Ce faisant, Silent Voice diffuse un vent de renouveau dans l’animation japonaise qui engage à suivre sa réalisatrice de très près.

Film d’animation japonais de Naoko Yamada (2 h 05). Sur le Web : www.club-vo.fr/films/silent-voice



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Consacré à Issei Sagawa, le « Japonais cannibale », le documentaire de Véréna Paravel et Lucien Castaing-Taylor ne laisse pas indifférent.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

« Caniba » : l’anthropophagie en gros plan

Consacré à Issei Sagawa, le « Japonais cannibale », le documentaire de Véréna Paravel et Lucien Castaing-Taylor ne laisse pas indifférent.



LE MONDE
 |    22.08.2018 à 07h24
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
En 1981, Issei Sagawa, un étudiant japonais installé à Paris, fut au cœur d’un fait divers horrifique, après avoir tué l’une de ses camarades néerlandaises de la Sorbonne et littéralement dévoré son corps pendant trois jours. Déclaré irresponsable par les experts psychiatres, il est interné dans un hôpital psychiatrique avant d’être transféré au Japon où les autorités le déclarent responsable de ses actes mais ne peuvent revenir sur le non-lieu prononcé en France. Il deviendra célèbre dans son pays sous le nom du « Japonais cannibale », entamera une carrière télévisuelle, jouera dans plusieurs films de sexploitation et deviendra même critique culinaire.
Ce personnage, forcément odieux, forcément fascinant, les deux cinéastes et anthropologues Véréna Paravel et Lucien Castaing-Taylor, auteurs d’un documentaire expérimental remarqué sur le quotidien d’un chalutier (Leviathan, 2012), décident d’en faire le protagoniste de leur film. De l’homme, on ne saura que ce que la lecture préalable du synopsis pourra nous en dire, et ce que lui-même confie à la caméra des deux cinéastes, dans un long soliloque d’une heure et demi. Il s’adresse parfois à son frère, parfois à sa partenaire sexuelle, mais le résultat reste le même. Issei Sagawa semble tirer de lui des bribes de phrases confuses, enfiévrées, un long monologue de folie qui nous laisse peu à peu deviner qui il est, ce qu’il a commis, et l’étrange mal dont il souffre : l’homme est encore aujourd’hui irrésistiblement attiré par la chair humaine, mais aussi par sa propre souffrance physique et s’inflige donc une série de supplices qu’il a filmés et qu’il exhibe devant la caméra.
Expérience éprouvante
Paravel et Castaing-Taylor tentent d’agir autant en cinéastes qu’en anthropologues, captent la parole de Sagawa comme matière brute sans y adjoindre le moindre commentaire, la moindre question, sans chercher à rationaliser ce flux de paroles désordonnées. Ils tentent de s’approcher au plus près d’une réalité devenue un sujet récurrent de la littérature anthropologique : l’anthropophagie. Au plus près, c’est-à-dire en usant d’un gros plan permanent qui s’agrippe à Sagawa et qui, à l’instar de son personnage, donne l’impression que la caméra souhaiterait l’absorber, le dévorer.
Le choix d’une telle échelle ajoute à l’expérience éprouvante qu’est Caniba. Mais ce caractère éprouvant, le spectateur pourra se demander à quoi il tient : au sujet ? Certainement, mais pas que. Il est évidemment difficile de parcourir les pages de la bande dessinée que Sagawa a consacrée à son crime, difficile de le voir se planter des couteaux ou s’enrouler des barbelés autour de son bras. Cette réalité profondément morbide, cette psychose avec laquelle Sagawa semble se débattre et qui est pourtant la source de toutes ses jouissances, n’est pas ici le problème.
Grammaire pornographique
Car il est bien plus éprouvant de voir les deux cinéastes emprunter la grammaire du film pornographique pour filmer une telle réalité. Eprouvant, au fond, de voir un sujet pénible filmé de manière aussi pénible. Ce choix mûrement réfléchi (les deux cinéastes évoquent leur passion pour le pinku eiga, des films de porno soft japonais en voie de disparition) a quelque chose d’infiniment maladroit car il rend son sujet illisible, embrouille son spectateur plus qu’il ne l’éclaire et l’empêche de trouver sa place à l’intérieur d’un dispositif complaisamment radical. Les cinéastes semblent se satisfaire de faire naître l’incompréhension, la gêne et l’écœurement chez leur spectateur, qui se sent d’emblée exclu.
Certes, le film vaut en partie le détour car il ne laisse personne indifférent. Le cannibalisme et Sagawa viennent interroger, ébranler notre perception de nos besoins fondamentaux, le sexe et la nourriture ; il y avait là un sujet et un personnage en or. Mais la réaction qu’il suscite a quelque chose de stérile et n’est que l’effet produit par une vaine et puérile provocation. On peut se retrouver dans ses propos lorsqu’il dit que le baiser n’est que les prémices d’une dévoration – tout en trouvant qu’il s’agit d’un lieu commun assez éculé. De cette épreuve, on ne sortira pas plus intelligents ni plus indulgents, bien au contraire : on éjectera le film et la réalité qu’il nous expose aussi rapidement qu’ils nous éjectent.



Documentaire français de Véréna Paravel et Lucien Castaing-Taylor (1 h 30). Sur le Web : www.norte.fr/projets/production/caniba



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Une production sino-américaine signée Jon Turteltaub tente de faire revivre le mégalodon, monstre des océans.
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« En eaux troubles » : Jurassic Shark

Une production sino-américaine signée Jon Turteltaub tente de faire revivre le mégalodon, monstre des océans.



LE MONDE
 |    22.08.2018 à 07h23
 • Mis à jour le
22.08.2018 à 07h29
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
Sous-genre assourdi, confiné et submersible du film de guerre, propice aux contre-valeurs du silence et de l’abstraction, le film de sous-marin a ­souvent de quoi séduire. Plus rarement l’engin prisé de Jules Verne est-il utilisé pour être mis au ­service du film d’action fantastique. C’est le cas d’En eaux troubles, faux film de sous-marin, mais vrai film de requin, vieux projet disneyen inspiré d’une série ­romanesque de l’auteur de science-fiction Steve Alten (inaugurée en 1997 par Meg, a Novel of Deep Terror, paru en français sous le titre Mégalodon).
Le voici repris en main par Jon Turteltaub pour le compte de la Warner, à hauteur d’un budget faramineux de 150 millions de dollars (131 millions d’euros).
Ennemi mythologique
La hauteur du budget n’a ici d’égale que le simplisme du sujet. Le film met en scène la lutte à mort entre deux cogneurs. A gauche, Jason Statham, ex-athlète et mannequin britannique de 51 ans, gueule de porte de prison, corps d’acier, star du film d’action sans fioritures (Le Transporteur, Expendables…), auteur sévèrement burné de toutes ses cas­cades. A droite, un mégalodon, fût-il synthétique, revêche ancêtre du requin culminant à 20 mètres de longueur, avec les dents qui vont avec, rené de ses cendres pour les besoins d’une coproduction sino-américaine bienheureuse de se trouver un ennemi mythologique commun.
« En eaux troubles » cherche moins son inspiration chez l’auteur de « Moby Dick » que dans le secteur le plus industrieux des films de monstre
On a donc compris qu’En eaux troubles cherche moins son inspiration chez l’auteur de Moby Dick que dans le secteur le plus industrieux des films de monstre. Statham y incarne Jonas ­Taylor, ancien marine devenu plongeur professionnel auquel un océanologue chinois fait appel pour tirer d’embarras une équipe de scientifiques enfermés dans un sous-marin sévèrement endommagé par un mégalodon, qui le tient pour une boîte de conserve au système d’ouverture défectueux. Le sauvetage, hélas, ramène également à la surface le carnivore ultradenté, depuis la fosse marine où il était cantonné.
Tout cela se révèle, hélas, très mal fagoté. L’intrigue est une ­resucée sans vergogne et sans âme des succès du genre, les personnages sont indigents, les histoires secondaires bâclées, les ­acteurs empesés, le monstre atone. Le film, pour une raison qui reste à élucider et qui tient au mystère en eau trouble du cinéma, n’en est pas moins d’ores et déjà un gros succès aux Etats-Unis et en Chine.

Film américain et chinois de Jon Turteltaub. Avec Jason Statham, Li Bingbing, Rainn Wilson (1 h 54). Sur le Web : www.eneauxtroubles-lefilm.fr, www.warnerbros.fr/articles/en-eaux-troubles-confidences-casting et www.warnerbros.com/meg



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Dans ce film de Julien Leclercq, sans âme, Jean-Claude Van Damme interprète toujours le même rôle d’« action hero ».
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« Lukas » : un énième épisode des aventures de « JCVD »

Dans ce film de Julien Leclercq, sans âme, Jean-Claude Van Damme interprète toujours le même rôle d’« action hero ».



LE MONDE
 |    22.08.2018 à 07h22
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
Etoffant imperturbablement sa carrière d’« action hero » dans des séries B qui s’enchaînent et se ressemblent, Jean-Claude Van Damme poursuit ses aventures dans ce énième épisode tout entier destiné à sa gloire. Dans Lukas, « JCVD » interprète un garde du corps taciturne mais qu’il ne faut pas venir embêter, père célibataire et dévoué, il enchaîne les petits boulots dans des boîtes de nuit en tentant de joindre les deux bouts. Tout se complique lorsqu’il doit collaborer avec la police et infiltrer un dangereux gang flamand.
Flegme et muscles
La suite de l’histoire, tout le monde la connaît, ou du moins la devine dans cet « action movie » décharné, sans âme et qui se prend beaucoup trop au sérieux. Jean-Claude Van Damme est, évidemment, toujours le plus fort et reste le dépositaire d’une image de la virilité (un mélange de flegme et de muscles) tellement surannée qu’elle en deviendrait presque touchante.

Film belge et français de Julien Leclercq. Avec Jean-Claude Van Damme, Sveva Alviti, Sami Bouajila (1 h 22). Sur le Web : www.ocean-films.com/film/lukas



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Le film de Carlos Diegues, très (trop) allusif sur l’histoire du Brésil, laisse une sensation de futilité.
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« O Grande Circo Mistico » : un siècle de cartes postales coquines

Le film de Carlos Diegues, très (trop) allusif sur l’histoire du Brésil, laisse une sensation de futilité.



LE MONDE
 |    22.08.2018 à 07h21
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
Un cirque tout rond fait un joli microcosme. Si l’on étire son histoire sur un siècle, il y a de quoi faire tout un univers. C’est probablement ce qu’espérait le réalisateur brésilien Carlos Diegues en lançant son « grand cirque mystique » sur les routes et à travers l’histoire de son pays. Mais à l’arrivée, il n’y a qu’une collection de vignettes plus ou moins convaincantes, le souvenir fugace de personnages dont on a l’impression de n’avoir fait que les croiser.
Ces imperfections frustrantes sont peut-être à mettre sur le compte de la longue gestation du projet. Au commencement était un poème de Jorge de Lima, écrit en 1940 qui racontait, en une cinquantaine de vers, la destinée de la dynastie Krieps, issue d’un médecin qui avait quitté la bourgeoisie pour le cirque. En 1983, Chico Buarque et Edu Lobo composèrent les chansons d’un spectacle musical inspiré du poème.
Vincent Cassel en prestidigitateur
On retrouve ces ingrédients dans le scénario de Carlos Diegues et George Moura. Cinq générations se succèdent à l’écran, ce qui, étant donné la relative brièveté du film, ne laisse guère de temps pour faire leur connaissance. On entrevoit Vincent Cassel en prestidigitateur avide, pressé de quitter le cirque pour l’immobilier, au moment où la seconde guerre mondiale provoque une vague de spéculation au Brésil. Mais c’est l’un des rares détails bien dessinés, il faudra déchiffrer à toute allure les allusions à l’invasion de la télévision dans l’imaginaire collectif, à l’arrivée des militaires au pouvoir.
Le tour allusif du récit convaincra peut-être les connaisseurs de l’histoire brésilienne. Reste que les personnages, leurs relations sont traités avec la même désinvolture. Les tragédies qui les frappent – viol, inceste, suicide – deviennent un chapelet d’incidents parfois distordus par des phénomènes surnaturels qui permettront l’emploi de l’expression « réalisme magique ».
La joliesse des images, la propension du réalisateur à dénuder le corps de ses actrices accentuent encore la sensation de futilité que laisse ce Circo Mistico.



Film brésilien, français et portugais de Carlos Diegues. Avec Jesuita Barbosa, Bruna Linzmeyer, Mariana Ximenes, Vincent Cassel (1 h 30). Sur le Web : www.bodegafilms.com/film/o-grande-circo-mistico



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Un demi-siècle après une sortie tumultueuse aux Etats-Unis, en mars 1968, le film revient sur grand écran.
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Reprise : « Les Producteurs », quand Mel Brooks s’épanouissait au printemps d’Hitler

Un demi-siècle après une sortie tumultueuse aux Etats-Unis, en mars 1968, le film revient sur grand écran.



LE MONDE
 |    22.08.2018 à 07h20
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


Il y a cinquante ans, Rudolf Hess, homme politique du IIIe Reich, était détenu à Spandau, à Berlin ; Josef Mengele, médecin tortionnaire nazi, était en fuite. A New York, les survivants de l’extermination des juifs d’Europe qui s’y étaient établis s’essayaient à vivre comme des Américains. Il y a cinquante ans, Mel Brooks choisissait de faire ses débuts au cinéma en mettant en scène deux producteurs juifs décidés à devenir riches en montant une pièce écrite par un fugitif nazi, intitulée Springtime for Hitler (« le printemps pour Hitler »).
Un demi-siècle après une sortie tumultueuse aux Etats-Unis (il fallut attendre encore trois ans pour voir le film dans une salle parisienne), en mars 1968, Les Producteurs reviennent sur grand écran, auréolés d’une réputation d’œuvre iconoclaste qui a crû à travers les décennies, jusqu’à obscurcir celle de son auteur.
Gagman de génie
Il est vrai que – si l’on met à part le juste mélange de pastiche et de burlesque qu’est Frankenstein Junior – le cinéma de Mel Brooks n’a jamais retrouvé la singularité qui fait l’attrait irrésistible des Producteurs, malgré les évidentes imperfections du film. Elle tient d’abord à la débauche d’énergie qui inonde l’écran. Celle des deux interprètes principaux, Zero Mostel, vétéran de Broadway, héritier du théâtre yiddish, acteur inépuisable et parfois épuisant, et Gene Wilder, débutant, qui met au service de la comédie les leçons de l’Actors Studio. Elle tient aussi – et surtout – à l’invention comique de Mel Brooks, gagman de génie, parfois incapable de faire plus qu’énoncer ses plaisanteries, que résenter ses provocations, tout en les accumulant à un rythme tel qu’on croirait presque à la fluidité du film.
Brooks, né Melvin Kaminsky à Brooklyn en 1926, était largement l’aîné de son concitoyen et collègue Woody Allen, qui venait de faire ses débuts au cinéma dans What’s New Pussycat. Lorsqu’il se décide à passer à la réalisation, il est déjà, comme Allen, une figure majeure de la comédie américaine, à la télévision. Le cinéma lui permet de s’affranchir des contraintes qui enserraient ses créations les plus populaires, les personnages des émissions de Sid Caesar, le 2000 Year Old Man qu’il a inventé avec Carl Reiner ou la série Max la menace. Son expérience du théâtre lui donne l’idée du personnage de Max Bialystock (Zero Mostel), producteur sur le déclin qui vivote en montant des spectacles bon marché dont il a extorqué le financement à de vieilles dames qu’il lutine sur le canapé de son bureau minable.
La pire pièce possible
Lorsque Leo Bloom (Brooks a lu Ulysse, de Joyce), jeune comptable souffrant d’hyper-anxiété (Gene Wilder), fait remarquer au producteur qu’il serait plus lucratif de détourner les investissements d’un grand spectacle promis à l’échec dès sa première représentation, les deux hommes s’associent et se mettent en quête de la pire pièce possible et de son auteur.
Ils le trouvent sur le toit d’un immeuble, au milieu de pigeons, coiffé d’un casque d’acier. Franz Liebkind (Kenneth Mars) a écrit une comédie musicale à la gloire du Führer pour montrer au monde « le Hitler avec une chanson dans le cœur ». Pour mettre en scène Springtime for Hitler, Bialystock et Bloom embauchent un couple homosexuel (Christopher Hewett et Andreas Voutsinas) ; et pour interpréter le dictateur, ils choisissent un hippie vieillissant, Lorenzo Saint DuBois (Dick Shawn). Lors de son audition pour le rôle d’Hitler, « LSD » (c’est bien sûr comme ça qu’on l’appelle) interprète une impeccable parodie de chanson psychédélique intitulée Love Power. L’aveuglement du nazi Liebkind à l’endroit de l’appartenance de ses producteurs (jamais le mot « juif » n’est prononcé à l’écran), de l’orientation sexuelle de ses metteurs en scène est l’un des ressorts comiques les plus efficaces du film.
Chaque personnage est mû par un mélange de libido et d’aveuglement qui le rend à la fois dérisoire et tolérable
Chaque personnage est mû par un mélange de libido et d’aveuglement qui le rend à la fois dérisoire et tolérable. Vétéran de la campagne d’Allemagne, Mel Brooks avait une idée précise des crimes nazis (il tentera de les prendre en compte dans son remake du To Be Or Not To Be, de Lubitsch). Plutôt que de prendre l’histoire à bras-le-corps, il préfère ici tourner en ridicule la fascination esthétique de l’époque pour le IIIe Reich.
Plus que d’histoire, Les Producteurs parle du spectacle et de ceux qui le fabriquent, de la soif inextinguible de reconnaissance et d’argent qui les habite, de la contagion irrésistible de ces désirs. Bialystock pervertit Bloom, mais – comme l’explique Gene Wilder dans une jolie tirade finale –, il l’initie aux mystères de la représentation.

Film américain de Mel Brooks (1968). Avec Zero Mostel, Gene Wilder, Kenneth Mars, Dick Shawn (1 h 26). Sur le Web : www.carlottavod.com/les-producteurs



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 21/08/2018
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L’Amérique dans le prisme du racisme et de la ségrégation : notre sélection cinéma

Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



LE MONDE
 |    22.08.2018 à 06h33
 • Mis à jour le
22.08.2018 à 14h47
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Les démons de l’Amérique, le racisme et la ségrégation envahissent les salles obscures cette semaine, avec deux longs-métrages de Spike Lee et un documentaire consacré au parcours de Martin Luther King. Dans un tout autre genre artistique, Silent Voice, film d’animation japonais, nous plonge dans la violence d’une jeune génération mal dans sa peau.
« BlacKkKlansman », un Spike Lee bluffant

A 61 ans,Spike Lee signe son grand retour avec BlacKkKlansman – J’ai infiltré le Ku Klux Klan (titre français), qui a remporté le Grand Prix lors de la 71e édition du Festival de Cannes. Il faut dire que le cinéaste tenait dans ses mains un scénario en or, que lui avait confié le producteur et réalisateur Jordan Peele : l’histoire vraie de Ron Stallworth, un policier afro-américain de Colorado Springs qui a réussi, en 1978, à infiltrer le Ku Klux Klan.
Fondée en 1865, l’organisation est tristement célèbre pour ses discours sur la suprématie des Blancs, sa haine des Noirs et des juifs, ses lynchages. Se faire admettre auprès de tels « camarades », il fallait le faire. Ron Stallworth a consigné le récit de cette aventure dans son livre Black Klansman, paru en 2014 (Police and Fire Publishing, non traduit).
Spike Lee fait plus qu’adapter cette histoire stupéfiante : il relie ces années de lutte des Noirs américains à l’actualité, à l’Amérique de Donald Trump et au mouvement Black Lives Matter (Les vies noires comptent) qui se bat aujourd’hui contre les groupuscules néonazis, les suprématistes blancs et autres klansmen.
Le film se clôt par des images des émeutes de Charlottesville, qui virent s’affronter le 12 août 2017 en Virginie l’extrême droite et des militants antiracistes, et au cours desquelles fut tuée la jeune Heather Heyer, à qui le film est dédié.
L’auteur de Do the Right Thing (1989) malaxe la fiction, le documentaire, et les deux ne font plus qu’un – au prix de collages d’images parfois douloureux sur le plan esthétique. Sans doute cherche-t-il à impressionner l’œil, ou à transformer le spectateur en caméra agissante? Comme dans Malcolm X (1992), son biopic sur le leader noir américain assassiné en 1965, il affirme l’idée que le cinéma est le mieux à même de montrer le monde. Et qu’il peut être divertissant. Clarisse Fabre
« BlacKkKlansman – J’ai infiltré le Ku Klux Klan », film américain de Spike Lee. Avec John David Washington, Adam Driver, Topher Grace (2 h 15). Retrouvez nos réductions Boulanger dans l’Univers TV/Hifi.
« Miracle à Santa Anna », la campagne d’Italie par les GI noirs

La cause noire américaine nourrit l’œuvre de Spike Lee dans l’espace et le temps. L’implication des troupes noires dans la libération de l’Europe durant la seconde guerre mondiale est ainsi le sujet de Miracle à Santa Anna. Réalisé en 2008, le film est resté méconnu en France en raison de l’annulation de sa sortie par la filiale distribution de TF1 et du procès qui s’ensuivit entre les parties. La possibilité de le découvrir nous est enfin offerte par le distributeur Splendor Films qui le met en salle mercredi 29 août.
Initiative heureuse en ce sens qu’elle répare une continuité mise à mal dans la fréquentation d’un auteur important, mais plus problématique dès lors qu’on examine, avec le recul nécessaire, la valeur intrinsèque de Miracle à Santa Anna. Grosse production majoritairement tournée en Italie, le film est inspiré du roman éponyme de l’écrivain James McBride, publié en 2002, qui relate l’expérience de l’oncle de l’auteur, membre durant la seconde guerre mondiale de la 92e division d’infanterie, dans laquelle 15 000 soldats afro-américains ont combattu sur le front italien d’août 1944 à novembre 1945.
La construction du récit est ample. Il démarre de nos jours à New York avec l’assassinat inexpliqué d’un client par un employé de poste, détenteur de la prestigieuse médaille militaire « Purple Heart », se poursuit par un long retour en arrière sur la campagne d’Italie, revient enfin aux Etats-Unis pour à la fois élucider l’affaire criminelle et trouver une forme de rédemption aux survivants du carnage. Jacques Mandelbaum
« Miracle à Santa Anna », film américain de Spike Lee. Avec Laz Alonso, Derek Luke, Omar Benson Miller, John Turturro (2 h 36).
« King : de Montgomery à Memphis », documentaire d’époque

Résonnant fortement avec le propos de BlacKkKlansman de Spike Lee, la sortie de King : de Montgomery à Memphis lui offre une sorte de pendant documentaire.
Réalisé en 1970, deux ans après l’assassinat de Martin Luther King, distribué à l’époque dans 500 salles de cinéma aux Etats-Unis, ce film est un long montage d’archives (trois heures) consacré à cette immense figure américaine, produit et supervisé par Ely Landau, producteur à la télévision et au cinéma.
Quoique réalisé avec le soutien et la participation de très grands noms du cinéma et plus largement de la scène américains (Sidney Lumet, Joseph Mankiewicz, Harry Belafonte, Paul Newman, Burt Lancaster, Marlon Brando…), King demeure essentiellement une reconstitution du parcours de Martin Luther King entre 1955 et 1968.
Dépourvu de commentaire comme de tout élément de contextualisation en raison de sa proximité avec le sujet, entrecoupé de brèves vignettes où des acteurs célèbres récitent de courts textes poétiques ou romanesques, ce documentaire d’époque se révèle aujourd’hui d’un abord escarpé.
Mais ce que l’on perd d’un côté, on le gagne de l’autre. La pure valeur de témoignage de ces images fait ici son office et offre une image au ras du bitume, passablement terrifiante, d’une Amérique engluée dans le racisme et la ségrégation. J. M.
« King : de Montgomery à Memphis », documentaire conçu et produit par Ely Landau, avec la participation de Sidney Lumet et Joseph L. Mankiewicz. (3 h 02).
« Silent Voice », violence adolescente

L’animation japonaise a ceci de particulier que, brassant un large public, elle est capable d’aborder toutes sortes de sujets, des plus farfelus jusqu’aux plus sensibles.
Silent Voice, adapté du manga éponyme de Yoshitoki Oima, qui conjugue les questions du handicap et du harcèlement scolaire, est le troisième long-métrage de Naoko Yamada, jeune animatrice née en 1984 et faisant figure de pionnière dans une industrie encore très largement masculine. Armé de thématiques aussi intimidantes, le projet semblait cerné de part et d’autre par les écueils du film à thèse ou de l’édification morale. Or, Naoko Yamada livre une œuvre d’une finesse et d’une sensibilité insoupçonnées.
Le film brille d’abord par sa précision psychologique, prenant ses aises sur plus de deux heures pour mieux décortiquer l’intériorité heurtée de ses personnages. Divisé en deux temps, le récit tourne autour d’un collégien turbulent et farceur nommé Ichida. Lequel voit un beau jour débarquer dans sa classe Nishimiya, une nouvelle élève atteinte de surdité. Ichida ne tarde pas à se moquer d’elle. Puis toute la classe suit son mauvais exemple et dénigre la nouvelle recrue.
Mais le film ne s’arrête pas là et retrouve les mêmes personnages cinq ans plus tard, pour suivre à la trace les répercussions de cette violence dans la vie de chacun. L’intelligence du film consiste, par la suite, à déjouer tout manichéisme. Silent Voice vaut enfin pour sa capacité à dépasser son propre sujet pour dresser, plus largement, le portrait d’une jeune génération de Japonais ayant en partage une certaine violence larvée, car minée par un profond mal-être. Mathieu Macheret
« Silent Voice », film d’animation japonais de Naoko Yamada (2 h 05).

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 22 août)
BlacKkKlansman, film américain de Spike Lee (à ne pas manquer)Miracle à Santa Anna (2008), film américain et italien de Spike Lee (inédit, sort en salle le 29 août)The Last of Us, film tunisien (avec le Qatar et les Emirats arabes unis) d’Ala Eddine Slim (à ne pas manquer)King : de Montgomery à Memphis, documentaire américain de Sidney Lumet et Joseph L. Mankiewicz, conçu et produit par Ely Landau (à voir)Silent Voice, film d’animation japonais de Naoko Yamada (à voir)Caniba, documentaire français de Véréna Paravel et Lucien Castaing-Taylor (pourquoi pas)En eaux troubles, film américain et chinois de Jon Turteltaub (on peut éviter)Lukas, film belge et français de Julien Leclercq (on peut éviter)O Grande Circo Mistico, film brésilien, français et portugais de Carlos Diegues (on peut éviter)
A l’affiche également :
Alpha, film américain d’Albert HughesLa Belle, film lituanien d’Arunas ZebriunasLes Vieux Fourneaux, film français de Christophe Duthuron





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Le réalisateur britannique a quitté le projet en raison de « différends artistiques ». Le tournage devait commencer en décembre.
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Danny Boyle renonce à réaliser le prochain James Bond

Le réalisateur britannique a quitté le projet en raison de « différends artistiques ». Le tournage devait commencer en décembre.



LE MONDE
 |    21.08.2018 à 21h20
   





                        


Le Britannique Danny Boyle ne réalisera finalement pas le prochain James Bond, ayant quitté le projet en raison de « différends artistiques », ont annoncé mardi 21 août les producteurs du futur film.

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                Daniel Craig dit « oui » à James Bond, une dernière fois



Les producteurs « Michael G. Wilson, Barbara Broccoli et [l’acteur vedette] Daniel Craig ont annoncé aujourd’hui qu’en raison de différends artistiques, Danny Boyle avait décidé de ne pas réaliser “Bond 25” », dit le site officiel de la franchise, en référence au 25e opus, qui n’a pas encore de titre définitif.
Le remplaçant pas encore annoncé
La société de production avait annoncé en mai que le réalisateur oscarisé de Slumdog Millionnaire avait été choisi pour diriger le projet, dont le scénario a été confié à John Hodge. Ce dernier avait notamment collaboré avec Danny Boyle sur Trainspotting.
Le tournage devait commencer en décembre, et la sortie du film est prévue pour l’automne 2019. Il n’était pas clair dans l’immédiat si le départ de Danny Boyle allait repousser ces échéances.
Le nom de son remplaçant ou de sa remplaçante n’a pas été annoncé. Avant de jeter leur dévolu sur Danny Boyle, les producteurs avaient été intéressés par l’Ecossais David Mackenzie ( Comancheria, Hell or High Water en version originale) et par le Québecois Denis Villeneuve (Blade Runner 2049).
Pour « Bond 25 », ce sera la cinquième fois que Daniel Craig, 50 ans, endossera le costume de l’espion. L’acteur britannique avait annoncé en 2017 que ce serait sans doute la dernière.




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ L’actrice italienne est accusée par le « New York Times » d’avoir agressé sexuellement un jeune acteur, mineur au moment des faits. Ce dernier ne s’est pas encore exprimé.
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Article sélectionné dans La Matinale du 21/08/2018
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L’actrice Asia Argento « nie toute relation sexuelle » avec l’homme qui l’accuse d’agression

L’actrice italienne est accusée par le « New York Times » d’avoir agressé sexuellement un jeune acteur, mineur au moment des faits. Ce dernier ne s’est pas encore exprimé.



LE MONDE
 |    21.08.2018 à 18h20
 • Mis à jour le
22.08.2018 à 07h16
   





                        


L’actrice italienne Asia Argento, accusée par le New York Times d’avoir agressé sexuellement un jeune acteur, Jimmy Bennett, nie « toute relation sexuelle » avec ce dernier, dans un communiqué diffusé mardi 21 août dans les médias.
« Je nie et je rejette le contenu de l’article publié par le New York Times qui circule dans les médias internationaux (…). Je n’ai jamais eu de relation sexuelle avec Bennett », écrit l’actrice de 42 ans dans ce communiqué, où elle parle de « persécution ».
« Je suis profondément choquée et frappée en lisant des informations absolument fausses », poursuit l’actrice, qui dit « ne pas avoir d’autre choix que celui de s’opposer à tous les mensonges et de se protéger de toutes les manières ».

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                « Hypocrisie », tentative de « discréditer » #metoo : réactions aux accusations contre Asia Argento



380 000 dollars versés au jeune acteur
Le New York Times a révélé dimanche que l’actrice italienne, l’une des principales accusatrices du producteur déchu Harvey Weinstein, avait versé 380 000 dollars (330 000 euros) à Jimmy Bennett, un acteur et musicien de rock américain, qui assure que l’actrice l’a agressé sexuellement dans une chambre d’hôtel en Californie en 2013, alors qu’il n’avait que 17 ans. Le quotidien new-yorkais cite des documents envoyés au journal par une source non identifiée.

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                Asia Argento accusée d’avoir payé un homme qui voulait la poursuivre pour agression sexuelle



Asia Argento explique que Jimmy Bennett, à un moment où il avait des difficultés financières, lui avait demandé de lui prêter une grosse somme d’argent – il avait engagé des poursuites judiciaires contre sa propre famille, lui réclamant des millions de dollars. Asia Argento avait décidé de l’aider, mais, pour éviter une « publicité négative », c’est son compagnon, le chef Anthony Bourdain (qui s’est suicidé depuis), qui avait effectué le paiement.
Les avocats de Jimmy Bennett, eux, ont déclaré que l’acteur prendrait « les prochaines vingt-quatre heures, ou davantage, pour préparer sa réponse ».
A la suite des révélations du New York Times, les autorités de Los Angeles ont annoncé qu’elles allaient chercher davantage d’informations sur ce qui s’était passé entre Asia Argento et Jimmy Bennett en 2013. Dans la déclaration d’intention de poursuite en justice, les avocats de l’acteur demandaient 3,5 millions de dollars de dommages et intérêts à la comédienne pour avoir « infligé de manière intentionnelle une détresse émotionnelle et des pertes de salaire » à leur client, selon le quotidien américain.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Le « New York Times » affirme que l’actrice italienne aurait agressé sexuellement un acteur alors qu’il était encore mineur.
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« Hypocrisie », tentative de « discréditer » #metoo : réactions aux accusations contre Asia Argento

Le « New York Times » affirme que l’actrice italienne aurait agressé sexuellement un acteur alors qu’il était encore mineur.



LE MONDE
 |    21.08.2018 à 09h09
 • Mis à jour le
21.08.2018 à 18h15
   





                        



   


Les révélations du New York Times concernant l’actrice Asia Argento ont suscité de premières réactions parmi les figures de proue du mouvement #metoo, et de l’avocat de Harvey Weinstein, qui a dénoncé, lundi 20 août, « l’hypocrisie » de l’actrice, accusée d’agression sexuelle.
Ces informations « révèlent le niveau frappant d’hypocrisie d’Asia Argento, une des principales voix à avoir tenté de détruire Harvey Weinstein », a déclaré Ben Brafman, l’avocat du producteur déchu. Il a dénoncé la « duplicité de son comportement », ajoutant que cette affaire « devrait démontrer à tous que les accusations contre M. Weinstein ont été mal vérifiées ».

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                Asia Argento accusée d’avoir payé un homme qui voulait la poursuivre pour agression sexuelle



« Discréditer le mouvement »
Selon le New York Times, qui s’appuie sur des documents envoyés par une source non identifiée, l’actrice italienne aurait versé en avril la somme de 380 000 dollars à l’acteur et musicien Jimmy Bennett, qui l’accuse d’agression sexuelle dans un hôtel californien en 2013. A l’époque, il n’avait que 17 ans, alors que l’âge légal du consentement à une relation sexuelle est de 18 ans en Californie. La comédienne était, elle, alors âgée de 37 ans.
Asia Argento est devenue à l’automne 2017 une des meneuses du mouvement #metoo, après avoir accusé le producteur américain Harvey Weinstein de l’avoir violée alors qu’elle n’avait que 21 ans. Mis en cause par une centaine de femmes pour des abus sexuels, Harvey Weinstein a été formellement inculpé de viol, d’acte sexuel forcé et de fellation forcée concernant trois d’entre elles. Il plaide non coupable et assure que toutes ces relations sexuelles étaient consenties.
L’actrice Rose McGowan, première accusatrice de Harvey Weinstein, a réagi prudemment lundi aux révélations sur Asia Argento, disant en avoir « le cœur brisé ». « Personne d’entre nous ne connaît la situation, et je suis sûre que d’autres choses vont être révélées. Soyez mesurés », a-t-elle écrit sur Twitter.
La militante Tarana Burke, à l’origine du mouvement #metoo, craint que « les gens n’utilisent cette histoire pour discréditer le mouvement ». Elle explique sur Twitter que chacun doit être responsable de son comportement individuel, et que « la violence sexuelle est liée au pouvoir et au privilège. Peu importe qu’il s’agisse de votre actrice préférée, d’un activiste ou d’un professeur, et quel que soit son genre ».

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                L’actrice Asia Argento, l’accusatrice accusée



L’accusateur prépare sa réponse
La journaliste française Sandra Muller, qui avait lancé l’équivalent français du mouvement #metoo, a déclaré au Parisien que l’affaire Asia Argento « tomb[ait] bien pour décrédibiliser ces femmes qui dérangent ».
Les réactions des deux protagonistes, en revanche, se sont fait attendre.
L’actrice italienne nie, dans un communiqué, mardi 21 août, « toute relation sexuelle » avec l’intéressé. « Je nie et je rejette le contenu de l’article publié par le New York Times qui circule dans les médias internationaux (…). Je n’ai jamais eu de relation sexuelle avec Bennett », y écrit l’actrice de 42 ans, qui parle de « persécution ». « Je suis profondément choquée et frappée en lisant des informations absolument fausses », poursuit Asia Argento, qui dit « ne pas avoir d’autre choix que celui de s’opposer à tous les mensonges et de se protéger de toutes les manières ».
Les avocats de Jimmy Bennett, eux, ont fait savoir que l’acteur prendrait « les prochaines vingt-quatre heures, ou davantage, pour préparer sa réponse ».
A la suite des révélations du New York Times, les autorités de Los Angeles ont dit qu’elles allaient rechercher davantage d’informations sur ce qui s’était passé entre Asia Argento et Jimmy Bennett en 2013. Dans la déclaration d’intention de poursuite en justice, les avocats de l’acteur demandaient 3,5 millions de dollars de dommages et intérêts à la comédienne au motif qu’elle avait « infligé de manière intentionnelle une détresse émotionnelle et des pertes de salaire » à ce dernier, selon le quotidien américain.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ La comédienne a versé 380 000 dollars à un acteur qui l’accusait d’agression sexuelle lorsqu’il était encore mineur.
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L’actrice Asia Argento, l’accusatrice accusée

La comédienne a versé 380 000 dollars à un acteur qui l’accusait d’agression sexuelle lorsqu’il était encore mineur.



LE MONDE
 |    21.08.2018 à 08h21
 • Mis à jour le
21.08.2018 à 17h19
    |

            Aureliano Tonet








                        



                                


                            

Asia Argento a l’habitude de braver des torrents de haine sur les réseaux sociaux. En octobre 2017, lorsqu’elle fut parmi les premières à dénoncer les agissements du producteur Harvey Weinstein, une pluie de vilenies s’abattit sur l’actrice, réalisatrice et musicienne, particulièrement dans son pays natal, l’Italie. L’orage fut plus autrement violent, en juin, après l’annonce du suicide de son ex-compagnon ­Anthony Bourdain : des images volées d’Asia Argento au côté du journaliste français Hugo Clément circulèrent sur la Toile. Suffisant, selon l’expéditif jugement des tribunaux numériques, pour voir dans ce compagnonnage la cause de la mort du célèbre cuisinier américain.

La tempête s’avérait plus diluvienne encore après les révélations du New York Times, publiées dans la nuit du 19 au 20 août. Selon une longue enquête du quotidien américain, Mme Argento aurait conclu un accord financier avec l’acteur Jimmy Bennett, qui l’accuserait d’agression sexuelle. L’arroseuse arrosée : il n’en fallait pas plus pour achever de transformer en sorcière la fille du réalisateur Dario Argento, dont la filmographie verse régulièrement dans la magie noire. Sur les plates-formes numériques, aussitôt transformées en bûchers, la comédienne subissait les attaques en règle des adversaires historiques du mouvement #metoo, aux premiers rangs desquels le ministre de l’intérieur italien, Matteo Salvini, mais aussi d’ex-camarades de lutte. « J’ai fait la connaissance d’Asia Argento il y a dix mois, tweetait l’actrice Rose McGowan, le 20 août. Notre relation s’est appuyée sur la douleur partagée d’avoir été agressées par Harvey Weinstein. Mon cœur est brisé. Je continuerai mon travail au nom des victimes où qu’elles soient. »

Dans ses Essais, Michel de Montaigne consacre un chapitre à la chasse aux sorcières, dont il déplorait les ravages. « Je vois ordinairement que les hommes, aux faits qu’on leur propose,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Du 6 au 16 septembre, 300 films seront présentés lors du 43e Festival de cinéma, dont certains en première mondiale.
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Xavier Dolan, Steve McQueen et Claire Denis à Toronto

Du 6 au 16 septembre, 300 films seront présentés lors du 43e Festival de cinéma, dont certains en première mondiale.



LE MONDE
 |    21.08.2018 à 08h21
 • Mis à jour le
21.08.2018 à 09h16
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

Depuis deux ans, le Festival international du film de Toronto (TIFF) suit une cure d’amaigrissement. Alors que l’on comptait encore 397 films en 2016, ils seront à peine plus de 300 pour la 43e édition, qui s’ouvrira le 6 septembre par la projection du film historique écossais Outlaw King, de David Mackenzie, et se terminera le 16 avec Jeremiah Terminator LeRoy, de Justin Kelly, dans lequel Kristen Stewart rejoue l’une des grandes supercheries littéraires de ces dernières années. Le menu reste pantagruélique, mêlant films vus dans les festivals européens (Berlin, Cannes, Locarno et Venise, dans l’ordre chronologique) et premières mondiales, tous les titres présentés espérant trouver dans la capitale de l’Ontario une porte d’entrée sur le marché nord-américain, voire dans la course aux Oscars.
C’est ainsi que l’on découvrira The Death and Life of John F. Donovan, le premier long-métrage en anglais de Xavier Dolan, qui réunit le jeune Jacob Tremblay (Room), Kit Harington (Game of Thrones) et Natalie Portman ; Widows, le premier film de Steve McQueen depuis Twelve Years a Slave en 2013 ; If Beale Street Could Talk, adaptation du roman de James Baldwin qui succède dans la filmographie de Barry Jenkins à Moonlight, Oscar 2017 du meilleur film ; ou High Life, incursion de Claire Denis dans la science-fiction, avec Robert Pattinson.
Contrairement à Venise, avec une seule réalisatrice dans sa compétition, Toronto a veillé à ce que les femmes cinéastes soient présentes dans toutes les sections
Contrairement à Venise, qui n’a retenu qu’une réalisatrice dans sa compétition, Toronto a veillé à ce que les femmes cinéastes soient présentes dans toutes les sections. La Française Mia Hansen-Love présentera Maya, l’Américaine Nicole Holofcener (Friends with Money), The Land of Steady Habits. Dans la seule section compétitive,...




                        

                        


<article-nb="2018/08/22/18-17">
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Bloqué en 2008 à cause d’un conflit avec la filiale de distribution du groupe TF1, le film sort enfin dans les salles françaises.
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« Miracle à Santa Anna » : quand Spike Lee racontait la campagne d’Italie des GI noirs

Bloqué en 2008 à cause d’un conflit avec la filiale de distribution du groupe TF1, le film sort enfin dans les salles françaises.



LE MONDE
 |    21.08.2018 à 07h39
 • Mis à jour le
22.08.2018 à 07h35
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


La cause noire américaine nourrit l’œuvre de Spike Lee dans l’espace et le temps. L’implication des troupes noires dans la libération de l’Europe ­durant la seconde guerre mondiale est ainsi le sujet de Miracle à Santa Anna. Réalisé en 2008, le film est resté méconnu en France en raison de l’annulation de la sortie du film par la filiale distribution de TF1 et du procès qui s’ensuivit entre les parties. L’affaire coûta, en 2011, 32 millions d’euros au groupe, mais le mal était fait. Ce film, vu à l’époque par certains ­cinéphiles lors du festival de Deauville ou à la Cinémathèque française, sort finalement mercredi 29 août en salle, à l’initiative du distributeur Splendor Films.
Initiative heureuse en ce sens qu’elle répare une continuité mise à mal dans la fréquentation d’un auteur important, mais plus problématique dès lors qu’on examine, avec le recul nécessaire, la valeur intrinsèque de Miracle à Santa Anna. Grosse production majoritairement tournée en Italie, le film est inspiré du roman éponyme de l’écrivain James ­McBride, publié en 2002, qui relate l’expérience de l’oncle de l’auteur, membre durant la seconde guerre mondiale de la 92e division d’infanterie, dans laquelle 15 000 soldats afro-américains ont combattu sur le front italien d’août 1944 à ­novembre 1945.
La construction du récit est ­ample. Il démarre de nos jours à New York avec l’assassinat inexpliqué d’un client par un employé de poste répondant au nom d’Hector Negron, détenteur de la prestigieuse médaille militaire Purple Heart, se poursuit par un long retour en arrière sur la campagne d’Italie, revient enfin aux Etats-Unis pour à la fois élucider l’affaire criminelle et trouver une forme de rédemption aux survivants du carnage. Le gros morceau narratif est italien, relatant un épisode de la progression de l’armée américaine en Toscane en 1944. On y suit un groupe de soldats noirs envoyé au casse-pipe par un officier blanc veule, incompétent et raciste (possible réminiscence d’Attaque, réalisé par Robert Aldrich en 1956). Après que leur escouade s’est fait massacrer en traversant une rivière, les survivants se réfugient dans un village, encerclés par les nazis.
Equivalent d’Oradour-sur-Glane
Ajoutant à un prologue et à un épilogue déjà tirés par les cheveux, le goût invétéré de Spike Lee pour la parabole flamboyante et la profusion romanesque se donne toute liberté, dans une ­alliance pour le moins délicate avec la chronique historique. Autour de personnages principaux qui n’existent qu’à grand-peine, le cinéaste brode une dentelle qui ne s’impose pas davantage (un vieux mussolinien stoïque, sa fille qui inspire une concurrence amoureuse entre les soldats, des partisans qui débarquent). Ce qui se noue ici de plus solide est la relation élective qui s’instaure entre l’un des soldats, géant débonnaire, et un jeune ­orphelin italien rescapé du massacre de Sant’Anna di Stazzema.
Cet événement, inscrit en lettres de feu dans la mémoire italienne du conflit, est un équivalent d’Oradour-sur-Glane. Le 12 août 1944, quatre bataillons de SS ­investissent le village et massacrent tous les civils présents, causant plus de cinq cents victimes. Par un flash-back dans le flash-back, Spike Lee ne se contente pas de reconstituer l’événement, il en rehausse l’obscénité en inventant un personnage de partisan vendu aux nazis, qu’on retrouve, telle une inaltérable puissance malfaisante, dans le cours du film et dans le destin de ses principaux personnages. Les associations d’anciens résistants italiens n’apprécièrent pas outre mesure. A cette enseigne, on peut en effet penser que le film fait un peu cher payer son idée rédemptionnelle du grand Christ noir venu se ­sacrifier pour l’orphelin blanc.

        Lire aussi la critique de « BlacKkKlansman » :
         

          Spike Lee attaque le suprémacisme blanc




Film américain de Spike Lee (2008). Avec Laz Alonso, Derek Luke, Omar Benson Miller, John Turturro (2 h 36). Sortie en salle le 29 août. Sur le Web : www.splendor-films.com/items/item/566

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 22 août)
BlacKkKlansman, film américain de Spike Lee (à ne pas manquer)Miracle à Santa Anna (2008), film américain et italien de Spike Lee (inédit, sort en salle le 29 août)The Last of Us, film tunisien (avec le Qatar et les Emirats arabes unis) d’Ala Eddine Slim (à ne pas manquer)King : de Montgomery à Memphis, documentaire américain de Sidney Lumet et Joseph L. Mankiewicz, conçu et produit par Ely Landau (à voir)Silent Voice, film d’animation japonais de Naoko Yamada (à voir)Caniba, documentaire français de Véréna Paravel et Lucien Castaing-Taylor (pourquoi pas)En eaux troubles, film américain et chinois de Jon Turteltaub (on peut éviter)Lukas, film belge et français de Julien Leclercq (on peut éviter)O Grande Circo Mistico, film brésilien, français et portugais de Carlos Diegues (on peut éviter)
A l’affiche également :
Alpha, film américain d’Albert HughesLa Belle, film lituanien d’Arunas ZebriunasLes Vieux Fourneaux, film français de Christophe Duthuron





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Le réalisateur adapte le récit d’un policier noir qui infiltra le Ku Klux Klan et le relie à l’Amérique de Trump. A ne pas manquer.
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Article sélectionné dans La Matinale du 20/08/2018
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« BlacKkKlansman » : Spike Lee attaque le suprémacisme blanc

Le réalisateur adapte le récit d’un policier noir qui infiltra le Ku Klux Klan et le relie à l’Amérique de Trump. A ne pas manquer.



LE MONDE
 |    21.08.2018 à 03h58
 • Mis à jour le
22.08.2018 à 17h15
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Spike Lee a sorti le lasso pour capturer le racisme blanc, ennemi historique des minorités aux Etats-Unis, dans un thriller aussi haletant que jubilatoire : à 61 ans, le ­cinéaste signe son grand retour avec BlacKkKlansman – J’ai infiltré le Ku Klux Klan (titre français), qui a remporté le Grand Prix lors de la 71e édition du Festival de Cannes.
Il faut dire que Spike Lee tenait dans ses mains un scénario en or, que lui a confié le producteur et réalisateur Jordan Peele : l’histoire vraie de Ron Stallworth, un policier afro-américain de Colorado Springs qui a réussi, en 1978, à infiltrer le Ku Klux Klan. Fondée en 1865, l’organisation est tristement célèbre pour ses discours sur la suprématie des Blancs, sa haine des Noirs et des juifs, ses lynchages. Se faire admettre auprès de tels « camarades », il ­fallait le faire. Ron Stallworth a consigné le récit de cette aventure dans un livre Black Klansman, en 2014 – que les éditions Autrement publient sous le titre Le Noir qui infiltra le Ku Klux Klan (240 pages, 18 euros).
Spike Lee fait plus qu’adapter cette histoire stupéfiante : il relie ces années de lutte des Noirs américains à l’actualité, à l’Amérique de Donald Trump et au mouvement Black Lives Matter qui se bat aujourd’hui contre les groupuscules néonazis, les suprémacistes blancs et autres klansmen. Le film se clôt par des images des émeutes de Charlottesville, qui virent s’affronter le 12 août 2017 en Virginie l’extrême droite et des militants antiracistes et au cours desquelles fut tuée la jeune Heather Heyer, à qui le film est dédié.

        Lire le portrait (dans « M ») :
         

          Spike Lee, le retour du combattant



Art du bluff
L’auteur de Do the Right Thing (1989) malaxe la fiction, le documentaire, et les deux ne font plus qu’un – au prix de collages d’images parfois douloureux sur le plan esthétique. Mais sans doute cherche-t-il à impressionner l’œil, ou à transformer le spectateur en caméra agissante. Comme dans Malcolm X (1992), son biopic sur le leader noir américain assassiné en 1965, il affirme l’idée que le cinéma est le mieux à même de montrer le monde. Et qu’il peut être divertissant.
Car le scénario est source de nombreux quiproquos qui peuvent provoquer la fébrilité comme des explosions de rire. Il est aidé par des comédiens excellant dans tous les registres : Ron Stallworth est incarné par John David Washington, fils du comédien et réalisateur Denzel Washington. C’est une révélation. Enfant, il avait fait une apparition dans Malcolm X, dans lequel son père tenait le rôle-titre. Mais jouer à l’écran n’était pas sa vocation première. Après un début de carrière dans le football américain, mise à mal par une blessure, John David Washington s’est investi dans le cinéma avec sa carrure d’athlète, laquelle lui a permis de tourner dans la série Ballers (2015), qui met en scène des joueurs de la NFL – la National Football League –, Ligue états-unienne de football américain.

        Lire le portrait :
         

          John David Washington, fils de Denzel… et de Spike



Dans BlacKkKlansman, il compose un personnage complexe pour lequel on éprouve une empathie immédiate. Le jeune policier noir est constamment sur ses gardes, il se sait attendu au tournant. En plus de la pression du métier, il doit résister à celle qu’exercent sur lui quelques ­collègues ouvertement racistes. Comment être audacieux quand on doit faire profil bas ? Son art du bluff sera l’arme secrète de Ron Stallworth. Sa hiérarchie le comprend très vite lorsqu’elle l’envoie dans un meeting de l’ex-dirigeant des Black Panthers, Stokely Carmichael (devenu Kwame Ture), afin qu’il évalue la menace que représente le mouvement radical de libération des Noirs – lequel revendiquait la prise des armes pour répondre aux violences commises par les Blancs.
C’est l’occasion d’une très belle scène qui reconstitue certains des discours historiques des Black Panthers – l’une de ces archives est visible dans le percutant court-métrage de Jean-Gabriel Périot sur l’organisation, The ­Devil (2012), disponible sur Internet. Lors de ce meeting, Ron ­Stallworth fait connaissance avec la présidente des étudiants noirs, Patrice Dumas (Laura Harrier, très crédible en militante), qui se retrouvera, malgré elle, embarquée dans l’opération.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          « BlacKkKlansman », la nouvelle colère de Spike Lee



Le parti de la caricature
La machine de l’apprenti sorcier se met en route par hasard, lorsque Ron lit dans la presse locale que le KKK cherche à recruter. Il faut le voir téléphoner à l’organisation raciste et raconter à son ­interlocuteur, ravi, qu’il est l’homme de la situation pour éradiquer les Noirs… Mais, évidemment, il lui faut un « double » blanc sur le terrain : ce sera son collègue Flip Zimmerman (Adam Driver) – qui est juif –, tandis que Ron tirera les ficelles à distance. Il va effectivement prouver qu’il est un enquêteur hors pair. Il parviendra même à duper le « grand sorcier » du Ku Klux Klan, David Duke (Topher Grace).
On peut trouver que Spike Lee en fait trop. Que certains gags sont un peu longs. Qu’il n’était peut-être pas nécessaire d’accumuler tant de propos haineux dans la bouche des Blancs racistes. Le ­cinéaste a sans doute pris le parti de la caricature pour mieux enfoncer le clou.
Spike Lee règle des comptes avec certaines représentations des Afro-Américains au cinéma
Mais Spike Lee la dépasse quand il règle des comptes avec certaines représentations des Afro-Américains au cinéma. Et tout particulièrement avec Naissance d’une nation (1915), de David Wark Griffith. Ce film fondateur, adapté de The Clansman : A Historical Romance of the Ku Klux Klan, roman de Thomas Dixon Jr. paru en 1905, fit l’objet de vives controverses en raison de son discours raciste. Son succès avait d’ailleurs permis au Ku Klux Klan de se relancer, après avoir été officiellement interdit.
Alors que Griffith est considéré comme l’inventeur du montage parallèle (de deux situations), Spike Lee se fait un malin plaisir d’utiliser cette technique dans une scène sidérante : d’un côté, des Klansmen visionnent Naissance d’une nation en lâchant des horreurs ; de l’autre, de jeunes Afro-Américains écoutent, saisis d’effroi, un vieux monsieur (la figure historique du Mouvement pour les droits civiques Harry ­Belafonte en personne) raconter le lynchage du militant Jesse Washington, en 1916, un an après la sortie du film de Griffith.

        Lire aussi la critique d’un inédit (2008) :
         

          « Miracle à Santa Anna » ou quand Spike Lee racontait la campagne d’Italie des GI noirs




Film américain de Spike Lee. Avec John David Washington, Adam Driver, Topher Grace (2 h 15). Sur le Web : www.focusfeatures.com/blackkklansman, www.facebook.com/UniversalFR et www.facebook.com/blackkklansman

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 22 août)
BlacKkKlansman, film américain de Spike Lee (à ne pas manquer)Miracle à Santa Anna (2008), film américain et italien de Spike Lee (inédit, sort en salle le 29 août)The Last of Us, film tunisien (avec le Qatar et les Emirats arabes unis) d’Ala Eddine Slim (à ne pas manquer)King : de Montgomery à Memphis, documentaire américain de Sidney Lumet et Joseph L. Mankiewicz, conçu et produit par Ely Landau (à voir)Silent Voice, film d’animation japonais de Naoko Yamada (à voir)Caniba, documentaire français de Véréna Paravel et Lucien Castaing-Taylor (pourquoi pas)En eaux troubles, film américain et chinois de Jon Turteltaub (on peut éviter)Lukas, film belge et français de Julien Leclercq (on peut éviter)O Grande Circo Mistico, film brésilien, français et portugais de Carlos Diegues (on peut éviter)
A l’affiche également :
Alpha, film américain d’Albert HughesLa Belle, film lituanien d’Arunas ZebriunasLes Vieux Fourneaux, film français de Christophe Duthuron





                            


                        

                        


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Article sélectionné dans La Matinale du 19/08/2018
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Asia Argento accusée d’avoir payé un homme qui voulait la poursuivre pour agression sexuelle

Selon le New York Times, l’affaire remonte à 2013 et concerne l’acteur et musicien Jimmy Bennett, mineur au moment des faits.



LE MONDE
 |    20.08.2018 à 06h17
 • Mis à jour le
21.08.2018 à 09h45
   





                        



   


L’actrice italienne Asia Argento, figure de proue du mouvement #metoo à la suite de ses accusations de viol envers le producteur Harvey Weinstein, a versé de l’argent à un homme qui affirmait qu’elle l’avait agressé sexuellement alors qu’il était mineur, a rapporté dimanche 20 août le New York Times.
Un montant de 380 000 dollars a été versé à Jimmy Bennett, un acteur et musicien de rock américain, qui assure que Mme Argento s’en est prise à lui dans une chambre d’hôtel en Californie en 2013, selon le NYT, qui cite des documents envoyés au journal par une source non identifiée. Les avocats du plaignant ont décrit la rencontre comme une « agression sexuelle » qui a traumatisé le jeune acteur, menaçant sa santé mentale.
Sa déclaration d’intention de poursuite en justice contre la comédienne portait sur une demande de 3,5 millions de dollars de dommages et intérêts pour lui avoir « infligé de manière intentionnelle une détresse émotionnelle et des pertes de salaire » à la suite de ces événements, selon le quotidien américain.
« On ne va plus vous permettre de vous en tirer »
A l’époque des faits, il avait 17 ans et deux mois. Elle était âgée de 37 ans. L’âge légal du consentement à une relation sexuelle en Californie est de 18 ans. Le New York Times affirme avoir essayé sans succès, à plusieurs reprises, d’obtenir un commentaire sur le sujet de la part d’Asia Argento ou de ses représentants.
Les conditions de l’accord, incluant un calendrier de paiement, ont été finalisées en avril, selon les documents consultés par le quotidien. Selon ces derniers, l’avocate de Mme Argento, Carrie Goldberg, a défini l’argent comme « aidant M. Bennett ».
L’Italienne est l’une des premières à avoir accusé publiquement le magnat américain Harvey Weinstein de l’avoir violée. Elle est devenue une voix importante du mouvement #metoo, après avoir raconté qu’elle avait été été agressée par le producteur dans sa chambre d’hôtel pendant le Festival de Cannes en 1997, alors qu’elle avait 21 ans.
Lors de la soirée de clôture de l’édition 2018 du même festival, elle avait lancé, face au public : « Les choses ont changé. On ne va plus vous permettre de vous en tirer sans être inquiétés. »

        Lire aussi :
         

                Le monde du cinéma tourne le dos à Harvey Weinstein, accusé de viols et d’agressions sexuelles



“Mon cœur est brisé”
Les révélations du New York Times ont ébranlé une autre figure de proue du mouvement #metoo, l’actrice américaine Rose McGowan. « J’ai connu Asia Argento il y a dix mois. Notre point commun est d’avoir été agressées par Harvey Weinstein. Mon cœur est brisé. Je continuerai partout mon travail au nom des victimes », a-t-elle écrit sur Twitter.

I got to know Asia Argento ten months ago. Our commonality is the shared pain of being assaulted by Harvey Weinstei… https://t.co/vlLf4UTdxz— rosemcgowan (@rose mcgowan)


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Quelques heures plus tard, elle a partagé un second message : « Aucun de nous ne connaît la vérité sur la situation, et je suis sûre que plus d’informations seront révélées. Soyez gentils. »
Des voix s’élèvent face à ceux qui voudraient se saisir de cette révélation pour décrédibiliser le mouvement. Sandra Muller, qui a lancé la déclinaison française de #metoo, #balancetonporc, s’est exprimée auprès du Parisien : « Cette affaire tombe bien pour décrédibiliser ces femmes qui dérangent. Briser le silence coûte cher ». Selon la Française, établie à New York : « Ils vont essayer de démonter le mouvement au fur et à mesure, mais ça ne marchera pas ! »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ Les artistes prennent le train (1/6). En 1932, le cinéaste parcourt l’URSS à bord de trois wagons pour filmer moujiks et ouvriers.
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