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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Entre récit d’apprentissage et drame familial, « Les cigognes sont immortelles » revient sur l’assassinat de Marien Ngouabi, président de 1968 à 1977.
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Critique

Livre : Alain Mabanckou, une histoire intime du Congo

Entre récit d’apprentissage et drame familial, « Les cigognes sont immortelles » revient sur l’assassinat de Marien Ngouabi, président de 1968 à 1977.

Par                                            Séverine Kodjo-Grandvaux (contributrice Le Monde Afrique)




LE MONDE
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        Le 22.08.2018 à 17h30

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        Mis à jour le 22.08.2018 à 17h48






    
L’ancien président congolais Marien Ngouabi, à Brazzaville, le 23 novembre 1971.
Crédits : AFP


Comment pleurer quand vous n’y arrivez pas ? Deux possibilités. « Utiliser du piment comme les veuves de Pointe-Noire pour avoir des larmes », explique Michel du haut de ses 11 ans. Ou, si vous avez été élève à Pointe-Noire dans les années 1970, vous rappeler vos cours d’instruction civique pendant lesquels, chaque semaine, « après avoir dit du bien du camarade président Marien Ngouabi », vous entonniez le chant soviétique Quand passent les cigognes :
« Il me semble parfois que les soldats / Qui ont laissé leur vie sur les champs de bataille inondés de sang / Ne gisent pas au sein de notre terre / Mais transformés en cigognes blanches / Et jusqu’alors, depuis cette époque si lointaine / Ils volent au-dessus de nos têtes et poussent des gémissements / Est-ce pour cela que l’on se tait, plein de tristesse / En regardant le ciel ? »

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                Alain Mabanckou : « Les dictateurs croient avoir le temps, mais la montre est au peuple »



Pour son nouveau roman, Les cigognes sont immortelles, paru jeudi 16 août, Alain Mabanckou a fait grandir son double, le petit Michel, personnage récurrent dans son œuvre depuis Demain j’aurai vingt ans. Une manière subtile de narrer la grande et la petite histoires, celle du jeune Congo indépendant et celle des gens de peu qui vivent de débrouillardise et de résilience, notamment dans le quartier ponténégrin de Voungou, où Michel et ses parents occupent une maison « en attendant » faite de bois et de taule.
Purge « tribaliste »
Tête en l’air et doux rêveur qui perd toujours sa monnaie quand il va faire ses courses à l’épicerie Au cas par cas de Mâ Moubobi, le fils de Maman Pauline est un esprit vif. Il aime écouter la radio, la très officielle Voix congolaise ou la subversive Voix de l’Amérique, aux côtés de Papa Roger, à l’ombre du manguier. « Cet arbre est un peu mon autre école », confie Michel, qui décortique la société congolaise, les contradictions des adultes, leur bassesse et leur grandeur. Il raconte l’école socialiste, la compétition entre les élèves, les premières amours à peine sorti de l’enfance… À son habitude, Alain Mabanckou, Prix Renaudot 2006 pour Mémoires de porc-épic, croque des personnages au caractère bien trempé et éloigne le pathos à coup d’humour et de jeu de mots.
Récit d’apprentissage, Les cigognes sont immortelles se double d’une dimension historique et revient sur l’assassinat, le 18 mars 1977 à 14 h 30, de Marien Ngouabi, président qui a pris le pouvoir en 1968 et a instauré un régime marxiste-léniniste. Les jours suivants se met en place une dictature militaire qui, prédit Tonton René, « éliminera systématiquement ceux qui sont susceptibles de parler parce qu’ils savent quelque chose de cet assassinat dont beaucoup disent qu’il ne faut pas aller chercher très loin puisque les comploteurs et les assassins sont parmi ces onze membres du Comité militaire du parti »… parmi lesquels figure un certain Denis Sassou-Nguesso.

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                Mabanckou, autobiobibliographie



Première victime d’une purge « tribaliste » au détriment des « Sudistes » : le capitaine Luc Kimbouala-Nkaya, saint-cyrien, cofondateur du Parti congolais du travail et frère de Pauline Kengué, la mère de Michel… et d’Alain Mabanckou. Le récit historique se mue en drame familial où l’amour filial offre à la narration une chaleureuse poésie. Perle alors une tendresse nostalgique pour ceux qui, à l’instar du capitaine, se sont depuis envolés vers d’autres cieux – Pauline Kengué, Roger Kimangou, René Mabanckou – et sont devenus des cigognes immortelles.
Les cigognes sont immortelles, d’Alain Mabanckou, Seuil, 304 pages, 19,50 euros


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ La ministre de la culture aurait, selon l’hebdomadaire, fait agrandir les locaux parisiens de la maison d’édition qu’elle dirigeait sans autorisation ni déclaration.
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« Le Canard enchaîné » épingle Nyssen sur l’agrandissement des bureaux parisiens d’Actes Sud

La ministre de la culture aurait, selon l’hebdomadaire, fait agrandir les locaux parisiens de la maison d’édition qu’elle dirigeait sans autorisation ni déclaration.



LE MONDE
 |    22.08.2018 à 17h22
   





                        



   


Françoise Nyssen a fait agrandir de 150 m² les locaux parisiens d’Actes Sud, qu’elle dirigeait avant de devenir ministre de la culture, sans en informer la direction de l’urbanisme de la mairie de Paris, ni le fisc, écrit dans son édition de mercredi 22 août Le Canard enchaîné.
Interrogé à l’issue du conseil des ministres, mercredi, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a rappelé que « le président de la République s’[était] engagé sur l’exemplarité […] et sur, notamment, les exigences de transparence ». Contactés par l’AFP dès mardi, ni le ministère de la culture, ni les éditions Actes Sud n’avaient réagi mercredi en milieu d’après-midi.
« Il faut voir si la justice s’en saisit, je ne crois pas que ce soit le cas », a ajouté M. Griveaux, avant de rappeler que si un membre du gouvernement est mis en examen « il doit quitter le gouvernement ».
Le porte-parole a fait remarquer que quand Actes Sud s’est installé dans ce bâtiment parisien, « ils étaient locataires » et que le local comportait déjà des mezzanines. « Quand on est locataire et qu’on s’installe quelque part, on demande rarement s’il y a eu toutes les autorisations », a plaidé le porte-parole.
« Ces choses seront faites », a-t-il assuré avant de souligner que « personne en France n’est au-dessus des lois ».

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                Françoise Nyssen privée d’édition par le gouvernement



Pas de demande auprès des Bâtiments de France
Selon Le Canard enchaîné, les travaux au siège parisien d’Actes Sud, un bâtiment du XVIIIe siècle sis au cœur du Quartier latin et inscrit à l’inventaire des Monuments historiques, ont été réalisés en 2012 par l’intermédiaire de la Société civile immobilière (SCI) Séguier, gérée alors par Françoise Nyssen. C’est la même SCI qui a permis, selon Le Canard enchaîné, d’acquérir ce bâtiment en 1997.
Le Canard enchaîné affirme qu’il n’y a « pas la moindre trace de dépôt d’une demande d’autorisation de bâtir » aux archives de la direction de l’urbanisme de la mairie de Paris. Une autorisation est nécessaire à partir de l’ajout de 20 mètres carrés.
Ces travaux, consistant principalement en l’ajout de mezzanines, auraient également dû faire l’objet d’une demande auprès des Bâtiments de France et de l’architecte en chef des Monuments historiques, ajoute Le Canard enchaîné.
L’hebdomadaire écrit également que l’agrandissement des locaux n’a pas été signalé à l’administration fiscale. « Ce petit “oubli” a pu permettre à la société de la ministre de réduire d’un tiers l’impôt immobilier (la cotisation foncière des entreprises) qu’elle acquitte chaque année pour son siège parisien. »
Ce n’est pas la première fois que Mme Nyssen est dans le collimateur du Canard enchaîné. En juin, l’hebdomadaire satirique avait dénoncé l’agrandissement du siège d’Actes Sud, à Arles, réalisé sans les autorisations nécessaires en 2011, avant d’être régularisé à l’entrée de Françoise Nyssen au gouvernement. La ministre avait alors regretté une « négligence ».

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                A Arles, les ennuis immobiliers de Jean-Paul Capitani






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Crimes à pleins tubes (4/6). De nombreuses figures de la musique ont été assassinées en pleine gloire. Chaque meurtre raconte à la fois l’artiste et son époque. En 1987, le pionnier du reggae, à qui ses succès avaient permis de sortir du ghetto, est rattrapé par son passé : il est abattu chez lui par un ancien de Trench Town.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ D’un château l’autre (4/6). Les articles de cette série sont extraits de « Crac » de Jean Rolin (P.O.L., janvier 2019). En 1909, T.E. Lawrence, qui n’est pas encore « d’Arabie », entreprend à travers le Moyen-Orient un voyage de près de 1 800 km à la découverte des châteaux forts bâtis par les croisés.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Les tutoriels artistiques (4/6). Avec ses vidéos pédagogiques sur la plate-forme YouTube, Marty Schwartz dispense des cours pour tous les niveaux.
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                 |                 22.08.2018 à 16h57
                 |

            Franck Colombani

















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Si vous avez appris à jouer de la guitare au cours de cette récente décennie en cherchant sur Internet comment jouer les accords d’une chanson, il y a de très fortes chances que le nom de Marty Schwartz vous soit familier. Avec plus de 1 milliard de visionnages cumulés sur la plate-forme vidéo en ligne YouTube, ce quadragénaire californien originaire de San Diego est sans conteste le plus célèbre professeur de guitare au monde. Toujours coiffé de son chapeau, allure décontractée avec sa guitare folk, le sympathique instructeur démarre traditionnellement ses cours vidéos par un « Hey, ! what’s up you guys ? » (« quoi de neuf les gars ? ») devenu sa « signature ».

Bon guitariste sans être non plus un virtuose du manche, le surnommé « Jack Black de YouTube » (en référence au film School of Rock, de Richard Linklater, 2004) propose des tutoriels gratuits, simples et amusants, s’adressant aux musiciens amateurs de tout âge, férus de genre rock, reggae, folk, blues ou soul.
Cours payants plus approfondis
Si Marty Schwartz est aujourd’hui à la tête d’un petit empire en ligne, sa vocation professionnelle démarre un peu par hasard, comme une conséquence collatérale de la crise économique de 2008. Début des années 2000, le guitariste jongle entre sa carrière dans quelques groupes rock locaux de San Diego et son métier de professeur de musique dans une école élémentaire. Mais à l’été 2008, la crise frappe de plein fouet cet époux et père de deux enfants qui perd son emploi, tandis que les concerts se font plus rares, conjoncture oblige.
« J’ai commencé à être un peu suivi, peut-être cent vues, et j’ai ensuite continué à faire tout seul une tonne de vidéos sans aucune idée de ce qui se passerait. »
L’idée lui vient alors de réaliser des vidéos en ligne sur la plate-forme YouTube, accessibles à tous. « Mon but à l’origine était de faire des vidéos YouTube pour me promouvoir gratuitement comme guitariste et professeur de guitare,...


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Franck Colombani
    













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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Avec « A son image », l’histoire d’une photoreporter corse, le Prix Goncourt 2012 porte un regard tendre et sardonique, entre Bernanos et Voltaire, sur la faiblesse humaine. Somptueux.
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Dans l’œil de Jérôme Ferrari

Avec « A son image », l’histoire d’une photoreporter corse, le Prix Goncourt 2012 porte un regard tendre et sardonique, entre Bernanos et Voltaire, sur la faiblesse humaine. Somptueux.



LE MONDE
 |    22.08.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
22.08.2018 à 16h33
    |

            Jean Birnbaum








                        



                                


                            
A son image, de Jérôme Ferrari, Actes Sud, 222 p., 19 €.

Cela commence à se voir. ­Jérôme Ferrari est obsédé par les images, leur force de vérité, leur puissance d’aveuglement. De livre en livre, son écriture se fait toujours plus regardante. En 2012, Le ­Sermon sur la chute de Rome (Actes Sud), roman qui lui a valu le prix Goncourt, s’ouvrait par la description d’une photo de famille sur laquelle se posait un regard fidèle. Trois ans plus tard, Ferrari publiait, avec Olivier Rohe, un essai intitulé A fendre le cœur le plus dur (Inculte/Dernière marge), où se trouvait commenté le reportage photographique effectué en 1911 et 1912, sur le front qui ­opposait les Italiens aux Turcs, par le romancier Gaston Chérau. On retrouve d’ailleurs Chérau, promenant ses rêveries orientalistes au milieu des cadavres, dans le tout nouveau roman de Jérôme Ferrari, A son image.
Plus que jamais, même quand il évoque des clichés de noces, l’auteur y médite l’alliance intime entre la photographie et la mort. Les premières pages racontent l’accident fatal qui propulse une jeune photographe, Antonia, au fond d’un ravin corse. C’est le personnage principal du livre, et Ferrari nous contraint d’emblée à poser, sur cette femme d’images, un œil endeuillé. Ici, néanmoins, nul pathos larmoyant. Plutôt un esprit sardonique et une rébellion métaphysique, qui placent ce texte somptueux sous la double influence de Voltaire et de Bernanos.
Plume cruelle
Antonia, qui est la compagne d’un militant nationaliste corse, fait ses débuts dans la presse locale, au milieu des ­années 1980. Et c’est une fois de plus l’occasion, pour Ferrari, d’exercer son humour ravageur. Très vite, les patrons de la jeune reporter lui enseignent la règle numéro un de leur métier : utiliser un objectif grand-angle quand on photographie fêtes patronales, inaugurations de campings et autres concours de pétanque, de sorte...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Le 23 août, au tribunal administratif de Toulon, va se jouer le premier épisode d’une action juridique opposant La Plage des Jumeaux à la municipalité de Ramatuelle.
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A Pampelonne, la guerre des plages

Le 23 août, au tribunal administratif de Toulon, va se jouer le premier épisode d’une action juridique opposant La Plage des Jumeaux à la municipalité de Ramatuelle.



LE MONDE
 |    22.08.2018 à 15h27
    |

                            Frédéric Edelmann








                        



   


Jeudi 23 août, une page, forcément estivale, pourrait bien se tourner au tribunal administratif de Toulon, qui aura à juger d’un problème significatif de la presqu’île de Saint-Tropez (Var). Ce sera le premier épisode d’une action juridique (un référé pré-contractuel en suspension/annulation d’attribution de délégation de service public) opposant La Plage des Jumeaux, propriété de la famille tropézienne Moreu, un des sites préférés de Brigitte Bardot, à la municipalité de Ramatuelle. Celle-ci, s’appuyant cahin-caha sur la loi littoral de 1986, très utile mais passablement vieillie, a décidé de rebattre les cartes des cinq kilomètres de la plage de Pampelonne. D’où un « appel à projet » réduisant notamment de 27 à 23 le nombre des établissements, restaurants et plages dites privées, en fait détenteurs d’une délégation de service public.
Assujetties à un certain nombre d’obligations trop peu connues (sécurité, propreté, hygiène…) et surtout à une redevance que la mairie (nous avons tenté en vain de joindre le maire Roland Bruno) souhaiterait maintenant plus élevée, ces plages avaient acquis le droit de privatiser chacune quelques dizaines de mètres et de s’y installer avec matelas, fourneaux et congélateurs de façon durable. Ainsi, depuis la création de Tahiti Beach pour les besoins d’un film, en 1937, puis, progressivement à partir des années 1950, elles ont métamorphosé le sable sauvage en un damier d’espaces publics pas vraiment entretenus et de zones privatisées diversement repecteuses de leurs obligations.
Patrimoine vinicole et hôtelier
La Plage des Jumeaux qui n’était pas la plus luxueuse, mais la plus appréciée du monde des artistes, et l’une des plus respecteuses de ses obligations, s’est ainsi vu préférer le projet d’un somptueux hôtel, La Réserve-Ramatuelle, propriété de l’homme d’affaires Michel Reybier, passé de la charcuterie à la remise en forme : après avoir fait fortune avec les marques Cochonou et Justin Bridou, il s’est recyclé dans le patrimoine vinicole (Cos d’Estournel) et hôtelier (25 % de Mama Shelter, la chaîne d’hôtels 5 étoiles La Réserve), mais aussi dans des instituts de rajeunissement en Suisse… Il s’est donné pour emblème le fameux éléphant de Cos. Classé 14e personnalité la plus riche parmi les Français établis en Suisse, il est la 81e fortune de France, avec des biens estimés à 1,1 milliard d’euros. Il n’aime pas qu’on parle de lui.
Pour « sa » plage, Michel Reybier s’est associé à l’agence Ugo Architecture, agence locale très éclectique impliquée dans huit autres projets de la consultation pour Pampelonne. La Plage des Jumeaux leur opposait notamment des designers comme Marc Berthier, et des architectes comme Rudy Ricciotti (Grand Prix national d’architecture).
Simplicité et authenticité
Ce ne sont pas les vedettes qui ont manqué sur ce bout de terrain : après Juliette Gréco, Jean-Claude Brialy, Guy Bedos ou Barbara, Jean Moreu, le fils cadet de la famille, raconte comment ses frères, les jumeaux Jean-Claude et Jean-François (celui-ci est mort en 1995) ont su accueillir Véronique Sanson, Claude Brasseur, Patrick Bruel, Fabrice Luchini, Michel Sardou, Julien Doré, Claude Nougaro, Lambert Wilson ou Muriel Robin. C’est qu’à l’instar des Galeries Tropéziennes et du restaurant La Maison des Jumeaux, fondés par leurs parents Alain et Roseline Moreu, ils ont su préserver l’esprit du vieux village : simplicité, discrétion, authenticité, disent volontiers les commentateurs.
Brigitte Bardot : « On est en train de tuer l’âme de Pampelonne. C’est une époque qu’ils vont foutre en l’air »
Le sort de la Plage des Jumeaux a donc eu vite fait de les indigner. Il suffit d’écouter la dame patronnesse de l’ancien port, arrivée en 1956 pour les besoins de Roger Vadim et de son film Et Dieu créa la femme. Brigitte Bardot, aujourd’hui âgé de 83 ans, elle qui « s’amusait partout » ne décolère pas : « On est en train de tuer l’âme de Pampelonne. C’est une époque qu’ils vont foutre en l’air », dénonce-t-elle, « scandalisée et très triste », dans un entretien publié le 14 juillet par Paris Match. « L’argent va tuer cet endroit, comme c’est déjà le cas dans le village de Saint Tropez, où je ne vais plus… » Chaque plage, insiste-t-elle, « était différente, rigolote et non conforme. Il y avait de la joie, c’était le symbole de la liberté. Avec ce projet de réaménagement, cette plage va devenir monotone, alors qu’elle était si charmante… C’est dramatique ! »
Ce tocsin rencontre un écho certain chez les habitants ou les vacanciers de la presqu’île, témoignant, au-delà des habitudes d’enfants gâtés prêtées à ces derniers, d’un réel attachement patrimonial. On n’est pas au bout d’une querelle parfois dite « clochemerlesque », mais qui oppose, au XXIe siècle, les vieilles images du luxe à celles, éléphantesques, d’une richesse mondialisée, déjà vérifiables au cœur du village de Saint-Tropez.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Cette série, mettant en scène un jeu de massacre entre collégiens au début des années 2000, marque un tournant dans le genre « survival ».
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Manga iconique des récits de survie, « Battle Royale » est réédité en France

Cette série, mettant en scène un jeu de massacre entre collégiens au début des années 2000, marque un tournant dans le genre « survival ».



LE MONDE
 |    22.08.2018 à 15h00
 • Mis à jour le
22.08.2018 à 15h18
    |

            Pauline Croquet








                        



   


Piégés sur une île, quarante-deux collégiens, dont la classe a été tirée au sort, sont obligés de s’entre-tuer jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un. Dès sa sortie en France, en 2003, le manga Battle Royale ne laisse pas le public indifférent. D’entrée de jeu dramatique et violent, le premier tome s’écoule à 80 000 exemplaires dans l’Hexagone, ce qui le place parmi les best-sellers du moment et ouvre la voix à de nombreuses bandes dessinées de survival game, des récits de jeux de survie. Les éditions Soleil/Delcourt ont décidé de rééditer ce succès en tome double, à compter de mercredi 22 août.
Un succès qui s’explique en partie par la dimension politique du récit. Derrière cette compétition annuelle macabre se cache un programme pour asservir la jeunesse et étouffer la rébellion, orchestrée par une dictature socialiste d’Asie suggérant un Japon totalitaire dans un futur alternatif.
Avant de prendre vie dans un manga de quinze tomes publiés dans l’Archipel à partir de 2000, Battle Royale est un roman de Koushun Takami, paru un an plus tôt. Le romancier prend part activement au scénario de l’adaptation en bande dessinée de sa dystopie, perçue aussi comme une métaphore sur le contrôle social.
Mythe culturel de l’école japonaise
Si le concept des histoires de last man standing existait, le titre même de l’œuvre empruntant au vocabulaire du catch, l’auteur innove en l’exploitant dans un milieu scolaire japonais, et en proposant un véritable exutoire face à la pression pour la réussite sociale. « Le fait d’amener une classe à s’entre-tuer crée quelque part un mythe culturel de l’école japonaise », avance Iker Bilbao, directeur éditorial aux éditions Soleil. « Cela renvoie aux valeurs de cohésion et d’esprit d’équipe qui s’opposent à certains comportements individualistes, mais aussi à la notion très présente de bouc émissaire. »
« Doit-on marcher seul pour espérer s’en sortir ou faire équipe… ? »
Car la question centrale de la série n’est pas tant le « pourquoi » de ce programme, mais plutôt : « Doit-on marcher seul pour espérer s’en sortir ou faire équipe pour détruire cette mascarade ? » C’est ce questionnement qui va orchestrer toutes les actions et les relations des élèves sur l’île d’Oki, pendant les trois jours de massacre. Pour le héros, Shuya Nanahara, orphelin révolté au grand cœur, pas de doute, l’union fait la force face à ce programme inique et darwiniste.

   


« L’écriture y est beaucoup plus forte que pour d’autres mangas du genre »
On ne compte plus le nombre d’œuvres sœurs que Battle Royale a pu inspirer, notamment dans le manga où les survival games d’écoliers sont nombreux. Mais aussi dans la littérature adolescente, à l’image de la trilogie américaine Hunger Games. Toutefois, plus de quinze ans après, Battle Royale tient honorablement le haut du pavé. Ce que Iker Bilbao explique par la qualité de la narration : « L’écriture y est beaucoup plus forte que pour d’autres mangas du genre, qui se reposent énormément sur le dessin. Les personnages, même s’ils sont parfois manichéens, sont attachants, et la dramaturgie reste solide jusqu’à la fin. »
De même, les règles du jeu ne s’émoussent pas, ne se floutent pas en arrière-plan de l’intrigue, offrant un ciment solide aux quinze volumes. Une garantie de suspense, et une bouée pour les lecteurs qui doivent déjà suivre le parcours d’une quarantaine de personnages.

        Lire aussi :
         

                « Battle Royale », « Green Worldz », « Doubt »… Sélection de mangas « survival » incontournables



L’esthétique des mangas « furyo » des années 1990
De Battle Royale, on retient également un manga pour adultes au succès grand public – il était au début distribué dans les supermarchés français – en dépit de sa violence crue. Dessin réaliste, gros plans sur les corps meurtris, mais aussi des scènes de sexe ajoutées par rapport au roman… le trait non censuré du dessinateur Masayuki Taguchi offre une étoffe et un caractère animal supplémentaires à la tragédie de Koushun Takami.
De même, la noirceur et la physionomie des personnages les font ressembler davantage à des gangsters qu’à de candides collégiens, rappelant l’esthétique des mangas furyo des années 1990, le terme désignant de jeunes voyous japonais.

   


La bande dessinée était initialement publiée par Akita Shoten, une grande maison d’édition japonaise réputée pour ses choix irrévérencieux et sa liberté graphique. Une liberté qu’a totalement embrassée le cinéaste Kinji Fukasaku dans son adaptation réalisée dans la foulée des premiers tomes.
C’est le long-métrage de cet habitué du cinéma réaliste et sans fard de yakuzas qui finira de faire de Battle Royale une œuvre internationale et iconique. Et placera l’acteur Takeshi Kitano au rang des professeurs les plus pervers du septième art.

Battle Royale, ultimate édition, de Koushun Takami et Masayuki Taguchi, traduction d’Arnaud Delage, tome I le 22 août, éditions Soleil/Delcourt, 416 pages, 15 euros.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Le percussionniste américain Jack Costanzo, célèbre dans les années 1950 sous le pseudonyme de « Mr Bongo », vient de disparaître à l’âge de 98 ans. Le percussionniste et DJ britannique Mark Cotgrove, dit « Snowboy », se souvient.
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Jack Costanzo, « Mr Bongo »

Le percussionniste américain Jack Costanzo, célèbre dans les années 1950 sous le pseudonyme de « Mr Bongo », vient de disparaître à l’âge de 98 ans. Le percussionniste et DJ britannique Mark Cotgrove, dit « Snowboy », se souvient.



LE MONDE
 |    22.08.2018 à 14h44
 • Mis à jour le
22.08.2018 à 15h40
    |

                            Yannick Le Maintec








                        



   


« Le téléphone avait sonné tôt ce samedi matin. C’était il y a 17 ou 18 ans. « Salut Snowboy, c’est Jack Costanzo ! » Avais-je bien entendu ?
Quand j’ai commencé, la pratique des congas, bongos et timbales était mon quotidien. Je jouais sur Solito, d’Eddie Palmieri, super All Stars, et les albums de Jack Constanzo. Sa vitesse de jeu aux bongos me laissait sans souffle. S’en approcher était un rêve.
Voilà quelqu’un qui a réussi l’inimaginable, à partir de 1949 et durant des années avec Nat King Cole et la plus grande galerie de vedettes de l’époque. Il fut « Mr Bongo », par la grâce de Dieu. Son émission dresse le plus prestigieux des panoramas hollywoodiens. Il est connu pour avoir enseigné les congas à Marlon Brando et à James Dean. Il nous a laissé un immense catalogue d’albums avec des performances tout en savoir-faire et en dextérité aux bongos aux congas, mais également une foultitude de films et de prestations télévisuelles.
C’est la fin du chemin pour Jack Costanzo.
On a parlé pendant une heure. Je lui ai raconté ce que son jeu signifiait pour moi. J’ai été stupéfait quand il m’a dit qu’il avait joué mon album Descarga Mambito jusqu’à plus soif. Il avait eu mon numéro grâce au label que nous avions en commun à l’époque, Ubiquity Records, de Michael McFadin à San Francisco. Finalement Adrian Gibson l’a fait venir au Royaume-Uni pour la première fois depuis les années 1960. Ca a été incroyable de le rencontrer, s’assoir à ses côtés et de jouer avec lui. On a passé la journée suivante ensemble. Il était poli, gentil, sincère, attentif et généreux. Depuis nous nous saluions régulièrement par l’intermédiaire d’un ami commun, Steve Kader, son complice de toujours.
Je m’apprêtais à le retrouver à San Diego en octobre mais il ne sera pas là. Il nous a quitté.
Jack aurait eu 99 ans et a joué encore tout récemment, ce qui est tout bonnement incroyable. Personne n’a réussi ce qu’il a accompli dans le monde des percussions, et personne ne lui succédera. »
Mark « Snowboy » Cotgrove



A lire : Snowboy : « J’en ai eu assez de l’industrie du disque »

Jack Costanzo, percussionniste américain
Jack Costanzo est né le 24 september 1922 à Chicago.
D’origine italienne, il apprend seul à jouer congas et bongos. Jack Costanzo est le premier à introduire les bongos dans le jazz en intégrant en 1947 l’orchestre de Stan Kenton. Son surnom « Mr Bongo » lui est donné par le journaliste Leonard Feather. « Mr Bongo » accompagne Nat King Cole de 1949 à 1953 avant de former son propre orchestre.
Jack Costanzo a joué avec les Lecuona Cuban Boys, Nat King Cole, René Touzet, Perez Prado, Stan Kenton, Ella Fitzgerald, Frank Sinatra, Xavier Cugat, Peggy Lee, Frances Faye, The Supremes, Ann Miller, Henry Mancini, Buddy Cole.
Jack Constanzo est mort le 18 août 2018 à Lakeside (Californie)





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ La mannequin et actrice a engagé une action en justice lundi pour des faits remontant à 2006, durant le Festival de Cannes.
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L’actrice allemande Emma Loman porte plainte pour viol contre Harvey Weinstein

La mannequin et actrice a engagé une action en justice lundi pour des faits remontant à 2006, durant le Festival de Cannes.



LE MONDE
 |    22.08.2018 à 10h18
 • Mis à jour le
22.08.2018 à 12h01
   





                        



   


L’actrice allemande Emma Loman a engagé une action en justice contre Harvey Weinstein, accusant le producteur déchu de l’avoir violée en 2006, pendant le Festival de Cannes.
Selon la plainte déposée lundi 20 août à Los Angeles, Harvey Weinstein, qui a rencontré Emma Loman en 2004 à la Mostra de Venise, l’invite deux ans plus tard au Festival de Cannes pour discuter de sa carrière. D’abord méfiante, l’actrice finit par accepter : M. Weinstein, qui règne alors sur Hollywood, se montre insistant, un assistant l’appelant jusqu’à 30 fois par jour, selon le document judiciaire.
Si lors des premières réunions de travail à Cannes, le producteur se montre très professionnel, indique le texte, ce comportement change lorsqu’il invite Emma Loman dans la suite de son hôtel, en principe pour discuter de rôles pour elle dans ses films. « Weinstein a mis rapidement de côté son attitude professionnelle. Au lieu de ça, il a maîtrisé Loman et l’a violée (…), dit la plainte. Effrayée par l’idée que personne ne la croirait et d’une possible vengeance de la part d’une puissante figure, Loman a gardé le silence. » 

        Lire aussi :
         

                Aux origines de #MeToo



Mis en cause par une centaine de femmes
La mannequin devenue actrice ne s’est sentie en mesure de poursuivre le producteur qu’après les révélations en cascade à son encontre à la fin 2017, détaille le texte.
Mis en cause par une centaine de femmes pour des abus sexuels, Harvey Weinstein a été formellement inculpé de viol, d’acte sexuel forcé et de fellation forcée sur trois femmes. Il plaide non coupable et assure que toutes ces relations sexuelles ont été consenties.
Emma Loman poursuit M. Weinstein notamment pour agression, violation des lois contre le trafic d’être humain et atteinte à l’intégrité physique. Contacté par l’AFP, l’agent de Weinstein n’avait pas donné suite dans l’immédiat.


Notre sélection d’articles sur l’affaire Weinstein
Retrouvez les contenus de référence du Monde sur l’affaire Harvey Weinstein :
Aux origines de l’onde de choc mondiale : comment des révélations du New York Times puis du New Yorker ont entraîné la fin d’un des derniers moguls du cinéma. Lire notre récit sur la chute d’Harvey Weinstein Au fil des semaines, la liste des victimes du producteur s’est allongée pour devenir vertigineuseLe scandale a produit une déflagration inédite dans le septième art : l’industrie du cinéma s’est retrouvée confrontée à ses pratiquesL’affaire a aussi entraîné une vaste libération de la parole des femmes : « Nous sommes si nombreuses que c’en est impressionnant », écrit la sociologue Irène Théry dans une tribune.Cette vague a touché tous les secteurs aux Etats-Unis, eu des répercussions en France et en Europe, mais n’a pas été universelle, à l’image de l’Inde.Des voix dissonnantes, s’inquiétant d’une dérive puritaine, se sont aussi fait entendre : « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle », écrivent 100 femmes, dont Catherine Deneuve, dans une tribune.Plusieurs mois après ses débuts, « le mouvement #MeToo est toujours là, tout à la fois libérateur, dérangeant, encombrant. Critiqué, aussi », analyse Le Monde





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ A Arles, les Rencontres de la photographie mettent en regard deux « monstres sacrés » du XXe siècle, jusqu’au 23 septembre.
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Jeu de piste entre Picasso et Godard

A Arles, les Rencontres de la photographie mettent en regard deux « monstres sacrés » du XXe siècle, jusqu’au 23 septembre.



LE MONDE
 |    22.08.2018 à 09h21
 • Mis à jour le
22.08.2018 à 09h28
    |

                            Mathieu Macheret (Arles (Bouches-du-Rhône)








                        



                                


                            

C’est à un choc des ­titans que nous ­convie, dans le cadre des Rencontres d’Arles, le Centre des monuments nationaux, avec l’exposition « Godard – Picasso, Collage(s) », orchestrée par le commissaire cinéphile Dominique Païni dans les merveilleux espaces de l’abbaye ­Saint-Pierre de Montmajour (Xe-XVIIIe siècles). S’inscrivant dans un questionnement sur l’expo­sition du cinéma parmi les arts plastiques, la visite met en regard deux « monstres sacrés » du XXe siècle, qui occupent dans l’histoire de leurs disciplines respectives – le cinéma et la peinture – des positions similaires : celles de grands réformateurs ayant propulsé leurs arts au faîte de la modernité et exposé leurs rouages, jusqu’à ce point de rupture qui fonde une esthétique nouvelle.
Difficile pourtant d’imaginer a priori un quelconque point commun concret entre Jean-Luc Godard, le jeune chien fou de la Nouvelle Vague, génie du montage et du choc abrasif des images, et Pablo Picasso, figure de proue de l’art moderne, immense inventeur de lignes brisées et de jaillissements colorés. A tel point qu’on se demande s’il n’y a pas une forme d’opportunisme à réunir ainsi deux têtes d’affiche dont les œuvres ne furent contemporaines que pendant quinze ans, entre 1957 (date à laquelle Godard tourne ses premiers courts-métrages) et 1973 (date de la mort de Picasso), et dont aucune rencontre n’est avérée.
Dès les premiers courts-métrages du cinéaste, des reproductions du maître sont placardées sur les murs
Sur ce point, l’exposition répond par un passionnant jeu de piste entre œuvres et documents, explorant ce qu’il peut y avoir, d’abord, de Picasso en Godard, puis du cinématographe en Picasso. Elle fait ainsi sienne, en quelque sorte, l’invitation godardienne (empruntée à l’anthropologue Marcel Detienne dans Film socialisme) de « comparer l’incomparable », afin d’ouvrir un espace de résonances, de circulations souterraines, d’interférences...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Tableaux, sculptures, photographies et documents illustrent l’importance de la cuisine dans l’œuvre du peintre espagnol.
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Exposition : à Barcelone, Picasso se met à table

Tableaux, sculptures, photographies et documents illustrent l’importance de la cuisine dans l’œuvre du peintre espagnol.



LE MONDE
 |    22.08.2018 à 08h57
 • Mis à jour le
22.08.2018 à 17h27
    |

            Harry Bellet (Barcelone (Espagne)








                        



                                


                            

Il y a des gens qu’il ne faut surtout pas laisser rentrer dans votre cuisine, spécialement quand ils peignent à l’huile, et sculptent avec tout ce qui leur tombe sous la main. Picasso par exemple : vous cherchez la passoire ? Elle est devenue Tête de femme. Et la louche aussi, pour faire bonne mesure. Les pots à lait ? Mamelles de chèvre… Les fourchettes, autant de mains à quatre doigts. Le verre à absinthe à été coulé en bronze (de toute façon, dans l’état où il l’avait mis, seul un ivrogne invétéré aurait pu le reconnaître) et il a fauché la traditionnelle cuillère ajourée en argent pour la poser dessus.
Un avantage : avec lui, la corvée de vaisselle est réduite au minimum. Jusqu’au poisson où tout est bon : après avoir dévoré une sole à belles dents, il en suce soigneusement l’arrête centrale et l’imprime vigoureusement dans de l’argile crue, qui deviendra une assiette, laquelle, une fois passée par les fours des céramistes de Vallauris, fera la joie d’un collectionneur dont il est peu probable qu’il ait un jour mangé dedans.
C’est un des aspects de l’ogre de l’art du XXe siècle montré par l’exposition « La Cuisine de Picasso », au musée qui porte son nom, à Barcelone : 150 œuvres, tableaux, sculptures, dessins, gravures, photos, textes, mais aussi documents divers, dont les très instructives notes de restaurant et factures de son fournisseur de beurre-œufs-fromages. Une exposition roborative, et des plus appétissantes à défaut d’être toujours raffinée : c’est que Picasso, quand il est encore gamin, pratique parfois une peinture de potache. En témoigne, entre autres raffinements d’esthète, ce dessin montrant un serveur de restaurant. Debout, il a le pantalon baissé sur les chevilles et défèque joyeusement, tout en tenant un plat de poulet de la main droite et en se masturbant de la gauche. Une performance avant l’heure…
« Cuisine cubiste » innovante
Le catalogue, fort érudit, cite justement l’écrivain catalan Santiago...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Secrétaire général du Théâtre de la Commune à Aubervilliers (1968-1972), il s’est éteint, le 19 août, à l’âge de 76 ans.
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Richard Demarcy, auteur et metteur en scène, est mort

Secrétaire général du Théâtre de la Commune à Aubervilliers (1968-1972), il s’est éteint, le 19 août, à l’âge de 76 ans.



LE MONDE
 |    22.08.2018 à 08h48
    |

            Brigitte Salino








                        



                                


                            
C’était un homme bien : Richard Demarcy, mort dimanche 19 août, d’une tumeur, à 76 ans, a vécu d’une manière politique et et poétique, à l’image du chemin qu’il a suivi dans le théâtre, en tant qu’auteur et metteur en scène. Né en 1942 au Bosc-Roger-en-Roumois (Eure), il a étudié l’ethnologie et la sociologie à la Sorbonne, dans le Paris bouillonnant de combats des années 1960. Quand, en 1965, il apprend l’ouverture du Théâtre de la Commune, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), il entre en contact avec Gabriel Garran, à qui la direction de la salle a été confiée : une nouvelle page de la décentralisation s’ouvre, dans la banlieue parisienne, et Richard Demarcy s’intéresse de près au sujet. Cet admirateur de Jean Vilar, et de Jack Lang, grâce à qui il a découvert un théâtre ouvert sur le monde, au Festival de Nancy, travaille à une thèse sur la sociologie du spectacle qui, aujourd’hui encore, reste une référence.
A La Commune d’Aubervilliers, qui n’aurait jamais vu le jour sans Jack Ralite, l’adjoint au maire d’André Karman (PC), Richard Demarcy assure les fonctions de secrétaire général de 1968 à 1972, dans une équipe qui, outre Gabriel Garran, compte Michel Bataillon, le futur dramaturge de Roger Planchon, et Josiane Horville, future directrice du Théâtre de l’Athénée. Pour cette équipe, il s’agit de développer le projet de Jeanne Laurent – haute fonctionnaire, initiatrice de la politique de décentralisation théâtrale en France – en apportant le meilleur de la culture dans la banlieue de la « ceinture rouge ». L’ensemble des villes à mairies communistes ont effectué en la matière un travail remarquable. Il ne faut pas oublier que, dans les années 1960, cette banlieue mal desservie par les transports en commun, est un terrain à défricher, comme l’était la province dans les années 1950.
Eveiller les consciences
Tout en travaillant à La Commune, Richard Demarcy commence à écrire. Sélectionnée par le Festival de Nancy, sa première pièce, Le Secret,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Ce film sans paroles d’Ala Eddine Slim suit « l’évaporation » d’un homme en forêt, après une traversée en mer interrompue.
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« The Last of Us » : « Dead Man » au temps des migrants

Ce film sans paroles d’Ala Eddine Slim suit « l’évaporation » d’un homme en forêt, après une traversée en mer interrompue.



LE MONDE
 |    22.08.2018 à 07h28
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Comme un objet scintillant sur la plage, loin de tout genre cinématographique, The Last of Us éveille notre curiosité tant le réalisateur, le Tunisien Ala Eddine Slim, déploie un désir de transmettre des sensations. Cette fiction sans paroles commence avec la traversée du désert nord-africain par deux silhouettes, qui deviennent deux hommes, dont on présume qu’ils veulent embarquer. Mais le véhicule qui les emmène est braqué et le héros, que le réalisateur prénomme N (Jawhar Soudani), se retrouve seul. Il fait du stop jusqu’à Tunis où les habitants sont figurés par l’ombre de leurs pas sur le bitume.
La traversée en solitaire dans une barque ne relèvera pas ici de la performance. Elle sera la transition vers un autre voyage, entre vie et disparition, dans une terra incognita où N échoue. Une forêt sauvage, sans autre humain qu’un homme chenu, M (Fathi Akkari), dont la couche de fourrures sur les épaules permet d’imaginer le nombre de bêtes mangées, et le temps passé à survivre en milieu hostile.
« Trop de beauté »
Dérivation poétique, philosophique, à combustion lente, ce premier long-métrage a obtenu le « Lion du futur » à la Mostra de Venise, en 2016. C’est assez fort de faire passer tant de réflexions, uniquement par l’image à laquelle Ala Eddine Slim prête une attention infinie. On pourrait presque lui reprocher le « trop de beauté », mais il faut sans doute y voir, chez ce jeune cinéaste, l’envie de tout montrer.
L’Europe comme lieu d’espérance et destination attendue n’est même pas dans le champ. Comme si le monde occidental était parti en fumée, ou comme si le film avait emprunté définitivement le chemin de la rêverie. Sans le dire, Ala Eddine Slim s’attache aux terrains inconnus où les corps disparaissent, quelque part entre le point A et le point B.
Dans la forêt, le héros devient un mutant, peut-être un homme mort en devenir
Dans la forêt, le héros devient un mutant, peut-être un homme mort en devenir, comme le Dead Man (1995), de Jim Jarmusch . La silhouette de N s’épaissit à son tour sous le poids des peaux d’animaux. La nuit, il a pour compagnon la lune, qui le suit à chacun de ses pas, et fait entrer avec une naïveté assumée l’usage de la magie au cinéma.
N n’a pas choisi de vivre ici, à l’inverse de l’auteur de Walden ou la Vie dans les bois (1854), récit autobiographique de l’Américain Henry David Thoreau dans sa cabane, et ouvrage fondateur de la pensée écologique. Mais il fait corps avec la nature et ses bruits nocturnes dont certains signalent un danger imminent : les loups. Le cinéaste ne s’appesantit pas sur la métaphore de l’homme qui est un loup pour l’homme. Mais on comprend où il veut en venir. Où est-il encore possible d’habiter ?

        Lire le récit :
         

          En Tunisie, on va encore en prison pour possession d’un joint ou homosexualité






Film tunisien (avec le Qatar et les Emirats arabes unis) d’Ala Eddine Slim. Avec Jawhar Soudani, Fathi Akkari, Jihed Fourti (1 h 34). Sur le Web : www.potemkine.fr/Potemkine-film/The-last-of-us-the-last-of-us/pa61m4f330.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ La voix du pasteur vibre dans ce documentaire de 1970, inédit en France.
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« King : de Montgomery à Memphis » : le groove de Martin Luther King

La voix du pasteur vibre dans ce documentaire de 1970, inédit en France.



LE MONDE
 |    22.08.2018 à 07h27
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Résonnant fortement avec le propos de BlacKkKlansman, de Spike Lee, la sortie de King : de Montgomery à Memphis lui offre une sorte de pendant documentaire. Réalisé en 1970, deux ans après l’assassinat de Martin Luther King, distribué à l’époque dans 500 salles de cinéma aux Etats-Unis, ce film est un long montage d’archives (trois heures) consacré à cette immense figure américaine, produit et supervisé par Ely Landau, producteur à la ­télévision et au cinéma.
Quoique réalisé avec le soutien et la participation de très grands noms du cinéma et plus lar­gement de la scène américains (Sidney Lumet, Joseph Mankiewicz, Harry Belafonte, Paul Newman, Burt Lancaster, Marlon Brando…), King demeure essentiellement une reconstitution du parcours de Martin Luther King entre 1955 et 1968. Dépourvu de commentaire comme de tout élément de contextualisation en raison de sa proximité avec le sujet, entrecoupé de brèves vignettes où des acteurs célèbres récitent de courts textes poétiques ou ­romanesques, ce documentaire d’époque se révèle aujourd’hui d’un abord escarpé.
Une vision au ras du bitume, terrifiante, d’une Amérique engluée dans le racisme et la ségrégation
Mais ce que l’on perd d’un côté, on le gagne de l’autre. La pure ­valeur de témoignage de ces images fait ici son office et offre une vision au ras du bitume, passablement terrifiante, d’une Amérique engluée dans le racisme et la ségrégation. L’itinéraire du pasteur baptiste Martin Luther King – une des principales figures de la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis, prônant dans la lignée de Thoreau et de Gandhi la déso­béissance civile et la non-violence – y est à tous égards édifiant. De la campagne des bus à Montgomery (Alabama) en 1955 au soutien à la grève ouvrière de Memphis (Tennessee) en 1968, en passant par Birmingham (1963), Selma (1965) ou Chicago (1966), partout le même tableau. D’immenses marches pacifiques chargées par la police, des foules blanches haineuses, des injures et des coups indéfiniment portés, parfois à mort, contre des hommes et des femmes luttant dans la plus grande dignité pour la reconnaissance de leurs droits.
Un charmeur de foule
Tableau impitoyable de la violence atavique et de l’obscénité de ce grand pays qui met à mort ses plus beaux enfants, pourtant éclairé par la personnalité rayonnante de King, sa tenue, son visage, ses idées, ses discours. Ce héros des temps modernes, tenant d’un pacifisme et d’un humanisme sans concession, appelant à la fraternité entre tous les hommes, stoïque sous les coups, les humiliations et les perfidies, rassemble autour de lui des cen­taines de milliers de fidèles par l’intelligence de sa stratégie politique et par l’aura qui est la sienne.
Aussi bien le film nous aide-t-il à comprendre l’amour et le respect qui l’entouraient. King est un charmeur de foule, un rhétoriqueur brillant, qui sait parler à la tête et au cœur d’un auditoire nourri par la ferveur des prêches et des chants bibliques, soutenu par sa chère amie Mahalia Jackson, l’impératrice du gospel. Il y a, en un mot, un groove du Doc King, obtenu par la scansion de son phrasé, le balancement de ses périodes, la sérénité lumineuse et déterminée de son expression. Ses figures de style de prédilection sont – pardon pour les gros mots – l’anaphore, l’expolition, la concaténation.
L’intérêt du film est de faire sentir la lassitude et l’angoisse qui étreignent King face à la violence que son ­action suscite
D’où la réputation, justifiée, de sa harangue du 28 août 1963, tenue devant le Lincoln Memorial de Washington, ici dégonflée comme un vieux pneu en l’absence de son locuteur : « Quand bien même nous devons affronter les difficultés d’aujourd’hui et de demain, je fais un rêve. C’est un rêve profondément enraciné dans le rêve américain. Je fais ce rêve qu’un jour cette nation se lèvera et vivra le véritable sens de son credo, tenant cette vérité comme évidente que tous les hommes ont été créés égaux. Je fais ce rêve qu’un jour, sur les collines rousses de Géorgie, les fils des anciens esclaves et ceux des anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité. » Et la suite n’est pas moins inspirée, qui lui vaudra, avec l’action qu’elle accompagne, le prix Nobel de la paix en 1964.
Cet homme qui en appelle à la justice et qui pourrait soulever la Terre à la seule force de ses mots se met évidemment en danger. L’intérêt du film est aussi de faire sentir, à mesure que le temps passe et que les menaces et les agressions à son encontre se multiplient, la lassitude et l’angoisse qui étreignent King face à la violence que son action suscite. Cet homme de conviction et de combat, qui a radicalisé son engagement politique sur la fin de sa vie, pressent ainsi, et la formule, l’hypothèse de sa mort brutale. Lorsqu’elle advient, le film touche à sa plus poignante beauté, dans l’étreinte silencieuse des funérailles publiques de King bercée en off par la voix sublime de Nina Simone psalmodiant Why ?, complainte écrite en quelques heures après la mort du prophète assassiné.

Documentaire conçu et produit par Ely Landau, avec la participation de Sidney Lumet et Joseph L. Mankiewicz (3 h 02). Sur le Web : www.splendor-films.com/items/item/557



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Avec précision psychologique et minutie graphique, Naoko Yamada évoque le handicap et le harcèlement scolaire.
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« Silent Voice » : la malédiction commune du jeune despote et de sa victime

Avec précision psychologique et minutie graphique, Naoko Yamada évoque le handicap et le harcèlement scolaire.



LE MONDE
 |    22.08.2018 à 07h25
 • Mis à jour le
22.08.2018 à 07h26
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
L’animation japonaise a ceci de particulier que, brassant un large public, elle est capable d’aborder toutes sortes de sujets, des plus farfelus jusqu’aux plus sensibles. Silent Voice, adapté du manga éponyme de Yoshitoki Oima, qui conjugue les questions du handicap et du harcèlement scolaire, est le troisième long-métrage de Naoko Yamada, jeune animatrice née en 1984 et faisant figure de pionnière dans une industrie encore très largement masculine. Armé de thématiques aussi intimidantes, le projet semblait cerné par les écueils du film à thèse ou de l’édification morale. Or, Naoko Yamada livre ici une œuvre d’une finesse et d’une sensibilité insoupçonnées, sachant donner une forme en propre, toujours surprenante, à un sujet qui semblait pourtant saturé de discours tout faits.
Le film brille d’abord par sa précision psychologique, prenant ses aises sur plus de deux heures pour mieux décortiquer l’intériorité heurtée de ses personnages. Divisé en deux temps, le récit tourne autour d’un collégien turbulent et farceur nommé Ichida. Celui-ci voit un beau jour débarquer dans sa classe Nishimiya, une nouvelle élève atteinte de surdité. Ichida ne tarde pas à se moquer d’elle, à la taquiner, d’abord bénignement, puis avec de plus en plus de privautés, jusqu’à arracher et briser ses appareils auditifs. C’est bientôt toute la classe qui suit son mauvais exemple et dénigre la nouvelle recrue. Mais le film ne s’arrête pas là et retrouve les mêmes personnages cinq ans plus tard, pour suivre les répercussions de cette violence dans la vie de chacun. Notamment celle d’Ichida, dont la réputation déplorable a fait de lui un paria, à tel point qu’il commettra une tentative de suicide. Ses retrouvailles inattendues avec Nishimiya lui permettront peut-être de corriger le tir.
Mélodrame collectif
L’intelligence du film consiste, par la suite, à déjouer tout manichéisme, en considérant la violence comme une malédiction commune entre le jeune despote et sa victime, ayant des conséquences déplorables autant sur l’un que sur l’autre, ainsi que sur leurs proches, par capillarité. Malédiction qui donne au film la forme d’un émouvant mélodrame collectif, où le malheur se répand comme une onde de choc, sans pour autant que l’on se recroqueville sur lui – l’humour occupe une place importante. Grâce à un montage savamment éparpillé, progressant par élans prospectifs, Naoko Yamada joue avec le temps, ouvre autant de perspectives et d’échappatoires, pour ne jamais verrouiller les situations et montrer que les logiques perverses peuvent toujours être endiguées.
La beauté de l’ensemble est aussi due à ses partis pris plastiques. A commencer par le dessin minutieux des décors, le rendu travaillé des luminosités ou encore la gestuelle des personnages, parfois bouleversante de précision – notamment dans une scène prenante où Ichida et Nishimiya en viennent aux mains, dans une salle de classe vide. Le plus étonnant reste la façon dont le film explore, jusque dans les moindres détails, la subjectivité de ses protagonistes : les décadrages morcelant leurs points de vue, les ralentis qui figent le temps, les effets de flou qui créent des bulles d’intimité, ou encore, par exemple, cette idée graphique de figurer l’isolement d’Ichida parmi les autres élèves du lycée en barrant tous leurs visages d’une croix bleue.
Le film dépasse son propre sujet pour dresser, plus largement, le portrait d’une jeune génération de Japonais
Silent Voice vaut enfin pour sa capacité à dépasser son propre sujet pour dresser, plus largement, le portrait d’une jeune génération de Japonais (le film s’ouvre sur My Generation, des Who) ayant en partage une certaine violence larvée, car minée par un profond mal-être l’empêchant de communiquer ses émotions. Ainsi Silent Voice oppose-t-il à sa pente mélodramatique et morbide la perspective d’une amitié qui reste toujours à construire, comme le gage d’une coexistence difficile, mais possible. Riche de nombreux personnages secondaires, le film représente une jeunesse composite, hésitante et incertaine, dont le défi majeur est d’accepter sa propre diversité, contre les réflexes grégaires et le conformisme qui la menacent. Ce faisant, Silent Voice diffuse un vent de renouveau dans l’animation japonaise qui engage à suivre sa réalisatrice de très près.

Film d’animation japonais de Naoko Yamada (2 h 05). Sur le Web : www.club-vo.fr/films/silent-voice



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Consacré à Issei Sagawa, le « Japonais cannibale », le documentaire de Véréna Paravel et Lucien Castaing-Taylor ne laisse pas indifférent.
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« Caniba » : l’anthropophagie en gros plan

Consacré à Issei Sagawa, le « Japonais cannibale », le documentaire de Véréna Paravel et Lucien Castaing-Taylor ne laisse pas indifférent.



LE MONDE
 |    22.08.2018 à 07h24
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
En 1981, Issei Sagawa, un étudiant japonais installé à Paris, fut au cœur d’un fait divers horrifique, après avoir tué l’une de ses camarades néerlandaises de la Sorbonne et littéralement dévoré son corps pendant trois jours. Déclaré irresponsable par les experts psychiatres, il est interné dans un hôpital psychiatrique avant d’être transféré au Japon où les autorités le déclarent responsable de ses actes mais ne peuvent revenir sur le non-lieu prononcé en France. Il deviendra célèbre dans son pays sous le nom du « Japonais cannibale », entamera une carrière télévisuelle, jouera dans plusieurs films de sexploitation et deviendra même critique culinaire.
Ce personnage, forcément odieux, forcément fascinant, les deux cinéastes et anthropologues Véréna Paravel et Lucien Castaing-Taylor, auteurs d’un documentaire expérimental remarqué sur le quotidien d’un chalutier (Leviathan, 2012), décident d’en faire le protagoniste de leur film. De l’homme, on ne saura que ce que la lecture préalable du synopsis pourra nous en dire, et ce que lui-même confie à la caméra des deux cinéastes, dans un long soliloque d’une heure et demi. Il s’adresse parfois à son frère, parfois à sa partenaire sexuelle, mais le résultat reste le même. Issei Sagawa semble tirer de lui des bribes de phrases confuses, enfiévrées, un long monologue de folie qui nous laisse peu à peu deviner qui il est, ce qu’il a commis, et l’étrange mal dont il souffre : l’homme est encore aujourd’hui irrésistiblement attiré par la chair humaine, mais aussi par sa propre souffrance physique et s’inflige donc une série de supplices qu’il a filmés et qu’il exhibe devant la caméra.
Expérience éprouvante
Paravel et Castaing-Taylor tentent d’agir autant en cinéastes qu’en anthropologues, captent la parole de Sagawa comme matière brute sans y adjoindre le moindre commentaire, la moindre question, sans chercher à rationaliser ce flux de paroles désordonnées. Ils tentent de s’approcher au plus près d’une réalité devenue un sujet récurrent de la littérature anthropologique : l’anthropophagie. Au plus près, c’est-à-dire en usant d’un gros plan permanent qui s’agrippe à Sagawa et qui, à l’instar de son personnage, donne l’impression que la caméra souhaiterait l’absorber, le dévorer.
Le choix d’une telle échelle ajoute à l’expérience éprouvante qu’est Caniba. Mais ce caractère éprouvant, le spectateur pourra se demander à quoi il tient : au sujet ? Certainement, mais pas que. Il est évidemment difficile de parcourir les pages de la bande dessinée que Sagawa a consacrée à son crime, difficile de le voir se planter des couteaux ou s’enrouler des barbelés autour de son bras. Cette réalité profondément morbide, cette psychose avec laquelle Sagawa semble se débattre et qui est pourtant la source de toutes ses jouissances, n’est pas ici le problème.
Grammaire pornographique
Car il est bien plus éprouvant de voir les deux cinéastes emprunter la grammaire du film pornographique pour filmer une telle réalité. Eprouvant, au fond, de voir un sujet pénible filmé de manière aussi pénible. Ce choix mûrement réfléchi (les deux cinéastes évoquent leur passion pour le pinku eiga, des films de porno soft japonais en voie de disparition) a quelque chose d’infiniment maladroit car il rend son sujet illisible, embrouille son spectateur plus qu’il ne l’éclaire et l’empêche de trouver sa place à l’intérieur d’un dispositif complaisamment radical. Les cinéastes semblent se satisfaire de faire naître l’incompréhension, la gêne et l’écœurement chez leur spectateur, qui se sent d’emblée exclu.
Certes, le film vaut en partie le détour car il ne laisse personne indifférent. Le cannibalisme et Sagawa viennent interroger, ébranler notre perception de nos besoins fondamentaux, le sexe et la nourriture ; il y avait là un sujet et un personnage en or. Mais la réaction qu’il suscite a quelque chose de stérile et n’est que l’effet produit par une vaine et puérile provocation. On peut se retrouver dans ses propos lorsqu’il dit que le baiser n’est que les prémices d’une dévoration – tout en trouvant qu’il s’agit d’un lieu commun assez éculé. De cette épreuve, on ne sortira pas plus intelligents ni plus indulgents, bien au contraire : on éjectera le film et la réalité qu’il nous expose aussi rapidement qu’ils nous éjectent.



Documentaire français de Véréna Paravel et Lucien Castaing-Taylor (1 h 30). Sur le Web : www.norte.fr/projets/production/caniba



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Une production sino-américaine signée Jon Turteltaub tente de faire revivre le mégalodon, monstre des océans.
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« En eaux troubles » : Jurassic Shark

Une production sino-américaine signée Jon Turteltaub tente de faire revivre le mégalodon, monstre des océans.



LE MONDE
 |    22.08.2018 à 07h23
 • Mis à jour le
22.08.2018 à 07h29
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
Sous-genre assourdi, confiné et submersible du film de guerre, propice aux contre-valeurs du silence et de l’abstraction, le film de sous-marin a ­souvent de quoi séduire. Plus rarement l’engin prisé de Jules Verne est-il utilisé pour être mis au ­service du film d’action fantastique. C’est le cas d’En eaux troubles, faux film de sous-marin, mais vrai film de requin, vieux projet disneyen inspiré d’une série ­romanesque de l’auteur de science-fiction Steve Alten (inaugurée en 1997 par Meg, a Novel of Deep Terror, paru en français sous le titre Mégalodon).
Le voici repris en main par Jon Turteltaub pour le compte de la Warner, à hauteur d’un budget faramineux de 150 millions de dollars (131 millions d’euros).
Ennemi mythologique
La hauteur du budget n’a ici d’égale que le simplisme du sujet. Le film met en scène la lutte à mort entre deux cogneurs. A gauche, Jason Statham, ex-athlète et mannequin britannique de 51 ans, gueule de porte de prison, corps d’acier, star du film d’action sans fioritures (Le Transporteur, Expendables…), auteur sévèrement burné de toutes ses cas­cades. A droite, un mégalodon, fût-il synthétique, revêche ancêtre du requin culminant à 20 mètres de longueur, avec les dents qui vont avec, rené de ses cendres pour les besoins d’une coproduction sino-américaine bienheureuse de se trouver un ennemi mythologique commun.
« En eaux troubles » cherche moins son inspiration chez l’auteur de « Moby Dick » que dans le secteur le plus industrieux des films de monstre
On a donc compris qu’En eaux troubles cherche moins son inspiration chez l’auteur de Moby Dick que dans le secteur le plus industrieux des films de monstre. Statham y incarne Jonas ­Taylor, ancien marine devenu plongeur professionnel auquel un océanologue chinois fait appel pour tirer d’embarras une équipe de scientifiques enfermés dans un sous-marin sévèrement endommagé par un mégalodon, qui le tient pour une boîte de conserve au système d’ouverture défectueux. Le sauvetage, hélas, ramène également à la surface le carnivore ultradenté, depuis la fosse marine où il était cantonné.
Tout cela se révèle, hélas, très mal fagoté. L’intrigue est une ­resucée sans vergogne et sans âme des succès du genre, les personnages sont indigents, les histoires secondaires bâclées, les ­acteurs empesés, le monstre atone. Le film, pour une raison qui reste à élucider et qui tient au mystère en eau trouble du cinéma, n’en est pas moins d’ores et déjà un gros succès aux Etats-Unis et en Chine.

Film américain et chinois de Jon Turteltaub. Avec Jason Statham, Li Bingbing, Rainn Wilson (1 h 54). Sur le Web : www.eneauxtroubles-lefilm.fr, www.warnerbros.fr/articles/en-eaux-troubles-confidences-casting et www.warnerbros.com/meg



                            


                        

                        


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<filnamedate="20180822"><AAMM="201808"><AAMMJJ="20180822"><AAMMJJHH="2018082218">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Dans ce film de Julien Leclercq, sans âme, Jean-Claude Van Damme interprète toujours le même rôle d’« action hero ».
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤                     
                                                

« Lukas » : un énième épisode des aventures de « JCVD »

Dans ce film de Julien Leclercq, sans âme, Jean-Claude Van Damme interprète toujours le même rôle d’« action hero ».



LE MONDE
 |    22.08.2018 à 07h22
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
Etoffant imperturbablement sa carrière d’« action hero » dans des séries B qui s’enchaînent et se ressemblent, Jean-Claude Van Damme poursuit ses aventures dans ce énième épisode tout entier destiné à sa gloire. Dans Lukas, « JCVD » interprète un garde du corps taciturne mais qu’il ne faut pas venir embêter, père célibataire et dévoué, il enchaîne les petits boulots dans des boîtes de nuit en tentant de joindre les deux bouts. Tout se complique lorsqu’il doit collaborer avec la police et infiltrer un dangereux gang flamand.
Flegme et muscles
La suite de l’histoire, tout le monde la connaît, ou du moins la devine dans cet « action movie » décharné, sans âme et qui se prend beaucoup trop au sérieux. Jean-Claude Van Damme est, évidemment, toujours le plus fort et reste le dépositaire d’une image de la virilité (un mélange de flegme et de muscles) tellement surannée qu’elle en deviendrait presque touchante.

Film belge et français de Julien Leclercq. Avec Jean-Claude Van Damme, Sveva Alviti, Sami Bouajila (1 h 22). Sur le Web : www.ocean-films.com/film/lukas



                            


                        

                        

