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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Série « C’était mieux avant ? » (6/6). Avec son esthétique du gigantisme, l’art contemporain dominant est paradoxalement devenu le vecteur principal de l’enlaidissement du monde, estime l’écrivaine.
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Les discours qui ne parlent que de taux de croissance et de réduction des droits de douane laissent un vide que les populistes s’empressent de combler. L’Europe a besoin de récit et de symboles, souligne Christian Lequesne, professeur de science politique.
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« L’Europe doit refaire de la politique »

Les discours qui ne parlent que de taux de croissance et de réduction des droits de douane laissent un vide que les populistes s’empressent de combler. L’Europe a besoin de récit et de symboles, souligne Christian Lequesne, professeur de science politique.



Le Monde
 |    16.08.2018 à 15h01
    |

Christian Lequesne (Professeur de science politique à Sciences Po Paris)







                        



                                


                            

Tribune. Les politiciens populistes, qu’ils soient au pouvoir comme Viktor Orban en Hongrie, Matteo Salvini en Italie, ou dans l’opposition comme Marine Le Pen en France, réussissent chaque jour à orienter un peu plus le cours de la construction européenne. En adoptant des mesures minimalistes sur l’accueil des réfugiés, le dernier Conseil européen, qui s’est tenu à Bruxelles les 28 et 29 juin, en a été une illustration supplémentaire. Les populistes auraient-ils déjà gagné ? Et l’avenir de l’Europe en serait-il compromis ?
La réponse est « non ». Mais avant d’engager la bataille contre ceux qui incarnent l’opposition frontale à l’Europe, il est important de comprendre les fondements de leur succès. Trois raisons expliquent la légitimité grandissante des populistes contre la construction européenne.

La première est la dépolitisation du débat européen pendant de nombreuses décennies. L’Europe fut traitée comme une question de politiques publiques et non de politique. Il s’agissait, pour les politiciens et les experts nationaux, de réguler des problèmes d’interdépendance en évitant de trop mobiliser les discours, les controverses et les symboles. Ce triomphe des politiques publiques sur la politique a conduit à réaliser l’euro, l’élargissement ou l’accord de Schengen sans vraiment en débattre, puisque l’efficacité des réalisations suffisait à les légitimer.
Politique de l’autruche de David Cameron
L’erreur fut fatale. D’abord, parce que les peuples y ont trouvé du pain bénit pour dénoncer le manque de démocratie. Ensuite, parce que les populistes se sont emparés du vide discursif pour faire de la politique, la seule chose qui les intéresse réellement. Le Brexit constitue à cet égard un exemple, révélateur de ce double processus de dépolitisation et de repolitisation. Le rêve initial de l’ancien premier ministre britannique David Cameron eût été de continuer à impliquer la Grande-Bretagne a minima dans l’Union européenne...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Les genres journalistiques qu’ont fondés les écrivains n’ont cessé de se renouveler à travers l’apparition de nouveaux médias radiophoniques, télévisuels et numériques. La typologie que nous proposons ici s’inspire  de « La Littérature au quotidien. Poétiques journalistiques au XIXe siècle » (Seuil, 2007), de Marie-Eve Thérenty.
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Petite fabrique des formats

Les genres journalistiques qu’ont fondés les écrivains n’ont cessé de se renouveler à travers l’apparition de nouveaux médias radiophoniques, télévisuels et numériques. La typologie que nous proposons ici s’inspire  de « La Littérature au quotidien. Poétiques journalistiques au XIXe siècle » (Seuil, 2007), de Marie-Eve Thérenty.



Le Monde
 |    16.08.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
16.08.2018 à 13h24
    |

                            Anne Dujin








                        



                                


                            
L’intervention des écrivains dans les médias prend diverses formes, qui remontent généralement au XIXe siècle. Dans La Littérature au quotidien. Poétiques journalistiques au XIXe siècle (Seuil, 2007), Marie-Eve Thérenty montre comment les écrivains ont fondé les différents genres journalistiques, et la manière dont cela a, en retour, transformé la littérature. Ces différents formats d’intervention n’ont cessé de se renouveler à travers l’apparition de nouveaux médias radiophoniques, télévisuels et numériques. Aujourd’hui, les processus de formatage, d’automatisation, de globalisation de l’information permettent paradoxalement le retour à des formes journalistiques parfois anciennes, réinventées, dans lesquelles les écrivains s’épanouissent.
Le feuilleton

Dans sa première acception, le feuilleton désigne la partie inférieure de la page du journal, consacrée à la critique littéraire, théâtrale, musicale, artistique, aux causeries mondaines ou aux récits de voyages. De là découle le « feuilleton littéraire », format qu’on trouve dans les pages consacrées à l’actualité de l’édition, et le plus souvent tenu par des écrivains : au Figaro, le feuilleton a été rédigé par des figures aussi diverses que le poète symboliste Henri de Régnier (1864-1936), Charles Dantzig ou Frédéric Beigbeder. Au « Monde des livres », Bertrand Poirot-Delpech, Michel Braudeau, Pierre Lepape, Eric Chevillard et Claro s’y sont successivement exercés.
Le feuilleton a aussi constitué la première forme d’intervention de l’écrivain dans la presse comme romancier. Au cours de l’année 1836, La Vieille Fille, de Balzac, paraît dans le quotidien La Presse. S’ouvre alors un âge d’or du roman-feuilleton, où excellera en particulier Eugène Sue, qui a pensé son œuvre romanesque spécifiquement pour ce format. Les Mystères de Paris paraissent dans Le Journal des débats entre le 19 juin 1842 et le...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Les romanciers sont de plus en plus sollicités dans les médias. Leurs points de vue, confrontés à ceux des experts ou des journalistes, nous éclairent sur le monde tel qu’il va. Promotion, revenu  d’appoint, multiplication d’activités… Outre l’aspect matériel, leur présence dans l’espace public irait aussi de pair avec le retour de l’étude sociale dans la littérature.
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Les écrivans crèvent l’écran

Les romanciers sont de plus en plus sollicités dans les médias. Leurs points de vue, confrontés à ceux des experts ou des journalistes, nous éclairent sur le monde tel qu’il va. Promotion, revenu  d’appoint, multiplication d’activités… Outre l’aspect matériel, leur présence dans l’espace public irait aussi de pair avec le retour de l’étude sociale dans la littérature.



Le Monde
 |    16.08.2018 à 13h00
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16.08.2018 à 13h26
    |

                            Anne Dujin








                        



                                


                            

La rentrée littéraire approche, et avec elle la perspective d’une présence accrue de la littérature et des écrivains dans les médias, au moins pour quelques semaines. Mais posez-vous la question : la dernière fois que vous avez lu ou entendu un auteur s’exprimer dans les médias, de quoi était-il question ? S’agissait-il de Christine Angot, sur le plateau d’« On n’est pas couché », évoquant la psychanalyse ? D’Aurélien Bellanger sur France Culture, à propos de la « pornographie de cuisines » ? Ou peut-être de Camille Laurens, dans les colonnes de Libération, sur la « fiche avenir » des lycéens ?
Balzac, Kessel, Mauriac…
Depuis quelques années, l’écrivain fait des apparitions de plus en plus fréquentes dans les émissions d’actualité ou de débat, sur les plateaux de télévision, à la radio ou dans les colonnes des journaux. Il s’y trouve à côté de l’expert, du politique et du journaliste. Et il n’est plus là pour parler de son œuvre, comme aux grandes heures des émissions de Bernard Pivot, mais pour évoquer, sinon l’actualité immédiate, du moins le monde tel qu’il va.
Starisation excessive, sacrifice de la littérature au profit du commentaire voire de la recherche de la polémique (et de l’audience qui l’accompagne)… les esprits chagrins ne manquent pas de raisons pour déplorer cette évolution. Pourtant ce phénomène n’a rien d’une nouveauté : les figures du journaliste et de l’écrivain se sont longtemps confondues. N’est-ce pas Balzac qui rédigea le premier numéro de l’hebdomadaire satirique La Caricature, à l’automne 1830 ? N’est-ce pas le romancier Joseph Kessel qui, en juillet 1945, assista pour France-Soir au procès en Haute Cour du maréchal Pétain ? Et François Mauriac, collaborateur régulier de L’Express, qui y dénonça, dès janvier 1955, la pratique de la torture en Algérie ?
Marie-Eve Thérenty, professeure à l’université Paul-Valéry-Montpellier-III, invite donc à penser sur le long terme la place des...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Responsable des pages littéraires des « Inrockuptibles », la critique littéraire analyse la contribution des romanciers dans la sphère médiatique.
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Nelly Kaprièlian : « Les écrivains savent écrire, et ça change tout ! »

Responsable des pages littéraires des « Inrockuptibles », la critique littéraire analyse la contribution des romanciers dans la sphère médiatique.



Le Monde
 |    16.08.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
16.08.2018 à 13h18
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                            Anne Dujin








                        



                                


                            
Nelly Kapriélian est critique littéraire, écrivain et responsable des pages littéraires des Inrockuptibles.
« Les Inrockuptibles » font partie des titres de presse qui ont très tôt sollicité les écrivains pour écrire dans leurs colonnes. De quand ce parti pris date-t-il ?
Les Inrocks ont commencé à ouvrir leurs colonnes aux écrivains dès le passage à la formule hebdomadaire, en 1995. Sylvain Bourmeau, qui était alors rédacteur en chef, a été moteur de ces initiatives. Une chronique a été confiée à Michel Houellebecq après la sortie de H.P. Lovecraft, une autre devait l’être à Virginie ­Despentes sur les films pornographiques après la sortie de Baise-moi, mais je crois qu’elle ne l’a jamais écrite.
Le phénomène a pris de l’ampleur, et on a aujourd’hui un rendez-vous régulier avec les écrivains, deux pages intitulées « Lectures », dans lesquelles nous leur donnons carte blanche. Ce principe est important, nous ne leur suggérons pas de sujet. Nous pouvons, parallèlement, solliciter des écrivains pour des dossiers thématiques précis. Nous l’avons fait, en juin, dans un numéro consacré aux migrants, dans lequel nous avons publié des contributions de Roberto Saviano, de Yannick Haenel et d’Erri De Luca. Il nous arrive aussi régulièrement de confier le pilotage d’un numéro entier à un écrivain. Nous l’avons fait avec ­Michel Houellebecq, Virginie Despentes et Edouard Louis. Ces numéros se vendent particulièrement bien.
Qu’apporte en propre la voix de l’écrivain dans les médias ? Comment expliquer le succès de cette formule ?
Cela paraît relever de l’évidence de le dire, mais les écrivains savent écrire, et ça change tout ! Ils sont à l’aise dans des formats un peu plus longs que l’article classique, ils savent construire et articuler un propos. Le style est également important. Confier un texte à un écrivain, c’est d’abord se dire que le résultat sera beau. Il y a enfin...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ L’écrivain explique le choix de ses sujets en tant que chroniqueur radio à France Culture durant la saison dernière.
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Aurélien Bellanger : « On compte  sur la sensibilité du romancier »

L’écrivain explique le choix de ses sujets en tant que chroniqueur radio à France Culture durant la saison dernière.



Le Monde
 |    16.08.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
16.08.2018 à 13h20
    |

                            Anne Dujin








                        



                                


                            
Aurélien Bellanger est écrivain, romancier, auteur notamment de L’Aménagement du territoire et du Grand Paris (Gallimard, 2014 et 2017). Il est aussi chroniqueur pour différents médias, dont France Culture.
Vous avez tenu cette année une chronique quotidienne dans la matinale de France Culture. Comment avez-vous travaillé, choisi vos sujets ?
Cette chronique concluait la matinale. Elle s’appelait d’ailleurs « La Conclusion ». L’idée était de donner le point de vue d’un romancier sur le monde, à partir de sujets aussi divers que possible. Assez rapidement, on m’a dit qu’il y avait un côté « mythologies » de la France contemporaine dans ces chroniques. Cette idée m’a plu. La France avait un nouveau président de la République, et cela m’intéressait de faire la chronique de tous ces changements que l’on a beaucoup de mal à analyser, sur lesquels les points de vue sont de plus en plus contradictoires.
En tant qu’écrivain, je me sentais très libre et décontracté pour le faire. C’était généralement sur mon vélo, de retour de la chronique du jour, que j’avais l’idée de la chronique du lendemain. Le plus souvent je retrouvais une idée que j’avais déjà eue, mais que je n’avais pas encore creusée. On n’a finalement pas tant d’idées que cela…
Selon vous, qu’est-ce qui est attendu de l’écrivain lorsqu’il intervient dans les médias ?
Je crois que, parce que l’écrivain n’est pas expert, on compte sur sa sensibilité, voire sur ses intuitions. Je peux, dans une chronique ou un article, tenir des propos qu’un sociologue jugerait d’une immense banalité. Mais, dans le lot, quelque chose peut sonner juste. On sort d’une période où l’artiste était présent dans les médias, mais sur un mode « patrimonialisant », avec une autoréflexion permanente sur sa pratique.
C’était devenu ennuyeux. Et je dois dire que j’ai pris goût à cette forme de littérature d’intervention. Car cela reste de la littérature,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Editorial. La crise spectaculaire qui s’est déclenchée entre les Etats-Unis et la Turquie, alliés au sein de l’OTAN, pourraient avoir de graves répercussions économiques et diplomatiques.
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Trump-Erdogan  : duel perdant

Editorial. La crise spectaculaire qui s’est déclenchée entre les Etats-Unis et la Turquie, alliés au sein de l’OTAN, pourraient avoir de graves répercussions économiques et diplomatiques.



Le Monde
 |    16.08.2018 à 11h54
 • Mis à jour le
16.08.2018 à 11h54
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Avec des acteurs principaux – le populiste éruptif Donald Trump et l’autocrate sourcilleux Recep Tayyip Erdogan – qui mettent autant de testostérone dans leur pratique diplomatique, il est pour le moins aléatoire de préjuger de l’issue de l’empoignade actuelle entre les Etats-Unis et la Turquie.
En effet, c’est une crise spectaculaire qui s’est déclenchée entre les deux pays. Elle couvait depuis des mois. Sans succès, Ankara réclamait aux Américains l’extradition de Fethullah Gülen, le chef de la confrérie à laquelle le président turc attribue la paternité de la tentative de coup d’Etat de juillet 2016. Sans plus de succès, Washington exigeait d’Ankara la libération d’un pasteur évangéliste américain accusé par les autorités turques, de façon très fantaisiste, d’avoir été mêlé à cette tentative de coup d’Etat. A quoi s’ajoutaient de sérieuses divergences sur la guerre en Syrie, Washington soutenant les forces kurdes syriennes pour chasser l’organisation Etat islamique quand Ankara entend éradiquer, sur son territoire comme en Syrie, toute forme de mouvement kurde.

        Lire aussi :
         

                Turquie : Erdogan s’obstine dans la crise diplomatique et commerciale avec les Etats-Unis



En quelques jours, ces abcès ont dégénéré. Vendredi 10 août, Donald Trump a annoncé le doublement des droits de douane sur les exportations d’acier et d’aluminium turques. Ces sanctions ont suffi pour plonger la livre turque dans une violente tempête monétaire et pour menacer de déstabiliser une économie fragilisée par l’inflation et l’endettement public. M. Erdogan a immédiatement dénoncé un « complot politique » fomenté par Washington et appelé ses partisans à le soutenir dans cette « bataille nationale », au nom d’Allah contre le dollar.
Embarras de Paris et de Berlin
Quand on sait que les Etats-Unis et la Turquie sont des alliés de longue date, piliers de l’OTAN depuis les années de la guerre froide contre l’URSS, liés par un traité de défense mutuelle et par de solides échanges militaires (des armes nucléaires américaines, notamment, sont basées à Incirlik, en Turquie), cette bataille de chiffonniers est sans précédent. Ses répercussions économiques peuvent être sévères. Pour l’économie turque, évidemment, mais plus largement pour les banques internationales, européennes en particulier, auprès desquelles les entreprises turques sont lourdement endettées.

        Lire aussi :
         

                La crise monétaire turque en quatre questions



Ses conséquences diplomatiques possibles ne sont pas moins graves. « Nous cherchons de nouveaux amis et de nouveaux alliés », claironne désormais M. Erdogan. Tout à ses rêves de grandeur ottomane restaurée, ce dernier tente de mettre en scène la constitution, autour d’Ankara, d’un « axe de résistance » face aux Etats-Unis.
Il cherche ainsi à obtenir l’appui des Européens, vis-à-vis desquels il dispose d’un sérieux moyen de chantage depuis qu’il s’est engagé à contrôler les flux migratoires en provenance du Proche-Orient. L’absence de réponse de la France et de l’Allemagne à la proposition du président turc d’une rencontre à quatre, avec la Russie, sur la Syrie en septembre, dit assez l’embarras de Paris et de Berlin.
Vladimir Poutine, au contraire, fait son miel de cette crise et a immédiatement dépêché son ministre des affaires étrangères à Ankara. Dans l’immédiat, il joue gagnant à tous les coups, tant l’affaiblissement de l’OTAN est, pour lui, un objectif stratégique.

        Lire aussi :
         

                De plus en plus isolé, Erdogan s’en remet à Poutine



Avant de pousser trop loin leur bras de fer, Donald Trump et Recep Tayyip Erdogan seraient bien inspirés d’en prendre conscience. Sauf à se retrouver, l’un et l’autre, perdants. Le premier parce qu’il aurait perdu un allié de poids dans la région, le second parce qu’il se retrouverait dans la main de Moscou.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le philosophe s’insurge contre les violences faites aux migrants, « que l’histoire jugera sans doute criminelles ».
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Etienne Balibar : « Pour un droit international de l’hospitalité »

Dans une tribune au « Monde », le philosophe s’insurge contre les violences faites aux migrants, « que l’histoire jugera sans doute criminelles ».



Le Monde
 |    16.08.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
16.08.2018 à 18h03
    |

Etienne Balibar (philosophe, professeur émérite à l’Université de Paris-Ouest)







                        



                                


                            

[Cette tribune reprend et précise des idées que le philosophe a développées le 13 juillet à Saorge (Alpes-Maritimes), dans le cadre du festival des Passeurs d’humanité de la vallée de la Roya.]
Tribune. En Méditerranée, la situation ne cesse de se tendre. Une hécatombe quotidienne, en partie dissimulée. Des Etats instituant ou tolérant des pratiques d’élimination que l’histoire jugera sans doute criminelles. Entre les deux, des initiatives incarnant l’effort de solidarité de la « société civile » : villes refuges, « passeurs d’humanité », navires de sauvetage trop souvent contraints à la guérilla contre l’hostilité des pouvoirs publics.
Cette situation n’est pas sans analogues dans le monde. Mais pour nous, citoyens d’Europe, elle revêt une signification et une urgence particulières. Elle appelle une refonte du droit international, orientée vers la reconnaissance de l’hospitalité comme « droit fondamental » imposant ses obligations aux Etats, dont la portée soit au moins égale à celle des grandes proclamations de l’après-guerre (1945, 1948, 1951). Il faut donc en discuter.
Et d’abord, de qui parlons-nous : de « réfugiés », de « migrants », ou d’une autre catégorie qui les englobe ? Ces distinctions, on le sait, sont au cœur des pratiques administratives et de leur contestation. Mais surtout, de la façon dont nous nommons les humains qu’il s’agit de protéger ou de contraindre dépend aussi le type de droits que nous leur reconnaissons, et la façon dont nous qualifions le fait de les en priver.
Le terme auquel je pense est celui d’errants. Il me conduit à parler d’errance migratoire ou de migrance plutôt que de « migration ». Le droit international de l’hospitalité doit s’adresser aux errants de notre société mondialisée, refléter les caractères de l’errance migratoire comme telle, en particulier du fait des violences qui se concentrent sur son parcours. 
Les...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Les tests génétiques récréatifs permettent à des personnes conçues par don anonyme de trouver leur donneur ou des demi-frères et sœurs.
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Des enfants nés par don de gamètes percent le secret de leurs origines

Les tests génétiques récréatifs permettent à des personnes conçues par don anonyme de trouver leur donneur ou des demi-frères et sœurs.



Le Monde
 |    16.08.2018 à 05h23
 • Mis à jour le
16.08.2018 à 11h39
    |

            Gaëlle Dupont








                        



                                


                            
Lisa s’est toujours doutée qu’il y avait « un problème avec sa naissance ». Un « gros secret ». Les indices se sont accumulés comme des petits cailloux menant à la solution de l’énigme. D’abord, elle ne ressemble pas aux autres membres de sa famille. « On me demande tout le temps quelle est mon origine : espagnole, italienne, voire iranienne », relate la jeune femme. Autre détail : sa mère n’a jamais utilisé de contraceptif.
Et puis un jour, au cours de ses études de droit, un examinateur l’interroge sur la procréation médicalement assistée avec don de gamètes : « Quelle est votre opinion sur l’anonymat du donneur ? » A 21 ans, elle n’en sait rien. Ça la vexe, elle se documente. « Je me suis dit : les pauvres [enfants nés par don], pour eux ce n’est pas drôle, poursuit-elle. Petit à petit, l’idée a fait son chemin dans ma tête. » Questionnée, sa mère finit par lui dire la vérité : Lisa a elle-même été conçue par don.
Tout de suite, la question de ses origines s’est posée. « J’ai besoin de savoir d’où je viens, à qui je ressemble, explique la jeune femme. Pour transmettre quelque chose à mes futurs enfants. Pas ce vide. » Le 14 juillet 2016, elle réchappe de l’attentat qui fait 86 morts sur la promenade des Anglais à Nice. L’événement lui fait sauter le pas.

Tests très populaires aux Etats-Unis
Elle prend contact avec l’association PMAnonyme, et se lance dans l’aventure des tests génétiques. Très populaires aux Etats-Unis, les tests ADN récréatifs y sont surtout utilisés pour connaître les origines géographiques d’ancêtres immigrés. Les chanceux retrouvent des parents plus ou moins éloignés, et peuvent entrer en contact avec eux. Aujourd’hui, quinze millions de personnes figurent dans les quatre bases de données existantes, celles de 23andme, AncestryDNA, MyHeritage et Family Tree DNA.
Pour les enfants nés par don de gamètes, ces tests sont beaucoup...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Série C’était mieux avant ? (5/6). Les « colos » déclinent, sous les effets conjugué de la démocratisation des vacances familiales et de la baisse du désir de « vivre ensemble ». Mais il existe d’autres moyens de reconstruire une identité collective, estime le sociologue Jean Viard.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ 
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Le navire humanitaire est arrivé mercredi à La Valette, après un accord pour répartir entre cinq pays européens les migrants secourus.
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L’« Aquarius » arrive à Malte pour débarquer 141 migrants secourus en mer

Le navire humanitaire est arrivé mercredi à La Valette, après un accord pour répartir entre cinq pays européens les migrants secourus.



Le Monde
 |    15.08.2018 à 15h37
   





                        



   


Le navire humanitaire Aquarius est arrivé mercredi 15 août à Malte, où il a été finalement autorisé à accoster après avoir erré plusieurs jours en Méditerranée avec 141 migrants épuisés à son bord. Le navire, affrété par les ONG SOS Méditerranée et Médecins sans frontières (MSF), est entré peu après 14 heures dans le port de La Valette, après un accord pour répartir entre cinq pays européens les migrants qu’il avait secourus vendredi dans les eaux internationales au large de la Libye.

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L’armée maltaise a été mobilisée pour faciliter le débarquement des migrants, originaires pour la plupart de Somalie et d’Erythrée, qui devront passer un contrôle médical à leur arrivée, selon les autorités locales. La moitié sont des mineurs et plus d’un tiers des femmes.
« Deux enfants ont moins de 5 ans et trois moins de 13 ans », a déclaré Aloys Vimard, le coordinateur de Médecins sans frontières à bord de l’Aquarius, soulignant que les rescapés étaient « épuisés, marqués par leur voyage et leur séjour en Libye ».
Errance pendant plusieurs jours
Deux mois après avoir suscité une intense crise diplomatique, ce navire a de nouveau erré plusieurs jours en quête d’un port d’accueil, mettant l’Europe face à ses « responsabilités ». Rejeté par l’Italie mais aussi dans un premier temps par Malte, qui avait recueilli lundi 114 migrants secourus par sa marine, l’Aquarius a finalement été autorisé mardi à accoster à La Valette à la suite d’un accord avec cinq autres pays de l’Union européenne (UE). La France, l’Allemagne, le Luxembourg, le Portugal et l’Espagne ont accepté de se répartir l’accueil des 141 migrants à bord et des 114 autres arrivés lundi sur l’île.
L’Espagne, qui avait accueilli l’Aquarius en juin au moment de sa précédente errance, a fait savoir mardi qu’elle prendrait en charge sur son sol 60 des 141 migrants. La France, dont le président Emmanuel Macron avait été vivement critiqué en juin pour avoir fermé les portes à l’Aquarius, a également assuré qu’elle recevrait 60 migrants. L’Allemagne s’est de son côté engagée à recevoir « jusqu’à 50 » réfugiés et le Portugal s’est dit « disponible » pour accueillir 30 personnes. Le Luxembourg en recevra 5.
« Dangereux et immoral »
Sur Twitter, SOS Méditerranée s’est félicité mercredi de l’entente entre les différents pays européens qui se sont « mis d’accord pour partager les responsabilités au sein d’une réponse (…) coordonnée ».
Le haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, a lui aussi salué dans un communiqué « la fin de l’impasse concernant l’Aquarius », mais il a toutefois jugé que « cette situation n’aurait jamais dû en arriver à ce point ». « Il est faux, dangereux et immoral de continuer à faire errer des navires de sauvetage en Méditerranée, alors que les gouvernements se font concurrence pour se décharger de leurs responsabilités », a ajouté M. Grandi en estimant « urgent » de sortir « des approches “bateau par bateau” pour savoir où débarquer les passagers secourus ».

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L’odyssée en juin de l’Aquarius avec plus de 600 personnes à son bord avait duré une semaine après les refus de Malte et de l’Italie, dont le ministre de l’intérieur d’extrême droite Matteo Salvini avait mis un point d’honneur à ne pas accueillir de nouveaux migrants.
Les dirigeants de l’UE s’étaient réunis le 24 juin mais sans réussir à arracher un compromis avec les partisans d’une ligne dure sur l’immigration, comme l’Italie et le groupe de Visegrad (Hongrie, République tchèque, Slovaquie et Pologne).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ A côté de féminin ou masculin pourra être choisie la mention « divers » sur les certificats de naissance, selon un texte de loi adopté par le gouvernement, qui doit encore être approuvé par le Bundestag.
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Nouvelle étape pour la reconnaissance d’un « troisième genre » en Allemagne

A côté de féminin ou masculin pourra être choisie la mention « divers » sur les certificats de naissance, selon un texte de loi adopté par le gouvernement, qui doit encore être approuvé par le Bundestag.



Le Monde
 |    15.08.2018 à 15h19
 • Mis à jour le
15.08.2018 à 16h25
   





                        



   


Le gouvernement allemand a adopté mercredi 15 août un texte légalisant un « troisième genre » sur les certificats de naissance, faisant du pays un précurseur en Europe dans la reconnaissance des personnes intersexes.
A côté de féminin ou masculin pourra être choisie la mention « divers » pour les personnes concernées, selon ce texte de loi qui doit encore être approuvé par le Bundestag. « Personne ne doit être discriminé en raison de son identité sexuelle », a déclaré la ministre de la justice, Katarina Barley (sociale-démocrate, SPD), jugeant que cette modernisation de l’état civil aurait dû avoir eu lieu depuis longtemps déjà.

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Décision de la Cour constitutionnelle
Le gouvernement de grande coalition entre les conservateurs d’Angela Merkel et les sociaux-démocrates applique ainsi une décision de la Cour constitutionnelle de 2017. La plus haute juridiction allemande a donné aux députés jusqu’à fin 2018 pour voter la légalisation d’un troisième sexe.
Jusqu’à présent, il était possible en Allemagne depuis mai 2013 de ne pas renseigner le champ relatif au sexe en le laissant vide, les intéressés pouvant ensuite, au cours de leur vie, soit faire le choix d’un sexe masculin ou féminin, soit garder la mention du sexe non renseignée.
D’autres pays en Europe se sont aussi engagés sur la voie d’une reconnaissance d’un troisième genre comme les Pays-Bas ou l’Autriche. En France, tout individu doit être rattaché dans les cinq jours suivant la naissance au sexe masculin ou féminin. La Cour de cassation avait rejeté l’an passé la reconnaissance d’un « sexe neutre », écartant la demande d’une personne née sans pénis ni vagin. Selon les statistiques des Nations unies, entre 0,05 % et 1,7 % de la population mondiale est intersexe.

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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Editorial. Le soutien du président tunisien à l’égalité successorale entre hommes et femmes montre que le pays ouvre un nouveau chapitre de sa modernisation.
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La Tunisie, lueur d’espoir dans le monde arabe

Editorial. Le soutien du président tunisien à l’égalité successorale entre hommes et femmes montre que le pays ouvre un nouveau chapitre de sa modernisation.



Le Monde
 |    15.08.2018 à 11h28
 • Mis à jour le
15.08.2018 à 12h35
   





                        


Editorial du « Monde ». Une belle nouvelle nous arrive de Tunisie, ce petit pays d’Afrique du Nord où se jouent des combats cruciaux pour l’aire méditerranéenne. Le débat sur l’égalité entre hommes et femmes en matière d’héritage est lancé. Lundi 13 août, le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, a officialisé son soutien à cette réforme du droit successoral dont le Parlement tunisien devrait se saisir sans tarder. Pour les féministes tunisiennes, qui défendaient cette cause depuis des années dans un relatif isolement, c’est une précieuse victoire. Elles n’ont cessé de dénoncer l’archaïsme d’un régime d’héritage en vertu duquel la femme ne recueille que la moitié de la part de l’homme à même degré de parenté.
S’attaquer à une telle tradition immémoriale est délicat. Habib Bourguiba, le « père de la nation » (mort en 2000), qui avait pourtant imposé, dès l’indépendance, en 1956, un « code du statut personnel » pionnier pour les droits des femmes dans le monde arabo-musulman, n’avait lui-même pas osé toucher à cette disposition inspirée du Coran. Plus de six décennies plus tard, Béji Caïd Essebsi relève courageusement le défi.

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Avec le temps, une bonne partie de la justification de cette inégalité est devenue obsolète. Occupant une part croissante dans la vie socio-économique du pays, les Tunisiennes participent de plus en plus à la formation des patrimoines familiaux. Les réduire à la portion congrue lors des successions tenait du déni de justice. Une révision s’imposait. Après son « printemps démocratique » de 2011, la Tunisie ouvre un nouveau chapitre de sa modernisation, qui touche à son socle sociétal.
Se garder de toute naïveté
Il faut applaudir ce geste de M. Essebsi, qui replace la Tunisie à l’avant-garde des évolutions dans cette région du monde. Il est de nature à inspirer les progressistes des pays voisins. Toutefois, il faut se garder de toute naïveté. L’initiative du chef de l’Etat est aussi noble que tactique. Elle vise à redorer son blason, terni par un mandat médiocre, entaché par ses connexions avec l’ancien régime et une inquiétante dérive dynastique. A l’évidence, M. Essebsi veut instrumentaliser la juste cause des femmes tunisiennes – comme l’ex-dictateur Ben Ali l’avait habilement fait – pour promouvoir des intérêts de cour et sculpter sa stature personnelle. Les féministes tunisiennes ne sont pas dupes de la manœuvre. Elles objectent que l’essentiel, en l’occurrence, est d’engranger des conquêtes. Elles ont raison. Tout acquis est bon à prendre.

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L’autre naïveté consisterait à penser que l’adoption d’une telle réforme n’est plus qu’une formalité. En fait, le débat s’annonce douloureux et la Tunisie est fracturée sur le sujet. La majorité de la population, qui demeure conservatrice, est a priori rétive au changement du statu quo en la matière, qui touche aux équilibres des familles. Il faudra la convaincre avec doigté.
Dans ce travail de persuasion, Ennahda, le parti issu de la matrice islamiste, est appelé à jouer un rôle-clé. Ce mouvement, qui dispose du premier groupe parlementaire à l’Assemblée, prétend avoir dépoussiéré sa vision du monde au point de récuser l’étiquette d’« islamiste ». Or, ses cadres ont accompagné, voire inspiré, la récente agitation contre le projet de réforme. Si Ennahda veut convaincre de la sincérité de son aggiornamento, il devra être clair sur la modernité qu’il affirme avoir embrassée.
Les droits de la femme tunisienne méritent mieux qu’une manigance de palais ou une duplicité doctrinale.

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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ C’est un signe d’apaisement au moins provisoire après de vives tensions le long de la frontière avec le territoire palestinien sous blocus.
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Israël rouvre un passage vital vers Gaza après des semaines de tensions

C’est un signe d’apaisement au moins provisoire après de vives tensions le long de la frontière avec le territoire palestinien sous blocus.



Le Monde
 |    15.08.2018 à 10h29
 • Mis à jour le
16.08.2018 à 07h28
   





                        



   


Israël a rouvert, mercredi 15 août, le point de passage de Kerem Shalom, vital pour le transit de marchandises vers Gaza. Un signe d’apaisement provisoire qui coïncide avec les efforts diplomatiques des Nations unies et de l’Egypte pour empêcher une nouvelle guerre dans ce territoire palestinien sous blocus.
Des centaines de camions se sont pressés à nouveau au terminal, seul point de passage pour les biens entre l’Etat hébreu et l’enclave, où deux millions de personnes se débattent avec les blocus israélien et égyptien, la pauvreté et les pénuries.
Ils ont délivré les marchandises essentielles à la survie économique du lieu, mais aussi le carburant indispensable pour faire fonctionner les générateurs des hôpitaux ou des installations d’assainissement confrontés aux privations d’électricité.
Israël avait fermé ce cordon vital, le 9 juillet, à tout autre transit qu’« humanitaire » (aliments, médicaments, équipements médicaux) en représailles aux « actes hostiles » en provenance de Gaza, notamment l’envoi de cerfs-volants incendiaires qui ont mis le feu à des milliers d’hectares de terres israéliennes. Le 17 juillet, l’Etat hébreu avait aussi suspendu les livraisons de combustible et de gaz.
La bande de Gaza n’a d’autre frontière qu’avec l’Egypte. Celle-ci est fermée quasiment en permanence depuis des années. Elle a toutefois rouvert récemment, mais le volume de marchandises souffre de la comparaison avec Kerem Shalom – Karm Abou Salem, en arabe.
Or, les abords de la barrière séparant le territoire palestinien d’Israël sont le théâtre depuis le 30 mars de violences qui font craindre une quatrième guerre depuis 2008. Le secteur a ainsi vécu au rythme des manifestations contre le blocus et des heurts entre les habitants et les soldats israéliens. Au moins 169 Palestiniens ont été tués. Un militaire israélien est mort le 20 juillet, une première depuis 2014.

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« Le bord du gouffre »
Sur le plan diplomatique, l’ONU et l’Egypte poursuivent leurs bons offices pour éloigner les uns et les autres de ce que l’envoyé spécial onusien Nickolay Mladenov a appelé « le bord du gouffre » et œuvrer à un cessez-le-feu durable. Les représentants du Hamas et d’autres factions à Gaza ont été appelés au Caire à cette fin ces derniers jours, selon une source du mouvement palestinien.
Cependant, « il n’y aura pas d’accord réel avec le Hamas sans le retour de nos fils et de nos citoyens et l’assurance du calme pour une longue période », a expliqué un responsable israélien sous couvert d’anonymat. Les dépouilles de deux soldats israéliens tués pendant la guerre de 2014 seraient aux mains du mouvement islamique. Par ailleurs, deux civils israéliens, tous deux déclarés mentalement instables, sont présumés vivants et captifs dans l’enclave.
L’issue de l’entreprise diplomatique reste incertaine, compte tenu des exigences des deux camps et de leurs contraintes respectives. Un écueil de taille consiste dans le rôle qui serait imparti à l’Autorité palestinienne – internationalement reconnue à la différence du Hamas mais évincée de Gaza –, et donc dans la réconciliation entre frères ennemis palestiniens.
Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a affirmé, mercredi soir, lors d’une réunion de l’Organisation de libération de la Palestine à Ramallah en Cisjordanie, que « le Hamas n’avait pas de volonté réelle de réconciliation » : « Nous n’accepterons pas moins qu’une réconciliation totale. »
De son côté, le secrétaire général de l’ONU a salué la décision de rouvrir le terminal de Kerem Shalom et s’est dit « encouragé de voir que les personnes concernées ont répondu aux appels pour éviter l’impact dévastateur d’un nouveau conflit sur la population civile à Gaza et dans les environs ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Spécialiste du commerce international, Sébastien Jean estime dans une tribune au « Monde » que l’Europe doit faire preuve de « fermeté » vis-à-vis des Etats-Unis, mais aussi s’assurer d’une concurrence équitable avec la Chine qui fait encore défaut.
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« Dans le conflit commercial imposé par les Etats-Unis à la Chine, l’UE ne peut pas rester spectatrice »

Spécialiste du commerce international, Sébastien Jean estime dans une tribune au « Monde » que l’Europe doit faire preuve de « fermeté » vis-à-vis des Etats-Unis, mais aussi s’assurer d’une concurrence équitable avec la Chine qui fait encore défaut.



Le Monde
 |    15.08.2018 à 07h00
    |

                            Sébastien Jean (Directeur du centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii)








                        



                                


                            
Tribune. Ainsi, nous voici redevenus amis avec les Etats-Unis. Quelques jours seulement après que Donald Trump avait qualifié, le 15 juillet, l’Union européenne (UE) d’« ennemie » dans les relations commerciales, il annonçait le 25 juillet, à l’occasion de la visite américaine du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et à grand renfort d’embrassades, un retour à la meilleure concorde transatlantique.
Cet apaisement est bienvenu. On peut néanmoins déplorer que les déclarations prononcées à cette occasion soient ambiguës et manquent singulièrement de cohérence. A tel point que l’on veut croire qu’il ne s’agit que d’une couverture sans substance, destinée à offrir une sortie honorable à Donald Trump. Les déclarations de bonnes intentions d’un tel partenaire ne doivent pas être prises pour argent comptant et le risque d’un nouveau changement de cap du président américain n’est pas minime.
Vers une concurrence équitable
Même si la menace immédiate de droits de douane sur nos exportations d’automobiles était effectivement écartée, cela ne résoudrait pas, cependant, le problème de fond auquel l’Union européenne est confrontée aujourd’hui : le système commercial multilatéral, fondé sur des règles issues d’accords internationaux, vacille.
« Le risque est grand de voir les Etats s’affranchir, les uns après les autres, de leurs engagements sur les aspects les plus sensibles de leurs échanges. »
Le risque est grand de voir les Etats s’affranchir, les uns après les autres, de leurs engagements sur les aspects les plus sensibles de leurs échanges. Un tel retour du rapport de force politique au détriment des règles serait porteur d’un arbitraire et d’une incertitude économiquement coûteux pour tous. Pour l’Union européenne, qui n’a pas la cohésion politique d’un Etat, il serait aussi synonyme d’affaiblissement vis-à-vis de ses partenaires. Pour l’éviter, il faut opposer à la politique commerciale américaine menaçante...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Directrice adjointe de l’Institut de l’Europe à l’Académie chinoise du commerce international, Yao Ling plaide, dans une tribune au « Monde », pour que l’Union européenne et la Chine présentent un front uni face à l’unilatéralisme des Etats-Unis.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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« Le renforcement de la coopération économique entre la Chine et l’UE est une chance à saisir »

Directrice adjointe de l’Institut de l’Europe à l’Académie chinoise du commerce international, Yao Ling plaide, dans une tribune au « Monde », pour que l’Union européenne et la Chine présentent un front uni face à l’unilatéralisme des Etats-Unis.



Le Monde
 |    15.08.2018 à 05h45
    |

Yao Ling (Directrice adjointe de l’institut de l’Europe de l’Académie chinoise du commerce international et de la coopération économique, relevant ...







                        



                                


                            

Tribune. Sous prétexte que leur sécurité nationale est menacée, les Etats-Unis ont déclenché une guerre commerciale qui remet en jeu les équilibres mondiaux en ignorant le mécanisme de règlement des différends établi par l’Organisation mondiale du commerce. Aujourd’hui, Donald Trump souffle le chaud et le froid. Tant avec la Chine, où les négociations de juin 2018 n’ont pas abouti, qu’avec l’Union européenne (UE), où les apparences de l’accord Trump-Juncker du 25 juillet peuvent être trompeuses.

Dans un contexte où le monde devient chaque jour plus instable, la Chine et l’UE doivent préciser le plus tôt possible l’orientation de leurs relations économiques et commerciales pour protéger leurs intérêts communs. Bien que l’UE ne veuille pas le reconnaître, nous nous devons de présenter un front uni face à l’unilatéralisme des Etats-Unis, ne serait-ce qu’en raison de l’importance de nos liens économiques. L’UE est le plus grand partenaire commercial de la Chine. Celle-ci exporte vers l’UE l’équivalent de 372 milliards de dollars [environ 327 milliards d’euros] (en hausse de 9,7 %) et elle importe des produits européens pour 244 milliards de dollars (en hausse de 17,7 %).
Par ailleurs, notre dialogue constant produit des résultats. Dans le document « Eléments pour une nouvelle stratégie de l’UE à l’égard de la Chine », publié en 2016, l’UE a formulé des revendications prioritaires dans les négociations en cours depuis 2014 sur les investissements européens en Chine : l’élargissement de l’accès au marché pour les marchandises et les services, l’ouverture des marchés publics et la réduction des mesures restrictives sur l’accès au marché intérieur.
Partenaire privilégié
Or, la Chine est entrée dans une nouvelle phase de son ouverture sur le monde extérieur, et certaines demandes de l’UE sont progressivement satisfaites. La plus emblématique, annoncée par le président chinois Xi Jinping lors du Forum de Boao, en...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ C’était mieux avant ? (4/6) Pour Michael Kimmel, sociologue américain, les « incels », ou « célibataires involontaires », entretiennent une vision de l’Histoire qui occulte l’émancipation des femmes.
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Editorial. Même si l’Etat ne détient plus que 14,3 % du capital de la compagnie aérienne et que le sujet de la vente de cette participation est ouverte, la tentation reste forte pour les gouvernements successifs d’intervenir.
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Air France : l’Etat doit sortir de l’ambiguïté

Editorial. Même si l’Etat ne détient plus que 14,3 % du capital de la compagnie aérienne et que le sujet de la vente de cette participation est ouverte, la tentation reste forte pour les gouvernements successifs d’intervenir.



Le Monde
 |    14.08.2018 à 11h40
 • Mis à jour le
14.08.2018 à 11h42
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Les mythes ont la vie dure ! Son nom même, ainsi que son logo tricolore fièrement arboré sur l’empennage de ses avions continuent à entretenir l’idée qu’Air France est une compagnie nationale dont le sort dépendrait de l’Etat. Ainsi, quand ils se retrouvent coincés par des grèves dans les aéroports, bien des passagers n’ont qu’une question, rageuse, à la bouche : mais que font les pouvoirs publics ?

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De même, les pilotes veulent croire que jamais l’Etat ne « laissera tomber Air France » en cas de crise. Ils n’hésitent donc pas à court-circuiter leur direction et à en appeler au gouvernement, voire au président de la République, lorsqu’une négociation salariale est dans l’impasse ou lorsqu’il s’agit de choisir un patron de l’entreprise, comme c’est le cas aujourd’hui, trois mois et demi après la démission de Jean-Marc Janaillac, au lendemain d’un référendum interne sur un accord salarial rejeté par les personnels. Ainsi, à peine la candidature d’un patron canadien a-t-elle été évoquée au début du mois que le Syndicat national des pilotes de ligne demandait carrément à Emmanuel Macron de « sommer le conseil d’administration de faire un travail impartial, de reconsidérer l’ensemble des candidatures » et de privilégier le choix d’un patron français. 

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Cette attitude doit beaucoup à l’ambiguïté des gouvernements successifs. Certes, ces derniers martèlent volontiers que l’Etat ne détient plus que 14,3 % du capital de l’entreprise et qu’il s’agit d’un groupe privé qui pourrait disparaître comme, avant lui, les fleurons « nationaux » PanAm, TWA, Swissair ou Sabena. Mais la tentation – politique autant que technocratique – d’intervenir reste grande.
Crise de gouvernance
Ce fut le cas à la mi-juillet, lorsque Bruno Le Maire a brutalement écarté la candidature de Philippe Capron envisagée par le conseil d’administration du groupe. Au micro de RTL, le ministre de l’économie mit fin aux ambitions du directeur financier de Veolia : « C’est un candidat parmi d’autres (…). Il fait partie des candidats possibles, mais il n’est pas le seul. »
Il va sans dire que cette attitude ne permet guère de sortir de la crise de gouvernance, voire de stratégie, où Air France est englué. Depuis l’entrée en Bourse de la compagnie en 1999, et surtout depuis le rachat de KLM en 2004, l’hypothèse d’un désengagement de l’Etat est régulièrement évoquée. Elle est revenue cet été avec la proposition, finalement avortée, du groupe hôtelier Accor de reprendre la participation publique. Mais la question demeure : l’Etat doit-il rester au capital du quatrième groupe aérien européen ? Au gouvernement, il n’existe aucun tabou sur la question, et l’on estime que la compagnie ne fait pas partie des actifs stratégiques.
En outre, l’entrée au capital, en 2017, de deux actionnaires étrangers importants change la donne. En effet, le chinois China Eastern et l’américain Delta Air Lines ont imposé de séparer les fonctions de PDG, avec un président non exécutif et un directeur général opérationnel, comme dans la plupart des groupes anglo-saxons. Et surtout, pour élargir le champ des candidatures au-delà de l’Hexagone, ils ont obtenu que le salaire du futur dirigeant soit triplé, pour atteindre les standards internationaux, alors qu’il était plafonné comme dans les entreprises publiques. Leur volonté est claire : se libérer des influences politiques franco-françaises et des PDG proches du pouvoirs en place.
L’heure n’est-elle pas venue, pour l’Etat, d’en tirer les conséquences ? Donc de sortir de ses ambivalences avant d’y être contraint.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’essayiste estime que le président américain continuera de mener le bal jusqu’au bout : ses électeurs sont toujours plus enthousiastes et son opposition est paralysée.
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Article sélectionné dans La Matinale du 13/08/2018
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Guy Sorman : « Contre toute attente, Donald Trump devrait achever son mandat sans peine »

Dans une tribune au « Monde », l’essayiste estime que le président américain continuera de mener le bal jusqu’au bout : ses électeurs sont toujours plus enthousiastes et son opposition est paralysée.



Le Monde
 |    14.08.2018 à 06h31
 • Mis à jour le
14.08.2018 à 09h41
    |

                            Guy Sorman (Essayiste)








                        



                                


                            

Tribune. Dans les années 1980, Ronald Reagan fut surnommé « le président Teflon », parce qu’en dépit de ses cafouillages et de quelques scandales, rien ne semblait l’atteindre, tout glissait sur sa popularité. Trump serait-il fait du même alliage ?
Tout, en apparence, l’incrimine : ses gesticulations militaristes, ses insultes contre les Noirs, les femmes, les immigrés, les journalistes, son attitude incohérente lors des sommets de chefs d’Etat, son mépris de la justice, ses collusions financières, sa relation étrange avec Poutine. Eh bien, un tiers des Américains, ceux qui l’ont élu, sont inébranlables dans leur soutien : un tiers, ce n’est pas une majorité, mais comme le tiers est acquis et l’opposition dispersée, Trump est difficile à détrôner.
Le rêve d’un impeachment s’évapore ; il n’existe pas de chef d’accusation suffisant pour démettre le président
Il faut envisager que c’est en raison même de ses incartades qu’il reste populaire : à l’encontre des prévisions – ou espérances –, il n’est pas devenu un président ordinaire. Il reste, jusqu’à la caricature, le tribun populiste qu’il fut comme candidat.
Le soir de son élection, il incarnait la « revanche du mâle blanc » contre les minorités culturelles, contre les féministes, contre les progressistes, contre les mondialistes : il n’a pas varié d’un iota, imperméable au monde réel, désinformé par Fox News, sa seule source de renseignement sur le monde. Ses électeurs, désormais constitués en fan-club, toujours plus enthousiastes, adorent les frasques de leur chef : le président parle comme eux et pense comme eux, racisme inclus. Ce langage est la clé de son succès.
Qui plus est, le reste du monde est si désorienté par le non-conformisme de Trump, ses mensonges et ses coups de gueule que les gouvernements occidentaux et autres en restent tétanisés : depuis un an et demi, tous balancent entre les tentatives d’amadouer le monstre – en vain – et leur incapacité...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Le chercheur Raberh Achi estime, dans une tribune au « Monde », que toutes les tentatives d’organiser l’islam de France par le haut et de façon jacobine ont suscité une méfiance des musulmans.
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« Les Français de culture musulmane ont besoin d’être reconnus comme pleinement citoyens »

Le chercheur Raberh Achi estime, dans une tribune au « Monde », que toutes les tentatives d’organiser l’islam de France par le haut et de façon jacobine ont suscité une méfiance des musulmans.



Le Monde
 |    14.08.2018 à 06h29
 • Mis à jour le
14.08.2018 à 07h01
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Raberh Achi (Professeur agrégé de sciences sociales, en thèse de science politique sur la laïcité en Algérie à la période coloniale)







                        



                                


                            

Tribune. Deux déclarations, ces derniers mois, du président de la République Emmanuel Macron laissent perplexe sur sa vision des relations entre l’islam et la laïcité.
Le 4 janvier, en présentant ses vœux aux représentants des cultes, il a estimé que la loi de 1905 n’avait « pas pensé le fait religieux avec et par l’islam, parce qu’il n’était pas présent dans notre société, comme il l’est aujourd’hui ». Plus récemment, devant le Parlement réuni en Congrès, le 9 juillet, il a fait l’annonce d’une consultation devant mener à un « cadre et à des règles » pour l’islam de France.
Le chef de l’Etat est-il fondé en droit à engager une telle refonte ? Les cultes ne sont-ils pas égaux devant la loi ? L’Etat n’est-il pas cantonné à garantir le régime le plus favorable à la liberté de conscience et à l’exercice du culte ?

Les musulmans de France, en l’occurrence ceux d’Algérie, furent bel et bien des acteurs de l’histoire de la laïcité, mais diminués et sous contrôle
Ces déclarations reflètent une méconnaissance et un impensé qui trouvent leur origine dans la période coloniale. En 1905, le Parlement a décidé de traiter l’islam à l’égal des autres religions en appliquant la loi à l’Algérie. Le pouvoir exécutif a entériné par la suite un régime d’exception en vigueur jusqu’en 1962. Les musulmans de France, en l’occurrence ceux d’Algérie, furent bel et bien des acteurs de l’histoire de la laïcité, mais diminués et sous contrôle. L’interventionnisme de l’Etat qui prévalait avant 1905 s’est poursuivi à travers des associations cultuelles sous surveillance, des imams triés sur le volet pour recevoir des indemnités, et l’encadrement du pèlerinage à La Mecque pour, déjà, préserver les musulmans français des influences étrangères, ou encore la régulation des biens religieux et des revenus qu’ils généraient.
Contrôle des richesses
Ce tropisme « césaropapiste » n’a pas totalement disparu. Il transparaît dans...




                        

                        

