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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Don McCullin, le photographe (4/6). Famines, épidémies, conflits, le Britannique a saisi les atrocités de son temps acceptant d’exposer l’horreur. Derrière  le viseur, McCullin s’interroge et choisit de montrer coûte que coûte.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Série C’était mieux avant ? (5/6). Les « colos » déclinent, sous les effets conjugué de la démocratisation des vacances familiales et de la baisse du désir de « vivre ensemble ». Mais il existe d’autres moyens de reconstruire une identité collective, estime le sociologue Jean Viard.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Des personnalités de tous horizons racontent une chanson qui a marqué leur vie.
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                La chanson d’amour d’Alexandre Jardin : « Le jardin extraordinaire », de Charles Trenet


Des personnalités de tous horizons racontent une chanson qui a marqué leur vie.

Le Monde
                 |                 15.08.2018 à 17h00
                 |

            Pascale Krémer

















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Distingué en 1988, à 23 ans, par le prix Femina, pour « Le Zèbre », ce romancier prolixe et populaire, également cinéaste, a par ailleurs créé plusieurs associations, dont Lire et faire lire et le mouvement citoyen Bleu Blanc Zèbre, fédérant ceux qui apportent des solutions aux principaux problèmes de société. Petit-fils de collaborateur, adversaire acharné du Rassemblement national, il a tenté, en 2016, de se présenter à l’élection présidentielle. Il publiera début octobre son nouveau roman, « Double-cœur » (Grasset).
Je devais avoir 25 ans. Charles Trenet, dont on m’avait dit qu’il lisait mes livres, m’a invité à dîner au Havre. Quand je suis arrivé dans le restaurant, après son concert, il m’a accueilli en chantant Le jardin extraordinaire, de A à Z. C’était une chanson mythique, pour moi. Un hymne familial que je chantais enfant avec mon père, en riant. « Papa, c’est un jardin extraordinaire », « Maman dans ce jardin extraordinaire ». Cette chanson m’enchantait !
Il est question de notre nom, évidemment, mais surtout, elle est bourrée d’une fantaisie qui fait écho à la fantaisie de notre famille. « Je vis soudain passer la plus belle des filles/Elle vint près de moi et là me dit sans manières/Vous me plaisez beaucoup, j’aime les hommes dont les yeux brillent ! » Mon père la chantait dans l’atelier où il fabriquait des objets fous pour ses maîtresses. Des machines à applaudir, des papillons articulés… Il fallait faire rêver ces femmes.
Folie créative
Et dans ce restau du Havre, le vrai Trenet chantait l’hymne familial ! Je me suis mis à chanter avec lui ! Dans l’enthousiasme, il a rempli les verres d’eau, les a transformés en xylophone, et il a improvisé au fil de nos fous rires. Il s’inspirait de passages du livre que je venais de publier, Le Zèbre.
Cette nuit-là, j’ai découvert que Trenet n’était pas un chanteur, mais réellement un homme chantant. Jusqu’à l’aube, il a composé à jet continu des mélodies extraordinaires. Je ne pensais pas que c’était possible ! Sur le coup de 4 heures du matin, j’ai dit : « Faut peut-être qu’on aille dormir ? » Il m’a répondu : « Mais vous n’y pensez pas ! Je viens de boire un demi-litre de Cointreau, il me faut un litre de scotch pour digérer ! » Et c’était reparti, dans une espèce de folie créative. Dans la joie ! Il y a tellement de gens qui nous emmerdent à raconter qu’ils s’arrachent les tripes pour créer. Nous, on était écroulés de rire ! C’était beau, c’était gratuit. Je réalise en en parlant que je n’ai jamais plus chanté cette chanson depuis. Cela a dû clore un truc d’enfance.
A l’adolescence, j’ai beaucoup écouté Véronique Sanson. Tout ce qu’elle chantait à l’époque de Michel Berger. Un jour, alors qu’on écrivait un film avec Pierre Palmade, nous étions chez elle, dans sa cuisine. Elle dormait à l’étage. Et Pierre me bombardait de questions sur le fonctionnement d’une femme. C’était surréaliste ! Immensément drôle de donner des conseils à Pierre, apprenti hétéro, chez la chanteuse qui m’avait fait rêver ado ! Mais j’avais rarement vu un homme aussi éperdument amoureux.

Monde Festival : chanter n’est pas jouer ! « Le Monde » organise dans le cadre du Monde Festival une rencontre entre le metteur en scène Claus Guth et la chanteuse et chef d’orchestre Barbara Hannigan. L’événement se tiendra samedi 6 octobre 2018 de 17 heures à 18 heures au Palais Garnier. Réservez vos places en ligne sur le site

Leurs chansons d’amour
Catherine Deneuve : « Les parapluies de Cherbourg », de Michel Legrand
Daniel Pennac : « Ça va ça vient », de Boby Lapointe
Christophe André : « Cécile, ma fille », de Claude Nougaro
Bernard Cazeneuve : « Vienne », de Barbara
Vincent Dedienne : « L’Amitié », de Françoise Hardy
Pénélope Bagieu : « Don’t Cry », de Guns N’Roses
Erik Orsenna : « Pierre », de Barbara
Agnès B : « L’Affiche rouge », de Léo Ferré
Christophe Michalak : « With or Without You », de U2
Marianne James : « Ne me quitte pas », de Jacques Brel
Arnaud Montebourg : « D’aventures en aventures », de Serge Lama
Irène Théry : « I’m Your Man », de Leonard Cohen
Michel Cymes : « Le Premier Pas », de Claude-Michel Schönberg
François Morel : « L’Heure du thé », de Vincent Delerm
Irène Jacob : « Message personnel », de Françoise Hardy
Boris Cyrulnik : « Rendez-vous sous la pluie », de Jean Sablon
Michel-Edouard Leclerc : « Les Mots bleus », de Christophe
Delphine de Vigan : « Les Fourmis rouges », de Michel Jonasz
Valérie Pécresse : « La Chanson des vieux amants », de Jacques Brel
Serge Trigano : « Seras-tu là ? », de Michel Berger
Isabelle Carré : « All is Full of Love », de Björk
André Manoukian : « But not For Me », par Cole Porter
Anne-Sophie Pic : « La déclaration d’amour », de France Gall
Françoise Fabian : « Un jour tu verras », de Mouloudji
Christiane Taubira : « Cry Me a River », d’Ella Fitzgerald
Tatiana de Rosnay : « I’m Not in Love », de 10CC
Bruno Le Maire : « Still Loving You », des Scorpions



Rendez-vous du 5 au 7 octobre au Monde Festival 2018 !
Aimer ! C’est le thème de la 5e édition du Monde Festival, qui se tiendra du vendredi 5 au dimanche 7 octobre 2018 à l’Opéra Bastille, au Palais Garnier, au théâtre des Bouffes du Nord et au cinéma Gaumont Opéra. 
Un rendez-vous porté par les journalistes du « Monde », qui propose au public des rencontres rares, une quarantaine de débats d’actualité, des projections de films inédits, des spectacles. 
Aimer, c’est prendre position, défendre, partager un projet, un coup de cœur, une passion. C’est aussi explorer le champ de l’intime, du désir, des liens personnels qui fondent nos sociétés.
Retrouvez la programmation du festival et achetez vos billets.
Retrouvez les moments forts et les vidéos des éditions précédentes.




Pascale Krémer
    













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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ [Ecrivains espions, espions écrivains 5/5] L’écrivain britannique s’est trouvé cinquante ans durant sur bien des points chauds du globe. En tant que journaliste, puis romancier à succès. Et informateur du MI6…
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Au milieu du XXe siècle, le guide religieux a participé à l’essor du septième art en Côte d’Ivoire en édifiant des cinémas dans plusieurs villes du pays.
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Récit

Yacouba Sylla, le soufi éclairé qui construisait des salles obscures

Au milieu du XXe siècle, le guide religieux a participé à l’essor du septième art en Côte d’Ivoire en édifiant des cinémas dans plusieurs villes du pays.

Par                Odile Goerg



LE MONDE
              datetime="2018-08-15T12:06:56+02:00"

        Le 15.08.2018 à 12h06






    
Devant un cinéma à Abidjan, en Côte d’Ivoire, en 2004.
Crédits : ISSOUF SANOGO/AFP


De Yacouba Sylla, l’histoire retient la figure du guide religieux, fondateur dans les années 1930 d’une communauté soufie inspirée du hamallisme, et de l’entrepreneur dynamique. Né à Nioro du Sahel (actuel Mali), exilé en 1930 à Sassandra (Côte d’Ivoire) par les autorités coloniales françaises, il décide de s’installer à Gagnoa, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, après sa libération en 1938. Il y développe des plantations de cacao et de café, organise le transport des produits par camion et… fonde une chaîne de cinémas dans les principaux centres d’implantation de sa communauté. Ce pan de l’activité économique de Yacouba Sylla, présent dans la mémoire collective d’anciens cinéphiles, n’est toutefois évoqué qu’en passant dans les études universitaires et les écrits hagiographiques.

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Pourtant, alors que les autres cinémas ont fermé les uns après les autres et ont été convertis en entrepôts ou lieux de culte, les yacoubistes ont soigneusement conservé et entretenu leurs salles, patrimoine immobilier communautaire. Que révèlent ces bâtiments, témoins d’un passé révolu, marques d’un succès économique et enjeux mémoriels contemporains ? Ecrire une telle histoire n’est pas aisé, car il faut jongler entre la version officielle d’une communauté jalouse de son histoire et de ses documents, mais prompte à évoquer ce passé, et des sources partielles émanant des archives conservées à Dakar, Aix-en-Provence et Abidjan. Exceptionnels sont les entrepreneurs africains qui investirent dans le cinéma, mode de divertissement arrivé dans les valises du colonisateur. Yacouba Sylla fait donc figure d’exception.
Recherche de rentabilité
Construits au fil des années, les sept cinémas viennent parachever l’œuvre de Yacouba Sylla. Au-delà du discours officiel présentant la geste cinématographique comme un acte altruiste destiné à « égayer la population » et diffuser des connaissances, les cinémas sont une pierre supplémentaire apportée à un édifice économique déjà solide, dans une perspective de rentabilité.
Autrefois surveillé, Yacouba Sylla noue des relations apaisées avec l’administration dans les années 1940. En créant des cinémas, il participe à l’essor de ce nouveau loisir, dont il perçoit rapidement l’intérêt. Alors que la Côte d’Ivoire ne dispose que d’une dizaine d’écrans au début des années 1950, il y en a 24 en 1955 et plus de 30 en 1960. Attirer un public sevré de cinéma, entr’aperçu lors du passage, fort rare, d’un entrepreneur ambulant, et pourvoir en images des spectateurs fascinés à l’avance par cette forme de modernité renforce sa visibilité. Les retombées pour la communauté ne sont en effet pas uniquement financières, mais également en termes de représentation et de prestige.

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Les salles sont localisées dans les lieux majeurs ou signifiants de la communauté, à l’exception de la capitale, déjà équipée. Préséance oblige, le premier fut édifié à Gagnoa même, au début des années 1950, en contrebas de la vaste résidence du fondateur, à Dioulabougou, le quartier des étrangers. Le dernier, en 1965, est situé loin de la zone d’expansion yacoubiste mais dans la ville d’Adzopé, où fut assigné à résidence le maître spirituel de Yacouba Sylla, Cheikh Hamallah. Sa construction consacre le versant symbolique du cycle des cinémas, dont une des fonctions est de marquer l’espace de l’empreinte de la communauté, étrangère au milieu ambiant, et de la rendre ainsi visible à tous.
S’y ajoutent les cinémas de Sinfra, Divo et Oumé (attestés en 1954), Soubré et finalement Daloa en 1957, dans un rayon de 50 à 150 km autour de la ville-mère. L’édification d’un cinéma en dur était souvent précédée par l’organisation de projections ambulantes, maintenues par la suite dans les villages alentour.
Les vastes bâtiments, pouvant accueillir de 800 à 1 200 personnes et conçus pour durer, supposent un investissement initial conséquent, que cela soit en capitaux ou en travail par les membres de la communauté. Ceux-ci disposent de compétences techniques variées, aussi bien dans la menuiserie que la maçonnerie, l’électricité ou la ferronnerie. Ainsi, Oumar Traoré, un membre de la communauté, effectua toutes les installations électriques à partir de 1953, ce qui lui valut son surnom d’« Oumar courant ». À Adzopé, le premier gérant, Fodé Abdoulaye Sylla, fabriqua lui-même les sièges métalliques de la deuxième catégorie tandis que ceux de la première, en velours rouge, furent importés, sous-produits de la rénovation des salles en métropole.

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Les yacoubistes assuraient le fonctionnement des cinémas au quotidien : projection et entretien des machines, vente des tickets, surveillance des entrées, nettoyage… La circulation des films entre les diverses salles, ainsi que la gestion comptable, étaient centralisées à Gagnoa. La publicité était assurée également en interne. Tout le monde se souvient d’un aîné qui faisait le tour de Gagnoa en vélo, affiche au dos, chantant à tue-tête Marinella (1936), refrain célèbre entonné par Tino Rossi. Au fil des années, les bâtiments sont améliorés pour s’adapter aux demandes du public et aux nouvelles techniques, comme la construction d’un petit espace VIP en balcon, climatisé, aux places limitées, fréquenté par les Européens, les Libanais et quelques Africains aisés.
Lieu de brassage social
Par son initiative, Yacouba Sylla rend accessible les films à un large public dans de petites villes délaissées par les circuits des deux grands distributeurs français qui se partageaient l’Afrique occidentale française, la Secma et la Comacico. Seul le passage de rares ambulants ouvrait auparavant cette porte d’entrée sur d’autres mondes. Une anecdote voudrait d’ailleurs que Yacouba Sylla ait eu l’idée de s’ouvrir à l’activité cinématographique après le passage en 1946 de Raymond Borremans, entrepreneur ambulant actif de 1937 à 1974, installé dans la cour de la résidence des Sylla.
L’administration salue d’ailleurs cette initiative bienvenue dans une zone de plantations à la main-d’œuvre abondante, essentiellement masculine. Par la politique des prix et l’existence de catégories de places, les cinémas de Yacouba Sylla constituaient un lieu de brassage social réunissant des spectateurs de confessions, origines, cultures ou statuts sociaux différents, du villageois à l’expatrié, du fonctionnaire au jeune désœuvré ou à l’adolescent démuni. Des entrées et des issues de secours séparées assuraient la circulation de cette clientèle diversifiée, ne se mêlant guère, mais dont les regards convergeaient vers les mêmes images, inspiration d’une culture commune.

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Vente ambulante, buvette et conversations animaient l’espace autour des salles au moment des séances, animation qui se prolongeait au-delà, car les cinémas, en tant que lieux physiques, servaient de repaire urbain, notamment pour les jeunes. On se donnait rendez-vous au Pax de Gagnoa ou au Lux d’Oumé.
La dimension religieuse de Yacouba Sylla n’influençait pas la programmation, similaire à celle des salles de Bouaké, Abidjan ou Grand Bassam. Yacouba Sylla dépendait en effet du catalogue de la Comacico, dans lequel il puisait ses films. Sa tentative de s’approvisionner directement tourna court, car elle était complexe et coûteuse à mettre en place. Les bobines de films, récupérées directement à Abidjan par des membres de la communauté, circulaient entre les divers cinémas, favorisant la rentabilité de la location. Le même film était projeté le même soir dans deux cinémas grâce au système dit du tandem. Celui-ci consistait à acheminer les bobines entre deux salles proches, par exemple entre Gagnoa et Oumé, soit près de 70 km. Un véhicule était prêt à s’élancer dès que les premières bobines étaient projetées dans la salle-mère.

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Yacouba Sylla cherchait à satisfaire ses clients, informés par d’autres canaux des films en vogue. Il projetait donc comédies et films d’action (policiers, westerns, films de gangsters), complétés par des films indiens, comme Albela (1951) ou Mangala, fille des Indes (1952), appréciés de tous mais prisés notamment par les femmes, et quelques films égyptiens. Le public trouvait plaisir aux chants et danses de ces films non occidentaux et pouvait s’identifier plus facilement aux cultures mises en scène. À partir des années 1960, les films de karaté-kung-fu viennent satisfaire le besoin d’action des jeunes hommes. Les films africains, y compris ivoiriens, sont rarement mentionnés dans les entretiens, du fait des difficultés de distribution.
Les images, vectrices d’idées et de comportements venant de mondes lointains, au potentiel subversif, rattachaient les habitants de cette région de la Côte d’Ivoire à un patrimoine international fait de Tarzan, Charlot, Mangala, cow-boys, Bruce Lee et autres héros. Elles alimentaient les imaginaires et fournissaient des éléments identitaires, en particulier pour les jeunes hommes nourris de policiers et de westerns.
Concurrence de la télévision
Les cinémas yacoubistes furent les derniers à fermer, à la fin des années 1990, dans un contexte de rentabilité déclinante, voire parfois nulle. Comme ailleurs sur le continent, le cinéma ne put résister à la concurrence de la télévision et des vidéos, mais aussi à la montée de l’insécurité et des conflits politiques compromettant toute vie nocturne. Entre-temps, tout au long de quatre à cinq décennies, ils avaient permis l’accès à un loisir apprécié et l’édification d’une culture cinématographique.

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Restent les bâtiments, loués comme entrepôts (à Daloa) ou entretenus en attendant de leur trouver un nouvel emploi, éventuellement sous la forme d’une renaissance comme espaces de diffusion d’images. Eléments valorisés d’un patrimoine familial, ils sont également le support d’une mythologie communautaire, amplifiant le rôle altruiste et modernisateur du fondateur et faisant passer au second plan le soutien au premier président de la Côte d’Ivoire en ces temps de recomposition politique.
Actuellement, alors que de rares cinémas fonctionnent dans des centres commerciaux ou hôtels de la capitale, visant une clientèle aisée, jamais la circulation des films n’a été aussi intense et immédiate sur d’autres supports que l’écran de cinéma. Mais le partage collectif et l’émotion face à l’écran que créaient les vastes cinémas ont disparu et se sont déplacés vers d’autres lieux, stades de foot ou salles de concert notamment. La mémoire de ces lieux dépasse toutefois les yacoubistes et concerne les aficionados du septième art, d’après lesquels Yacouba Sylla aurait ouvert des salles « dans toutes les petites villes de Côte d’Ivoire ». Ce nom est en effet associé à un pan de l’histoire nationale du cinéma.

Yacouba Sylla en dates
Vers 1906 Naissance au Soudan (actuel Mali) dans une famille soninké.
Années 1920 Devient disciple de Cheikh Hamallah.
1930 Déportation à Sassandra, en Côte d’Ivoire, où il développe des activités économiques et fonde sa propre zawiya.
1938 Libération et installation à Gagnoa l’année suivante.
Années 1940 Essor de la communauté yacoubiste. Diversification des activités économiques (plantations, transport).
1946 Contact avec et soutien à Félix Houphouët-Boigny.
1950-1951 Construction du premier cinéma à Gagnoa.
1965 Construction du septième et dernier cinéma à Adzopé.
15 août 1988 Mort à Gagnoa.
Fin des années 1990-2002 Fermeture des cinémas.


Odile Goerg est professeure d’histoire de l’Afrique contemporaine à l’université Paris-Diderot. Ses recherches portent sur l’histoire sociale et culturelle en contexte urbain, notamment sur les loisirs.
Cet article a d’abord été publié dans la revue Afrique contemporaine.


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Un programme de courts-métrages entérine l’existence d’une veine antinaturaliste dans le cinéma français.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

« Ultra rêve » : trois films, un maelström de fantasmes

Un programme de courts-métrages entérine l’existence d’une veine antinaturaliste dans le cinéma français.



Le Monde
 |    15.08.2018 à 07h49
 • Mis à jour le
15.08.2018 à 07h55
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Si les courts-métrages ont déserté depuis longtemps les avant-programmes des séances ordinaires, certains arrivent encore en salle appariés selon la bonne vieille formule du « film à sketches ». Ultra rêve est de ceux-ci et en abrite trois – After School Knife Fight, de Caroline Poggi et Jonathan Vinel, Les Iles, de Yann Gonzalez, et Ultra pulpe, de Bertrand Mandico – qui affichent une remarquable cohérence de forme et d’esprit. Sortis d’une même écurie, la société de production et pépinière Ecce Films, ils sont tous passés par la Semaine de la critique du Festival de Cannes entre 2017 et 2018.
Leur réunion entérine l’existence d’une jeune scène hédoniste, romantique, subversive et formaliste, en somme d’obédience résolument antinaturaliste, dans le paysage du cinéma français. Ces trois films ne sont pas pour autant des galops d’essai : Gonzalez et Mandico, cinéastes confirmés, avaient déjà migré vers le long-métrage (Un couteau dans le cœur et Les Garçons sauvages, sortis cette année), avant de revenir fricoter ici avec un format plus léger et plus libre.
Les deux premiers films du programme sont des pastilles d’une vingtaine de minutes qui soufflent très habilement le chaud et le froid. Dans After School Knife ­Fight, un groupe d’adolescents (une fille et trois garçons) se retrouve dans une plaine, à l’orée d’une forêt décharnée, pour traîner ensemble et jouer de la musique (une cold-wave synthétique et rêveuse). L’anonymat du lieu, le climat automnal, la retenue des personnages dissimulent un profond séisme affectif que seule la mise en scène rend sensible : l’année prochaine, ils seront séparés, et le groupe n’existera plus.
Flux de désir
Les Iles, quant à elles, se présentent comme un ruban de rêves érotiques enchâssés, où un même flux de désir circule entre plusieurs dimensions et configurations amoureuses : un jeune couple invitant un monstre hideux à rejoindre ses ébats, deux amants s’offrant dans un parc aux regards des onanistes qui rôdent, une nymphe enregistrant sur son baladeur le son de ces étreintes nocturnes pour les rejouer dans sa chambre… Le film s’écoule dans une candeur onirique, enveloppant les appétits sexuels ­affiliés aux puissances de la nuit, indomptables et dévorants.
Mais la pièce de résistance est servie avec Ultra pulpe, de Bertrand Mandico, qui ferme le bal en apothéose du haut de ses quarante minutes remplies à ras bord. Le film est, en lui-même, impossible à résumer, sinon comme un labyrinthe de rêves et de fables délirantes, arpenté dans le fatras d’un immense plateau de cinéma. Lors d’une fin de tournage aux allures de fin du monde, la réalisatrice Joy d’Amato (Elina Löwensohn) cherche à retenir son actrice Apocalypse (Pauline Jacquard), qui ne l’aime plus, en lui racontant l’histoire de son prochain film. Mais ce récit s’ember­lificote en un grand maelström de fantasmes et d’obsessions, comme une plongée dans l’inconscient en roue libre de Joy, tiraillée entre un désir maladif et un désespoir morbide. Plongée qui, en même temps, charrie avec elle le songe d’un film interdit et irréalisable, quelque part entre la bande horrifique et le porno déviant, qui concentrerait en lui toute la part maudite, crapoteuse et jouissive du cinéma.
Un mandrill anglophone
Le récit se compose ainsi de quatre tableaux qui tournent chaque fois autour d’une comédienne différente : Lola Créton et Anne-Lise Maulin fêtant l’anniversaire d’un monstre, Vimala Pons jouant l’actrice fébrile et impudique, Pauline Lorillard en maquilleuse envoyée sur Mars et Nathalie Richard en revenante nécrophile (les trois dernières figuraient déjà au casting des Garçons sauvages). Maquillées comme des voitures volées, vêtues de tenues provocantes, elles évoluent dans un univers ductile et artificieux, où toutes les transformations ­deviennent possibles.
On y croise tout un carnaval de créatures et d’effigies : un mandrill anglophone aux yeux scintillants, un grand mutant au visage effondré, des mannequins d’enfants aux têtes enflammées et autres spectres revenus du passé… La lumière, saturée de couleurs criardes et acidulées, peinturlure l’image d’un fard fiévreux. Empruntant à l’esthétique des années 1980 sa vulgarité et son extravagance, Mandico construit un monde intégralement synthétique, pour mieux en faire jaillir de l’organique – une borne d’arcade érogène, des jaillissements de viscosités, des étalages de viscères – dans une sorte de cérémonie érotico-gore.
La lumière d’« Ultra pulpe », saturée de couleurs criardes et acidulées, peinturlure l’image d’un fard fiévreux
De ce grand fatras hétéroclite naissent toutes sortes d’associations incongrues – un téléphone sorti du ventre d’un singe, des baisers éclairés de l’intérieur, une sonde en forme de tentacule phallique – qui inventent une poésie pop bariolée. Au même titre que les déclamations incantatoires dont sont faits les dialogues, ­imbibés d’une pluie de références (on y cite pêle-mêle Jean Cocteau, J. G. Ballard, Josef von Sternberg).
Tout cela pourrait être d’une gratuité délibérée, si le film n’avançait sur le fil d’une angoisse sourde, une vraie douleur en basse continue : l’attachement maladif de Joy à ses actrices n’est jamais, en effet, que le symptôme d’une peur plus générale, celle de vieillir, de se flétrir, de perdre l’inspiration, de ne jamais rencontrer la reconnaissance, de mourir dans l’oubli. Ultra pulpe peut ainsi se voir comme un beau film sur la frénésie de créer, seul remède à opposer aux peines qui nous dévorent comme aux ravages du temps. C’est un combat perdu d’avance, mais méritant d’être mené jusqu’à cet épuisement qui suit la jouissance esthétique.

Programme de trois courts-métrages français par Caroline Poggi et Jonathan Vinel ; Yann Gonzalez ; Bertrand Mandico. Avec Marylou Mayniel, Lucas Doméjean ; Sarah-Megan Allouch, Thomas Ducasse ; Elina Löwensohn, Vimala Pons, Lola Créton (1 h 24). Sur le Web : www.ufo-distribution.com/movie/ultra-reve et eccefilms.fr/Ultra-Pulpe

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 15 août)
Ultra rêve, programme de trois courts-métrages français de Caroline Poggi et Jonathan Vinel, Yann Gonzalez, Bertrand Mandico (à ne pas manquer)Il se passe quelque chose, film français d’Anne Alix (à voir)Capitaine Morten et la reine des araignées, film d’animation estonien de Kaspar Jancis (pourquoi pas)Equalizer 2, film américain d’Antoine Fuqua (pourquoi pas)Le monde est à toi, film français de Romain Gavras (pourquoi pas)Sur la plage de Chesil, film américain de Dominic Cooke (pourquoi pas)Under the Tree, film islandais d’Hafsteinn Gunnar Sigurosson (pourquoi pas)Une valse dans les allées, film allemand de Thomas Studer (pourquoi pas)Destination Pékin, film d’animation américain et chinois de Chris Jenkins (on peut éviter)
A l’affiche également :
Alive in France, documentaire français d’Abel FerraraPapillon, film américain de Michael Noer





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Entre fiction et documentaire, Anne Allix a réalisé une œuvre composite.
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« Il se passe quelque chose » : un duo de contraires en déambulation sur les routes de Camargue

Entre fiction et documentaire, Anne Allix a réalisé une œuvre composite.



Le Monde
 |    15.08.2018 à 07h48
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
La réalisatrice Anne Alix, implantée à Marseille depuis le début des années 2000, signe ici un long-métrage itinérant et composite, entre fiction et documentaire, qui a fait l’ouverture de l’ACID 2018, sélection parallèle du Festival de Cannes. Son titre, Il se passe quelque chose, dit beaucoup de son caractère fureteur, ouvert aux quatre vents, curieux de ce qui advient.

        Lire l’analyse :
         

          Nouveaux récits à l’ACID



Le film surprend d’emblée, en s’ouvrant sur une séance de spiritisme, détachée du reste de l’histoire. Une équipe de chasseurs de fantômes scrute les recoins d’une maison, dans l’attente d’une ­manifestation paranormale. La scène vaut comme exergue et ­métaphore du film : Anne Alix, en lâchant ses deux comédiennes dans la nature d’un road-movie camarguais, ne fera elle-même pas autre chose que guetter toutes ­sortes d’apparitions.
Dolores (Lola Dueñas) sillonne la Provence pour boucler une commande de son éditeur, l’écriture d’un guide touristique « gay friend­ly ». Elle croise une femme qui se jette à l’eau depuis le pont d’Avignon. Elle s’appelle Irma (Bojena Horackova) et a perdu goût à la vie depuis la mort de son mari, survenue il y a un an. Dolores l’embarque dans sa décapotable et l’entraîne avec elle sur les routes de ­Camargue. Toutes deux forment un duo de contraires : l’une, espagnole, est dynamique et enjouée, l’autre, d’origine bulgare, est ­rêveuse et mélancolique.
Les actrices ne doivent pas seulement interpréter des personnages, mais les transposer dans la réalité et composer avec elle
Elles ne tardent pas à se lier d’amitié, au fil des accidents et des rencontres qui jalonnent leur parcours. Elles découvrent le versant laborieux et industriel du territoire, semé d’usines, de raffineries, d’exploitations agricoles, peuplé d’ouvriers, de petits commerçants et de travailleurs immigrés. Voyage qui révèle encore autre chose aux deux femmes : le profond sentiment de solitude qui les étreint, chacune différemment.
L’intérêt du film tient d’abord au rôle d’éclaireuses qu’il donne à ses actrices, qui ne doivent pas seulement interpréter des personnages, mais les transposer dans la réalité et composer avec celle-ci. Anne Alix prend d’ailleurs bien soin de ne pas nous en dire trop sur ses héroïnes pour les plonger dans le présent et les rendre perméables à ce qui les entoure : leurs personnages se gonflent et se nourrissent surtout des autres.
Rebattre les cartes du récit
Les motifs picaresques de la déambulation et de la rencontre, ici privilégiés, insufflent au film le cours aventureux et imprévisible d’une expérience in vivo. Irma et Dolores s’invitent dans des vergers, chez des pêcheurs, dans un karaoké, une fête de village, un petit restaurant, rebattant chaque fois les cartes du récit, traçant une petite géographie instable et mouvante, sous le signe de Van Gogh, qui a peint ces mêmes lieux cent trente ans plus tôt. Géographie qui aurait pu s’avérer encore plus vertigineuse si les registres de la fiction et du documentaire n’étaient pas aussi clairement répartis entre les comédiennes et les « vraies gens » qu’elles croisent.
Mais la force d’Il se passe quelque chose est de donner à voir, ou plutôt à ressentir, un territoire qui se caractérise non pas par son identité propre, mais pas les flux étrangers qui le traversent. A commencer par les héroïnes, qui n’ont d’autre terrain d’entente que cette langue française par laquelle elles communiquent, dans la musicalité de leurs accents. Dans une très belle scène, elles roulent, cheveux au vent, dans une plaine camarguaise qui rappelle à l’une l’Andalousie, à l’autre la campagne bulgare. Le territoire apparaît alors pour ce qu’il est : un relief où chacun puisse superposer le souvenir du paysage originel qu’il transporte avec lui.



Film français d’Anne Alix. Avec Lola Dueñas et Bojena Horackova (1 h 41). Sur le Web : www.shellac-altern.org/films/168



                            


                        

                        


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« Le monde est à toi » : ricanements en bonne compagnie

La comédie criminelle de Romain Gavras pâtit d’un humour lourdement narquois.



Le Monde
 |    15.08.2018 à 07h47
 • Mis à jour le
15.08.2018 à 16h23
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Isabelle Adjani et Oulaya Amamra, Vincent Cassel et Karim Leklou, mais également François Damiens et Sofian Khammes, avec en prime Philippe Katerine : ce casting tient de l’arbre généalogique du cinéma français des dernières décennies. Cette accumulation de générations et de traditions, de L’Eté meurtrier et La Haine à Divines, de Houda Benyamina, ou Chouf, de Karim Dridi (dans ces deux derniers films, on avait découvert respectivement Oulaya Amamra et Sofian Khammes), annonce une fête de famille nationale, d’autant que le maître de cérémonie promet une comédie criminelle, se revendiquant aussi bien de Bertrand Blier que de Georges Lautner.

        Lire le portrait dans « M » :
         

          Oulaya Amamra à la conquête de son rêve de comédienne



Le monde est à toi n’est pas vraiment la surprise-partie espérée. Tous les convives ne trouvent pas leur place, et – surtout – l’ambiance est plombée par l’humour lourdement narquois qui finit par envahir les réjouissances. François (Karim Leklou) a grandi dans une cité de la banlieue parisienne, sous l’emprise de sa mère, Danny (Isabelle Adjani), voleuse à l’étalage de classe internationale (elle opère dans les meilleures enseignes) et castratrice chevronnée. A cet égard, il suffit d’observer l’état d’hébétude dans lequel elle a laissé son ex, Henry (Vincent ­Cassel), qui n’est pas le père de François mais est néanmoins son complice préféré.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          Un polar tape-à-l’œil



Pour échapper à la carrière de revendeur de stupéfiants que lui promettent son éducation et son environnement, François a formé le projet de devenir représentant des confiseries M. Freeze pour le Maghreb. Avec l’aide d’un avocat ricanant (Philippe Katerine), il touche au but quand il s’aperçoit que sa mère lui a subtilisé ses économies.

   


Le jeune homme se laisse alors convaincre d’aller jusqu’à Benidorm, sur la côte est de l’Espagne, pour le compte de Poutine (Sofian Khammes), le patron local du trafic, garçon aussi violent qu’abruti par les drogues. François sera ­accompagné de son amour de toujours, Lamya (Oulaya Amamra), jeune femme ambitieuse, d’Henry et de deux garçons tous deux nommés Mohammed, également convaincus l’un et l’autre de l’emprise des Illuminati sur le monde contemporain. Là-bas, il rencontrera un truand britannique, sensible aux coups de soleil et aussi brutal que le veulent les clichés, et l’un de ses collègues belges, René (François Damiens), qui a délaissé le trafic des drogues pour celui des êtres humains.
Pulsions antisociales
Sachant que Benidorm est la manifestation concrète de tout ce que le genre humain recèle de déraison (piscines dans le désert, destruction méthodique d’un paysage, bling et vacarme) et que les personnages, comme détaillé ci-dessus, sont tous (à l’exception de François et Lamya) la proie de leur bêtise ou de leurs pulsions les plus antisociales, on aura compris que Le monde est à toi n’exige guère d’empathie de la part du spectateur. L’auteur préfère demander à ce dernier de partager son point de vue, qu’expriment de nombreux plans pris à la verticale des lieux filmés. Romain Gavras se tient en surplomb et – interprétant de travers la devise du mensuel Hara-Kiri – propose de rire de cet univers bête et méchant.
Dans cet écheveau de turpitudes, seul un fil emporte la conviction : le couple que forment Isabelle ­Adjani et Karim Leklou
Pour éviter que l’on se lasse de cette avalanche sarcastique, il aurait fallu que la mécanique du trafic soit mieux huilée, que les coïncidences qui font avancer le scénario soient mieux agencées. Dans cet écheveau de turpitudes, seul un fil emporte la conviction : le couple que forment Isabelle ­Adjani et Karim Leklou. La conjonction de la physionomie de l’actrice et de son personnage de furie destructrice, résolue à empêcher son fils de parvenir à l’âge d’homme, donne un résultat profondément troublant, encore accentué par la vulnérabilité que Karim Leklou prête à François (même si Romain Gavras ne peut s’empêcher de se gausser de la médiocrité de son projet). Ce qui unit et divise ces deux-là aurait mérité plus d’attention, moins de désinvolture.

Film français de Romain Gavras. Avec Karim Leklou, Isabelle Adjani, Oulaya Amamra, Vincent Cassel (1 h 40). Sur le Web : salles.studiocanal.fr et www.quinzaine-realisateurs.com/film/le-monde-est-a-toi



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Le film de Dominic Cooke a été adapté pour le cinéma par l’écrivain, qui défait le travail accompli dans son roman.
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« Sur la plage de Chesil » : Ian McEwan se trahit lui-même

Le film de Dominic Cooke a été adapté pour le cinéma par l’écrivain, qui défait le travail accompli dans son roman.



Le Monde
 |    15.08.2018 à 07h46
 • Mis à jour le
15.08.2018 à 08h05
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Entre les pages du court ­roman dont est tiré Sur la plage de Chesil, on respire des vapeurs toxiques, dont les ingrédients sont pourtant a priori inoffensifs, voire salutaires. Les odeurs de bouilli de la cuisine britannique de l’après-guerre, le parfum entêtant des pots-pourris qui trônaient sur le mobilier victorien, l’air marin respiré lors de promenades en mer, dont la raison d’être était autant le loisir que la célébration de l’héritage naval de l’empire, constituent l’atmosphère dans laquelle s’épanouit puis s’étiole d’un coup l’idylle ­entre Florence et Edward. Ian McEwan y transformait un amour que ses protagonistes croyaient infini en une tragédie dont le coup de théâtre était le plus dérisoire des accidents physiologiques.
Il ne manque rien à cet inventaire (dont ce qui précède n’est qu’un aperçu partiel) dans le film de Dominic Cooke. Rien, sauf la souffrance, la cruauté. Sur la plage de Chesil, le film, remplit le rôle de la brochure d’une agence de voyage en vue d’un départ vers une destination exotique, alignant des images empruntées à la réalité, incapables d’en rendre la ­richesse. Mais les images des films bougent et parlent, ­celles que met en scène Dominic Cooke sont ­habitées par des ­actrices de haut vol, au premier rang desquelles Saoirse Ronan, dans le rôle de ­Florence Ponting, la jeune épouse dont le mariage heurte violemment le premier écueil – la nuit de noces.
Retours en arrière
Fille d’un petit industriel ­conservateur et d’une mère ­enseignante à Oxford (Emily Watson, terrifiante), Florence s’est éprise d’Edward Mayhew (Billy Howle), fils d’un directeur d’école et d’une femme qu’un accident a privée de sa raison (Anne-Marie Duff, déchirante). Leur idylle se déploie au fil de retours en arrière qui sont l’occasion de faire rouler de vieilles Jaguar dans les rues d’Oxford, de mêler les derniers échos de la variété britannique et les fracas du rock’n’roll.

   


Le présent est occupé par l’arrivée des jeunes mariés dans un ­petit hôtel charmant au bord de la plage de Chesil, dans le Dorset. ­Minutieusement, Dominic Cooke, réalisateur dont le curriculum ­vitae (Royal Shakespeare Company, BBC…) garantit la qualité ­britannique, fait apparaître à l’écran les éléments constitutifs d’une époque (les derniers jours du royaume conservateur, juste avant l’élection de Harold Wilson et l’irruption des Beatles), sans que ceux-ci prennent plus de saveur que les sushis de cire à la devanture d’un restaurant japonais.
Les interprètes sont assez présents pour que l’on s’inquiète au sujet de ces jeunes gens. Saoirse Ronan trouve la raideur des jeunes filles britanniques d’antan (elle s’était essayée à un registre voisin dans Brooklyn), fait sentir la passion et la panique qui agitent Florence. Lorsqu’il faut mener cette idylle un peu ridicule et tout à fait ­tragique à son terme, sur l’interminable grève qui donne son titre au film, la jeune actrice irlandaise et son partenaire atteignent une ­intensité qui aurait sauvé le film s’il s’était arrêté là.
Séquence finale éculée
Mais un long épisode vient ­défaire cette victoire des interprètes sur le conformisme de la réalisation. On n’est pas obligé de lire ce qui va suivre si on a l’intention de voir le film de Dominic Cooke. Reste que le phénomène mérite d’être signalé. Dans Sur la plage de Chesil (Gallimard, 2008), Ian McEwan évoquait laconiquement le devenir de ses mariés, replaçant sans emphase leur malheur dans le cours des années. Le scénariste de Sur la plage de Chesil a tenu à faire vieillir ses personnages, de 1961 à 2015, à imaginer des quasi-retrouvailles par l’intermédiaire d’une charmante enfant, surgie en vertu d’une coïncidence dickensienne, puis une séquence finale réunissant Florence et Edward autour du morceau de musique que naguère ils partagèrent, soit l’une des figures les plus éculées du film sentimental.
Le procédé est d’autant plus difficile à digérer que Saoirse Ronan et Billy Howle sont grimés de façon outrancière, quels que soient les talents des ­maquilleurs : le contraste entre le naturel des jeunes gens avec lesquels on vient de passer plus d’une heure et l’artifice de ces vieillards synthétiques est insupportable.
Le scénariste qui semble ainsi galvauder la sobriété du ro­mancier n’est autre que Ian McEwan. L’écrivain refuse aux spectateurs la confiance qu’il place en ses lecteurs.

Film britannique de Dominic Cooke. Avec Saoirse Ronan, Billy Howle, Emily Watson, Anne-Marie Duff (1 h 50). Sur le Web : www.marsfilms.com/film/sur-la-plage-de-chesil et www.facebook.com/chesilbeachfilm



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Si les figurines et les décors de ce film d’animation estonien sont inventifs et séduisants, son scénario est plus ordinaire.
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« Capitaine Morten et la reine des araignées » : marionnettes maritimes

Si les figurines et les décors de ce film d’animation estonien sont inventifs et séduisants, son scénario est plus ordinaire.



Le Monde
 |    15.08.2018 à 07h44
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Voici, pour changer des super-héros, l’histoire d’un orphelin de mère qui attend que son père touche terre. Pour fuir la méchante femme qui le garde, Morten l’orphelin se transporte dans un univers imaginaire où il est réduit à la taille d’un insecte. Là, il échappera à la marâtre et à ses complices et trouvera le chemin qui lui permettra de quitter l’enfance.
Qualité de l’animation
Ce sont des contes que les enfants ont entendus mille fois, et le réalisateur Kaspar Jancis essaie de leur donner un nouvel élan en entremêlant les réalités. Mais le village où vivote Morten l’orphelin et le monde des insectes où il se trouve transporté apparaissent aussi gentiment fantaisistes l’un que l’autre sans que le passage de l’un à l’autre ne provoque de trouble. Les méchants ont beau essayer de se faire menaçants, ils n’effraieront probablement pas les plus craintifs parmi les plus jeunes.
Cette approximation est en grande partie compensée par la grâce des figurines animées, par la qualité de leur animation et des décors qui parfois paraissent inspirés de l’iconographie steampunk, et par la brièveté du film.

Film d’animation estonien de Kaspar Jancis (1 h 16). Sur le Web : www.septiemefactory.com/capitaine-morten-et-la-reine-des-araignees



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Le réalisateur Antoine Fuqua signe le deuxième volet de cette franchise adaptée d’une série télévisée des années 1980.
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« Equalizer 2 » : Denzel Washington reprend du service

Le réalisateur Antoine Fuqua signe le deuxième volet de cette franchise adaptée d’une série télévisée des années 1980.



Le Monde
 |    15.08.2018 à 07h43
 • Mis à jour le
15.08.2018 à 07h54
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Deuxième épisode d’une franchise adaptée d’une série télévisée des années 1980, Equalizer 2 reprend le personnage de McCall, un ancien de la CIA (ou quelque chose comme ça) devenu salarié anonyme, toujours interprété par Denzel Washington, qui tente de réparer les torts, de mettre fin aux injustices dont il est témoin et de sauver les âmes perdues pour les remettre dans le droit chemin.
Le premier volet fonctionnait assez habilement sur le contraste provoqué par la routine quotidienne et les péripéties, ultraviolentes d’ailleurs, d’un film d’action qui aurait conservé quelque chose d’un cinéma d’exploitation plus trivial.
Belle séquence d’action
Ici, le héros, devenu chauffeur pour la société Uber, découvre que son ancienne collègue des services spéciaux a été assassinée par de vieux compagnons d’armes devenus des mercenaires. Il en viendra à bout, au terme d’une assez belle, plastiquement, séquence d’action dans une petite ville balnéaire abandonnée de la côte Est.
Parallèlement à cet argument, il convaincra, non sans plusieurs mises en garde sentencieuses, un jeune homme de son voisinage de ne pas fréquenter les gangs, d’éviter la drogue et d’effacer les graffitis sur les murs de son immeuble. On comprend bien que la morale du film consiste à ne pas hiérarchiser les mauvais penchants, mais une même égalité entre des comportements de natures assez éloignées rend tout cela un peu dérisoire et un peu ridicule aussi.

Film américain d’Antoine Fuqua. Avec Denzel Washington, Pedro Pascal, Bill Pullman (2 h 01). Sur le Web : www.equalizer2-lefilm.fr, www.equalizer.movie/site et www.sonypictures.com/movies/theequalizer2



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Hafsteinn Gunnar Sigurosson signe une tragi-comédie réglée comme du papier à musique qui manque parfois de nous faire suffoquer.
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« Under the Tree » : l’arbre de la discorde

Hafsteinn Gunnar Sigurosson signe une tragi-comédie réglée comme du papier à musique qui manque parfois de nous faire suffoquer.



Le Monde
 |    15.08.2018 à 07h42
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Lorsque sa femme le surprend en train de regarder une sex-tape dont il est le protagoniste, Atli se voit obligé de quitter son foyer et d’emménager chez ses parents. Il pensait y trouver calme et repos, mais ses géniteurs sont engagés dans une guerre sans pitié contre leurs voisins. L’objet du litige : l’arbre qui se trouve dans leur jardin et dont l’ombre empêche leur voisine de parfaire son bronzage. Les coups bas et les vengeances s’enchaînent, allant crescendo jusqu’au jeu de massacre que rien, semble-t-il, ne pourra empêcher.
Une vision du monde rigide
C’est précisément cette inéluctabilité qui fait d’Under the Tree une tragi-comédie réglée comme du papier à musique qui manque parfois de nous faire suffoquer. Les personnages sont semblables à des souris de laboratoire prises dans l’expérience d’un cinéaste-démiurge qui les manipule de ses gants blancs. L’acidité avec laquelle Hafsteinn Gunnar Sigurosson envisage les rapports humains à quelque chose de bien trop attendu. Situations et personnages ne sont là que pour confirmer une vision du monde rigide et faussement caustique qui se donne dès le départ et que le réalisateur n’envisage jamais de rediscuter ou de fragiliser.

Film islandais d’Hafsteinn Gunnar Sigurosson. Avec Steinþor Hroar Steinþorsson, Edda Björgvinsdottir, Sigurour Sigurjonsson (1 h 28). Sur le Web : www.bacfilms.com/distribution/fr/films/under-the-tree



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ L’irruption de deux personnages inspirés de poncifs homophobes nuit gravement à ce film d’animation américano-chinois par ailleurs anodin.
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« Destination Pékin » : sans les grues, ça aurait pu

L’irruption de deux personnages inspirés de poncifs homophobes nuit gravement à ce film d’animation américano-chinois par ailleurs anodin.



Le Monde
 |    15.08.2018 à 07h41
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
S’il n’y avait pas les grues, Destination Pékin ne mériterait ni plus ni moins qu’une indulgence distraite. Cette coproduction américano-chinoise a été confectionnée par des techniciens compétents en matière d’animation numérique. Certes, les scénaristes ne se sont pas beaucoup fatigués : les aventures de Peng, jars migrateur rebelle, isolé de son troupeau, ne brillent pas par leur originalité. Alors qu’il n’est encore à peine plus qu’un oison, le volatile esseulé voit lui échoir la charge de deux canetons, poursuivis par un chat féroce.
Rythme soutenu
Dans des décors inspirés de la peinture chinoise classique mais qui ressemblent plus aux fontaines lumineuses qui enjolivent les murs de certains restaurants, le trio suit son bonhomme de chemin, échappant tout autant au goût local pour le caneton laqué qu’aux prédateurs de la région. Le rythme est soutenu, les effets de profondeur de champ, indispensables dans un film dont les héros sont capables de voler, efficaces, comme dans une fête foraine.
De temps en temps, le chemin de nos héros croise celui de deux grues huppées, qui s’expriment avec des voix masculines. Elles sont mesquines et craintives, soucieuses de leur apparence. Et au cas où l’on n’aurait pas compris, les responsables de la version française les ont baptisées Pierre et Gilles. Puisque ce film est destiné à de très jeunes enfants, on pourra juger que cette complaisance envers des clichés éculés est un défaut rédhibitoire.

Film d’animation américain et chinois de Chris Jenkins (1 h 31). Sur le Web : fr-fr.facebook.com/sndfilms et duckduckgoosemovie.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Le western de Sergio Sollima, réalisé en 1967, vient d’être édité en DVD et Blu-ray.
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DVD : un « Dernier Face à face » à la beauté lyrique

Le western de Sergio Sollima, réalisé en 1967, vient d’être édité en DVD et Blu-ray.



Le Monde
 |    15.08.2018 à 07h40
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


Second western réalisé, en 1967, par Sergio Sollima, Le Dernier Face à face poursuit l’allégorie politique entamée, en 1966, par le précédent, Colorado. Le film met en scène trois personnages, dont chacun va incarner, à la fois, une place spécifique dans la société tout autant qu’un choix idéologique. Emmené en otage par Beauregard Bennet, un redoutable hors-la-loi en cavale (Tomas Milian), un timide et poitrinaire professeur d’histoire (Gian Maria Volonte) va, petit à petit, se révéler sensible à la révolte instinctive du bandit jusqu’à s’allier à lui et rejoindre sa bande. Les deux hommes sont traqués par un policier privé de l’agence Pinkerton (William Berger).
Sergio Sollima et son co-scénariste Sergio Donati compliquent magistralement le schéma de la « prise de conscience »
Comme dans Colorado, toute la mécanique du récit est essentiellement dialectique. Ici, il s’agit de confronter la position sociale, objective et subjective, de trois personnages, amenés par les circonstances à changer, à prendre conscience d’une situation jugée un moment intenable par chacun, pour le meilleur et pour le pire. Si le bandit et le policier sont touchés par une certaine compassion et un sens intuitif de la justice, le chétif professeur, animé par une volonté de puissance soudaine, perdra toute humanité au profit d’un rapport purement fonctionnel (la fin justifiant les moyens même s’il s’agit de ceux de la violence dite de masse) à l’action, fut-elle au service de la défense des opprimés.
Sollima et son co-scénariste Sergio Donati compliquent magistralement ce schéma de la « prise de conscience » qui fut celui de ce que l’on désignait, à l’époque, parfois avec un peu de dédain, sous le terme de « fictions de gauche », un schéma confronté avec profit aux conventions de ce genre populaire que fut le western italien. A décrypter l’odyssée des trois protagonistes du film, on voit passer, l’air de rien, toutes sortes de questions qui agitaient la critique sociale, marxiste ou non, d’alors, celle du rôle des intellectuels, de l’avant-garde, de l’autonomie des luttes populaires, du léninisme confronté au spontanéisme, etc.
Rêve artificiel et baroque
Mais si la dimension politique de ce cinéma est désormais reconnue, elle ne saurait suffire à expliquer la beauté lyrique du Dernier Face à face. L’utilisation de l’écran large, la dynamique de la profondeur de champ, l’interprétation de Volonte et Milian, la musique de Morricone rappellent à quel point le genre, reconstituant les prairies de l’Ouest américain dans les plaines d’Almeria en Espagne, est aussi une sorte de rêve artificiel et baroque et Sergio Sollima, l’un des grands réalisateurs du cinéma italien moderne.
Il a fallu longtemps, si l’on voulait voir le film, courir les salles de quartiers à double programme qui en montraient, dans des copies fatiguées, une version tronquée, parfois sous le retitrage incongru d’Il était une fois en Arizona, puis, à la mort des cinémas des faubourgs, écumer les vidéo-clubs qui pouvaient en détenir une cassette. Désormais, le film est disponible en DVD et Blu-ray dans un emballage soigné, accompagné d’un livret bourré d’informations sur la genèse et la réception du film. Les temps ont changé. Tant mieux.

Film italien de Sergio Sollima (1967). Avec Gian Maria Volonte, Tomas Milian, William Berger. 1 DVD/Blu-ray Wild Side. Sur le Web : www.wildside.fr/western/le-dernier-face-a-face-2559.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ De la lumière à l’ombre. L’actrice, figure du mouvement hippie, a connu une carrière fulgurante dans les années 1970. Retirée dans le Loiret, elle travaille avec son mari, sculpteur et décorateur pour le cinéma.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Trois jeunes photographes russes exposent leur remarquable travail sur la capitale tchétchène.
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Article sélectionné dans La Matinale du 14/08/2018
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Rencontres d’Arles : coup de flash sur les profondeurs de Grozny

Trois jeunes photographes russes exposent leur remarquable travail sur la capitale tchétchène.



Le Monde
 |    15.08.2018 à 06h23
 • Mis à jour le
15.08.2018 à 08h07
    |

            Claire Guillot (Arles, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Sur des cartes postales ­ensoleillées, au bord de la rivière Sounja, quelques promeneurs longent d’élégants bâtiments. Cette première vision de la capitale de la Tchétchénie au temps de l’époque soviétique, qui ouvre l’exposition « Grozny, neuf villes » aux Rencontres d’Arles, au premier étage du Monoprix, semble irréelle. Quelques pas plus loin, des photos de ruines épouvantables les remplacent, rappelant que pour l’ONU, en 2003, Grozny était « la ville la plus détruite du monde ». Satsita Israilova, la bibliothécaire de ­Grozny, qui pendant les deux guerres de Tchétchénie (1994-1996 et 1999-2000) s’est employée à sauver autant les livres que les gens, a collectionné ces images, prêtées pour l’exposition. Elle-même a pris des photos, en particulier des arbres abîmés par les bombes, parce que « ces plantes étaient à l’image de [s]on âme ».
Aujourd’hui, le centre de la ville a encore une fois complètement changé : rasé, il a été reconstruit avec des buildings arrogants. Mais le poids du conflit, pourtant officiellement terminé, pèse toujours sur les habitants. Et sur la Russie entière : c’est parce que la Tchétchénie est aujourd’hui, selon elles, « le point le plus douloureux sur la carte » que trois jeunes photographes russes, Oksana Yushko, Maria Morina et Olga Kravets ont passé près de neuf ans à enquêter, récolter des documents et photographier les lieux. « La guerre de Tchétchénie a marqué toute une génération, explique Olga Kravets, parfaitement francophone, à travers les jeunes qui ont été soldats là-bas pendant leur service militaire obligatoire. C’est comme un cancer dont on ne parle pas. »
Les trois auteures ont choisi de découper leur travail en neuf chapitres
Convaincues qu’« il y avait autre chose là-bas que ce qu’en montre la télévision russe », les trois jeunes femmes ont mené un travail de long terme qui a d’abord pris la forme d’un webdocumentaire primé au festival de Bayeux...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
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Article sélectionné dans La Matinale du 14/08/2018
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Fantasmes, road-movie camarguais et Congo(s) en Bretagne : notre sélection cinéma

Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



Le Monde
 |    15.08.2018 à 06h21
 • Mis à jour le
15.08.2018 à 07h54
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Le menu de cette semaine cinématographique vous entraîne, au choix, dans le maelström de fantasmes et d’obsessions des trois courts-métrages réunis en salle sous le titre Ultra rêve ; sur les routes de Camargue avec Il se passe quelque chose, d’Anne Alix ; dans une petite ville du sud des Etats-Unis en proie aux vieux démons du racisme, avec la reprise de The Intruder (1962), de Roger Corman ; à la découverte des peuples des Congo(s) au programme du 41e Festival de cinéma de Douarnenez (Finistère), du 17 au 25 août.
« Ultra rêve » : courts-métrages, longs fantasmes

Si les courts-métrages ont déserté depuis longtemps les avant-programmes des séances ordinaires, certains arrivent encore en salle appariés selon la bonne vieille formule du « film à sketches ». Ultra rêve est de ceux-là et en abrite trois – After School Knife Fight, de Caroline Poggi et Jonathan Vinel, Les Iles, de Yann Gonzalez, et Ultra pulpe, de Bertrand Mandico –, qui affichent une remarquable cohérence de forme et d’esprit. Leur réunion entérine l’existence d’une jeune scène hédoniste, romantique, subversive et formaliste, en somme d’obédience résolument antinaturaliste, dans le paysage du cinéma français.
Les deux premiers films du programme sont des pastilles d’une vingtaine de minutes qui soufflent très habilement le chaud et le froid, sentimental et sexuel. La pièce de résistance est servie avec Ultra pulpe, de Bertrand Mandico. Lors d’une fin de tournage aux allures de fin du monde, la réalisatrice Joy d’Amato (Elina Löwensohn) cherche à retenir son actrice Apocalypse (Pauline Jacquard), qui ne l’aime plus, en lui racontant l’histoire de son prochain film. Mais ce récit s’emberlificote en un grand maelström de fantasmes et d’obsessions, quelque part entre la bande horrifique et le porno déviant, qui concentrerait en lui toute la part maudite, crapoteuse et jouissive du cinéma. Mathieu Macheret
Programme de trois courts-métrages français par Caroline Poggi et Jonathan Vinel ; Yann Gonzalez ; Bertrand Mandico. Avec Marylou Mayniel, Lucas Doméjean ; Sarah-Megan Allouch, Thomas Ducasse ; Elina Löwensohn, Vimala Pons, Lola Créton (1 h 24).
« Il se passe quelque chose » : deux femmes en roue libre

Le film surprend d’emblée en s’ouvrant sur une séance de spiritisme détachée du reste de l’histoire. Une équipe de chasseurs de fantômes scrute les recoins d’une maison, claquemurée dans l’attente d’une manifestation paranormale. La scène vaut comme exergue et métaphore du film : Anne Alix, en lâchant ses deux comédiennes dans la nature d’un road-movie camarguais, ne fera elle-même pas autre chose que guetter toutes sortes d’apparitions, d’un ordre beaucoup moins surnaturel.
Dolores (Lola Dueñas) sillonne la Provence pour boucler une commande de son éditeur, à savoir l’écriture d’un guide touristique gay friendly. Sur son chemin, elle croise une femme qui se jette à l’eau depuis le pont d’Avignon. Elle s’appelle Irma (Bojena Horackova) et a perdu goût à la vie depuis la mort de son mari, survenue un an plus tôt.
Dolores l’embarque dans sa décapotable et l’entraîne avec elle sur les routes de Camargue, entre Port-Saint-Louis-du-Rhône et Miramas. Les motifs picaresques de la déambulation et de la rencontre, ici privilégiés, insufflent au film le cours aventureux et imprévisible d’une expérience in vivo. Ma. Mt.
« Il se passe quelque chose », film français d’Anne Alix. Avec Lola Dueñas et Bojena Horackova (1 h 41).
« The Intruder » : quand Corman filmait la pulsion raciste

Dans la filmographie de Roger Corman, The Intruder occupe une place à part. Corman réalise et produit des films relevant du « cinéma d’exploitation ». Soit une économie fondée sur la production de films très fauchés, destinés notamment aux drive-in, en pleine expansion.
Le succès des premiers titres (La Chute de la maison Usher, 1960, La Chambre des tortures, 1961) le convainc de réaliser un projet personnel. Ce sera The Intruder, tourné en 1962, dont le personnage principal encourage les habitants d’une petite ville du Sud à s’opposer à l’intégration.
The Intruder vaut par le portrait d’un personnage à la fois luciférien et pulsionnel, intensément incarné par William Shatner (le futur commandant de l’Enterprise dans la série Star Trek), et par une manière assez subtile de désigner le racisme comme un affect qui n’est pas perçu comme extraordinaire mais dont l’existence même semble absolument naturelle à qui l’éprouve. La plupart des citoyens racistes ne sont pas ici des monstres dont l’horreur serait soulignée par des effets dramatiques mais de très ordinaires individus.
L’échec commercial du film dissuada Roger Corman, qui retourna à ses monstres de carton-pâte, de persévérer dans la voie d’un cinéma plus personnel. On peut le regretter. Jean-François Rauger
« The Intruder », film américain de Roger Corman. Avec William Shatner, Beverley Lunsford, Charles Barnes (1 h 22).
Les Congos au Festival de Douarnenez : rumba en Armor



Comment faire couler le fleuve Congo entre les rives du port de Douarnenez (Finistère) ? Les organisateurs de cette manifestation qui, chaque année, explore dans ses moindres recoins un territoire cinématographique méconnu, prennent le risque de voir la cité bretonne inondée par les eaux du Pool Malebo, anciennement Stanley Pool.
A lire leur programme pantagruélique, qui va du Damier - Papa national Oyé !, brillant court-métrage anti-Mobutu réalisé par Balufu Bakupa-Kanyinda en 1996, aux documentaires acérés de Dieudo Hamadi (Examen d’Etat, Maman Colonelle), en passant par le gigantesque travail documentaire abattu par Thierry Michel (Mobutu, roi du Zaïre et Katanga Business) ou Viva Riva !, le polar incandescent réalisé par Djo Tunda wa Munga, on se sent comme pris dans la foule de Kinshasa. Si bien qu’un aller pour Douarnenez vaut presque un visa pour la capitale de la République démocratique du Congo, tout en étant plus facile à obtenir. Thomas Sotinel
41e Festival de cinéma de Douarnenez : Peuples des Congo(s), du 17 au 25 août.

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 15 août)
Ultra rêve, programme de trois courts-métrages français de Caroline Poggi et Jonathan Vinel, Yann Gonzalez, Bertrand Mandico (à ne pas manquer)Il se passe quelque chose, film français d’Anne Alix (à voir)Capitaine Morten et la reine des araignées, film d’animation estonien de Kaspar Jancis (pourquoi pas)Equalizer 2, film américain d’Antoine Fuqua (pourquoi pas)Le monde est à toi, film français de Romain Gavras (pourquoi pas)Sur la plage de Chesil, film américain de Dominic Cooke (pourquoi pas)Under the Tree, film islandais d’Hafsteinn Gunnar Sigurosson (pourquoi pas)Une valse dans les allées, film allemand de Thomas Studer (pourquoi pas)Destination Pékin, film d’animation américain et chinois de Chris Jenkins (on peut éviter)
A l’affiche également :
Alive in France, documentaire français d’Abel FerraraPapillon, film américain de Michael Noer





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ L’un des derniers auteurs surréalistes est mort le 5 août, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), à l’âge de 79 ans.
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L’écrivain Claude Courtot est mort

L’un des derniers auteurs surréalistes est mort le 5 août, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), à l’âge de 79 ans.



Le Monde
 |    14.08.2018 à 17h04
    |

                            Patrick Kéchichian








                        



                                


                            

« Ma vie ne tient qu’au fil poétique. » Placée en tête de l’annonce de sa mort publiée dans le carnet du Monde du samedi 11 août, au lendemain de son enterrement au cimetière du Père-Lachaise, cette phrase de Claude Courtot traduit ce qui fut plus qu’une ambition : une vocation, une aspiration profonde, une inspiration enfin. Né le 6 janvier 1939 à Paris, mort le 5 août à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) des suites d’un cancer, Claude Courtot appartient à la dernière génération des écrivains qui se réclamèrent du surréalisme. Son parcours démontre que cette fidélité n’était pas une simple référence à un passé révolu devenu objet d’étude.
Rencontre avec André Breton
C’est après son agrégation de lettres classiques, obtenue en 1961, que Claude Courtot envisage de consacrer une thèse au mouvement surréaliste. Sa rencontre avec André Breton (1896-1966) en novembre 1964 déplace cette perspective universitaire sur un autre terrain, qu’il ne quittera plus : celui de la création et de l’engagement. Une autre rencontre, celle de Jean Schuster, va confirmer et étayer ce choix. Jusqu’en 1969, date de la dissolution du groupe, il va participer à toutes les manifestations nationales et internationales des surréalistes, avec notamment José Pierre, Jean-Claude Silbermann, Jean-Marc Debenedetti, Philippe Audouin… Il collabore aussi activement à l’ultime revue du mouvement, L’Archibras, dirigée par Jean Schuster. Douze ans après la mort de ce dernier, il préfacera un rassemblement de ses poèmes épars ou inédits, Une île à trois coups d’aile (Le Cherche Midi, 2007).
La lecture de Benjamin Péret (1899-1959) va affiner et consolider sa vocation littéraire. A l’auteur du Déshonneur des poètes, il consacre un essai en 1965 (Introduction à la lecture de Benjamin Péret, Le Terrain vague). Toujours fidèle à lui-même et à ses premiers choix, il présidera, dans les décennies suivantes (de 1996 à 2008), l’Association...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Un artiste, une matière (3/6). Du papier, des crayons, de la lumière et du temps : voilà ce dont le dessinateur a besoin pour ses œuvres aux dimensions hors norme.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Don McCullin, photographe (3/6). En février 1968, le Britannique rejoint les marines pendant la bataille de Huê. Au cœur de l’horreur, il prend ses photos les plus mémorables.
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